Skip to main content

Full text of "Nouvelle biographie universelle depuis les temps les plus reculés jusqu'a nos jours, avec les renseignements bibliographiques et l'indication des sources a consulter;"

See other formats


rE" 


ciV9. 


"ai 


L£. 


FROM   THE 
BATES  FUND 


a^ 


Digitized  by  the  Internet  Archive 

in  2010  with  funding  from 

Boston  Public  Library 


http://www.archive.org/details/nouvellebiograph29hoef 


L" 


r  r 


NOUVELLE 

BIOGRAPHIE   GÉNÉRALE 

DEPUIS 

LES  TEMPS  LES  PLUS  RECULÉS 

JUSQU'A  NOS  JOURS. 


TOME  VINGT-NEUVIÈME. 


La  Liborlière.  —  Lavoisien. 


PAKrS.    —   TYPOGRAPHIE    DE   FlIlMIiN    DIDOT   FRÈRES,    FILS   ET   C'^,    RUE   JACOB,   56. 


r  F 


NOUVELLE 

BIOGKAPHIË   GENERALE 

DEPUIS 

LES  TEMPS  LES  PLUS  RECULÉS 

JUSQU'A  NOS  JOURS, 

AVEC   LES  RENSEIGNEMENTS  BIBLIOGRAPHIQUES 

KT    l'indication    DES  SOURCES  A   CONSIJLTER; 

PUBLIÉE    PAR 

ilM.  FmmiN  DIDOT  FRÈRES, 

sous    LA    DIRECTION 

DE  xM.  LE  D'  HOEFER. 


lame  Uinflt-îîeutîieme. 


PA^KIS; 


FIHMIN  DIDOT  FRÈRES,  FILS  ET  C«^  ÉDITEURS, 

IMPRIMEURS-LIBRAIRES   DE  l' INSTITUT  DE   FRANCE, 

RUE   JACOB,   KG 

M  DCCC  LIX. 

Les  éditeurs  se  réservent  le  droit  de  traduction  et  de  reproduction  à  l'étranger. 


-/, 


/  / 


,.,..  .  '^^ 


NOUVELLE 

BIOGRAPHIE 

GÉNÉRALE    ^ 

DEPUIS  LES  TEMPS  LES  PLUS  RECULÉS  JUSQU'A  NOS  JOURS. 


.A.  LiBORLiÈRE  {LéoTi-  Fratiçois-  Marie, 
.ws  de),  littérateur  français,  né  le  25  mars 
4,  à  Saint-Martin,  près  Saint-Maixent,  mort 
27  avril  1847,  à  Poitiers.  Destiné  d'abord  à 
at  ecclésiastique ,  il  suivit  sa  famille  en  émi- 
tion,  prit  les  armes,  et  servit  successivement 
s  l'armée  des  princes  et  le  régiment  anglo- 
içais  de  Vioménil.  Lors  du  licenciement  de  ce 
ps,  il  s'établit  à  Brunswick,  oii  il  travailla  dans 
:  imprimerie,  et  composa  quelques  ouvrages 
nagination.  Rentré  en  France,  la  faveur  de 
de  Fontanes,  qui  l'avait  connu  en  Angleterre, 
valut,  en  1809,  la  place  d'inspecteur  de  l'uni- 
sité,  qu'il  échangea  en  1815  contre  celle   de 
:eur  de  l'académie  de  Poitiers;  en   1830   il 
tra  dans  la  vie  privée.  On  a  de  lui  :  Suite  à 
icUde,  roman;  —  Célestine,  ou  les  époux 
■s  Vêtre;  Hambourg,  1798,  4  vol.  in-12,  ro- 
1  qui  eut  deux  éditions  à  Paris,  1800  et  1801  ; 
La  Nuit  anglaise,  ou  les  aventures  jadis 
peu  extraordinaires ,  mais  aujourd'hui 
tes  simples  et  fort  communes,  de  M.  Da- 
id,  marchand  de  la  rue  Saint-Honoré, 
'rage  qui  se  trouve  partout  oii  il  y  a  des 
terrains,  des  moines,  des  bandits  et  une 
r  de  Vouest;  Hambourg,  1799,  2  vol.  in-12; 
is,  2^  édit.,  même  année,  critique  assez  pi- 
ûte  du  genre  sombre,  mis  à  la  mode  par 
le  Radcliffe;  —  Anrte  Greenvil,  roman  bis- 
que; Paris,  1800,  3  vol.  in-12;  —  Voyage 
7s  le  Boudoir  de  Pauline;  Paris,  1801,  in-12  ; 
La  Cloison,  ou  beaucoup  de  peine  pour 
n,  comédie  représentée  à  l'Odéon  en  1803, 
s  nom  d'auteur;  —  Histoire  élémentaire  de 
Monarchie  française;  Poitiers,  1826,  in-12; 
édit.,  1836;  —  Vieux  Souvenirs  du  Poitiers 
vant  1789;  Poitiers,  1846,  in-8°.  11  a  aussi 
ixé  de  nombreux  articles  dans  le  Bulletin  de 
Société  des  Antiquaires  de  l'Ouest,  dont  il 
«lit  partie.  P.  L — v. 

NOUV.    BIOGR,    GÉNÉR.    ~  T.  XXfX. 


Hist.  Littér.  du  Poitou,  III,  661-66S.  —  La  France  Lit- 
téraire. 

LALivE  DE  JULLY  {Ange- Laurent  de), 
amateur  et  peintre  français,  né  à  Paris,  en  1725, 
nrort  dans  la  même  ville,  en  1775.  Fils  du  fermier 
général  Lalive  de  Bellegarde,  il  était  frère  de 
Lalive  d'Épinay  et  de  M"''  d'Houdetot.  Ayant 
obtenu  un  emploi  dans  les  affaires  étrangères,  il 
résida  quelque  temps  à  Genève,  et  de  retour  à 
Paris,  il  fut  nommé  introducteur  des  ambassa- 
deurs à  la  cour  de  France.  Amateur  distingué, 
il  avait  du  talent  pour  peindre  en  miniature  et 
pour  graver  à  l'eau-forte.  Il  1  e  composa  une 
riche  galerie  de  tableaux  flam|  ads ,  italiens  et 
français.  A  sa  mort  son  cabinet  fut  dispersé.  On 
a  de  lui  une  centaine  de  gravures  à  l'eau-forte, 
qu'il  distribuait  à  ses  amis.  Parmi  ses  estampes 
on  distingue  divers  petits  sujets  et  paysages 
d'après  Boucher,  des  caricatures  d'après  Salis , 
Les  Fermiers  brûlés  d'après  Greuze,  et  une  suite 
de  portraits  d'hommes  illustres.        J.  V. 

Basan,  Dict.  des  Graveurs  anc.  et  moi.  —  M""=  d'Epi- 
nay ,  Mémoires. 

i,M.iurM&.SD'  (Jean-Baptiste),  peintre  fran- 
çais, né  à  Dijon,  vers  1716,  mort  en  1802  ou 
1803.  Il  était  d'abord  tailleur  d'habits,  et  em- 
ployait ses  loisirs  à  manier  le  crayon  ou  le  pin- 
ceau. Il  vint  travailler  à  Paris,  et  un  jour,  en 
causant  dans  la  boutique  où  il  était,  une  per- 
sonne parla  de  son  intention  d'aclieter  quelques 
tableaux  pour  orner  son  appartement.  «  Je  me 
chargerais  bien  de  vons  faire  ces  tableaux  »,  dit 
le  jeune  ouvrier,  avec  l'assurance  que  lui  don- 
nait la  conscience  de  sa  capacité.  Ce  ne  fut  pas 
sans  peine  qu'il  décida  l'étranger  à  mettre  son 
talent  à  l'épreuve.  Lallemand  exécuta  quatre  ta- 
bleaux représentant  Les  quatre  Saisons,  et  ce 
coup  d'essai,  admiré  et  bien  payé,  lui  fit  jeter 
l'aiguille  pour  ne  se  servir  que  du  pinceau. 
Ayant  placé  avantageusement  les  tableaux  qu'il 
fit,  il  se  rendit  en  Angleterre,  où  il  eut  beaucoup 


3 

de  succès,  r.îais  il  s'y  déplut,  revint  en  France, 
passa  quelque  temps  dans  sa  famille,  et  partit 
pour  l'Italie.  Pendant  un  séjour  de  plusieurs  an- 
nées à  Rome,  il  composa  un  assez  grand  nombre 
de  tableaux  ert  se  perfectionnant  parl'étade  des 
grands  modèles.  11  fit  divers  ouvrages  pour  le 
Vatican.  Reçu  membre  de  l'Académie  de  Saint- 
Luc,  il  travailla,  à  son  retour  à  Paris,  pour  le 
duc  d'Orléans.  Les  moines  de  Saint-Martin,  près 
d'Autun,  lui  firent  peindre  six  grands  tableaux 
pour  leur  réfectoire.  Ce  sont  des  paysages  hé- 
roïques et  des  marines,  morceaux  très-remar- 
quables, qui  sont  passés  dans  la  famille  Souber- 
bielle.  Lallemand  peignait  tous  les  genres;  mais 
il  excellait  dans  les  paysages  et  les  marines.  La 
plupart  de  ses  ouvrages  ont  été  gravés.  Le  musée 
de  Dijon  en  possède  plusieurs.      G.  de  F. 

Nouvelle  Biogr.  des  Contemp. 

LALLFMAKD  (  Charles  -  François- Antoine, 
baron  ) ,  gé;iéral  français ,  né  à  Metz,  le  23  juin 
1774,  mort  à  Paris,  le  9  inars  1839.  Fils  d'un  per- 
ruquier de  sa  ville  natale,  il  s'enrôla  en  1792 
dans  l'artillerie  légère,  avec  laquelle  il  fit  les  cam- 
pagnes de  l'Argonne  et  de  Trêves;  en  1793  il 
passa  dans  la  cavalerie,  et  servit  dans  les  ar- 
mées de  la  Moselle  et  de  Sambre  et  Meuse;  aide 
de  camp  du  général  Élie,  en  l'an  m,  il  vint  à 
Paris,  et  le  13  vendémiaire  il  défendit  la  Con- 
vention dans  les  rangs  de  l'état-major  du  gé- 
néral Bonaparte.  Nommé  lieutenant  des  guides 
à  cheval  en  l'an  v,  il  partit  pour  l'Egypte  en 
l'an  Ti,  et  devint  capitaine  aide  de  camp  du  gé- 
néral Junot  au  siège  dé  Jaffa.  Chef  d'escadron 
en  l'an  xu,  il  fut  chargé  par  le  premier  consul 
d'une  mission  auprès  du  général  Leclerc  à  Saint- 
Domingue  en  1802,  et  à  son  retour  il  suivit 
Junot  en  Portugal  comme  major  des  dragons. 
Dans  la  campagne  de  1805  en  Autriche,  il  mé- 
rita d'être  cité  honorablement,  et  se  fit  encore 
remarquer  les  années  suivantes  en  Prusse  et  en 
Pologne.  Colonel  après  la  bataille  d'Iéna,  il 
passa  en  Espagne  en  1808,  y  rendit  d'importants 
services,  et  obtint,  le  6  août  1811,  le  grade  de 
général  de  brigade.  Il  avait  déjà  reçu  le  titre  de 
baron  de  l'empire.  Le  11  juin  1812,11  tomba,  à 
Valencia  de  la  Torrès,  sur  une  colonne  de  cava- 
lerie anglaise,  qu'il  battit  complètement.  En  1813 
il  servit  à  la  grande  armée,  et  commanda  la  ca- 
valerie légère  du  treizième  corps.  Pendant  la  cam- 
pagne de  1814,  il  se  trouvait  à  !a  tête  des  corps 
danois  renfermés  dans  Hambourg,  et  rentra  en 
France  au  mois  de  mai.  Le  gouvernement  royal 
lui  confia  le  commandement  du  département  de 
l'Aisne.  Il  occupait  ce  poste  lorsqu'il  apprit  le 
débarquement  de  Napoléon  à  Cannes.  Il  se  joignit 
alors  avec  son  frère  au  général  Lefebvie-Des- 
nouettes  dans  le  but  de  s'emparer  du  dépôt  d'ar- 
tillerie de  La  Fère;  mais  cette  tentative  échoua, 
grâce  à  la  fermeté  du  baron  d'Abovilie,  qui  com- 
mandait ce  dépôt.  Les  conjurés  se  rejetèrent  sur 
Chauny,  dont  ils  soulevèrent  la  garnison  ;  de  là 
ils  vinrent  à  Compiègne,  et  y  trouvèrent  de  la 


LALLEMAND  4 

résistance.  Ils  abandonnèrent  donc  les  troupes 
qu'ils  avaient  entraînées,  et  s'enfuirent  dégui.sés 
par  la  route  de  Lyon.  Un  maréchal  des  logis  de 
gendarmerie  arrêta  Lallemand  piès  (ie  Château- 
Thierry.  Le  général  fnt  ramené  à  La  Ferté-Milon,  à 
Meaux,  à  Soissons  et  eniiH  à  Laon.  11  né  recouvra 
sa  liberté  qu'après  le  20  mai-s  1815.  Napoléon  le 
créa  lieutenant  général  (?t  membre  de  la  chambre 
des  pairs.  Lallemand  alla  rejoindre  l'armée  à  la 
frontière  du  nord,  se  trouva  aux  batailles  de  Fleu- 
ras et  de  Waterloo,  et  y  combattit  avec  valeur. 
Après  les  désastres  de  cette  dernière  journée, 
il  rentra  en  France  avec  les  débris  de  l'armée, 
revint  à  Paris  ,  et  suivit  les  troupes  derrière  la 
Loire.  Il  rejoignit  ensuite  l'empereur  à  l'île  d'Aix, 
et  fut  chargé  avec  Las  Cases  d'aller  pariementer 
avec  le  capitaine  anglais  Maitland  pour  la  red- 
dition de  Napoléon  :  le  capitaine  ne  voulut  ac- 
cepter aucune  condition,  et  l'empereur  se  rendit 
avec  son  entourage  à  bord  du  Bellérophon.  Lal- 
lemand demandait  à  accompagner  Napoléon  à 
Sainte-Hélène;  mais  il  ne  put  obtenir  cette  fa- 
veur, et,  traité  lui-même  comme  prisonnier  de 
guerre,  il  fut  jeté  sur  une  frégate  anglaise, 
conduit  à  Malte  et  enfermé  dans  un  fort.  Rendu 
à  la  liberté  au  bout  de  quelques  mois,  avec  in- 
jonction de  quitter  Malte ,  il  partit  pour  Cons- 
tantinople;  mais  un  firman  du  sultan  déclara 
qu'il  ne  voulait  point  recevoir  les  adhérents  de 
l'ex-empereur  des  Français.  Lallemand  débar- 
qua à  Smyrne,  et  s'en  alla  en  Perse,  où  il  ne 
trouva  pas  d'emploi.  Il  revint  alors  en  Egypte, 
et  n'y  fut  pas  plus  heureux.  11  s'embarqua  enfin 
pour  l'Amérique,  oîi  son  frère  était  déjà.  Compris 
dans  l'article  1^"  de  l'ordonnance  du  24  juillet 
1815  et  dans  l'article  2  de  la  loi  du  12  janvier 
1816,  sur  l'amnistie,  le  général  Lallemand  fut  cité 
devant  le  deuxième  conseil  de  guerre  de  la  pre- 
mière division  militaire,  qui  le  condamna  à  mort 
par  contumace,  en  1816.  Lorsque  Lallemand  ar- 
riva aux  États-Unis,  on  comptait  dans  ce  pays 
une  foule  de  militaires  de  tous  grades ,  français; 
italiens,  polonais,  ayant  servi  dans  les  armées 
impériales.  Lallemand  eut  avec  son  frère  l'idée 
de  se  mettre  à  la  tête  de  ces  réfugiés  pour  fonder 
une  colonie  à  laquelle  il  voulait  donner  le  nom  de 
Champ  d'Asile  ,  parce  qu'elle  devait  recevoir 
surtout  les  Français  bannis  par  les  derniers 
événements.  Le  gouvernement  américain  ve- 
nait de  faire  à  l'ensemble  des  réfugiés  de  France 
une  concession  de  cent  mille  acres  de  terre  dans 
les  sohtudes  de  l'ouest  sur  la  Mobile  et  la  Toni- 
beegbee.  Mais  cette  position  était  avancée  dans 
les  terres;  et  les  concessionnaires,  obérés  de 
dettes,  s'étaient  empressés  de  céder  leurs  droits. 
Lallemand  abandonna  ce  plan.  Il  chere!i;i  un 
autre  emplacement,  et  en  attendant  il  deier- 
mina  les  colons  à  réunir  leurs  lots  en  une  seule 
masse  et  à  emprunter  dessus  ce  qu'ils  pourraient 
pour  former  la  caisse  du  Champ  d'Asile.  Tandis 
qu'on  laissait  croire  aux  réfugiés  qu'il  s'agisr,;!it 
d'une  expédition  secrète,  les  deux  frères  \a\[- 


L  ALLEMAND 


lemand  jetèrent  les  yeux  sur  un  district  inhabité 
du  Texas,  sur  les  bords  de  la  rivière  de  la  Trinité, 
à  quatre-vingt-dix  kilomètres  de  son  embouchure. 
Ce  fut  le  nouveau  Champ  d'Asile.  Le  gouvernement 
américain  n'encouragea  pas  cette  combinaison  ; 
mais  un  corsaire  de  la  Nouvelle-Orléans  avaiu.a 
des  fonds,  donna  des  outils  et  des  vivres.  Une 
note  adressée  à  Ferdinand  VU,  roi  d'Espagne, 
fut  imprimée,  dans  laciuelle  les  frères  Lailemand 
et  les  réfugiés  déclaraient  leur  intention  de  s'éta- 
blir au  Texas;  ils  s'offraient  à  payer  un  impôt  à 
l'Espagne;  mais  ils  entendaient  se  régir  selon 
leurs  propres  lois.  Le  18  décembre  1817  cent 
cinquante  colons  partirent  de  Philadelphie  sur 
une  goélette  et  sous  le  commandement  du  gé- 
néral Rigaud.  Au  bout  d'un  mois  ils  débarquè- 
rent à  l'ile  basse  et  nue  de  Galwestou ,  et  s'y 
installèrent  tant  bien  que  mal,  vivant  miséra- 
blement de  chasse  et  de  pêche.  Au  mois  de  mars 
ils  furent  rejoints  par  deux  ou  trois  cents  autres 
colons  conduits  par  Lailemand;  quelques-uns 
étaient  venus  de  France  même.  On  se  rembarqua  : 
les  uns  débarquèrent  pour  aller  par  terre  au  Champ 
d'Asile,  les  autres  remontèrent  la  Trinité  sur  le 
navire.  Le  21  tous  étaient  réunis.  On  dressa  un 
camp  ;  on  éleva  des  forts,  on  organisa  militaire- 
ment les  colons.  Chacun  reçut  vingt  arpents  de 
terre  avec  des  instruments  et  des  semailles.  Ce 
n'étaitsans  doute  pas  là  ce  qu'avaient  rêvé  la  plu- 
part des  réfugiés.  Pour  maintenir  son  autorité, 
Lailemand  dut  recourir  au  despotisme  le  plus 
violent.  Enfin,  on  apprit  qu'un  détachement  d'Es- 
pagnols marchait  sur  la  colonie  pour  la  disperser. 
Lailemand  feignit  d'abord  de  vouloir  résister; 
mais  bientôt,  cédant  à  des  conseils  plus  prudents, 
il  se  replia  avec  ses  colons  sur  Galweston.  Dans 
ce  pays  improductif,  la  course  seule  pouvait  être 
lucrative.  Lailemand  s'y  refusa.  Bientôt  pourtant 
les  vivres  manquèrent  ;  le  général  partit  un  beau 
jour  avec  ses  aides  de  camp,  dans  !e  but,  disait-il, 
d'aller  presser  l'envoi  des  munitions  ;  il  devait  être 
de  retour  au  bout  de  quarante  jom-s.  On  ne  le 
revit  plus.  Tous  les  malheurs  fondirent  sur  la  co- 
lonie. Le  corsaire  qui  les  avait  amenés  les  ramena 
sur  la  côte,  et  ceux  qui  survivaient  se  rendirent 
comme  ils  purent  à  la  Nouvelle-Orléans  ou  dans 
la  Louisiane.  La  popularité  du  général  Laile- 
mand subit  un  grave  échec  à  la  suite  de  cette 
affaire.  Ses  amis  avaient  répondu  qu'il  n'avait 
jamais  songé  à  une  colonie  agricole,  non  plus 
que  ses  collègues;  ou  bien  qu'il  avait  compté 
enlever  l'empereur  de  Sainte-Hélène  et  lui  offrir 
un  noyau  d'armée  aux  États-Unis  ;  qu'il  avait 
rêvé  la  conquête  des  Florides,  du  Texas,  du 
Mexique  peut-être;  que  les  États-Unis  ayant 
traité  avec  l'Espagne  avaient  abandonné  Laile- 
mand et  sa  troupe  après  l'avoir  d'abord  laissé 
s'organiser  contre  cette  puissance.  En  France , 
on  s'était  épris  de  la  pensée  de  fonder  sur  la 
terre  libre  de  l'Amérique  une  colonie  destinée 
à  servir  de  refuge  aux  débris  des  armées  de 
l'empire.  «  Profitant,  dit  M.  Véron,  de  la  dis- 


position des  esprits  vers  la  fin  de  1818,  M.  Félix 
Desportes,  réfugié  lui-même  en  Allemagne, 
rentré  en  France  depuis  peu  de  temps,  eut 
l'idée  d'une  souscription  en  faveur  des  colons 
du  Champ  d'Asile.  11  communiqua  ce  projet  aux 
rédacteurs  de  Za  Minerve,  qui  ouvrirent  avec 
empressement  une  souscription  dans  leurs  bu- 
reaux. M.  Davillier,  banquier,  fut  le  dépositairt; 
des  fonds  versés.  Il  offrit  d'établir  à  Charles- 
town ,  par  ses  correspondants,  un  comité  chargé 
de  distribuer  des  secours  aux  Français,  soit  pour 
leur  établissement  en  Amérique ,  soit  pour  leur 
retour  en  France.  Tous  les  journaux  de  l'op- 
position publiaient  chaque  matin  les  noms  des 
souscripteurs  et  les  sommes  reçues.  Le  Champ 
d'Asile  occupait  un  terrain  que  se  disputaient 
l'Espagne  et  les  États-Unis.  Par  suite  de  conven- 
tions entre  les  deux  puissances,  les  États-Unis 
prirent  possession  de  ce  terrain  ,  et  les  Français 
furent  chassés  de  la  nouvelle  patrie  qu'ils  s'é- 
taient faite;  le  bruit  se  répandit  alors  à  Paris  que 
le  Champ  d'Asile  n'existait  plus.  La  souscription 
fut  close  le  l*""  juillet  1819;  elle  avait  produit 
quatre- vingt-quinze  mille  dix-huit  francs  seize  cen- 
times. A  cette  somme  s'ajoutèrent  les  bénéfices 
de  la  vente  d'une  Notice  sur  le  Champ  d'Asile 
publiée  par  le  libraire  Ladvocat  au  profit  des  ré- 
fugiés. Bientôt  des  lettres  de  New- York  appri- 
rent en  France  que  le  gouvernement  des  États- 
Unis  avait  songé  à  indemniser  les  colons  du 
Texas,  et  leur  avait  offert  en  échange  les  terres 
d'AIabama,  situées  sur  le  Tombeekbee.  Le  gé- 
néral Lefebvre-Desnouettes  se  rendit  au  congrès 
pour  régler  les  limites  de  l'Alabama ,  la  réparti- 
tion des  terres  ;  il  reçut  les  pouvoirs  nécessaires, 
et  la  colonie  fut  fondée.  On  lui  donna  le  nom 
d'État  ou  Canton  de  Marengo  ;  le  plan  d'une  ville 
fut  tracé;  on  l'appela  Aigleville ,  et  ses  rues  re- 
çurent les  noms  des  principales  victoires  aux- 
quelles les  réfugiés  avaient  pris  part.  L'établis- 
sement du  canton  de  Marengo  levait  tous  les 
doutes  sui-  l'emploi  à  faire  de  l'offrande  patrio- 
tique pour  le  Champ  d'Asile  ;  mais  il  ne  fut  jamais 
rendu  un  compte  exact  et  public  de  l'emploi  des 
fonds  de  cette  souscription.  »  La  nouvelle  colonie 
prospéra  ;  mais  Lailemand  n'eut  aucune  part  à 
sa  fondation.  11  songea  d'abord  à  s'associer  à 
une  maison  de  commerce  ;  puis  il  pensa  étudier 
les  lois  de  la  Louisiane  pour  se  taire  avocat,  ou 
bien  aller  rejoindre  les  insurgés  du  Mexique  ou 
de  Venezuela.  Enfin,  il  prit  à  ferme,  en  1819,  un 
grand  domaine  auprès  de  la  Nouvelle-Orléans.  Il 
s'occupait  toujours  de  l'enlèvement  de  Napoléon, 
entretenait  uue  correspondance  suivie  avec  l'île 
de  Sainte- Hélène,  et  avait  un  crédit  chez  les  ban- 
quiers de  Napoléon.  L'empereur  lui  légua  cent 
mille  francs  dans  son  testament.  Des  créanciers 
mirent  opposition  à  la  délivrance  de  ce  legs  sur 
les  fonds  qui  étaient  dans  les  mains  de  Laffitte 
(  V01J.  ce  nom  )  ;  Lailemand  emprunta  encore  des- 
sus ,  et  une  difficulté  s'élevait  sur  la  question  de 
savoir  s'il  pouvait  hériter,  étant  mort  civilement 

1. 


% 


LALLEMAND 


par  suite  de  sa  condamnation  :  un  curateur  fut 
nommé  à  sa  succession,  et  la  procédure  traîna 
en  longueur.  Lorsque  la  France  fut  sur  le  poiat 
d'intervenir  en  Espagne  pour  rétablir  le  gouver- 
nement royal ,  le  général  Lallemand  revint  en 
Europe;  il  débarqua  à  Lisbonne  en  mai  1823,  et 
entra  bientôt  en  Espagne,  fut  fait  prisonnier 
et  enfermé  à  Cadix.  Mis  en  liberté  peu  de 
temps  après,  il  fit  faire  quelques  démarches 
par  sa  femme,  qui  était  restée  à  Paris,  pour  sa- 
voir s'il  pourrait  revenir  sans  danger  en  France  ; 
il  ne  reçut  pas  de  réponse  satisfaisante.  Le  bruit 
courut  à  cette  époque  qu'il  irait  servir  la  cause 
des  Grecs.  11  se  rendit  à  Bruxelles,  où  il  tomba 
dans  le  plus  grand  dénùment.  11  adressa  alors 
au  directeur  de  la  police  de  Paris,  Franchet,  une 
lettre  dans  laquelle  il  disait  qu'il  ne  pouvait  se 
dispense!'  de  Tenir  en  France  ;  qu'entre  mourir 
de  faim  ou  mourir  comme  le  brave  Ney,  il  n'y 
avait  pas  à  balancer,  et  qu'en  conséqueuce  il 
était  décidé  à  se  mettre  en  route  sans  sauf-conduit. 
11  arriva  en  effet  peu  de  jours  après  dans  la  ca- 
pitale, où  il  fut  reçu  par  les  généraux  Bertrand  et 
Montholon.  La  police  de  la  Restauration  le  laissa 
tranquillement  arranger  ses  affaires.  11  se  rendit 
ensuite  à  Londres,  et  retourna  aux  États-Unis,  où 
ilcréa  un  établissement  d'éducationà  New-York, 
qui  réussit.  Après  la  révolution  de  Juillet,  il  re- 
vint en  France.  Reconnu  dans  son  grade  de  lieu- 
tenant général,  il  fut  nommé  pair  de  France  le 
10  octobre  1832.  11  parla  peu  à  la  chambre,  et 
fut  chargé  en  1833  et  1834  d'inspections  de  ca- 
valerie. 11  fut  reçu  avec  enthousiasme  en  Corse, 
et  Louis-Philippe  lui  donna  le  commandement 
militaire  de  cette  île.  Le  général  y  resta  environ 
deux  ans ,  et  revint  mourir  à  Paris.  11  n'a  pas 
laissé  de  postérité.  L.  Lobvet. 

Arnault  Jay,  Jouy  et  Norvins,  Biogr.  nouv.  des  Con- 
temp.  —  Lardier,  Hist.  biogr.  de  la  Chambre  des  Pairs 
(Cent  Jours).  —  Véron,  Mém.  d'un  Bourgeois  de  Paris, 
tome  II,  p.  137.  —  Hartmann  et  Millard,  Le  Texas,  ou 
notice  histor.  sur  le  Champ  d'asile. 

LALLEMAND  (  Henri-Dominique  ,  baron), 
général  français,  frère  du  précédent,  né  à  Metz, 
le  18  octobre  1777,  mort  à  Borden-Town  ,  pro- 
vince de  New-Jersey  (Étals-Unis  d'Amérique), 
le  15  septembre  1823.  Il  fit  ses  études  militaires 
à  l'école  d'application  de  Châlons-sur-Marne,  et 
entra  dans  l'artillerie.  Chargé  du  commande- 
ment des  canonniers  à  cheval  de  la  garde  impé- 
riale, il  fut  employé  dans  toutes  les  guerres  de 
l'empire,  et  reçut  le  titre  de  baron.  Eu  1814  il 
était  général  de  brigade ,  et  c'est  avec  ce  grade 
qu'il  fit  la  campagne  de  France.  Après  la  chute 
de  Napoléon ,  il  fut  nommé  chevalier  de  Saint- 
Louis.  Il  était  à  La  Fère,  lorsqu'on  connut  le 
débarquement  de  Napoléon  au  golfe  Juan  ;  il  se 
réunit  à  son  frère  pour  essayer  d'opérer  quelque 
mouvement  parmi  les  troupes  en  garnison  dans 
le  département  de  l'Aisne.  Ayant  échoué  dans 
son  entreprise  sur  l'arsenal  de  La  Fère,  il  s'em- 
para du  moins  d'une  batterie  qui  arrivait  de  Vin- 
cennes.  Il  marcha  avec  son  frère  sur  Chauny  et  i 


Compiègne,  et  forcé  de  s'échapper  comme  lui,  il 
se  d('l'endit  avec  courage  contre  les  gendarmes 
qui  l'arrêtèrent  près  de  Château-Thierry  et  ne  pu- 
rent se  rendre  maîtres  de  lui  qu'après  l'avoir  ren- 
versé de  cheval  et  terrassé.  Emmené  jusqu'à 
Laon ,  il  fut  délivré  par  l'arrivée  de  Napoléon 
à  Paris.  Nommé  alors  lieutenant  général ,  il  com- 
battit à  Waterloo,  à  la  tête  de  l'artillerie  de  la 
garde,  et  y  fit  des  prodiges  de  valeur.  Il  se  sauva 
ensuite  en  Angleterre  sous  le  faux  nom  de  gé- 
néral Cottin,  et  sut  éditer  la  captivité.  Apprenant 
qu'il  était  privé  du  bénéfice  de  l'amnistie  par 
l'ordonnance  du  24  juillet  1815,  il  s'embarqua  à 
Liverpool  pour  Boston.  Compris  comme  son 
frère  dans  l'article  2  de  l'ordonnance  du  12  jan- 
vier 1816,  il  fut  aussi  condamné  à  mort  par 
contumace,  le  21  août  de  la  même  annéje.  En 
1817,  il  épousa  la  nièce  d'un  riche  négociant 
français  établi  à  Philadelphie,  nommé  Stephen 
Girard.  Il  avait  eu  part  au  projet  de  créer  une 
colonie  française  aux  États-Unis  avec  les  ré- 
fugiés ;  il  aida  son  frère  à  chercher  un  autre  éta- 
blissement que  celui  qui  avait  été  offert  par  le 
gouvernement  américain ,  et  signa  la  note  adres- 
sée au  roi  d'Espagne;  mais  il  resta  à  la  Nou- 
velle-Orléans ,  et  ne  fit  aucune  visite  au  Champ 
d'Asile.  Plus  tard  il  se  retira  à  Borden-Town , 
près  de  Philadelphie,  où  il  se  livra  à  l'étude.  Il  fit 
paraître  à  la  Nouvelle-Orléans  un  Traité  d'Ar- 
tillerie, en  2  vol.  in-4'',  dont  un  de  planches, 
qui  est  estimé ,  mais  dont  on  a  peu  d'exem- 
plaires en  France.  Cet  ouvrage  a  été  traduit  en 
anglais  par  le  professur  Renwick.      L.  L — t. 

Arnault,  Jay,  Jouy   et  Norvins,  Biogr.  nouv.  des  Con- 
temp.  —  Qiiérard,  La  France  Littéraire. 

LALLEMAKD  .(  Claude-François  ),  médecin 
français,  né  à  Metz,  le  26  janvier  1790, mort  à 
Marseille,  le  25  août  1854. 11  se  destinait  à  l'étude 
des  arts  du  dessin  ;  mais  le  vœu  de  ses  pai'ents 
lui  fit  embrasser  la  carrière  médicale.  Après 
deux  ans  passés  à  l'armée  d'Espagne,  en  qualité 
d'aide  major,  il  résolut  de  venir  à  Paris  faire  de 
sérieuses  études.  Arrivé  dans  la  capitale  en  1811, 
il  fut  nommé  l'année  suivante  élève  externe  des 
hôpitaux  à  la  suite  d'un  concours  dont  il  sortit 
le  premier.  Élève  interne  à  l'hôtel-Dieu ,  il  fut 
reçu  en  1818  docteur  à  la  suite'd'une  thèse  bril- 
lante. En  1819  il  fat  nommé  professeur  de  cli- 
nique chirurgicale  à  la  faculté  de  médecine  de 
Montpellier,  chaire  vacante  par  suite  d'une  émeute 
d'étudiants,  qui  avaient  entraîné  leur  professeur 
Vigarous  à  siffler  avec  eux  une  pièce  de  théâtre 
dont  le  préfet  de  l'Hérault  était  l'auteur.  Lalle- 
mand y  professa  d'une  manière  utile  et  produisit 
des  travaux  remarquables.  En  1823  ses  opinions 
politiques  furent  inculpées,  et  il  fut  destitué.  On 
lui  reprochait  notamment  d'avoir  donné  trop  de 
soins  à  un  colonel  constitutionnel  espagnol,  pri- 
.sonnier  à  Montpellier.  Trois  ans  après,  en  1826, 
Lallemand  fut  réintégré  dans  sa  chaire,  qu'il  con- 
serva jusqu'en  1845.  Élu  alors,  le  7  juillet,  par 
l'Académie  des  Sciences  dans  sa  section  de  mé- 


9  LALLEMAND  — 

decine  et  de  chirurgie,  à  la  place  de  Breschet,  il 
vint  se  fixer  à  Paris.  Ibrahim-Pacha,  fils  du  vice- 
roi  d'Egypte,  l'ayant  consulté,  Lallemand  attira 
ce  prince  en  Europe,  l'accompagna  en  Italie,  puis 
en  France,  et  jusqu'à  Paris,  où  le  roi  Louis- 
Philippe  lui  fit  une  grande  réception.  «Lallemand 
avait  fait  faire  à  son  malade,  dit  M.  Isidore  Bour- 
don, une  pause  de  plusieurs  mois ,  et  dans  la 
saison  d'hiver,  aux  bains  de  Vernet ,  qu'on  disait 
être  sa  propriété,  et  le  mieux  passager  qu'é- 
prouva le  prince  en  prenant  ces  eaux  minérales, 
dont  il  aspirait  les  chaudes  exhalaisons ,  donna 
aussitôt  à  rétablissement  thermal  une  vogue  et 
une  réputation  qu'il  n'avait  jamais  eues  et  qu'il 
n'a  pas  conservées.  «  Ibrahim  retomba  malade 
à  son  retour  en  Egypte.  Lallemand  se  rendit  au- 
près de  lui,  et  traita  aussi  le  vieux  Méhémet-Ali, 
avec  un  succès  qui  ne  se  maintint  pas.  En  1851 
il  fit  partie  du  jury  international  de  l'exposition 
universelle  de  Londres. 

L'ouvrage  du  docteur  Lallemand  Sur  l'Encé- 
phale était  devenu  classique  avant  d'être  ter- 
miné. 11  fut  traduit  dans  toutes  les  langues. 
«  Dans  cet  ouvrage,  publié  par  livraisons  et  sous 
la  forme  de  lettres  à  l'instar  de  celui  de  Morgagni, 
dont  il  suit  heureusement  les  traces,  M.  Lalle- 
mand rassemble,  dit  M.  Boisseau  ,  des  faits  tirés 
soit  de  sa  pratique,  soit  des  auteurs  qui  ont 
traité  des  affections  encéphaliques  ex  professa 
ou  par  occasion ,  soit  enfin  de  la  pratique  de 
quelques-uns  de  ses  confrères  qui  les  lui  ont 
communiqués.  C'est  sur  cette  base  large  et  solide 
qu'il  établit  des  principes  relatifs  au  diagnostic 
et  au  traitement  des  maladies  du  cerveau  et  des 
méninges  ;  déjà  il  a  prouvé  que  le  ramollissement 
de  la  substance  cérébrale  n'est  qu'un  effet  de 
l'inflammation  de  cette  substance ,  et  il  a  signalé 
avec  une  rare  exactitude  les  signes  auxquels  on 
peut  reconnaître  ce  ramollissement  avaat  la 
mort.  Il  s'est  servi  de  ces  données  pour  jeter 
une  vive  lumière  sur  une  foule  de  points  relatifs 
à  diverses  maladies  qui  jusque  là  n'avaient  offert 
aux  observateurs  les  plus  attentifs  qu'un  amas 
confus  de  symptômes.  »  Les  lettres  sur  l'encé- 
phale attirèrent  auprès  de  leur  auteur  une  foule 
de  personnes  atteintes  de  dérangements  dans  les 
fonctions  de  ce  viscère.  Bientôt  il  reconnut  que 
ces  dérangements  étaient  loin  de  tenir  toujours 
à  une  lésion  réelle  du  cerveau  ou  de  la  moelle 
épinière.  Chez  certains  malades  il  voyait  l'intel- 
ligence, la  mémoire,  la  sensibilité  diminuer  ou 
se  pervertir,  les  mouvements  devenir  difficiles 
et  incertains,  les  menaces  d'apoplexie  se  mani- 
fester, quoique  les  signes  essentiels  des  affec- 
tions cérébrales  manquassent  entièrement.  Après 
bien  des  recherches ,  il  attribua  ces  perturbations 
étranges  à  une  seule  cause  :  les  pertes  sémi- 
nales involontaires  et  habituelles.  «  Lallemand 
était  un  des  meilleurs  chirurgiens  de  Paris  et 
cependant  un  des  moins  occupés,  dit  M.  Isi- 
dore Bourdon.  Bien  que  son  élocution  fût  pé- 
nible et  d'une  lenteur  incomparable,  sa  con- 


LALLEMANDET 


10 


versation  ou  plutôt  ses  monologues  avaient  un 
charme  singulier.  Rarement  conteur  fut  aussi 
patiemment  écouté  et  plus  applaudi.  «  Il  laissa  à 
l'Institut  une  somme  de  cinquante  mille  francs  à 
charge  d'en  employer  le  revenue  l'encouragement 
des  sciences. 

On  a  du  docteur  Lallemand  :  Propositions  de 
pathologie  tendant  à  éclairer  plusieurs  points 
dephysiolgïe  ;  Paris,  1818,  in-4°  :  cette  thèse  re- 
marquable a  été  réimprimée  sous  ce  titre  :  Ob- 
servations pathologiques  propres  à  éclairer 
plusieurs  points  de  physiologie;  Paris,  1824, 
in-8°  ;  —  Recherches  anatomico-pathologiques 
sur  l'encéphale  et  ses  dépendances ,  tome  I" 
(Lettres  I  à  m);  Paris,  1820-1824,  3  cahiers 
in-8°  ;  tome  II  (  Lettres  IV  à  V  )  ;  Paris,  1830,  2 
cahiers  in-8">;  Paris,  1834-1836,  3  vol.  in-8°; 
—  Observations  sur  les  maladies  des  organes 
génito-urinain s  ;  Paris,  1824-1826,  2  parties 
in-8°  ;  —  Pièces  relatives  à  la  stispension  de 
M.  Lallemand,  professeur  à  la  faculté  de 
médecine  de  Montpellier,  dans  ses  fonctions 
de  chirurgien  en  chef  de  l'hôpital  Saint-Éloi; 
Metz,  1824,  in-8°  ;  —  Observations  sur  une  tu- 
meur anévrismale  accompagnée  d'une  cir- 
constance insolite,  suivie  d'observations  et  de 
réflexions  sur  des  tumeurs  sanguines  d'un 
caractère  ég'MîVog'Me,  par  Breschet;  Paris,  1827, 
in-4'=;  —  Des  pertes  séminales  involontaires; 
Paris,  1835-1842,  3  vol.  in-8°,  en  5  parties;  — 
Observations  sur  Vorigine  et  le  mode  de  dé- 
veloppement des  zoospermes;  Paris,  1841  ;  — 
Clinique  médico-chirurgicale, r%ç,yiG\\\\^  et  ré- 
digi'e  par  H.  Kaula  ;  1845,  2  parties  in-8°;  — 
Éducation  publique,  première  partie;  Paris, 
1848,  in-12.  Ce  travail,  relatif  à  l'éducation  phy- 
sique ,  a  paru  d'abord  dans  la  Revue  indépen- 
dante. Le  docteur  Lallemand  a  revu  la  3*  édi- 
tion du  Manuel  d'Obstétrique  de  Dugès.  Il  a 
donné  des  articles  au  Dictionnaire  de  Méde- 
cine et  de  Chirurgie  pratiques  et  à  divers  jour- 
naux de  médecine.  Parfois  il  consigna  d'impor- 
tantes découvertes  dans  des  articles  fugitifs; 
c'est  ainsi  qu'il  indiqua  un  moyen  de  guérir  les 
fistules  vésico-vaginales ,  jusque  alors  regardées 
comme  incurables,  et  plusieurs  autres  procédés 
chirurgicaux  précieux.  Enfin,  il  a  publié  avec 
M.  A.  Pappas  :  Aphorismes  d'Hippocrate ,  tra- 
duits en  français  avec  le  texte  en  regard  et  des 
notes.  L.  L — t. 

F.-G.  Boisseau,  dans  la  Biogr.  Médicale.  —  Isld.  Bour- 
don, dans  le  Dtct.  de  la  Conversation.  —  Querard,  La 
France  Littéraire.  —  Bourquelot  et  Maury,  La  Littér. 
Franc,  contemp. 

LALLEMANDET  (/eaw),  canoniste  français, 
né  à  Besançon,  en  1595,  mort  à  Prague,  le  10  no- 
vembre 1647.  11  entra  dans  l'ordre  des  Minimes, 
et  passa  en  Allt.nagne,  où  il  professa  la  philoso- 
phie et  la  théologie.  En  1641  il  fut  élu  provincial 
pour  la  haute  Allemagne,  la  Bohême  et  la  Mo- 
ravie. On  a  de  lui  :  Decisiones  Philosophicse, 
tribus  partibus  comprehensœ  ;  Mimich,  1645 
et  1646,  in-fol.;  réimprimé   sous  le  titre  de  ; 


11  L  ALLEMAND  ET 

Ctirsus  philosophicus ;  Lyon,  1656,  in-foJ.; 
J'auteur  s'y  montre  partisan  des  nominaux- 
néanmoins,  son  ouvrage  eut  jadis  une  urande 
célébrité  en  Allemagne;— Cwr^rw  Thcologku», 
in  quo  discursis  hinc  inde  thomistarum  et 
scoHstarum  prxnpuis  fundamentis,  decisiva 
sententia  pronuncintur  ;  Lyon,  1656,  in-fol.- 
ouvrage  posttiumo  pnhlié  par  le  P.  d'Orchamps,' 
général  des  minimes;  —  De  Eucharïstln] 
resté  manuscrit;  —  Elucidationes  in  Imtilii- 
tlonesJuris  civilis  ,  id.  ;  —  Institutum  Juris 
(fanonici,  id.  A.  L. 

Vogt,  Catalogus  historico-criticus.  -  Brticker    His- 
toria  n-iticu  Philosopàùe ,■  Leipzig ,  i74i ,  s  vol.     ' 

I.ALI.EMAIKT   {Pierre),  écrivain  mystique 
fraaçais,  né  en  1622,  à  Reims,  mort  le  18  février 
1673,  à  Paris.  II  vint  achever  son   ('ducalicn  à 
Paris,  prit  le  grade  de  baciielier  en  théologie,  et 
professa  quelque  temps  la  rhétorique  au  collège 
du  cardinal  Lemoine.  «  Sa  méthode,  dit  un  de 
ses  biographes,  était  d'exercer  ses  écoliers  et  de 
s'exercer  lui-même  à  parler  sur-le-champ  et  à  écrire 
sur  toutes  sortes  de  sujets  :  aussi  fit-ii  d'excellents 
disciples  et  se    rendit-il  un   trè.s-grand  maître 
dans  l'art  de  ia  parole.  ■■>  En  plusieurs  circons- 
tances il  fut  chargé  de  prononcer  des  sermons,  des 
oraisons  funèbres  et  des  harangues  ;  il  .s'acquitta 
de  ce  soin  avec  faut  de  talent  que  l'université 
de  Paris  lui  offrit  l'emploi  de  recteur.  Pendant 
les  trois  années  qu'il  l'occupa,  il  n'y  eut  qu'une 
voix  sur  son  compte  :  le  parlement  et  la  cour, 
devant  lesquels  il  eut   occasion  de  déployer  les 
ressources  de  son  éloquence,  ne  tarissaient  pas 
d'éloges.  Pourtant  on  le  vit  subitement  renoncer 
à  une  position  si  avantageuse  pour  se  retirer  à 
Saint- Vincent  deSenhs,  maison. qui  appartenait 
à  la  congrégation  de  Sainte-Geneviève ,  et  s'y 
livrer  aux  pratiques  d'une   piété  fervente  ainsi 
qu'aux  œuvres  de  charité.  La  dignité  de  chan- 
celier de  l'université  étant  devenue  vacante  par 
la  mort  du  P.  Fronteau  (  1662),  LaiJemant ,  après 
quelque  résistance,  s'en  laissa  revêtir,  et  porta 
dans  le  maniement  des  affaires  ou  la  décision 
des  contestations  qui  lui   furent  soumises  une 
habileté  et  un  tact  exquis.  Le  roi  et  le  pape  lui 
conaèrent  plusieurs   fois  le  soin   de  mettre  la 
paix  dans  les  maisons  religieuses  ou  d'y  rétablir 
la  discipline.  Vers  la  fin  de  sa  vie,  il  fit  nommer  le 
P.  Retelet  pour  son  successeur,  et  ne  songea  plus 
qu'à  se  préparer  à  la  mort.  On  a  delui  :  Éloge  du 
P.  Fronteau;  —  Le  Testament  spirituel;  Pa- 
ns, 1672,  in-12  ;  —  La  Mort  des  Justes  ;  Paris, 
1672,  in-12  ;  —  Les  saints  Désirs  de  la  mort'; 
Paris,  1673,  in-12.   Ces  trois  derniers  traités' 
plusieurs  fois  réimprimés,  ont  été  réunis  sous  lé 
titre  :  Les  saints  Désirs  de  la  Mort,  ou  recueil 
de  quelques  peyisées  des  Pères  de  V Église  • 
Pans ,  1754,  in-12  ;  —  Éloge  funèbre  de  Pom- 
ponne de  Bellièvre,  in-4''.  Le  P.  Sanlecque  a 
composé  sur  la  mort  de  P.  LaUemant  un  poëme 
latin  :  In  obitum  Lallemanni  Carmen.    K 

Grosipy,   'ip/iemérides- mnnt.  Hist.  de  Reims   - 
nommes  illustres  du  dix-septième  siècle. 


—  LALLEMANT  33 

LALLEMANT    (Jacques- Philippe) ,  auteur 
ascétique  français,  né  vers   1660,  à   Saint- Va- 
lery-sur-Somme,  mort  en  1748,  à  Paris.  Élève 
des  jésuites ,  il  devint  pyieur  de  Sainte-Gene- 
viève, et  mourut  dans  un  âge  très-avancé.  Dé- 
voué au  P.  Tellier,  il  défendit  à  plusieurs  re- 
prises les  décisions  de  l'Église  dans  la  question 
du    jansénisme.    On   a  de  lui    :  Enchiridion 
Christianum;  Paris,  1692,  in-12;  —  Journal 
historique  des  Assemblées  tenues  en  Sorbonne 
pour  condamner  les   Mémoires  delà  Chine; 
ibid.,  1700  et  1701,  in-8»,  rédigé  en  faveur  du 
P.  Le  Comte ,  qui  dans  ces  Mémoires  avait  fait 
un  grand  éloge  de  l'esprit  religieux  et  de  la  mo- 
rale des  Chinois;  l'ouvrage  fut  dénoncé  à  la  Sor- 
bonne, où  se  tinrent  à  ce  sujet  des  débats  fort 
animés,  et  la  cour  de  Rome  envoya  même  des 
députés  en   Chine  pour  vérifier  les  assertions 
du  missionnaire  ;  —  Le  P.  Quesnel  séditieux 
dans  ses   Réflexions  sur  le  Nouveau    Testa- 
ment; (Bruxelles)  1704,  in-12;  —  Jansenius 
condamné  par  V  Église,  par  lui-même  et  ses 
défenseurs,  et  par  saint  Augustin  ;V,T{i\t\\e?,, 
1705,  in-12;  —  Le  véritable  Esprit  des  nou- 
veaux Di.mples  de  saint  Augustin,  lettres 
d'un   licencié  de  Sorbonne  à  un  vicaire  gé- 
néral  d'un  diocèse  des  Pays-Bas;  Bruxelles 
1706  et  ann.  suiv.,  4    vol.  in-12:  ouvrage  re- 
marquable, qui  ne  manque  ni  d'intérêt  ni  de  sel  ; 
les  jansénistes  attribuent  encore  au  P.  Lallemant 
divers  opuscules  critiques  qui  ont  paru  sous  le 
voile  de  l'anonyme;  —Le  Sens  propre  et  lit- 
téral des  Psaumes  ;  Paris,  1707,  in-12  ;  1 2""  édit. 
1772;  réimpr..  depuis  1808  sous  le  titre   :  Les 
Psaumes  de  David,  en  latin  et  en  français 
et  annoncé  par  l'auteur  comme  ayant  été  com- 
posé en  1700;  —Histoire  des  contestations  sur 
la  Diplomatique  du  P.  Mabillon  ;  Paris,  1708, 
in-12  ;Naples,  1767,  in-S":  attribuée  quelquefois 
à  l'abbé  Raguet;  —  Réflexions  morales,  avec 
des  notes  sur  le  Nouveau  Testament ,  trad.  en 
français,  et  la  concordance  des  évangélistes  • 
Paris,    1713-1714,  11   vol.  in-12;  Liège,  1793' 
12  vol.  in-12  ;  Lille,  1839,  5  vol.  in-8°  ;  la  tra- 
duction du  Nouveau  Testament  est  celle  du 
P.  Bouhours,  les  notes  sont  du  P.  Languedoc; 
l'auteur  eut  le  dessein,  en  donnant  ces  Réflexions, 
de  les  opposer  à  celles  du  P.  Quesnel,  et  il   les 
fit  précéder  de  l'approbation   de  Fénelon  et  de 
vingt-trois  autres  évêques  ;  —  Nouvelle  Inter- 
prétation des  Psaumes  de  David,   avec   le 
texte  latin  et  des  réflexions  courtes  et  tou- 
chantes (anonyme);  Paris,  1717,  in-12;  —Ze,s 
saints  Désirs    de  la   Mort,    ou  recueil  de 
quelques  pensées  des  Pères  de  l'Église  pour 
montrer  comment  les  chrétiens  doivent  mé- 
priser la  vie  et  souhaiter  la  mort  ;  Lyon  , 
nouv.  édit.,  1826,  in-18;  —  Entretiens  de  la 
comtesse,  de  la  prieure,  du  commandeur, 
d'un  évéqae,  etc.,  au  sujet  des  affaires  pré- 
sentes par  rapport  à  la  religion   (Avignon), 
1736-1741    9  vol.  in-12    etc.  traduction  de  1'/- 


13 


LA.LLEMANT  —  TALLI 


milation  de  Jésus-Christ  ;  Paris,  1740,  in-12  : 
travail  estimé  dont  il  s'est  fait  plus  de  quinze 
éditioiis.  Le  P.  Lallemand  a  révisé  les  Mémoires 
Chronologiques  et  Dogmatiques  du  P.  d'Avri- 
gny,  et  il  y  a  lieu  de  croire  qu'il  n'est  pas  resté 
étranger  à  la  rédaction  du  Supplément  aux 
JSouvelles  ecclésiastiques,  que  les  Jésuites 
firent  paraître  de  1734  à  1748. 

Un  autre  jésuite  du  même  nom,  Louis  Lalle- 
MANT,  né  en  1578,  à  Chàlons-sur-Marne,  mort  en 
1635,  à  Bourges,  est  auteur  d'une  Doctrine 
spirituelle,  recueillie  d'abord  sous  le  titre  de 
Maximes.  Sa  Vie  a  été  publiée  par  le  P.  Cham- 
pion ;  Paris,  1694,  in-12.  Paul  Lodisy. 

Dcsessarts,  Siècles  Littéraires.  —  Feiler,  Dictionn. 
Historique.  —  Richard  et  Giraaû,BibUotli.  Sacrée,  XIV. 
—  Journal  des  Savants,  1695  et  1736.  —  La  France  Lit- 
téruirc. 

I.ALLEMANT  (Rjc/ïarrf  CoNTERw),  Célèbre 
iin{>rimeur  français,  né  le  2  mars  1726,  à  Rouen, 
où  il  mourut,  le 3  avril  1807.  11  fut  ap|>elé  plu- 
sieurs l'ois  aux  fonctions  de  juge-syndic  du  com- 
merce, fut  nommé  échevin,  puis  maire  de  la  ville, 
et  reçut  des  lettres  de  noblesse  du  roiLouisXV. 
Outre  i>lusieurs  bonnes  éditions  de  classiques , 
il  publia  :  Le  petit  Apparat  royal,  ou  nouveau 
Dictionnaire  Français-Latin ,  nouvelle  édi- 
tion, etc.,  1760.  Cette  édition  a  servi  de  base  à 
celles  qui  ont  paru  sous  le  titre  de  :  Diction- 
naire universel  Français-Latin,  qui  fut  corrigé 
et  augmenté  depuis  par  Boinvilliers.  Richard 
Laileraand  a  publié  aussi ,  avec  ses  frères , 
une  Bibliothèque  historique  et  critique  des 
Théreuticographes  (ou  auteurs  qui  ont  écrit  sur 
la  chasse)  ;  Rouen,  1763,  in-8°;  livre  qui  offre 
une  excellente  analyse  de  tous  les  livres  qui  ont 
paru  sur  cette  matière.  11  a  été  réimprimé 
dans  V École  de  la  Chasse  de  Leverrier  de  La 
Conterie.  G.  de    F. 

Précis  des  Travaux  de  l'Acad.  de  Rouen,  ann.  1811. 

LALLEM ANT  (A'icoZfls  CoNTEEAY  DE  ),  ma- 
thématicien français,  frère  du  précédent,  né  le 
26  avril  1739,  à  Renwez  (Ardennes),  mort  le 
12  septembre  1829  (l),  à  Paris.  Après  avoir  été 
pendant  quelque  temps  l'associé  de  son  frère  pour 
la  librairie,  il  acquit  assez  de  réputation  par  ses 
talents  pour  que  Louis  XV  loi  envoyât  des  let- 
tres de  noblesse.  En  1764,  il  succéda  à  l'abbé 
Jurain  dans  la  chaire  de  mathématiques  de 
Reims,  qu'il  occupa  pendant  trente-deux  ans. 
Il  fut  également  examinateur  pour  l'admission 
dans  le  génie,  l'artillerie  et  les  ponts  et  chaus- 
sées, et  fit  partie  de  l'Institut  à  titre  de  corres- 
pondant. 11  aida  beaucoup  son  frère  dans  la 
composition  du  Dictionnaire  universel  fran- 
çais-latin; Paris,  4=  édit.,  1823,  in-S";  — 
et  de  la  Bibliothèque  historique  et  critique 
des  Théreuticographes  ;  Rouen,  1763,  in-8°. 
P.  L— Y. 

(1)  Ou  le  11  octobre  de  la  même  année,  d'après  la 
Biographie  Ardcnnaise.  C'est  par  erreur  que  la  Biogra- 
phie des  Contemporains  tic  Rabbe  le   fait  mourir  en 

1807. 


i4 

■  Rabbe,  Biog. 


Boulliot,  Biographie  Jrdennaise,  t.  II. 
univ.  des  Contemporains. 

LALLEMENT   (Guillaume),  littérateur   et 

journaliste  français,  né  le  25  décembre  1782,  à 
Metz ,  mort  à  la  fin  de  1829,  à  Paris.  11  vint  à 
Paris  sous  la  Révolution  ,  suppléa  par  la  lecture 
à  l'imperfection  de  ses  études,  remplit  tour  à 
tour  dans  une  imprimerie  les  fonctions  de  prote 
et  de  correcteur.  Devenu  secrétaire  de  Félix  Le- 
pelletier,  il  se  mit  en  relations  avec  plusieurs 
gens  de  lettres  connus,  et  eut,  dit-on,  une  part 
considérable,  mais  secrète,  à  leurs  travaux.  Sous 
l'empire,  il  signa  de  son  nom  plusieurs  pièces 
de  poésies  en  l'honneur  de  Napoléon,  marquées 
au  coin  du  plus  ardent  enthousiasme.  En  1815 
il  se  jeta  dans  les  rangs  de  l'opposition  et  se  fit 
journaliste  ;  après  avoir  travaillé  à  L' Aristarque, 
il  fut  obligé,  en  1816,  de  se  réfugier  eu  Belgique, 
où,  en  compagnie  d'autres  réfugiés  français,  il 
fonda  le  Journal  de  la  Flandre  orientale  et 
occidentale,  qui  s'imprimait  à  Gand.  Compro- 
mis par  la  violence  de  ses  articles  satiriques 
contre  les  Courbons,  il  dut  quitter  le  pays  et 
passer  à  Aix-la-Chapelle;  le  gouvernement 
prussien  lui  ayant  interdit  le  séjour  de  la  Prusse 
rhénane ,  il  revint ,  sous  un  déguisement ,  en 
Belgique,  rédigea  la  Gazette  de  Liège,  et  colla- 
bora au  Vrai  Libéral  de  Bruxelles.  Deux  ans 
après,  il  fut  expulsé  de  nouveau  et  ramené  jus- 
qu'à la  frontière  de  France  entre  deux  gendar- 
mes. Depuis  cette  époque,  sans  renoncer  com- 
plètement à  la  presse  politique,  il  contribua 
d'une  manière  plus  active  à  la  rédaction  des 
journaux  littéraires,  tels  queZe  Feuilleton  litté- 
raire (1824),  Xe  Diable  boiteux,  Le  Fron- 
deur, etc.  On  a  de  lui  :  Le  Secrétaire  royal 
parisien ,  ou  tableau  indicatif  de  tout  ce  qui 
dans  Paris  peut  intéresser,  etc.  ;  Paris,  1814, 
in-12;  —  De  la  véritable  Légitimité  des  Sou- 
verains, de  l'Élévation  et  de  la  Chute  des  Dy- 
nasties en  France;  Mo.,  1815,  in-8°:  brochure 
napoléonienne;  —  Le  petit  Roman  d'une 
grande  Histoire,  ou  vingt  ans  d'une  plume; 
ibid,,  1818,  fn-8°;  —  Choix  des  rapports, 
opinions  et  discours  prononcés  à  la  tribune 
nationale  depuis  1789,  recueillis  dans  un 
ordre  histoi'iqzie ;  ibid:,  1818-1823,  22  vol. 
in-8°,  recueil  rédigé  dans  un  esprit  libéral  ;  — 
Histoire  de  la  Colombie  ;  MA.,  1826,  in-8°  ; 
1827,  in-32  :  qui  est,  dit-on,  le  premier  travail 
de  ce  genre  dont  cette  république  ait  été  l'objet 
en  France.  Lallemenl  a  encore  rédigé  la  Table 
de  l'Histoire  de  /*>'awce  de  l'abbé  Montgaillard. 

Son  fils  aîné,  Lallement  (  Félix  ),  né  à  Paris. 
le  30  mars  1805,  a  travaillé  à  plusieurs  journaux 
scientifiques  et  littéraires  ;  il  est  auteur,  avec 
Maitebrun,  du  Dictionnaire  géographique  por- 
tatif; Paris,  1827,  2  vol.  in-16.      Paul  Louisy. 

Rabbe,  Biog.  univ.  et  portât,  des  Contemporains.  — 
Bégin,  Biog.  de  la  Moselle  ,  t.  IV.  —  Quérard,  La 
France  Littéraire. 

LALiii  (  Jean-Baptiste),  poëte  et  juriscon- 
sulte itahen ,  né  à  Norsia ,  ville  de  l'Ombrie,  le 


15 


LALLY 


t6 


1"  juillet  1572,  mort  le  3  février  1637.  A 
l'âge  de  quinze  ans,  il  composa  un  poërne  italien 
sur  la  Vie  de  saint  Eustache.  Plus  tard  quel- 
ques vers  latins  sur  la  mort  d'Alexandre  Farnèse 
lui  valurent  une  pension  de  cent  ducats;  il  s'en 
servit  pour  étudier  le  droit  à  Pérouse.  Reçu 
docteur  en  1558,  il  fut  nommé  la  même  année 
gouverneur  de  Tessenano,  et  devint  podestat  de 
Foligno  ;  il  quitta  ses  fonctions  publiques  à  cause 
de  l'affaiblissement  de  son  ouïe.  Il  employa  dès 
lors  sa  retraite  à  composer  plusieurs  poèmes, 
qui  lui  ont  assigné  un  rang  distingué  dans  la  littéra- 
ture italienne.  C'est  surtout  dans  le  genre  badin  et 
burlesque  que  Lalli  a  excellé.  On  a  de  lui  :  Con- 
clusiones  in  utroque  jure;  Pérouse,  1598;  — 
La  Moscheide,  overo  Domiziano  Moschicidc  ; 
Vicenze,  1619;  Venise,  1624;  Milan,  162G  ; 
Bracciano,  1640,  in- 12  :  récit  très-amusant  de 
la  guerre  de  l'empereur  Domitien  contre  Raspon, 
le  roi  des  mouches;  —  Montant  Secessus  pe- 
rigraphi;  Foligno,  1624,  in-4°;  —  La  Fran- 
ceide,overo  del  Mal  Francese,poema  giocoso  ; 
Venise,  1629,  )n-12;  Foligno,  1629;  «l'auteur, 
dit  Nicéron,  a  su  traiter  ce  sujet  délicat  d'une 
manière  modeste;  « — Il  Tito,  overo  la  Gierusa- 
lemme  desolata ,  poema  heroico  ;  Venise  , 
1629  ;  Foligno,  1635,  mAl;  — Opère  poetiche, 
cioè  la  Franceide ,  la  Moscheide ,  Gerusa- 
lemme  desolata,  rime  giocose,  rime  del  Pe- 
trarca  in  stil  burlesco  ;  Milan,  1630,  in-12  ;  — 
L'Enéide  travestita;  Rome,  1633  et  Venise, 
1635,  in-12  ;  dans  cette  parodie  Lalli  a  su  éviter 
la  bouffonnerie,  souvent  répugnante,  dans  la- 
quelle Scarron  est  tombé  ;  —  Rime  sacre  ;  Fo- 
ligno, 1637;  —  Egloghe  et  ultime  poésie, 
premer  titre  suivi  de  ce  second  :  Poésie  nuova , 
volume  postumo ,  cioè  :  L' Egloghe  di  Vir- 
gilio  tradotte  ;  Epistole  giocose;  Rime  del  Pe- 
trarca  trasformate  ;  Sonnetti  gravi  e  Cen- 
tone  ;  La  Vita  dell'  autore;  Rome,  1638,  in-12  ; 
recueil  publié  par  le  fils  de  Lalli,  Jean  Lalli,  qui 
y  a  inséré  plusieurs  pièces  de  poésie.  Enfin, 
Lalli  a  aussi  publié,  au  dire  de  Jacobilli,  un  ou- 
vrage de  droit  intitulé  :  Viridarium  practica- 
bilium  materiarum  in  utroque  jure ,  or- 
dine  alphabetico  concinuatum.        E.  G. 

Fita  di  Lalli  (à  la  fio  des  Poésie  nuove  de  Lalli).  — 
Rossl,  Pinacotheca,  pars  I.  —  Glorie  de  gli  incogniti  di 
fenetia  ;  Venise,  1647,  in-i",  p.  222.  —  L.  Jacobilli, 
Dibl.  Umbrix.  —  Nicéron,  Mémoires,  t.  XXXIII.  —  Ti- 
raboschi,  Storia  delta  Letter.  Ital.,  t.  VIII. 

LALLY  (  Thomas- Arthur,  baron  de  Tollen- 
DAL,  comte  DE  ) ,  lieutenant  général  et  gouver- 
neur des  Indes  françaises ,  né  à  Romans  (  Dau- 
phiné),  en  janvier  1702,  décapité  à  Paris,  le 
9  mai  1766.  Sa  famille  était  une  des  plus  nobles 
d'Irlande;  ses  ancêtres  jusqu'en  1541  portèrent 
le  titre  de  chieftain  ;  ils  émigrèrent  à  la  suite  des 
Stuarts.  Son  père,  sir  Gérard  Lally,  commandait 
le  régiment  irlandais  au  service  de  France  dont 
son  oncle ,  le  général  Dillon  (  voy.  ce  nom  ),  était 
propriétaire.  L'éducation  du  jeune  Lally  fut  es- 
sentiellement militaire;  pendant  le  temps  de  ses 


vacances,  il  rejoignait  son  père  aux  armées  ;  dès 
l'âge  de  huit  ans  il  assistait  avec  lui  au  siège  de 
Girone,  et  à  douze  ans  il  montait,  comme  capi- 
taine, sa  première  garde  de  tranchée  devant  Bar- 
celone. Cependant  la  mort  du  régent,  son  pro- 
tecteur, ralentit  un  peu  son  avancement ,  et 
en  1732  il  n'était  encore  qu'aide  major.  Sa  bril- 
lante conduite  au  siège  de  Kehl  (1733),  et  àcelui 
de  Philisbourg ,  où  il  sauva  la  vie  à  sou  père,  lui 
valut  le  grade  de  major.  La  guerre  terminée, 
Lally,  qui  souffrait  impatiemment  l'oisiveté,  rêva 
le  rétablissement  de  Jacques  III  sur  le  trône 
anglais.  Après  avoir  été  en  Angleterre  nouer 
des  relations  favorables  à  son  projet,  il  voulut 
intéresser  les  cours  du  Nord  à  la  restauration 
des  Stuarts,  sous  le  prétexte  d'aller  servir  dans 
l'armée  russe,  que  commandait  alors  son  oncle,  le 
général  Lascy.  Il  se  disposait  à  partir  lorsque  le 
cardinal  de  Fleury  le  chargea  d'une  mission 
secrète  pour  l'impératrice  de  Russie.  Il  fut 
fort  bien  accueilli  à  Saint-Pétersbourg,  mais 
ne  tarda  pas  à  se  convaincre  que  la  cour  mos- 
covite était  peu  disposée  à  appuyer  Jacques  III, 
et  même  à  s'allier  intimement  avec  la  France.  Ce 
mauvais  résultat  fut  peut-être  dû  à  l'indécision 
habituelle  du  cai-dinal,qui  laissait  son  agent  sans 
instnictions  précises.  D'un  caractère  bouillant 
et  incapable  de  rester  dans  une  fausse  position , 
Lally  quitta  brusquement  Saint-Pétersbourg,  et 
vint  reprocher  au  ministre  français  son  silence 
compromettant.  «  J'ai  cru  entrer  en  Russie 
comme  un  lion ,  lui  dit-il ,  et  grâce  à  vous  je  me 
regarde  heureux  d'en  être  sorti  comme  un  re- 
nard. »  Fleury,  déconcerté ,  s'excusa  de  son 
mieux,  promit  d'examiner  deux  mémoires  que 
lui  avait  remis  Lally  sur  la  question  de  l'union 
des  deux  plus  grandes  puissances  européennes  ; 
mais  il  mourut  avant  d'avoir  rendu  une  réponse. 

En  1741,  les  hostilités  éclatèrent  de  nouveau  : 
Lally  déploya  tant  d'habileté  dans  la  campagne 
de  Flandre  que  le  maréchal  de  Noailles  le  de- 
manda pour  aide  major  général.  Ce  fut  en  cette 
qualité  qu'il  prit  une  part  active  à  la  bataille  de 
Dettingen,  aux  sièges  de  Menin,  d'Ypres  et  de 
Furnes.  En  1744  on  créa  pour  lui  et  sous  son 
nom  un  nouveau  régiment  irlandais.  En  quatre 
mois  Lally  l'organisa  si  bien  qu'on  lui  dut  la  prise 
de  Tournai.  A  Fontenoy,  de  l'aveu  du  maréchal 
de  Saxe ,  la  brigade  irlandaise  décida  de  la  vic- 
toire en  dispersant  à  la  baïonnette  la  terrible 
colonne  anglaise  qu'avaient  ouverte  l'artillerie  du 
duc  de  Richelieu  et  la  cavalerie  de  la  maison  du 
roi.  Louis  XV  nomma  Lally  brigadier  sur  le 
champ  de  bataille. 

Charles-Edouard  venait  de  débarquer  en 
Ecosse  (1745);  il  y  rassembla  rapidement  une 
armée  de  montagnards,  et  fit  proclamer  son  père 
roi  et  lui-même  régent.  Lally  proposa  au  ca- 
binet de  Versailles  d'envoyer  dix  mille  Français 
en  Ecosse  pour  soutenir  les  Stuarts.  Ce  projet 
fut  accueilli ,  mais  i>oint  exécuté.  Le  duc  de 
Richelieu  fut  nommé  commandant  en  chef  de 


17 

l'expédition  et  Lally  maréchal  général  des  logis 
de  l'armée.  U  prit  les  devants  avec  quelques 
volontaires,  aborda  en  Ecosse,  où  il  joignit  aus- 
sitôt Charles-Edouard.  Il  servit  d'aide  de  camp 
à  ce  prince  à  la  bataille  de  Falkirk.  Puis  il  se 
rendit  à  Londres,  passa  en  Irlandre,  et  revint  à 
Londres,  où  sa  tête  était  mise  à  prix.  Mais,  dé- 
guisé en  matelot,  il  s'échappa  parmi  des  contre- 
bandiers ,  et  se  fit  débarquer  à  Dunkerque. 

La  journée  de  Culloden  avait  ruiné  les  espé- 
rances des  jacobites  ;  Lally  rentra  dès  lors  dans 
les  rangs  de  l'armée  française.  En  1747  on  le 
retrouve  auv  premiers  rangs  dans  Anvers  et  à  la 
bataille  de  Lawfeldt.  A  Berg-op-Zoora  il  faillit 
être  englouti  par  l'explosion  d'une  mine  et  fut 
pris  dans  une  embuscade.  Échangé  quelque 
temps  après ,  il  fut  encore  blessé  à  la  prise  de 
Maëstricht;  cela  lui  valut  le  grade  de  maréchal 
de  camp. 

En  1755,  les  Anglais  prirent,  sans  déclaration 
de  guerre,  deux  bâtiments  français  dans  les 
eaux  de  Terre-Neuve.  Malgré  sa  longanimité,  le 
cabinet  de  Versailles  s'émut  de  cette  violation 
du  droit  commun;  il  appela  dans  ses  délibé- 
rations Lally,  qui  proposa  ou  de  reconduire 
Charles-Edouard  en  Angleterre  avec  une  armée 
et  une  flotte  convenables,  qu'il  se  chargeait  d'u- 
tiliser glorieusement,  ou  d'attaquer  les  Anglais 
dans  l'Inde,  ou  bien  encore  de  leur  enlever  leurs 
colonies  d'Amérique;  «  mais,  ajoutait-il ,  il  faut 
penser  vite  et  agir  de  même  ».  Les  ministres 
français  se  décidèrent  pour  la  voie  des  négocia- 
tions. Pendant  qu'on  négociait,  l'Angleterre  con- 
tinuait les  hostilités,  et  la  France,  au  boui  d'une 
année,  alors  même  que  les  hostilités  n'étaient  pas 
déclarées,  avait  déjà  vu  son  commerce  ruiné,  deux 
cent  cinquante  de  ses  navires  pris,  coulés  ou  brû- 
lés, et  quatre  mille  de  ses  marins  tués  ou  jetés 
sur  d'infects  pontons.  Alors  on  se  décida  à  en- 
voyer une  expédition  dans  l'Inde,  et  Lally  fut 
nommé  lieutenant  général,  grand'croix  de  Saint- 
Louis,  commissaire  du  roi,  syndic  de  la  Compa- 
gnie des  Indes,  et  commandant  général  de  tous 
les  établissements  français  dans  l'Asie  orientale. 
Le  comte  d'Argenson  s'opposa  fortement  à  ce 
choix,  non  pas  qu'il  doutât  de  la  capacité  de  Lally, 
dont  il  était  l'ami ,  mais  il  redoutait  les  effets 
d'un  caractère  droit  et  rigide,  violent  et  emporté, 
inilexible  dans  la  discipline,  surtout  en  présence 
des  abus  de  toutes  natures ,  des  dilapidations 
et  de  l'insubordination  qui  régnaient  dans  les 
comptoirs  de  l'Inde. 

Lally  partit  de  Lorient  le  2  mai  1757,  sur 
l'escadre  de  d'Aché ,  forte  de  quatre  vaisseaux 
de  ligne  ;  il  emmenait  avec  lui  environ  quatre 
mille  hommes  de  troupes  et  quatre  millions. 
Grillon  ,  Conflans ,  d'Estaing ,  La  Fare,  La  Tour- 
du-Pin ,  Montmorency  formaient  son  état-major. 
Après  une  pénible  traversée ,  il  débarqua  enfin 
à  Pondichéry,  le  28  avril  1758.  A  son  arri- 
vée ,  il  apprit  que  les  Anglais  venaient  de  nous 
chasser  de  Mahé    et  de  Chandernagor.   Sans 


LALLY  18 

perdre  un  instant,  il  marche  sur  Gondeloui-,  qui 
se  rend  aprè«  une  faible  résistance,  et  le  2  juin 
suivant,  après  dix-sept  jours  de  tranchée,  le  fort 
Saint-David,  que  défendaient  cent  quatre-vingt- 
quatorze  bouches  à  feu,  subit  le  même  sort.  «  La 
réussite  seule  de  l'entreprise  a  pu  en  apprendre 
la  possibilité  »,  écrivait  alors  le  comte  d'Estaing. 
Après  avoir  donné  Fordre  de  raser  cette  place, 
Lally  marcha  sur  Devicottah,  qui  ouvrit  ses 
portes.  Des  quatre  forts  qui  couvraient  la  na- 
badie  d'Arcote  (Karnalic  ),  deux  furent  emportés 
d'assaut ,  et  les  quatre  autres  capitulèrent.  Au 
bout  de  trente-huit  jours  seulement,  il  n'y  avait 
plus  d'Anglais  dans  tout  le  sud  de  la  côte  de 
Coromandel.  C'était  là  un  éclatant  début,  et 
Lally ,  qui  écrivait  alors  aux  commandants  des 
troupes  françaises  :  «Toute  ma  politique  est  dans 
ces  quatre  mots  :  plus  d'Anglais  dans  l'Inde!  » 
pouvait  espérer  de  réaliser  son  projet.  Lally  se 
préparait  à  attaquer  Madras ,  siège  de  la  puis- 
sance britannique;  le  chef  d'escadre  d'Aché  lui 
déclara  qu'il  ne  voulait  pas  l'aider  dans  cette 
entreprise.  De  son  côté,  le  gouverneur  de  Pon- 
dichéry lui  annonça  que  dans  quinze  jours  il 
ne  pourrait  plus  nourrir  ni  solder  l'armée  fran- 
çaise, mais  que  le  rajah  de  Tanjaour  devait  treize 
millions  à  la  Compagnie,  et  qu'il  ne  tenait  qu'au 
général  d'en  accélérer  le  recouvrement.  La  dette 
étant  niée  par  le  rajah;  Lally  marcha  contre  lui, 
et  chemin  faisant  il  pilla  une  place  qui  appartenait 
aux  Anglais  ;  c'était  le  seul  moyen  de  faire  vivre 
ses  troupes.  Arrivé  devant  Tanjaour,  il  prit  la 
ville,  et  reçût  seulement  deux  lacs  de  roupies 
(500,000  francs)  du  rajah.  Durant  cette  expé- 
dition, qui  fut  plus  tard  un  des  chefs  de  l'accu- 
sation dirigée  contre  Lally  (1),  l'armée  d'Orixa, 
victorieuse  jusque  alors  sous  les  ordres  de  Bussy, 
était  mise  en  déroute  par  des  forces  inférieuses. 
Les  Anglais  prirent  Masulipatnam,  et  expulsèrent 
les  Français  du  nord  de  l'Inde.  Pondichéry  fut 
même  menacé.  Lally  se  porta  à  la  défense  de  cette 
ville  ;  mais  sa  retraite  fut  difficile,  poursuivi  qu'il 
était  par  quinze  mille  indigènes  commandés  par 
des  officiers  anglais.  Continuellement  en  butte  à 
des  tentatives  d'assassinat,  il  faillit  être  massacré 
par  une  bande  d'Hindous  qui  faisaient  la  guerre 
sacrée  :  surpris  par  eux  et  blessé  dans  sa 
tente ,  il  ne  dut  la  vie  qu'à  son  courage  et  au 
dévouement  d'un  de  ses  gardes.  Enfin  il  revint  à 


(1)  Lally  écriTalt  alors  au  gouverneur  de  Pondichéry  : 
«  La  rapine  et  le  désordre  m'ont  suivi  depuis  Pondi- 
chéry, et  m'y  ramèneront.  II  faut  que  tout  ceci  change 
ou  que  la  Compagnie  culbute.  »  Sa  commission  portait 
au  surplus  l'injonction  «  de  se  faire  rendre  compte  de 
l'administration;  de  corriger  le  despotisme  du  gouver- 
neur ;  de  remonter  jusqu'à  l'origine,  et  de  couper  jus- 
qu  à  la  racine  des  abus:  de  faire  poursuivre  à  la  re- 
quête du  procureur  général  tout  employé  qui  auroit 
quelque  intérêt  dans  les  intérêts  de  la  Compagnie,  etc.  » 
«  Il  n'en  fallait  pas  davantage  pour  le  rendre  en  hor- 
reur, comme  il  le  disait  lui-même,  à  tous  les  gens  du 
pays.  i>  —  a  Elit-il  été  le  plus  doux  des'  hommes,  écrivit 
Voltaire,  dans  de  semblables  conditions,  il  eût  été 
haï.  « 


19 


LAÏ.LY 


20 


Pondichéry,  en  écarta  les  ennemis,  et  reprit  son 
projet  (le  ruiner  les  Anglais  dans  Madras  même 
et  malgré  la  défection  de  d'Aché,  qui  était  allé 
inouiller  à  l'Ile  de  France,  dont  il  ne  revint  plus. 
La  caisse  de  la  Compagnie  ne  pouvait  subve- 
nir aux  dépenses.  Lai! y  prêta  de  ses  deniers 
156,000  francs.  Apprenant  que  la  flotte  anglaise 
toit  partie  pour  Bombay,  Lally  se  mit  en  cam- 
pagne, et  s'empara  d'Arcote.  Là  il  fut  rejoint  par 
Bussy,  qui  commandait  dans  le  Dekkan.  Dès  ce 
moment  deux  partis  se  formèrent  :  l'un  des 
troupes  royales,  qui  appuyèrent  Lally,  l'autre 
des  troupes  de  la  Compagnie,  qui  ne  voulaient 
marcher  que  sous  Bussy,  et  ce  lieutenant -co- 
lonel, quoique  créé  brigadier  par  Lally,  refusa 
plusieurs  fois  d'obéir  à  son  chef.  Enfin,  le  14  dé- 
cembre 1758,  les  Français  se  présentèrent  de- 
vant Madras,  et  occupèrent  presque  sans  coup 
férir  la  ville  noire.  Les  ennemis  s'étaient  retirés 
dans  le  fort  Saint-Georges.  Les  troupes  de  Lally, 
la  plupart  indigènes,  se  débandèrent  aussitôt 
pour  se  livrer  au  pillage.  Le  commandant  an- 
glais profita  de  ce  désordre  pour  exécuter  une 
sortie.  D'Estaing  fut  fait  prisonnier,  et  les  Fran- 
çais ployaient  lorsque  leur  général  vint  les  ra- 
mener au  combat,  «  et,  dit  M.  de  Norvins,  sans 
Bussy,  qui  refusa  de  marcher,  la  garnison  an- 
glaise était  coupée  du  fort,  oii  elle  ne  rentra  que 
mutilée.  »  Malgré  cet  incident,  la  tranchée  s'ou- 
vrit devant  Saint-Georges  ;  mais  l'attaque  fut  mal 
conduite.  Harcelée  continuellement  sur  ses  der- 
rières ,  l'armée  française  manquait  de  tout  ; 
enfin,  après  quarante-six  jours  de  siège  et  au 
moment  oii  tout  était  disposé  pour  l'assaut,  une 
flotte  anglaise,  que  d'Aché  avait  laissée  passer, 
entra  dans  le  port  de  Madras,  et  força  Lally  à  re- 
noncer à  sd  proie  et  à  se  replier  sur  Pondi- 
chéry, où  la  disette  elle  manque  d'argent  occa- 
sionnèrent une  nouvelle  révolte  (i)-  Le  conseil 
de  la  Compagnie  dut  porter  sa  vaisselle  à  la 
monnaie,  etLally  épuisa  ses  dernières  ressources 
financières.  11  profita  du  rétablissement  de 
l'ordre  pour  prendre  Seringham.  Ce  fut  son  der- 
nier succès  :  les  Anglais  le  battirent  complète- 
ment sous  les  murs  de  Vandarachi  (  22  janvier 
1760).  Bussy,  blessé,  resta  au  pouvoir  de  l'en- 
nemi, qui  vint,  le  18  mars  1760,  bloquer  Pondi- 
chéry par  mer  et  par  terre. 

Après  avoir  tenu  en  échec  pendant  dix  mois 
des  forces  vingt  fois  plus  nombreuses  que  les 
siennes,  débordé  par  l'anarchie,  haï  de  chacun, 
malade,  menacé  par  le  fer  et  le  poison,  trahi 
de  tous  côtés,  n'ayant  plus  que  quatre  onces 
de  riz  par  jour  à  faire  distribuer  à  sept  cents  sol- 
dats exténués,  le  14  janvier  1761  il  consentit  seu- 
lement, sur  la  sommation  du  conseil  de  la  Com- 
pagnie, à  capituler  ;  mais  le  général  anglais  Coote 
exigea  une  reddition  à  discrétion.  Le  16  Lally, 
prisonnier  de  guerre,  fut  embarqué  pour  l'Angle- 
terre, à  bord  (l'un  navire  hollandais.  Arrivé  à 

(1)  C'était  la  ilixlùme  pour  le  même  motif. 


Londres,  il  apprit  que  toutes  les  haines  que  sofn 
administration  avait  soulevées  fermentaient  à 
Paris;  sa  sévérité,  sa  loyauté  lui  avaient  fait 
peu  d'amis.  Plus  jaloux  de  son  honneur  que  dé 
sa  sûreté,  il  quitte  Londres  sur  parole,  et  ac- 
court à  Fontainebleau,  où  était  la  cour,  «  ap- 
portant, dit-il,  satêteetson  innocence  ».  Vaine- 
ment d'Aché  et  de  Bussy  lui  parlent  d'accommo- 
dement, vainement  le  duc  de  Choiseul  lui  con- 
seille de  fuir,  Lally  demeure  inébranlable  dans  sa 
volonté  «  d'avoir  justice  de  ses  accusateurs  »,  et 
va  le  5  novembre  se  constituer  prisonnier  à  la 
Bastille.  C'était  une  grave  imprudence;  car  le 
duc  de  Choiseul,  alors  premier  ministre,  avait 
épousé  une  parente  de  Bussy,  et  Bussy  avait  dit  ;■ 
«  qu'il  fallait  que-  la  tête  de  Lally  tombât  ou  la 
siemie  ».  Et  sa  fatale  influence  se  fit  sentir  dan* 
tout  le  cours  de  ce  procès  ou  plutôt  de  cette 
lutte  ~  mortelle  dans  laquelle  la  justice  ne  se 
montra  que  de  nom.  Sur  l'ordre  du  parlement 
la  procédure  fut  commencée  au  Chàtelet,  le 
6  juillet  1763.  En  janvier  1764,  Louis  XV  ren- 
voya, par  lettres  patentes,  à  la  grand'chambre 
assemblée  du  parlement  de  Paris  la  connais- 
sance de  tous  les  délits  qui  auraient  été  com- 
mis aux  Indes  orientales.  On  admit  contre 
Lally  les  témoignages  les  plus  suspects.  Il 
compta  parmi  ses  accusateurs  quelques  mar- 
chands de  l'Inde,  le  supérieur  des  jésuites  de 
Pondichéry,  et  jusqu'à  ses  propres  valets.  Trois 
fois  il  sollicita  un  avocat  :  ce  droit  lui  fut  refusé. 
Après  deux  ans  de  débats  à  huis  clos,  on  fit 
enfin  le  rapport.  L'accusé  demanda  huit  jours  pour 
produire  sa  défense;  sa  requête  fut  rejetée.  Le 
président  Maupeou,  prié  de  ralentir  les  séances, 
répondit  :  «  Si  je  pouvais  les  doubler,  je  les  dou- 
blerais! »  Malgré  les  protestations  de  l'accusé, 
les  nombreuses  pièces  qu'il  demandait  à  pro- 
duire pour  établir  son  innocence ,  et  le  rapport 
du  30  avril  1766,  qui  mit  Lally  hors  de  cause 
pour  la  partie  civile,  malgré  l'éloquence  de  l'a- 
vocat général  Seguier,  le  procureur  généi-al  dé- 
posa le  3  mai  des  conclusions  tendant  à  la  peine 
de  moit.  En  vain  ce  magistrat  reçut  une  nou- 
velle requête  de  Lally  accompagnée  de  pièces 
importantes  ;  sans  même  ouvrir  le  paquet ,  il 
écrivit  au  bas  de  ses  conclusions  :  «  Vu  les  piè- 
ces... Je  persiste.  » 

Le  5  mai  1766  Lally  fut  amené  sur  la  sellette, 
et  on  procéda  contre  lui  à  un  interrogatoire  il- 
lusoire. Il  découvrit  sa  poitrine,  et  s'écria  mon- 
trant ses  cicatrices  et  ses  cheveux  blancs: 
«  Voilà  donc  la  récompense  de  cinquante-cinq 
ans  de  services  ».  Le  lendemain  il  fut  «  déclaré 
dûment  atteint  et  convaincu  d'avoir  trahi  les  in- 
térêts du  roi  et  de  la  Compagnie  des  Indes, 
d'abus  d'autorité  et  d'exactions  envers  les  sujets 
du  roi  et  étrangers,  et  condamné  à  avoir  la  tête 
tranchée  et  ses  biens  confisqués  ».  Le  comte 
d'Aché  et  plusieurs  autres  personnages  fortement 
compromis  dans  le  cours  du  procès  furent  mis 
hors  de  cause.  Un  de  ses  juges,  Pellot  pensait 


21 


pourtant  que  «  si  de  Lally  ne  devait  pas  être 
absous  de  toutes  les  accusations  intentées  contre 
lui,  du  moins  il  ne  méritait  pas  la  peine  capi- 
tale ».  On  obtint  du  premier  président  un  sursis 
de  trois  jours;  le  duc  de  Choiseul  et  le  maré- 
clial  de  Soubise  demandèrent  sa  grâce  au  nom 
de  l'armée;  Louis  XV  répondit  au  duc  : 
«  C'est  vous  qui  l'avez  fait  arrêter,  il  est  trop 
tard  :  il  est  jugé».  Lally  fut  conduit  dans  une 
chapelle,  oii  le  greffier  lui  lut  son  arrêt.  Lorsque 
te  condamné  entendit  ces  mots  :  «  avoir  trahi 
les  intérêts  du  roi  ».  —  «  Cela  n'est  pas  vrai  !  ja- 
mais !  jamais  !  »  s'écria-t-il  et  tirant  un  compas 
caché  sous  son  habit,  il  s'enfonça  le  fer  dans  la 
poitrine.  La  blessure,  quoique  grave,  ne  fut  pas 
mortelle,  et  ses  ennemis,  craignant  de  voir 
échapper  leur  Tictime  à  la  honte  de  l'échafaud, 
firent  avancer  de  six  heures  son  exécution. 
Aubry,  curé  de  Saint-Louis,  son  confesseur, 
s'efforça  de  calmer  Lally,  et  lui  promit  qu'il 
sortirait  de  la  Conciergerie  dans  son  carrosse  et 
suivi  seulement  d'un  corbillard.  Le  bourreau 
vint  ensuite ,  par  ordre,  mettre  un  bâillon  au 
malheureux  général,  qui  quelques  instants  plus 
tard  était  jeté  dans  un  ignoble  tombereau:  «  J'é- 
tais payé,  murmura -t-il  sous  son  bâillon,  pour 
m'attendre  à  tout  de  la  part  des  hommes  ;  vous 
aussi ,  monsieur  le  curé,  vous  m'avez  trompé  ! 
—  Ah ,  monsieur  !  répondit  l'abbé  Aubry,  dites 
qu'on  nous  a  trompés  tous  les  deux  ».  Sur  l'é- 
chafaud, Lally  dit  aux  commissaires  du  parie- 
ment  :  «  Répétez  à  mes  juges  que  Dieu  m'a  fait 
la  grâce  de  leur  pardonner.  Si  je  les  revoyais ,  je 
n'en  aurais  peut-être  plus  le  courage».  L'abbé 
Aubry  écrivit  aux  amis  de  Lally.  «  Il  s'était 
frappé  en  héros ,  il  est  mort  en  chrétien  » .  Sept 
mois  après,  Louis  XV  disait  au  duc  de  Noailles  : 
«  Ils  l'ont  massacré!  »  et:iquatre  ans  plus  tard, 
au  chancelier  Maupeou  :  «  Ce  sera  vous  qui  en 
répondrez,  et  non  pas  moi  ». 

Tels  sont  les  renseignements  les  plus  exacts 
que  les  mémoires  du  temps  nous  ont  fournis  sur 
ce  meurtre  judiciaire.  L'histoire  en  accordant  à 
l'infortuné  Lally  toutes  les  qualités  d'un  brave 
ofticier  et  en  reconnaissant  que  ;on  inflexibilité 
et  sa  franchise  imprudente  lui  uscitèrent  des 
ennemis  acharnés  et  irréconciliables  parmi  les 
marchands  de  la  Compagnie  des  Indes,  dont 
l'influence  s'étendit  jusque  sur  le  tribunal  appelé 
à  le  juger,  l'histoire,  disons-nous ,  répétera  que 
Lally  commit  de  grandes  fautes  dans  son  gouver- 
nement aussi  bien  que  dans  ses  opérations  mili- 
taires. Ses  fautes  furent  telles  que  Voltaire,  qui 
fut  toujours  au  nombre  de  ses  défenseurs ,  ne 
craignit  pas  de  dire  :  «  Lally  est  l'homme  sur 
lequel  tout  le  monde  avait  le  droit  de  mettre  la 
main  excepté  le  bourreau.  »  Douze  ans  après, 
le  21  mai  1778,  sur  les  réclamations  réitérées 
du  marquis  Trophime-Gérard  de  Lally-Tollen- 
dal  (dont  l'article  suit),  le  roi  Louis  XV  cassa 
en  son  conseil,  après  trente-deux  séances  de 
commissaires,  et'à  l'unanimité  de  soixante-douze 


LALLY  23 

magistrats  (1),  l'arrêt  du  parlement  de  Paris,  et 
renvoya  l'affaire  devant  le  parlement  de  Rouen, 
qui,  le  23  aoiU  1783,  prononça  de  nouveau  la 
culpabilité  de  Lally.  Cet  arrêt  fut  infirmé,  et  le 
parlement  de  Dijon  eut  encore  à  instruire  sur  la 
cause  ;  il  maintint  le  jugement  primitif,  et  ce  na 
fut  qu'après  douze  ans  d'efforts  que  le  fils  de 
Lally  obtint  la  réhabilitation  de  la  mémoire  de 
son  père.  Voltaire,  se  ranimant  sur  son  lit  de 
mort,  écrivit  au  jeune  Lally  le  20  mai  1778: 
«  Le  mourant  ressuscite,  il  embrasse  tendrement 
M.  de  Lally  ;  il  voit  que  le  roi  est  le  défenseur 
de  la  justice  ;  il  mourra  content.  » 

Alfred  de  Lacaze. 


Mémoires  et  pièces  du  procès  de  Lally  à  la  Bibliothèque 
impériale  et  aux  Archives  de  France.  —  Recueil  des  Causes 
célèbres.  —  Voltaire,  Siècle  de  Louis  XI'.  —  Diction- 
naire Historique  (  édit.  de  1822),  t.  !I1,  p.  lo-,  93,93, 
102,  lOB.  —  Inde  dans  l'Unioers  piltoresquc.  —  Nor- 
vins ,  dans  le  Dictionnaire  de  la  Conversation.  —  Le 
Bas,  Dictionnaire  Encyclopédique  de  la  France.  —  Sis- 
raandi.  Histoire  des  Français,  XXIX,  n»  254,  300  à  303. 

LALLY- TQLLEIVDAL  (  Tropkime  GÉRARD, 
marquis  de  ) ,  littérateur  et  homme  politique 
français,  fils  du  précédent  et  de  Félicité  Crafton, 
né  à  Paris,  le  5  mars  1751,  mort  dans  la  même 
ville ,  le  11  mars  1830.  Il  étudia  au  collège  d'Har- 
court,  sous  le  nom  de  Trophime,  et  ne  fut  ins- 
truit du  secret  de  sa  naissance  que  la  veille  du 
jour  où  il  devait  perdre  son  père.  «  Je  n'ai  appris, 
dit-il  lui-même,  le  nom  de  ma  mère  que  plus  de 
quatre  ans  après  l'avoir  perdue  ;  celui  de  mon  père, 
qu'un  seul  jour  avant  de  le  perdre.  J'ai  couru  pour 
lui  porter  mon  premier  hommage  et  mon  éter- 
nel adieu...  J'ai  couru  vainement...  On  avait 
hâté  l'instant.  Je  n'ai  plus  trouvé  mon  père  ;  je 
n'ai  vu  que  la  trace  de  son  sang.  »  Son  père  lui 
avait  recommandé  sa  mémoire  dans  un  dernier 
écrit.  Dès  l'âge  le  plus  tendre  il  se  promit  de  la 
faire  réhabiliter.  Il  n'avait  pas  encore  seize  ans 
lorsqu'il  adressa  à  son  professeur,  Mauduit,  une 
pièce  de  vers  latins  sur  le  procès  de  Jean  Calas , 
qui  contenait  sur  la  mort  de  son  père  un  passage 
plein  de  chaleur.  Louis  XV  s'intéressa  au  jeune 
Lally,  qui  entra  à  son  service  et  fut  nommé  ca- 
pitaine de  cuirassiers.  A  peine  eut-il  atteint  l'âge 
nécessaire  que  les  tribunaux  retentirent  de  ses 
réclamations  en  faveur  de  son  père;  elles  fu- 
rent appuyées  par  Voltaire.  Quatre  arrêts  du 
conseil  cassèrent  successivement  les  sentences 
des  parlements,  qui  tous  se  croyaient  soli- 
daires, même  dans  leurs  erreurs,  conformément 
à  cet  horrible  adage ,  la  plus  haute  expression 
de  l'orgueil  humain,  savoir  que»  la  justice  ne 
peut  se  tromper  ».  C'est  à  cette  orgueilleuse 
sentence  qu'il  faut  attribuer  sans  doute  les  lon- 
gues formalités  à  remplir  lorsqu'il  s'agit  de  la 
réhabilitation  de  la  mémoire  d'un  homme  injus- 
tement supplicié.  Les  provisions  de  la  charge 


(1)  «  II  n'y  a  pas  de  témoins,  »  dit  dans  son  rapport  le 
conseUliT  Lambert;  et  il  termine  par  ces  mota  :  «  il  n'y  a 

pas  de  délit!  » 


K 


23 


LALLY 


24 


de  grand-bailli  d'Etampes,  que  le  jeune  Lally 
acheta  vers  l'année  1779,  portent  qu'elles  lui  ont 
été  accordées  pour  les  services  rendus  à  l'État 
parson  père  et  à  cause  desa  piétéfiliale  Pendant 
l'instance ,  il  eut  à  lutter  contre  d'Éprémesnil  :  le 
secret  de  son  origine  fut  mis  à  découvert,  et  ses 
recherches  aboutirent  à  démontrer  sa  légitima- 
tion. L'éclat  que  ce  procès  avait  jeté  sur  lui  fiNa 
l'attention  des  électeurs  en  1789,  et  il  fut  nommé 
député  de  la  noblesse  de  Paris  aux  états  géné- 
raux. Partisan  des  réformes  et  passionné  pour 
les  systèmes  de  Necker,  il  se  réunit,  le  25  juin, 
aux  communes  avec  la  minorité  de  la  noblesse. 
Le  1 1  juillet,  à  propos  de  la  proposition  de  La 
Fayette  pour  la  déclaration  des  droits  de  l'homme, 
il  s'écria  :  «  L'auteur  de  la  déclaration  parle  de  la 
liberté  comme  il  l'a  défendue.  «  Néanmoins,  il  ne 
pensait  pas  que  cet  énoncé  des  droits  dût  faire 
partie  de  la  constitution.  Le  13  du  même  mois, 
il  fit  déclarer,  de  concert  avec  Mounier,  que  la 
dette  publique  était  sous  la  sauvegarde  de  l'hon- 
neur et  de  la  loyauté  nationale.  Nommé  membre 
du  comité  de  constitution  le  14  juillet,  il  fit 
partie  le  même  jour  d'une  députation  ayant  pour 
objet  de  calmer  l'agitation  du  peuple.  Le  lende- 
main il  prononça  une  harangue  à  l'hôtel  de 
ville,  et  dit  que  «  l'assemblée  avait  dessillé  les 
yeux  du  roi,  que  la  calomnie  avait  voulu  trom- 
per ».  Le  17,  quand  Louis  XVI  parut  à  l'hôtel  de 
ville ,  Lially  parla  d'abord  au  peuple,  et  lui  rap- 
pela les  nombreux  bienfaits  dont  le  monarque 
l'avait  comblé,  puis,  s'adressant  au  roi,  il  fit  va- 
loir les  sentiments  d'amour,  de  fidélité  et  de  re- 
connaissance dont  le  peuple  était  pénétré  pour 
lui.  Le  23  juillet ,  lendemain  de  l'assassinat  de 
Bertier,  intendant  de  Paris ,  par  le  peuple ,  Lally 
supplie  l'assemblée  de  prendre  des  mesures 
pour  garantir  à  l'avenir  la  société  contre  de 
tels  excès.  C'est  alors  que  Barnave  laissa  échap- 
per cette  exclamation  :  «  Ce  sang  est-il  donc 
si  pur  qu'on  n'en  puisse  répandre  quelques 
gouttes?  "Lally  attaqua  indirectement  Mirabeau 
par  ces  paroles  :  «  On  peut  avoir  de  l'esprit,  de 
grandes  idées,  et  être  un  tyran-  >>  Dès  lors,  quit- 
tant le  rôle  de  médiateur,  Lally  parut  pencher 
du  côté  de  la  cour.  Dans  la  nuit  du  4  août,  il 
siégeait  au-bureau  comme  secrétaire,  et  quoique 
très-sensible ,  il  ne  se  laissa  pas  entraîner  ;  il 
remit  même  au  président  un  billet  portant  : 
«  Personne  n'est  plus  maître  de  soi;  levez 
la  séance.  »  Cet  avis  n'ayant  pas  été  suivi, 
il  chercba  du  moins  à  détourner  le  torrent,  et 
sur  .sa  proposition  l'assemblée,  décerna  par  ac- 
clamation à  Louis  XVI  le  titre  de  Restaurateur 
de  la  liberté  française.  Le  7  août  Lally  ap- 
puya un  projet  d'emprunt  présenté  par  Nec- 
ker, dont  le  rejet  eût  amené  la  retraite  de  ce  mi- 
nistre. Le  19  août  Lally  pressentit  les  disposi- 
tions de  l'assemblée  par  un  discoiu's  où  il  ad- 
mettait trois  pouvoirs  distincts;  ensuite  il  es- 
saya, comme  rapporteur  du  premier  comité  de 
constitution,  de  faire  adopter  un  système  copié 


sur  la  charte  anglaise.  Ce  projet  ayant  été  re- 
poussé, il  en  présenta  un  autre,  avec  Mounier  et 
Bergasse,  qui  consistait  à  créer  un  sénat  et  une 
chambre  des  représentants  avec  cette  clause,  que 
pour  être  membre  du  sénat  il  ne  fallait  qu'une 
fortune  un  peu  plus  considérable  que  pour  être 
député;  mais  cette  proposition  fut  encore  écartée. 
Le  comité  de  constitution  fut  dissous,  et  on  ea 
forma  un  autre,  qui  présenta  successivement  les 
dispositions  de  la  constitution  dite  de  1791.  Lally 
se  montra  surtout  partisan  de  l'égalité,  et  dans  la 
séance  du  20  août  il  proposa  un  amendement 
portant  que  «  tous  les  citoyens  étaient  admissibles 
aux  emplois ,  sans  autre  distinction  que  celle  des 
talents  et  des  vertus  ».  Cet  article  fut  voté  par 
acdamatiou.  Lally  défendit  avec  énergie  le  droit 
de  veto  absolu  du  roi,  qu'il  croyait  nécessaire  à 
l^ùilibre  des  pouvoirs,  et  il  osa  se  plaindre  de 
ce  qu'en  rédigeant  les  concessions  faites  par 
les  deux  premiers  ordres  dans  la  nuit  du  4  août 
on  s'était  permis  de  les  étendre  jusqu'à  atta- 
quer de  véritables  propriétés.  Enfin,  les  jour- 
nées des  5  et  6  octobre  lui  paraissant  le  pré- 
sage de  malheurs  prêts  à  fondre  sur  la  France, 
et  jugeant  que  l'assemblée  manquait  de  force  et 
de  volonté  pour  rétablir  l'ordre ,  il  abandonna 
ses  fonctions,  et  se  retira  en  Suisse  auprès  (Je 
Mounier.  Il  fit  alors  paraître  son  Qicintus  Ca- 
pitoiinus,  dans  lequel  il  discutait  les  bases  de 
la  constitution  de  1791.  Il  rentra  en  France  en 
1792  pour  chercher  le  moyen  de  faire  sortir  le  roi 
de  Paris.  Arrêté  après  les  événementsdu  10  août, 
il  fut  enfermé  à  l'Abbaye  ;  mais  ses  amis  obtin- 
rent son  élargissement  quelques  jours  avant  les 
massacres  de  septembre:  il  se  retira  aussitôt  en 
Angleterre.  Privé  de  ressources,  il  accepta  des 
secours  du  gouvernement  britannique.  Lors  du 
procès  de  Louis  XVI,  il  écrivit  à  la  Convention 
et  s'offrit  comme  défenseur  de  ce  prince;  sa  de- 
mande étant  restée  sans  réponse,  il  fit  imprimer 
son  plaidoyer,  tl  écrivit  plus  tard  une  défense 
des  émigrés,  qui  eut  un  grand  nombre  d'éditions, 
et  dans  laquelle  il  faisait  une  distinction  entre 
ceux  qui  avaient  porté  les  armes  contre  leur 
pays  et  ceux  que  la  force  seule  avait  contraints 
d'abandonner  leur  patrie.  Il  rentra  en  France 
après  le  18  brumaire,  et  habita  Bordeaux  jusqu'en 
1805.  A  cette  époque  il  vint  à  Paris  pour  pré- 
senter ses  hommages  au  souverain  pontife,  qui 
était  venu  sacrer  Napoléon,  et  qui  l'accueillit 
d'une  façon  gracieuse.  Le  concordat  lui  avait 
donné  de  l'enthousiasme,  et  dans  une  lettre  il 
disait  :  «  Quelque  attaché  que  l'on  soit  au  roi, 
il  ne  faut  pas  sacrifier  trente  millions  d'âmes  pour 
une  seule  âme.  » 

Lally  ne  sortit  de  sa  retraite  qu'après  la  res- 
tauration. Il  suivit  Louis  XVIII  à  Gand,  en  mars 
1815,  et  ce  prince  le  nomma  membre  de  son  coot 
seil  privé.  Ce  fut  lui  qui  fît  le  rapport  d'après  le- 
quel on  rédigea  le  manifeste  du  roi  à  la  nation 
française.  11  travailla  au  Moniteur  de  Gand. 
«  Nous  discourions  ,  dit  Chateaubriand,  autour 


25 


LALLY 


26 


d'une  table  couverte  d'un  tapis  veit  dans  le 
cabinet  du  roi.  M.  de  Lally-Tollendal,  qui  était, 
je  crois,  ministre  de  l'instruction  publique,  pro- 
nonçait des  discours  plus  amples,  plus  joufflus 
encore  que  sa  personne  ;  il  citait  ses  illustres 
aïeux ,  les  rois  d'Irlande ,  et  emliarbouillait  le 
procès  de  son  père  dans  celui  de  Charles  I^'' 
et  de  Louis  XVI.  Il  se  délassait  le  soir  des 
larmes,  des  sueurs  et  des  paroles  qu'il  avait 
versées  au  conseil  avec  une  dame  accourue  de 
Paris  par  enthousiasme  de  son  génie  ;  il  cher- 
chait vertueusement  à  la  guérir,  mais  son  élo- 
quence trompait  sa  vertu,  et  enfonçait  le  dard 
plus  avant.  »  Empêché  par  sa  santé  de  pré- 
sider le  collège  électoral  de  l'Hérault,  au  mois 
d'août  1815,  il  écrivit  aux  électeurs  pour  les  en- 
gager à  faire  des  choix  propres  à  consolider  un 
gouvernement  à  la  fois  ferme  et  modéré,  roya- 
liste et  national.  Le  19  du  même  mois,  il  fut 
élevé  à  la  pairie.  Dans  le  procès  du  maréchal 
Ney,  il  fut  un  des  dix-sept  pairs  qui  votèrent 
pour  la  déportation,  et  après  la  condamnation 
à  mort  il  proposa  de  recommander  à  la  clémence 
du  roi  le  sauveur  de  l'araiée  française  dans  la 
.etraite  de  Moscou.  Il  vota  en  janvier  1816  la 
loi  dite  d'amnistie  présentée  par  le  gouverne- 
ment, et  demanda  avec  Desèze  que  le  jour  de  la 
"mort  de  Louis  XVI  fût  annuellement  célébré 
par  un  deuil  général.  Dans  la  discussion  d'un  pro- 
jet de  loi  d'élections,  il  s'opposa  aux  modifica- 
tions proposées ,  et  se  prononça  fortement  pour 
le  maintien  du  renouvellement  de  l'assemblée  par 
cinquième.  La  même  question  s'étant  représentée 
en  1817,  Lally,  chargé  d'en  faire  le  rapport,  dé- 
fendit le  projet ,  et  soutint  l'article  qui  établissait 
l'élection  immédiate  à  un  seul  degré  par  tous  les 
électeurs  payant  trois  cents  francs  d'impôts  et  au- 
dessus.  Au  mois  de  mars  l816il  soutint  le  budget, 
et  combattit  l'opinion  de  ceux  qui  voulaient  la 
restitution  des  biens  invendus  du  clergé  ;  selon 
lui ,  ces  biens  avaient  été  affectés  à  tel  ou  tel 
établissement  religieux  dont  la  destruction ,  en 
s'opposant  aux  vues  des  donateurs,  avait  rendu 
l'État  propriétaire.  En  janvier  1817  il  demanda 
que  la  chambre  des  pairs  fût  investie  de  l'ini- 
tiative de  la  loi  sur  la  responsabihté  ministérielle, 
qu'il  regardait  comme  la  conséquence  de  l'invio- 
labilité royale.  A  l'occasion  d'une  résolution  re- 
lative à  la  saisie  des  livres ,  il  défendit  le  'ib  fé- 
vrier 1817  la  liberté  de  la  presse  en  ces  termes  : 
«  Point  de  gouvernement  représentatif  qui  nait 
pour  fondement  et  pour  objet  la  liberté  publique 
etindividuelle;  point  de  liberté  publique  ni  indi\i- 
duelle  sans  laliberté  delà  presse  ;  point  de  liberté 
de  la  presse  sans  la  liberté  des  journaux  ;  point 
de  liberté  de  la  presse  ni  des  journaux  par- 
tout où  les  débits  des  journaux  et  de  la  presse 
sont  jugés  autrement  que  par  un  jury,  soit  ordi- 
naire, soit  spécial  ;  enfin,  point  de  liberté  d'aucun 
genre  si  à  côté  d'elle  cf'est  une  loi  qui  en  ga- 
rantisse la  jouissance  par  là  même  qu'elle  en  ré- 
prime les  abus.  «  Néanmoins,  lorsqu'il  fut  ques- 


tion,  le  27  décembre  1817,  de  soumettre  encore 
pour  un  an  les  journaux  à  la  censure ,  il  parla 
en  faveur  de  cette  mesure,  et  vota  pour  la  loi  ; 
c'est  ce  qui  a  fait  dire  à  Chateaubriand  :  «  M.  de 
Lally-Tollendal  tonnait  en  faveur  des  libertés 
publiques;  il  faisait  retentir  les  voûtes  de  notre 
solitude  de  l'éloge  de  trois  ou  quatre  lords  de  la 
chancellerie  anglaise,  ses  aïeux,  disait-il  :  quand 
son  panégyrique  de  la  liberté  de  la  presse  était 
terminé,  arrivait  un  mais,  fondé  sur  des  cir- 
constances, lequel  mais  nous  laissait  l'honneur 
sauf  sous  l'utile  surveillance  de  la  censure.  •» 

Dans  la  même  session .  Lally-Tollendal  com- 
battit Boissy  d'Anglas,  qui  à  propos  de  la  loi  de 
finances  avait  manifesté  le  désir  de  voir  accor- 
der une  indemnité  pécuniaire  aux  députés.  En 
1819,  un  pair  ayant  proposé  de  modifier  la  loi 
des  élections  de  1817,  Lally  essaya  de  concilier 
les  esprits  par  un  terme  moyen,  et  finit  par  se 
ranger  parmi  les  défenseurs  de  la  loi.  En  1821, 
quand  la  cour  des  pairs  se  fut  constituée  pour 
juger  les  personnes  impliquées  dans  la  conspira- 
tion du  19  août  1820,  Lally  fit  partie  de  la  com- 
mission chargée  d'examiner  la  question  de  com- 
pétence. Cinquante -deux  pairs  ayant  protesté 
contre  un  arrêt  de  condamnation  rendu  à  une 
majorité  moindre  que  les  cinq  huitièmes  des 
membres  présents  ,  Lally  soutint  le  bien  jugé  de 
l'arrêt,  en  se  fondant  sur  les  précédents.  Le  30 
avril  1824,  dans  la  discussion  du  projet  de  loi 
relatif  aux  vols  et  délits  commis  dans  les  églises, 
il  demanda  qu'on  substituât ,  dans  le  cas  prévu 
par  l'article  l'"",  la  peine  des  travaux  forcés  à  la 
peine  de  mort.  Au  mois  de  juillet  il  repoussa  le 
projet  de  loi  relatif  à  l'établissement  des  com- 
munautés religieuses  de  femmes.  Il  voulait  que 
ces  communautés  dussent  leur  institution  à  la 
loi,  et  non  à  la  faveur  royale  ou  ministérielle. 
Le  10  février  1825,,  il  parla  contre  la  loi  sur  le 
sacrilège,  soutenant  que  la  loi  de  1 824  était  suf- 
fisante ,  et  s'éleva  contre  l'idée  de  punir  cette 
acte  de  la  peine  de  mort  précédée  de  1»  mutila- 
tion. Membre  de  la  commission  chargée  de  l'exa- 
men du  projet  de  loi  sur  les  successions  et  les 
substitutions,  en  1826,  il  défendit  le  projet  mi- 
nistériel, qui  lui  paraissait  nécessaire  pour  fonder 
une  aristocratie  et  un  patriciat  de  famille  ser- 
vant de  base  au  trône  constitutionnel.  Le  mor- 
cellement et  la  mobilité  des  propriétés  étaient 
selon  lui  un  grand  mal ,  et  i!  ne  trouvait  pas  les 
lois  constitutives  de  la  propriété  depuis  la  ré- 
volution jusqu'au  Code  Civil  assez  monarchi- 
ques. A  propos  de  la  loi  sur  l'indemnité  de 
Saint-Domingue ,  il  soutint  fortement  un  amen- 
dement tendant  à  réduire  les  droits  des  créan- 
ciers des  colons ,  puisque  ceux-ci  étaient  obligés 
de  perdre  les  neuf  dixièmes  de  leurs  propriétés.  Le 
19juin  1827, il  réfuta  Chateaubriand,  qui  proposait 
de  rejeter  le  budget.  Au  commencement  du  mois 
de  mars  1836,  Lally  fut  frappé  d'une  attaque 
d'apoplexie  qui  l'enleva  quelques  jours  après. 
Laliy-ToUendal  avait  été  nommé  membre  de 


2t  LAttY 

l'Académieï'rahraise  par  l'ordonnance  du  2ïmai's  |  1814,  in-8 
1816.  Il  clait  resté  toute  sa  vie  attachti  aux.  prin- 
cipes coiislitutioimcls.  Doué  d'une  grande  sensi- 
bilité et  d'une  mémoire  prodigieus^e ,  il  possédait 
ainsi  deux  des  qualités  qui  font  l'orateur.  Comme 
écrivain,  son  style,  qui  vise  au  brillant,  n'est  pas 
toujours  exempt  d'eiitlure.  Les  entreprises  phi- 
lanthropiques trouvaient  en  lui  un  zélé  protec- 
teur. Il  fut  nu  des  fondateurs  de  la  société  pour 
l'amélioration  <1es  prisons.  M™''  de  Staël  l'appe- 
lait «  le  plus  gras  des  hommes  sensibles,  «mot  que 
l'on  prête  également  à  Rivarol.  L'abbé  de  Mon- 
tesquieu le  nommait  plaisamment  «  un  animal  à 
l'anglaise  ». 

On  a  de  Lally-Tollendal  :  Mémoires  et  plai- 
doyers présentés  me  Conseil  d'Etat  pour  la 
mémoire  dïi  général  Thomas- Arthur,  comte  de 
Lally,  son  ;)ère; Rouen,  Dijon  et  Paris,  1779 et 
ann.  suiv.,  m-i°  ;  —Mémoire  du  comte  de  Lal- 
ly-Tollendal en  réponse  mi  dernier  libelle  de 
M.Duval  d'Éprémenil  ;  Paris,  1781,  in-4°;  — 
Essai  sur  quelques  changements  qu'on  pour- 
rait faire  dès  à  présent  dans  les  lois  criminel- 
les de  la  France,  par  un  honnête  homvie,  qui 
depuis  qu'il  les  connaît  n'est  pas  bien  sûr 
de  n'être  pas  pendu  un  jour  ;  Paris,  1787,  in-S"; 

—  Mémoire  apologétique  de  Lally-Tollendal 
(  son  père)  ;  Paris,  1789,  in- 8°;  —  Observations 
sur  la  lettre  écrite  par  M.  le  comte  de  Mira- 
beau au  comité  de  recherches  contre  M.  le 
comte  de  Saint-Priest,  ministre  d'Etat  ;  Paris, 
1789,  in-8°;  —  Rapport  sur  le  gouvernement 
qui  convient  à  la  France;  Paris,  1789,  in-8''; 

—  Lettre  à  ses  commettants,  \  7  octobre  1789  ; 

—  Quintus  Capitolimis  aux  Romains,  extrait 
du  3'=  livre  de  Tite-Live;  en  Suisse,  1790, 
in-8°  :  c'est  une  apologie  du  gouvernement  cons- 
titutionnel ;  —  Mémoire  ou  seconde  lettre  à 
ses  commettants  ;  Paris,  1790,  in-8"  ;  —  Lettre 
écrite  au  très-honorable  Edmond  Burke, 
membre  du  parlement  d'Angleterre;  Paris, 
1791,  in-8";  -Post  scriptuvi;  1791,  in-8°;  — 
Seconde  Lettre;  Paris,  1792,  in-S";  —  Songe 
d'un  Anglais  fidèle  à  sa  patrie  et  à  so7i  roi 
(  anonyme  );  Londres ,  179.3,  in-S"  :  réimprimé 
dans  la  Collection  des  meilleurs  ouvrages  qui 
ont  été  publiés  pour  la  défense  de  Louis  XVI, 
par  Dugour;  Paris,  1796,  2  vol.  in-8°;  —  Plai- 
doyer pour  Louis  XVI,  Londres,  1793,  in-8°, 
analysé  dans  la  Collection  de  Dugour  et  dans  le 
Barreau  français  ;  —  Réponse  à  M.  l'abbé  D., 
grand-vicaire,  aîiteur  de  l'écrit  intitulé: 
Lettre  à  M.  le  C.  de  Lally  par  un  officier 
français;  Londres,  1793,  in-8";  —  Le  cointe 
de  Strafford,  tragédie  en  cinq  actes  et  en  vers; 
Londres,  1795,  in-8°;  -  Essai  sur  la  vie  de 
T.  Wentivorth,  comte  de  Strafford,  principal 
ministre  d' Angleterre  et  lord  lieutenant  d'Ir- 
lande sous  le  règne  de  Charles  î<:r,  ainsi  que 
srir  l'histoire  générale  d'Angleterre,  d'E- 
cosse et  d'Irlande  à  cette  époque;  I^ondres, 
1795;  Leipzig,  1796,  in-S";  noav.,  édit.,  Paris, 


28 

Mémoire  au  roi  de  Prusse  pour 
réclamer  ta  liberté  de  La  Fayette;  1795,  in-H"  ; 
-—Défense  des  Émigrés  français,  adressée  au 
peuple  français  ;  Hambourg ,  Paris  et  Londres, 
1797,  2  vol.  in-8";  nouv.  édition,  suivie  de  l'o- 
pinion proférée  à  la  chambre  des  pairs  en  1818; 
Paris,  1825,   in-S";  —  Lettres  au  rédacteur 
du  Courrier  de  lonrfres;  Londres,  1802,  in-8°  : 
ce  sont  quatre  lettres  à  Montlosier,  sur  le  bref 
du  pape  aux  évoques  français  ;  les  trois  premières' 
ont  été  réimprimées  à  Paris,  en  1802  ;  —  Mé- 
moires concernant  Marie-Antoinette ,  archi- 
dïichesse  d'Autriche  ,  reine  de  France ,  etc.  ; 
Londres,  1804,  3  vol.  in-8°;  nouv.  édit.,  avec 
des  notes  et  des  éclaircissements  historiques ,  par 
MM.  Bervilleet  Barrière,  dans  la  Collection  des 
mémoires  relatifs  à  la  Révolution  française-; 
Paris,  1822,   2  vol.  in-8°.  La  réimpres.sion  de 
ces  mémoires ,  publiés  sous  le  nom  de  Webe 
frère  de  lait  de  Marie-Antoinette,  donna  lieu  à  .    ■ 
procès  entre  Joseph  Weber  et  les  éditeurs  P 
douin.  Ceux-ci  alléguèrent  que  Weber  r        .; 
pas  l'auteur  de  cet  ouvrage,  et  qu'en 
quence  il  était  sans  droit.  Ils  citèrent  en  , 
une  lettre  du  marquis    de  Lally-Tollendai     ''"■" 
avouait  avoir  rédigé,  d'après  ses  mémoire  s 
sonnels  et  d'après  quelques  instructions  p 
entières  du  duc  de  Choiseul ,  ce  qui  regr 
l'intérieur  domestique  de  la  reine  à  Vienui       ';  ' 
Versailles  ;  et  d'après  un  petit  nombre  de  no. 
de  Weber  l'avant-propos ,  les  T'',  2^  et  3^  cha- 
pitres de  ces  mémoires;  le  1""  volume,  depuis 
la  page  359,  a  été  rédigé  par  un  écrivain  pro- 
fessant des  principes  en  opposition  avec  ceux  de 
Lally-Tollendal;  —  Lettre  à  MM.  les  rédac- 
teurs du  Journal  de  l'Empire;   Paris,    181.1, 
in-8°  :  à  propos  d'un  article  de  ce  journal  qui 
avait  cité  avec  indignation  un  morceau  d'une  lettre 
de  M""^  Du  DefTant  dans  lequel  elle  insultait  à  la 
mémoire  de  Lally  père,  le  jour  même  de  son  exé- 
cution;—  Déclaration  de  M.  Lally-Tollend 
demandée  par  M.    Ferris,   administrâtes., 
général;  Paris,  1814,  iDi-4°;  -—  Du  30  janvier 
1649  et  du  21  janvier  1793;  Paris,  21  janvier 
1815;  —  Examen  des  Observations  sttr  la  dé- 
claration du  congrès  de  Vienne;  Paris,  mai 
1815,  in-8°  :  cet  Exavien  fut  d'abord  imprimé 
dans  le  Moniteur  de  Gand;  —  Opinion  sur  la 
Résolution  relative  à  l' Inamovibilité  des  Ju- 
ges: chambre  des  pair  s,  séance  du  19  décembre 
1815  ;  Paris,  1816,  in-8°  ;  —  Opinion  sur  la  mo- 
dification apportée  au  projet  de  loi  relatif  aux 
livres  saisis  :-chambre  des  pairs,  séance  du 
2b  février  1815;  Bordeaux,  1815,  in-8°;  —  Ob- 
servations sur  la  déclaration  de  plusieurs 
pairs  de  France  publiée  dans  le  Moniteur  dit 
27  novembre    1821;    Paris,    1821,   in-8°  ;  — 
Observations  sur  la  nature  de  la  propriété 
littéraire,  présentées  à  la  commission  nom- 
mée par  le  roi  pour  l'examen  préparatoire 
du  projet  tendant  à  améliorer,  dans  l'intérêt 
des  gens  de  lettres  et  artistes ,  la  législation 


29 


LALLY  —  LA  LOUBERE 


30 


actuelle  sur  les  droits  des  auteurs  et  de  leurs 
héritiers,  en  sa  séance  du  9  janvier  1826  ;  Paris, 
1826,  in-4°;  —  Za  Dame  blanche  de  BLack- 
nels,  divertissement  impromptu  en  trois  actes 
pour  nne  fête  de  famille  donnée  par  trois 
enfants  à  Unir  mère,  représentée  à  Saint- 
Germain-en- Laye  sur  l'ancien  théâtre  de 
V hôtel  de  Noailles ,  en  octobre  1827;  Paris, 
1828,  in-S".  On  a  encore  du  marquis  de  Lally- 
ToUendal  des  Opinions  et  Eapporis  à  la  cham- 
bre de  In  noblesse  et  à  V Assemblée  nationale; 
la  traduction  de  la  Motion  du  général  Fitz- 
Patrick  pour  le  général  La  Fayette;  quel- 
ques pièces  de  poésie  détacliées,  comme  une 
Ode  stcr  la  moi't  de  Mirabeau ,  e-tc.  ;  une  tra- 
duction delà  Prière  universelle  de  Pope,  im- 
primée en  1821  avec  la  traduction  de  VL'ssai 
sur  V Homme  du  même  poète  par  Delille;  des 
;.'Jaansons  joyeuses;  une  Lettre  d'un  Voyageur, 
'l'jipriinée  à  la  suite  d'un  recueil  de  pièces  rela- 
^,s  au  monument  deLucerne.  En  1824,  Lally- 

ndal  lut  à  l'Académie  Française  une  tragédie 

v]  actes,  en  vers,  avec  des  cliœurs,  intitulée 

fil-Teamar,  ou   la  restauration  de  la 

r       archie  en   Irlande,  qu'il  ne  fit  pas  im- 

w,  L.  L— T. 

.  ladlt,  Jay,  Jouy  et  Norvins,  Biographie  iionv.  des 

..inporains.  —  Lardler,  Hiit.  biogr.  de  la  Chambre 

•rs.  —  Em.  Haag,  dans  VEncycl.  des  Gens  du  Monde. 

Jrard,  La  France  Littéraire.  —  Dict.  de  la  Con- 

:■■-■  tr.  —  Chateaubriand,  Mém.  d'Outre-Tombe,  vol.  Vi  et 

VU.  —  Moniteur,  1815-1830. 

LA  LONDE  (François- Richard  de}  ^  .jle 
et 'archéologue  français,  né  a  Caen,  le  1"  no- 
vembre 1685,  mort  le  18  septembre  1765.  H 
remporta,  bien  jeune  encore ,  un  prix  à  l'aca- 
démie de  Caen  pour  une  pièce  lyrique.  En  1748, 
il  publia  des  Paraphrases  (en  vers)  des  sept 
Psaumes  de  la  pénitence,  in-8°.  Ses  connais- 
sances variées  lui  permirent  de  se  livrer  à  des 
travaux  de  divers  genres.  Ingénieur,  il  s'occupa 
tudes  pour  rendre  navigable  la  rivière  d'Orne 
,  ..-(U'à  la  mer.  Il  écrivit  des  dissertations  philo- 
sophiques nombreuses,  qu'il  lut  à  l'Académie  de 
Rouen,  dont  il  était  membre.  En. 1732,  il  se  li- 
vra à  des  recherches  développées  sur  les  anciens 
peuples,  particulièrement  sur  les  Scythes  et  les 
Celtes.  Il  concentra  longtemps  ses  études  sur 
l'origine  et  l'antiquité  de  la  ville  de  Caen.  Il  a 
dressé  en  1747  un  plan  du  bassin  qui  fut  de- 
puis établi  dans  cette  ville.  Il  a  laissé  ma- 
nuscrit un  Mémoire  concernant  le  Commerce 
de  la  basse  Normandie.  Enfin  ,  dessinateur  et 
peintre,  il  a  produit,  outre  un  grand  nombre  de 
dessins,  environ  150  tableaux,  que  quelques-uns 
de  ses  amis  ont  qualifié  de  chefs-d'œuvre,  mais 
qui  sont  restés  dans  T'oubli.  G.  de  F. 

Mém.  de   l' Acad.de  Caen,  isui.   —  Notice  àe  n.  La 

Tourctti.'. 

LA  LOXGE  {Huberion  Robert),à\i\&Fiam- 
mingo  ,  peintre  de  l'école  de  Crémone ,  né  à 
Bruxelles,  mort  à  Plaisance,  en  1709.  Il  vint 
très-jeune  habiter  l'Italie ,  qu'il  ne  quitta  plus. 


On  croit  qu'il  étudia  à  Crémone  sous  Bonizoli  et 
Massarolti  ;  mais  ce  n'est  qu'une  conjecture ,  et 
d'après  ses  divers  ouvrages,  il  serait  difficile  de 
préciser  le  maître  dont  il  se  rapproche  le  plus. 
Dans  tous ,  cependant,  on  trouve  une  harmonie 
et  un  empâtement  de  couleurs  qui  rappellent  le 
faire  des  Flamands.  Dans  les  sujets  tirés  de  la 
vie  de  sainte  Thérèse  et  de  saint  Philippe  Néri, 
qu'il  peignit,  tant  à  l'huile  qu'à  fresque,  dans  l'é- 
glise Saint-Sigismond  près  Crémone,  il  approche 
du  Guide,  tandis  que  dans  les  peinturesdu  chœur 
de  Saint -Antome  de  Plaisance  on  reconnaît 
plutôt  un  imitateur  du  Guerchin;  quelquefois 
aussi  il  offre  un  mélange  de  délicatesse  et  de 
force,  comme  dans  la  Mort  de  saint  François- 
Xavier  de  la  cathédrale  de  Plaisance.  Toutes 
ses  compositions  sont  accompagnées  de  riches 
paysages  qui  ajoutent  beaucoup  au  chartne  et  à 
l'éclat  de  ses  tableaux.  On  peut  seulement  repro- 
cher à  ses  figures  un  peu  d'incorrection  et  à  ses 
fonds  de  manquer  parfois  aux  lois  de  la  perspec- 
tive aérienne.  E.  B— n. 

Lanzi,  Storia  piltorica.  — Ticozzl,  Dizionario.  — . 
—  Guida  di  Piacenza.  —  Gius  GrasseUl,  Guida  storico- 
sacra  di  Cremona. 

LA  LOUBÈRE  [Antoine  de),  géomètre  fran- 
çais, naquit  en  1600,  dans  le  diocèse  de  Rieux, 
en  Languedoc,  et  mourut  à  Toulouse,  le  2  sep- 
tembre 1664.  A  l'âge  de  vingt  ans  il  fut  reçu  dans 
la  Société  de  Jésus,  et  il  y  professa  successive- 
ment les  humanités,  la  rhétorique,  l'hébreu,  la 
théologie  elles  mathématiques.  Gomme  géomètre, 
La  Loubère  serait  sans  doute  complètement  ou- 
blié sans  le  retentissement  qu'eurent  ses  démêlés 
avec  Pascal.  Voici  à  quelle  occasion  :  Au  mois 
de  juin  1658,  Pascal,  caché  sous  le  pseudonyme 
de  A.  Dettonville,  avait  publié  un  programme 
dans  lequel  il  proposait  de  trouver  la  mesure  et 
le  centre  de  giavité  d'un  segment  quelconque 
de  cycloïde,  les  volumes  et.  les  centres  de  gra- 
vité des  solides  engendrés  par  ces  segments,  etc. 
Des  prix  devaient  être  décernés  aux  pièces  qui 
résoudraient  la  totalité  ou  une  partie  de  ces  pro- 
blèmes, et  qui  seraient  adressées,  avant  le  l'^'' oc- 
tobre suivant,  à  M.  de  Carcavi,  l'un  des  juges 
du  concours.  Vers  les  derniers  jours  de  sep- 
tembre ,  La  Loubère  écrivit  qu'il  avait  résolu  les 
problèmes  de  Dettonville,  et  qu'il  envoyait  pour 
échantillon  le  calcul  de  l'un  des  cas  proposés. 
«  Malheureusement,  dit  Bossut,  ce  calcul,  qui 
n'était  accompagné  d'aucune  méthode,  se  trouva 
faux.  Lalouhère  (1)  reconnut  lui-môme  cette  er- 
reur, qui  sautait  aux  yeux,  mais  sans  la  corri- 
ger, dans  plusieurs  lettres  écrites  à  la  fin  de  sep- 
tembre et  au  commencement  d'octobre.  1!  est 
clair  par  là  qu'il  ne  lui  restait  aucun  droit  légi- 
time aux  prix,  puisqu'à  l'expiration  du  terme 
fixé  par  le  programme,  il  n'avait  produit  ni  mé- 

tl)  Dans  ses  onvrages,écrils  en  latin,  La  Loubère  prend 
le  nom  de  Lalovera,  que  Pa.scal  et,  d'après  lui,  liossut, 
ont  traduit  par  Lallouere,  Montucla  le  nomme  La- 
louére. 


3t 


LA  LOUBÈRE 


32 


thode  qui,  par  sa  bonté,  pill  faire  pardonner  un 
calcul  (iéfectueux,  ni  calcul  qui,  par  sa  justesse, 
pût  être  censé  dériver  d'une  bonne  méthode.  Il 
fut  forcé  (l'en  convenir.  »  Cependant  l'orgueil- 
leux jésuite  continua  d'écrire  que,  nonobstant  sa 
première  inadvertance,  il  avait  trouvé  des  choses 
frès-cxtraordinaires  touchant  la  cycloïde ,  mais 
qu'il  ne  voulait  les  mettre  au  jour  qu'après  que 
Detton ville  aurait  donné  ses  propres  solutions, 
faisant  entendre  que  celui-ci  n'avait  peut-être 
pas  résolu  lui-môme  les  questions  qu'il  propo- 
sait aux  autres.  L'année  suivante,  Pascal  fit  im- 
primer son  Traité  de  la  Cycloïde,  et  envoya  le 
commencement  de  cet  ouvrage  à  La  Loubère , 
afin  qu'il  y  vît  le  calcul  du  cas  sur  lequel  il  s'é- 
tait trompé  :  celui-ci  répondit  qu'il  avait  précisé- 
ment ainsi  rectifié  sa  première  solution.  Pascal, 
qui  avait  prévu  la  réponse,  se  moqua  de  lui, 
comme  il  s'était  moqué  de  ses  confrères  les  ca- 
suistes.  Le  jésuite,  humilié,  n'opposa  à  ces  rail- 
leries que  son  immense  traité  de  Cycloïde,  qu'il 
fit  imprimer  en  1660.  Mais  cet  ouvrage,  trop  long- 
temps attendu  et  fondé  sur  un  système  prolixe  et 
laborieux,  eut  d'autant  moins  de  succès  auprès 
des  géomètres,  qu'il  ne  contenait  rien  qui  n'eût 
été  donné,  du  moins  en  substance,  par  Pascal. 

La  Loubère  avait  aussi  cherché  à  s'approprier 
plusieurs  propositions  trouvées  par  Roberval  (1), 
et,  au  sujet  de  la  quadratura  circuli,  Montucla 
écrit  :  «  Huygens  ,  encore  fort  jeune,  démontrait 
vers  le  même  temps  les  mêmes  vérités ,  en 
quelques  pages  et  avec  beaucoup  d'élégance.  « 

On  a  de  La  Loubère  :  Responsio  ad  Thèses 
apologeticas  contrtt  P.  Annatum  de  mente 
Concilii  Tridentini;  Toulouse,  1645,  in-4"';  — 

(1)  «  On  a  vu  aussi  la  dimension  de  la  roulette  et  de  ses 
parties  et  de  leurs  solides  à  l'entour  de  la  base  seule- 
ment,du  R.  P.  Lallouère,  Jésuite  de  Toulouse;  et  comme  il 
l'envoya  tout  imprimée,  j'y  fis  plus  deréOexion;  et  je 
fus  surpris  de  voir  que  tous  les  problèmes  qu'il  y  résout, 
n'étant  autre  chose  que  les  premiers  de  ceux  que  M.  de 
Koberval avait  résolus  depuis  si  longtemps, il  les  donnait 
néanmoins  sous  son  nom,  sans  dire  un  seul  mot  de  l'au- 
teur. Car  encore  que  sa  méthode  soit  différente,  on  sait 
asseï  combien  c'est  une  chose  aisée,  non  seulement  de 
déguiser  des  propositions  déjà  trouvées,  m.iis  encore  de 
lés  résoudre  d'une  manière  nouvelle,  par  la  connaissance 
qu'on  a  déjà  eue  une  fois  de  la  première  solution. 

«  Je  priai  donc  instamment  M.  de  Garcarl,  non-seule- 
raent  de  faire  avertir  le  R.  Père  que  tout  cela  était  de 
M.  de  Roberval,  ou  au  moins  enfermé  manifestement 
dans  ses  moyens,  mais  encore  de  lui  découvrir  la  voie 
par  laquelle  11  y  est  arrivé.  (Car  on  ne  doit  pas  craindre 
de  s'ouvrir  avec  les  personne»  d'honneur  ;.  Je  lui  fis  donc 
mander  que  cette  vole  de  la  première  découverte  était 
la  quadrature  que  l'auteur  avait  trouvée  depuis  long- 
temps d'une  figure  qui  se  décrit  d'un  trait  de  compas  sur 
la  surface  d'un  cylindre  droit,  laquelle  surface  étant 
étendue  en  plan,  forme  la  moitié  d'une  ligne  qu'il  a  ap- 
pelée la  compcu/ne  de  la  roulette,  dont  les  ordonnées  à 
i'axe  sont  égales  aux  ordonnées  de  la  roulette  diminuées 
de  celles  de  la  roue.  En  quoi  je  crus  faire  un  plaisir  par- 
ticulier au  R.  Père,  parce  que  dans  ses  lettres  que  nous 
avons  il  parle  de  la  quadrature  de  celte  figure,  qu'il  ap- 
pelle cyclo-cylindrique,  comme  d'une  chose  trés-élol- 
gnée  de  sa  connaissance,  et  qu'il  eût  fort  désiré  con- 
nailre.  M.  de  Carcavl  n'ayant  pas  eu  assez  de  loisir,  a 
fait  mander  tout  cela,  et  fort  au  long,  par  un  de  ses  amis 
au  R.  P.,  qui  y  a  fait  réponse.  »  Pascal,  {Histoire  de  la 
Roulette). 


Qîtadratura  Circuli  et  hyperholas  segmenta- 
rum ,  ex  dato  eorum  centro  gravitatis  ;  Tou- 
louse, 1651,  1  vol.  in-8°;  —  Propositiones 
geomeirica;  sex,  quibus  ostendilur  ex  carree- 
ciana  liypothesi  eirca  proportionem  qua  gra- 
via  decidentia  accelcrantur,  non  recte  inferri 
aGassendo,motumfore  in  insten^i  ;  Toulouse, 
décembre  1658,  in^4",  avec  une  figure-,  — Pro- 
positio  trigesima  sexta  excerpta  ex  quarto 
libro  de  Cycloide  Antojiii  Laloverse  nondum 
quidem  edito,  viris  tamen  doctrina  etfide 
insignibus  ante  aliquot  vienses  communi- 
cato  ;  Toulous.e,  9  janvier  1659,  in-4°  avec 
fig.  (3);  —  Veterum  Geometria  promota  in 
septem  de  Cycloide  libris ;  Toulouse,  1660, 
1  vol.  in-4".  E.  Merlieux. 

Récit  de  l'examen  et  du  jugement  des  écrits  envoyés 
pour  les  prix  proposés  publiquement  sur  le  sujet  de  la 
roulette;  Paris,  25  novembre  1658,  in-4'.  —  Histoire 
de  la  Roulette;  Paris,  10  octobre  1658,  ln-*>'.  —  Suite  de 
l'Hisloire  de  la  Roulette,  où  l'on  voit  le  procédé  d'une 
personne  gui  s'était  voulu  attribuerl'invention  des  pro- 
blèmes proposés  sur  ce  sujet  ;  Paris,  12  décembre  1658, 
10-4°.  —  Montucla,  Histoire  des  Mathématiques,  tom.  II. 
—  Bossut,  Discours  sur  la  vie  et  les  ouvrages  de  Pas- 
cal; Paris,  1781,  in-8o. 

LA  LOCBÈRB  { Simon  de),  littérateur  et 
voyageur  français,  neveu  du  précédent,  né  en 
mars  1642,  à  Toulouse,  mort  le  26  mars  1729,  au 
château  de  La  Loubère,  diocèse  de  Rieux,  en 
Languedoc.  Il  perdit  son  père  de  bonne  heure, 
vint  étudier  le  droit  à  Paris,  et  entra  dans  la  di- 
plomatie. Il  fut  bientôt  choisi  pour  secrétaire 
par  M.  de  Saint-Romain ,  ambassadeur  en  Suisse. 
Peu  de  temps  après,  Louis  XIV,  qui  voulait 
nouer  des  relations  commerciales  avec  le  royaume 
de  Siam  et  y  faire  pénétrer  le  christianisme ,  y 
envoya  La  Loubère,  avec  le  titre  d'envoyé 
extraordinaire.  Parti  de  Brest  le  1^*^  mars  1687, 
il  arriva  à  sa  destination  le  27  septembre  sui- 
vant, et  séjourna  dans  le  pays  jusqu'au  3  janvier 
1688,  qu'il  remit  à  la  voile  pour  Brest,  où  il  dé- 
barqua le  27  juillet  de  la  même  ann<^e.  Quoique 
La  Loubère  n'eût  guère  séjourné  que  trois  mois 
à  Siam,  la  relation  qu'il  a  publiée  de  son  voyage 
révèle  un  observateur  judicieux  et  exact.  Ses 
renseignements  sur  l'origine,  les  mœurs,  les 
institutions,  la  religion,  le  gouvernement ,  l'in- 
dustrie et  le  commerce  des  Siamois,  ont  été 
confirmés  par  les  relations  postérieures,  et 
servent  de  correctif  aux  exagérations  du  P.  Ta- 
chard.  Cette  relation  a  été  publiée  sous  ce  titi-e  : 
Du  Royaume  de  Siam  (fig);  Paris  et  Ams- 
terdam, 1691,  2  vol.  in-12.  Les  exemplaires  de 
l'édition  d'Amsterdam  ,  avec  la  date  de  1700 
ou  1713,  ne  diffèrent  que  par  le  changement  de 
frontispice.  Réimprimé  sous  ce  titre  :  Descrip- 
tion du  royaume  de  Siam,  où  l'on  voit  quelles 
sont  les  opinions,  les  mœurs  et  la  religion 
des  Siamois;  avec  plusieurs  remarques  de 
physique  touchant  les  planètes  et  les  ani- 


(1)  Cette  Propositio  trigesima  sexta  a  été  publiée  une 
seconde  fois  le  15  février  suivant,  avec  une  note  au- 
dessous  de  la  figure.  Cette  note  est  une  réponse  à  Pascal. 


33 


LA  I.OUBÈRE  —  LALOUETTE 


34 


mmix  du  pays  (fig.  );  Amsterdam,  1714,  2vol. 
ih-12.  Dans  le  2*  volume  de  ces  diverses  édi- 
tions ,  on  trouve  :  Règles  de  V Astronomie  sia- 
moise pour  calculer  les  mouvements  du  So- 
leil et  de  la  Lune,  traduites  du  siamois  (par 
La  Loubère),  expliquées  et  commentées  par 
Cassini;  —  Béflexions  sur  la  Chronologie 
chinoise,  et  Discours  sur  Vile  de  Taprobane, 
par  Cassini;  et  Problème  des  carrés  magiques 
selon  les  Indiens. 

Chargé  ensuite  d'aller  remplir  en  Espagne  et 
eD  Portugal  une  mission  secrète,  dont  le  but 
était  de  détaclier  ces  deux  pays  de  l'alliance  de 
l'Angleterre,  La  Lout)ère  ne  put  s'en  acquitter, 
ayant  été  arrêté  à  Madrid  faute  de  caractère  of- 
ficiel ,  et  il  ne  recouvra  la  liberté  que  parce  que 
Louis  Xrv  menaça  d'user  de  représailles  envers 
les  Espagnols  qui  résidaient  en  France.  Pour  le 
dédommager  de  cet  échec,  le  chancelier  dePont- 
chartrain,  avec  lequel  il  était  en  fort  bons  termes, 
en  fît  le  gouverneur  de  son  fils.  De  là  une  faveur 
qui ,  plus  que  les  titres  littéraires  de  La  Lou- 
bère, détermina,  en  1693,  son  admission  à  l'A- 
cadémie, en  même  temps  qu'elle  suggéra  cette 
épigramme,  attribuée  à  La  Fontaine  : 

11  en  sera  quoi  qu'on  en  die  ; 
C'est  un  impôt  que  Pontchartrain 
Veut  mettre  sur  l'Académie. 

L'année  suivante  il  vint  à  Toulouse,  et  y  contri- 
bua à  la  régénération  de  l'Académie  des  Jeux 
Floraux,  dont  il  dressa  les  nouveaux  statuts. 
Non  content  d'avoir  été  le  restaurateur  de  l'an- 
cien collège  de  la  Gaie  Science ,  il  s'en  fit  l'his- 
toriographe dans  l'ouvrage  intitulé  :  Traité 
de  V Origine  des  Jeux  Floraux  de  Toulouse. 
Lettres  patentes  portant  le  rétablissement 
des  Jeux  Floraux  en  une  Académie  de  Belles- 
Lettres  (1C91);—  Brevet  du  roi  qui  porte 
confirmation  des  chancelier,  mainteneurs  et 
maîtres  des  Jeux  Floraux,  et  nomination  de 
nouveaux  mainteneurs.  Statuts  pour  les  Jeux 
Floraux;  Toulouse,  1715,  in-8°.  Le  Traité  de 
Vorigine  des  Jeux  Floraux  n'était  qu'une  es- 
quisse, que  son  grand  âge  l'empêcha  de  déve- 
lopper, 

La  Loubère  s'était  aussi  occupé  de  mathéma- 
matiques,  mais  en  quelque  sorte  pour  lui-même  ; 
car  il  fallut  toutes  les  instances  de  ses  amis  pour 
qu'il  consentît  à  la  publication  de  l'ouvrage  dont 
l'impression  n'était  pas  achevée  lorsqu'il  mou- 
rut (1).  p.  Levot. 


(1)  Cet  ouvrage  a  pour  titre  :  De  la  Résolution  des 
équations,  ou  de  l'extraction  de  leurs  racines,  par  feu 
M.  de  La  Loubère,  de  l'Académie  Française  et  Inscrip- 
tions e.t  âelles-Lettres  (Paris,  1732,  l  vol.  in-4°  ).  Ce  livre 
est  encore  assez  uUIe  a  consulter.  L'auteur  tait  preuve 
d'originalité  dans  ses  idées;  mais  il  manquait  des  con- 
naissances nécessaires.  Du  reste ,  il  en  convient  lui- 
même  :  «  Je  ne  sais,  dit-il,  de  l'analyse  que  ce  qu'il  y  a 
de  plus  commun  dans  la  logistique,  Je  commençai  cette 
étude  dans  ma  jeunesse  ,  et  même  celle  des  sections  co- 
niques. Je  fis  des  éléments  à  ma  manière;  mais  ensuite, 
ayant  abandonné  les  mathématiques  pendant  plus  de 
trente-cinq  ans,  J'y  suis  revenu  trop  tard  pour,  y  faire 

KOOV.   BIOGR.    GÉNÉR.    —  T.   XXIX, 


De  Boze,  Éloije  de  la  Loubère,  t,  VU  des  Mémoires  de 
l'Académie  des  Inscriptions  et  Belles-Lettres.  —  Poi- 
tevin, Mémoires  pour  servir  à  l'histoire  des  Jeux  Flo- 
raux. 

L'ALOCETTE  (François  de  ),  magistrat  fran- 
çais, né  vers  1520,  à  Vertus,  en  Champagne, 
mort  en  1602,  à  Sedan.  Après  avoir  occupé  la 
charge  de  bailli  du  comté  de  Vertus ,  il  devint 
conseiller  du  roi  et  maître  des  requêtes.  La  part 
qu'il  avait  prise,  en  1568,  à  la  révison  de  la  Cou- 
tume de  Sedan  le  fît  nommer,  deux  ans  plus 
tard,  associé  du  bailli  de  cette  ville.  A  peu  de 
temps  de  là ,  il  fut  investi  des  hautes  fonctions 
de  président  du  conseil  souverain  de  la  princi- 
pauté. Versé  dans  la  connaissance  des  langues 
anciennes,  de  l'histoire,  du  droit  civil  et  du  droit 
canonique,  il  fut  un  des  magistrats  les  plus  ins- 
truits et  les  plus  intègres  de  son  temps.  L'année 
où  il  mourut,  il  fut  choisi  pour  un  des  conseil- 
lers modérateurs  de  l'Académie  de  Sedan,  qui  ve- 
nait d'être  fondée.  On  a  de  lui  :  Traité  des 
Nobles  et  des  Vertus  dont  ils  sont  formez. 


tons  les  progrès' que  je  m'étais  promis  et  dont  je  réser- 
vai l'étude  pour  l'amusement  de  ma  vieillesse,  ne  sachant 
pas  que  dans  la  vieillesse  cet  amusement  devient  un  tra- 
vail fort  sérieux.  »  El  il  termine  ainsi  son  livre  :  «  Je 
m'étais  flatté  de  porter  plus  loin  cette  tentative  ,  mais  il 
faut  obéir  à  mon  grand  âge,  et  peut-être  n'étais-je  pas 
capable  dans  ma  jeunesse  d'aller  plus  loin.  »  Le  point  de 
départ  de  La  Loubère  est  dans  sa  définition  du  rapport: 
«Quand  je  considère  le  rapport  ou  la  raison  qui  est 
entre  deux  grandeurs  de  même  espèce  et  terminées,  ce 
que  j'y  cherche  est  l'égalité  ,  et  si  je  les  trouve  égales, 
Je  connais  parfaitement  l'une  par  l'autre,  et  n'ai  plus 
rien  à  y  considérer  ;  mais  si  je  les  trouve  inégales,  j'y 
découvre  leur  différence,  et  cette  différence  devient  l'ob- 
jet d'une  nouvelle  comparaison.  Car  je  puis  comparer 
cette  différence  avec  chacune  des  deux  grandeurs  pre- 
mièrement prises  ;  mais  en  comparant  cette  différence 
avec  la  plus  grande  grandeur,  je  trouve  que  l'excès  de 
la  plus  grande  grandeur  sur  cette  différence  est  la 
moindre  des  deux  premières  grandeurs  que  je  connais 
déjà,  et  cette  comparaison  m'est  inutile,  puisqu'elle  ne 
peut  offrir  à  mon  esprit  rien  de  nouveau.  Au  contraire, 
si  je  compare  cette  différence  avec  la  moindre  des  deux 
premières  grandeurs,  je  dois  les  trouver  égales  ou  iné- 
gales. Si  je  les  trouve  égales,  mon  esprit  se  repose  : 
mais  si  elles  sont  inégales,  leur  différence  est  l'objet 
d'une  troisième  comparaison,  et  ainsi  de  suite....  l,a 
raison  que  les  géomètres  appellent  raison  arithmétique 
est  la  différence  qui  est  entre  deux  grandeurs.  El  la  rai- 
son qu'ils  appellent  raison  géométrique,  ousimplemetU 
raison,  consiste  dans  le  détail  ou  dans  la  suite  des  sous- 
tractions que  je  viens  de  marquer  qu'on  peut  faire  entre 
elles.  »  Chargé  de  porter  à  Hamon  les  compliments  ôc 
l'évêque  d'Osnabruk  sur  son  avènement  à  la  succession 
du  duché,  La  Loubère  s'y  trouva  mis  en  relation  avec 
Lelbnitz.  «Je  lui  communiquai,  dit-il,  ma  définition  d;; 
la  raison  géométrique,  et  mon  problème,  dans  lequel  Je 
donne  la  méthode  de  donner  par  nombres  et  par  lettres 
autant  de  soustractions  qu'on  veut  du  détail  de  la  raison 
des  racines  des  deux  hautes  puissances  de  toute  équa- 
tion donnée,  et  je  lui  fis  voir  qu'il  n'eslpas  même  néces- 
saire que  l'équation  soit  parfaite,  etc.,  etc..  Monsieur 
Lelbnitz  la  regarda  si  savamment  que  je  n'enten- 
dis pas  ce  qu'il  voulait  dire....  »  L'aveu  est  naïf.  Ce- 
pendant Lelbnitz  encouragea  La  Loubère  à  continuer 
ses  recherches,  et  lui  écrivit  à  ce  sujet  plusieurs  lettres, 
de  1680  à  nos.  En  somme,  malgré  les  Idées  erronées 
de  notre  auteur  sur  les  imaginaires,  sur  la  règle  de  Des- 
cartes et  sur  le  nombre  des  racines  d'une  équation,  il  est 
à  présumer  que  s'il  eût  fait  usage  de  l'algorithme  des 
fractions  continues,  il  fût  arrivé  par  son  procédé  à  la 
méthode  de  résolution  découverte  depuis  par  Lagrange, 
E.  Merlieux. 


85  LALOUETTE 

leur  charge,  vocation,  rang  et  degré;  des 
marqncs ,  généalogie  et  diverses  espèces  d'i- 
ceux,  avecune  histoire  de  la  maiJson  de  Coucy 
et  de  ses  alliances;  Paris,  1576,  in-8°;  1577, 
in-4"  ;  —  Oraison  et  Harangue  funèbre,  à  l'i- 
mitation des  anciens,  pour  le  seigneur  de 
BieZf  maréchal  de  France ,  et  messire 
Jacques  de  Coucy,  son  gendre;  ibid.,  1578, 
ia-4°  :  édité  sous  le  nom  du  dominicain  Jsan  Fa- 
luel  ;  —  Généalogie  de  la  Maison  de  La  Mark; 
ibid.,  1584,  in-fol.;  —  Des  Maréchaux  de 
France  et  principale  charge  d'iceux;  Sedan, 

1594,  in-4°;  —  Des  AJf aires  d' Estât,  des 
Finances  du  prince,  et  de  la  Noblesse;  Paris, 

1595,  in-8°,  et  Metz,  1597,  in-8°;  -  Impos- 
tures d'impiété,  des/atisses  puissances  et  do- 
minations attribuées  à  la  lune  et  les  pla- 
nettes  sur  la  naissance,  vie,  mœurs....  des 
hommes ,  et  choses  inférieures  du  ciel  ;  Sedan, 
1600,  in-4°;  —  Ju7'is  civilis  Romanoruni  et 
Gallorum  nova  et  exquisita  Traditio,  duobus 
libellis  descripta;  ibid.,  1601,  in-16.  L'A- 
louette, dont  le  nom  latinisé  était  Alauda- 
n  us ,  a  laissé  en  outre  un  grand  nombre  d'écrits 
qui  n'ont  point  été  imprimés,  parmi  lesquels 
nous  citerons  :  Origine  des  Gaulois;  —  Mé- 
moires pour  faire  le  corps  du  droit  fran- 
çais; —  Sylva  Sylvarum,  seu  historia  natu- 
ralis;  —  Traité  des  Fiançailles;  —  Des 
Polices  du  royaume ,  des  villes  et  plat  pays 
de  France;  —  De  l'Ignorance  des  Lettres. 

P.    L— Y. 


Biographie  ardennaise.  —  Haag  frères,  La   France 
Protestante. 

LALOUETTE  (Jean  -  François) ,  musicien 
français,  né  à  Paris,  en  1651,  et  mort  à  Ver- 
sailles, le  1"  septembre  1728.  Admis  comme  en- 
fant de  chœur  à  la  maîtrise  de  l'église  Saint- 
Eustacbe,  où  il  commença  ses  études  musicales, 
Lalouette  reçut  ensuite  des  leçons  de  violon  de 
Guy  Leclerc ,  violon  de  la  grande  Bande  du  Roi, 
puis  devint  l'élève  de  Lully  pour  la  composition. 
Lorsqu'on  1672  Lully  obtint  le  privilège  de 
l'Opéra ,  Lalouette,  qui  passait  pour  un  des  meil- 
leurs violonistes  de  son  temps ,  fit  partie  des 
musiciens  de  ce  théâtre,  et  fut  chargé  bientôt 
après  de  la  direction  de  l'orchestre.  Lully  l'em- 
ployait aussi  à  remplir  les  parties  de  chœur  ou 
îl'instruments  dans  les  morceaux  de  ses  opéras 
(iont  il  n'écrivait  que  le  chant  et  la  basse.  La- 
louette s'acquitta  de  ses  fonctions  de  chef  d'or- 
cliestre  et  de  seciétaire  avec  une  intelligence  et 
une  habileté  qui  lui  firent  une  certaine  réputa- 
tion; mais  au  bout  de  quelques  années  Lully 
crut  s'apercevoir  que  son  élève  tranchait  un  peu 
trop  du  maître  ;  il  lui  revint  même  qu'il  s'était 
vanté  d'avoir  composé  les  meilleurs  morceaux 
do  son  opéra  A'Isis.  Lully  n'était  pas  homme  à 
supporter  de  pareils  procédés,  et  en  1677  il 
congédia  Lalouette,  qu'il  remplaça  par  Colasse. 
Lalouette  obtint  plus  tard  la  place  de  maître  de 
musique  à  l'église  Notre-Dame,  à  Versailles,  et 


LALOY  36 

mourut  dans  cette  viMe  à  l'âge  de  soixante-dix- 
sept  ans.  Cet  artiste  a  composé  la  nausique  de 
plusieurs  ballets  et  intermèdes  pour  l'Opéra; 
ces  ouvrages  sont  restés  en  manuscrit.  Il  a  écrit 
aussi  pour  l'église;  on  a  gravé  de  lui  :  Motets 
à  plusieurs  parties,  1"'  livre;  Paris,  in-fol.,  sans 
date;  —  Miserere,  T  livre  de  motets,  ibid. 
D.  Denne-Baron. 

De  Fresnense,  Comparaison  de  la  Musique  italienne 
et  de  la  Musique  française .  —  Bourdelot,  Histoire  de  la 
Musique  et  de  ses  vffets.  —  De  La  Borde,  Essai  sur  Icf 
Musique.  —  Félis,  Biographiewiiverselle  des  Musiciens. 

LALOV  y  Pierre-Antoine) ,  homme  politique 


français,  né  à  Doulevantle-Cliàleau  (Cham- 
pagne), le  16  janvier  1749,  mort  dans  la  môraa 
ville,  le  5  mars  1846.  Il  termina  ses  études  à 
Paris,  en  1764,  entra  chez  un  procureur,  et  fut 
reçu  avocat  au  bailliage  de  Chaumont-sur-Marne, 
le  31  août  1773.  En  1785  il  fut  chargé  par  le 
gardé  des  sceaux  de  plusieurs  travaux  paléogra- 
phiques et  de  dépouiller  les  archives  du  Bassi- 
gny.  Après  1789  il  fut  nommé  successivement 
procureur  de  sa  commune,  administrateur  du 
département  de  la  Haute-Marne  et  député  à  l'As- 
semblée législative  (août  1791).  Il  siégea  parmi 
les  montagnards ,  se  fit  peu  remarquer  à  la  tri- 
bune ,  mais  se  distingua  au  sein  des  commis- 
sions. Réélu  à  la  Convention ,  il  vota  la  mort 
de  Louis  XVI,  la  mise  hors  la  loi  des  Girondins, 
et  après  le  31  mai  il  signa  comme  secrétaire  la 
nouvelle  constitution.  Membre  du  comité  de  sû- 
reté générale,  il  vota  toutes  les  mesures  excep- 
tioimelles.  Du  6  au  22  novembre  1793,  il  pré- 
sida la  Convention ,  et  accueillit  favorablement 
l'évêque  de  Paris ,  Gobel ,  lorsque  ce  prélat  se 
présenta  à  la  barre  de  l'assemblée,  à  la  tête  de 
son  clergé  pour  y  rendre  hommage  à  la  Rai- 
son. Cependant  il  s'éleva  contre  Robespierre.  II 
entra  au  Conseil  des  Cinq  Cents,  où  il  s'occupa 
surtout  de  l'organisation  judiciaire;  il  l'ut  porté 
à  la  présidence  de  ce  conseil  le  19  février  1798^ 
Les  électeurs  de  la  Haute-Marne  l'envoyèrent 
encore  au  Conseil  des  Anciens,  dont  il  fut  secré- 
taire le  20  mai  1798  et  président  le  18  août 
.  suivant.  Il  applaudit  au  i  8  brumaire ,  fit  partie 
de  la  commission  des  cinq  membres  chargés  de 
sanctionner  le  coup  d'État  de  Bonaparte,  et  fut 
élu  au  Tribunat,  d'où  il  fut  éliminé  par  la  cons- 
titution de  l'an  x  (  16  septembre  1802).  L'empe- 
reur le  nomma  membre  du  conseil  des  prises, 
place  qu'il  occupa  jusqu'à  la  première  restaura- 
tion. Dans  les  Cent- Jours  Laloy  entra  au  conseil  de 
préfecture  de  la  Seine,  ce  qui  lui  valut  d'être,  au 
second  retour  des  Bourbons,  frappé  par  la  loi  dite 
d'amnistie.  Il  se  fixa  à  Mons  ;  un  an  plus  tard 
il  reçut  l'autorisation  de  rentrer  en  France,  mais 
il  refusa  cette  grâce,  et  ne  revit  sa  patrie  qu'a- 
près juillet  1830.  Sur  la  proposition  du  comte 
Real,  une  pension  lui  fut  accordée.  Laloy  s'étei- 
gnit à  quatre-vingt-dix-sept  ans  ;  c'était  surtout 
un  homme  d'étude;  sa  bibliothèque  se  com- 
posait de  plus  de  vjngt  mille  volumes.  Ses  dis- 
cours, quelques  rapports  et  mémoires  sont,  les 


37 


LALOY  —  LA  LUZERNE 


38 


seulstravanximprimésensonnom;  mais  il  acom- 
posé  ou  rédigé  plusieurs  ouvrages  anonymes  :  tels 
que  Y  Agriculture  pratique  de  Douette  Richar- 
flot;  — les  Mémoires  pour  M""'  de  Douliault; 
~  la  Statistique  de  la  Manie,  publiée  par 
Chaulaire,  etc.  H.  Lesueur. 

Emile  Jolibois,  Notice  sur  P.-^.  Laloy  ;  Cohnar,  1846. 
LA  LUZERNE  (César-Henri ,  comte  de), 
homme  politique  français,  né  en  1737,  à  Paris, 
mort  le  24  mars  1799,  aux  environs  de  Wells, 
en  Autriche.  Issu  d'une  ancienne  famille  de  Nor- 
mandie et  neveu  de  Malesherbes  par  sa  mère, 
il  embrassa  la  carrière  des  armes ,  parvint  au 
grade  de  lieutenant  général,  et  fut  envoyé  eu  1786 
aux  Iles  sous  le  Vent  en  qualité  de  gouverneur. 
Au  mois  d'octobre  1787  il  fut  appelé  au  ministère 
de  la  marine,  et  donna  sa  démission,  en  même 
temps  que  tous  ses  collègues,  lors  du  renvoi  de 
Necker  (12  juillet  1789);  peu  de  temps  après  il 
céda  aux  instances  du  roi,  et  reprit  son  porte- 
feuille. Mais ,  son  administration  ayant  été  à 
l'Assemblée  nationale  l'objet  des  attaques  les 
plus  vives  et  malheureusement  aussi  les  mieux 
justifiées ,  il  fut  forwi  de  se  retirer  (  20  octobre 
1790).  L'année  suivante  il  passa  en  Angleterre 
pour  assister  aux  derniers  moments  de  son  frère, 
qui  était  ambassadeur  à  Londres,  resta  quelque 
temps  dans  ce  pays,  et  s'établit  ensuite  en  Au- 
triche. On  a  de  lui  :  Retruite  des  Dix  mille, 
trad.  de  Xénophon-,  Paris,  1786,  2  vol.  in-12, 
fig. ;  —  Constitution  des  Athéniens,  du  même 
auteur;  Londres,  1793,  in-8°.  P.  L — y. 

Thicrs.  Ilist.  de  la  Révol.fr.  —  La  France  Litt. 

LA  LtrzERNE  {AnneCésar  de),  diplomate 
français,  frère  du  précédent,  né  en  1741,  à 
Paris,  mort  le  14  septembre  1791,  à  Londres. 
Élevé  à  l'école  des  chevau-légers,  il  fut  aide  de 
camp  du  duc  de  Broglie,  son  parent,  fit  avec 
lui  plusieurs  campagnes,  et  devint  en  1762  ma- 
jor général  de  la  cavalerie ,  puis  colonei  des 
grenadiers  de  France.  Bientôt  après  il  abandonna 
la  carrière  militaire,  et ,  s'étant  tourné  vers  la 
diplomatie,  fut  envoyé,  en  1776,  à  la  cour  de 
l'électeur  de  Bavière,  Maximilien- Joseph  ;  sa 
conduite  y  fut  très-remarquée  durant  les  dis- 
cussions auxquelles  donna  lieu  la  mort  de  ce 
prince,  et,  quoique  sans  instructions  spéciales ,  il 
At  preuve  d'autant  d'habileté  que  de  prudence. 
Nommé  ministre  aux  États-Unis  (1779),  il  ne 
tarda  pas  à  prendre  une  grande  influence  dans 
la  direction  des  affaires  ;  ainsi,  en  1780,  il  con- 
tracta sur  sa  propre  responsabilité  un  emprunt 
qui  devait  venir  en  aide  aux  besoins  des  troupes 
américaines.  Lorsque  la  paix  eut  été  signée  en- 
tre l'Angleterre  et  les  États-Unis  (30  novembre 
1782),  il  fit  suspendre  la  ratification  du  con- 
grès, et  obtint  que  le  traité  ne  serait  définitif 
que  quand  celui  de  la  France  serait  signé;  il 
lui  fut  en  outre  accordé  que  jusque  là  les  opé- 
rations militaires  ne  seraient  pas  ralenties.  Le 
f hovalier  de  La  Luzerne  reçut,  lors  de  son  dé- 
part (1783) ,  les  témoignages  les  plus  honorables; 


le  quaker  Benezet  lui  adressa  ces  paroles  :  «  Ta 
mémoiic  noiis  sera  toujours  chère;  tu  n'as  ja- 
mais cessé  d'être  un  ministre  de  paix  parmi  nous  ; 
tu  n'as  rien  épargné  pour  adoucir  q^  que  la 
guerre  a  d'inhumain.  »  Par  la  suite,  et  pour  lui 
prouver  leur  reconnaissance ,  les  citoyens  de  la 
Pensylvanie  donnèrent  son  nom  à  l'un  des  comtés 
de  leur  État.  Au  mois  de  janvier  1788  il  accepta 
l'ambassade  de  Londres,  où  il  resta  jusqu'à  sa 
mort.  P.  L— Y. 

Chaudon  et  Delandine,  Dict.  qéncral.  —  Jrt  de  véri- 
l'ier  les  dates. 

LA  LCZEaNE(  Cdsar-GiuWrmmeDE),  prélat 
français,  frère  du  piécédent,  né  à  Paris,  le 
7  juillet  1738  ,  mort  le  21  juin  1821.  Chevalier  de 
Malte  au  berceau,  il  se  destina  plus  tard  à  l'É- 
glise ,  et  entra  au  séminaire  de  Saint-Magloire 
en  sortant  du  collège.  Dès  sa  première  jeunesse 
il  obtint  des  bénéfices  par  le  crédit  du  chancelier 
de  Lamoignon,  son  grand-père.  En  1754,  il  fiit 
nommé  chanoine  in  minoriàus  de  la  métropole 
de  Paris,  et  en  1756  abbé  de  Mortemer.  il  fit 
sa  licence  avec  distinction  au  collège  de  Navarre, 
et  obtint  le  premier  rang  en  1762.  La  même 
année  l'archevêque  de  Narbonne,  M.  D.  Dillon,le 
nomma  son  grand-vicaire,  et  en  1765  la  province 
ecclésiastique  de  Vienne  le  choisit  pour  agent 
général  du  clergé.  La  Luzerne  fit  partie  de  l'as- 
semblée du  clergé  qui  présenta  requête  au  roi, 
en  mars  1766,  contre  le  réquisitoire  de  M.  Cas- 
tilhon,  avocat  général  du  parlement  de  Provence, 
sur  les  actes  du  clergé.  Le  24  juin  1770  La  Lu- 
zerne fut  nommé  évêque  de  Langres.  Ce  siège, 
qui  avait  le  titre  de  duché-pairie,  était  alors  la 
troisième  des  pairies  ecclésiastiques.  La  Luzerne 
resta  en  même  temps  chanoine  honoraire  de  Pa- 
ris. En  1773,  il  prononça  à  Notre-Dame  l'oraison 
funèbre  du  roi  de  Sardaigne ,  Charles-Emma- 
nuel III,  et  l'année  suivante  l'oraison  funèbre  de 
Louis  XV.  Il  siégea  à  l'assemblée  des  notables  en 
1787,  et  en  1788  à  la  dernière  assemblée  du 
clergé.  Le  clergé  du  bailliage  de  Langres  le  nomma 
député  aux  états  généraux  de  1789.  Quand  les 
prétentions  du  tiers  état  en  faveur  du  vote  par 
tête  se  furent  manifestées ,  La  Luzerne  proposa 
comme  moyen  terme  la  formation  de  deux  cham- 
bres égales ,  l'une  composée  du  clergé  et  de  la 
noblesse,  l'autre  du  tiers  état  seulement.  Ce  sys- 
tème n'obtint  l'appui  d'aucun  des  trois  ordres,  et 
Mirabeau  le  réfuta  dans  trois  Lettres  à  ses  com- 
mettants. Après  la  réunion,  La  Luzerne  se  pro- 
nonça en  faveur  du  projet  d'asseoir  un  emprunt 
considérable  sur  les  biens  du  clergé  pour  prévenir 
la  banqueroute  de  l'État.  Plus  tard  iJ  parla  contre 
la  déclaration  des  droits  qui  devait  être  placée 
en  tête  de  la  nouveHe  constitution.  Il  fut  encore 
en  dissentiment  avec  la  majorité  à  propos  du 
i>eto  accordé  au  roi ,  et  dont  U  voulait  que  l'eflet 
fût  n'goureusernent  suspensif.  A  la  fin  d'août 
1789,  La  Luzerne  présida  l'Assemblée  consti- 
tuante; mais  à  la  suite  des  journées  des  5  et  6  oc- 
tobre il  donna  sa  démission,,  et  se  relira  dans 

2. 


39  LA  LUZERNE 

son  diocèse.  Il  s'y  opposa  de  tout  son  pouvoir 
à  l'introduction  delà  constitution  civile  du  clergé, 
et  en  1791  il  quitta  la  France.  11  se  retira  d'a- 
bord à  Constance,  où  il  aida  de  ses  deniers  les 
prêtres  de  son  diocèse  exilés  comme  lui.  Il  passa 
ensuite  en  Antriche,  auprès  de  son  frère,  le  comte 
de  La  Luzerne,  qui  vivait  alors  retiré  dans  la  terre 
de  Bernau,  près  Wells.  Ayant  perdu  ce  frère  eu 
1799,  il  se  rendit  en  Italie,  et  se  fixa  à  Venise, 
où  il  resta  jusqu'à  la  restauration.  Au  mois  d'oc- 
tobre 1813,  il  se  trouva  atteint  du  typhus  en 
portant  les  secours  spirituels  aux  soldats  français 
entassés  dans  les  hôpitaux  de  cette  ville.  Pen- 
dant son  séjour  à  Venise ,  La  Luzerne  composa 
un  grand  nombre  d'ouvrages  religieux ,  qui  attes- 
tent son  savoir  et  sa  piété.  Il  s'était  empressé  de 
remettre  sa  démission  entre  les  mains  du  pape, 
pour  faciliter  le  concordat  de  1801.  De  retour  en 
France  en  1814,  La  Luzerne  fut  porté  sur  la  pre- 
mière liste  des  pairs  créés  par  Louis  XYIII,  le 
4  juin.  Vers  la  fin  de  cette  année,  il  fit  partie 
d'une  commission  de  neuf  évoques  chargés  de 
s'occuper  des  affaires  de  l'Église  de  France.  Il 
resta  tranquillement  à  Paris  pendant  les  Cent 
Jours.  Présenté  par  le  roi  pour  le  cardinalat,  il 
fut  promu  à  cette  dignité  le  28  juillet  1817. 
Louis  XVIII  lui  dit  en  lui  remettant  la  barrette  : 
«  Si  je  vaux  quelque  chose,  c'est  parce  que  je 
me  suis  constamment  appliqué  à  suivre  les  con- 
seils que  vous  m'avez  donnés ,  il  y  a  quarante- 
trois  ans ,  en  terminant  l'éloge  funèbre  de  mon 
grand-père.  »  Le  siège  de  Langres  avait  été  rétabli 
au  mois  de  juin  1817;  La  Luzerne  fut  nommé  à 
cet  évêché  par  le  roi  et  préconisé  à  Rome  ;  mais  des 
diflicultés  législatives  ne  lui  permirent  pas  d'en 
prendre  possession.  Seul  de  tous  les  évoques 
français,  il  fut  appelé  en  1818  dans  le  conseil 
des  ministres  réuni  pour  s'occuper  de  la  mise  à 
exécution  du  concordat  de  l'année  précédente. 
Quoique  attaché  aux  libertés  de  l'Église  gallicane, 
La  Luzerne  appuya  vivement  l'exécution  entière 
de  ce  concordat.  A  la  chambre  des  pairs  il  vo- 
tait avec  le  parti  aristocratique.  Le  10  mai  1819, 
il  protesta  par  une  déclaration  publique,  avec  trois 
autres  évoques,  ses  collègues  dans  la  même  cham- 
bre, contre  le  refus  d'insérer  dans  la  loi  de  ré- 
pression des  délits  de  la  presse,  les  mots  outrages 
à  la  religion,  au  lieu  d'outrages  à  la  morale 
publique  et  religieuse.  Il  fournit  aussi  des  arti- 
cles au  Conservateur  et  à  La  Quotidienne  sur 
divers  sujets  de  politique  religieuse ,  et  notam- 
ment en  faveur  des  frères  des  écoles  de  la  doc- 
trine chrétienne  et  contre  les  écoles  d'enseigne- 
ment mutuel.  La  Luzerne  s'éteignit  après  une 
maladie  de  deux  mois.  Son  corps  fut  déposé  dans 
un  caveau  de  l'église  des  Carmes  de  la  rue  de 
Vaugirard.  Il  joignait  à  ses  dignités  le  titre  de  mi- 
nistre d'État  et  ie  cordon  du  Saint-Esprit.  «  Le 
cardinal  de  La  Luzerne  doit  être  compté ,  dit 
MahuI,  parmi  les  plus  savants  et  les  plus  pieux 
évêques  de  notre  époque.  Son  érudition  était 
vaste,  sa  piété  éclairée  et  tournée  principalement 


40 


vers  la  charité...  Il  entrevoyait  les  besoins  des 
sociétés  modernes,  et  prêtait  à  leurs  réclamations 
une  oreille  attentive,  quoique  sévère  ;  avec  lui,  du 
moins ,  la  discussion  était  possible.  Les  libertés 
de  l'Église  gallicane,  telles  qu'elles  ont  été  consa- 
crées par  la  célèbre  déclaration  de  1682,  le  comp- 
tèrent toujours  parmi  leurs  défenseurs.  »  Il  laissa 
une  riche  bibliothèque,  dont  le  Catalogue  fut 
publié  en  1822,  in-8°  :  on  y  remarquait  les  pro- 
cès-verbaux imprimés  et  manuscrits  de  toutes 
les  assemblées  du  clergé,  à  dater  du  colloque  de 
Poissy  en  15C1  ;  des  livres  jansénistes  ou  philo- 
sophiques ;  les  ouvrages  de  Port-Royal ,  de  l'abbé 
Grégoire,  de  Voltaire,  deNaigeon,  d'Holbach,  et 
surtout  Essai  sur  la  Fie  de  Sénèque,  par  Dide- 
rot, avec  cette  suscription  de  l'auteur  :  «  Pour 
monseigneur  l'évêque  de  Langres,  de  la  part  de 
son  très-humble  serviteur.  »  On  a  du  cardinal 
de  La  Luzerne  :  Oraison  funèbre  de  Charles- 
Emmamiel  III ,  roi  de  Sardaigne;  1773,  in-4'' 
et  in-12;  —  Oraison  funèbre  de  Louis  XV, 
roi  de  France;  ill^,  in-4''  et  in-12;  —  Ordon- 
nance synodale  sur  V instruction  que  les  pas- 
teurs doivent  à  leurs  peuples,  29  août  1783; 
—  Instruction  pastorale  sur  l'excellence  de 
la  religion,  15  avril  1786;  Langres,  1809,  in-12; 
Paris,  1810,  1818;  Lyon,  1810,  1815;  Avignon, 
1835,  in-12;  —  Instructions  sur  l'Adminis- 
tration des  Sacrements  en  général,  ou  le  Ri- 
tuel de  Langres;  Besançon,  1786,  in-4'';  Pa- 
ris, 1817,  in-4°;  3"  édition,  mise  en  concordance 
avec  le  droit  civil  actuel,  revue,  corrigée  et 
augmentée  d'un  grand  nombre  de  notes  par 
M.  Affre;  Paris,  1835,  3  vol.  in-12-,  —Ré- 
flexions sur  la  forme  la  plus  avantageuse 
d'opiner  aux  états  généraux;  Paris,  1789, 
in-8°;  —  Lettre  aux  administrateurs  de  la 
Haute-Marne,  20  déc.  1790;  —  Lettre  aux 
officiers  municipaux  de  Langres,  27  janvier 
1791;  —  Lettre  à  M.  Becquey ,  procureur 
général  syndic  des  départements  ;  19  jan- 
vier 1791  ;  —  Réponse  à  M.  Becquey ,  procu- 
reur général  syndic  dés  départements;  1791  : 
ces  quatre  derniers  ouvrages  sont  relatifs  aux  af- 
faires de  la  constitution  civile  du  clergé  ;  —  Exa- 
men de  l'Instruction  de  l'Assemblée  nationale 
sur  l'Organisation  prétendue  civile  du  clergé; 
1791,  in-8°;  — Instruction  pastorale  aux  cu- 
rés, vicaires  et  autres  prêtres  du  diocèse  de 
Langres  qui  n'ont  pas  prêté  le  serment;  Lan- 
gres, 1791,  in-8°;  —  Lettre  aux  Électeurs  de 
la  Haute-Marne;  1791,  inuS"  ;  —  Instruction 
pastorale  sur  le  Schisme  de  France;  Langres, 
1791,  1808,  2  vol.  in-12;  Paris,  1842,  in-12;  — 
Sermon  sur  les  Causes  de  l'Incrédulité, prêché 
à  Constance  le  jour  de  Pâques  1795;  1818, 
in-8°;  —  Considérations  sur  divers  points  de 
la  Morale  chrétienne;  Venise,  1795,  5  vol. 
in-12;  Lyon,  1816,  4  vol.  in-12;  Paris,  1829, 
4  vol.  in-12;  1842,  2  vol.  in-12;  Besançon, 
1^35,  1838,  2  vol.  in-8°  ;  —  Instruction  pas- 
torale sur  la  révélation  ;hdingr%?,,  1803,  in-12; 


41  LA  LUZERNE 

— Dissertation  sur  la  Révélation  en  général; 
Langres,  1804,  in-12;  —  Dissertation  sur  la 
Loi  naturelle  ;  Langres,  ISOà,  in-12;—  Dis- 
sertation sur  la  SpintuaUùé  de  Udme  et  sur 
la  Liberté  de  l'homme;  Langres,  1800,  in-12; 
Paris,  1822,  1842,  in-12  ;  Besançon,  1835,  1838, 
in-8";  Lyon,  1843,  in-8";  —  Dissertation  sur 
l'Existence  et  les  Attributs  de  Dieu;  Langres, 

1808,  in- 12; Paris,  1833,  1844,  in-12;  Besançon, 
1838,  iu-8°;  Lyon  et  Paris,  1843,  in-8°;  —  Dis- 
sertation sur  les  Prophéties;  Langres,  1802, 
in-12;  Besançon,  1835,  1838,  in-8°;  Paris,  1843, 
in-12;  Lyon,  1844,  in-8°;  —  Explication  des 
Évangiles  des  dimanches  et  de  quelques-unes 
des  fêtes  principales  de  l'année;  Lyon,  1807, 
5  vol.  iu-8''  et  in-12;  Paris,  1816,  4  vol.  in-12; 
Avignon,  1822,  4  vol.  in-12;  Besançon,  1835, 
1838,  2  vol.  in-8°;  Paris,  1836,  1848,  4  vol. 
m-12;  1839,  1842,  2  vol.  in-8°;  1840,  in-S"; 
1841,  in-8°  et  4  vol.  in-18;  —  Considérations 
sur  l'État  ecclésiastique;  Paris,  1810,  in-12; 
Besançon,  1835,  1838,  in-8°;  Paris,  1835, in-12; 
Lyon,  1845,  in-8°;  —  Considérations  sur  la 
Passion  de  Jésus-Christ;  Paris,  1803,  1810, 
in-12;  Besançon,  1835,  1838,  in-8°;  Paris,  1836, 
in-12  ;  Lyon,  1844,  in-8'';  — Dissertations  sur 
la  Vérité  de  la  Religion ,  savoir  :  sur  l'authen- 
ticité de  l'Ancien  Testament,  sur  les  miracles, 
sur  la  résurrection  de  Jésus-Christ,  sur  la  pro- 
pagation de  la  religion;  Langres,  1802,  1811, 
4  vol.  in-12  ;  Besançon,  1835,  183S,  in-8°  ;  Lyon, 
1843,  in-8°;  Paris,  1844,  in-12;  —  Disserta- 
tions sur  les  Églises  catholique  et  protestante  ; 

1809,  )n-12;  1816,  2  vol.  in-12;  Paris,  1833, 
2  vol.  in-12  ;  1844,  in-12  ;  —  Sur  la  Différence 
de  la  Constitution  française  et  de  la  Consti- 
tution anglaise;  Paris,  1815,  in-8°;  —  Sur 
r Instruction  publique;  Paris,  1S16,  in-S";  — 
Sur  la  Responsabilité  des  Ministres;  1816, 
in-8°;  —  Dissertations  morales  lues  à  Ve- 
nise dans  l'Académie  des  Filaretti  et  dans 
l'Athénée  de  cette  ville;  Paris,  1816,  in-8°;  — 
Sur  le  Projet  de  loi  relatif  à  la  Responsabilité 
des  Ministres;  Paris,  1817,  in-S";  —  Réponse 
au  discours  prononcé  par  M.  de  Lally-  Tol- 
lendal  sur  la  Responsabilité  des  Ministres  ; 
Paris,  1817,  in-8°;  —  Éclaircissements  sur 
l'Amour  de  Dieu;  1818,  in-12;  —  Articles  re- 
latifs à  la  Religion ,  extraits  du  Journal  du 
Commer'ce;  1818,  in-8°;  —  Stir  le  Pouvoir 
du  roi  de  publier  par  une  ordonnance  le  Con- 
cordat du  11  juin  1817;  1818,  in-8o;  Paris, 
1821  ;  —  Projet  de  loi  sur  les  Élections;  Paris, 
18-20,  in-8°  ;  —  Sur  la  Déclaration  de  l'Assem- 
blée du  Clergé  de  France  de  1682;  Paris, 
1821,  in-S";  1843,  in-12  :  c'est  une  défense  des 
quatre  articles.  Le  cardinal  de  La  Luzerne  a  pu- 
blié dans  Le  Conservateur  :  Sur  la  Lettre  et 
l'Esprit  delà  Charte  (14®  livraison);  —  Sur 
la  Puissance  Temporelle  (  38^  livraison  )  ;  — 
Sur  la  Nécessité  de  VÉdueation  Religieuse 
(55^  livraison).;  —  dans  le  Défenseur  :  Sur  le 


—  LAMACHUS 


42 


Gouvernement  représentatif  (1.  II,  p.  49);  — 
Sur  la  Nécessité  de  la  Religion  dans  les  hom- 
mes en  place  (t.  II,  p.  529).  On  a  donné  une 
édition  des  Œuvres  de  M.  de  La  Lxizerne; 
Lyon  et  Paris,  1842,  10  vol.  in-8°;  mais  cette 
édition  est  loin  de  contenir  tous  les  écrits  du 
cardinal.  Il  laissa  en  manuscrit  un  Traité  théo- 
logique sur  le  Prêt  à  intérêt,  et  des  Disser- 
tations sur  les  droits  et  devoirs  respectifs 
des  évêques  et  des  prêtres  dans  l'Église,  qui 
ont  été  publiées  par  l'abbé  Migne  (Montrouge), 
1844,  in-8°.  J-  V. 

Cortois  fie  Pressigny,  archevêque  de  Besançon,  Étogc 
de  M.  le  cardinal  de  La  Luzerne,  prononcé  à  la  cham- 
bre des  pairs;  dans  Le  lHonUe2ir  du  28  juillet  1821.—  No- 
tice sur  m.  de  La  Luzerne,  dans  l'Jmi  de  la  Religion 
et  du  Roi,  tome  XXVIII,  p.  225-233.  —  MahuI,  annuaire 
Nécroloyique,  1821,  p.  239.  —  Quérard,  La  France  Litté- 
raire. 

LAMA  (  Giovanni- Bernar do) ,  peintre  de 
l'école  napolitaine ,  né  vers  1508,  mort  vers  1579. 
Fils  d'un  peintre  obscur,  il  eut  pour  premier 
maître  l'Amati;  mais  Polydore  deCaravage  étant 
venu  à  Naples  en  1527,  il  s'attacha  à  cet  artiste, 
qui  apportait  avec  lui  les  doctrines  de  Raphaël 
et  le  goût  de  la  pureté  antique.  Dans  une  Piété 
que  Lama  peignit  bientôt  pour  l'église  Saint- 
Jacques  des  Espagnols,  il  montra  quels  progrès  il 
avait  fait  faire  à  cette  nouvelle  école,  et  beaucoup 
attribuèrentsonœuvi'eà  Polydore  lui-même,  tant 
étaient  grandes  la  correction  et  la  force  du  dessin, 
la  vérité  des  mouvements ,  la  variété  de  la  com- 
position. Plus  tard ,  il  adoucit  un  peu  le  style 
hardi  de  son  maître,  et  se  créa  une  manière  plus 
suave,  dont  il  ne  se  départit  plus.  Parmi  ses 
meilleurs  ouvrages  à  Naples ,  on  cite  encore  Le 
Christ  au  milieu  des  docteurs  de  Santa-Maria 
délia  Sapienza  et  à  San-Lorenzo  ;  —  La  Vierge 
entre  saint  Antoine  et  sainte  Catherine.  La.ma 
excella  aussi  dans  le  portrait,  modela  avec  ta- 
lent, et  s'occupa  môme  d'architecture.  E.  B — n. 

Domenici,  f^ite  di  Pittori  !Vapotetani.  —  SirDe[li,Ginda 
de'  Forestieri  per  la  cittû  di  Ifapoli.  —  Lanzi,  Star  la 
délia  Piltura.  —  Orlandi,  Abbecedario  —  Ticozzi,  Di- 
zionario. 

LAMACHUS  ( Aafxaxoç ) ,  général  athénien, 
fils  de  Xénophane,  né  vers  475  avant  J.-C, 
mort  en  414.  On  n'a  point  de  détails  sur  la  pre- 
mière partie  de  sa  vie.  Si  on  eu  croit  Plutarque, 
Périclès,  dans  une  expédition  sur  le  Pont-Euxin, 
le  chargea  de  protéger  avec  treize  vaisseaux  le 
peuple  de  Sinope  contre  le  tyran  Timésilaùs.  La- 
machus  s'acquitta  heureusement  de  sa  mission. 
Les  partisans  de  Timésilaiis  furent  expulsés,  et 
la  ville  reçut  une  colonie  de  six  cents  Athéniens. 
11  est  difficile  de  préciser  la  date  de  cet  événe- 
ment, qui ,  suivant  le  récit  de  Plutarque,  s'ac- 
complit avant  la  paix  de  trente  ans ,  en  445.  Pour 
exercer  un  commandement  aussi  important' 
Lanmchus  devait  avoir  une  trentaine  d'années, 
et  c'est  d'après  cette  induction  que  nous  plaçons 
la  date  de  sa  naissance  vers  475.  Il  ne  reparaît 
dans  l'histoire  qu'en  424,  la  huitième  année  de  la 
guerre  du  Péloponnèse.  Il  fut  détaché  avec  huit 


43 


LAMACHUS  —  LA  MARCHE 


44 


vaisseaux  pour  recueillir  les  tribus  des  villes  al- 
liées sur  la  côte  asiatique  du  Pont-Euxin.  As- 
sailli par  un  ouragan  à  l'embouchure  du  Calex, 
près  d'Héraciée,  il  perdit  toute  son  escadre,  et 
se  retira  par  terre  à  Chalcédoine.  Il  figîira  parmi 
les  signataires  du  traité  de  421,  et  lorsque  ce 
traité  eut  été  rompu,  il  partagea  avec  Alcibiade 
et  Nicias  le  commandement  de  l'expédition  de 
Sicile,  en  415.  Dans  le  conseil  tenu  à  Égeste  par 
les  trois  généraux  au  début  de  l'entreprise ,  tan- 
dis queNicias,  découragé,  voulait  revenir  à  Athè- 
nes ,  et  qu'Alcibiade  opinait  pour  des  négocia- 
tions avec  les  villes  siciliennes ,  Lamachus ,  tout 
en  prélérant  cette  opinion  à  celle  de  Nicias , 
déclara  qu'à  son  sentiment  il  fallait  occuper 
Mégare  comme  une  excellente  base  pour  les  opé- 
lations  futures,  et  attaquer  immédiatement  Sy- 
racuse. Cet  avis  hardi  était  aussi  le  plus  sage, 
et  aurait  été  probablement  couronné  d'un  plein 
succès  ;  il  ne  fut  pas  adopté.  Les  Athéniens  n'in- 
vestirent Syracuse  qu'au  printemps  de  l'année 
suivante.  Lamachus  périt  dès  le  commencement 
du  siège,  en  enlevant  les  défenses  avancées  de 
la  place.  Sa  mort  fut  une  des  principales  causes 
des  malheurs  qui  accablèrent  les  Athéniens. 
Aristophane,  dans  sa  comédie  àes  Acharniens,  a 
mis  Lamachus  en  scène  comme  le  type  du  sol- 
dat brave  et  brutal ,  aimaat  beaucoup  la  guerre 
et  fort  attaché  à  sa  paye.  Plutarque  le  repré- 
sente aussi  comme  un  homme  brave  et  honnête, 
un  héros  sur  le  champ  de  bataille ,  mais  si  pau- 
vre et  si  mal  fourni  qu'à  chaque  entrée  en  cam- 
pagne il  demandait  au  gouvernement  de  l'argent 
pour  s'équiper.  Cette  position  gênée  le  rendit 
humble  dans  ses  rapports  avec  ses  riches  collè- 
gues ;  Nicias  en  particulier,  le  retint  au  second 
rang,  quoique  pour  la  valeur  et  le  sens  militaire 
Lamachus  n'eût  pas  de  supérieur  parmi  ses  con- 
temporainsi  L.  J. 

Thucydide,  IV,  75;  VI,  8, 49, 101,  —  Plutarque,  Périclés, 
20;  Nicias,  12,  IS,  16;  Alcib.,  18,  20,  21.  —  Aristophane, 
Jcharn.,  S6B,  etc.,  960, 1070,  etc. 

*  LAMADELÈNE  (Jules-François-Elzéar  DE 
Collet  de),  littérateur  français,  est  né  en  1820, 
à  Versailles,  où  son  père,  le  baron  de  Collet  de 
La  Madelène,  colonel  d'infanterie,  commandait 
le  vingt-deuxième  régiment  de  ligne.  En  1840,  il 
fonda  à  Carpentras  (d'où  sa  famille  est  origi- 
uaire)  la  Revue  du  Comtat,  dans  laquelle  il 
publia  des  poésies  et  le  commencement  de  ['His- 
toire des  Recteurs  du  Comtat.  De  1844  à  1848, 
ii  collabora  à  la  Revue  indépendante  et  à  l'His- 
toire des  villes  de  France  (comtat  Venaissin, 
Carpentras,  Vaison,  Cavaillon).  En  1855  la  Re- 
vue des  Deux  Mondes  publia  un  roman  de  lui , 
Le  marquis  des  Saffras,  et  Tannée  suivante  Le 
comte  Alghiera.  En  1857  parurent  de  lui  Les 
Ames  en  peine,  in-12  (nouvelle  extraite  de 
La  Revue  Indépendante);  —  Les  Gants  vert- 
pâle,  nouvelle  publiée  par  le  Bulletin  de  ta 
Société  des  Gens  de  Lettres,  et  deux  contes  inû- 
primés  dans  La  Semaine  et  Le  Magasin  pitto- 


I  resque.  Les  Aventures  de  Si-Baboury ,  Les 
\  Cinquante  Aveugles  ou  les  dîners  de  Nadir  ■ 
j  Khouli. 

Son  frère,  Henry-Joseph ,  né  à  Toulouse,  en 
1826,  a  publié  dans  la  Revue  de  Paris  plusieurs 
romans  et  nouvelles  (.W'e  de  Fonfanges  ,  Ger- 
main Barbe-Bleue ,  Les  Fonds  perdus  ) ,  une 
biographie  curieuse  de  l'aventurier  Raousset- 
Boulbon,  etc. 

M.  Hippolyte  Baboii,  dans  la  Hevue  Française,  nu- 
méro du  10  juin  1857.  —  Documents  particuliers. 

LA  AIA1L1LARDIÈKE  {Charles- François  Le- 
FÈVRE ,  vicomte  de  ) ,  littérateur  français ,  né 
dans  le  Cotentin,  mort  vers  1804.  Il  servit  d'abord 
dans  la  cavalerie ,  y  obtint  le  grade  de  capitaine, 
et  fut  ensuite  lieutenant  de  roi  au  gouvernement 
de  Picardie,  charge  qu'il  occupa  jusqu'à  la  révo- 
lution. Il  cultiva  les  lettres,  et  fit  paitie,  comme 
membi'e  effectif  ou  honoraire  ,  d'un  grand  nom- 
bre d'académies  provinciales.  Il  avait  aussi  le 
titre  de  chevalier  d'honneur  à  la  chambre  des 
comptes  de  Bourgogne.  On  a  de  lui  :  Conquête 
de  V Angleterre  par  les  Français ,  anecdotes 
intéressantes  ;  s.  1.  n.  d.,  in-8°-,  —  Éloge  anec- 
dotique  et  militaire  des  Rois  de  la  maison  de 
Bourbon;  —  Précis  du  Droit  des  gens,  de  la 
guerre,  de  la  paix  et  des  ambassades  ;  Paris, 
1775,  in-12;  —  Histoire  politique  de  V Alle- 
magne et  des  États  circommsins  dépen- 
dances anciennes  de  V Empire;  Paris,  1777, 
in-12;  —  Abr-égé  des  principaux  Traités  con- 
clus depuis  le  commencement  du  quatorzième 
siècle  jusqu'à  présent;  Paris,  1779,  2  vol. 
ia-12;  —  Le  Produit  et  le  Droit  des  communes 
et  autres  biens,  ou  l'Encyclopédie  rurale, 
économique  et  civile;  Paris,  1782,  in-8°;  —  Tm 
Législation  Militaire  de  nos  jours  ;  —  Traité 
d'Économie  Politique,  dédié  à  la  France  ;  Pa- 
ris, 1800,  3  part,  in-12,  recueil  d'opuscules  qui 
ont  déjà  paru;  —  et  différents  Mémoires  d'éco- 
nomie politique.  P.  L — y. 

Barbier,  Dict.  des  Anonymes.  —  Desessarls,£es  Siècles 
Littéraires. 

ILA  MAISON  NEUVE.  Voy.  HeROET. 
LA   MALLE.  Voy.  DOREAU. 

LA  MARCHE  (  Bernard  d'Armagnac,  comte 
de),  ué  vers  1400,  mort  vers  1462.  Bernard, 
seigneur  de  Montaigu  en  Combrailles ,  vicomte 
de  Cariât  et  de  Murât,  comte  de  Pardiac  (ou  Per- 
driac  ),  de  La  Marche  et  de  Castres,  était  fils  de 
Bernard  VIÏ,  comte  d'Armagnac,  connétable  de 
France,  et  de  Bonne  de  Berry.  En  1419  il  fut 
appelé  auprès  du  dauphin  (depuis  Charles  VII  ). 
Dès  l'année  suivante  il  comptait  parmi  les 
principaux  auxiliaires  de  ce  prince.  En  1423  il 
combattit  contre  les  Bourguignons  pour  le  roi  de 
France,  avec  les  titres  de  lieutenant  et  capitaine 
général  au  bailliage  de  Mâcon,  sénéchaussée  de 
Lyon  et  Charolais.  Le  27  juillet  1424,  il  épousa 
Éléonore  de  Bourbon ,  fille  unique  et  héritière 
de  Jacques  de  Bourbon,  roi  de  Hongrie,  de  Na- 
ples,  Sicile,  Jérusalem,  comte  de  La  Marche  et 


«15 


LA  MARCHE 


46 


âc.  Castres.  Ce  prince,  par  sott  teetament,  en  date 
(lu  24  janvier  1435,  lui  légua  (comme  à  l'époux 
de  ?a  fille)  ses  comtés  de  Castres  et  de  La  Mar- 
che. Le  roi  Jacques,  après  ces  dispositions,  se 
retira  au  couvent  des  claristes  de  Besançon,  et  y 
mourut,  sotis  riiabit  religieux,  le  24  septembre 
1438.  Bernard  d'Armagnac  succéda  à  son  beau- 
père  dans  les  comtés  de  Castres  et  de  L^  Mar- 
che (1). 

Au  mois  d'avî-il  1425  on  le  trouve  au  nombre 
des  principaux  conseillers  de  Charles  VIL  En 
1428  il  accrédita  auprès  de  ce  prince  un  cé- 
lèbre chef  de  guerre,  nommé  Rodrigo  de  Villa- 
Andrando.  De  concert  avec  cet  officier  arago- 
nais,  il  guerroya  dans  le  raidi  contre  André  de 
Ribes,  capitaine  de  routiers,  dit  le  bâtard 
d'Armagnac.  Bernard  le  vainquit,  et  le  fit  pen- 
dre. En  1429  il  se  rendit  à  la  cour  aveclecon- 
liétable  de  Richemont,  et  offrit  au  roi  ses  utiles 
serrices  contre  les  Anglais;  mais  le  roi  ne  voulut 
pas  les  accepter.  Le  comte  de  Pardiac  fut  pour- 
suivi par  les  intrigues  et  l'envie  du  ministre  La 
Trémonille,  qui  en  redoutait  la  puissante  et  légi- 
time influence.  Bernard,  enveloppé  dansla  même 
disgrâce  que  le  connétable,  dut  se  retirer  en 
Guyenne.  Georges  de  La  Trimouille ,  en  1434, 
perdit  tout  pouvoir.  D'autres  conseillers  lui  suc- 
cédèrent dans  la  faveur  du  roi,  et  Bernard  d'Ar- 
magnac jouit  auprès  de  Charles  VII  d'un  nou- 
veau crédit.  En  1435  le  comte  de  Perdriac  fut 
nommé  gouverneur  du  haut  et  bas  Limousin.  Le 
traité  d'Arras,  signé  la  même  année,  désignait  le 
comte  comme  l'un  des  princes  qui  devaient  se 
porter  garants  de  l'exécution  pour  le  roi  de 
France.  Vers  1437  Louis,  dauphin,  atteignit  l'âge 
de  quatorze  ans  ;  il  entrait  dans  une  nouvelle 
période  de  son  éducation  et  de  son  existence. 
Charles  Vil,  connaissant  les  moeurs,  les  lumiè- 
res, les  services  et  la  fidélité  du  comte  de  La 
Marche,  le  nomma  gouverneur  du  dauphin. 
Le  caractère  ombrageux,  indiscipliné,  du  jeune 
prince ,  rendait  cette  mission  particulièrement 
délicate.  Bernard  d'Armagnac  répondit  pleine- 
ment à  cette  preuve  de  confiance.  Il  prodigua  à 
son  pupille  les  meilleurs  enseignements,  et  spé- 
cialement ceux  de  l'exemple.  En  1437,  il  com- 
battit les  Anglais  à  Château-Landon,  à  Nemours 
et  à  Montereau.  Au  mois  de  novembre  de  cette 
année,  il  accompagna  le  roi  et  le  dauphin  lors- 
que Charles  VU  fit  son  entrée  dans  la  capitale. 
Bernard  d'Armagnac  recueillit  pieusement  les 
restes  mortels  de  son  père  (le  connétable), 
massacré  en  1418,  et  qui  avait  été  privé  des  hon- 
neurs religieux  de  la  sépulture.  Le  comte  de 
La  Marche,  après  avoir  fait  célébrer  en  l'hon- 
neur de  son  père  un  sei'vice  soJennel ,  emmena 
ces  dépouilles  avec  lui  pour  les  inhumer  dans  sa 
terre  d'Armagnac. 

(I)  Dès  1432  Bernard  reçut  l'hommage  des  vassaux  du 
coralc  de  Castres.  Il  porta  on  outre  du  vivant  de  son 
beau-père  les  titres  de  comte  de  Castres  et  de  la  Mar- 
di^, tiolumnient  uJirËë  le  testament  du  roi  Jacques. 


Le  25  mai  <439,  Loiiis  dauphin  fit  son  entrée 

à  Toulouse,  comme  gouverneur  temporaire  du 
Languedoc,  où  le  roi  son  père  venait  de  lui  con- 
fier une  mission  importante.  L'archevêque  de 
Toulouse  et  le  comte  de  La  Marche  furent  pré- 
posés par  le  roi  pour  se  joindre  au  jeune  prince 
et  pour  le  guider  de  leurs  conseils.  En  1440 
eut  lieu  la  Praguerie.  Le  dauphin  Louis ,  sans 
égard  pour  les  instructions  tout  opposées  qu'il 
recevait  de  son  gouverneur,  leva  contré  son 
père  l'étendard  de  la  révolte.  Le  comte  de 
La  Marche,  voyant  son  autorité  méconnue  et 
ses  efforts  méprisés,  se  rendit  auprès  de  Char- 
les VII.  U  l'instruisit  de  la  conduite  que  tenait 
le  dauphin,  et,  mettant  au  service  du  roi  son 
énergique  fidélité,  il  contribua  puissamment  à 
réduire  le  jeune  Louis  par  la  force  des  armes. 
U  accompagna,  au  nom  du  roi,  dans  le  mois  de 
mai  de  cette  année,  Catherine  de  France,  lors- 
que cette  princesse  vint  à  Reims  épouser  le 
comte  de  Charolais,  Charles  le  Téméraire,  fils 
du  duc  de  Bourgogne.  Eu  1441  le  comte  Ber- 
nard combattit  de  nouveau  les  Anglais,  sous  les 
yeux  et  à  côté  du  dauphin  (  qui  fit  ainsi  ses  pre- 
mières armes  ),  à  Creil  et  à  Pontoise.  11  con- 
tinua de  servir  auprès  du  roi  comme  membre  du 
grand  conseil  jusqu'en  mai  1444. 

A  partir  de  cette  époque  il  paraît  s'être  retiré 
dé  la  cour  (1),  où  ri  apparaît  de  nouveau  en 
1457.  Au  mois  de  décembre  de  cette  année, 
le  comte  de  La  Marche  fut  un  des  seigneurs 
qui  accompagnaient  le  roi  en  sa  résidence  de 
Tours  et  que  ce  prince  envoya  recevoir  les 
ambassadeurs  de  Ladislas,  roi  de  Hongrie.  A 
cette  époque,  le  comte  Bernard  jouissait  d'une 
pension  de  douze  mille  livres,  que  le  roi  lui  avait 
accordée  en  1451.  On  le  retrouve  en  1458  et 
1460  comme  membre  du  grand  conseil.  Bernard 
d'Armagnacs  assista  Charles  VU  à  ses  derniers 
jours,  et  lui  survécut  peu  de  temps. 

Georges  Châtelain,  dans  la  partie  inédite  de 
sa  chronique,  nous  a  laissé  un  portrait  plein 
d'intérêt  et  de  vérité,  qui  nous  peint  morale- 
ment le  caractère  du  comte  Bernard.  Ce  portrait 
nous  fait  voir  en  lui  un  contraste  frappant  avec 
les  autres  membres  de  sa  race  et  de  sa  famille. 
Les  Armagnac  en  effet  peuvent  être  pris  pour 
les  types  des  grands  barons  du  moyen  âge,  in- 
disciplinés, orgueilleux  jusqu'à  la  licence  et  jus- 
qu'à la  barbarie,  effrénés.  Bernard,  au  contraire, 
conciliait  avec  la  bravoure  des  sentiments  pro- 
bes, humains,  débonnaires;  le  respect  de  la  loi, 
de  la  morale ,  l'humilité  et  la  piété.  Georges 
Châtelain  nous  représente  le  comte  Bernard  fai- 
sant lire  en  sa  présence  dans  sa  salle,  à  l'heure 
des  repas,  «  la  Bible ,  l'exposition  des  Saintes 


(1)  En  1450,  il  lut  envoyé  par  Charles  "VII  auprès  du 
comte  Jean  V  d'Armagnac,  neveu  de  Bernard,  qui  vi- 
vait maritalement  avec  sa  propre  sœur  et  s'affranchis- 
sait de  toute  espèce  de  loi.  Bernard  avait  pour  mission 
d'exhorter  le  comte  à  rentrer  dans  le  devoir.  Il  échoua. 
(  Voy.  Àrmagnae,  Jean  f .) 


47 


LA  MARCHE 


48 


Écritures,  livres  de  doctrine  et  de  moralité,  li- 
vres de.  fruit  et  de  perfection,  livres  de  mœurs 
et  de  bons  enseignements,  et  toutes  telles  cho- 
ses si  bien,  qu'il  faisoit  plus  quoy  (1)  en  sa  mai- 
son qu'en  un  refrottoir  de  chartreux  (2)  ». 

Suivant  Georges  Châtelain,  le  comte  Bernard 
eut  une  filled'une  grande  beauté,  qui,  après  avoir 
été  destinée  au  trône,  se  fit  religieuse  en  un  cou- 
vent de  Sainte-Claire.  Le  même  chroniqueur, 
dont  le  style  n'est  pas  exempt  d'obscurité,  donne 
h  entendre  que  le  comte  Bernard  finit  lui-même 
ses  jours  dans  un  monastère  de  cet  ordre,  ainsi 
que  sa  fille,  et  ainsi  que  l'avait  fait  le  roi  Jac- 
ques, son  beau-père. 

Vallet  de  Viriviixe. 

Manuscrits  l/^grand,  torae  VI,  page  23,  et  Brienne  818, 
fol.  199.  —  Relation  du  chambrler  de  Saint-Martial  à 
Limoges  (Voyage  du  roi  en  1489),  Imprimée  dans  le 
tome  XI  des  Mémoires  de  la  Société  des  antiquaires 
de  France.  —  Anselme,  Histoire  généaloçiique,  t.  IH, 
p.  427.  —  Monstrelet  à  l'année  1487.  —  Dom  Valssète, 
Histoire  du  Languedoc,  In-fol.,  t.  IV,  p.  491.  —  Barante, 
Ducs  de  Bourgogne.  —  Bibliethégue  de  l'École  des 
Chartes,  tome  IV,  p.  72,  et  tome  VI,  p.  158.  —  Jean  Char- 
tier,  édition  Jannet,  1858,  tn-16  ;  Lu  chronique  de  la  Pu- 
celle,  18d9,  in-16  ;  Charles  Vil  et  ses  conseillers,-  1859, 
in-8°.  Consultez  les  tables  de  ces  trois  derniers  ouvrages, 
au  mot  Armagnac. 

LA  MARCHE  (  Olivier  de  ),  chroniqueur  et 
littérateur  français,  né  (3)  vers  1426,  mort  le 
\"  février  1502.  A  l'âge  de  huit  ans  il  fut  em- 
mené par  son  père,  qui  vint  s'établir  au  château 
de  Joux,  près  Besançon,  en  qualité  de  capi- 
taine pour  le  duc  de  Bourgogne.  II  fit  ses  pre- 
mières études,  avec  quelques  gentilshommes  du 
voisinage,  à  Pontarlier  près  Joux.  En  1439,  sa 
première  éducation  terminée ,  il  entra  dans  les 
pages  du  duc  de  Bourgogne,  et  devint  en  1447 
écuyer  pannetier.  En  1452  il  accompagna  Char- 
les le  Téméraire,  comte  de  Charolais,  dans  son 
expédition  contre  les  Gantois.  A  partir  de  ce  mo- 
ment il  resta  constamment  attaché  à  ce  prince, 
dont  il  suivit  avec  une  fidélité  inébranlable  la 
bonne  et  surtout  la  mauvaise  fortune.  Le  9  fé- 
vrier 1454,  Philippe  le  Bon  célébra  en  sa  ville  de 
Lille  un  banquet  qui  se  termina  par  le  Vœu  du 
Faisan.  Olivier  de  La  Marche,  auteur  et  ac- 
teur, joua  un  rôle  dans  un  intermède  qui  servit 
à  l'ornement  de  cette  fête.  Il  y  parut  sous  les 
traits  <(  d'une  dame  en  manière  de  religieuse ," 


(1)  ÇMiefwm.-sa  maison  était  plus  tranquille  qu'un  ré- 
fectoire de  chartreux.  Bonne  de  Berry  fut  la  mère  oc 
deux  saints.  Mariée  en  premières  noces  à  Amédée  VU, 
duc  de  Savoie,  elle  en  eut  Amédée  VIIl,  qui  quitta  le 
trône  pour  devenir  ermile,  puis  pape,  et  qui  est  classé 
au  nombre  des  bienheureux.  En  130S  elle  épousa  le 
comte  d'Armagnac,  et  donna  le  jour  au  personnage  dont 
on  retrace  ici  les  vertus. 

(2)  Le  ros.  7190,  5  fonds  français  du  roi,  contient  les 
Gestes  d'Alexandre  le  Grant.  Ce  même  volume  a  été 
successivement  posséd'é  par  le  roi  Jacques  cl  le  comte 
Bernard.  (  Voy.  P.  Paris,  Les  Manuscrits,  etc.,  torae  VI, 

p.  209.  ) 

(3)  Olivier,  fils  de  Philippe,  naquit,  selon  M.  Weiss, 
dans  la  terre  de  La  Marclie,  au  l)ailliage  de  Saint-Lau- 
rent, qui  faisait  alors  partie  de  la  comté  de  Bourgogne 
appelée  depuis  Franche- Comté. 


vêtue  d'une  robe  de  satin  blanc  ,  et  par-dessus 
avoit  un  manteau  de  drap  noir  et  la  tête  affublée 
d'un  blanc  couvrechef  à  la  guise  de  Bourgogne 
ou  de  recluse  ».  Ce  personnage,  que  jouait  Oli- 
vier, représentait  Sainte  Église.  Peu  de  mois 
après,  Philippe  le  Bon  reçut  à  Nevers  le  duc  et 
la  duchesse  d'Orléans  ainsi  que  la  duchesse  de 
Bourbon.  Olivier  de  La  Marche,  de  concert  avec 
Georges  Chastelain,  premier  orateur  du  duc,  fut 
chargé  de  pourvoir  à  l'exécution  d'un  nouveau 
mystère  par  personnages,  où  figuraient  Alexan- 
dre, Hector  et  Achille.  A  cette  occasion,  Olivier 
de  La  Marche  reçut  de  Philippe  le  Bon  une 
gratification  de  12  écus  d'or,  en  témoignage  de 
la  satisfaction  qu'en  avait  le  duc  de  Bour- 
gogne. 

En  1464,  Louis  XI  envoya  un  homme  éprouvé 
à  Gorckum  en  Hollande,  oii  se  trouvait  le  comte 
de  Charolais.  Cet  homme,  nommé  le  Bâtard  de 
Rubempré,  devait  épier  le  comte  et  transmettre 
au  roi  de  France  des  renseignements  secrets. 
Maisde  Bâtard  fut  arrêté,  et  Olivier  de  La  Mar- 
che s'entremit  avec  loyauté  dans  cette  affaire, 
qui  touchait  aux  plus  chers  intérêts  du  comte 
Charles.  Louis  XI  conçut  de  là  une  rancune  vio- 
lente contre  Olivier  et  demanda  vainement  qu'il 
lui  fût  livré  pour  le  punir  à  son  gré.  L'année 
suivante  (1465),  Olivier  de  La  Marche  fut  armé 
chevalier,  et  prit  part  à  la  bataille  de  Montlhéry, 
Au  mois  d'octobre  suivant,  pannetier  du  comte 
de  Charolais ,  il  remplit  à  Bmxelles  une  mis- 
sion de  confiance  :  il  s'agissait  d'obtenir  du  duc 
de  Bourgogne  et  de  rapporter  en  espèces  un  sub- 
side de  cent  mille  écus  d'or.  En  1466  et  années 
suivantes,  Olivier  de  La  Marche  fut  envoyé 
comme  ambassadeur  en  Angleterre.  Le  comte  de 
Charolais,  devenu  duc  de  Bourgogne,  le  nomma 
bailli  d'Amont  en  Franche-Comté  et  capitaine 
de  ses  gardes.  De  1474  à  1476  il  lui  confia  de 
nouvelles  missions  politiques,  délicates  ou  im- 
portantes. En  1477,  le  seigneur  de  La  Marche 
se  conduisit  avec  bravoure  à  la  bataille  de 
Nancy  :  Il  y  fut  fait  prisonnier,  et  assista  comme 
témoin  occulaire  à  cette  catastrophe,  qui  fut 
marquée  par  la  mort  de  son  maître,  Charles  le 
Téméraire,  dernier  duc  de  Bourgogne  de  la  mai- 
son de  Valois. 

Olivier  recouvra  peu  de  temps  après  sa  li- 
berté. Il  se  rendit  aussitôt  en  Flandres  auprès 
de  la  princesse  Marie,  héritière  de  Bourgogne, 
qui  le  retint  en  qualité  de  maître  de  son  hôtel. 
La  même  année,  Olivier  de  La  Marche  fut  en- 
voyé par  la  princesse  Marie  au-devant  de  sou 
futur  époux,  le  prince  Maximilien,  fils  de  l'em- 
pereur. Olivier  devint  aussitôt  premier  maître 
ou  grand  maître  d'hôtel  de  Maximilien.  En  1483 
son  gouvernement  l'envoya  complimenter  le  roi 
de  France  Charles  VIII,  qui  venait  de  succéder 
à  Louis  XL  En  1492  il  était  encore  premier 
maître  d'hôtel  au  service  de  Maximilien  d'Au- 
triche, et  dédiait  à  ce  prince  l'introduction  de 
l'une  des  parties  de  ses  mémoires.  I!  mourut 


49 


LA  MARCHE 


50 


plein  de  jours,  à  Bruxelles  (1),  et  fut  inhumé  en 
l'église  (le  Saint-Jacques  de  Caudenberg,  près  le 
palais  des  ducs  de  Brabant. 

Il  existe  deux  portraits  d'Olivier  de  La  Mar- 
che, qui  peuvent  donner  une  idée  des  traits  de 
sa  physionomie.  Le  premier,  signé  A  W  pinxit, 
a  été  gravé  dans  \' Europe  illustre,  1754,  gr. 
in-8°,  t.  n.  L'autre,  non  moins  précieux,  est 
une  très-jolie  miniature  peinte  vers  1495,  sur  vé- 
lin, au  frontispice  de  l'un  des  manuscrits  qui  con- 
tiennent le  texte  de  ses  mémoires  :  l'auteur  y  est 
représenté  à  genoux,  et  offrant  son  œuvre  au 
souverain  de  la  comté  de  Bourgogne  (2).  Sa  de- 
vise était  tant  a  souffert  la  Marche.  On 
trouvera  dansIeMs.Béthune  8440,  folio  17,  une 
lettre  autographe,  adressée  par  Olivier  de  La 
Marche  au  comte  deNevers,  et  datée  de  Bruxelles, 
le  7  octobre  14.6.5. 

Voici  Id  liste  des  ouvrages  qui  nous  sont  con- 
nus d'Olivier  de  La  Marche. 

1°  Ses  Mémoires;  prose  et  vers.  On  trouve 
des  manuscrits  de  cet  ouvrage  :  à  la  Biblio- 
thèque impériale  de  Paris,  n"  8419,  très-beau  ms. 
orné  de  miniatures  ;  8419,  2;  9597,  9,  h.  et  à  la 
Bibliothèque  de  Lille  :  G.  A.  23.  —  Éditions  im- 
primées :  Lyon  {3)  Boviile,  1562,in-fol.  ;  Gand, 
1567,  in-4'';  Bruxelles,  1616,  in-4'';  Louvain, 
1645,  in-4''.  La  dernière  est  celle  du  Panthéon 
littéraire,  1842,  gr.  in-8°. 

2°  État  de  la  Maison  de  Charles  le  Témé- 
raire, duc  de  Bourgogne  ;  en  prose.  Manus- 
crits :  Bibl.  imp.  n°  8430,  2,  fonds  français;  ms. 
De  la  Mare  à  Dijou;  Fevret  deFontette,  Biblio- 
thèque historique  de  la  France,  tome  II, 
n°  25471  ;  Ms.  de  la  bibliothèque  de  Douai,  classe 
de  l'histoire  de  France.  —  Imprimés  .-en  flamand, 
dans  le  tome  I  de  la  collection  d'Antoine  Mat- 
theus  intitulée  :  Veteris  sévi  Analecta,  Leyde, 
1698,  10  vol.  iû-8°;  en  français,  dans  les  Mé- 
moires d'Olivier  de  La  Marche,  Bruxelles,  1616, 
et  dans  d'autres  éditions  déjà  citées. 

3°  Traité  des  Duels,  ou  des  gages  de  ba- 
taille, en  prose,  Manuscrits  :  Bibl.  imp.  Du- 
chesne,  9612.  A  B,  E;  9910,  Cangé  71.  —  Im- 
primé dans  un  recueil  intitulé  :  Traité  et  Ad- 
visde  quelques  Gentilshommes  français  sur 
les  Duels  et  gages  de  bataille  ,  Paris,  Jean 
Richer,  1586,  in-S^.  Ce  traité  a  été  publié,  la 
même  année,  séparément,  par  le  même  éditeur. 

4°  Traité  de  la  manière  de  célébrer  la  noble 
feste  de  la  Toison  d'Or. — Ms.  français,  ancien 
fonds  du  roi  9675,  E.  ;  en  prose. 

5"  La  Source  d' Honneur  pour  maintenir  la 
corporelle  élégance  des   dames  en  vigueur 


(1)  Olivier  testa  le  8  octobre  ISOl.  Il  ne  put  mourir 
par  conséquent  le  !=■•  février  1301,  comme  le  disent  plu- 
sieurs biograplies  ;  1501  doit  être  pris  d'après  le  cora- 
put  ancien,  où  l'année  camraençait  à  Pâques. 

(2)  Ms.  de  la  Bibliothèque  impériale  de  Paris,  n°  8419, 
fol.  5. 

(3)  Selon  M.  Weiss,  l'édition  de  Lyon  {  ■princeps  )  a 
été  donnée  d'après  le  ins.  de  Charles  du  Poupet,  seigneur 
de  la  Chaux. 


florissant  et  prix  inestimable  ;  Lyon,  I532, 
in-8*,  fig.  envers.  (F.  deFontette). 

6°  Le  débat  de  Cuidier  et  de  Fortune  en 
vers.  Manuscrits:  Bibl.  imp.  n°  2232,  et  Saint- 
Germain  1570.  Édition  imprimée  :  Valencien- 
nes,  Jeande  Liège,  vers  1500,  in-4°. 

7"  Le  Mirouer  de  la  Mort,  en  vers.  Imprimé, 
petit  in-fol.  de  16  pages,  sans  lieu  ni  date  (  avec 
les  caractères  dont  se  servit  Mathias  Husz  de 
Lyon  en  1484  ). 

8°  ie  Parement  des  Dames,  prose  et  vers; 
moralité  avec  figures.  Manuscrits  :  Bibl.  imp. 
Cangé  37,  miniatures  (1),  2866;  La  Vallière,  mi- 
niatures; 8042,  8061.  —  Imprimés  :  Paris,  Jean 
Petit,  1510;  Lenoir,  1520  ;  Jehannot,  Trepperel, 
sans  date  in-8";  Lyon,  AmouUet,  in-16. 

9°  Les  Adevineaux  amoureux,  prose  et  vers. 
Manuscrit  :  British  Muséum  de  Londres,  fonds 
royal  F  16  in-fol.  n°  138  :  magnifique  ms.  à  mi- 
niatures. —  Imprimé  vers  1477,  à  Bruges,  chez 
Colart  Mansion  ;  deux  éditions  petit-in-4o  (2). 

10°  Le  Chevalier  délibéré,  ou  la  vie  et  la 
mort  de  Charles  le  Téméraire,  poëme  allégo- 
rique, composé  en  1483.  Manuscrits  .-n"»  8048; 
7622,  5,  5.;  2862;  La  Vallière  74;  1634,  sup- 
plément français (Bibliot.  imp.). Arsenal: belles- 
lettres,  no  173,  vélin,  miniatures.  —  Éditions 
imprimées:  Paris,  Vérard,  1488,  in-4°  et  1493; 
Lenoir,  1489  et  1501,  in-4°;  Lambert,  1493; 
Trepperel,  1495  et  1500;  Sergent,  sans  date 
in-4°  ;  Schiedam,  en  Hollande,  vers  1500,  in-fol.  ; 
Lyon,  Havard,  sans  date,  in-4''.  Réimprimé  dans 
la  collection  Silvestre;  Paris,  1838,  in-16. 

11°  La  Vie  de  Philippe  le  Hardi  en  qua- 
trains. Manuscrit  de  la  bibliothèque  de  Turin 
Gl,  21. 

On  attribue  à  Olivier  de  La  Marche  divers 
opuscules  poétiques  contenus  dans  ce  dernier 
volume  et  dans  les  autres  manuscrits  ci-dessus 
indiqués  (3).  Mais  l'œuvre  la  plus  importante  de 
ce  chroniqueur,  ce  sont,  pour  le  répéter,  ses  Mé- 
moires, dont  les  textes  les  plus  complets  pa- 
raissent s'étendre  de  1435  à  1492.  Olivier  de  La 
Marche,  comme  historien ,  occupe  aux  yeux  de 
la  critique  une  place  importante,  entre  Georges 
Chastelain  et  Philippe  de  Commines.  Olivier  se 
déclare  l'humble  disciple  de  Georges,  qu'il  pro- 
clame, de  l'avis  de  son  siècle,  le  modèle  su- 
blime du  genre.  Olivier,  cependant ,  nous  pa- 
rait aujourd'hui  l'emporter  sur  son  maitre  par 
un  mérite  essentiel  :  La  Marche  est  intelligible  et 
clair,  tandis  que  Chastelain  demeure  pour  nous 
une  longue  énigme  ampoulée.  Philippe  de  Com- 
mines trahit  la  cause  de  son  maître  pour  se  faire 


(1)  Reprodultpar  extraits  avec  figures  dans  le  Magazin 
pittoresque  1838,  pages  356  et  suiv. 

(2)  A  proprement  parler,  0.  de  la  Marche  n'est  point 
l'auteur  de  ce  recueil,  qui  existait  dès  1373,  Mais  il  l'a 
édité,  publié  de  nonvean,  et  paraît  l'avoir  augmenté. 
Voy.  Bulletin  du  Bibliophileàe'ïcchpneT,  184G,  p.jges  845 
et  sulv.  et  Revue  de  l'aris,  1853,  p.  374,  itc. 

(3)  Pour  les  œuvres  impriinée.^,  voy.  Fevret  de  Fontette  et 
le  Manuel  du  Libraire  de  Ch.  Brunet,  aumot  laMurehe. 


51 


LA  MARCHE  —  LA  MARCK 


52 


l'hisforien  et  le  panégyriste  du  vainqueur,  le 
panégyriste  de  Louis  XI.  L'histoire  a  gagné 
dans  cette  défection  ce  qu'y  a  perdu  la  mo- 
rale. L'inverse  est  arrivé  pour  Olivier  de  La 
Marche.  L'horizon  politique  de  sou  œuvre  offre 
moins  d'étendue  et  par  conséquent  un  moindre 
intérêt  que  celui  de  Comniines.  Mais  il  vaut 
mieux  sous  le  rapport  de  l'honnêteté  et  de  quel- 
qlies  détails.  Élevé  à  la  cour  pompeuse  d'Isa- 
belle de  Portugal  et  des  ducs  de  Bourgogne, 
Olivier  de  La  Marche  futleBlondel  de  Charles  le 
Téméraire  et  de  la  féodalité  française,  qui  périt 
avec  ce  prince  dans  les  marais  de  Nancy.  La 
Marciie  n'a  pas  été  seulement  l'historien,  il  a  été 
le  poëte  de  la  féodalité.  Ses  écrits  contiennent 
tous,  sans  exception,  des  notions  précieuses 
pour  nous  faire  bien  comprendre  une  face  entière 
et  importante  du  monde  moral,  tel  qu'il  était  au 
moyeu  âge ,  c'est-à-dire  les  mœurs  et  les  idées 
chevaleresques.  A  ce  dernier  point  de  vue,  les 
œu\Tes  de  cet  écrivain  présentent  un  intérêt 
qui  n'est  pas,  il  s'en  faut,  épuisé.  Olivier  de  La 
Marche  mériterait,  sous  ce  rapport  et  il  attend 
toujours  de  notre  siècle  historique,  une  véri- 
table édition  critique  etcomplètedeses  ouvrages. 
Valletde  VmiVILLE. 

Documents  manuscrits  (notices,etc.)  :  Cabinet  des  titres, 
dossier  La  Marche,  Mss.  Béthune,  n»  8W0,  fol.  17  ;  Gai- 
gnières  772,2,  fol.  448  v».  Ms.lS44.  Bibliothèque  royale 
de  La  Haye. 

Documents  imprimés  :  Dreux  du  Radier,  L'Europe 
illustre,  17S4,  gr.  in-8o,!figares,  t.  U.  — Villeneuve  Barge- 
mont,  Histoire  de  René  d'Anjou,  1825,  in-8°,  t.  II,  p.  373 
et  sulv.  —  Mémoires  de  Commines ,  édition  Dupont, 
1840,  3  vol.  in-8",  a  la  table.  —  Panthéon  littéraire,  Mé- 
moires de  La  Marche  et  Notice.  —  D.  Plancher,  Hist. 
de  Bourgogne,  t.  IV.  —  Barante  et  Léon  de  La  Borde, 
Ducs  de  Bourgogne,  aux  tables.  —  Bxdletin  de  la  So- 
ciété de  l'histoire  de  France,  in-8=,  1858,  p.  296  et 
sulv.,  etc. 

LiA  MARCHE  { Jean-François) ,  prélat  fran- 
çais, né  dans  le  diocèse  de  Quimper,  en  1729, 
mort  à  Londres,  le  25  novembre  180€.  Issu 
d'une  ancienne  famille  noble  de  Bretagne,  il  sui- 
vit d'abord  la  carrière  des  armes,  fit  une  cam- 
pagne en  Italie  en  qualité  de  lieutenant  de  dra- 
gons, assista  à  la  bataille  de  Plaisance,  où  il  fut 
blessé,  et  fut  élevé  en  1747,  au  grade  de  capitaine 
dans  le  régiment  de  la  Reine- Infanterie.  Après  la 
paix  d'Aix-la-Chapelle,  il  quitta  le  service  pour 
embrasser  l'état  ecclésiastique.  D'abord  chanoine 
et  grand-vicaire  de  Tréguie.r,  puis  abbé  de  Saint- 
Aubin-des-Bois,  il  fut,  en  1772,  promu  à  l'évêché 
de  Saint-Pol-de-Léon.  Au  commencement  de  la 
révolution,  La  Marche  refusa  formellement  d'o- 
béir à  la  constitution  civile  du  clergé.  Les  popu- 
lations s'agitaient.  L'administration  départemen- 
tale fit  traduire  l'évêque  au  tribunal  récemment 
établi  à  Morlaix.  Décrété  d'accusation  le  8  janvier 
1791,  il  s'enfuit  à  Londres.  Le  célèbre  Burke  et 
d'autres  Anglais  lui  vouèrent  une  amitié  toute 
particulière,  et  procurèrent  aux  émigrés  fran- 
çais des  secours  que  Lamarche  fut  chargé  de  dis- 
tribuer. Il  s'acquitta  de  cette  mission  avec  inté- 
grité jusqu'à  sa  mort.  Son  oraison  funèbre  fut 


prononcée  par  l'abbé  duChâtellier,  depuis  évêque 
d'Évicux,  dans  la  chapelle  française  deConwey- 
Street,  Fiizi'oy-Square,  et  son  portrait,  exposé 
dans  la  galerie  du  Louvre  sous  la  restauration, 
excita  parmi  les  royalistes  un  vif  intérêt.  Outre 
des  Mandements ,  on  a  de  ce  prélat  une  Lettre 
pastorale  et  une  Ordonnance  qu'il  écrivit  de 
Londres,  le  20  août  1791,  à  ses  diocésains  pour 
les  prémunii-  contre  le  schisme  qui  menaçait 
l'Église. 

F.-X.  Tessier. 

Lubersac,/oaniai  historique  et  religieux  de  l'émigra- 
tion et  déportation  du  clergé  de  France  en  Angle- 
terre. 

LA  MARCHÉ  -  coiTRMONT  (  Ignace  Hu- 
GARY  ue),  littérateur  français,  né  le  25  mars 
1728,  à  Paris,  mort  à  l'île  Bourbon,  en  décembre 
1768.  D'abord  chambellan  du  margrave  de  Ba- 
reuth,-il  fut  capitaine  au  service  de  France  dans 
les  volontaires  de  Wurmser.  Il  voyagea  beau- 
coup en  Italie ,  en  Allemagne ,  en  Pologne ,  et 
s'occupa  de  littérature  durant  ses  moments  de 
loisir.  On  a  de  lui  :  Lettres  d'Aza,  ou  d'un  Pé- 
ruvien ;  Amsterdam,  1749,  l760,in-12:  pastiche 
médiocre  des  Lettres  péruviennes  de  M™^  de 
GrafSgny,  à  la  suite  desquelles  on  le  trouve 
souvent  imprimé  ;  —  Essai  politique  sur  les 
avantages  que  la  France  peut  retirer  de  la 
conquête  de  Vile  de  Minorque;  Citadella 
(Lyon),  1757,  in-12;  —  Essai  d'un  nouveau 
journal  intitulé  «  Le  Littérateur  impartial, 
ou  précis  des  ouvrages  périodiques  «  ;  La 
Haye  et  Paris,  1760.  in-12  :  ce  projet  n'eut  point 
de  s'iite;  —  Réponse  aux  différents  écrits 
publiés  contre  la  comédie  des  Philosophes,: 
1760,  in-12.  Cet  auteur  a  pris  part  au  Journal 
Étranger,  dont  le  privilège  fut  accordé  en  son 
nom.  K. 

Nécrol.  des  Hommes  Célèbres,  1770. 

LAMARCK  (  Auguste  -  Marie  -Raymond,  de 
la  famille  des  princes  i'Arenberg).  Voy.  Aren- 

BERG. 

LA  MARCK  { Evrard  de  ) ,  cardinal  évoque 
et  seigneur  de  Liège ,  né  vers  1475,  mort  le  16  fé- 
vrier 1538,  était  fils  de  Robert  de  La  Marck,  duc 
de  Bouillon  et  de  Olivia  Dynasta.  Ses  qualités 
personnelles,  la  noblesse  de  son  origine,  les  ser- 
vices rendus  à  l'église  de  Liège  par  ses  ancêtres 
Adolphe  etEngelbert,qui  en  avaient  été  évêques, 
le  firent  porter,  en  1506,  d'un  consentement  una- 
nime ,  sur  le  siège  épiscopal  de  cette  ville.  Tan- 
dis qu'il  envoyait  à  Rome  deux  chanoines  pour 
faire  ratifier  par  Jules  II  l'élection  du  chapitre, 
des  sénateurs  et  des  bourgmestres,  i  l  se  retira  dans 
le  monastère  de  Saint-Laurent ,  puis  à  la  char- 
treuse de  Mont-Dieu,  près  de  Sedan,  afin  de  s'y  pré- 
parer, parla  prière  et  par  la  retraite,  à  recevoirles 
ordres  sacrés.  La  bulle  pontificale  arriva  vers  la 
fête  de  Pâques.  Aussitôt  les  commandants  des 
places  fortes  et  les  autres  officiers  de  la  princi- 
pauté de  Liège  se  rendirent  à  Sedan  pour  se  faire 
confirmer  dans  leurs  fonctions.  Apiès  avoir  reçu 
le  sacerdoce  au  monastère  de  Saint-Laurent  et 


53 


LA  MARCK 


54 


l'onction  épiscopale  à  Tongres  en  présence  des 
évêques  de  la  province,  il  se  rendit  à  Liège,  dont 
il  confirma  les  titres  et  privilèges,  et  où  il  fut  reçu 
en  triomphe.  Il  gouverna  son  diocèse  de  manière 
qu'au  milieu  des  guerres  incessantes  qui  déso- 
laient alors  les  provinces  voisines  il  jouit  d'une 
paix  contiiluelle.  Également  attentif  aux  intérêts 
spirituels  et  temporels  de  ses  sujets,  il  rétablit 
l'ancienne  discipline  dans  le  monastère  de  Saint- 
Hubert ,  premier  évèque  de  Liège,  et  fit  sortir 
du  territoire  liégeois ,  par  !es  négociations  et  par 
la  force ,  un  corps  de  troupes  impériales  qui  y 
voulaient  prendre  leurs  quartiers  d'hiver.  Pen- 
dant l'année  1503,  il  embellit  la  ville  de  Liège, 
fit  construire  deux  tours  de  marbre,  relever 
les  forteresses  que  le  temps  ou  la  guerre  avaient 
détruites ,  frapper  des  pièces  de  monnaies  dont 
il  sollicita  l'introduction  dans  les  provinces  voi- 
éines ,  afin  de  faciliter  les  relations  commerciales. 
Il  régla  le  port  d'armes ,  décréta  des  lois  contre 
les  blasphémateurs,  et  donna  une  châsse  magni- 
fique pour  renfermer  les  reliques  de  saint  Lam- 
bert. En  récompense  des  services  qu'il  avait 
rendus  à  Louis  Xil  dans  les  affaires  d'Italie  ,11 
reçutl'évêché  de  Chartres.  François  I"  avait  pro- 
mis de  lui  faire  obtenir  le  chapeau  de  cardinal  ; 
mais  un  protégé  de  la  duchesse  d'Angoulême  lui 
fut  préféré.  Soit  par  ressentiment,  soit  parla 
force  des  circonstances,  l'évêque  de  Liège  entra, 
en  1518,  dans  la  ligue  de  l'Autriche  contre  la 
France,  et  poussa  le  zèle  pour  la  cause  de  Maxi- 
milieu  et  de  Charles  Quint  jusqu'à  combattre 
son  propre  frère,  Robert  de  La  Marck,  qui  avait 
fait  la  paix  avec  François  I^''.  Dans  la  diète  de 
Francfort ,  il  favorisa  par  soft  éloquence  l'élection 
de  Charles  Quint  à  l'empire.  Ceprince,  en  récom- 
pense, lui  donna  l'archevêché  de  Valence,  et  lui 
fit  obtenir  le  chapeau  de  cardinal  en  1 521 .  Léon  X 
en  accordant  à  La  Marck  cette  dignité  avait  aussi 
ses  desseins  :  il  voulait  l'attacher  plus  étroite- 
ment à  la  cour  romaine  et  aiguillonner  son  zèle 
contre  les  doctrines  que  Luther  commençait  à 
répandre  en  Allemagne.  Aussi  le  luthéranisme 
naissant  n'eut  point  d'ennemi  plus  actif  et  plus 
implacable.  Au  rapport  d'Abraham  Bzovius,  pour 
triompher  de  l'hérésie  qui  commençait  à  se  mani- 
fester à  Liège  et  dans  les  environs,  menaçant  à  la 
fois  la  sécurité  de  l'Église  et  de  l'État,  ce  prélat, 
de  concert  avec  les  échevins  et  autres  officiers, 
établit  dans  chaque  paroisse  des  hommes  d'une 
doctrine  et  d'une  probité  reconnues ,  ayant  pleins 
pouvoirs  de  faire  des  enquêtes  et  de  sévir  contre 
les  hérétiques.  L'enquête  fit  découvrir  un  grand 
nombre  de  ces  derniers  :  ils  furent  punisde  l'exil 
ou  de  la  mort  et  de  la  confiscation  de  leurs  biens. 
On  raconte  qu'il  fit  clouer  la  langue  à  l'un  des 
théologiens  protestants.  Il  leur  défendit,  sous  les 
peines  les  plus  sévères,  d'ouvrir  des  écoles  et 
de  tenir  des  assemblées.  Tout  ce  qui  de  près  ou 
de  loin  sentait  l'hérésie  lui  était  en  horreur.  Il 
avait  d'abord  accueilli  avec  bienveillance  Érasme, 
qui  lui  avait  dédié  sa  Paraphrase  de  l'Épîlre 


aux  Romains  ;  mais  il  rompit  avec  ce  savant  et 
le  regarda  comme  un  païen  et  un  publicain  dès 
qu'il  lui  parut  favorable  aux  doctrines  nouvelles. 
Son  zèle  embrassait  l'Europe  entière.  En  1529  il 
fut  appelé  au  congrès  de  Cambrai,  où  fut  conclue 
la  Paix  des  Dames.  En  1532  il  arma  à  ses  frais 
un  corps  lîe  troupes  contre  les  Turcs.  Nommé 
légat  a  latere  en  1533,  il  travailla  avec  une 
nouvelle  ardeur  au  rétabUssement  de  la  disci- 
pHne  ecclésiastique  et  à  l'extirpation  de  l'hérésie. 
Il  avait  à  cet  effet  convoqué  un  synode  à  Liège 
en  1538.  Mais  les  prêtres,  poussés  par  quelques 
chanoines  dont  le  prélat  avait  repris  l'inconti- 
nence, et  par  cet  esprit  d'indépendance  qui  com- 
mençait à  souffler  sur  l'Europe,  se  retirèrent  à 
Louvain,  et  se  déclarèrent  contre  l'évêque.  La 
Mark  espérait  cependant  triompher  de  tant  d'ob- 
stacles lorsqu'il  mourut,  après  avoir  gouverné 
l'église  de  Liège  pendant  trente  ans. 

F.-X.   TliSSIEK. 

Chapeauville ,  Histoire  des  Cardinaux ,  toni.  III  , 
chap.  S  et  6.  —  Auber,  Histoire  des  Cardinaux ,  III, 
331.  —  Louis  Déni  d'AtUchy,  Flores  Cardinalium,  t.  III. 

LA  sîARCfi.  (  Robert  II ,  comte  de),  duc  de 
Bouillon,  prince  de  Sedan,  mort  en  1535,  était 
fils  de  Robert  P",  tué  devant  Ivoy,  en  1489.  I! 
embrassa  le  parti  de  la  France  contre  l'Autriche, 
et  s'unit  à  son  frère  Evrard  pour  combattre 
Maximilien.  Les  plus  sanglants  revers  ne  purent 
ébranler  sa  fidélité.  Il  accompagna  le  maréchal 
Trivulce  dans  l'expédition  de  Naples,  et  reparut 
en  Italie,  en  1513,  avec  le  titre  de  lieutenant 
général  de  La  Trérnouille.  Il  se  trouva,  le  G  juin 
de  la  même  année,  à  la  désastreuse  bataille  de 
Navarre ,  avec  deux  de  ses  fils,  Fleuranges  et 
Jametz.  On  lui  dit  qu'ils  sont  restés  dans  un 
fossé  ,  tout  couverts  de  blessures.  Il  prend  avec 
lui  quelques  hommes ,  perce  six  lignes  de  Suisses 
victorieux.,  trouve  ses  deux  fils  couchés  par 
terre ,  charge  Fleuranges  sur  son  cheval ,  met 
Jametz  sur  celui  d'un  des  siens ,  et  rejoint  la  ca- 
valerie française ,  malgré  les  Suisses  qui  veulent 
lui  barrer  le  passage.  A  la  sollicitation  d'Evrard, 
Robert  passa  plus  tard  dans  le  parti  de  Charles 
Quint,  qu'il  abandonna  bientôt.  S'étant  ensuite 
réconcihé  avec  François  Y^,  il  envoya  un  cartel 
à  l'empereur,  et  entra  dans  le  Luxembourg.  La 
défaite  des  Français  sous  les  murs  de  Pavie 
força  François  \"  de  désavouer  la  conduite  de 
La  Marck,  qui,  réduit  à  ses  propres  forces ,  se 
vit  chassé  de  ses  tÉats.  Ils  lui  furent  rendus  en 
1526  par  le  traité  de  Madrid,  où  le  roi  de  France 
n'oublia  pas  de  stipuler  les  intérêts  de  son  allié. 

LA  3IARCR  (  Robert  IV,  comte  de),  fils  de 
Robert  III  (  voy.  Fleuranges  ),  obtint  le  bâton 
de  maréchal  en  1547,  par  son  mariage  avec  une 
des  filles  de  la  duchesse  de  Valentinois,  maîtresse 
de  Henri  II.  Il  contribua  en  1552  à  la  prise  de 
Metz,  et  fut  nommé  lieutenant  général  en  Nor- 
mandie. L'année  suivante,  chargé  de  défendre 
Hesdin  contre  les  Impériaux ,  il  se  vit  forcé  de 
capituler.  Il  mourut  en  1556, 


55 


LAMARCK 


5G 


LA  MARCK  {Henri- Robert,  comte  de),  fils 
du  précédent ,  lui  succéda  dans  le  gouvernement 
de  Normandie,  y  favorisa  le  protestantisme,  et 
ne  laissa  qu'une  lilie ,  qui  épousa  Henri  de  La 
Tour,  vicomte  de  Turenne,  dont  elle  n'eut  point 
d'entants  (1594).  F.-X.  Tessier. 

De  Fleuranges,  Histoire  des  Choses  viémorables  ar- 
rivées en  France,  Italie  et  Allemagne  depuis  l'an 
1503  jusqu'en  1521,  dans  le  t.  XVI  de  la  collection  des  lUé- 
moires  historiques  relatifs  à  l'histoire  de  France.  — 
Mezerai,  Histoire  de  France,  tom.  III. 

LA  MARCK  {Robert  DEi),,maréchalde  France. 
Voy.  Bouillon. 

LAMARCK  {Jean-Baptiste-Pierre- Antoine 
DE  MoNET  DE  ),  célèbre  naturaliste  français,  né 
à  Barentin,  en  Picardie,  le  1^"  août  1744,  mort  à 
Paris,  le  18  décembre  1829.  Huitième  enfant 
d'une  famille  noble,  originaire  duBéarn  et  fixée 
en  Picardie,  mais  qui  n'avait  qu'une  fortune 
très-médiocre,  Lamarck  fut  destiné  par  son  père 
à  l'état  ecclésiastique,  qui  était  alors  la  seule 
carrière  ouverte  aux  cadets  de  familles  nobles , 
et  élevé  dans  ce  but  dans  l'établissement  des 
jésuites  à  Amiens.  Mais  les  traditions  et  les 
exemples  de  sa  famille  lui  inspiraient  d'autres 
idées.  Son  frère  aîné  était  mort  à  l'assaut  de 
Berg-op-Zoom,  l'un  des  faits  militaires  les  plus  cé- 
lèbres du  dix-huitième  siècle  ;  deux  autres  étaient 
sous  les  drapeaux.  Devenu  à  l'âge  de  seize  ans, 
par  la  mort  de  son  père,  libre  de  choisir  sa  car- 
rière, il  partit,  sur  un  mauvais  cheval  et  suivi 
d'un  pauvre  garçon  de  son  village,  pour  rejoindi'e 
en  Hanovre  l'armée  du  maréchal  de  Broglie, 
muni  d'une  lettre  de  recommandation  qu'une 
voisine  de  campagne  lui  avait  donnée  pour  M.  de 
Lastic,  colonel  du  régiment  de  Beaujolais.  Il  at- 
teignit l'armée  la  veille  de  la  bataille  de  Jillings- 
hausen  (  14  juillet  1761),  perdue  par  suite  de  la 
mésintelligence  des  deux  généraux,  Bi'oglie  et 
Soubise.  Lamarck ,  dont  la  mine  chétive  et 
enfantine  avait  fort  déplu  la  veille  à  M.  de  Lastic, 
s'y  distingua  par  un  acte  de  courage,  où  il  montra 
cette  froide  résolution  qui  fut  pendant  toute  sa 
vie  un  des  traits  les  plus  remarquables  de  son 
caractère.  Attaché ,  comme  cadet,  à  une  com- 
pagnie d'infanterie,  il  fut  pendant  une  partie 
de  l'action  exposé  au  feu  de  l'artillerie  prus- 
sienne :  tous  les  officiers  et  sous-officiers  y 
périrent;  Lamarck,  devenu  chef  de  cette  petite 
troupe,  s'opposa  obstinément  à  la  retraite  qui  lui 
était  demandée  par  le  plus  ancien  des  quatorze 
grenadiers  qui  restaient  avec  lui ,  jusqu'au  mo- 
ment où  il  reçut  un  ordre  exprès  du  colonel, 
qui  ne  lui  arriva  qu'avec  de  grandes  difficultés. 
Cette  action  d'éclat  fut  remarquée  par  le  général 
en  chef,  qui  nomma  Lamarck  officier  sur  le  champ 
de  bataille. 

Une  circonstance  particulière  ne  tarda  pas 
à  interrompre  une  carrière  dont  le  début  était 
si  brillant.  Promu  lieutenant,  il  suivit  son  ré- 
giment lorsque  la  paix  fut  signée,  en  1762.  Dans 
les  garnisons  de  Toulon  et  de  Monaco,  un  de  ses 
camarades  l'ayant  soulevé   par  la  tête,  cette 


circonstance  détermina  chez  Lamarck  une  lé- 
sion dans  le  cou ,  et  le  jeune  officier  fut  obligé 
de  se  rendre  à  Paris  pour  s'y  faire  soigner. 
Il  avait  alors  vingt-quatre  ans.  Cet  accident  et 
très-probablement  aussi  le  peu  d'attraits  qu'of- 
frait à  son  esprit  méditatif  la  vie  désœuvrée  des 
garnisons  l'engagèrent  à  quitter  le  service  pour 
étudier  la  médecine.  Mais  n'ayant  pour  vivre 
qu'une  rente  de  400  livres  ,  il  fut  obligé  provi- 
soirement d'entrer  chez  un  banquier,  où  il  tra- 
Taillait  une  partie  du  jour,  tandis  que  les  quel- 
ques heures  qui  lui  restaient  étaient  consacrées 
à  des  études  scientifiques.  Il  habitait  alors  une 
espèce  de  mansarde  dans  le  quartier  latin,  et 
c'est,  disait-il  plus  tard,  ce  logement,  plus  élevé 
qu'il  n'aurait  voulu,  qui  lui  donna  le  goût  des 
études  météorologiques.  Mais  tout  en  s'occu- 
pant  de  ses  études  médicales,  il  s'était  pris  d'un 
grand  attrait  pour  les  sciences  naturelles,  et 
principalement  pour  la  botanique.  Cette  der- 
nière étude  n'était  pas  entièrement  nouvelle  pour 
lui ,  car  il  l'avait  déjà  entreprise  pendant  les 
loisirs  de  garnison.  11  s'y  remit  avec  cette  ré- 
solution persévérante  qu'il  portait  en  toutes 
choses,  et  il  ne  tarda  pas  à  s'y  distinguer  d'une 
manière  brillante.  Déjà  un  premier  mémoire 
Sur  les  Vapeurs  de  l'Atmosphère  avait  été 
l'objet  d'un  rapport  très-favorable  lu  par  Duha- 
mel à  l'Académie  des  Sciences.  Bientôt  un  ou- 
vrage de  botanique,  qui  fut  en  quelque  sorte  un 
ouvrage  de  circonstance ,  le  fit  connaître  des  sa- 
vants ,  et  même  du  public ,  de  la  manière  la 
plus  avantageuse.  J.-J.  Rousseau  avait  mis  la  bo- 
tanique à  la  mode.  Le  goût  des  herborisations  et 
des  herbiers  se  répandait  parmi  les  gens  du 
monde ,  et  le  système  artificiel  de  Linné  fournis- 
sait aux  amateurs  le  moyen  de  trouver  facilement 
le  nom  des  plantes  ;  mais  cette  méthode  présen- 
tait dans  la  pratique  des  difficultés  assez  grandes. 
Lamarck  pensa  que  l'on  pourrait  arriver  par  des 
procédés  beaucoup  plus  simples  à  la  solution  de 
ce  petit  problème.  Ayant  un  jour  soutenu  cette 
opinion  devant  quelques  personnes ,  on  le  mit 
au  défi  de  faire  mieux  que  Linné;  il  accepta  le 
défi,  et  bientôt  il  apporta  le  plan  et  l'essai  d'une 
méthode  que  l'on  a  désignée  depuis  sous  le  nom 
de  méthode  analytique  ou  dichotomique.  Elle 
consiste  à  poser  à  l'élève  une  première  question, 
qui  partage  les  végétaux  en  deux  classes  ,  entre 
lesquelles  il  doit  choisir  d'après  un  caractère  de 
la  plante  qui  la  place  nécessairement  dans  l'une 
des  deux  à  l'exclusion  de  l'autre;  puis  une  se- 
conde question  ,  qui  partage  cette  classe  choisie 
en  deux  autres  à  l'une  desquelles  la  plante  se  rap- 
portera; puis  une  troisième,  une  quatrième,  etc.; 
de  sorte  qu'à  chaque  question  le  cercle  se  res- 
serre, jusqu'à  ce  que  la  dernière  conduise,  par 
cette  suite  d'exclusions  successives,  à  l'unité 
cherchée.  Bientôt  il  fit  l'application  de  cette  mé- 
thode à  l'ensemble  des  plantes  de  France ,  et  il 
publia,  sous  le  titre  de  Flore  française,  un 
ouvrage  où  toutes  les  plantes  de  France  alors 


57  LAMARCK 

connues  étaient  décrites,  et  où  l'application  de 
cette  méthode  permettait  d'arriver  facilement  à 
la  connaissance  de  chacune  d'elles.  Du  reste ,  on 
doit  ajouter  un  fait  peu  connu,  mais  dont  la 
preuve  se  trouve  dans  le  discours  préliminaire 
de  l'ouvrage  de  Lamarck  ;  c'est  que  tout  en  cons- 
tituant la  méthode  dichotomique  comme  méthode 
de  recherche ,  il  se  préoccupait  beaucoup  de  la 
méthode  naturelle,  qui  seule  doit  faire  connaître 
les  véritables  rapports  des  plantes.  Il  avait  es- 
sayé de  combiner  les  caractères  formés  par  les 
organes,  à  l'aide  d'une  méthode  numérique, 
comparable  à  celle  qui  avait  déjà  été  employée 
par  Adanson;  et  il  devait  en  faire  l'application 
à  tout  le  règne  végétal  dans  un  ouvrage  qui  n'a 
point  vu  le  jour,  et  qui  devait  être  intitulé  Théâ- 
tre universel  de  Botanique.  Mais  si,  comme 
tous  les  bons  esprits  de  son  temps,  il  se  préoc- 
cupait du  problème  de  la  méthode  naturelle, 
et  si  l'on  doit  lui  tenir  compte  des  efforts  qu'il 
tenta  pour  atteindre  ce  but,  il  n'eut  point  la 
gloire  de  le  résoudre ,  gloire  qui  immortalisera  à 
jamais  le  nom  d'A.-L.  de  Jussieu. 

La  Flore  française  répondait  à  l'un  des  be- 
soins les  plus  vivement  et  les  plus  généralement 
sentis-,  aussi  eut-il  un  succès  immense.  Sur  la 
demande  de  Buffon,  cet  ouvrage  fut  imprimé  aux 
frais  du  gouvernement  et  l'édition  entière  aban- 
donnée à  l'auteur.  Bientôt  après,  la  Flore  fran- 
çaise lui  ouvrit  les  portes  de  l'Académie  des 
Sciences,  où  il  fut  nommé  à  trente-huit  ans,  en 
1779,  quoiqu'il  ne  fCit  présenté  qu'en  seconde  ligne. 
La  protection  de  Buffon  fut  encore  pour  lui  la 
source  de  nouveaux  succès  :  elle  lui  fit  confier  la 
mission  d'aller  à  l'étranger  visiter  les  musées  et 
les  jardins  de  botanique.  Lamai-ck  visita  ainsi 
la  Hollande  et  une  partie  de  l'Allemagne,  et  se 
mit  en  rapport  avec  les  botanistes  les  plus  émi- 
nents  de  son  époque ,  Gleditsch ,  Murray  et  Jac- 
quin.  De  retour  en  France ,  on  lui  confia  la  ré- 
daction du  Dictionnaire  de  Botanique  de  YEn- 
cyclopédie  méthodique  (1785  ),  et  il  rédigea  une 
grande  partie  de  cet  ouvrage  (  15  volumes  ).  Ce 
travail,  fort  oublié  aujourd'hui,  constitua  pour 
Lamarck  un  titre  scientifique  d'une  grande  im- 
portance ;  car  Lamarck  y  fit  connaître ,  par  des 
descriptions  nettes  et  d'une  grande  exactitude, 
un  nombre  considérable  de  plantes  dont  les 
échantillons  étaient  contenus  dans  les  herbiers 
du  Muséum  et  provenaient  (\^s  voyages  scien- 
tifiques, si  multipliés  pendant  le  siècle  dernier. 
Lorsque  Buffon  mourut,  en  1788,  Lamarck  entra 
au  Jardin  des  Plantes,  comme  adjoint  de  Dau- 
benton  pour  la  garde  du  Cabinet  et  du  Jardin  du 
Roi ,  et  il  y  fut  chargé  de  tout  ce  qui  concerne 
les  herbiers. 

Ainsi  Lamarck  à  quarante-cinq  ans  avait 
pris  parmi  les  botanistes  une  position  très-ho- 
norable, lorsque  la  révolution  française  vînt 
l'appeler  à  de  nouvelles  destinées.  Après  le 
décret  de  la  Convention  en  date  du  10  juin 
1793,  qui  réorganisa  le  Jardin  des  Plantes  et  y 


58 

fonda  douze  chaires  pour  l'enseignement  de 
l'histoire  naturelle,  les  plus  anciens  botanistes 
de  l'établissement,  Jussieu  et  Desfontaines, 
furent  appelés  aux  chaires  vacantes  de  bota- 
nique ;  mais  personne  n'était  désigné  pour  oc- 
cuper les  deux  chaires  de  zoologie.  On  les  of- 
frit à  Geoffroy  Saint-IIilaire  ,  alors  sous-garde 
du  cabinet  depuis  huit  mois ,  et  qui  ne  s'était 
encore  occupé  que  de  minéralogie,  et  à  La- 
marck. Geoffroy  Saint-Hilaire  fut  chargé  de  l'his- 
toire des  animaux  vertébrés ,  et  Lamarck  de 
celle  des  animaux  sans  vertèbres.  Ces  deux  sa- 
vants, bien  qu'ils  fussent,  par  leurs  études,  tout  à 
fait  étrangers  à  l'enseignement  dont  ils  étaient 
chargés ,  se  mirent  résolument  à  l'œuvre  ;  et  ils 
ne  tardèrent  pas  à  se  placer  au  premier  rang 
parmi  les  zoologistes.  Qu'un  jeune  homme  de 
vingt  ans,  comme  Geoffroy  Saint-Hilaire,  in- 
connu jusque  alors,  ait  accepté,  dans  l'enthou- 
siasme de  la  jeiuiesse,  la  perspective  d'une 
grande  réputation  à  fonder,  cela  n'a  rien  qui 
nous  étonne  ;  mais  qu'un  homme  comme  La- 
marck quitte  à  cinquante  ans  une  carrière 
où  il  s'est  fait  connaître  d'une  manière  brillante, 
pouren  recommencer  une  nouvelle,  avec  la  chance 
de  ne  point  égaler  ses  premiers  succès ,  c'est  un 
acte  de  courage  dont  peu  de  savants  seraient  ca- 
pables, et  qui  nous  donne  le  plus  remarquable 
exemple  du  courage  moral  dont  Lamarck  fut 
animé  pendant  toute  sa  vie.  Dans  le  nouveau  Jar- 
din des  Plantes  tout  était  à  organiser,  tout  était 
à  créer.  Lamarck  n'avait  pour  toute  prépara- 
tion à  cet  enseignement  que  quelques  notions 
de  conchyliologie,  qu'il  s'était  données  pour  com- 
plaire à  son  ami  le  naturaliste  Bruguières,  dont 
l'esprit  exclusif  ne  pouvait  supporter  d'autres 
conversations  que  celles  qui  portaient  sur  les  co- 
quilles. Néanmoins  il  se  mit  à  l'œuvre,  et  après 
quelques  mois  d'un  travail  opiniâtre  il  ouvrait 
un  cours,  en  juillet  1795.  Devenu  zoologiste , 
Lamarck  fit  pour  la  partie  de  la  zoologie  qu'il 
devait  enseigner  ce  qu'il  avait  fait  en  bota- 
nique :  il  accomplit  dans  l'histoire  des  ani- 
maux sans  vertèbres  d'immenses  travaux  de 
description  et  de  classification,  qu'il  continua, 
avec  une  ardeur  infatigable ,  jusqu'à  la  fin  de  ses 
jours.  Laissant  à  son  aide  naturaliste  Latreille 
l'étude  de  la  classe  des  insectes ,  il  se  confina 
dans  rétude  de  tous  les  animaux  dont  jLinné 
avait  fait  la  classe  des  vers ,  et  qui  n'étaient 
réunis  entre  eux  jusque  alors  que  narunecarac- 
téristique  négative.  Partant  des  travaux  anato- 
miques  de  G.  Cuvier,  qui  avait  essayé  le  pre- 
mier de  débrouiller  ce  chaos,  il  contribua,  par 
quelques  innovations  heureuses,  à  établir  de 
l'ordre  dans  cette  partie  de  la  zoologie  ;  en  même 
temps  il  découvrit  un  très-grand  nombre  d'es- 
pèces ,  et  établit  sur  de  bons  caractères  beau- 
coup de  genres.  L'ouvrage  où  il  consigna  la  plu- 
part de  ces  résultats ,  et  qui  fut  achevé  en  1822, 
.sous  le  titre  à' Bis  taire  des  Animaux  sans 
Vertèbres,    est  véritablement   classique   pour 


59 


cette  partie  de  l'histoire  naturelle.  En  même 
temps  Lamarck  contribua ,  plus  qu'aucun  autre 
naturaliste  de  sou  temps,  à  la  description  des 
coquilles  fossiles.  On  s'était  beaucoup  occupé 
pendant  le  dix-huitième  siècle  de  la  /héorie 
de  la  Terre,  comme  on  appelait  alors  la  géo- 
logie, et  on  avait  invoqué  l'existence  des  co- 
quilles fossiles  pour  soutenir  telle  ou  telle  théo- 
rie. Mais  il  manquait  à  cette  étude  un  clément 
important.  Après  avoir  pendant  longtemps  con- 
sidéré ces  coquilles  comme  des  jeux  de  la  na- 
ture, on  avait  pensé  qu'elles  n'étaient  autres 
que  des  espèces  actuellement  vivantes.  Des  sa- 
vants italiens,  comme  Blanchi  et  Soldani,  avaient 
consacré  de  longues  journées  à  tamiser  le  sable 
de  l'Adriatique  pour  y  retrouver  des  coquilles 
semblables  ou  au  moins  analogues  aux  coquilles 
fossiles.  Lorsque  Lamarck  aborda  l'étude  de  la 
zoologie,  l'idée  des  espèces  perdues  venait  à  peine 
de  se  produire  dans  la  science ,  et  annoncée  par 
Buffon ,  elle  commençait  à  inspirer  les  travaux 
de  Cuvier,  qui  avait  entrepris  avec  ardeur  la 
reconstruction  des  grands  animaux  vertébrés. 
Lamarck  entreprit  à  la  même  époque ,  et  très- 
probableraent  sous  l'iuspiration  des  travaux  de 
Cuvier,  un  travail  analogue  pour  la  description 
et  la  détermination  des  coquilles  fossiles  de  la 
France.  Ces  travaux,  dont  l'origine  remonte  aux 
premières  années  de  notre  siècle,  marquent  une 
date  dans  la  paléontologie;  car  on  sait  le  rôle  que 
la  connaissance  des  cocpiilles  a  joué  dans  la  dé- 
termination des  terpains,  rôle  manifestement 
exagéré  par  les  prétentions  exclusives  de  cer- 
tains paléontologistes ,  mais  qui  a  été  très-cer- 
tainement une  des  causes  les  plus  efficaces  des 
immenses  progrès  que  la  géologie  a  accomplis  de 
nos  jours. 

Mais  ces  travaux,  si  importants  qu'ils  aient  été 
pour  la  science,  ne  nous  donnent  cependant 
qu'une  idée  très-inexacte  et  très-imparfaite  de 
l'œuvre  de  Lamarck.  Comme  tous  les  grands  na- 
turalistes ,  Lamarck  avait  parfaitement  compris 
que  l'histoire  naturelle  ne  peut  et  ne  doit  pas 
se  restreindre  à  l'étude  des  formes  diverses  que 
nous  présente  l'ensemble  immense  des  êtres 
vivants  ;  opinion  qui  abaisserait  la  science  aux 
proportions  d'un  simple  catalogue  descriptif; 
mais  que,  partantde  ce  travail  préliminaire  comme 
d'un  point  de  départ  indispensable,  le  savant 
doit  porter  ses  regards  au  delà,  et  chercher  à  se 
rendre  compte  de  la  cause  qui  produit  toutes  ces 
diversités  apparentes.  C'est  ainsi  que  Buffon  et 
Linné  entendaient  l'histoire  naturelle  ;  c'est  ce 
que  Lamarck  essaya  de  faire,  lorsque  ses  études 
sur  les  végétaux  et  les  animaux  l'eurent  préparé 
à  aborder  un  pareil  sujet.  D'ailleurs  les  ten- 
dances mêmes  de  sa  nature  morale  l'y  poussaient 
d'une  façon  en  quelque  sorte  irrésistible.  Esprit 
essentiellement  réfléchi  et  méditatif,  il  avait 
cherché  dès  ses  premiers  pas  dans  la  science  à 
se  rendre  compte,  par  le  simple  effort  de  sa 
f/Chsée,  de  tous  les  phénomènes  physiques,  et 


LAMARCK  60 

même  aussi  de  tous  les  phénomènes  moraux  qui 
constituent  le  monde.  De  nombreuses  publica- 
tions contiennent  l'ensemble  de  ses  idées  sur  ces 
matières.  Nous  devons  toutefois  le  reconnaître, 
tant  qu'il  s'agit  du  monde  inorganique,  les  ef- 
forts de  Lamarck  ne  furent  généralement  pas 
heureux.  Étranger  à  la  méthode  expérimentale, 
la  seule  qui  puisse  conduire  à  la  vérité  dans  les 
sciences  d'observation,  Lamarck,  dans  les  idées 
physiques  et  chimiques ,  ne  cessa  de  fermer  les 
yeux  aux  lumières  éclatantes  que  projetaient  alors 
de  toutes  parts  les  découvertes  modernes;  et  les 
idées  qu'il  croyait  nouvelles,  et  dont  il  se  faisait 
une  arme  pour  combattre  les  théories  récentes, 
n'étaient  en  réalité  que  les  débris  des  doctrines 
de  Stahl,  que  Lavoisier  venait  de  détruire  à 
tout  jamais.  En  même  temps  il  cherchait ,  avec 
une  persistance  incroyable,  à  déterminer  l'in- 
fluence météorologique  de  la  Lune,  persistance 
qui  lui  valut  de  la  part  de  l'empereur  une  ad- 
monition rude  et  même  brutale  (1).  Cepen- 
dant, les  idées  de  Lamark,  même  en  pareille 
matière ,  ne  sont  pas  toutes  aussi  vaines,  que 
l'on  pourrait  le  croire  ;  et  nous  voyons  que  dès 
1793  il  avait  sur  les  atomes  et  sur  la  constitu- 
tion des  corps  des  notions  très-saines ,  et  qui 
depuis  Dalton  forment  aujourd'hui  la  base  des 
théories  chimiques.  Mais  en  histoire  naturelle 
il  n'en  fut  pas  ainsi  ;  là  en  effet  ses  observations 
continuelles  l'avaient  préparé  pour  aborder  la 
question.  Dans  un  livre  fort  remarquable,  et  pu- 
blié en  1819  sous  le  titre  de  Philosophie  Zoolo- 
gique, il  réunit  et  coordonna  toutes  ses  idées 
sur  l'ensemble  des  phénomènes  que  présente  la 
nature  vivante.  C'est  dans  ce  livre  qu'il  posa 
pour  la  première  fois  d'une  raanièi'e  scientifique 
le  grand  problème  de  la  variabilité  des  espèces. 
A  l'époque  où  ce  livre  parut,  et  avec  les  idées 
qui  dominaient  alors  dans  la  science,  c'était  faire 
acte  d'une  grande  hardiesse,  et  presque  de  témé- 
rité. Cette  question  n'avait  été  indiquée  jusque  là 
que  par  Buffon,  qui  sur  la  fin  de  sa  vie  était 
arrivé  à  comprendre  que  la  nature  se  prête  à 
des  mutations  de  matière  et  de  forme;  mais 
personne  n'avait  fait  alors  attention  à  ces  pa-i 
rôles  de  Buffon,  qui  avaient  été  oubliées,  au 
milieu  de  ce  discrédit  presqu'universel  qui  attei- 
gnit à  la  fin  du  siècle  dernier  les  œuvres  du 


(1)  Le  fait  s'est  passé  à  la  présentation  d'Arafio,  qui  le 
raconte  dans  VHistoire  de  sa  jeunesse.  «  L'cniporcur 
passa  à  un  autre  membre  de  rinsUtut  Celui-ci  n'était 
pas  un  nouveau -venu  ;  c'était  un  naturaliste  connu  par 
de  tielles  et  importantes  découvertes:  c'était  M.  Lamark. 
Le  vieillard  présente  un  livre  à  Napoléon  :  «  Qu'est-ce 
que  cela  ?  dit  celui-ci.  C'est  votre  absurde  météorolope  ; 
c'est  cet  ouvrage  dans  lequel  vous  faites  concurrence  à 
Mathieu  Laénsberg,  cet  annuaire  qui  déshonore  vos  vieux 
jours;  faites  de  Thistolre  naturelle,  et  Je  recevrai  vos 
productions  avec  plaisir.  Ce  volume,  je  ne  le  prends  que 
par  considération  pour  vos  cheveux  blancs.  Tenez,  »  Et  il 
passa  le  livre  à  un  aide  de  camp.  Le  pauvre  M.  Lamarck, 
qui,  à  la  fin  des  paroles  brusques  et  offensantes  de  l'em- 
pereur, essayait  inutilement  de  dire  :  «  C'est  un  ouvrage 
d'histoire  naturelle  que  Je  vous  présente,  »  eut  la  faiblesse 
de  fondre  en  larmes.  » 


61  LAMARCK  ■ 

grand  natiivalisty.  Elle  avait  été  d'ailiciirs  sin- 
gulièrement compromise  par  les  idées  bizarres 
d'un  liomme  étranger  à  la  science,  nommé  Mail- 
let, dans  un  livre  fort  singulier,  qu'il  publia  dans 
le  courant  du  siècle  dernier  sous  le  titre  de  Tel- 
liamecl,  et  qui  devint  surtout  célèbre  par  les 
plaisanteries  de  Voltaire.  A  la  première  vue  on 
reconnaît  entre  les  idées  de  Maillet  et  celles 
de  Lamarck  une  analogie  tellement  grande,  qu'il 
est  impossible  d'admettre  que  Maillet  n'ait  pas 
été  le  point  de  départ  de  Lamarck  ;  mais  il  y 
aurait  aussi  de  l'injustice  à  ne  pas  voir  que 
Lamarck  est  parti  de  ce  qui  dans  Maillet  ne 
senible  qu'un  jeu  d'esprit  pour  en  faire  une 
théorie  scientifique.  Lamarck  a  compris  que  la 
notion  de  l'espèce,  telle  qu'elle  est  généralement 
admise,  est  eu  désaccord  avec  les  laits,  qu'elle 
conduit  à  encombrer  l'histoire  naturelle  d'une 
foule  d'espèces  nominales,  et  que  la  stabilité 
dont  les  formes  organiques  nous  paraissent 
douées  n'est  qu'une  stabilité  relative;  il  a  par- 
faitement compris  que  l'être  vivant  peut  être 
modifié  sous l'influencede modifications  produites 
par  les  agents  physiques  qui  constituent  les  cli- 
mats. Il  est  malheureusement  à  regretter  que 
Lamarck,  entraîné  par  cet  esprit  logique  qui  le 
poussait  à  suivre  jusqu'aux  dernières  consé- 
quences les  principes  qu'il  avait  posés,  n'ait 
pas  compris  que  la  question  de  la  variabilité 
des  espèces  était,  comme  toutes  les  questions 
d'histoire  naturelle,  une  question  d'observation 
et  d'expérience,  et  qu'il  ait  compromis  le  suc- 
cès d'une  bonne  cause  par  des  exagérations 
tout  à  fait  en  dehors  de  la  science.  Partant 
de  l'idée,  assurément  juste  dans  une  certaine 
limite ,  que  l'exercice  ou  le  non-exercice  d'un 
prgane  contribue  à  eu  augmenter  le  volume,  ou 
bien  à  le  diminuer  et  à  le  faire  disparaître ,  La- 
marck voit  dans  les  changements  d'habitude  des 
animaux  la  cause  de  tous  leurs  changements 
d'organisation.  C'était  dépasser  le  but  ;  d'une  part, 
on  combattit  ces  idées  par  le  ridicule  ;  de  l'autre 
on  les  accusa  d'athéisme.  Mais  ces  idées  ont 
pénétré  peu  à  peu  dans  la  science,  et  aujour- 
d'hui on  commence  à  comprendre  que  la  ques- 
tion mérite  au  moins  d'être  réfutée  autrement 
que  par  des  plaisanteries  ou  des  anathèmes. 
Nous  voyons  d'ailleurs  aujourd'hui  les  hommes 
les  plus  éminents  entrer  dans  la  voie  ouverte 
par  Lamarck,  et  faire  de  l'idée  de  la  variabihté 
limitée  des  espèces  le  point  de  départ  de  leurs 
théories  scientifiques. 

La  question  de  l'espèce  n'est  point  d'ailleurs 
la  seule  question  scientifique  que  Lamarck  ait 
abordée  dans  sa  Philosophie  Zoologique.  Toutes 
les  questions  relatives  aux  êtres  vivants  y  sont 
traitées  avec  une  hauteur  de  vue  et  une  indé- 
pendance qui  en  feront  dans  tous  les  temps  un 
des  ouvrages  les  plus  remarquables  de  l'histoire 
naturelle,  quand  bien  même  on  n'adopterait  pas 
foutes  les  idées  de  l'auteur.  Déprécié,  au  moment 
de  son  apparition,  par  des  critiques  exagérées 


LA  MARE  62 

et  souvent  injustes,  la  Philosophie  Zoologique 
a  été  peu  lue;  nous  croyons  qu'il  est  temps  de 
revenir  sur  un  jugement  anticipé  et  contre  lequel 
les  plus  grandes  autorités  de  la  science  moderne, 
les  Blainville  et  les  Geoffroy  Saint-Hilaire,  ont 
déjà  protesté. 

Lamarck  porta  dans  sa  vie  privée  le  même 
cai'actère  que  dans  la  science.  Étranger  à  tout 
esprit  d'intrigue,  et  complètement  privé  de  cette 
habileté  qui  assure  les  succès  du  monde,  il  vé- 
cut dans  la  retraite,  uniquement  absorbé  par 
le  charme  de  ses  études  et  de  ses  méditations 
scientifiques.  Bien  qu'il  n'eût  qu'une  très-mo- 
deste fortune ,  et  qu'il  eût  à  pourvoir  aux  be- 
soins d'une  famille  nombreuse  (il  se  maria  quatre 
fois),  il  sut  toujours  maintenir  son  âme  à  l'a'-- 
bri  des  séductions  de  l'ambition,  et  il  refusait, 
en  1809,  une  chaire  à  la  Faculté  des  Sciences 
nouvellement  créée,  parce  qu'il  ne  se  sentait  plus 
la  force  de  faire  les  nouvelles  études  nécessaires 
pour  remplir  dignement  celte  chaire,  comme  il 
l'avait  fait,  vingt-cinq  ans  auparavant,  en  accep- 
tant la  chaire  du  Muséum.  Devenu  aveugle  à  la 
fin  de  ses  jours,  il  trouva  dans  le  dévouement  de 
sa  fille  aînée  un  aide  intelligent  pour  ses  travaux 
d'histoire  naturelle,  qu'il  poursuivit  jusqu'à  son 
dernier  moment. 

Voici  la  liste  des  principaux  ouvrages  de  La- 
marck :  Mémoire  sur  les  Vapeurs  de  l'At- 
mosphère; 1776;  —  Flore  française,  ou  des- 
cription succincte  de  toutes  les  plantes  qui 
croissent  naturellement  en  France;  Paris, 
1778  et  1795,  in-8°  ;  —  Dictionnaire  botanique 
de  l'Encyclopédie  méthodique  par  ordre  de 
matières;  —  Mémoires  de  Physique  et  d'His- 
toire Naturelle,  établis  sur  des  bases  de  rai- 
sonnement indépendantes  de  toutes  séries; 
avec  l'exposition  de  nouvelles  considérations 
sur  la  cause  générale  des  dissolutions,  sur  la 
matière  du  feu,  sur  la  couleur  des  corps,  sur 
la  formation  des  coinposés,  sur  l'origine  des 
métaux,  et  sur  l'organisation  des  corps  vi- 
vants; 1797  ;  —  Hydrogéologie;  1802;  —  An- 
nuaire Météorologique,  précédé  de  prohabi- 
lités acquises  par  une  longue  suite  d'observa- 
tions sur  l'état  du  ciel,  etc.;  diverses  éditions 
de  1800  à  1812;  —  Description  des  Coquilles 
fossiles  des  environs  de  Paris  ;Ann.  dît  Mus. 
tom.  ï  à  VIII,  1802  à  1806;  —  Philosophie 
Zoologique;  2  vol.-in-S",  1809;  — Histoire  des 
Animaux  sans  Vertèbres,  7  vol.  de  1815  à 
1822  ;  —  Système  des  connaissances  positives 
df.  l'homme  ;  1821.  C.  Dareste. 

Geoffroy  Saint-Hilairc,  Discours  prononcé  sur  la  tombe 
de  JMinarck.  —  Cuvier,  Éloge  de  Lamarch.  —  Blainville 
et  Maupied,  Histoire  des  Sciences  de  l'Organisation. 

LA  MARE  {Philibert  de),  érudit  français, 
né  le  13  décembre  1615,  à  Dijon,  où  il  est  mort, 
le  16  mai  1687.  Issu  d'une  ancienne  famille  de 
robe,  il  fit  d'excellentes  études  classiques,  et  fut 
reçu,  en  1637,  conseiller  au  parlement  de  Bour- 
gogne, Il  o'otint  le  titre  de ,  citoyen  romain ,  et 


63 


LA  MARE 


G4 


Louis  XTV  le  décora  de  l'ordre  de  Saint-Michel. 
Très-versé  dans  la  connaissance  de  l'histoire  et 
des  antiquités,  il  écrivait  fort  purement  le  latin, 
et  entretenait  des  relations  suivies  avec  les  prin- 
cipaux savants  de  l'époque.  Toute  sa  vie  fut 
consacrée  à  former  une  collection  des  ouvrages 
relatifs  à  l'histoire  de  sa  province;  un  grand 
nombre  de  manuscrits  lui  étaient  venus  du  docte 
Saumaise.  Cette  collection,  conservée  à  Dijon 
jusqu'en  17 19,  venait  d'être  vendue  à  des  libraires 
hollandais  lorsque  l'abbé  de  Louvois  la  fit,  par 
ordre  du  régent ,  transporter  en  grande  partie 
à  la  Bibliothèque  du  Roi.  On  a  de  La  Mare  : 
De  Bello  Burgimdico  MBCXXXVI;  (Dijon) 
1641,  in-4°  ;  relation  de  l'invasion  de  la  Franche- 
Comté  par  le  prince  de  Condé;  Gassendi  félicita 
l'auteur  sur  ce  travail,  et  l'invita  à  écrire  une  his- 
toire générale  de  la  Bourgogne;—  Guijoniorum 
fratrum  Opéra  et  Vitee ;  Dijon,  1658,  in-4°; 
réirapr.  dans  les  Vïtse  sélects  quorumdam  eru- 
ditissimorum  virorum  ; Breslau ,  1 7 1 1 ,  in-S"  ; — 
De  Vitaet  Moribus  Guilelmi  Philandri,epis- 
tola  ad  cardinalem  Fr.  Barberinum  ;  Dijon , 
1667,  in-8°et  in-4°  ; — Conspecttts  Historicorum 
Burgundias ;  Dijon,  1689,  in-4°  :  catalogue  des 
ouvrages  qui  ont  trait  à  la  Bourgogne,  édité 
par  les  soins  du  fils  de  l'auteur;  —  Huberti 
Languetï  Vita;  Halle,  1700,  in-12  :  vie  bien 
écrite  et  très-curieuse  ;  —  Quinze  lettres  latines 
à  Nicolas  Heinsius,  insérées  dans  les  Epistol. 
clarorum  Virorum  de  Burmann ,  tom.  V,  et 
d'autres  dans  le  recueil  des  œuvres  de  Gassendi, 
tom.  VI.  Parmi  ses  nombreux  manuscrits,  dont 
la  liste  est  donnée  par  Papillon ,  nous  citerons  : 
Claudii  Salmasii  Vita,  VII  lib.  comprehensa, 
qui  fut  corrigée  et  revue  par  La  Monnoye  ;  — 
Recueil  de  Titres  concernant  les  Ducs  de 
Bourgogne;  —  Gilberti  Genebrardi  Vita;  — 
Vie  de  Cujas;  —  Mélange  de  Liltérature  et 
d'Histoire  (de  1670  à  1687),  2  vol.  in-fol.,  qui 
renferment  grand  nombre  d'anecdotes  littéraires 
et  de  faits  curieux.  P.  L— y. 

'  Papillon,  Bibl.  des  Auteurs  de  Bourgogne.  —  Huet, 
Disscrtalion,  11,377.  —  Menaçiana.  —  BalUet,  Jugem. 
des  Savants.—  Vip;neul-Marville,  mélanges,  U.  — Mabil- 
lon,  lier  Burgundicum.  —  Le  Long,  Bibl.  franc. 

LA  MARE  {Nicolas  de),  magistrat  français, 
né  à  Noisy-le-Grand  ,  près  Paris ,  le  23  juin 
1639,  mort' â  Paris,  le  25  août  1723.  Après  un 
voyage  en  Italie  et  un  séjour  assez,  long  à  Rome, 
en  1664,  il  revint  à  Paris,  où  il  acheta  une  charge 
deprocureurau  Châtelet,  qu'il  changea,  en  1673, 
pour  celle  de  commissaire  au  Châtelet.  Il  fut 
commis  par  le  roi  en  diffrrentes  occasions  pour 
découvrir  les  malversations  dans  les  dépenses 
des  constructions  de  Versailles  ;  lors  des  disettes 
de  grains,  il  fut  envoyé  comme  commissaire  du 
roi  dans  diverses  provinces,  où,  en  apaisant  les 
émeutes  populaires,  il  prit  les  mesures  les  plus 
propres  à  diminuer  les  privations.  Louis  XIV 
lui  témoigna  sa  satisfaction  dans  un  discours 
public.  Quelque  temps  après,  il  lui  donna  l'in- 


tendance de  la  maison  du  comte  de  Verman- 
dois.  En  1667,  La  Mare  fut  engagé  par  M.  de 
Lamoignon  à  faire  un  ouvrage  qui  en  faisant 
connaître  Paris  présentât  dans  un  ensemble 
méthodique  tout  c«  qui  concerne  la  police  d'une 
grande  ville.  La  Reynie  l'encouragea  de  son  côté 
dans  ce  travail  en  lui  communiquant  tous  les 
documents  dont  il  disposait,  en  lui  faisant  ouvrir 
tous  les  dépôts  publics,  et  en  le  présentant  à  de 
Baliize,  qui  le  mit  à  môme  de  consulter  tous  les 
manuscrits  et  traités  de  la  bibliothèque  de  Col- 
bert.  Enfin,  de  La  Mare  fit  paraître  en  1707  le 
l*"'  volume  de  son  grand  ouvrage,  qui  eut  pour 
titre  :  Traité  de  la  Police,  où  l'on  trouvera 
l'histoire  sur  l'établissement,  les  fonctions 
et  les  prérogatives  de  ses  magistrats,  les  lois 
et  règlements  qui  la  concernent,  avec  une 
description  historique  et  topographique  de 
Paris  et  huit  plans  qui  représentent  son  an- 
cien état  et  ses  divers  accroissements  ;  plus 
un  recueil  des  statuts  et  des  règlements  des 
six  corps  de  marchands  et  des  autres  com- 
munautés des  arts  et  métiers.  L'ouvrage  en- 
tier forme  4  vol.  in-folio;  le  2"  parut  en  1710, 
le  3"  en  1719,  le  k"  en  1738.  Ce  dernier  volume 
a  été  publié  par  Leclerc  du  Brillet,  qui  avait 
aidé  La  Mare,  à  cause  de  ses  infirmités,  pen- 
dant les  deux  dernières  années  de  sa  vie.  Ses 
travaux,  son  peu  de  fortune  et  ses  infirmités 
décidèrent  le  roi  à  lui  accorder  une  récom- 
pense. On  eut  recours  pour  cela  à  un  sin- 
gulier expédient  :  ce  fut  d'augmenter  d'un  neu- 
vième le  prix  des  entrées  aux  spectacles  et, 
pour  en  faciliter  le  recouvrement,  de  l'accorder 
à  l'hôtel-Dieu,  à  la  condition  expresse  «  d'en 
rendre  une  somme  convenable  à  M.  de  La 
Mare,  pour  récompense  de  ses  longs  services,  et 
pour  le  dédommager  des  avances  qu'il  avait 
faites  pour  la  composition  et  l'inipression  de 
son  traité  de  la  police  ».  Ce  sont  les  termes  de 
l'ordonnance  du  roi  du  5  février  1716.  La  part 
qui  lui  revint  dans  ce  don  fut  de  300,000  livres. 
De  La  Poix  de  FréminvHle  a  donné  un  extrait 
du  Traité  de  la  Police,  et  Desessarts  l'a  re- 
fondu dans  son  Dictionnaire  universel  de  Po- 
lice. GUYOT    DE  FÈRE. 

Notice  sur  de  La  rj!are,  en  tôte  du  4^  vol.  du  Traité 
de  la  Police. 

LAMÂRE  (Jean-Baptiste'Hippolijte),  gé- 
néral français,  né  à  Bruxelles,  en  1775,  de  pa- 
rents français ,  mort  à  Fontainebleau,  le  12  mai 
1855.  Entré  au  service  le  l"""  février  1793, 
comme  sous-lieutenant  dans  le  génie,  il  fit  toutes 
les  campagnes  de  la  révolution  aux  armées  du 
nord,  des  Alpes,  d'Italie,  d'Allemagne,  de 
Prusse ,  de  Pologne  et  d'Espagne.  Lieutenant  en 
1795,  capitaine  en  1796,  chef  de  bataillon  en 
1810,  il  fut  nommé  colonel  en  1811 ,  en  récom- 
pense des  services  qu'il  venait  de  rendre  aux 
deux  premières  défenses  de  Badajoz.  Fait  pri- 
sonnier après  la  chute  de  cette  place,  il  fut  em- 
mené en  Angleterre  en  1812  ;  l'empereur  fit,  dit- 


65 


LA  MARE 


66 


on,  préparer  son  évasion,  tant  il  faisait  cas  de  ses 
services.  Lamare  fut  enfin  échangé  au  mois  de 
novembre,  et  fit  les  campagnes  de  Russie,  d'Al- 
lemagne et  de  France  en  qualité  de  commandant 
du  génie  du  cinquième  corps.  En  1815  il  devint 
colonel  du  l^""  régiment  de  son  arme,  se  trouva 
à  Waterloo,  revint  sous  les  murs  de  Paris,  et 
accompagna  son  corps  derrière  la  Loire.  Licencié 
d'abord,  il  fut  bientôt  rappelé  sous  les  drapeaux, 
et  nommé  en  1816  directeur  des  fortifications  à 
Bayonne,  puis  à  La  Rochelle  en  1323,  et  enfin  au 
Havre.  Élevé  au  grade  de  maréchal  de  camp  en 
1832,  il  fut  appelé  au  commandement  du  dépar- 
tement du  Jura,  et  bientôt  après  à  celui  de  la 
Seine-Inférieure.  Làge  le  fit  passer  à  la  sec- 
lion  de  réserve  en  1837;  il  fut  mis;  à  la  retraite 
eu  1848,  et  obtint  le  commandement  militaire 
du  château  de  Fontainebleau.  On  a  de  La  Mare  : 
Relation  de  la  Deuxième  Défense  de  la 
place  de  Badajoz  en  1812  par  les  troupes 
françaises  contre  l'armée  anglo-portugaise  ; 
Bayonne,  1S21,  in-4'',  avec  plan;  —  Relation 
des  Sièges  et  Défenses  de  Badajoz,  d'Oli- 
vença  et  de  Campo-Mayor  en  1811  et  1812, 
parles  troupes  françaises  sous  les  ordres  du 
duc  de  Dalmatie,  Paris,  1825,  in-8°;  2=  édi- 
tion ,  augmentée  à' Observations  critiques  et 
suivie  d'un  Projet  d'instruction  à  l'usage 
des  gouverneurs  des  places  fortes  ■  Paris , 
1837,  in-8°,  avec  plans;  —  Nouvelles  Considé- 
rations sur  les  travaux  de  défense  projetés 
an  Havre;  Paris,   1847,   in-S*.         L.  L— t. 

Sarrut  et  Saint-Edme,  Biogr.  des  Hommes  du  Jour, 
tome  II,  l''^  partie,  p.  ZiS.  —  Journal  des  Débats  du 
16  mai  1853.  —  Bourquelot  et  Maary,  La  Littér.  franc, 
contemp. 

*  LAMABE-PiCQroT  (  iV...  ),  naturaliste  et 
voyageur  français,  né  à  Bayeux,  vers  1785.  Il 
fonda  vers  1815  une  maison  de  pharmacie  à 
l'Ile  de  France ,  à  l'époque  où  cette  tle  passa 
sous  la  souveraineté  de  l'Angleterre,  et  y  acquit 
une  certaine  aisance.  Le  goût  des  voyages  l'en- 
traîna à  visiter  l'île  Bourbon  et  Madagascar, 
puis  le  Bengale  et  la  côte  de  Coromandel.  Émer- 
veillé des  nombreuses  productions  de  ces  con- 
trées, il  vint  à  Paris  pour  s'assurer  si  elles  y 
étaient  connues.  Ensuite  il  retourna  dans  les 
Indes,  visita  Calcutta,  Bénarès,  Chandernagor, 
Madras  et  Pondichéry.  «  Tout  en  voyageant, 
dit  M.  Isidore  Bourdon  ,  il  réunit  pour  l'ethno- 
graphie, science  dont  il  venait  de  constater  le 
peu  d'avancement  en  France,  tout  ce  qui  lui 
parut  propre  à  retracer  les  mœurs  et  les  croyances 
indiennes,  les  procédés  des  arts,  les  usages, 
comme  aussi  les  progrès  des  sciences  et  de  l'in- 
dustrie; mais  l'histoire  naturelle  eut  une  part 
de  prédilection  dans  ses  collections.  «  Revenu 
à  Paris  au  commencement  de  1830,  il  obtint 
des  rapports  sur  ses  collections  à  l'Académie 
des  Sciences  et  à  l'Académie  des  Inscriptions. 
Pour  la  zoologie ,  il  avait  réuni  855  espèces  la 
plupart  peu  connues.  Il  avait  fait  aussi  des  ob- 
servations intéressantes;  ainsi  il  attestait  que  les 

NOUV.   BIOGR.    GÉNÉR.   —   T.   XXIK. 


serpents  boivent;  que  le  damna  des  Indiens, 
espèce  de  couleuvre ,  suce  le  pis  des  vaches  sans 
les  blesser,  et  enfin  que  les  serpents  pythons 
couvent  leurs  œufs  à  la  manière  des  oiseaux  : 
tout  cela  a  été  vérifié  depuis.  La  Société  libre  des 
Beaux-Arts  fut  émerveillée  de  200  statues  et  figu- 
rines qu'il  possédait.  Le  gouvernement  français 
n'eut  pas  les  fonds  nécessaires  pour  acquérir  ces 
richesses;  le  roi  d'Angleterre  Guillaume  IV  acheta 
la  collection  zoologique  pour  leBritish  Musaeum; 
le  roi  Louis  de  Bavière  acheta  le  Panthéon  indien 
pour  70,000  fr.  M.  Lamare-Picquot  déposa  ces 
fonds  chez  un  banquier  de  Vienne,  qui  fit  faillite 
peu  detemps  après,  elles  perdit.  De  1841  à  1847, 
M.  Lamare-Piçquot  entreprit  différents  voyages 
dans  l'Amérique  septentrionale ,  d'où  il  rapporta 
de  nouvelles  richesses  scientifiques,  qui  furent 
examinées  par  l'Académie  des  Sciences.  Une 
plante  économique  qu'il  avait  trouvée  dans  les 
steppes  de  l'Amérique,  et  qu'il  se  proposait  d'in- 
troduire en  France,  frappa  surtout  l'attention 
de  ce  corps  savant.  Cette  plante,  que  les  Indiens 
nomment  tipsina,  les  Osages  tangre,  que  la 
science  classe  dans  les  légumineuses  sous  le 
nom  de  psoralea  esculenta,  qu'on  appelle  en- 
core racine  à  pain  ou  artorize,  prit  le  nom  de 
picquotiane,  du  nom  de  son  importateur.  La 
maladie  sévissait  alors  avec  intensité  suf  la 
pomme  de  terre;  on  doutait  de  pouvoir  jamais 
ramener  la  culture  de  cette  plante  à  son  état 
normal ,  et  de  tous  côtés  on  cherchait  quel  vé- 
gétal on  pourrait  lui  substituer.  A  la  suite  d'un 
premier  rapport ,  quinze  jours  après  la  révolu- 
tion de  Février,  M.  Lamare-Picquot  reçut  de 
M.  Bethmont ,  ministre  provisoire  du  commerce, 
une  indemnité  de  7,000  fr.  et  l'ordre  de  partir 
dans  le  courant  de  mai  pour  l'Amérique  sep- 
tentrionale afin  d'y  rechercher  les  plantes  qui 
ont  été  signalées  par  différents  botanistes  comme 
pouvant  servir  à  la  nourriture  de  l'homme, 
telles  que  X'apios  tuberosa ,  le  lewisia  réci- 
diva, le  phalangium  quamash  ou  scilla  es- 
culenta, et  quelques  variétés  de  psoralea. 
M.  Lamare-Picquot  alla  s'embarquer  à  Liverpool 
pour  l'Amérique.  Arrivé  à  New-York,  le  24  juin , 
il  se  dirigea  vers  l'ouest  par  la  rivière  de  l'Hud- 
sonet  le  lac  Érié  jusqu'à  Détroit;  de  là  il  eut  à 
traverser  le  Michigan,  l'Indiana,  en  passant  par 
Chicago  ;  puis,  après  avoir  franchi  l'Illinois  et  une 
partie  du  Wisconsin ,  il  dut  s'approvisionner  à 
Galena,  se  dirigea  vers  la  partie  nord  du  Mis- 
sissipi,  toucha  Saint-Paul  pour  remonter  jusqu'à 
Mandota,  où  la  rivière  Saint-Pierre  tombe  dans 
le  Mississipi.  M.  Lamare-Picquot  était  là  le 
6  juillet;  il  y  rencontra  des  peuplades  sauvages, 
qui  le  forcèrent  à  rétrograder  jusqu'à  Saint-Paul, 
sur  la  rive  gauche  du  Mississipi.  Enfin,  le  25  juil- 
let, deux  mois  après  son  départ  de  la  France, 
il  pénétrait  dans  les  forêts  vierges  de  l'Amé- 
rique, et  au  bout  de  quelques  jours  il  se  trouvait 
dans  les  steppes,  but  de  ses  recherches  et  de  son 
voyage.  Les  premiers  résultats  ne  répondirent 

3 


67 


LA  MARE  —  LA  MARMOKA 


68 


pas  à  ses  espérances,  et  ce  ne  fut  que  sur  les 
rives  du  Lac  qui  parle,  du  6  au  It  août,  qu'il 
put  faire  d'amples  récoltes  de  psoralea  et  d'à- 
pios,  plantes  qui ,  à  sou  grand  déplaisir  et  contre 
ses  attentes,  étaient  la  plupart  dépourvues  de 
graines.  Il  dut,  on  consécjuence ,  rapporter  ces 
plantes  utiles  plongées  dans  la  terre  hutnide  où 
elles  croissent,  attention  qui  avait  le  double  but 
dé  les  conserver  vîvclntes  et  de  fournir  un  échan- 
tillon de  l'espèce  de  terrain  qui  leur  convient. 
Il  rapporta  avec  lui  neuf  caisses  pleines.  Il  était 
an  Havre  le  22  novembre  1848,  ramenant  des 
plants  de  psoralea  et  ô'apios,  ainsi  que  des 
graines  de  picquotiane.  Ces  plantes  croissant 
dans  MO  climat  ttès-rude  devaient  être,  selon  lui, 
d'un  acclimatation  facile.  L'apios,  qu'on  connais- 
sait déjà  en  Europe,  et  qu'on  y  a  quelquefois  cul- 
tivé, a  de  la  prédilection  pour  les  plaines  humides 
et  pour  les  marais.  La  picquotiane,  au  contraire, 
se  plaît  au  sommet  des  collines  et  prospère  dans 
les  bruyères  :  il  ne  lui  faut  ni  humidité  ni  engrais. 
La  racine  de  la  picquotiane ,  espèce  de  tubéro- 
sité  conique,  contient  80  pour  100  de  matière 
amidonnée  ou  nutritive,  tandis  que  la  pomme  de 
terre  n'en  renferme  que  23  à  24  parties  pour  100. 
Cette  racine  porte  une  coUrte  tige  ligneuse  de 
(Quelques  centimètres.  Les  essais  de  culture  qu'on 
en  a  faits  sont  loin  d'avoir  complètement  réussi. 
Heureusement  la  disparition  de  la  maladie  de  la 
pomme  de  terre  fait  aujourd'hui  moins  sentir 
l'utilité  de  ses  succédanées. 

On  a  de  M.  Lamare-Piquot  :  Mémoire  Sur  un 
cas  de  chirm-gie  ;Ciien,  1827,  ia-8°;— Observa- 
tions faites  sur  le  Choléra-Morbus  dans  l'Inde, 
au  Bengale  et  à  Vile  de  France;  son  invasion 
dans  cette  colonie  ;  ravages  qu'il  y  produisit; 
essais  multipliée  pour  combattre  son  intensité; 
des  résultais  heureux  obtenus  par  des  mé- 
decins distingués  de  cette  île,  et  des  moyens 
hygiéniques  proposés  pour  éviter  l'infection  ; 
Paris,  1831,  in-8°;  —  Réponse  pour  servir  de 
réfutation  aux  opinions  et  à  la  critiqtie  du 
rapport  de  M.  Constant  Duméril  sur  mon 
Mémoire  concernant  les  Ophidiens,  lu  à  l'A- 
cadémie des  Sciences,  le  5  mars  1832;  suivie 
d'une  relation  de  chasse  dans  les  îles  des 
bouches  du  Gange;  Paris ,  1835,  in-8». 

L.  L-T. 

Gaudlchaiid,  Rapport  à  l'Académie  des  Sciences;  1849. 
—  Isid.  Bourdon,  daos  Wniversel,  1849,  p.  337,  et  dans 
le  Dict.  (le  la  Conwers.— Boiirquelot  et  Maury^  La  Littér, 
Franc,  contemp. 

LA.  MARMORA  {Charles  Ferrero ,  marquis 
DE  ) ,  prince  de  Masserano  ,  général  sarde ,  né 
en  1788,  mort  en  décembre  1854.  Sa  famille 
est  une  des  plus  illustres  du  Piémont.  Son  père, 
Oélestin,  marquis  de  La  Marmora,  épousa  Raf- 
faela  Argentero,  comtesse  de  Brézé ,  dont  il  eut 
plusieurs  enfants.  Cliarles,  l'aîné,  fit  sespremières 
armes  dans  la  cavalerie  française,  de  1806  à 
1813.  Lieutenant  général  et  sénateur  du  royaume 
deSardaigne,  il  accompagna  le  roi  Charles-Al- 


bert en  qualité  de  premier  aide  de  camp  pen- 
daiit  les  campagnes  de  1848  et  1849. 

L.  L—Ti 

Duc  de  Dino,  dans  le  Dict.  de  la  Convers, 

^  LA  MiisssioùA  (Albert  Ferkero  ,  comte 
de  ),  général  et  naturaliste  sarde,  frère  du  pré- 
cédentinéen  1789.11coini!iença  sa  carrière  mili- 
taire dans  les  armées  françaises.  Nommé  major 
général  en  1840,  et  sénateur  eh  1848,  il  fut  chargé 
par  le  roi  Charles-Albert  du  commandement  des 
troupes  piémontaises  venues  au  secours  de  Ve- 
nise, et  contribua  à  l'organisation  des  milices 
vénitiennes.  Promu  au  grade  de  lieutenant  géné- 
ral en  1849,  il  fut  nomtné  commissaire  extraordi- 
naire et  commandant  militaire  dans  l'île  de  Sar- 
daigne,  inspecteur  dés  mifles  de  laSardaignej 
membre  de  l'Académie  royale  des  Sciences  de  Tu- 
rin, directeur  de  l'école  de  marine  de  Gênes,  etc. 
Après  la  guerre  de  Crimée,  il  proposa  au  sénat  de 
voter  quelques  mots  d'admiration  etdé  regret  pour 
les  braves  qui  avaient  succombé  dans  cette  cam- 
pagne. On  a  de  lui  :  Voyage  en  Sardaigne,  ou 
description  statistiquci  physique  et  politique 
de  cette  île,  avec  des  recherches  sur  ses  pro- 
ductions naturelles  et  ses  antiquités  ;  Paris  j 
1820,  in-8°;  2*  édit.,  Paris ,  1839-1840,2  vol. 
in-8°,  avec  atlas.  Il  a  donné  en  français  dans  les 
Mémoires  de  l'Académie  de  Turin-:  Détermi- 
nation et  description  des  différences  de  Vàge 
de  l'aigle  Bonelli  (  V  série ,  tome  XXVII, 
1834);  et  Observations  géologiques  sur  les 
deux  îles  Baléares  Majorque  et  Minorque, 
faites  en  décembre  1833  et  janvier  1834 
(  tome  XXVIII,  1835).  Il  a  en  outre  publié  diffé- 
rents mémoires  eu  italien  sur  la  numismatique 
et  l'histoire  naturelle.  L.  L— t. 

Duc  de  Dino,  dans  le  Dict.  de  la  Convers.  —  Quérard, 
Tm  France  Z,!î(eraire.— BourquelotetMaury,  iaiitier, 
Franc,  contemp. 

LA  MARMORA  {Alexandre  Ferrero,  cheva- 
lier de),  général  sarde,  frère  des  précédents,  né 
en  1799,  mort  en  Crimée,  eu  juin  1855.  En  1836 
il  organisa  le  corps  des  bersaglieri.  Major  géné- 
ral en  1848,  il  se  signala  par  sa  valeur  dans  la 
guerre  pour  l'indépendance  italienne.  Le  s  avril 
184S  il  fut  blessé  d'un  coup  de  feu  à  la  bouche 
au  premier  combat  de  Goito.  L'année  suivante 
il  fut  nommé  chef  de  l'état -major  général  de 
l'armée.  En  1855,  il  accompagna  son  frère  Al- 
phonse en  Crimée,  à  la  tête  de  la  deuxième  divi- 
sion du  corps  expéditionnaire  sarde.  Il  mourut 
presque  en  arrivant,  à  la  suite  d'une  courte  ma- 
ladie. L.  L— T. 

Duc  de  Dino,  dans  le  Vict.  de  la  Convers. 

*  LA  MARMORA  (Alphonse  Ferrero,  cheva- 
lier de),  général  sarde,  frère  des  précédents,  né 
à  Turin,  le  18  novembre  1804.  Entré  à  l'acadé- 
rnie  mihtaire  de  sa  ville  natale  en  1816,  il  y  fit 
de  brillantes  études,  et  en  sortit  en  1823  pour 
entrer  dans  l'artillerie  avec  le  grade  de  lieute- 
nant. Devenu  adjudant  major,  il  s'occupa  de 
l'équitation,  de  la  gymnastique ,  du  tir,  et  orga- 


69 


LA  MARMORA 


niîia  des  ticoles  normales  pour  les  sous-officiers. 
Capitaine  on  1831,  il  visita  les  établissements 
militaiies  de  l'Europe  et  de  l'Orient,  et  fut  chargé 
plusieurs  fois  de  la  remonte.  En  1845  il  devint 
major  (chef  d'escadron).  Pendant  la  guerre  de 
1848,  il  se  signala  aux  affaires  de  Monzambano, 
Boru,hetto,  Valleggio,  Peschiera  et  sur  les  hau- 
teurs de  Pastrengo.  Choisi  pour  chef  d'état-ma- 
jor par  le  duc  de  Gênes,  il  devint  colonel  le  3  juin 
1848,  et  fut  envoyé  en  France  par  le  président 
du  conseil  Alfieri  pour  «  chercher  «n  général  ». 
Il  a  raconté  à  la  tribune  du  parlement  sarde 
comment  sa  mission  échoua  :  on  lui  avait  donné 
seulement  trois  heures  pour  partir;  mais  le  gé- 
néral Cavaignac  exigea  des  lettres  de  créance, 
qui  mirent  dix  jours  à  arriver.  L'armée  sarde 
était  sans  général;  elle  n'avait  pas  confiance 
dans  ses  officiers.  Quinze  jours  s'étaient  écoulés. 
Le  maréchal  Bugeaud  paraissait  disposé  à  ac- 
cepter ;  Cavaignac  s'y  opposa,  mais  il  laissait  les 
autres  généraux  désignés  par  le  ministre  sarde 
libres  d'accepter;  un  d'eux  refusa  en  disant  qu'il 
avait  vu  un  rapport  au  chef  du  pouvoir  exécutif 
dans  lequel  on  disait  que  le  Piémont  n'avait  pas 
12,000  liommesdebonnestroupes.  Enfin,  dans  une 
dernière  entrevue,  le  général  Cavaignac  aurait  dit 
à  M.  de  La  Marmora  après  beaucoup  de  détours,  à 
ce  qu'il  rapporte  :  «  Nous  ne  voulons  pas  nous 
brouiller  avec  l'Autriche  pour  vous  faire  plaisir.  " 
Nommé  major  général  (général  de  brigade),  le  27 
octobre,  M.  de  La  Marmora  fut  chargé  du  porte- 
feuille de  la  guerre  dans  le  ministère  Perone  ;  il 
quitta  ce  poste  le  1.5  novembre.  Le  2  février  1849 
Gioberti  le  lui  confia  de  nouveau  ;  mais  sept  jours 
après  il  s'en  démit  pour  aller  prendre  le  comman- 
dement de  la  sixième  division  militaire,  campée  à 
la  frontière  de  Toscane,  sur  les  bords  de  laMagra. 
Cette  division  devait  rétablir  le  grand-duc  dans 
ses  États,  railleries  troupes  toscanes  et  atlaquer 
les  Autrichiens  par  les  Apennins  ;  mais  on  renonça 
à  ce  projet,  et  à  la  reprise  des  hostihtés  M.  de 
La  jNIarmora  reçut  l'ordre  de  pénétrer  en  Lora- 
bardie  par  le  duché  de  Modène.  Il  était  parvenu 
à  Casteggi  lorsqu'il  apprit  le  désastre  de  Novare 
et  l'insurrection  de  Gênes.  Aussitôt  il  fit  re- 
tourner ses  troupes,  et  s'avança  à  marches  for- 
cées contre  cette  ville.  En  route,  il  apprit  sa  no- 
mination au  grade  de  lieulenant  général  avec  le 
titre  de  commissaire  extraordinaire  à  Gênes. 
Un  hardi  coup  de  main  le  rendit  maître  de  trois 
forts  et  de  l'importante  position  de  Santo-Be- 
nigno.  Quelques  jours  après  les  troupes  royales 
entrèrent  dans  la  ville.  Quand  la  tranquillité  fut 
complètement  rétablie  à  Gênes ,  le  roi  Victor- 
Emmanuel  nomma  M.  de  La  Marmora  ministi'e 
de  la  guerre,  le  2  novembre  1849,  charge  qu'il 
ne  cessa  de  remplir  que  pour  prendre  le  comman- 
dement en  chef  du  corps  expéditionnaire  que  la 
Sardaigne  envoya  en  Crimée  rejoindre  les  trou- 
pes alliées  de  la  France ,  de  l'Angleterre  et  de  la 
Turquie  au  mois  d'avril  1855.  Il  y  fit  preuve 
de  grands  talents  militaires ,  se  défendit  brave- 


—  LAMARQUE  70 

I  ment  contre  les  Russes  à  l'affaire  de  Traktir, 
et  contribua  avec  son  corps  à  la  prise  de  la  tour 
Malakof.  Au  mois  d'avril  1856,  il  futnommé  gé- 
néral d'armée,  dignité  militaire  la  plus  élevée  en 
Sardaigne.  En  annonçant  la  fin  de  la  guerre  à 
l'armée  sarde ,  il  dit  dans  une  proclamation  : 
«  La  paix  brise  nos  espérances  de  gloire  ;  mais 
nous  nous  consolerons  par  la  pensée  que  nos 
services  ont  été  appréciés  par  les  généraux  alliés 
et  qu'ils  ne  seront  pas  perdus  pour  notre  patrie.  » 
Redevenu  ministre  de  la  guerre  à  son  retour,  il 
proposa  d'élever  par  souscription  un  hôtel  des 
invalides  sur  les  terrains  qui  lui  étaient  offerts 
comme  récompense  nationale  par  le  parlement. 
L.  LonvET. 
Duc  de  Dino,  dans  le  Dict.  de  la  Convers.  —  Opinione 
du  18  avril  1838. 

LAMARQUE  (MaximUien ,  comte),  général 
et  homme  politique  français,  né  à  Saint-Sever,  le 
22  juillet  1770,  mort  à  Paris,  le  l^juin  1832, 
Son  père ,  procureur  du  roi  à  la  sénéchaussée 
de  Saint-Sever,  fut  envoyé  par  sa  province  aux 
états  généraux  cjui  formèrent  l'Assemblée  cons- 
tituante. A  la  révolution  le  jeune  Maximilien  ve- 
nait de  terminer  ses  études;  il  embrassa  avec 
chaleur  les  idées  nouvelles ,  et  s'enrôla  en  1791 
comme  volontaire  dans  un  bataillon  des  Landes." 
Envoyé  sur  la  frontière  d'Espagne,  il  atteignit 
promptement  le  grade  de  capitaine,  et  fit  partie 
de  la  fameuse  colonne  infernale  que  commandait 
La  Tour  d'Auvergne  (voy.  ce  nom).  A  la  tête 
de  deux  cents  hommes,  il  s'empara  de  Fontara- 
bie  (1794),  après  avoir  passé  la  Bidassoa  sous  un 
feu  meurtrier  :  dix-huit  cents  prisonniers  et  quatre- 
vingts  pièces  de  canon  restèrent  dans  ses  mains. 
En  récompense  de  ce  haut  fait,  il  fut  chargé  de 
porter  à  la  Convention  les  drapeaux  pris  sur 
l'ennemi  ;  il  reçut  le  grade  d'adjudant  général ,  et 
la  Convention  déclara,  par  un  décret  spécial,  qu'il 
avait  bien  mérité  de  la  patrie.  La  paix  ayant  été 
conclue  avec  l'Espagne,  Laraarque  passa  à  l'ar- 
mée du  Rhin  ;  il  y  servit  sous  les  ordres  de  Mo- 
reau-  et  de  Dessoles ,  et  fut  nommé  général  de 
brigade  en  1801.  Il  se  distingua  surtout  aux  ba- 
tailles d'Engen,  de  Mœskirch  et  de  Hohenlinden. 
Après  la  paix  de  Lunéville,  il  obtint  un  comman- 
dement dans  le  corps  d'armée  du  général  Leclerc, 
qu'il  ne  suivit  pourtant  pas  à  Saint-Domingue.  Em- 
ployé ensuite  à  la  grande  armée  ,  il  prit  part  à  la 
bataille  d'Austerlitz,  et  alla  rejoindre  en  Italie  l'ar- 
mée qui  devait  envahir  le  royaumede  Naples.  Une 
avalanche  l'engloutit  lorsqu'il  traversait  le  Tyrol; 
mais  il  fut  retiré  vivant  de  dessous  les  neiges.  Une 
bande  de  brigands,  commandée  par  Fra-Diavolo, 
attaqua  ensuite  sa  faible  escorte  :  il  se  jeta  vaillam- 
ment sur  elle,  et  se  fit  jour  à  travers  cette  troupe. 
Peu  de  jours  après,  il  contribua  à  la  prise  de  Gaète. 
En  1807  Lamarque  remporta  d'importants  succès 
sur  les  Anglais  et  sur  les  bandes  de  malfaiteurs 
qui  avaient  su  rendre  leur  cause  nationale.  Le  roi 
Joseph  le  choisit  pour  aide  de  camp  ;  mais  comme  il 
aurait  fallu  perdre  la  qualité  de  français ,  La- 

3. 


7{ 

marque  refusa  ;  il  accepta  seulement  le  poste  de 
chef  d'état-major  d'es  troupes  françaises  au  ser- 
vice de  ce  prince.  Le  6  décembre  1807,  l'empereur 
lui  conféra  le  grade  de  général  de  division.  Murât, 
ayant  succédé  à  Joseph  Napoléon  sur  le  trône  de 
Naples,  en  1808,  résolut  de  s'emparer  deCaprée, 
que  les  Anglais  avaient  surnommée  le  petit  Gi- 
braltar. Lamarque  fut  chargé  de  cette  opéra- 
tion au  mois  d'octobre ,  avec  une  troupe  de 
seize  cents  soldats  d'élite.  Hudson  Lowe  com- 
mandait cette  place.  Lamarque  trouva,  après 
une  navigation  périlleuse,  un  point  de  débarque- 
ment entre  des  rochers  inaccessibles.  En  atta- 
chant des  échelles  au  bout  les  unes  des  autres , 
il  parvint  à  un  talus  foudroyé  par  l'artillerie 
anglaise,  réussit  à  s'y  maintenir,  et,  se  jetant 
à  la  baïonnette  sur  un  détachement  anglais ,  il 
lui  fit  rendre  les  armes  après  un  combat  acharné. 
Le  fort  d'Anacapri  fut  enlevé  à  l'assaut.  Pour 
prendre  Caprée,  il  fallait  descendre  un  esca- 
lier à  pic  sur  des  précipices  sous  le  feu  de  l'ar- 
tillerie. Les  troupes  de  Lamarque  tentèrent  cette 
descente  ;  deux  grosses  pièces  furent  amenées  de 
Naples  :  placées  au-dessus  du  fort,  elles  le  fou- 
droyèrent, et  une  batterie  élevée  sur  la  côte  ou- 
vrit une  brèche  ;  la  ville  se  rendit  alors,  et  Hudson 
Lowe  emmena  la  garnison.  La  flotte  anglaise 
arriva  trop  tard.  Salicetti ,  ministre  du  roi  Joa- 
chim,  étant  venu  visiter  Caprée,  écrivit  à  ce 
prince  :  «  J'y  suis ,  et  j'y  vois  les  Français  ;  mais 
je  ne  puis  comprendre  comment  ils  y  sont  en- 
trés. »  En  récompense,  le  roi  de  Naples  donna  à 
Lamarque  un  domaine  considérable,  que  ce 
général  perdit  à  la  paix  générale. 

Peu  de  temps  après ,  l'empereur  mit  Lamarque 
à  la  tête  d'une  division  de  l'armée  commandée 
par  le  vice-roi  d'Italie.  Au  début  de  la  campagne 
de  1809,  cette  armée,  surprise,  subit  quelques 
échecs  ;  mais  Lamarque  reprit  l'avantage  à  Vilia- 
Nova,  sur  la  Piave,  à  Oberlitz,  et  surtout  à Lay- 
bach ,  où  il  fit  cinq  mille  prisonniers  et  enleva 
soixante-cinq  pièces  de  canon.  L'armée  d'Italie 
s'étant  réunie  à  celle  que  Napoléon  commandait 
sur  le  Danube,  Lamarque  passa  sous  les  ordres 
de  Macdonald,  et  se  distingua  notamment  à  Wa- 
gram,  où  il  eut  quatre  chevaux  tués  sous  lui.  II 
fut  ensuite  envoyé  à  Anvers,  où  les  Anglais 
avaient  tenté  de  débarquer;  mais  le  roi  Joachim, 
Voulant  tenter  une  expédition  contre  la  Sicile, 
redemanda  \e  preneur  de  Caprée.  Lamarque  lui 
fut  rendu  ;  le  roi  l'employa  dans  la  Calabre  soule- 
vée. Après  quelques  courses  insignifiantes  dans  ce 
pays,  Lamarque  fut  appelé  en  Espagne.  Il  se  fit 
remarquer  aux  combats  d'Atta-Julia,  de  Riponil , 
de  Bagnolas  et  de  la  Salud.  Lorsque  l'armée  fran- 
çaise dut  évacuer  ce  pays,  il  fut  chargé  du  com- 
mandement de  l'arrièregarde. 

A  la  première  restauration ,  Lamarque  fut  fait 
chevalier  de  Saint-Louis  ;  mais  on  le  laissa  sans 
emploi.  Un  jour  le  comte  de  Blacas  le  félicitait 
du  repos  dont  il  allait  jouir  sous  le  nouveau  gou- 
vernement :  «  Nous  n'appelons  pas  cela  du  repos, 


LAMARQUE  72 

répondit-il  ;  c'est  une  halte  dans  la  boue.  »  A  son 
retour  de  l'île  d'Elbe,  l'empereur  nomma  La- 
marque commandant  de  Paris ,  puis  il  lui  confia 
une  division  de  l'armée  du  nord,  et  enfin  l'en- 
voya dans  l'ouest  comme  général  eu  chef  dès  que 
la  Vendée  menaça  de  remuer.  Ses  instructions 
étaient  sévères  :  il  devait  mettre  à  prix  la  tète  des 
chefs ,  faire  fusiller  les  insurgés  qui  tomberaient 
dans  ses  mains ,  briser  les  cloches,  prendre  des 
otages.  Lamarque  fut  loin  de  suivre  ces  ordres 
impitoyables.  Il  publia  une  proclamation  par  la- 
quelle il  excitait  les  Vendéens  à  abandonner  ceux 
dont  la  présence  «  leur  fut  toujours  funeste  »  ;  il 
força  les  parents  des  révoltés  qui  se  trouvaient  à 
Angers  à  quitter  cette  ville,  et  avant  de  passer  la 
Loire  il  écrivit  aux  chefs  des  Vendéens,  le  9  juin  : 
c;  Je  ne  rougis  pas  de  vous  demander  la  paix, 
parce  que  dans  les  guerres  civiles  la  seule  gloire 
est  de  les  terminer...  L'aspect  d'un  champ  de  ba- 
taille où  l'on  ne  voit  que  des  Français  déchire 
l'âme.  »  On  lui  avait  promis  des  forces  considé- 
rables ,  et  il  ne  reçut  que  quelques  bataillons , 
mais  des  troupes  de  choix  ;  il  eût  pu  disposer  d'un 
grand  nombre  de  gardes  nationaux  :  il  ne  les 
employa  pas,  parce  qu'il  savait  que  dans  une 
telle  guerre  l'ordre  et  l'obéissance  l'emportent 
sur  le  nombre.  Il  manœuvra  avec  lenteur  et  cir- 
conspection ,  ménageant  autant  les  personnes 
que  les  propriétés,  maintenant  la  plus  sévère 
discipline  parmi  ses  soldats  et  traitant  avec  dou- 
ceur les  prisonniers  et  les  blessés.  Un  assassin 
lui  tira  un  coup  de  fusil  à  bout  portant  sans 
l'atteindre  :  Lamarque  lui  fit  grâce  de  la  vie.  11 
s'était  mis  en  campagne  avec  trois  mille  hom- 
mes. Il  rejoignit  le  général  Travot,  qui  en  avait 
autant,  du  côté  de  Machecoul  et  de  Challans,  et 
avec  ce  petit  nombre  d'hommes  il  se  porta  dans 
le  Bocage,  au  milieu  des  forces  vendéennes.  Il 
battit  l'armée  royale  en  plusieurs  rencontres. 
Louis  de  Larochejaquelein  périt  au  combat  des 
Nattes.  A  La  Roche-Servière  Lamarque  trouva 
le  moyen  de  terminer  la  campagne  d'un  seul 
coup  par  une  victoire  au  moment  même  où  Na- 
poléon allait  abdiquer.  Sapinaud ,  qui  comman- 
dait en  chef  les  Vendéens,  accepta  la  paix  ;  elle 
fut  signée  à  Chollet,  le  26  juin  1815.  Quelques 
chefs  refusèrent  de  se  soumettre  ;  mais  le  pays 
était  pacifié;  quelques  royalistes  témoignèrent 
même  à  Lamarque  le  désir  de  se  réunir  à  ses 
troupes  pour  combattre  sous  ses  ordres  comme 
Français  afin  de  s'opposer  à  toutes  tentatives  des 
puissances  étrangères  qui  auraient  pour  but  de 
démembrer  la  France.  La  chambre  des  repré- 
sentants des  Cent  Jours  en  apprenant  la  pacifica- 
tion de  la  Vendée  déclara  que  le  général  La- 
marque avait  bien  mérité  de  la  patrie.  Napoléon, 
à  Sainte-Hélène,  s'exprimait  ainsi  :  «  Les  gé- 
néraux qui  semblaient  devoir  s'élever  étaient 
Gérard  ,  Clausel ,  Foy ,  Lamarque,  etc.  C'était 
mes  nouveaux  maréchaux....  Lors  des  dernières 
insurrections  de  la  Vendée ,  le  général  La- 
marque, que  j'y  avais  envoyé  au  fort  de  la  crise, 


73  LAMARQUE 

y  fit  des   merveilles  et   surpassa   mes    espé- 
rances. M 

L'autorité  royale  ayant  été  rétablie,  Lamarque 
se  soumit,  et  fit  arborer  la  cocarde  blanche  à  ses 
troupes.  Son  nom  fut  néanmoins  placé  sur  la 
liste  des  personnes  exceptées  de  l'amnistie  par 
l'article  II  de  l'ordonnance  du  24  juillet  1815,  et 
qui  furent  obligées  de  sortir  du  royaume  en  vertu 
de  la  loi  du  12  janvier  1816.  Il  chercha  alors 
un  refuge  en  Belgique.  Un  ministre  du  roi  des 
Pays-Bas  lui  intima  l'ordre  de  quitter  Bruxelles , 
où  «  sa  présence  pouvait  troubler  l'ordre  public ,  » 
et  lui  assigna  la  ville  d'Amsterdam  pour  séjour. 
Là  le  général  Lamarque  s'occupa  de  l'éducation 
de  son  fils ,  et  partagea  son  temps  entre  des  tra- 
vaux littéraires  et  la  peinture,  qu'il  cultiva  tou- 
jours avec  succès.  Pour  se  défendre  contre  les  ca- 
lomnies qui  le  poursuivaient  en  exil,  il  écrivit  quel- 
ques brochures,  qui  par  leur  diction  piquante  et 
satirique ,  leur  style  vigoureux  et  élevé  ,  rappel- 
lent les  Mémoires  de  Beaumarchais.  En  même 
temps  Lamarque  écrivit  au  roi  pour  demander  la 
fin  de  son  exil;  il  l'obtint  le  20  «xitobre  1818. 
Quoique  rétabli  sur  le  cadre  des  lieutenants  gé- 
néraux, il  fut  mis  en  disponibihté.  Retiré  à  Saint- 
Sever,  il  continua  ses  études  littéraires.  Il  se  mit 
bientôt  sur  les  rangs  pour  la  députation  ;  enfin 
il  fut  élu,  le  23  décembre  1828,  par  le  collège  de 
Mont-de-Marsan.  Le  ministère  Polignac  le  mit 
bientôt  après  à  la  retraite.  Une  nouvelle  carrière 
s'ouvrit  alors  au  général  patriote.  Membre  du  parti 
libéral,  il  figura  naturellement  parmi  les  Deux- 
cent-vingt-et-un.  La  révolution  de  Juillet  ne  le 
fit  guère  sortir  de  son  opposition.  Le  ministère 
de  Laffitte  lui-même,  arrivé,  disait-il,  trop  tard 
au  pouvoir  et  se  croyant  obligé  de  continuer  la 
politique  de  ses  prédécesseurs ,  n'eut  pas  son 
appui.  Il  lui  demandait  la  réunion  de  la  Belgique 
à  la  France,  et  s'indignait  qu'on  se  crût  obligé 
de  respecter  les  traités  de  1815.  Il  se  déclara  ou- 
vertement en  faveur  des  Polonais,  excitant  les 
murmures  de  la  majorité  en  s'indignant  de  ce 
que  quelques  membres  voulussent  la  paix  à  tout 
prix.  Un  propos  qui  lui  échappa  et  que  le  gé- 
néral Sebastiani ,  son  collègue,  prit  pour  une  in- 
jure personnelle,  amena  une  rencontre  enti'eeux  ; 
mais  elle  n'eut  aucune  suite  fâcheuse.  Lamarque 
se  prononça  contre  l'hérédité  de  la  pairie,  et  de- 
manda une  forte  organisation  de  la  garde  natio- 
nale mobile.  Cependant  dès  qu'on  avait  conçu 
quelque  crainte  d'une  insurrection  en  Vendée,  le 
ministère  avait  donné  le  commandement  des  dé- 
partements de  l'ouest  au  général  Lamarque. 
Casimir  Périer,  qui  trouvait  en  lui  un  de  ses 
plus  énergiques  adversaires  politiques,  le  lui 
fit  enlever.  Réélu  en  1831,  Lamarque  s'occupa 
plus  particulièrement  des  questions  étrangères. 
Il  prit  surtout  avec  chaleur  la  défense  des 
Polonais,  rappelant  les  promesses  qu'on  leur 
avait  faites  et  s'opposant  de  toutes  ses  forces 
aux  mesures  de  sûreté  qu'on  proposait  contre 
eux  à  la  sanction  des  chambres  :=  «  Ah  !  dit-il 


74 


alors,  si  ceux  qui  les  proposent,  ces  mesures, 
avaient  éprouvé  les  tourments  de  l'exil ,  s'ils 
savaient  tout  ce  que  l'on  souffre  quand  on  a 
été  arraché  à  sa  famille ,  aux  amis  de  l'enfance, 
aux  lieux  qui  nous  virent  naître,  à  cette  patrie 
qu'on  chérit  encore  plus  quand  elle  est  absente, 
ils  ne  voudraient  pas  ajouter  une  douleur  à  tant 
de  douleurs  et  jeter  une  goutte  d'absinthe  dans 
ce  vase  d'amertume.  «  Attaqué,  le  9  avril  1832 , 
de  l'épidémie  cholérique  qui  ravageait  la  France, 
il  signa  d'une  main  défaillante  le  compte  rendu 
de  l'opposition ,  et  expira  bientôt  après.  Tout  le 
monde  rendait  justice  à  son  grand  cjiractère  et  à 
la  bonne  foi  de  ses  opinions.  Casimir  Périer  l'a- 
vait précédé  de  quelques  jours  dans  la  tombe; 
les  journaux  ministériels  avaient  profité  de  l'af- 
fluence  qui  se  pressait  à  ses  obsèques  pour 
soutenir  que  la  France  était  sympathique  à  ses 
idées  gouvernementales;  l'opposition  imagina 
de  faire  servir  les  funérailles  du  général  La- 
marque à  une  manifestation  contraire.  Lamarque 
avait  exprimé  le  désir  d'être  inhumé  dans  le 
département  des  Landes  :  son  convoi ,  parti  le 
6  juin,  vers  les  dix  heures  du  matin  ,  de  la  rue 
du  faubourg  Saint- Honoré,  devait  s'arrêter  au 
pont  d'Austerlitz,  d'où  son  corps,  placé  sur  une 
chaise  de  poste,  devait  partir  pour  sa  destination. 
Des  symptômes  alarmants  se  manifestèrent  sur 
les  boulevards,  pendant  le  passage  du  convoi  fu- 
nèbre. Lorsque  le  char  arriva  au  pont  d'Aus- 
terlitz ,  des  discours  furent  prononcés.  Le  général 
La  Fayette  finissait  le  sien  en  invitant  le  peuple  à 
la  tranquillité;  mais  aussitôt  un  drapeau  rouge 
fut  déployé,  les  harnais  de  la  chaise  de  poste 
furent  coupés  et  des  cris  :  Au  Panthéon!  se 
firent  entendre.  Le  général  Excelmans,  qui  re- 
poussa le  drapeau  rouge,  fut  insulté.  L'interven- 
tion des  troupes  permit  cependant  au  convoi  de 
partir  par  le  boulevard  de  l'Hôpital,  et  le  pont 
d'Austerlitz  fut  barré.  Pendant  ce  temps  le  général 
La  Fayette  avait  gagné  le  quai  Morland  et  était 
monté  dans  une  voiture  Le  peuple,  l'ayant  re- 
connu, voulutdételeretle  traîner  en  triomphe.  Des 
dragons  se  montrèrent  ;  on  leur  jeta  des  pierres; 
des  coupsde  feu  furent  tirésetunecharge  eut  lieu: 
le  général  passa,  mais  de  tous  côtés  on  courut  aux 
armes.  Les  petits  postes  de  la  ville  furent  vive- 
ment désarmés,  une  manufacture  d'armes  établie 
dans  le  quartier  Popincourt  fut  pillée,  et  la  soirée 
se  passa  à  construire  des  barricades.  La  garde 
nationale  s'était  réunie  aux  Tuileries,  où  elle 
bivouaqua.  Le  roi  Louis-Philippe  accourut  de 
SaintCloud,  et  visita  les  bivouacs  pendant  la  nuit. 
Le  6  au  matin  l'insurrection  était  concentrée  dans 
les  quartiers  dont  l'église  Saint-Merry  est  le 
centre.  La  place  des  Victoires  avait  été  enlevée 
le  5  au  soir  ;  dans  la  nuit ,  à  quatre  heures  même 
du  malin,  le  passage  du  Saumon  était  tombé  au 
pouvoir  des  troupes;  le  Petit  Pont  avait  été  pris 
aux  insurgés  par  des  gardes  nationaux  ;  le  matin 
du  6,  le  général  Schraran  enleva  les  barricades 
du  faubourg  Saint-Antoine.  A  midi  Louis-Phi- 


75  LAMARQUR  — 

lippe  sortit  des  Tuileries  à  la  léte  d'un  brillant 
état-major;  il  parcourut  les  boulevards  et  les 
quais ,  où  la  troupe  de  ligne  et  la  garde  natio- 
nale étaient  échelonnées.  Le  passage  du  roi  ex- 
cita un  enthousiasme  général  ;  il  fut  même  salué 
par  les  insurgés  logés  derrière  la  barricade  la 
plus  avancée  vers  le  bord  de  l'eau.  Dès  que  le 
roi  fut  rentré ,  les  barricades  de  Saint-Merry, 
opiniâtrement  défendues  et  qui  avaient  résisté 
toute  la  matinée'aux  diverses  attaques  tentées 
contre  elles,  furent  emportées,  et  la  prise  de  l'é- 
glise Saint-Merry  mit  Hn  à  cette  horrible  lutte , 
qui  coûta ,  selon  les  rapports  officiels ,  cinquante- 
cinq  morts  et  deux  cent  quarante  blessés  à  l'ar- 
mée, dix-huit  morts  et  cent  quatre  blessés  à  la 
garde  nationale,  et  quatre-vingt-treize  morts  et 
deux  cent  quatre-vingt-onze  blessés  aux  insur- 
gés. A  la  suite  des  troubles,  une  ordonnance 
royale  mit  Paris  en  état  de  siège  et  un  conseil  de 
guerre  fut  saisi  du  jugement  des  individus  arrê- 
tés. Mais  la  cour  de  cassation  ,  sur  la  plaidoirie 
de  M.  Odilon  Barrot ,  décida  que  la  charte  ne 
permettait  pas  d'enlever  des  citoyens  à  leurs  ju- 
ges naturels,  qui  étaient  le  jury,  et  le  procès  des 
insurgés  de  juin  fut  renvoyé  devant  la  cour  d'as- 
sises, quoique  la  cour  royale  se  fût  d'abord  dé- 
clarée incompétente.  Quelques  condamnations  à 
mort  furent  prononcées,  mais  aucune  ne  fut  exé- 
cutée. Les  Écoles  Polytechnique  et  d'Alfort,  dont 
une  partie  des  élèves,  bravant  la  consigne,  s'é- 
taient échappés  pour  assister  au  convoi  du  gé- 
néral Lamarque,  avaient  été  licenciées,  ainsi  que 
l'artillerie  de  la  garde  nationale,  généralement 
hostile  au  gouvernement  de  Juillet ,  et  les  me- 
sures de  rigueur  redoublèrent  vis-à-vis  des  réfu- 
giés étrangers. 

On  a  du  général  Lamarque  :  Défense  de  M.  le 
lieutenant  général  Max.  Lamarque  ,  compris 
dans  l'ordonnance  du  24  juillet  1815;  Paris, 
1815,  in-8°  ;  —  Réponse  au  lieutenant  général 
Canuel;  Paris,  1818,  in-8°;  —  Nécessité  d'une 
armée  permanente ,  et  projet  d'une  organi- 
sation de  l'infanterie  plus  économique  ,que 
celle  qui  est  adoptée  en  ce  moment  ;  Paris, 
1820,  in-8°  ;  —  Mém,oire  sur  les  Avantages 
d'un  Canal  de  navigation  parallèle  à  l'Adour, 
considéré  sous  le  rapport  agricole ,  commer- 
cial et  militaire;  Paris,  1825,  in-8°;  —  De 
l'Esprit  Militaire  en  France;  des  causes  qui 
contribuent  à  l'éteindre;  de  la  nécessité  et 
des  moyens  de  le  ranimer;  Paris,  1826,  in-8°; 
—  Notice  sur  la  Vie  de  Bastcrrèche,  des  Basses- 
Pyrénées  ,  imprimée  en  tête  d'un  Choix  de  Dis- 
cours de  ce  député;  Paris,  1828  ;  —  La  Vérité 
tout  entière  sur  le  Procès  d'un  maréchal  de 
France ,  pétition  patriotique  adressée  à  la 
chambre  des  députés  pour  la  translation  des 
cendres.du  maréchal  Ney  au  Panthéon;  Pa- 
ris, 1831,  ki-S";  —  Souvenirs,  Mémoires  et 
Lettres  du  général  Max.  Lamarque, ,  publiés 
par  sa  famille  ;  Paris,  1835,  1836,  3  vol.  in-S". 
Lamarque  a  donné  des  articles  militaires  à  \'En- 


hk  MARTELAYE  76 

I  cyclopédie  moderne  et  au  Journal  des  Sciences  " 

Militaires. 
Un  petit-fils  du  général  Lamarque,  Maximi- 

lien  Lamarque,  élève  en  droit  de  la  faculté  de 
'  Paris  en  1848,  s'engagea  dans  la  garde  nationale 
i  mobile,  devint  lieutenant  au  19'  bataillon,  et  fut 
I  blessé  en  juin  et  décoré  de  la  croix  d'Honneur, 

j  L.    LOUVET. 

j  Arnault,  Jay,  Jouy  et  Norvins  ,  Binrir.  nouv.  des  Con- 
j  temp.  —  Legoyt,  dans  le  Dict.  de  la  Conversation.  — 
(   C.  rtuUié,  Biniir.  des  Célébrités  Militaires  désarmées  de 

terre  et  de  mer  de  1789  à  1850.  —  L.  Blanc,  Ntst.  de  Div 

Ans.  —  Moniteur,  1828  à  1832. 

LA  MA  RUE  {Guillaume  de),  théologien  an- 
glais, vers  l'année  1285.  Il  appartenait  à  l'ordre 
des  Frères  Mineurs,  et,  suivant  Luc  Wadding,  il 
enseignait  à  l'école  d'Oxford.  Or,  autant  l'école 
d'Oxford  était  alors  jalouse  de  l'école  de  Paris, 
autant  les  religieux  de  Saint-François  portaient 
envie  aux  religieux  de  Saint-Dominique.  Il  ne 
faut  donc  pas  s'étonner  de  voir  Guillaume  de 
La  Marre  écrire  contre  saint  Thomas,  censurer 
sa  philosophie  au  nom  de  la  science,  réprouver 
sa  théologie  au  nom  de  la  foi.  L'ouvrage  princi- 
pal ou  du  moins  le  plus  connu  de  Guillaume  de 
La  Marre  a  pour  titre  :  Repreliensorium,  seu 
Correctorium  fratris  Thomas,  et  le  contenu  du 
libelle  répond  à  son  titre.  Il  a  fourni  la  matière 
d'une  vive  réfutation  au  célèbre  Egldio  Colonna, 
jEgidius  Romanus.  L'opuscule  de  ce  fervent  et 
intelligent  thomiste  est  intitulé  :  Defensorium, 
seu  Correptorium  correctorii.  Luc  "Wadding 
attribue  encore  à  Guillaume  de  La  Marre  les  ou- 
vrages suivants  :  Super  Mag.  Sentent,  libri  IV ; 

—  Lecturee  Scholasticx  Lib.  I  ;  —  Defenso- 
rium B.  Bonaventurse;  —  Additiones  in  li- 
brum  eumdem  ;  —  De  Arte  Musicali  Liber  I; 

—  Quodlibeta  Sop/«Jsi?ca.  Nous  trouvons,  enfin, 
dans  le  catalogue  des  manuscrits  de  la  biblio- 
thèque de  Troyés  la  mention  d'un  sermon  qui 
porte  le  nom  de  ce  docteur;  c'est  un  sermon  sur 
l'apôtre  saint  Pierre.  B.  H. 

Wadding:,  Script,  ord.  Minor.  —  B.  Hauréau,  Philos. 
Scolastiquc,  t.  Il,  p   231. 

LA  MARTELAYE  {N.  ),  philosophe  français, 
au  dix-septième  siècle.  On  a  bien  peu  de  rensei- 
gnements sur  cet  écrivain,  et  tous  ses  ouvrages 
paraissent  inédits.  Nous  en  indiquerons  quel- 
ques-uns, qui  se  trouvent  à  la  Bibliothèque  im- 
périale :  un  fragment  intitulé  Règle  d'argu- 
menter, dans  le  num.  8211  de  l'ancien  fonds 
français;  des  extraits  de  ses  Topiques,  dans  le 
num.  8212  du  môme  fonds;  —  Douze  Questions 
sur  la  nature  de  l'étant,  et  Y  Analyse  d'un 
discours  sur  la  Pauvreté,  dans  le  nnm.  7491 
du  même  fonds,  La  Martelaye  suit,  dans  sa  ma- 
nière de  philosopher,  la  méthode  abandonnée 
par  Descartes  :  c'est,  à  proprement  parler,  un 
thotniste  qui  expose  en  français  ces  subtiles 
di.stinctions  qui  sont  la  matière  commune  de  l'ar- 
gumentalionscolastique.Acetitre  il  mérite  d'être 
signalé,  car  il  n'a  pas  eu  beaucoup  d'imitateurs. 

B.  II. 

Documents  inédits. 


77  LA  MARTELIÈRE 

LA  MARTELiÈRB  (Jeoti- Henri- Ferdinand), 
littérateur  et  auteur  dramatique  français,  né  le 
14  juillet  1761,  à  Ferrette  (Haute-Alsace),  mort 
le  27  avril  1830,  à  Paris.  Il  af.partenait  à  une  an- 
cienne famille  allemande,  chez  laquelle  certaines 
charges  <ie  magistrature  étaient  héréditaires,  et 
qui  avait  francisé  son  nom,  Schwingden  H^m- 
UER{  brandis  le  marteau).  Après  avoir  fait 
ses  études  en  Allemagne,  où  il  eut  Schiller 
pour  condisciple,  il  se  mit  à  voyager,  et  vint  en- 
suite s'établir  à  Paris  pour  s'y  livrer  à  son  goût 
pour  les  travaux  littéraires.  Sqn  œuvre  de  dé- 
but, Robert,  chef  de  brigands,  drame  imité  des 
Brigands  de  Schiller,  et  terminé  en  1786,  ne 
put  être  mis  à  la  scène  que  le  6  mars  1792;  du 
théâtre  du  Marais  il  fut,  l'année  suivaute,  ap- 
porté au  théâtre  de  la  République  par  Baptiste 
aine,  qui  s'y  était  fait  applaudir,  et  continua  d'at- 
tirer la  foule  pendant  plusieurs  mois.  On  prétend 
que  sous  le  Directoire  il  refusa,  par  scrupule 
de  conscience,  d'accepter  à  l'étranger  des  fonc- 
tions qui  avaient  pour  but  de  «  spolier  les  peuples 
vaincus  ».  Au  commejicement  de  l'empire ,  il  se 
montra  moins  difficile  peut-être,  à  cause  de  sa 
modique  position  de  fortune;  il  entra  dans  l'ad- 
ministration centrale  des  droits  réunis,  devint 
sous-chef  de  bureau  et  contrôleur  extraordinaire, 
et  prit  sa  retraite  en  1823,  avec  une  pension  de 
2,400  francs.  Les  principales  pièces  de  La  Mar- 
telièresont  :  Les  trois  Amants,  comédie  en  trois 
actes  et  en  vers;  1791;  —  Le  Tribunal  re- 
doutable, ou  la  suite  de  Robert,  chef  de  bri- 
gands, drame  en  cinq  actes  et  en  prose,  qui  eut 
presque  autant  de   succès  que  Robert  ;  1793; 

—  Les  Trois  Espiègles,  ou  les  arts  et  la  folie, 
comédie  en  trois  actes  et  en  prose;  an  vi  (1798)  ; 

—  Le  Testament,  ou  les  mystères  d'Udolphe, 
drame  en  cinq  actes;  an  vi  (1798);  —  Gustave 
en  Dalécarlie ,  ou  les  mineurs  suédois,  trait 
historique  en  cinq  actes  et  en  prose;  1803;  — 
Les  Francs-Juges,  ou  les  temps  de  barbarie, 
mélodrame  en  quatre  actes,  qui  fut  un  des  grands 
succès  de  l'Ambigu;  1807;  —  Le  Mari  sans 
caractère,  ou  le  bonhomme,  comédie  en  cinq 
actes  et  en  vers;  1808;  —  Pierre  et  Paul,  ou 
une  journée  de  Pierre  le  Grand,  comédie 
en  trois  actes  et  en  prose,  jouée  à  l'Odéon  ;  1 814  ; 

—  Le  Prince  d'occasion,  ou  le  comédien  de 
province,  opéra  comique  en  trois  actes;  1817; 

—  Fiesque  et  Doria ,  ou  Gênes  sauvée,  tra- 
gédie en  cinq  actes,  imitée  de  Schiller;  1824. 
Dans  ces  diverses  productions,  La  Martelière  fait 
preuve  d'une  imagination  fertile  et  d'une  certaine 
connaissance  des  effets  dramatiques,  il  trouve 
des  situations  pleines  d'intérêt  ;  mais  son  style 
est  trop  négligé,  et  ses  caractères  sont  faiblement 
accusés.  On  a  encore  de  lui  :  Théâtre  de  Schil- 
ler; Paris,  1799,  2  vol.  in-8°  :  traductions  des 
drames  VAwmiret  r Intrigue,  La  Conjuration 
de  Fiesque,  Don  Carlos  et  A'Abelimo,  tragédie 
deTschokke  —  Les  Trois  Gil  JBlas,  ou  cinq 
ans  defolifi,  histoire  pour  les  uns  et  roman 


~  LAMARTINE  78 

pour  les  autres;  ibid.,  an  x  (1802);  1809 
4  vol.  in-12,  fig.  ;  —  Fiorellâf  ou  t'influence 
du  cotillon,  faisant  suite  aux  Trois  Gil  Blas; 
ihid.,  1802,  180.9,  4  vol.  in-12,  fig.;  —  Alfred 
et  Liska,  ou  le  hussard  parvenu,  roman  his- 
torique du  dix-septième  siècle;  ibid.,  1804, 
4  vol.  inl2,  fig.  ;  — ie  Cultivateur  de  la  Loui- 
siane, roman  historique;  ibid.,  1808,  4  vol. 
in-12;  —  Conspiration  de  Bonaparte  contre 
Louis  XVII J,  ou  relation  dé  ce  qiii  s'est  passé 
dans  Paris  depuis  le  30  mars  1814  jusqu'au 
22  juin  1815;  ibid.,  1815,  in-8°,  dont  la  5^  édit. 
parut  en  1816,  etc.  En  1825  il  avait  publié  le 
prospectus  d'une  Histoire  des  Conspirations 
célèbres,  tant  anciennes  que  modernes;  mais 
cet  ouvrage  n'a  jamais  vu  le  jour.  Paul  Louisy. 

Cabbe,  Biogr.  univ.  des  Conieinp.  —  Arnault,  Jouy  et 
(Je  Nprvins,  Biogr.  des  Contemp.  —  Quérard,  La  France 
Littéraire. 

LA  MARTILLIÈRE.   Voy.  PATRE. 

*  LAMARTINE  {Alphonse  de)  (1),  célèbre 
poète  français,  né  à  Màcon,  le  21  octobre 
1792  (2).  Son  père,  le  chevalier  de  Lamartine, 
fils  d'un  capitaine  en  retraite,  qui  avait  épousé 
une  riche  héritière  de  Franche-Comté,  entra  au 
service.  Il  était  capitaine  dans  un  régiment  de 
cavalerie  lorsque  la  révolution  éclata.  Il  se  maria 
vers  1790  avec  M"*  Alix  des  Roys,  fille  de  M.  des 
Roys,  intendant  général  des  finances  du  duc 
d'Orléans,  et  de  M"«  des  Roys,  sous-gouver- 
nante des  enfants  du  duc,  et  ne  tarda  pas  à 
quitter  le  service.  Rappelé  près  de  Louis  XVI 
parle  danger  que  courait  ce  prince,  il  combattit 
avec  les  Suisses  au  10  août  1792,  et  n'échappa  à 
la  mort  que  par  miracle.  11  revint  à  Mâcon,  près 
de  sa  femme.  Quelques  mois  plus  tard  toute  la 
famille  Lamartine  était  arrêtée  et  conduite  à  Au- 
tun.  Seul ,  le  père  du  poète  fut  détenu  à  Mâcon, 
et  sa  mère  resta  libre.  A  la  chute  de  Robespierre, 
les  prisons  d'Autun  et  de  Mâcon  s'ouvrirent.  Le 
chevalier  de  Lamartine,  rendu  à  la  liberté,  alla 
vivre  avec  sa  femme  et  son  enfant  dans  le  petit 
village  de  Milly,  non  loin  de  Mâcon.  Là  s'écou- 
lèrent les  premières  années  du  poète, années  de 
libre  et  heureuse  enfance,  où  rien  ne  gêna  le  dé- 
veloppement de  son  génie.  «  Mon  éducation,  dit- 

(1)  Le  nom  De  Prat  a  été  attribué  à  M.  de  Lamartine 
par  quelques  biographes.  C'est  une  erreur  :  la  famille 
dont  M.  de  Lamartine  est  le  dernier  représentant  et  le 
chef  n'a  jamais  eu  d'autre  nom  que  celui  de  Lamartine. 
C'était  l'usage  dans  les  familles  nobles  de  Paris  et  de 
province  de  donner  aux  puînés  de  la  maison  un  nom 
de  terre  pour  les  distinguer  du  fils  aîné,  qui  portait  seul 
le  nom  de  famille.  C'est  ainsi  que  le  père  de  M.  de  La- 
martine porta  pendant  quelques  années  le  nom  de  che- 
valier de  Lamartine  de  Prat.  La  terre  de  Prat  et  le  châ- 
teau de  ce  nom  existent  en  Franche-Comté,  à  quelques 
kilomètres  de  la  ville  de  Saint-Claude.  L'aïeul  de 
M.  de  Lamartine  possédait  sept  à  huit  terres  dans  cette 
province.  Il  fut  le  fondateur  de  lapetite  ville  de  Morez,  au- 
jourd'hui si  florissante,  et  qui  vient  de  reconnaître  cette 
origine  par  une  lettre  du  conseil  municipal  et  du  maire 
de  Morez  accumpagnant  la  souscription  honorifique  pour 
l'héritier  de  leur  fondateur. 

(2)  Nous  donnons  cette  date  d'après  diverses  indications 
des  Confidences;  d'autres  renseignements,  peut-être  plus 
exacts,  font  naître  M.  de  Lamartine  le  91  octobre  1191. 


79 

il ,  était  toute  dans  les  yeux  plus  ou  moins  se- 
reins et  dans  le  sourire  plus  ou  moins  ouvert  de 
ma  mère.  »  Parmi  les  livres,  peu  nombreux,  qu'oi- 
frait  une  petite  bibliothèque  de  campagne,  M"""  de 
Genlis ,  Uerquin ,  le  Télémaque  de  Fénelon , 
Bernardin  de  Saint-Pierre ,  une  Bible  abrégée  et 
surtout  la  Jérusalem  délivrée  du  Tasse  traduite 
par  Lebrun,  furent  les  premiers  maîtres  qui 
éveillèrent  sa  pensée  et  lui  ouvrirent  «  le  monde 
de  l'émotion,  de  l'amour  et  de  la  rêverie  ». 
Lorsqu'il  entra  dans  sa  douzième  année,  sa  mère, 
comprenant  que  cette  éducation  du  foyer  domes- 
tique ne  suffisait  pas,  l'envoya  apprendre  un 
peu  de  latin  chez  le  vicaire  d'une  paroisse  voi- 
sine. Ce  vicaire ,  l'abbé  Dumont ,  grand  chasseur, 
fort  peu  ecclésiastique,  et  dont  la  vie  aventu- 
reuse fournit  plus  tard  au  poète  le  sujet  de  son 
Joceiyn,  était  un  assez  mauvais  maître  de  gram- 
maire ,  et  l'oncle  de  Lamartine,  voyant  que  l'en- 
fant faisait  peu  de  progrès,  exigea  qu'il  fût  envoyé 
au  collège  de  Lyon,  vers  1805.  Mais  la  vie  bruyante 
du  collège  lui  devint  insupportable.  Ses  parents 
l'en  retirèrent  et  le  mirent  chez  les  jésuites  de 
Belley.  Là  il  ne  fit  point  de  fortes  études ,  mais 
il  trouva  dans  ses  maîtres  des  guides  instruits  et 
indulgents,  auxquels  il  disait  en  les  quittant  : 

Aimables  sectateurs  d'une  aimable  sagesse, 
Bientôt  je  ne  vous  verrai  plus. 


Enfin,  «  après  l'année  qu'on  appelle  de  philoso- 
phie ,  année  pendant  laquelle  on  torture  par  des 
sophismes  stupides  et  barbares  le  bon  sens  na- 
turel de  la  jeunesse  »,  il  quitta  le  collège,  et  re- 
vint à  Milly  vers  la  fin  de  l'été  t809.  Dans  cet 
automne,  il  reprit  avec  délices  la  vie  champêtre 
de  son  enfance,  et  se  plongea  dans  des  lectures 
qui  ne  liii  avaient  pas  été  permises  à  Belley.  11 
lut  non  les  anciens,  qui  lui  rappelaient  l'école, 
mais  les  poètes  modernes,  «  qui  sentent ,  qui 
pensent,  qui  aiment,  qui  chantent,  comme  nous 
pensons,  comme  nous  chantons,  comme  nous 
aimons ,  nous  hommes  des  nouveaux  jours  :  le 
Tasse,  Dante,  Pétrarque,  Shakspeare,  Milton, 
Chateaubriand  et  Ossian  surtout,  ce  poète  du 
vague...  ce  Dante  septentrional  aussi  grand, 
aussi  majestueux,  aussi  surnaturel  que  le  Dante 
de  Florence ,  et  qui  arrache  souvent  à  ses  fan- 
tômes des  cris  plus  humains  et  plus  déchirants 
que  ceux  des  héros  d'Homère  »  (1).  Les  chants 
celtiques  qui  ont  servi  de  point  de  départ  aux 
compositions  de  Macphei'son  renferment  sans 
doute  une  poésie  originale,  et  la  sentimentalité  dé- 
clamatoire dans  laquelle  Macpherson  a  enveloppé 
cette  poésie  populaire  ne  manque  ni  d'éclat  ni 
d'élégance  :  il  n'est  pas  étonnant  que  cet  ouvrage 
ait  exercé  une  immense  influence  sur  un  poète 
de  seize  ans  -,  mais  que  le  même  poète  dans  un 
ouvrage  de  sa  maturité  ait  placé  les  prétendues 
poésies  d'Ossian  au-dessus  de  Dante  et  peut- 
être  d'Homère ,  c'est  assez  pour  montrer  com- 
bien il  aurait  eu  besoin  de  fortifier  son  goût  et  sa 

11)  ConlMenccs,  1.  I. 


LAMARTINE  SO 

pensée  sous  la  discipline  des  grands  maîtres  de 
l'antiquité.  Dans  cette  période  ossianique ,  le 
poète  adolescent  éprouva  pour  une  jeune  fille, 
sa  voisine  de  campagne,  un  sentiment  qu'il  a 
fort  agréablement  raconté  dans  ses  premières 
Confidences.  Ses  parents  l'envoyèrent  à  Paris 
se  distraire ,  par  l'étude ,  d'une  passion  qui  «  fon- 
dit avec  les  neiges  de  l'hiver  ».  Un  peu  plus  tard 
«  un  rayon  de  la  poésie  du  Midi  fit  évanouir 
pour  lui  toute  cette  brume  fantastique  du  Nord  «. 
En  1811  il  accompagna  en  Toscane  une  de  ses 
parentes  ;  puis ,  seul  et  presque  sans  argent ,  il 
continua  son  voyage  d'Italie.  Il  passa  à  Rome 
l'hiver  de  1811-1812,  chez  un  vieux  peintre ,  ne 
voyant  personne  et  plongé  dans  une  vie  d'étude 
et  de  contemplation.  Au  printemps,  il  se  rendit  à 
Naples,  où  un  parent  de  sa  mère  lui  donna  l'hos- 
pitalité. Dans  sa  cellule,  qui  ouvrait  sur  la  mer, 
sur  le  Vésuve ,  sur  Castellamare  et  Sorrente , 
dans  ses  promenades  en  bateau  avec  le  plus  cher 
de  ses  amis  de  collège,  Aymon  de  Virieu,  pen- 
dant des  journées  de  rêverie  sur  les  rivages 
d'Ischia,  de  Procida ,  chez  le  pêcheur  de  la 
Margellina,  où  il  passa  quelques  mois  de  l'année 
1813,  il  amassa  un  trésor  de  sentiments  et  d'i- 
mages qui  devait  enrichir  sa  poésie.  La  baie  de 
Naples  fut  après  Milly  la  patrie  de  son  imagina- 
tion et  de  son  cœur.  Ceux  qui  ont  lu  l'épisode 
de  Graziella  savent  quels  furent  les  enchante- 
ments et  les  émotions  de  son  âme 


Sur  la  plage  sonore  où  la  mer  de  Sorrente 
Déroule  ses  flots  bleus  au  pied  de  l'oranger; 

et  quelle  impression  ineffaçable  il  en  rapporta , 
lorsque  ses  parents  le  rappelèrent  en  France.  11 
trouva  le  régime  impérial  sur  son  déclin ,  et 
bientôt  il  assista  à  sa  chute.  Royaliste  par  tradi- 
tion de  famOle,  il  entra  dans  les  gardes  du  corps, 
en  1814  ;  et  quand  le  retour  de  Napoléon  força 
Louis  XVin  à  quitter  la  France ,  il  suivit  la  fa- 
mille royale  jusqu'à  la  frontière.  Sa  compagnie 
fut  licenciée  à  Bethune.  Ne  voulant  pas  servir 
l'empire,  il  se  retira  pendant  les  Cent  Jours  en 
Suisse  et  en  Savoie.  Après  la  seconde  restaura- 
tion, il  rentra  dans  les  gardes  du  corps;  mais 
l'existence  dissipée  d'une  garnison  le  fatigua ,  et 
vers  l'été  de  1816  il  quitta  Paris,  et  alla  ra- 
fraîchir son  âme  dans  les  vallées  de  la  Savoie. 
Son  ami  Louis  de  Vignet,  neveu  du  comte  de 
Maistre,  le  mit  en  rapport  avec  ce  grand  écrivain, 
qui  venait  d'arriver  de  Russie.  La  fréquentation 
de  la  famille  de  Maistre  ne  pouvait  que  le  raffer-" 
mir  dans  ses  opinions  monarchiques  et  reli- 
gieuses ;  elle  exerça  aussi  une  salutaire  influence 
sur  son  esprit,  et  donna  à  ses  pensées  une  tour- 
nure plus  spiritualiste.  Le  même  voyage  lui  fit 
rencontrer  une  nouvelle  source  d'inspiration. 
Aux  bains  d'Aix,  dans  l'automne  de  1816,  com- 
mença cette  liaison  que  le  poète  a  si  souvent 
célébrée  en  prose  et  en  vers.  L'Elvire  des  Médi- 
tations, la  Julie  du  roman  de  Raphaël,  était, 
si  l'on  s'en  rapporte  aux  indications  de  ce  récit, 
une  créole  de  Saint-Domingue,  orpheline,  élevée 


81 


LAMARTINE 


82 


avec  les  filles  de  la  Légiou  d'Honneur,  mariée  à 
dix-sept  ans  à  un  vieillard,  savant  illustre,  qui  ne 
voulait  être  pour  elle  qu'un  père.  Le  désir  de  re- 
voir cette  personne  ramena  le  poëte  à  Paris  dans 
l'hiver  de  1817. Renfermé  dans  le  petit  apparte- 
ment de  son  ami  Aymon  de  Virieu ,  il  donnait 
ses  journées  à  l'étude  et  à  la  composition.  Il 
avait  déjà  en  portefeuille  plusieurs  volumes  de 
poésies  élégiaques ,  et  méditait  une  tragédie  de 
Saûl.  Le  soir  il  rencontrait  dans  le  salon  de 
jyjme  ***  (jes  académiciens  et  des  hommes  d'É- 
tat, Suard,  Bonald ,  Mounier,  Lally-ToUendal. 
Aymon  de  Virieu  l'introduisit  dans  d'autres  sa- 
lons plus  brillants  ,  chez  M"^  de  Saint-Aulaire , 
chez  M""^  de  Raigecourt,  chez  M"^  de  La  Tré- 
mouille,  chez  M"""  la  duchesse  de  Broglie. 
«  W^*  de  Saint-Aulaire  et  son  amie,  M"^  la  du- 
chesse de  Broglie,  dit  M.  de  Lamartine ,  étaient 
à  cette  époque  le  centre  du  monde  élégant,  poé- 
tique et  littéraire  de  Paris...  Deux  ou  trois  fois 
on  me  fit  réciter  des  vers.  On  les  applaudit,  on 
les  encouragea.  Mon  nom  commença  sa  publicité 
sur  les  lèvres  de  ces  deux  charmantes  femmes, 
elles  me  produisaient  avec  indulgence  et  bonté  à 
leurs  amis,  mais  je  m'effaçais  toujours.  Je  ren- 
trais dans  l'ombre  aussitôt  qu'elles  retiraient 
ce  flambeau  (1).  »  Encouragé  par  l'approbation 
d'un  public  si  distingué,  et  pressé  par  la  gêne  de 
sa  famille  de  chercher  des  ressources  dans  son 
talent,  il  se  hasarda  de  proposer  à  un  éditeur  un 
recueil  de  ses  poésies.  L'éditeur  loua  les  dispo- 
sitions du  jeune  poëte,  lui  conseilla  d'étudier  les 
modèles  classiques ,  et  le  dissuada  de  toute  pu- 
blication immédiate.  Le  recueil  ainsi  rejeté  n'é- 
tait point  celui  qui  eut  tant  de  succès  sous  le 
titre  de  Méditations,  et  aucune  des  admirables 
pièces  qui  fondèrent  la  réputation  de  M.  de  La- 
martine n'était  encore  composée.  L'éditeur  clas- 
sique ne  fut  pas  si  mal  avisé  d'engager  le  poëte 
h  ne  pas  exposer  prématurément  au  poblic  un 
talent  que  les  émotions  et  les  études  des  deux 
années  suivantes  devaient  si  largement  enrichir 
et  développer.  Dans  l'automne  de  1817,  l'auteur 
revit  la  vallée  d'Aix,  et  le  lac  du  Bourget.  En  pré- 
sence de  ces  lieux  que  consacrait  un  cher  sou- 
venir, il  entra  pour  la  première  fois  en  pleine 
possession  de  son  génie,  par  son  immortelle 
élégie  du  Lac.  Jamais  la  pensée  de  la  fuite  ra- 
pide du  temps,  qui  trouble  l'homme  au  sein  du 
bonheur,  jamais  le  contraste  entre  la  nature  im- 
muable et  l'instabilité  des  choses  humaines  n'a- 
vaient été  exprimées  sous  une  forme  plus  lim- 
pide et  plus  mélodieuse.  Lamartine  n'avait  en- 
Ci)  «  La  nature  ne  m'a  pas  fait,  ajoute  M.  de  Lamar- 
tine, pour  le  monde  de  Paris.  Il  m'afflige,  il  m'ennuie  Je 
suis  né  oriental  et  je  mourrai  tel.  La  solitude,  le  désert 
la  mer,  les  montagnes,  les  chevaux,  la  conversaUon  in- 
térieure avec  la  nature,  une  femme  à  adorer  un  ami  à 
entretenir,  de  longues  nonchalances  de  corps  pleines 
d'aspirations  d'cgprlt,  puis  de  violentes  et  aventureuses 
périodes   d'action    comme  celles  des  Ottomans  ou  des 


Arabes,  c'était  tà  mon  être  ; 


une  vie  tour  à  tour  poétique. 


religieuse,  héroïque  ou  rien.  »  Commentaire  sur  la  pre- 
mière des  Nouvelles  Méditations. 


core  composé  que  de  charmantes  élégies,  le 
Lac  est  d'un  grand  poëte.  La  mort  de  M"""  *** ,  une 
grave  maladie  du  poëte,  ses  rapports  avec  le 
plus  grand  monde  pieux  de  la  restauration ,  les 
Montmorency,  les  Rohan,  donnèrent  à  ses  idées 
une  teinte  sombre  et  une  nuance  religieuse  plus 
prononcée.  Enfin,  au  commencement  de  1820,  un 
de  ses  amis ,  M.  de  Genoude,  lui  trouva  un  édi- 
teur. Un  obscur  libraire,  nommé  Nicolle,  con- 
sentit à  faire  imprimer  les  Méditations,  qui  pa- 
rurent au  mois  de  mars  1820.  Le  succès  en  fut 
grand ,  surtout  dans  les  salons  aristocratiques  et 
catholiques.  Le  ministre  de  l'intérieur,  Siméon, 
adressa  à  l'auteur,  par  l'ordre  de  Louis  XVIII,  la 
lettre  suivante:  «Monsieur,  le  talent  très-remar- 
quable et  très-rare  que  vous  venez  d'annoncer, 
dans  vos  Méditations  poétiques ,  est  digne  de 
tous  les  encouragements.  J'ai  donné  ordre  que 
la  collection  des  chefs-d'œuvre  de  la  langue  fran- 
çaise, par  Didot,  et  celle  des  auteurs  latins ,  par 
M.  Lemaire,  vous  fussent  envoyées,  etc.  »  Le 
succès,  malgré  les  réserves  de  la  critique  au  su- 
jet des  négligences  du  poëte,  devint  général.  Les 
Méditations  offraient  une  couleur  originale  faite 
pour  charmer  les  esprits  fatigués  de  l'élégauce 
usée  de  l'ancienne  école,  et  cependant  elles  con- 
tenaient des  pièces  d'un  tour  classique,  VOdeà 
Manoël,  VOde  à  Bonald,  auxquelles  les  admi- 
rateurs de  J.-B.  Rousseau  et  de  Le  Brun  ne 
pouvaient  refuser  leur  approbation,  de  déli- 
cieuses élégies  qui  rappelaient,  en  les  surpas- 
sant, les  accents  les  plus  purs  et  les  plus  pas- 
sionnés de  Bertin  et  de  Parny.  Mais  les  lecteurs 
auxquels  s'adressait  surtout  le  poëte ,  les  jeunes 
gens  et  les  femmes,  remarquèrent  de  préférence 
et  accueillirent  avec  enthousiasme  ces  élégies 
vraiment  neuves  et  d'une  mélancolie  pénétrante, 
L'Isolement,  Le  Vallon,  L'Automne,  Le  Lac, 
qui  traduisent  si  harmonieusement  les  impressions 
d'une  àme  délicate  et  éprouvée,  se  consolant 
par  la  rêverie,  par  la  contemplation  de  la  na- 
ture, par  l'adoration  de  l'Être  infini.  «  Il  y  a 
bien  de  la  grandeur  dans  ce  volume,  dit  M  Sainte- 
Beuve  ;  il  est  merveilleusement  composé  sans  le 
paraître  ;  le  roman  s'y  glisse  dans  les  intervalles 
de  la  religion  ;  l'élégie  éplorée  y  soupire  près  du 
cantique  déjà  éblouissant.  Le  point  central  de  ce 
double  monde,  à  mi-chemin  des  hauts  lieux  et 
du  Vallon,  le  miroir  complet  qui  réfléchit  le 
côté  métaphysique  et  le  côté  amoureux  est  Le 
Lac ,  Le  Lac,  perfection  inespérée ,  assemblage 
profond  et  limpide ,  image  une  fois  trouvée  et 
reconnue  par  tous  les  cœurs.  » 

Peu  de  jours  après  l'apparition  des  Médita- 
tions,  M.  de  Lamartine  fut  nommé  secrétaire 
d'ambassade  à  Naples.  En  se  rendant  à  son  poste, 
il  épousa  à  Genève.  M'ie  Élisa-Marianne  Birch, 
jeune  et  belle  Anglaise,  d'une  riche  famille.  Il 
l'avait  rencontrée  l'année  précédente  dans  ces 
vallées  de  la  Savoie  où  ,  dit-il , 

.  .  I^  jeune  amitié  m'aecuclllit  dès  l'aurore, 
Où  l'amitié  plus  mûre  est  aussl.tendrc  encore. 


LAMARTINE 


84 


Où  l'amour,  dlspnru  dans  l'ombrfi  du  trépas, 
Laisse  partout  pour  moi  l'einprcinto  de  ses  pas, 
El  colore  à  mes  .veux  vos  Ilots  et  vos  collines 
Ou  d'un  deuil  éternel  ou  de  splendeurs  divines! 
OÙ  j'ai  trouvé  plus  tard  cet  unique  trésor, 
Plus  rare  que  i'encens,  plus  précieux  que  l'or, 
Cbarme,  ornement,  repos,  colonne  de  ma  viel 

M.  de  Lamartine  passa  les  années  suivantes  soit  à 
Naples ,  sur  les  délicieux  rivages  qui  avaient  vu 
le  premier  épanouissement  de  son  génie,  soit 
à  Rome  (hiver  de  1321-1822),  soit  à  Paris  (été 
de  1822  ).  Ces  années  de  vie  facile  et  brillante, 
de  plénitude  et  d'éclat,  trouvèrent  leur  expres- 
sion dan?  les  Nouvelles  Méditations,  publiées 
en  1823.  Ce  volume,  qui  n'avait  pas,  comme  les 
premières  Méditations^  le  charme  de  la  nou- 
veauté, obtint  moins  de  succès  quoiqu'il  en  mé- 
ritât davantage.  Aucun  des  recueils  de  M.  de  La- 
martine ne  contient  autant  de  ces  pièces  aclievées 
qui  se  gravent  dans  la  mémoire  et  qui  portent 
dans  l'avenir  non-seulement  le  nom  mais  les  œu- 
vres d'un  poète.  L'Ode  siir  Bonaparte  est  une 
méditation  politique  élevée,  puissante  et  quel- 
quefois sublime;  la  pièce  des  Étoiles  est  le  chef- 
d'œuvre  de  la  contemplation  poétique;  £e  Passé, 
Sagesse,  le  Chant  d'Amour  des  Préludes,  sont 
ce  que  la  poésie  lyrique  intime  a  produit  de 
plus  parfait  en  France.  Le  Poète  mourant  et  le 
Crucifix  ne  tiennent  pas  une  place  moins  élevée 
dans  le  genre  de  l'élégie  funèbre ,  et  les  petites 
pièces  à  El....,  Tristesse,  sont  des  élégies 
amoureuses  de  la  plus  exquise  beauté.  Avant  les 
Nouvelles  Méditations,  M.  de  Lamartine  avait 
publié  La  Mort  de  Socrate,  imitation  poéti- 
que du  Phédon ,  pleine  d'ampleur,  de  grâce  et 
de  négligence.  Il  adressait  vers  le  même  temps 
au  poète  le  plus  distingué  du  groupe  opposé,  à 
Casimir  Delavigne,  une  charmante  épitre  qui  mon- 
trait dans  le  poète  royaliste  une  noble  libéralité 
d'idées.  En  1824  il  fut  nommé  secrétaire  de  léga- 
tion à  Florence  sous  le  marquis  de  La  Maisonfort, 
qu'il  remplaça  en  1826.  En  1825  il  publia  le  Der- 
nier chant  de  Childe  Harold,  témoignage  de  son 
admiration  pour  Byron ,  mais  joute  inégale  contre 
le  poète  anglais.  Les  qualités  de  Lamartine  ne 
sont  pas  celles  que  réclament  le  sujet  :  au  lieu 
d'un  chant  épique,  il  n'a  donné  qu'une  belle  et 
trop  longue  méditation.  Ce  poème  contient  une 
allocution  de  Byron  à  l'Italie,  allocution  très- 
sévère  et  où  l'on  trouve  entre  autres  ces  deux 
vers  : 

Je  vais  chercher  ailleurs,  pardonne,  ombre  romaine  I 
Des  hommes  et  non  pas  de  la  poussière  humaine. 

Cette  tirade  éveilla  la  susceptibilité  du  colonel 
Pepe ,  banni  de  Naples  à  la  suite  de  la  tentative 
révolutionnaire  de  1821,  et  réfugié  à  Florence.  Le 
colonel  y  répondit  dans  une  brochure  injurieuse 
pour  la  France  et  M.  de  Lamartine.  Une  ren- 
contre eut  lieu  entre  le  poète  français  et  le  pa- 
triote italien  ;  Lamartine  fut  blessé  légèrement 
au  poignet ,  et  une  franche  réconciliation  réunit 
deux  adversaires  faits  pour  s'estin^r  et  s'aimer. 
M.  de  Lamartine  resta  cinq  ans  à  Floience. 


Ses  fonctions  de  chargé  d'affaires  ne  lui  firei^t 
pas  oublier  les  lettres  ;  mais  il  s'habitua  de  plus 
en  plus  à  ne  voir  dans  la  poésie  qu'une  effusion 
spontanée  de  ses  sentiments  et  de  ses  idées. 
'  «  Je  chantais,  »  a-t-il  dit, 

\  .  .  Comme  l'homme  respire. 

Comme  l'oiseau  gémit,  comBie  le  vent  soqpirp, 
Cofpiue  l'eau  murmure  en  coulant. 

Lorsque  le  ministère  Polignac  se  forma  (  août 
1829),  M.  de  Lamartine  fut  appelé  à  Paris ,  et  le 
prince  de  Polignac  lui  offrit  le  poste  de  secrétaire 
général  des  affaires  étrangères.  M.  de  Lamartine 
refusa  de  s'associer  aussi  étroitement  à  une  po- 
litiquedont  il  prévoyait  les  funestes  conséquences. 
Jl  accepta  seulement  la  place  de  ministre  pléni- 
potentiaire auprès  du  prince  Léopold  de  Saxe- 
Cobourg,  qui  venait  d'être  nommé  roi  des  Grecs. 
Avant  son  départ  le  poète  publia  les  Harmonies 
poétiques  et  religieuses.  Le  génie  de  M.  de 
Lamartine  ne  s'était  pas  encore  produit  avec 
autant  de  richesse  et  d'essor.  On  peut  dire  de 
l'auteur  des  Harmonies  ce  que  André  Chénier 
a  dit  d'Homère  ; 

De  sa  bouche  abondaient  les  paroles  divines 
Comme  en  hiver  la  neige  au  sommet  des  collines. 

Ou,  en  lui  empruntant  ses  propres  paroles  : 

Mon  âme  a  l'œil  de  l'aigle,  et  nies  fortes  pensées. 
Au  but  de  leurs  désirs  volant  comiue  des  traits. 
Chaque  fois  que  mon  sein  respire,  plus  pressées 

Que  les  colombes  des  foréits. 
Montent,  montent  toyjours,  par  d'autres  remplacées  , 

Kt  ne  redescendent  jamais. 

Le  seul  défaut  de  cette  merveilleuse  poésip,  c'est 
la  diffusion.  Les  Harnionies ,  trop  peu  concen- 
trées pour  produire  sur  l'âme  une  impression 
durable,  vivront  probableiiient  moins  dans  la 
mémoire  des  hommes  que  les  Méditations  (1). 
Un  peu  avant  la  publication  des  Harmonies , 
l'Académie  Française  admit  M. de  Laniartine  dans 
son  sein.  Cuvier,  qui  le  reçut  {i"  avril  1830), 
exprima  heureusement  l'effet  produit  par  les 
Méditations,  qui  avaient  excifé à  l'égard  du  poète 
l'estime  et  l'amitié  aussi  vivement  que  l'admira- 
tion. «  Lorsque,  dit-il,  dans  un  de  ces  instants 
de  tristesse  et  de  découragement  qui  s'emparept 


(1)  Des  bons  juges  ne  sont  pas  de  cet  avis,  et  regar- 
dent les  Harmonies  comme  le  chef-d'œuvre  de  W.  de 
Lamartine.  M.  S.iinte-Beuve,  résumant  dans  une  image  la 
carrière  du  poète  de  1816  à  1830,  a  dit  :  u  Lamartine  avait 

d'abord  une  nacelle Puis  la  nacelle  est 

devenue  une  barque  plus  hardie ,   plus  confiante   aux 

étoiles  et  aux  larges  cauï La  barque  a  tait 

place  au  vaisseau.  C'a  été  la  haute  mer  cette  fois,  le  dé- 
part majestueux  et  irrévocable.  Plus  de  rivage,  qu'au 
hasard  ,  çà  et  là  ,  et  en  passant  j  les  deux  ,  rien  que  les 
cieux  et  la  plaine  sans  bornes  d'un  océan  Pacifique.  Le 
bon  Océan  sommeille  par  intervalles  ;  il  y  a  de  longs 
jours,  des  calmes  monotones;  on  ne  sait  pas  bien  si  on 
avance.  Mais  quelle  splendeur,  même  alors  ,  au  poli  de 
cette  surface  ;  quelle  succession  de  tableaux  à  chaque 
heure  des  jours  et  des  nuits!  quelle  variété  miraculeuse 
au  sein  de  la  monotonie  apparente!  «t  à  la  moindre 
émotion,  quel  ébranlement  redoublé  de  lames  puis- 
santes et  douces,  gigantesques,  mais  belles;  et  surtout, 
et  toujours,  l'infini  de  tous  les  sens  ,  profondum^  alti- 
tudo!  » 


85 


LAMARTINE 


86 


quelquefois  des  âmes  les  plus  fortes,  un  pro- 
fïjeneur  solitaire  entend  par  hasard  résonner  de 
loin  une  voix  dont  les  chants  doux  et  mélodieux 
expriment  des  sentiments  qui  répondent  aux 
siens ,  il  est  comme  saisi  d'une  sympathie  bien- 
faisante ;  il  sent  vibrer  de  nouveau  ces  fibres  que 
rabattement  avait  détendues  ;  et  si  cette  voix  qui 
peint  ses  souffrances  y  mêle  par  degrés  de  l'es- 
poir et  des  consolations,  la  ^ie  renaît  en  quel- 
que sorte  en  lui  ;  déjà  il  s'attache  à  l'ami  inconnu 
qui  la  lui  rend;  déjà  il  voudrait  le  serrer  dans 
ses  bras,  l'entretenir  avec  effusion  de  tout  ce 
qu'il  lui  doit.  »  Il  lui  reprocha  doucement  de 
négliger  «  pour  des  occupations  d'un  intérêt  plus 
immédiat  ces  devoirs  d'un  ordre  tout  autrement 
relevé  et  dont  les  poètes  doivent  compte  à  l'hu- 
manité entière.  »  Les  circonstances  ,  d'accord 
avec  les  conseils  de  Cuvier,  semblaient  le  dé- 
tourner de  la  politique.  Le  prince  Léopold  n'ac- 
cepta pas  la  couronne  de  Grèce ,  et  la  mission 
de  AL  de  Lamartine  ne  reçut  point  d'exécution. 
Il  voyageait  en  Suisse  lorsque  éclata  la  révolu- 
tion de  Juillet.  Attaché  de  cœur  à  la  dynastie 
tombée,  il  ne  voulut  pas  servir  la  nouvelle  mo- 
narchie, et  renonça  à  la  carrière  diplomatique. 
Mais  opposé  à  toute  faction,  il  se  tint  à  l'écart 
du  parti  légitimiste,  dont  il  ne  partageait  ni  les 
espérances  ni  les  antipathies.  Dans  une  brochure 
publiée  en  183t,  sous  le  titre  de  Politique  ra- 
tionnelle, il  indiqua  à  la  société  et  au  pouvoir 
la  pohtique  nouvelle  qu'ils  devaient  inaugurer  ; 
politique  toute  chrétienne  et  qui  était  «  de  la 
morale,  de  la  raison  et  de  la  vertu  ».  Cette  dé- 
finition est  bien  vague;  mais  les  passages  sui- 
vants de  la  brochure  montrent  dans  quel  sens 
M.  de  Lamartine  l'entendait  :  «  Cette  époque  est 
celle  du  droit  et  de  l'action  de  tous ,  époque 
toujours  ascendante,  la  plus  juste,  la  plus  mo- 
rale ,  la  plus  libre  de  toutes  celles  que  le  monde 
a  parcourues  jusque  ici, parce  qu'elle  tend  à  élever 
l'humanité  tout  entière  à  la  même  dignité  mo- 
rale ,  à  consacrer  l'égalité  politique  et  civile  de 
tous  les  hommes  devant  l'État ,  comme  le  Christ 
avait  consacré  leur  égalité  naturelle  devant 
Dieu  ;  cette  époque  pourra  s'appeler  l'époque 
évangélique,  car  elle  ne  sera  que  la  déduction 
logique,  que  la  réahsation  sociale  du  sublime 
principe  déposé  dans  le  livre  divin  comme 
dans  la  nature  même  de  l'humanité,  de  l'é- 
galité et  de  la  dignité  morale  de  l'homme  re- 
connues enfin  dans  le  code  des  sociétés  civiles.  » 
IJ  conjurait  le  nouveau  gouvernement  de  ne  point 
placer  sa  confiance  en  lui-même ,  mais  dans  la 
nation ,  de  ne  point  se  créer  un  intérêt  au  milieu 
des  intérêts  généraux  du  pays,  de  ne  point  con- 
sidérer son  existence,  mais  sa  mission.  «  Si  le 
pouvoir  comprend  cette  mission  d'une  destinée 
sociale  et  l'emploie  tout  entière ,  sans  retour  sur 
lui-même,  au  salut  désintéressé  du  pays,  à  la 
fondation  sincère  et  large  d'un  ordre  libre  et  ra- 
tionnel, il  triomphera  de  tous  les  obstacles,  il 
créera  ce  qu'il  a  mission  évidente  de  créer,  et 


durera  ce  que  doivent  durer  les  choses  néces- 
saires, le  temps  d'achever  leur  œuvre,  tiansi- 
fions  elles-mêmes  à  un  autre  ordre  de  choses 
plus  avancé  et  plus  parfait.  Que  s'il  ne  se  comprend 
pas  lui-même,  et  s'il  ne  profite  pas  ,  au  bénéfice 
de  la  liberté  et  de  l'humanité  tout  entière,  du 
moment  fugitrf  qui  lui  aura  été  donné  ;  s'il  ne 
voit  pas  qu'une  route  longue,  large  et  droite  est 
ouverte  sans  obstacle  devant  lui,  et  qu'il  peut  y 
porter  les  esprits,  les  lois  et  les  faits  jusqu'à  un 
pornt  d'où  ils  ne  pourraient  plus  réirograder; 
s'il  se  compte  lui-même  pour  quelque  chose, 
s'il  s'arrête  ou  s'il  se  retourne,  il  périra  et  plu- 
sieurs siècles  peut-être  périront  avec  lui.  «  Ces 
paroles  pleines  d'illusions  et  de  prévisions  at- 
testent que  dès  cette  époque  M.  de  Lamartine 
tenait  peu  à  la  royauté  ,  et  qu'il  regardait  la  dy- 
nastie de  Juillet  comme  une  transition.  Pensant 
qu'il  avait  donné  assez  de  regrets  «  au  passé  qui 
n'est  plus  qu'un  rêve  »,  et  que  le  moment  était 
venu  '1  de  rentrer  dans  les  rangs  des  citoyens,  de 
penser,  parler,  agir,  combattre  avec  la  famille 
des  familles,  avec  le  pays  »,il  se  laissa  porter  can- 
didat pour  la  députation  à  Toulon  et  à  Dunker- 
que.  II  ne  fut  pas  élu.  Un  versificateur  bruyant 
saisit  cette  occasion  de  l'insulter,  et  lui  fournit 
le  sujet  d'une  admirable  réponse.  Sa  nature  douce 
et  fière,  soulevée  par  an  brutal  et  abject  outrage, 
trouva  des  accents  d'une  force  inaccoutumée  et 
auxquels  tous  les  cœurs  honnêtes  répondirent.  Il 
pouvait  se  rendre  cette  justice  que  sa  Muse  avait 
servi  «  sa  gloire  et  non  ses  passions  »  ;  il  avait 
le  droit  de  s'écrier  : 

Mais  j'aurai  bu  cent  fois  l'amère  calomnie 
Sans  que  ma  lèvre  même  en  garde  un  souvenir; 
Car  js  sais  que  le  temps  estfirtèle  au  génie  , 
Et  mon  cœur  croit  à  l'avenir. 

Peuaprès  son  échec  électoral,  M.  de  Lamartine 
se  décida  à  réaliser  le  voyage  en  Orient  qui  avait 
été  le  rêve  de  sa  vie.  Obéissant  à  cette  voix  qui 
lui  criait  sans  cesse  :  «  Va  pleurer  sur  la  mon- 
tagne où  pleura  le  Christ,  va  dormir  sous  le 
palmier  où  dormit  Jacob  »,  il  partit  de  Mar- 
seille, le  i*"^  juillet  1832,  avec  sa  femme  et  sa  fille, 
sur  un  vaisseau  qu'il  fréta  pour  lui  et  sa  suite. 
Son  voyage ,  on  l'a  dit,  fut  celui  d'un  prince  ou 
d'un  émir.  Il  laissa  à  Beyrouth  sa  femme  et  sa 
fille  Julia,  que  con.sumait  une  maladie  de  poitrine, 
et  se  dirigea  vers  Jérusalem  (  octobre  1832  ). 
En  traversant  la  chaîne  du  Liban,  il  visita  lady 
Esther  Stanhope,  cette  reine  de  Tadmor,  qui 
conservent  encore  quelque  apparence  de  pouvoir 
et  d'opulence,  et  qui  devait  finir  sa  vie  dans  l'i- 
solement et  la  pauvreté.  Grâce  à  l'argent  qu'il 
prodiguait  et  à  la  protection  d'Ibrahim-Pacha , 
le  voyageur  atteignit  en  sûreté  Jérusalem.  Mais 
une  grande  douleur  vint  le  déchirer  au  milieu 
des  enchantements  de  la  vie  orientale  et  des 
graves  pensées  que  suscitait  dans  son  âme  de 
poëie  religieux  le  berceau  du  christianisme. 
Julia  mourut  à  Beyrouth.  Par  une  singulière 
coïncidence,  au  même  moment  où  la  perte  la 


67 


LAMARTINE 


88 


plus  cruelle  rendait  pénible  pour  M.  de  Lamar- 
tine un  plus  long  séjour  en  Orient,  les  électeurs 
de  Bergues  (  Nord  )  le  rappelèrent  en  France  en 
le  nommant  député  (janvier  1833)  (1).  M.  de 
Lamartine  quitta  la  Syrie  (mai  1833  ),  et  revint 
par  Constantinople  et  la  vallée  du  Danube.  Il 
était  de  retour  en  France  au  mois  d'octobre ,  et 
deux  mois  après  il  entra  à  la  chambre.  Le  4  jan- 
vier 1 834  il  parut  pour  la  première  fois  à  la  tri- 
bune dans  la  discussion  de  l'adresse,  et  le  14  mai, 
dans  un  discours  au  sujet  de  la  loi  sur  les  as- 
sociations ,  il  exposa  nettement  sa  politique.  Il 
était  conservateur,  mais  avec  indépendance,  et 
ne  voulait  pas  qu'une  politique  de  résistance 
devint  la  condition  normale  du  pays;  «  Le  pre- 
mier soin  d'un  gouvernement,  dit-il ,  c'est  de 
vivre;  bien  ou  mal,  il  représente  quelque  chose 
de  plus  pressant  que  la  liberté  même,  l'ordre, 
la  paix  publique ,  la  sécurité  dans  la  rue ,  dans 
le  foyer,  dans  la  propriété ,  dans  la  vie.  Voilà 
ce  que  nous  sommes  en  droit  de  lui  demander  ; 
voilà  aussi  ce  que  nous  devons  lui  donner  le 
moyen  de  maintenir,  quand  il  le  réclame  au 
nom  du  salut  public.  Pour  ma  part  je  ne  mar- 
chanderai jamais  le  pouvoir  au  gouvernement 

dans  les  temps  de  crise Mais  le  péril  passé, 

mais  l'ordre  rétabli,  je  demanderai  compte  au 
gouvernement  du  pouvoir  temporaire  que  je  lui 
aurai  prêté.  Je  lui  dirai  :  Qu'avez-vous  fait  pour 
prévenir  le  retour  de  si  fatales  nécessités?  » 
L'année  suivante,  il  se  prononça  avec  énergie 
contre  les  lois  de  septembre ,  et  ne  ménagea  pas 
ceux  qui,  après  avoir  renversé  la  restauration  au 
nom  de  la  liberté  de  la  presse,  comprimaient  la 
presse  au  profit  de  la  dynastie  de  Juillet.  «  Ce 
qu'il  y  a  faire,  disait-il ,  ce  n'est  pas  de  museler  la 
presse ,  c'est  de  ne  pas  ajourner  sans  cesse  les  ré- 
formes utiles  aux  masses  ;  c'est  de  ne  pas  laisser 
stérile  plus  longtemps  pour  l'humanité  une  ré- 
volution faite  par  le  peuple;....  c'est  de  ne  pas 
donner  sans  cesse ,  et  tour  à  tour,  au  peuple 
français  et  à  l'Europe ,  qui  nous  contemple,  le 
spectacle  démoralisateur  d'hommes  qui  ne  se  ser- 
vent des  plus  saintes  espérances  de  l'humanité 
que  comme  d'une  arme  pour  conquérir  les  po- 
sitions politiques  ;  qui  lorsqu'ils  sont  parvenus 
à  se  saisir  du  gouvernement  traînent  dans  les 
récriminations  et  dans  l'insulte  le  drapeau  qui 
les  a  menés  à  la  victoire,  blasphèment  ce 
qu'ils  ont  adoré ,  adorent  ce  qu'ils  ont  brisé,  et 
font  croire  au  peuple ,  perverti  par  de  tels  exem- 
ples ,  qu'il  n'y  a  ni  vérité ,  ni  mensonge ,  ni 
vertu ,  ni  crime  en  politique ,  et  que  le  monde 
est  au  plus  habile  ou  au  plus  audacieux.  »  Dans 


(1)  Aux  élecUons  de  1834,  les  électeurs  de  Mâcon,  jaloux 
de  voir  leur  illustre  compatriote  représenter  une  autre 
ville  que  la  leur,  lui  donnèrent  leurs  voix  ;  mais  M.  de 
Lajnarttne  opta  pour  Bergue.s,  où  il  avait  été  réélu.  Les 
Maçonnais  ne  se  rebutèrent  pas,  et  en  1837  les  deux  col- 
lèges électoraux  de  Mâcon  le  nommèrent  à  la  fois. 
M.  de  Lamartine  ne  put  se  refuser  à  celte  marque  d'ad- 
miration, et  il  se  sépara,  à  regret,  des  habitants  de 
Bergues,  qui  l'avaient  réélu  à  l'unanimité. 


ces  paroles  on  reconnaît  l'ancien  légitimiste  li- 
béral, on  prévoit  le  futur  républicain,  mais 
on  ne  trouve  pas  un  ami  de  la  dynastie  de 
Juillet ,  et  les  conservateurs  devaient  accueillir 
avec  une  extrême  défiance  un  auxiliaire  qui  se 
plaçait  bien  au-dessus  et  au  delà  de  leurs  pas- 
sions et  de  leurs  intérêts.  M.  de  Lamartine  resta 
donc  isolé  dans  sa  poUtique  sociale  comme  il 
l'appelait ,  et  pendant  plusieurs  années  il  occupa 
moins  le  public  de  ses  discours  que  de  ses  nou- 
veaux écrits,  qui  cependant  n'obtinrent  pas  le 
succès  de  ses  premiers  ouvrages.  Les  Souve' 
nirs.  Impressions,  Pensées  et  Paysages  pen- 
dant un  voyage  en  Orient,  ou  notes  d'un 
voyageur,  parurent  en  1835.  C'est  une  improvi- 
sation quelquefois  magnifique ,  trop  souvent  ver- 
beuse et  néghgée.  Les  descriptions  les  plus  splen- 
dides  ne  peuvent  remplacer  aux  yeux  d'un  juge 
sérieux  l'exactitude  des  faits,  la  précision  des 
observations,  la  justesse  des  appréciations,  et 
finissent  par  fatiguer  même  un  lecteur  indulgent. 
Le  poëme  de  Jocelyn,  publié  en  1836,  n'est  pas 
exempt  des  mêmes  défauts  ,  la  prolixité ,  la  négli- 
gence et  l'abus  des  descriptions  ;  mais  il  offre  en 
même  temps  des  qualités  si  charmantes  et  si 
élevées,  qu'il  est  impossible  de  ne  pas  oublier 
les  défauts.  Un  jeune  homme  destiné  aux  ordres 
sacrés,  une  jeune  fille  noble  sont  réunis  et  isolés , 
par  la  tourmente  révolutionnaire ,  sur  une  mon- 
tagne des  Alpes.  Lorsque  les  sentiments  qu'une 
pareille  situation  doit  faire  naître  entre  deux 
cœurs  jeunes  et  purs  sont  développés ,  un  évé 
nement  imprévu  sépare  à  jamais  Jocelyn  et 
Laurence.  Jocelyn,  devenu  curé  du  village  de  Val- 
neige  ,  ne  revoit  Laurence  que  deux  fois  ;  il  la  ren- 
contre à  Paris,  livrée  aux  dissipations  du  monde  ; 
il  assiste  à  ses  derniers  moments  dans  une  chau- 
mière des  Alpes,  et  l'ensevelit  dans  cette  grotte 
des  aigles  témoin  de  leurs  chastes  amours.  Cette 
fable  n'est  pas  compliquée;  mais  elle  a  permis  au 
poète  d'épancher  avec  une  incomparable  abon- 
dance des  sentiments  purs  et  de  belles  images. 
Ses  personnages  sont  dessinés  avec  peu  de  pré- 
cision ,  mais  avec  infiniment  de  grâce.  La  morale 
du  poëme  est  vraiment  chrétienne  ;  cependant  des 
croyants  sévères,  protestants  ou  catholiques, 
Vinet  et  l'abbé  Gerhet ,  remarquèrent  avec  tris- 
tesse que  le  poète  abandonnait  peu  à  peu  les 
dogmes  positifs  de  la  religion.  Leurs  craintes  ne 
se  réahsèrent  que  trop.  La  Chute  d'un  Ange, 
le  second  poëme  publié  par  M.  de  Lamailinc  en 
1838,  offre,  avec  tous  les  défauts  de  Jocelyn, âes 
défauts  que  cet  aimable  poëme  ne  laissait  pas 
soupçonner.  L'auteur,  comme  enivré  de  cette.na- 
ture  orientale  qu'il  veut  peindre,  et  de  ce  sujet 
qui  remonte  aux  mystérieuses  époques  de  l'hu- 
manité primitive,  entasse  les  inventions  gigan- 
tesques et  les  plus  étranges  fantaisies.  Mais 
même  au  milieu  des  fautes  de  langue  et  de  goût 
qui  fourmillent  dans  cet  ouvi'age,  on  reconnaît 
une  rare  puissance ,  le  don  de  parler  au  cœur,  et 
plutôt  l'abus  que  la  décadence  d'un  grand  ta- 


89 

lcnt(l).  Des  défauts  analogues  et  peut-être  plus 
sensibles,  parce  que  le  sujet  les  comporte  moins, 
se  retrouvent  dans  les  Recueillements  poétiques 
publiés  en  1839.  Le  poète  ayant  pris  l'habitude 
d'improviser  tous  ses  vers,  les  beautés  ne  sont 
plus  chez  lui  que  des  hasards  heureux,  très- 
fréquents  sans  doute,  mais  non  pas  perpétuels. 
On  ne  peut  citer  dans  les  Becueilleynents  une 
pièce  tout  à  fait  belle  et  parfaite.  Cependant  le 
Cantique  sur  la  mort  de  la  duchesse  de  Bro- 
glie,  le  Cantique  sur  un  rayon  de  soleil  ne 
dépareraient  pas  les  Harmonies.  h'Ode  au 
comte  de  Virieu  sur  la  mort  du  baron  de  Vi- 
gnet  est  digne  de  la  méditation  du  Passé.  Le 
Toast,  porté  au  banquet  des  Gallois  et  des  Bas- 
Bretons  ,  est  d'une  poésie  confuse  et  troublée , 
mais  pleine  de  souffle  et  de  sonorité.  On  dirait 
que  cette  voi\,  qui  chantait  si  mélodieusement 
sur  le  lac  du  Bourget  et  sur  la  plage  de  Baïa,  se 
renforce  et  se  grossit  en  prévision  des  orages 
populaires.  Ces  orages  semblaient  éloignés,  et 
le  poëte  ne  prenait  pas  encore  une  part  bien  ac- 
tive à  la  politique.  Adhérent  dédaigneux  des 
ministères  du  11  octobre,  du  22  février  et  du 
fi  septembre,  composés  des  diverses  nuances  de 
l'ancienne  opposition ,  il  donna  son  assentiment 
à  la  politique  honnêtement  conservatrice  et  con- 
ciliante de  M.  Mole ,  et  défendit  le  cabinet  du 
15  avril  contre  cette  coalition  qui  réunissait 
M.  Tliiers  et  M.  Berryer,  M.  Guizot  et  M.  Gar- 
nier-Pagès ,  non  qu'il  approuvât  toute  la  con- 
duite du  ministère;  mais,  disait-il,  «  Je  conti- 
nuerai à  voter  pour  les  ministres  de  l'amnistie  et 
delà  paix,  contre  les  ministres  énigmatiques  dont 
les  uns  ont  un  pied  dans  le  compte-rendu,  les 
autres  dans  les  lois  de  septembre,  et  dont  l'al- 
liance suspecte  et  antipathique  ne  promet  au 
pays  que  deux  résultats  funestes  qu'il  vous  était 
donné  seuls  d'accomplir  à  la  fois  :  la  dégradation 
cei'taine  du  pouvoir  et  la  déception  de  la  li- 
berté. »  11  s'effrayait  qu'il  n'y  eût  «  ni  action 
grande  ni  idée  directrice  grande  dans  le  gouver- 
nement depuis  l'origine  de  1830  ».  —  «  Il  ne  faut 
pas  se  figurer,  ajoutait-il,  que,  parce  que  nous 
sommes  fatigués  des  grands  mouvements  qui  ont 
remué  le  siècle  et  nous ,  tout  le  monde  est  fa- 
tigué comme  nous  et  craint  le  moindre  mouve- 
ment. Les  générations  qui  grandissent  derrière 
nous  ne  sont  pas  lasses,  elles;  elles  veulent  agir 
et  se  fatiguer  à  leur  tour.  Quelle  action  leur  avez- 


(1)  Dans  la  pensée  de  M.  de  Lamartine,  Jocelyn  et  La 
Chute  d'un  Ange  n'étaient  que  des  épisodes  d'un  grand 
poErae  sur  le  développement  et  les  phases  progressives 
de  Ibumanilé.  Un  ami  et  un  confident  du  poëte,  M.  Fal- 
connet,  a  esquissé  le  plan  de  cette  épopée  ou  plutôt  de 
cetle  série  d'épopées.  «  Dans  l'ordre  logique  de  la  nature 
et  des  idées,  dil-il,  des  douze  fragments  annoncés  par 
M.  de  Lamartine  pour  compléter  son  poëme  ,  le  premier 
doit  Être  la  Création,  le  second  la  Chute  d'un  Ange  ;  le 
troisième,  peignant  les  mœurs  des  champs,  sera  intitulé 
Les  Pécheurs.  L'espace  intermédiaire,  que  nous  pourrions 
appeler  l'espace  historique,  et  dans  lequel  la  mort  de  So- 
crate  tient  sa  place,  sera  comblé  successivement  Jusqu'à 
Jocelyn,  qui  termine  et  résume.  » 


LAMARTINE  90 

vous  donnée?  La  France  est  une  nation  qui  s'en- 
nuie. «(Séance  du  10  janvier  1839).  Son  élo- 
quence ne  sauva  pas  le  cabinet  du  15  avril  ;  mais 
son  influence ,  qui  contribua  à  maintenir  com- 
pacte la  majorité  des  deux  cent  vingt-etun  ,  fa- 
cilita la  formation  du  ministère  tiers  parti  du 
12  mai.  Cependant,  il  ne  tarda  pas  à  se  séparer 
de  ce  cabinet  sur  la  question  d'Orient.  Il  avait  à 
ce  sujet  des  idées  particulières.  Apercevant  en 
Turquie  les  signes  d'ime  décomposition  pro- 
chaine, prévoyant  que  la  succession  de  l'Empire 
Ottoman  viendrait  à  s'ouvrir,  il  demandait  l'é- 
tablissement d'un  congrès  européen  chargé  de 
surveiller  les  destinées  de  l'empire  Ottoman ,  et 
de  les  régler  quand  le  moment  en  serait  venu.  Il 
résumait  ainsi  ison  système  :  <(  Un  protectorat 
général  et  collectif  de  l'Occident  sur  l'Orient.... 
comme  base  d'un  nouveau  système  de  politique 
européMine....  Pour  régulariser  ce  protectorat 
général  et  collectif,  la  Turquie  d'Europe  et  la 
Turquie  asiatique,  ainsi  que  les  mers,  les  îles  et 
les  ports  qui  en  dépendent ,  seront  distribués  en 
protectorats  partiels ,  ou  en  provinces  semblables 
à  ces  provinces  d'Afrique  et  d'Asie  où  les  Ro- 
mains envoyaient  leurs  populations  et  leurs  co- 
lonies ,  et  ces  protectorats  seront  affectés  aux 
différentes  puissances  européennes.  »  Dans  cette 
répartition  de  protectorats,  M.  de  Lamartine  don- 
nait Constantinople  à  la  Russie,  l'Egypte  à  l'An- 
gleterre et  la  Syrie  à  la  France.  Le  ministère  du 
12  mai  avait  un  projet  différent.  Tout  en  laissant 
aux  Ottomans  la  Turquie  d'Europe  et  l'Asie  Mi- 
neure, il  favorisait  la  formation  d'un  empire 
égypto-syriaque  sous  Méhémet-Ali.  M.  Thiers, 
héritier  du  pouvoir  et  des  projets  du  12  mai, 
rencontra  un  adversaire  décidé  dans  M.  de  La- 
martine. Son  hostilité  survécut  même  à  la  re- 
traite de  M.  Thiers,  et  continua  au  sujet  desfor- 
tifications,qu'iI  repoussa  comme  inefficaces  contre 
l'étranger  et  dangereuses  pour  la  liberté.  Sa  très- 
vive  opposition  à  M.  Thiers  le  rapprocha  un 
moment  de  M.  Guizot,  et  on  put  croire  qu'il 
allait  devenir  un  pur  conservateur  ;  mais  le  con- 
traire arriva.  Dans  la  session  de  1842,  le  député 
dé  Mâcon  se  prononça  pour  l'adjonction  des  ca- 
pacités à  la  liste  électorale,  et  reprocha  au  mi- 
nistère du  29  octobre  de  rester  immobile,  inerte, 
sur  la  position  que  le  hasard  lui  avait  faite.  «  Si 
c'est  là,  dit-il ,  tout  le  génie  de  l'homme  d'État 
chargé  de  diriger  un  gouvernement,  il  n'y  aurait 
pas  besoin  d'homme  d'État  :  une  borne  y  suffi- 
rait. »  M.  de  Lamartine  se  sépara  encore  du  ca- 
binet en  se  prononçant  pour  la  régence  de  la  du- 
chesse d'Oriéans,  et  le  27  janvier  1 843,  dans  la 
discussion  de  l'adresse,  il  rompit  définitivement 
avec  le  parti  conservateur.  «  Convaincu,  dit-il  en 
terminant  son  mémorable  discours ,  que  le  gou- 
vernement s'égare  de  plus  en  plus,  que  la  pensée 
du  règne  tout  entier  se  trompe  ;  convaincu  que 
le  gouvernement  s'éloigne  de  jour  en  jour  de  son 
principe  et  des  conséquences  qui  devaient  en  dé- 
couler pour  le  bien-être  intérieur  et  la  force 


91 


LAMARTINE 


92 


extérieure  tle  mon  pays  ;  convaincu  que  tous 
les  pas  que  la  France  a  faits  depuis  huit  ans  sont 
des  pas  en  arrière  et  non  des  pas  en  avant  •  con- 
vaincu que  l'iieure  des  complaisances  est  passée, 
qu'elles  seraient  funestes,  j'apporte  ici  mon  vole 
consciencieux  contre  l'adresse ,  contre  l'esprit 
qui  l'a  rédigée ,  contre  l'esprit  du  gouvernement 
qui  l'accepte,  et  que  je  combattrai  avec  douleur, 
mais  avec  fermeté,  dans  le  passé ,  dans  le  pré- 
sent et  peut-être  dans  l'avenir.  »  M.  de  Lamar- 
tine tint  sa  parole ,  et  dans  les  sessions  suivantes 
il  fit  au  ministère  Guizot  une  opposition  de  plus 
en  plus  décidée,  qui  remua  l'opinion  publique, 
mais  qui  n'exerça  d'influence  ni  sur  la  phalange 
conservatrice  de  la  chambre  ni  sur  le  corps 
électoral.  Les  élections  de  1846  donnèrent  au 
cabinet  du  29  octobre  une  majorité  considérable, 
composée  en  grande  partie  de  fonctionnaires 
publics.  Tandis  que  la  politique  de  l'immobilité 
triomphait  dans  les  chambres  et  dans  les  con- 
seils du  roi ,  l'opinion  publique  par  une  réaction 
violente,  dépassait  l'opposition  dynastique,  et 
cherchait  un  aliment  dans  les  souvenirs  révolu- 
tionnaires. M.  de  Lamartine  favorisa  cet  entraî- 
nement par  son  H i s ioire  des  Girondins  {\8i7), 
magnifique  et  étrange  improvisation ,  qui  a  si 
peu  les  qualités  sévères  de  l'histoire.  M.  Sainte- 
Beuve  ,  parlant  de  cet  ouvrage  après  que  l'é- 
vénement en  eut  montré  la  puissance  et  les  dan- 
gers a  dit  avec  sévérité  :  «  Cette  Histoire  des 
Girondins,  qui  a  si  fatalement  réussi,  était  un 
grand  piège  que  le  poëte  se  tendait  à  lui-même 
avantdele  tendreaux  autres.  En  effet,  M.  de  La- 
martine, avec  son  talent  idéal ,  avec  son  opti- 
misme à  la  fois  national  et  calculé,  quand  il 
serait  propre  à  être  historien ,  l'était-il  à  être 
l'historien  de  la  révolution  française  en  particu- 
lier ?  Tout  cet  azur,  ces  flots  de  lumière  et  de 
couleur,  ces  fomls  d'or  et  bleu  de  ciel,  qui 
étaient  habituels  à  sa  poésiCj  et  qu'il  transporte, 
en  les  voilant  à  peine,  dans  sa  prose,  pouvaient- 
ils  se  mêler  impunément  à  des  tableaux  tels  que 
ceux  qu'il  avait  à  offrir?  M.  de  Lamartine  a 
bien  des  cordes  à  sa  lyre...  Il  a  prouvé  en  des 
heures  fameuses  que  l'énergie ,  la  force,  une 
soudaine  vigueur  héroïque  qui  se  confond  dans 
un  éclair  d'éloquence,  ne  lui  sont  pas  étrangères. 
Mais  enfin  il  a  beau  faire  et  se  vouloir  méta- 
morphoser, les  tons  dominants  et  primitifs  chez 
lui  sont  encore  des  tons  d'éclat,  d'harmonie  et 
de  lumière.  Or  la  seule  application  d'un  talent  de 
cet  ordre  et  de  cette  qualité  à  un  tel  sujet,  à  ces 
natures  hideuses  et  à  ces  tableaux  livides  de  la 
révolution ,  était  déjà  une  première  cause  d'illu- 
sion et  de  séduction  insensible ,  un  premier  inen- 
songe.  Aussi,  voyez  ce  qu'il  a  fait  :  il  en  a  dissi- 
mulé l'horreur  il  y  a  rais  le  prestige. ...  A  travers 
ce  sang  et  cette  boue,  il  a  jeté  des  restes  de  voie 
lactée  et  d'arc-en-ciel.  »  Cette  appréciation  est 
rigoureuse;  mais  fondée.  Il  est  incontestable 
que  la  grandeur  et  l'horreur  même  des  événe- 
ments révolutionnaires  ont  à  exercé  sur  l'esprit 


dé  l'écrivain  une  fascination  quia  troubléla  recti- 
tude de  son  jugementetl'a  entraîné  bien  au  delà  de 
r,es  propres  idées  et  de  ses  véritables  sympathies. 
Malheureusement  la  magie  de  son  talent  commu- 
niqua cette  fascination  à  des  milliers  de  lecteurs. 
Aussi  VHisloire  des  Girondins  ne  doit  pas  être 
jugée  simplement  au  point  de  vue  littéraire;  elle 
eut  l'importance  et  elle  encourt  la  responsabilité 
d'un  acte  politique.  Un  historien,  Daniel  Stern,  a 
dit  :  rt  Assurément,  parmi  les  causes  immédiates 
qui  ont  fait  éclater  au  dehors  la  révolution  ac- 
complie déjà  dans  les  cœurs,  \' Histoire  des  Gi- 
rondins a  été  l'une  des  plus  décisives ,  en  rani- 
mant soudain,  par  un  don  d'évocation  vérita- 
blement magique ,  les  ombres  des  héros  et  des 
martyrs  de  89  et  de  93,  dont  la  grandeur  sem- 
blait un  reproche  muet  à  nos  petitesses  ,  dont  les 
ardentes  convictions  venaient  réveiller  notre  as- 
soupissement et  faire  honte  à  notre  inertie.  » 
L'opposition  parlementaire,  qui  ne  prévoyait  pas 
encore  à  quelles  extrémités  irait  cette  impulsion 
de  l'esprit  public,  résolut  de  s'en  servir  pour 
renverser  le  ministère.  Des  banquets  réformistes 
s'organisèrent  dans  les  départeraents.  M.  de  La- 
martine, qui  n'appartenait  à  aucune  fraction  de 
l'opposition,  qui  avait  de  l'antipathie  pour 
M.  Thiers  et  peu  de  confiance  en  M.  Barrot ,  se 
tint  à  l'écart  de  ces  manifestations.  Il  eut  son 
banquet  à  lui,  le  banquet  de  Màcon.  Là,  de- 
vant ses  électeurs ,  il  annonça,  sous  une  forme 
conditionnelle  il  est  vrai ,  mais  clairement  me- 
naçante, les  destins  de  la  maison  d'Orléans,  et 
traça  le  programme  de  la  révolution  prochaine. 
«  Si  la  royauté,  dit-il,  trompe  les  espérances  que 
la  prudence  du  pays  a  placées  en  1830,  moins 
dans  sa  nature  que  dans  son  nom  ;  si  elle  s'isole 
sur  son  élévation  constitutionnelle;  si  elle  ne 
s'incorpore  pas  entièrement  dans  l'esprit  et  dans 
l'intéi'êt  légitime  des  masses  ;  si  elle  s'entoure 
d'une  aristocratie  électorale ,  au  heu  de  se  faire 
peuple  tout  entier;....  si,  sans  attenter  ouverte- 
ment à  la  volonté  de  la  nation ,  elle  corrompt 
cette  volonté  et  achète ,  sous  le  nom  d'influence, 
une  dictature  d'autant  plus  dangereuse  qu'elle 
aura  été  achetée  sous  le  manteau  de  la  constitu- 
tion;... si  elle  nous  laisse  descendre,  comme  nous 
le  voyons  en  ce  moment  dans  un  procès  déplo- 
rable, jusqu'aux  tragédies  de  la  corruption;... 
si  elle  laisse  affliger,  humilier  la  nation  et  la  pos* 
térité  par  l'improbité  des  pouvoirs  publics,  elle 
tomberait,  cette  royauté,  soyez  en  sûrs,  elle  tom- 
berait, non  dans  son  sang,  comme  celle  de  89, 
mais  dans  son  piège.  Et  après  avoir  eu  les  révo- 
lutions de  la  liberté  et  les  contre-révolutions  de 
la  gloire ,  vous  auriez  la  révolution  de  la  cons- 
cience pubHque,  la  révolution  du  mépris.  » 

Quelques  mois  après,  le  27  décembre  1847, les 
chambres  s'ouvrirent  au  milieu  de  l'excitation 
extraordinaire  des  esprits.  En  1830  le  duc  de 
Wellington,  malgré  l'autorité  de  son  nom  et  avec 
la  majorité  dans  le  parlement,  s'était  retiré  devant 
une  manifestation  réformiste  moins  redoutable; 


93  LAMARTINE 

M.  Guizot  ne  suivit  pas  cet  exemple ,  il  s'obstina  à 
garder  le  pouvoir,  même  lorsqu'il  eut  vu  l'énorme 
majorité  ministérielle  de  184G  descendre  à  qua- 
rante-troisvoi\  le  1 1  lévrier  et  à  trente-trois  le  len- 
demain. Cette  ténacité  redoubla  l'agitation.qui  prit 
un  caractère  et  une  organisation  révolutionnaires. 
Un  banquet  (celui  du  l'i^  arrondissement),  interdit 
par  l'auttirité  et  plusieurs  l'ois  remis,  fut  fixé  au 
mardi  22  février.  Au  dernier  moment  (21  février) 
les  députés  réformistes  renoncèrent  à  se  rendre  au 
banquet,  et  M.  de  Lamartine,  par  des  paroles  dont 
il  s'est  reproché  plus  tard  l'imprudence,  essaya 
vainement  de  les  y  décider  On  connaît  les  événe- 
ments des  journées  suivantes  (22,  23,  24  février). 
M.  de  Lamartine  n'eut  pas  de  rôle  dans  les  deux 
premières;  lilais  il  en  prit  un  décisif  dans  le  troi- 
sième. 11  ll'aiiuait  pas  la  famille  d'Orléans,  et  ii 
avait  en  lui  Im  fonds  de  légilimiste  que  des  opi- 
nions  démocratiques  avaient  recouvert  sans  le 
détruire.  Comme  ancien  royaliste ,  comme  nou- 
veau républicain,  il  rejetait  la  dynastie  de  Juillet, 
et  il  allaitlui  porter  ledernier  coup.  En  se  rendant 
à  la  chambre,  lorsque  le  roi  avait  déjà  abdiqué, 
il  rencontra  sous  le  vestibule  du  palais  un  petit 
groupe  de  républicains,  MM.  Marrast,  Bastide, 
Hetzel,  Bocage,  qui  offrirent  d'appuyer  la  régence. 
«Jen'entrerai,répondit-il,quedaDs un  mouvement 
complet,  c'est-à-dire  la  république.  »  Il  pénétra 
dans  la  salle  des  séances,  où  venait  d'arriver  la  du- 
chessed'Orléans  et  qu'envahirent  bientôt  des  ban- 
des populaires.  11  resta  longtemps  immobile,  lais- 
sant M.  Maiieet  M.  Crémieux  proposer  un  gou- 
vernement provisoire  ;  mais  lorsque  l'arrivée  de 
M.  Odilon  Bart'Ot  eut  donné  quelque  chance  à  la 
régence,  il  monta  à  la  tribune,  et,  au  grand  éton- 
nement  de  beaucoup  de  ses  collègues, il  se  pro- 
nonça, non  sans  hésitation  de  langage,  contre  la 
dynastie  d'Orléans  représentée  par  une  femme 
et  im  enfant,  et  appuya  nettement  la  proposition 
d'un  gouvernement  provisoire.  Son  discours  pro- 
noncé au  milieu  du  tumulte  fut  interrompu  par 
une  seconde  irruption  d'hommes  du  peuple  mê- 
lés à  des  gardes  nationaux.  Un  des  nouveaux 
arrivants  braqua  son  fusil  sur  l'orateur.  Le  pré- 
sident, M.  Sailzet,  également  menacé,  leva  la 
séance,  et  se  retira  avec  une  partie  des  députés. 
Dans  la  confusion  qui  suivit,  M.  de  Lamartine 
fit  de  vains  efforts  pour  obtenir  le  silence,  et,  dé- 
sespérant de  faire  entendre  à  la  foule  les  noms 
des  membres  du  gouvernement  provisoire  qu'il 
avait  choisis  parmi  les   différents  groupes  de 
partis  qui  se  partageaient  l'assemblée,   il  sortit 
de  la  chambre  accompagné  d'un  grand  nombre 
de  citoyens,  et  se  dirigea  vers  l'hôtel  de  Tille. 
Après  son  départ  M.  Ledru-RoUin  parvint  en- 
fin à  lire  «  les  noms  qui  semblaient  proclamés 
par  la  majorité  ».  M.  deLamartine  était  le  troi- 
sième sur  la  liste,  après  Dupont  de  l'Eure  et 
Arago.  En  arrivant  à  l'hôtel  de  ville  avec  M.  Du- 
pont del'EUre,  il  y  trouva  M.  Garnier-Pagès,  déjà 
installé  comnlemaire  de  Paris.  Il  y  fut  rejoint  par 
MM.  Ledru-RoUin,  Crémieux,  Maiie,  puis  par 


94 

M.  Arago.  Enfin  trois  journalistes  et  un  ouvrier: 
MM.  Marrast,  Louis  Blanc,  Flocon  et  Albert  s'ad- 
joignirent au  gouvernement,  d'abord  comme  se- 
crétaires, puis  comme  membres.  Pendant  que  le 
pouvoir  se  constituait,  la  foule,  entassée  dans 
l'hôtel  de  ville  ou  sur  la  place,  réclamait  la  ré- 
publique. La  majorité  du  gouvernement  était 
très-opposée  à  la  proclamation  immédiate  ;  mais 
la  minorité  et  la  foule  insistaient; M.  de  Lamar- 
tine glissa  en  forme  de  compromis  la  phrase  sui- 
vante dans  la  proclamation  qui  annonçait  la 
chute  de  la  dynastie  d'Orléans  :  <>.  Bien  que  le 
gouvernement  provisoire  agisse  uniquement  au 
nom  du  peuple  français  et  qu'il  préfère  la  forme 
républicaine ,  ni  le  peuple  de  Paris,  ni  le  gouver- 
nement provisoire  ne  prétendent  substituer  leur 
opinion  à  l'opinion  des  citoyens,  qui  seront  con- 
sultés sur  la  forme  définitive  du  gouvernement 
que  proclame  la  souveraineté  du  peuple.  »  Cette 
phrase  équivoque  n'était  là  que  pour  ménager  là 
transition,  et  devenait  une  heure  plus  tard  la 
phrase  suivante  :  «  Le  gouvernement  provisoire 
veut  la  république  sauf  ratification  par  le  peuple, 
qui  sera  immédiatement  consulté.  »  Dans  le  par- 
tage des  départements  ministériels,  M.  de  Lamar- 
tine eut  les  affaires  étrangères;  mais  son  in- 
fluence ne  se  renferma  pas  dans  les  relations 
internationales.  Son  nom  célèbre,  l'éclat  et  l'in- 
comparable séduction  de  son  éloquence,  la  no- 
blesse et  l'humanité  de  ses  sentiments,  son  rare 
courage  lui  assurèrent^ur  la  direction  générale 
des  affaires  une  autorité  que  la  plupart  de  ses 
collègues  acceptèrent  de  bonne  grâce  et  que 
M.  Ledru-RoUin  put  à  peine  contrebalancer  en 
faisant  appel  aux  passions  révolutionnaires.  Le 
nouveau  ministre  des  affaires  étrangères  s'ef- 
força aussitôt  de  préserver  la  France  et  l'Europe 
des  dangers  d'im  bouleversement  subit  et  ra- 
dical, et  essaya  d'en  faire  sortir  un  gouvernement 
modéré  et  durable.  Le  25  février,  descendant 
seul,  au  milieu  d'un  multitude  compacte,  me- 
naçante ,  hérissée  d'armes,  il  fit,  par  un  des  plus 
prodigieux  triomphes  d'éloquence  que  rapporte 
l'histoire,  tomber  des  mains  de  la  foule  le  drapeau 
rouge,  étendard  d'une  nouvelle  terreur  (I);  le 


(I)  Le  discours  que  Lamartine  prononça  à  cette  occa- 
sion est  bien  connu;  cependant  nous  le  reproduisons, 
parce  qu'il  est  devenu  inséparable  du  nom  du  gr.ind  ora- 
teur. Lamartine,  c'est  lui-même  qui  le  raconte,  calma 
d'abord  le  peuple  par  un  bymne  de  paroles  sur  sa  victoire 
si  soudaine  et  sur  sa  modération.  «  Voilà,  continua-t-ll, 
ce  qu'a  vu  le  soleil  d'hier.  Et  que  verrait  le  soleil  d'au- 
jourd'hui ?..  Il  verrait  une  autre  peuple  d'aulant  plus 
furieux  qu'il  a  moins  d'ennemis  à  combattre,  se  délier 
des  mêmes  hommes  qu'il  a  élevés  hier  au-dessus  de  lui; 
les  contraindre  dans  leur  liberté,  les  avilir  dans  leur  di- 
gnité, les  méconnaître  dans  leur  autorité,  qui  n'est  que 
la  vôtre  ;  substituer  une  révolution  de  vengeances  et 
de  supplices  à  une  révolution  d'humanité  et  de  Ira- 
tornité;  et  oonirnander  à  son  gouvernement  d'arborer 
eji  signe  de  concorde  l'étendard  de  combat  a  mort 
entre  les  citoyens  d'une  même  patrie!  ce  drapeau 
rouge,  qu'on  a'  pu  élever  quelquefois,  quand  le  sang 
coulait,  comme  un  épouvantait  contre  des  ennemis, 
qu'on  doit  abattre  aussitôt  après  le  combat  en  signe  de 
réconciliation  et  de  paix  !  J'aimerais  mieux  le  drapeau 


95 


LAMARTINE 


9R 


même  jour  il  proclama  l'abolition  de  la  peine  de 
mort  en  matière  politique.  Le  4  mars,  dans  une 
circulaire  aux  agents  diplomatiques  de  la  répu- 
blique française,  il  annonça  au  monde  que  la 
république  serait  pacifique.  Il  disait  eu  terminant  : 
«  Le  sens  des  trois  mots  liberté,  égalité,  frater- 
nilc,  appliqué  à  nos  relations  extérieures,  est 
celui-ci  :  affrancbissement  de  la  France  des 
cliaîncs  qui  pesaient  sur  son  principe  et  sur  sa 
dignité  ;  récupération  du  rang  qu'elle  doit  occuper 
au  niveau  des  grandes  puissances  européennes; 
enfin,  déclaration  d'alliance  et  d'amitié  à  tous 
les  peuples.  Si  la  France  a  la  conscience  de  sa 
part  libérale  et  civilisatrice  dans  le  siècle,  il  n'y 
a  pas  un  de  ces  mots  qui  signifie  guerre.  Si  l'Eu- 
rope est  prudente  et  juste,  il  n'y  a  pas  un  de  ces 
mots  qui  ne  signifie  paix.  »  M.  de  Lamartine  fut 
fidèle  aux  promesses  de  son  manifeste,  et  grâce 
à  ses  efforts,  dont  les  mémoires  récemment  pu- 
bliés de  l'ambassadeur  d'Angleterre ,  lord  Nor- 
manby,  contiennent  de  nombreux  témoignages, 
la  guerre  ne  s'ajouta  pas  aux  éléments  de  trou- 
ble qui  agitaient  l'Europe  et  menaçaient  de 
renverser  en  France  l'ordre  social  tout  entier.  Les 
classes  moy «mes,  qui  avaient  accepté  la  républi- 
que, s'effrayaient  en  voyant  la  perturbation  croître 
de  jour  en  jour  et  prendre  un  caractère  officiel 
par  les  circulaires  du  ministre  de  l'intérieur. 
Les  compagnies  d'élite  de  la  garde  nationale 
voulurent  peser  sur  le  gouvernement  provi- 
soire dans  le  sens  de  la  modération  représentée 
par  Lamartine.  Leur  manifestation  inopportune 
(16  mars)  fut  suivie  d'une  formidable  manifes- 
tation populaire  (17  mars),  qui  donna  pour  quel- 
que temps  la  prépondérance  à  M.  Ledru-RoUin. 
Mais  l'opinion  prononcée  des  départements  et 
d'une  partie  de  la  population  parisienne  rendit  de 
la  force  à  la  majorité  modérée  du  gouvernement. 
Il  devint  évident  que  les  élections  seraient  nne 
protestation  contre  la  politique  du  ministre  de 
l'intérieur.  Celui-ci  se  prêta  alors  complaisam- 
ment  à  des  projets  de  complots  contre  ses  collè- 
gues. Une  nouvelle  et  plus  décisive  manifesta- 
tion fut  préparée  pour  le  16  avril.  MM.  Lamar- 


noir,  qn'oD  fait  flotter  quelquefois  dans  une  ville  assiégée 
comme  un  linceul,  pour  designer  à  la  bombe  les  édifices 
neutres  consacrés  à  l'humanité  et  dont  le  boulet  et  la 
bombe  même  des  ennemis  doivent  s'écarter.  Voule/.-vous 
donc  que  le  drapeau  de  votre  république  soit  plus  mena- 
çant et  plus  sinistre  que  celui  d'une  ville  bombardée 

Citoyens,  vous  pouvez  faire  violence  au  gouvernement  ; 
vous  pouvez  lui  commander  de  changer  le  drapeau  de  la 
nation  et  le  nom  de  la  France.  Si  vous  êtes  assez  mal 
Inspirés  et  assez  obstinés  dans  votre  erreur  pour  lui  im- 
poser une  république  de  parti  et  un  pavillon  de  terreur, 
le  geuvernement,Je  le  sais,  est  aussi  décidé  que  uioi-mème 
à  mourir  plutôt  que  de  se  déshonorer  en  vous  obéissant. 
Quanta  moi,  jamais  ma  main  ne  signera  ce  décret!  Je 
repousserai  jusqu'à  la  mort  ce  drapeau  de  sang,  et  vous 
devriez  le  répudier  plus  que  mol  :  car  le  drapeau  rouge 
que  vous  nous  rapportez  n'a  Jamai*  fait  que  le  tour  du 
Champ-de-Mars  traîné  dans  le  sang  du  peuple  en  1791  et 
en  1798,  et  le  drapeau  tricolore  a  fait  le  tour  du  monde 
avec  le  nom,  la  gloire  et  la  liberté  de  la  patrie  !  »  His- 
toire de  la  Révolution  de  1848,  par  A.  de  Lamartine,  1. 1, 
p. s»s-s»». 


tine  et  Marrast,  résolus  à  lutter  énergiquement 
pour  la  cause  de  l'ordre,  n'avaient  pas  de  force  à 
leur  disposition  et  comptaient  peu  sur  le  succès. 
Toute  la  nuit  qui  précéda  le  16,  Lamartine  veilla, 
n  en  proie  à  une  inquiétude  profonde ,  recevant 
d'heure  en  heure  les  rapports  les  plus  alarmants, 
et  persuadé  que  le  jour  qui  se  levait  serait  le 
dernier  de  la  république  telle  qu'il  l'avait  voulue, 

et  le  dernier  aussi  de  sa  propre  existence Ses 

dispositions  testamentaires  étaient  faites;  ses 
amis  devaient  conduire  sa  femme  dans  un  asile 
sûr;  tous  ses  papiers  compromettants  étaient 
brûlés  (I).  «  Mais  au  moment  où  il  partait  pour 
l'hôtel  de  ville,  il  vit  entrer  M.  Ledru-Rollin,  que 
la  crainte  du  triomphe  des  factions  violentes  ra- 
menait à  son  collègue.  L'ordre  de  battre  le  rap- 
pel fut  donné,  et  M.  de  Lamartine  confia  au  gé- 
nérai Changarnier  la  défense  de  l'hôtel  de  ville. 
Les  colonnes  de  la  garde  nationale  et  les  batail- 
lons de  la  garde  mobile  couvrirent  la  place ,  et 
la  manifestation  s'écoula  déconcertée  entre  deux 
lignes  de  baïonnettes  :  la  droite  du  gouvernement 
l'emportait.  Lamartine  ne  voulut  pas  abuser  d'un 
triomphe  auquel  il  avait  tant  contribué,  mais  qui 
était  un  commencement  de  réaction ,  et  dès  lors 
il  se  rapprocha  visiblement  de  Ledru-Rollin,  se 
refusant  à  briser  le  gouvernement  et  à  éloigner 
ses  collègues  ultra-révolutionnaires,  jusque  après 
la  réunion  de  l'assemblée  constituante.  Malgré 
cette  concession  aux  nécessités  de  la  situation,  H 
resta  représentant  de  la  politique  modérée ,  et 
aux  élections  (23  avril),  dix  départements  (Seine, 
Côte-d'Or,  Bouches-du-Rhône,  Saône-et- Loire, 
lUe-et- Vilaine ,  Dordogne,  Finistère,  Gironde, 
Nord,  Seine-Inférieure)  l'élurent  à  la  fois.  Le 
département  de  la  Seine  lui  donna  deux  cent  cin- 
quante-neuf mille  huit  cents  voix.  Sa  popularité 
était  immense  dans  toutes  les  classes  et  le  dési- 
gnait au  premier  rôle  ;  mais  il  la  compromit  en 
s'alliantà  M.  Ledru-Rollin,  et  en  insistant  pour 
que  les  membres  modérés  du  gouvernement  pro- 
visoire et  M.  Ledru-Rollin  lui-même  fissent  partie 
de  la  commission  executive  instituée  le  9  mai  par 
l'assemblée.  Il  craignait  de  nouvelles  tentatives 
du  parti  anarchique  et  des  républicains  exagérés 
alors  que  le  gouvernement  était  dépourvu  de  tout 
moyen  de  force.  A  lord  Normanby,  qui  lui  repré- 
sentait les  dangers  de  cette  alliance,  il  répondait  : 
«  Vous  avez  raison  ;  pour  trois  semaines  je  serai 
le  dernier  des  hommes  ;  mais,  après,  je  me  relè- 
verai plus  grand  que  jamais.  (2)  »  C'était  une 
illusion.  Au  15  mai  il  ne  put  empêcher  l'invasion 
de  l'assemblée,  et  lorsqu'il  se  présenta  devant  les 


(1)  Daniel  Stcrn ,  Histoire  de  la  Révolution  de  1848. 

(2)  D'après  M.  de  Lamartine,  cette  réponse  serait  in- 
complètement rapportée.  Voici  quelles  auraient  été  ses 
paroles  :  »  Vous  avez  raison,  pour  trois  semaines  je  serai 
«  le  deniler  des  hommes  ;  mais  je  me  sacrifie  entièrement 
«  et  sciemment  au  salut  de  ma  patrie.  Je  ne  pouvais 
«  m'imposer  seul  à  elle  qu'en  versant  des  flots  de  sang, 
«  qui  ne  sont  nullement  nécessaires  au  .rétabllsseœent  de 
«  l'ordre,  et  qui  ne  .seraient  versés  que  dans  mon  prrnrr 
x  intérêt.» 


97 


LAMARTINE 


98 


factieux ,  pour  essayer  l'effet  de  son  éloquence 
longtemps  irrésistible,  il  entendit  sortir  de  la  foule 
ce  cri  dédaigneux  :  «  Assez  de  lyre  comme  ça.  » 
■   II  fit  alors  battre  le  rappel,  réunit  un  bataillon  de 
gardes  mobiles  créés  par  lui ,  rentra  à  leur  tête 
dans  l'assemblée,  expulsa  les  factieux ,  monta  à 
cheval ,  marcha  à  l'hôtel  de  ville  avec  la  garde 
nationale,  reconquit  l'hôtel  de  ville,  arrêta  les 
chefs  des  factieux  qu'il  envoya  à  Vincennes ,  et 
revint  en  triomphe  à  l'assemblée.  Ce  fut  le  der- 
nier beau  jour  de  son  administration.  Le  temps 
de  la  parole  était  passé ,  le  rôle  de  l'épée  appro- 
chait. Lamartine  le  comprit.  S'il  redoutait  le  pou- 
voir militaire,  représenté  par  les  souvenirs  im- 
périaux, s'il  était  décidé  à  faire  exécuter  contre 
Loius-Napoléon  la  loi  qui  bannissait  les  Bona- 
parte ,  il  fut  le  premier  à  trouver  dans  le  géné- 
ral Cavaignac  l'homme  de  la  situation.  La  com- 
mission executive  traîna  son  existence  jusqu'à 
l'insurrection  de  juin.  Lamartine,  qui  avait  prévu 
le  soulèvement,  qui  n'avait  rien  négligé  pour  le 
comprimer,  se  retira,  après  avoir  combattu  en 
personne  les  insurgés,  devant  le  vote  de  l'assem- 
blée, qui,  le  24  juin,  conféra  le  pouvoir  au  général 
Cavaignac.  Ici  finit  la  carrière  politique  de  M.  de 
Lamartine. Sous  le  poids  d'une  impopularité  immé- 
ritée, l'illustre  orateur  se  laissa  aller  au  décourage- 
ment, et  parut  désespérer  de  la  république  qu'il  ne 
conduisait  plus.  L'amertume  de  ses  déceptions 
et  son  impatience  de  remettre  au  hasard  ce  que 
la  sagesse  humaine  était  impuissante  à  diriger, 
se  montrent  dans  ce  beau  discours  du  6  octobre 
qui  fut  son  testament  parlementaire.  L'assemblée 
nationale  discutait  l'amendement  Leblond,  qui 
conférait  aux  représentants  du  peuple  la  nomina- 
tion du  président  de  la  république.  M.  de  Lamar- 
tine repoussa  l'amendement ,  et  insista  pour  que 
cette  nomination  fût  confiée  au  suffrage  universel. 
Il  prévoyait  cependant  quels  seraient  les  résul- 
tats de  cet  appel  au  peuple ,  et  il  s'y  résignait 
avec  tristesse.  «  Je  sais,  dit-il,  qu'il  y  a  des 
moments  d'aberration  dans  les  multitudes  ;  qu'il 
y  a  des  noms  qui  entraînent  les  foules  comme  le 
mirage  entraîne  les  troupeaux ,  comme  le  lam- 
beau de  pourpre  attire  les  animaux  privés  de 
raison!  Je  le  sais,  je  le  redoute  plus  que  per- 
sonne ;  car  aucun  citoyen  n'a  mis  peut-être  plus 
de  son  âme ,  de  sa  vie ,  de  sa  responsabilité  et 
de  sa  mémoire  dans  le  succès  de  la  république. 
Si  elle  se  fonde ,  j'ai  gagné  ma  partie  humaine 
contre  la  destinée!  si  elle  échoue,  ou  dans  l'a- 
narchie ,  ou  dans  une  réminiscence  de  despo- 
tisme, mon  nom,  ma  responsabilité,  ma  mé- 
moire échouent  avec  elle  et  sont  à  jamais  répu- 
diés par  mes  contemporains!  Eh  bien,  malgré 
cette  redoutable  responsabilité  personnelle  dans 
les  dangers  que  peuvent  courir  nos  institutions 
problématiques  ,  bien  que  les  dangers  de  la  ré- 
publique soient  mes  dangers ,  et  sa  perte  mon 
ostracisme  et  mon  deuil  éternel ,  si  j'y  survivais, 
je  n'hésite  pas  à  me  prononcer  en  faveur  de  ce 
qui  vous  semble  le  plus  dangereux ,  l'élection 
^ouv.  moGR.  génér*  —  t.  xxix. 


du  président  par  le  peuple!  Oui,  quand  même  le 
peuple  choisirait  celui  que  ma  prévoyance,  mal 
éclairée  peut-être,  redouterait  de  lui  voir  choisir, 
n'importe  :  Aléa  jacta  es^  /Que  Dieu  et  le  peuple 

prononcent! Si  le  peuple  se  trompe,  s'il  se 

laisse  aveugler  par  un  éblouissement  de  sa  propre 
gloire  passée  ;  s'il  se  retire  de  sa  propre  souve- 
raineté après  le  premier  pas ,  comme  effrayé  de 
la  grandeur  de  l'édifice  que  nous  lui  avons  ou- 
vert, et  des  difficultés   de  ses  institutions 

s'il  nous  désavoue  et  se  désavoue  lui-môme,  eh 
bien,  tant  pis  pour  le  peuple!  ce  ne  sera  pas 
nous ,  ce  sera  lui  qui  aura  manqué  de  persévé- 
rance et  de  courage.  Je  le  répète ,  nous  pourrons 
périr  à  l'œuvre  par  sa  faute ,  nous ,  mais  la  perte 
de  la  république  ne  nous  sera  pas  imputée  !  Oui, 
quelque  chose  qui  arrive ,  il  sera  bien  dans  l'his- 
toire d'avoir  tenté  la  république ,  la  république 
telle  que  nous  l'avons  proclamée ,  conçue ,  ébau- 
chée quatre  mois ,  la  république  d'enthousiasme, 
de  modération,  de  fraternité,  de  paix,  de  pro- 
tection à  la  société,  à  la  propriété,  à  la  religion, 
à  la  famille,  la  république  de  Washington!  Ce 
sera  un  rêve ,  si  vous  voulez!  mais  elle  aura  été 
un  beau  rêve  pour  la  France  et  le  genre  hu- 
main!.... »  On  sait  comment  trois  manifestations 
du  suffrage  universel  ont  fait  évanouir  ce  rêve. 
Aux  élections  pour  la  présidence ,  M.  de  Lamar- 
tine n'eut  que  sept  mille  neuf  cent  dix  voix,  et 
aux  élections  générales  d'avril  1849,  il  ne  fut 
pas  élu  membre  de  l'assemblée  législative.  Son 
département  même  ne  lui  resta  pas  fidèle.  Il 
n'entra  à  l'assemblée  que  par  une  élection  par- 
tielle du  département  du  Loiret.  Comme  il  ne 
voulut  s'associer  aux  passions  exclusives  d'aucun 
parti,  il  resta  dans  l'isolement  et  n'eut  qu'un 
rôle  effacé  dans  les  affaires  publiques,  de  1849 
à  la  fin  de  1851.  Il  prêta  son  nom  et  son  talent 
au  journal  le  Pays,  qui  défendait  alors  la  cause 
de  la  république  modérée  ;  mais  après  les  évé- 
nements de  décembre,  il  abandonna  la  direction 
de  ce  journal,  et  se  tint  tout  à  fait  à  l'écart  des 
affaires  publiques.  Depuis  plusieurs  années  ses 
affaires  domestiques  exigeaient  une  grande  partie 
du  temps  que  la  politique  ne  réclamait  plus.  Sous 
la  brillante  opulence  du  poëte  se  cachait  une 
gêne  qui  remontait  au  voyage  en  Orient.  Déjà, 
dans  la  préface  des  Recueillements ,  il  murmu- 
rait ces  mots  res  angusta  domi  qui  devaient 
revenir  souvent  sous  sa  plume.  Le  brillant  suc- 
cès des  Girondins  ne  répara  pas  la  brèche  de 
sa  fortune  ;  les  événements  de  février  l'agrandi- 
rent, et  M.  de  Lamartine  essaya  vainement  de 
la  combler  par  un  travail  infatigable.  Les  Con- 
fidences et  Raphaël ,  récits  de  son  enfance  et 
de  sa  jeunesse,  parfois  pleins  de  charme,    de 
fraîcheur  et  de  magHificence,  parfois  aussi  dé- 
layés dans  une  phraséologie  creuse  et  sonore, 
les  Nouvelles   Confidences ,  l'Histoire   de   la 
Restauration ,  ouvrage  intéressant  d'une  trame 
peu  solide,  mais  où  abondent  les  observations  justes 
et  fines,  les  portraits  dessinés  avec  vérité  et  peints 

4 


99 


LAMARTINE  —  LA  MARTmiftRE 


100 


avec  éclat,  Le  Conseiller  du  Peuple ,  où  l'au- 
teur, dans  un  style  qui  se  plie  à  la  familiarité 
sans  perdre  de  sa  richesse,  donnait  an  peuple 
des  leçons  de  libéralisme  et  de  sagesse,  Le  Civi- 
lisateur, recueil  de  biographies  destiné  à  l'ensei- 
gnement populaire,  deux  ou  trois  romans  qui  s'a- 
dressent aussi  au  peuple,  une  Histoire  des  Cons- 
tituants, une  Histoire  de  la  Turquie,  une  His- 
toire delà  Russie,uue  édition  de  ses  œuvres  avec 
commentaires,  de?,  Entreliens  familiers  de  Lit- 
térature, recueil  périodique,  n'ont  pas  relevé  la 
fortunedeM.  de  Lamartine.  Ses  amis  se  sont  alors 
adressés  directement  au  pays,  et  ont  ouvert  une 
souscription,  en  1858,  en  faveur  du  grand  poète, 
de  l'homme  qui,  dans  le  mouvement  de  février, 
représenta  avec  le  plus  d'éclat  l'ordre  et  la  mo- 
dération. Cet  appel  à  l'admiration  et  à  la  recon- 
naissance a  été  jusqu'ici  bien  imparfaitement 
entendu,  et  les  résultats  de  la  souscription  n'ont 
pas  encore  assuré  à  M.  de  Lamartine  ce  que 
Cicéron  se  félicitait  d'avoir  trouvé,  après  les 
agitations  de  la  vie  publique ,  le  repos  avec  la  di- 
gnité, otium  cum  dignitate. 

Les  ouvrages  de  M.  de  Lamartine  sont  nom- 
breux, et  ont  eu  presque  tous  de  nombreuses 
éditions;  nous  n'indiquerons  que  les  pre- 
mières :  Méditations  poétiques;  Paris,  1820, 
în-8°;  —  Nouvelles  Méditations  poéti- 
ques; Paris,  1823,  in-8°  ;  —  La  Mort  de  So- 
crate,  poème;  Paris,  1823,  in-8°;  — Lettre  à 
M.  Casimir  Delavigne;  Paris,  1824,  in-18; 
—  Chant  du  Sacre,  ou  la  veille  des  armes; 
Paris,  1825,  in-8°  ;  —  Le  dernier  Chant  du 
Pèlerinage  de  Harold;  Paris,  1825,  in-8°  ;  — 
Épîtres;  Paris,  1825,  in-8o;  —  Discours  ijro- 
noncés  dans  l'Académie  Française  pour  la 
réception  de  M.  Alph.  de  Lamartine  ;  Paris, 

1830,  in-4";  —  Harmonies  poétiques  et  reli- 
gieuses; Paris,  1830,  2  vol.  in-8°;  —  Contre 
la.  Peine  de  mort  :  ode  au  peuple  ;  Paris,  1830, 
in-8°;  —  Sur  la  Politique  rationnelle  ;  Paris, 

1831,  in-8°;  —  Des  Destinées  de  la  poésie; 
Paris,  1834,  in-8°;  — Souvenirs  ,  Lmpressions, 
Pensées  et  Paysages  pendant  un  voyage  en 
Orient,  ounotes  d'un  voyageur  ;  Pzris,  1835, 
4  vol.  in-8°;  —  Jocelyn,  épisode,  journal 
trouvé  chez  un  curé  de  village;  Paris,  1836, 
2  vol.  in-8°  ;  —  La  Chute  d'un  Ange,  épisode; 
Paris,  1838,  2  vol.  in-S";  —  Recueillements 
poétiques;  Paris,  1839,  in-18;  —  Mélanges 
poétiques  et  discours;  Paris,  1839,  in-32;  — 
Vues,  Discours  et  Articles  sur  la  Question 
d'Orient;  Paris,  1840,  in-8°;  —  Histoire  des 
Girondins;  Paris,  1847,  8  vol.  in-8°;  —  Con- 
clusion de  l'Histoire  des  Girondins.  Lettre 
de  M.  de  Lamartine  à  M.  Jules  Pautet  ; 
Beaune,  1847,  in-8°;  —  Trois  Mois  au  pouvoir; 
Paris,  1848,  in-8°;  —  Raphaël,  pages  de  la 
vingtième  année;  Paris,  1849,  in  8°;  —  His- 
toire de  la  Révolution  de  1848;  Paris,  1849, 
2  vol.  in-8°;  —  Les  Confidences;  Paris,  1849, 
in-S"  ;  —  Les  Nouvelles  Confidences  avec  des 


fragments  poétiques  intitulés  Visions;  Paris, 
1851,  in-8°;  —  Toussaint  Louverture,  tra- 
gédie en  cinq  actes  et  en  vers  ;  Paris,  1850,  in-8°  ; 

—  Geneviève;  Mémoires  d'tine  servante,  dé- 
diés à  Reine-Garde  ;  Paris,  1851,  in  8°  ;  —  Le 
Tailleur  de  pierres  de  Saint- P oint  ;  Paris, 
1851,  in-8°;  —  Histoire  de  la  Restauration; 
Paris,  1851-1852,  7  vol.  in-8°  ;  —  Histoire  des 
Constituants  ;  1854,4  vol  in-8°;  —  Histoire  de 
la  Turquie;  Paris,  1855,  8  vol.  in-8°;  —  His- 
toire de  la  Russie;  Paris,  1856,  2  vol.  in-8°; 

—  Le  Conseiller  du  peuple ,  recueil  mensuel, 
de  1849-1852-,  —  Le  Civilisateur,  recueil 
mensuel,  de  1852-1856;  —  divers  Opuscules  et 
un  grand  nombre  de  Discours  ,  dont  on  trouve 
la  liste  dans  la  Littérature  française  contem- 
poraine de  Bourquelot.  Parmi  les  diverses  édi- 
tions des  Œuvres  complètes  de  M.  de  Lamartine, 
on  remarque  celle  que  l'auteur  a  donnée  lui-même 
sous  ce  titre  :  Œuvres  choisies  et  épurées;  Paris, 
Firmin  Didot,  1849-1850,  14  vol.  in-8°.  Cette  édi- 
tion comprend  toutes  les  poésies  de  l'auteur,  avec 
une  trentaine  de  pièces  inédites,  et  des  commen- 
taires, dans  lesquels  il  indique  les  circonstances 
de  date  et  de  lieu  qui  se  rattachent  aux  princi- 
pales de  ces  poésies.  En  général  ces  commen- 
taires ont  paru  peu  intéressants,  et  les  poé- 
sies inédites  sont,  à  peu  d'exceptions  près,  bien 
loin  de  la  grâce  facile  et  de  la  perfection  mélo- 
dieuse des  Méditations  et  àes.  Harmonies  M.  de 
Lamartine  publie  depuis  1856,  avec  un  grand  suc- 
cès, un  Cours  familier  de  Littérature  (1).  Dans 
ces  Entretiens  qui  paraissent  chaque  mois,  il 
communique  au  public  les  résultats  de  ses  étu- 
des, et  ses  impressions  les  plus  intimes  sur  les 
hommes  et  les  choses.  C'est  une  causerie  litté- 
raire, où  les  sujets  les  plus  divers  et  les  plus 
importants  sont  revêtus  du  charme  de  l'éloquence 
et  de  l'imagination.  Léo  Joubert. 

Cliapuys-Monllaville,  Alpltonse  de  Lamartine,  sa  vie 
pubtkjue  et,  privée.  —  Ern.  Falconnet,  ./ilph.  de  Lamar- 
tine, études  biographiques  littéraires  et  politiques; 
Paris,  1810,  in-8°.  —  Molinari,  A.  de  Lamartine,  bingra- 
phie,  dans  la  Revue  générale  biographique  et  littéraire 
de  l'ascallet  fl843).  —  L.  Liiri'ne,  Histoire  poétique  et  po- 
litique de  A.  de  Lamartine.  —  Sarriit  et  Saiiit-Edme, 
Biographie  des  Hommes  du  Jour,  t.  I.  —  Loménie,  Ga- 
lerie des  Contemporains  ilhistres,  t.  I.  —  Cli.  Robin,  Ga- 
lerie des  Gens  de  Lettres  au  dix-neuvième  siècle  (13'i8). 

—  Sainte  Beuve,  Portraits  contemporains,  t.  I.  —  Cau- 
series du  lundi,  t.  I,  IV.  —  Gustave  Planclie,  Portraits 
littéraires,  t.  I  (édit.  de  1849).  —  Daniel  Stern,  Histoire 
de  la  révolution  de  1848.  —  Rcgnatilt,  Hist.  du  gouv. 
provis.  —  Norinanby,  Une  Année  de  Révolution. 

LA  MARTIN  1ÈRE  (An toine-Augustin  Bru- 
zen  de)  ,  polygraphe  français,  né  à  Dieppe  (2), 

(1)  Il  forme  Jusqu'à  ce  jour  (  février  18B9)  6  vol.  et  codo- 
prend  entre  autres  articles  :  M="=  de  Girardin  —  Philoso- 
phie et  littérature  de  l'Inde  primitive.  —  Critique  de  la 
doctrine  de  la  perfectibilité  indéfinie  et  continue  de 
l'htimanité.  —  M.  de  Lamartine  et  l'Italie  en  1848.  —  Al- 
Dori  et  la  comtesse  d'Albani.  —  Le  poëme  de  Job.  — 
Racine.  —  TaUua.  —  Boileau.  —  Dante.  —  A.  de  Musset. 

—  iîéran;7cr.  —  Homère.  —  David,  berger  et  roi.  —  La 
Musique  Jl'  Mozart.  —  Pétrarque.  —  l.itléiatnre,  philo- 
.■îophie  et  politique  de  la  Chine.  —  Léopold  Robert. 

(2)  L'abbé  BcUanger  le  fait  naître  à  Piencourt  (  dioré^e 
de  Lisieux). 


101 


LA  MARTINIÊRE 


102 


en  1683,  mort  à  La  Haye,  le  19  juin  1749.  Il 
fit  ses  éfiules  à  Paris,  au  collège  <!c  Fortet,  sous 
les  auspices  de  son  parent  Richard  Simon.  En 
1709,  il  se  rendit  à  la  cour  de  Frédéric-Guil- 
laume, duc  de  Mecklenibourg,  qui  le  chargea 
de  dresser  une  histoire  géographique  de  ses  pos- 
sessions. La  mort  de  ce  prince,  arrivée  en  1713, 
interrompit  lestravauxde  La  Martinière.  Forcéde 
chercher  un  autre  protecteur,  il  s'attacha  en  1719 
à  François  Farnèse,  duc  de  Parme,  qui  le  char- 
gea d'une  mission  auprès  des  États  Généraux  de 
Hollande.  Après  un  séjour  de  quelques  années 
à  Amsterdam,  La  Martinière  se  fixa  à  La  Haye, 
où  il  termina  ses  jours.  Le  roi  d'Espagne  l'avait 
nommé  son  géographe  et  le  rot  des  Deux-Siciles 
son  secrétaire.  Bruys  en  fait  le  portrait  suivant  : 
«  11  avoit  été  marié  trois  fois,  ce  qui  pourroit 
sui"prendre  dans  un  homme  si  appliqué  ;  mais 
on  sait  qu'il  aimoit  d'ailleurs  la  joye,  la  bonne 
chère  et  les  plaisirs.  Sa  conversation  étoitanimée, 
et  .ses  expressions  vives  et  choisies;  il  railloit 
délicatement,  et  donnoit  un  tour  fin  et  souvent 
nouveau  à  ce  qu'il  disoit.  Il  étoit  généreux,  obli- 
geant et  prompt ,  mais  facile  à  pardonner.  Ses 
amis  lui  reprochoient  un  défaut  d'économie,  qui 
l'a  réduit  plus  d'une  fois  à  de  fâcheuses  extré- 
mités. Il  avoit  beaucoup  de  lecture,  une  mémoire 
heureuse,  un  jugement  sohde,  et  une  grande 
pénétration,  w  On  a  de  lui  :  Nouveau  Recueil 
des  Epigrammatistes  françois  anciens  et 
modernes,  contenant  ce  qui  s'est  fait  de  plus 
excellent  dans  le  genre  de  VÉpigramme,  du 
Madrigal,  du  Sonnet,  du  Rondeau  et  des 
petits  contes  en  vers  depuis  Marot  jusqu'à 
présent;  avec  la  Vie  des  auteurs,  et  des  Notes 
historiques  et  critiques,  un  Traité  de  la  vraie 
et  de  la  fausse  beauté  dans  les  ouvrages 
d'esprit,  des  Observations  sur  VÉpigramme; 
une  Bigression  sur  le  style  marotique  et  les 
règles  de  la  versification  françoise;  Ams- 
terdam, 1720,  2  vol.  in-12;  —  Introduction  à 
l'histoire  moderne,  générale  et  politique  de 
l'univers,  où  l'on  voit  l'origine,  les  révolu- 
fions,  l'état  présent,  et  les  intérêts  des  sou- 
iierains,  par  M.  de  PuffendorJ,  nouvelle  édi- 
tion, oie  Von  a  continué  tous  les  chapitres 
jusgtVà  présent,  et  ajouté  Vhistoire  des  prin- 
cipaux souverains  de  l'Italie,  de  V Allema- 
gne, etc.,  le  tout  dans  un  ordre  plus  naturel, 
avec  des  Notes  historiques,  géographiques  et 
critiques  et  des  cartes;  Amsterdam,  1721, 
7  vol.  in-12;  augmentée  et  retouchée;  Amster- 
dam, 1732-1735,  7  vol.  et  Amsterdam,  1743- 
1748,  11  vol.  in-12;  les  deux  derniers  volumes 
de  ces  éditions  sont  intitulés  :  Introduction  à 
l'histoire  de  VAsie,  de  V Afrique  et  de  V Amé- 
rique pour  servir  de  suite  à  Vhistoire  du 
baron  de  Puffendorf;  autre  édition  entièrement 
refondue  et  remaniée ,  revue,  augmentée  et  cor- 
rigée par  M.  de  Grâce,  avec  quantité  de  cartes 
et  de  vignettes;  Paris,  1754-1759,  8  vol.  iu-4".  La 
Martinière,  en  zélé  catholique,  a  retranché   le 


chapitre  de  Puffendorf  Sur  la  Monarchie  du 
Pape,  et  y  a  substitué  un  Abrégé  chronologiqxie 
de  la  souveraineté  des  papes  en  Italie;  — 
Dissertation  historique  sur  les  duchés  de 
Parme  et  de  Plaisance;  Cologne,  1722,  in-4°; 
—  deux  Essais  sur  Vorigine  et  les  progrès  de 
la  géographie,  avec  des  Remarques  sur  les 
principaux  géographes  grecs  et  latins;  le 
premier  de  ces  Essais  est  adressé  à  l'Académie 
l'oyale  d'Histoire  à  Lisbonne;  le  second  à  l'Aca- 
démie des  Inscriptions  et  Belles-Lettres  de  Paris. 
Ils  ont  été  insérés  dans  les  Mémoires  de  ces 
deux  Académies  et  dans  les  Mémoires  histo- 
7-iques  et  critiques  de  Camusat;  Amsterdam, 
1722,  t.  II;  -:-  Continuation  de  l'histoire  de 
France  sous  le  règne  de  Louis  XIV,  commencée 
par  Isaac  de  Larrey  ;  Rotterdam,  1718-1722, 
3  vol.  iu-4'',  et  9  vol.  in-12;  réimprimée  plu- 
sieurs fois  depuis;  —  Le  grand  Dictionnaire 
géographique  et  critique  ;  ha  Baye,  1726-1730, 
10  vol.  in-fol.  ;  réunprimé  avec  corrections, 
augmentations  et  changements  ;  Dijon  et  Venise, 
1739,  6  vol.  in-fol.;  Paris,  1768,  G  vol.  in-fol.; 
trad.  en  allemand  par  Chr.  de  Wolff ,  Leipzig, 
1744-1750,  13  vol.  in-fol.  Le  premier  volume  de 
cet  ouvrage  capital  est  dédié  au  roi  Philippe  V; 
le  second  à  la  reine  Élisabetli  Farnèse.  Quoiqu'on 
y  puisse  relever  un  grand  nombre  d'erreurs  et 
d'omissions,  on  ne  peut  refuser  à  l'auteur  les 
éloges  que  méritent  la  profonde  érudition  qu'on 
y  remarque  et  le  travail  iinmense  qua  coûté  une 
aussi  vaste  collection.  On  a  publié  à  Paris  et  à 
Lyon,  1759,  2  vol.  in-8°,  un  Abrégé  portatif  de 
ce  Dictionnaire  ;  —  Essai  d'une  traduction 
d'Horace  en  vers  français  par  divers  auteurs, 
avec  un  Discours  sur  les  Satyres  et  sur  les 
.  Épîtres  ;  Amsterdam, 1727,  in-8°.  Cet  Essai  ren- 
ferme vingt-huit  odes  d'Horace,  sept  satyres  et 
\iaQ:épitre;  les  traducteurs  sont,  outre  La  Mar- 
tinière, de  La  Mothe,"  Le  Noble,  le  marquis  de 
La  Fare,  Gacon  du  Troussel,  de  La  Fosse,  Ré- 
gnier des  Marets,  de  Saint-Bonet,  de  Mimure, 
de  Bussi-Rabutin  et  Le  Laboureur  ;  —  Philippi 
Cluverii  Introductio  in  universam  geogra- 
phiam,  tam  veterem,  quant  novam,  cum  no- 
tis  Johannis  Bunonis,  Johannis-  Friderici 
Hekelii,  Johannis  Reiskii  et  variorum ;  Ams- 
terdam, 1729,  in-4°;  —  Traités  géographiques 
et  historiques  pour  faciliter  Vintellïgence  de 
VÉcriture  Sainte;  La  Haye,  1730,  2  vol.  in-12. 
Cet  ouvrage  renferme  des  dissertations  curieuses 
de  Huet,  Le  Grand  et  dom  Calmet  Sur  le  Pays 
d'Ophir  et  les  Cananéens,  et  àa  P.  Hardouin 
Sur  le  Paradis  terrestre;  —  Lettres  choisies 
de  M.  Richard  Simon,  où  Von  trouve  un 
grand  nombre  de  faits-anecdotes  de  littéra- 
ture, précédées  delà  Vie  de  Vauteur ;  Amster- 
dam, 1730,  in-12;  —  Introduction  générale  à 
Vétude  des  sciences  et  des  belles-lettres  en 
faveur  des  personnes  qui  ne  savent  pas  le 
français;  La  Haye,  1731,  in-12;  réimprimée  à 
la  suite  des  Conseils  pour  former  une  biblio- 

4. 


Î03 


LA  MARTINÎÈRE  —  LAMB 


104 


thèqjiepeu  nombreuse  mais  choisie,  deFormey  ; 
Berlin  (Paris),  1756,  in-12;  —  Histoire  de  la 
Vie  et  du  Règne  de  Louis  XIV,  roi  de  France 
et  de  Navarre;  d'après  La  Hode  etLarrey;  La 
Haye,  1740,  5  vol.  in-4°;  —  Histoire  de  la 
Vie  et  du  Règne  de  Frédéric-Guillaume,  roi 
de  Prusse;  La  Haye,  1741,  2  vol.  in-12;  — 
L'État  politique  de  l'Europe;  La  Haye,  1742- 
1749,  13  vol.  in-12; —  L'Art  de  conserver  la 
santé,  composé  par  l'école  de  Salerne,  trad.  en 
vers  français  (  anonyme)  ;  La  Haye,  1743  ;  Paris, 
1749,  in-12;  —  Fables  héroïques  renfermant 
les  plus  saines  maximes  de  la  politique  et  de 
la  morale  avec  des  Discours  historiques 
(  d'après  Audin  )  ;  Amsterdam  et  Berlin,  2  vol. 
in-12,  avec  60  gravures;  —  Nouveau  Porte- 
feuille historique  et  littéraire  (ouvrage  pos- 
thume), publié  par  Leforl  de  La  Morinière, 
Amsterdam  et  Leipzig,  1753,  in-12  :  c'est  mie  es- 
pèce à'ana,  mÛlé  de  prose  et  de  vers,  où  l'on 
trouve  cependant  des  anecdotes  et  quelques  pièces 
fugitives  intéressantes  ;  —  Passe-temps  poéti- 
ques, historiques  et  critiques  (avec  de  Mal- 
herme  et  Perault);  Paris,  1757,  2  vol.  in-12  ;  — 
Vie  de  Molière  ;  —  Nouvelles  politiques  et 
littéraires  ;  sorte  de  journal  qui  a  duré  peu  de 
temps; —  Entretiens  des  Ombres  aux  Champs 
Élysées,  2  vol.  —  La  Martinière  a  édité  les 
Œuvres  de  Scarron;  Amsterdam,  1837,  10  vol. 
in-12  ;  —  les  Pensées  d'Oxenstiern^;  —  Recueil 
de  divers  Traités  sur  l'Éloquence  et  la  poésie; 
Amsterdam,  1731,  2  vol.  in-12.  On  a  attribué 
par  erreur  à  La  Martinière  :  Lettres  sérieuses 
et  badines  de  François  Bruys  ;  et  Relation  d'une 
Assemblée  tenue  au  bas  du  Parnasse,  de  l'abbé 
d'Artigny,  selon  Moréri;  de  Formey,  suivant 
Guéret.  L — z — e. 

Bruys ,  Mémoires  historiques,  1. 1,  p.  131  et  ssq.  —  Mo- 
réri ,  Grand  Dictionnaire  Historique  (  édit.  de  1759  ). 
—  Formey,  Conseils  pour  former  une  Bibliothèque  (édit. 
de  1756  ),  p.  36.  —  Paquot ,  Mémoires  pour  servir  à  l'his- 
toire des  Pays-Bas,  t.  I,  p.  236-247.  —  Prosper  Marchand, 
Dictionnaire  Historique,  t.  1"',  p.  44.  —  D'Argens, 
Lettres  juives,  préf.  du  t.  IV.  —  Van  der  Meulen  (abbé 
BellangrT),  Essais  de  Critique  sur  le  Dictionnaire  Géo- 
graphique (  Amsterdam,  In-is).  —  Rotermund  ,  i'Mpp/e- 
ment  à  JOcher.  —  Desmarquets,  Mémoires  chronolo- 
giques pour  servir  à  l'histoire  de  Dieppe  (Paris,  1785, 
2  vol.  in-12  ),  t.  II,  p.  37.  —  Barbier,  Dictionnaire  des 
Anonymes,  t.  IV,  p.  *33. 

«  LAMAS  (  D.  Andrès  ),  écrivain,  poète  et  di- 
plomate américain,  né  à  Montevideo,  vers  1820. 
D  se  consacra  d'abord  au  service  public  de  son 
pays.  Avant  le  siège  de  Montevideo,  il  avait  rem- 
pli des  fonctions  importantes  ;  il  fut  successive- 
ment directeur  de  la  police  de  Montevideo  et 
ministre  des  finances.  Avant  1850,  il  fut  choisi 
par  son  gouvernement  pour  le  représenter  au- 
près de  l'empire  voisin,  et  il  fut  nommé  ministre 
plénipotentiaire  de  la  république  de  l'Uruguay 
près  de  l'empereur  du  Brésil.  C'est  à  M.  Andrès 
Lamas ,  membre  de  l'Institut  de  Rio  de  Janeiro, 
que  l'on  doit  la  fondation  de  l'Institut  historique 
de  Montevideo.  Il  a  publié  des  poésies  qui  ont 


obtenu  du  succès  dans  l'Amérique  du  Sud. 
Comme  historien  il  adonné  :  Apuntes  hïstoricos 
sobre  las  agresiones  del  dictador  Argentine, 
D.  Juan- Manuel  Rosas,  contra  la  indepen- 
dancia  de  la  Republica  Oriental  del  Uru- 
guay ;  Montevideo,  1849.  L'ouvrage  le  plus 
connu  en  France  de  M.  Lamas  a  pour  titre  : 
Notice  sur  la  République  orientale  de  l'Uru- 
guay, document  de  statistique  concernant  sa 
population  indigène  et  exotique  et  le  déve- 
loppement de  sa  richesse,  trad.  de  l'espagnol; 
Paris,  1851,  in-S".  Cet  ouvrage  substantiel  fut 
publié  à  Rio  de  Janeiro  en  septembre  1850,  et 
jeta  beaucoup  de  lumière  sur  les  ressources  d'un 
pays  connu  jusque  alors  bien  imparfaitement.  On 
a  encore  du  même  historien  :  Collecçao  de  Me- 
morias  e  documentos  para  a  historia  e  geo- 
graphia  dos  povos  dorio  da  Prata;  —  Andrès 
Lamas  a  sus  compatriotas  ;  Rio  de  Janeiro, 
1855,  in-8°.  Le  portrait  de  M.  Andrès  Lamas. a 
été  publié  dans  L'Illustration.  F.  D. 

Magarlnos  Cervantes,  Estudlos  hïstoricos  politicos  y 
sociales  sobre  el  Rio  de  la  Plata;  Paris,  1854,  ln-18.  — 
Adolpiie  Delacour,  Le  Kio  de  la  Plata,  Buenos- Àyres, 
Montevideo;  Paris,  1845,  in-18.  —  Le  même,  Revue  in- 
dépendante. —  D'Ilastrel  de  Rlvednux,  L'Illustration  du 
14  décembre  1850.  —  Alfred  de  Brossard,  Les  Provinces 
de  la  Plata,  1  vol.  in-S". 

LAMB  { Jacques- Bland  Burges)  ,  publiciste 
anglais ,  fils  de  Georges  Burges ,  contrôleur  des 
douanes  en  Ecosse,  né  à  Gibraltar,  le  8  juin  1752, 
mort  en  1824.  Il  fut  élevé  à  Edimbourg,  à  l'école 
de  Westminster  et  au  collège  de  l'université  à 
Oxford.  En  quittant  Oxford,  il  voyagea  sur  le 
continent.  Au  retour  de  ses  voyages,  il  étudia  le 
droit,  et  fut  admis  au  barreau  en  1777.  En  1787 
il  entra  au  parlement  comme  représentant  pour 
Helston,  et  en  1789  il  devint  sous-secrétaire 
d'État  au  ministère  des  affaires  étrangères.  Peu 
après  le  commencement  de  la  révolution  française, 
il  fonda,  sous  les  auspices  de  Pitt,  le  joui'nal  du 
soir  appelé  The  Sun,  dans  lequel  il  inséra,  avec 
la  signature  d'ALmED,  plusieurs  aiticles  qui  fu- 
rent recueilis  en  un  volume  en  1792.  Il  fut  nommé 
commissaire  du  sceau  privé  en  1794,  et  créé 
baronet  en  1795.  La  même  année  il  obtint  la 
place  de  maréchal  de  la  maison  du  roi.  En  1821 
il  fut  autorisé  à  prendre  le  nom  et  les  armes  de 
Lamb.  Ses  ouvrages  sont  nombreux,  et  appar- 
tiennent à  des  genres  très-différents;  mais  dans 
aucun  Lamb  n'a  montré  un  talent  supérieur.  Les 
principaux  sont  :  Heroic  Epistles  from  ser- 
geant  Bradshaiv,  Esq.,  in  the  shades  to  John 
Dunning  Esq. ;1778; — Considérations  on  the 
law  of  insolvency;  Londres,  1783,  in-8°;  — 
Address  to  the  country  gentlmen  of  England 
Wales,  on  county  courts  ;  1789,  in-S";—  The 
Birth  and  Triumph  oj  Love;  1796,  in-4°;  — 
Richard  the  First,  an  heroic  poem  ;  1801 , 
2  vol.  in-8°;  —  The  Exodiade,  en  société  avec 
Cumberland,  endeux  parties,  1807, 1808  ;— fiea- 
sonsfor  a  ncw  translation  nf  the  Bible  ;  1819, 
in-4°.  «  Cet  ouvrage,  dit  Rose,  ne  signifie  rien, 


105 

sinon  l'incompétence  de  l'écrivain  à  traiter  ce 
sujet.  «  ^* 

Genlleman's  Magazine.  -  Rose,  Neiv  général  Biogr. 
Dictionary.  —  Gorton,  Gêner.  Biogr.  Dictionary. 

LAMB  [Charles),  poète  anglais,  né  à  Londres , 
le  18  février  1775,  mort  dans  la  même  ville,  le  27 
décembre  1834.  Il  était  fils  d'un  clerc  de  M.  Sait, 
un  des  jnges  d'Inner-Tempie,  et  il  naquit  dans  le 
Temple.  11  fut  élevé  àChrist's  Hospital.  Ses  pre- 
mières années  se  passèrent  donc  dans  un  des 
quartiers  les  plus  anciens  et  les  plus  affairés 
de  Londres,  et  cette  circonstance  exerça  une  du- 
rable influence  sur  son  caractère  et  ses  habitudes. 
Bien  qu'on  reconnaisse  dans  quelques  passages 
de  ses  écrits  le  sentiment  des  beautés  de  la  na- 
ture, il  était  bien  plus  sensible  encore  aux  réu- 
nions sociales,   aux.  splendeurs,  aux   étranges 
contrastes  de  luxe  et  de  misère ,  au  mouve- 
ment d'une  grande  ville.  L'intérieur  de  sa  fa- 
mille n'était  pas  brillant.  Un  père   tombé  en 
enfance,  une  mère  paralytique ,  une  sœur  qui 
s'épuisait  à  soigner  les  deux  infirmes,  et   qui 
ajoutait   par  quelques  travaux    d'aiguille   aux 
minces  ressources   du  ménage,  voilà   ce  que 
Charles  Lamb   retrouvait  lorsqu'il  rentrait  à  la 
maison,  après  avoir  passé  la  journée  dans  les 
bureaux  de  la  Compagnie  des  Indes.  Il  était  de- 
puis 1792  commis  au  comptoir  de  la  Compagnie 
avec  de   faibles  émoluments.  Son  ami  d'école, 
Coleridge ,  pour  le  distraire,  le  menait  quelque- 
fois aux  environs  de  Londres.  Il  s'éprit  d'une 
jeune  fille  qui  habitait  le  voisinage  d'Islington 
(  la  jeune  fille  aux  beaux  cheveux  de  ses  pre- 
miers vers),  et  se  mit  à  écrire  des  poésies.  Cet 
amour,  auquel   s'attachaient  toutes    ses   espé- 
rances, fut  brusquement  interrompu  par  un  af- 
freux malheur  domestique.  Dans  l'automne  de 
1796,  M"''  Lamb  donna  des  signes  de  folie,  et  le  22 
septembre,  dans  un  accès  de  frénésie,  elle  tua  sa 
mère.  Dans  la  lettre  où  il  annonçait  cet  événe- 
ment à  Coleridge,  il  lui  dit  :  «  Ne  faites  pas  men- 
tion de  poésie  ;  j'ai  détruit  tout  vestige  de  va- 
nité de  cette  sorte.  Ma  raison  et  mes  forces  m'ont 
été  laissées  pour  prendre  soin  de  la  raison  de 
ma  sœur.  »  Il  se  dévoua  tout  entier  à  une  vie 
de  sacrifice  et  d'abnégation ,  et  devint  pour  sa 
sœur,  dont  la  raison  resta  sujette  à  des  éclipses, 
le  plus  tendre  et  le  plus  infatigable  gardien  (1). 
«  Pour  elle,  dit  M.  Talfourd ,  il  abandonna  toute 
pensée  d'amour  et  de  mariage  ;  avec  un  revenu 
d'une  centaine  de  livres  que  lui  donnait  son  em- 
ploi ,  il  entreprit,  à  l'âge  de  vingt-deux  ans ,  le 
voyage  de  la  vie,  avec  la  compagne  bien  aimée 
que  lui  rendait  plus  chère  encore  son  étrange 
malheur  et  la  constante   appréhension  de  voir 
reparaître  la  maladie  qui  en  avait  été  cause.  » 
Lamb  chercha  des  distractions  à  cette  sombre 
existence  dans  la  culture  des  lettres ,  dans  des 


(1)  Dans  les  dernières  années,  miss  Lamb  pouvait  tou- 
jours annoncer  le  retour  de  ses  accès;  elle  avait  l'habi- 
tude de  s'y  préparer,  prenait  avec  elle  une  camisole  de 
force,  et  se  rendait  elle-même  à  la  maison  de  saoté,  où 
elle  irestait  jusqu'à  ce  que  l'accès  fût  passé. 


LAMB  106 

amitiés  choisies,  et  aussi  dans  des  plaisirs  moins 
relevés.  Lui-môme  convient  qu'il  aimait  trop  le 
vin.  Ses  ouvrages  imprimés,  disait-il,  n'étaient 
que  des  passe-temps,  ses  véritables  œuvres  se 
trouvaient  dans  des  centaines  de  volumes  déposés 
dans  les  casiers  de  Leaden-hall.  Mais  si  lourde- 
ment qu'il  sentît  l'ennuyeuse  tâche  de  ses  de- 
voirs journaliers ,  il  eut  le  bon  sens  de  ne  pas 
échanger  ses    appointements  fixes  de  commis 
contre     les     profits  incertains  de  la    littéra- 
ture.  Enfin ,  au  bout   de  trente-trois  ans ,  il 
obtint  sa  retraite  en  1825,  avec  une  pension  de 
450  livres  sterl.  par  an.  Il  accueillit  avec  enthou- 
siasme sa  liberté,  qu'il  appelait  «  son  hégire  >>, 
et  il  aurait  joui  avec  délices  de  cette   paresse 
permise  s'il  n'eût  été  attristé  par  la  position  de 
sa  sœur,  dont  les  accès  devenaient  de  plus  en 
plus  fréquents.   Il  mourut  à  l'âge  de  soixante 
ans;    sa   sœur  lui  survécut  treize    ans.    Elle 
expira  le  20  mai    1847.  Le  début  littéraire  de 
Lamb    fut  un  petit  volume  de  poésies,   pu- 
bliées avec  Coleridge  et  Lloyd.  Cette  association 
attira  sur  lui  la  colère  du  journal  tory  V Anti- 
Jacobin.  Sondramede  John  Woodvil,  publié  eu 
1801,  ne  réussit  pas  mieux  auprès  de  la  revue 
whig  YEdinburgh  Review;  mais  le  goût  crois- 
sant du  public  pour  les  anciens  poètes  et  pour 
ceux  qui  de  nos  jours  les  ont  imités,  fit  mieux 
apprécier  les  vers  de  Lamb.  Cependant  sa  po- 
pularitéestsurtout  fondée  sur  ses  écrits  en  prose, 
particulièrement  sur  ses  Essays   qf  Elia,  qui 
parurent  d'abord  dans  le  London  Magazine,  et 
furent  recueillis  ensuite  en  deux  petits  volumes  ; 
1818,  in-12.  On  a  encore  de  lui  :  Spécimens  of 
English  dramatic  Poets  who  lived  about  tke 
timeof  Shakspeare;  1808:  c'est  un  choix  des 
auteurs  dramatiques  contemporains  de  Shaks- 
peare fait  avec  beaucoup  de  goût  et  avec  un  sen- 
timent, exquis  de  l'ancienne  poésie  anglaise.  Dans 
ses  mélanges  de  prose  et  de  vers,  on  trouve  des 
morceaux  charmants  pleins  de  finesse  et  d'origi- 
nalité, entre  autres  le  Farewell  to  tobacco ,  E.s- 
says  on  Roast  Pig;  —  Christ' s  Hospital  Thirty 
five  yearsago;  —  Tfie  old  Benchers  of  the  In- 
ner  Temple;—  On  the  Genius  of  Hogarth ;  -— 
On  the  Tragédies  of  Shakspeare.  Dans  ces  di- 
vers  morceaux  humoristiques  ou   sérieux,  on 
trouve  cette  observation  pénétrante  et  minutieuse 
qui  dans  les  sujets  les  plus  connus  découvre  des 
côtés  nouveaux  et  ce  rare  talent  d'expression  qui 
anime  tout  ce  qu'il  touche.  Lamb  compila  avec 
sa  sœur  trois  ouvrages  pour  les  enfants  :  Mrs  Lei- 
cester'    School,  or  the   history    of  several 
young  ladies,  related  by  themselves;  1809, 
2  vol.  in-8"';  —  Talcs  from  Shakspeare;  — 
The  Adventures  of  Ulysses.  Les  Lettres  de 
Lamb  ont   été  publiées  par  M.  Talfourd.  Elles 
sont  d'une  lecture  fort  agréable,  et  peignent  par- 
faitement cet  esprit  vif,  capricieux,  capable  des 
pensées  les  plus  élevées  et  des  sentiments  les 
plus  nobles,  trop  faible  pour  ses  propres  défauts 
et  très-iudulgeiit  pour  ceux  des  autres.     L.  J. 


107 


LAMB  —  LAMBALLE 


108 


Préface  des  Last  Hssays  of  tlie  Elia.—  Tflfourd,  The 
l^tters  flf  Ch.  Lamb,  ivitli,  a  sketch  ofhislife;  Lon- 
dres, 1837,  2  vol.  in-12-,  Final  Memorials;  1848,  2  v©l. 
in-12.  —  Quarterl'j  Review.  juillet  1835  —  Edinbitryh 
Revieto,  octobre  1837.—  Pliilarète  Chasles,  dans  la  Revue 
des  Deux  Mondes,  15  novembre  1842.  —  Fercade,  dans  la 
Remie  des  Deux  Mondes  ,  15  janvier  1849.  —  English 
Cyclopœdia  (  Blography  ). 

LAMB  (Georges),  publiciste  anglais,  qua- 
trième fils  du  premier  lord  Melliourne,  né  le 
11  juillet  1784,  mort  le  2  janvier  1834.  Il  fut 
élevé  à  Eton  et  au  collège  de  La  Trinité  à  Cam- 
bridge, et  commença  ses  études  de  droit.  Mais  à 
la  mort  de  son  frère  aîné  il  abandonna  la  juris- 
prudence, et  se  consacra  anx  belles-lettres.  11  fut 
un  des  premiers  collaborateurs  de  la  Revue.  d'E- 
dimbourg, et  eut,  à  ce  titre ,  sa  part  dans  les 
épigrammes  de  Byron ,  décochés  aux  reviewers 
écossais.  En  1818,  à  la  mort  de  sir  Samuel  Ro- 
milly,  il  fut  élu  membre  de  la  Chambre  des 
Communes  pour  Westminster;  mais  il  échoua 
aux  élections  générales  de  1819,  et  ne  rentra  au 
parlement  qu'en  1826,  sous  les  auspices  du  duc 
de  Devonshire  et  pour  le  bourg  de  Dungannoo. 
En  1832,  quand  son  frère  lord  Melbourne  devint 
secrétaire  d'État  de  l'intérieur  dans  le  ministère 
de  lord  Grey,  il  fut  nommé  sous-secrétaire  du 
même  département.  Il  avait  fait  jouer,  dans  sa 
jeunesse,  à  Covent-Garden  une  farce  intitulée 
Whistlejor  i(,  qui  fut  très-mal  reçue  du  public. 
Il  est  aussi  l'auteur  d'une  traduction  de  Catulle, 
imprimée  à  Londres,  en  1821,  a  un  petit  nombre 
d'exemplaires.  Z. 

Rose,  New  General  Bior/.  Dictionary. 
LAMB  (Lady  Caroline),  dame  anglaise,  dis- 
tinguée par  son  talent  poétique,  née  le  13  no- 
vembre 1785,  morte  à  Londres,  le  26  janvier  1828. 
Fille  unique  de  Frédéric  Ponsonby,  troisième 
comte  de  Besborough,  elle  fut  élevée  par  sa 
grand-mère  maternelle,  la  comtesse  douairière 
Spencer.  En  1805  elle  épousa  William  Lamb  (de- 
puis lord  Melbourne  ).  Le  grand  et  fâcheux  événe- 
ment de  sa  viefut  sa  liaisonintime  avec  lord  Byron, 
alors  (en  1813)  dans  tout  l'éclat  de  sa  gloire,  et 
avant  le  déchaînement  de  l'opinion  publique  qui 
le  força  de  quitter  l'Angleterre.  Byron  était  hau- 
tain, égoïste,  capricieux,  gâté  par  son  immense 
succès;  lady  Lamb  avait  un  caractère  décidé, 
passionné  et  impérieux.  Entre  ces  deux  personnes 
si  distinguées,mais  fort  peu  faites  pour  s'entendre, 
les  rapports  furent  orageux  et  aboutirent  à  une 
bruyante  rupture.  Comme  adieu,  Byron  adressa 
à  celle  qui  lui  demandait  un  souvenir,  les  vers 
suivants .:  «  Se  souvenir  de  toi  !  Se  souvenir  de 
toil  Jusqu'à  ce  que  les  Ilots  du  Léthé  aient  éteint 
l'ardent  torrent  de  ta  vie,  les  remords  et  la 
honte  résonneront  autour  de  toi,  elle  poursui- 
vront comme  un  rêve  dans  la  fièvre.  Se  souvenir 
de  toi!  N'en  doute  pas,  ton  mari  songera  aussi 
à  toi.  Ni  lui  ni  moi  nous  ne  t'oublierons,  toi  qui 
fus  perfide  pour  lui,  toi  qui  fus  un  démon  pour 
moi  !  >'  Lady  Lamb  ne  se  crut  pas  assez  vengée 
de  cette  brutale  et  poétique  invective  par  la  dou- 
loureuse destinée  de  Byron,  séparé  de  sa  femme 


et  se  dérobant  par  l'exil  à  l'explosion  de  i'in- 
dignation  publique;  elle  composa  le  roman  de 
Gienarvon,  où  elle  peignit  le  grand  poète  anglais 
sous  les  plus  noires  couleurs.  Cet  ouvrage  eut 
Uii  succès  de  scandale,  et  méritait  un  succès  lit- 
téraire. L'art  y  manque,  mais  la  passion  y  dé- 
borde. Le  second  roman  de  lady  Lamb,  Graham 
Uamdton,  est  plus  calme,  et  offre  avecdes  carac- 
tères mieux  dessinés  une  analyse  morale  plus 
précise.  Son  troisième  roman,  Ada  Rets,  témoigne 
d'un  progrès  encore  plus  marqué  dans  le  sens  de 
l'observation  délicate  et  de  la  peinture  exacte  du 
monde  réel.  Par  le  scandale  de  son  amour  avec 
Byron,  par  l'éclat  des  romans  que  remplissait  le 
souvenir  de  celle  liaison,  lady  Caroline  Lamb 
s'était  fermé  le  grand  monde.  Elle  vivait  dans 
sa  belle  terre  de  Broket-hall,  réconciliée  avec 
son  mari,  mais  ne  pouvant  oublier  le  poète 
qu'elle  avait  maudit  dans  Glennrvon.  Un 
jour,  se  trouvant  à  la  gi-ille  de  son  parc ,  d'où 
l'on  apercevait  la  grande  route ,  elle  vit  passer 
un  char  funèbre  qu'elle  reconnut  aux  armoiries. 
C'était  le  cercueil  de  Byron  que  l'on  ramenait  à 
Newstead.  Cette  rencontre,  soit  qu'elle  fût  tout  à 
fait  imprévue,  comme  on  l'a  raconté,  soit  que 
lady  Lamb  n'eût  pas  craint  d'en  affronter  volon- 
tairement l'émotion,  produisit  sur  elle  un  effet 
terrible.  On  la  ramena  mourante  dans  soii  châ- 
teau. Elle  résista  à  ce  choc ,  mais  sa  raison  était 
affaiblie  et  sa  santé  détruite.  Après  avoir  langui 
trois  ans,  elle  succomba,  au  commencement  de 
1828.  Lady  Caroline  a  inséré  dans  ses  romans 
ou  publié  dans  divers  recueils  des  pièces  de  vers 
quelquefois  fort  remarquables.  Voici  une  traduc- 
tion de  trois  stances  qui  setrouvent  dans  Graham 
Hamilton  :  «  Si  tu  pouvais  savoir  ce  que  c'est 
que  pleurer,  pleui'er  seule  et  sans  qu'on  ait  pitié 
de  toi  ;  ce  que  c'est  que  veiller  dans  la  longue 
nuit,  tandis  que  les  autres  dorment,  une  silen- 
cieuse et  morne  veille,  tu  ne  ferais  pas  ce  que 
j'ai  fait.  » 

«  Situ  pouvais  savoir  ce  que  c'est  que  sourire, 
sourire  quand  chacun  vous  dédaigne,  et  cacher 
sous  d'artificieux  mensonges  un  cœur  qui  connaît 
mieux  la  peine  que  la  dissimulation,  tu  ne  fe- 
rais pas  ce  que  j'ai  fait.  » 

«  Oh  !  si  tu  pouvais  deviner  combien,  quand 
les  amis  sont  changés,  et  quand  la  santé  s'en  est 
allée,  le  monde  paraîtrait  lugubre  à  tes  yeux;  si 
comme  moi  tu  ne  devais  être  chère  à  personne, 
tu  ne  ferais  pas  ce  que  j'ai  fait.  )> 

Gienarvon  a  été  traduit  en  fiançais;  Paris, 
1819,  1824,  3  vol.  in-12.  L.  J. 

Gentleman's  Magazine.  —  Bulwer,  Life  of  Byron.  — 
Gorton,  General  hiographical  Dictionary. 

LAMBALLE  {Marie-Thérèse-Louise  hE  Sa- 
voie-Carignan,  princesse  de),  princesse  fran- 
çaise, née  à  Turin,  le  8  septembre  1748,  mas- 
sacrée le  3  septembre  1792,  à  la  prison  de  La 
Force.  La  princesse  de  Lamballe  était  fille  de 
Louis-Victor  de  Savoie-Carignan  et  de  Henriette 
de  Hesse-Rheinl'elds.   Elle   avait   reçu,  grâce 


J09  LAMBALLE 

aux  soins  de  sa  mère,  une  éducation  réelle- 
ment digne  de  son  rang,  et  cette  éducation,  se- 
condée par  les  dons  d'une  riche  et  heureuse  na- 
ture ,  avait  donné  à  la  cour  de  Sardaigne  une 
princesse  charmante ,  en  attendant  que  le  ma- 
riage donnât  à  la  cour  de  France  une  princesse 
accomplie.  C'est  vers  la  France,  en  effet,  que  de 
honne  heure  s'étaient  portés  les  vœux  et  les  es- 
pérances de  la  famille  de  Carignan.  C'est  donc 
avec  tout  le  bonheur  de  l'ambition  satisfaite  qu'on 
vit  arriver  à  Turin  le  baron  de  Choiseul-Beau- 
pré,  chargé  par  Louis  XV  de  demander  au  roi 
de  Sardaigne  la  main  de  la  princesse  de  Cari- 
gnan pour  le  fils  du  duc  de  Penthièvre,  Louis- 
Alexandre-JosephSlanislas  de  Bourbon,  prince 
de  Lamballe,  grand-veneur  de  France. 

Le  mariage,  déclaré  le  14  janvier  1767,  fut 
béni  par  procuration  le  18.  Le  soir  même,  la 
princesse  savoyarde,  devenue  princesse  fran- 
çaise, partait  pour  la  France.  A  Montereau, 
où  elle  arriva  le  30,  un  jeune  page  riche- 
ment vêtu  lui  offrit  galamment  un  bouquet, 
et  à  Nangis  elle  reconnut  dans  la  personne  de 
son  propre  mari  cet  important  messager.  Les 
deux  fiancés  furent  enfin  solennellement  unis  au 
château  de  Nangis  par  le  cardinal  de  Luynes.  La 
nouvelle  mariée  fut  présentée  le  5  février  à  Ver- 
sailles ,  s'y  conciliant  tous  les  cœurs,  par  sa 
beauté  et  surtout  par  sa  grâce.  Le  jeune  couple 
fut  pendant  trois  mois  absolument  heureux.  Mais 
les  conseils  et  l'exemple  du  duc  de  Chartres,  de- 
puis duc  d'Orléans,ne  tardèrent  pas  à  reprendre 
sur  son  faible  ami  leur  ancienne  et  pernicieuse 
influence.  Le  charme  fut  rompu,  et  le  jeune  im- 
prudent ,  que  le  vertueux  duc  de  Penthièvre  se 
félicitait  déjà  d'avoir  ramené  au  bien  par  l'amour 
et  par  le  bonheur,  recommença  de  plus  belle  à 
courir  les  aventures  de  la  débauche.  Déjà  hé- 
roïque, l'épouse  délaissée,  oubliant  son  propre 
affront  ne  songea  qu'à  consoler  son  père  adoptif. 
Une  sorte  de  pressentiment  lui  rendait  ce  devoir 
encor  plus  impérieux  et  plus  cher.  On  peut 
voir  dans  les  Mémoires  de  Bachaumont  com- 
bien il  y  avait  déjà  de  force  et  de  vertu  dans 
ce  sacrifice  de  sa  douleur  à  celle  d'un  père.  Ces 
Mémoires  nous  apprennent  en  effet  que  dès  le 
28  juillet  1767  mademoiselle  de  La  Chassaigne, 
actrice  de  la  Comédie  Française,  étala  une  gros- 
sesse scandaleuse,  fruit  de  ses  amours  adultères 
avec  le  jeune  prince  de  Lamballe ,  qui  en  sep- 
tembre aurait,  selon  les  mêmes  Mémoires,  achevé 
de  déshonorer  sa  malhou'euse  épouse  par  un  ou- 
trage plus  sanglant  que  l'infidélité.  Nous  sommes 
forcé  de  renvoyer  au  livre  de  Bachaumont 
(21  septembre  1767).  Malgré  le  courage  et  la 
piété  de  M'"''  de  Lamballe,une  séparation  devenait 
imminente.  La  mort  s'en  chargea.  Le  7  mai  1768, 
le  coupable  et  malheur-eux  infidèle  expirait  au 
château  de  Luciennes,au  milieu  d'horribles  souf- 
frances, suite  d'une  opération  nécessitée  par  ses 
débauches.  Il  avait  vingt  ans,  sa  veuve  dix-huit. 
La  princesse,  qui  avait  prodigué  au  malade  des 


110 

soins  si  pénibles  pour  une  épouse,  le  pleura 
comme  s'il  l'eût  mérité.  Et  comme  cette  âme 
tendre  avait  besoin  de  se  vouer  à  quelqu'un,  elle 
consacra  sa  vin  à  adoucir  celle  de  son  beau-père. 
Elle  passa  avec  lui  à  Rambouillet  le  temps  de 
son  deuil ,  et  retourna  avec  lui  à  la  cour,  où 
Louis  XV  la  reçut  avec  des  égards  marqués. 
La  pieuse  Marie  Leczinska  n'avait  pas  tardé 
à  suivre  dans  la  tombe  Mme  de  Pompadour. 
Louis  XV  se  trouvait  à  la  fois  sans  femme  et 
sans  maîtresse.  On  songeait  à  profiter  de  cet  ins- 
tant propice  pour  l'unir,  pai-  des  liens  légitimes, 
à  une  personne  qui  paraissait  lui  plaire  et  qui 
était  au  moins  digne  de  lui.  La  fille  aînée  du  roi, 
la  fière  Adélaïde,  embrassa  ce  projet  avec  un  âpre 
enthousiasme.  Ce  projet,  qui  devait  purifier  la 
majesté  royale,  échoua  grâce  aux  artifices  de 
M.  de  Choiseul  et  de  sa  sœur,  M™e  de  Gram- 
mont ,  et  surtout  grâce  à  la  sourde  opposition  de 
ces  courtisans  avilis,  compUces  de  l'ambition  du 
ministre  et  intéressés  à  ce  que  le  roi  eût  des 
vices.  M™^  de  Lamballe,  habituée  déjà  à  tous  les 
renoncements  de  ce  monde,  ne  fut  ni  affligée  ni 
surprise  de  ce  dénoûment.  Elle  n'eût  accepté  que 
par  devoir  d'être  reine  de  France  ;  et  comme 
pour  montrer  que  son  précoce  héroïsme  était 
inépuisable,  elle  consentit  encore  à  cette  autre  et 
rude  épreuve  d'assister  au  mariage  du  duc  de 
Chartres  avec  sa  belle-sœur.  M"®  de  Penthièvre, 
et  d'accompagner  son  amie  dans  les  bras  de  celui 
qui  avait  perdu  son  mari.  Elle  voyagea  avec  la 
nouvelle  épouse  dans  les  vastes  possessions  des 
Penthièvre  et  des  d'Orléans,  et  y  fît  couvrir  ce 
double  nom  de  bénédictions.  Puis ,  elle  se  fixa 
avec  son  beau-père  à  Vernon,où  tous  deux  cher- 
chèrent, en  faisant  le  bien  autour  d'eux,  à  se  faire 
oublier  d'une  cour  qui  avait  vu  la  présentation 
de  M'"''  Dubarry,  et  à  l'oublier. 

M"^  de  Lamballe  n'y  reparut  que  lors  du  ma- 
riage du  Dauphin  avec  Marie-Antoinette.  La 
nouvelle  Dauphine,  qui  cherchait  avec  inquiétude, 
dans  cette  cour  étrangère  et  prévenue,  une  amie 
surqui  s'appuyer,la  trouva  dans  M'^^de  Lamballe, 
en  attendant  qu'elle  trouvât  un  vrai  mari  dans 
ce  prince  contraint,qu'on  éloignait  systématique- 
ment d'elle.  Elle  avait  rencontré  la  jeune  et  sym- 
pathique veuve  aux  petits  bals  de  nadame  de 
Noailles.  La  voir,  ce  fut  l'aimer.  Marié'  Antoinette, 
devenue  reine,  désira  se  l'attacher  intimement,  et, 
en  dépit  des  murmures  parcimonieux  de  Louis  XVI 
et  du  mécontentement  jaloux  de  mesdames  de 
Noailles  et  de  Cossé,  elle  parvint  à  faire  re- 
vivre en  sa  faveur  la  charge  de  surintendante  de 
la  maison  de  la  reine,  vacante  depuis  M"®  de 
Clermont.  Elle  n'avait  vu  dans  cette  charge,  si 
dangereuse  entre  les  mains  d'une  femme  ambi- 
tieuse, qu'un  moyen  de  rapprocher  d'elle  cette 
princesse  amie  des  champs  et  de  la  solitude,  qui 
fuyaitla  reine  pour  fuir  la  cour.  M"*  de  Lamballe 
ne  vit  dans  cet  honneur  qu'un  devoir  de  plus  à 
remplir,  et  elle  se  résigna  à  des  fonctions  qui  l'o- 
bligeaient à  briller,  parce  qu'elles  lui  promettaient 


Itl 


LAMBALLE 


112 


d'être  utile.  C'est  à  cette  époque  qu'il  faut  la 
peindre  avec  cette  physionomie  pure  et  sereine 
et  cette  lèvre  demi-souriante,  et  ces  yeux  où 
se  reflétait  l'ardeur  d'une  âme  angélique.  «  Leur 
éclair  même  était  tranquille.  Malgré  les  secous- 
ses et  la  fièvre  d'une  maladie  nerveuse ,  il  n'y 
avait  pas  un  pli,  pas  un  nuage  sur  son  beau 
front ,  battu  de  ces  longs  cheveux  blonds,  qui 
boucleront  encore  autour  de  la  pique  de  sep- 
tembre. »  C'est  l'époque  des  parties  de  traîneaux, 
de  ces  promenades  triomphales  où  la  princesse 
de  Lamballe  paraissait  >t  enveloppée  de  fourrures 
avec  l'éclat  de  la  fraîcheur  de  ses  vmgt  ans,  et 
on  pouvait  dire  que  c'était  le  printemps  sous  la 
marte  et  sous  l'hermine  »  (M™^  Campan).  C'est 
l'époque  des  petits  bals  intimes  de  l'apparte- 
ment de  la  surintendante ,  et  des  villégiatures 
pastorales  de  Trianon  ;  c'est  l'époque,  enfin,  de 
la  première  et  plus  chaude  amitié. 

La  reine  et  la  princesse  ne  se  quittent  pas. 
Tout  leur  est  commun.  Marie- Antoinette  lui  pré- 
sente M.  de  Lauzun,  afin  qu'il  soit  son  ami,  parce 
qu'il  est  l'ami  de  la  reine.  De  chaque  côté,  c'est  un 
assaut  de  prévenances  ingénieuses  et  de  galantes 
surprises.  M"^  de  Lamballe  se  trouve  mal  aux 
pieds  du  lit  où  la  reine  est  en  proie  aux  dou- 
leurs de  la  maternité.  En  mars  1775,  au  retour 
de  ce  voyage  de  Rennes  où  M™"  deLamballe  avait 
accompagné  son  beau-père,  qui  allait  présider 
les  états,  Marie-Antoinette,  impatiente  de  la 
revoir,  la  fait  prier  de  paraître  en  tel  état  qu'elle 
fût.  Et  en  entrant  la  belle  absente  s'attendrit  en 
se  voyant  peinte  sur  une  glace  de  l'appartement 
de  la  reine.  En  1776  on  apprend  qu'elle  est  ma- 
lade de  la  rougeole  à  Plombières.  La  reine  se 
désole  et  envoie  M.  de  Lauzun  à  Plombières  ex- 
près pour  avoir  des  nouvelles  de  son  amie. 

M""^  de  Lamballe  était  digne  de  cette  faveur, 
qu'elle  n'avait  pas  recherchée  et  dont  elle  n'usait 
point,  de  crainte  d'en  abuser.  Aussi  inacces- 
sible à  l'ambition  qu'à  l'envie,  elle  ne  témoigna 
aucun  dépit  en  voyant  le  crédit  de  M"^  de  Po- 
lignac,  servi  par  tous  les  manèges  d'une  coterie 
astucieuse,  éclipser  le  sien.  Elle  s'éloigna  de  la 
cour  sans  affectation,  et  alla  sous  les  ombrages 
de  Sceaux  pleurer  en  paix  la  mère  qu'elle  venait 
de  perdre.  Elle  attendit  ainsi  patiemment  que 
l'heure  de  l'adversité,  c'est-à-dire  son  heure  à 
elle,  fût  venue  et  qu'elle  pût  se  dévouer  sans 
crainte  de  récompense.  C'est  dans  cette  noble  at- 
tente que  l'avait  vue,  sans  doute,  la  femme  qui 
en  a  tracé  un  portrait  où  il  est  impossible  de  ne 
pas  la  reconnaître  et  de  ne  pas  l'admirer  [Mém. 
delà  baronne  d'Oberkirch,  U,  15(>)- 

Enfin  arrivèrent  les  temps  difficiles  ;  la  monar- 
chie menacée  n'eut  plus  d'autres  courtisans  que 
sesamis.  M.  de  Choiseul  venait  de  mourir  (1785), 
dernier  espoir  de  la  reine,  et,  dans  son  décou- 
ragement ,  elle  revenait  à  cette  noble  délaissée 
«  qui  s'était  éloignée  sans  un  murmure,  qui  se 
redonnait  sans  une  plainte  ». 

Aussitôt  recommença,  pour  ne  plus  finir  qu'à 


la  mort,  cette  touchante  intimité  entre  deux 
princesses  si  dignes  l'une  de  l'autre.  Cependant 
les  états  généraux  s'ouvrirent  sous  des  aus- 
pices déjà  troublés.  La  popularité  naissante  du 
duc  d'Orléans  y  humilia  de  son  triomphe  la 
popularité  déchue  du  roi  et  de  la  reine.  Au  sor- 
tir de  cette  cérémonie  pleine  de  déceptions ,  qui 
commença  l'ère  malheureuse,  Marie-Antoinette 
ne  put  trouver  que  dans  les  bras  de  son  amie 
quelque  soulagement  à  son  indignation  et  à  sa 
douleur.  M™^  de  Lamballe  sentit  que  le  moment 
était  venu  d'agir.  Les  courtisans  qui  demandent 
tout  s'éloignaient  peu  à  peu.  C'était  le  tour  de 
ces  rares  courtisans  qui  ne  demandent  rien, 
comme  le  disait  la  reine  elle-même.  C'était  le  mo- 
ment de  M.  de  Fersen  et  de  M™^:  de  Lamballe. 

La  princesse  tenta  d'abord  auprès  du  duc 
d'Orléans  une  démarche  spontanée,  qui  eût 
abouti  sans  doute  (il  en  était  temps  encore)  à 
un  rapprochement  sincère  et  fécond.  Des  cir- 
constances puériles  et  fatales  firent  avorter  ce 
noble  effort,  comme  plus  tard  celui  de  Bertrand 
de  MoUeville.  M""^  de  Lamballe  se  retourna  d'un 
autre  côté.  Ce  qui  exaspérait  le  peuple  contre  la 
cour,  c'était  la  disette  factice  organisée  dans  ce 
but  par  les  chefs  avoués  ou  cachés  de  la  révolu- 
tion. Un  banquier,  nommé  Pinel,  homme  de 
confiance  du  duc  d'Orléans,  passait  pour  l'agent 
secret  des  accapareurs.  Mme  de  Lamballe,  d'ac- 
cord avec  Marie-Antoinette,  proposa  à  cet  homme 
une  entrevue  à  Marly. Pinel,  flatté  d'une  pareille 
ouverture,  se  rendait  à  cette  entrevue ,  lorsqu'il 
fut  arrêté  par  le  poignard  des  assassins.  Son 
cadavre  fut  retrouvé  dans  la  forêt  du  Vesinet, 
son  portefeuille  à  côté  de  lui.  Mais  le  portefeuilé 
était  vide.  Lors  des  terribles  journées  des  5  et  6 
octobre,  à  Versailles,  M^ne  de  Lamballe,  tardive- 
ment avertie,  se  disposait  à  quitter  l'hôtel  de 
Toulouse  (aujourd'hui  Banque  de  France), 
pour  voler  auprès  de  la  reine  assiégée  par  les 
hordes  parisiennes.  Le  duc  de  Penthièvre  l'arrêta 
sur  le  seuil  ,  et  parvint  à  l'empêcher  de  courir 
un  danger  inutile.  Mais  le  lendemain,  avide  de 
prendre  sa  revanche  ,  la  noble  femme  était  aux 
Tuileries,  et  c'est  encore  sur  son  sein  que  la  reine 
put  épancher  ses  douleurs  et  ses  craintes. 

Pour  ne  plus  manquer  les  occasions  d'être 
utile,  la  princesse  de  Lamballe  invoqua  les  pri- 
vilèges de  sa  charge,  et  s'installa  aux  Tuileries, 
au  rez-de-chaussée  du  pavillon  de  Flore.  Dès  ce 
moment  elle  ne  quitte  plus,  que  pour  mourir, 
la  famille  royale ,  à  laquelle  elle  s'est  dévouée 
avec  un  petit  groupe  de  serviteurs  fidèles.  C'est 
en  vain  que  le  duc  de  Penthièvre ,  la  reine  elle- 
même  la  supplient  de  mettre  quelques  limites 
à  cette  généreuse  et  dangereuse  détermination. 
Elle  envoie  son  beau-père  l'attendre  à  Aumale,  à 
Vernon.  Soulagée  par  ses  promesses,  et  forte  de 
ce  qu'elle  n'a  jamais  rien  demandé ,  elle  insiste 
auprès  de  la  reine,  pour  avoir  dans  son  dévoue- 
ment jusqu'au  droit  d'être  indiscrète.  Elle  se 
ti'ouvait  cependant  à  Yevnon  lors  de  cette  fa- 


113 


LAMBALLE 


114 


incuse  séance  da4  février  1790,  où  Louis XVI  se 
rendit  sponlanémeut  à  l'Assemblée  nationale  pour 
jurer  d'y  maintenir  la  liberté  constitutionnelle. 
Louis  XVI ,  ce  jour-là  ,  faillit  reconquérir  son 
peuple.  11  fut  reconduit  à  son  palais  par  les  dé- 
putés transportés,  au  bruit  d'acelamations  en- 
thousiastes. La  reine,  ce  jour-là,  crut  encore  au 
salut,  sinon  à  la  \ictoire,  et  s'empressa  de  faire 
partager,  par  une  lettre  à  son  amie,  cette  der- 
nière espérance  (5  fév.  1790).  Quelques  jours 
avantle  départ  pour  Varennes,  la  reine  lui  confia, 
aussitôt  qu'ils  furent  arrêtés,  ses  projets  d'éva- 
sion et  ne  la  décida  à  aller  à  Aumale,  qu'en  lui 
promettant  de  l'appeler  auprès  d'elle,  aussitôt  en 
sûreté.  Elle  devait  même  lui  écrire  à  son  arrivée 
à  Montmédy. 

A  peine  de  retour  aux  Tuileries,  et  prisonnière 
dans  son  palais ,  la  reine  instruit  M™^  de  Lam- 
balle  de  son  sort,  et  la  conjure  de  s'éloigner.  C'é- 
tait l'appeler.  Cependant,  faisant  violence  à  son 
amitié ,  la  courageuse  reine  redoublait  d'exhor- 
tations et  d'encouragements  à  une  séparation 
momentanément  nécessaire.  Un  article  du  Pa- 
quebot,  kuille  révolutionnaire,  où  M"""  de  Lam- 
balle  était  accusée  d'avoir,  lors  du  départ  pour 
Varennes ,  fait  arborer  la  cocarde  blanche  à  ses 
gens,  et  de  correspondre  avec  M™^  Dubarry 
pour  organiser  la  contre-révolution ,  fit  cesser 
ses  dernières  hésitations.  Elle  voulut  se  conser- 
ver.... pour  l'avenir.  Elle  partit  pour  l'Angle- 
terre, sous  prétexte  de  prendre  les  eaux  de 
Bath,  non  sans  avoir  répondu  par  une  lettre 
ferme  et  polie,  adressée  à  la  Feuille  du  Jour, 
aux  assertions  du  folliculaire  dénonciateur.  En 
Angleterre  la  princesse  de  Lambaile  fut  accueillie 
avec  la  distinction  due  à  son  rang  et  à  son  mé- 
rite. Elle  y  attendait,  en  essayant  de  se  rendre 
utile  à  la  cause  royale,  l'occasion  propice  pour 
retourner  en  France  et  reprendre  auprès  de  la 
reine  ce  poste  de  confiance  et  de  danger  que  les 
lettres  de  Marie-Antoinette  lui  faisaient  briguer 
davantage  loin  de  l'en  dégoûter.  Elle  revint  à 
Paris  à  la  faveur  de  l'espèce  de  trêve  que  pro- 
cura à  Louis  XVI  l'acceptation  de  la  constitu 
tion.  Le  20  juin,  nous  la  retrouvons  aux  côtés  de 
la  reine,  quand  elle  s'écrie  :  Ma  place  est  auprès 
du  roi  !  cette  voix  qui  lui  répond  :  Votre  place 
est  auprès  de  vos  enfants  !  c'est  la  voix  de  la 
princesse  de  Lambaile.  Au  10  août,  lorsque  la 
monarchie  a  perdu,  sans  la  livrer,  sa  dernière 
bataille,  lorsque,  malgré  les  conseils  et  les  re- 
proches énergiques  de  la  reine,  déterminée  à 
vaincre  ou  à  mourir,  Louis  XVI  se  rend  à  l'As- 
semblée pour  se  mettre  sous  sa  protection, 
c'est  encore  M""'  de  Lambaile  que  nous  retrou- 
vons avec  M""=  de  Tourzel  dans  la  loge  du  Lo- 
gographe.  «  Le  13  août  au  soir,  des  lampions 
s'allument  au  Temple  et  l'illuminent  toute  la  nuit 
en  signe  de  rejouissance.  La  révolution  a  écroué 
la  monarchie!  Au  deuxième  étage  de  la  petite 
tour,  la  reine  est  couchée,  Madame  auprès  d'el  le. . . . 
M'"'=  de  Lambaile  est  encore  à  côté  de  la  reine!  » 


Elle  n'y  resta  pas  longtemps.  Dans  la  nuit  du 
19  août,  deux  commissaires  de  la  municipalité 
vinrent  procéder  à  l'enlèvement  de  toutes  les 
personnes  qui  n'étaient  pas  membres  de  «  la  fa- 
mille Capet.  »  Après  une  séparation  qui  attendrit 
jusqu'à  ces  bourreaux,  M^es  de  Lambaile.  et 
de  Tourzel  sont  arrachées  des  bras  de  la  reine  et 
de  ses  enfants,  interrogées  au  conseil  de  la  com- 
mune de  Paris.,  et  conduites  à  la  prison  de  La 
Force.  Dans  l'intervalle,  et  en  dépit  des  prières  et 
de  l'or  du  duc  de  Penthiêvre,  en  dépit  de  la  pitié 
timide  de  Manuel ,  une  haine  bien  puissante  ou 
une  bien  aveugle  fatalité  durent  peser  sur  le 
sort  de  la  princesse  de  Lambaile  ;  car  vingt- 
quatre  femmes  détenues  à  La  Force,  et  parmi 
elles  M™*  de.Tourzel,  furent  mises  en  liberté  par 
ordre  des  commissaires  de  la  commune...  Et 
elle  y  resta.  Manuel  l'y  avait-il  laissée  jusqu'au 
dernier  moment,  attendant  toujours  en  vain  une 
heure  propice  ou  un  prétexte  plausible  pour  la 
sauver.!*  Fut-il  violemment  débordé  par  ses  col- 
lègues jaloux  ou  trahi  par  ses  émissaires?  Un 
mot  malheureux,  un.  geste  de  répugnance  et  de 
dégoût  précipitèrent-ils  sur  la  tête  de  l'infor- 
tunée princesse  les  coups  des  meurtriers  jusque 
là  contenus. 3  Ce  mot  ?  «  Élargissez  Madame  !  » 
signifiait -il,  dans  la  pensée  du  juge  gagné,  la  li- 
berté, ou  signifiait-il  la  mort?  Voilà  ce  qu'il 
n'est  guère  possible  de  savoir  aujourd'hui.  Peut- 
être  toutes  ces  ruses,  toutes  ces  précautions, 
toutes  ces  espérances  secrètes  des  derniers  amis 
de  l'infortunée  princesse  furent-elles  déçues  i>ar 
une  volonté  plus  forte  que  tout ,  par  la  volonté 
d'un  homme,  Danton,  par  exemple,  qui  essaya, 
au  moment  delà  prise  de  Longwy  et  de  Verdun, 
de  faire  reculer  l'invasion  devant  la  tête  de  l'amie 
de  la  reine,  n'osant  lui  montrer  encore  celle  de 
de  la  reine  elle-même. 

Quoiqu'il  en  soit,  le  3  septembre  au  matin , 
la  princesse  de  Lambaile,  brutalement  réveillée, 
descendait  à  peine  vêtue,  rudement  soutenue  sous 
le  bras  par  deux  hommes  à  mine  farouche,  l'es- 
calier ténébreux  qui  menait  à  ce  tribunal  impro- 
visé, où  cinq  bourreaux  déguisés  en  juges 
(L'Huillier,  Hébert,  Le  père  Duchesne,  Monneuse 
et  Dangers)  comptaient,  mais  ne  jugeaient  pas 
leurs  victimes.  Madame  de  Lambaile,  qui  se 
croyait  sauvée  peut-être,  ayant  été  épargnée  la 
veille,  par  suite  d'une  mystérieuse  protection  ou 
d'unedistraction  deségorgeurs,  s'évanouit  de  sur- 
prise et  d'horreur  à  la  vue  de  ce  sombre  corridor, 
menant  à  la  mort  par  un  guichet,  de  ces  hommes 
ivres  et  sanglants,  qui  répondaient  par  les  cris 
de  :  La  Lambaile  !  La  Lambaile  !  Mort  à  la  Lam- 
baile! aux  crix  des  malheureux  qu'on  achevait 
dans  la  rue.  Cependant  elle  reprend  ses  sens; 
elle  se  redresse  à  demi  dans  les  bras  de  sa 
femme  de  chambre,  M""^  de  Navarre,  et  onl'in- 
terroge  :  Qui  êtes-vous?  —  Marie -Louise, 
princesse  de  Savoie-Carignan.  —  Votre  qualité? 
—  Surintendante  de  la  maison  de  la  reine.  — 
Aviez-vous    connaissance  des  complots  de  la 


If 5  LAMBALLE  - 

cour  au  10  août?  —J'ignore,  répondit-elle,  s'il 
y  avait  des  complots  a»  10  août;  mais  je  sais 
que  je  n'en  ai  eu  aucune  connaissance.  —  Jurez 
la  liberté,  l'égalité,  la  haine  du  roi,  de  la  reine 
et  de  la  royauté.  —  Je  jurerai  facilement  les  deux 
premiers.  Je  ne  puis  jurer  le  dernier.  Il  n'est 
pas  dans  mon  cœur.  —  Jurez  donc;  si  vous  ne 
jurez  pas  vous  êtes  morte  !  »  lui  dit  tout  bas  un  des 
assistants,  qui  veillait  là  sans  doute  au  nom  de 
Manuel,  gagné  par  l'or  du  duc  de  Penthièvre  et 
plus  encore  par  la  beauté  de  sa  belle-fille.  Elle 
ne  répondit  rien,  leva  ses  deux,  mains  à  la  hau- 
teur de  ses  yeux,  et  fit  un  pas  vers  le  guichet. 
Qu'on  élartjisse  madame,  ditL'Huillier.  C'était 
la  sentence  de  mort.  Au  même  moment  les  juges 
et  les  bourreaux  de  l'Abbaye  reconduisaient  en 
triomphe  chez  elle  la  princesse  de  Tarente,  qui, 
elle,  n'avait  pas  répondu  par  le  silence  à  l'odieuse 
injonction,  mais  avait  hautement  et  fièrement  re- 
fusé de  renier  et  avait  conquis  sa  vie  en  la  sacri- 
fiant. 

Cependant  deux  hommes  avaient  saisi  la  prin- 
cesse deLamballepar  le  bras  et  l'entraînaient  ru- 
dement. Le  même  individu,  qui  lui  avait  dit  tout 
bas  :  '<  Jurez  donc  !  »  l'accompagnait  en  lui  recom- 
mandant de  crier  :  Vive  la  nation!  Une  explo- 
sion d'enthousiasme  et  de  pitié,  provoquée  par 
ce  cri,  était  le  dernier  espoir  sans  doute  des  li- 
bérateurs. Mais  la  malheureuse  femme  marchait 
sur  des  cadavres.  Elle  s'en  aperçut,  et  ne  put 
retenir  un  murmure  derépugnance  :  «  Quelle  hor- 
reur !  »  fit-elle  en  chancelant.  A  ce  moment  un  de 
ces  monstres  impatients  essaya  de  lui  enlever  son 
bonnet  avec  la  pointe  de  son  sabre;  mais,  ivre 
de  sang  et  de  vin ,  il  atteignit  la  princesse  au- 
dessus  de  l'œil  ;  le  sang  jaillit,  ses  long  cheveux 
blonds  se  dénouèrent  et  inondèrent  ses  épaules. 
Elle  allait  tomber.  Ses  deux  conducteurs  la 
traînèrent  en  avant.  Elle  s'évanouissait  à  chaque 
pas.  Une  demi-douzaine  d'individus  postés  dans 
le  passage  s'écrièrent,  aussitôt  qu'ils  l'aperçurent: 
«  Grâce!  grâce!  »  — '<■  Mort  aux  laquais  déguisés 
du  duc  de  Penthièvre  !  »  s'écria  Momin,  qui  tomba 
sur  eux  à  coups  de  sabre.  Deux  de  ces  malheu- 
reux furent  tués  sur  place;  les  autres  se  sau- 
vèrent par  la  fuite.  En  même  temps,  Charlat, 
tambour  de  la  garde  nationale  dans  le  bataillon 
des  Arcis ,  déchargea  sur  la  tête  de  la  princesse, 
portée  plutôt  que  soutenue  par  ses  deux  con- 
ducteurs ,  un  coup  de  bftche  qui  retendit  à  ses 
pieds  sur  une  pile  de  cadavres.  On  l'acheva  à 
coups  de  sabre  et  de  pique.  Un  scélérat,  Grison, 
garçon  boucher,  lui  coupa  la  tête,  et  la  porta 
triomphalement  sur  le  comptoir  d'un  marchand 
de  vin,  qu'ils  finirent  par  dévahser.  On  dépouilla 
le  corps  de  ses  vêtements;  deux  heures  il  resta 
étendu  sous  les  regards  brutaux  de  la  populace. 
A  chaque  moment  quelque  barbare  inventait  un 
nouvel  affront  ou  un  nouveau  raffinement  pour 
prolonger  au  delà  de  la  mort  même  un  supplice 
trop  court  à  son  gré.  Senègre,  Delorme  et  Mo- 
min épongeaient  avec  un  ironique  sang-froid, pour 


L4MBARDE 


tl6 


en  faire  ressortir  la  blancheur,  le  sang  ruisselant 
de  ce  beau  corps  déchiré.  Bientôt  le  cadavre  fut 
déchiré,  mutilé,  partagé.  On  se  fit  de  ses  débris 
d'impudiques  jouets  ou  de  sanglants  trophées.  Le 
cœur  enlevé  fut  mis  au  bout  d'un  sabre,  la  tête 
au  bout  d'une  pique.  Alors  commença  cette  infer- 
nale promenade  ,  au  bruit  des  fifres  et  des  tam- 
bours, qui  eut  pour  dernière  station  la  cour 
même  de  la  prison  du  Temple.  Marie-Antoinette, 
avant  de  s'évanouir,  à  la  seule  annonce  de  cette 
horrible  visite,  put  entendre  les  paroles  de  Don- 
jou,  qui  pour  écarter  le  peuple  lui  promettait 
la  proie  qu'il  était  venu  insulter.  Le  peuple  se 
retira  ,  comptant  sur  le  supplice  prochain ,  et 
dans  le  premier  étage  du  Temple  on  se  prépara 
au  martyre.  M.  de  Lescdre. 

Mémoires  secrets  de  Bachaumont.  —  Correspondance 
de  Metra.  —  Mémoires  de  M™=  Canipan.  —  Mémoires 
de  Laiîzun.  —  Mémoires  de  La  Motte- Valois.  —  Mé- 
moires do  la  baronne  il'Oticrkirch.  —  Correspondance 
de  Mirabeau  avec  le  comte  de  Lamarck  (Introduction). 
— Mémoires  de  la  princesse  de  LambuUe  (  par  M""'Gué- 
nard),  V  v.  in-12;  Paris,  1801.  —  Mémoires  relatifs 
d  la  famille  royale  de  France  pendant  la.  revolii- 
tion,  etc....;  1826,  2  V.  in-8°.  —  Mémoires  de  Weber.  — 
3Iém.  de  Bertrand  de  MoUeviile.  —  TJ/ewotï-es  de  Cléry. 
—  Hue,  Méin.  de  Madame.—  Récit  df  M™«  de  Navarre.— 
Récit  présenté  à  iMuis  XVIII.  en  1817,  par  Ménessier.  — 
Peltier,  Révolution  du  10  Août.  —  Tableaux  de  Paris, 
par  Mercier — Mémoires  sur  tes  Massacres  de  Septembre, 
publiés  par  Barrière.  —  Histoire  de  DlarieAntoinette, 
par  MM.  de  Soncourt. 

liAMBARDE  (  VFj^Zmm),  légiste  et  antiquaire 
anglais,  néàLondres,  en  1536,  et  mort  le  19  août 
1601.  En  1556  il  étudia  le  droit,  et  fut  suc- 
cessivement juge  de  paix  du  comté  de  Kent  en 
1579,  maître  en  chancellerie,  puis  garde  des 
archives  de  la  chancellerie  en  1597,  et  en  !600 
garde  des  archives  d'Angleterre.  La  reine  Elisa- 
beth voulut  lui  donner  un  témoignage  d'estime 
particulière  en  lui  .annonçant  elle-même  cette 
nomination.  La  vie  de  Lambarde  fut  tout  en- 
tière consacrée  aux  bonnes  œuvres  et  aux  re- 
cherches scientifiques.  Outre  la  fondation  d'un 
hôpital  pour  les  pauvres  de  Greenwich ,  et  qui 
est  le  premier  établissement  de  ce  genre  élevé 
par  les  protestants ,  l'Angleterre  doit  à  Lambarde 
plusieurs  ouvrages  de  jurisprudence  vraiment 
utiles  à  ceux  qui  se  destinent  au  barreau  ou  à  la 
magistrature.  Il  publia  d'abord  une  collection  et 
traduction  des  lois  saxonnes,  dont  il  avait  fait 
une  étude  particulière.  Cet  ouvrage,  qui  fut 
réimprimé  en  1644  par  Abraham  Wheeloch, 
avec  V Histoire  ecclésiastique,  parut  à  Londres 
en  1568,  sous  le  titre  de  :  'Apx,aiovo[Aia,  sive  de 
priscis  Anglorum  legibus  iibri;  in-4°;  — 
Eirenarcha,ou  les  devoirs  des  juges  de  paix, 
en 4  volumes,  réimprimés  dix  fois  de  1581  à  161 9; 
—Les Devairsdes  Constables,oavTàgequi eutsix 
éditions  depuis  1582  ;  —  Pandecta  Rotulorum  ; 
1601  ;  —  Archeion,  ou  Discours  sur  les  hautes 
cours  de  justice  en  Angleterre  :  cet  ouvrage 
ne  fut  publié  qu'en  1635,  trente-quatre  ans 
après  la  mort  de  l'auteur.  Lambarde  avait  égale- 
ment publié,  en  1570,  un  voyage  dans  le  comté 
de  Kent  :  Perambulation  of  Kent.  Cet  ouvrage 


117  LAMBARDR  —  LAMBERG 

n'était  que  le  commencement  et  comme  lYchan- 
tillon  (l'une  description  générale  de  la  Grdn(ie- 
Bretagiie  dont  il  rassemblait  les  matériaux.  Quand 
il  sutqueCanipden  préparait  un  ouvrage  du  inônie 
genre,  Lambarde  suspendit  ses  travaux.  Ses  le- 
cherclies  n'ont  cependant  pas  été  perdues.  On 
les  a  publiées  en  1730,  in-4",  sous  ce  titre  :  Die- 
tionnarium  Angim  Topograp/ncum  et  Histo- 
riciiin.  F.-X.  Tessiep,. 

mich'ili^.  Li/e  qf  J.ambarde.  —  hridgeman,LegallJiOlio- 
gruphy, 

jLAiiiiiËCK  {Pierre),  érudit  et  bibliograpiie 
allemand ,  né  à  Hambourg,  le  13  avril  1628,  mort 
le  3  avril  1080,  à  Vienne.  Son  père,  Heino  I^ain- 
beck,  né  en  1586,  mort  en  1661,  enseignait  les 
matliématiques  à  l'école  Saint-Jacques  de  Ham- 
bourg, et  a  publié  sur  les  sciences  du  calcul 
quelques  ouvrages  à  l'usage  de  la  jeunesse  {voij. 
Moller,  Cimbria  Lilerata,  t.  I  ).  Le  jeune  Lam- 
beck  étudia  à  Amsterdam,  où  l'avait  envoyé  L. 
Hôlstenius,  son  oncle  maternel,  les  belles-lettres 
et  la  jurisprudence,  sous  la  direction  de  Vos.sius 
etdeNihusius.  En  1646  il  vint  àParis  ;  il  demeura 
chez  le  cardinal  Barberini ,  et  se  mit  en  rapport 
avec  Du  Puy,  Sirmond,  Petau, Naudé,  Huetet  Ba- 
luze.  En  1647  il  alla  rejoindre  à  Rome  son  oncle 
Hôlstenius,  auprès  duquel  il  passa  deux  ans.  En 
1649  il  se  rendit  à  Toulouse,  où  il  se  fit  recevoir 
licencié  endroit.  De  retour  à  Hambourg  en  1650, 
il  fut  nommé,  deux  ans  après,  professeur  d'his- 
toire, et  en  1660  recteur  du  collège.  En  1662  il 
épousa  une  vieille  fille  très-riche ,  mais  si  aca- 
riâtre, qu'il  se  sépara  d'elle  deux  semaines  après 
son  mariage.  Depuis  longtemps  dégoûté  du  sé- 
jour de  Hambourg,  où  on  lui  suscitait  mille  tracas- 
series, parce  qu'on  le  soupçonnait  d'incliner  vers 
la  religion  catholique,  il  quitta  cette  ville,  passa 
quelque  temps  à  Vienne,  et  alla  ensuite  à  Rome 
abjurer  le  protestantisme.  De  retour  à  Vienne,  en 
octobre  1662,  il  y  fut  nommé  sous-bibliothécaire 
et  historioaraphe  de  l'empereur.  En  1663  il  de- 
vint conservateur  en  chef  de  la  Bibliothèque  im- 
périale, et  il  consacra  le  reste  de  sa  vie  à  en  faire  le 
classement  méthodique.  On  a  de  Lambeck  :  Pro- 
dromus  lucubraiionum  criticantm  in  A.  Gel- 
lii  yoctes  Atticas  ;  Paris,  1647,  in-8°  ;  réimprimé 
dans  diverses  éditions  d'Aulu-Gelle,  notamment 
dans  celle  de  Leyde,  1706; — G.  Coclim  et  al- 
terius  anonymi  Excerpta  de  Antiquitatibus 
Constantinopolitanis, graece  et  latine;  Paris, 
1655,  in-fol.;  cette  bonne  édition  fait  partie  de  la 
collection  byzantine  du  Louvre;  —  Origines 
Hamburgensesaburbe  condita,seu  anno  Chr. 
808-i22ï>,  cumcollectione  variorum  diploma- 
tum  et  dupUcï  vita  S.  Anscharii,  a  Rem- 
berto  et  Gualdone  composita;  Hambourg,  j 
1652,  in-4°;  le  second  volume  de  cette  histoire  ' 
de  Hambourg,  qui  va  jusqu'en  1292,  fut  publié  î 
dans  cette  ville  en  1661,  in-4'' ;  l'ouvrage  entier  ! 
a  été  réimprimé  par  les  soins  de  J.-A.  Fabricius, 
avec  les  Scriptores  septentrionales  de  Lin-  [ 
denbrog ,  et  les  Inscriptiones  Bamburçenses  ! 


ItS 

de  Th.  Anckelmann,  Hambourg,  1706,  in-fol,; 
—  Prodromus  Historix  literariae  cl  Tabula 
duplex  Chronologica  universalis;  Hambourg, 
1659,  in-fol.  ;  —  Oratlones  cum  programma- 
tibus  nounullis  ;  Hambourg,  1660,  in-4"';  réim- 
primé dans  le  tome  HI  des  Mémorise  Hmnbitr- 
genses; — Commentaria  de  AugusiaBibliothe- 
ca  Csesarea  Vindobonensi ;  Vienne,  1665-1679, 
8  vol.,  in-fol.  C'est  l'ouvrage  le  plus  important 
de  Lambeck;  le  premier  volume  contient  l'his- 
toire de  la  bibliothèque  de  Vienne;  le  second 
renferme  des  recherches  sur  la  ville  de  Vienne, 
les  six  autres  donnent  des  détails  sur  presque 
tous  les  manuscrits  grecs  de  la  biWiothèque  de 
Vienne.  L'ouvrage  fut  interrompu  par  la  mort 
de  Lambeck;  Nesselius,  son  successeur,  en  pu- 
blia une  continuation  sous  le  titre  de  :  Brevïa- 
rium  et  supplementum  comment ariortim 
Lambecianorum ,  sive  catalogus  manuscrip- 
torum  grœcorum  necnon  linguarum  orienta- 
liuni;  Vienne,  1690,  in-fol.  On  a  donné  un 
extrait  de  ces  deax  ouvrages  sous  le  titre  de  : 
Bibliotheca  acroamatica;  Hanovre,  1712, 
in-S";  —  Epislola  ad  Augustum  Bi-unswlcen- 
sem  de  bibliothecee  Vindobonensis  codicibus 
qui  omnium  Fiavii  Josephi  operum  editioni 
possunt  servire;  Vienne,  1666,  in-4";  —  fjia- 
rium  sacrï  itineris  quod  imperator  Leopol- 
dus  I  anno  1665  suscepit ;  Vienne,  1666, 
in-4'';  c'est  le  journal  détaillé  d'un  pèlerinage 
fait  par  Léopold  F''  au  monastère  de  Marieu- 
Zell  en  Styrie,  en  action  de  grâces  de  la  victoiie 
remportée  sur  les  Turcs  au  Saint-Gothard  ;  on  y 
trouve  beaucoup  d'observations  concernant  l'his- 
toire littéraire  ;  l'ouvrage  a  été  réimprimé  avec 
quelques  autres  opuscules  par  les  soins  de 
J.-A  Fabricius;  Hambourg,  1710,  in-fol.;  —Ca- 
talogus llbrorum  a  se  compositoi'um  ;  Vienne, 
1673,  in-4''.  Lambeck  a  aussi  publié,  d'après  un 
manuscrit  de  Vienne,  YHistoria  iirbis  Mantuœ 
et  Familiee  Gonzagee  de  Platina  ;  Vienne,  1675, 
in-4".  E.  G. 

MôUer,  Cimbria  Literata,  t.  III.  —  Leben  des  Pétri 
Lambecii;  Hambourg,  l724,in-8o. — Nicéron,  Mémoires, 
t.  XXa.  —  liayle,  Dictionn.  —  Chaufepie,  Nouveau  ûict. 
Historique.  —  Brucker,  Ehrentempel.  —  I^ben  gelehrter 
Hamburger.  —  Zedler,  Univcnal-Lexilion.  —  Rotcr- 
raunil.  Supplément  à  Jôcher.  —  Sax,  Onomasticon, 
t.  IV,  p.  SU. 

fLAMBERG  { Joseph-Maximilien , comte  de), 
savant  morave,  né  le  24  novembre  1729,  à  Briinn, 
et  mort  dans  cette  ville,  le  23  juin  1792.  Après 
avoir  fréquenté  les  universités  de  Breslau  ,  de 
Berlin  et  de  Halle,  où  il  suivit  les  leçons  de  Wolff 
et  de  Nettelblatt,  il  parcourut  l'Allemagne,  en 
compagnie  de  son  frère  Léopold,  le  collaborateur 
du  cardinal  de  Poligaac  dans  la  composition  de 
l 'A  nti-  Lucrèce.  Le  margrave  de  Bareith  le  nomma 
son  grand-veneur,  et  le  retint  quelque  temps 
à  sa  cour.  Décoré  par  l'empereur  du  titre  de 
chambellan,  il  vint,  en  1754,  rejoindre  à  Paris 
son  ami  le  comte  de  Starlseraberg ,  ambassa- 
deur d'Autriche  à  la  cour  de  France.  Tiois  ans 


119 


LAMBERG  —  LAMBERT 


120 


après  il  quittait  Paris  pour  accompagner  en  Italie 
le  duc  de  Vurtemberg,  dont  il  était  le  conseiller 
intime,  et  au  nom  duquel  il  alla  complimenter 
le  nouveau  doge  de  Venise  Foscarini.  Éloigné  de 
Stuttgard  par  les  intrigues  des  courtisans ,  le 
comte  de  Lamberg  accepta  près  de  l'évêque 
d'Augsbourg  la  place  de  grand-maréchal,  dont  il 
se  démit  bientôt  pour  se  livrer  entièrement  à  la 
culture  des  sciences  et  des  lettres.  Dans  un  se- 
cond voyage  qu'il  fit  en  Italie ,  il  profita  d'une 
occasion  pour  visiter  la  Corse  et  les  côtes  d'A- 
frique. A  Venise ,  il  vit  le  fameux  aventurier 
connu  sous  le  nom  de  comte  de  Saint-Germain, 
dont  il  voulait  publier  les  mémoires.  A  son  re- 
tour en  Allemagne,  après  un  court  séjour  à 
Landshut,  dans  la  Bavière,  il  se  fixa  à  son  châ- 
teau de  Brijnn,  où  il  passa  les  dernières  années 
de  sa  vie.  Le  comte  de  Lamberg  fut  l'ami  des 
littérateurs  les  plus  distingués  de  la  France  et  de 
l'Allemagne.  l\  était  en  correspondance  avec  Al- 
garotti,  Hume ,  Voltaire  et  d'Alembert.  Il  parlait 
la  plupart  des  langues  de  l'Europe.  On  lui  doit,  en 
mathématiques ,  l'invention  de  plusieurs  ma- 
cliines  ingénieuses.  Savant  physicien ,  il  avait 
formé  l'un  des  plus  beaux  cabinets  de  physique 
de  l'Allemagne.  Il  se  distingua  par  l'enjouement 
de  son  caractère,  qui  lui  fit  donner  le  surnom  de 
Democritus  Dulcior.  Mais  il  a  dit  de  lui-même, 
dans  le  Mémorial  d'un  Mondain,  que,  «  plus 
poli  que  Démocrite  envers  le  genre  humain,  il 
ne  rit  pas  des  hommes,  mais  des  systèmes,  des 
contradictions  et  des  puérilités  auxquels  et  à 
l'aide  desquels  les  hommes  donnent  ou  savent 
se  donner  un  air  d'importance  ».  Il  a  laissé 
plusieurs  ouvrages  écrits  en  français  :  Mes 
Fragments  ;  Paris ,  1758,  in-8°  ;  —  Essai  sur 
Vimpossible  ;  ibid.,  1764,  in-8°;  —  Vanité  de 
quelques-unes  de  nos  connaissances  ;  ibid., 
1766,  in-8°;  —  Nouveaux  Sujets  de  Littérature 
et  de  Philosophie  ;  1767,  in-8o;  —  Mémorial 
d'un  Mondain,  au  cap  Corse;  (Vienne),  1775, 
in-8"; —  Le  Canot,  ou  lettres  de  Maman  Blegx; 
Vienne,  1782,  in-8°;  — Époques  raisonnées  de 
la  vie  d'Albert  de  Haller;  1778,  in-8°.  Dans 
cet  ouvrage  le  comte  de  Lamberg  fait  connaître 
les  relations  qu'il  eut  avec  Haller,  et  donne  en 
même  temps  des  extraits  fort  étendus  de  la  cor- 
respondance de  ce  célèbre  naturaliste;.  —  Ta- 
blettes fantastiques  ;  Dessau,  1782,  m-4o  :  ou- 
vrage dédié  à  Lacépède  ;  —  Lettres  critiques, 
morales  et  politiques;  Amsterdam  (Hanau), 
1786,  in-8°  ;  réimprimées  à  Berne,  en  1787,  et  à 
Francfort,  en  1802.  F.-X.  T. 

Biographie  du  comte  Lamberg,  extraite  de  ses  ma- 
nuscrits, de  son  Mémorial  d'un  Mondain,  et  de  ses 
Lettres, 

LAMBERT,  empereur  d'Italie,  né  vers  880, 
mort  près  de  Marengo,  en  octobre  898.  Fils  de 
Gui,  duc  de  Spolette,  qui  s'était  fait  couronner 
empereur  en  891,  et  d'Agiltrude,  princesse  de 
Bénévent,  il  fut  associé  par  son  père  à  l'empire 
dès  891  et  couronné  en  février  892.  Gui  étant 


mort  en  décembre  894,  Lambert  lui  succéda 
sous  la  tutelle  de  sa  mère.  Il  fut  presque  aussitôt 
attaqué  par  Arnoul,  roi  de  Germanie.  Agiltrude 
défendit  en  héroïne  les  droits  de  son  fils.  Elle  sou- 
tint en  896  un  siège  dans  Rome,  et  après  la  prise 
de  cette  ville,  elle  résista  dans  Spolette,  puis  dans 
Fermo.  On  prétend  mêmequ'ellecorrompit  un  des 
serviteurs  du  monarque  vainqueur,  et  fit  donner 
à  Arnoul  un  breuvage  empoisonné,  qui  le  rendit 
d'abord  fou  et  plus  tard  causa  sa  mort.  «  Mais 
ce  sont  là  vraisemblablement ,  dit  Muratori ,  de 
ces  fables  qui  prennent  aisément  faveur  parmi  le 
peuple,  trop  enclin  à  regarder  comme  des  effets 
de  la  maUce  humaine  les  maux  qui  arrivent  aux 
princes.  »  Quoi  qu'il  en  soit,  Lambert,  parvenu  à 
l'âge  de  porter  les  armes ,  reprit  rapidement  le 
dessus  dès  qu'Arnoul  eut  quitté  l'Italie.  En  898, 
il  battit,  près  de  San-Donino,  Adalbert  II,  mar- 
quis de  Toscane ,  qui  voulait  lui  disputer  l'em- 
pire. Il  le  fit  prisonnier,  et  l'envoya  à  Pavie;  mais 
quelque  temps  après,  étant  à  la  chasse  dans  la 
forêt  de  Marengo,  il  tomba  de  cheval,  et  expira 
sur  place.  Selon  Luitprand,  Lambert  était 
doué  des  plus  belles  qualités.      A.  d'E — 1> — c. 

Sigonius,  De  Regno  Ital,  —  Muratori,  AnnaL  d'Ital,, 
t.  IV.  —  Le  naême,  Antiq.  Ital.  IHss.  XyiXiy. 

LAMBERT,  cinquième  duc  de  Toscane,  régnait 
de  929  à  931.  Il  était  second  filsd'Adalbert  II,  dit 
le  Riche,  marquis  de  Toscane  et  de  Spolette,  et 
de  Berthe  de  Lorraine,  veuve  de  Thibaut,  comte 
d'Arles.  Il  hérita  du  duché  de  Spolette  dès  la 
mort  de  son  père,  arrivée  en  917,  et  en  929  il 
succéda  pour  la  Toscane  à  Gui,  son  frère  aîné. 
Lambert  avait  aidé,de925  à  928,  son  frère  utérin 
Hugues,  comte  de  Provence,  à  s'emparer  de  la 
couronne  d'Italie  au  détriment  de  Rodolfe,  roi 
de  Bourgogne  et  d'Arles.  Mais  bientôt  sa  va- 
leur et  sa  puissance  donnèrent  de  l'ombrage  à 
l'ingrat  Hugues.  Ce  monarque  craignit  que  les 
seigneurs  italiens,  mécontents  de  son  gouverne- 
ment tyrannique,  ne  le  détrônassent  et  ne  pris- 
sent pour  roi  le  nouveau  duc  de  Toscane.  Hu- 
gues avait  d'ailleurs,  du. côté  paternel,  un  frère 
nommé  Boson,  qui  ambitionnait  ardemment  un 
apanage  en  Italie.  Que  fit  donc  Hugues  ?  «  Ce 
renard  couronné,  rapporte  Muratori,  répandit 
le  bruit  que  Berthe,  sa  mère  (  morte  le  8  mars 
925),  n'avait  pas  eu  d'enfants  d'Adalbert  II,  et 
que  les  trois  qui  passaient  pour  être  de  lui  et 
d'elle ,  savoir  Gui,  Lambert  et  Hermengarde , 
femme  d'Adalbert,  marquis  d'Ivrée,  avaient  été 
supposés  par  Berthe  à  son  mari  afin  de  jouir  de 
l'autorité  souveraine  après  la  mort  de  son  cré- 
dule époux.  ))  On  ne  comprend  guère  le  l>esoin 
de  Berthe  de  supposer  jusqu'à  trois  enfants, 
parmi  lesquels  une  fille  ;  mais  cette  calomnie 
trouva  assez  de  partisans  pour  obliger  Lambert 
à  demander  un  combat  judiciaire  afin  de  prouver 
l'authenticité  de  sa  naissance.  Hugues  refusa  de 
descendre  lui-même  dans  l'arène  ;  mais  il  ne  crai- 
gnit pas  de  s'y  faire  représenter  par  un  nommé 
Théduiu.  Quoique  ce  champion  fût  d'une  force 


121 


LAMBERT 


f22 


et  d'un  courage  éprouvés ,  Lambert  le  renversa 
mort,  et  couvrit  ainsi  Hugues  de  confusion.  Celui- 
ci  n'en  devint  que  plus  acharné  à  la  perte  de 
son  frère  ;  il  employa  tant  de  ruses  qu'il  finit 
par  s'emparer  de  sa  personne,  et  lui  fit  crever  les 
yeux;  il  donna  alors  la  Toscane  à  Boson.  Lam- 
bert survécut  plusieurs  années  à  son  malheur. 
A.  d'É— p— c. 
Mnratorl,  Annal,  d'JtaU  — ;Slgonlus,  De  Begno  Ital.  — 
Contelori. 

LAMBERT,  évêque  du  Mans,  mort  vers 
l'année  892.  On  a  de  cet  évoque  une  lettre  à 
Hildebrand  ,  évêque  de  Séez ,  que  Baluze  a 
jointe  à  son  édition  du  traité  de  Reginon  :  De 
Disciplina  Ecclesiastica .  Hildebrand  n'était 
déjà  plus  évêque  de  Séez  en  880  :  il  avait  alors 
été  remplacé  par  Adelhelme.  Bondonnet  et  dom 
Piolin  paraissent  donc  avoir  commis  une  erreur 
en  faisant  monter  Lambert  sur  le  siège  du  Mans 
en  l'année  885  :  il  devait  l'occuper  dès  l'année 
880.  Il  est  vrai  que  pour  concilier  la  chrono- 
logie des  évêques  de  Séez  et  celle  des  évêques 
du  Mans,  dressée  par  Bondonnet,  les  auteurs 
de  Y  Histoire  Littéraire  de  la  France  propo- 
sent d'attribuer  à  Robert,  prédécesseur  de  Lam- 
bert, la  lettre  publiée  par  Baluze;  mais  ils  sont 
formellement  contredits  parle  manuscrit  n°  4637 
de  l'ancien  fonds  du  Roi,  manuscrit  du  neu- 
vième ou  du  dixième  siècle ,  où  la  lettre  à  Hil- 
debrand porte  sans  altération  et  sans  équivoque 
le  nom  de  Lambert.  La  promotion  de  Lambert 
sur  le  siège  du  Mans  est  donc  antérieure  à  l'an- 
née 880.  B.  H. 

Hist.  littÉr.  de  la  France,  t.  V,  p.  698.  —  Gallia 
Chrisliana,  t.  XI,  et  t.  XIV,  col.  363.  —  B.  Hauréau, 
Hist.  Litt.  du  Maine,  t.  III ,  p.  217. 

LAMBERT,  grammairien  français,  a  obtenu 
deux  notices  dans  VHistoire  Littéraire  de  la 
France,  l'une  dans  le  t.  VI,  parmi  les  auteurs 
du  dixième  siècle;  l'autre  dans  le  t.  X,  parmi 
les  auteurs  du  douzième.  Laquelle  de  ces  no- 
tices doit  être  corrigée?  Pour  ne  hasarder  ici 
aucune  hypothèse ,  disons  simplement  qu'on 
ignore  en  quel  siècle  Lambert  a  vécu.  Il  est 
auteur  d'un  opuscule  intéressant  qui  a  pour 
i\iTt:Epistola  de  ArteLectoria.  Mabillon  a  pu- 
blié cette  lettre  dansl'appendice  de  ses  Annales, 
t.  II,  p.  744,  mais  d'après  un  texte  défectueux. 
Un  manuscrit  de  Ciairvaux,  qui  se  trouve  au- 
jourd'hui à  la  bibliothèque  de  Troyes  sous  le 
numéro  518,  nous  est  signalé  comme  bien  plus 
complet.  Interrogé  sur  la  prononciation  de  quel- 
ques mots,  Lambert  répond  aux  questions  qui 
lui  sont  adressées  en  des  termes  qui  ne  peuvent 
être  indifférents  aux  grammairiens  érudits.  B.  H. 
Hist.  litt.  de  la  France,  t.  VI,  p.  222  et  t.  X,  p.  260. 

LAMBERT  DASCHAFFENBOURG  (1),  his- 
torien allemand  ,  né  vers  1020,  mort  vers  1080. 
On  ne  sait  de  sa  vie  que  le  peu  qu'il  en  a  dit 
lui-même   dans    ses   Annales.  En  mars  1058 

(l)Ce  surnom  lui  fut  donné  parce  que  c'est  dans  celte 
ville  qu'il  fut  ordonne  prêtre  ;  quant  au  lieu  de  sa  nais- 
sance, il  est  entièrement  inconnu. 


il  entra  dans  le  célèbre  couvent  de  Hirschlold, 
où  l'avait  attiré  la  renommée  du   pieux  et  sa- 
vant abbé  Meginher.  Ordonné  prêtre  au  mois 
d'octobre  de  la  même  année,  il  entreprit,  très- 
peu  de  temps  après,  un  pèlerinage  en  Palestine, 
sans  y  avoir  été  autorisé  par  son  abbé.  Après 
avoir  visité  Jérusalem,  il  hâta  son  retour,  qui 
eut  lieu  en  septembre  1059,  afin  d'arriver  à 
temps,  pour  obtenir  de  Meginher,  qu'il  avait 
laissé  malade,  l'absolution  de  son  manque  d'o- 
béissance. Il  passa  le  reste  de  ses  jours  au  cou- 
vent de  Hirschfeld ,  dans  l'intérêt  duquel  il  eut 
à  remplir  plusieurs  missions.  Il  fut  chargé  entre 
autres,  en  1071,  d'aller  étudier  les  résultats  des 
innovations  introduites  par  Hannon,  archevêque 
de  Cologne,  dans  la  discipline  des  couvents  de 
Saalfeld  et  deSigeberg;  l'austéritérigide  des  près- 
ciptions  de  l'archevêque  ne  lui  parut  pas  devoir 
être  prise  pour  modèle.  S'étant  mis  à  recueillir, 
selon  les  vœux  de  son  abbé ,  les  monuments 
relatifs  au  monastère  de  Hirschfeld,  Lambert  en 
écrivit  l'histoire  dans  un  poème  en  vers  hexa- 
mètres, aujourd'hui  perdu.  Il  reprit  ensuite  le 
même    sujet  en  prose.    Son  ouvrage    intitulé 
De    Institutione  Ecclesias  Hemfeldensis  fut 
terminé  en  1074;  de  courts  extraits  en  ont  été 
transmis  jusqu'à  nous  :  ils  sont  publiés  dans  les 
Antiquitates  Brunswicenses  de  Mader  et  dans 
le  tome  VII,  p.  138,  des  Monumenta  dePertz. 
Lambert  écrivit  aussi  l'histoire  des  événements 
qui  jusqu'en  1077  s'étaient  passés  de  son  temps 
dans  l'Empire.  Il  la  fit  précéder  d'un  résumé 
très-sommaire  de  l'histoire  du  monde  depuis  la 
création.  Cette  première  partie  des  Annales  de 
Lambert  n'est  qu'une  compilation  de  Bède  et 
de  quelques  autres  chroniqueurs  :  elle  n'a  au- 
cune valeur.  Mais  lorsqu'il  arrive  au  milieu  du 
onzième  siècle ,  le  récit  de  Lambert  devient  une 
des  sources  les  plus  sûres  et  les  plus  impor- 
tantes à  consulter  sur  les  événements  graves  qui 
eurent  lieu  en  Allemagne  sous  le  règne  de  l'em- 
pereur Henri  IV.  Lambert  avait  été  à  même  de 
recueillir  à  ce  sujet  les  informations  les  plus 
exactes.  L'empereur  aimait  beaucoup  Ruthard, 
qui  avait  succédé  à  Meginher  dans  le  gouverne- 
ment du  monastère  de  Hirschfeld,  et  il  le  chargea 
plusieurs  fois  de  négocier  avec  les  Saxons  révol- 
tés ,  auprès   desquels  Ruthard  jouissait  d'une 
grande  considération.   A  quatre  reprises  diffé- 
rentes Henri  vint  séjourner  à  Hirschfeld,  pour 
y   traiter  d'affaires  importantes,  et  son  armée 
campa  souvent  dans  les  environs.  Lambert  eut 
donc  de  nombreuses  occasions  d'apprendre  de 
la  bouche  même  des  acteurs  les  détails  des  évé- 
nements de  l'époque.  Mais  son  histoire  n'est 
pas  seulement  remarquable  par  les  renseigne- 
ments précieux  qui  s'y  trouvent  relatés  ;  elle 
a  de  plus  le  rare  mérite  de  l'impartialité.  C'est 
avec  un  égal  dégoût  que  Lambert  parle  des  dé- 
portements de  l'empereur,  de  la  corruption  du 
clergé   et  des   intrigues  des    grands.    Quoique 
attaché  aux  idées  de  Grégoire  VII,  qu'il  défend 


123 


LAMBERT 


124 


contre  pinsieurs  calomnies,  il  ne  met  pourtant 
jamais  sur  le  compte  des  ennemis  de  ce  pape  des 
faits  non  avérés.  Son  style  pur  et  élégant,  l'ordre 
et  la  clarté  de  sa  narration  attestent  qu'il  s'était 
familiarisé  de  bonne  heure  avec  les  principaux 
écrivains  latins.  Pénétré  de  l'esprit  des  anciens, 
il  ajoute  souvent  à  son  récit  des  observations 
judicieuses  ou  des  réflexions  morales,  sans  ja- 
mais tomber  dans  des  divagations  oiseuses. 
«  Toutes  ces  qualités,  dit  avec  raison  M.  Haeus- 
ser,  dans  ses  Deutsche  Geschichtschreiber,  as- 
surent à  Lambert  la  prééminence  sur  tous  les 
historiens  allemands  antérieurs  à  lui  et  sur  ceux 
de  son  époque.  »  Les  Annales  de  Lambert,  pu- 
bliées par  Churrer,  Tubingue,  1525,  in-8°,  d'a- 
près un  manuscrit  trouvé  par  Melanchthon  dans 
le  couvent  des  Augustins  à  "Wittenberg ,  furent 
éditées  de  nouveau  à  Tubingue,  1530  et  1533; 
àBâIe,  1569,  in-fol.-,  à  Strasbourg,  1G09,  in-fol.  ; 
à  Ratisbonne,  1726,  in-fol.;  à  Halle,  1797, 
in-8",  par  les  soins  de  Krause,  qui  a  joint  un 
commentaire  au  texte  de  Lambert;  ce  texte  se 
trouve  reproduit  dans  le  t.  I  de  VHistoricum 
Opus  de  Schard  et  dans  le  t.  I  des  Scriptores 
de  Pistorius  ;  la  dernière  et  meilleure  édition  en 
fut  donnée  par  un  des  érudits  les  plus  conscien- 
cieux de  l'Allemagne,  M.  Fréd.  Hesse,  dans  le 
t.  Vil  des  Monumenta  Germanix  dePertz.  Lam- 
bert a  été  traduit  en  allemand  par  Buholz; 
Francfort,  1819,  in-8".  E.  G. 

Piderit,  De  Lamherto  Schafnaburgensi;  Hersfeld  , 
1828  ,  in-i".  —  Fi'isoh,  Comparatio  critica  Lamberti 
Schafnaburgensis  ;  Munich,  1330,  in-S».  —  Rulh ,  Veber 
Lambert  von  Aschaffenburg;  Bamberg,  1842,  iii-4°, 

LAMBERT,  évéquc  d'Arras,  né  à  Guines, 
près  Calais,  vers  le  milieu  du  onzième  siècle, 
mort  le  16  mai  1115.  Il  fut  d'abord  archidiacre 
dans  l'église  de  Térouane,  puis  grand-chantre  de 
la  cathédrale  de  Lille.  Tandis  qu'il  occupait  ce 
dernier  emploi,  il  parut  souvent  en  chaire ,  et 
s'y  distingua  par  une  rare  éloquence.  C'est  ainsi 
qu'il  parvint  à  la  renommée.  Aussi ,  iorsqu'en 
1092,  à  la  mort  de  Gérard,  évêque  de  Cambrai 
et  d'Arras ,  Urbain  II  décréta  la  séparation  de 
ces  deux  sièges,  si  longtemps  unis,  les  suf- 
frages du  peuple  etdes  clercsd'Arras  appelèrent- 
ils  le  grand-chantre  de  Lille  au  gouvernement 
de  la  nouvelle  église.  Il  fut  sacré  à  Rome,  le 
19  mars  1094.  La  même  année  nous  le  voyons 
assister  au  concile  de  Reims,  comme  suffragant 
de  cette  métropole.  L'évêque  de  Cambrai  n'avait 
pas,  on  le  pense  bien,  approuvé  la  décision  du 
pape  Urbain;  il  déplorait  beaucoup  l'amoindris- 
sement de  son  diocèse,  et  regrettait  vivement 
sa  bonne  ville  d'Arras.  Le  pape  lui-même  fit  sa- 
voir à  Lambert  que  l'envieux  prélat  devait  se 
plaindre  au  concile  de  Clermont  et  réclamer  la 
suppression  du  nouveau  siège.  C'était  avertir 
l'éloquent  Lambert  que  sa  présence  dans  ce  con- 
cile était  nécessaire.  Celui-ci  fit  à  la  hâte  ses 
préparatifs,  et  se  mit  en  route  pour  l'ancienne 
capitale  des  Arvernes  avec  une  nombreuse  es- 
corte d'abbés,  de  clercs,  de  domestiques.  Le 


voyage  était  long ,  les  périls  étaient  nombreux. 
Qi;and  alors,  aux  approches  d'un  concile,   les 
évt^ques  paraissaient  sur  les  routes,  les  barons 
quittaient  leurs  manoirs  et  venaient  à  leur  ren- 
contre avec  des  intentions  qui  ne  témoignent  pas 
trop  en   faveur  de  la  piété  de  nos  pères.   Le 
moindre  mal  qui  pût  alors  advenir  aux  seigneurs 
spirituels,  c'était  d'être  rançonnés  au  profit  des 
temporels.   Ainsi,  durant  le   douzième  siècle, 
presque  toutes  les  lettres  d'évêques  empêchés 
d'assister  aux  grandes  assemblées  de  l'église 
gallicane,    nous  offrent  la    même  excuse,  les 
dangers  du  voyage,  itinerts  pericula.  Lambert 
se  rendant  à  Clermont  fut  arrêté  lorsqu'il  venait 
de  franchir  les  portes  de  Provins,   et  fait  pri- 
sonnier par  Garnier,  seigneur  de  Cliàteau-Pont. 
Mais  celui-ci  ne  savait  pas  sans  doute,  en  por- 
tant la  main  sur  Lambert .  que  ce  prciat  était 
un  àmi  personnel  du  pape  et  qu'il  venait  d'ap- 
peler sur  sa  tête  toutes  les  foudres  de  l'Église. 
Averti  fort  à  propos  par  son  frère,  Philippe, 
évêque  de  Troyes,  Garnier  eut  hâte  d'éviter  le 
châtiment  qui  déjà  le  menaçait,  et  rendit  Lam- 
bert à  la  liberté.  Lambert  parut  donc  à  l'assem- 
blée de  Clermont,  et  y  obtint  la  confirmation  de 
son  église  :    en    outre ,  avant  de  le  quitter,  le 
pape  Urbain  lui   accorda  une  nouvelle  marque 
de  sa  confiance,  en  le  nommant  son  légat  dans 
la  Seconde  Belgique.  Un  autre  légat ,  Richard, 
évêque  d'Albane,  nous  a  laissé  le  plus  pompeux 
éloge  de  Lambert ,  qui ,  dit-il ,  était  considéré 
par  le  saint-siége  comme  le  premier  évêque  des 
Gaules.  Nous  le  voyons  en  effet,  après  la  mort 
d'Urbain  II,   aussi  recommandé  près  de  Pas- 
cal IL  C'est  lui  que  Pascal  chargea  d'absoudre  le 
roi  Philippe,  excommunié  à  l'occasion  de  son  ma- 
riage avec  Bertrade.  Une  semblable  mission  ne 
pouvait  être  confiéequ'à  un  prélat  de  grand  renom. 
Rien  d'ailleurs  ne  nous  prouve  mieux  combien 
grande  fut  l'influence  de  Lambert,  soit  à  Rome , 
soit  en  France,  que  le  recueil  de  ses  Lettres.  Ce 
l'ecueil,  publié  par  Baluze  dans  le  tome  V  de  ses 
Miscellane.a,àQ  compose  de  cent  quarante  lettres, 
écrites  par  Lambert  ou  adressées  -à  cet  illustre 
et  puissant  évêque  par  des  rois,  des  papes,  des 
cardinaux,  des  légats,  des  archevêques,  etc., etc. 
Les  auteurs  de  V Histoire  Littéraire  en  ont 
analysé  un  grand  nombre  :  elles  offrent  presque 
toutes   quelque    renseignement  précieux   pour 
l'histoire  ecclésiastique  ou  civile  du  douzième 
siècle.  B.  H. 

Hist.  Lift,  de  la  France,  t.  X,  p.  38.  —  Gallia  Christ., 
t.  III,  col.  322.  —  Cas.  Oudin,  Script.  Ecoles.,  t.  II,  p.  280. 

LAMBERT  le  Gourt,  ou,  en  vieux  français, 
H  Cors,  trouvère  de  la  seconde  moitié  du  dou- 
zième siècle,  auteur  du  Roman  cV Alexandre. 
Sur  la  foi  de  quelques  vers  de  ce  poème  (1),  en 
apparence  fort  concluants ,  tous  les  historiens  de 


(1)  La  verte  de  l'estor,  si  com  li  rois  le  fist. 

Un  clers  de  Castelum  Lambert  li  Cors  l'escrisl, 
Qui  (le  iâtin  le  tralst  et  en  roman  te  mist. 


125 


LAMBERT 


126 


la  vieille  littérature  française,  depuis  Pasqiiicr  et 
Fauclietjusqu'àMM.AmpèreetP.Pûiis,ontpensé 
que  noire  personnage  était  né  à  Chàteaudun  dans 
l'Orléanais  et  qu'il  avait  passé  sa  vie  entre  les  murs 
d'un  cloître.  Mais  depuis  fort  peu  de  temps  une 
ancienne  famille  de  Dinan  réclame  l'honneur  de 
compter  parmi  ses  ancêtres  le  diantre  du  héros 
macédonien,  et  produit  un  arbre  généaiogiqueoù, 
dans  une  série  non  interrompue  de  Lambert  le 
Court,  figure  un  Lambert  fils  du  conteur,  Lam- 
bertus  films  conloor,  co-signataire  d'une  do- 
nation faite  en  1160  au  monastère  de  Sainte- 
Croix  deGuingamp,  et  enfin  un  Lambert  us  Par- 
vus,  probablement  père  du  précédent,  qui  signe, 
en  1140,  un  acte  passé  entre  le  seigneur  du  Fou 
et  les  religieux  de  Redon.  C'est  à  ce  dernier  qu'il 
faut  attribuer  l'Alexandre,  si  nous  en  croyons 
ses  descendants,  qui  invoquent,  outre  l'identité 
du  nom,  leurs  constantes  traditions  domestiques 
et  la  longue  possession  d'un  manuscrit  du  poëme 
transmis  religieusement  de  père  en  fils  à  travers 
les  siècles.  Cette  prétention ,  toute  nouvelle 
qu'elle  est,  paraît  fondée,  et  n'est  pas  aussi  con- 
tradictoire qu'elle  le  semble  avec  les  vers  cités 
eu  note  :  au  moyen  âge,  on  joignait  aussi  sou- 
vent à  son  nom  le  nom  de  sa  résidence  habituelle 
que  celui  du  lieu  de  sa  naissance  (témoin  Alexan- 
dre de  Paris,  né  à  Bernay,  dont  nous  allons 
parler  tout  à  l'heure)  et  pour  s'appeler  clerc  il 
n'était  pas  nécessaire  d'être  dans  les  ordres,  mais 
seulement  d'être  un  homme  lettré. 

Quoi  qu'il  en  soit,  Breton  ou  Beauceron,  moine 
nu  laïque ,  Lambert  le  Court  est  l'auteur  d'une 
des  plus  importantes  et  des  plus  fameuses  épo- 
pées des  temps  chevaleresques  :  il  eut,  il  est  vrai, 
un  collaborateur  ou  plus  vraisemblablement,  selon 
nous,  un  continuateur,  qui  s'est  nommé  dans  les 
vers  suivants  : 

Alexandre  nos  dit  qui  de  liernay  fa  nez  , 
Et  de  Paris  refu  ses  sornoms  apelez 
Qui  ci  a  les  siens  vers  o  les  (avec  ceux  de)  Lamnert 

jetez  ). 

Mais  bien  que  les  savants  critiques  qui  se 
sont  occupés  de  cette  question  n'aient  pas  cru 
pouvoir  déterminer  la  part  qui  revient  à  chacun 
des  deux  trouvères  dans  l'œuvre  commune  ,  le 
passage  que  nous  venons  de  rapporter  nous 
paraît  démontrer  jusqu'à  l'évidence  que  c'est  à 
Lambert  le  Court  qu'appartient  le  mérite  de 
l'initiative  et  la  gloire  de  la  priorité.  Ce  fut  lui 
qui,  versé  dans  la  connaissance  des  lettres  an- 
ciennes, tira  de  quelque  texte  latin  la  fabuleuse 
histoire  du  roi  de  Macédoine.  Depuis  longtemps 
Alexandre  le  Grand  était  passé  à  l'état  de  per- 
sonnage légendaire.  Ses  premiers  biographes, 
les  Ptolémée,  les  Aristobule,  les  Clitarque,  les 
Callisfhène  s'étaient  laissé  entraîner  par  leur 
admiration  à  plus  d'une  exagération  mensongère 
sur  lesquelles  avaient  encore  rencliéri  Piutarque, 
Justin,  Diodore  et  Quinte  Curce.  Enfin,  vers  le 
septième  ou  le  huitième  siècle,  un  écrivain  by- 
zantin, usurpant  le  nom  du  fameux  Callisthène, 


av.'.it  combiné  les  divers  éléments  que  lui  of- 
fraient lesauteurs  classiques  et  les  traditions  do 
la  Grèce  et  de  l'Orient,  et  livra  à  ses  cré''!iiirs 
contemporains  une  romanesque  compilation  qui, 
traduite  en  latin  par  .luliusValerius,  jouit  bientôt 
d'une  vogue  immense.  C'est  à  ce  Pseudo-Callis- 
thène  que  Lambert  le  Court  a  les  plus  grandes 
obligations,  c'est  à  lui  qu'il  emprunte  le  fond 
de  sa  narration  ;  mais  il  ne  se  fait  pas  faute  de 
l'enrichir  de  mille  détails  merveilleux  que  lui 
fournit  sa  propre  imagination,  échauffée  sans 
doute  par  les  descriptions  et  par  les  récils  des 
pèlerins  récemment  revenus  de  l'Orient.  Sou- 
venirs des  croisades,  mœurs  chevaleresques, 
coutumes  et  croyances  du  moyen  âge,  allusions 
aux  événements,  contemporains,  tout  se  trouve 
dans  le  poëme  de  notre  conteur,  excepté,  bien 
entendu  ,  la  vérité  historique  et  ce  que  nous  ap- 
pelons lacottleur  locale.  De  même  que  Philippe- 
Auguste,  avant  d'aller  combattre  le  roi  d'Angle- 
terre, commence  par  dépouiller  les  juifs,  Alexan- 
dre le  Grand  se  prépare  à  la  guerre  en  faisant 
rendre  gorge  aux  usuriers  de  ses  États.  Comme 
le  roi  de  France  il  a  ses  douze  pairs,  élus,  il  est 
vrai,  d'après  le  conseil  d'Aristote;  comme  lui  il 
compte  dans  son  armée  des  chevaliers,  des  ba- 
rons et  un  connétable.  Mais  il  est  temps  de 
faire  connaître  par  une  rapide  analyse  cette 
œuvre  importante. 

Après  nous  avoir  fait  assister  à  la  naissance 
de  son  héros,  le  ti-ouvère  nous  le  montre  domp- 
tant Bucéphale,  triomphant  d'un  prince  grec 
nommé  Nicolas,  élisant  ses  douze  pairs  (Tolomé, 
Clincon,  Lincanor,  Emenidon,  Perdicas,  Lione, 
Antigone,  Arides,  Ariste,  Caunus  et  Antiochus), 
faisant  le  siège  d'Athènes ,  réconciliant  Philippe 
et  Olympias,  qu'un  divorce  a  séparés,  puis  accep- 
tant le  défi  que  lui  envoie  Daire,  le  roi  des  Per- 
sans. Il  commence  la  guerre  contre  son  rival  par 
l'assaut  et  la  prise  d'une  roche  effrayante,  entre 
en  Syrie,  prend  Tyr  et  Cadres,  gagne  la  bataille 
d'Arbèles,  punit  les  meurtriers  de  son  rival  et 
se  met  à  la  poursuite  de  Potus.  Là  nous  quit- 
tons le  domaine  de  la  fiction  historique  pour  en- 
trer dans  celui  des  prodiges  et  des  merveilles  : 
l'épopée  chevaleresque  cède  la  place  à  la  féerie, 
et  ménage  au  lecteur  les  surprises  les  plus  im- 
prévues du  monde  enchanté.  Alexandre  s'engage 
dans  les  déserts  de  l'Inde;  à  chaque  pas  des 
monstres  hideux,  des  animaux  fantastiques  lui 
barrent  le  chemin  ;  il  a  à  lutter  contre  des  ar- 
mées de  lions  blancs,  contre  des  légions  de 
scorpions,  de  crabes  énormes,  de  chauves-souris 
gigantesques  ;  le  héros  triomphe  de  tous  ces  en- 
nemis, et,  non  content  des  périls  qui  s'offi'ent 
d'eux-mêmes  à  lui,  il  se  crée  des  dangers  volon- 
taires, descend  dans  la  mer,  enfermé  dans  une 
cloche  fragile,  et  s'élève  au  haut  des  airs  dans 
une  cage  attelée  de  deux  puissants  griffons.  Ce- 
pendant l'armée  macédonienne  poursuit  sa  marche 
victorieuse.  Elle  arrive  aux  bornes  d'Hercule, 
franchit  le  Val  périlleux,  échappe  aux  sirènes  et 


127 


LAMBERT 


128 


aux  pièges  séducteurs  d'un  bois  où  chaque  fleur 
est  une  jeune  fille,  visite  les  fontaines  qui  don- 
nent l'immortalité,  et  vient  auprès  des  arbres 
prophétiques  qui  annoncent  au  roi  sa  mort  pro- 
chaine ,  sa  fin  prématurée.  Alexandre,  sans  s'ef- 
frayer de  cette  sinistre  prédiction,  s'avance  contre 
Porus  et  le  tue  de  sa  propre  main,  prend  Ba- 
bylone  après  avoir  défait  l'amiral  qui  la  défendait, 
et  soumet  les  Amazones,  les  dernières  mais  peut- 
être  les  plus  redoutables  adversaires  qu'il  lui 
restât  à  combattre.  Mais  le  tenue  fatal  annoncé 
par  les  arbres  «  q%ii  parlaient  »  était  arrivé. 
Le  héros  meurt  à  Babylone,  empoisonné  par  An- 
tipater,  et  en  expirant  lègue  à  chacun  de  ses 
douze  pairs  une  des  conquêtes  qu'il  a  faites,  et 
à  tous  une  conquête  à  faire ,  celle  de  la  France 
et  de  Paris,  sa  capitale.  «  La  France,  leur  dit-il, 
est  la  reine  du  monde.  Rien  n'égale  la  valeur  du 
peuple  qui  l'habite.  Recevez-la,  ainsi  que  la  Nor- 
mandie, l'Angleterre,  l'Ecosse  et  l'Irlande.  Que 
ces  terres  du  couchant  soient  à  vous  !  «  Ce  furent 
ses  dernières  paroles.  Ses  yeux  se  fermèrent,  et 
les  saints  du  paradis  emportèrent  son  âme  au 
séjour  éternel. 

Tel  est  en  peu  de  mots  le  contenu  de  ce  vaste 
poëme  à  tirades  monorimes  qui  compte  plus  de 
vingt  mille  vers  de  douze  syllabes  :  c'est,  croit-on 
généralement,  pour  avoir  été  employés  par  l'au- 
teur de  L'Alexandre  que  les  hexamètres  français 
ont  pris  le  nom  d'alexandrins.  Voilà  assuré- 
ment un  fait  littéraire  curieux,  et  qui  peut  donner 
une  idée  de  la  popularité  de  ce  roman  ;  elle  est 
prouvée,  d'ailleurs,  par  le  nombre  considérable 
de  copies  qui  en  ont  été  faites.  Nous  possédons 
à  Paris  une  vingtaine  de  manuscrits  de  l'Estore 
du  rois  Alixandre  sous  les  numéros  6985, 
6987,  avec  note  de  l'abbé  de  la  Rue  sur  le  pre- 
mier feuillet,  7142,  7633,  etc. La  première  édition 
en  a  été  publiée  en  1846  à  Stuttgard,  pour  la  so- 
ciété littéraire  de  cette  ville,  par  M.  Heinrich 
Michelant.  Il  y  en  a  en  ce  moment  sous  presse 
une  seconde,  qui  a  été  préparée  par  M.  Eugène 
Talbot  et  par  un  des  membres  de  cette  famille 
bretonne  qui  prétend  descendre  de  notre  trouvère. 
Espérons  que  les  nouveaux  éditeurs  réussiront  à 
dissiper  tous  les  doutes  qui  nous  restent  encore 
sur  l'origine  et  le  lieu  de  naissance  de  Lambert 
le  Court.  Alexandre  Pey. 

Histoire  Littéraire  de  la  France,  tom.  XV,  p.  119.  — 
P.  PaLt\s,,  Les  Manuscrils  français  de  la  Blibliol  hèque  du 
Roi;  Paris,  1836,  ln-8°.  —  Eugène  Talbot,  Essai  sur  la 
Légende  d'Alexandre  le  Grand;  Paris,  1850,  ii\-8°.  —  Le 
même,  Recherche  sur  l'Origine  bretonne  de  Lambert  le 
Court,  trouvère  du  douzième  siècle;  Dinan,  18S3. 

LAMBERT  LE  CHANOINE,  savant  Compilateur 
du  douzième  siècle,  mort  à  Saint-Omer,  en  U25.I1 
est  auteur  d'un  recueil  encyclopédique  connu  des 
bibliographes  sous  le  titre  de  Liber  Floridus 
Lamberti  canonici.  Dom  Berthold  parie  de  cet 
ouvrage  dans  sa  notice  sur  les  manuscrits  de 
Belgique.  Parmi  les  chroniqueurs  qui  se  sont 
surtout  servis  du  Liber  Floridus,  nous  nous  bor- 
nerons à  citer  Jean  de  Thielrode,  qui  écrivait  à 


la  fin  du  treizième  siècle,  l'historien  brugeois 
Custis,  dont  la  bibliothèque  de  Gand  possède 
les  manuscrits  originaux,  et,  tout  récemment, 
Pertz  dans  le  premier  volume  de  ses  Monu- 
menta  Germanise  historica.  L'auteur  de  cette 
encyclopédie  nous  apprend  qu'il  était  chanoine  à 
Saint-Omer,  et  que  son  père  Onulphe,  également 
chanoine,  mourut  le  27  janvier  1077  de  J.-C. 
Cette  indication  et  cette  date  nous  portent  à 
croire  que  c'est  ce  môme  Lambert  qui,  à  la  fin 
du  onzième  siècle  et  au  commencement  du  dou- 
zième, fut  successivement  écolûtre  et  abbé  de 
Saint-Bertin  à  Saint-Omer.  Folquin  et  Yperius 
signalent  ce  dernier  comme  un  des  hommes  les 
plus  remarquables  de  l'époque,  distingué  tout  à 
la  fois  comme  savant  et  comme  prédicateur.  Élu 
abbé  de  Saint-Bertin  en  1095,  il  s'occupa  acti- 
vement de  l'administration  qui  lui  était  confiée. 
En  1118  il  revêtit  de  l'habit  monastique  Beau- 
doin  à  la  Hache,  douzième  comte  de  Flandre, 
auquel  il  donna,  quelque  temps  après,  la  sépul- 
ture. L'abbé  Lambert  fut  inhumé  dans  la  cha- 
pelle de  la  vierge  Marie  des  Infirmes. 

Le  Liber  Floridus,  ainsi  appelé  parce  que 
l'auteur  l'a  composé  de  diversorum  auctorum 
floribus,  est  une  compilation  dlsidore  de  Sé- 
ville,  de  Bède  le  Vénérable,  de  Fréculfe,  d'Hé- 
gésippe,  de  Martianus  Capella,  de  saint  Jé- 
rôme, de  Josèphe  et  des  Pères  de  l'Église. 
Pour  l'analyse  de  cet  ouvrage,  nous  suivrons 
l'exemplaire  de  la  bibliothèque  de  Gand ,  ^ue 
plusieurs  savants  pensent  être  le  texte  primitif 
du  Liber  Floridus,  bien  que  Warnkonig ,  qui 
en  a  extrait  sa  Généalogie  des  Comtes  de 
Flandre,  assure  qu'il  en  existe  une  copie  plus 
ancienne  dans  la  bibliothèque  ducale  de  Wol- 
fenbiittel.  L'exemplaire  de  la  bibliothèque  de 
Gand  est  un  gros  manuscrit  in-folio  (n'"  197), 
dont  l'écriture,  qui  est  de  différentes  mains,  ne 
paraît  pas  être  postérieure  à  l'année  1125.  Il 
contient  192  traités,  dont  nous  citerons  les  plus 
importants  et  les  plus  curieux  :  Ordo  Miraculo- 
rum  Christi  Jesu,  seoundum  Matthseum,  etc.  : 
c'est  une  biographie  sommaire  de  Jésus-Christ, 
tirée  des  évangélistes  ;  —  Sphera  triplicata 
gentium  mundi  :  gentes  Asias,  Europse\ 
Africx,  diversee.  Au  milieu  du  texte  est  repré- 
sentée une  mappemonde  contenant  la  liste  des 
peuples  de  l'Asie,  de  l'Europe  et  de  l'Afrique. 
Parmi  ceux  de  l'Europe,  on  cite  les  Alamanni, 
Morini,  Suevi,  Burgundiones ,  Huni,  Tun- 
gri,  etc.  ;  —  Sphera  principum  per  jetâtes 
regnorum; —  Ordo  ventorum  et  natura  ip- 
sorum  :  ce  traité  est  suivi  d'une  explication  du 
tonnerre  d'après  Bède;  —  Sphera  Macrobii  de 
quinque  zonis  :  on  y  trouve  cette  phrase  :  Zona 
auslralis  temperata ,  habitabilis ,  sed  inco- 
gnita  hominibus  nostri  generis,  qui  semble  se 
rapporter  à  l'idée  qu'on  avait  déjà  à  cette  époque 
de  l'existence  d'une  quatrième  partie  du  monde; 
—  Sphera  Apulei,  vitae  et  mortis.;  —  Anni 
Domini  Jesu- Christi  :  tableau  chronologique 


129 

contenant,  de  l'an  1  à  1119,  la  date  de  l'avéne- 
ment  des  papes  et  des  empereurs,  de  quelques 
batailles  mémorables,  de  la  mort  de  personnages 
célèbres  et  d'événements  remarquables;  —  De 
Provinciis  Mundi;  —  De  Regnoruin  VocaMdis  ; 

De  Mundi  Civitaiibus  :  c'est  une  liste  des 

principales  villes  du  monde,  avec  le  nom  de 
leurs  fondateurs  ;  —  Marciatms  Félix  Capella  : 
de  Gentibus  diversis  et  Monstris  ;  —  De  No- 
minibus  civitatum  mutatis  ;  —  De  Paradiso 
et  Insulis,  énumération  des  principales  îles  du 
monde;  —  De  Paradisi  Fluminibus  :  note  sur 
le  Gange,  l'Euphrate,  le  Tigre  et  le  Jourdain  ;  — 
De  Mundi  Fluminibus  ;  —  De  Creaturis  di- 
versis :  notions  sommaires  sur  quelques  races 
extraordinaires  d'hommes;  —  De  Gradibus  et 
ministris  ecclesiasticis  et  Officiis  :  explication 
des  différents  mots  servant  à  désigner,  dans  la 
liturgie  judaïque  et  chrétienne ,  les  dignités  et 
offices;  —  De  Ponderibus  et  Mensuris  diver- 
sis :  où  sont  désignés  les  poids  et  mesures  des 
anciens;  —  De  Nominibus  Sibyllarum;  — 
Carmen  Symrnachise  Sibyllae  de  Christo;  — 
Se  Natiiris  Bestiarum,  extrait  d'Isidore  de  Sé- 
ville  sur  les  animaux;  —  Physiologia  Avium: 
DeNaturis  Avium; —  De  Dracone  et  Serpen- 
tibiis  et  Colubris;  —  De  Monstris  Oceani  ma- 
ris et  Piscibus.  L'auteur  dit  du  hareng  :  Allée, 
pisciculus  ad  usum  salsamentorum  idoneus, 
longo  servatur  tempore.  Cette  phrase  nous 
porterait  à  croire  qu'on  avait  déjà  à  cette  époque 
l'idée  de  l'encaquement  des  harengs;  —  De 
Miraculis  Britunnise  Insulse  :  description  som- 
maire des  curiosités  naturelles  que  l'on  rencontre 
en  Angleterre,  lacs ,  sources  d'eaux  chaudes, 
grottes,  etc.  C'est  probablement  un  extrait  de 
Nennius,  écrivain  anglais  du  neuvième  siècle, 
qui,  au  dire  de  Camden,  est  auteur  d'un  traité 
intitulé  :  De  Mirabilibus  ;  —  Historia  Anglo- 
rum  Regum  de  Bède;  —  De  Annorum  Hebdo- 
madibus  :  explication  des  différentes  espèces  de 
semaines  connues  des  anciens  ;  —  Genealogia 
Comitum  Normannorum ;  —  De  Miraculis  in 
dialogo  S.  Gregorii  papee  :  traité  philosophico- 
ascétique  ;  —  Versus  Pétri  de  Denario  :  char- 
mant petit  poërne  sur  la  puissance  de  l'argent  en 
ce  monde,  et  dont  nous  donnons  ci-dessous, 
en  note,  les  passages  les  plus  remarquables  (l); 


(1)  Desarli  saivete  mel,  per  vos  ego  regno, 

Terraram  per  vos  impero  prlnclplbus. 
Per  vos  Itnperimn  Cssar  tenet,  et  sine  vobls 

Impferlum  nuUus  Caesar  habere  potest. 
Deoique  quidquld  agant  reges  terraqae  marique, 

CertcDt  sive  garant  praelia,  vos  facltis. 
Per  vos  in  cineres  est  llion  illa  redacta, 

Quae  per  vos  etiara  crevcrat  aita  nimis , 
Cujos  iid  excidium  dextras  artnaslis  avaras, 

Cum  peteret  ptirigias  miles  avarus  opes. 
Per  vos  sublerunt  sibi  mœnia  celsa  tyranni, 

Et  sine  marte  traces  scpe  domant  équités. 
Per  vos  Roma  poteiis  est  condita  turribus  altls; 

Per  vos  arltfii^es  repperit  iUa  bonos 
Ad  tantam  molero  mirabiliter  perageodam 

Nummus  multiinodo  proCull  ingenio. 
L'auteur  de  ces  vers,  qui  était  chanoine  de  Salat-Omer, 
NOtJV.  BIOGK.  GÉNÉR.   —  T.  XXIX. 


LAMBERT  130 

—  De  Astrologia  :  De  Ordine  et  Positione  Si- 
gnorum;  —  De  Notifia  Librorum  apocryphe- 
rum;  —  Genealogia  Comitum  Flandrix;  — 
Conflict^is  Henrici  et  Paschalis,  récit  cir- 
constancié des  débats  qui  s'élevèrent  entre  l'em- 
pereur Henri  IV  et  le  pape  Pascal  au  commen- 
cement du  douzième  siècle ,  au  sujet  de  l'inves- 
titure des  évêchés  et  des  abbayes;  —  Gesta 
Francorum  Hierusalem  expugnantium,  etc.  : 
récit  de  la  première  croisade,  rédigé  par  Foulques 
de  Chartres,  et  divisé  en  38  chapitres  ;  —  De 
quatuor  Mariis,  des  quatre  Marie  dont  parlent 
les  Évangiles  ;  —  Nomina  Arborum  et  Herba- 
rum  :  les  noms  des  plantes  et  des  arbres  connus 
à  cette  époque  sont  transcrits  dans  douze  co- 
lonnes, mais  sans  aucun  ordre  alphabétique  ou 
autre;  —  Incipit  de  Nectanabo,  Egyptior%im 
mago,  qui  arte  magica  genuit  magnum  Alexan- 
drum  de  Olympiade,  regina  Macedonum  : 
histoire  héroïque  d'Alexandre  le  Grand  ;  t-  Epis- 
tola  Alexandri  Magni  ad  Aristotelem  de 
prœliis  suis  et  mirabilibus  Indiee  :  détails  cu- 
rieux sur  l'expédition  d'Alexandre  aux  Indes; 

—  Alexandri  régis  Macedonum  et  Dyn- 
dimi,  régis  Bragmanorum ,  De  philosophia 
facta  Collatioper  epistolas.  Didyme  écrit  à 
Alexandre  quelle  est  la  façon  de  vivre  des  Bra- 
mines  et  comment  elle  fait  parvenir  à  une  sa- 
gesse parfaite.  A  la  suite  de  cette  lettre  est  dé- 
crite la  situation  des  douze  villes  qui  portent  le 
nom  d'Alexandrie;  — C^ronico  Orosii  .-la  chro- 
nique d'Orose  continuée  par  le  comte  Marcel- 
linus  jusqu'en  1118;  —  Gesta  Pontificum  Ro- 
manorum,  chronologie  des  papes  depuis  saint 
Pierre  jusqu'à  l'avènement  de  Calixte  I*'';  — 
De  Excidio  Hierusalem  Signa; —  Gesta  Da- 
norum,  Gothorum  et  Hunnorum;  —  In  gestis 
Francorum  :  de  Nortmannis  :  histoire  de 
l'expédition  des  Normands  de  822  à  895  ;  —  D« 
Provinciarum  Divisione  Francorum  ;  —  De 
Quinque  mundi  Regionibus  :  Cselcidius  super 
Platonem  de  quinque  Mundi  Regionibus:  c'est 
un  traité  mystique  sur  les  bons  et  les  mauvais 
anges;  —  Somnium  Scipionis,  etc.  :  traité  ascé- 
tico-philosophique  sur  la  vie  et  la  mort  ;  —  De 
septem  Mirabilibus  Mundi;  —  Genealogia 
Francorum  Regum  qui  orti  sunt  de  stirpe 
Paridis,  videlicet  Priami  et  Antenoris  :  bio- 
graphie sommaire  des  rois  de  France  jusqu'à 
l'année  1116;  on  y  énuraère  les  onze  cent  quinze 
villes  et  les  trente  provinces  qu'on  trouvait  en 
France  du  temps  de  Mérovée  ;  —  Genealogia  et 
Comitum  Blesensium,  Comitumque  Nortman- 
norum  :  à  la  suite  de  cette  généalogie  on  trouve 
une  description  et  une  carte  géographique  de 
l'Europe  à  cette  époque  ;  ce  curieux  monument 
a  été  publié  par  M.  Mone  dans  VAuszûge  fur 
Deutsche  Kunde  und  Vorzeit,  année  1836, 
planche  T*;  —  Exemplar  epistolx  scriptx  a 


a  écrit  deux  autres  petits  poëmes  sur  la  chute  de  l'em- 
ptre  romain  {De  Excidio  Romani  Imperii  Versus)  et 
sur  les  maux  dus  à  la  femme  {de  Maia  Mnliere). 


t31 


LAMBERT 


182 


Rege  Abgaro  Jestt  Christo;  —  De  Mundi  Ge- 
neaZo(7/«,  chronologie  sommaire  dn  monde, com- 
mençant à  Adam  et  finissant  à  l'an  366  par  ces 
mots  :  «  Fuerunt  Trojani  in  finibus  Germanise 
de  quibus  oi-ti  sunt  reges  Galliae  »;  —  Incipit 
historia  Trojanorum  quam  Dares  Phrigius 
scripsit,  guiper  idem  tempus  vixit,de  grseco 
translata  in  latinum  a   Cornelio  Salustio; 
—  Freculfus,  De  Romanorum  Regibus,  Con- 
sulibus  et  Bellis,  histoire  romaine  depuis  Ro- 
niulus  jusqu'à  Jules  César.  De  ce  volumineux 
manuscrit  on  pourrait  livrer  avec  fruit  à  l'im- 
pression les  notions  historiques  qiji  concernent  le 
moyen  âge.  M.  Dethmann  a  donné  la  description 
de  sept  copies  plus  ou  moins  complètes  de  ce 
manuscrit.  On  en  trouve  une  à  la  bibliothèque 
ducale  de  Wolfenbuttel,  deu\  à  La  Haye,  deuxà 
Paris,  une  à  Leyde  et  une  autre  à  Douai.  Le  ba- 
ron de  Reiffenberg,  dans  le  Bulletin  du  Biblio- 
phile belge,  II,  79,  cite  plusieurs  traités  du 
Liber  Floridus  qui  ont  été  imités  ou  reproduits 
ailleurs.  La  plupart  des  auteurs,  dont  cette  com- 
pilation contient  des  extraits,  sont  cités  dans 
Fabricius  (Bibliotheca  médise  latinitatis). 
F.-X.  Tessier. 

Jules  de  Saint-Geniès ,  Notice  sur  le  Liber  Floribus 
Lamberti  canonici.  —  Walvein  de  Tervllet,  Notice  sur 
le  manuscrit  de  la  Bibliothèque  de  Gand.  —  Warnkô- 
nig,  Bulletin  de  la  commisf:ion  royale  d'histoire  (  Bel- 
gique), 1834,  I,  p.  59-60.  —  Introduction  à  l  Histoire  de 
la  Flandre,  p.  43,  64.  —  Zactier  et  Beihinann,  Serapetivi, 
n"»  10  et  17,  184S,  p.  14S-1B4  et  162-112;  1845,  p.  59-64  et 
79-80.  — Tideman,  f^ereeniging  ter  bevordering  deroude 
nederlandsche  Letterhunde,  1844,  î«  partie,  p.  88.  —  La 
France  Littéraire,  t.  XI,  p.  13;  t.  Xli,  p  78.  -  Martèoe, 
Thésaurus  novus  Anecdotorum,  t.  III,  col.  592.  —  Migne, 
Patroloyise  Cursus  completus,  t.  CLXIII,  col.  1003-1032. 

LAMBERT,  prieur  de  Saint- Vaast  d'Arras, 
poète  latin  moderne,  mort  dans  les  dernières 
années  du  douzième  siècle  ou  les  premières  an- 
nées du  treizième.  Quelques  fragments  de  ses 
poèmes  ont  été  imprimés  par  l'abbé  Lebœuf , 
Dissertation  sur  L'histoire  de  Paris,  t.  II, 
part.  2,  p  284.  Nous  y  voyons  qu'à  la  fonction 
de  prieur  Lambert  joignait  celle  d'écolâtre.  Ce 
que  nous  pouvons  alors  affirmer,  c'est  que  les 
notices  de  Saint- Vaast  connurent  mal  les  règles 
de  la  prosodie  latine,  étant  formés  par  un  maître 
qui  les  ignorait.  B.  H. 

Hist.  Littér.  de  la  France,  t.  XV,  p.  98. 

LAMBERT  D'ARDRES ,  historien  du  trei- 
zième siècle.  On  manque  de  tout  détail  sur  sa 
vie;  on  croit  qu'il  était  curé  à  Ardres,  petite 
ville  près  de  Calais.  Il  composa  une  Histoire 
des  Comtes  de  Guines  et  des  Seigneurs  d'Ar- 
dres;  elle  va  de  l'an  800  à  1201.  Écrite  en 
mauvais  latin  et  adoptant  parfois  sans  critique 
des  traditions  fabuleuses,  elle  est  toutefois  d'un 
grand  secours  potir  les  annales  du  Calaisis,  de 
l'Artois  et  delà  Flandre.  On  connaît  divers  ma- 
nuscrits de  cette  chronique,  et  elle  a  été  insérée 
d'une  façon  plus  ou  moins  complète  dans  l'BiS' 
toire  généalogique  des  comtes  de  Guines,  par 
André  Dnchesne,  dans  les  Reliquïw  manus- 
criptse  et  diplomaticee,  publiées  par  Ludewig, 


1727,  t.  VIII,  p.  369-606,  et  dans  le  Beciieil 
des  Historiens  des  Gaules,  t.  IX,  XHI  et  XIV. 

G.  B, 

Foppens,  Bibliotheca  Beigica,  t.  IIF,  p.  195.  —  Fabri- 
cius, Bibliotheca  Mediœ  Latinitatis,  t.  IV,  p.  236,  — 
Histoire  Littéraire  de  la  France,  t.  XVI,  p.  528. 

LAMBERT,  dominicain  français,  mort  dans 
le  treizième  siècle.  Il  est  compté  parmi  les  plus 
anciens  religieux  de  cet  ordre  qui  furent  reçus 
dans  le  couvent  d'Auxerre,  et  ce  couvent  fut 
fondé  vers  le  milieu  du  treizième  siècle.  Le  té- 
moignage du  docte  Échard  est  formel  sur  ce 
point.  Le  même  bibliographe  lui  attribue,  sur  la 
foi  d'autrui,  une  Logique  inédite,  qu'il  n'a  pas 
connue  et  n'a  pu  faire  connaître.  M.  Daunou  a 
reproduit  l'assertion  d'Échard  sans  la  vérifier, 
et,  par  conséquent,  sans  la  confirmer.  Cepen- 
dant nous  possédons  à  la  Bibliothèque  impériale 
au  moins  deux  exemplaires  manuscrits  de  la  Lo- 
gique de  Lambert,  l'un  dans  l'ancien  fonds  du 
roi,  numéro  7392,  l'autre  dans  l'ancien  fonds  de 
la  Sorbonne,  numéro  1797.  On  ne  trouvera 
dans  la  Logique  de  Lambert  aucune  de  ces  am- 
ples digressions  qui  recommandent  aux  his- 
toriens de  la  philosophie  les  écrits  analogues 
d'Albert  le  Grand ,  de  saint  Thomas.  Lambert 
est  un  glossateur  plus  modeste,  qui  se  contente 
d'interpréter  des  mots.  B.  H. 

Échard,  Script.  Ord.  Prsed.,  t.  I,  p.  906  —  Hist.  Littér, 
de  la  France,  t.  XIX,  p.  416.  —  B.  Hauréau,  De  la  Phi- 
los, scolastique,  t.  II,  p.  539. 

LAMBERT  (Pierre),  seigneur  de  La  Croix, 
historien  savoyard,  né  vers  1480,  en  Savoie.  Il 
fut  président  de  la  chambre  des  comptes  de  cette 
province,  et  vivait  encore  en  1.543.  Il  reste  de 
îai  des  Mémoires  sur  la  vie  de  Charles  duc  de 
Savoye  neuvième,  de  l'an  MDC  jusqu'en  l'an 
MDCXXXIX  ;  ils  ont  été  insérés  dans  le  second 
volume,  p.  839-930,  d'un  important  recueil  publié 
à  Turin  par  l'ordre  du  gouvernement  piémon- 
tais  :    Historiée    Patrice  Monumenta.  G.  B. 

Crillet,  Dictionnaire  historique  du  Mont-Blanc  et  du 
Léman;  Cliambéry,  1807, 1. 11,  p.  71. 

LAMBERT  (Françots),  connu  aussi  sous  le 
nom  de  Serraniis  (  Jean  ),  théologien  français 
et  l'un  des  premiers  propagateurs  de  la  religion 
réformée,  né  à  Avignon,  en  1487,  mort  à  Mar- 
bourg,  le  18  avril  1530.  Sa  famille  élait  originaire 
d'Orgelet  (  Franche- Comté  )  et  son  père  était  se- 
crétaire de  la  légation  et  du  palais  apostolique 
d'Avignon.  Lui-même  fit  profession  chez  les 
CordeUers  dès  l'âge  de  seize  ans  et  quelques 
mois.  Lorsqu'il  eut  été  ordonné  prêtre,  il  se  livra 
à  la  prédication  pendant  plusieurs  année.s  avec 
succès.  Dégoûté  du  monde,  il  voulut  se  faire 
Chartreux  ;  mais  ses  supérieurs  l'en  empê- 
chèrent. Il  songea  sJors  à  abandonner  son  ordre, 
et  le  quitta  en  effet  en  1522.  Il  avait  lu  les  écrits 
de  Luther,  et  se  laissa  entraîner  à  la  doctrine  de 
ce  célèbre  réformateur  :  il  s'enfuit  en  Suisse,  où 
il  fut  accueilli  par  Sébastien  de  Monte-Falcone, 
prince  évéque  de  Lausanne;  de  là  il  passa  à 
Berne,  puis  à  Zurich,  où  il  eut  une  conféience 


133 


publique  avec  Zwingle  (17  juin  1520).  Con- 
vaincu de  la  nécessité  d'une  réforme  dans  l'É- 
glise, il  se  dépouilla  de  son  costume  monastique, 
prit  le  nom  de  Jean  Serranus,  et  vint  prêcher  la 
nouvelle  religion  à  Bâle,  à  Fribourg  et  dans 
quelques  autres  grandes  villes  de  Suisse  et  d'Al- 
lemagne. Eu  novembre  1522,  il  était  à  Eisenach, 
et  y  soutint  des  thèses  sur  le  mariage  des  prê- 
tres, la  confession,  le  baptême,  la  contrition,  la 
satisfaction,  la  réserve  des  cas,  etc.,  conformé- 
ment aux  sentiments  des  religionnaires,  et  con- 
tribua puissamment  à  répandre  la  réformation 
dans  toute  la  Thuringe.  En  janvier  1523  il  se 
rendit  à  Wittemberg,  auprès  de  Luther,  qui  l'ac- 
cueillit comme  un  disciple  dévoué.  Lambert  ne 
resta  point  oisif  à  Wittemberg;  il  y  expliqua  le 
prophète  Osée  et  quelques  autres  livres  de  l'É- 
criture Sainte.  Comme  il  n'avait  pas  le  don  de 
continence  (il  l'avoue  lui-même),  il  épousa  le 
20  juillet  la  fille  d'un  boulanger  d'Hertzberg.  La 
misère  l'obligea  de  quitter  Wittemberg,  en  1524  ; 
il  alla  à  Metz  ;  mais  il  y  fut  si  mal  reçu,  que  huit 
jours  après  son  arrivée  il  prenait  la  route  de 
Strasbourg.  Il  demeura  dans  cette  ville  occupéde 
la  composition  de  divers  ouvrages  jusqu'en  1526, 
année  où  Philippe,  landgrave  de  Hesse,  voulant 
introduire  le  luthéranisme  dans  ses  États,  l'ap- 
pela à  Hambourg.  Là,  pendant  un  synode  tenu 
en  octobre,  il  soutint  en  latin  des  thèses  (  aux- 
quelhs  il  donna  le  nom  de  Paradoxes)  contre 
tous  ceux  qui  voulaient  disputer,  pendant  qu'A- 
dam Craton  ou  Craift  faisait  de  même  en  alle- 
mand. Leurs  principaux  adversaires  étaient  Ni- 
colas Herborn ,  gardien  des  cordeliers  de  Mar- 
bourg,  et  Jean  Sperber.  Ces  derniers,  déclarés 
vaincus,  furent  chassés  de  la  Hesse.  La  ferme- 
ture des  monastères  fût  résolue,  et  leurs  revenus 
furent  appliqués  à  la  fondation  de  quatre  hôpi- 
taux et  d'une  académie  à  Marbourg.  Lambert 
fut  le  premier  professeur  de  théologie  de  cet 
établissement.  Il  assista  au  colloque  de  Mar- 
bourg, tenu  en  1529,  entre  les  théologiens  de 
Suisse,  de  Saxe,  de  Souabe,  et  de  quelques  au- 
tres provinces  de  l'Allemagne  méridionale,  et 
mourut  peu  après,  d'une  maladie  contagieuse 
nommée  la  peste  anglaise.  Il  n'avait  que  qua- 
rante-trois ans.  C'était,  selon  tous  les  historiens 
du  temps,  un  homme  savant  et  laborieux,  d'un 
caractère  vif,  mais  droit  ;  et  ce  fut  avec  bonne 
fôî  qu'il  se  jeta  dans  la  nouvelle  religion.  Ses 
écrits  sont  nombreux,  mais  devenus  fort  rares. 
Voici  lestities  des  principaux  :  Francisci  Lam- 
berti,  Avenionensïs  theologi,  Rationes  propter 
quas  Minoritarum  conversationem  habi- 
tumqxie  rejecit,  1623,  in-8°;  et  dans  les  Amœ- 
nitates  litterar.  de  Jean-Georges  Sehelhorn, 
t.  IV;  —  Propositiones  apud  Isenacum  ex- 
positae,  etc.  :  ces  propositions  sont  au  nombre  de 
cent  trente-neuf;  six  d'entre  elles.  De  Réserva- 
tione  Casuum,  ont  élé  reproduites  par  Sehelhorn 
d^ns  ses  Amœnitates,  volume  précité;  elles 
sont  suivies  de  sept  Lettres  de  Lambert,  écrites 


LAMBERT  134 

en  1523  à  Georges  Spalatin;  —  Evangelici  in 
Minoritarum  regulam  Comment ai'ii,  quibus 
palam  fit  quid  tam  de  illa  quam  de  aliis 
monachorum  regtdis  et  constitutionibiis  sen- 
tiendum  sit  ;  1523,  in-8°;  réimprimé  sous  ce 
titre  :  In  regularum  Minoritarum  et  contra 
îiniversas  perditionis  sectas  F.  Lamberti 
Commentarii  vere  Evangelici,  denuo  per  ip- 
sum  recogniti  et  locupletati  :  sectarum  regni 
fila  perdiii  catologum  in  prologo  habes  ; 
Strasbourg,  1525,  in  8°.  En  tête  se  trouvent  des 
Epistolee  de  Martin  Luther  et  d'Annemundus 
Cocfus  (1).  Suivant  le  P.  Niceron  «  Lambert  a 
composé  ce  prétendu  commentaire  en  homme 
qui  croyait  ne  pouvoir  mieux  justifier  son  apos- 
tasie qu'en  décriant  l'ordre  qu'il  avait  quitté.  » 
Cet  ouvrage  a  été  traduit  en  français  sous  ce 
titre  :  Déclaration  de  la  règle  et  état  des 
Cordeliers;  1525.  Cette  traduction  n'est  point 
exacte;  —  Commentarius  in  Evangelium 
Lucœ;  Wittemberg,  1623,  in-S»;  Nuremberg 
et  Strasbourg,  1525,  in-8°;  Francfort,  1693, 
in-8°;  —  De  sacra  Conjugio,  etc.  :  ce  livre 
fut  dédié  au  roi  de  France  François  I^"^.  L'au- 
teur le  composa  à  l'occasion  de  son  ma- 
riage; il  y  parle  de  son  changement  de  religion, 
et  exhorte  ses  concitoyens  à  l'imiter;  —  In 
Cantica  canticoruvi  Salomonis  llhcllns 
quidem  sensibus  altissimis,  in  quo  sublimia 
sacri  conjugii  mysteria  quse  in  Christo  et 
Ecclesia  sunt  pertractantur,  etc.  ;  Strasbourg, 

1524,  in-8°;  —  Defidelium  Yocatione  in  re- 
gnum  Ckristi ,  id  est  Ecclesiam.  De  Voca- 
tione  ad  ministeria  ejus,  maxime  ad  episco- 
patum.  Item  de  vocatione  Matthiee  per  sor- 
tem  ac  similibus  et  ibi  mulla  de  sortibus  ; 
sans  date,  ni  lieu  (Strasbourg,  1526),  in-8°;  — 
Farrago  omnium  fer  e  rerum  théologie  arum; 
sans  date,  ni  lieu  (1525).  Ce  sont  trois  cent 
quatre-vingt-cinq  paradoxes  ou  propositions 
contenues  en  treize  chapitres,  dans  lesquels  est 
renfermé  tout  le  système  théologique  de  l'au- 
teur. C'est  une  réponse  aux  Centum  Para- 
doxa  Conradi  Tregarii,  Augustiniani,  De 
Ecclesise  conciliorumque  autoritate ; —  Com- 
mentarii in  Oseam,  suivi  de  De  Arbitrio  ho- 
minis  in  solo  Christo  vere  liber o  in  se  au- 
tem  multis  nominibus  maxime  serve;  Stras- 
bourg ,  1 526  ,  in-8°  ;  —  De  Causis  excxca- 
tionis  multorum  sseculorum  ac  veritutis  de- 
nuo et  novissime  Dei  misericordia  revelata, 
deque  imagine  Dei,  aliisque  nonnulUs  insi- 
gnissimis  locis,  quorum  intelligentia  ad  co- 
gnitionem  veritatis  perplexis  ac  piis  men- 
tibus  non  parum  luminis  offert  ;  Strasbourg, 

1525,  in-S";  —  In  Johelem  prophetam,  etc.; 
Strasbourg,  1525,  in-8°;  —  */«  Amos,  Ab- 
diam,  et  Jonam,  et  Allegorise  in  Jonam; 
Strasbourg,    1525,  in-8°;  —    In   Miche sem. 


(I)  C'est  évidemment  par  erreur  queNlcéron  donne  à 
ces  lettres  la  date  de  1528.  Comment  auraient-elles  pu 
paratlre  dans  une  édition  publiée  en  ices  ? 

5. 


135 


LAMBERT 


136 


Nmm.et  AôacMC  ;  Strasbourg,  1525,  in-8°; — 
In  Soplioniam,  Aggeum,  Zachariam,  et  Ma- 
lachiain;  Strasbourg,  1526,  in-8°  ;  —  De  Pro- 
phelia,  eruditione  et  linguis,  deque  litterUi 
et  spiritu,  suivi  de  De  differentia  siimuli 
canris  Satanse  nuncii  e^zw/ionw;  Strasbourg, 
1626,  in-8°,  et  Helrastœdt,  1678,  in-4°;  —  Thè- 
ses fheologïcae  in  synodo  Homburgensi  dis- 
putatee;  Erfurt,  1527,iH-4°  et  in-8°  :  cette  der- 
nière édition  est  en  caractères  gothiques.  Ces 
thèses  sont  au  nombre  de  cent  cinquante-huit. 
Elles  sont  dirigées  contre  Nicolas  Herborn ,  qui 
avait  fait  paraître  ses  Assertiones  trecentee  ac 
vigenti  sex  Veras  Orthodoxse,  etc. ,  Cologne, 
1526,  in-8°  ,  et  qui  répliqua  par  Monas  sacro- 
sanctee  evangelicx  doctrinee ,  etc.,  Cologne , 
1529,  in-8°,  et  dans  son  Enchiridion  locorum 
communium  ;  Cologne,  1529,  in-4°;  —  Exe- 
geseos  in  Apocalypsim  libri  Vil  ;  Marbourg, 
1528,  in-8°;  —  De  Symbolo  fœderis  num- 
quam  rumpendi  quam  communionem  va- 
cant ;  Fr.  Lamberti  Con/essio,  etc.;  1530, 
in-8°;  trad.  en  allemand,  1557,  in-8°.  L'auteur 
y  témoigne  avoir  abandonné  les  sentiments  de 
Luther  sur  l'eucharistie;  —  Commentarii  in 
quatuor  libros  Regum  et  in  Acta  Aposto- 
ZorMm;  Strasbourg,  1526,  et  Francfort,  1539  ;  — 
De  Segno,  Civitate  et  Domo  Deï  ac  Domini 
nostri  J.-C,  etc.;  Worms,  1538,  in-8°.  A.  L. 

J.-G.  Schelhorn,  Jmœnitates  Litterariw,  t.  IV,  p.  307, 
312,  324,  328,  et  t.  X,  p.  1235.  —  Seckendorf,  Commen- 
tarius  de  LutJieranismo,  lib.  II,  sect.  Vlll.  —  Freher, 
Theatrum  P'irorum  Doctorum ,  t.  I ,  p.  101.  —  Bayle, 
Dictionnaire  critique.  —  J.  Tilemanri,  Fitx  Professo- 
rum  thfologiœ  Marpurgensium,  —  Chaufepié,  Diction- 
naire.  —  L'abbé  Joly,  Supplément  au  Dict.  de  Bayle.  — 
Abraham  Scultet,  annales  Evangelii,  ann  1526.  —  Le 
Long,  Bibliotheca  Sacra.  —  Du  Verdier  et  La  Croix  du 
Maine,  bibliothèques  françaises.  —  J.-F.  Hekelius,  Epis- 
toise  Singular.,  manip.  lui.  —  Nlcéron,  Mémoires  pour 
servir  à  l'Histoire  des  Hommes  Illustres,  t.  XXXIX, 
p.   234  260. 

LAMBERT  (  Josse  ) ,  imprimeur  et  graveur 
belge,  mort  à  la  fin  de  1556  ou  au  commence- 
ment de  1557.  Il  habitait  Gand,  et  se  servit  le 
premier  de  caractères  réguliers,  soit  gothiques, 
soit  romains,  bien  préférables  à  ceux  des  im- 
primeurs gantois  de  son  temps.  Ses  productions 
sont  rares  et  fort  recherchées.  A.  Voisin,  biblio- 
thécaire de  la  ville  de  Gand,  en  a  donné  une 
liste  sur  laquelle  il  n'a  pu  inscrire  que  trente  ou- 
vrages. Lambert  était  en  outre  un  habile  gra- 
veur; une  estampe  très-curieuse  de  lui,  repré- 
sentant le  Triomphe  rfwCAm^,  d'après  le  Titien, 
fait  parh'e  du  cabinet  de  M.  Camberlyn,  de 
Bruxelles.  Elle  est  gravée  sur  bois  en  dix  pièces, 
qui,  réunies,  ont  deux  mètres  soixante-dix  cen- 
timètres de  long,  sur  trente-neuf  centimètres  de 
haut.  Les  nombreuses  planches  dont  sont  or- 
nées plusieurs  dei  impressions  de  Lambert  et 
ses  empreintes  de  monnaies  témoignent  encore 
de  son  talent.  On  a  de  lui  :  Les  actes  et  der- 
nier supplice  de  Nicolas  Le  Borgne ,  dict 
JRuz,  traistre ,  rédigés  en  rime ,  par  Josse 
Lambert,  tailleur  de  lettres,  et  Robert  de  la 


Wisscherye.  Imprimé  à  Gand,  par  Josse 
Lambert,  tailleur  de  lettres,  demourant  de- 
vant la  maison  de  ville,  où  on  trouve  ces 
livrets  à  vendre, l'an  de  grâce  1543,  petit  10-4° 
de  8  pages  avec  fig.  au  titre.  On  ne  connaît  en 
Belgique  qu'un  exemplaire  de  cet  opuscule  ra- 
rissime. Le  capitaine  Buz,  convaincu  de  trahison 
envers  l'empereur  Charles  Quint,  fct  décapité, 
et  son  corps  coupé  en  quartiers,  qui  furent  ex- 
po.'^és  à  chacune  des  portes  de  Gand.  Lambert  a 
encore  laissé  :  ISederduytshe  spelling;  Gand, 
1550,  in-8°.  Cette  grammaire  flamande,  citée  par 
J.-F.  Willems,  est  introuvable.Sanderas,  qui  la 
cite  aussi,  lui  donne,  en  latin,  le  titre  suivant  : 
De  vera  et  genuina  Orthographiée  Teutonicae 
Ratione.  On  peut  sans  doute  juger  du  système 
orthographique  de  l'auteur  par  celui  qu'il  a  lui- 
même  adopté  pour  le  livre  intitulé  :  Testamen- 
ten  der  tivalf  patriarchen,  qui  est  -sorti  de  ses 
presses.  «  Ce  qu'il  y  a  de  piquant  à  remarquer, 
dit  A.  Voisin,  c'est  que  les  deux  a,  comme  dans 
les  mots  noodzaakelykheid,  spraakkunst,  et 
que  l'on  regarde  comme  appartenant  exclusive- 
ment au  dialecte  hollandais,  y  sont  rais  en  usage 
pour  la  première  fois  et  très-longtemps  avant 
d'avoir  été  adoptés  par  les  grands  écrivains  de 
la  Hollande.  »  Enfin,  on  attribue  à  Lambert  : 
De  eleyne  colloquie  int  Vldemshe  endejran- 
chois,  publié  à  Gand  en  1550,  et  à  Anvers  chez 
Waesberghe ,  ouvrage  mentionné  dans  V Index 
librorum  prohibitorum...  cum  appendice  in 
Belgio  ex  mandata  regiee  catholicee  majes- 
tatis  confecta;  Anvers,  Plantin,  1570,  in-8°, 
p.  85.  E.  Regnard. 

Sanderus,  De  Gandavensibus  Eruditis  claris,  I,  81.  — 
A.  Voisin,  Kotice  littéraire  et  bibliographique  sur  les 
Travaux  de  J.  Lambert,  etc.,  dans  le  Messager  j  des 
Sciences  historiques  de  Belgique,  18*2,  p.  86.  —  J.-F. 
Willems,  F'erkandeling ,  1,  252. 

LAMBERT  (  Jean ,  marquis  de  Saint-Bris 

de),  général  français,  né  au  château  des£scuyers, 
en  Périgord,  le  25  septembre  1586,  mort  au 
château  de  Saint-Bris,  au  comté  d'Auxerre 
(Yonne),  le  23  octobre  1665.  Il  fut  d'abord 
page  du  roi  Henri  IV,  et  fit  ses  premières  armes 
en  Hollande,  sous  le  prince  Maurice  de  Nassau, 
en  1598.  En  1605  il  servit  en  qualité  d'enseigne 
dans  le  régiment  de  Châtillon.  11  se  trouva  au 
siège  de  Juliers  et  à  toutes  les  opérations  qui 
suivirent.  Bassompierre ,  qui  l'avait  fait,  en 
1610,  lieutenant  de  sa  compagnie  de  gendarmes, 
le  rappela  près  de  lui,  et  l'employa,  en  mai  1615, 
à  l'affaire  de  Chaniay  et  au  combat  de  Pampron, 
où  il  fut  grièvement  blessé,  le  7  janvier  1616. 
Bassompierre,  ayant  été  nommé  colonel  général 
des  Suisses,  donna  à  de  Lambert,  le  26  octobre 
I6I6,  le  commandement  et  la  conduite  de  deux 
roiUe  hommes  de  pied,  Suisses,  pour  se  rendre 
à  Saint-Jean  de-Losne;  étant  de  là  venu  rendre 
compte  au  roi  de  l'état  des  vieux  régiments  qui 
se  désorganisaient,  il  fut,  le  16  juillet  1620, 
pourvu  de  la  charge  de  capitaine  d'une  compa- 
gnie de  gens  de  guerre  au  régiment  de  Piémont, 


137  LAMBERT 

(|u'il  conduisit  au  combat  du  pont  de  Ce,  le 
7  août  suivant.  En  févi-ier  1621  il  accompagna 
Bassompierre  dans  son  ambassade  d'Espagne  ; 
le  traité  ayant  été  signé,  il  se  trouva  au  siège  de 
Saint-Jean-d'Angely,  qui  capitula  le  23  juin,  il 
se  distingua  au  combat  du  24,  à  la  prise  de  Nérac, 
au  siège  de  Montauban  et  à  celui  de  .Monheurt.  En 
avril  1622,  il  coml^attit  à  laprise  de  Riez;  ensuite 
il  commanda  au  siège  de  Tonneins,  sous  les  or- 
dres du  duc  d'Elbeuf ,  un  bataillon  de  son  régi- 
ment :  après  quelquerésistance, la  place  capitula 
le  4  mai.  Le  11  du  même  mois  il  se  trouva  à  la 
prise  de  Roy  an,  et  le  10  juin  à  celle  de  Negrepe- 
iisse.  Au  mois  d'octobre,  au  siè^gedeMontpensier, 
le  roi  le  choisit  pour  donner  l'assaut,  avec  deux 
cents  hommes,  aux  faubourgs  de  la  ville,  qu'il  força 
de  capituler  le  19.  Le  26  juin  1624,  sa  compagnie 
fut  doublée  et  composée  des  meilleurs  soldats. 
C'est  à  la  tête  de  ces  hommes  aguerris  qu'il 
donna  de  nouvelles  preuves  de  courage  au  siège 
de  La  Rochelle  en  1627  et  1628,  ainsi  qu'aux 
prises  de  Privas  et  d'Alais  en  1629.  En  1630  il 
prit  part  à  la  conquête  de  la  Savoie  jusqu'au 
traité  de  Quérasque,  signé  au  mois  de  mai  1631. 
Il  combattit  à  Veillam,  en  1632  ;  à  Privas  et  au 
combat  qui  eut  lieu  près  de  Rémoulins,  en 
1633  ;  il  marcha  avec  le  même  général  à  la  con- 
quête de  la  Lorraine,  et  fut  nommé,  le  24  août 
1634,  lieutenant-colonel  du  régiment  de  Pié- 
mont. Il  assista  à  la  prise  de  Bitche,  de  La 
Mothe;  le  31  mars  1635  il  fut  nommé  maréchal 
de  camp,  et  reçut  l'ordre  de  se  rendre  à  Mézières 
et  à  Charleville  pour  prendre  le  commandement 
de  ces  deux  places  et  de  toute  la  frontière.  Après 
avoir  pris  toutes  les  mesures  nécessaires  à  la 
sûreté  des  places  qui  lui  étaient  confiées,  de 
Lambert  se  rendit  à  l'armée  commandée  par 
les  maréchaux  de  Châtillon  et  de  Brézé;  le 
20  mai  1635,  à  la  bataille  d'Avein,  il  commandait 
l'aile  gauche.  De  là  il  rejoignit,  avec  l'armée  fran- 
çaise, le  prince  d'Orange,  qui  campait  près  de 
Maëstricht.  Après  la  levée  du  siège  de  Louvain 
et  la  prise  du  fort  de  Schein,  de  Lambert  resta 
seul  commandant  de  l'armée  française  en  Hol- 
lande jusqu'au  printemps  suivant.  Un  ordre  du 
roi,  du  30  avril  1636,  et  des  instructions  parti- 
culières furent  adressés  à  de  Lambert  pour  qu'il 
eût  à  assembler  sur  les  confins  de  la  Bourgogne 
et  de  la  Champagne  une  armée  qui  devait  être 
commandée  par  le  prince  de  Condé.  Il  se  rendit 
donc  à  Langres,  d'où  il  conduisit  l'armée  de- 
vant Dôle ,  dont  il  fonna  le  siège.  Le  5  juillet  il 
repoussa  huit  ou  neuf  cents  hommes  de  la  gar- 
nison qui  tentèrent  une  sortie.  Ayant  reçu,  en 
aoOt  1636,  de  la  part  du  roi, l'ordre  d'effectuer 
une  retraite,  il  le  fit  en  bon  ordre,  et  se  rendit 
à  Amiens  pour  y  recevoir  de  nouvelles  instruc- 
tions. En  attendant,  il  reprit  Roye  et  Montdidier, 
et  commanda  le  blocus  de  Corbie,  -qui  se  ren- 
dit le  10  novembre;  puis  des  ordres  du  7  dé- 
cembre lui  enjoignirent  d'aller  s'établir  à  Char- 
leville pour  veiller  à  la  sûreté  de  Mézières, 


138 

Mont-Olympe ,  Rocroy  et  autres  places  de  cette 
frontière.  L'année  d'après ,  il  fut-  chargé  d'as- 
sembler l'armée  à  Oisemont ,  près  Abbeville,  et, 
par  ordre  du  20  juin  1637,  il  prit  le  comman- 
dant de  six  régiments  d'infanterie  et  de  six  cor- 
nettes de  cavalerie  pour  aller  rejoindre  l'armée 
des  États  dans  le  Boulonnais.  Il  revint  en  juillet, 
attaqua  et  prit  Dourier  et  Auxi-le-Château  ;  il  se 
trouva  à  la  reddition  de  Landvier,  prit  d'assaut 
le  château  de  Biez  en  Artois ,  s'empara  de  Mau- 
beuge,  et  vint  au  siège  de  La  Capelle,  où  il  com- 
manda une  attaque  qui  décida  la  reddition  de 
cette  place,  dont  le  roi  lui  donna  le  commandement 
le  23  septembre  1637.  C'est  à  cette  époque  qu'il 
quitta  le  régiment  de  Piémont  et  prit,  par  ordre 
du  16  juin  1638,  l'inspection  de  toutes  les  gar- 
nisons de  la  Picardie,  et  se  trouva  au  siège  de 
Saint  Omer.  Le  maréchal  de  Brézé  ayant  quitté 
le  commandement  de  l'armée  de  Picardie,  le 
laissa  à  de  Lambert,  7  août  1638.  Nommé  ca- 
pitaine d'une  compagnie  de  chevau-légcrs  de 
cent  maîtres ,  par  commission  du  22  février 
1639,  il  servit  dans  l'armée  de  Flandre  et  d'Ar- 
tois, sous  le  maréchal  de  laMeilleraye  et  assista, 
le  29  juin ,  à  la  prise  de  Hesdin.  A  la  mort  du 
cardinal  de  La  Valette,  il  obtint  le  3  octobre  1639, 
le  gouvernement  général  du  pays  Messin ,  et  le 
gouvernement  particulier  des  ville  et  citadelle  de 
Metz.  En  mai  1644,  de  Lambert  se  démit  de 
son  gouvernement;  mais  le  21  du  même  mois 
il  fut  employé  en  qualité  de  maréchal  de  camp 
à  l'armée  de  M.  le  duc  d'Orléans,  et  se  signala  au 
siège  de  Gravelines,  qui  se  rendit  le  28  juillet 
1644  (1).  En  1645,  faisant  partie  de  la  même 
armée,  il  se  distingua  au  passage  de  la  rivière 
de  Colme,  ouvrit  la  tranchée  devant  Mardick, 
et  se  trouva  à  la  prise  de  Bourbourg;  le  6  mai 
1648,  il  fut  nommé  lieutenant  général  et  envoyé 
en  Italie  pour  prendre  le  commandement  des 
armées  de  terre  et  de  mer.  Il  contribua  à  la  pi-ise 
de  Vietri,  à  celle  de  l'île  de  Procida,  et  à  l'es- 
calade de  Salerne.  L'armée  ayant  reçu  l'ordre  de 
se  retirer,  de  Lambert  fut  chargé  d'effectuer  la 
retraite,  qui  eut  lieu  en  bon  ordre.  Lorsque  éclata 
la  guerre  civile,  Gaston  d'Orléans,  voulant  l'en- 
traîner dans  son  parti ,  lui  fit  offrir  le  bâton  de 
maréchal  de  France;  de  Lambert  resta  fidèle, 
et  refusa.  Il  se  retira  ensuite  dans  ses  terres  et 
château  de  Saint-Bris,  érigé  en  marquisat,  en 
sa  faveur,  au  mois  de  février  1644,  où  il  mourut. 
A.  Jadin. 

Chronologie  militaire,   t.   IV,  p.  39.  —  Titres  con- 
servés, lettres  originales,  brevets,  commissions  id.  — 


(1)  Le  président  Hénaut,  sous  la  date  de  1644,  rapporte 
qu'à  ce  siège  il  s'éleva  entre  les  maréchaux  de  Gassion 
et  de  la  Meilleraye  un  démêlé  qui  divisa  l'armée.  Les 
deux  partis  allaient  en  venir  aux  mains  lorsque  M.  de 
Lambert,  bien  qu'il  ne  fût  que  maréchal  de  camp,  les 
arrêta,  et  défendit  aux  troupis,  au  nom  du  roi,  de  recon- 
naître ces  maréchaux  pour  Ifurs  chefs.  A  l'Instant  les 
maréchaux  et  les  troupes  se  retirèrent.  Louis  XIV  qui 
eut  connaissance  de  ce  fait,  en  parlait  comnie  d'un  trait 
de  vigueur  et  d'autorité  qui  sauva  l'armée. 


lâg 


LAMBERT 


140 


Mémoires  de  /:assompierr».  —  armoriai  général.  — 
Anquetil,  Histoire  de  France.  —  De  Courcelles,  Dic- 
tionnaire historique  des  généraux  français. 

I.AMBEBT  (  A/e?H-i,  marquis  de  Saint-Bris 
de),  général  français,  fils  rlu  précédent,  né  le 
3  novembre  1631,  mort  dans  le  duché  de  Luxem- 
bourg, le  r"  août  168C.  Nommé,  après  la  dé- 
mission de  son  père  mestre  de  camp  du  régi- 
ment d'infanterie  qui  tenait  garnison  à  Metz,  il 
s'en  démit  au  mois  de  juin  1649,  et  obtint  une 
compagnie  au  régiment  royal  cavalerie  en  con- 
servant sa  commission  de  mestre  de  camp.  En 
1650  il  servit  en  Guyenne,  et  en  1651  en  Flandre 
sous  le  maréchal  d'Aumont.  En  1652  il  se  trouva 
au  combat  de  Saint -Antoine  à  Paris,  et  continua 
à  servir  sous  le  maréchal  de  Turenne  jusqu'à 
la  paix,  le  23  juin  1653,  oii  il  fut  nommé  capitaine 
d'une  compagnie  de  chevau-légers.  En  1658  il 
se  distingua  à  la  bataille  des  Dunes.  Sa  compa- 
gnie ayant  été.  réformée,  le  18  avril  1661,  il  leva 
«n  régiment  de  cavalerie  sous  son  nom,  et  servit 
en  Flandre  et  en  Franche-Comté  en  1668.  Mais  ce 
régiment  ayant  été  réformé ,  il  servit  comme  ca- 
pitaine jusqu'au  7  août  1671,  et  fut  employé  sous 
le  prince  de  Condé,  en  1672.  Il  suivit  le  roi  dans 
la  campagne  de  Hollande  ,  et  prit  une  part  bril- 
lante à  toutes  les  batailles  qui  eurent  lieu  dans 
cette  campagne.  Le  13  février  1674  il  fut  nommé 
brigadier  de  cavalerie,  et  concourut  en  cette 
qualité  aux  sièges  et  à  la  prise  de  Besançon 
et  autres  places  de  la  Franche-Comté.  De  là  il 
suivit  le  maréchal  de  Turenne  en  Allemagne. 
En  1676,  sous  le  maréchal  de  Luxembourg,  il 
combattit  à  Kokesberg  avec  un  courage  qui  lui 
valut  le  grade  de  maréchal  de  camp  le  25  fé- 
vrier 1677,  époque  à  laquelle  il  fut  envoyé  à 
l'armée  d'Allemagne  sous  les  ordres  du  maré- 
chal de  Créqui,  et  fut  investi  du  comman- 
dement de  la  frontière  d'Alsace.  En  1678, 
avec  la  même  armée,  il  prit  part  à  l'attaque 
du  pont  de  Rhinfeld  et  des  retranchements  de 
Jeckingen ,  à  la  défaite  du  duc  de  Lorraine  , 
à  la  prise  du  fort  de  Kehl  et  du  château  de 
Lichtemberg.  En  1680  il  fut  envoyé  à  Bayonne 
pour  commander  un  corps  de  troupes  placé  sur 
cette  frontière;  mais  il  en  fut  rappelé  pour 
prendre  le  commandement  du  pays  et  comté  de 
Chini.  Le  21  février  1680,  leroi  lui  donna  le  gou- 
vernement de  la  ville  de  Longwy,  vacant  par  la 
démission  de  Catinat,  et,  par  ordre  du  28  avril 
1682  il  fut  nommé  au  commandement  du  camp 
de  la  Saône.  Ayant  été  créé  lieutenant  général 
des  armées  du  roi  le  25  juin  1682,  il  fut,  le  5  avril 
1684,employé  sons  les  ordres  du  maréchal  de 
Créqui  au  siège  de  Luxembourg,  où  il  monta  la 
tranchée  et  coopéra  ain^;i  à  la  reddition  de  cette 
place,  qui  eut  lieu  le4  juin.  Il  fut  nommé,  le  12  du 
même  mois,  gouverneur  et  lieutenant  général 
des  ville  et  duché  de  Luxembourg ,  comté  de 
Chini  et  autres  lieux  dépendant  de  la  province 
de  Luxembourg  ;  il  nwurut  dans  son  comman- 
dement. Le  roi,  en  considération  de  ses  services 


signalés,  donna  6,000  livres  de  pension  à  son  fils 
et  à  sa  veuve.  A.  Jadin. 

Chronologie  militaire ,  tom.  IV.  —  Titres ,  brevets , 
commission,  etc.  —  Dépôt  de  la  giierre.  —  De  Courcel  • 
les  ,  Dictionnaire  historique  des  Généraux  français. 

LAMBERT  (  Anne-Tfiérèse  de  Marguenat 
DE  CoDRCELLES,  marquise  de  ),  femme  de  lettres 
française,  épouse  du  précédent,  née  à  Paris,  en 
1647,  morte  dans  la  même  ville,  le  12  juillet 
1733.  Son  père,  maître  des  comptes,  mourut 
lorsqu'elle  avait  à  peine  trois  ans.  Sa  mère, 
femme  de  mœurs  assez  légères  ,  si  l'on  en  croit 
les  historiens  de  son  époque,  épousa  en  secondes 
noces  Bachaumont,  homme  d'esprit,  qui,  frappé 
des  heureuses  dispositions  de  sa  belle-fille ,  se 
plut  à  les  cultiver.  Fontenelle ,  qui  fut  l'ami  de 
la  marquise  de  Lambert,  dit  que  toute  jeune 
encore  elle  se  dérobait  aux  plaisirs  de  son  âge 
pour  aller  lire  dans  la  solitude  et  faire  de  petits 
extraits  de  ce  qui  la  frappait  le  plus.  En  1666,  elle 
épousa  le  marquis  Henri  Lambert  de  Saint-Bris, 
qui  parvint  au  grade  de  lieutenant  général  et  fut 
nommé  gouverneur  de  la  province  de  Luxem- 
bourg. Elle  y  suivit  son  mari,  et  consacra  tout 
son  bien  personnel  à  une  représentation  r.plen- 
dide.  Le  marquis  de  Lambert  mourut  en  1686, 
et  sa  veuve  se  trouva  aussitôt  obligée  de  soute- 
nir contre  sa  famille  de  longs  et  douloureux  pro- 
cès; il  s'agissait  de  toute  sa  fortune,  qu'elle  dé- 
fendit au  nom  de  ses  enfants.  Elle  fit  preuve  dans 
ces  circonstances  d'unegrande  capacité,  et  dirigea 
si  bien  la  marche  de  sa  cause,  au  milieu  des  inex- 
tricables difficultés  qu'on  lui  suscitait ,  elle  dé- 
ploya tant  de  courage  et  de  fermeté,  qu'elle  finit 
par  l'emporter  et  put  devenir  maîtresse  de  biens 
considérables.  Libre  de  tous  ces  ennuis,  elle  écri- 
vait à  son  fils  :  n  II  y  a  si  peu  de  grandes  for- 
tunes innocentes,  que  je  pardonne  à  mon  père 
de  ne  nous  en  avoir  point  laissé.  J'ai  fait  ce  que 
j'ai  pu  pour  mettre  quelque  ordre  à  nos  affaires, 
où  l'on  ne  laisse  aux  femmes  que  la  gloire  de 
l'économie.  »  C'est  alors  qu'elle  établit  à  Paris 
une  maison  qui  devint  le  rendez-vous  de  tous 
les  gens  du  grand  monde,  de  l'élite  des  gens  de 
lettres,  et  où  l'on  considérait  comme  un  honneur 
d'être  admis.  De  1710  à  1733,  les  salons  de 
la  marquise  de  Lambert  furent  le  lieu  de  réu- 
nion de  tout  ce  qu'il  y  avait  de  plus  distingué  à 
Paris.  «C'était,  dit  Fontenelle,  la  seule  maison 
qui  fût  préservée  de  la  maladie  épidémiquedu  jeu, 
la  seule  où  l'on  se  trouvait  pour  se  parler  rai- 
sonnablement les  uns  les  autres ,  avec  esprit  et 
selon  l'occasion.  »  La  marquise  de  Lamberl  était 
en  outre  fort  bonne  et  fort  généreuse.  Fontenelle 
dit ,  dans  son  éloge  :  «  Elle  n'était  pas  seulement 
ardente  à  servir  ses  amis  sans  attendre  leurs 
prières  ni  l'exposition  humiliante  de  leurs  be- 
soins ;  mais  une  bonne  action  à  faire ,  même  en 
faveur  de  personnes  indifférentes,  la  tentait  tou- 
jours vivement  ;  et  il  fallait  que  les  circonstances 
fussent  bien  contraires  ,  si  elle  n'y  succombait 
pas.  Quelques  mauvais  succès  de  ses  générosités 


I41 


LAMBERT 


ne  l'avaient  point  corrigée;  elle  était  toujours 
également  prête  à  faire  le  bien.  » 

La  marquise  de  Lambert  a  écrit  des  ouvrages 
justement  estimés;  elle  ne  les  destinait  pas  à  la 
publicité.  Non-seulement  elle  était  peu  jalouse 
des  succès  littéraires,  mais  elle  avait  môme  à 
ce  sujet  des  préjugés  :  ses  premiers  écrits  ne 
furent  connus  que  par  la  lecture  qu'elle  en  fai- 
sait à  quelques  amis  et  par  des  copies  manus- 
crites qui  en  furent  faites.  Elle  redoutait  telle- 
ment le  ridicule  qu'on  attachait  alors  à  la  qualité 
de  femme  de  lettres,  elle  croyait  si  bien  qu'une 
femme  du  monde  se  compromettait  en  publiant 
ses  écrits ,  que  lorsque  des  amis  indiscrets  firent 
imprimer  ses  premiers  écrits ,  elle  se  crut  dé- 
shonorée, à  ce  que  dit  M.  Auger,  qui  cependant 
ajoute  :  «  Tous  les  écrits  que  renferment  les  œu- 
vres de  M"*  de  Lambert  sont  remarquables 
par  la  pureté  du  style  et  de  la  morale ,  l'élévation 
des  sentiments ,  la  finesse  des  observations  et 
des  idées,  et,  comme  dit  Fontenelle ,  par  le  ton 
aimable  de  vertu  qui  y  règne  partout.  »  Les 
dernières  années  de  la  longue  existence  de  cette 
femme  célèbre  furent  accablées  de  souffrances  , 
pour  lesquelles  son  courage  naturel  n'eût  pas 
suffi  sans  le  secours  de  toute  sa  religion.  Les 
ouvrages  de  cette  dame,  qui  redoutait  tant  la  pu- 
blicité, sont  de  ceux  qui  ont  obtenu  le  plus  grand 
nombre  d'éditions.  En  voici  la  liste  :  Avis  d'une 
Mère  à  sa  Fille ,  suivis  de  réflexions  sur  les 
femmes  ;  des  réflexions  sur  le  goût  ;  dhin 
discours  sur  la  délicatesse  d'esprit  et  de  sen- 
timent, et  d'une  lettre  sur  Véducation  ;  Paris, 
1734,  in-12;4°  édition,  Paris,  1739,  in-12;  autre 
édition,  La  Haye,  1748,  in-8°;  nouvelles  éditions, 
Paris,  1804  et  1811,  in-12;  1819,  in-18;  1828, 
in-18;  la  même  édition  à  laquelle  on  a  joint 
une  notice  historique  sur  l'auteur,  une  pré- 
face et  des  notes  par  M™^  Dufresnoy,  des  cita- 
tions de  Plutarque,  de  Sénèque,  de  Charron; 
Paris,  1822,  in-18,  avec  gravures.  Le  même 
ouvrage  a  été  imprimé  en  allemand  avec  une 
traduction  interlinéaire  propre  à  faciliter  l'étude 
de  l'allemand  (par  An  t. -Marie-Henri  Boulard, 
notaire  )  ;  Paris,  an  vm  (1800),  in-12;  —  Avis 
d'une  Mère  à  son  Fils ,  suivis  du  traité  de  l'a- 
mitié, des  réflexions  sur  les  richesses,  de 
Psyché ,  du  dialogue  entre  Alexandre  et  Dio- 
gène  sur  l' égalité  des  biens,  etc.;  Paris,  1804 
et  1811,  in-12;  ibid.,  1619,  in-18;  ibid.,  1828, 
in-18.  Le  même  ouvrage,  auquel  on  a  joint  une 
notice  sur  l'auteur,  une  préface  et  des  notes  par 
jyjme  Dufresnoy,  des  citations  de  Plutarque,  de 
Cicéron ,  de  Sénèque ,  de  Charron,  etc. ,  parut 
à  Paris,  1822,  in-i8,  avec  figures.  Cette  der- 
nière édition  fait  partie  d'une  collection  de  li- 
vres en  miniature;  —  Avis  d'une  Mère  à  son 
Fils  et  à  sa  Fille;  Paris,  1728  ou  1734,  in-12, 
ou  Augsbourg,  1763,  in-12;  sous  ce  titre  : 
Lettres  sur  la  Véritable  Éducation;  Amster- 
dam, 1729,  iu-12;  même  recueil  précédé  d'une  " 
notice   sur   M""    Lambert  par    M.   Henrion; 


143 

Réflexions   nouvelles 


Paris,  1829,  in-18; 
sur  les  Femmes;  Paris,  1727,  in-12;  réim- 
primé à  La  Haye,  en  1729 ,  sous  ce  titre  :  Nou- 
velles Réflexions  sur  les  Femmes  ,  ou  mé- 
taphysique d'amour;  —  Traité  de  l'Amitié, 
Traité  de  la  Vieillesse ,  Réflexions  sur  les 
Femmes,  siir  le.  Goût,  sur  les  Richesses; 
Amsterdam,  1732,  in-12  ;  —  Le  Traité  de  l'A- 
mitié a  été  réimprimé  dans  le  volume  qui  a 
pour  titre  :  Recueil  de  divers  écrits  sur  l'A- 
mour et  l'Amitié,  la  Politesse, etc. ;  Bruxel- 
les, 1736,  in-12;  —  Œuvres  rassemblées  pour 
la  première  fois,  auxquelles  oti  a  joint  di- 
verses pièces  qui  n'ont  point  encore  paru  à 
Lausanne;  1747  ou  1748,  in-12;  3*  édition, 
augmentée  d'un  supplément  contenant  quatre 
nouvelles  pièces  ;  Lausanne,  1751,  in-12.  Cette 
édition  contient  :  1°  Avis  d'une  Mère  à  son  Fils; 
2°  dvis  d'une  Mère  à  sa  Fille;  3°  Traité  de 
l'Amitié;  4°  Traité  de  la  Vieillesse;  5°  Ré- 
flexions nouvelles  sur  les  Femmes;  6°  Ré- 
;  flexions  sur  le  Goût  ;  7°  Réflexions  sur  les 
Richesses;  8°  Psyché,  en  grec  Ame;  9°  Por- 
traits de  diverses  personnes  (  au  nombre  de 
cinq);  10"  Dialogue  entre  Diogèneet  Alexan- 
dre sur  l'égalité  des  biens;  11"  Discours  sur 
le  sentiment  d'une  dame  qui  croyait  que  l'a- 
mour convenait  aux  femmes,  lors  même 
qu'elles  n'étaient  plus  jeunes;  12°  Discours 
sur  la  Délicatesse  d'Esprit  et  de  Sentiment  ; 
13°  Discours  sur  la  Différence  qu'il  y  a  de 
la  Réputation  à  la  Considération;  14°  La 
Femme  hermite ,  nouvelle  attribuée  à  M""^  de 
Lambert;  15°  Lettres  à  diverses  personnes 
(au  nombre  de  treize  ),  et  de  plus  quatre  autres 
de  Fénelon  à  la  marquise  de  Lambert ,  deux  de 
M.  de  La  Rivière  à  la  même ,  et  une  du  même 
à  l'abbé  Sainctot  (  en  vers  )  ;  les  mêmes ,  nou- 
velle édition,  Paris,  1748,  in-12;  les  mêmes, 
Amsterdam,  1750,  in-12;  —  Œuvres  choisies; 
Paris,  1808,  2  vol.  in-18;  les  mêmes  avec 
une  préface  et  des  notes  par  M.  Laurentie, 
Paris,  1829,  in-18  (cette  édition  fait  partie 
d'une  Bibliothèque  choisie)  ;  —  Œuvres  com- 
plètes, précédées  d'une  notice,  suivies  de 
ses  lettres  à  plusieurs  personnages  célè- 
bres; Paris,  1808,  in-8°.  L'édition  de  1808  est 
regardée  comme  la  plus  complète,  et  cependant 
elle  ne  contient  de  plus  que  la  troisiètne  de  Lau- 
sanne que  deux  lettres  assez  insignifiantes. 
M""®  la  marquise  de  Lambert  collabora,  dit-on, 
à  l'Homère  en  arbitrage  du  père  Buffier,  qui 
parut  en  1715,  in-12.  A.  Jadin. 

Fontenelle,  Ëtoge  de  Mme  la  marquise  de  Lambert, 
œuvres  complètes,  1767.  —  Droz,  Feuilleton  du  Journal 
de  l'Empire,  u  août  1818.  —  Sainte-Beuve,  Causeries  du 
lundi,  tom.  IV. 

LAMBERT  (  Henri- François ,  marquis  de 
Saint  Bris  de  ),  plus  connu  sous  le  nom  de 
marquis  de  Lambert,  général  français,  fils  des 
précédents,  né  le  13  décembre  1677,  mort  à 
Paris,  le  21  avril  1754.  Entré  en  1693  dans  la 
première  compagnie  des  mousquetaires  du  roi,  il 


143  LAMBERT 

se  troava  au  siège  de  Huy,  pris  le  24  juillet, 
combattit  à  Neerwinde  le  29,  et  fut  nommé  sous- 
lieutenant  au  régiment  du  roi  en  1694.  Il  fit  la 
campagne  de  Flandres,  se  trouva  au  siège  de 
Dixmude  et  an  bombardement  de  Bruxelles  en 
1695.  Nommé  lieutenant  au  même  régiment,  le 
27  décembre,  il  continua  à  servir  à  l'armée  de 
Flandre  en  1696.  Nommé  colonel  du  régiment 
de  Perigord  infanterie  par  concession  du  2  fé- 
vrier 1697,  il  se  rendit  à  l'armée  de  Catalogne,  et 
se  trouva  à  la  prise  de  Barcelone,  qui  se  rendit 
le  10  août.  i)e  là  il  passa  en  Italie  au  mois  de 
décembre  1700,  et  combattit  à  Chiari,  le  1*"^  sep- 
tembre 1701.  En  1702,  il  contribua,  le  26  juillet,  à 
la  défaite  des  ennemis  à  San-Vittoria ,  servit  au 
siège  de  Luzzara,  le  15  août,  et  assista  au  siège 
de  Guastalla,  dont  la  prise  fut  suivie  de  celle  de 
Borgoforte.  Il  contribua  à  la  défaite  du  général 
Staremberg,  près  de  Stradella ,  prit  part  au  com- 
bat de  Castelnovo  de  Bormia ,  à  la  prise  de  Nago 
et  d'Arco  dans  le  Trinton,  à  la  prise  d'Asti,  et  à 
la  soumission  de  Villeneuve  d'Asti,  qui  eut  lieu  en 
1703.  Lors  de  l'attaque  des  postes  occupés  par 
Igs  armées  sur  le  Pô,  il  rendit  d'éminents  ser- 
vices, fut  employé  au  siège  de  Verceil ,  d'Ivrée, 
de  sa  citadelle  et  de  son  château  en  1704.  En 
avril  1705  il  commandait  un  détachement  de 
grenadieis  à  la  prise  de  Verrue.  Après  s'être 
trouvé  à  la  bataille  de  Cassano ,  il  fut  nommé 
brigadier  d'infanterie,  le  4  octobre  1705,  et  servit 
en  cette  qualité  au  siège  de  Turin,  où  il  commanda 
l'aile  gauche  de  la  tranchée  à  l'attaque  des  contre- 
gardes.  Envoyé  à  l'armée  d'Espagne  en  1707,  il 
servit  d'abord  dans  le  corps  de  troupes  assemblé 
dans  la  Navarre  sous  les  ordres  de  M.  Le  Gall, 
rejoignit  ensuite  l'armée  du  duc  d'Orléans,  et  se 
trouva  à  la  prise  de  Lérida,  le  12  octobre.  En 
1708,  il  fut  détaché,  le  1"  juin,  du  camp  de  Gi- 
nestar  et  envoyé  sous  les  ordres  du  marquis  de 
Gaetano,  Heutenant  général  des  années  d'Es- 
pagne, pour  chasser  les  ennemis  de  Falcete:  il 
les  attaqua  à  cinq  heures  du  matin,  et  les  défit. 
De  là  le  marquis  de  Lambert  marcha  sur  Tor- 
tose ,  qu'il  fit  rendre,  et  d'où  il  fut  envoyé  par 
le  duc  d'Orléans  pour  annoncer  au  roi  la  reddi- 
tion decette  place,  qui  eut  lieu  le  1 1  juillet  1 708. 11 
servit  dans  la  même  armée  sous  les  ordres  du 
maréchal  de  Besons  jusqu'au  29  juillet  1710,  où 
il  fut  nomYné  maréchal  de  camp.  Il  se  démit 
alors  du  régiment  de  Perigord,  et  fut  employé  à 
l'armée  du  Dauphiné  sous  le  maréchal  de  Ber- 
wick.  En  1712,  sous  le  maréchal  de  Villars,  il 
combattit  à  la  bataille  de  Denain,  et  contribua  à 
la  prise  de  Douai ,  du  Quesnoi  et  de  Bouchain. 
C'est  à  cette  époque  qu'il  fut  décoré  de  la  croix 
de  Saint- Louis.  En  1719,  faisant  partie  de  l'armée 
du  maréchal  de  Berwick  sur  la  frontière  d'Es- 
pagne, il  contribua  à  la  prise  de  Fontarabie,  du 
château  de  Saint-Sébastien,  au  siège  de  Roses  et 
par  provisions  du  11  décembre  171911  fut  nommé 
au  commandement  de  la  ville  d'Auxerre,  créé  en 
sa  faveur.  Par  lettres  patentes  du  30  mars  1720, 


144 


il' fut  nommé  lieutenant  général  des  armées  du 
roi.  A.  Jadin. 

Chronologie  militaire.  —  Brevets,  commission,  etc.  — 
Mémoires  et  Annales  du  temps.  —  États  militaires  du 
dépôt  de  la  guerre.  —  De  Courcelles  ,  Dictionnaire  his- 
torique des  généraur  français. 

LAMBERT  {  Claude- François),  littérateur 
français ,  né  à  Dôle,  vers  1705,  mort  à  Paris,  le 
17  avril  1765.  Il  entra  chez  les  Jésuites;  mais,  d'un 
caractère  gai  et  aventureux,  il  quitta  cette  so- 
ciété pour  venir  à  Paris,  où  il  se  livra  à  la  litté- 
rature. Il  avait  obtenu  la  cure  de  Saint  Etienne 
de  Rouvray ,  près  Rouen  ;  il  ne  put  s'y  tenir,  et  re- 
vint à  Paris,  où  il  mourut  misérable  et  oublié. 
Quoique  le  plus  grand  nombre  de  ses  ouvrages 
soient  des  traductions  ou  des  compilations,  ils 
témoignent  d'une  certaine  érudition  ;  les  sujets  en 
sont  très-variés  et  contiennent  souvent  des  dé- 
tails intéressants  :  on  y  rencontre  une  louable  im- 
partialité; mais  lestjle  laisse  beaucoup  à  désirer. 
Voici  ses  principaux  écrits  publiés  tous  sans  nom 
d'auteur  :  Introduction  à  l'ancienne  Géogra- 
phie, trad.  du  latin  d'Ortelius  ;  Paris,  1739, 
in-12;  —  Mémoires  et  aventures  d'une  Dame 
de  Qualité;  La  Haye,  1739,  3  voL  in-12;  — Le 
nouveau  Protée,  ou  le  moine  aventurier  ; 
Harlem,  1740,  in-12;  quelques  critiques  ontcru 
que  l'auteur  avait  retracé  dans  ce  roman  une 
partie  de  sa  vie  ;  —  Le  Nouveau  Télémaque,  ou 
mémoires  et  aventures  du  comte  de  ***  et  de 
son  fils;  La  Haye,  1741,  3  vol.  in-12;  trad.  en 
italien,  Utrechl,  1748,  2  vol.  in-12;  —  L'Infor- 
tunée Sicilienne;  Liège  et  Paris,  1742,  2  vol. 
in-12  ;  —  Recueil  d'observations  curieuses 
sur  les  mœurs,  les  coutumes ,  les  arts  et  les 
sciences  des  différents  peuples  de  l'Asie,  de 
l'Afrique  et  de  V Amérique  ;V ans,,  1749,  4  vol. 
in-12;  —  Histoire  générale,  civile,  naturelle, 
politique  et  religieuse  de  tous  les  Peuples  du 
monde;  Paris,  1750,  15  vol.  in-12  ;  —  Histoire 
littéraire  du  Règne  de  Louis  XIV ;  Paris,  1751, 
3  vol.  in-4°,  trad.  en  allemand;  Copenhague, 
1758,  3  vol.  in-S";  l'auteur  s'y  montre  partisan 
des  jansénistes;  —  Histoire  de  Henri  II  ;  Paris, 
1752,  2  vol.  in-12  ;  —  Bibliothèque  de  Physique 
et  d'Histoire  naturelle;  Paris,  1756,  6  vol. 
in-12;  —  Abrégé  de  l'histoire  de  Vempire  de- 
puis Rodolphe  d'Habsbourg  (1273)  ;  Londres, 
1757,  2  vol,  in-12;  —  Lavertueuse  Sicilienne, 
ou  mémoires  de  la  marquise  d'Albelini;  La 
Haye,  1759,  in-12;  —  La  nouvelle  Marianne; 
Paris,  1759,  in-12. 

Giraud,  Le  Temple  de  Mémoire,  p.  B9.  —  Journal  des 
Savants,  Juin  17S6.  —  Leuglet-Dufresnoy,  Méthode  pour 
étudier  Chistoire. 

LAMBERT  (  Georges),  peintre  et  graveur  an- 
glais, né  dans  le  Kentshire,en  1710,  mort  à  Lon- 
dres,en  1765.  Il  eut  pour  maître  le  paysagiste 
flamand  Jacques  Hassel ,  et  s'attacha  surtout  à 
prendre  la  manière  de  Gaspard  Duchet,  dit  le 
Guaspre.  Il  gravait  aussi  à  l'eau-forte  avec  un 
grand  talent.  L'Angleterre  place  Lambert  au 
nombre  de  ses  artistes  les  plus  éminents.  Ses 


145 


LxiMBERT 


146 


oeuvres  sont  rares  et  recherchées.  Parmi  ses 
peintures,  représentant  toutes  des  sites  de  sa 
patrie ,  on  remarque  une  Vue  de  Douvres,  une 
Vue  du  château  de  Saltwood  à  Hit  h  { comté  de 
Kent)  ;  ces  tableaux  ont  été  reproduits  en  gra- 
vures par  James  Mason.  Georges  Lambert  fut  le 
joyeux  fondateur  du  Bee/steack-Club  de  Covent- 
Garden.  A.  de  L. 

Gorlon,  General  biographical  Dictionary. 

LAMBERT  LA  PLAIGNE  (Bernard),  théolo- 
gien français,  né  eu  Provence,  en  1738,  mort  à 
Paris,  en  1813.  Il  fit  profession  chez  les  Domi- 
nicains de  Saint-Maximin,  y  prit  les  doctrines 
jansénistes,  et  devint  un  des  plus  ardents  adver- 
saires de  la  bulle  Unigenitus.  Son  couvent  ayant 
été  frappé  d'interdiction  par  l'archevêque  d'Aix, 
Lambert  alla  professer  la  théologie  à  Carcas- 
sonne  (1762)  et  à  Limoges  (1765).  Il  proclama 
avec  fermeté  et  éloquence  ses  opinions;  aussi 
ses  adversaires  le  forcèrent- ils  à  quitter  la  chaire. 
Il  se  retira  alors  à  Grenoble  d'où  M.  de  Mon- 
tazet,  archevêque  de  Lyon,  l'appela  près  de  lui  : 
Lambert  passe  pour  avoir  rédigé  L'instruction 
pastorale  contre  l'Incrédulité  (1)  et  une  bonne 
partie  des  mandements  de  ce  prélat,  qui  figurait 
au  nombre  des  appelants  (5).  11  vint  ensuite  à 
Paris.  Chassé  de  cette  capitale  par  l'archevêque 
M.  de  Beaumont,  il  y  rentra  sous  le  nomdeXa 
Plaigne  (3),  et  à  la  condition  de  ne  plus  s'oc- 
cuper de  controverse  ;  il  éluda  cette  promesse 
forcée  et  jusqu'à  sa  mort,  causée  par  une  attaque 
d'apoplexie,  sa  paroleetsa  plume  furent  dévouées 
au  parti  qu'il  avait  embrassé.  Durant  la  répu- 
blique, il  ne  voulut  pas  accepter  la  constitution 
civile  du  clergé;  cependant,  par  sa  conduite  pru- 
dente, il  ne  provoqua  contre  lui  aucune  mesure 
violente.  Les  ultramontains  l'ont  accusé  de  mil- 
lénarisme  (4).  11  est  plus  juste  de  reprocher  au 
P.  Lambert  d'avoir  prôné,  comme  des  vé- 
rités ,  les  excentricités  du  cimetière  Saint -Mé- 
dard  ;  et  ici  encore  son  zèle  religieux  peut  lui 
servir  d'excuse.  Ses  ouvrages  les  plus  connus 
sont:  Apologie  de  l'État  Religieux;  —  De  l'Im- 
molation de  N.  S.  J.-C.  dans  le  Sacrifice  de 
la  Messe ,  ia-XI  ;  c'est  une  réponse  au  Traité 
sur  le  Sacrifice  de  J.-C.  de  l'abbé  Plowden 
(1778)  ;  —  Idée  de  l'Œuvre  des  Secours  selon 
les  sentiments  de  ses  légitimes  défenseurs  ; 
1786,  in-8°  ;  cet  écrit  fut  réfuté  par  l'abbé  Re- 
gnault,  curé  de  Vaux  en  Brie,  auquel  Lambert 
fit  une  réponse  ;  —  Lettres  aux  Ministres  de 
la  ci-devant  Église  constitutionnelle  (avec 
Maultrot)  ;  1795-1796  ;  —  Dissertation  où  l'on 
justifie  la  soumission  aux  lois,  et  le  serment 


(1)  Publiée  par  M.  de  Montazet,  en  1776. 

(!)  Nom  donné  aus  ecclésiastiques  qui  avaient  interjeté 
appel  au  futur  concile  de  la  bulle  Unigenitus  lancée  par 
le  pape  Clément  XI  et  portant  condamnation  d'un  livre 
du  père  Quesnel  entaché  de  l'hérésie  de  Janséoius. 

(3)  C'était  le  nom  de  sa  mère. 

(4)  Doctrine  de  sectaires  qui  croyaient  qu'après  le  ju- 
gement universel  les  élus  demeureraient  mille  ans  sur  la 
terre  à  jouir  de  toutes  sortes  de  plaisirs. 


de  liberté  ;  1796,  in-S"  ;  —  Remontrances  au 
gouvernement  français  sur  les  Avantages 
d'une  Religion  nationale;  180 1  ;— Exposition 
des  Prédictions  et  des  Promesses  faites  à  l'É- 
glise pour  les  derniers  temps  de  la  gentilité; 
1806,  2  vol.  in-12.  Cet  ouvrage  fut  réfuté  dans  les 
Mélanges  de  philosophie,  1. 1";  —  La  Pureté 
du  Dogme  et  de  la  Morale  vengée  (contre  l'Ex- 
plication du  catéchisme  de  Lachausse);  1808, 
in-8°.  A.  L. 

Bibliog .  Sacrée. 

LAMBERT  (iV..),  auteur  dramatique  français, 
vivait  vers  le  milieu  du  dix-septième  siècle.  On 
ignore  sou  prénom  et  les  dates  de  sa  naissance 
et  de  sa  mort.  11  ne  nous  est  connu  que  par  ses 
comédies,  qui  sont  peu  nombreuses,  mais  qui 
méritent  quelque  attention.  11  semble  n'en  avoir 
composé  ou  du  moins  donné  que  deux  :  Les 
Sœurs  Jalouses,  ou  l'escharpe  et  le  brasselet 
(1658)  en  cinq  actes,  en  vers,  et  la  Magie  sans 
Magie  (1668),  également  en  cinq  actes  et  en  vers, 
toutes  deux  jouées  à  l'Hôtel  de  Bourgogne,  et 
réunies  pour  la  première  fois  chez  Serey  en  1661, 
in-12.  La  pièce  des  Sœurs  Jalouses,  dont  le  sujet 
est  emprunté  à  l'Espagne,  ne  manque  pas  démé- 
rite, soit  dans  la  versification,  soitdans  la  manière 
dont  le  sujet  est  conduit.  Mais  la  Magie  sans 
Magie  est  de  beaucoup  supérieure;  on  y  sent  la 
main  d'un  homme  habile  et  exercé.  La  vivacité 
et  la  verve  lui  (ont  un  peu  défaut  ;  mais  l'inven- 
tion en  est  ingénieuse ,  l'intrigue  assez  bien  con- 
duite et  le  style  assez  élevé.  On  y  trouve  du 
souffle  et  de  la  force,  et  si  ce  n'est  pas  l'œuvre 
d'un  grand  poète,  c'est  du  moins  celle  d'un  ver- 
sificateur remarquable  dont  la  langue  se  rap- 
proche des  bons  modèles.  11  ne  faut  pas  oublier, 
d'ailleurs,  que  Molière,  à  cette  époque,  n'avait 
pas  encore  été  au  delà  des  Précieuses  ridicu- 
les. La  Magie  sans  Magie  est  moins  une  comédie 
qu'une  tragi-comédie  :  c'est  à  peu  près  le  genre 
que  devait  tenter  Molière  dans  Don  Garde  de 
Navarre.  L'auteur  se  vante  de  ne  devoir  rien 
qu'à  lui-même  pour  cette  pièce  ;  cependant,  sui- 
vant l'Histoire  comparée  des  Littératures 
espagnole  et  française  de  M.  de  Puybusque, 
c'est  une  imitation  de  celle  de  Calderon  qui  porte 
le  même  titre  :  Encanto  sin  Encanto. 

Jusqu'à  la  publication  du  Catalogue  de  M,  de 
Soleinne  ,  les  annalistes  du  théâtre  attribuaient 
à  Lambert  deux  autres  pièces  qui  auraient  été 
jouées  en  1658,  et  non  imprimées  suivant  la  plu- 
part d'entre  eux  :  Le  Bien  perdu  recouvré,  et 
Les  Ramoneurs.  M.  Paul  Lacroix,  dans  ses  notes 
sur  ce  catalogue ,  est  le  premier,  je  crois,  qui  ait 
signalé  cette  erreur,  venant  de  ce  que  ces  deux 
pièces  sont  mentionnées  sans  nom  d'auteur  dans 
le  privilège  qui  autorise  la  publication  de  celles 
de  Lambert.  Pour  Les  Ramoneurs,  l'erreur  est 
certaine,  et  ces  mots  ne  peuvent  désigner  que  la 
pièce  de  Villiers  portant  le  même  titre,  et  publiée 
seulement  deux  ans  après  ;  la  preuve  évidente , 
c'est  que  le  privilège  reproduit  à  la  tête  de  cette 


147 


dernière  œuvre,  lorsqu'elle  parut  en  1662,  est 
absolument  le  même  et  porte  la  même  date  que 
celui  qui  précède  La  Magie  sans  Magie.  Qtiant 
au  Bieti  perdu  recouvre,  il  serait  permis,  puis- 
qu'on ne  retrouve  pas  cette  pièce  et  qu'on  n'en 
connaît  point  l'auteur,  de  croire  que  c'est  une 
œuvre  perdue  de  Lambert.  Ce  qui  peut  en  faire 
douter  à  juste  titre,  c'est  que,  dans  la  préface  des 
Sœurs  Jalouses,  cÛMX-à  parle  de  La  Magie  sans 
Magie,  mais  sans  faire  la  moindre  allusion  à 
aucune  autre  pièce.  V.  Fodrnel. 

Hist.  du  Th.  Franc,  par  les  frères  Parfaict.  —  Lévis, 
Dictionn.d€S  Théâtres.  —  La  Vallière,  Biblioth.  du  Th. 
Fr  ,  t.  m,  p.  56.  —  De  Beaiichamp,iiecAercA.s«r  les  Th., 
t.  II,  p.  324.  —  Catalogue  Soleinne,  n"  1350. 

LAMBERT  (Jacques),  auteur  ascétique  fran- 
çais, né  en  1603,  à  Mâcon,  mort  le  31  décembre 
1670,  à  Vienne  en  Dauphiné.  Admis  à  l'âge  de 
dix-sept  ans  dans  la  Société  de  Jésus,  il  professa 
d'abord  la  rhétorique  et  la  philosophie,  et  prit 
ensuite  une  large  part  au\  travaux  des  missions 
envoyées  dans  le  midi  de  la  France.  Dans  les 
derniers  temps  de  sa  vie ,  il  dirigea  le  collège  de 
Carpentras,  puis  celui  de  Vienne.  On  a  de  lui  : 
La  Philosophie  des  Gens  de  Cour,  in-4o  ;  réimpr. 
avec  de  nombreuses  additions,  Lyon,  1656, 
4  vol.  in-8°  ;  —  La  Science  morale  des  Saints; 
Lyon,  1662,  4  vol.  in-8°;  —  La  Science  d'une 
âme  consacrée  en  Vhonneur  de  la  B.  Vierge; 
ibid.,  1665,  in^";  — La  Science  de  la  Raison 
chrétienne,  ou  logique  chrétienne  ;  ibid.,  1669, 
in-8°;  —  De  la  Maternité  divine  et  de  ses  pré- 
rogatives ;  tienne,  1670, in-12. 

Un  autre  jésuite  français  du  même  nom,  Jac- 
quesLxMBERT,  né  en  1614,  àPari3,où  il  est  mort, 
le  24  mai  1670,  fut  pendant  longtemps  directeur 
de  la  maison  professe,  et  écrivit  :  Trésor  de  la 
Communion  générale;  1663,  in-12;  —  Le  bon 
Pasteur;  i6Q3,m-i2.  K. 

Le.  Long, Biblioth.  française.—  Papillon,  Bibl.  des  Au- 
teurs de  Bourgogne,  1. 1.  —  Sotwel,  ScriptoresSoc.  Jesu, 

p.  373. 

LAMBERT  (John),  général  anglais,  né  vers 
1620,  mort  en  1692.  Il  appartenait  à  une  bonne 
famille,  et  fut  élevé  pour  le  barreau.  Lorsque  la 
guerre  éclata  entre  le  roi  et  le  parlement,  il 
abandonna  l'étude  du  droit,  et  entra  dans  l'armée 
parlementaire.  Il  combattit  comme  colonel  .'i 
Marston-Moor,  le  2  juillet  1644.  Sa  brillante  con- 
duite à  Naseby  et  à  Worcester  lui  valut  le  titre 
de  major  général.  Il  espérait  même  la  lieutenance 
d'Irlande;  mais  cette  dignité  fut  donnée  à  Fleet- 
wood,  en  novembre  1651,  et  Lambert  ne  pardonna 
jamais  à  Cromwell  ce  qu'il  regardait  comme  une 
injustice.  Cependant  le  lord  protecteur  et  le  gé- 
néral mécontent  gardèrent  des  ménagements  l'un 
pour  l'autre.  Lambert  fut  un  des  onze  majors 
généraux  ou  gouverneurs  militaires  nommés  en 
mai  16.55.  Son  commandement  comprenait  les 
cinq  comtés  de  Durbam,  Cumberland,  Northum- 
berland ,  Westmooreland  et  York.  Malgré  ces 
hautes  fonctions ,  il  prit  peu  de  part  aux  affaires 
publiques  pendant  la  vie  du  protecteur.  La  partie 


LAMBERT  J48 

la  plus  importante  de  sa  carrière  embrasse  l'es- 
pace de  vingt  mois ,  qui  s'écoula  entre  la  mort 
d'Olivier  Cromwell  et  la  restauration  des  Stuarts. 
Lambert,  qui  avait  été  toujours  le  personnage  le 
plus  marquant  du  parti  de  la  cinquième  monar- 
chie ou  indépendant  et  «xtrême  républicain  ,  fut 
un  des  chefs  de  l'opposition  contre  le  faible  suc- 
cesseur d'Olivier  Cromwell.  Il  s'entendit  avec 
Fleetwood  et  Desborough ,  et  forma  un  conseil 
militaire  qui,  sous  prétexte  d'aviser  aux  intérêts 
de  l'armée,  prépara  la  ruine  du  nouveau  pro- 
tecteur. La  dissolution  du  parlement,  le  22  avril 
1659,  et  la  chute  de  Richard  Cromwell,  qui  en  fut 
la  suite  immédiate ,  livrèrent  le  pouvoir  suprême 
à  l'oligarchie  des  généraux.  Ceux-ci  rappelèrent 
les  anciens  membres  du  long  parlement,  et  la 
république  fut  rétablie  telle  qu'elle  existait  avant 
le  protectorat.  Le  parti  royaliste  profita  des  dis- 
sensions des  républicains  pour  tenter  un  soulè- 
vement dans  le  comté  de  Lancastre,  au  mois  de 
juillet.  Lambert,  à  la  tête  d'excellentes  troupes, 
eut  facilement  raison  des  insurgés,  et  fît  leurs 
chefs  prisonniers.  Le  parlement  lui  décerna  un 
diamant  d'un  grand  prix.  Cette  récompense  n'em- 
pêcha pas  Lambert  d'adresser  à  l'assemblée  une 
pétition  menaçante  signée  des  principaux  officiers 
de  l'armée.  Le  parlement,  sur  la  proposition  d'Ha- 
selerig ,  et  comptant  sur  l'appui  de  Monk,  gou- 
verneur d'Ecosse,  destitua  les  signataires  de  la 
pétition.  Cet  acte  énergique  fut  le  signal  d'une 
révolte  de  l'armée  de  Londres,  qui ,  sous  les  or- 
dresde  Lambert,  expulsa,  le  ISoctobre,  les  mem- 
bres du  long  parlement,  plus  connu  sous  le  nom 
de  parlement  croupion.  Les  auteurs  de  ce  coup 
d'État  formèrent  un  conseil  de  salut  public,  et 
donnèrent  à  Lambert  le  titre  de  major  général 
des  forces  d'Angleterre  et  d'Ecosse.  A  la  pre- 
mière nouvelle  de  ces  événements,  Monk  fi'anchit 
avec  ses  troupes  la  frontière  d'Ecosse,  et  marcha 
sur  Londres.  Lambert,  envoyé  contre  lui,  n'osa 
pas  engager  la  bataille,  perdit  un  temps  pré- 
cieux en  négociations  inutiles ,  ^^t  la  désertion 
faire  des  progrès  rapides  dans  son  armée,  mal 
payée,  succomba  au  commencement  de  janvier 
1660  devant  le  retour  du  parlement  croupion,  et 
fut  enfermé  à  la  Tour.  Le  9  avril  il  s'échappa,  et 
parvint  à  réunir  quelques  escadrons  restés  fidèles 
à  la  république  ;  mais  ses  soldats  l'abandonnè- 
rent au  moment  critique,  et  le  colonel  Ingoldsby 
le  captura  à  Daventry,  le  22  du  même  mois.  Dès 
lors  rien  ne  fit  obstacle  à  la  restauration,  qui 
s'accomplit  au  mois  de  mai.  Lambert  fut  excepté 
de  l'acte  d'amnistie  et  traduit,  en  juin  1662,  de- 
vant la  cour  du  Banc  du  roi,  avec  sir  Henri 
Vane.  Son  humble  attitude  devant  les  juges  ne 
le  sauva  pas  d'une  condamnation;  mais  il  obtint 
un  sursis ,  puis  sa  grâce,  et  fut  relégué  dans  l'île 
de  Guernesey  jusqu'à  sa  mort,  survenue  trente 
ans  plus  tard.  Il  amusa  ses  loisirs  en  cultivant  les 
fleurs  et  en  les  copiant  avec  le  pinceau ,  art  qu'il 
avait,  dit-on,  appris  de  Baptiste  Gaspars.  Il 
mourut  dans  la  foi  catholique  romaine.    L.  J. 


LAMBERT 


15) 


...inger.  Biographieal  HUtory  oj  Jîng/and.  —  Hume , 
History  of  England.  —  GuUot,  Histoire  de  la  Hèvolu- 
iion  d'Angleterre,  t.  Il- VI. 

LAMBERT  {Michcl),  musicicn  français ,  né 
en  1610,  à  Vivonne,  près  Poitiers,  et  mort  à 
Paris,  au  mois  de  juillet  1696,  eut  à  la  cour  de 
France  la  réputation  d'un  des  meilleurs  musiciens 
de  son  temps.  Il  vint  fort  jeune  à  Paris,  où  il  se 
fit  bientôt  remarquer  par  sa  voix  agréable  et  son 
talent  comme  accompagnateur.  Lambert  jouait 
parfaitement  du  luth ,  du  tliéorl)e  et  du  clavecin. 
Le  cardinal  de  Richelieu ,  qui  se  plaisait  à  l'en- 
tendre chanter,  le  prit  sous  sa  protection,  et  lui 
fit  avoir  la  charge  de  maître  de  musique  de  la 
chambre  du  roi.  Lambert  était  devenu  le  maître 
à  la  mode  :  les  dames  de  la  cour,  les  hommes  du 
bon  ton  recherchaient  ses  leçons  avec  empres- 
sement; il  avait  tant  d'élèves  qu'il  tenait  chez 
lui  une  espèce  d'académie,  où,  au  milieu  du  cercle 
iB  plus  brillant,  il  enseignait  sa  méthode,  tcrmi- 
lant  toujours  ses  séances  par  quelques  airs  qu'il 
chantait  lui-même  en  s'accompagnant.  Homme 
J'esprit,  bon  convive,  et  fort  plaisant  dans  sa 
manière  de  conter,  sa  conversation  autant  que 
son  talent  faisait  aimer  sa  société.  Boileau  a 
[lit,  dans  sa  troisième  satire  : 

Molière  avec  Tartufe  y  doit  jouer  son  rôle; 
Et  Lambert,  qui  plus  est,  m'a  donné  sa  parole  : 
C'est  tout  dire  en  un  mut,  et  vous  le  connaissez. 
Quoi  1  Lambert?  —  Oui,  Lambert  :  a  demain?  —  C'est  assez. 

C'était  à  peine  si  les  nombreuses  occupations 
de  Lambert  et  les  invitations  qu'il  recevait  de 
toutes  parts  lui  permettaient  d'aller  goûter  quel- 
ques instants  de  repos  dans  sa  maison  de  cam- 
pagne de  Puteaux. 

Lambert  composa  la  musique  d'une  foule  de 
chansons  et  de  petites  cantates,  dont  Benserade, 
Boisrobert ,  Perrin  et  Quinault  lui  fournissaient 
les  paroles.  Ces  productions,  dans  lesquelles  on 
trouve  de  charmantes  mélodies ,  avaient  un 
prodigieux  succès;  il  y  avait  d'ailleurs  plus  d'é- 
légance ,  plus  de  variété  que  dans  les  airs  de 
Lulli ,  spécialement  écrits  pour  la  scène  lyrique, 
et  elles  plaisaient  par  cela  même  davantage  aux 
amateurs  de  musique  légère.  Lambert  y  plaçait 
beaucoup  d'ornements,  dont  quelques-uns  étaient 
de  son  invention,  et  ce  fut  vraisemblablement  à 
son  habileté  à  exécuter  ces  ornements ,  alors  fort 
goûtés  et  qui  furent  encore  longtemps  à  la  mode 
après  lui ,  que  Lambert  a  dû  sa  réputation  de 
grand  chanteur. 

En  16G2,  Lambert  maria  sa  fille  à  Lulli,  qui 
fut  depuis  son  ami.  Lulh  avait  pour  Lambert 
une  grande  considération  ;  il  aimait  beaucoup 
ses  airs,  qu'il  chantait  souvent,  et  lui  en- 
voyait toutes  ses  actrices  pour  les  former. 
Lambert ,  qui  se  laissait  volontiers  aller  à  son 
goût,  leur  faisait  de  temps  en  temps  couler 
un  petit  agrément  dans  les  récitalifs  de  Lulli  ; 
celui-ci  n'en  admettait  aucun  dans  sa  musique, 
et  lorsque  les  actrices  se  hasardaient  de  faire 
passer  ces  embellissements  aux  répétitions  •■ 
«C'est  bien,  c'est  très-bien,  mesdemoiselles, 


leur  disait  Lulli  ;  mais  morbleu ,  ajoutait-il  en 
se  servant  quelquefois  d'une  expression  moins 
polie,  chantez  ma  musique  comme  elle  est 
écrite,  et  réservez  les  ornements  pour  mon 
beau-père.  Lambert  mourut  à  l'âge  de  quatre- 
vingt-six  ans,  et  fut  inhumé  dans  l'église  des 
Petits-Pères,  à  côté  de  Lulli,  qui  l'avait  précédé 
dans  la  tombe  depuis  quelques  années.  On  a  de 
lui  un  recueil  d'airs  et  de  brunettes,  publié  en 
1666,  dont  une  seconde  édition ,  augmentée  de 
quelques  morceaux,  a  paru  en  1087 ,  chez  Chris- 
tophe IJallard.  11  a  laissé  aussi  en  manuscrit 
plusieurs  petits  motets  et  des  Leçons  de  Ténè' 
bres.  Dieudonné  Denne-B\ron. 

Histoire  de  l'Académie  royale  de  Musique,  par  un 
des  secrétaires  de  Lulli.  —  Bonnet,  Histoire  de  la  MU' 
siqve.  —  De  La  Borde,  Essai  sur  la  Musique.  —  Fétis, 
Biographie  universelle  des  Musiciens. 

LAMBERT  (Joscph),  auteur  ascétique  fran- 
çais, né  en  1654,  à  Paris,  mort  le  3(  janvier 
1722,  à  Palaiseau.  Fils  d'un  maître  des  comptes, 
il  prit  à  la  Sorbonne  le  bonnet  de  docteur,  et 
embrassa  à  trente  ans  l'état  ecclésiastique  ;  après 
avoir  consacré  une  partie  de  sa  vie  à  la  prédica- 
tion ,  il  obtint  le  prieuré  de  Saint-Martin  de  Pa- 
laiseau ,  dont  les  revenus  furent  par  lui  entière- 
ment abandonnés  au  soulagement  des  pauvres. 
Zélé  pour  le  maintien  de  la  discipline,  et  voué  à 
un  incessant  labeur,  il  s'occupa  surtout  de  l'ins- 
truction religieuse  du  peuple,  en  faveur  duquel  il 
fonda  plusieurs  écoles  gratuites.  Il  s'éleva  avec 
force  contre  la  pluralité  des  bénéfices,  et  ce  fut 
à  sa  réquisition  que  la  Sorbonne  fit  un  décret 
qui  rendit  nulles  les  thèses  de  ceux  qui  en  se- 
raient plus  d'une  fois  titulaires.  Parmi  ses  nom- 
breux ouvrages,  écrits  dans  un  style  simple  et 
touchant,  et  qui  ont  eu  de  fréquentes  réimpres- 
sions, nous  citerons  :  Le  Clerc  tonsuré ,  sans 
tonsure,  sans  habit,  sans  modestie;  La  Flèche, 
1663,  in-12;  —  Histoires  choisies  de  l'Ancien 
et  du  Nouveau  Testament,  avec  des  réflexions 
morales,  nonv.  édit.  ;  Paris,  1780,  in-12  (la 
date  de  la  première  est  inconnue  )  ;  Dijon,  1823, 
in-18;  —  L'Année  évangélique,  ou  homélies 
sur  les  Évangiles;  Paris,  1693-1697,  7  vol. 
iH-12;  Avignon,  1826,  5  vol.;  —  Discours  sur 
la  Vie  ecclésiastique  ;  Paris,  1702, 2  vol.  in-12; 

—  Lettre  sur  le  livre  (de  l'abbé  Boileau)  inti- 
tulé :  «  De  Me  Beneficiaria  »;  Paris,  1710, 
in-12,  écrit  anonyme;  —  Épitres  et  Évangiles 
de  Vannée  avec  des  réflexions;  1713,  in-12; 

—  Manière  d'instruire  les  pauvres^  et  parti- 
culièrement les  gens  de  campagne;  Rouen, 
1716,  in-12;  Paris,  1830;  —  Les  Ordinations 
des  Saints  ou  la  Manière  dont  les  saints  sont 
entrés  dans  les  ordres  sacrés;  Paris,  1717, 
in-12;  —  Instructions  courtes  et  familières 
sur  lesépîtres;  ibid.,  1721,  in-12;  1831,  2  vol.; 

—  Cas  de  conscience  sur  le  jubilé,  3'  édit.; 
Paris,  1724,  in-12  ;  —  Instruction  sur  le  sym- 
bole; Paris,  1728,  2  vol.  in-12;  9*  édit.,  1830, 
3  vol.  ;  —  Instructions  sur  les  Évangiles , 


151 


LAMBERT 


152 


BOUT,  édit.,  1831,  2  vol.  m-12  ;  —  Le  Chrétien 
instruit  des  mystères  de  la  religion  et  des  vé- 
rités de  la  morale;  Paris,  1729.     P.  L— y. 

Chaudoa  et  Delandine,  Dictionnaire  univenel.  —  Qué- 
rard,  La  France  littéraire. 

LAMBERT  (  Jean- Henri  ) ,  célèbre  géomètre 
allemand,  naquit  le  29  août  1728,  à  Miilhausen, 
alors  ville  libre  de  l'Alsace ,  et  mourut  à  Berlin , 
le 25  septembre  1777.  Sa  famille,  appartenant  à 
la  religion  réformée ,  avait  été  chassée  de  France 
par  la  révocation  de  l'édit  de  Nantes,  honteuse 
proscription  sans  laquelle  Lambert  eût  été  une 
de  nos  gloires  nationales.  Son  père ,  Lucas  Lam- 
bert ,  réduit  à  tenir  une  pauvre  boutique  de 
tailleur,  ne  put  que  lui  faire  donner  une  instruc- 
tion bien  incomplète,  dans  un  petit  collège  mu- 
nicipal; car  bientôt  la  famille  s'accrut,  et  Jean- 
Henri  ,  qui  était  l'aîné ,  devint  nécessaire  à  la 
maison  pour  aider  sa  mère  dans  les  soins  du  mé- 
nage et  travailler  avec  son  père  le  reste  du  temps. 
Lorsqu'il  pouvait  jouir  d'un  moment  de  liberté, 
il  l'employait  à  faire  de  petites  images  qu'il  ven- 
dait un  ou  deux  liards  à  d'autres  enfants  ;  dès 
qu'il  était  parvenu  à  réunir  ainsi  deux  ou  trois 
sous,  il  achetait  une  chandelle,  et  passait,  en 
grand  secret,  les  nuits  entières  à  lire  les  livres 
qu'il  trouvait  à  emprunter.  11  obtint  enfin  d'être 
employé  comme  copiste  à  la  chancellerie.  A 
quinze  ans,  il  eut  un  vif  désir  d'apprendre  la 
langue  française  ;  ses  parents  ne  pouvant  lui  four- 
nir l'argent  nécessaire  pour  payer  un  maître,  il 
entra  en  qualité  de  commis  chez  un  M  de  La 
Lance,  de  Montbéliard  ,  qui  avait  une  entreprise 
dans  les  mines  de  Sepoix ,  en  haute  Alsace.  Au 
bout  de  deux  ans ,  il  savait  assez  de  français 
pour  aller  à  Bâle  remplir  les  fonctions  de  secré- 
taire du  docteur  Iselin,  conseiller  du  margrave 
de  Bade.  C'est  alors  qu'il  entreprit  d'utiliser  ses 
loisirs  en  commençant  de  sérieuses  études  phi- 
losophiques et  mathématiques ,  sans  autre  se- 
cours que  celui  des  livres.  Heureusement  pour 
lui,  en  1748,  le  comte  Pierre  de  Salis  l'emmena 
à  Coire  pour  lui  confier  l'éducation  de  ses  petits- 
fils.  Installé  chez  cet  homme  vénérable,  qui  lui 
témoigna  une  affection  toute  paternelle,  Lambert 
trouva  à  sa  disposition  une  bibliothèque  nom- 
breuse et  bien  choisie.  Dès  lors,  au  comble  de 
ses  vœux ,  le  jeune  professeur  put  étendre  le 
champ  de  ses  connaissances  dans  la  plupart  des 
branches  du  savoir  humain.  En  1756  il  com- 
mença avec  ses  élèves  un  voyage  pendant  lequel 
il  visita  successivement  Goettingue,  Utrecht, 
Paris ,  Marseille  et  Turin.  C'est  pendant  son  sé- 
jour en  Hollande  qu'il  publia  sou  livre  intitulé  : 
Sur  les  Propriétés  remarquables  de  la  route 
de  la  lumière,  etc.,  ouvrage  qui  lui  assignait 
déjà  un  rang  distingué  parmi  les  géomètres.  Ce 
livre ,  consacré  à  des  recherches  sur  la  réfrac- 
tion ,  était  destiné  à  exercer  la  plus  heureuse  in- 
fluence sur  cette  belle  partie  de  l'optique;  car 
c'est  ce  livre  qui ,  tombant  plus  tard  entre  les 
mains  d'Arago ,  l'engagea  à  suivre  la  voie  ouverte 


par  son  devancier  dans  cette  belle  étude  à  la- 
quelle l'astronome  français  devait,  lui  aussi, 
faire  faire  d'immenses  progrès. 

De  retour  à  Coire ,  Lambert  resta  auprès  de 
M.  de  Salis  jusqu'en  1759.  Il  alla  ensuite  s'éta- 
blir à  Augsbourg  :  il  était  alors  agrégé  à  l'Aca- 
démie électorale  de  Bavière ,  avec  le  titre  de  pro- 
fesseui  honoraire  et  un  traitement.  La  Société 
royale  des  Sciences  de  Gœttingue  se  l'était  déjà 
associé  lorsqu'en  1763  il  se  rendit  à  Berlin,  oti 
sa  réputation  l'avait  précédé  et  où  l'appelaient 
les  vœux  de  la  plupart  des  savants,  surtout 
de  Sulzer.  A  la  fin  de  1764,  il  était  académi- 
cien pensionnaire.  Il  enrichit  les  Mémoires  de 
l'Académie  de  Berlin  de  plus  de  cinquante 
pièces  importantes.  En  même  temps  il  écrivait 
des  mémoires  pour  les  Acta  Helvetica ,  les  Nova 
Acta  Eruditorum ,  etc.  ;  il  publiait  des  traités 
sur  des  matières  extrêmement  variées ,  et  il  en- 
tretenait une  correspondance  scientifique  très- 
active  avec  les  savants  de  France  et  d'Allemagne. 
Lorsque  les  Éphémérides  de  Berlin  reparurent, 
en  1774,  ce  fut  sous  sa  direction.  Il  coopérait 
aussi  assidûment  à  la  Bibliothèque  allemande 
universelle  de  Nicolaï. 

Une  fois  à  Berlin ,  Lambert  se  trouva  à  l'abri 
du  besoin;  il  put  même  venir  en  aide  à  sa  fa- 
mille, restée  pauvre,  et  c'est  peut-être  pour  mieux 
remplir  ce  pieux  devoir  qu'il  ne  se  maria  pas.  Il 
était  d'ailleurs  d'une  simplicité  de  mœurs  remar- 
quable. Un  peu  dépaysé  au  milieu  de  ces  cour- 
tisans philosophes ,  assez  nombreux  dans  la  cé- 
lèbre académie  de  Frédéric ,  il  passait  aux  yeux 
du  vulgaire  pour  un  homme  singulier.  Lambert' 
était  tout  simplement  un  distrait,  à  la  façon  de 
La  Fontaine.  «  Lorsqu'une  fois  ,  dit  Thiébault, 
il  avait  entamé  une  discussion,  quelle  qu'elle i 
fût,  il  n'était  plus  possible  de  l'arrêter  ou  dai 
llnterrompre  :  on  était  sûr  que  dès  le  début  ili 
voyait  si  bien  le  plan  qu'il  avait  à  suivre,  et  y 
était  si  fidèle ,  que  rien  ne  pouvait  l'en  détourner. 
L'ordre  de  ses  idées  était  toujours  régulier.  Sh 
on  lui  faisait  quelques  objections ,  il  ne  s'arrêtailil 
qu'autant  qu'il  fallait  pour  laisser  dire  ce  quei 
l'on  voulait,  mais  jamais  il  n'y  répondait;  il  re- 
prenait la  suite  de  son  raisonnement,  comme  si 
on  ne  l'eût  pas  interrompu,  parce  que  l'objec- 
tion qu'on  lui  avait  faite  devait  se  retrouver  dans 
un  moment  et  dans  un  ordre  plus  convenables, 
et  que  la  discussion  n'aurait  eu  qu'à  perdre  ou 
à  s'écarter  du  plan  qu'il  s'était  tracé  d'abord.  » 
Quoique  dépourvu  d'orgueil ,  Lambert  ne  recon- 
naissait au-dessus  de  lui ,  parmi  les  géomètres 
contemporains,  que  D'Alembert,  Euler  et  La- 
grange.  La  postérité  lui  a  peut-être  accordé  da- 
vantage, à  cause  de  l'universalité  et  de  la  pro- 
fondeur de  ses  connaissances.  Lambert  n'était 
pas  seulement  versé  dans  les  plus  hautes  spécu- 
lations des  mathématiques ,  de  la  physique  et  de 
l'astronomie;  son  érudition  philologique  et  ses 
travaux  métaphysiques  lui  ont  valu  d'être  com- 
paré à  Leibnitz.  Avant  de  donner  le  catalogue 


153 


LAMBERT 


154 


létaillé  de  ses  écrits ,  indiquons-ea  sommaire- 
nent  les  points  les  plus  essentiels. 

Les  ouvrages  philosophiques  de  Lambert  se 
ésument  dans  son  IS'ovum  Organon  et  son  Ar- 
hitectonique.  Ce  dernier,  qui  a  pour  objet  la 
héorie  de  ce  qu'il  y  a  de  simple  et  de  premier 
lans  les  connaissances  philosophiques  et  mathé- 
naliques ,  est  un  excellent  traité  de  métaphy- 
;ique.  Le  Novum  Organon  est  divisé  en  quatre 
)artie5,  que  l'aateur  nomma  la  Dianoiologie , 
' Aléthologie ,  la  Lémiotique  et  la  P-hénomé- 
wlogie,  et  où  il  traite  successivement  des  rè- 
;les  de  l'art  de  penser,  de  la  vérité  considérée 
lans  ses  éléments  ,  des  caractères  extérieurs  du 
rai ,  et  de  ce  qui  distingue  l'apparence  de  la 
éalité.  C'est  faire  un  grand  éloge  du  Novum 
trganon  que  de  dire  que  ce  livre,  auquel  Lam- 
)ert  attachait  la  plus  grande  importance ,  est  en- 
core estimé  aujourd'hui ,  bien  que  la  philosophie 
le  Kant  et  de  ses  successeurs  soit  venue  ouvrir 
les  horizons  nouveaux.  Parmi  les  mémoires  mé- 
aphysiques  de  Lambert,  les  plus  remarquables 
iont  ceux  qui  traitent  de  la  Taxéométrie ,  c'est- 
i-dire  de  la  mesure  de  Vordre  :  il  y  expose  des 
dées  nouTelles  et  très-ingénieuses ,  à  l'akle  des- 
]uellesil  soumet  au  calcul  l'appréciation  des  clas- 
sifications adoptées  dans  les  sciences  et  géné- 
•alement  des  systèmes  quelconques. 

En  astronomie,  il  suffit  de  lire  le  traité  inti- 
tulé :  Insigniores  Orbitee  Cometarum  Proprie- 
tates  pour  concevoir  la  plus  haute  idée  du  génie 
le  Lambert.  Ce  traité  contient  de  nombreux 
héorèmes  sur  les  sections  coniques,  que  l'au- 
teur applique  à  la  détermination  du  mouvement 
les  comètes.  On  y  distingue  surtout,  à  cause 
le  la  haute  importance  qu'elle  a  acquise  dans  la 
béorie  des  comètes ,  cette  propriété  de  l'ellipse  : 
<  Si  dans  deux  ellipses,  construites  sur  le  même 
^and  axe ,  on  prend  deux  arcs  tels  que  les 
X)rdes  soient  égales  entre  elles ,  et  que  de  plus 
es  sommes  des  rayons  vecteurs  menés  des  foyers 
le  ces  ellipses  aux  extrémités  respectives  de  ces 
ircs  soient  aussi  égales  entre  elles,  les  deux 
ecteurs  compris  dans  chaque  ellipse  entre  son 
ire  et  les  deux  rayons  vecteurs  seront  entre  eux 
comme  les  racines  carrées  des  paramètres  des 
3eux  ellipses.  >'  Considérant  l'ellipse  comme  une 
orbite  planétaire,  et  substituant  aux  secteurs  les 
temps  employés  à  parcourir  leurs  arcs  (d'après 
le  principe  de  Newton ,  que  1«  temps  est  propor- 
tionnel à  l'aire  du  secteur  parcouru,  divisée  par 
la  racine  carrée  du  paramètre),  Lambert  en 
conclut  que  dans  les  deux  ellipses  qu'il  com- 
pare les  temps  employés  à  parcourir  les  deux 
arcs  sont  égaux.  Ce  théorème  lui  permet  de 
ramener  le  calcul  du  temps  employé  à  décrire 
un  arc  d'ellipse  donné,  au  calcul  du  temps  em- 
ployé à  décrire  un  arc  d'une  autre  ellipse  quel- 
conque ,  ayant  le  même  grand  axe  ;  et  même  au 
calcul  du  temps  employé  à  décrire  une  partie  de 
ce  grand  axe ,  en  supposant  que  l'ellipse  se  con- 
fonde avec  cet  axe  par  l'évanouissement  de  l'axe 


conjugué.  Il  arrive  ainsi  à  une  formule  d'une 
élégante  simplicité,  exprimant  le  rapport  qui 
existe  entre  le  temps  qu'emploie  un  astre  à  par- 
courir un  arc  de  son  orbite ,  la  corde  de  cet  arc 
et  les  deux  rayons  vecteurs  extrêmes.  Cette  for- 
mule ,  dont  l'énoncé  est  connu  sous  le  nom  de 
théorème  de  Lambert,  a  éJé  proclamée  par 
Lagrange  la  plus  belle  et  la  plus  importante  dé- 
couverte de  la  théorie  des  comètes.  Les  Lettres 
cosmologiques,  publiées  d'abord  en  allemand 
(  Augsbourg,  1761  ),  traduites  en  partie  en  fran- 
çais par  Lambert  lui-même  dans  le  Journal 
Helvétique,  1763  et  1764  ;  publiées  de  nouveau 
par  Mérian  sous  le  titre  de  Système  du  Monde, 
par  Lambert  (Berlin,  t770  et  1784,  in-S"  ; 
tràd.  depuis  par  d'Arquier  (Amsterdam,  1801). 
Dans  les  mathématiques,  Lambert  a  donné 
de  profondes  recherches  sur  les  diviseurs  des 
nombres ,  les  fractions  continues ,  etc.,  et  s'est 
montré  l'un  des  géomètres  applicateurs  les  plus 
universels.  Dans  la  seconde  édition  de  sa 
Perspective,  publiée  en  1774,  il  fait  usage 
des  principes  de  cet  art  comme  méthode  géomé- 
trique; il  démontre  ainsi  plusieurs  propositions 
qui  rentrent  aujourd'hui  dans  la  théorie  des  trans- 
versales, et  il  donne  les  éléments  de  cette  partie 
de  la  géométrie  qu'on  a  appelée  depuis  géomé- 
trie de  la  règle.  Dans  son  Mémoire  sur  quel- 
ques propriétés  remarquables  des  quantités 
transcendantes,  circulaires  et  logarithmi- 
ques, lu  en  1767  à  l'Académie  de  Berlin,  et  im- 
primé l'année  suivante  dans  le  recueil  de  cette 
Académie ,  il  fait  voir  qu'un  arc  de  cercle  est 
commensurable  avec  le  rayon  ;  la  tangente  de  cet 
arc  est  incommensurable ,  et  réciproquement  ;  il 
déduit  de  là  la  fameuse  démonstration  de  l'irra- 
tionalité du  rapport  de  la  circonférence  au  dia- 
mètre ,  démonstration  reproduite  depuis  par  Le- 
gendre  (à  la  suite  de  ses  Éléments  de  Géomé- 
trie ) ,  qui  l'a  étendue  au  carré  de  ce  rapport. 
Dans  ce  même  mémoire ,  Lambert  se  livre  à  des 
considérations  dont  on  trouve  le  développement 
dans  ses  Observations  trïgonométriques  (  mé- 
moire lu  à  l'Académie  de  Berlin  en  1768,  publié 
en  1770)  :  montrant  les  nombreuses  analogies 
qui  existent  entre  les  sinus  et  cosinus  du  cercle 
et  les  coordonnées  de  l'hyperbole  équitative,  il 
introduit  dans  la  science  les  sinus  hyperboli- 
ques. 11  fait  un  usage  très-curieux  et  très-utile 
des  rapports  imaginaires  déduits  de  la  compa- 
raison de  ces  deux  courbes  supposées  homo- 
centriques,  et  il  imagine  une  espèce  de  trigono- 
métrie hyperbolique ,  au  moyen  de  laquelle  il 
trouve  des  solutions  réelles  dans  des  cas  où  la 
trigonométrie  ordinaire  en  fournit  d'imaginaires, 
et  réciproquement.  Enfin ,  dans  ses  Observations 
analytiques  (mémoire  lu  en  1770,  imprimé  en 
1772),  Lambert  donne  la  série  qui  porte  son 
nom ,  et  qui  a  été  l'objet  des  travaux  d'Euler  et 
de  Lagrange.  Les  ouvrages  publiés  séparément 
par  Lambert  ont  pour  titres  :  Les  Propriétés 
remarquables  de  la  route  de  la  lumière  par 


155  LAMBERT 

les  airs  et  en  général  par  plusieurs  milieux 
réfringents  sphériques  et  concentriques,  avec 
la  solution  des  problèmes  qui  y  ont  du  rap- 
port, comme  sont  les  réfractions  astronomi- 
ques et  terrestres ,  et  ce  qui  en  dépend  ;  La 
Haye,  1759  (en  allemand);  Berlin,  1773,  in-8°  ; 

—  La  Perspective  affranchie  de  l'embarras 
du  plan  géométral  ;  Zar'ich ,  1759,  in-8°  ;  édi- 
tion allemande,  même  année;  2^  édition,  avec 
une  suite;  Zurich,  1774,  in-8°;  —  Photometria, 
sïve  de  mensura  et  gradibus  luminis  co- 
lorum  et  umbra;  Augsbourg,  1760,  in-S")  ;  — 
Jnsigmorcs  Orbites  Cometarum  Proprietates  ; 
Augsbourg,  1761,  in-S";  —  Cosmologische 
Briefe  nber  die  Einrichtung  des  Weltbaues  : 
Augsbourg,  1761,  in-8°  (1);  —  Beschreibung 
und  Gebrauch  der  Logarithmischen  Re- 
c/ienta/eln  in  Auflômng  aller  zur  Propor- 
tion, etc.;  Augsbourg,  1761,  in-8°;  2"  ériition, 
1772);  —  ISeues  Organon  oder  Gedanken  ûber 
die  Etforschîtng und  Bezeichnung  des  Wahren 
und  dessen  Unterscheidung  vom  Irrthum  und 
Schein;  Leipzig,  1763,  2  vol.  in-8°;  —  Bey- 
trage  zum  Gebrauche  der  Mathematik  und 
deren  Anwendung  ;  Berlin,  1765,  1770,  1772, 
3  vol.  in-4'';  —  Beschreibung  und  Gebrauch 
einer  neuen  und  allgemeinen  elliptischen 
Tafel,  etc.;  Berlin,  1765,  m-4°  ;  —  Anmer- 
kungen  ûber  die  Gewalt  des  Schiesspulvers 
und  den  Wider stand  der  Luft,  etc.  ;  Dresde, 
1766,  in-4'>;  —  Anmerkungen  uber  die  Bran- 
derschen  Mikrometer  von  Glase  und  deren 
Gebrauch ,  etc.  ;  Augsbourg,  1769,  in-8°;  — 
Kurzgefasste  Regeln  zu  perspektivischen 
Zeichnungen ,  etc.;  Augsbourg,  1768  et  1770, 
in-8°; —  Picards  Abhandlung  vom  Wasser- 
wagen,  mit  neuen  Beytràgen  und  Kupfern; 
Berlin,  1770,  in-8°;  —  Zulage  zu  den  loga- 
rithmischen und  trigonometrischen  Tabel- 
len,  etc.;  Berlin,  1770,  in-S";  —  Anlage  zur 
Architectonik  oder  Théorie  des  Einfachen  und 
Ersten  in  der  philosophischen  und  mathe- 
matischen  Erkenntniss  ;  Riga,  1771,  2  voL 
în-8°;  —  Beschreibung  einer  mit  calanischen 
Wachse  ausgemalten  Farbenpyramide ,  etc.  ; 
Berlin,  1772,  in-4°.  Il  faut  ajouter  à  cette  liste 
les  ouvrages  posthumes  publiés  par  les  soins  de 
Jean  Bernoulli  (2) ,  savoir  :  Pyrometrie  oder 
vom  Muasse  des  Feuers  und  der  Wàrme;  Berlin, 
1779,  iu-4°;  —  Poetische  Beschreibung,  etc.; 
1781  ;  —  J.-H.  Lambert  Deutscher-Gclehrter- 
Briefwechsel  ;  Berlin,  1781  à  1787,5  vol.  in-8°; 

—  Logische  und  philosophische  Abhandlun- 
gen,  etc.;  Dessau,  1782,  2  vol.  in-8°;  et  Berlin, 
1787.  Les  Mémoires  de  l'Académie  de  Berlin 
renferment  les  travaux  suivants  de  Lambert  : 
Sur  la  Résistance  des  Fhiides,  avec  la  solution 
du  problème  balistique;  —  Discours  de  l'é- 
ception  de  M.  Lambert  comme  membre  de  VA- 


(1)  Ce  sont  les  Lettres  cosmologiqiies,  doat  noua  avons 
indiqué  plus  haut  diverses  traductions. 
(i)  Pellt-fllsde  Jean  Bernoulli  de  Bâie, 


156 

cadémie  (  1767  );  —  Sur  quelques  Propriétés 
remarquables  des  quantités  transcendantes 
circulaires  et  logarithmiques;  —  Analyse  de 
quelques  expériences  faites  sur  l'aimant;  — 
Sur  la  Courbure  du  courant  magnétique 
(  1768);  —  Sur  le  Poids  dît  Sel  et  la  Gravité 
spécifique  des  Saumures  ;  —  Sur  la  Méthode 
du  Calcul  intégral;  —  Sur  la  Figure  de  l'O- 
céan ;  —  Solution  générale  et  absolue  du  Pro- 
blème des  trois  corps,  moyennant  des  suites 
infinies  (1769);  —  Sur  quelques  Instruments 
acoustiques  ; — Sur  les  Équations  d'un  degré 
quelconque  ;  —  Sur  les  Diviseurs  d'un  degré 
quelconque ,  qui  peuvent  être  trouvés  indé- 
pendamment de  la  solution  des  équations  ;  — 
Sur  quelques  Dimensions  du  monde  intellec- 
tuel ;  —  Sur  la  Vitesse  du  Son  ;  —  Sur  Ic^^â 
Partie  Photométrique  de  tout  l'art  dépeindre  i|)| 

—  Observations  Trigonométriques  (  1770  )  ;  — 
Essai  d'Hygrométrie,  ou  sur  la  mesure  de  l'hu- 
midité (1771).  —  On  trouve  dans  les  Nouveau3!i,g. 
Mémoires  de  l'Académie  de  Berlin:  QuelqueiUil 
Remarques  sur  la  Comète  de  1769;  — Sur  les  '' 
Porte- lumière  appliqués  à  la  lampe;  —  Ob- 
servations sur  lEncreet  le  Papier;  —  Obser' 
valions  analytiques; —  Essai  de  Taxéométrie 
ou  sur  la  mesure  de  l'ordre  (  1772);  —  ^^'v 
posé  de  quelques  Observations  qu'on  pourrait 
faire  pour  répandre  du  jour  sur  la  Météoro- 
logie ;  —  Sur  l'Influence  de  la  Lune  dans  lu 
Poids  de  V Atmosphère  ;  —  Sur  les  Lorgnettei 
achromatiques  d'une  seule  espèce  de  verre  ;~^ 
Sur  l'Orbite  apparente  des  Comètes  ;  exam-^nj 
d'une  espèce  de  superstition  ramenée  au 
calcul  des  probabilités  (1773);  —  Sur  le 
Frottement,  en  tant  qu'il  ralentit  le  mouve- 
ment ;  —  Sur  la  Fluidité  du  sable,  de  la 
terre  et  d'autres  corps  mous,  relativemeni. 
aux  lois  de  l'hydrodynamique  ;  —  Suite  de 
Z'Essai  d'Hygrométrie;—  Sur  la  Densité  de 
l'Air  (  1774  )  ;  —  Construction  d'une  échelle 
balistique;  —  Rapport  fait  à  l'Académie  au 
sujet  de  six  traités  de  M.  de  Nase  ;  —  Ex- 
posé de  quelques  Observations    physiques  ; 

—  Résultat  des  recherches  sur  les  Irrégw 
larïtés  du  Mouvement  de  Saturne  et  de  Ju- 
piter ;  —  Essai  d'une  théorie  du  Satellite  de 

Vénus  (1);  —  Second  Essai  de  Taxéométrie 
(  1775  )  ;  —  Rapport/ait  à  l'Académie  au  su- 
jet d'un  Manuscrit  du  R.P.  Knoll;  —  Sur  le 
Tempérament  en  musique;  —  Sur  la  Per* 
spective  aérienne  (1776);  —  Surles  Flûtes;  — 
Sur  les  Moulins  que  l'eau  meut  par  en  bas 
dans  une  direction  horizontale  ;  —  Sur  les 
Moulins  et  autres  Machines  dont  les  roues 
prennent  l'eau  à  une  certaine  hauteur;  — 
Sur  les  Moulins  et  autres  Machines  où  l'ean 
tombe  en  dessus  de  la  roue;  —  Sur  les 
Moulins  à  vent  (  1777  );  —  Second  Mémoire 


(1)  Lambert  était  tombé  dans  cette  singulière  croyance 
astronomique:  il  attribuait  un  satellite  à  Vénus. 


,37  LAMBERT 

fur  le  Frottement;  —  Sur  les  Formes  du 
Corps  humain;  —  Sur  les  Observations  du 
Vent  (1779);  —  Sur  les  Irrégularités  du 
Mouvement  de  Saturne;  —  Stir  les  Irrégu- 
larités du  Mouvement  de   Jupiter  {  il  Si); 

—  Sur  le  Carré  de  la  vitesse  dans  la  Dyna- 
mique (  1785);  —  Sur  les  Fluides  considérés 
relativement  à  V Hydrodynamique  (1780  ).  — 
Dans  les  Acta  Helvetica  :  Tentamen  de  vi 
Coloris,  qua  corpora  dilatât  ejusque  dimen- 
sione  (1755);  —  Theoria  Staterarum  ex 
principiis  mechanices  universalis  exposita; 

—  Observationes  varix  in  Matfiesin  puram; 

—  Observationes  Météorologies  Curi-x  Rhœ- 
torum  habitx,  una  cum  variis  in  eas  ani- 
madversionibus  (1758);  —  De  Variationibus 
altitudinum  barometricarum  a  Duna  pen- 
dentibus  (  1760).  —  Dans  lesiVova  Acta  :  Sur 
le  Son  des  Corps  élastiques  ;  —  Sur  les  Ma- 
chines qui  produisent  leur  effet  au  moyen 
d'une  manivelle  (1787).  —  Dans  les  Kova 
Acta  Eruditorum  Lipsiae  :  De  Ichnographica 
çampi  vel  regionis  delineatione  indepen- 
denter  ab  omni  basi  perficienda  (  1763)  ;  — 
De  universaliori  Calculi  Idea,  cum  annexo 
Specimine  (  1765)  ;  —  In  Algebramphilosophi- 
cam  et  Richeri  brèves  Annotationes  (  1767); 

—  De  Topicis  Schediasma  (1768);  —  Adnotata 
qiiœdam  de  Numéris  eorumque  Anatomia  ;  — 
Solutio  Problematis  admethodum  tangentium 
inversant  pertinentis  (  1769  ).  Il  (aut  encore 
ajouter  à  cette  liste  de  nombreuses  notices  et  des 
tables  publiées  dans  les  Éphémérides  de  Berlin 
(de  1776  à  1789),  plusieurs  mémoires  posthumes 
insérés  dans  le  Leipziger-Magazin  :  Théorie 
der  Parallel-Linien  ;  —  Fortsetzung  iiber  die 
Paraliel-Linien  ;  —  Anmerkungen  uber  die 
Bestimmung  des  kôrperlichen  Raumes  und 
Segmente  von  solchen  Korpern,  etc.  (178C); 

—  Veber  die  Mehrheit  der  Wurzeln  hôherer 
Gleichungen;  —  Fernere  Anwendung  der 
Mayerschen  Mondiafeln  (  1787  )  ;  —  Diffe- 
rential  und  Intégral  Rechnung  endlicher 
Grôssen  ;  —  Tafeln  fur  die  elliptischen  neu- 
und  Voll-Monde,  etc.  (  1788  ).  —  Dans  les  Ar- 
chives de  Hindenbourg  :  Ueber  die  vierràdï- 
gen  Wagen  (1796)  ;  —  Veber  dieBev)egung  der 
Passer,  in  welchen  Kugeln  gerundet  werden 
(1798),  etc.  On  trouve  encore  deux  mémoires  de 
Lambert  dans  les  Mémoires  de  V Académie  des 
Sciences  de  Bavière  (Abhandlungen  der  Chur- 
furstlich-bayerischen  Akademie  der  Wissens- 
chajten),  savoir  :  1°  Abhandlung  von  dem  Ge- 
brauch  der  Mittags-Linie ,  beym  Land  und 
Fèldmessen;  2°  Abhandlung  von  den  Baro- 
meter-Hohen  und  ihren  Verànderungen 
(Munich,  1763).  E.  Merliedx. 


158 


Forraey,  Éloge  de  Lambert  (  dans  l'Histoire  de  l'Aca- 
démie de  Berlin,  pour  1778  ).  —  Éberhard  ,  Notice  bio- 
graphique, en  allemand  (placée  en  tête  de  la  Pyromé- 
trie  de  Lambert  ).  —  Thiébault,  Souvetiirs  de  vingt  ans 
de  séjour  â  Berlin  (  Paris,  1805  ).  —  Matthias  Graf, 
fohann-Heinrich  Lambert's  Leben  (Strasbourg,  1829.  ) 


—  Chastes,  Aperçu  historique  sur  l'Origine  et  le  Déve- 
loppement de  s  Méthodes  en  Géométrie. 

L&MBBRT  {Charles -Guillaume),  magistrat 
et  administrateur  français,  né  à  Paris,  en  1726, 
exécuté  dans  la  même  ville,  le  27  juin  1793.  Con- 
seiller au  parlement,  puis  au  conseil  d'Etat,  il  fut 
chargé  du  rapport  au  conseil  sur  l'arrêt  qui  avait 
condamné  legénéral  Lally, lequel futcassé  d'après 
ses  conclusions.  Lambert  fut  ensuite  appelé  au 
conseil  des  finances,  puis  il  fit  partie  de  l'assem- 
blée des  notables  en  1787  ,  et  fut  nommé  con- 
trôleur général  la  même  année.  Il  exerça  ces 
fonctions  sous  la  direction  de  l'archevêque  de 
Toulouse,  principal  ministre,  jusqu'au  rappel  de 
Necker,  en  aoi^  1788.11  y  fut  appelé  de  nouveau 
en  août  1789,  lorsque  Necker,  momentanément 
éloigné,  rentra  au  ministère  avec  le  titre  de  pre- 
mier ministre  des  finances.  Lors  de  la  retraite 
définitive  de  cet  homme  d'état  (4  septembre 
1790),  Lambert  resta  à  la  tête  de  l'administra- 
tion des  finances.  A  la  suite  d'une  dénonciation 
qui  fut  faite  contre  lui,  le  19  octobre  1790,  l'As- 
semblée nationale  prononça  qu'il  avait  perdu  la 
confiance  de  la  nation  ;  le  roi  lui  conserva  la 
sienne.  Cependant  il  fut  remplacé  le  4  décembre 
par  Delessart,  se  retira  à  Sainte-Foy,  y  fut  ar- 
rêté dans  le  mois  de  février  1793,  amené  à  Paris, 
traduit  au  tribunal  révolutionnaire,  et  condamné 

à  mort.  J-  ^• 

Bresson,  Uistoire  financière  de  la  France.  -  Arnault, 
Jay,  Jouy  et  Norviiis  Biogr.  nmiv.  des  Contemp  —  Mo- 
niteur, 1790,  n°s  S02,  293,  29»,  299,  833  et  340,  an  1«',  39. 

LAMBERT  (  Pierre-Thomas  ),  écrivain  ecclé- 
siastique français,  né  en  1751  à  Lons-le-Saulnier, 
mort  en  1802^  à  Sirin  ou  à  Figuières.  Après  avoir 
fait  partie  de  la  congrégation  des  missionnaires 
de  Saint-Joseph,  il  rédigea,  sous  la  direction  de 
l'ancien  évêque  de  Senez  (Beauvais),  VOrator 
Sflcer,  ouvrage  destiné  à  former  les  jeunes  prédi- 
cateurs; le  crédit  du  même  prélat  le  fit  attacher, 
en  1790,  comme  aumônier,  à  la  maison  du  duc 
de  Penthièvre,  puis  à  celle  de  la  duchesse  d'Or- 
léans. Arrêté  lors  des  premiers  troubles  et  jeté 
dans  la  prison  de  Besançon,  il  parvint  à  s'éva- 
der, résida  quelques  années  en  Suisse,  fut  chargé 
par  M™*  de  Conti  d'une  mission  particulière 
auprès  du  comte  de  Provence,  et  reprit  ensuite 
ses  fonctions  chez  la  duchesse  d'Orléans,  qu'il 
accompagna  dans  l'exil.  On  a  de  lui  :  Orator 
Sacer,  Paris,  1787,  dont  l'impression  fut  sus- 
pendue par  les  événements;  —  Mémoires  de 
famille,  historiques,  littéraires  et  religieux, 
par  l'abbé  Lamb...;  Ma.,  1822,  !n-8°.  Il  avait 
en  outre  écrit  plusieurs  pièces  de  vers,  des  ser- 
mons, des  Instructions  chrétiennes  etnotam' 
ment  une  traduction  entière  de  la  Bible  d'après  la 
Vulgate  ;  mais  tous  ces  travaux,  confiés  à  un  ami 
pendant  la  révolution,  ont  été  détruits.      K. 

Qusrard,  La  France  Littéraire. 

LAMBERT  { Louis-Amable-Vtctor),  prédica- 
teur français,  né  en  1766,  5  Cherbourg,  mort  en 
1831,  à  Poitiers.Choisi  pour  précepteurdes  enfants 
de  M.  de  Juigné,  frère  de  l'archevêque  de  Paris, 


159 


LAMBERT  —  LAMBERTAZZT 


160 


il  suivit  cette  famille  dans  l'émigration,  entra  un 
des  premiers  chez  les  Pères  de  la  Foi,  et  prêcha 
plusieurs  missions  en  Allemagne.  11  s'abonna 
avec  un  zèle  empressé  au  soin  des  prisonniers 
de  guerre ,  et  plus  particulièrement  des  Fran- 
çais, et  ne  craignit  point  d'exercer  son  ministère 
au  milieu  des  maladies  contagieuses  dont  ils 
étaient  atteints.  De  retour  en  France  vers  1802, 
il  se  livra  avec  succès  à  la  prédication,  et  par- 
courut tour  à  tour  les  principales  villes  du  midi. 
Lorsque  la  congrégation  des  Pères  de  la  Foi  se 
trouva  dissoute  par  suite  du  rétablissement  des 
Jésuites ,  l'abbé  Lambert  s'attacha  au  diocèse 
de  Poitiers,  en  devint  chanoine,  puis  grand-vi- 
caire (  1820),  et  prêcha  en  1825  en  présence  de 
Louis  XVTIL  On  a  de  lui  :  Oraison  funèbre  de 
Louis  XVIII,  prononcée  dans  l'église  cathé- 
drale de  Poitiers;  Poitiers,  1824,  in-8'';  — 
Oraison  funèbre  de  François  d'Aviau,  ar- 
chevêque de  Bordeaux;  ibid.,  1827,  in-8°;  — 
Oraison  funèbre  de  MM.  de  La  Rochejaque- 
lein,  généraux  en  chef  de  formée  vendéenne, 
prononcée  en  présence  de  la  duchesse  de  Berri; 
ibid.,  1828,  is-8°.  K. 

Henrion,  Annuaire  Bioçrapbigue,  II,  74-75.  —  Quérard, 
La  France  Littéraire. 

LAMBERT  {  Ferdinand- Amable ,  abbé), 
ecclésiastique  français,  né  à  Selles ,  près  Bou- 
logne-sur-Mer,  eu  1762,  mort  à  Bessancourt, 
près  Pontoise,  le  29  décembre  1847.  Après 
avoir  fait  ses  études  au  collège  de  Saint-Omer, 
il  entra  au  séminaire  de  Saint-Nicolas-du  Char- 
donnet  à  Paris.  Lorsqu'il  eut  été  ordonné  prêtre, 
il  fut  nommé  vicaire  de  Saint -Germain -le - 
Vieux,  l'une  des  petites  paroisses  qui  exis- 
taient alors  dans  la  Cité.  Il  embrassa  chaleu- 
reusement les  principes  de  la  révolution  fran- 
çaise. Son  patriotisme  et  peut-être  aussi  sa 
ligure  noble,  sa  stature,  plutôt  militaire  que  sa- 
cerdotale ,  ainsi  que  l'a  dit  avec  vérité  M.  de 
Lamartine,  le  firent  nommer,  en  1789,  aumônier 
de  la  garde  nationale  de  Paris.  En  cette  qualité, 
il  assista  M.  de  Talleyrand ,  évêque  dAutun , 
lors  de  la  messe  solennelle  qui  fut  célébrée  au 
Champ-de-Mars,  le  jour  de  la  Fédération.  Il  pro- 
nonça aussi  un  discours  à  Notre-Dame,  à  l'oc- 
casion de  cette  fête  civique.  L'abbé  Lambert,  qui 
avait  prêté  le  serment  exigé  par  la  constitution  ci- 
vile du  clergé,  fut  nommé  l'un  des  vicaires  épisco- 
paux  de  Gobel,  qui  venait  d'être  élu  évêque  de 
Paris.  Logé  auprès  de  la  Conciergerie,  il  s'empressa 
d'offrir  les  secours  de  la  religion  aux  victimes  que 
le  tribunal  révolutionnaire  envoyait  à  l'échafaud. 
Plusieurs  repoussaient  ses  offres  en  raison  de  sa 
qualité  de  prêtre  constitutionnel  ;  d'autres  les  ac- 
ceptaient avec  reconnaissance.  La  reine  Marie- 
Antoinette  fut  de  ceux  qui  refusèrent  d'entendre 
les  paroles  de  l'Évangile  sorties  de  la  bouche 
d'un  membre  du  nouveau  clergé.  M.  de  Lamar- 
tine tenait  de  l'abbé  Lambert  le  récit  de  cette 
belle  scène,  dans  laquelle  l'infortunée  princesse 
le  remercia,  ainsi  que  Girard,  curé  de  Saint- 


Landry  et  l'abbé  Lothringer  de  l'offre  qu'ils  lui 
firent  timidement  de  leur  ministère.  L'abbé 
Lambert  fut  introduit  auprès  des  vingt-et-un 
Girondins,  après  leur  condamnation  à  mort, 
Brissot  refusa  de  se  confesser,  disant  qu'il  vou- 
lait mourir  en  philosophe.  Gensonné  accepta 
l'offre  du  digne  ecclésiastique,  et  le  pria  de  re- 
mettre ses  be^ux  cheveux,  qui  venaient  d'être 
coupés  par  le  bourreau,  à  sa  femme. 

Après  la  suppression  de  l'exercice  public  du 
culte  catholique  à  Paris,  l'abbé  Lambert  oc- 
cupa l'emploi  d'inspecteur  des  subsistances.  Il 
était  l'un  des  commensaux  de  la  courageuse  ma- 
dame Vernet,  qui  donna  l'hospitalité  à  Condorcet 
dans  une  petite  et  obscure  maison  de  la  rue 
Servandoni.  Sous  le  Directoire,  il  fut  attaché  à  la 
radiation  de  la  liste  des  émigrés  ;  puis,  sous  le 
consulat  et  l'empire,  il  occupa  les  fonctions  de 
commissaire  général  de  police  à  Boulogne-sur- 
Mer.  Au  retour  des  Bourbons,  l'abbé  Lambert  re- 
prit le  ministère  ecclésiastique  et  le  vénérable 
évêque  de  Versailles,  M.  Charrier  de  La  Roche, 
lui  confia  la  cure  de  Bessancourt,  à  l'extrémité  de 
la  vallée  de  Montmorency.  Il  mourut  vénéré  de 
ses  paroissiens.  A.  T. 

Histoire  des  Girondins,  par  Lamartine .  —  Documents 
particuliers. 

LAMBERT.  Voy.  LaMoTHE. 

LAMBERTAZZi  (Imelda),  dame  bolonaise, 
morte  en  1273.  Sa  famille,  l'une  des  plus  con- 
sidérées de  Bologne,  était  à  la  tête  du  parti  gibe- 
lin. Les  guelfes  reconnaissaient  pour  chefs  les 
Gieremei  :  quoique  ces  familles  nobles  n'eus- 
sent aucune  part  au  gouvernement,  devenu  pu- 
rement démocratique,  elles  avaient  conservé 
entre  elles  une  haine  violente  par  suite  du  cré- 
dit qu'elles  exerçaient  encore  sur  les  factions. 
«  Deux  jeunes  gens ,  Bonifazio  Gieremei  et 
Imelda,  fille  d'Orlando  Lambertazzi ,  avoient , 
raconte  Sismondi,  oublié  cette  haine  de  leurs  fa- 
milles :  ils  s'aimoient  avec  passion.  Un  jour, 
Imelda  consentit  à  recevoir  son  amant  chez  elle  ; 
mais  tandis  qu'ils  croyoient  s'être  dérobés  à 
tous  les  yeux,  un  espion  révéla  aux  frères  Lam- 
bertazzi  la  foiblesse  de  leur  sœur.  A  peine,  au 
moment  où  ils  entroient  furieux  dans  son  ap- 
partement, eut-elle  le  temps  de  se  dérober  à  eux 
parla  fuite;  Bonifazio  y  étoit  encore.  L'un  des 
Lambertazzi  le  frappa  au  cœur,  avec  un  de  ces 
poignards  empoisonnés  dont  le  Vieux  de  la 
Montagne  armoit  ses  assassins  d'une  manière  si 
terrible.  Les  Lambertazzi  cachèrent  ensuite  sous 
des  décombres  le  cadavre  du  jeune  homme, 
dans  une  cour  déserte;  mais  ils  ne  se  furent 
pas  plus  tôt  retirés ,  qu'Imelda ,  suivant  les 
traces  du  sang  qu'elle  voyoit  répandu,  découvrit 
le  corps  du  malheureux  Bonifazio.  Le  seul  trai- 
tement qui  laissât  quelque  espoir  de  guérir  des 
blessures  empoisonnées ,  c'étoit  de  sucer  la 
plaie  encore  sanglante.  Un  reste  de  vie  sembloit 
animer  encore  le  corps  de  Bonifazio  :  Imelda 
entreprit  son  triste  ministère ,  et  de  la  blessure 


16t 


LAMBERTAZZI 


de  son  amant  elle  puisa  un  sang  empoisonné, 
qui  porta  dans  son  sein  les  principes  d'une  mort 
rapide.  Lorsque  ses  femmes  arrivèrent  auprès 
d'elle,  elles  la  trouvèrent  étendue  sans  vie,  à 
côté  du  cadavre  de  celui  qu'elle  avoit  trop 
aimé.  »  Il  s'en  suivit  une  lutte  acharnée  entre 
les  deux  familles  auxquelles  se  réunirent  leurs 
partisans.  Durant  quarante  jours  les  deux  fac- 
tions se  combattirtiit  sans  relâche.  Enfin,  après 
avoir  versé  des  torrents  de  sang ,  les  Gieremei 
obligèrent  les  Lambertazzi  à  évacuer  Bologne,  et 
avec  eux  tout  le  parti  gibelin.  Douzemille  citoyens 
furent  bannis  ;  leurs  biens  furent  confisqués  et 
leurs  maisons  rasées.  A.  d'É— p— c. 

Cherubino  Ghlrardacci,  Storia  di  Boluyna,  l.  Vil, 
p.  224  et  226.  —  Fr.  Franc.  Pipini,  Chroniccm,  1.  IV, 
c'  VII  et  VIII  ;  t.  IX,  p.  "JIB.  —  Mathaeo  de  Grilfonrbus, 
Meinm:  historic,  t.  XVlll.  p.  123.  -  Fri  Bartol.  délia 
Piigliota.t.  VIII,  p.  28B.  —  Slsmondi,  Hist.  des  Républi- 
ques italiennes,  t.  III,  P.425-4Î". 

LAMBERTi  (Niccolo),  peintre  de  l'écolc  flo- 
rentine,  vivait  en  1382.  Élève  des  Orcagnai 
il  peignit  en  compagnie  de  Jacopo,  l'un  d'eux, 
dans  la  salle  du  Palazzo  de'  priori  de  Volterre, 
une  fresque  représentant  I-MHnoHciGiiow,  Saint 
Just,  Saint  Octavien ,  Saint  Cosme  et  Saint 
Damïen .  Le  coloris  en  est  rouge  et  sec,  et  ce 
défaut  est  surtout  sensible  dans  la  figure  de 
l'ange  ;  mais  la  pose  de  la  Vierge  est  assez  belle, 
et  sa  tète  ne  manque  pas  de  douceur  et  de 
charme.  E.  B — n. 

Vasari,  Fite.  —  Baldinucci,  Notiziè.  —  P.  Torrjni, 
Guida  di  f^olterra. 

LAMBERTi  {Bonaventura),  peintre  de  l'é- 
cole bolonaise,  né  à  Car  pi,  en  1651  ou  1652, 
mort  à  Rome,  en  1721.  11  fut  l'élève  et  l'un  des 
meilleurs  imitateurs  de  Carlo  Cignani.  Son  co- 
loris est  excellent  et  plein  de  force;  sa  composi- 
tion est  sage  autant  que  son  dessin  est  correct. 
Après  avoir  travaillé  quelque  temps  à  Modène, 
en  concurrence  avec  Lana ,  il  alla  s'établir  à 
Rome,  où  il  ouvrit  une  école  qui  produisit  de 
bons  élèves,  dont  le  plus  connu  est  Marco  Be- 
nefiale.  C'est  dans  cette  ville  que  se  trouvent 
les  principaux  ouvrages  de  Lamberti;  ses  ta- 
bleaux d'histoire  du  palais  Gabrielli,  le  Miracle 
de  saint  François  de  Paulek  Santo-Spirito  de 
Napoletani,  une  voûte  à  fresque  à  la  Vittoria, 
Saint  Félix  de  Valais  à  Santa-Trinità.  Lam- 
berti fit  pour  Saint- Pierre  plusieurs  dessins  qui 
furent  exécutés  en  mosaïque  par  Ottaviani. 

Il  ne  faut  pas  confondre  cet  artiste  avec  un 
autre  du  même  nom,  qui  vivait  au  treizième 
siècle ,  et  qui  est  connu  sous  celui  de  Ventura 
da  Bologna.  E.   B — n. 

Tirabosehi.  J^otizie  degli  Artefici  Modenesi.  —  Pascoli, 
yite  de'  fittori  Moderni,  —  Lanzi ,  Storia  délia  Pit- 
tura.  —  Orlaiidi ,  Abbecedario.  —  Ticozzi,  Disionario. 
—  Pistolesi,  Descrizione  di  Roma. 

LAMBERTI  (Louis),  helléniste  italien,  né  à 
Reggio,  le  27  mai  1756,  mort  à  Milan,  le  4  dé- 
cembre 1813.  Après  avoir  reçu  sa  première  ins- 
truction dans  sa  ville  natale,  il  alla  étudier  le 
droit  à  Modène-,  mais  il  quitta  bientôt  la  juris- 
prudence pour  les  lettres,  et  se  rendit  à  Rome. 

NOUV.   BIOGR.   GÉNÉR.    —   T.    XXIX, 


—  LAMBERTI  !G2 

Son  savoir  comme  helléniste  et  archéologue  at- 
tira l'attention  d'Ennius  Quirinus  Visconti,  qui 
lui  confia  la  description  des  antiques  de  la  villa 
Borghèse.  En  1796,  Lamberti  retourna  dans  la 
Lombardie,  qui  venait  d'être  conquise  par  les 
Français,  et  prit  une  part  active  au  mouvement 
démocratique  qui  aboutit  à  la  création  de  la  Ré- 
publique Cisalpine.  Nommé  membre  du  grand 
conseil  législatif,  puis  du  directoire  exécutif  de 
la  république,  il  dut  se  soustraire  par  la  fuite  à 
la  réaction  de  1799.  La  victoire  de  Marengo  lui 
permit  de  revenir  à  Milan.  On  ne  lui  rendit  pas 
ses  dignités  politiques;  mais  il  fut  dédommagé 
de  cette  perte  par  la  place  de  membre  de  l'Ins- 
titut italien,  de  professeur  de  belles-lettres  au 
collège  de  Brera  et  de  directeur  de  la  biblio- 
thèque publique  du  même  établissement.  Il  té- 
moigna sa  reconnaissance  à  Napoléon  par  quel- 
ques odes  louangeuses,  et  en  1810  il  alla  à  Paris 
présenter  à  l'empereur  sa  magnifique  édition 
d'Homère.  Il  reçut  de  Napoléon  un  accueil  flat- 
teur et  une  gratification  de  douze  mille  francs. 
Il  mourut  quelques  mois  avant  la  chute  du  gou- 
vernement français  en  Italie.  Lamberti  fut  re- 
marquable par  l'élégance  de  son  style  et  la 
délicatesse  de  son  goût;  mais  comme  poète  il  ne 
s'éleva  pas  au-dessus  du  médiocre,  et  comme 
érudit  il  montra  peu  de  profondeur  et  d'origina- 
lité. On  a  de  lui  :  Poésie;  Parme,  1796;  — Sc«^ 
ture  del  Palazzo  délia  Villa  Borghèse  dette 
Pinciano  brevemente  descritte;  Rome,  1796, 
2  vol.  in-8°;  —  Ode  per  la  festa  nazionale 
del  1803  ;  Milan,  1803;  —  Discorsosulle  Belle- 
Lettere  ;  Milan,  1803,  in- 8°  ;  —  Ode  in  omaggio 
a  Napoleone;  Milan,  1808;  —  Alessandro  in 
Armoria,  azione  scenica  per  musica,  per  il 
ritorna  delV  armata  italiana  dalla  guerra 
germanica;  Milan,  1808,  in-fol.;  —  Poésie  di 
Scrittori  Greci;  Brescia.  1808,  in-8''  :  ce  volume 
contient  la  traduction  de  rŒrfJ/»e  roi,  de  Sophocle, 
des  Chants  de  Tyrtée  et  de  V Hymne  à  Cérès 
d'Homère;  —  Homeri  Ilias;  Parme,  Bodoni, 
1808,  3  vol.  gr.  in-lol.  ;  cette  édition  est  surtout 
remarquable  par  son  admirable  exécution  typo- 
graphique; —  Osservazione  sopra  alcune  le- 
zioni  délia  Iliade  di  Omero;  Milan,  1813, 
in-8°;  —  Aggiunte  aile  osservazioni  délia 
lingua  italiana,  raccolie  del  P.  Marcantonio 
Mambelli  volgarmente  detto  il  Cinonio,  dans 
les  Classici  ilaliani  en  1809;  —  un  grand 
nombre  de  pièces  en  prose  et  en  vers  dans  le 
Poligrafo,  journal  littéraire  dont  il  avait  été  le 
fondateur.  Il  laissa  en  manuscrit  des  observa- 
tions sur  le  Dictionnaire  de  la  Crusca.  Z. 
Courrier  de  Milan,  6  déc.  1813.  -  Moniteur,  14  déc. 

LAMBERTI  {Antonio),  poète  italien,  né  en 
1757,  à  Venise,  mort  en  août  1832,  à  Bellune.  Il 
s'adonna  par  goût  à  la  culture  des  belles-lettres, 
et  écrivit,  dans  le  dialecte  vénitien,  des  poésies 
agréables,  que  ne  dépare  pas  heureusement  le 
fatras  mythologique  si  commun  à  cette  époque. 
Après  la  chute  de  la  république  de  Venise,  il  se 

6 


163 


LAMBERTI  —  LAMBESC 


16'4 


retira  à  Bellune,  d'où  sa  famille  tirait  son  origine. 
On  a  de  lui  :  Le  quattro  Stagioni  campestri 
€  quattro  Citadine  ;  Venise,  1802,  in-S",  sou- 
vent réirnpr.  depuis;  —  Poésie  varie;  ibid., 
1817,  3  vol.  in- 16,  qui  font  partie  de  la  Colle- 
zione  di  poésie  veneziane,  en  16  vol.,  éditée 
par  B.  Gamba;  —  Proverbi  veneziani ;  ibid., 
1824,  in- 16,  suivis  d'un  recueil  de  vers  intitulé  : 
Aggiuntn  di  quattro  nuove  S/agioni  ed  altre 
poésie  verrmcole.  Il  a  traduit  en  dialecte  véni- 
tien les  Poésie  Siciliane  de  l'abbé  Giovanni 
Melli;  Bellune,  18 1 8,  in-8°,  et  a  inséré  dans  dif- 
férents recueils  beaucoup  d'odes,  de  sonnets, 
d'idylles,  etc.  P.  L— y. 

Tipaldo,  Bioar.  degli  Italiani,  I,  406-407. 
LAMBKRTiNi,  troubadourdu  treizième  siècle  ; 
il  était  de  Bologne,  et  fut  l'un  de  ces  Italiens  qui 
cultivèrent  la  poésie  provençale.  Il  a  célébré  une 
princesse  de  la  maison  d'Esté,  nommée  Béatrix, 
et  composé  des  vers  qui  ne  manquent  pàs  d'é- 
légance. G.  B. 

Millot,  Histoire  des  Troubadours,  t.  III,  p.  417.  —  Fan- 
tuzzi,  Scrittori  Bolognesi,  t.  Il,  p.  350.  —  Raynouard, 
Choix  des  Poésies  des  Troubadours ,  t.  V,  p.  243.  —  His- 
toire littéraire  de  la  France,  t.  XX,  p.  586. 

LAMBERTiNi  (Michèle),  peintre  de  l'école 
bolonaise,  vivait  de  1426  à  1469.  Élève  de  Lippo 
Dalmasio,  il  est  surtout  célèbre  par  une  Madone 
qu'il  avait  peinte  à  fresque  en  1448,  au  marché 
aux  poissons  de  Bologne;  cette  peinture,  que 
l'Albâne  préférait,  pour  le  charme  et  la  douceur, 
même  à  celles  du  Francia,  a  été  transportée  dans 
l'église  Saint-Isaïe.  Les  autres  ouvrages  de  Lam- 
bertini  à  Saint-Pierre  et  à  Saint-.Tacques-le-Ma- 
jeur  et  au  musée  de  Bologne  montrent  qu'il  n'é- 
tait inférieur  à  aucun  des  maîtres  de  son  temps. 
Il  est  souvent  désigné  sous  le  nom  de  Michèle 
di  Matteo,  et  lui-même  a  signé  Michael  Matthsei 
un  tableau  peint  pour  l'église  S.-Eligio  en  1426, 
mentionné  par  Malvasia ,  et  un  dessus  de  porte, 
sans  doute  son  dernier  ouvrage,  qu'il  exécuta,  en 
1469,  pour  le  couvent  des  PP.  Carmélites  de 
Saint-Martia  de  Bologne.  E.  B— n. 

Vasari,  Fite.  —  Orlaadi,  Abbecedario.  —  Malvasia, 
Pitture  di  Boloçina.  —  Lanzi,  Storia  délia  Pittùrû.  — 
Ticozzi,  Dizionario. 

LAMBERTiNi  (Jean-Baptlste),  seigneur  de 
Cruz-Hoven,  voyageur  et  historien  hollandais, 
né  à  Anvers,  vers  1570,  mort  vers  1650.  Il  ap- 
partenait à  une  illustre  famille  bolonaise.  Son 
père  était  colonel  au  service  de  Charles  le  Té- 
méraire, duc  de  Bourgogne,  et  fut  tué,  comme  son 
maître,  à  la  bataille  deNanci  (5  janvier  1477). 
Lui-même,  après  avoir  fait  ses  études  à  Cour- 
trai  et  à  Louvain,  se  mit  à  voyager.  Il  traversa 
la  France,  s'arrêta  à  Rome.,  à  Bologne,  où  il  se  fit 
recevoir  docteur  dans  l'un  et  l'autre  droit.  Une 
fougue  belliqueuse  le  saisit  à  cette  époque,  et  il 
s'embarqua  sur  les  galères  de  Ferdinand,  grand- 
duc  de  Torcane,  «■  qui  pour  lors  armoit  contre 
le  Turc  »  ;  il  aborda  à  Malte,  d'où  il  fit  voile  vers 
la  Morée.  Après  avoir  traversé  de  nouveaii  i'I- 


talie,  il  revint  dans  sa  patrie  par  l'Allemagne.  Au 
bout  de  deux  ans,  il  partit  pour  l'Espagne,  qu'il 
visita  complètement.  A  son  retour,  il  fut  nommé 
maire  de  Halle.  En  1625  ,  il  alla  suivre  le  jubilé 
à  Rome;  ce  fut  son  dernier  voyage.  Il  termina» 
ses  jours  dans  le  Hainaut,  à  l'âge  de  quatre- 
vingts  ans.  On  a  de  lui  :  Theatrum  Eegium, 
sive  regum  Hispanise ,  Aragoniée ,  Navarras 
■et  Portiig allias ,  séries  et  compendiosa  nar- 
f-atio,  etc.  ;  Bruxelles,  1628,  in-4°.  Selon  Pa- 
quot  cet  ouvrage  n'a  pas  même  le  mérite  de 
l'exactitude  ;  —  Vita  B.  Inieldee  Lambertinge, 
nobilis  Bononiensis  (  morte  à  Bologne ,  en 
1333)  etc.;  Anvers,  1625;  trad.  en  flamand, 
1638;  —  Parsenesis  ad  virtutem  capessendam 
et  adîtlterinam  voluptatem  contemnendam ; 
Anvers,  1640,  in-12.  L— z— e. 

Swt'crt,  Mheme  Belg..  p.  392-393.  —  Valère  André;,  Bi- 
bliotlieca  Betaica,  p.  454.  —  Thédtre  de  la  Noblesse  de 
Hrabant,  p.  406-407.  —  Diercaesens,  Antverpia  Ckristo 
nàscens,  etc.,  t.  iv,  p.  363-365.  —  Paquot.  il/em.  pùur 
servir  à  l'hist.  litt.  des  Pays-Bas,  t.  V,  p.  73-76. 

LAMBERTINI.  Voy.  Benoit  XIV. 

LASiBERTY  (  Guillaume  de  ),  diplomate 
suisse,  né  vers  1660,  dans  le  pays  des  Grisons, 
mort  en  1742,  à  Nyon  (canton  de  Berne).  11  était 
issu  d'une  bonne  famille  d'Italie,  fit  dans  ce 
pays  d'excellentes  études,  et  parcourut  les  prin- 
cipaux états  de  l'Europe.  En  1691,  étant  de  pas- 
sage à  Rotterdam,  il  visita  Bayle,  et  lui  proposa 
de  traduire  en  italien  les  Nouvelles  de  la  Ré- 
publique des  Lettres.  Il  passa  ensuite  en  An- 
gleterre, devint  secrétaire  de  lord  Portland,  et 
reçut  des  différents  ministres  de  ce  pays  diverses 
missions  politiques,  dont  il  s'acquitta  avec  beau- 
coup de  zèle  et  de  prudence.  Vers  la  fin  de  sa 
vie,  il  se  retira  à  Nyon,  petite  ville  du  canton  de 
Berne.  On  a  de  lui  :  Mémoires  pour  servir  à 
r Histoire  du  dix-huitieme  Siècle;  La  Haye, 
1724-1734,  12  vol.  in-4",  recueil  des  traités  et 
autres  actes  diplomatiques  publiés  en  Europe 
depuis  la  mort  du  roi  d'Espagne  Charles  II  ;  les 
libraires  d'Amsterdam ,  en  ont  fait  une  édition 
beaucoup  plus  estimée,  qui  parut  de  1735  à  1740, 
14  vol.  in- 4°  ;  —  Mémoires  de  la  dernière  ré- 
volution d'Angleterre  { par  L.  B.  T.  )  ;  La  Haye, 
1702,  2  vol.  in-12.  Lamberty  se  chargea  aussi 
pendant  quelques  mois  de  la  rédaction  du  jour- 
nal que  Gueudeville  faisait  paraître  à  La  Haye 
sous  le  titre  A'' Esprit  des  Cours  de  V Europe  et 
dont  l'ambassadeur  de  France  avait  obtenu  la 
suppression.  P.  L — y. 

Barbier,  Dict.  des  Anonymes.  —  Bibl.  Hist.  de  la 
France. 

LA.UBESC  (  Charles- Eugène  de  Lorraine- 
d'Elbeuf,  prince  de),  général  français,  né  le 
25  septembre  1751,  mort  le  21  novembre  1825 
à  Vienne  (Autriche).  Issu  d'une  branche  cadette 
de  la  maison  de  Lorraine  rétablie  en  France 
depuis  le  seizième  siècle ,  et  fils  du  comte  de 
Brionne,il  succéda,  à  l'âge  de  dix  ans,  à  la  charge 
de  grand  -écuyer  de  France,  qui  depuis  Louis  XIV 


165  LAMBESC  — 

était  comme  héréditaire  dans  sa  famille  (l). 
Le  mariage  de  Louis  XVI  avec  Marie-Antoinette, 
sa  parente,  rehaussa  sa  position  à  la  cour,  où  il 
avait  déjà  le  rang  de  prince  étranger.  11  fut 
nommé  chevalier  des  ordres  du  roi,  ayant  à  peine 
vingt-six  ans.  Bientôt  après  il  devint  colonel-pro- 
priétairedu  régiment  decavalerieRoyal-Allemand. 
Ce  fut  en  cette  qualité  qu'il  fit  partie  du  camp  que 
la  cour  avait  formé  près  de  Paris  en  juillet  1789. 
Le  12  de  ce  mois,  dans  la  soirée,  il  stationnait 
sur  la  place  Louis  XV  lorsque,  emporté  par  son 
ardeur,  il  franchit  à  cheval  le  Pont-Tournant,  et 
entra  dans  les  Tuileries  en  chargeant  le  peuple 
qui  y  était  rassemblé,  et  frappa,  dit-on,  de  son 
sabre  un  vieillard  nommé  Chauvet.  N'ayant  pas 
été  soutenu  par  les  autres  corps ,  il  se  vit  obligé 

e  battre  en  retraite  devant  les  gardes  françaises, 
(|ui,  réunies  à  la  foule,  menaçaient  de  lui  barrer 
le  passage.  Cet  incident  souleva  une  vive  irrita- 
tion, et  le  comité  des  recherches  de  l'Assemblée 
constituante  dénonça  le  prince  de  Lambesc 
comme  l'un  des  principaux  auteurs  de  la  cons- 
piration ourdie  contre  la  nation.  Traduit  devant 
le  tribunal  du  Châtelet,  il  fut  déchargé  de  toute 
inculpation ,  et  bientôt  après,  ayant  émigré  avec 
tout  son  régiment,  il  se  retira  à  Vienne,  prit  du 
service  dans  les  armées  impériales,  et  combattit 
la  France  jusqu'à  la  restauration,  d'abord  comme 
général  major  (1793),  puis  comme  feld-maréchal- 
heutenant  (1796).  Il  n'en  fut  pas  moins  nommé 
pair  de  France,  sous  le  nom  de  duc  d'Elbeuf 
(1814).  Cependant,  il  ne  quitta  pas  la  cour  d'Au- 
triche, où  il  était  premier  capitaine  des  gardes, 
et  où,  comme  prince  du  sang  sous  le  nom  de 
prince  Charles  de  Lorraine,  il  avait  le  premier 
rang  après  les  archiducs.  Il  mourut  d'une  at- 
taque d'apoplexie.  En  lui  s'éteignit  la  branche  de 
la  maison  de  Lorraine  descendant  de  Claude, 
premier  duc  de  Guise.  P.  L — y. 

Le  Bas,  Dict  Encyclopédique  de  la  France.  —  Mahul,* 
linnuaire  ■nècrnl.  —  Thiers,  HiU.  de  la  Révol.  fr. 

LAMBILLOTTE  (Le  P.  Louis),  musicogra- 
phe français,  né  le  27  mars  1797,  à  Charleroi, 
en  Hainaut,  et  mort  le  27  février  1855,  au  col- 
lège des  jésuites  de  Vaugirard,  près  Paris.  Il 
?tait  à  peine  âgé  de  sept  ans  lorsqu'un  abbé  ita- 
lien, chapelain  dans  un  château  des  environs 
le  Charleroi,  ayant  remarqué  ses  heureuses  dis- 
positions musicales  en  l'entendant  chanter  dans 
ime  éghse,  se  chargea  de  lui  enseigner  le  solfège 
et  le  clavecin;  il  lui  apprit  aussi  les  premiers  élé- 
ments de  la  composition.  Le  jeune  Louis  fit  de 
rapides  progrès ,  et  à  douze  ans  il  parut  dans 
un  concert  public,  où  il  chanta  avec  un  de  ses 
frères  un  duo  qu'il  avait  composé.  Il  eut  en.suite 
pour  maître  un  religieux  prémontré,  habile  or- 
ganiste, qui,  assujettissant  son  élève  à  de  plus 
sévères  études,  le  mit  en  état  d'occuper,  à  l'âge 


(11  Le  prince  de  Lambesc  était  grand-écuyer  et  gou- 
verneur d'.injou  dès  1761.  Comme  ce  titre  fnflait  son 
orgueil  et  le  rendait  indisciplinable,  sa  mère  le  plaça  au 
collège  du  Plessis,  où  son  caractère  s'assoupUL 


LAMBILLOTTE  166 

de  quinze  ans,  la  place  d'organiste  à  l'église  de 
Charleroi.  Après  dix  années  passées  soit  dans 
cette  ville,  soit  à  Dinan,  au  pays  de  Liège,  Louis, 
sollicité  par  un  de  ses  amis,  vint  en  France,  se 
présenta  comme  maître  de  chapelle  au  collège 
de  Saint-Acheul ,  et  y  fut  accueilli  en  celte  qua- 
lité. Mais  le  désir  de  s'instiuire  lui  fit  demander 
en  même  temps  la  place  d'écolier,  et  quoiqu'il 
eût  alors  vingt-cinq  ans,  il  s'assit  sur  les  bancs 
avec  toute  l'ardeur  et  la  simplicité  d'un  autre 
âge.  Dans  une  circonstance  où  sa  vie  avait  été 
en  danger,  il  avait  fait  le  vœu  de  «e  consacrer 
à  Dieu,  et  ses  supérieurs,  accédant  à  sa  demande, 
l'admirent  au  noviciat  le  15  août  1825.  Le  reste 
de  sa  vie,  passé  en  différentes  maisons  de  son 
ordre,  à  Saint Acheul,  Fribourg,  Aix,  Brigg, 
Brugelette  et  Paris,  fut  rempli  imiquement  par 
les  exercices  religieux  et  des  compositions  mu- 
sicales et  liturgiques. 

On  a  jugé  diversement  le  P.  Lambillotte  au 
point  de  vue  de  l'art.  Ses  adversaires,  dans  des 
critiques  trop  sévères,  l'ont  condamné  d'une 
manière  absolue.  Ses  partisans,  de  leur  côté, 
ont  fait  valoir  l'immense  succès  de  ses  oeuvres. 
Il  nous  semble  que  si,  dans  la  grande  quantité 
de  musique  que  le  P.  Lambillotte  a  écrite,  on 
peut  lui  reprocher  la  marche  légère  de  quelques- 
uns  de  ses  morceaux;  si  l'on  y  trouve  de  fâ- 
cheuses négligences  de  style,  on  ne  saurait  toute- 
fois refuser  au  compositeur  d'avoir  eu  souvent 
d'heureuses  inspirations.  Inventant  sans  effort, 
il  ne  se  lassait  pas  de  produire;  ses  mélodies 
sont  simples,  gracieuses  et  naturelles;  sa  musique 
est,  suivantl'expression  employée  par  les  artistes, 
une  musique  chantante,  d'une  exécution  facile, 
et  c'est  précisément  cela  qui  en  a  fait  le  succès 
dans  les  communautés  et  les  pensionnats ,  pour 
lesquels  elle  a  été  spécialement  écrite.  Mais 
l'œuvre  capitale  du  P.  Lambillotte  est  sans  con- 
tredit la  Restauration  du  chant  grégorien, 
entreprise  par  lui  environ  douze  ans  avant  sa 
mort.  Dans  le  but  de  remonter  aux  sources  pri- 
mitives, il  alla  explorer  les  principales  biblio- 
thèques séculières  et  monastiques  de  l'Europe, 
et  à  l'aide  des  matériaux  qu'il  avait  rassem- 
blés il  prépara  toute  la  série  des  chants  liturgi- 
ques, qu'il  fit  précéder  de  plusieurs  publications 
théoriques.  Les  bornes  de  cet  article  ne  nous 
permettent  pas  d'entrer  dans  les  détails  des 
controverses  soulevées  par  la  question.  Il  nous 
reste  seulement  à  dire  que  ce  travail ,  dont  on 
termine  en  ce  moment  l'impression,  était  achevé 
lorsque  la  mort  enleva  subitement  le  P.  Lambil- 
lotte à  l'âge  de  cinquante-huit  ans.  11  était  mem- 
bre de  la  Société  Archéologique  de  France.  On 
a  de  lui  :  Choix  des  plus  beaux  Airs  de  can- 
tiques arrangés  à  deux  parties;  —  Musée 
des  Organistes  ,  collection  des  meilleures  fu- 
gues composées  pour  l'orgue  et  choisies  dans 
les  diverses  écoles;  Paris,  1842-1844,  2  vol.  Le 
premier  volume  contient  un  traité  abrégé  du 
contre- point  et  de  la  fugue;  —  Choix  de  Canti- 


167 


LAMBILLOTTE  —  LAMBIN 


168 


ques  sur  des  airs  nouveaux  pour  toutes  les 
fêtes  de  Vannée,  à  trois  et  quatre  voix,  avec  ac- 
compagnement d'orgue  ou  de  piano;  Paris,  1843, 
in-18; — Petits  Saluts  pour  les  fêles  dedeuxième 
classe;  Paris,  1844-1845;  — Première  Col- 
lection de  douze  Saints  pour  les  grandes  fêtes 
de  l'année,  avec  orgue  et  orchestre,  douze 
livraisons;  Paris,  1846;  — Quelques  motets  dé- 
tachés publiés  de  1843  à  1846-,  —  Antipho- 
naire  de  saint  Grégoire,  fac-similé  du  ma- 
muscrit  de  Saint-Gall  ;  copie  authentique  de 
l'autographe,  écrite  vers  l'an  790,  accompa- 
gné d'une  dissertation  intitulée  :  De  l'Unité 
dans  les  Chants  liturgiques,  ou  clef  des  mé- 
lodies grégoriennes  ;  Bruxelles,  et  Paris,  1851  ; 
—  Seconde  Collection  de  douze  Saluts  pour 
toutes  les  fêtes  de  Vannée,  avec  accompagne- 
ment d'orgue  ou  harmonium;  Paris,  1854;  — 
Chants  à  Marie ,  recueils  de  cantiques  à  la 
sainte  Vierge,  publiés  en  trois  parties  séparées, 
de  1844  à  1854  ;  Paris,  3  vol.,  le  premier  in-12, 
les  deux  autres  in-  8"  ;  —  Trois  messes  solennel- 
les avec  orgue  et  orehestre;  Paris;  —  Messe  so- 
lennelle en  style  grégorien  du  cinquième  mode; 
Paris,  1855;  —  Quelques  Mots  sur  la  Restau- 
ration du  Chant  liturgique;  état  de  la  ques- 
tion ;  solution  des  dijfficîiltés;  Paris,  1855, 
ouvrage  posthume;  —  Esthétique,  Théorie  et 
Pratique  du  Chant  grégorien  restauré  d'après 
la  doctrine  des  anciens  et  les  sources  primi- 
tives; Paris,  1856,in-8°.  Ouvrage  posthume  édité 
par  le  P.  J.  Dufour  d'Astafort,  jésuite;  —  Gra- 
duel et  Vespéral  publiés  en  double  notation. 
Nous  renfermons  sous  ce  titre  toute  la  série  des 
livres  d'église  publiés  sous  diverses  formes  depuis 
la  mort  du  P.  Lambillotte,  par  la  maison  Ad.  Le 
eière,  d'après  les  travaux  de  ce  Père  et  sous  la 
direction  de  son  successeur,  le  P.  J.  Dufour  d'As- 
tafort. Dieudonné  Denne-Baron. 
Documents  particuliers. 

LAMBIN  (Denis),  un  des  premiers  philo- 
logues français  du  seizième  siècle,  né  à  Mon- 
treuil-sur-Mer,  en  1516,  mort  à  Paris,  en  1572. 
Après  avoir  fait  ses  études  au  collège  d'Amiens 
et  y  avoir  professé  les  belles-lettres  pendant 
plusieurs  années,  il  suivit  le  cardinal  de  Tour- 
non  en  Italie.  A  son  retour,  il  fut  nommé,  en 
1560,  professeur  d'éloquence  au  Collège  royal, 
et  l'année  suivante  professeur  de  grec.  Une  ma- 
ladietontagieuse  et  les  guerres  de  religion  trou- 
blèrent son  cours,  qui  réunissait  un  grand  nombre 
d'auditeurs.  Lui-même  fut  une  victime  de  la 
Saint  Barthélémy.  «  Lorsque  Denis  Lambin,  dit 
de  Thon  ,  eut  appris  cette  nouvelle  (  la  mort  de 
Ramusdansle  massacre  de  la  Saint-Barthélémy), 
il  craignit  le  sort  de  Ramus.  Et  comme  il  y 
avait  aussi  entre  lui  et  Charpentier  quelque  haine 
cachée  à  cause  des  lettres,  car,  au  reste,  il  avait 
de  l'aversion  pour  la  doctrine  des  protestants,  il 
fut  si  épouvanté  de  cet  événement,  qu'il  ne  put 
revenir  de  sa  crainte,  et  tomba  dans  une  maladie 
dont  il  mourut  un  mois  après.  »  Lambin  fut  un 


des  premiers  philologues  de  son  temps,  et  pour 
trouver  son   égal    comme    éditeur   critique  et 
comme  commentateur,  il  faut  aller  jusqu'à  Sca- 
liger  et  Casaubon.  On  lui  reproche  beaucoup  de 
diffusion  et  de  lenteur.  Ce  défaut,  fort  exagéré  par 
ses  adversaires ,  a  donné  lieu  au  mot  français 
lambiner.  Malgré  la  douceur  de  son  caractère 
et  sa  modestie.  Lambin  ne  put  éviter  des  que- 
relles avec  les  érudits    contemporains  ,  entre 
autres  avec  Muret  et  Giphanius  ;  mais  il  eut  tou- 
jours le  bon  droit  de  son  côté.  L'accusation  de 
plagiat  que  Giphanius  lança  contre  lui  est  dénuée 
de   fondement.  André  Schott  l'a  blâmé   d'avoir 
corrigé  avec  trop  de  hardiesse  les  textes  des  an- 
ciens, et  de  n'avoir  pas  assez  tenu  compte  de 
l'autorité  des  manuscrits;  mais  cette  liardiesse 
était  peut-être   nécessaire  pour  l'épuration  des 
textes,  elles  éditions  que  Lambin  a  données  de 
Cicéron,  d'Horace,  de  Lucrèce,  De  Plaute,  de 
Cornélius  Nepos  sont  très-supérieures  à  toute^ 
les  précédentes,  et  peuvent  être  regardées  comme 
le  point  de  départ   des  travaux  de  la  critique 
sur  ces   auteurs.  On  a   de  lui  :    Q.  Horatitis 
Flaccus  ex  fide  atque  auctoritate  decem  l 
hrorum  manuscriptorum    emendatus...,   e^Ji 
commentariis  copiosissimis  illiistratus  ;Lyon 
1561,  in-4°  ;  Venise,  1566,  in-4°  ;  Genève,  1605 
in-4°;  —  Titi  Lucretii  Cari  de  Rerum  Natura; 
libri  sex,  locis  innumerabilibus  ex  aucto 
ritate   quinque    codicum    manuscriptorumli 
emendati;  Paris,  1664,  in-4°;  1570,  in-4°;  — > 
Oratio  de  recta pronunciatione  linguse  grseceef'^; 
Paris,  1668;  —   Commentarii  in  Corneliun 
Nepotem;  Paris,  1669,  in-4°.   Lambin,  le  pre 
mier,  restitua  à  Cornélius   Nepos  les   Vies  de^ 
hommes  illustres  attribuées  à  ^Emilius  Pro-|- 
bus;  —  A7i[AOff9évoTj;  Aoyot,  v.od  Ttpooifjita  5y]|jly)-j 
yoptxà  tt.a.1   è-Kiaiokai ;  Paris,  157.0,  in  fol. ;  — 
M.  T.  Ciceronis  Epistolse  ad  Atticum  et  ad 
•Q.  Fratrem;  Paris,  1673;  —  Emendationes  in 
Ciceronis  Opéra  ;  Paris,  1566,  1577,  in-fol.;— f 
M.  Accius  Plautus  ex  fide  et  auctoritate  com-<. 
plurium   librorum    manuscriptorum....     et 
commentariis  explicatus  ;  Paris,  1677,  in-fol.; 

—  Curse  in  orationes  Ciceronis  ;  Baie,  1697, 
in-fol.;  —  Ciceronis  Vita  ex  ejus  operibus 
collecta;  Cologne,  1578,  in-8°.  Plusieurs  des 
préfaces  et  épîtres  dédicatoires  de  Lambin  onl 
été  recueillies  avec  celles  de  Muret  et  de  Leroy 
(Regius),  dans  un  volume  intitulé  :  Trium  il- 
lustrium  virortim  Prsefationes ;  Paris,  1679, 
in-t6.  Z. 

Ghilinl,  Tbatro  degli  Uomini  illnstri.  —  Bloiint,  Cen- 
sura celebriorum  Âuctorum.  —  Teissier,  Éloges  des 
Hommes  savants  tirés  de  l'H\s\.o\re  de  M.  de  Jhou,  t.  I. 

—  Goujet ,  Histoire  du  Collège   royal.  —   iVciiagiana, 
t.  IV,  p.  27,  édit.  de  1715. 

LAMBIN  {Jean-Jacques),  ain\iq[n\re  hollan- 
dais, né  à  Ypres,  le  16  juillet  1766,  mort  vers 
1840.  Il  remplit  durant  une  longue  suite  d'an- 
nées l'emploi  d'archiviste  de  sa  ville  natale,  et  fit 
partie  de  plusieurs  sociétés  scientifiques  de  Hol- 
lande et  de  Belgique.  Il  a  publié,  de  1815  à  1836, 


Î69  LAMBIN  — 

un  grand  nombre  de  mémoires  sur   les  événe- 
ments, l'histoire  et  les  archives  de  son  pays, 
liilix-  autres  :  Verzcemeling  van  de  Grafsch- 
rifien    (Recueil    d'épitaphes  ) ,   4  vol.   in-4"; 
Merkwœrdige  Gebeurtenissen  ,  vooral   in 
:  I  nderen  en  Brabant ,  van   1377  tôt  1443 
I  \  onemeuts  remarquables  arrivés   principale- 
nu  ni  en  Flandre  et  en  Brabant  de  1377  à  1443)  ; 
Ypves,  1835,  in-4".  lia  aussi  collaboré  au  Mes- 
sager des  Sciences  historiques.  K. 
Dict.  des  Hommes  de  Lettres  de.  la  Belgique,  1837. 

t.XM'RiSET  (Pierre),  bibliographe  français, 
ilÉà  Tournes.près  deMézières,  le  22  octobre  1742, 
mort  à  Charleville,  le  10  décembre  1813.  Après 
avoir  fait  ses  études  chez  les  jésuites  à  Char- 
leville ,  il  entra  dans  cette  société.  Resté  dans 
le  monde  jusqu'en  1765,  il  prit  alors  l'habit  de 
premontré  à  l'abbaye  de  Lavaidieu ,  et  fit  pro- 
fession ,  l'année  suivante ,  à  l'abbaye  de  Yillers- 
Cotterets,  dont  son  compatriote  Richard  était 
alors  abbé.  Quelques  années  après,  il  sortit  de 
cette  maison,  quitta  le  costume  religieux,  et  habita 
Liège,  puis  Bruxelles,  où  il  devint  précepteur  du 
fils  du  duc  de  Croquenbourg.  Il  obtint  plus  tard 
de  la  cour  de  Rome  un  bref  de  sécularisation ,  et 
put  se  livrer  exclusivement  à  son  goût  pour  la 
bibliographie,  dont  il  n'avait  jamais  cessé  de 
s'occuper.  On  a  de  lui  :  Éloge  historique  de 
Marie -Thérèse ,  impératrice  des  Romains, 
reine  de  Hongrie  et  de  Bohême,  etc.;  Liège  et 
Bruxelles,  1781,  in-S"  ;  —  Table  raisonnée  des 
matières  contenues  dans  l'Esprit  des  Jour- 
naux, depuis  1772  jusqu'en  17S4  inclusive- 
ment; Liège  et  Paris,  sans  date  (1785),  4  vol. 
in-12;  —  Recherches  historiques,  littéraires 
et  critiques  sur  V Origine  de  l'Imprimerie, 
particulièrement  sur  ses  premiers  établisse- 
ments, au  quinzième  siècle,  dans  la  Bel- 
gique; Bruxelles,  1798,  in-8°;  nouv.  édit., 
sous  le  titre  d'Origine  de  l'Imprimerie  d'après 
les  titres  authentiques,  l'opinion  de  M.  Dau- 
nou  et  celle  de  M.  van  Praet,  suivie  des  Éta- 
blissements de  cet  art  dans  la  Belgique ,  et 
de  l'Histoire  de  la  Stéréotypie,  ornée  de 
calques,  de  portraits  et  d'écussons ;  Paris, 
1810,  2  vol.  in-8°;  —  Imitation  de  Jésus- 
Christ,  par  le  R.  P.  Gonnelieu,  revue  et  cor- 
rigée; Paris,  1811,  et  Lille,  1825,  in-12,  fig.:  le 
premier  chapitre  du  premier  livre  est  seul  em- 
prunté à  Gonnelieu  (Cusson);  l'auteur  s'est 
servi  de  Beauzée  pour  le  surplus  de  son  travail. 
11  a  aussi  revu  et  augmenté  la  Notice  des  édi- 
tions de  l'Imitation  donnée  par  Desbillons  avec 
la  nouvelle  édition  de  Y  Imitation  que  ce  der- 
nier a  publiée,  en  1780,  à  Mannheim. 

Lambinet  a  rédigé,  avec  le  concours  de  Wil- 
helmi,  bibliothécaire  de  Berne,  une  Notice  de 
quelques  manuscrits  qui  concernent  l'histoire 
de  la  Belgique,  et  qui  se  trouvent  dans  la 
bibliothèque  publique  de  Berne ,  imprimée 
daus  le  t.  V  des  Mémoires  de  l'Acndémie  de 
Bruxelles.  Il  a  inséré  dans  le  Journal  des  Cu- 


LAMBLARDIE  170 

rés,  année  1809  :  Remarques  bibliographiques 
et  critiques  sur  une  édition  latine  de  Z'Imita- 
tiou  de  Jésus-Christ,  donnée  par  Beauzée,  de 
l'Académie  Française ,  chez  Barbou,  en  1788, 
et  sur  plusieurs  autres  éditions  du  même 
livre  :  Gence  cbmbattitces  Remarques,  â^ns  le 
même  recueil,  par  sa  Défense  de  l'édition  la- 
tine de  rimitation  donnée  par  Beauzée,  et 
prouva  que  l'édition  critiquée  par  Lambinet  n'é- 
tait autre  que  celle  de  Valart,  en  tête  de  laquelle 
on  avait  mis  le  frontispice  de  l'édition  de 
Beauzée;  —  Lettre  de  Lambinet  au  rédac- 
teur du  Journal  des  Curés  :  elle  est  relative  au 
même  sujet.  Enfin,  L'Esprit  des  Journaux  (an- 
nées 1777,  1778  et  1781)  contient  de  Lambinet 
divers  opuscules  en  prose  et  en  vers.  On  trouve 
dans  les  Mélanges  pour  servir  à  l'Histoire  ci- 
vile, politique  et  littéraire  du  ci-devant  Pays 
de  Liège,  parle  baron  de  Villenfagne,  ane  Lettre 
à  M.  Lambinet  sur  Gaultier  Morberius,  et  sur 
les  Imprimexirs  les  plus  remarquables  de  la 
ville  de  Liège  dans  le  seizième  siècle.  Lam- 
binet a  travaillé  à  la  neuvième  édition  du  Dic- 
tionnaire historique  de  Chaudon  et  Delandine. 
E.  Regnard. 

Quérard.ia  France  Littéraire,  -BoulUot,  Biographie 
Ardennaise. 

1  LAMBINET  (^wii/e),  peintre  français,  né  à 
Versailles,  en  1816.  Il  reçut  ses  premières  leçons 
de  M.  Boisselier,  peintre  de  paysage  historique, 
et  se  fortifia  lui-môme  par  l'étude  de  la  na- 
ture dans  les  environs  de  Versailles.  Son  maître 
l'ayant  engagé  à  concourir  pour  le  grand  prix  de 
Rome,  le  jeune  homme  vint  à  Paris,  et  entra  dans 
l'atelier  de  Drolling.  La  lecture  d'un  Hiver  à 
Majorque  par  Mme  Georges  Sand,lui  inspira  un 
vif  désir  de  voir  le  ciel  d'Afrique.  C'était  en  1845; 
M.  Horace  Vernet,  qui  partait  alors  pour  l'Algé- 
rie ,  emmena  M.  Lambinet  comme  élève.  Mais 
celui-ci  reconnut  bientôt  que  les  palmiers,  les 
cactus ,  les  sables  brûlés  par  le  soleil  ne  conve- 
naient pas  à  son  pinceau  ;  il  n'en  revit  qu'avec 
plus  de  plaisir  la  plaine  de  Chevreuse  et  les 
bois  de  Ville-d'Avray,  et  s'attacha  désormais  à 
rendre  scrupuleusement  la  nature  des  environs 
de  Paris.  C'est  de  ce  moment  que  datent  ses 
premiers  succès.  Les  œuvres  de  M.  Lambinet  se 
distinguent  par  un  vif  sentiment  de  la  nature , 
une  grande  fraîcheur,  et  une  touche  grasse  et 
fondue  qui  convient  particulièrement  aux  paysages 
humides  et  plantureux  qui  font  le  sujet  de  ses 
tableaux.  M.  Lambinet  est  allé  récemment  en 
Angleterre  et  en  Hollande;  mais  il  n'y  a  vu  que 
les  sites  qui  se  rapprodient  U  plus  de  ses 
paysages  favoris.  Cet  artiste  a  exposé  foi't  jeune  : 
ses  ouvrages  ont  figuré  à  tous  les  salons  depuis 
1833;  le  jury  lui  a  décerné  une  médaille  de 
troisième  classe  en  1 84  3,  et  une  de  deuxième  classe 
en  1853.  Un  de  ses  tableaux  se  voit  actuellement 
au  musée  du  Luxembourg.    E.  Coïtenet. 

Documents  partirutiers. 

ii.\mRhKHî>lB  {Jacques-É  lie), iagénieurù-àv^ 


171 


LAMRLÂ.RDÏE  —  LA.MBOY 


172 


çais  ,  né  en  1747,  à  Loches  (Touraine),  mort  à 
Paris,  le  26  novembre  1797.  Nommé  sous-ingé- 
nieur, après  cinq  ans  d'études  ,  et  employé  en 
cette  qualité  sur  les  côtes  de  Normandie ,  il  ima- 
gina, pour  repousser  les  bancs  de  galets  accumu- 
lés à  l'entrée  des  ports  de  ces  parages ,  un  sys- 
tème d'écluses  de  ciiasse  flottantes  qui  pouvaient 
être  amenées  pendant  la  haute  mer  vers  les 
différents  points  d'où  l'on  voudrait  expulser  le 
galet.  Ce  système  est  exposé  dans  le  mémoire 
qu'il  a  publié  sous  ce  titre  :  Mémoires  su?-  les 
Côtes  de  la  haute  Normandie  comprises 
entre  l'embouchure  de  la  Seine  et  celles  de  la 
Somme ,  considérées  relativement  au  galet 
qui  remplit  les  ports  situés  dans  cette  par- 
tie de  la  Manche;  Le  Havre,  1789,  in-4"  avec 
2  pi.  «  Ce  mémoire,  a  dit  M.  de  Prony,  est  rem- 
pli de  vues  profondes  et  neuves  applicables  aux 
constructions  qu'on  fait  dans  la  mer;  l'auteur  en 
a  déduit  des  principes  fondés  sur  l'observation 
pour  l'établissement  et  la  direction  des  jetées 
dans  les  ports  sujets  à  alluvion,  principes 
avec  lesquels  il  a  combattu  et  renversé  la  mé- 
thode vicieuse  des  épis  employée  jusque  alors 
pour  empêcher  l'obstruction  par  le  galet  des 
ports  situés  sur  ces  côtes  ;>.  Bientôt  après,  Lam- 
blardie  proposa  des  moyens  simples  et  ingénieux 
de  tenir,  dans  les  ports  d'assèchement ,  les  bâ- 
timents à  flot  sans  le  secours  des  portes.  Après 
avoir  ainsi  fait  connaître  ce  qu'il  pouvait  ima- 
giner, il  prouva  son  habileté  à  exécuter,  en  éta- 
blissant les  écluses  du  Tréport  et  de  Dieppe , 
fondées  d'après  la  même  méthode  que  les  ponts 
de  Westminster  et  de  Saumur,  c'est-à  dire,  à 
l'aide  de  caissons  fournissant  le  moyen  d'établir 
une  maçonnerie  au  sein  des  eaux  sans  faire  au- 
cun épuisement.  L'écluse  de  Dieppe,  la  plus 
grande  de  son  espèce ,  offrit  surtout  des  diffi- 
cultés locales,  dont  il  ne  put  triompher  qu'en  re- 
courant à  l'emploi  de  moyens  extraordinaires. 
En  même  temps  qu'il  s'occupait  de  ces  tra- 
vaux, il  se  livrait  à  des  recherches  approfondies 
sur  les  procédés  à  suivre  pour  obtenir  le  calme 
dans  l'intérieur  des  ports,  et  il  rédigeait,  sur  la 
perfection  des  écluses  tournantes  un  mémoire 
intéressant  dont  l'École  des  Ponts  et  Chaussées 
a  conservé  le  manuscrit.  Au  Havre,  où  il  fut 
envoyé  en  1783,  il  donna  un  exemple,  bien 
rare,  de  la  justesse  dans  la  combinaison  de  l'en- 
semble unie  à  la  perfection  dans  les  détails, 
par  la  construction  de  l'ingénieux  pont  à  bascule 
établi  sur  l'écluse  qui  sépare  les  deux  bassins , 
pont  qui,  au  moyen  d'une  manœuvre  aussi  simple 
que  facile  ,  offre  au  passage  des  navires  une  ou- 
verture de  quatorze  mètres,  exempte  des  incon- 
vénients jusqu'alors  réputés  inséparables  de  cette 
sorte  de  travaux.  La  construction  de  ce  pont  fait 
le  sujet  d'un  mémoire,  resté  inédit,  où  il  traite 
en  détail  des  diverses  espèces  de  ponts  mobiles. 
L'Académie  de  Rouen  ayant  mis  au  concours , 
vers  cette  époque,  la  recherche  des  moyens 
propres  à  détruire  les  nombreux  obstacles  qu'é- 


prouve la  navigation  dans  la  haie  de  la  Seine, 
Lamblardie,  après  avoir  démontré  l'impossibilité 
de  combattre  avec  succès  les  efforts  de  la  mer 
dans  la  baie  elle-même,  conçut  l'idée  grande  et 
hardie  d'un  canal  qui,  partant  de  la  Seine  au- 
dessus  de  Villequier  et  ayant  son  embouchure  au 
port  du  Havre,  pourrait  recevoir  des  vaisseaux, 
comme  l'ont  constaté  des  nivellements  exécutés 
avec  soin.  Un  des  derniers  services  qu'il  rendit  à  la 
science  pendant  son  séjour  au  Havre  fut  l'éta- 
blissement d'un  cours  d'expériences  sur  la  force 
du  bois  debout,  expériences  auxquelles  avaient 
concouru  avec  lui ,  et  que  continuèrent  ensuite 
plusieurs  de  ses  collègues.  11  profita  de  son  se* 
jour  dans  le  département  de  la  Somme  pour  re- 
cueillir les  matériaux  d'un  mémoire  sur  la  navi- 
gation de  la  Somme ,  semé  de  vues  géologiques 
fort  intéressantes,  et  dont  un  extrait  a  été  inséré  m 
dans  le  Journal  des  Mines.  Appelé  à  Paris,  en  f 
1793,  il  y  remplaça  Perronnet  dans  la  direction 
de  l'École  des  Ponts  et  Chaussées.  Il  n'existait 
plus  alors  que  les  débris  des  diverses  écoles 
destinées  à  l'instruction  des  ingénieurs  de  tous 
les  services.  Créées  successivement,  disséminées 
dans  plusieurs  villes ,  formées  d'éléments  dispa- 
rates, manquant  de  cohésion  et  d'unité,  elles  j, 
appelaient  une  réforme  dont  Lamblardie  prit  l'i-  fj 
nitiative.  La  création  d'une  École  préparatoire  ' 
pour  les  ingénieurs  des  ponts  et  chaussées  s'of- 
frit d'abord  à  sa  pensée  ;  mais  bientôt ,  agrandis- 
sant ses  premières  vues ,  il  songea  à  en  faire  la 
pépinière  de  tous  les  services  publics.  Monge 
s'empara  de  cette  idée  avec  ardeur,  et ,  sur  sa 
proposition,  la  Convention  décréta  la  fondation  de 
l'École  centrale  des  Travaux  publics,  dont  Lam- 
blardie devint  le  premier  directeur.  Il  déploya 
tout  ce  qu'il  y  avait  en  lui  de  science ,  de  zèle  et  j  j 
de  dévouement  pour  assurer  le  succès  de  sa  I 
création ,  se  montrant  en  quelque  sorte  le  père 
des  élèves  par  la  sollicitude  dont  il  les  entourait. 
Lorsque  la  loi  di,  l^""  septembre  1795  eut  changé 
le  nom  de  l'École  centrale  en  celui  de  l'École  Po- 
lytechnique et  rétabli  l'École  des  Ponts  et  Chaus- 
sées, ainsi  que  les  autres  écoles  d'application , 
Lamblardie  reprit  ses  anciennes  fonctions ,  qu'il 
cumula  avec  colles  de  professeur  à  l'École  Poly- 
technique. Outre  les  travaux  cités,  on  a  de  lui  : 
Architecture  civile  (  Journal  de  V École  Poly- 
technique, 1. 1,  p.  15-36)  ;  —  Extrait  d'un  mé- 
moire de  Brémontier  sur  les  moyens  de  fixer 
les  Dunes  qui  se  trouvent  entre  Bayonne  et 
lu  pointe  de  Grave  à  l'embouchure  de  la  Gi- 
ronde (Ibid.,  t.  II);  —  Mémoires  sur  la  Navi- 
gation de  la  basse  Seine ,  et  swr  l'Améliora- 
tion de  la  Somme  entre  Abbeville  et  Saint- 
Valery  (inédits).  P.  Levot. 

M.  de  Prony,  Notice  historique  sur  la  vie  et  les  tra- 
vaux de  Jacques-EUe  Lamblardie  (  Journal  de  l'École 
Polytechnique,  l"  cahier,  p.  179-18*  ).  -  A.  Fourcy,  His- 
toire de  l'École  Polytechnique.  —  Annales  maritimes 
et  coloniales ,  t.  LXXXl. 

LAMBOT    {Guillaume  de),  feld-maréchal 
d'origine  belge,  mort  vers  1670.  Sa  famille  était 


LAMBOY  —  LAMBRECHTS 


174 


l'une  des  plus  anciennes  et  des  plus  nobles  du 
pays  de  Liège.  Entraîné  vers  la  carrière  des  ar- 
mes par  un  goût  très- marqué,  il  obtint,  à  l'âge 
de  quatorze  ans,  d'entrer  au  service  de  l'em- 
pereur, lit  en  qualité  de  volontaire  deux,  campa- 
gnes en  Allemagne,  et  obtint  bientôt  une  compa- 
gnie dans  un  régiment  de  dragons.  Parvenu  par 
ses  talents  au  rang  de  général  ;  il  fut  envoyé, 
conjointement  avec  le  duc  de  Lorraine,  au  se- 
:ours  de  la  ville  de  Dôle,  poursuivit  ensuite 
Oondéen  Bourgogne,  et  fit  en  1638  lever  le  siège 
3e  Saint-Oraer  au  maréchal  de  Châtillon. 
L'année  suivante  il  tenta  de  délivrer  Brisach,  et 
opéra,  au  milieu  de  circonstances  difficiles,  une 
si  belle  retraite  que  l'empereur  voulut  le  récom- 
penser en  lui  donnant  le  bâton  de  feld-maréchal. 
Après  s'être  distingué  sous  les  murs  d'Arras  où 
il  mit  en  déroute  toute  la  cavalerie  française 
(16A0),  il  s'empara  de  Creuznach,  et  assista  à  la 
bataille  de  La  Marfée  (  1641  ).  Au  moment  où  il 
allait  prendre  ses  quartiers  d'hiver,  il  fut  attaqué 
à  Kemptendans  ses  retranchements  par  le  comte 
de  Guébriant,  qui  s'empara  de  ses  canons  et  de 
ses  bagages,  lui  tua  deux  mille  hommes  et  le  fit 
prisonnier  lui-même  avec  la  plupart  des  officiers 
(17  janvier  1642).  Lamboy  continua  la  guerre 
contre  Rantzau  et  le  duc  d'Orléans  avec  des 
succès  divers  jusqu'en  1647,  où,  en  secondant 
l'archiduc  Léopold  en  Flandre  ,  il  contraignit  à 
capituler  les  places  d'Armentières  et  de  Landre- 
cies  ;  à  la  bataille  de  Lens ,  les  troupes  espa- 
gnoles, dont  il  commandait  une  partie,  furent 
cruellement  maltraitées,  et  lui-même  reçut  deux 
blessures.  Il  disparut  de  la  scène  à  la  suite  de  la 
paix  des  Pyrénées  conclue  en  1659.     P.  L — y. 

Sisranndi,  Hist.des  Français,  XXIII.XXIV.  -  Becde- 
lièvre-Hamal,  Bioç/r.  Liégeoise,  II,  142-147. 

LAMBRECHTS  (  Charles-Joseph-MatMeu, 
comte  de)  (1),  homme  politique  français,  né  à 
Saint-Trond  (Pays-Bas),  le  20  novembre  1753, 
mort  à  Paris,  le  3  août  1823.  Son  père,  Gilles 
de  Lambrechts,  colonel  au  service  des  États 
généraux  des  Provinces-Unies  ,  commandait  un 
régiment  qui  faisait  partie  de  la  garnison  mixte 
que  la  ville  de  Namur  recevait  depuis  le  traité 
de  La  Barrière.  Le  jeune  Lambrechts  étudia  le 
droit  à  l'université  de  Louvain,  y  reçut  en  1774 
le  grade  de  licencié ,  et  se  distingua  assez  par 
son  aptitude  et  ses  talents  pour  obtenir,  trois 
ans  après,  une  place  de  professeur  de  droit  ca- 
nonique à  cette  même  université.  En  1782  il 
parvint  au  doctorat,  et  en  1786  il  fut  élu  rec- 
teur. En  1788  et  1789  il  fut  chargé  par  l'empereur 
Joseph  II  de  visiter  les  universités  de  l'Alle- 
magne ;  il  devait  enseigner,  à  son  retour,  le  droit 
naturel,  le  droit  public  universel  et  le  droit  des 
gens,  matières  jusque  alors  négligées  à  Louvain. 


(1)  Dans  son  acte  de  naissance,  dans  les  diplômes  de 
ses  grades  universitaires,  comme  dans  les  brevets  des 
{frades  militaires  de  son  père,  le  nom  de  Lambrechts 
est  précédé  de  la  particule  de,  qu'il  supprima  à  partir 
de  la  réunioo  de  la  Belgique  a  la  France. 


Comme  professeur  de  droit  canonique,  Lam- 
brechts s'était  montré  l'ennemi  des  prétentions 
ultramontaines  ;  aussi  lorsque  éclata  la  révolution 
brabançonne,  il  prit  parti  contre  elle  ;  forcé  alors 
de  s'éloigner  de  la  Belgique,  il  n'y  rentra  qu'a- 
près le  rétablissement  de  la  maison  d'Autriche. 
En  1793  ,  il  vint  habiter  Bruxelles  pour  y 
exercer  la  piofession  d'avocat.  Les  Français 
ayant  fait  la  conquête  de  la  Belgique  ,  Lam- 
brechts adopta  les  principes  de  leur  révolution, 
et  fut  successivement  officier  municipal  de 
Bruxelles,  membre  et  président  de  l'administra- 
tion centrale  et  supérieure  de  la  Belgique,  com- 
missaire du  gouvernement  et  président  de  l'ad- 
ministration centrale  du  département  de  la  Dyle. 
Il  remplissait  ces  dernières  fonctions  lorsqu'en 
septembre  1797  le  Directoire  lui  confia  le  mi- 
nistère de  la  Justice,  en  lemplacement  de  Merlin 
de  Douay;  il  en  sortit  en  juillet  1799,  après 
avoir  été  mis  sur  les  rangs  pour  entrer  au  Direc- 
toire quand  Rewbel  fit  place  à  Sieyès.  A  la  fin 
de  la  même  année  ,  il  fut  élu  membre  du  sénat 
Il  ne  cessa  d'y  protester,  avec  un  petit  nombre 
de  ses  collègues  ,  contre  les  envahissements  du 
pouvoir  central.  Il  y  vota  notamment  contre  l'é- 
limination d'une  partie  des  membres  du  Triba- 
nat,  contre  le  consulat  à  vie,  et  contre  l'établis- 
sement d'une  nouvelle  monarchie.  Aussi,  en 
1814,  il  se  trouvait  à  la  tête  de  la  minorité  op- 
posante, et  il  fut  chargé  de  rédiger  les  consi- 
dérants de  l'acte  de  déchéance  porté  contre  Na- 
poléon. Le  gouvernement  provisoire  l'invita, 
ainsi  que  ses  collègues  le  duc  de  Plaisance,  Des- 
tutt  de  Tracy,  Emmery  et  Barbé-Marbois,  à  ré- 
diger une  constitulion  qui  devait  être  soumise 
à  l'acceptation  du  peuple ,  et  qui  appelait  au 
trône  la  famille  de  Bourbon  ;  mais  ce  projet , 
bien  qu'adopté  avec  quelques  changements,  par 
le  sénat,  le  6  avril  1814,  n'eut  pas  de  suite, 
Louis  XVIII  ne  l'ayant  pas  accepté. 

Sous  la  première  restauration ,  Lambrechts 
obtint  des  lettres  de  grande  naturalisation.  Dans 
les  Cent  Jours,  il  prit  généreusement,  dans  ses 
Principes  politiques,  la  défense  du  sénat ,  et 
vota  contre  l'acte  additionnel  aux  constitutions 
de  l'empire.  Depuis  le  second  retour  des  Bour- 
bons, il  vivait  dans  la  retraite,  lorsqu'en  1819 
il  fut  élu  député  par  les  départements  de  la 
Seine-Inférieure  et  du  Bas-Rhin.  Il  opta  pour 
ce  dernier,  et  siégea  dans  les  rangs  de  l'opposi- 
tion, où  sa  santé  ne  lui  permit  pas  toujours  de 
paraître.  Il  fut  l'un  des  députés  qui  votèrent 
pour  l'admission  de  l'ancien  évêque  Grégoire , 
élu  dans  l'Isère,  et  l'un  de  ceux  qui  se  pronon- 
cèrent contre  la  loi  du  double  vote.  Par  une  des 
clauses  de  son  testament,  cet  homme  intègre 
affecta  une  rente  de  douze  mille  francs  à  la  fon- 
dation d'un  hospice  destiné  aux  protestants  aveu- 
gles. Le  motif  de  cette  disposition  fut  qu'il  avait 
appris  qu'on  n'admettait  pas  alors  à  l'hospice 
des  Quinze- Vingts  les  aveugles  de  cette  com- 
munion. Son  testament  contenait  en  outre  di- 


175 


LAMBRECHTS 


vers  legs  destinés  à  réparer  des  injastices  dictées 
par  l'esprit  de  parti,  et  mettait  à  la  disposition 
de  l'Institut  une  somme  de  deux  mille  francs 
pour  être  donnée  en  prix  au  meilleur  ouvrage 
en  faveur  de  Ja  liberté  des  cultes.  Corbière, 
alors  ministre  de  l'intérieur,  n'ayant  pas  au- 
torisé l'acceptation  de  cette  libéralité ,  et  l'béri- 
tier  de  Lambrechts  ayant  chargé  la  Société  de 
la  Morale  chrétienne  de  mettre  cette  question 
au  concours,  le  prix  fut  obtenu  en  1826  par 
Alexandre  Vinet,  auteur  de  l'écrit  intitulé  :  Mé- 
moire  en  faveur  de  la  Liberté  des  Cultes; 
Paris,  1826,  in-8°.  Lambrechts  a  publié  :  Prin- 
cipes politiques;  Paris,  1815,  in-8°;  second  ti- 
rage, avec  des  additions,  notamment  une  ré- 
ponse aux  objections  du  Censeur;  Paris,  1815, 
in-S"  ;  —  Quelques  Réflexions  à  l'occasion  du 
livre  de  M.  l'abbé  Frayssinous ,  intitulé  : 
Des  vrais  Principes  de  l'Église  gallicane  ;  Paris, 
1818,  in-8°.  Il  avait  écrit  sur  sa  vie  quelques  li- 
gnes imprimées  après  sa  mort  sous  ce  titre  : 
Note  trouvée  dans  les  papiers  de  M.  le  comte 
Lambrechts,  et  publiée  par  son  héritier; 
Paris,  1823,  in-8°.  E.  Regnard. 

Mahul,  Annuaire  Nécrologique,  année  1823.  —  M.  A. 
Taillandier,/Voiice,dans  la  Revue  encyclopédique,  t.  XIX, 
p.  SOS.  —  M.  van  Huist,  Notice,  dans  la  Bévue  Belge , 
t.  Il,  p.  201.  —  Comte  de  Recdelièvre-Hamal,  Biographie 
Liégeoise.  —   Larevellière-Lepeaux,  Mémoires  inédits. 

LAMBRi  (Stefano),  peintre  de  l'école  de 
Crémone ,  vivait  au  commencement  du  dix- 
septième  siècle.  Élève  et  imitateur  de  Malosso, 
il  peignit  en  1623  pour  l'église  des  Dominicains 
de  Crémone  un  bon  tableau  représentant  Sain  t 
Guillaume  et  le  bienheureux  Louis  Bertrandi 
agenouillés.  On  ne  connaît  aucun  autre  ouvrage 
attribué  avec  certitude  à  ce  maître.       E.  B — x. 

Zaist,  Notizie  storiche  de'  Pittori,  Scultori  e  Jrchitetti 
Cremonesi.  —  Lanzi,  Storia  délia  Pittura.  —  Ticozzi. 
Dizionario.  —  Grasselli,  Gricia  storico-sacra  di  Cre- 
mona. 

LA-MBRUSCHiNi  (Louis),  prélat  italien,  né 
à  Gênes, le  16  mai  1776,  mort  à  Rome,  le  12 
mai  1854.  Entré  dans  l'ordre  des  Barnabites, 
il  devint  évêque  de  Sabine,  puis  archevêque  de 
Gênes,  fut  envoyé  en  France  comme  nonce  sous 
le  règne  de  Charles  X,  et  fut  créé  cardinal  de 
l'ordre  des  évêques,  le  30  septembre  1831.  Le 
pape  Grégoire  XVI  le  nomma  abbé  de  Santa- 
Maria  diFarfa,  secrétaire  d'État  pour  les  affaires 
étrangères,  secrétaire  des  brefs,  bibliothécaire  de 
l'Église,  grand-prieur  de  l'ordre  de  Saint-Jean-de- 
Jérusalem,  grand-chancelier  de  l'ordre  de  Saint- 
Grégoire,  et  préfet  de  la  congrégation  des  études. 
Ennemi  des  idées  nouvelles,  Lambruschini  prit 
une  part  importante  aux  persécutions  politiques 
et  aux  procès  religieux  qui  signalèrent  le  pon- 
tificat de  Grégoire  XVI  ;  aussi  son  impopularité  de- 
vint extrême.  En  1845  il  céda  la  direction  de 
l'instruction  publique  au  cardinal  Mezzofante. 
Après  la  mort  de  Grégoire  XVI,  en  1846,  Lam- 
bruschini obtint  le  plus  de  voix  pour  lui  suc- 
céder au  premier  scrutin  dans  le  conclave  ;  il 
ne  fut  cependant  pas  élu.  Le  nouveau  pape 


—  LAMBTON  176 

Pie  rx  le  nomma  membre  de  la  consulte  d'État, 
de  créalion  nouvelle,  et  le  rétablit  dans  ses 
fonctions  de  secrétaire  des  brefs  et  de  biblio- 
thécaire du  Vatican.  En  1847  Lambruschini  fut 
en  outre  nommé  évêque  de  Porto  de  San-Rufina 
et  de  Civita-Vecchia,  en  même  temps  que  chan- 
celier des  ordres  pontificaux  et  sous-doyen  du 
sacré  collège.  Gravement  menacé  lors  de  l'ex- 
plosion de  l'esprit  de  réforme  en  Italie,  il  se  ré- 
fugia à  Civita-Vecchia;  mais,  ne  s'y  trouvant  pas 
en  sûreté ,  il  prit  le  parti  de  revenir  à  Rome. 
Lors  de  la  catastrophe  de  novembre  1848,  il 
s'enfuit  à  Naples,  d'où  il  rejoignit  Pie  IX  à  Gaète. 
Il  rentra  avec  lui  à  Rome  en  1850,  et  fut  alors 
nommé  l'un  des  cardinaux  de  la  maison  du 
saint-père.  Il  conseilla,  dit-on,  à  cette  époque, 
des  mesures  de  clémence,  que  le  cardinal  An- 
tonelli  n'admit  pas.  On  a  traduit  de  lui  en  fran- 
çais: Méditations  5i<r /es  Vertus  de  sainte  Thé- 
rèse, précédées  d'un  abrégé  de  sa  vie  ;  Paris, 
1827,  in-18  ;  —  Sur  l'Immaculée  Conception 
de  Marie,  dissertation  polémique;  Paris,  et 
Besançon,  1843,  in-8°;  —  Dévotion  au  Sacré 
Cœur  de  Jésus,  précédée  d'une  nouvelle  mé- 
thode pour  entendre  la  sainte  mes  se,  et  suivie 
de  nouvelles  prières  pour  le  chemin  de  la 
croix;  Paris,  1857,  in-18.  L.  L— t. 

Dict.  de  la  Conversation.  —  Bourquelot  et  Maury,  La 
Littér.  Franc,  contemp. 

LAMRSPRiNG  (Jean),  alchimiste  allemand 
du  quinzième  siècle.  On  manque  de  détails  sur 
sa  vie  ;  mais  on  sait  qu'il  entra  dans  un  couvent 
de  Bénédictins,  près  d'Hildesheim,  après  avoir 
étudié  à  Paris  ;  il  a  laissé  un  ouvrage  en  vers  in- 
titulé :  Carmen  de  lapide,  divisé  en  quinze  sec- 
tions ,  lesquelles  expliquent  autant  de  figures  ; 
ces  hiéroglyphes  et  ces  interprétations  sont  dans 
le  genre  des  écrits  de  Nicolas  Flamel  ;  on  com- 
prend qu'il  serait  superflu  de  chercher  à  deviner 
le  sens  de  ces  énigmes.  Le  Carmen  en  question 
a  été  inséré  dans  l'ouvrage  de  Barnaud ,  Triga 
Chemica;  Leyde,  1599,  in-8";  dans  le  Muséum 
Hermeticum,  1677;  et  dans  le  Theatrum-  Che- 
micum,  t.  Ill,  p.  860.     '  G.  B. 

Schmicder,  Oeschickte  der  Alchewie,  p.  229. 
LAMBTON  (  William  ),  officier  supérieur  et 
géographe  anglais,  mort  dans  un  âge  avancé,  le 
20  janvier  1823,  àKingin-Ghaut(l).  Il  était  Heu- 
tenant-colonel  au  service  de  la  Compagnie  des 
Indes  anglaises  et  directeur  général  des  opé- 
rations trigonométriques  dans  cette  contrée. 
Depuis  1801  jusqu'à  sa  mort  il  dirigea  les  tra- 
vaux géodésiques  entrepris  par  la  Compagnie 
des  Indes  pour  dresser  une  carte  exacte  de  ses 
possessions  dont  un  grand  nombre  de  lieux, 
même  d'une  certaine  importance,  laissaient  en- 
core des  doutes  sur  leurs  positions  géographiques. 
Assisté  dans  ses  travaux  par  plusieurs  autres 
officiers  de  mérite,  Lambton  accomplit  heureuse- 
ment sa  difficile  mission.  Il  s'était  réservé  les  opé 

(1)  A  soixante  milles  de  la  résidence  de  Nagpoor. 


177 


LAMBTON  —  LAMÉ 


178 


rations  les  plus  difficiles;  entre  autres,  il  déter- 
mina avec  précision  un  arc  du  méridien  depuis 
le  cap  Comorin(lat.  8°  23'  to")  jusqu'au viliagede 
Takoor-Kera  à  15  milles  sud-est  d'Ellichpoor 
(lat.  21°  6').  Son  intention  était  de  prolonger 
son  arc  jusqu'au  32^  degré  en  passant  par  Agra,  le 
Dooab  et  les  monts  Himalaya,  et  de  déterminer 
ainsi  la  fraction  la  plus  longuement  prolongée  jus- 
qu'ici de  la  ligne  du  méridien  ;  mais  sa  santé  le 
força  d'interrompre  ses  travaux,  que  la  mort  ne 
lui  permit  pas  de  reprendre.  Les  Annales  des 
Sociétés  Royale  et  Asiatique  de  Londres  contien- 
nent les  principaux  résultats  de  ses  observations, 
que  Fourier  a  mentionnées  honorablement  à  l'A- 
cadémie des  Sciences  en  1823  dans  son  Rapport 
sur  les  Progrès  des  Sciences  Mathématiques. 

A.  DE  L. 

Mémoires  de  V Académie  des  Sciences,  ann.  1823.  — 
—  MahuI,  jinnuaire  Nécrologique,  ann.  182*.  —  Gazette 
de  Madras  du  28  février  1823.  —  Revue  Encyclopédique, 
ann.  1823,  t.  XIX,  p  465-466.  —  Rose,  Biographical  Dic- 
tionary. 

^  LAMÉ  (Gabriel),  géomètre  français,  est  né 
à  Tours  (  Indre-et-Loire),  le  22  juillet  1795.  Il  fit 
ses  études  à  Paris  au  lycée  Louis-ie-Grand.  II 
était  élève  de  l'École  Polytechnique  en  1816  lors- 
qu'elle fut  licenciée.  Dans  l'intervalle  qui  s'é- 
coula jusqu'au  rappel  des  anciens  élèves,  il  se  fit 
connaître  par  un  mémoire  de  Géométrie  analy- 
tique. Aàmisk  l'École  des  Mines  à  la  fin  de  1817, 
en  qualité  d'élève  ingénieur,  il  employa  les  loi- 
sirs que  lui  laissaient  ses  études  à  composer  un 
ouvrage  sur  la  géométrie,  qui  parut  l'année  sui- 
vante. A  sa  sortie  de  l'École  des  Mines  en  1820, 
il  fut  détaché  avec  M.  Clapeyron  pour  aller 
exercer  les  fonctions  d'ingénieur  à  Saint-Péters- 
bourg. Pendant  onze  ans  de  séjour  en  Russie, 
M.  Clapeyron  et  lui  remplirent  les  fonctions  de 
professeur  et  d'ingénieur  dans  le  corps  du  génie 
des  Voies  de  Communication  (1).  En  1830 
M.  Lamé  fut  chargé,  par  le  gouvernement  russe, 
de  faire  un  voyage  en  Angleterre  et  en  France, 
pour  y  recueillir  des  données  nouvelles  sur  l'art 
des  constructions.  C'est  lors  de  son  passage  à 
Paris  qu'il  présenta  à  l'Académie  des  Sciences, 
tant  en  son  nom  qu'en  celui  de  M.  Clapeyron,  une 
note  sur  les  lois  du  refroidissement  et  la  solidifi- 
cation d'un  globe  liquide.  H  était  en  Angleterre 
lorsque  la  révolution  de  Juillet  éclata.  De  retour 
à  Saint-Pétersbourg  près  de  son  ami  M.  Cla- 
peyron, il  se  vit'forcé  de  rentrer  en  France  par 


(1)  L'Ecole  des  Voies  de  Communication  est  destinée 
à  former  des  Ingéuieurs  civils  plutôt  que  militaires; 
les  élèves  y  restent  six  ans,  et  en  sortent  avec  le 
grade  de  lieutenant.  MM.  Clappyron  et  Lamé  étaient 
charges  d'y  enseigner  le  calcul  différentiel  et  intégral,  la 
mécanique  rationnelle,  la  physique,  la  mécanique  appli- 
quée, la  physique  appliquée  et  l'art  des  constructions. 
Leurs  cours  ont  été  lithographies ,  quelques-uns  im- 
primés. PMrmi  les  ouvrages  lithographies  pour  l'École 
des  Voies  de  Communication,  il  y  en  a  deux  qui  offrent 
des  méthodes  nouvelles  dans  leur  application,  le  cours 
de  mécanique  rationnelle  est  presque  totalement  fondé 
sur  le  principe  des  vitesses  virtuelles,  et  le  cours  de 
mécanique  appliquée  sur  le  principe  des  forces  vives. 


suite  des  difficultés  qu'on  leur  suscita.  Il  con- 
sacra une  grande  partie  de  l'année  1831  à  ré- 
diger un  rapport  détaillé  sur  son  voyage.  Trois 
mois  après  il  obtint,  par  le  suffrage  de  l'Aca- 
démie, la  place  de  professeur  de  physique  à  l'É- 
cole Polytechnique,  et  plus  tard  celle  d'examina- 
teur. Il  reprit  alors  ses  anciennes  lecherches  sur 
les  diverses  parties  de  la  physique  mathéma- 
tique. Le  6  mars  1 843  il  fut  élu  membre  de  l'A- 
cadémie des  Sciences  en  remplacement  de 
M.  Puissant.  Outre  les  ouvrages  déjà  cités,  on 
a  de  M.  Lamé  :  un  Traité  de  Physique  ,  dont 
la  première  édition  remonte  à  1836,  et  des 
Leçons  sur  la  Théorie  mathématique  de  l'é- 
lasticité des  corps  solides;  c'est  le  recueil  des 
leçons  professées  à  la  Faculté  des  Sciences. 
Selon  la  croyance  de  l'auteur,  la  physique  ex- 
périmentale n'aura  qu'un  règne  passager  et 
cédera  la  place  à  la  physique  rationnelle.  En 
même  temps  qu'il  regarde  comme  nécessaire 
l'enseignement  de  cette  science  d'attente  pour 
répondre  aux  besoins  incessants  des  arts  indus- 
triels, il  conseille  de  tenir  les  élèves  ingénieurs 
au  courant  des  progrès  lents  mais  sûrs  de  la 
véritable  physique  mathématique,  et  par  suite  il 
croit  urgent  de  leur  faire  connaître  les  ressour- 
ces de  l'analyse.  M.  Lamé  a  publié  récemment  : 
Leçonssur  les  fonctions  inverses  destranscen- 
dantes  et  les  surfaces  isothermes.  Si  les  fonc- 
tions inverses  de  la  transcendante  circulaire  sont 
définies  par  la  trigonométrie,  de  même  les  fonc- 
tions inverses  des  transcendantes  elliptiques  de 
première  espèce  sont  définies,  géométriquement, 
par  le  système  coordonné  que  forment  trois  fa- 
milles de  surfaces  isothermes  du  second  ordre, 
homofocales  et  orthogonales;  car  les  trois  va- 
riétés des  transcendantes  elliptiques  de  première 
espèce  expriment  respectivement  la  tempéra- 
ture sur  les  trois  familles  considérées  isolément, 
et  leurs  fonctions  inverses  sont  les  axes  mêmes 
de  ces  surfaces.  Telle  est  la  définition  adoptée 
par  l'auteur.  Prise  pour  point  de  départ,  elle 
éclaircit  la  théorie  des  nouvelles  transcendantes, 
et  même  celle  des  anciennes  ;  elle  conduit  aux 
problèmes  résolus  par  Euler,  Abel,  Jacobi,  et 
ramène  à.  l'unité  les  formules  multiples  de 
chaque  solution.  Ainsi  présentée,  cette  théorie 
partielle  forme  en  quelque  sorte  l'inti-oduction 
ou  le  premier  chapitre  du  Calcul  des  fondions 
inverses ,  c'est-à-dire  d'un  nouveau  calcul  in- 
tégral, seul  capable  d'accélérer  désormais  les 
progrès  des  mathématiques  appliquées.  Enfin 
on  a  de  lui  :  Examen  des  différentes  Méthodes 
employées  pour  résoudre  les  Problèmes  de 
Géométrie;  Paris,  1818;  —  Plan  d'Écoles  gé- 
nérales et  spéciales  pour  l'Agriculture,  l'in- 
dustrie, le  commerce, etc.  ;  1833;  —  Mémoires 
sur  la  Stabilité  des  Voûtes;  1822  ;  —  Sur  les 
Engrenages;  \im  ;  —  Sur  la  Construction  des 
Polygones  funiculaires  ;  —  Sur  les  Ponts 
Suspendus ,  etc.  Jacob. 

Rcnseignemenls  particuliers. 


179  LAMECH  —  LA 

LAMECH  ,  patriarche  hébreu,  cinquième  des-  . 
cendant  de  Gain,  en  ligne  directe,  était  fils  de 
Mathusael.  Il  eut  deux  femmes,  l'une  s'appelait 
Ada ,  l'autre  Sella.  «  Ada,  dit  la  Bible ,  enfanta 
Jabel,  qui  fut  père  de  ceux  qui  demeurent  dans 
des  tentes  et  des  pasteurs.  Son  frère  s'appelait 
Jubal,  et  il  fut  le  père  de  ceux  qui  jouent  des  ins- 
truments de  musique.  Sella  enfanta  aussi  Tiibal- 
cain,  qui  eut  l'art  de  travailler  avec  le  marteau,  et 
qui  fut  habile  en  toutes  sortes  d'ouvrages  d'airain 
et  de  ier.  Noëma  était  la  sœur  de  Tubalcain.  » 
On  lui  attribue  l'invention  de  l'art  de  tisser.  La 
Genèse  ajoute  :  «  Lamech  dit  à  ses  femmes  Ada  j 
et  Sella  :  Femmes  de  Larnech,  entendez  ma  voix,  1 
écoutez  ce  que  je  vais  dire  :  J'ai  tué  un  homme, 
l'ayant  blessé  ;  j'ai  assassiné  un  jeune  homme 
d'un  coup  que  je  lui  ai  donné.  On  vengera  sept 
fois  la  mort  de  Gain  et  celle  de  Lamech  septante  | 
fois  sept  fois.  »  Lamech  passe  ainsi  pour  le  pre-  j 
mier  polygame  et  le  second  meurtrier  ;  mais  on  i 
ignore  qui  il  tua.  J.  V. 

Genèse,  ch.  rv,  v.  18-24.  — Richard  et  Giraud,  Biblio- 
thèque Sacrée.  —  Josèphe,  Jntiq.  Jud.,  1    ii.  2. 

LAMECH,  patriarche  hébreu,  fils  de  Mathu- 
salem ,  descendait  de  Seth.  A  l'âge  de  cent 
quatre-vingt-deux  ans,  Lamech  engendra  Noé 
{voy.  ce  nom).  Tl  vécut  encore  cinq  cent 
quatre-vingt-quinze  ans,  et  engendra  d'autres 
fils  et  des  filles.  J.  V. 

Genèse,  v,  2S,  29-3t.  —  Richard  et  Giraud,  Biblioth. 
Sacrée.—  Josèphe,  Antiq.  Jud.,  1,  m,  4. 

LA  aiEiLLERAYE  (  Charles  de  La  Porte, 
marquis,  puis  duc  de  ),  maréchal  de  France  , 
né  en  1602,  mort  à  Paris,  à  l'Arsenal,  le  8  fé- 
vrier 1664.  Il  descendait,  selon  Ghoisy,  d'un 
apothicaire  de  Parthenay  en  Poitou,  à  qui  le  peuple 
avait  donné  le  nom  de  la  Porte  parce  que  sa 
boutique  était  sur  la  porte  de  la  ville.  Le  fils 
de  cet  apothicaire,  reçu  avocat,  vint  à  Paris 
fort  jeune,  et  par  son  esprit  et  sa  profonde  ca- 
pacité il  devint  un  des  plus  fameux  avocats  de 
son  temps.  Il  fit  gagner  une  cause  importante 
aux  chevaliers  deMalte,  qui,  par  reconnaissance, 
reçurent  son  fils  chevalier  sans  exiger  de  preuve 
de  noblesse.  Ce  fut  le  grand -prieur  de  La  Porte. 
Son  fils  aîné  se  nomma  de  La  Meilleraye,  et 
son  petit-fils  fut  le  maréchal.  D'après  Bayle  et 
Tallemant  des  Réaux,  le  maréchal  fit  ses  études 
à  l'Académie  de  Saumur,  avec  Amyraut,  d'où 
MM.  Haag  concluent  qu'il  était  né  protestant.  Un 
manuscrit  de  la  Bibliothèque  de  l'Arsenal  le  dit 
fils  deGharles  de  La  Porte,  avocat,  qui  embrassa 
la  réforme  et  se  retira  dans  le  Poitou  avec  sa 
femme.  D'autres  le  font  fils  du  célèbre  avocat 
français  de  La  Porte,  sieur  de  La  Lunardière,  et 
ami  de  Charles  Du  Moulin.  Quoi  qu'il  en  soit,  La 
Meilleraye  fut  de  bonne  heure  catholique.  Cousin 
germain  du  cardinal  de  Richelieu,  qui  était  le  fils 
d'unede  La  Porte, il  leva  en  1627  un  régiment  qui 
prit  son  nom  et  avec  lequel  il  servit  au  siège  de 
La  Rochelle.  11  se  distingua  au  Pas  de  Suze,  le 
6  mars  1629,  et  au  combat  du  pont  de  Carignan, 
le   6   août  1630.  A   la  journée  des  Dupes^  le 


MEILLERAYE 


180 


11  novembre  1630,  il  était  capitaine  des  gardes 
delareine  mère,  Marie  de  Médicis,  qui,  se  croyant 
débarrassée  du  cardinal,  congédia  La  Meilleraye. 
Pourvu  de  la  lieutenance  générale  de  Bretagne  et 
du  comté  Nantais,  en  1632,  La  Meilleraye  Obtint 
le  gouvernement  de  la  ville  et  du  château  de 
Nantes  en  survivance  du  cardinal  de  Richelieu. 
En  1634,  il  assista  au  siège  de  la  Mothe,  en  Lor- 
raine, et  fut  créé  grand-maître  de  l'artillerie,  va- 
cante par  la  mort  du  marquis  de  Rosny  et  la  dé- 
mission du  maréchal  de  Sully.  Nommé  maréchal 
de  camp,  le  17  avril  1635,  La  Meilleraye  devint 
mestre  de  camp  d'un  régiment  de  cavalerie  formé 
par  commission.  Employé  à  l'armée  commandée 
par  les  maréchaux  de  Brézé  et  de  Châtillon,  il 
réduisit  Orcimont,  dans  le  Luxembourg,  et  alla 
reconnaître  les  forces  du  prince  Thomas,  que  les 
Français  battirent  à  Avein.  La  Meilleraye  se 
trouva  à  la  prise  de  Tillemont,  de  Diest  et  d'Ars- 
chot  :  l'armée  française  était  alors  réunie  aux 
troupes  hollandaises  commandées  par  le  prince 
d'Orange.  Promu  lieutenant  général  des  armées  du 
roi  en  1636,  La  Meilleraye  servit  en  cette  qualité 
à  l'armée  de  Bourgogne,  sous  les  ordres  du  prince 
de  Condé,  prit  quelques  places  des  frontières, 
et  passa  à  la  fia  de  l'année  dans  l'armée  de 
Normandie,  commandée  par  le  duc  de  Longue- 
ville.  Il  conduisit  cette  armée  au  cardinal  de 
La  Valette  et  au  duc  de  Saxe-WeJmar.  Lieute- 
nant général  à  l'armée  de  Picardie  en  1637,  il 
prit  Bohain,  et  joignit  ensuite  le  cardinal  au  siège 
de  Landrecies.  Cette  ville  se  rendit  le  26  juillet, 
Maubeuge  le  5  aofit,  et  La  Capelle  le  28  sep- 
tembre. Commandant  l'armée  d'Artois  en  1639, 
La  Meilleraye  fit  capituler  Lillers,  investit  Hesdin 
le  19  mai,  et  reçut  un  coup  de  mousquetade  en 
reconnaissant  cette  place,  qui  se  rendit  le  30  juin. 
Le  roi  voulut  y  entrer  par  la  brèche,  et  y  fit  le 
marquis  de  La  Meilleraye  maréchal  de  France 
le  même  jour.  En  lui  présentant  une  caime , 
Louis  XIII  lui  dit  :  «  Je  vous  fais  maréchal  de 
France;  voilà  le  bâton  que  je  vous  en  donne. 
Les  services  que  vous  m'avez  rendus  m'obli- 
gent à  cela  ;  vous  continuerez  à  me  bien  ser- 
vir. »  La  Meilleraye  répondit  qu'il  n'était  pas 
digne  de  cet  honneur.  «  Trêve  de  compliments, 
reprit  le  roi;  je  n'ai  jamais  fait  un  maréchal  de 
meilleur  cœur  que  vous.  »  La  Meilleraye  marcha 
ensuite  vers  Saint-Oraer,  et.se  saisit  des  forts  d'Es- 
perlègue  et  de  Ruminguen.  Le  2  août  il  attaqua 
les  Espagnols  dans  leurs  retranchements  près 
delà  rivière  d'Aa,  leur  tua  dix-huit  cents  hommes 
et  fit  quatre  cents  prisonniers.  Il  battit  un  corps 
de  Croates  entre  Aire  et  Saint-Venant,  et  se 
rendit  maître,  au  mois  d'octobre,  du  fort  de  Ma- 
tricourt  et  du  Mont-Saint-Éloi.  Commandant  de 
l'armée  de  Champagne  en  1 640,  il  investit  Char- 
lemont,  au  commencement  de  mai  ;  les  pluies  le 
forcèrent  à  abandonner  ce  siège.  La  levée  des 
exluses  l'obligea  également  à  renoncer  au  siège 
de  Mariembourg.  Il  joignit  les  maréchaux  de 
Chaulnes  et  de  Châtillon  au  siège  d'Arras.  Cette 


181 


LA  IVIEILLERAYE  —  LA  MENNAIS 


182 


ville  capitula  le  8  aoilt,  et  La  Meilleraye  fut 
chargé  du  commandement  de  l'armée  de  Picar- 
die et  de  Flandre,  le  18  avril  1641.  Un  mois 
après,  il  investit  Aire,  qui  capitula  le  26  juillet. 
La  Bnssée  ne  résista  que  quelques  jours  ;  Ba- 
paume  se  rendit  aux  maréchaux  de  La  Meil- 
leraye et  de  Brézé,  le  18  septembre.  En  1642 
La  Meilleraye  passa  à  l'armée  du  Roussillon 
avec  le  maréchal  de  Schomberg,  sous  le  roi.  Il 
as.siégea  Collioure,  qui  se  rendit  le  10 avril;  Per- 
pignan capitula  le  29  août,  Sakes  le  29.  En  1643 
La  Meilleraye  commandait  en  Bourgogne  ;  l'année 
suivante  il  était  à  l'armée  de  Picardie  sous  Mon- 
sieur, et  concourut  au  siège  deGravelines,  qui  se 
rendit  le  28  juillet,  après  quarante-huit  jours  de 
défense  et  quatre  assauts.  En  1646  La  Meilleraye 
prit  Piombino  et  Portolongone.  En  1648  il  ob- 
tint pour  son  fils  la  survivance  de  la  charge  de 
grand  maître  de  l'artillerie.  En  juillet  de  la 
même  année  il  fut  nommé  surintendant  des  finan- 
ces. Il  conserva  cette  charge  jusqu'en  1649.  En 
1650  il  prit  le  commandement  de  l'armée  royale 
du  Poitou,  de  Saintonge  et  du  Limousin,  et  fit  le 
siège  de  Bordeaux,  qu'il  réduisit  après  quelques 
combats  vifs  et  opiniâtres.  En  1652  il  commandait 
en  Anjou.  En  1 654  le  cardinal  de  Retz  fut  remis 
à  sa  garde,  à  Nantes,  d'où  le  cardinal  s'échappa. 
Au  mois  de  décembre  1663,  le  roi  créa  La  Meil- 
leraye duc  et  pair,  par  lettres  d'érection  du  mar- 
quisat de  La  Meilleraye  en  duché-pairie.  «  Le 
maréchal  de  La  Meilleraye  avait  reçu  de  la  na- 
ture les  plus  brillantes  qualités,  dit  de  Courcelles. 
Comme  militaire,  il  concevait  rapidement  les 
meilleures  dispositions ,  et  les  exécutait  lui- 
même.  11  maintenait  parmi  les  troupes  la  plus 
sévère  discipline,  et  donnait  l'exemple  de  la  pa- 
tience et  de  la  sobriété.  On  le  considérait  comme 
le  meilleur  officier  général  de  son  temps,  surtout 
pour  faire  les  sièges.  » 

Le  maréchal  de  La  Meilleraye  fut  marié  deux 
fois.  De  sa  première  femme,  Marie  Ruzé  d'Effiat, 
naquit  le  duc  de  Mazarin  et  deLa  Meilleraye,  mari 
d'Hortense  Mancini.  La  seconde  femme  du  maré- 
chal, qui  était  de  la  maison  de  Cossé,  et  qu'il 
épousa  en  1637,  avait  quarante-trois  ans  quand 
elle  le  perdit.  Elle  avait  installé  sa  chambre  à  cou- 
cher à  l'Arsenal,  dans  le  cabinet  de  Sully,  où  cou- 
chait Henri rv  quand  il  venait  chez  son  ministre. 
Cette  chambre  fait  aujourd'hui  partie  de  la  Bi- 
bliothèque de  l'Arsenal.  Le  marquis  de  Paulmy  y 
fit  installer  des  armoires  pour  ses  cartes  et  es- 
tampes par-devant  les  peintures  dont  la  duchesse 
de  La  Meilleraye  avait  fait  couvrir  les  murs  en 
l'honneur  de  son  mari.  Le  duc  de  La  Meilleraye 
était  mal  fait  et  jaloux  ;  mais  la  duchesse  lui  était 
fidèlement  attachée.  Craignant  les  assiduités  du 
cardinal  de  Richelieu,  M""  de  La  Meilleraye  partit 
à  propos  pour  son  gouvernement  de  Bretagne,  et 
ne  revint  à  Paris  que  lorsqu'elle  sut  son  terrible 
cousin  engagé  ailleurs.  L.  L — t. 

Clioisy,  Mémoires.  —  Pinard,  Chronologie  militaire, 
X.  II,  p.   Bll.  -  Père  Grlffet,  Histoire   de  Louis  XIII. 


—  Anselme,  Histoire  chronologique  et  qénèal.  de  la 
Maison  de  France,  des  Pairs,  Grands-Officiers  de  la 
couronne,  etc.  —  Aiinnetil,  Histoire  de  France.  -  De 
Qnincv,  Histoire  militaire  de  Louis  le  Crand.  —  Kar- 
rey,  IHst.  de  France  sous  le  règne  de  Louis  le  Grand.  — 
ntnnt^U,  Abreçie  cfironolngique  de  l'histoire  de  France. 

—  Biesson,  Ifist  financière  delà  France.  —  De  Cour- 
celles, Dict.  hist.  des  Cénernux  français.  —  .Sismnnrti , 
Hist.des  Français,  tomes  XXIU  elXXlV.  — Ed.  Thierry, 
Moniteur,  28  Juillet  1867. 

LA  MiiLLERAYE  {Amaucl- Charles  de). 
Voy.  Mazarin. 

LAMELiN  {EncjeWert),  médecin  français, 
né  vers  1580  ,  à  Cambrai.  Il  exerça  la  même 
profession  que  son  père,  acquit  en  Flandre  la 
réputation  d'un  bon  praticien,  et  écrivit  quelques 
ouvrages  que  l'on  peut  encore  consulter  avec 
fruit.  Nous  citerons  de  lui  :  De  V\l(t  longa  Li- 
bri  II  :  quibus  adjecfa  siint  commoda  et  in- 
commoda sobricC  et  moderatœvita';  Lille,  162S, 
in-12  ;  —  Tractatus  de  Peste  ejusqnc  prœser- 
vaiione;  ibid.,  1628,  in-12  :  traduction  d'un 
opuscule  de  son  père  composé  en  français,  et  qui 
se  rencontre  d'ordinaire  à  la  suite  du  précé- 
dent ;  —  L'Avant- Goût  du  Vin,  déclaration  de 
sa  nature,  faculté  médicinale  et  alimentaire; 
Douai,  1630,  pet.  in-8°,  très-recherché  par  les 
bibliophiles.  K. 

Foppens,  Biblioth.  Belgica.  —  Jôcher  et  Rotermund, 
Gelehrten-Lexikon. 

LA  .MENKAis  (  Hugues-Félicité^o^^v.T  de), 
célèbre  écrivain  français,  né  le  19  juin  1782,  à 
Saint-Malo  (1),  mort  le  27  février  1854,  à  Paris. 
Il  était  le  troisième  et  dernier  enfant  de  Pierre- 
Louis  Robert  de  La  Mennais ,  armateur,  et  de 
Gatienne  Lorin,  fille  aînée  de  Pierre  Lorin,  con- 
seiller du  roi,  sénéchal  et  premier  juge  de  la  ju- 
ridiction de  Saint-Malo.  Son  père,  un  des  plus 
riches  négociants  de  cette  ville,  et  qui,  à  l'exemple 
de  ses  aïeux,  s'était  voué  au  commerce,  reçut 
des  lettres  d'anoblissement  du  roi  Louis  XVI 
en  considération  des  nombreuses  marques  de 
patriotisme  et  de  dévouement  civique  qu'il  avait 
données  en  des  circonstances  difficiles  (2).  S'il 
faut  en  croire  l'éditeur  de  ses  Œuvres  post- 
humes, les  membres  de  cette  famille  «  étaient, 
paraît-il,  des  caractères  entiers,  énergiques,  une 
race  d'hommes  résolus,  tenaces,  et  qu'on  a  vus 
quelquefois  poussés  par  leur  nature  indomp- 
table à  d'étranges  extrémités  »   (3).  Indication 

(1)  Dans  cette  même  rue  des  Juifs  où,  quatorze  ans 
plus  tût,  naquit  Chateaubriand. 

(8!  On  a  reproché  à  La  Mennais  d'avoir  pris  un  nom 
qui  ne  lui  appartenait  pas  et  de  s'être  prévalu  d'un 
ridicule  anoblissement.  La  teneur  des  lettres  con- 
férées par  Louis  XVI,  en  date  du  mois  de  mai  1788,  porte 
le  plus  honorable  témoignage  de  la  conduite  publique 
de  son  père.  —  Ce  nom  de  La  Mennais  est  tiré  d'une 
petite  terre  située  sur  la  commune  de  Trigavoux  (Cô- 
tes-du-Nord  ),  et  devenue  aujourd'hui  la  propriété  de 
M.  Ange  Blaize,  neveu  par  sa  mère  de  l'illustre  écrivain. 
Au  reste  le  grand  écrivain  avait  depuis  1834  renoncé  à  la 
particule,  et  signait  toujours  :  F.  Lamennais,  contrairc- 
tpent  à  la  véritable  orthogr.iplie  du  nom,  que  nous  avons 
dii  restituer,  p'oy.  Blaize,  Essai  biogr.  sur  L.,  1858,  in-S". 
p. 16-29. 

(3'  Em.  Forgues.iVofe.'îet  Souvenirs,  en  tète  de  la  Cov- 
rcspondance,  1. 1. 


183  LA  MENNAIS 

qui,  une  fois  vérifiée,  serait  loin  d'être  indif- 
férente pour  quiconque  croit  à  la  transmission 
des  instincts  et  des  facultés.  De  bonne  heure 
l'enfant  fut  abandonné  à  lui-même  :  il  perdit, 
presque  en  bas  âge,  sa  mère,  femme  d'un 
mérite  plus  qu'ordinaire,  et  se  montra  rebelle 
aux  volontés  de  son  père,  qui  avait  cru  se  re- 
poser un  jour  sur  lui  du  soin  de  ses  affaires 
commerciales  ;  ce  dernier,  demeuré  seul  à 
soutenir  les  débris  d'une  fortune  considérable 
qu'avaient  détruite  l'emprunt  forcé  et  des  dé- 
sastres maritimes,  se  retira  à  Rennes,  et  y  vécut 
d'une  petite  pension.  L'éducation  du  jeune  La 
Mennais,  à  peine  ébauchée  par  un  maître  de  vil- 
lage, se  trouva  confiée  aux  soins  d'un  vieil  oncle, 
Robert  des  Saudrais,  homme  d'esprit,  qui  avait 
traduit  Horace  et  un  livre  de  Job,  mais  adver- 
saire déclaré  des  philosophes,  contre  lesquels  il 
avait  écrit  une  espèce  de  satire  intitulée  :  Le  Bon 
Curé,  annotée  depuis  par  son  élève,  et  qui  n'a 
pas  vu  le  jour.  Il  fuyait  le  monde,  parlait  peu 
et  se  plaisait  dans  la  solitude,  manifestant  déjà 
un  amour  de  l'indépendance ,  ime  sorte  de  dé- 
fiance d'autrui  et  une  volonté  inébranlable 
jointe  à  une  tendresse  expansive  qui  devaient 
former  les  principaux  traits  de  son  caractère. 
Impatient  des  règles  et  altéré  de  savoir,  il  tra- 
vailla sans  relâche  et  se  forma  seul.  Il  passait 
des  journées  entières  dans  la  bibliothèque  de  son 
oncle,  comprenait  à  dix  ans  Tite-Live,  et  se  pas- 
sionnait pour  Rousseau,  bataillait  à  douze  avec 
le  curé  du  pays  sur  les  vérités  de  la  religion,  et 
paraissait  si  incrédule  que  sa  première  commu- 
nion dut  en  être  retardée  (1).  Vers  l'âge  de 
quinze  ans ,  il  sentit  le  besoin  de  mettre  de 
l'ordre  dans  ses  études,  et  se  retira  avec  son 
frère  Jean  dans  cette  retraite  où  il  passa  une 
grande  partie  de  sa  vie,  à  La  Chênaie,  maison 
bâtie  par  son  aïeul  sur  la  lisière  de  la  forêt  de 
Coëtqnen,  à  deux  lieues  de  Dinan.  Là,  afin  de  dis- 
siper les  doutes  que  ce  chaos  de  leictures  avait 
éveillés  en  lui ,  il  recommença  obstinément , 
mais  avec  la  même  ardeur,  l'éducation  de  son 
âme  et  de  son  intelligence.  Le  grec,  l'hébreu,  le 
latin ,  plusieurs  langues  modernes ,  devinrent 
en  quelque  sorte  les  instruments  de  sa  vo- 
lonté (2). 


184 


(1)  On  a  peu  de  détails  sur  toute  sa  jeunesse,  que  «  un 
voile  épais  de  pudeur  et  de  silence  recouvrait  aux  yeux 
mêmes  de  ses  plus  proclies  ».  En  1796  ou  1797,  il  envoya 
au  concours  d'une  académie  de  province  un  discours 
dans  lequel  11  combattait  la  philosophie  moderne  avec 
beaucoup  de  chaleur.  Vers  la  môme  époque,  U  accom- 
pagna son  père  à  Paris;  le  souvenir  de  la  liberté  po- 
litique dont  on  y  Jouissait  laissa  sur  son  esprit  une  forte 
Impression,  n  Jamais  on  n'en  vit  de  pareille,  disait-il 
plus  tard;  moi-même,  à  quatorze  ans,  je  glissai  quel- 
ques articles  dans  je  ne  sais  quelle  feuille  obscure.  » 
Il  accaparait  les  livres  et  les  emportait  dans  sa  chambre, 
où  personne  n'avait  le  droit  de  venir  troubler  ses  médi- 
tations. A  Saint  Malo,  chei  sa  soeur,  il  lisait  beaucoup  de 
romans  et  aimait  à  faire  de  la  dentelle  ;  puis  on  le  vit 
donner  à  l'e-icrlme  des  journées  entières,  monter  achevai 
et  nager  Jusqu'à  l'épuisement. 

(î;  On  a  retrouvé  dans  ses  papiers  les  vestiges  de  ces 


Cette  fiévreuse  poursuite  des  fruits  de  la 
science  ne  lui  faisait  point  négliger  la  lecture  des 
Pères  de  l'Église,  des  docteurs,  des  historiens  et 
des  controversistes.  Il  vivait,  pour  ainsi  dire, 
dans  un  état  de  conviction  rationnelle  sans  pra- 
tique; la  foi  religieuse  ne  s'éveilla  en  lui  qu'assez 
tard,  et  ce  ne  fut  qu'à  vingt-deux  ans  qu'il  fit  sa 
première  communion.  Dès  lors,  et  malgré  des 
hésitations  souvent  renaissantes  qu'il  serait  plus 
prudent  d'attribuer  à  une  espèce  de  mélancolie 
habituelle  qu'à  une  passion  profondément  sentie, 
la  vocation  de  La  Mennais  parut  décidée.  Il  prit 
la  tonsure  en  1811  ,  entra  en  même  temps  au 
petit  séminaire  de  Saint-Malo,  que  son  frère  Jean 
avait  fondé,  et  y  donna  des  leçons  de  mathéma- 
tiques. Toutefois  il  attendit  encore  quelques  an- 
nées avant  de  consommer  le  sacrifice  de  sa  li- 
berté; lorsqu'il  s'y  résolut  (1816),  il  parut 
céder  à  l'exemple  de  son  frère,  aux  conseils  de 
ses  amis  spirituels,  peut-être  même  à  l'exalta- 
tion qui  était  le  fond  de  son  caractère,  bien 
moins  qu'à  un  dessein  mûrement  réfléchi.  «  Ce 
n'est  sûrement  pas  mon  goût  que  j'ai  écouté  en 
me  décidant  à  reprendre  l'état  ecclésiastique  », 
écrivait-il  le  14  décembre  1815  à  sa  sœur. 

Jusqu'à  ce  retour  complet  à  la  religion,  La 
Mennais  avait  essayé  ses  forces  par  la  publica- 
tion de  quelques  ouvrages  aussi  remarquables 
par  la  chaleur  du  style  que  par  la  rigueur  ex- 
cessive du  raisonnement.  Après  avoir  terminé 
une  traduction  pleine  de  douceur  et  de  grâce  du 
Guide  spirituel ,  petit  livre  ascétique  du  bien- 
heureux Louis  de  Blois,  laquelle  ne  parut  qu'en 
1809,  il  jeta,  dans  les  Réflexions  sur  l'État  de 
l'Église,  son  jiremier  cri  de  guerre  contre  l'in- 
différence religieuse.  «  A  la  persécution  du  glaive 
et  du  raisonnement,  disait-il,  a  succédé  une  nou- 
velleespècede  persécution,  plus  dangereuse  peut- 
être,  la  persécution  de  l'indifférence;  triste  et  fu- 
neste effet  des  doctrines  matérialistes  qui  ont 
fini  par  étouffer  entièrement  le  sens  moral.  «  Il  ne 
voyait  de  remède  à  ce  lléau  que  dans  l'initiative 
puissante  du  clergé,  organisant  librement  des 
synodes ,  des  conférences  et  des  communautés. 
Cet  appel  au  droit  d'association,  bien  qu'il  n'eût 
alors  aucune  chance  d'être  écouté,  devint  un  acte 
répréhensible  aux  yeux  d'un  gouvernement  qui 
proscrivait  les  idéologues  ;  l'ouvrage  fut  saisi 
par  la  police  impériale  et  immédiatement  dé- 
truit. Trois  ans  plus  tard  La  Mennais  travaillait, 
avec  son  frère  aîné,  à  la  Tradition  sur  l'Insti- 
tution des  Évêqîies,  publiée  dans  les  premiers 


études  acharnées,  entre  autres  une  version  de  VOEdipe 
roi,  dont  les  marges  sont  couvertes  de  notes  philologi- 
ques, un  extrait  du  livre  de  Viger  sur  les  principaux 
idiotismes  de  la  langue  grecque,  des  Régies  sur  leschan- 
gements  de  points  duns  les  noms  masmlins  de  l'hé- 
breu, un  Traité  ries  Accents  d'après  Buxtorf,  un  projet 
de  grammaire  arabe  en  date  du  12  août  1812,  etc. 
11  eniretenail,  pour  se  guider  dans  ses  recherches,  une 
assez  active  correspondance  avec  le  professeur  G^il,  qui, 
en  le  traitant  de  respectable  ami,  le  proclamait  digne  de 
cultiver  les  Muses  grecques. 


185 


LA  MENNAIS 


186 


jours  de  la  Restauration.  C'était  un  recueil  de 
recherches  longues  et  érudites  sur  une  question 
importante,  et  que  plusieurs  controversistes , 
MM.  de  Pradt,  Grégoire  et  Tabaraud  entre  au- 
tres, avaient  tranchée  en  ce  sens  que  l'élection 
des  évêques  n'avait  nul  besoin  d'être  validée 
par  le  saint-siége. 

Au  commencement  de  1814,  La  Mennais  vint 
à  Paris,  vécut  pauvre  et  ignoré  dans  une  petite 
chambre  de  la  rue  Saint-Jacques,  et  applaudit, 
avec  la  joie  d'une  àme  délivrée,  à  l'écroulement 
du  despotisme  impérial.  Sous  l'égide  de  la  mo- 
narchie restaurée,  il  fulmina  contre  l'université 
un  factuni  violent,  où  il  se  laissait  aller  jus- 
qu'à dire  en  thèse  générale  que  «  étudier  le  génie 
de  Bonaparte  dans  les  institutions  qu'il  forma, 
c'était  sonder  les  noires  profondeurs  du  crime  et 
chercher  la  mesure  de  l'humaine  perversité  ». 
Après  de  telles  paroles,  il  pensa  qu'au  retour  de 
Napoléon  il  serait  prudent  de  quitter  la  France  ; 
menacé  ou  croyant  l'être,  il  se  déroba  aux  recher- 
ches, annonça  son  départ  pour  les  colonies  «  afin 
d'essayer  d'y  faire  quelques  affaires  »  (il  n'avait 
alors  qu'un  faible  revenu  de  4  à  500  francs),  et 
se  réfugia  en  réalité  à  Guernesey,  oîi  il  demeura 
plusieurs  mois,  sous  le  nom  supposé  de  Patrick 
Robertson.  De  là  il  passa  en  Angleterre.  Re- 
commandé à  l'abbé  Carron,  prêtre  français  qui 
s'occupait  à  Londres  de  l'éducation  des  enfants  des 
émigrés,  il  fut  accueilli  par  lui  avec  bonté;  et 
comme  il  se  trouvait  dans  un  entier  dénûment, 
il  accepta  dans  son  pensionnat  les  modestes 
fonctions  de  maître  d'études  (1).  En  novembre 
1815  il  l'accompagna  à  Paris,  et  se  fixa  près  de 
lui  à  la  maison  des  Feuillantines ,  où  ,  à  part 
d'assez  courtes  absences ,  il  devait  passer  les 
plus  tranquilles  années  de  sa  vie  (2).  Sept  mois 
de  séjour  au  sein  d'un  pays  protestant  avaient 
affermi  sa  conviction  religieuse,  entretenue  par 
l'abbé  Carron,  qu'il  nommait  son  père  spirituel, 
et  il  ne  tarda  pas  à  recevoir  l'ordination  sacer- 
dotale des  mains  de  l'évêque  de  Rennes;  ii était 
alors  âgé  de  trente  quatre  ans. 

A  peu  de  temps  de  là  l'humble  prêtre  devait 
en  un  seul  jour  «  se  trouver  investi  de  la  puis- 


Ci)  Tous  les  biographes  de  La  Mennais  ont  rapporté  à 
son  st'jour  à  Londres  une  anecdote,  d'après  laquelle  il 
serait  allé  «  tremblant  ,  le  chapeau  à  la  main,  avec  un 
habit  usé,  »  se  proposer  comme  précepteur  chez  lady 
Jerninghain,  belle-sœur  de  lord  Slafford,  qui  (aurait  ren- 
voyé ignominieusement  sous  prétexte  qu'il  avait  Vair 
trop  bHe.  Quoi  qu'il  en  soit,  «  celle  première  impres- 
sion, dit  M.  Forgucs,  ne  tarda  point  à  s'effacer,  et  fit 
place  chez  la  grande  dame  à  une  amitié  dont  les  corres- 
pondances de  La  Mennais  portent  témoignage  », 

(2)  Sur  les  sollicitations  de  l'abbé  Carron  et  de  son 
frère,  il  était  entré,  en  décembre  1818,  au  séminaire  de 
.Saint-Sulpioe.  k  Là,  il  fut  jugé  par  ses  compitrlofesà  peu 
près  comme  il  l'avait  été  par  la  granile  dame  anglaise. 
Ces  messieurs  lui  firent  une  réputation  d'Imbécillité;  car 
il  avait  eu  le  tort  de  ne  se  pouvoir  plier  au  régime  de 
leur  maison,  et  au  bout  de  quinze  ]ours|  il  revint  aux 
Feuillantines  ,  disant  que  le  plus  beau  jour  de  sa  vie 
était  celui  où  il  s'était  senti  libre  sur  le  pave  de  la  rue 
du  Pot-de-Fer.  »  (E.  Robinet,  Études  sur  l'abbé  de  L., 
p.  17.  ) 


sance  de  Bossuet  (1)  ».  Le  premier  volume  de 
Y  Essai  sur  V  Indifférence  foi  préparé  dans  l'exil 
et  terminé  aux  Feuillantines  (2)  ;  lorsqu'il  parut 
(1817  ),  il  «  fit  l'effet  au  monde  d'une  brusque 
explosion,  >>  et  quarante  années  d'oubli  n'ont 
pas  encore  éteint  dans  les  âmes  le  retentisse- 
ment de  ce  coup  de  tonnerre.  C'est  que,  repre- 
nant avec  plus  d'éloquence  et  d'autorité  l'œuvre 
de  la  restauration  catholique  commencée  par 
MM.  de  Maistre,  de  Bonald  et  de  Chateaubriand, 
La  Mennais  avait  touché  sans  ménagement  à  la 
plaie  vive  de  la  société. 

«  Le  siècie  le  plus  malade,  dit-il,  n'est  pas  celui  qui 
se  passionne  pour  l'erreur,  mais  celui  qui  néglige, 
qui  dédaigna  la  vérité....  Religion,  morale,  hon- 
neur, devoir,  les  principes  les  plus  sacrés,  comme 
les  plus  nobles  sentiments,  ne  sont  qu'une  espèce 
de  rêves,  de  brillants  et  légers  fantômes  qui  se 
jouent  un  moment  dans  le  lointain  de  la  pensée , 
pour  disparaître  bientôt  sans  retour.  Non,  jamais 
rien  de  semblable  ne  s'était  vu,  n'aurait  pu  même 
s'imaginer.  Il  a  fallu  de  longs  et  persévérants  ef- 
forts, une  lutte  infatigable  de  l'homme  contre  sa 
conscience  et  sa  raison,  pour  parvenir  enfin  à  cette 
brutale  insouciance.  Contemplant  avec  un  égal 
dégoiît  la  vérité  et  l'erreur,  il  affecte  de  croire 
qu'on  ne  les  saurait  discerner  afin  de  les  coufondre 
dans  un  commun  mépris  ;  dernier  degré  de  dépra- 
vation intellectuelle  où  il  lui  serait  donné  d'ar- 
river (5).  >> 

Se  plaçant,  aussi  haut  que  possible,  au  point 
de  vue  unique  de  l'autorité  et  de  la  foi,  il  s'at- 
tache d'abord  à  prouver  la  folie  et  le  crime  de 
la  théorie  de  l'indifférence  religieuse,  oppose  au 
protestantisme  et  à  la  philosophie  une  démons- 
tration puissante  du  christianisme  ;  et ,  poussant 
la  discussion  à  ses  derniers  termes,  dénonce, 
comme  sources  traditionnelles  du  ma! ,  le  mé- 
pris de  l'autorité  et  la  suprématie  de  la  raison 
individuelle.  Cette  polémique,  si  brillamment 
engagée ,  l'appelait  en  quelque  sorte  aux  hon- 
neurs de  la  vie  publique.  Il  s'y  produisit  avec 
tout  l'éclat  du  génie,  et  ne  recueillit  d'abord  au- 
tour de  lui  que  l'admiration  et  l'enthousiasme. 
Son  humeur   militante  le  poussa  dans  l'arène 

(1)  H.  La.cordaire.  Considérations  sur  le  Système  phi- 
losopliiqve  de  M.  de  L. 

(2)  Nous  trouvons  dans  les  iVofes  et  Souvenirswne  rapide 
esquisse  de  celte  retraite.  «  Là  vivaient  dans  une  sorte 
de  communauté  quelques  femmes  nobles  ,  ferventes  ca- 
tholiques, royalistes  quand  même  ,  ayant  aidé  la  bonne 
cause  dans  les  temps  les  plus  difficiles  :  M""  de  Luci- 
nière,  de  Tremereuc  et  de  ViUiers,  qui  étaient  devenues 
et  restèrent  par  la  suite  les  amies  de  La  Mennais.  Ce  fut 
pour  lui  une  famille  d'élection.  Les  prêtres  y  venaient 
en  foule,  attirés  par  Testime  qu'on  y  faisait  d'eux  et  par 
le  crédit  notoire  dont  jouissait  l'abbé  Carron  auprès  des 
princes  et  de  la  grande-aumônerie....  Qu'on  n'aille  pas 
SI-  figurer  que  La  Mennais  fut  séduit  par  une  sotte  ido- 
lâtrie dont  H  aurait  été  l'ol)jet.  Ses  nouveaux  amis 
étaient  la  plupart  gens  de  trop  de  cœur  et  de  trop  de 
sens  pour  ne  pas  le  contr -dire  et  même  le  reprendre 
quand  il  semblait  s'égarer.  Et  La  Mennais  lui-même,  à 
l'heure  des  premiers  triomphes,  écoutait  avec  une  grande 
docilité  les  conseils  qu'il  savait  Inspirés  par  une  amitié 
sincère.  »  (P. 23-24). 

(3)  Essai  sur  l'Indifférence,  I,  Inlrod. 


187 


LA  MENJNAIS 


188 


politique.  Il  entra  au  Conservateur,  journal 
fondé  par  MM.  de  Chateaubriand,  de  Yillèle,  de 
Bonald,  de  Frayssinous,  de  Casteibajac,  etc.,  et 
dont  toutes  les  forces  étaient  dirigées  contre  le 
ministère  Decazes.  Cependant ,  quoique  lié  avec 
les  principaux  défenseurs  de  la  monarchie,  il 
n'était  pas,  même  alors  ,  ce  qu'on  appelle  un 
royaliste  ;  moins  dévoué  à  la  cause  du  roi  qu'à 
celle  de  la  religion,  il  cherchait  dans  l'une  des 
garanties  de  stabilité  pour  l'autre,  et  s'inquiétait 
bien  plus ,  dans  ses  articles ,  de  combattre  le 
déisme  que  de  défendre  le  trône  et  les  principes 
légitimes.  Aussi  eut-il  rarement  quelques  pa- 
roles flatteuses  pour  les  divers  gouvernements 
qui  se  succédèrent  sous  la  Restauration  (1)  ;  soit 
mécontentement,  soit  prévision  de  l'avenir,  il 
les  combattit  tous.  Ainsi,  après  avoir  contribué 
à  la  chute  de  M.  Decazes  (1820),  il  passa,  avec 
une  partie  de  ses  collègues  qu'on  appela  «  les 
incorruptibles,  «  au  Drapeau  blanc,  qui  fit  au 
ministère  Villèle  une  guerre  impitoyable,  conti- 
nuée par  lui  dans  Le  Mémorial  catholique.  Au 
dire  des  contemporains,  nul  n'apportait  dans  ces 
luttes  quotidiennes  une  logique  plus  pénétrante  et 
une  forme  plus  acérée. 

Cependant  La  Mennais  avait  donné  la  solution 
du  grand  problème  de  la  foi.  si  hardiment  posé 
dans  le  premier  volume  de  l'Essai,  et  cette  solu- 
tion, peu  comprise  dès  l'origine,  avait  violem- 
ment partagé  les  esprits.  Le  monde  religieux  se 
troubla  fit  la  Sorbonne  fut  scandalisée  :  prélats  et 
philosophes  s'unirent  dans  un  concert  de  répro- 
bation unanime  ;  il  y  eut  contre  le  novateur  un 
déchaînement  d'arguments  scolastiques  qui  rap- 
pelait la  grande  querelle  des  réalistes  et  des  no- 
minalistes.  Dans  ce  second  volume  (1820),  il  re- 
poussait le  système  de  Descartes,  qui  s'appuie 
sur  l'évidence  et  la  raison  privée,  remontait  le 
flot  des  âges,  suivait  pas  à  pas  la  transmission 
de  la  vérité  à  travers  les  siècles  et  fondait  la  cer- 
titude sur  l'autorité  du  genre  humain  ;  cela  fait,  il 
analysait  la  tradition  humaine,  la  rapprochait  du 
dogme  catholique,  établissait  leur  parfaite  con- 
cordance, et  arrivait  à  prouver  que  la  vérité  ca- 
tholique se  déduit  non-seulement  de  la  révéla- 
tion, mais  encore  de  l'autorité  traditionnelle 
du  genre  humain  (2).  Dans  les  deux  derniers 
volumes,  publiés  en  1824,  il  réunit  les  tradi- 
tions éparses  de  chaque  peuple,  et  en  forma  un 
redoutable  faisceau,  qui  servit  à  démontrer  que 
le  christianisme  seul  possédait,  à  un  degré  émi- 
ncnt,  le  double  caractère  de  perpétuité  et  d'uni- 
versalité. Malgré  d'amères  diatribes  et  de  nom- 
breuses lacunes,  malgré  les  fautes  d'une  érudi- 
tion incomplète,  quoique  bien  vaste,  et  parfois 
dépourvue  de  critique ,  cet  ouvrage,  écrit  dans 

(1)  Fiévée  r&ndail hommage  à  l'intégrité  du  caractère  de 
La  Mennais  lorsgu'en  passant  en  revue  les  principaux  ré- 
dacteurs du  Conservateur,  il  disait  :  «  MM.  de  Chateau- 
briand et  de  Vllléle  veulent  et  auront  le  pouvoir  ;  MM.  de 
Bonald  et  de  La  Mennais,  la  satisfaction  de  leur  cons-  . 
cience.  » 
•    (î)  Galerie  des  Contemp.  illustres,  t.  1. 


un  style  sérieux,  convaincu,  pressant,  est  resté 
son  plus  beau  titre  de  gloire.  Frayant  une  voie 
nouvelle  aux  penseurs,  la  théorie  du  sens  com- 
mun ébauchait  l'alliance  tant  souhaitée  de  la 
raison  et  de  la  foi  ;  peut-être,  comme  on  l'a  dit, 
contient-elle  le  programme  de  la  future  science 
chrétienne.  Attaqué  avec  une  violence  inouïe 
par  les  deux  adversaires  qu'il  avait  cru  mettre 
d'accord,  applaudi  par  la  partie  vivace  de  l'É- 
glise, qui  se  voyait  à  la  veille  d'une  renaissance, 
La  Mennais,  comme  dans  un  mouvement  d'im- 
patience, rédigea  &a  trois  semaines  la  Défense 
de  l'Essai,  consacrée  à  de  nouveaux  dévelop- 
pements de  son  système.  M.  de  Maistre,  qui 
professait  pour  lui  une  estime  particulière ,  lui 
avait  donné  le  conseil  de  «  laisser  coasser  toutes 
ces  grenouilles  )>  (1). 

Sentant  la  nécessité  de  raffermir  la  situation  si 
contestée  que  le  haut  clergé  lui  avait  faite  au- 
près de  l'autorité  pontificale,  il  se  rendit  en  juin 
1824  à  Rome,  et  trouva  dans  le  sacré  collège 
beaucoup  d'ennemis  et  dans  le  pape  un  admira- 
teur (2).  Léon  Xn  le  nommait  le  «  dernier  Père  de 
l'Église,  »  etlui offrit  lechapeaudecardinal;  mais 
La  Mennais  refusa  cette  faveur,  et  employa  son 
crédit  à  faire  nommer  à  la  nonciature  de  France 
le  cardinal  Larabruschini,  qui  devint  par  la  suite 
un  de  ses  ennemis  les  plus  acharnés.  De  retour 
pendant  l'hiver  de  1825,  après  avoir  publié  la 
traduction  si  fraîche  et  si  poétique  de  limita- 
tion ,  il  prit  texte  d'une  ordonnance  de  M.  Laine, 
alors  ministre  de  l'intérieur,  qui  prescrivait  dans 
tous  les  séminaires  l'enseignement  des  quatre 
articles  de  la  déclaration  de  lti82,  pour  faire  pa- 
raître le  livre  De  la  Religion,  eonsidérée  dans 
ses  rapports  avec  Vordre  civil  et  politique 
(1825).  Poussant  jusque  dans  ses  extrêmes  con- 
séquences l'opposition  timide  jadis  tentée  par 
Fénelon ,  comme  l'a  fait  observer  Ballanche ,  il 
rompait  brusquement  avec  les  légitimistes  et  les 
libéraux ,  et  demandait  à  Rome,  siège  de  la  su- 
prématie spirituelle ,  l'unique  solution  du  pro- 
blème social.  Cette  position  fausse,  où  le  plaçait 
une  piété  égarée  autant  que  l'emportement  d'une 
logique  trop  rigoureuse,  eut  pour  premier  effet 
d'attirer  sur  lui  une  condamnation  pour  dé.so- 
béissance  aux  lois,  prononcée  le  22  avril  1826 
par  le  tribunal  correctionnel,  malgré  l'éloquente 
plaidoirie  de  M.  Berryer  (3).  Dès  lors  commença 

(l)Un  écrivain  uUramontain  portait  sur  lui  à  cette 
époque  le  jogement  suivant  ;  «  C'est  ,  d'une  part,  le  dé- 
sordre d'une  imagination  ardente  et  d'un  cœur  flatté  et 
superbe  ;  et  d'autre  part  l'ironie,  le  sarcasme,  non  envers 
les  choses ,  mais  envers  les  personnes  sociales.  Sou  ta- 
lent est  de  hasard  plutôt  que  de  système.  C'est  une 
sorte  de  Diderot  catholique  ;  s'il  continuait,  nous  trem- 
blerions qu'il  ne  devînt  l'autre.»  (MadroUe,  Défense  de 
l'Ordre  social';  1825.)     - 

(2)  Le  portrait  lithographie  de  l'auteur  de  VEssai  et 
un  tableau  de  la  Vierge  ornaient  seuls  l'appartement  de 
Léon  XII  ;  son  successeur,  Pie  VIII,  conserva  religieuse- 
ment cette  disposition.  —  U  parut,  au  salon  de  1828,  un 
beau  portrait  à  rhulle  de  La  Mennais,  peint  par  Paulin 
Guérin,  et  qui  attira  vivement  l'attention. 

(3)  Ce  fut  alors  qu'à   la  fin  d'une  courte  allocution,  il 


189 

contre  La  Mennais  la  persécution  de  l'épiscopat,  la- 
quelle setraduisitd'abord  par  de  sourdes  attaques 
déns  les  mandements  et  les  lettres  pastorales. 
Profondément  dégoûté  du  gouvernement  cons- 
titutionnel, qu'il  appelait  une  grande  parade , 
il  s'obstina  à  chercher  en  dehors  de  lui ,  et  dans 
le  dogme  catholique  mieux  approprie  aux  be- 
soins du  siècle ,  la  pensée  qui  pût  édifier  l'avenir. 
La  ruine  imminente  des  Bourbons  lui  pai'aissait 
déjà  un  fait  accompli  ;  il  se  détacha  par  degrés  de 
la  monarchie  en  la  voyant  s'iiflranchir  de  plus  en 
plus  de  l'Église.  Lorsque  1830  éclata ,  il  était  tout 
résigné.  Ce  nouvel  ordre  de  choses  auquel  on  as- 
pirait avec  une  si  vive  ardeur,  ne  l'avait-il  pas  an- 
noncé, l'année  précédente,  dans  les  Progrès  de 
la  Révolution  et  de  la  Guerre  contre  V  Église? 
S'il  fait  encore  appel  dans  cet  ouvrage  à  une  théo- 
cratie impossible,  il  y  traite  le  pouvoir  avec  beau- 
coup d'iri-évérence,  et  témoigne  d'un  progrès  no- 
table vers  les  doctrines  de  laliberté.  «  Nous  le  di- 
sons sans  détour,  dit-il,  ce  mouvement  est  trop 
général,  trop  constant  pour  que  l'erreur  et  les  pas- 
sions en  soient  l'unique  principe.  Dégagé  de  ses 
■fausses  théories  et  de  leurs  conséquences,  le  libé- 
ralisme est  le  sentiment  qui,  partout  où  règne  la 
religion  du  Christ,  soulève  une  partie  du  peuple 
au  nom  de  la  liberté..  «  La  rigueur  fatale  de  ses 
principes  l'amenait  ainsi,  par  des  transformations 
successives ,  à  placer  en  politique  la  souverai- 
neté dans  la  loi  de  justice  promuJgiiée  par  la 
conscience  universelle  des  peuples  comme  il 
l'avait  placée  en  philosophie  dans  la  tradition 
universelle  du  genre  humain  (t). 

La  révolution  de  Juillet  permit  à  La  Mennais, 
selon  l'expression  de  M.  Sainte-Beuve ,  de  se 
produire  politiquement  dans  une  pleine  lumière. 
Profitant  de  l'affranchissement  de  la  presse ,  et 
voulant  poser  la  première  assise  du  catholicisme 
régénéré,  il  fonda  VAveyiir  {{"  septembi-e  1830), 
et  choisit,  pour  indiquer  aux  croyants  la  voie 
nouvelle ,  cette  double  épigraphe  :  Dieu  et 
Liberté;  —  le  Pape  et  le  Peuple.  Des  dis- 
ciples jeunes  et  ardents  lui  prêtèrent  leur  con- 
cours :  nous  citerons  dans  le  nombre  les  ab- 
bés Gerbet  et  de  Salinis ,  tous  deux  évoques 
aujourd'hui,  Lacordaire,  Combalot,  Rohrbacher, 


lança  ces  fameuses  paroles  :  Je  leur  ferai  voir  ce  que 
c'est  qu'un  prêtre.  «  M.  Dupin,  ajoute  M.  de  Loménie, 
plaidant  pour  Le  Constitutionnel  et  invitant  le  ministère 
public  à  arrêter  le  débordement  des  doctrines  ullramon- 
taines,  y  lit  allusion  en  disant  :  «  Fait€s-leur  donc  voir 
ce  <(ue  c'est  qu'un  procureur  général.  » 

(1)  A  propos  de  cet  ouvrage,  M.  Aftre,  dans  un  Essai 
sur  la  Suprématie  temporelle  du  Pape ,  traçait  de  l'au- 
teur un  portrait  peu  flatté  :  n  Dans  son  humeur  guer- 
royante, M.  de  La  Mennais  s'attaque  à  toutes  les  posi- 
tions, à  tous  les  partis,  à  toutes  les  opinions,  lance  des 
traits  contre  tout  ce  qu'il  y  a  de  plus  humble  et  de  plus 
élevé,  à  droite  et  à  gauche,  dans  les  directions  les  plus 
contraires:  rois,  peuples,  ministres,  évéques,  séminaires, 
libéraux  et  royalistes,  jésuites  et  jacobins,  tous  sont  ru- 
doyés par  cet  inflexible  censeur,  attaqués  par  ce  vigou- 
reux athlète,  qui  frappe  sur  tous  à  coups  redoublés,  et 
qui,  après  avoir  combattu  toot  le  monde,  finit  par  se 
combattre  lui-même.  » 


LA  MEJNNAIS  190 

MM.  de  Coux,  de  Montalembert  et  d'Ortigue. 
Pendant  un  moment  toutes  ces  plumes  dévouées 
rendirent  à  la  religion  une  popularité  depuis 
longtemps  perdue.  Ce  n'était  pas  sans  un  mé- 
lange d'admiration  et  de  sympathie  qu'on  enten- 
dait des  prêtres  enseigner,  avec  des  paroles  brû- 
lantes ,  le  progrès  et  la  liberté.  La  foi ,  se  jetant 
au  milieu  des  partis,  devenait  révolutionnaire; 
elle  préparait,  par  le  développement  des  lumières, 
la  tliéocratie  future,  présentée,  dans  un  avenir 
lointain,  comme  la  forme  définitive  de  la  société. 
Afin  de  liàter  l'époque  de  cette  évolution  su- 
prême, que  demandait  L'Avenir  ?  Des  réformes 
radicales  dans  l'ordre  religieux  et  politique,  ré- 
formes qu'une  révolution  nouvelle  s'était  trouvée 
impuissante  à  pratiquer,  et  dont  le  plan  seul  ef- 
fraya le  débile,  successeur  des  grands  papes  du 
moyen  âge.  Soumis  sans  restriction  à  l'autorité 
du  saint-siége,  L'Avenir  réclamait  l'abrogation 
du  concordat,  l'affranchissement  de  l'Église ,  la 
suppression  du  budget  des  cultes,  la  décentra- 
lisation administrative,  l'extension  des  droits 
électoraux,  la  libei-té  de  conscience  pleine,  uni- 
verselle ,  sans  distinction  ni  privilège ,  la  liberté 
d'enseignement,  la  liberlé  de  la  presse,  la  li- 
berté d'association.  Certes  le  parti  démocratique 
d'alors  était  loin  de  ces  hardiesses. 

Encouragé  par  les  acclamations  du  peuple  et 
du  clergé  inférieur,  La  Mennais  rencontra  dans 
lès  rangs  de  l'épiscopat  la  plus  violente  opposi- 
tion, entretenue  par  de  vieilles  rancunes.  Un 
grand  nombre  de  prélats,  à  la  tête  desquels  se 
mit  le  fougueux  archevêque  de  Toulouse, 
M.  d'Astros,  dénoncèrent  à  Rome  les  hérésies  du 
moderne  Savonarole  ;  la  Compagnie  de  Jésus  en- 
venima habilement  la  situation.  Au  milieu  de 
l'orage  qui  s'amassait  de  tous  côtés ,  la  publica- 
tion de  V Avenir  fut,  de  l'avis  de  tous  les  rédac- 
teurs, suspendue  le  15  novembre  1831.  «  Si  nous 
nous  retirons  un  moment ,  écrivait  La  Mennais, 
ce  n'est  point  par  lassitude,  encore  moins  par 
découragement,  c'est  pour  aller,  comme  autre- 
fois les  soldats  d'Israël,  consulter  le  Seigneur  en 
Silo.  »  Quelques  jours  après  cette  déclaration  ,  il 
prit,  en  compagnie  de  MM.  Lacordaire  et  de 
Montalembert ,  le  chemin  de  la  ville  éternelle. 
Dès  son  arrivée,  il  fut  laissé  dans  un  isolement 
complet.  A  peine  si  on  se  doutait  de  quels  ter- 
ribles problèmes  il  venait  chercher  la  solution. 
"■  Il  nous  importait  d'obtenir  une  audience  du 
pape  même.  Des  intrigues  se  nouèrent  pour 
l'empêcher.  Elle  nous  fut  accordée  cependant; 
mais  à  la  condition  qu'il  n'y  serait  parlé  en  au- 
cune manière  de  ce  qui  nousamenait  (1).  »  Après 
plusieurs  mois  d'attente ,  il  s'était  décidé  à  ren- 
trer en  France  lorsqu'à  son  passage  à  Munich  il 
reçut  la  lettre  encyclique  du  15  août  1832,  dans 
laquelle  Grégoire  XVI  condamnait,  sans  les  dé- 
signer, les  théories  de  L'Avenir.  La  liberté  de 
conscience  y  était  notée  comme  la  source  in- 


(1)  Affaires  de  Rome. 


191 


LA  MENNAIS 


:D2 


fecte  de  l'indifférentisme ,  et  la  liberté  de  la 
presse  flétrie  des  épitliètes  de  funeste,  d'odieuse 
et  (Yexc'crable.  La  Mennais  déclara  immediate- 
meat  que  le  journal  ne  paraîtrait  plus,  et  que 
l'Agence  générale  pour  la  défense  de  la  liberté 
religieuse  était  dissoute.  Cela  ne  parut  pas  suffi- 
sant :  on  exigea  de  lui  une  soumission  dogma- 
tique. De  longs  pourparlers  s'engagèrent  ;  deux 
adhésions  furent  repoussées,  l'une  comme  in- 
complète, l'autre  comme  perverse  dans  ses  ré- 
serves. On  trouva  peut-être  «  un  plaisir  trop 
humain  à  écraser  la  fierté  de  La  Mennais  sous 
le  poids  d'une  autorité  au  nom  de  laquelle  pen- 
dant longtemps  il  avait  lui-même  tyrannisé  les 
esprits  (1).  »  De  guerre  lasse,  il  se  rendit  enfin, 
«  convaincu,  écrivait-il  à  l'archevêque  de  Paris, 
qu'en  signant  cette  déclaration  il  signait  implicite- 
ment que  le  pape  était  Dieu ,  et  tout  prêt  à  le  signer 
explicitement  pour  avoir  la  paix.  »  Toutefois  il 
s'était  réservé  sa  pZei??e  Hbertépour  tout  ce  qu'il 
croirait  intéresser  son  pays  et  Vhumanité. 

Puis  il  se  retira  à  La  Chênaie,  et  y  composa  en 
une  semaine,  dit-on,  les  Paroles  d'un  Croyant, 
qui  ne  virent  le  jour  qu'en  mai  1834,  après  un 
an  de  réflexion  (2).  De  ce  jour  date  sa  rupture 
définitive  avec  le  saint-siége  et  l'Église  catho- 
lique, quoiqu'on  puisse  sans  peine  la  faire  re- 
monter au  moment  où  il  quitta  Rome  avec  l'a- 
mère  conviction  qu'il  avait  prodigué  son  cœur, 
sa  foi ,  sa  volonté  à  ressusciter  un  cadavre.  Il 
hésita  toute  une  année  avant  de  se  déclarer 
émancipé-  Quel  courage  ne  lui  fallut-il  pas  pour 
cette  transfiguration!  et  quel  martyre  d'esprit  que 
ce  reniement  de  la  première  moitié  de  sa  vie! 
Mais,  comme  toutes  les  natures  fières  et  origi- 
nales, il  avait  soif  d'une  liberté  fort  étendue  ;  la 
règle  et  le  mot  d'ordre  lui  étaient  un  joug  insup- 
portable ;  ne  tenant  compte  ni  du  temps  ni  des 
obstacles ,  il  ne  se  plaisait  que  dans  l'avenir  idéal 
qu'il  pressentait  ou  rêvait  sans  cesse.  Tout  ce 
qu'il  y  avait  en  lui  de  passion ,  de  tendresse  et 
de  colère  s'exhala  dans  les  Paroles.  «  Les  deux 
qualités  essentielles  de  La  Mennais,  la  simplicité 
et  la  grandeur,  se  déploient  tout  à  leur  aise  dans 
ces  petits  poèmes  où  un  sentiment  exquis  et 
vrai  remplit  avec  une  parfaite  proportion  un 
cadre  achevé.  Il  créa  avec  des  réminiscences  de 
la  Bible  et  du  langage  eccié.siastique  cette  ma- 
nière harmonieuse  et  grandiose,  qui  réalise  le 


(l)Sllvestre  deSacy,  dans  le  Journal  des  Débats,  ia\l\et 
1837. 

(2)  Il  déduisait  ainsi  les  motifs  qui  l'avalent  déterminé 
à  la  piiblicallon  de  ce  livre,  l'acte  le  plus  important  de 
sa  vie  :  «  1°  la  conscience  qu'en  le  faisant  je  remplis  un 
devoir,  parce  que  je  ne  vois  de  salut  pour  le  monde  que 
dans  l'union  rie  l'ordre,  du  droit,  de  la  justice  el  de  la 
liberté  ;  2"  la  nécessité  de  fixer  ma  position,  qui  aux 
yeux  du  public  est  maintenant  équivoque  et  fausse;  de 
laver  mon  nom ,  dans  l'avenir,  du  reproche  d'avoir 
connivé  à  l'horrible  système  de  tyrannie  qui  pèse  au- 
jourd'hui sur  les  peuples.  S'il  faut  souffrir  pour  cela,  peu 
Importe  ;  Je  ne  le  regretterai  pas.  11  y  a  pour  chaque  po- 
sition on  genre  de  courage,  dont  il  est  honteux  de  man- 
quer. » 


phénomène  unique  dans  l'histoire  littéraire  d'un 
pastiche  de  génie  «  (1).  A  l'apparition  de  cet  ou- 
vrage ,  qui  fut  bientôt  traduit  dans  toutes  les 
langues,  édata  une  immense  explosion  d'en- 
thousiasme et  de  haine.  Les  adhérents  de  L'A- 
venir se  séparèrent  avec  éclat  de  leur  maître; 
les  vaincus  et  les  vainqueurs  de  Juillet  le  char- 
gèrent à  l'envi  de  leurs  fautes  (2).  Quant  au  pape, 
dans  une  nouvelle  encyclique,  datée  du  7  juillet 
1 834 ,  il  condamna  ce  livre  «  petit  par  son  vo- 
lume, mais  immense  par  sa  perversité  « ,  et,  re- 
venant sur  le  passé,  réprouva  en  même  temps 
le  "  fallacieux  système  «  à  l'aide  duquel  on  avait 
essayé  de  fonder  sur  une  autre  base  que  la  ré- 
vélation la  certitude  en  matière  de  religion. 

Réduit  à  recommmencer  sa  vie ,  La  Mennais 
accepta  l'ingrate  mission  d'apôtre  du  peuple,  et  y 
apporta  la  même  fougue  et  la  même  candeur  qu'à 
l'époque  encore  récente  où  il  défendait  les  droits 
de  la  tiare  et  de  la  couronne.  Cette  fois  du  moins 
il  eut  pour  se  justifier  du  nom  d'apostat  sa 
conscience  pure  et  la  certitude  d'être  dans  la  véri- 
table voie.  Après  avoirécritles  Affaires  de  Rome 
(1836),  où  règne  un  ton  de  modération  inaccou- 
tumée et  de  mélancolie  touchante,  il  s'adressa 
plus  directement  à  la  démocratie,  dont  il  était 
en  quelque  sorte  la  sentinelle  perdue,  et  fonda 
un  nouveau  journal.  Le  Monde  (février  1837), 
destiné  à  vivre  à  peine  quelques  mois.  Puis , 
de  temps  à  autre,  il  entreprit  une  série  de 
pamphlets  politiques  :  Le  Livre  du  Peuple,  L'Es- 
clavage moderne,  Religion,  La  Politique  du 
Peuple,  qui  sont  plutôt  des  poèmes  pleins  de 
souffle  et  de  vie  que  des  théories  élaborées  avec 
réflexion.  On  l'y  voit  appeler  de  ses  vœux  la  sou- 
veraineté populaire,  exercée  par  le  suffrage  uni- 
versel dans  la  forme  républicaine  et  ayant  pour 
triple  dogme  la  liberté ,  l'égalité  et  la  fraternité. 
En  religion,  il  adopta  ce  que  M.  de  Lamartine  a 
nommé  le  Christianisme  législaté.  «  Si  les 
hommes,  s'écrie- t-il,  poussés  par  l'impérieux 
besoin  de  renouer,  pour  ainsi  dire,  avec  Dieu, 


(1)  E.  Renan ,  Lamennais  et  ses  Écrits,  dans  la  Revue 
des  Deux  Mondes,  aoiit  1857. 

(2)  Tandis  que  Lerminier  proclamait  le  déserteur  de 
l'Église  «  le  seul  prêtre  de  l'Europe,  »  Michaud  disait  des 
Paroles  :  «  C'est  93  qui  lait  ses  pâques»;  Chateau- 
briand :  «  C'est  un  club  sous  un  clocher;  »  et  J.  Le- 
chevalier:  «  C'est  f  évangile  diabolique  de  la  science  so- 
ciale.» Au  milieu  du  déluge  de  critiques  violi'Utes  que 
souleva  la  publication  de  ce  livre,  on  remarqua  avec 
peine  les  deux  lettres  signées  l'une  Lacordaire,  l'îjutre 
Corabalot.  Ce  dernier,  dont  le  dévoâment  pour  I,a  Men- 
7iaic  était  allé  jusqu'au  fanatame  de  la  tendresse,  écri- 
vait ceci.:  «  11  y  a  de  l'aigle,  du  lion,  du  tigre  peut-être 
dans  vos  entrailles;  la  douoeurde  l'agneau  n'y  fut  jamais. 
Votre  ûme  est  pétrie  de  sarcasmes,  Voltaire  vous  eiit 
envié  ce  don...  Ecrivez  le  livre  de  vos  rétractations, 
c'est  le  meilleur  emploi  que  vous  puissiez  faire  des 
quelques  jours  qui  vous  restent.  »  Et  plus  bas  il  ajoutait 
sur  un  autre  ton  :  «  Hélas  !  j'ai  blessé  un  cœur  où  je 
voudrais  répandre  des  torrents  d'amour,  etc.  »  Au  reste 
La  Mennais,  un  des  hommes  de  ce  temps  qu'on  a  le  plus 
discutés,  s'inquiétait  peu  des  libelles  qu'on  a  écrits  par 
centaines  contre  lui;  si,  comme  Fontenelle,  il  n'allait 
pas  jusqu'à  en  faire  collection ,  du  moins  il  ne  perdait 
pas  son  temps  à  les  lire. 


193 


rclcviennent  chrétiens,  qu'on  ne  s'imagine  pas 
que  le  christianisme  auquel  ils  se  rattacheront 
puisse  être  jamais  celui  qu'on  leur  présente  sous 
le  nom  de  catholicisme.  »  Aussi  l'a-t-oa  accusé 
de  professer  le  pur  déisme  avec  morale  évangé- 
lique.  L'un  de  ces  écrits  du  moment,  Le  Pays 
et  le  Gouvernement,  motiva  contre  lui,  le  26  dé- 
cembre 1840,  une  condamnation  en  cour  d'assises 
à  un  an  de  prison  et  à  2,000  fr.  d'amende  (1).  De 
l.sil  à  184G,  il  donna  YEsquisse  d'une  Philoso- 
phie, qui  eut  à  son  apparition  un  grand  succès. 
La  révolution  de  1848  apporta  à  La  Mennais 
la  même  déception  qu'il  avait  subie  après  1830  ," 
il  la  salua  avec  une  vive  espérance,  exigeant  d'elle 
ce  qu'il  avait  demandé   à  l'Église ,  un  coup  de 
baguette  qui  fît  disparaître  du  monde  l'oppression 
et  l'injustice.  Son  rôle  fut  celui  d'un  homme  sin- 
cère ,  ne  prenant  souci  que  du  but,  et  le  voyant 
plus  proche  qu'il  n'était.  Les  hommes  et  les  faits 
lui  présentèrent  des  obstacles  qu'il  n'avait  point 
prévus  et  qui  l'irritèrent  ;  quatre  mois  après  avoir 
ionàé Le  Peuple  constituant  (27févi-ier —  11  juil- 
let), il  s'arrêtait  découragé.  «Silence au  pauvre!» 
s'écriait-il  dans   un  adieu  désespéré  (2).  Cepen- 
dant il  était  entré   à   l'Assemblée  constituante 
comme  un  des  représentants  de  la  Seine ,  et  son 
mandat  lui  fut   renouvelé  pour   la  législative. 
Nommé  membre  du  comité  de  constitution ,  il 
s'empressa  de  lui  communiquer  dès  la  première 
séance   un   projet  complet,    rédigé  avec   une 
grande  hauteur  de  vues ,  mais  qui  avait  le  dé- 
faut  d'être   trop   radical  et  inexécutable  dans 
certaines  parties.  Ne  voyant  pas  jour  à  le  faire 
admettre  tel  qu'il  était  par  ses  collègues ,  il  ne 
voulut  se  prêter  à  aucune  concession,  et  jugea 
inutile  d'insister  en  faisant   connaître  sa  pen- 
sée sur  l'organisation  de  la  république  :  il  crut 
avoir  payé  sa  dette  à  la  démocratie.  Depuis  cette 
époque,  on  le  vit  pendant  quatre  ans  assister  ré- 
gulièrement aux  séances  et  protester  de  son  vote 
silencieux  contre  les  violences  et  les  trahisons  des 
partis.  Le  coup  d'État  du  2  décembre  le  jeta  dans 
un  abattement  profond;  ses  dieux  nouveaux  l'a- 
bandonnaient-ils?  fallait-il  aussi  porter  le  deuil 
de  la  liberté  comme  il  l'avait  fait  de  la  religion  ? 
Il  chercha  dans  l'étude  un  soulagement  à  cette 


LA  MENNAIS  194 

tristesse  infinie,  qui  était  devenue  chez  lui  un 
mal  chronique,  et  traduisit  La  Divine  Conicdic 
du  Dante,  pour  laquelle  il  professait  un  enthou- 
siasme remontant  à  ses  plus  jeunes  années.  Puis, 
cetravail  achevé,  «  ne  sentant  plus  en  lui  une  idée 
qui  pilt  le  faire  vivre  »,  il  mourut  après  quelques 
semaines  de  maladie  (27  février  1854),  se  possé- 
dant lui-même  jusqu'au  dernier  moment,  sobre 
de  paroles  et  tranquille  dans  la  foi  qu'il  s'était 
faite  (1).  Ses  obsèques  eurent  lieu  le  surlende- 
main, l*""  mars,  au  milieu  d'un  immense concour.'i 
de  peuple;  la  police,  qui  avait  déployé  un  gram^ 
appareil  militaire,  ne  permit  qu'à  huit  personnes 
l'accès  du  cimetière  du  Père-Lachaise,  où  pas  uu 
mot  ne  fut  prononcé  sur  sa  tombe.  Rien,  ni  croix 
ni  pierre,  n'indique  la  place  où  repose  un  de» 
hommes  qui  de  leur  vivant  ont  su  le  plus  re- 
muer les  passions  de  leurs  contemporains. 

En  donnant  la  liste  des  ouvrages  de  La  Men- 
nais, dont  M.  Quérard  a  publié  une  Notice  très- 
détaillée ,  nous  n'y  ferons  pas  entrer  les  nom- 
breux opuscules,  brochures,  lettres  ou  réimpres- 
sions d'articles  qui  ont  été,  en  grande  partie , 
réunis  dans  les  Mélanges.  Pour  la  facilité  des 
recherches,  nous  diviserons  cette  liste  en  trois 
parties  comprenant  les  écrits  ascétiques ,  la  re- 
ligion et  la  philosophie,  et  la  politique. 

Écrits  ascétioues.  —  Le  Guide  spirituel  ou 
le  Miroir  des  âmes  religieuses,  trad.  du  latin 
de  Lod.  Blosius  (Louis  de  Blois);  Paris,  1 809,  pet. 
in-12,  publiésansnomd'auteur,  etréimpr.  enl820 
dans  la  Bibliothèque  des  Dames  chrétiennes  ; — 
L' Imitation  de  Jésus- Christ,  trad.  nouvelle, 
avec  des  réflexions  à  lafindechaque  chapitre; 
Paris,  1824,  in-iS;  I4''édit.,  1845;  la  Préface 
et  les  Réflexions  avaient  déjà  paru  en  1820  en 
tête  de  la  traduction  de  M.  de  Genoude.  A.  Bar- 
bier, dans  son  Dictionnaire  des  Ouvrages  ano- 
nymes (2®édit.,  n°  21,863)  prétend,  sans  donner 
aucune  preuve  de  cette  assertion ,  que  le  travail 
si  remarquable  de  La  Mennais  n'est  qu'une  es- 
pèce de  contrefaçon  de  celui  que  donna  au  dix- 
septième  siècle  le  jésuite  Lallement;  —  Danger 
du  Monde  dans  le  premier  âge  ;  Paris,  nouv. 
édit.,  1827,  in-18  de  36  p.,  imprimé  d'abord 
dans  le  tome  V  de  la  Bibliothèque  des  Dames 


''  (1)  «  Au  plus  haut  de  la  prison  de Salnte-Pélagie.sous 
les  toits,  dans  une  assez  grande  pièce  basse,  éclairée  par 
quatre  ouvertures  étroites,  La  Mennais  passa  sa  cinquante- 
neuvième  année  tout  entière.  Une  fois  entré  dans  ce  ca- 
chot aérien,  11  n'en  voulut  jamais  franchir  le  seuil.  De 
nombreux  amis  y  montaient  chaque  ]oiir.  Ouverte  de  tous 
côtés,  cette  cellule  était  glaciale  en  hiver,  brûlante  pen- 
dant les  chaleurs.  Sans  doute  il  ne  dépendait  que  de  lui 
d'être  ailleurs. Mais  qui  se  figurera ,  connaissant  La  Men- 
nais, une  demande  pareille,  signée  de  lui?  Inflexible  et 
patient,  il  donna  sa  liberté  comme  il  eût  donné  sa  vie.  » 
(  Forgues,  Notes  et  Souv.,  106.) 

(2)  Ce  journal,  un  des  plus  originaux  de  la  presse  répu- 
blicaine, était  rédigé  par  La  Mennais,  Pascal  Duprat  et 
Aug.  Barbet  ;  la  nouvelle  loi  sur  le  cautionnement  le 
força  de  suspendre  sa  publication.  Malgré  les  efforts  de 
La  Mennais  pour  attirer  les  poursuites  contre  lui-même, 
le  gérant  fut  déclaré  seul  responsable  et  condamné,  le 
S6  octobre  1848,  à  un  mois  de  prison  et  SOO  fr.  d'amende. 

NOUV.    BIOGR.    GÉNÉB.    —   T.    XXIX. 


(1)  Il  succomba  à  Paris,  rue  du  Grand-Chantier,  n.  lï, 
aux  suites  d'une  pleurésie.  Dès  qu'on  sut  qu'il  avait  pris 
le  Ut,  on  s'agita  de  tous  côtés  pour  obtenir  de  lui,  sinon 
une  rétractation  du  passé,  du  moins  un  retour  à  la  foi 
catholique.  La  mort  de  Grégoire  avait  déjà  donné  le  triste 
spectacle  de  ces  excès  du  zèle  dévot.  Mais  le  malade  avait 
expressément  défendu  l'entrée  de  sa  chambre  aux  per- 
sonnes étrangères  à  sa  famille;  11  remit,  dès  le  16  jan- 
vier 185*,  à  chacun  de  ses  exécuteurs  testamentaires, 
MM.  Aug.  Barbet  et  Benoît-Champy,  un  exemplaire  de  l'é- 
crit suivant  : 

«  Je  veux  être  enterré  au  milieu  des  pauvres  et  comme 
le  sont  les  pauvres.  On  ne  mettra  rien  sur  ma  tombe,  pas 
même  une  simple  pierre.  Mon  corps  sera  porté  directe- 
ment au  cimetière,  sans  être  présenté  à  aucune  pgli.se.  On 
n'enverra  point  de  lettres  de  faire  part Je  défends  très- 
expressément  qu'on  mette  les  scellés  chez  moi.  •■> 

Un  procès-verbal  de  ses  derniers  moments  fut  rédigé 
par  MM.  Montanelli,  A.  Lévy,  H.  Carnot,  H.  Martinet 
Jallat,  et  communiqué  aux  journaux. 


lf& 


LA  MENNAIS 


196 


chrétiennes, pvisaLUgmeaté  de  cinq  chapitres,  sous 
le  titre  nouveau  de  Guide  du  Premier  Age  ;  1828, 
in-18;  1844,  ia-32;  — fournée  du  Chrétien; 
t*aris,  1828,  in-16;  c'est  un  recueil  des  prières 
les  plus  touchantes  que  la  piété  chrétienne  ait 
formulées;  —  Recueil  de  Piété;  Paris,  1828, 
in-ie  de  96  p.;  —  Les  Évangiles,  trad.  nouv., 
avec  des  notes  et  des  réflexions  à  la  fin  de 
chaque  chapitre;  Paris,  1846,  in-12,  réimpr. 
la  même  année  avec  beaucoup  de  luxe. 

Religion  et  Philosophie.  —  Réflexions  sur 
l'état  de  l'Église  en  France  pendant  le  dix- 
huitième  siècle,  et  sur  sa  situation  actuelle; 
Paris,  l808,in-8",  réimpr.  en  1814  et  en  1819(1); 
—  Tradition  de  V Église  sur  l'Institution  des 
Évéques,parM.  Pabbé  L***;  Paris,  1814,  3  vol. 
in-S",  ouvrage  rédigé  avec  son  frère,  et  qui  n"a 
jamais  figuré  dans  ses  Œuvres  (2)  ;  —  Influence 
des  Doctrines  philosophiques  sur  la  Société; 
1816;  —  £ssai  sur  l'Indifférence  en  matière 
de  Religion;  Paris,  1817-1823,  4  vol.  in-S"  (  les 
trois  premières  éditions  ne  portent  pas  de  nom 
d'auteur  );  8«  édit.,  1825  ;  la  plus  récente  est 
de  1843-1844,  4  vol.  in-12.  Peu  de  livres  ont  eu 
un  succès  aussi  rapide  que  le  tomeP"^  de  V Essai, 
dont  quarante  mille  exemplaires  s'écoulèrent  en 
peu  d'années;  il  donna  lieu  à  des  attaques  vio- 
lentes publiées  par  MM.  Baston,  Bellugon,  de 
Montlosier,  Lucas ,  Bouchitté ,  Clausel  de  Cous- 
sergues,  etc.  (3)  ;  —  Mélanges  religieux  et  phi- 
losophiques, premier  recueil  ;  Paris,  1819, 
in-8",  impr.  pour  la  première  fois  à  la  suite  de 
la  .3^  édit.  des  Réflexions  sur  l'état  de  l'Église; 
on  y  a  réuni  trente  opuscules  ;  —  Observations 
sur  la  promesse  d'enseigner  les  quatre  ar- 


(1)  On  sait  que  la  première  édltioo,  qui  était  anonyme, 
fut  saisie  et  supprimée  par  la  police  impériale,  malgré  le 
tribut  de  reconnaissance  que  l'auteur  avait  paye  an 
«  grand  homme  ».  Dans  le  court  avertissement  qui  pré- 
cède cette  édition,  on  lit  en  effet  ce  passage  enlevé  plus 
tard  :  «Je  me  suis  trouvé  heureux,  en  défcndiint  ma  foi, 
d'avoir  à  établir  les  principes  fondamentaux  du  gouver- 
nement qu'un  grand  homme  a  rendu  à  la  France  pour 
son  bonheur,  »  11  y  a  loin  de  là  i  l'éloge  pompeux  dont 
parle  Barbier  dans  son  Dictionnaire,  et  qui  ne  s'est  pas 
retrouvé  aux  pages  indiquées  par  lui. 

(2'  0  La  Tradition,  dit  M.  Sainte-Beuve,  avait  été  com- 
posée, à  partir  delRll,au  petit  séminaire  de  Saint-Malo, 
où  M.  de  La  Mennais  était  entré  en  prenant  la  tonsure.  Il 
y  enseignait  les  mathématiques,  et  c'est  a  ses  heures  de 
loisir,  sur  les  cahiers  de  son  frère,  fondateur  et  supérieur 
du  séminaire,  qu'il  rédigea  cet  ouvrage  de  théologie.» 
(Portraits  contemp.,  \,  146.  ) 

(3|  ■V  ce  sujet  nous  enregistrons  poor  mémoire  une 
nouvelle  accusation  de  plagiai  portée  contre  l'illustre 
écrivain.  «  Il  devait  dominer  les  philosophes,  dit  M  Ma- 
drolle  dans  son  histoire  secrète  ;  il  se  laisse  a\i  contraire 
dominer  par  eux.  J.-J.  Rousseau  est  devenu  de  cette  fa- 
çon le  maître  du  l"  vol.  de  l't'ssai.  Tout  ce  qu'il  y  a  de 
vrai  avait  été  dit  mille  fois  avant  M.  de  La  Mennais  et 
mieux  que  par  lui,  même  par  ses  oonrtemporiiins.  Ses 
meilleures  pen>"es  sont  prises,  quelquefois  copiées  et 
déoolorées,  de  M.  ae  .Maistre,  de  M  de  Ronald,  et  même  de 
M.  de  Chateaubriand  »  r>'après  M.  Quérard,  il  aurait  em- 
prunté à  ce  dernier  le  chapitre  X  du  t.  1^^  qui  traite  de 
l'Importance  de  laRcliaion  dans  la  Société,  et  il  existe- 
terait  d'assez  bonnes  preuves  (  qu'il  ne  donne  pas)  que 
ce  volume  tout  entier,  en  ce  qu'il  a  de  bon,  est  autant 
de  M.  Telssère ,  théologien  de  Saint-Sulpice ,  que  de  lui. 


ticles  de  la  déclaration  de  1682,  exigée  des  pro- 
fesseurs de  théologie  par  le  mirnstre  de  l'in- 
térieur ;  Paris,  1818,  in-8";  la  2°  édit.,  de  1824, 
est  signée  ;  —  Sommaire  d'un .  Système  des 
Connaissances  humaines  ;  vers  1820;  brochure 
anonyme ,  qui  n'a  été  réimprimée  que  dans  les 
Œuvres,  édit.  1844;  —  Réflexions  sur  la  na- 
ture et  l'étendue  de  la  soumission  due  aux 
Lois  de  l'Église  en  matière  de  discipline; 
Paris,  1820,  in-8°  de  16  pag.;  —  Défense  de 
l'Essai  sur  l'Indifférence;  Paris,  1821,  1827, 
1829,  in-8°;  réimpr.  ensuite  avec  l'Essai;  — 
Défense  de  la  vénérable  Compagnie  des  Pas- 
teurs de  Genève,  à  Vuccasion  d'un  écrit  in- 
titulé: Y  érUàhle  histoire  des  Mômiers;  Genève, 

1824,  in-8*'  :  écrit  satirique  signé  C.  P.  et  inséré 
dans  Le  Mémorial  catholique  deux  mois  plus 
tard; — Du  Projet  de  loi  sur  les  Congrégations 
religieuses  de  Femmes;  Paris,  1825,  in -8°  de 
32  p.;  —  Quelques  Réflexions  sur  le  Procès  du 
Constitutionnel  et  du  Courrier,  et  sur  les  Arrêts 
rendus  à  cette  occasion;  Paris,  1825,  in-8°  de 
48  p.;  —  De  la  Religion  considérée  dans  ses 
rapports  avec  l'ordre  politique  et  civil  ;  Paris, 
1825-1826,  2  part.  ia-8°;  3*^  édit.  de  la  1"^*  part., 

1825.  Dans  cette  exposition  de  la  théocratie  ro- 
maine, on  trouve  cette  phrase,  reprise  et  dévelop- 
pée par  les  orateurs  du  dernier  règne  :  «  La  religion 
en  Fiance  est  entièrement  hors  de  la  société  poli- 
tique et  civile,  et  par  conséquent  l'Étatest  athée.» 

—  Nouveaux  Mélanges;  Paris,  1826,  in-8°; 
2"^  édit.,  1835,  recueil  de  cinquante-et-un  opus- 
cules ayant  paru  dans  la  presse  ou  tirés  à  part  ;  — 
Première  Lettre  à  Monseigneur  l'archevêque 
de  Paris  ;  Paris,  mars  1829,  in-8°  ;—  Deuxième 
lettre  au  même;  Paris,  avril  1829,  in-8°;  — 
Des  Progrès  de  la  Révolution  et  de  la  guerre 
contre  l'Église;  Paris,  1829,  in-8'';  réimpr.  la 
même  année  ;  —  Déclaration  présentée  au 
saiyit-siége  par  les  rédacteurs  de  L'Avenir; 
Paris,  1831,  in-S"  de  32  p.;  elle  porte  les  noms 
suivants  :  La  Mennais,  H.  Gerbet,  Rohrbacher, 
Lacordaire,  de  Coux,  Bartels,  Ch.  de  Montalem- 
bert,  J.  d'Ortigue ,  de  Salinis,  Harel  de  Tancrel 
et  Waille,  gérant;  —  Paroles  d'un  Croyant; 
Paris,  1834,  in-8°;  des  fragments  de  ce  livre 
avaient  d'abord  paru  dans  la  Revue  des  Deux 
Mondes  et  la  Revue  de  Paris  ;  de  nombreuses 
éditions  en  tous  formats  en  ont  été  faites  ainsi 
que  des  traductions  en  plusieurs  langues;  il  a 
donné  lieu  à  des  imitations ,  des  réfutations  et 
des  parodies  de  toutes  sortes,  et  un  magistrat, 
M.  Duchapt,  a  inséré  dans  le  Journal  de  Bour- 
ges la  traduction  en  vers  d'un  chapitre; —  Troi- 
sièmes mélanges  ;  Paris,  1835,  in-8",  qui  ren- 
ferment trente-huit  opuscules,  en  partie  connus; 

—  Affaires  de  Rome;  Paris,  1837,  in -8°  ;  V  édit., 
1838  ,  2  vol.  in- 32  :  récit  assez  tardivement 
écrit  du  voyage  que  l'auteur  fit  à  Rome  en  1832 
en  compagnie  de  MM.  Lacordaire  et  de  Monta- 
lembert  ;  —  Esquisse  d'une  Philosophie  ;  Paris, . 
1841-184C,  4  vol.  ia-8°,  trad.  en  allemand  ;  — 


■^1 


Discussions  critiques  et  pensées  diverses  sur 
la  Religion  et  la  Philosophie;  Paris,  1841, 
in-8"  :  feuilles  éparses  «  qui  n'étalent,  dlt-U, 
qu'une  sorte  d^entretien  secret  avec  lui-inôme» 
et  où  11  examinait  de  près  les  Importantes  ques- 
tions qui  amenèrent  un  changeuient  dans  ses 
convictions;  —  Delà  Religion;  Paris,  1841, 
)n-32;  —  Amschaspands  et  Darvands  ;  Paris, 
1843,  ln-8"  :  lutte  des  génies  du  bien  et  du  mal, 
empruntée  à  la  cosmogonie  persane  et  qui  pré- 
sente un  tableau  animé  de  la  société  moderne; 

De  la  Société  première  et  de  ses  Lois,  ou  de 

la  Religion;  Paris,  1848,  in-12;  partie  Inédite 
ûe  l'Esquisse  d'une  l'hilosophie,  et  divisée  en 
irols  livres  sur  la  société  en  général  et  la  société 
spirituelle. 

Politique.  —  Du  Droitdu  gouvernement  sur 
^Éducation,  Paris,  1817,broch.  anonyme;  — 
Quelques  Réjlexions  sur  la  Censtire  et  VV- 
niversité;  Paris,  1820,  in-8'' de  16  p.;—  un 
grand  nombre  de  brochures,  qui  plus  tard  ont  été 
réunies  dans  les  divers  Mélanges  de  l'auteur; 

—  Réponse  à  M.  de  Potter  ;  Paris,  1832  (n'a 
•pas  été  réimpr.  dans  les  Œuvres  complètes  ); 
nous  en  citerons  le  passage  suivant,  qui  résume 
la  loi  nouvelle  de  La  Mennals  :  «  C'est  au  peuple, 
au  vrai  peuple  qu'il  faut  s'identifier  ;  c'est  lui  senl 
qu'on  doit  voir;  c'est  lui  qu'il  faut  amener  à  dé- 
femlre  sa  propre  cause,  à  vouloir,  à  agir.  Tout  mou- 
vement moins  profond  sera  stérile  pour  le  bleiij 
parce  qu'il  sera  vicié  dans  son  principe.  »  —  Ze 
Livre  du  Peuple;  Paris,  1837,  in-8";  diverses 
édit.  ln-32;  —  Politique  à  l'usage  du  Peuple; 
Paris,  1838,  2  vol.  in-32;  k"  édit.  augmentée, 
1839;  recueil  de  53  articles  publiés  dans  Le 
Monde  (10  février—  4  juin  1837),  la  Revue  des 
Deux  Mondes  et  la  Revue  du  Progrés ,  et  pré- 
cédé d'une  préface;  —  De  la  Lutte  entre  la 
Cour  et  le  Pouvoir  parlementaire  ;  Paris,  1839, 
in-32;  —  D«  l'Esclavage  moderne;  Paris, 
1839,  in-32;  2*  édit.,  1840;  —  Questions  Po- 
litiques et  Philosophiques;  Paris,  1840,  2  vol. 
in- 16  :  réunion  des  articles  fournis  à  L'Avenir, 
du  16  octobre  1830  au  15  novembre  1831,  et  qui 
avaient  déjà  paru  en  1831  dans  les  Mélanges 
Catholiques,  publiés  par  l'Agence  générale  pour 
la  délense  de  la  liberté  religieuse,  dont  La  Men- 
nàis  était  président;  —  Le  Paijs  et  le  Gou- 
vernement; Paris,  1840,  in-32  :  violent  pam- 
phlet, qui  amena  la  condamnation  de  l'auteur  à 
un  an  de  prison;  —  Du  Passé  et  de  l'Avenir 
du  peuple;  Paris,  1841,  in-32;  —  Une  voix 
de  prison;  Paris,  1846,  in-32  .  écrit  composé 
en  1841,  à  Sainte-Pélagie;  —  Projet  de  Consti- 
tution delà  République  française  ;  Paris, 
1848,  in- 18;  —  Projet  de  Constitution  du 
Crédit  social  (  avec  M.  Barbet  );  Paris,  1848, 
in-18; —  Question  du  travail;  Paris,  1848; 

—  De  la  Famille  et  de  la  Propriété  ;  Paris , 
1848  :  ces  quatre  biochures  sont  des  extraits  du 
Peuple  constituant ,  dont  ii  était  le  principal 
rédacteur. 


LA  MENINAIS  198 

La  réunion  des  Œuvres  complètes  de  La 


Mennals  a  été  l'objet  de  deux  publications  :  l'une 
date  de  1836-1837,  12  vol.  in-8";  l'autre,  de 
1844  et  ann.  suiv.,  Il  vol.  in-18.  Il  faut  citer 
en  outre  ses  Œuvres  choisies  et  philosophi- 
ques,  1837-1841,  10  vol.  ia  32  (édit  poiiulaire), 
et  ses  Œuvres  posthumes  ,  1856  et  ann.  suiv.; 
qui  doivent  comprendre  la  traduction  en  prose 
de  la  Divina  Commedia  de  Dante  (1856,  2  vol. 
in-8°),  la  Correspondance  {\%b^,  2  vol.  ln-8"), 
qui  s'étend  de  181s  à  1840,  et  quelques  travaux 
inédits;  le  soin  de  cette  dernière  publication  a 
été  confié  à  M.  Emile  Forgues. 

Comme  é<iiteur,  La  Mennais  a  fait  paraître  les 
ouvrages  suivants,  qu'il  aarmolésou  surveillés  : 
Bibliothèque  des  Dames  chétieiines;  Paris,  1 820- 
1824,  20  vol.  in-32,  tig.,  collection  qui  reulernie 
de  lui  plusieurs  opuscules  (1);  —  Lettres  sur 
les  quatre  Articles  dits  du  Clergé  de  France, 
par  le  cardinal  Litta,  nouv  édit.  avec  des 
notes;  Paris,  1826,  in-12  ;  —  Lettres  d'Atticus, 
ou  considérations  sur  la  religion  catholique 
et  le  protestantisme,  nouv.  édit.  avec  quel- 
ques notes;  Paris,  1826,  in-12,  trad.  de  l'an- 
glais ;  —  Mémoires  pour  servir  à  l'Histoire 
des  Cacouacs ,  de  J.-M.  Moreau  ,  suivis  d'un 
supplément  ;  Paris,  1828,  inl2;  —  Nouvelle 
Journée  du  Chrétien,  de  l'abbé  Letourneui- ; 
Paris,  1830,  inl8;—  De  la  Servitude  volon- 
taire, d'Et.  La  Boétie;  Paris,  1835,  in-S";  — 
Collection  des  meilleurs  Apologistes  de  lu 
Religion  chrétienne,  24  vol.  in-B".  Enfin, nous 
indiquerons,  en  terminant,  les  principaux  jour- 
naux auxquels  La  Mennais  a  fourni  des  arti- 
cles :  Le  Conservateur  (1818),  Le  Défenseur, 
Le  Drapeau  blanc  (1823),  Le  Mémorial  ca- 
tholique, La  Quotidienne ,  L'Avenir  (1830- 
1831),  La  Revîie  Catholique  (1833),  La  Revue 
des  Deux  Mondes  (  1833-1838  ),  Le  ^/07^f/e 
(1837),  La  Revue  du  Progrès  (1839),  La  Revue 
Indépendante  et  Le  Peuple  Constituant;  ce 
dernier  journal,  fondé  par  La  Mennais  en  so- 
ciété avec  MM.  Pascal  Dupratet  Auguste  Barbet, 
parut  tous  les  jours  depuis  le  27  février  jus- 
qu'au 11  juillet  1848,  où  la  loi  sur  le  cautionne- 
ment en  interrompit  la  publication.  Depuis  cette 
époque,  l'éminent  publiciste  n'a  fait  insérer  que 
de  rares  articles  dans  deux  ou  trois  organes  de 
la  démocratie  révolutionnaire. 

Paul   Louis  Y. 

Papanel  (abbé  ),  Examen  critique  des  Opinions  de 
l'abbé  de  Z,.;S«  édit.,  182d,  i  vol  in-S»  — Manet,  Hiogr.  des 
Malovins  cclèbi-es;  1824,  in-8°.  —  Rabbe,  Bionr.unie.  et 
portât,  des  Contewp.,  III.  565  et  suiv.  —  Gerbct  (abbé), 
Conférences  de  Philosophie  cuthol. ,  1832,  in-S"  ;  et  Bé- 
fiexions  sur  la  chute  de  M.  de  L. ,  1838,  in-8°.  —  Maur 

(1)  a  Vers  1820,  Il  se  fit  libraire  err  société  avec  M.Bins 
de  Saint-Victor,  d'abord  sons  la  raison  Lesape ,  pais 
sous  celle  Bclin  jyiaodar  et  Ocvaiix.  »  Soi)  associé  abusa 
de  sa  confiance,  et  «  Lamenals  dut  souscrire  à  M,  Belin- 
Mandar  des  billets  en  une  fois  pour  60,000  fr.,  qui  ont  en- 
traîné sa  condamnation,  rnéiiie  par  corps,  à  la  requête 
de  M.  de  La  Bouillene.  »  (  Qucrard,  Supercheries  littér. 
11,421.) 


109 

Capeliarl  (  GréRofrc  XVI),  Triomphe  du  Saint-Siège  et 
de  l'Église,  ou  les  novateurs  modernes  ,  trad.  de  l'ita- 
lien ;  1932,  2  vol.  in-S".  —  Combalot  (abbé  ),  Élém.  de 
Philosophie  cathoL,  183S,  in-8°,  et  Lettres  (  deux  i  o 
M.  de  L.;  1836,  in-8».  —  Riarabourp;,  Du  Rationalisme 
et  de  la  Tradition  ;  iSi^t,  in-8°.  —  1>.-D.  Boyer,  direct, 
«le  Saint-Sulpice  ,  Examen  de  la  Doctrine  de  M.  de  L.  ; 
188*,  iJi-80.  —  L.-H.  Caron,  Démonstrations  du  Catho- 
licisme: 13S4,  2  vol.  in-S".  —  H.  l^cordaire,  Consid. 
sur  le  Système  Philos,  de  M.  de  L.;  1834,  in-80.  —  Ma- 
drolle,  Hist.  secrète  du  parti  et  de  l'apostasie  de 
M.  de  L.;  1834,  tn-8°.  —  E.  l.enninier,  I^s  adversaires 
de  L.  ;  dans  la  Bei-né  des  Deux  Mondes,  1834.  —  Astros 
(D'),  arcli.  de  Toulouse,  Censure  de  56  Proposit.  extraites 
de  div.  écri's  de  M  de  L.;  1833,  in-S".  —  Le  Biographe 
et  le  Nécrologe;  1835.  —  Guillon  (abbé),  Hist.de  la 
nouvelle  Hérésie  du  dix-neuvième  siècle,  ou  réfutât, 
compl.  des  ouvrages  de  M.  de  L.;  1835,  3  vol.  10-8".  — 
Edm.  Robinet,  Études  sur  l'abbé  de  L.;  183S,  in-8°.  — 
Galerie  de  la  Presse  ,  \"  série.  —  G  Sarrut  et  Saint- 
Ednie,  Biogr.  des  Hommes  du  Jour,  I,  2«  part.  —  Galerie 
des  Contemp.  illustres,  1  —  Elias  Regnault,  Procès 
de  L.;  suivi  d'une  Notice,  1841,  In-S».  -  Biogr.  du 
Clergé  Contemp.,  par  un  Solitaire;  1841,  t.  I•^  —  .1.  Si- 
mon ,  De  la  Philosophie  en  France,  dans  la  Bévue  des 
Deux  Mondes;  1843  —  V.  Giobertl.  Lettres  sur  les  Doc- 
trines philos,  et  polit,  de  L.  ;  1843.  in-8°.  —  Sainte- 
Beuve,  Portraits  Contemporains  ;  1846,  1,  p.  134191.  — 
Qiiérard,  Notice  bibliogr.  des  Ouvrages  de  L.;  1849, 
in-S"  (  extr.  des  Supercheries  littér.,  II,  360,  509  ).  — 
Moniteur  univ.,  1848-1851.  —  L'Illustration,  mars  18B4. 
—  Silvestre  de  Sacy,  Variétés  l.ittér.,  1858,  II.  —  E.  Re- 
nan, Lamennais  et  ses  écrits,  dans  la  Bévue  des  Deux 
Mondes,  août  1887.  —  A.  Blalze,  Essai  biogr.  sur  L.; 
1858,  in  8°.  —  E.  Forgues,  Notes  et  souvenirs ,  en  tète 
de  la  Correspond.,  t.  I.  1858.  —  Prévosl-Paradol,  deux 
art.  dans  le  J.  des  Débats,  30  oct.  et  5  nov.  1858.  —  Co- 
quille, art.  dans  l'Univers,  Janv.  1889. 

L,A  MERViLLE  (  Jean-Marie  de  ).  Voy. 
Hedrtadt. 

LA  MÉSANGÈRE  {Pierre  de),  littérateur 
français,  né  le  23  juin  1761,  à  Baugé,  en  Anjou 
(ou  à  La  Flèche,  d'après  Quérard  ),  mort  le 
25  février  1831,  à  Paris.  Après  avoir  fait  de 
bonnes  études  à  Angers,  il  embrassa  l'état  ec- 
clésiastique, et  occupa  la  chaire  de  philosophie 
et  de  belles-letti"es  au  collège  de  La  Flèche  jus- 
qu'au moment  où  la  révolution  ferma  cet  éta- 
blissement. Il  vint  alors  habiter  Paris,  et 
échappa,  grâce  à  une  retraite  absolue,  aux  per- 
sécutions que  pouvait  lui  attirer  sa  qualité  de 
prêtre.  En  1799  il  prit  la  direction  du  Journal 
des  Dames  et  des  Modes,  fondé  deux  ans  au- 
paravant par  Sellèque,  et  il  le  continua  jusqu'à 
sa  mort.  «  Il  était  assez  piquant,  dit  un  biogra- 
phe, de  voir  un  ecclésiastique  fort  grave  et  de 
mœurs  très-austères  se  livrer  à  un  pareil  tra- 
vail. C'était  lui-même  qni  tenait  les  registres  , 
faisait  la  rédaction  et  allait  dans  les  spectacles 
et  les  lieux  publics  observer  la  toilette  des  da- 
mes. L'entreprise  prospéra;  La  Mésangère  y 
gagna  une  honnête  fortune  qui  suffisait  à  la  sim- 
plicité de  ses  goûts  (1).  »  Il  fut  un  des  membres 


(1)  «  II  sortait  toujours  sans  parapluie ,  racsnte 
M.  Fayolle  ;  s'il  venait  à  pleuvoir,  il  en  achetait  un.  11 
oubliait  souvent  sa  tabatière,  et  dans  ce  cas  il  en  ache- 
tait une  autre,  chaque  fois  qu'il  sortait,  y  acheialt  quelque 
chose,  tantôt  une  paire  de  bas  de  soie,  tantôt  une  paire 
de  souliers,  un  habil  011  un  chapeau.  Il  avait  toujours 
dans  sa  poche  de?  pièces  de  quinze  et  de  trente  sous 
pour  donner  aux  pauvres  qu'il  rencontrait  dans  la  me. 
A.  sa  mort,  on  a  trouvé,  parmi  ses  effets,  1,000  paires  de 


LA  MENNAIS  —  LA  MESCHIINIÈRE 


200 

du  Lycée  des  Arts.  On  a  de  lui  :  Le  Voyageur 
à  Paris,  ou  tableau  pittoresque  et  moral  de 
cette  capitale;  Paris,  1789,  2  vol.  in-12; 
2^  édit.,  augmentée,  1797,  3  vol.  in-18  ; — 
Géographie  de  la  France  d'après  la  nouvelle 
division  en  83  départements;  ibid.,  1791, 
in-S"  ;  —  Géographie  historique  et  littéraire 
de  la  France,  contenant  les  détails  sur  l'ori- 
gine, les  productions,  l'industrie,  les  édi- 
fices,  statues,  bas-reliefs,  inscriptions  ,  les 
anecdotes  et  singularités  historiques,  le  ca- 
ractère des  hommes  célèbres,  eic. ;ibid., 
1791,  4  vol.  in-12;  4*  édit.,  1796  ;  trad.  en  alle- 
mand; Dresde,  1795;  les  trois  premières  édi- 
tions sont  anonymes  ;  —  Nouvelle  Bibliothèque 
des  Enfants  ;  ibid.,  1794,  in-12;  —  Histoire 
naturelle  des  quadrupèdes  et  des  reptiles; 
ibid.,  1794,  in-12  ;  —  Journal  des  Dames  et  des 
Modes;  ibid.,  1797-1829,  33  vol.  in-8°,  pi., 
recueil  recherché,  qui  paraissait  tous  les  cinq 
jours  ;  on  a  réuni  quelques  exemplaires  des 
planches  (au  nombre  d'environ  2,700)  sous  le 
titre  de  Costumes  parisiens  de  la  fin  du 
dix-huitième  siècle  et  du  commencement  du 
dix-neuvième;  —  Vie  de Fr. -René  Mole,  co- 
médien français;  ibid.,  au  xi  (  1803),  in-12; 
—  Dictionnaire  des  Proverbes  français; 
ibid  ,  1821  ;3*  édit.,  1823,  in-8°  ;  cette  dernière 
a  été  augmentée  par  l'auteur  et  porte  seule  son 
nom  ;  —  Observations  sur  les  Modes  et  les 
Usages  de  Paris,  pour  servir  d'explication 
aux  115  caricatures  publiées  sous  le  titre  de 
Bon  genre,  depuis  le  commencement  du  dix- 
neuvième  siècle;  ibid.,  s.  d.,  in-4°  oblong  ; 
2'  édit.,  1822,  in-fol.  ;  —  Galerie  française 
des  Femmes  célèbres  par  leur  talent,  leur 
rang  ou  leur  beauté  (anonyme);  ibid.,  1827,: 
gr.  in-4°  avec  70  portr.  col.  ;  —  Costumes  des^^ 
Femmes  de  Hambourg,  du  Tyrol,  de  la  Hol-  ] 
lande,  de  la  Suisse,  etc.;  ibid.,  1827,  in-4°, 
avec  100  pi.  col.  ;  —  Costumes  des  Femmes  du 
pays  de  Caux  et  de  plusieurs  autres  parties 
de  l'ancienne  Normandie;  ibid.,  1827,  in-4°, 
avec  105  pi.  col.  La  Mésangère  a  rédigé,  sans 
les  signer  pourtant,  le  texte  de  ces  deux  re- 
cueils. Il  a  été  aussi  l'éditeur  des  Voyages  en 
France,  en  vers  et  en  prose  ;  1798,  4  vol. 
in-18,  fig.,  auxquels  il  a  ajouté  des  notes. 
P.  L— Y. 
Journal  des  Dames,  S8  février  1831.  —  Henrion,  An- 
nuaire Biographique,  t.  II.  —  Quérard,  La  France  lit- 
téraire. 

LA  MESCHiNiÈRE  (Pierre  de),  poète  fran- 
çais, vivait  à  la  fin  du  seizième  siècle.  Sous  le 
singulier  titre  de£a  Ceoce/re ,  Lyon,  1578,  in-4°, 
il  a  publié  des  sonnets,  des  odes,  des  chansons, 
des  églogues  et  des  bergeries  qui  lui  ont  été 
inspirés  par  un  amour  malheureux.  K. 
Lelong,  Biblioth.  française. 


bas  de  soie,  2,000  paires  de  souliers,  6  douzaines  d'habits 
bleus,  100  chapeaux  ronds,  40  parapluies,  90  tabatières  et 

10,000  fr.  en  pièces  de  quinze  et  de  trente  sous.  » 


201 


LA^MESNAllDiERE  —  LAMET 


202 


tiAMESNARDlÈRE   {Hippolljle-JuleS  PlLET 

i»e),  poète  français,  né  en  1610,  àLoudun,  mort 
le  4  juin  1663,  à  Paris.  Il  s'adonna  d'abord  à  l'é- 
tude de  la  médecine ,  fut  reçu  docteur  à  la  faculté 
de  Nantes,  et  se  fit  connaître  par  un  Traité  de  la 
mélancolie,  où  il  prétendait,  contrairement  à 
l'opinion  de  l'Écossais  Duncan,  que  la  possession 
des  religieuses  de  Loudun  n'était  point  l'effet 
d'un  cerveau  dérangé  par  la  folie ,  mais  la  suite 
des  maléfices  employés  à  leur  égard.  Ce  livre 
plut  infiniment  an  cardinal  de  Richelieu,  qui  fit 
venir  l'auteur  à  Paris  et  l'attacha  à  sa  personne 
en  qualité  de  médecin  ordinaire  ;  il  remplit,  par 
un  hasard  singulier,  la  même  charge  auprès  de 
Gaston,  duc  d'Orléans.  Mais  il  ne  tarda  point 
à  abandonner  l'exercice  dé  sa  profession  pour  se 
livrer  entièrement  à  Tétude  des  lettres,  et  exerça 
successivement  dans  la  maison  du  roi  les  fonc- 
tions de  maître  d'hôtel  et  de  lecteur  ordinaire 
de  la  chambre  II  fut  reçu  à  l'Académie  Française 
en  1655,  en  remplacement  de  Tristan L'Hermite. 
L'oubli  où  il  est  tombé  depuis  sa  mort,  en  même 
temps  que  ses  ouvrages,  fait  que  l'on  ignore  la 
plupart  des  particularités  de  sa  vie.  Ses  contem- 
porains l'ont  jugé  diversement  ;  Bussy  l'appelle 
«  un  virtuose  qui  a  fort  bien  écrit  de  toutes  les 
manières  ».  Chapelain,  dans  sa  Liste  de  quel- 
ques Gens  de  Lettres  français,  en  parle  ainsi  : 
«  Il  écrit  avec  facilité  et  assez  de  pureté  ;  son 
style  est  mou  et  étendu  ;  quand  il  se  veut  éle- 
ver, il  dégénère  en  obscurité  et  ne  fait  paraître 
que  de  beaux  mots  qui  ne  font  que  sonner  et  ne 
signifient  rien.  »  L'abbé  d'Olivet,  plus  équitable, 
«  avoue  qu'on  voit  dans  sesouvrages  plusd'imagi- 
nation  que  de  jugement  et  une  continuelle  envie  de 
se  faireadmirerpiutôtqued'instruire.»  Enfin  Éloy 
se  contente  de  l'appeler  «  un  bavard  éloquent  ». 
On  a  de  La  Mesnardière  :  Traité  de  la  Mélan- 
colie, sçavoir  si  elle  est  la  cause  des  effets  que 
l'on  remarque  dans  les  possédées  dé  Loudun  ; 
Là  Flèche,  1635,  in-S"  ;  —  Raisonnement  sur 
la  nature  des  Esprits  qui  servent  au  senti- 
ment; Paris,  1638,  in-12;  —  Panégyrique  de 
Trajan  ;  Paris,  1638,  in-4°  :  c'est  moins  une 
traduction  qu'une  paraphrase  des  plus  libres;  — 
La  Poétique;  Paris,  t640,  in-4°  :  ouvrage  laissé 
inachevé  à  cause  de  la  mort  du  cardinal  de  Riche- 
lieu, qui  avait  engagé  l'auteur  à  entreprendre  ce 
travail  «  Il  donne,  dit  Nicéron ,  des  préceptes  et 
des  exemples  sur  la  tragédie  et  l'élégie.  Les  pré- 
ceptes sont  empruntés  des  anciens  ,  et  il  les  ex- 
pose, non  pas  avec  une  brièveté  didactique,  mais 
souvent  avec  un  faste  oratoire  ;  pour  les  exem- 
ples, il  les  tire  quelquefois  de  son  propre  fonds.  » 
—  Le  Caracth-e  élégiaque  ;  Pans,  1640,  in-4°  : 
suite  de  La  Poétique;  —  La  Pucelle  d'Orléans, 
tragédie,  qui  a  été  attribuée  à  Bensevade;  Paris, 

1642,  in-4°;  —  Alinde,  tragédie,  dont  on  a  dit 
«  qu'elle  était  ennuyeuse  dans  toutes  les  règles, 
car  elles  y  étaient  exactement  observées»  ;  Paris, 

1643,  in-4°  ;  —  Lettres  de  Pline  le  consul; 
Paris,  1643,  in-12  :  qui  ne  contiennent  que  la  ver- 


sion des  trois  premiers  livres ,  version  tellement 
littérale  que  l'auteur  n'a  presque  rien  laissé  de 
cette  facilité  qui  fait  le  mérite  du  style  épistolaire; 

—  Les  Poésies  de  Jules  de  La  Mesnardière; 
Paris,  1656,  in-fol.  :  recueil  de  pièces  latines  et 
françaises;  les  épigrammes  tirées  de  l'anlhologie 
grecque  sont  à  peu  près  ce  qu'il  y  a  de  mieux  ; 

—  Lettre  du  sieur  du  Rivage  contenant  quel- 
ques observations  sur  le  poëme  épique  et  sur 
le  poëme  de  La  Pucelle;  Paris,  1656, in-4°.  La 
Mesnardière  s'est  caché  ici  sous  le  nom  du 
Rivage  ;  —  Chant  nuptial  pour  le  mariage 
du  yo?/ ;  Paris,  1660,  in-fol.  :  poëme  d'environ 
sept  cents  vers  ;  —  Relations  de  guerre  con- 
tenant le  secours  d'Arras  en  1654,  le  siège  de 
Valence  en  1656  et  le  siège  de  Dunkerque  en 
1658;  Paris,  1662  et  1672,  in-12.      P.  Louisy. 

NIcéfon,  niém.  des  Hommes  illustres,  XIX.  —  Bussy, 
Mémoires^.  —Chape\àin,  Liste  de  quelques  Gens  de  Lettres 
vivants.  —  Èioy,  Dict.  de  la  Médecine,  IH.  —  D'Olivet, 
Hist  de  l'Aead.  Française.  —  VioUet -Leduc,  fii6ijotA. 
Poétique. 

LAMET  {Adrien- Augustin  de  Bussy  de),  théo- 
logien français,  né  dans  le  Beauvoisis,  en  1621, 
mort  à  Paris,  le  20  juillet  1691.  Il  fut  reçuenSor- 
bonne  en  1646,  et  obtint  le  doctorat  quatre  ans 
plus  tard.  Paul  de  Gondi ,  cardinal  de  Retz, 
dont  il  était  parent,  l'attacha  à  sa  pei sonne.  De 
Lamet  suivit  ce  prélat  en  Angleterre,  en  Hol- 
lande, en  Italie;  confident  intime  du  cardinal, 
il  ne  paraît  pas  cependant  avoir  joué  de  rôle 
actif  dans  les  intrigues  qui  occupèrent  la  plus 
grande  partie  de  l'existence  aventureuse  de  Paul 
de  Gondi.  Cette  vie  errante  déplut  enfin  à  Bussy 
de  Lamet;  il  revint  à  Paris,  et  quoiqu'il  n'eût 
pour  toute  fortune  que  les  revenus  de  sa  sei- 
gneurie de  Serais  (Maine)  et  ceux  du  prieuré  de 
Saint-Martin  de  Brives,  il  se  livra,  dans  la  mai- 
son de  Sorbonne,  lieu  de  sa  retraite,  à  l'étude,  à 
la  prière,  à  l'éducation  de  nombreux  écoliers 
pauvres  et  à  la  direction  de  plusieurs  maisons 
de  religieuses.  11  allait  aussi  visiter  les  prisons, 
consolant  les  détenus  ou  les  exhortant  au  re- 
pentir. Sa  piété  sincère  le  fit  choisir  pour  ac- 
compagner les  condamnés  au  dernier  supplice. 
Son  ami  Sainte-Beuve  se  l'associa  pour  la  réso- 
lution des  cas  de  conscience,  et  l'opinion  de  La- 
met fut  d'une  grande  importance  dans  la  plu- 
part des  solutions  qui  furent  données  sur  cette 
matière.  On  a  de  lui  :  Résolutions  de  plusieurs 
Cas  de  Conscience  (ouvrage  posthume),  1714, 
in-S";  réimprimé  avec  les  résolutions  de  Froma- 
geau,  1724,  in-8°;  revu  et  mis  en  ordre  alpha- 
bétique par  Saint- Michel-Treuvé,  théologal  de 
Meaux,  et  l'abbé  Goujet ,  sous  le  titre  de  Dic- 
tionnaire des  Cas  de  Conscience ,  etc.;  Paris, 
1733,  2  vol.  in-fôl.  Les  cas  de  conscience  y  sont 
traités  suivant  la  morale,  la  discipline  de  l'É- 
glise, l'Écriture  Sainte,  les  Conciles,  les  Pères, 
les  canonistes  et  1  s  théologiens.  Cet  ouvrage 
a  été  réuni  à  celui  de  Jean  Pontas;  Bâle,  1741, 
5  vol.  in-fol.  A.  L, 

Moréri,  Le  Grand  Dict.  Historique. 


303 

î^AMETH,  ancienne  famille  française  de  la  no- 
blesse (le  Picardie  ,  dont  le  représentant,  au  milieu 
du  dix-huitième  siècle,  était  officier  général,  chef 
d'état-major  du  maréchal  de  Broglie,  dont  il 
épousa  la  sœur.  Il  en  eut  quatre  fils,  qui  tous  se 
sont  distingués  dans  les  armées  françaises  et  ont 
figuré  dans  nos  assemblées  législatives. 

P.  A.  V. 

LAMETH  [Augustin-Louïfi-Charles,  marquis 
de),  homme  politique  français,  né  le  20  juin  1755, 
mort  le  20  janvier  1837.  Il  ne  prit  aucune  part 
aux  événements  de  la  révolution.  Appelé  au 
corps  législatif  en  1805,  par  le  département  de 
la  Somme,  il  y  siégea  jusqu'en  1810. 

Il  eut  deux  fils,  l'aîné,  Alfred,  né  en  1784,  entré 
au  service  militaire  à  l'âge  de  seize  ans,  doué 
d'une  bravoure  brillante,  successivement  aide  de 
camp  des  maréchaux  Soult  et  Murât,  fut  massacré 
en  Espagne  par  un  parti  de  guérillas; —  le  second, 
Adolphe,  entré  dans  la  marine  à  l'âge  de  quinze 
ans,  après  s'être  distingué  autant  par  son  huma- 
nité que  par  sa  valeur  dans  la  guerre  de  Saint- 
Domingue,  mourut  de  la  fièvre  jaune  à  Sainte- 
Lucie.  P-  A.  V. 

Arnanlt,  Jay,  Jouy  et  Norvins,  Biogr.  nonv.  des  Con- 
temp.  —  Dict.  de  la  Convers. 

LAMETH  (Théodore,  comte  de),  homme  po- 
litique français,  né  à  Paris,  le  24  juin  1756,  mort 
au  château  de  Busagny,  près  dePontoise,le  19  oc- 
tobre 1854.  A  l'âge  de  quinze  ans  il  entra  dans  la 
marine,  où  il  se  distingua ,  comme  enseigne  de 
vaisseau,  dans  plusieurs  campagnes  qu'il  lit  sous 
de  Guichen  et  d'Orvilliers.  Il  passa  ensuite  avec 
le  grade  de  capitaine  dans  un  régiment  de  cava- 
lerie, et  fit  avec  deux  de  ses  frères,  en  1778, 
la  guerre  d'Amérique,  où  il  fut  blessé  au  combat 
de  La  Grenade.  De  retour  en  France,  il  fut  nommé 
colonel  en  second,  puis  colonel  commandant  un 
régiment  de  cavalerie,  Royal-Étranger.  <i  II  n'a- 
vait pas,  comme  beaucoup  de  ses  compagnons 
d'armes,  rapporté  d'Amérique,  dit  M.  Beugnot, 
l'engouement  pour  les  institutions  républicaines; 
et  quoiqu'il  adhérât  ave«  chaleur  aux  idées  de  ré- 
forme qui,  peu  ou  point  contenues,  firent  explo- 
sion en  1789,  il  ne  prit  aucune  part  aux  premiers 
événements  de  la  révolution  et  ne  s'occupa  qu'à 
maintenir  la  discipline  dans  son  régiment  et  l'ordre 
dans  les  villes  où  il  tint  garnison.  Les  habitants 
du  département  du  Jura,  pour  reconnaître  les 
services  qu'il  leur  avait  rendus,  le  nommèrent, 
en  1790,  administrateur  de  ce  déparlement,  et 
l'année  suivante  député  à  l'Assem'olée  législative. 
Il  ne  balança  pas  dans  le  choix  de  la  place  qu'il 
occuperait  au  sein  de  cette  assembl(>e;  il  alla 
.s'asseoir  au  côté  droit,  dans  les  rangs  d'une  mi- 
norité courageuse,  qui,  sans  se  l'aire  d'illusion  sur 
les  vices  de  la  constitution  de  1791,  ne  croyait 
pas  trouver  ailleurs  que  dans  l'expculion  rigou- 
reuse f^e  cette  constitution  le  moyen  de  sauver 
le  roi.  Il  suffit  d'ouvrir  Le  3îoiiHe?tr  et  de  par- 
courir les  débats  de  cette  tumultueuse  assem- 
blée pour  rester  convaincu  qu'aucun  membre  de 


LAMETH  204 

ce  côté  ne  put  disputer  à  Théodore  de  Lametli 
la  palme  du  courage  que  rien  ne  rebute  ni  n'in- 
timide, et  qui  puise  même  dans  des  revers  jour- 
naliers un  surcroît  d'énergie.  Lameth  ne  se  bor- 
nait pas  à  défendre  le  roi,  la  reine ,  sans  cesse  ou- 
tragée, la  constitution  quotidiennement  violée,  il 
portait  l'attaque  dans  les  rangs  de  ses  adversaires 
et  les  forçait  souvent,  par  l'énergie  de  son  langage 
et  de  son  attitude ,  de  reculer  et  de  se  défendre 
à  leur  tour.  »  Lorsque  Pastoret  proposa  de  dé- 
clarer la  guerre  à  l'empereur  d'Allemagne,  La- 
meth fut  un  des  sept  députés  qui  votèrent  contre 
le  décret  de  l'assemblée.  Il  n'abandonna  pas, 
comme  presque  tous  ses  collègues  du  côté  droit, 
l'assemblée  après  le  10  août,  et  continua  de 
lutter  en  désespéré.  A  l'époque  des  massacres  de 
septembre  1792,  il  osa  dénoncer  ces  horreurs  à 
la  tribune  et  conjura  vainement  ses  collègues  d'y 
mettre  un  terme.  Charles  de  Lameth  avait  été 
arrêté  à  Rouen  quelques  jours  après  le  10  août; 
à  la  dernière  séance  de  l'Assemblée  législative, 
Théodore  de  Lameih  obtint  l'élargissement  de 
son  frère  par  un  décret.  Après  la  dissolution  de 
l'Assemblée  législative,  il  demeura  à  Paris,  ca- 
chant ou  faisant  évader  des  personnes  compro- 
mises, exigeant  avec  autorité  des  passe- ports  de 
Danton.  11  se  décida  à  quitter  la  France  quand  il 
apprit  que  l'ordre  de  l'aiTêter  était  donné  II  se 
réfugia  en  Suisse ,  où  l'amitié  de  l'avoyer  de 
Berne,  Steiger,  lui  assura  un  asile  paisible  et  ho- 
norable, qu'il  quitta  à  regret,  en  1798,  quand  les 
armées  du  Directoire  vinrent  révolutionner  ce 
pays.  Après  un  court  séjour  dans  le  nord  de  l'Al- 
lemagne, où  il  rejoignit  son  frère  Charles  et  le  duc 
d'Aiguillon,  il  profita  de  l'amnistie  accordée  à 
l'occasion  du  18  brumaire,  pour  rentrer  en 
France.  Lebrun  l'ayant  présenté  au  premier  con- 
sul, celui-ci  lui  adressa  quelques  reproches  peu 
mérités  ;  Lameth  les  releva  avec  fierté.  Cela  suffit 
pour  le  brouiller  avec  Napoléon.  Théodore  de 
Lameth  avait  été  nommé  maréchal-de-camp 
par  Louis  XVI  en  1791  ;  il  se  trouvait  donc  en 
1814,  au  moment  de  la  restauration ,  le  second 
par  ancienneté  du  tableau  des  officiers-géné- 
raux de  son  grade;  il  espérait  passer  lieutenant 
général  :  il  fut  rois  à  la  retraite.  Le  département 
de  la  Somme  l'envoya  à  la  chambre  des  repré- 
sentants durant  les  Cent  Jours.  Il  y  fit  peu 
parler  de  lui.  Il  ne  prit  aucune  part  aux  af- 
faires publiques  ni  sous  la  Restauration  ni  sous  le 
gouvernement  de  Juillet.  Il  ne  briguait  point  la 
députation  et  quoiqu'il  fût  attaché  au  parti  libé- 
ral ,  il  ne  prit  part  à  aucun  acte  d'opposition.  A 
un  âge  avancé,  il  ne  réservait  pour  lui  qu'une 
faible  partie  de  ses  revenus,  et  venait  au  secours 
d'un  grand  nombre  de  malheureux.  «  Sa  charité, 
dit  M.  Beugnot,  était  active,  ingénieuse,  non- 
seulement  pour  faire  lui-même  le  bien,  mais  pour 
décider  encore  les  autres  à  le  faire.»  Il  avait  en 
outre  une  clientèle  nombreuse  de  solliciteurs 
d'emplois  publics,  pour  lesquels  il  ne  négligeait  . 
rien.  Retiré  chez  sa  nièce,  M"®  la  marquise  de 


205 

KicolM,  il  avait  fini  par  professer  des  sentiments 
religieux  dont  son  éducation,  empreinte  de  la 
philosofshie  du  dix-huitième  siècle,  l'avait  long, 
temps  tenu  éloigné.  On  a  de  lui  :  Observations 
de  A>  le  oénéral  comte  Th.  de  Lameth  ,  re- 
latives à  des  notices  qui  se  trouvent  dans  la 
Biographie  universelle  sur  ses  frères  Charles 
et  Alexandre;  Paris,  1843,  in-8°.      J.  "V. 

Comte  Bpusnot,  W.  te  comte  TModore  de  Lameth, 
daii--  k'  Journal  des  Débats  du  13  novembre  18Si.  —  Ar- 
nault,  Jay,  Jouy  et  Norvins,  Bioçr.  nouv.  des  Contemp. 


LAMETH  (Charles-Malo- François,  comte 
de),  homme  politique  français,  né  à  Paris,  le 
5  octobre  1757,  mort  le  28  décembre  1832.  Il 
figura  honorablement,  ainsi  que  ses  deux  frères 
Théodore  et  Alexandre,  dans  la  guerre  de  l'in- 
dépendance américaine.  Attaché  au  corps  d'ar- 
raée  du  général  Rochambeau,  en  qualité  d'aide 
major  général  des  logis ,  il  fut  blessé  au  siège 
d'Yorktown,  ce  qui  lui  valut  le  grade  de  colonel 
en  second  du  ré.giment  des  dragons  d'Orléans. 
De  retour  en  France,  il  fut  fait  colonel  des  cui- 
rassiers du  roi,  et  devint  gentilhomme  d'hon- 
neur du  comte  d'Artois,  place  qui  était  alors  un 
titre  aux  plus  hautes  faveurs  de  la  cour.  Il  s'em- 
pressa cependant  de  la  quitter,  aussitôt  qu'il  eut 
été  nommé  député  aux  états  génératix  par  la 
noblesse  de  l'Artois.  Lors  de  la  lutte  des  deux 
ordres  privilégiés  contre  le  tiers  état,  au  sujet  de 
la  vérification  des  pouvoirs ,  il  fut  l'un  des  pre- 
miers de  sa  chambre  à  se  réunir  aux  communes, 
et  siégea  constamment  au  côté  gauche,  après  la 
réunion  des  ordres  en  Assemblée  nationale.  Op- 
posant à  l'institution  du  marc  d'argent  comme 
condition  du  droit  d'éligibilité,  parce  que,  selon 
lui,  c'était  favoriser  l'aristocratie  des  richesses, 
il  demanda  la  liberté  de  la  presse  et  la  liberté 
des  cultes;  il  opina  pour  que  l'armée  ïùi  appelée 
à  voter  sur  la  consiitution,  et  pour  que  les  af- 
faires civiles  et  criminelles  fussent  soumises  à 
la  décision  des  jurés  ;  il  réclama  la  suppression 
des  justices  prévôtales,  ainsi  que  celle  des  titres 
honorifiques,  et  1  abolition  du  droit  de  faire 
grâce,  comme  attribution  du  pouvoir  royal.  Au 
mois  de  mars  1790,  Charles  de  Lameth  ayant, 
en  qualité  de  membre  du  comité  de  surveillance , 
fait  une  perquisition  nocturne  dans  le  couvent 
des  Annonciades  de  Pontoise,  pour  y  rechercher 
)'ex-garde-des-Sceaux  Barentin,  compromis  par 
une  dénonciation,  Lameth  riait  tout  le  premier  du 
rôle  qu'on  lui  faisait  jouer  dans  cette  expédition; 
mais,  sérieusement  provoqué  quelques  mois  après 
par  le  duc  de  Castries,  il  l'appela  en  duel,  et  en 
reçut  un  coup  d'épée.  Tandis  qu'une députation  de 
patriotes  se  portait  chez  le  blessé  pour  lui  adres- 
ser une  harangue  civique,  la  foule  se  rua  sur 
l'hôtel  de  Castries,  qu'elle  mit  au  pillage.  Lorsque 
vint  la  discussion  sur  le  lit)re  ronge,  Charles  de 
Lameth  fit  verser  au  trésor  public  60,000  fr., 
dont  il  avait  bénéficié  par  cette  voie.  Plus  tard, 
il  proposa  de  retirer  au  roi,  pour  l'attribuer  à 
l'assemblée,  le  droit  de  déclaration  de  guerre;  il 


LAMETH  206 

combattit,  le  28  juillet  1790,  la  motion  de  Mira- 
beau, tendant  à  faire  déclarer  le  prince  de  Condé 
traître  à  la  patrie;  et  le  1 1  décembre  suivant, 
contrairement  encore  à  l'opinion  de  Mirabeau, 
il  demanda  que,  le  roi  et  l'héritier  présomptif 
exceptés,  tous  les  autres  membres  de  la  famille 
royale  ne  jouissent  d'aucun  privilège  en  dehors 
de  la  loi  commune  ;  enfin,  il  provoqua  la  priva- 
tion de  toutes  fonctions  salariées  à  l'égard  des 
prêtres  insoumis  aux  décrets  relatifs  à  la  constitu- 
tion civile  du  clergé.  Après  la  fuile  de  Louis  XVI, 
dans  la  nuit  du  20  juin  1791,  Charles  de  Lameth 
proposa  :  1°  de  faire  tirer  le  canon  d'alarme; 
2°  de  renouveler,  par  un  acte  législatif,  le  ser- 
ment de  fidélité  à  la  nation;  3°  de  décréter  d'ar- 
restation le  marquis  de  Rouillé,  ainsi  que  tous 
les  officiers  suspectés  d'aristocratie.  Ces  mesures 
furent  adoptées.  Le  5  juillet  suivant,  élu  prési- 
dent de  l'Assemblée  nationale,  il  s'éleva  forte- 
ment contre  les  opinions  qui  tendaient  à  la  dé- 
chéance de  Louis  XVI,  et  soutint  de  tous  ses 
efforts  l'établissement  du  régime  constitutionnel. 
A  l'ouverture  de  la  campagne  de  1792,  il  com- 
manda, en  qualité  de  maréchal  de  camp ,  la  di- 
vision de  cavalerie  de  l'armée  du  nord.  A  la  suite 
des  événements  du  10  août,  étant  en  congé,  il  se 
dirigeait  avec  sa  femme  et  sa  fille  vers  le  Havre, 
lorsque,  sur  un  ordre  du  ministre  Clavière,  il 
fut  arrêté  à  Rouen,  et  retenu  au  secret  pendant 
vingt-sept  jours.  Rendu  à  la  liberté,  et  bientôt 
après  dénoncé  de  nouveau,  il  parvint  à  se  réfu- 
gier à  Hambourg,  où,  rejoint,  à  la  fin  de  1795, 
par  son  frère  Alexandre,  tous  deux,  de  concert 
avec  le  duc  d'Aiguillon,  leur  ami,  établirent  une 
maison  de  commerce,  où  ils  firent  des  gains  con- 
sidérables. Au  mois  de  juin  1797,  ils  crurent 
pouvoir  sans  danger  reparaître  en  France  ;  mais 
la  catastrophe  du  18  fructidor  les  força  à  s'expa- 
trier de  nouveau  ;  enfin  la  révolution  du  18  bru- 
maire vint  mettre  un  terme  à  leur  exil.  Charles 
de  Lameth  vécut  dans  la  retraite  jusqu'en  1809,  où 
il  reçut  l'ordre  de  rejoindre,  à  Hanau,  l'armée  d'ob- 
servation ;  à  la  fin  de  la  campagne,  il  fut  nommé 
gouverneur  de  Vi^urtzbourg.  Hentré  en  France 
en  1810,  envoyé  en  18  i  2,  comme  gouverneur,  à 
Santona,  sur  la  côte  de  Biscaye,  il  rendit  cette 
place  à  Ferdinand  Vil,  le  16  mai  1814,  d'après 
les  ordres  de  Louis  XVHI.  Le  22  juin  suivant, 
il  obtint  le  grade  de  lieutenant  général.  I!  dispa- 
rut alors  delà  scène  po'itique  jusqu'en  1829,  où 
il  fut  envoyé  à  la  chambre  des  députés  pai-  l'ar- 
rondissement de  Pontoise ,  en  remplacement  de 
son  frère  Alexandre.  Après  avoir  figuré  en  1830 
parmi  les  221,  il  protesta  contre  les  ordonnan- 
ces du  25  juillet,  et  lutta  ensuite  contre  les 
principes  anarchiques  qui  tendaient  à  fausser 
les  conséquences  de  la  révolution  faite  en  faveur 
des  principes  constitutionnels,  avec  non  moins 
de  persévérance  qu'il  en  avait  mis  autrefois  à 
combattre  les  abus  du  pouvoir  royal.  Dans  la 
discussion  sur  l'hérédité  de  la  pairie,  il  en  vota 
le  maintien,  et  ne  cessa  de  prendre  une  part  ae- 


207 


LAMETH 


208 


tive  aux  travaux  de  la  chambre.  [P.-A.  Vieil- 
lard, dans  VEncycl.  des  G.  du  M.] 

Arnault.  Jay,  Jouy  et  Norvins,  Bioçr.  nouv.  des  Con- 
temp.  —  Dict.  de  la  Convers.  —  Moniteur  de  1190-179». 

LAMETH  (  Alexandre  -  Théodore  -  Victor 
comte  de),  homme  politique  français,  né  à  Paris, 
le  28  octobre  1760,  mort  dans  la  même  ville,  le 
18  mars  1829.  11  se  distingua  sous  les  ordres  du 
général  Rochambeau  et  dans  la  guerre  d'A- 
mérique. Il  commanda,  en  qualité  d'adjudant 
général,  l'attaque  contre  la  Jamaïque,  et  à  son 
retour  en  France  il  fut  fait  colonel  (  3  mars  1785) 
des  chasseurs  de  Hainaut  (cavalerie).  Député  de 
la  noblesse  de  Péronne  aux  états  généraux  de 
1789,  Alexandre  de  Lameth  se  réunit  à  la 
chambre  du  tiers  état,  et  il  fit  partie,  avec  son 
frère  Charles,  de  cette  section  de  gauche  de 
l'Assemblée  nationale  désignée  sous  le  nom  de 
camp  des  Tartares.  Dans  la  célèbre  nuit  du 
4  août  1789,  où,  selon  l'expression  pittoresque 
de  Rivarol,  il  fut  fait  une  Saint- Barthélémy 
de  privilèges ,  Alexandre  de  Lameth  se  dis- 
tingua par  l'ardeur  avec  laquelle  il  fit  l'abandon 
de  ceux  qu'il  tenait  de  sa  qualité  de  membre 
des  états  de  l'Artois.  Il  ne  mit  pas  moins  de 
chaleur  à  poursuivre  l'abolition  de  tous  les  pri- 
vilèges dont  jouissait  le  clergé.  Dès  le  8  août 
il  demanda  que  les  biens  du  clergé  fussent  affectés 
au  payement  des  créanciers  de  l'État,  et  qu'il  fût 
pirivé  de  tous  les  avantages  qui  consacraient  la 
prédominance  de  la  religion  catholique  sur  les 
autres  cultes.  En  septembre  suivant  il  combattit 
avec  force  l'opinion  de  Mirabeau  en  faveur  du 
tieto  absolu.  Le  3  novembre,  un  décret  rendu  sur 
sa  proposition  fit  défense  aux  parlements  de  se 
rassembler,  en  prorogeant  les  pouvoirs  des  cham- 
bres des  vacations.  Dans  la  séance  du  15  mai  1 790, 
de  concert  avec  son  frère  Charles  et  avec  Bar- 
nave,  il  soutint  le  principe  de  l'intervention  na- 
tionale dans  le  droit  de  déclarer  la  guerre.  Au 
sortir  de  la  séance,  Barnave  et  Alexandre  de 
Lameth  reçurent  une  ovation  populaire.  Ce  der- 
nier ayant  présenté  un  plan  d'organisation  mili- 
taire, d'après  lequel  le  mérite  et  l'ancienneté 
étaient  les  seuls  titres  reconnus  à  l'avancement, 
ce  plan  fut  accueilli  avec  acclamation  par  l'as- 
semblée. Le  13  juin  il  fit  la  proposition  d'abattre 
les  statues  des  nations  enchaînées  aux  pieds  de 
Louis  XIV,  sur  le  monument  de  la  place  des 
Victoires.  11  soutint  le  principe  de  la  liberté  illi- 
mitée de  la  presse  appliquée  aux  journaux,  et, 
tout  en  adopant  celui  de  la  liberté  des  noirs ,  il 
demanda  qu'elle  ne  fût  réafisée  que  par  un  af- 
franchissement progressif.  Le  20  novembre  1790 
il  fut  appelé  au  fauteuil  de  la  présidence.  Lors- 
que le  roi  eut  été  arrêté  à  Varennes,  dans  sa  fuite 
vers  la  frontière,  et  que  le  parti ,  qui  déjà  aspi- 
rait au  renversement  du  trône,  eut  fait  au  Champ- 
de-Mars  un  appel  à  l'insurrection ,  Alexandre  de 
Lameth  demanda  qu'une  députation  de  l'Assem- 
blée nationale  se  rendît  auprès  de  Louis  XVI,  afin 
de  le  garantir,  ainsi  que  sa  famille ,  des  effets  de 


l'irritation  populaire.  Membre  du  comité  de  révi- 
sion de  l'acte  constitutionnel,  il  y  dénonça  les  ma- 
nœuvres de  Robespierre  et  des  jacobins  pour  in- 
troduire dans  l'armée  l'esprit  d'insubordination. 
Il  insista  aussi  pour  qu'après  l'acceptation  de  la 
constitution  par  le  roi  l'assemblée  continuât  à 
siéger  comme  simple  législature  ;  mais  cette  sage 
proposition  échoua  contre  les  scrupules  d'une  im- 
prévoyante majorité.  A  cette  époque,  un  rappro- 
chement eut  lieu  entre  Louis  XVI  et  Alex,  de  La- 
meth. Le  faible  monarque  demanda  au  député  des 
conseils,  et  ne  suivit  point  ceux  qu'il  reçut  de  lui, 
entraîné  par  l'influence  contraire  du  baron  de  Bre- 
teuil  et  d'autres  encore.  Lorsque  la  guerre  eut 
été  déclarée  à  l'Autriche,  au  mois  d'avril  1792, 
Al.  de  Lameth,  alors  maréchal  de  camp,  prit  du 
service  dans  l'armée  du  nord  ,  commandée  par 
le  maréchal  Luckner,  et  il  traça  le  camp  de 
Maulde,  qui  plus  tard  fut  occupé  par  Dumou- 
riez.  De  l'armée  de  Luckner  il  passa  à  celle  de 
La  Fayette  ;  après  le  10  août,  décrété  d'accusation, 
en  même  temps  que  ce  général,  Lameth  sortit  de 
France  avec  lui,  et  pendant  trois  ans  il  partagea 
en  Autriche  sa  captivité;  enfin,  à  la  suite  d'un 
échange  de  prisonniers,  il  recouvra  la  liberté, 
grâce  aux  instances  de  sa  mère,  sœur  du  der- 
nier maréchal  de  Broglie.  Retiré  à  Londres,  dans 
les  derniers  jours  de  1795,  il  y  fut  accueilli  avec 
le  plus  vif  empressement  par  Fox,  Grey  et  les 
autres  chefs  du  parti  whig.  Mais  Pitt,  inquiété 
par  sa  présence,  lui  fit  donner  l'ordre  de  quitter 
l'Angleterre,  d'où  il  passa  à  Hambourg,  auprès 
de  son  frère. 

Après  la  révolution  du  18  brumaire,  Al.  de  La- 
meth fut  successivement  appelé  à  administrer, 
comme  préfet,  les  départements  des  Basses- Alpes 
(1802),deRhin-et-Moselle(1805),delaRoër(1806), 
et  du  Pô  (1809).  A  l'époque  de  la  Restauration,  il 
quitta  le  titre  de  baron  de  l'empire  pour  prendre 
celui  de  comte,  fut  promu  au  grade  de  lieutenant 
général  et  nommé  préfet  de  la  Somme.  Au  retour 
de  Napoléon,  il  accepta  de  lui  un  siège  à  la 
chainbre  des  pairs,  et  il  y  fit  entendre  ces  belles 
paroles  par  lesquelles  il  repoussait  les  mesures 
de  rigueur  adoptées  à  la  chambre  des  représen- 
tants contre  les  royalistes  :  «  Cette  révolution-ci 
passera  comme  les  autres,  mais  les  principes  ne 
passent  pas.  Les  lois  d'exception  ne  sont  jamais 
que  des  lois  de  partis.  Aujourd'hui,  on  veut  vous 
faire  appliquer  des  lois  rigoureuses  aux  roya- 
listes ;  qui  sait  si,  près  comme  nous  le  sommes 
de  grands  événements,  on  ne  se  prépare  pas  déjà 
à  vous  poursuivre  avec  des  lois  dont  vous  ne 
pourriez  vous  plaindre,  puisque  vous  les  auriez 
faites  vous-mêmes?  »  Les  événements  qui  sur- 
vinrent donnèrent  bientôt  raison  à  ces  paroles. 
La  seconde  Restauration  amena  la  dissolu- 
tion de  la  chambre  des  pairs  formée  par  Na- 
poléon. Al.  de  Lameth  fut,  en  1819,  envoyé  à  la 
chambre  des  députes  par  le  département  de  la 
Seine- Inférieure.  Il  y  siégea  pendant  quatre  ses- 
sions, et  fit  constamment  partie  de  l'opposition 


209 

de  gauche.  Peu  de  discussions  importantes  eu- 
rent lieu  sans  qu'il  y  prit  part,  et  souvent  d'une 
manière  remarquable.  Dans  la  session  de  1822, 
il  signala  la  marche  du  ministère  de  Villèle,  qui, 
selon  lui ,  tendait  ouvertement  au  renversement 
de  la  charte  et  à  la  destruction  de  l'ordre 
constitutionnel.  Alexandre  de  Lameth  ne  vit 
point  la  révolution  de  1830.  Il  avait  été  réélu 
député  parle  collège  de  Pontoise,.à  la  fin  de 
1827.  Avec  moins  d'ardeur  que  son  frère,  c'é- 
tait un  orateur  plus  distingué  ;  ce  fut  surtout  un 
habile  administrateur.  On  a  de  lui  :  Examen 
d'un  écrit  intitulé  :  Discours  et  réplique 
du  comte  de  Mirabeau  à  VAssemblee  na- 
tionale sur  cette  question  :  A  qui  la  nation 
doit-elle  déléguer  le  droit  de  la  paix  et  de 
la  gtierre;  Paris,  1790,  in-8°;  —  Rapport 
fait  à  VAssemblee  constituante  sur  l'avance- 
ment militaire,  avec  des  Observations  préli- 
minaires ;  Paris,  1818,  in-8°;  —  Opinion  sur 
la  loi  des  élections;  Paris,  1820,  in-8'';  —  Opi- 
nion sur  le  retranchement  proposé  par  la 
commission  du  budget  relativement  à  l'ins- 
truction primaire;  Paris,  182l,in-8°; —  Opi- 
nion dans  la  discussion  du  projet  de  loi  sur 
les  canaux;  Paris,  1821,  in-8°; —  Un  Electeur 
à  ses  collègues;  Paris,  1824,  in-8°,  3  éditions; 

—  La  Censure  dévoilée; Pans,  1824,  in-8°;  — 
Considérations  sur  la  garde  nationale  ;  Paris, 
1827,in-8°;  —  Discours  prononcé  sur  la  tombe 
de  Stanislas  de  Girardin;  Paris,  1827,  in-8"; 

—  Histoire  de  l'Assemblée  constituante  ;  Paris, 
1828-1829,  2  vol.  in'8°.  A.  de  Lameth  avait  été 
l'un  des  rédacteurs  du  Logographe  de  1790  à 
1792  ;  il  a  travaillé  à  la  Revue  encyclopédique, 
à  la  Minerve  française,  au  Précis  des  événe- 
ments militaires,  parle  général  Dumas.  [P. -A. 
Vieillard,  dans  VEnc.  des  G.  du  M.  ] 

Arnault,  Jay,  Jouy  et  Norvins,  Biog.  nouv.  des  Con- 
temp.  —  Ùict.  de  la  Convers.  —  Quérard,  La  France 
Littéraire. 

LA  MÉTHERIE  (Jean-Claude  de),  médecin 
et  naturalistfi  français ,  né  à  Clayette  (  Maçon- 
nais) le  4  septembre  1743,  mort  à  Paris,  le 
l"""  juillet  1817.  Il  était  fils  d'un  médecin,  et 
reçut  une  bonne  éducation.  Destiné  à  l'état  ec- 
clésiastique ,  il  vint  suivre  les  cours  de  la  Sor- 
bonne,  et  prit  les  quatre  ordres  mineurs  au  sé- 
minaire de  Saint-Louis.  Sur  ces  entrefaites,  son 
frère  aîné  étant  venu  à  mourir,  il  obtint  la  per- 
mission de  se  livrer  à  la  médecine,  qu'il  étudia 
pendant  cinq  années,  et  qu'il  alla  ensuite  prati- 
quer dans  sa  ville  natale  jusqu'en  1780,  époque 
à  laquelle  il  vint  à  Paris.  En  1778,  il  avait  fait 
paraître  une  sorte  de  logique  et  de  métaphy- 
sique où  il  prétendait  indiquer  les  moyens  de 
réduire  les  probabilités  en  calcul ,  parce  qu'il 
avait  inventé  quelques  signes  pour  en  marquer 
les  différents  degrés  ;  il  y  regardait  le  mouve- 
ment comme  essentiel  à  la  matière  et  attribuait 
la  formation  de  tous  les  corps  à  la  cristallisa- 
tion. Il  développa  ces  idées  dans  un  nouvel  ou- 


LAMETH  —  LA  METHERIE  210 

vrageen  1781  ;  mais  ce  livre  n'eut  aucun  succès, 
et  La  Métherie  s'occupa  alors  des  gaz,  que  les 
travaux  de  Priestley  venaient  de  signaler  à  l'at- 
tention des  savants.  La  Métherie  soutenait 
que  l'oxygène  n'est  pas  le  principe  de  tous  les 
acides.  «  Cette  idée,  dont  le  temps  a  démontré 
la  justesse ,  dit  Jourdan  ,  parut  alors  paradoxale, 
et  disposa  mal,  jusqu'à  Lavoisier  lui-même,  à  l'é- 
gard de  l'auteur.  »  En  1785  il  fut  associé  à  la  di- 
rection du  Journal  de  Physique,  travail  dont  il 
demeura  seul  chargé,  la  même  année,  après  le 
départ  de  l'abbé  Mongez  le  jeune  pour  l'expédi- 
tion de  La  Peyrouse,  et  qu'il  continua  sans  in- 
terruption jusqu'à  sa  mort.  A  partir  de  1792,  il 
se  livra  à  l'étude  de  la  minéralogie,  de  la  géolo- 
gie, et  bâtit  un  système  de  cosmogonie  ;  puis  il 
s'occupa  de  physiologie.  En  1812  il  devint  pro- 
fesseur adjoint  des  sciences  naturelles  au  Collège 
de  France  «  La  Métherie  fut  un  homme  de  bien, 
dans  toute  l'étendue  de  ce  mot ,  ajoute  Jourdan  ; 
mais  il  vécut  plus  sous  l'empire  de  l'imagination 
que  dans  le  monde  des  réalités ,  et  se  trompa 
souvent  sur  les  hommes  et  sur  les  choses.  Sui- 
vant lui ,  la  création  et  l'annihilation  sont  im- 
possibles ;  chaque  partie  de  la  matière  a  une 
force  propre  qu'elle  ne  perd  jamais  ;  dans  les 
corps  solides  cette  force  est  in  nisu;  mais  dans 
les  fluides  elle  donne  à  chaque  molécule  un 
mouvement  continuel  de  rotation ,  d'ondulation 
et  de  vibration  autour  de  son  axe,  différente 
dans  chaque  corps.  C'est  ce  mouvement  qui  pro- 
duit tous  les  phénomènes  de  la  nature.  La  Mé- 
therie croyait  qu'on  peut  supposer  tous  les  corps 
dans  un  état  électrique  ou  magnétique...  Il  rap- 
portait la  vie  à  l'action  galvanique... Il  admettait 
que  les  corps  organisés  peuvent  bien  n'avoir  pas 
commencé  à  la  même  époque,  que  par  consé- 
quent il  peut  y  en  avoir  de  perdus,  et  que  tous 
sont  susceptibles  de  perfectibilité  ou  de  dégéné- 
rescence, suivant  les  circonstances  dans  les- 
quelles ils  se  trouvent.  Il  croyait  à  l'existence 
dans  les  végétaux  d'une  véritable  circulation, 
idée  que  des  observations  modernes  ont  justifiée. 
Il  croyait  que  nous  ne  sommes  qu'une  certaine 
combinaison  momentanée  de  molécules  de  ma- 
tière affectée  d'une  forme  déterminée  par  les 
lois  générales  de  la  nature.  Il  croyait  l'excitabi- 
lité produite  par  l'action  galvanique  pravenant 
de  la  superposition  des  fibres  nerveuses  et  mus- 
culaires. Suivant  lui,  la  chaleur  animale  n'est 
pas  un  produit  de  la  respiration ,  mais  elle  est 
due  en  outre  aux  combinaisons  diverses  qui  ont 
lieu  dans  l'habitude  du  corps  pour  former  les 
différents  produits  solides  ou  liquides.  L'homme 
n'est  qu'un  singe  perfectionné  par  l'état  social. 
L'espèce  humaine  ne  se  partage  qu'en  deux 
races ,  la  nègre  et  la  blanche.  Elle  a  dû  ne  se 
trouver  originairement  que  dans  une  contrée 
particulière  et  bornée.  Son  existence  n'est  pas 
postérieure  à  celle  des  autres  animaux.  La  vertu 
est  un  amour  de  soi  calculé  de  manière  à  pro- 
curer un  bonheur  durable.  Tous  les  êtres  sen- 


211 


LA  MÉTHERIE  —  LA  METTRiE 


212 


sibles  veulent  le  bien  des  autres  êtres  sensibles, 
et  ne  peuvent  trouver  le  bonheur  que  dans  la 
vertu.  La  somme  des  plaisirs  du  corps,  de  l'es- 
prit et  du  cœur  constitue  la  vraie  volupté ,  celle 
sans  laquelle  il  n'y  a  pas  de  bonheur,  en  un 
mot  le  souverain  bien.  »  Livré  bien  plus  aux 
idées  spéculatives  qu'à  l'expérience  et  à  l'ob- 
servation ,  La  Métherie  était  assez  ignorant  en 
mathématiques ,  et  peu  instruit  dans  l'histoire 
des  plantes  et  des  animaux  ;  dans  les  parties 
qu'il  connaissait  le  mieux,  comme  la  chimie  et 
la  minéralogie,  il  avait  des  préventions  qui  nui- 
saient à  la  rectitude  de. ses  jugements.  Il  combat- 
tit l'emploi  exclusif  de  la  cristallographie  comme 
moyen  principal  de  classification  des  minéraux,  et 
contribua  à  faire  connaître  un  grand  nombre  d'es- 
pèces minérales.  Son  style  est  sec,  et  il  ne  lie  pas 
assez  ses  idées  pour  en  former  un  système.  Sui- 
vant Jourdan,  «  les  travaux  de  La  Métherie  furent 
peu  utiles,  parce  qu'il  ne  sut  pas  les  faire  valoir 
et  qu'il  ignora  l'art  si  utile  de  l'intrigue,  qui  ré-' 
pugnait  à  son  âme  ;  aussi  vécut-il  presque  in- 
connu, dans  un  état  voisin  de  la  gêne ,  où  son 
bon  cœur  l'avait  léduit,  et  dont  nulle  main  se- 
courable  n'eut  la  générosité  de  l'aider  à  sortir.  » 
On  a  de  lui  :  Essai  sur  les  Principes  de  la  Phi- 
losophie naturelle;  Genève,  1778,  in-12;  — 
Viies  physiologiqiies  sur  V Organisation  Ani- 
male et  Végétale;  Amsterdam  et  Paris,  1781, 
in-12;  —  Essai  analytique  sur  l'Air  pur  et 
les  différentes  espèces  d'Air;  Paris,  1786, 
in-S";  1788,  2  vol.  in-8°  ;  —  Principes  de  la 
Philosophie  naturelle;  Genève,  1787,  2  'vol. 
in-8°  ;  réimprimés  sous  ce  titre  :  De  la  Nature 
des  Êtres  existants,  ou  principes  de  la  phi- 
losophie naturelle;  Paris,  1805,  in-8"j  — 
Théorie  de  la  Terre;  Paris,  1795,3  vol.  in-8''; 
nouv.  édit.,  augmentée  d'une  Minéralogie  ;  Pa- 
ris, 1797,  5  vol.  in-8"  ;  —  Analyse  des  Travaux 
sur  les  Sciences  naturelles  pendant  les  an- 
nées 1795-1797,  conteitant  les  principales 
découvertes  sur  V astronomie ,  la  physique, 
la  chimie ,  les  arts  et  les  différentes  bran- 
ches de  l'histoire  naturelle,  servant  d'intro- 
duction au  Journal  de  Physiqzie  de  l'an  VI  ; 
Paris,  1 798,  in-4''  :  chaque  année  il  continua 
ce  travail,  et  plaça  en  tête  de  ce  journal  un  ré- 
sumé historique  de  ce  qui  avait  été  découvert  ou 
observé  dans  l'année  précédente  ;  —  De  l'Homme 
considéré  moralement ,  de  ses  mœurs  et  de 
celles  des  animaux;  Paris,  t803,  2  vol.  in-S°; 
—  Considérations  sur  les  Êtres  organisés; 
Paris,  1805,  2  vol.  in-8";  —  De  la  Perfectibi- 
lité eu  de  la  Dégénérescence  des  êtres  orga- 
nisés ;  Paris,  1806,  in-S"  :  ce  travail  forme  la 
suite  de  l'ouvrage  précédent;  —  Leçons  de 
Minéralogie  données  au  Collège  de  France; 
Paris,  1812,  2  vol.  in-8°;  —  Leçons  de  Géolo- 
gie données  au  Collège  de  France;  Paris, 
1816,  3  vol.  in-8°.  Il  a  inséré  dans  \e  Journal  de 
Physique  un  grand  nombre  d'articles  .sur  presque 
toutes  les  branches  de  la  physique,  de  la  chimie. 


de  la  minéralogie,  de  la  géologie  et  des  autres 
parties  de  l'histoire  naturelle.  Enfin  on  lui  doit 
une  nouvelle  édition,  augmentée,  de  la  traduction 
du  Manuel  du  Minéralogiste  de  Bergmann  ; 
Paris,  1792.  La  plupart  des  ouvrages  de  La  Mé- 
therie sont  devenus  rares.  L.  L — t. 

.lourdan,  dans   la   Biogr.  médicale.   —  Quérard,  Lu 
France  Littéraire. 

L.\  METTRIE  {Julien  Offray  de),  médecin 
et  philosophe  français,  né  à  Saint-MaJo,  le  25  dé- 
cembre 1709,  mort  à  Berlin,  le  11  novembre' 
1751.  Son  père,  riche  négociant,  ne  négligea  rie^' 
pour  lui  faire  donner  une  brillante  éducation.  Il 
termina  ses  humanités  à  Paris,  alla  faire  sa 
rhétorique  à  Caen  chez  les  jésuites ,  et  revint 
au  bout  d'une  année  dans  la  capitale,  où  il  sui- 
vit les  cours  de  l'abbé  Cordier;  il  se  prononça 
alors  pour  le  jansénisme  avec  une  ardeur 
extraordinaire.  Après  avoir  achevé  ses  études, 
il  retourna  dans  sa  famille,  et,  suivant  les  con- 
seils d'un  ami ,  il  embrassa  la  carrière  médicale, 
contre  le  voeu  de  son  père,  qui  le  destinait  à  l'état 
ecclésiastique.  11  étudia  l'anatomie  pendant  deux 
ans,  et  se  lit  recevoir  docteur  à  Reims.  Eu  1733 
il  se  rendit  à  Leyde ,  auprès  de  Boerh;jave,  dont 
il  traduisit  plusieurs  ouvrages.  De  retour  dans  sa 
ville  natale ,  La  Mettrie  s'y  occupa  encore  de  tra- 
ductions. Morand  l'appela  à  Paris  en  1742,  et  lui 
fit  obtenir  la  place  de  médecin  des  gardes  fran- 
çaises. La  Mettrie  suivit  ce  corps  à  l'armée ,  et 
assista  avec  lui  aux  batailles  de  Dettingen  et  de 
Fontenoy.  Il  tomba  malade  pendant  le  siège  de 
Fribourg,  et,  s'étant  aperçu  que  diiraot  sa  ma- 
ladie l'affaiblissement  du  moral  avait  suivi 
chez  lui  l'affaiblissement  du  physique,  il  en  tira 
l'induction  que  la  faculté  de  penser  est  le  ré- 
sultat de  l'organisation,  etque  le  moindre  déran- 
gement dans  les  ressorts  de  notre  machine  doit 
exercer  une  grande  influence  sur  l'âme.  L'ou- 
vrage dans  lequel  il  exprimait  ces  idées  et  une 
satire  qu'il  publia  contre  les  médecins  lui  atti- 
rèrent les  persécutions  des  prêtres  et  de  ses 
confrères.  Privé  d'abord  de  sa  place  aux  gardes, 
après  la  mort  du  duc  de  Gramont,  son  protec- 
teur, il  perdit  aussi  celle  qu'il  avait  obtenue  dans 
les  hôpitaux  des  armées,  et  dut  même,  pour  évi- 
ter la  Bastille,  se  réfugier  à  Leyde,  en  1746.  Il 
écrivit  dans  cette  ville  une  nouvelle  satire  contre 
les  médecins ,  qui  fut  condamnée  au  feu  par  le 
parlement  de  Paris,  et  une  sorte  de  code  du  ma- 
térialisme qui  lui  attira  autant  de  désagréments 
de  la  part  des  réformés  que  son  hétérodoxie  lui  en 
avait  attirés  de  la  part  des  catholiques.  Ce  second 
livre  fut  condamné  à  Leyde,  et,  se  voyant  sur  le 
point  d'être  persécuté,  La  Mettrie  accepta  l'asile 
que  le  roi  de  Prusse,  Frédéric  le  Grand,  lui  fit 
offiir  par  Maupertuis,  à  Berlin.  Ce  prince  l'ac- 
cueillit favorab;ement,  comme  une  victime  de 
l'intolérance;  il  lui  accorda  une  pension  avec  le 
titre  de  son  lecteur,  et  le  nomma  membre  de 
l'Académie  de  Beriin.  Thiébaut  raconte  que  La 
Mettrie  se  mit  sur  un  grand  pied  de  familiarité  ;, 


2f3 


LA  METTRIE 


214 


à  la  cour  de  Prusse;  il  entrait,  dit-il,  dans  le  ca- 
binet du  roi  comme  chez  un  ami,  et  se  coucliait 
sans  façon  sur  les  canapés  ;  lorsnu'i!  faisait  trop 
chaud,  il  déboutonnait  sa  veste,  jetait  son  col 
et  sa  perruque  sans  gêne  en  présence  du  l'oi.  Il 
se  lassa  pourtant  bientôt  de  cette  vie,  et  pria 
Voltaire  de  négocier  son  retour  à  Paris.  "Voltaire 
écrivait  à  M""^  Denis,  le  2  septembre  1751  :  «  La 
Mettrie  brûle  de  retourner  en  V  rance.  Cet  homme 
si  gai ,  et  qui  passe  pour  rire   de  tout ,  pleure 
quelquefois  comme  un  enfant  d'être  ici.  »  Deux 
mois  après,  La  Mettrie  mourait  d'une  indigestion 
dans   la    maison    de    lord   Tyrconnel ,  envoyé 
d'Angleterre  à  Berlin.    «  Nous  avons  perdu  le 
pauvre  La  Mettrie,  écrit  Frédéric  II  à  sa  sœur, 
la  margrave  de  Bayreuth,le  21  novembre  1751. 
Il  est  mort  pour  une  plaisanterie ,  en  mangeant 
tout  un   pâté  de  faisan...;  il  s'est  avisé  de  se 
faire  saigner  pour  prouver  aux  médecins  alle- 
mands, qu'on  pouvait  saigner  dans  une  indiges- 
tion ;  cela  lui  a  mal  réussi...  11  est  regretté  de 
tous  ceux  qui  l'ont  connu.  Il  était  gai,  bon  dia- 
ble, bon  médecin  et  très-mauvais  auteur;  mais 
en  ne  lisant  pas  ses  livres  il  y  avait  moyen  d'en 
être  très-content.  »   D'un  autre  côté ,  Voltaire 
écrivait  à  M™*  Denis  :  «  Il  a  prié  mylord  Tir- 
conncl ,  par  son  testament ,  de  le  faire  enterrer 
dans    son  jardin...    Les  bienséances  n'ont  pas 
permis  qu'on  y  eût  égard  ;  son  corps  a  été  porté 
dans  l'église  catholique ,  où  il  est  tout  étonné 
d'être.  »  Le  roi  de  Prusse  se  chargea  lui-même 
de  composer  l'éloge  de  La  Mettrie,  et  le  fit  lire  à 
l'Académie  par  son  secrétaire  des  commande- 
ments, Darget.  «  Les  circonstances,  plus  qu'un 
mérite  réel ,  dit  Jourdan  ,  furent  la  source  de  sa 
célébrité.  Dans  un  siècle  où  la  raison  n'eût  pas 
eu  à  disputer  sur  tous  les  points  l'empire  aux 
préjugés  et  aux  institutions  gothiques,  La  Met- 
trie n'aurait  été  remarqué  ni  parmi  les  savants 
ni  même  dans  les  cercles  frivoles  de  la  haute 
société;  homme  d'esprit,  mais  sans  goût,  sans 
instruction  solide,  et  frondeur  par  caractère,  il 
fut  matérialiste,  parce  que  son  siècle  jouait  la  dé- 
votion. »  Les  philosophes  eux-mêmes  avaient  peu 
d'estime  pour  les  ouvrages  de  la  Mettrie.  D'Argens 
dit  de  lui  :  «■  Tous  ses  ouvrages  sont  d'un  homme 
dont  la  folie  paraît  à  chaque  pensée  et  dont  le 
style  démontre  l'ivresse  de  l'âme;  c'est  le  vice 
qui  s'explique  par  la  voix  de  la  démence  :  La 
Mettrie  était  fou  au  pied  de  la  lettre.  »  Diderot 
le  peint  comme  un  auteur  sans  jugement ,  «  dont 
on  reconnaît  la  frivolité  d'esprit  dans  ce  qu'il 
dit,  et  la  corruption  du  cœur  dans  ce  qu'il  n'ose 
dire;  dont  les  sophismes  grossiers,  mais  dange- 
reux par  la  gaieté  dont  il  les  assaisonne,  décè- 
lent un  écrivain  qui  n'a  pas  les  premières  idées 
des  vrais  fondements  de  la    morale  ;   dont  le 
chaos  de  raison  et  d'extravagance  ne  peut  être 
regardé  sans  dégoût ,  et  <loat  la  tête  est  si  trou- 
blée elles  idées  sont  à  tel  point  décousues  que 
dans  la  même  page  une  assertion  sensée   est 
heurtée  par  une  assertion  folle ,  et  une  assertion 


folle  par  une  assertion  sensée...  La  Mettrie, 
dissolu,  impudent,  bouffon,  flatteur,  était  iait 
pour  la  vie  des  cours  et  la  faveur  des  grands. 
Il  est  mort,  comme  il  devait  mourir,  victime  de 
son  intempérance  et  de  sa  folie;  il  s'est  tué  par 
ignorance  de  l'état  qu'il  professait.  » 

On  a  de  La  Mettrie  :  Traité  du  Vertige.,  avec 
la  Description  dhme  Catalepsie  hystérique , 
Rennes,    1737,  in-12  ;   Paris,  1738,    in-12;   — 
Lettres  de  M.  D.  L.  M.,  docteur  en  médecine, 
sur  l'Art  de  conserver  la  Santé  et  de  prolonger 
la  Vie;  Paris,  1738,  in-12;  —  Nouveau  Traité 
des  Maladies   vénériennes;   1739,  in-12;   — 
Traité  de  la  Petite  Vérole,  avec  le  traitement 
des  plus  habiles  médecins;  Paris,  1740,  in-12; 
—  Essai  sur  V Esprit  et  les  Beaux- Esprits; 
Amsterdam,  sans  date  (1740) ,  in-12;  —  Obser- 
vations de  médecine  pratique;  Paris,   1743, 
in-12  :  il  y  décrit  plusieurs  maladies  et  y  mani- 
feste son  penchant  pour  les  remèdes  violents , 
les  fortes  saignées  ,  etc.  ;  — Saint- Corne  vengé, 
ou  critique  du  traité  d'Asiruc  De  Morbis  ve- 
nereis;  Strasbourg,   1744,   in-8°  ;   —  Histoire 
naturelle  de  F  Ame,  traduite  de  l'anglais  de 
Sharp,  par  feu  H....;  La  Haye,  1745,  in-8"; 
Oxford,   1747,   in-12;   cet  ouvrage   n'est  pas 
une  traduction  :  il  a  pour  auteur  La  Mettrie  ;  — 
Politique  du  Médecin,  de  Machiavel,  ou  le 
chemin  de  la  fortune  ouvert  aux  médecins, 
ouvrage  réduit  en  forme  de  conseils ,  par  le 
docteur  Fum-Ho-Ham ,  et  traduit  sur  l'ori- 
ginal chinois ,  par  un  nouveau  maître  es  arts 
de  Saint-Côme  :  première  partie,  qui  contient 
les  portraits  des  plus  célèbres  médecins  de 
Pékin;  Amsterdam,   sans  date  (1746),  in-12  : 
cet  ouvrage  fut  condamné  par  arrêt  du  parle- 
ment de  Paris  du  9  juillet  1746  à  être  lacéré  et 
brûlé  par  l'exécuteur  de  la  haute  justice;  on  dit 
que  les  matériaux  de  ce  travail  avaient  été  fournis 
à  l'auteur  par  un  homme  qui  aspirait  à  la  place  de 
premier  médecin  du  roi;  —  La  Faculté  vengée, 
comédie  en  trois  actes ,  par  M*** ,  docteur  régent 
de  la  faculté  de  Paris  ;  Paris,  1747,  in-8°  ;  nouv. 
édit.,  posthume,  sous  ce  titre  :  Les  Charlatans 
démasqués ,  ou  Pluton  vengeur  de  la  société 
de  médecine,  comédie  ironique  en  trois  actes; 
Paris  et  Genève,  1762,  in-8",  avec  la  clef;  — 
L' Homme-machine  ;  Leyde,   1748,  in-12  :  les 
magistrats  de  Leyde  ordonnèrent  de  poursuivre 
l'auteur  de  cet  ouvrage,  et  le  chassèrent  de  Hol- 
lande;  le  livre  fut  brûlé  en  vertu  d'un  ariêt 
rendu  par  eux;  La  Mettrie  l'avait  fait  précéder 
d'une  dédicace  au  pieux  Haller  :  celui-ci  en  té- 
moigna une  vive   indignation;   —  L' Homme- 
plante  ;9oi9,A&m,  sans  date  (vers  1748),  in-12; 
—  Ouvrage  de  Pénélope,  ou  le  Machiavel  en 
médecine;  Berlin  et  Genève,  1748,  2  vol.  in  12; 
supplément  avec  la  clef;   Berlin,  1750,  in-12  : 
c'est  une  satire  violente  contre  les  plus  illustres 
médecins  de  l'Europe  :  Boerhaave,  Linné,  Wins- 
low,  Astruc,  Ferrein,  etc.,  qui  y  sont  attaqués 
avec  cynisme;  La  Mettrie  publia  le  livre  sous  le 


215 


LA  METTRIE  —  LAMI 


2-16 


nom  d'Alethenis  Demetrius  ;  un  anonyme  en  a 
fait  imprimer  un  abrégé  sous  ce  titre  :  Carac- 
tères des  Médecins,  ou  l'idée  de  ce  qu'ils  sont 
communément  et  celle  de  ce  qu'ils  devraient 
être,  d'après  Pénélope;  Paris,  1760,  in- 12. 
Les  ouvrages  de  La  Mettrie  contre  les  méde- 
cins sont  rares  et  recherchés;  —  Les  Animaux 
plus  que  machines;  Berlin,  1750,  in-8°;  — 
Réfleocions  philosophiques  sur  l'Origine  des 
Animaux;  Berlin,«  1750,  in-4°  ;  —  Traité  de 
l'Asthme  et  de  la  Dyssenterie  ;  1750,  in-8°;  — 
L'Art  de  jouir  ;  Berlin,  1751,  in-12;  —  Vénus 
métaphysique ,  ou  essai  sur  l'origine  de  l'âme 
humaine;  Berlin,  1752,  in-12  ;  —Épitre  à  mon 
Esprit;  Paris,  1774,  in-8°.  Les  Œuvres  philo- 
sophiques de  La  Mettrie  ont  été  publiées  à  Lon- 
dres (  Berlin  ) ,  1751,  in-4°;  nouv.  édition,  pré- 
cédée de  VÉloge  de  l'auteur,  par  Frédéric  le 
Grand,  Berlin,  1774,  2  vol.  in-8";  Amsterdam, 
1774,  3  vol.  in-12  ;  Berlin  (Paris) ,  1796,  3  to- 
mes en  1  vol.  in-8"  :  celle-ci  est  la  plus  complète; 
elle  contient  l'Éloge  de  La  Mettrie,  par  Frédé- 
ric n  ;  Discours  préliminaire  de  l'auteur  ;  Traité 
de  l'Ame;  Abrégé  des  systèmes  pour  faciliter 
l'intelligence  du  Traité  de  l'Ame;  Système  d'É- 
picure  ;  V Homme-plante  ;  Les  Animaux  plus 
quemachines ;  l'Anti-Sénèque,  ou  discourssur 
le  bonheur  ;  Épitre  à  M^i"  A.  C.  P.,  ou  la  ma-, 
chine  terrassée;  Épitre  à  mon  Esprit,  ou  l'a- 
nonyme persiflé;  La  Volupté,  par  M.  le  cheva- 
lier de  M***,  capitaine  au  régiment  Dauphin; 
L' Homme-machine  avec  la  dédicaee  à  H  aller  ; 
L'Art  de  jouir.  Ses  œuvres  de  médecine  ont  été 
imprimées  à  Beriin;  1755,  in-4''.  Outre  ces  écrits, 
on  doit  à  La  Mettrie  la  traduction  de  sept  ouvrages 
de  Boerhaave,  savoir  :  Traité  du  Feu;  1734  ;  — 
Système  sur  les  Maladies  vénériennes;  1735; 

—  Aphorismes  sur  la  Connaissance  et  la  Cure 
des  Maladies;  1738;  —  Traité  de  la  Matière 
Médicale  ;  1739;  —  Institutions  de  Médecine; 
1740  ;  —  Abrégé  de  la  Théorie  Chimique,  thée 
des  écrits  de  Boerhaave;  1 74 1  ;  —  Institutions 
et  Aphorismes ,  avec  un  commentaire;  1743. 
La  Mettrie  avait  aussi  traduit  le  Traité  de  la 
Vie  heureuse  de  Sénèque,  avec  un  discours  du 
traducteur  sur  le  môme  sujet;  1748.  L.  Louvet. 

Frédéric  II,  Éloqe  de  La  Mettrie,  et  Correspondance. 

—  Diderot,  Essai  sur  les  Hégnes  de  Claude  et  de  Néron.— 
D'Argens,  traduction  d'OcelliisLucaous.  —  Voltaire,  Cor- 
respondance. —  Ttiiébaut,  Souvenirs  d'un  Séjour  à  Ber- 
lin. —  Joiirdan,  dans  la  Biogr.  médicale.  —  Vlrey,  dans 
le  Uict.  de  la  Convers.  —  Artaud,  dans  i'Encycl.  des  Gens 
du  Monde.  —  Darniron,  Mémoires  pour  servir  à  l'histoire 
de  la  Philosophie  du  dix-huitième  siècle,  tome  I".  — 
Quérard ,  La  France  Littéraire. 

L.AMBV  {André),  historien  allemand,  né  à 
Munster  en  Alsace,  le  20  octobre  1726  ,  mort  le 
17  mars  i802.  Il  devint  bibliothécaire  et  secré- 
taire perpétuel  de  l'Académie  des  Sciences  de 
Mannheim.  On  a  de  lui  :  Codex  Laureshamen- 
sis  abbatise  diplomaticus ,  ex  eevo  maxime 
caroZHipico; Mannheim,  1768-1770,  3  vol.  in-4°; 
le  troisième  volume  a  paru  séparément;  ibid., 
1773-1777,  2  parties  in-4'';  —  Diplomatische 


Geschichte  der  Grafen  von  Ravensberg  (His- 
toire diplomatique  des  comtes  de  Ravensberg); 
Mannheim,  1779,  in-4°.  Lamey  a  aussi  fait  pa- 
raître, dans  les  sept  premiers  volumes  de  l'His- 
toria  et  Commentationes  Academix  Theodoro- 
palatinee ,  vingt-six  dissertations,  parmi  les- 
quelles nous  citerons  :  Ad  Lapides  quosdam 
romanos  inventas  ad  Neccarum;  —  Pagi  Lo- 
bodiinensts  sub  Carolingis  regibus  Descriptio; 

—  Pagi  Wormatiensis  sub  Carolingis  Des- 
criptio; —  Pagi  Rhenensis  sub  Carolingis 
regibus  Descriptio;  —  De  legione  I  Adjutrice 
ad  lapidem  Maguntinum  ;  —  De  insignium 
Palatinorum  Origine  et  Variationibus  ; —  An- 
nales diplomatici  Conradi  I,  Germanix  régis; 

—  Annales  diplomatici  Henrici  I,  Germanix 
régis;  —  Epistolx  Palatinx,  ex  codice  And. 
Masii,  consiliarii  Palatini;  prxmissa  hujus 
Masii  vita.  Lamey  a  édité  YAlsatia  Diploma- 
tica  de  Schœpflin,  son  maître  et  son  ami  ;  il  a 
ajouté  à  cet  ouvrage  deux  préfaces  étendues  et 
plusieurs  additions.  E.  G. 

Rotermund,  Supplément  à  JOcher.  —  Meusel,  Gelehrtes 
Deutichland,  t.  IV,  p.  318. 

LAMI  {Jean  ) ,  célèbre  littérateur  et  antiquaire 
italien,  né  le  8  février  1697,  à  Santa-Croce,  pe- 
tite ville  située  près  de  Florence,  mort  le  6  fé- 
vrier 1770.  Il  étudia  la  jurisprudence  à  Pise,  et 
se  fit  recevoir  docteur  en  droit  en  1719.  Il  s'é- 
tablit à  Florence  pour  y  exercer  la  profession 
d'avocat,  mais  il  quitta  bientôt  le  barreau  ;  sur 
le  conseil  de  Salvini ,  il  se  mit  à  étudier  à  fond 
la  langue  grecque,  et  à  apprendre  l'hébreu  ,  l'es- 
pagnol et  le  français.  En  1726  J.  Liice  Pallavicini 
l'appela  auprès  de  lui  à  Gênes,  et  lui  confia  la 
garde  de  sa  bibliothèque  (1).  11  accompagna  ce 
seigneur  à  Vienne,  où  il  vécut  dans  l'intimité 
d'Apostolo  Zeno,  de  Garelli  et  autres  savants, 
séjourna  ensuite  à  Venise,  et  parcourut  tout  le 
nord  de  l'Italie.  Les  notes  recueillies  par  lui 
pendant  ce  voyage  ont  été  consignées  dans  un 
journal ,  dont  le  manuscrit  est  conservé  à  la  bi- 
bliothèque Ricciardana.  S'étant  séparé  de  Pal- 
lavicini, Lami  visita  successivement  Lyon  -et 
Marseille,  continuant  à  fréquenter  les  bibliothè- 
ques et  les  collections  d'antiquités.  Les  ressour- 
ces lui  manquant  pour  continuer  ses  voyages ,  il 
prit  le  parti  de  s'engager  dans  le  régiment  Royal- 
Italien  ,  alors  en  garnison  dans  une  ville  de  la 
Flandre.  Il  se  mit  en  route  pour  aller  le  re- 
joindre, et  arriva  à  Paris  en  novembre  1729.  Il 
demanda  l'annulation  de  son  engagement,  et 
il  l'obtint,  ayant  présenté  au  roi  un  poème 
latin  sur  la  naissance  du  dauphin.  Entré  en  re- 


(1)  Un  débat  s'étant  élevé  entre  François  et  CatlieriBe 
Pallavicini,  deux  parents  de  Luce,  sur  la  question  de 
savoir  si  un  tiomme  savant  et  taciturne  devait  être  pré- 
féré à  celui  qui  n'ayant  que  peu  d'instruction  causerait 
beaucoup  et  avec  agrément,  Lami,  choisi  pour  juge  de 
cette  contestation,  se  prononça  oour  l'affirm.itive,  sou- 
tenue par  François  Pallavicini  Cela  lui  valut  l'aversion  de 
toutes  les  dames  de  Gênes  ,  qui  lui  suscitèrent  mille  tra- 
casseries. 


217 

lai  ion  suivie  avec  les  Bénédictins  de  la  con- 
grégation de  Saint-Maur,  il  fit  pendant  deux 
ans  à  Paris  des  recherches  sur  diverses  bran- 
ches de  l'érudition,  telles  que  la  diplomatique  et 
la  numismatique.  De  retour  à  Florence  au  com- 
mencement de  lyS"? ,  il  devint  professeur  d'his- 
toiic  ecclésiastique  au  lycée  de  cette  ville.  Son 
livre  De  Rectachristianorum  de  Trinitate  Sen- 
tentia  ,  publié  en  1733,  fit  suspecter  son  ortho- 
doxie. Ses  adversaires  lui  reprochaient  surtout 
l'intitulé  d'un  des  chapitres  de  l'ouvrage  ainsi 
conçu  :  De  Joanyiis  Evangelistee  Rusticitate 
et  Imperitia.  Pour  répondre  aux  insinuations  de 
ses  adversaires,  Lami  fit  paraître  en  1737  son 
traité  De  Eruditione  Apostolormn,  où  il  cher- 
che à  établir  que  les  premiers  chrétiens  n'avaient 
aucune  teinture  des  belles-lettres.  Bientôt  après, 
Lami  fut  entraîné  dans  une  autre  polémique, 
excitée  par  l'animosité  qui  régnait  à  Florence 
entre  les  jésuites  et  la  société  des  Apatistes , 
dont  il  faisait  partie.  Les  jésuites  Cordara  et 
Lagomarsini  ayant  publié  les  Quinti  Sectani 
Sermones,  où  Salvini,  Corsini  et  Lami  étaient 
persiflés ,  ce  derniçr  répondit  par  ses  Pifferi  di 
Montagna  et  ses  Thymoleonis  Menippea,  sa- 
tires pleines  de  sel ,  qui  eurent  un  grand  succès. 
II  entreprit  ensuite  un  journal  littéraire ,  qu'il 
continua  jusqu'à  sa  mort.  Le  ton  de  sa  critique  y 
devint  bientôt  acerbe  et  railleur,  ce  qui  le  brouilla 
avec  plusieurs  hommes  de  mérite,  tels  que  Gori 
et  le  cardinal  Quirini.  Le  principal  mérite  de 
Lami  est  d'avoir  plus  que  tout  autre  contribué 
à  débrouiller  l'histoire  civile,  ecclésiastique  et 
littéraire  de  la  Toscane.  On  a  de  Lami  :  De 
Recta  Patrum  Nicxnorum  Fide;  Venise,  1730, 
et  Florence,  1770,  in-4'';  —  De  Recta  christia- 
norum  in  eo  quod  mysterium  Trinitatis  ad- 
tinet  Sententia;  Florence,  1733,  in-4°;  —  De 
Eî'uditione Apostolorum ;¥lorence,  1738,  in-8°  : 
la  seconde  édition,  qui  parut  à  Florence ,  1766, 
2  vol.  in-4°,  contient  beaucoup  d'additions, 
et  a  pour  titre  :  De  Eruditione  Apostolorum 
Liber,  in  qiw  multa  quse  ad  primilivorum 
Chris tianorum  literas ,  doctrinas ,  scrïpta, 
studia ,  conditionem,  censura,  mores,  ritus 
attinent ,  exponuntur  ;  accedunt  disserta- 
tiones  de  re  vestiaria,  de  artibus  ,  opificiis  et 
ministeriis  veterum  ch^'islianorum  ;  —  Ap- 
plausi  poetici  per  le  nozze  del  marchesa  Ric- 
cardi  ;  Florence,  1733,  in-fol.  ;  —  Delicix  Eru- 
ditorum,  seu  veterum  anecdotorum  opuscu- 
lorum  Collectanea ;  Florence,  1736-1769, 
18  vol.  in-8"  :  cet  ouvrage  contient  principale- 
ment des  documents  concernant  l'histoire  civile 
et  ecclésiastique  de  la  Toscane  ;  quatre  volumes 
renferment  des  observations  de  tous  genres, 
recueillies  par  Lami  pendant  un  voyage  de  Flo- 
rence à  Pise;  —  /.  Pifferi  di  montagna  che 
audavano  per  sonare  efurono  sonati;  satira 
in  terza  rime  di  Gesellio  Filomasti^e  ;  Leyde, 
1738,  in-8°;  —  Thymoleonis  adversus  impro- 
bos  lUerarum  osor es  Menippea  ;  Londres,  1738, 


LAMI  218 

in-4°  ;  —  Adversus  Mtitonium  Lyeorestcn  Me- 


nippea II;  Londres,  1742,  in-4°;  —  Meursii 
Opéra;  Florence,  1741-1763, 12  vol.  in-fol.  ;  cette 
excellente  édition  contient  des  notes  savantes 
ajoutées  par  Lami  aux  travaux  de  Meursius  ;  en 
tête  se  trouve  une  biographie  étendue  de  ce  der- 
nier écrite  par  Lami;  —  Dialoghi  di  A.  Ven- 
cesio  in  defesa  e  confutazione  délie  stolte 
letlere  checontro  il  libro  De  Eruditione  Apos- 
tolorum furono  date  in  luce;  Roveredo,  1742, 
in-fol.  ;  —  Observationes  in  bullam  Bene- 
dicti  XIV  qua  ritus  sinici  iterum  damnan- 
tur;  Bologne,  1742,  in-8°;  —  Jos.  Rigacci  in 
suum  primum  epistolarum  Colucci  Salutati 
volumen  Appendix;  Genève,  1742,  in-8"  ;  — 
Novelle  Letterarie ;F\oreQce,  1740-1770,30  vol. 
in-4°  ;  les  deux  premières  années  de  cette  revue 
hebdomadaire  furent  publiées  par  Lami  avec  le 
concours  de  Gori,  de  Gentili  et  de  Tartigioni; 
les  suivantes  furent  rédigées  par  Lami  tout  seul; 

—  Memorabilia  Italorum  eruditione  prge- 
stanimm;  Florence,  1742-1748,  3  vol.  in-8°;  le 
troisième  volume,  qui  ne  renferme  que  les  bio- 
graphies de  Rich.  Rom.  Riccardi  et  de  Fr.  Ar- 
risius ,  contient  beaucoup  de  détails  intéressants 
sur  l'histoire  littéraire  de  Florence  au  seizième 
siècle  ;  dans  les  deux  premiers  volumes  se  trouvent 
les  biographies  de  cinquante-trois  savants  italiens 
alors  vivants  ;  —  Memorie  per  servire  alla 
vita  del  P.  Guido  Grandi;  Massa,  1742,  in-4''; 

—  In  antiquam  tabulam  Atheneam,  Decu- 
rionumnoniina  et  descriptionem  continentem, 
Observationes ;F\orence,  1745,in-fol.;  les  conclu- 
sions tirées  de  cette  inscription  par  Lami  furent 
attaquées  par  Gori  ;  —  Florentinoriim  codicum 
manuscriptorum  decas  I  et  H  ;  Florence,  1745- 
1746;  —  Catalogiis  codicum  manuscriptorum 
qui  in  bibliotheca  Riccardiana  adservantur, 
in  quo  multa  opuscula  anecdota  in  lucem 
passim  prqf&runtur,  et  plura  ad  historiam 
litterariam  completendam  illustrandamque 
idonea  ,  antea  ignota ,  exhibentur  ;  Livonrne, 
1756,  in-fol.;  —  Sanctse  ecclesiœ  Florentins 
Monumenta  ;  Florence,  1758,  3  vol.  in-fol.  ;  — 
Lezioni  d'Antichità  Toscane;  Florence,  1766, 
2  vol.  in-4°;  recueil  de  dix-huit  mémoires  sur 
les  origines  de  Florence,  sur  l'histoire  de  cette 
ville  sous  la  domination  lombarde ,  et  sur  l'in- 
fluence qui  y  fut  exercée  par  l'hérésie  dés  Pate- 
rini  ;  —  Chronologia  viroriim  eruditorum 
prsestantium,  a  mundi  ortu  usque  ad  sascu- 
lum  christianum  XVI,  Lamii  juvenilis  lu- 
cubratio ,  opus  posthumum;  Florence,  1770, 
in-S".  Lami  a  aussi  donné  une  édition  des 
Carmina  d'Anacréon;  Florence,  1742,  in-12;  il 
a  encore  publié  divers  opuscules  et  dissertations, 
entre  autres  Suite  Geste  mistiche  dans  le  tome  ï 
des  Saggi  delV  Academia  di  Cortona  (  Rome, 
1 735  )  et  Sopra i  Serpenti sacri,  dans  le  tome  TV 
du  même  recueil.  Lama  laissa  en  manuscrit  des 
matériaux  pour  une  histoire  de  l'Église  depuis 
le  concile  de  Florence  ;  ces  manuscrits  ainsi  que 


219 


LAMI  —   LAMIA 


220 


tous  les  autres ,  qui  restent  de  lui ,  sont  con- 
servés h  la  bibliothèque  Riccardiaiia  à  Florence; 
on  y  trouve  aussi  quarante  volumes  contenant 
la  correspondance  de  Lami  avec  les  principaux 
savants  de  l'Europe.  E.  G. 

Lamii  f^ita  (autobiographie  dans  le  t.  XV  des  Oelicix 
Eruditorum).  —  Fontani.  Elouio  di  Lami;  KIorence, 
1789,  10-4».  —  Fabroni,  f^Ux  Italonim,  t.  XVI.  —  Lom- 
bardi,  Sloria  délia  Letter.  ItaL,  t.  IV.  —  Brucker,  Pi- 
nacotkeca  (Décade  !V,  n»  5).  —  Strodlinanii ,  Beytràge 
zur  Historié  der  Gelehrsamkeit,  t.  1.  —  Sax,  Oiwmas- 
ticon,  t.  V),  p.  490.  —  Tipallo,  Bioyr.,  t.  vu. 

LAMI  { Pierre- Reini  Crussolle),  littérateur 

français,  né  à  Paris,  le  1^''  août  1798,  décédé  à 
Saint-Mandé  (Seine),  le  17  juillet  1832.  Élevé 
dans  la  maison  et  par  les  soins  du  savant  Dau- 
nou  ,  Lami,  dès  son  plus  jeune  âge,  prit  du  goût 
pour  la  philosophie  et  les  lettres.  11  avait  à  peine 
dix-sept  ans  lorsque,  l'Académie  Française  ayant 
mis  au  concours  pour  l'année  1816  VÈloge  de 
jllonlesqziieu ,  il  ne  craignit  pas  de  traiter  ce 
sujet  difficile,  et  son  ouvrage  fut  envoyé  à  l'Aca- 
démie, qui  lui  accorda  une  mention  honorable.  On 
sait  que  le  prix  fut  décerné  à  M.  Villemain.  Le 
secrétaire  perpétuel  Suard  dit  dans  son  rapport 
que  le  discours  auquel  l'Académie  accordait  une 
mention  honorable  «  renfermait  des  beautés  réel- 
les, et  que  l'analyse  de  l'Esprit  des  Lois  y  était 
surtout  traitée  d'une  manière  qui  annonçait  de 
l'esprit,  des  lumières  et  de  bonnes  études  ». 
Mais  Suard  ,  déserteur  de  la  philosophie  du  dix- 
huitième  siècle,  reprochait  au  jeune  auteur  des 
«  opinions  exagérées  et  quelques  idées  incon- 
venantes qu'un  écrivain  sage  ne  devait  pas 
se  permettre  ».  L'Eloge  de  Montesquieu  par 
Lami  n'a  été  imprimé  qu'en  1829,  in-8°.  En  1819 
il  publia  un  Éloge  (  en  vers  )  de  la  Clémence, 
ou  ëpitre  à  Fénelon,  in-8°,  adressé  à  la  Société 
d'Émulation  de  Cambrai.  En  1818  Lami  inséra 
dans  le  Magasin  Encyclopédique  de  Millin  une 
notice  étendue  sur  des  traductions  en  espagnol 
des  Eléments  d'Idéologie  et  des  Principes  d'É- 
conomie politique ,  par  Destut  de  Tracy.  Il  s'y 
montie  partisan  zélé  de  la  philosophie  de  M.  de 
Tracy.  Le  grand  succès  qu'obtint  le  Résumé  de 
l'Histoire  de  France  par  Félix  Bodin,  ayant  mis 
ces  sortes  d'ouvrages  en  vogue ,  Lami  fut  chargé 
par  l'éditeur  d-'en  composer  deux,  et  ce  fut  ainsi 
qu'il  publia,  en  1824,  le  Résumé  de  l'Histoire  du 
Danemark,  et  en  1825  le  Résumé  de  l'Histoire 
de  Picardie.  Mais  une  plus  vaste  composition 
historique  devait  l'occuper  :  il  avait  conçu,  avec 
MM.  Augustin  Thierry  et  Jarry  de  Mancy,  le 
projet  de  publier  une  Histoire  de  France  tra- 
duite et  extraite  des  chroniques  originales, 
mémoires  et  autres  doc^iments  authentiques, 
en  30  vol.  in-8°.  Le  plan  qu'avait  suivi  M.  de 
Barante  pour  son  Histoire  des  Ducs  de  Bour- 
gogne était  celui  que  se  proposaient  d'adopter 
les  jeunes  auteurs.  Leur  prospectus  parut  en 
1824.  M.  Migaet  dut  remplacer  M.  J.  de  Mancy 
dans  cette  entreprise,  qui  ne  fut  oas  mise  à  exé- 
cntion. 


Au  plus  fort  de  la  guerre  des  classiques  et 
des  romantiques,  Lami  lut,  le  16  avril  1824,  à 
l'Athénée  des  Observations  sur  la  Tragédie 
romantique  (Paris,  1824,  in-8°),  où  il  déclare 
préférer  Corneille  et  Racine  à  Shakespeare,  Go  Ihe 
et  Schiller.  Lami  atravaillé  à  plusieurs  journaux- 
politiques  et  recueils  périodiques ,  particulière- 
ment à  La  Tribune,  dont  il  fut  l'un  des  princi- 
paux collaborateurs  avec  Auguste  Fabre ,  Mar- 
rast,  etc.  Ses  opinions  politiques  étaient  fort 
avancées ,  sans  aller  toutefois  jusqu'à  la  déma- 
gogie. Mort  avant  d'avoir  accompli  sa  trente- 
quatrième  année,  il  est  loin  d'avoir  pu  tenir 
toutes  les  promesses  que  faisait  concevoir  son 
ardent  amour  des  idées  généreuses  et  ses  goûts 
littéraires.  A.  Taillandier. 

Documents  particuliers. 

^  LA.^aî  (Louis-Eugène),   peintre  français , 
né  le  12  janvier  1800,  à  Paris.  Élève  de  Gros 
et  de  M.  Horace  Veruet,  il  suivit,  de  1817  à 
1820,  les  cours  del'École  des  Beaux-Arts,  et  s'oc- 
cupa d'abord  de  gravure  et  de   lithographie; 
nous  citerons  dans  ce  dernier  genre  le  Voijage 
en  Angleterre  et  en    Ecosse  et  Les  Contre- 
temps. Après   la  révolution   de  Juillet,   il  fut 
chargé    d'enseigner   le   dessin   à  quelques-uns 
des  princes  de  la  famille  d'Orléans.  Depuis  1824 
il   a   exposé    aux     salons    annuels    un    grand 
nombre    de  tableaux   de   genre  et    d'histoire, 
parmi  lesquels  nous  signalerons  :  Éttides  de 
Chevaïixetle  Combat  de  Puerto  de  Miravente 
(  1824),  acquis  par  le  musée  du  Luxembourg, 
ainsi  que  Charles  I^r  recevant  une  rose  en  se 
rendant  à  sa  prison  ;  —  Un  Bal  aux  Tui- 
leries;   —  La  Prise  de  C'onstantine;  —  La 
Scène  du  sonnet  du  Misanthrope  ;  —  L'Orgie: 
(1853);  —   La   Bataille  de  l'Aima  {i?>aà)  ;  ; 
—  et  au  musée  de  Versailles  ;  La  Bataille  de  ■ 
Cassano;  —  La  Prise  de  Maëstricht;  — Le  Com- 
bat de  ffondschoote; — La  Capitulation  d'An- 
vers, etc.  Cet  artiste  a  aussi  rapporté  beaucoup  i 
de  dessins  et  d'aquarelles  des  voyages  qu'il  avait  I 
entrepris  en  Russie,  en  Espagne,  en  Italie,  en  i 
Angleterre  et  en  Crimée.  K. 

Dictionnaire  universel  des  Contemporains,  ISiiS.  ■ 
Livrets  des  .Salons. 

LAMIA  (AàfjLia),  courtisane  athénienne, 
fille  de  Cléanor,  vivait  dans  la  seconde  moitié  - 
du  quatrième  siècle  avant  J.-C.  Elle  commença  i 
sa  carrière  comme  joueuse  de  flûte  sur  le 
théâtre,  et  obtint  une  grande  célébrité  dans  cette 
profession,  qu'elle  quitta  cependant  pour  celle  de 
courtisane.  Elle  se  trouvait  à  bord  de  la  Hotte 
de  Ptolémée  dans  la  balaille  navale  de  Salamine, 
en  306,  et  tomba  entre  les  mains  de  Démétriuâ  ■ 
Poliorcète.  Elle  réussit  à  captiver  le  jeune  prince, 
et  garda  son  empire  sur  lui  pendant  plusieurs 
années.  Elle  devait  ce  pouvoir  moins  encore  à  sa 
beauté  qu'à  son  esprit,  souvent  célébré  par  les 
poètes  contemporains,  et  dont  Athénée  et  Plu- 
tarque  nous  ont  conservé  plusieurs  témoi- 
gnages. Lamia  se  distingua  aussi  par  ses  pro- 


'221 


hisions  et  la  magnificence  de  ses  bantinots.  '■ 
Dans  une  circonstance  elle  fit  un  utile  usage  des 
richesses  que  Démétrins  lui  prodiguait  avec  une 
incioyaiile  libéralité,  en  l)àtis8ant  pour  tes  ha- 
bitants de  Sicyone  un  splendide  portique.  Entre 
autres  flatteries  que  les  Athéniens  inventèrent 
pour  flatter  Déraétrius,  ils  élevèrent  un  temple 
àLamia  sous  le  nom  d'Aphrodite.  D'après  Athé- 
née cette  courtisane  eut  de  Déniétiius  une  fille 
nommée  Phiia.  Y. 

Pintarqtie,  Demetri'js,  16,  19,  24,  25,  27.  -  Athénée. 
III,  p.  fOl  ;  IV,  p.  128  ;  VI,  p.  25S  ;  XIII,  p.  577  ;  XIV,  615. 
-  Élien,  far.  Hist.,  XII,  7  ;  Xlll,  9. 

LAMiA,  famille  romaine  de  la  maison  {gens) 
JEVià.  Elle  faisait  remonter  son  origine  à  une 
haute  antiquité ,  et  prétendait  descendre  du 
héros  mythique  Lamus,  fils  de  Neptune  et  roi 
des  Lestrygons.  Aucun  membre  de  cette  famille 
n'est  mentionné  avant  la  dernière  période  de  la 
république  ;  mais  sous  l'empire  elle  passait  pour 
une  des  plus  nobles  familles  romaines  (Horace, 
Carm.,  III,  17;  Juvénal,  IV,  154;  VI,  385). 
Les  membres  historiques  de  cette  famille  sont  : 

LAMIA  (  L.  JElius  ),  magistrat  du  rang 
équestre,  vivait  vers  50  avant  J.-C.  Il  aida  Ci- 
céron  à  réprimer  la  conspiration  de  Catilina. 
Ses  services  dans  cette  circonstance  le  signa- 
lèrent à  la  vengeance  du  parti  populaire,  et  il 
fut  banni  sous  le  consulat  de  Gabiriius  et  de  Pi- 
son,  en  58.  Rappelé  de  l'exil,  il  épousa  dans  la 
guerre  civile  la  cause  de  César,  et  obtint  l'édilité 
en  45.  L'année  suivante  il  sollicita  la  préture,  et 
Cicéron,  qui  était  lié  avec  lui,  recommanda  vive- 
ment sa  candidature  à  Brutus.  On  croit  que  La- 
mia  réussit,  et  qu'il  était  préteur  en  43,  lors  du 
meurtre  de  Cicéron.  On  pense  aussi  que  ce  La- 
mia  est  le  même  que  L.  Laraia,  homme  pré- 
torien (prseiorius  vir),  qui,  placé  comme  mort 
sur  le  bûcher  funèbre,  reprit  ses  sens,  et  parla 
lorsque  le  feu  déjà  allumé  ne  permettait  plus 
de  le  sauver  des  flammes.  Lam.ia  fut  le  véritable 
fondateur  de  sa  famille,  à  qui  il  légua  une  grande 
fortune  acquise  dans  des  spéculations  commer- 
ciales et  financières.  V. 

Cicéron,  Pro  Sest.,  12  ;  In  Pisoii.,  27  ;  Post  red.  in 
sen.,  5;  ^d  Att.,  XII,  21  ;  XIU.  45  ;  Jd  Fain.,  XI,  16, 
17;  XII,  29.  —  Valère  Maxime,  I,  8.  —  Pline,  Hist.  Nat., 
VII,  62. 

LAMIA  (L.  Mlïus),  fils  du  précédent  et 
ami  d'Horace,  fut  consul  en  l'an  3  après  J.-C. 
Tibère  le  nomma  gouverneur  de  la  Syrie,  mais 
ne  lui  permit  jamais  de  prendre  possession  de 
cette  province.  A  la  mort  de  L.  Pison,  en  32,  il 
lui  succéda  dans  la  place  de  préfet  de  la  ville. 
Il  mourut  l'année  suivante ,  et  fut  honoré  des 
funérailles  d'un  censeur.  Deux  des  odes  d'Ho- 
race, la  26^  du  l*"'  livre  et  la  17*  du 3®,  sont  adres- 
sées à  Lamia.  Y. 

Dlun  Cusslus,  VÏII,  19.  —  Tacite,  Ann.,  VI,  27. 

LAMIA  iEMiLiANCS  (  L.  jEîhis),  appar- 
tenait originairement  à  la  gens  jEmilia,  et  entra 
par  adoption  dans  la  gens  jElia.  Il  fut  consul 
suppléant  sor.s  le  règne  de  Titus  en  80  après 


LAMIA  —  LA  MILLETIERE  222 

.T.-C.  Il  était  marié  avec  Domitia  Longina,  fille 


de  Corbulon.  Domitien  la  lui  enleva  du  vivant 
de  Yespasien ,  la  prit  d'abord  poui'  maîtresse, 
puis  pour  femme,  et  peu  a{)rès  son  avènement 
au  trône  il  iH  tuer  le  mari.  Le  nom  complet  de 
Lamia  était  L.  ^Elius  Plautius  Lamia.        Y. 

Dion  Cassius,  LXVI,  3.  -Suétone,  Doinit-,  !,  10.  —  Ju- 
véna!,  IV,  154.  —  Warini,  Atti  ûegli  frutr.  arv.,  1,  table 
XXIll,  23,  p.  CXXX  et  222. 

LA  MILLETIERE  (Théophile  Bkachetde), 
controversiste  français,  né  vers  1596,  mort  eu 
1665.  Fils  d'un  intendant  de  la  maison  de  Na- 
varre, il  fit  ses  études  à  l'uîiiver.siié  d'Heidel- 
berg,  et,  de  retour  à  Paris,  pril  !a  robe  «l'avocat; 
mais,  doué  d'un  caractère  ver-salile,  il  se  def^oûva 
du  barreau,  et  approfondit,  avec  plus  de  zèle  qi;e 
de  talent,  les  matières  théologiques.  Koiiiir.é  an- 
cien de  l'église  protestante  de  Cliaienton,  il  se 
fit  remarquer  dans  les  di.->puîes  leligieuses  du 
temps,  fut  député  en  iû>,0  par  lo  consistoire  de 
Paris  à  l'assemblée  politique  de  La  Roclielle , 
qu'il  entraîna  dans  le  parti  de  la  résistance 
contre  le  gouvernement,  et  se  rendit  avec  La 
Chapellière  en  Hollande,  pour  solliciter  des  se- 
cours des  états  généraux.  Mêlé  depuis  cette 
époque  à  toutes  les  intrigues  des  réformés,  il  as- 
sista à  l'assemblée  de  Milhau  (1625),  et  fut  ar- 
rêté à  Paris  comme  agent  du  duc  de  Rohan 
(  1627  ).  Détenu  pendant  six  lïiois  à  la  Bastille,  il 
fut  envoyé  à  Toulouse  et  condamné  à  mort.  Le 
roi  lui  fit  la  grâce  de  la  vie,  parce  que  les  Ro- 
chelois  menaçaient  d'user  de  représailles  envers 
un  parent  du  P.  Joseph.  Au  bout  de  quatre  an- 
nées de  détention,  La  Milletière  obtint  une  pen- 
sion de  mille  écus  à  la  condition  de  travailler 
de  tout  son  pouvoir  à  la  réunion  des  diverses 
Églises  protestantes.  Devenu  l'instrument  do- 
cile du  cardinal  de  Richelieu,  il  entama  de  nom- 
breuses controverses  avec  ses  coreligionnaires, 
lesquelles,  comm.e  on  devait  s'y  attendre,  n'a- 
boutirent à  aucun  résultat.  En  1644,  le  consis- 
toire de  Charenton ,  considérant  que  depuis 
douze  ans  il  s'était  abstenu  de  la  cène,  lança 
contre  lui  une  sentence  d'excommunicalion,  ce 
qui  précipita  sa  conversion  au  catholicisme,  qu'il 
accomplit  publiquement  le  2  avril  1645.  Ce 
théologien  a  été  l'objet,  de  la  part  de  ses  amis 
ou  de  ses  adversaires,  de  jugements  passioiinés 
et  contradictoires  ;  Grotius  ,  Costar,  l'abbc  de 
Marolles  louent  son  zèle  pour  la  concorde  ;  Tal- 
lemant  des  Réaux  en  fait  le  portrait  suivant  : 
«  C'est  un  homme  d'esprit  et  qui  sait,  mais 
assez  confusément;  bon  homme,  mais  vain,  et 
qui  a  quelque  chose  de  démonté  dans  la  têîe.  » 
Parmi  ses  nombreux  écrits,  on  remarque  :  Dis- 
cours des  vraijes  raisons  pour  lesquelles 
ceux  de  la  religion  en  France  peuvent  et 
doivent,  en  bonne  conscience,  résister  par  ar- 
mes à  la  persécution  ouverte;  1622,  in-S"; 
livre  devenu  rare,  parce  qu'il  fut  condamné  par 
la  chambre  de  l'Édit  à  être  brûlé  de  la  main  du 
bourreau  ;  —  Lettre  à  M.  Rambours  pour  la 


223  LA  MILLETIÈRE 

rcunion  des  èvangéliques  aux  catholiques  ;  \ 
Paris,  1C28,  in-12  ;  —  De  unïversi  orbis  chris- 
tiani  Pace  et  Concordia  per  cardinalem  du- 
cem  Bichelium  constituenda  ;  Paris,  1634, 
in-S"  ;trad.  en  français,  1635,  in-4°;  —  Chris- 
tianas  concordix  inter  catholicos  et  evange- 
licos  in  omnibus  controversiis  instituendse 
Consilium;  1636,  in-S"  :  ouvrage  où  il  donne 
raison  à  l'Église  romaine  sur  beaucoup  de 
points;  —  Le  Moyen  de  la  Paix  chrétienne; 
Paris,  1637,  in-8°  :  réponse  à  la  réfutation  que 
Daillé  avait  faite  du  livre  précédent,  qui  faillit, 
sans  l'opposition  de  Richelieu,  subir  une  censure 
delà  Sorbonne;  —  La  Prédication  de  Jésus- 
Christ  aux  esprits  captifs;  Paris,  1638,  in-S"; 
—  Sommaire  de  la  doctrine  catholique  du 
Franc- Arbitre,  de  la  Grâce,  de  la  Prédestina- 
tion, etc.;  Paris,  1639,  in-8";  —  La  Nécessité 
de  la  Puissance  du  pape  en  l'Église  ;ih\à., 
1640,  in-8°;  — Le  Catholique  réformé  ;  Ma. , 
1642,  in-S";  —  Le  Pacifique  véritable  ;  ibid., 
1644,  in-8"  :  censuré  par  la  Sorbonne  à  cause  de 
cette  proposition,  «  que  dans  le  sacrement  de  la 
pénitence  la  satisfaction  devait  précéder  l'ab- 
solution «  ;  —  Déclaration  des  causes  de  sa 
conversion;  Ma.,  1645;  —  L'Extinction  du 
Schisme;  ibid.,  1650;  —  La  Victoire  de  la 
Vérité  pour  la  paix  de  l'Église;  ibid.,  1651  ; 
—Le  Flambeau  de  la  Vraie  Foi  ;  ibid.,  1654  ;  — 
Explication  catholique  de  l'Eucharistie; 
ibid.,  1664.  P.  L— y. 

Benoit,  Histoire  de  TÉdit  de  Nantes,  II.  —  De  Ma- 
roUes,  Mémoires.  —  Grotlus,  Epistolx  —  Bayle,  Dict. 
Hist.  —  Tallemant,  Historiettes.  —  Haag  frères,  La 
France  Protestante. 

I.AMIOT  {Louis- Marie),  missionnaire  fran- 
çais, né  vers  1765,  dans  le  diocèse  d'Arras , 
mort  le  5  juin  1831,  à  Macao.  Reçu  en  1787  dans 
la  congrégation  de  Saint-Lazare,  il  s'embarqua 
deux  ans  plus  tard  pour  la  Chine  en  compagnie 
des  missionnaires  Clet  et  Pené,  fut  ordonné 
prêtre  à  Macao,  et  se  rendit  à  Pékin.  Dans  cette 
ville,  où  il  résida  pendant  près  de  trente  années, 
il  eut  la  direction  d'un  séminaire,  enseigna  les 
mathématiques,  et  fut  interprète  du  gouverne- 
ment pour  les  langues  européennes.  Ayant  été 
accusé  en  1819  d'entretenir  des  relations  avec  le 
P.  Clet,  qui  prêchait  l'Évangile  dans  la  pro- 
vince de  Ho-Nan,  il  fut  confronté  avec  lui,  as- 
sista à  son  supplice,  et  fut  condamné ,  faute  de 
preuves  suffisantes,  à  être  chassé  de  l'empire. 
Il  s'établit  à  Macao,vet  y  fonda  un  collège.    K. 

annules  de  la  Propag.  de  la  Foi. 

LAMMA  (Agostino),  peintre  de  l'école  véni- 
tienne, né  à  Venise,  en  1636,  mort  en  1700. 
Élève  d'Antonio  Calza ,  il  fut  un  des  plus  ha- 
biles peintres  de  batailles  du  dix -septième 
siècle,  et  se  fit  remarquer  par  la  variété  des 
expressions  et  la  perfection  des  détails. 

E.  B— N. 
Melchlorl,    f^ite  de"  Pittori  Veneti.  -  Lanzi  ;  Storia 
délia  Plttura.  —  Ticozzt.  Dizionario. 

iiAMO  (  Pietro),  peintre  de  l'école  boloBaise, 


—  I.AMOIGNON 


254 


né  à  Bologne,  dans  les  premières  années  du 
seizième  siècle,  mort  en  1578.  Élève  d'Inno- 
cenzio  da  Imola,  il  travailla  beaucoup  dans  sa 
patrie.  Il  avait  peint  à  fresque  dans  le  cloître 
de  l'église  San-Francesco,  où  plus  tard  il  de- 
vait trouver  sa  sépulture,  divers  traits  de  la  vie 
du  saint,  dans  lesquels  il  était  facile  de  recon- 
naître le  style  de  son  maître.  Il  est  plus  connu 
encore  par  une  description  qu'il  a  laissée  des 
peintures  existant  à  Bologne.  Ce  manuscrit,  qui 
a  été  mis  à  contribution  par  tous  ceux  qui  lui 
ont  succédé,  est  l'ébauche  d'un  livre  qu'il  écrivit 
en  1560  à  la  demande  de  Messer  Pastovino,  ar- 
tiste siennois  et  pour  l'instruction  d'une  dame 
qui  désirait  connaître  les  objets  d'art  de  sa  ville 
natale.  Il  donna  à  son  ouvrage  le  nom  bizarre 
de  Graticola  (le  Gril),  parce  que  dans  son  tra- 
vail il  avait  divisé  la  ville  en  un  certain  nombre 
de  carrés  égaux,  comme  on  le  fait  pour  réduire 
un  tableau ,  procédé  que  les  Italiens  appellent 
graticola  et  graticolare.  E.  B— n. 

Malvasia,  Pilture  di  Bologna.  —  Lanù,  Storta  Pitto- 
rica.  —  TicozTl,  Dlzionario.  —  Giialandi,  Memorie 
oriçînali  di  Belle  AHi.  —  Le  même,  Tre  Giorni  in  Bc- 
logna. 

LAMOIGNON,  famille  française,  originairi 
du  Nivernais  ;  elle  remontait  jusqu'au  treizième 
siècle ,  où  plusieurs  Lamoignon  se  firent  con- 
naître dans  les  armes.  Le  premier  qui  soit  entré 
dans  la  magistrature  est  Charles  de  Lamoi- 
gnon, seigneur  de  Basville,  né  en  1514  et  mort 
en  1572,  au  moment  où  l'opinion  publique  le  dé- 
signait comme  le  successeur  du  chancelier  L'Hô- 
pital. Son  dixième  fils.  Chrétien  de  Lamoignon, 
élève  de  Cujas ,  et  conseiller  au  parlement  de 
Paris,  sut,  par  sa  probité  et  son  intelligence,  ga- 
gner l'estime  et  la  protection  de  Richelieu;  il 
ne  craignit  pas  de  compromettre  son  avenir  en 
entrant  dans  les  desseins  de  Marillac,  qui  vou- 
lait un  gouvernement  plus  parlementaire.  Ri- 
chelieu, qui  ne  se  vengeait  que  de  ses  grands  en- 
nemis ,  le  fit  nommer  président  à  mortier  en 
1633.  Ch.  de  Lamoignon  mourut  le  28  janvier 
1636.  Il  avait  épousé  Marie  de  Landes  ,  fille  de 
Guillaume  de  Landes,  conseiller  au  parlement. 
L'on  peut  dire  que  depuis  Chrétien  de  Lamoi- 
gnon cette  famille  fût  considérée  comme  l'une  des 
dynasties  parlementaires.  C'est  son  fils  qui  donna 
à  ce  nom  de  Lamoignon  plus  d'éclat  et  une  bien 
autre  renommée. 

LAMOIGNON  {Guillaume  de),  premier  pré- 
sident du  parlement  de  Paris ,  né  à  Paris,  en 
1617,  et  mort  le  10  décembre  1677,  était  élève 
du  célèbre  Jérôme  Bignon,  que  Chrétien  de 
Lamoignon  lui  faisait  considérer  comme  le  plus 
parfait  modèle  et  qui  lui  fit  connaître  les  doc- 
trines parlementaires.  Il  remplit  ensuite  pendant 
dix  ans  les  fonctions  de  conseiller  au  parlement, 
et  fut  nommé  maître  des  requêtes  en  1644.  Ces 
positions  diverses,  relativement  subalterne»,  ae 
présentaient  point  un  aliment  suffisant  à  son  in- 
quiète activité.  «  Je  me  souviens,  dit-il,  que 
j'étais  impatient  d'entrer  dans  les  affaires  pour 


225 


LAMOIGWON 


22G 


agir  avec  la  même  fermeté  que  mon  père.  »  Il 
aurait  voulu  aussi  marcher  sur  les  traces  de 
Jérôme  Bignon,  dont  il  ne  parlait  qu'avec  en- 
thousiasme. Il  en  était  là  lorsque  arriva  le  mou- 
vement politique  de  1648.  Il  suivit  d'abord  l'im- 
pulsion de  sa  compagnie,  qui  résistait  tout  en- 
tière à  Mazarin  ,  et  qui,  sous  le  nom  de  Vieille 
Fronde,  essaya  une  seconde  fois  d'établir,  ou 
plutôt,  suivant  l'opinion  de  Bignon  et  d'Omer 
Talon,  de  rétabhr  la  monarchie  parlementaire 
ou  tempérée.  Quand  les  seigneurs  eurent  fait 
dévier  le  mouvement  politique ,  quand  la  Nou- 
velle Fronde ,  rompant  entièrement  avec  les 
idées  parlementaires,  n'eut  plus  d'autre  objet 
que  de  mettre  Condé  à  la  place  de  Mazarin, 
tantôt  en  trompant  le  peuple,  tantôt  en  se  li- 
vrant à  lui  au  lieu  de  le  diriger,  Guillaume  de 
Lamoignon  se  rallia  au  parti  de  la  cour.  La  rai- 
son qu'il  donne  de  ce  changement  dans  ses  opi- 
nions peint  bien  le  véritable  parlementaire,  qui 
aurait  voulu  voir  sa  compagnie  placée ,  comme 
pouvoir  pohtique,  entre  la  royauté  et  le  peuple, 
mais  qui  redoutait  l'anarchie  plus  encore  que  le 
pouvoir  absolu;  «  Je  me  rangeai,  dit-il ,  pour  ne 
pas  être  soumis  à  la  populace  dont  la  tyrannie 
est  plus  extravagante  et  plus  insupportable  aux 
gens  de  bien  que  ne  le  seraient  les  princes  les 
plus  cruels.  «  11  rendit  des  services  au  gouver- 
nement comme  colonel  de  son  quartier,  qui  était 
celui  de  la  Cité,  alors  le  plus  redoutable.  Dans 
les  années  qui  suivirent,  il  plut  à  Louis  XIV  par 
la  netteté  des  rapports  qu'il  lisait  au  conseil. 
C'est  alors  que  Louis  XIV  dit  ce  mot  :  «Je  n'en- 
tends bien  que  les  affaires  que  M.  de  Lamoignon 
rapporte.  »  Du  reste,  il  avoue  lui-même  que  le 
besoin  qu'il  eut  de  la  cour  et  la  nécessité  de  ses 
affaires  l'obligèrent  de  devenir  courtisan.  C'est 
alors  que  le  premier  président  de  Bellièvre  mou- 
rut. Fouquet  et  Le  Tellier,  qui  aspiraient  tous 
deux  au  titre  de  chancelier,  Mazarin,  qui  voulait 
avec  adresse  diriger  le  parlement ,  songeaient , 
chacun  de  leur  côté ,  à  lui  donner  un  chef  qui  pût 
ensuite  seconder,  dans  ses  desseins  particu- 
liers, celui  qui  l'aurait  élevé.  Ce  fut  enfin  Maza- 
rin qui  disposa  de  cette  dignité  en  sa  faveur  ; 
mais  ce  qui  montre  que  Lamoignon  resta  ver- 
tueux au  milieu  d'une  foule  d'intrigues,  ce  sont 
les  paroles  de  Mazarin  en  lui  annonçant  sa  no- 
mination, le  20  ctobre  1658  :  «  Vous  serez  premier 
président  pour  servir  avec  honneur  et  cons- 
cience ;  jamais  on  ne  vous  demandera  rien  d'in- 
juste... et  si  moi-môme  je  vous  le  demandais  , 
refusez-le  moi  ;  nous  travaillerons  ensemble  au 
soulagement  du  petiple.  »  C'était  prendre  le 
nouveau  dignitaire  par  son  faible ,  car  si  les 
parlementaires  voulaient  écarter  le  peuple  des 
affaires,  ils  ne  luttèrent  le  plus  souvent  contre 
les  rois  que  pour  le  rendre  plus  heureux  par  la 
diminution  de  l'impôt.  Ne  pouvant  coiTompre 
Lamoignon,  l'habile  ministre  le  gagnait.  De  là  en- 
core ces  mots  qu'il.lui  dit,  et  que  Louis  XIV  ré- 
péta ensuite  publiquement  :  «  Si  j'avais  connu  un 

NODV.  BIOCR.   GÉNÉR.  —   T.  XXIX. 


plus  honnête  homme,  je  lui  aurais  donné  votre 
place.  »  Mazarin  réussit,  car,  le  4  août  1660,  La- 
moignon, en  complimentant  avec  sa  compagnie 
Louis  XIV  sur  son  mariage  et  sur  la  paix,  dit 
«  que  Dieu  donnait  les  rois  aux  peuples  pour 
être  les  causes  universelles  de  tous  leurs  biens,» 
et  que  «  les  rois  avaient  institué  le  parlement 
uniquement  pour  rendre  justice  ».  Tout  en  pa- 
raissant ainsi  renoncer  à  la  plus  haute  préroga^ 
tive  de  sa  compagnie,  il  en  conservait  avec  soin 
la  dignité  extérieure.  Dans  un  lit  de  justice  le 
maître  des  cérémonies  s'étant  avancé  pour  saluer 
le  parlement  après  les  évêques,  lé  premier  pré- 
sident lui  dit  :  «  Saintot,  la  cour  ne  reçoit  pas 
vos  civilités.  —  Je  l'appelle  monsieur  Saintot , 
dit  alors  le  roi.  —  Sire ,  reprit  le  premier  pré- 
sident, votre  bonté  vous  dispense  quelquefois 
de  parler  en  maître ,  mais  votre  parlement  doit 
toujours  vous  faire  parler  en  roi.  »  Survint  alors 
le  procès  de  Fouquet,  dont  Lamoignon  avait  été 
d'abord  l'ami ,  et  avec  lequel  il  s'était  brouillé, 
sans  doute  parce  qu'il  n'approuvait  pas  les  folles 
prodigalités  du  surintendant.  On  le  força  de 
présider  la  chambre  de  justice  qui  avait  jugé  ou 
plutôt  condamné  Fouquet.  Colbert  tremblait  que 
ce  dernier  ne  fût  absous,  parce  qu'alors  il  était 
lui-même  perdu;  il  voulut  savoir  l'opinion  du 
président  :  «  Un  juge,  répondit  Lamoignon,  ne 
donne  son  avis  qu'une  fois  et  sur  les  fleurs  de 
lys  ».  Jamais  Colbert  ne  le  lui  pardonna.  En  le 
voyant  incliner  à  l'avis  de  d'Ormesson,  on  mit  à 
sa  place  pour  présider  la  chambre  le  chancelier 
Seguier  ;  il  en  fut  transporté  de  joie  ,  et  comme 
on  le  pressait  d'y  revenir  comme  simple  juge ,  il 
répondit  :  Lavavi  manus  meas,  et  quomodo 
inquinabo  eas?  En  ce  même  temps  tous  les  mi- 
nistres songeaient  à  se  signaler  par  des  réformes 
dans  la  justice;  Colbert  crut  s'avancer  vers 
cette  dignité  de  chancelier,  qui  fut  toujours  son 
rêve ,  en  préparant  les  deux  ordonnances  civile 
et  criminelle. 

Lamoignon  avait  eu  un  dessein  bien  plus  vaste, 
celui  de  réunir  en  un  seul  code  toutes  les  lois  qui 
devaient  régir  la  France.  Voyant  que  Colbert  tra- 
vaillait en  secret  avec  Pussort ,  sans  paraître  rien 
savoir,  il  alla  parler  au  roi  de  ses  projets  d'une 
nouvelle  législation.  «  M.  Colbert  emploie  actuel- 
lement M.  Pussort  à  ce  travail,  répondit  le  roi; 
voyez  M.  Colbert,  et  concertez-vous  ensemble.  » 
C'est  ainsi  que  Colbert  fut  obligé  de  communiquer 
ses  desseins  aux  membres  les  plus  éclairés  du 
parlement,  et  que  s'établirent  ces  fameuses  con- 
férences dont  nous  avons  encore  les  procès-ver- 
baux en  partie  imprimés ,  et  où  Lamoignon ,  Bi- 
gnon, Omer  Talon,  dépositaires  des  traditions 
les  plus  hbérales,  résistèrent  souvent  aux  volon- 
tés absolues  de  Poissort,  bien  que  leur  avis  n'ait 
pas  toujours  prévalu ,  et  que  cinquante  ans 
plus  tard  chacun  sentît  la  nécessité  de  remanier 
ces  ordonnances.  Lamoignon  avait  bien  pris  des 
parlementaires  pour  donner  plus  de  perfection  à 
cet  ouvrage;  mais  le  parlement  même  en  était 

8 


227 


LAMOIGNON 


228 


exclu.  Il  cherchait  à  contrarier  les  législateurs. 
Colbert  n'en  était  pas  fâché,  parce  qu'il  aurait 
désiré  que  le  roi  supprimât  la  cinquième  cham- 
bre. On  insinua  à  Lamoignon  qu'il  faudrait  aigrir 
les  esprits,  pour  les  poussera  quelque  acte  d'in- 
subordination; il  essaya  de  les  adoucir  au  con- 
traire ,  en  repoussant  atec  mépris  une  somme 
d'argent  qu'on  lui  offrait  s'il  réussissait  ;  et  tout 
porte  à  croire,  malgré  les  paroles  qu'on  a  vues 
plus  haut ,  qu'au  fond  il  aurait  désiré  pour  le 
parlement,  mais  pour  la  grand'-chambre  seule- 
ment, des  prérogatives  politiques,  s'il  n'avait  vu 
qu'avec  le  droit  de  remontrance,  cette  com- 
pagnie ne  pourrait  qu'inquiéter  inutilement  la 
royauté,  et  empêcher  quelquefois  le  bien  que 
celle-ci  désirait  faire.  Cette  situation  particuhère 
d'un  homme  qui ,  avec  des  idées  toutes  par- 
lementaires cependant,  se  rapprochait  de  la 
cour,  où  il  trouvait  des  adversaires,  ne  pouvait 
troubler  son  calme  habituel.  Un  jour  que  Col- 
bert lui  avait  été  encore  plus  contraire  que  de 
coutume  :  «  Ne  nous  vefigeons  jamais  sur  l'État, 
dit-il  à  son  fils,  du  chagrin  que  les  ministres 
nous  donnent.  »  Mais  la  discorde  éclata  à  pro- 
pos d'une  question  où  Colbert  l'emportait  de 
beaucoup  sur  Lamoignon  ,  une  question  de  fi- 
nance. Pour  relever  les  finances  du  roi,  épuisées 
par  la  guerre,  deux  partis  se  présentaient  :  un 
nouvel  impôt,  ou  un  emprunt.  Colbert  prétendait 
qu'on  ne  pourrait  réaliser  l'emprunt;  Lamoi- 
gnon soutint  que  rien  n'était  plus  facile, et  son 
avis  l'emporta.  En  sortant  du  conseil  le  grand 
financier  dit  au  premier  président:  «Vous  triom- 
phez, je  le  vois.  Ne  savais-je  pas  aussi  bien  que 
vous  qu'on  pouvait  emprunter?  Mais  vous  venez 
de  précipiter  le  roi  dans  ce  système  déplorable 
de  l'emprunt.  Qui  l'arrêtera  maintenant?  Vous 
en  répondrez  à  la  postérité.  » 

Les  années  suivantes  ne  montrèrent  que  trop 
combien  Colbert  avait  raison  ;  mais,  comme  par- 
lementaire, Lamoignon  avait  en  horreur  tout 
nouvel  impôt,  il  se  tira  avec  plus  d'honneur  d'une 
discussion  qu'il  soutint  avec  le  nonce  du  pape  à 
propos  d'une  thèse  condamnée  à  Rome,  où  l'on 
soutenait  l'indépendance  du  roi  et  l'infaillibilité 
des  seuls  conciles  œcuméniques.  En  même  temps 
il  recevait  chez  lui,  à  Basville,  des  littérateurs, 
Racine  et  Boileau,  et,  profitant  d'une  dispute  qui 
avait  amusé  Paris  pendant  huit  jours,  il  excitait  ce 
dernier  à  composer  le  poëme  le  plus  parfait  qui  soit 
écrit  en  notre  langue.  Chacun  prévoyait  qu'il  se- 
rait bientôt  chancelier.  «  C'est  un  titre  de  royauté, 
dit-il  à  ceux  qui  lui  en  parlaient ,  mais  la  royauté 
n'est  pas  encore  conquise.  »  Il  voulait  fah-e  enten- 
dre que  pour  mériter  de  présider  la  justice,  il 
fallait  la  réformer,  et  il  travaillait  toujours,  avec 
Fourcroy  et  Auzanet ,  à  former  un  recueil  unique 
de  lois  qui  pût  servir  de  code  à  la  France  en- 
tière sur  toutes  les  questions  jugées  différemment 
dans  les  parlements,  c'est-à-dire  sur  presque 
toutes  les  questions  civiles.  Ses  collaborateurs 
lui    apportaient  des  mémoires;  i!  dressait  les 


articles  en  style  clair  et  précis.  A  peine  la  pre- 
mière édition  de  cet  ouvrage  eut-elle  paru,  qu'elle 
fut  aussitôt  épuisée.  On  ne  trouve  nulle  part  un 
simple  particulier  réussissant  dans  une  semblable 
tentative;  c'est  un  véritable  code,  et  Daguesseau, 
qui  s'en  est  beaucoup  servi  dans  ses  ordon- 
nances, dit  que  «  c'est  l'ouvrage  le  plus  propre  à 
former  cette  étendue  et  cette  supériorité  d'esprit 
avec  laquelle  on  doit  embrasser  le  droit  fran- 
çais ,  si  Ton  en  veut  posséder  parfaitement  les 
principes.  »  C'est  là  en  effet  ce  qui  recommande  à 
la  postérité  le  nom  de  Guillaume  de  Lamoignon, 
en  nous  faisant  voir  en  lui  l'un  de  ces  magistrats 
laborieux  et  justes  qui  ont  préparé  cette  grande 
codification  de  nos  lois  achevée  seulement  dans 
ce  siècle.  Guillaume  de  Lamoignon  devança  sou- 
vent le  sien. 

LAMOIGNON  (  Chrétien- François  de  ),  fils 
aîné  du  précédent,  naquit  à  Paris,  le  26  juin 
1644,  et  mourut  le  7  août  1709.  Son  père  avait 
voulu  faire  lui-même  son  éducation.  Quoiqu'il 
se  destinât  à  la  magistrature ,  il  débuta  dans  le 
barreau,  où  l'on  remarqua  en  lui  une  éloquence 
facile,  naturelle  et  débarrassée  de  citations  la- 
tines et  de  faux  brillants.  Conseiller  au  Parle- 
ment en  1666,  il  fut  chargé  pendant  la  peste  de 
Soissons  d'établir  une  hgne  sanitaire,  dont  l'effet 
fut  heureux  et  intercepta  toute  communication. 
Successeur  de  l'illustre  Bignon  dans  les  fonctions 
d'avocat  général ,  il  les  exerça  pendant  vingt-cinq 
ans  (1673)  avec  tant  de  considération  et  de  zèle 
qu'il  conserva  encore  huit  ans  cette  dignité  après 
avoir  été  nommé  président  à  morlier  en  1690.  Il 
fut  l'un  de  nos  plus  grands  avocats  généraux.  II 
recevait  à  Basville  les  littérateurs  les  plus  connus, 
Bourdaloue,  Regnard,  surtout  Racine  et  Boileau. 
C'est  à  lui  que  Boileau  adressa  sa  VPépître.  Il  de- 
vait être  nommé  membre  de  l'Académie  Française; 
mais  ii  refusa  cet  honneur,  pour  ne  pas  en  exclure 
l'abbé  de  Chaulieu,  qui  ne  put  cependant  être 
nommé.  En  1704,  il  fut  nommé  membre  de  l'Aca- 
démie des  Inscriptions  et  Belles-Lettres.  On  par- 
lait de  lui  à  la  cour  comme  d'un  loyal  caractère. 
Il  avait  accepté  en  dépôt  des  papiers  plus  impor- 
tants, sous  le  rapport  politique,  qu'il  ne  l'avait 
d'abord  pensé.  Le  roi  voulut  voir  ces  papiers  : 
«  Sire,  répondit  le  président,jenem'en  serais  pas 
chargé  si  j'eusse  su  qu'ils  continssent  quelque 
chosede  contraire  au  roi  et  à  l'État  ;  Votre  Majesté 
me  refuserait  son  estime  si  j'étais  capable  d'en 
dire  davantage.  »  Il  avait  écrit  la  vie  de  son  père, 
qui  est  perdue,  aussi  bien  queses  plaidoyers  ;  mais 
on  les  retrouverait  sans  doute  en  Angleterre; 
car  c'est  là  que  fut  vendue  plus  tard  la  biblio- 
thèque des  Lamoignon,  qui  ne  renfermait  pas 
moins  de  quinze  cent  cinquante  vol.  manuscrits 
et  huit  cents  cartons.  ^ 

LAMOiGJSOX  »E  bÂviim.e(  A'icoZas ,  164S- 
1724),  quatrième  frère  du  précédent,   débuta 
comme  avocat,  avec  succès.  Devenu  maître  des 
requêtes  et  plus  tard  conseiller  d'État,  i!  obtint  ! 
successivement  les  intendances  de  Montauban, 


229  I.AMOÏGNON 

de  Pan ,  de  Poitiers ,  enfin  de  Montpellier  en 
1685;  il  resta  trente-trois  ans  (1634  à  1718) 
dans  cette  dernière,  et  n'y  laissa  qu'un  sou- 
venir d'effroi  par  les  rigueurs  qu'il  exerça  contre 
lès  protestants.  Ruihières  a  essayé  de  le  justilier 
en  prétendant  «  qu'il  ne  voulait  que  faire  peur  ». 
Cette  explication  ne  saurait  s'entendre  de  toutes 
les  actions  de  Bàville,  et  le  chancelier  Da- 
guesseau  ,  qui  l'avait  connu  en  Languedoc  ,  le 
représente  comme  partisan  «  des  voies  de  l'auto- 
rité »  et  paraissant  dans  le  Languedoc  «  comme 
s'il  en  eût  voulu  faire  la  conquête  ».  Ce  qu'il  y 
a  d'étonnant  c'est  que  dans  un  mémoire  dont  il 
est  lui-même  l'auteur,  Bâville  dit  «  qu'en  reli- 
gion il  faut  attaquer  les  cœurs ,  et  que  c'est  là 
où  elle  réside  ».  Mais  ce  mémoire  était  écrit  pour 
l'instruction  du  duc  de  Bourgogne,  prince  très- 
pieux.  Ce  qu'il  y  a  de  plus  étonnant  encore  c'est 
que  Bâville  écrivait  à  son  frère,  le  18  avril  1708: 
«  Je  n'ai  jamais  été  d'avis  de  révoquer  l'édit  de 
Nantes.  »  Louvois  lut  alors  le  grand  coupable; 
il  s'était  arrangé  de  manière  à  faire  croire  avant 
l'acte  même  de  révocation  qu'il  n'y  avait  plus 
en  France  qu'une  poignée  de  protestants  et  de 
séditieux.  De  là  l'impitoyahle  sévérité  des  inten- 
dants, qui  croyaient  d'abord  en  finir  bien  vite, 
surtoirt  de  Bâville,  dont  Louvois  était  le  protec- 
teur. Il  est  certain  que  Bàville  sfe  fit  souvent  aux 
yeu\  de  Louvois  plus  inflexible  qu'il  ne  l'était  en 
effet.  Toutefois,  si  la  postérité  doit  faire  retom- 
ber sur  Louvois  tant  de  crimes  alors  commis, 
elle  ne  saurait  en  absoudre  ceuK  qui  lui  servirent 
d'instruments.  Bâville  finit  sa  vie  dans  une  sorte 
de  disgrâce  ;  car  après  la  chute  de  Louvois  les  nou- 
veaux ministres  refusèrent  de  le  rappeler  à  la  cour. 
LAMOiGNOiV  (  Guillaume  II),  seigneur  de 
i  de  Blancmesnil  et  MalesherbEs,  second  fils  du 
i  président  Chrétien- François  ,  1683-1772.  Il 
i  exerça  successivement  les  fonctions  d'avocat  gé- 
néral ,  de  président  à  mortier  au  parlement,  de 
premier  président  de  la  cour  dès  aides ,  enfin  de 
chancelier  en  1750  où  il  surcéda  à  d'Aguesseau. 
Il  n'y  joignait  pas  celles  de  garde  des  sceaux. 
C'était  un  homme  honnête,  mais  d'un  caractère 
faible.  Il  se  trouva  presque  toujours  dans  une 
fausse  position,  entre  l'autorité  royale  et  la  ma- 
gistrature, et  ne  participait  qu'à  regret  aux  me- 
sures de  rigueur  exercées  envers  elle.  Il  fut  exilé 
en  1763,  mais  ne  consentit  qu'en  1768  à  donner 
sa  démission.  Maupeou  père ,  qui  jiendant  ces 
cinq  années  avait  eu  le  titre  de  vice-chancelier, 
lui  succéda  en  1762,  pour  faire  place  aussitôt  à 
]  son  fils,  auteur  de  la  destruction  du  parlement. 
I  Le  célèbre  Malesherbes  était  fils  du  chancelier 
'  de  Lamoignon,  et  composa  les  épitaphes  qu'on  li- 
sait sur  sa  tombe  dans  l'église  de  Saint-Leu. 

LAMOKiSON  (  Chrétien- François  //de), 
arrière-petit-fils  du  président  Chrétien-François, 
1735-1789.  Président  à  mortier  /lès  1758,  il  fut 
exilé  avec  tout  le  parlement  en  1772.  11  fut  un 
l'os  principaux  collaborateurs  de  ia  Correspon- 
dance, satire  contre  le  parlement  Maupeou. 


LA  MONCE 


230 


1  Nommé  garde  des  sceaux  pour  remplacer  Miro- 
ménilen  1787  pendant  la  première  assemblée  des 
notables,  il  travailla  avec  Loménie  aux  édits  du 
timbre, de  la  subvention  territoriale,  à  l'emprunt 
des  4,000,000,  aux  èlits  des  bailliages  et  de  la 
cour  plénière,  actes  ou  tentatives  impopulaires 
que  repoussait  le  parlement.  Ainsi,  dans  la  se- 
conde moitié  de  sa  vie,  il  fut  l'adversaire  d'une 
compagnie  qu'il  avait  défendue  dans  la  première. 
Les  deux  ministères  se  retirèrent  au  milieu  de 
l'indignation  générale  en  1788,  et  Lamoignon, 
accabiéde  thagrin,  mourut  à  Basville  l'année  sui- 
vante, victime  d'un  accident  de  chasse,  qui  donna 
lieu  à  des  bruits  de  inort  volontaire.  Un  de  ses 
fils,  pair  dé  f'rance  sous  la  restauration,  fut  le  der- 
nier mâle  de  cette  Illustre  famille.  Son  nom  est 
réuni  aujourd'hui  à  Celui  d'une  branche  de  Sé- 
gur.  A  considérer  dans  SOn  ensemble  cette  famille 
parlementaire ,  Charles  de  Lamoignon  en  fut  le 
fondateur,  Chrélien  en  fut  la  pensée  politique 
dans  sa  formation,  Guillaume  la  pensée  législa- 
tive, Chrétien-François  la  pensée  littéraire,  Bâ- 
ville la  pensée  militante.  Enfin  Chrétieri-Frail- 
çois  II  la  représente  au  motnent  ôii  elle  se  con- 
sume en  inutiles  efforts  n'ayant  plus  ni  assez  de 
souplesse  ni  assez  de  puissance  pour  se  trans- 
former et  se  prêter  à  un  nouvel  ordre  de  choses. 

Fr.  MONNIER. 

Loiivet,  Éloge  du  P.  P.  de  Lamoignon  ;  Paris,  1661.  — 
GaiUard,  Fie  de  M.  le  p.  président  de  Lamoiçtnon  ;  P;i- 
ris,  1782.  —  Klécliier,  Oraison  funèbre  du  presid.  de  La- 
moignon. —  Lairioi;;non  Bâville,  Mémoires.  —  Salnt- 
Sltaon ,  Mémoires,  IV  et  Vil.  —  Journal  de  I°;ivocat 
Bacîiier.  —  D'Aguesseau,  Discours  sur  la  vie  ef  la  mort 
de  i\l.  Henri  d'Aguesseau-  —  An  étés  àé  M.  le  P.  P.  aS 
Lamoignon  ;  Paris,  1737.—  Séances  et.  travaux  de  l'Jcd- 
rieni.  ie  des  Sciences  morales  et  politiques,  1858,  n°«  d'oc- 
tobre, novembre  et  déceuibre 

LAMOIG^OIV    DR    MALESHERBES.     VoijeZ 

Malesuerbes. 

LAMOLA  (  Jean  ),  philologue  italien,  né  à  Bo- 
logne, vers  1400,  mort  à  Rome,  vers  1450.  Il 
fit  ses  études  à  Vérone,  sous  Guarino,  et  devint 
ensuite  précepteur  des  enfanis  de  Palla  Stroz7i; 
gentilhomme  florentin.  11  professa  à  Pavîc,  à  Ve- 
nise ,  à  Bologne.  Le  produit  de  ses  leçons  ne 
suffisant  pas  à  le  faire  vivre,  il  eut  recours  à  la 
protection  du  pape  Nicolas  V,  qui  l'appela  à  Rome. 
Lamola  mourut  après  son  arrivée  dans  cette  ville. 
On  a  de  lui  des  dissertations  et  des  discours  la- 
tins, re.stés  manuscrits.  Son  principal  titre  est 
d'avoir  découvert,  en  1427,  dans  la  bibliothèque 
Ambrosienne  à  Milan,  le  meilleur  manuscrit 
d'Aur.  Cornélius  CeISus.  Y. 

Or\anài,  Scritlori  Botognesi. 

LA  MONCE  {Ferdinand  de),  architecte  fran- 
çais, né  le  2^  juin  1678,  à  Munich,  mort  le 
30  septembre  1755,  à  Lyon.  Fils  d'un  artiste  di- 
jonnais,  Paul  de  La  Monce,  qui  mourut  en  1708, 
premier  architecte  de  l'électeur  de  Bavière ,  il 
reçut  des  leçons  de  son  père ,  perfectionna  son 
éducation  à  Paris,  et  visita  ensuite  les  princi- 
pales villes  d'Italie.  Durant  son  séjour  à  Rome, 
il  fut  chargé  d'acquérir,  pour  le  compte  du  d«c 


231 


LA  MONCE  —  LA  MOINNOYE 


232 


d'Orléans,  le  cabinet  du  duc  de  Bracciano,  qui 
avait  appartenu  à  la  reine  Christine.  En  1731, 
il  s'établit  à  Lyon,  où,  sur  sa  réjnitation,  on  lui 
confia  d'importants  travaux  ;  nous  rappellerons 
notamment  le  frontispice  et  le  portail  de  l'église 
de  Saint- Just;  la  porte  d'entrée  du  grand  hôtel- 
Dieu  avec  les  ailes,  la  coupole  et  une  des  façades  ; 
le  plan  du  quai  du  Rhône;  la  chaire  de  l'église 
du  collège  de  La  Trinité  ;  les  plans  et  dessins  de 
différentes  parties  de  l'église  des  Chartreux  ainsi 
que  le  dôme,  etc.  Obligé  d'abandonner  l'archi- 
tecture à  cause  des  infirmités  incurables  dont  il 
était  accablé,  il  composa  des  dessins  pour  la 
gravure,  et  ce  fut  d'après  lui  qu'on  exécuta  les 
planches  de  l'édition  de  l'Essai  sur  Vhomme  de 
Pope,  publiée  à  Lausanne;  et  de  la  Description 
de  la  chapelle  des  Invalides.  Il  a  aussi  laissé 
en  manuscrit  des  remarques  critiques  sur  huit 
églises  modernes  bâties  à  Lyon  (1747  et  1749). 
P.  L— Y. 

Péricaud  et  Breghot  du  Lut,  Lyonnais  dignes  de  mé- 
moire. —  Bollioud  Mermet,  Hist.  (  inédite  )  de  l'Acadé- 
mie de  Lyon. 

LA  MOîîNOYE  (Bernard  de),  poète  érudit 
et  philologue  français,  naquit  à  Dijon,  le  15 
juin  1641,  et  mourut  à  Paris,  le  15  octobre  1728. 
La  particule  que  l'on  remarque  dans  son  nom 
n'était  point  pour  lui  un  indice  de  noblesse  ;  son 
père,  honnorable  Nicolas  de  La  Monnoye,  n'a- 
vait d'autre  profession  que  celle  de  marchand 
paticier.  Une  honnête  fortune  permit  à  ses  pa- 
rents de  lui  donner  une  bonne  éducation  ,  et  il 
sut  grandement  la  mettre  à  profit.  C'est  au  col- 
lège des  jésuites  de  Dijon  qu'il  commença  ses 
études,  et  qu'il  sentit  se  révéler  en  lui  un  pen- 
chant prononcé  pour  la  poésie  latine.  De  douze 
à  seize  ans  il  fit  courir  sur  les  bancs  de  sa  classe 
des  épigrammes  dans  la  langue  de  Martial,  et 
que  Martial  lui-m<5me  n'aurait  pas  toutes  désa- 
vouées. A  cet  âge  déjà,  les  littérateurs  d'Athènes 
et  de  Rome  n'avaient  plus  de  secrets  pour  notre 
écolier,  qui  ne  négligeait  pas  non  plus  la  poésie 
française.  Plongé  avec  délices  dans  ces  occupa- 
tions, La  Monnoye  atteignit  ainsi  son  adolescence, 
moment  critique  que  la  plupart  des  hommes  de 
talent  ne  traversent  que  comme  une  crise  et  en 
luttant  le  plus  souvent  contre  la  volonté  pater- 
nelle. On  n'avait  pas  été  sans  remarquer  les 
riches  aptitudes  du  jeune  élève,  et  son  brave 
homme  de  père,  poussé  par  ses  amis,  songea 
avecorgueilaubarreau,  et  l'envoya  étudier  le  droit 
à  Orléans.  La  Monnoye  devint  légiste  par  obéis- 
sance, et,  de  retour  à  Dijon,  il  fut  reçu  avocat 
au  parlement,  le  16  novembre  1662.  Mais,  con- 
trarié de  plus  en  plus  de  s'être  laissé  imposer 
cette  carrière,  il  allégua  l'affaiblissement  de  sa 
santé,  et  revint  tout  entier  à  ses  travaux  de 
poésie  et  de  littérature.  Dès  ce  moment ,  malgré 
sa  jeunesse,  il  trouva  des  amis  qui  eurent  pour 
lui  la  considération  que  méritaient  ses  talents.  De 
ce  nombre  furent  le  président  Bouhier,  qui  édita 
par  la  suite  les  Noëls  de  notre  auteur,  Laniare , 


Lantin,  Dumay,  élégant  traducteur  bourguignon 
de  \' É néide  ,  Legouz,  Chevannes,  Moreau  de 
Mautour,  l'abbé  Nicaise,  et  le  père  Oudin,  qui 
remplit  plus  tard  la  triste  mission  de  chanter  la 
mort  de  son  ami.  Ce  cercle  intime  était  tout  pour 
La  Monnoye ,  qui  se  trouvait  heureux  d'en  re- 
cueillir les  suffrages. 

En  1671,  l'Académie  Française  venait,  pour  la 
première  fois ,  de  proposer  un  concours  de  poé- 
sie. Le  sujet  était  :  La  Fureur  des  duels  abolie 
par  Louis  XIV.  La  Monnoye  remporta  le  prix, 
et  de  cette  année  jusqu'en  1685  il  réussit  cinq  fois 
à  obtenir  le  même  honneur.  Dans  l'intervalle,  au 
moisdejuin  1675,  notre  auteur avaitépousé  Clau- 
dine Henriot,  fille  de  M.  Henriot,  officier  en  la 
chancellerie  du  palais  près  le  parlement  de  Bour- 
gogne. En  1700  et  1701,  il  publia  se.s  Noëls  bour- 
guignons. Six  ans  plus  tard,  cédant  aux  instances 
de  ses  amis,  il  vint  s'étabhr  à  Paris.  Dès  qu'il  y  fut 
installé ,  on  le  pressa  de  commencer  les  démar- 
ches nécessaires  pour  obtenir  une  place  à  l'Aca- 
démie, en  l'assurant  qu'il  y  arriverait  facilement. 
Cette  prédiction  se  réalisa,  et,  en  remplacement 
de  l'abbé  Regnier-Desmarais,  l'érudit  bourguignon 
fut  unanimement  élu,  le  23  décembre  1713.  Avant 
cette  élection ,  trente-sept  des  quarante  immor- 
tels n'avaient  pour  sièges  que  des  chaises  ordi- 
naires. Trois  d'entre  ces  derniers  étaient  les  car- 
dinaux d'Estrées,  de  Rohan  et  de  Polignac, 
tous  brûlant  de  donner  leur  voix  au  spirituel 
candidat ,  mais  ne  pouvant ,  grâce  à  la  sévère 
étiquette,  compromettre  la  dignité  du  chapeau 
rouge  en  se  confondant  dans  la  foule.  Louis  XrV 
proclama  l'égalité  académique...  et  le  fauteuil, 
dont  jusque  alors  le  directeur,  le  chancelier  et  le 
secrétaire  seuls  avaient  eu  le  privilège,  fut  donné 
à  tous  les  membres ,  et  depuis  on  n'a  plus  dit  : 
avoir  une  place  à  l'Académie ,  mais  y  avoir  un 
fauteuil.  Le  premier  ouvrage  que  donna  La 
Monnoye,  après  son  entrée  à  l'Académie ,  fut  la 
nouvelle  édition  du  Menagiana,  dont  il  s'occu- 
pait depuis  longtemps.  Tout  ce  que  ses  lectures 
variées ,  sa  critique  exacte  et  approfondie ,  sa 
connaissance  particulière  des  langues ,  des  livres 
et  des  auteurs ,  purent  lui  fournir  d'inconnu  ,  de 
nouveau ,  de  curieux ,  d'original  et  de  piquant 
dans  tous  les  genres,  il  l'ajouta  à  cet  ouvrage , 
qui  eut  ainsi  4  vol.  au  lieu  de  2  (1715).  Le  com- 
mentateur obtint  un  grand  succès  ;  les  curieux 
s'ameutèrent  contre  lui,  et,  sans  le  crédit  du  car- 
dinal de  Rohan,  on  ne  sait  trop  de  quelles  tra- 
casseries il  aurait  pu  être  victime.  Certains  pas- 
sages, d'un  ton  sympathique  à  l'esprit  de  La  Mon- 
noye, avaient  paru  un  peu  libres.  On  demanda 
des  suppressions  ;  mais  le  malin  auteur,  appor- 
tant dans  son  travail  une  lenteur  calculée,  le 
nouveau  Menagiana  eut  le  temps  de  se  débiter, 
presque  en  entier,  sans  cartons. 

A  cette  époque  de  sa  vie ,  un  événement  bien 
imprévu  vint  le  frapper  cruellement.  Le  système 
de  Law,  qui  porta  un  coup  si  funeste  à  tant 
d'honnêtes  familles,  ruina  entièrement  La  Mon- 


I 


233 


LA  MONNOYE 


234 


noyé.  Pour  venir  à  Paris ,  il  avait  vendu  ses 
biens-fonds,  dont  il  avait  placé  le  prix  à  consti- 
tution de  rentes  sur  l'État ,  et  tous  ses  contrats 
lui  furent  remboursés  en  billets,  qui  ne  tardèrent 
pas  à  devenir  de  nulle  valeur.  Il  avait  alors  quatre- 
vingts  ans!...  Mais  ce  terrible  revers  ne  l'abattit 
pas.  Obligé  de  vendre  jusqu'aux  médailles  de  ses 
prix  remportés  à  l'Académie ,  il  eut  le  courage 
d'en  plaisanter  en  quelques  vers  français  et 
même  en  un  distique  en  cette  langue  latine  dont 
il  avait  si  bien  l'habitude.  Cependant  il  ne  resta 
pas  longtemps  dans  cette  gêne  extrême  ,  et  des 
procédés  aussi  affectueux  que  généreux  vinrent 
apporter  de  notables  adoucissements  à  sa  posi- 
tion. D'abord  le  duc  de  Villeroy  lui  fit,  sur  quel- 
ques mots  du  comte  de  Caylus ,  une  pension  de 
de  cinq  cents  livres,  qu'il  porta  presque  aussitôt 
à  six  cents  ;  une  société  de  libraires  de  Paris  lui 
acheta  son  commentaire  des  Jugements  des  Sa- 
vants deBaillet  moyennant  une  pareille  pension; 
enfin  M.  de  Saint-Port,  avocat  général  au  grand- 
conseil  ,  lui  acheta  sa  bibliothèque  dix  mille  hvres 
comptant  et  lui  en  laissa  la  jouissance  pendant  sa 
vie.  Des  pareils  faits  lui  rendirent  sa  première 
tranquillité.  Il  se  remit  au  travail,  et  prouva  que  le 
grand  âge,  qui  avait  affaibli  sa  vue,  n'avait  point 
affaibli  ses  idées.  Un  nouveaucoup  vint  le  frapper  : 
le  20  janvier  1726,  il  perdit  sa  femme.  L'auteur  a 
laissé  des  stancesvraies  et  touchantes  sur  ces  évé- 
nements (il  avait  alors  quatre-vingt-cinq  ans).  Il  ne 
sortaitpresque  plus,  maisil  recevait  toujoursavec 
grand  plaisir.  Un  de  ses  bonheurs  de  ce  moment 
fut  d'apprendre  que  son  ami  le  président  Bouhier 
venait  d'être  nommé  membre  de  l'Académie 
Française.  Au  milieu  de  ces  tranquilles  événe- 
ments, La  Monnoye  touchait  insensiblement  au 
terme  de  sa  vie.  Comme  il  se  préparait  depuis 
longtemps  à  la  mort,  il  n'en  fut  point  effrayé,  et, 
plein  d'idées  douces  et  religieuses,  il  s'éteignit  pai- 
siblement, dans  sa  quatre-vingt-huitième  année. 
Il  fut  inhumé  dans  l'église  de  Saint-Sulpice ,  et 
Poucet  de  La  Rivière  lui  succéda  à  l'Académie. 
C'est  avec  intention  que  nous  avons  réservé 
ses  Noëls  Bourguignons  pour  en  parler  à  la 
fin  de  sa  biographie.  Malgré  le  renom  de  savant 
et  de  critique  de  La  Monnoye,  ce  recueil,  où  le 
philologue  se  délassa,  sera  de  plus  en  plus  son 
principal  titre  à  nos  yeux.  Très- versé  dans  les 
langues  grecque,  latine,  italienne  et  espagnole,  il 
en  est  une  autre  qu'il  possédait  magistralement 
aussi,  et  dans  laquelle,  en  se  jouant,  il  nous  a 
tout  simplement  laissé  son  chef-d'œuvre;  nous 
l'avons  dit  :  cette  langue ,  c'est  le  patois  bour- 
guignon ;  ce  chef-d'œuvre,  ce  sont  les  Noéi.  Je 
rapproche  à  dessein  dans  ma  phrase  ces  deux 
mots  langue  et  patois ,  parce  que  La  Monnoye 
(autrement  ici  Gui  Barôzai),  dans  ses  malins 
cantiques,  a  élevé  le  patois  bourguignon  à  la 
hauteur  d'une  langue.  Tout  le  convenu  ,  tout  le 
guindé  fie  ses  poésies  françaises  s'est  changé  là  en 
un  laisser-aller  plein  de  vierve,  de  trait  et  de 
finesse;  il  y  a  jeté  à  pleins  couplets  le  sel  bour- 


guignon, ce  vrai  sel  attique  de  l'Athènes  de 
la  Bourgogne.  Cette  production,  qui  restera 
toujours  en  première  ligne  parmi  celles  de  son 
genre,  a  été  jugée  à  différents  points  de  vue:  les 
uns,  effrayés  d'y  voir  tant  d'esprit ,  ont  voulu  à 
toute  force  y  entrevoir  de  l'impiété;  tandis  que  les 
autres  ont  bien  de  la  peine  à  ne  pas  en  proclamer 
chaque  ligne  œuvre  pieuse.  Il  y  a,  certes,  exagé- 
ration des  deux  côtés.  Un  peu  plus  de  malice 
que  l'un  n'en  voit ,  un  peu  moins  de  hardiesse 
que  l'autre  n'en  veut  voir,  telle  est,  nous  croyons, 
la  moyenne  qu'il  convient  de  prendre  pour  se 
faire  une  juste  idée  du  recueil. 

Les  Noëls,  dont  La  Monnoye  dut  l'idée  à  Aimé 
Piron,  apothicaire  et  père  du  fameux  Alexis, 
acquirent  promptement  une  célébrité  populaire , 
et  leur  auteur  en  ressentit  en  même  temps  deux 
contre-coups  très-différents  :  pendant  que  ses  re- 
frains au  langage  rustique  pénétraient  jusqu'à  la 
cour,  où  l'on  s'amusait  à  essayer  de  parler  le 
patois  bourguignon ,  le  vicaire  Magnien  tonnait , 
du  haut  de  la  chaire  de  Saint-Étienne  à  Dijon, 
contre  ces  mêmes  refrains,  et  les  déférait  à  la 
censure  de  la  Sorbonne,  qui  eut  le  bon  esprit  de 
ne  point  censurer,  une  minorité  de  neuf  docteurs 
ayant  seule  prononcé  l'arrêt.  Gui  Barôzai  leur 
répondit  par  une  Epôlôgie  dé"  Noëi ,  qui  est  un 
chef-d'œuvre  de  plaisanterie  et  de  raisonnement. 

Ces  Noëls,  que  Rigoley  de  Juvigny  crut  pou- 
voir se  dispenser  d'insérer  dans  les  Œuvres 
choisies  de  La  Monnoye,  en  sont  aujourd'hui 
à  leur  22^  édition  (  les  deux  dernières  sont  la  pre- 
mière et  la  deuxième  de  la  traduction,  que  nous 
avons  nous-même  donnée  de  cette  production 
locale  si  piquante  et  si  pleine  de  saveur  ). 

Les  principaux  ouvrages  d'érudition  de  La 
Monnoye  sont  :  Remarques  sur  les  Jugem,ents 
des  Savants  d'Adrien  Baillet,  in-4°;  Paris, 
1722,  7  vol.;  et  Amsterdam,  1725,  in-4°,  8  vol., 
et  in-12,  16  vol.;  —  Lettre  à  M.  Vabbé  Conti, 
sur  les  principaux  Auteurs  français  (terminée 
à  1725;  imprimée  au  tom.  vn  de  la  Biblio- 
thèque françoise  )  ;  —  Lettre  à  M.  Bouhier, 
sur  le  prétendu  Livre  des  Trois  Imposteurs 
(imprimée  àla  suite  du  Menagiana,  tom.  4);  — 
Dissertation  sur  le  Songe  de  Poliphile  (insérée 
dans  le  4^  volume  du  Menagiana)  ;  —  Disserta- 
tion sur  le  Moijen  de  parvenir,  dont  il  à  révélé 
le  véritable  auteur;  —  Commentarius  in  Ste- 
phani  Baluzii  carmen  de  laudibus  J.-B.  Bras- 
sard, dans  le  goût  de  celui  du  docteur  Mathana- 
sius;  —  Notes  et  Préfaces  pour  la  Panckaris 
de  Jean  Bonnefons  ;  —  Remarques  sur  le  Pog- 
giana;  — Notes  sur  les  Nuits  de  Straparoli ; 
—  Observations  sur  le  Cimbalum  Mundi,  et 
Notes  historiques  et  critiques  sur  les  Contes  ou 
Nouvelles  Récréations  et  joyeux  Devis  de  Bo- 
naventure  des  Perriers,  etc.  Parmi  ses  ouvrages 
non  imprimés,  on  peut  citer  en  première  ligne  ses 
Lettres ,  roulant  sur  des  points  intéressants  de 
critique,  et  où  il  sp  montre  très-agréable  causeur. 
Viennent  eiisujte  :  Hemarques  sur  les  Vies  des 


235 


LA  MONNOYE  —  LAMORICIÈRE 


jurisconsultes  de  P.  Taisand  ;  —  Remarques 
sur  la  farce  de  Pathclin;  —  Commentaire  sur 
les  Poésies  de  Mellin  de  Sainl-Gelais  ;  —  He- 
marques,  Additions  et  Corrections  sur  les  Bi- 
bliothèques françoises  de  La  Croix  du  Maine  et  de 
DuVerdier.  On  pourrait  encore  citer  sept  ou  huit 
ouvrages  importants,  auxquels  il  a  contribué, 
puis  les  notes  marginales  dont  il  avait  couvert 
tous  les  livres  de  sa  nombreuse  bibliothèque  et 
qui  ont  donne  un  grand  prix  à  certains  exem- 
plaires, qui  en  provenaient. 

Les  vers  grecs  et  latins  de  La  Monnoye  ont 
été  recueillis  par  d'Olivet  dans  les  Recentiores 
Postas  Selecti;  —  ses  Poésies  françaises  ont 
été,  en  premier  lieu,  publiées  à  La  Haye,  1716, 
in-8'^,  par  Sallengre  ;  mais  sur  des  copies  incor- 
rectes et  tronquées.  Pour  faire  suite  au  vol. 
précéd.,  l'abbé  Joly  rassembla  de  nouvelles 
pièces,  qu'il  publia  in-8°,  à  Dijon,  1743.  Plus 
tard  (1770),Rigoley  de  Juvigny  donna  les  Œuvres 
choisies  de  La  Monnoye,  en  2  vol.  in-4°  ou 
3  vol.  in-8°  ;mais  cette  compilation  est  faite  sans 
goût,  et  la  chose  la  plus  saillante  qu'on  puisse  y 
remarquer,  c'est,  comme  nous  l'avons  dit,  l'ab- 
sence des  fameux  Noëls.  Des  vingt-deux  éditions 
des  Noël  barguignons  de  Gui  Barôzai  (qu'il  serait 
oiseux  d'indiquer  ici  en  détail  ),  on  peut  mention- 
ner lae*",  1720,  où  le  Glossaire  se  trouve  pour  la 
première  fois;  la  16^,  1776,  portant  sur  le  titre 
cinquième  édicion  ;  la  20^,  1817,  donnée  par 
M.  Dubois,  et  dite  édition  de  Châtillon;  et, 
nous  l'espérons,  les  deux  nôtres,  qui  traduisent 
littéralement  le  texte  patois  et  dont  la  V  est  il- 
lustrée de  vingt-quatre  dessins,  F.  Fertiault. 
Rigolev  de  Juvigny,  jUémoir.  Aisforig.  sur  la  V\e.  elles 
Écrits  de  Im.  Monnaye.  —  L'abbé  .Joly,  Poésies  nouvellei 
<ie  M.  de  La  Monnoye.  —  Dict.  Historiq.  —  I/abbé  d'Ar- 
tigny,  Nouveaur  Mémoires  d'fiist.,  de  Critiq.  et  lAt- 
tératitre.  —  Annanton  et  Peignot ,  Virgille  tirai  an 
bqravianon.  -  F.  KerUault,  Noëi  borguignom  de  Gui 
garôzai.  aivô  leu  viremati  au  françoi,  etc.  -  Mignard, 
ïlistoire  de  l'Idiome  bourguignon: 

LA  MONTAGNE  (Pierre,  baron  de),  poète 
français,  né  en  1755,  à  Langon,  dans  le  Bor- 
delais, mort  vers  1825.  Il  cultiva  la  poésie 
dès  sa  jeunesse,  fit  insérer  plusieurs  pièces  de 
vers  dans  différents  recueils,  et  publia  entre 
autres  :  Les  Nouvellistes ,  comédie  en  un  acte 
et  en  rers;  Bordeaux,  1780,  in-8°;  —  La  Phy- 
sicienne, comédie  en  un  acte  et  en  vers; 
Paris,  1781,  in-8°;  —  La  Lévite  conqui.se, 
poëme  en  deux  chants  ;  Amsterdam  et  Paris, 
Ï782,  in-8";  —  La  ThéâtromaniP.,  comédie  en 
deux  actes  et  en  vers  ;  Amsterdam  et  Paris,  178.3, 
in.go.  —  V Enthousiasme ,  comédie  en  deux 
actes  et  en  vers,  suivie  de  poésies  fugitives; 
Paris,  1785,  in-S";  —  La  Visite  d'été,  trad. 
de  l'anglais,  de  Blower  ;  1788,  in-8°  ;  — 
Mémoires  relatifs  à  Vétat  de  PInde ,  trad. 
de  l'anglais  ,  de  Hastings;  1788,  in-8°  ;  —  Cor- 
nelia  Sedley,  trad.  de  l'anglais;  1789,  in-8°;  — 
Poésies  diverses;  Paris,  1789,  in-8°;  —  De 
V Influence  des  passions  sur  les  maladies  du 
corps,  trad.  de  l'anglais,  ^ie  Falconner;  1791, 


236 

in-S"  ;  —  Arabella  etAltamont,  tragédie  en  trois 
actes  et  en  vers;  Paris,  J791,  in-8°;  —  Lp  Ban- 
quet de  Xénophon,  trad.  du  grec  et  ajouté  à  la 
Vie  de  Xénophon,  par  Fortia  d'Urban,  1 7^3,  in-8°; 
—  Étheiinde,ou  la  recherche  du  iac,  trad.de 
l'anglais,  de  Ch.  Schmith,  1796,  in-S";  —  Pape- 
lard,ouïe  tartuffephilosophe,  comédie  en  cinq 
actes  et  en  vers;  Paris,  1796,  in-8°  ;  —  His- 
toire de  Hollande,  trad.  de  l'anglais,  de  Gordon  ; 
1808,  in-8°;  —  Laure  et  Pétrarque,  églogue 
héroïque,  etc.;  Paris,  1822,  in-8°;  dans  une  note, 
l'auteur  soutient,  sans  donner  de  preuves,  que 
Laure  ne  fut  jamais  mariée ,  qu'elle  résida  tou- 
jours à  Vaueluse,  qu'elle  y  naquit  et  mourut, 
qu'on  ne  connaît  pas  sa  famille,  etc.;  —  VHi- 
nozonisme,  ou  la  nature  animée ,  ode;  Paris, 
1824,  in-8°.  G.  de  F. 

I.ouandre  et  Bourquelot,  La  Littérature  contempo- 
raine. 

LA  MORELLE  (De),  auteur  dramatique  fran- 
çais et  contemporain  de  Louis  XIII.  On  manque 
de  renseignements  sur  sa  vie.  On  possède  sous 
le  nom  de  La  Morelle  deux  pièces  qui  sont  as- 
sez singulières  et  qui  se  ressentent  complètement 
de  la  licence  qui  régnait  alors  au  théâtre,  et  dont 
personne  ne  songeait  à  se  choquer.  C'est  d'abord 
une  tragi-comédie  pastorale ,  Endijmion,  ou  le 
ravissement ,  Paris,  1627,  ensuite  une  pastorale, 
Philine,  ou  l'amour  contrarié,  Paris,  1630* 
D'après  V Avis  au  lecteur,  cette  première  pièce, 
honorée  du  suffrage  de  M.  de  Malherbe,  avait  été 
représentée  bien  des  fois  sur  le  théâtre  de  l'hôtel 
de  Bourgogne  et  dans  les  meilleures  maisons  de 
la  France.  Malgré  le  laisser-aller  de  certains 
passages,  V Endymion  est  dédié  à  la  duchesse 
d'Orléans.  G.  B. 

Bibliothèque  du  Théâtre- François,  t.  r,  p.  566-574.  — 
Catalogue  de  la  bibliothèque  dramatique  de  M.  de  So- 
leinne.  1. 1,  p.  2)8,  et  supplément,  p.  J9. 

1^  LAMORICIÈRE  (  Christophe-Louis-Léon 
Jcchacltde),  général  français,  né  à  Nantes,  le 
6  février  1806.  Il  fit  de  bonnes  études  dans  sa 
ville  natale,  et  entra  en  1824  à  l'École  Polytechni- 
que. En  1826  il  passa  comme  élève  sous-lieute- 
tenant  à  l'école  d'application  de  Metz.  Lieutenant 
du  génie  en  1830,  il  fit  partie  de  l'expédition 
d'Alger  en  qualité  d'officier  d'état-raajor  de  son 
arme.  Nommé  capitaine  le  1"^  novembre  1830, 
il  passa  avec  ce  grade  dans  le  deuxième  bataillon 
des  zonav«.s ,  à  la  création  de  ce  corps,  qui  fut 
bientôt  réduit  à  un  seul  bataillon.  Quand  la  re- 
traite du  duc  de  Rovigo  laissa  le  commandement 
intérimaire  de  l'Algérie  au  général  Avizard,  au 
mois  de  mars  1833,  les  relations  avec  les  Arabes 
étaient  encore  soumises  à  l'intermédiaire  d'inter- 
prètes, généralement  peu  instruits  et  prévenus. 
Pour  donner  plus  de  régularité  aux  rapports  des 
Français  avec  les  indigènes,  le  général  Avizard 
institua  un  bureau  arabe,  qui  devait  concentrer 
toutes  les  affaires  arabes,  réunir  et  apprécier  les 
documents  originaux,  et  mettre  chaque  jour  sous 
les  yeux  du  général  en  chef  la  situation  du  pays 
et  la  traduction  des  lettres  les  plus  importantes. 


2-3/ 

La  direction  de  ce  bureau  fut  confiée  à  M.  de  La- 
rnoricière,  qui  s'était  appliqué  à  comprendre  et  à 
parler  les  différents  dialectes  arabes.  Ce  jeune  of- 
ficier se  mit  aussitôt  à  parcourir  les  tribus  des  envi 
rons  d'Alger  :  il  leur  apprit  le  but  de  sa  mission, 
le  désir  sincère  qu'il  avait  de  connaître,  de  satis- 
faire leurs  besoins  réels,  et  leur  donna  l'assurance 
formelle  qu'elles  seraient  à  l'avenir  traitées  avec 
justice.  Ces  paroles  conciliantes  ramenèrent  chez 
ces  tribus  la  conliance  que  de  sanglantes  exécu- 
tions leur  avaient  ôtée.  Les  indigènes  réapprovi- 
sionnèrent les  camps  et  les  marchés  français. 
M.  deLamoricière  se  présentait  seul  aux  Arabes, 
armé  seulement  d'une  canne ,  ne  dédaignant  pas 
sans  doute  de  s'en  servir  parfois  sans  recourir 
aux  juges  ni  au  chaouch,  ce  qui  lui  valut  de  la 
part  des  Arabes  le  surnom  de  Bou-Aroua  (  père 
du  bâton  ).  Lorsque  l'occupation  de  Bougie  fut 
résolue,  M.  de  Lamoricière  fut  chargé  de  recon- 
naître la  place  :  il  y  pénétra  et  n'en  sortit  pas  sans 
peine.  Il  exagéra,  dit-on,  la  facilité  de  l'entreprise  ; 
mais  il  paya  de  sa  personne  à  Tassant  de  cette 
ville.  Promu  au  grade  de  chef  de  bataillon  des 
zouaves,  le  2  novembre  1833,  M.  de  Lamoricière 
garda  le  commandement  supérieur  de  ce  corps , 
comme  lieutenant-colonel,  le  31  décembre  1835, 
lorsque  son  effectif  fut  augmenté  de  nouveaux 
bataillons.  Les  zouaves ,  créés  par  le  maréchal 
Clausel  et  commandés  d'abord  par  M.  Maumet  et 
Duvivier,  étaient  un  mélange  de  Français,  de 
Maures,  d'Arabes,  de  Turcs,  d'étrangers  de  toutes 
les  origines ,  un  corps  où  semblaient  se  donner 
rendez-vous  des  hommes  de  toutes  les  langues, 
des  esprits  aventureux,  des  enfants  perdus  de 
toutes  les  nations.  Ils  devinrent,  sous  le  comman- 
dement de  M.  de  Lamoricière,  un  corps  d'élite.  Le 
zouave ,  habillé  à  l'arabe ,  fut  par  excellence  le 
soldat  d'Afrique,  l'homme  des  coups  demain 
difficiles ,  le  fantassin  des  longues  marches ,  des 
nuits  sans  sommeil  et  des  journées  sans  eau.  Les 
Arabes  le  caractérisèrent  en  disant  qn'il  mâchait 
«le  la  poudre  depuis  l'aube  du  jour  jusqu'au  cou- 
cher du  soleil.  Aussi  employait-on  les  zouaves 
dans  toutes  les  expéditions  où  l'on  prévoyait  de 
grandes  fatigues  et  de  rudes  combats.  Après  la 
prise  de  Constantine,  où  il  s'était  particulièrement 
distingué,  M.  de  Lamoricière  devint  colonel, 
le  11  novembre  1837,  tout  en  restant  à  la  tête 
des  zouaves.  En  1839  le  ministre  de  la  guerre 
l'appela  à  Paris  ;  l'année  suivante  il  retourna  en 
Afrique,  et  au  mois  de  mai  1840  il  assistait  à 
la  prise  duTeniah  de  Mouzaïa.  Le  21  juin  sui- 
vant, il  fut  élevé  au  grade  de  maréchal  de  camp, 
et  le  colonel  Cavaignac  le  remplaça  comme  chef 
des  zouaves.  Bientôt  après,  M.  de  Lamoricière 
prit  le  commandement  de  la  division  d'Oran.  Il 
se  distingua  dans  l'expédition  dirigée  contre 
Tagdempt  et  Mascara,  et  le  5  juin  1841  le  ma- 
réchal Bugeaud  disait  dans  son  rapport  sur  cette 
expédition  :  «  Le  général  de  Lamoricière  m'avait 
rendu  les  plus  grands  services  dans  les  prépara- 
tifs de  la  guerre  ;  il  a  prouvé  que  le  soin  si  im- 


LAMORICIÈRE  238 

portant  des  détails  d'organisation  et  d'adminis- 
tration pouvait  s'allier  avec  l'ardeur  et  le  courage 
qu'il  montre  en  toute  occasion.  »  Pendant  la 
caiDpagne  de  l'automne  de  1841,  le  général  de 
Lamoricière  parvint  à  ravitailler  Mascara,  après 
un  combat  opiniâtre  et  meurtrier  contre  les 
troupes  d'Abd-el-Kader.  En  1843,  continuant 
cette  guerre  de  surprises  où  l'adresse  doit  l'em- 
porter encore  sur  le  courage,  il  parvint  à  sou- 
mettre la  grande  tribu  des  Flittas ,  après  d'heu- 
reuses razzias;  ce  qui  lui  valut,  le  9  avril,  le  grade 
de  lieutenant  général.  L'année  suivante,  le  Maroc, 
soulevé  par  Abd  el  Kader,  devint  manife.stement 
hostile  à  la  France.  Le  général  de  Lamoricière  se 
distingua  le  30  mai  dans  un  combat  contre  les  Ma- 
rocains, qui  étaient  venus  attaquer  le  camp  de 
Lalla-Maghrnia.  A  la  bataille  d'isiy,  le  14  août 
1845,  il  reçut  encore  les  éloges  du  général  en 
chef,  et  au  mois  de  novembre  ce  fut  à  lui  que  le 
maréchal  Bugeaud,  s'en  allant  en  France,  remit  le 
gouvernement  intérimaire  de  l'Algérie. 

En  1846,  le  général  de  Lamoricière,  qui  avait 
un  système  particulier  relativement  à  la  coloni- 
sation de  l'Algérie,  vint  en  France  dans  le  but  de 
se  faire  élire  député,  afin  de  pouvoir  défendre  son 
systèmeà  la  tribune.  Partisan  de  l'occupation  gêné- 
raie,  il  croyaitles  indigènes  susceptibles  de  se  rat- 
tacher aux  intérêts  de  la  métropole,  et  demandait  la 
colonisation  libre  par  la  formation  de  villages  euro- 
péens. Le  maréchal  Bugeaud  ne  croyait  pas  cette 
colonisation  possible ,  et  voulait  le  camp  agricole, 
les  colonies  uiilitaires.  Le  2  août  M.  de  Lamori- 
cière se  présenta  devant  les  électeurs  du  premier 
arrondissement  de  Paris,  comme  candidat  de 
l'opposition  modérée,  contre  M.  Casimir  Périer, 
candidat  ministériel.  Dans  une  réunion  prépara- 
toire, tout  en  déclarant  ne  pas  approuver  la  poli- 
tique du  gouvernement,  il  refusa  de  se  prononcer 
pour  la  réforme  électorale,  qui  ne  lui  paraissait 
pas  nécessaire,  et  de  s'expliquer  sur  la  dotation 
du  duc  de  Nemours,  qui,  disait-il,  n'était  pas  de- 
mandée. Il  échoua;  mais  deux  mois  après  il  fut 
élu  à  Saint-Calais  (Sarthe),  à  la  place  de  M.  Gus- 
tave de  Beaumont,  qui  avait  opté  pour  Mamers. 
Reparti  pour  l'Algérie,  M.  de  Lamoricière  orga- 
nisa l'expédition  qui  fit  tomber  la  smalah  d'Abd- 
el-Kader  aux  mains  du  duc  d'Aumale;  quelque 
temps  après  il  réussit  à  envelopper  l'émir  et  à  le 
forcer  de  déposer  les  armes.  Abd-el-Kader  de- 
manda à  se  rendre  au  duc  d'Aumale.  Ce  prince, 
heureux  d'en  finir,  consentit  trop  promptement 
à  promettre  à  l'émir  de  lui  faire  obtenir  l'au- 
torisation d'aller  en  Egypte  ou  en  Turquie;  mais 
le  gouvernement  refusa  de  ratifier  cette  promesse. 
D'abord  le  prince  n'avait  pas  pu  en  prendre  l'en- 
gagement formel;  il  n'avait  pas  besoin  d'ac- 
cepter les  conditions  de  l'émir,  puisque  celui-ci 
était  cerné  de  toutes  parts  et  ne  devait  guère 
espérer  échapper  à  nos  troupes.  D'ailleurs  Abd- 
el-ICavler,  qui  avait  tant  de  fois  trompé  les  Fran- 
çais, pouvait  redevenir  dangereux  pour  la  colonie 
naissante  lorsqu'il  se  trouverait  libreen  Orient.  Sa 


239 


LAMORICIERE 


240, 


liberté  n'était'donc  possible  qu'autant  que  le  pays 
serait  paoitié  et  qu'il  y  serait  oublié,  c'est-à-dire 
après  un  certain  temps;  c'est  pourquoi  il  fut 
retenu  captif  en  France. 

Élu  député  au  commencement  de  1847 , 
M.  de  [.amoricière  se  plaça  dans  les  rangs  de 
l'opposition  constitutionnelle.  Il  parla  dans  la 
discussion  des  projets  de  loi  relatifs  à  l'Al- 
gérie et  sur  l'avancement  des  lieutenants  nom- 
més à  des  fonctions  spéciales.  Quand  la  révolu- 
tion de  février  éclata,  Louis-Philippe  le  comprit 
dans  ses  dernières  et  vaines  combinaisons  mi- 
nistérielles. Le  24  février  au  matin ,  le  général 
Lamoricière,  eu  colonel  de  la  garde  nationale, 
se  rendit  sur  les  boulevards ,  proclamant  un 
nouveau  ministère  centre  gauche,  dont  il  faisait 
partie  avec  MM.  Thiers  et  Odilon  Barrot;  un 
insurgé  demanda  la  proclamation,  la  mit  dans  sa 
poche ,  et  la  baiTicade  refusa  de  laisser  passer  le 
général  ni  de  l'écouter.  Celui-ci  revint  aux  Tuile- 
ries. Le  roi  ayant  abdiqué ,  le  général  de  Lamori- 
cière voulut  en  porter  la  nouvelle  aux  combat- 
tants de  la  place  du  Palais-Royal  et  proclamer  la 
régence  de  la  duchesse  d'Orléans.  Déjà  le  général 
Gourgaud  avait  échoué  dans  cette  tentative; 
MM.  Baudin,  Merruau  et  Emile  de  Girardin  n'a- 
vaient pas  été  plus  heureux.  M.  de  Lamoricière 
lança  son  cheval  au  milieu  des  balles  :  son  cheval 
fut  frappé  et  tomba.  On  enveloppa  le  général  ;  on 
le  menaça,  un  coup  de  baïonnette  l'atteignit  au 
bras;  il  voulut  parler,  personne  nel'écouta;  on 
l'enleva  alors,  et  on  le  conduisit  à  une  ambulance 
de  la  rue  de  Chartres.  Le  soir  même  il  allait  à 
l'hôtel  de  ville  et  donnait  son  adhésion  au  gou- 
vernement provisoire  ;  mais ,  comme  le  général 
Bedeau,  il  refusa  le  ministère  de  la  guerre.  Envoyé 
par  le  département  de  la  Sarthe  à  l'Assemblée 
constituante,  il  y  fit  partie  du  comité  de-la  guerre. 
Lors  des  événements  de  juin ,  il  fut  chargé  du 
commandement  d'une  des  divisions  de  l'armée 
de  Paris,  et  combattit  l'insurrection  sur  les  bou- 
levards et  dans  les  faubourgs  Saint-Martin ,  du 
Temple ,  Popincourt  et  Saint-Antoine.  Dans  ces 
fatales  journées ,  il  eut  trois  chevaux  tués  sous 
lui.  Devenu  chef  du  pouvoir  exécutif,  le  général 
Cavaignac  appela  le  général  de  Lamoricière  au 
ministère  de  la  guerre.  Au  mois  de  septembre 
M.  de  Lamoricière  fit  voter  un  décret  ouvrant  un 
crédit  de  cinquante  millions  pour  l'établissement 
de  colonies  agricoles  en  Algérie ,  déci'et  qui  pro- 
voqua un  mouvement  d'émigration  prématuré 
vers  l'Algérie,  où  rien  n'était  prêt  pour  recevoir 
ce  surcroît  de  population  trop  peu  appropriée. 
M.  de  Lamoricière  fit  beaucoup  d'ailleurs  pour 
l'Afrique.  Il  créa  d'abord  une  commission  de 
révision  de  la  législation  de  l'Algérie,  liquida 
les  indemnités  dues  pour  expropriation  depuis 
la  conquête,  fonda  la  municipalité  sur  le  sol 
africain.,  détacha  du  ministère  de  la  guerre  ce 
qui  était  du  ressort  des  autres  ministères,  fixa 
le  taux  de  l'intérêt  légal ,  constitua  la  propriété 
communale,  détermina  la  nature  des  revenus 


de  la  commune ,  et  mit  les  concessionnaire  des 
mines  en  demeure  de  les  exploiter  ou  de  les  aban- 
donner ;  enfin,  la  réorganisation  administrative  de 
l'Algérie,  la  création  de  préfectures  et  de  tout 
un  système  civil  nouveau  couronna  ces  premiers 
essais.  Le  général  de  Lamoricière  s'occupa  aussi 
de  la  question  d'une  réserve  militaire  qui  eût  mé- 
nagé les  finances  de  la  France  sans  en  affaiblir  la 
puissance;  il  proposa  de  substituer  au  rempla- 
cement militaire  une  exonération  qui,  payée  à 
l'État,  devait  profiter  aux  soldats  appelés  sous 
les  drapeaux;  mais  l'assemblée  n'adopta  pas 
les  vues  du  ministre ,  qui  avait  été  surtout  com- 
battu*par  M.  Thiers.  Du  re^te,  le  générai  de  La- 
moricière vota  contre  le  droit  au  travail ,  contre 
les  deux  chambres,  pour  la  proposition  Râteau 
tendant  à  la  prompte  dissolution  de  l'assemblée, 
pour  la  loi  contre  les  clubs,  etc.  Il  s'était  très- 
nettement  prononcé  contre  la  candidature  du 
prince  Louis-Napoléon  à  qui  il  déniait  même  le 
titre  de  citoyen  français.  Le  20  décembre  il  fut 
remplacé  au  ministère  de  la  guerre.  Aux  élections 
générales  pour  l'Assemblée  législative,  le  13  mai 
1.849,  il  fut  élu  le  sixième  dans  le  département 
de  la  Seine ,  et  le  premier  dans  le  département 
de  la  Sarthe.  Il  opta  pour  la  Sarthe.  Il  vota  la 
loi  contre  les  clubs  et  l'autorisation  de  poursuites 
contre  ses  collègues  arrêtés  par  suite  de  la 
journée  du  13  juin.  Dans  ce  même  mois  une 
fraction  de  la  majorité  parlementaire,  qui  soute- 
nait la  politique  de  M.  Dufaure,  forma  une  réu- 
nion qui  prit  le  nom  de  Cercle  constitutionnel, 
et  qui  déclara  vouloir  le  mamtien  de  la  constitu- 
tion dans  toute  sa  rigueur.  Le  général  de  Lamo- 
ricière en  fut  élu  le  premier  président.  Peu  de 
temps  après,  il  accepta  du  gouvernement  une 
mission  extraordinaire  auprès  de  l'empereur  de 
Russie,  dont  les  armées  opéraient  en  Hongrie, 
conjointement  avec  l'armée  autrichienne.  Le 
général  arriva  auprès  du  czar  au  moment  où  les 
canons  russes  célébraient  la  chute  de  la  natio- 
nalité hongroise.  En  apprenant  la  formation' du 
ministère  du  31  octobre  et  la  chute  du  cabinet 
présidé  par  M.  Odilon  Barrot,  M.  de  Lamori- 
cière envoya  sa  démission  au  président  de  la 
république ,  et  vint  reprendre  sa  place  à  l'as- 
semblée, où  il  vota  l'amendement  Grévy  relatif  à 
l'exploitation  du  chemin  de  fer  de  Lyon  par  l'État. 
Le  19  avril  1850,  il  prit  part  à  la  discussion  du 
projet  de  loi  relatif  à  la  déportation.  Amené'à 
s'occuper  du  sort  des  derniers  transportés  de 
juin,  le  général  de  Lamoricière  soutint  que  la 
transportation  était  un  acte  de  clémence,  puisque 
ceux  à  qui  elle  était  appliquée  auraient  dû  être 
traités  plus  rigoureusement  par  les  tribunaux ,  ce 
qui  n'était  certainement  pas  exact  pour  tous  les 
transportés.  A  ceux  qui  criaient  :  des  juges!  des 
juges  !  il  répondit  qu'à  présent  on  se  couvrirait 
certainement  devant  les  juges  du  décret  de  trans- 
portation et  qu'ainsi  on  échapperait  à  toute  juri- 
diction. De  peur  que  le  président  de  la  républi- 
que ne  fût  tenté  encore  de  faire  gràee  aux  der- 


241 


LAMORICIÈRE 


nievs  transportés  et  ne  semblât  s'arroger  à  lui  seul 
la  clémence,  M.  de  Lamoricièr*  proposa  un  amen- 
dement suivant  lequel  le  président  de  la  républi- 
que n'aurait  pu  accorder  de  nouvelles  grâces  aux 
transportés  sans  le  concours  de  l'assemblée  ;  cet 
amendement  ne  fut  pas  adopté.  Quelques  jours 
après,  le  général  faillit  être  maltraité  par  la  foule 
ameutée  à  l'occasion  de  l'abattage  des  arbres 
de  la  liberté.  Reconnu  dans  sa  voiture  au  carré 
Saint-Martin,  il  n'eut  que  le  temps  de  se  réfugier 
dans  un  cabinet  de  lecture  du  boulevard,  d'où  i! 
put  s'échapper  par  une  fenêtre  donnant  sur  la 
"our  d'une  maison  voisine.  Le  16  juillet,  appuyant 
î  amendement  de  M.  de  Lasteyrie  sur  la  permis- 
ion  de  vendre  librement  les  journaux  sur  la  voie 
publique,  le  général  de  Lamoricière  prononça  un 
discours  remarquable,  dans  lequel  il  retraça  l'état 
des  partis  et  les  montra  tous  intéressés  au  main- 
tien de  la  constitution.  Le  22  juillet  il  fut  élu  un 
•les  vingt-cinq  membres  chargés  de  représenter 
l'assemblée  pendant  sa  prorogation.  Au  mois  de 
mars  1851,  il  parla  en  faveur  de  l'expédition  de 
.'a  petite  Kabylie,  proposa  un  ordre  du  jour  mo- 
tivé, et  défendit  le  gouvernement  des  militaires  en 
Afrique. 

Arrêté  chez  lui  dans  la  nuit  du  2  décembre  1851 , 
M.  de  Lamoricière  fut  conduit  au  fort  deHam,  où 
il  souffrit  d'un  violent  accès  de  rhumatisme.  Éloi- 
gné temporairement  de  France  par  le  décret  du 
9  janvier  1852,  il  se  retira  en  Prusse.  Lorsque  le 
nouveau  gouvernement  exigea  le  serment  de  tous 
les  officiers  qui  voulaient  rester  en  activité,  le 
général  de  Lamoricière  refusa  ce  serment  par 
une  lettre  très- vive,  que  les  journaux  ont  publiée 
an  mois  de  mai  1852.  II  habita  successivement 
Coblentz,  Mayence,  Wiesbaden  et  Ems.  Marié, 
I  en  1847,  à  M"^  Marie-Amélie  Gaillard  d'Auber- 
ville,  M.  de  Lamoricière  avait  eu  un  fils  à  son 
retour  de  sa  mission  de  Russie.  Cet  enfant 
mourut ,  âgé  de  quelques  mois  seulement ,  en 
mars  1850.  Un  second  fils,  placé  dans  un  col- 
lège de  Paris,  fut  atteint  d'une  maladie  qui 
l'enleva  en  vingt-quatre  heures,  en  novembre 
1857.  En  apprenant  que  cet  enfant  était  dange- 
reusement malade ,  l'empereur  avait  donné  par 
le  télégraphe  l'ordre  d'autoriser  la  rentrée  du 
général  de  Lamoricière  en  France ,  où  il  vit  de- 
puis dans  la  retraite.  On  a  de  lui  :  Réflexions 
sur  Vétat  actuel  d'Alger;  Paris,  1836,  in-8''; 

—  Projet  de  Colonisation  de  VAlgérié;  1045; 

—  Rapport  sur  les  Haras  ;  1850,  in-4". 

Un  frère  du  général,  Joseph  de  Lamoricière, 
mourut  de  la  lièvre  jaune,  en  1838,  à  bord  d'un 
vaisseau  de  la  flotte  française  qui  blot]uait  la 
Vera-Cruz.  Il  assistait  à  ce  blocus  en  qualité  de 
secrétaire  de  légation.  L.  Lodvet. 

'  Galerie  Nationale  des  Notabilités  contemporaines.  — 
DM.  do  la  Convers.  —  Mars,  Les  Zouaves  et  les  Chasseurs 
d'Afrique.  —  H.  CasUlle,  Portraits  JJist.  au  dix-neu- 
vième siècle. 

LlAmorier  (  Loiiis  ),  chirurgien  et  naturaliste 
français,  né  à  Montpellier,  en  1696,  mort  en  1777. 
Il  était  membre  delà  Société  royale  des  Sciences 


-  LA  MORLIÈRE  242 

de  Montpellier  et  membre  associé  de  l'Académie 
royale  de  Chirurgie  de  Paris.  On  a  de  lui  un  grand 
nombre  à'Obsei-vations  et  de  Mémoires  insérés 
dans  les  recueils  des  Académies  royales  des 
Sciences  de  Paris  et  de  Montpellier.  Les  princi- 
paux sont  :  Nouvelle  Manière  d'opérer  la  Fis- 
tule lacrymale;  1728;—  Sur  les  Causes  qui 
empêchent  le  cheval  de  vomir;  1733;  —  Ob- 
servations sur  les  Tumeurs  qui  ont  paru  par- 
ticiper à  la  fois  des  caractères  variqueux  et 
anévrismal;  —  Anatomie  de  la  Sèche  (  sepia), 
et  principalement  des  organes  avec  lesquels 
elle  lance  sa  liqueur  noire;  1766;  —  Sur  un 
JSpiplocèle  hydatideux  ;  —  Sur  V  Union  qui 
se  fait  des  Artères  avec  les  Nerfs  après  les 
amputations,  pour  déterminer  la  cause  mé- 
canique des  douleurs  que  Von  croit  sentir 
dans  plusieurs  parties  du  corps  qui  en  ont  été 
séparées;  —  Sur  les  Rapports  et  les  Diffé- 
rences du  Tigre  avec  le  Chat;  —  Sur  les  Suites 
de  certains  Pessaires  trop  longtemps  retenus 
dans  le  Vagin.  L — z — e. 

Recueil  de  la  Société  royale  de  Montpellier,  ann.  1766- 
1778.  —  Quérard ,  La  France  Littéraire. 

LA  MORLIÈRE  (  Adrien  de),  antiquaire 
français,  né  à  Cbauny,  vers  la  fin  du  seizième 
siècle.  11  était  chanoine  de  l'église  d'Amiens  ,  et 
consacra  ses  loisirs  à  l'étude  des  monuments 
historiques  de  ce  diocèse;  c'est  un  généalogiste 
exact,  au  dire  de  Ménage.  Il  a  publié:  Bref  État 
des  Antiquités,  Histoires  et  Choses  les  plus 
remarquables  de  la  ville  d'Amiens  ;  Amiens, 
1621  (aussi  1622  ),  in-8°  ;  la  seconde  édition  porte 
pour  titre  :  Premier  Recueil  des  Antiquitez 
d'Amiens;  Paris,  1627,  in-8",  et  la  troisième, 
très-augmentée  :  Les  Antiquitez,  Histoires,  etc.; 
Paris,  1642,  2  tomes  en  1  vol.  in-folio.;  ouvrage 
recherché  et  d'un  bon  secours,  quoique  mal 
écrit;  —  Recueil  de  plusieurs  nobles  et  illus- 
tres Maisons  dans  l'étendue  du  diocèse  d'A- 
miens ,  Amiens,  1 630,  in-4°  ;  réimprimé  à  la  suite 
de  la  troisième  édition  des  Antiquitez.  P.  L— y. 

Ménage,  Histoire  de  Sablé;  1683,  in-fol.,  p.  180.— Len- 
glet-Dufresnoy,  Méthode  pour  étudier  l'histoire. 

LA  MORLIÈRE  (  Charles- Jacques-Louis- 
Auguste  de  La  Rochette  ,  chevalier  de  ),  litté- 
rateur français,  né  à  Grenoble,  en  1701,  mort  à 
Paris,  au  mois  de  février  1785.  Il  avait  été  mous- 
quetaire, et  portait  le  cordon  de  l'ordre  du 
Christ.  «  Il  s'était  d'abord  mis  à  la  solde  des  amis 
d'un  poète  immortel,  qui  ne  dédaignoit  pas  les 
petits  moyens  pour  s'assurer  de  grands  succès,  » 
ditunjournalistedu temps.  La  Morlière comman- 
dait le  camp  volant  de  Voltaire,  et  se  signala  dans 
les  petites  guerres  de  théâtre;  il  avait  entrepris 
de  ci'itiquer  toutes  les  pièces,  et  offrait  aux 
auteurs  dramatiques  son  amour  ou  sa  haine.  Ce 
manège  lui  réussit  ;  malheureusement ,  les  au- 
teurs n'étaient  pas  riches  :  quelques  dîners, 
quelques  louis  empruntés  sans  terme  de  rem- 
boursement, une  petite  spéculation  dé  finance 
sur  les  billets  du  parterre  dont  il  avait  la  dispo- 
sition ,  le  sentiment  de  sa  propre  importance, 


243 


LA  MORLIÈRE 


244 


c'était  tout  son  salaire.  Il  avait  établi  son  quar- 
tier général  au  café  Procope.  «  Dès  qu'il  parois- 
soit,  nous  apprend  le  même  journaliste,  un  cercle 
de  néophytes  se  formoit  autour  de  lui  ;  affable 
avec  dignité ,  il  accueilloit  l'un  d'un  coup  d'œil, 
faisoit  rougir  d'une  vanité  modeste  celui  à  qui  il 
adressoit  la  parole  ,  les  endoctrinoit  tous,  il  ju- 
geoit  d'un  trait  l'ouvrage  nouveau ,  annonçoit  le 
succès  ou  la  chute  de  la  pièce  de  théâtre  qu'on 
préparoit,  racontoit  l'anecdote  du  jour  ou  de  la 
nuit,  en  faisoit  quand  il  n'en  savoit  pas  ou  qu'il 
en  avoit  besoin  pour  ses  vues  ;  tranchant  sur 
tout,  il  parloit  avec  la  même  familiarité  d'un 
bon  livre  qu'il  n'étoit  pas  en  état  de  lire  et  d'un 
homme  en  place  qu'il  n'avoit  jamais  approché. 
Un  ton  moitié  d'homme  du  monde,  moitié 
d'homme  de  lettres,  donnoit  un  certain  poids  à 
ses  paroles...  La  troupe  était  composée  de  volon- 
taires et  de  soudoyés  ;  il  commandoit  ceux-ci, 
et  (iirigeoit  ceux-là;  mais  les  premiers  étoient 
ceux  sur  qui  il  coraptoit  le  plus.  »  Il  développait 
pour  eux  les  principes  d'une  poétique  qu'il  va- 
riait suivant  les  circonstances.  «  Pendant  la  pièce, 
il  donnoit  le  signal  d'applaudir  ou  de  murmurer, 
continue  son  biographe ,  et  les  échos  qu'il  avoit 
répandus  avec  art  aux  différents  coins  de  la  salle 
y  réi>ondoient  fidèlement.  11  avertissoit  les  voi- 
sins d'un  beau  vers  qui  alloit  partir,  ou  tenoit 
une  épigramme  prête  pour  atténuer  l'effet  d'un 
trait  applaudi.  Comme  on  étoit  un  peu  con- 
trarié sur  la  liberté  de  huer  et  de  siffler  ce  qui 
déplaisoit,  il  s'étoit  fait  une  manière  de  bâiller 
éclatante  et  prolongée,  qui  produisoit  le  double 
effet  de  faire  rire  et  de  communiquer  le  même 
mouvement  au  diaphragme  de  ses  voisins.  Un 
jour  la  sentinelle  l'avertit  de  ne  pas  faire  de  bruit  : 
Comment,  mon  ami,  lui  dit-il,  vous  qui  paroissez 
un  homme  de  sens  et  qui  avez  l'habitude  du 
spectacle,  est-ce  que  vous  trouvez  cela  beau? 
—  Je  ne  dis  pas  cela ,  lui  répondit  le  soldat  un 
peu  radouci  ;  mais  ayez  la  bonté  de  bâiller  uu 
peu  plus  bas.  »  La  Morlière  s'était  également 
imposé  aux  débutants  et  aux  débutantes.  Voyant 
qu'il  tenait  dans  ses  mains  la  destinée  des  pièces 
de  théâtre  d'autrui ,  il  s'imagina  qu'il  pourrait 
assurer  celle  de  ses  propres  ouvrages.  Il  com- 
posa plusieurs  comédies,  que  les  comédiens  n'o- 
sèrent refuser.  Malgré  les  plus  habiles  manœu- 
vres de  ses  amis,  soutenues  par  les  efforts  zélés 
de  ses  créanciers,  elles  tombèrent.  Dès  lors  il 
perdit  sa  puissance.  Peu  à  peu  tout  le  monde 
l'abandonna.  Avant  de  travailler  pour  le  théâtre, 
il  avait  fait  paraître  quelques  romans  dans  le 
genre  libre  et  même  licencieux.  Angola  avait 
eu  un  tel  succès  qu'on  l'avait  attribué  à  Crébillon 
fils.  M.  Edouard  Thierry  appelle  cet  ouvrage  «  le 
roman  du  siècle,  le  livre  des  jolis  boudoirs,  le 
manuel  charmant  de  la  conversation  à  la  mode  ». 
Une  discussion  qu'eut  La  Morlière  avec  Fréron 
lui  enleva  encore  de  son  crédit.  Accusé  de 
vendre  ses  suffrages  et  ses  censures,  et  d'être 
plus  audacieux  que  brave,  soupçonné  d'avoir 


des  relations  avec  la  police,  il  fut  accablé  de 
mépris.  S'il  faut  en  croire  les  Mémoires  de  Ba- 
chaumont,  La  Morlière  était  absolument  décrié 
par  son  immoralité  et  même  par  ses  escroquer  es , 
qu'il  exerçait  particulièrement  sur  des  personnes 
du  beau  sexe ,  qu'il  prétendait  former  .pour  le 
théâtre.  Sa  famille  le  fit  enfermer  à  Saint-Lazare 
pendant  quelques  mois.  Il  disparut  alors,  et  à  son 
retour  personne  ne  le  connaissait  plus.  Il  composa 
encore  quelques  ouvrages  romanesques,  et  dédia 
un  de  ses  livres  à  M™®  Du  Barry,  dont  personne 
avant  lui  n'avait  osé  encenser  les  vertus  et  les  ta- 
lents. Il  dut  à  cette  dédicace  le  débit  de  son  livre 
et  l'honneur  de  souper  avec  cette  femme  célèbre. 
Vivantdanslaplus  obscure  retraite,  iltombadans 
la  plus  profonde  misère.  Il  perdit  en  1772  une 
jeune  personne  dont  il  avait  fait  sa  gouvernante,  et 
qui  seule  lui  était  restée  fidèle.  «  Depuis  il  traîna , 
dit  M.  Edouard  Thierry,  une  vieillesse  délaissée 
et  quémandeuse,  empruntant  l'aumône,  tirant  de 
l'un  et  de  l'autre  un  écu  après  un  écu ,  se  re- 
layant peut-être  avec  le  chevalier  de  Mouhy 
pour  obtenir  par  importunité  quelque  pistole 
de  Voltaire,  et  s'éteignit  un  peu  après  l'auteur 
de  La  Mouche,  tous  deux  avec  le  même  dégoût 
de  leurs  quatre-vingt-trois  ans  avihs.  « 

On  a  de  La  Morlière  :  Le  Chevalier  de  R..., 
anecdotes  du  juge  de  Tournay  ;  1745,  in-12  ;  — 
Angola,  histoire  indienne  ;  Paris,  1746,  2  vol. 
in-12;  —  Milord  Stanley,  ou  le  criminel 
vertueux;  Cadix  (Paris),  1747,  3  parties  in-12; 

—  Les  Lauriers  ecclésiastiques,  ou  campagnes 
de  Vabbéde  T...; Paris,  1748,  in-12  :  livre  obs- 
cène, défendu,  très-cher  et  très-recherché  par 
les  libertins;  —  Mirza  Nadir,  où  se  trouve 
l'histoire  des  dernières  expéditions  de  Tlia- 
mas  Koulikan  ;  1749,4  vol.  in-12;  —  Très- 
humbles  Remontrances  à  la  cohue  au  sujets 
de  la  tragédie  de  Denys  le  Tyran;  1749, 
in-12;  —  Réflexions  sur  la  tragédie  d'Oreste, 
où  se  trouve  placé  naturellement  fessai  d'un 
parallèle  de  cette  pièce  avec-  l'Electre  dei 
M.  de  G.  (  Crébillon  )  ;  in-12  ;  —  Lettre  de  Ra-.  ■ 
cine  à  M.  M...  (  Marmontel)  et  Réponse  de  ce 
dernier  sur  la  tragédie  des  Héraclides; 
1752;  —  Observations  sur  la  tragédie  du 
Duc  de  Foix,  de  M.  de  Voltaire;  1752,  in-12} 

—  Le  Gouverneur,  comédie  en  trois  actes  et  eai 
prose,  jouée  en  1751,  sur  le  Théâtre-Italien; 
1752 ;  —  La  Créole,  comédie  en  un  acte  et  en 
prose,  jouée  au  Théâtre-Français,  en  1754, non 
imprimée;  —  Lettre  dhm  sage  à  un  homme 
respectable,  et  dont  il  a  besoin,  sur  la  Musi- 
que italienne  et  française  ;  Paris,  1754;  — 
Le  Contre-poison  desjeuilles,  ou  lettres  sur 
Fréron;  1754,  in-12  :  sans  doute  le  même  ou- 
vrage que  A  nti-feuilles,  ou  lettres  à  M'^e  de  ' 
sur  quelques  jugements  portés  dans  VKnnép. 
Littéraire  ^/e  Fréron;  1754,  in-12;  —  Anar;> 
lyse  de  la  tragédie  de  L'Orphelin  de  la  Chine  ; 
1755,  in-12;  —  L'Amant  déguisé  ,  comédie  e,a 
deux  actes  et  en  prose,  jouée  en  1758,  non  im- 


245 


LA  MORLIÈRE  —  LA  MOTHE 


246 


primée  ;  —  Le  Fatalisme ,  ou  collection  d'a- 
necdotes pour  prouver  V influence  du  iort 
sur  Vhistoire  du  cœur  humain;  Paris,  1769, 
2  vol.  in-12,  dédié  à  M™*"  Du  Barry  ;  —  Le  Roya- 
lisme, ou  les  mémoires  de  Du  Bnrry  deSaint- 
Aunetz  et  de  Constance  de  CezeUe,  sa  femme, 
anecdote  historique  sous  Henri  IV;  1770, 
in-S".  L.  L— T. 

Tahlettea  d'un  Curieux,  tome  U,  p.  64.  —  Rachauraont, 
Mémoires  secrets.  —  Monselet,  Oubliés  et  Dédaignés, 
tome  !«■•,  p.  251.  —  Cbaudon  et  Delandine,  Dict.  univ. 
Hist.,  Crû.  et  Bibliogr.  —  Ed.  Thierry,  Moniteur,  du 
^juiii  185". 

LAMORMAïKi  {  Guillaume  GETiJu^kv  be), 
panégyriste  belge,  né  dans  le  duché  de  Luxen;»- 
i)Qiirg,  vers  1 570,  mort  à  Vienne  (Autriche  ) ,  le  23 
février  164H.  11  fit  profession  chez  les  jésuites  en 
1690,  enseigna  la  théologie  et  la  philosophie  à 
Gratz,  où  il  fut  reçu  docteur  dans  l'une  et  l'autre 
faculté.  Qn  le  fit  recteur  du  collège  de  cette  ville, 
d'où  il  passa  à  Vienne  an  même  titre ,  mais  avec 
J^  direction  de  la  maison  professe.  Lorque  La- 
raormaini    fut   nommé  provincial   d'Autriche, 

'empereur  Ferdinand  II  le  prit  pour  confesseur 
(1624).  Ce  Père  dojt  donc  être  regardé  comme 
l'inspirateur  des  mesures  énergiques  qui  frappè- 
fent  les  protestants  au  profit  du  catholicisme. 
«  Ce  fut,  dit  le  P.  Paquot,  à  la  libéralité  du  mo- 
narque et  aux  soins  du  confesseur  que  les 
jésuites  durent  leur  extension  en  Autriche  et 
en  Bohême,  où  ils  fondèrent  plusieurs  maisons, 
collèges  et  séminaires.  C'étoit  un  religieux 
fort  attaché  à  la  règle  de  son  ordre  et  à  sa  pros- 
périté, très -intelligent  dans  la  conduite  des  af- 
faires ,  et  d'un  courage  à  l'épreuve  des  plus  fâ- 
cheux contretemps.  Il  sçut  dans  un  poste  dé- 
licat acquérir  et  conserver  l'estime  des  grands.  » 
On  a  de  lui  :  Oratio  habita  grsece  XXVIII 
unaii  anno  M.  DC.  VIII,  in  funere  Serenis- 
^1n3e  Marise,  matris  Ferdinandi  II,  impera- 
toris;  Gratz;  —Ferdinandi  II,  Romanorum 
mperatoris,  Fir^w^es, etc.;  Vienne,  1638,  in-4''; 
envers,  1638,  in-4°  :  cet  ouvrage,  dans  lequel 
1^ flatterie  déborde,  fut  multiplié  par  l'interven- 
tion des  jésuites ,  et  parut  à  Cologne  sous  le 
Ktre  d'/rfea  Principis  christiani,  1638,  in-lô; 
1  fut  traduit  en  italien  par  le  P.  Jean-Jacque.s 
^urtzius.  Vienne,  1638,  in-4°;  en  français  par 
e  P.  Jean  Lévrechon.  «  Il  est  peu  de  princes, 
lit  le  traducteur,  qu'on  ait  loués  avec  autant 
ie  fondement  que  Ferdinand  II  du  côté  de  la 
•eligion  et  de  la  piété  ».  Le  P.  Lévrechon  n'a 
ws  osé  ajouter  «  de  la  raison  et  de  l'humanité  ». 
R.  P.  Nicolai  Gaussini,  e  Soc.  Jesu,  aula 
mpia  Herodis  :  pia  ,  Tkeodosii  junioris  II  : 
\iCaroli  Magni  Castra,  impietatis  victri- 
ka,  etc.;  Cologne,  1644,  in- 12.        A.  L. 

Alegambe,  Bibliotheca  Scriptornm  Soc.  Jesu,  p.  169. 

•  So'thwell,  /iibl.  Script.  Soc.  Jesu,  p.  315.  —  Vaqiiot, 
Hémoires  pour  servir  â  l'Histoire  littéraire  des 
Hys-Bas,  t.  V,  p.  98-100. 

lâmo'RMAini  (  Henri  de),  théologien  belge, 
rère  du  précédent,  et  né  comme  lui  dans  le 
lUxembourg ,  mort  aussi  à  Vienne  (  Autriche  ) , 


le  26  novembre  1647.  H  se  fit  jésuite  en  1596, 
et  «  se  livra,  dit  Paquot,  avec  beaucoup  de  /èle 
aux  exercices  de  la  chaire  et  du  confessionnal  ; 
mais  une  faiblesse  qui  lui  survint  dans  les  jambes 
(  1625  )  l'empêcha  de  continuer  ses  travaux  ». 
Alors  il  écrivit  ou  plutôt  il  traduisit  jusqu'à  sa 
mort.  On  a  de  lui  :  Catechismus  Controver- 
I  siarum  Guilielmi  Baile,  Societatis  Jesu; 
Vienne  et  Cologne,  1626,  in-16;  —  Modus 
disponendi  se  ad  bene  moriendum ;  Vienne, 
1641,  in  16  ;  —  Tractatus  Amoris  divini  cons- 
tant, Libri  Xll ,  trad.  du  français  de  D.  Fran- 
cisco de  Sales ,  évêque  et  prince  de  Genève  ; 
Vienne,  1643,  in-4°;  une  seconde  édition,  aug- 
mentée de  la  Vie  de  saint  François  de  Sales, 
parut  à  Cologne,  1657,  in-8°  ;  —  De  Virtute  Pœ- 
nitentiœ,  etc.;  Vienne,  1644,  in-4°.       A.  L. 

.41egarnbe,  BiUioth.  Scrip.  Soc.  Jesu,  p.  175,  176  et 
426.  —  Sotwell,  fliblioth.  Script.  Soc.  Jesu.,  p.  32S. — 
l'aquot.  Mém.  pour  servir  à  l'Hist.  iitt.  des  Pays-Bas, 
t.  V,  p.  101-103. 

LA   MOTHË  (N Père),  plus  connu  sous 

le  nom  de  La  Hode  ,  historien  français ,  né  vers 
1680,  dans  la  basse  Normandie ,  mort  vers  1740. 
Entré  de  bonne  heure  dans  la  Société  de  Jésus, 
il  fut  chargé  de  l'enseignement  dans  plusieurs 
collèges  de  sqn  ordre,  et  vint  enfin  à  Paris ,  où 
il  était  préfet  au  collège  Louis-le-Grand  quand 
le  marquis  d'Argenson  y  faisait  ses  études.  Ayant 
acquis  un  certain  talent  pour  la  prédication,  il 
prêcha  avec  éclat  dans  plusieurs  villes ,  et  s'é- 
tant  permis  de  blâmer  la  marche  du  gouverne- 
ment dans  un  sermon  qu'il  prononça  à  Rouen, 
en  1715,  il  fut  décrété  de  prise  de  corps  ;  les  jé- 
suites de  Paris  s'empressèrent  de  désavouer  leur 
collègue,  et  vinrent  demander  au  régent  ses  or- 
dres pour  la  punition  du  coupable  :  le  duc  d'Or- 
léans leur  dit  qu'il  s'en  rapportait  à  la  décision 
du  parlement  et  de  l'ofticialité  de  Rouen.  Le  Père 
La  Mothe  fut  interdit  et  relégué  par  ses  supé- 
rieurs dans  leur  petite  maison  de  Hesdin ,  où  il 
remplit  les  fonctions  de  procureur.  De  son  exil, 
il  demanda  du  travail  à  son  ancien  élève,  le  mar- 
quis d'Argenson,  avec  lequel  il  était  resté  en  rela- 
tion. Celui-ci  avait  préparé  une  Histoire  du  Droit 
public  ecclésiastique  français,  qu'il  devait  lire 
à  la  Société  de  l'Entresol;  il  en  envoya  une  copie 
au  père  La  Mothe  avec  des  livres  sur  le  même 
sujet.  Le  père  La  Mothe  s'enfuit  quelque  temps 
après  en  Hollande,  où  il  essaya  d'abord  la  pra- 
tique de  la  médecine,  et  publia  l'ouvrage  qui  lui 
avait  été  confié ,  nonobstant  les  remontrances  de 
l'auteur.  Il  se  mit  ensuite  aux  gages  des  libraires 
sous  le  nom  de  La  Hode,  et  prit  part ,  si  l'on 
en  croit  d'Argens,  à  la  Correspondance  histo- 
rique, philosophique  et  littéraire,  publication 
périodique  inspirée  par  le  succès  des  Lettres 
juives  de  d'Argens,  qui  lui  dédia  un  volume  de 
ce  dernier  ouvrage  par  une  épître  ironique  à 
maître  Nicolas,  barbier  de  l'ilhistre  don  Qui- 
chotte de  la  Manche.  D'Argens  attaqua  encore 
La  Mothe  dans  ses  Lettres  cabalistiques.  Ce- 
lui-ci avait  oublié  en  Hollande  des  Anecdotes 


247 


historiques,  galantes  et  littéraires  qu'il  avait 
attribuées  à  d'Argens.  Lorsque  La  Hode  mourut, 
il  travaillait  depuis  dix  ans  à  une  Histoire  de 
Louis  XI V,  que  La  Martinière  fit  paraître.  L'au- 
teur, d'après  Voltaire,  <■  «^tait  un.jésuite  chassé 
de  son  ordre,  qui  se  fit  secrétaire  d'Etat  de  France 
en  Hollande  pour  avoir  du  pain  ».  Si  La  Motlie 
n'avait  pas  été  positivement  chassé  de  son  ordre , 
il  avait  du  moins  été  forcé  de  travailler  avec  pré- 
cipitation à  cette  Histoire  de  Louis  XIV;  il  man- 
quait de  documents  essentiels,  et  dut  s'en  rap- 
porter à  des  écrivains  mal  informés  ;  aussi  lui 
reproche-t-on  de  graves  erreurs.  On  a  de  La 
Hode  :  Vie  de  Philippe  d'Orléans ,  régent  de 
France  ;  Londres  (  La  Haye),  1736,  2  vol.  in-12  ; 
—  Histoire  des  Révolutions  de  France,  où 
l'on  voit  comment  cette  monarchie  s'est  for- 
mée et  les  divers  changements  qui  y  sont  ar- 
rivés par  rapport  à  son  étendue  et  à  son 
gouvernement;  La  Haye,  1738,  2  vol.  in-4°,  ou 
4  vol.  in-12;  —  Histoire  de  Louis  XIV,  ré- 
digée sur  les  mémoires  de  M.  le  comte  D..  .; 
Bàle  et  Francfort  (La  Haye),  1740  et  suiv.,  5  vol. 
in-4\  J.  V. 

Mémoires  de  la  Bégence  ;  171B.  —  Marquis  d'Argeii- 
son.  Mémoires.  —  D'Argens,  Lettres  juives  et  Lettres 
cabàlisliqiws  —  Voltaire,  Des  Mensonges  imprimés  et 
Siècle  de  Louis  Xiy. 

LA  MOTHE  -  HOCDANCOCRT  (  Philippe, 
comte  de),  duc  i>e  Cardone  ,  maréchal  de  France, 
né  en  1605,  mort  le  24  mars  1657.  Cornette  de  la 
compagnie  des  chevau-légers  duduc  de  Mayenne, 
il  servit,  en  1622,  aux  sièges  de  Négrepelisse,  de 
Saint-Antonin ,  de  Sommières ,  de  Lunel  et  de 
Montpellier  contre  les  protestants.  En  1625,  il 
se  trouva  au  combat  naval  où  le  duc  de  Mont- 
morency battit  les  Rochellois,  le  15  septembre, 
et  à  la  défaite  des  Anglais  dans  l'île  de  Ré,  le 
8  novembre  1627.  En  1629  il  assista  aux  sièges 
de  Soyon,  de  Pamiers ,  de  Réalmont,  de  Saint- 
Sever,  de  Castelnau  et  de  Privas.  Il  concourut 
à  l'attaque  de  Pignerol  en  1630,  de  Brigueras,  du 
pont  de  Carignan,  où  il  fut  blessé ,  le  6  août,  et 
se  trouva  à  l'affaire  de  Castelnaudary,  le  1*"  sep- 
tembre 1632.  Il  obtint  la  même  année  le  gouver- 
nement de  Bellegarde.  Nommé  mestre  de  camp 
d'un  régiment  d'infanterie  qu'il  leva  en  1633,  il 
assista  au  siège  de  Nancy,  combattit  à  Avein, 
le  20  mai  1635,  au  siège  de  Louvain,  et  à  la 
prise  du  fort  de  Schenk.  Sergent  de  bataille  en 
1636,  il  servit  en  cette  qualité  dans  l'armée 
de  Bourgogne  et  secourut  Saint-Jean-de-Losne, 
assiégé  par  le  duc  de  Lorraine  et  par  le  géné- 
ral Galas.  Maréchal  de  camp  le  31  mars  1637, 
il  commanda  un  corps  séparé  à  l'armée  d'Al- 
lemagne, et  se  signala  à  la  tête  de  l'infanterie 
française  au  combat  de  Kintzingen.  L'année  sui- 
vante, il  fut  employé  à  l'armée  de  Bourgogne 
sous  le  duc  de  Longueville.  Il  battit  un  corps  en- 
nemi à  Poligny.  En  1639  il  défit  Savelli,  et  se 
Tendit  maître  du  château  de  Blamont.  Fait  lieu- 
tenant général  en  Bresse,  le  20  avril,  et  c.v\,  -aine 
d'une  compagnie  de  gendarmes ,  il  pacsa  en  Pié- 


LA  MOTHE  248 

mont.  A  la  mort  du  cardinal  de  La  Valette ,  il 
prit  le  commandement  de  l'armée  en  attendant 
l'arrivée  du  comte  d'Harcourt.  Sur  l'ordre  de  ce 
nouveau  chef,  La  Mothe-Houdancourt  s'empara 
de  Quiers  à  la  vue  de  l'armée  espagnole,  dans 
la  nuit  du  24   octobre.   Cependant  d'Harcourt 
éprouva  quelques  défaites,  et  l'armée,  obligée  de 
battre  en  retraite,  eût  essuyé  de  grandes  pertes 
si  La  Mothe  à  l'arrière-garde  n'eût  soutenu  seul 
pendant  deux  heures  les  attaques  du  marquis  de 
Leganez ,  dont  les  troupes  triomphantes  étaient 
bien  plus  nombreuses.  La  Mothesetrouvaenl640 
à  la  bataille  de  Casai ,  au  siège  de  Turin  et  aux  . 
deux  combats  livrés  devant  cette  place.  Sa  belle 
conduite  dans  les  dernières  affaires  le  fit  désigner  \ 
pour  un  commandement  supérieur.  Promu  au 
grade  de  lieutenant  général  des  armées  du  roi  en 
1641,  il  fut  envoyé  à  l'armée  de  Catalogne  sous  les  : 
ordres  du  prince  de  Condé.  Cette  province,  sou- 
levée contre  l'Espagne,  s'était  donnée  à  la  France, 
sous  la  réserve  de  ses  privilèges.  La  Mothe  y  mena 
cinq  mille  hommes  de  troupes,  s'empara  de  Valz, 
de  Lescouvette ,  du  fort  de  Salo ,  de  la  ville  et  du 
fort  de  Constantin,  et  assiégea  Taragone;  mais 
cette  ville  ayant  été  ravitaillée  par  mer,  il  se  re- 
tira. Au  mois  de  septembre,  il  emporta  d'assaut 
Tamarit,  dans  l' Aragon,  revint  devant  Taragone , 
et  marcha  au  secours  d'Almenas,  assiégé  par  les 
Espagnols,  au  commencement  de  novembre.  Sa 
troupe  étant  moins  forte  que  celle  des  assiégeants, 
il  envoya  dans  la  nuit  cent  chevaux  avec  toutes 
les  trompettes  et  les  tambours  de  son  armée  par 
les  montagnes  voisines,  tandis  qu'il  débouchait 
avec  ses  soldats  dans  une  vallée.  Le  bruit  des  trom- 
pettes attira  les  Espagnols  du  côté  des  montagnes, 
et  les  Français  s'emparèrent  de  leur  camp,  de  leurs 
canons  et  de  leurs  bagages.  En  1 642,  La  Mothe, 
après  avoir  pourvu  à  la  sûreté  de  ses  conquêtes^ 
en  Aragon,  revint  en  Catalogne.  En  marchant 
sur  Villelongue ,  il  rencontra  un  parti  espagnol,! 
qu'il  défit.  Pendant  que  le  roi  assiégeait  Col- 
lioure,  les  Espagnols  marchèrent  au  secours  de 
cette  place,  le  24  mars.  La  Mothe  les  battit  près 
de  la  rivière  de  Martoreil ,  les  surprit  au  passage 
d'un  défilé,  et  le  dernier  jour  de  mars,  secondé 
par  du  Terrail,  il  força  un  corps  ennemi  de 
trois  mille  six  cents  hommes  à  mettre  bas  les 
armes.  En  récompense,  il  fut  créé  maréchal  de 
France  le  2  avril.  Au  mois  de  mai  il  attaqua  et 
prit  d'assaut  Tamarit.  Nommé  vice-roi  de  la  Ca- 
talogne, sur  la  démission  du  maréchal  de  Brézè,  le 
25  juin,  et  duc  de  Cardone  au  mois  d'octobre,  La 
Mothe  fit  lever  le  siège  de  Lerida.  Le  7  du  même 
mois ,  Leganez  s'avança  pour  le  combattre  avec 
vingt-cinq  mille  hommes;  La  Mothe,  qui  n'en 
avait  que  douze  mille,  prit  position  sur  les  hau- 
teurs voisines ,  fit  sept  cents  prisonniers  aux 
Espagnols ,  qui  perdirent  en  outre  trois  mille 
hommes  tués  ou  blessés.  Le  maréchal  fut  reçu 
comme  vice-roi   à  Barcelone  au  mois  de  dé- 
cembre. Quoique  inférieur  en  forces  à  l'armée 
espagnole,  il  se  maintint  en  1643;  il  obligea  même 


,249  -  LA  MOTHE 

n'ennemi  à  lever  le  siège  de  Flix,  de  Mirabel  et 
du  Gap  de  Quiers.  En  1644  les  Espagnols,  com- 
mandés par  Philippe  de  Silvas,  étant  venus  mettre 
le  siège  devant  Lerida ,  La  Mothe  marcha  contre 
eux  ;  mais  le  désordre  se  mit  au  milieu  de  ses 
troupes,  et  il  fut  battu  le  15  mai.  Lerida  se  rendit 
aux  Espagnols  le  31  août.  On  lui  fit  un  crime  de 
cette  défaite.  La  vice-royauté  de  la  Catalogne  lui 
fut  enlevée  le  24  décembre,  et  arrêté  le  28  du 
iraême  mois,  il  fut  enfermé  au  château  de  Pierre- 
lEncise.  On  l'accusa  de  n'avoir  pas  profité  de  l'oc- 
casion qu'il  avait  eue  de  s'emparer  du  roi  d'Es- 
pagne pendant  une  partie  dechasse.  Traînédevant 
plusieurs  tribunaux,  il  fut  enfin  justifié  par  le 
parlement  de  Grenoble,  et  il  sortit  de  Pierre-En- 
ci.'^e  au  mois  de  septembre  1648 ,  après  quatre 
ans  de  détention.  On  attribua  cette  persécution  à 
Le  Tellier,  qui  avait  succédé  comme  ministre  de 
la  guerre  à  Desnoyers ,  dont  le  maréchal  était 
l'ami.  La  Mothe-Houdancourt  se  retira  d'abord 
lans  ses  terres  ;  mais  lorsque  les  troubles  de  la 
Fronde  éclatèrent,  il  se  rangea  parmi  les  mé- 
contents qui  demandaient  l'éloignement  de  Maza- 
rin,  en  1649.  Le  cardinal  de  Retz  le  représente 
îonime  «  enragé  contre  la  cour  »  ;  La  Mothe  était 
iu  moins  tout  dévoué  au  duc  de  Longueville, 
]ui  lui  faisait  une  pension  depuis  vingt  ans,  pen- 
sion que  La  Mothe  avait  voulu  retenir  par  recon- 
laissance,  même  après  avoir  été  fait  maréchal, 
c  Le  maréchal  de  La  Mothe ,  ajoute  le  coadju- 
eur,  avoit  beaucoup  de  cœur.  Il  étoit  capitaine 
le  la  seconde  classe  ;  il  n' étoit  pas  homme  de 
ton  sens.  Il  avoit  assez  de  douceur  et  de  faci- 
ité  dans  la  vie  civile;  il  étoit  très-utile  dans  un 
larti  parce  qu'il  y  étoit  très-commode.  »  Le 
!2  février  1649,  la  cour  lui  enleva  ses  régiments, 
lentré  dans  le  devoir,  on  lui  rendit  la  vice- 
oyauté  de  Catalogne,  sur  la  démission  du  duc 
ie  Mercœur,  le  15  novembre  1651,  avec  le  cora- 
nandement  de  l'armée  et  ses  deux  régiments. 
Sn  outre  son  duché  de  Cardone  fut  érigé  en  pairie 
lu  mois  d'avril  1652.  Le  23  du  même  mois,  il 
brça  les  lignes  de  fortification  élevées  devant 
Barcelone,  et  se  jeta  dans  cette  place,  où  il  se  dé- 
endit  pendant  plusieurs  mois  :  la  disette  l'obli- 
;ea  à  se  rendre  le  13  octobre.  La  prise  de  Bar- 
«lone  fit  perdre  la  Catalogne  à  la  France  et  au 
naréchal  de  La  Mothe  son  duché  de  Cardone; 
nais  sa  terre  de  Fayel  fut  élevée  au  titre  de  du- 
;hé-pairie  en  janvier  1653.  Au  mois  de  mai ,  il  se 
iémit  de  la  vice-royauté  de  Catalogne,  du  com- 
nandement  de  l'armée,  et  revint  à  Paris. 

La  Mothe-Houdancourt  laissa  de  sa  femme, 
ùouise  de  Prie ,  trois  filles  ;  l'une  fut  duchesse 
l'Aumont;  la  seconde,  duchesse  de  Ventadour, 
gouvernante  de  Louis  XV  et  de  ses  enfants,  mou- 
'ut  en  1744,  à  quatre-vingt-treize  ans;  la  troi- 
sième futduchessede  LaFerté-Seneterre.  Bussy- 
^abutin  n'en  a  ménagé  aucune.  Mais  une  lettre  de 
«  caustique  écrivain  à  sa  cousine,  M"^  de  Sévi- 
j;né,  peut  faire  penser  qu'il  cherchait  à  se  venger 
sur  les  filles  de  La  Mothe-Houdancourt  d'une  pe- 


250 


tite  rancune  qu'il  avait  gardée  contre  leur  père. 
Pendant  le  siège  de  Paris ,  Bussy-Rabutin  avait 
fait  redemander  au  maréchal  des  chevaux  qui  lui 
avaient  été  enlevés.  Le  maréchal  n'avait  sans  doute 
tenu  aucun  compte  de  la  réclamation.  «  Pour  moi, 
écrivait  Bussy  à  M"^  deSévigné,  je  suis  toutcon- 
solé  de  la  perte  de  mes  chevaux  par  les  marques 
d 'amitié  que  j 'ai  reçues  de  vou  s  en  cette  rencontre. 
Pour  M.  de  La  Mothe ,  maréchal  de  la  Ligue,  si 
jamais  il  a  besoin  de  moi,  il  trouvera  un  chevalier 
peu  courtois.  »  C'est  sans  doute  dans  cette  mau- 
vaise disposition  d'esprit  que  le  célèbre  choniqueur 
s'est  occupé  des  filles  du  maréchal.      L.  L — t. 

Pinard,  Chronelogie  militaire,  torae  II,  p.  529.  — 
D'AvrIgny,  Mémeires.  —  Dupletx  etGrlffet,  Hist.  de 
France.  —  De  Qaincy,  Histoire  tnilitaire.  —  Anquetil, 
Hisf.  de  France.  —  De  Courcelles,  Dict.  des  Généraux 
français.  —  Chaudon  el  Delandine  ,  Dict.  univ. ,  Hist., 
Crit.  et  Bibliogr.  —  Le  cardinal  de  Retz,  Mémoires. 

LAMOTHE  {Pierre  Lambert  de),  célèbre 
prélat  français,  né  à  Bucherie,  dans  le  diocèse 
de  Lisieux,  le  18  janvier  1624,  mort  à  Siam,  le 
15  juin  1679.  Avant  de  se  consacrer  aux  travaux 
de  l'apostolat,  il  avait  exercé  pendant  plusieurs 
années  les  fonctions  de  conseiller-clerc  au  parle- 
ment de  Rouen.  Son  mérite  le  fit  remarquer 
parmi  les  ecclésiastiques  qui  s'associèrent,  vers 
1652,  pour  aller  prêcher  l'Évangile  dans  la  Chine 
et  les  royaumes  voisins  et  travailler  à  y  former, 
selon  les  vues  du  saint-siége,  un  clergé  indigène. 
Il  fut  sacré  évêque  de  Bérythe,  en  1660,  à  Paris, 
dans  la  chapelle  des  religieuses  de  la  Visitation. 
Il  partit  le  18  juillet  de  la  même  année  pour 
la  Chine,  avec  M.  Deydier,  qui  fut  premier  vicaire 
apostolique  du  Tonkin  oriental,  et  M.  de  Bourges, 
qui  devint  le  premier  évêque  du  Tonkin  occiden- 
tal. A  cause  de  la  guerre,  Lambert  dut  renoncer 
à  faire  le  voyage  sur  les  bâtiments  de  la  Hol- 
lande, de  l'Angleterre  ou  du  Portugal.  Il  ne  res- 
tait que  la  voie  de  la  Méditerranée  et  de  la  Tur- 
quie. Le  prélat  s'embarqua  à  Marseille,  le  27  no- 
vembre 1660,  et  s'arrêta  dix-huit  jours  à  Malte. 
Débarqué  en  Syrie  au,  commencement  de  janvier 
1661,  il  s'achemina  par  Antioche,  Alep,  Bassora, 
Chalzeran,  Schiras,  Ispahan,  Lara,  Surate,  Ma- 
sulipatan,  Tenasserim,  Yalinga,  Pram,  Pikfri, 
vers  Jutlica,  capitale  du  Siam ,  où  il  arriva,  le 
22  avril  i662.  Il  y  trouva  quinze  cents  chrétiens 
de  différentes  nations  et  deux  églises  adminis- 
trées l'une  par  les  dominicains  et  l'autre  par  les 
jésuites.  La  politique  libérale  de  Phra-Naraï,  qui 
avait  ouvert  ses  ports  à  toutes  les  nations  ,  avait 
attiré  dans  le  royaume  de  Siam  un  grand  nombre 
d'étrangers,  surtout  des  Hollandais  et  des  Por- 
tugais. Bien  accueilli  d'abord  de  ces  derniers, 
dont  le  chef  lui  procura  une  demeure  dans  le 
quartier  qu'il  habitait,  La  Mothe  Lambert  se  vit 
ensuite  de  leur  part  en  butte  à  de  nombreuses 
vexations.  Un  grand-vicaire  de  Goa,  qui  se 
trouvait  alors  à  Siam,  vint  le  trouver  dans  sa 
maison,  accompagné  des  principaux  de  la  nation, 
et  au  nom  de  l'archevêque  de  Goa,  qui  préten- 
dait être  primat  de  toutes  les  Indes,  il  le  somma 


251 


LA  MOTHE 


253 


de  lui  montrer  ses  pouvoirs.  L'évêque  de  Bérythe, 
en  sa  qua'ilé  de  Français  et  de  délégué  du  saint- 
siége,  refusa  de  se  soumettre  à  cette  formalité  ; 
mais  il  se  crut  obligé  de  changer  de  demeure 
et  d'aller  habiter  dans  le  quartier  des  Portugais. 
En  attendant  l'occasion  de  partir  pour  la  Chine, 
it  s'appliqua  à  l'étude  des  langues  et  aux  soins 
du  ministère  apostolique  auprès  de  quelques  Co- 
chinchinois,  prisonniers  de  guerre,  et  de  plusieurs 
familles  chrétiennes  du  Japon  qui  avaient  aban- 
donné leur  patrie  pour  fuir  la  persécution.  Ce- 
pendant, au  mois  de  juillet  1663,  La  Mothe  s'em- 
barqua avec  deux  missionnaires  sur  un  vaisseau 
portugais  qui  faisait  voile  pour  Canton.  Une 
tempête  l'obligea  de  retourner  à  Siam.  Il  se  fixa 
dans  le  quartier  des  Cochinchinois  pour  être  plus 
en  sûreté  et  plus  à  portée  de  les  instruire.  Les 
Portugais,  que  son  départ  avait  réjouis,  furent 
exaspérés  de  son  retour.  Ils  prirent  la  résolu- 
tion de  s'emparer  de  sa  personne  et  de  l'envoyer 
en  Portugal.  Un  aventurier  nouvellement  arrivé 
de  Lisbonne  se  présenta  à  sa  maison  avec  une 
nombreuse  escorte  et  l'aurait  infailliblement  en- 
levé si  les  Cochinchinois  ne  fu.ssent  accourus 
pour  le  délivrer.  Cette  violence  faillit  coûter  la 
vie  à  l'aventurier  et  à  tous  les  Portugais  établis 
à  Siam.  L'évêque  de  Bérythe  se  servit  de  son 
ascendant  sur  l'esprit  des  Cochinchinois  pour 
calmer  leur  fureur  et  empêcher  l'effusion  du 
sang.  Les  Portugais  n'en  furent  pas  moins  hos- 
tiles au  prélat.  Ils  le  traitaient  d'hérétique,  et 
menaçaient  de  l'inquisition  tous  les  prêtres  fran- 
çais venus  aux  Indes  sans  la  permission  du  roi 
de  Portugal.  Ces  insultes  réitérées,  jointes  au 
besoin  pressant  d'ouvriers  apostoliques  et  de 
ressources  pécuniaires,  firent  prendre  à  Lam- 
bert la  résolution  d'envoyer  à  Paris  et  à  Rome 
un  de  ses  missionnaires  pour  les  intérêts  de  la 
mission  et  de  la  société.  M.  de  Bourges  quitta 
Siam,  le  14  octobre  1663,  et  reprit  le  chemin  de 
l'Europe.  Le  pape  Alexandre  VII  étendit  la  juri- 
diction des  vicaires  apostoliques  sur  les  royaumes 
de  Siam  de  Pégu  ,  de  Camboge ,  de  Ciami^a,  de 
Lao,  du  Japon,  ainsi  que  sur  les  îles  et  les  con- 
trées voisines.  Pallu  du  Parc,  évêque  d'Hé- 
liopolis,  parti  de  Marseille  le  2  janvier  1662, 
arriva  à  Siam  le  27  janvier  1664,  avec  quelques 
missionnaires.  Les  deux  vicaires  apostoliques 
tinrent  un  synode  où  ils  dressèrent,  à  l'usage  des 
ouvriers  apostoliques,  des  instructions  qui  furent 
approuvées  par  le  saint-siége.  La  Mothe  Lambert 
obtint  ensuite  du  roi  de  Siam  un  terrain  et  des 
matériaux  pour  la  construction  d'une  église. 
Siam  devant  être,  dans  les  desseins  du  prélat,  le 
centre  de  communication  entre  les  différentes 
missions  de  l'extrême  Orient,  il  y  fonda  un  sé- 
minaire pour  former  des  prêtres  et  des  caté- 
chistes chinois,  coehinchinois ,  siamois,  tonki- 
nois et  japonais,  un  collège  pour  élever  les 
jeunes  gens  de  ces  pays  et  un  hôpital  où  les 
pauvres  étaient  secourus  gratuitement.  Le  sé- 
minaire et  le  collège  furent  bientôt  remplis  d'é- 


lèves. En  1668  La  Mothe  Lambert  fut  rejoint 
par  M.  de  Bourges  avec  de  nouveaux  mission- 
naires, et  l'amena  avec  lui  au  Tonquin.  Au  mois 
de  mars  1670  il  y  célébra  un  synode,  où  il  fit 
divers  règlements  qui  eurent  l'approbation  de 
Rome.  Il  visita  deux  fois  la  mission  de  Cochin- 
chine,en  1671  et  1675.  Il  y  fonda  une  congrégation 
de  vierges  et  de  veuves,  qui,  sous  le  titre  à'A- 
mantes  de  la  Croix,  furent  destinées  à  l'édu- 
cation des  jeunes  tilles.  Dans  son  second  voyage 
en  Cochinchine,  il  eut  une  audience  du  roi  Hien- 
Vuong,  et  en  obtint  la  permission  d'exercer  ses 
fonctions,  d'y  laisser  et  d'y  envoyer  des  mis- 
sionnaires. Pallu  du  Parc,  qui  était  allé  à  Rome 
faire  approuver  les  décrets  du  synode  de  Siam^ 
fut  de  retour  dans  cette  dernière  ville  le  27  mai 
1673.  Il  était  porteur  de  lettres  et  de  présents 
que  Louis  XIV  et  Clément  IX  envoyaient  au  roi 
de  Siam.  A  cette  occasion  Phra-Naraï  reçut  les 
évêques  français  avec  des  honneurs  extraordi- 
naires. De  concert  avec  Lanneau,  qu'il  avait^ 
sacré  évêque  de  Métellopolis  et  vicaire  apostolique 
de  Siam  et  de  Nankin,  La  Mothe  Lambert  continua 
de  s'appliquer  au  gouvernement  de  toutes  les 
missions  fondées  par  les  missionnaires  français 
auTonkin,  en  Cochinchine  et  dans  le  Camboge, 
missions  dont  il  était  le  gouverneur  général.  A 
Tenassérim,  à  Phitsilôk  et  à  Bangkok,  les  con- 
versions se  multipliaient.  Louis  XIV,  instruit  de 
la  réception  brillante  faite  à  son  représentant  à 
la  cour  de  Siam,  avait  promis  de  témoigner  à 
son  tour  aux  ambassadeurs  siamois  qui  seraient 
envoyés  dans  ses  États  son  estime  et  sa  recon- 
naissance. Ces  témoignages  et  cette  promesse  de 
Louis  XTV  furent  si  agréables  à  Phra-Naraï  qu'il 
semblait  déterminé  à  embrasser  la  religion  chré- 
tienne :  il  défendit  à  tous  ses  sujets  d'aller  aux 
temples  des  idoles,  et  punit  les  infracteurs  dèi 
cette  défense.  Il  voulut  plusieurs  fois  entretenir 
La  Mothe  Lambert  sur  la  religion.  Il  fit  achever 
un  grand  corps  de  logis  du  séminaire,  donna 
aux  évêques  une  chaire  dorée,  déclara  de  nou- 
veau publiquement  qu'il  permettait  à  ses  peuples 
d'embrasser  le  christianisme,  et  ordonna  à  se$ 
ministres  de  choisir,  parmi  les  mandarins,  ceux 
qu'ils  jugeraient  les  plus  propres  pour  l'ambas- 
sade de  Rome  et  de  France,  qu'il  méditait  d'en- 
voyer dès  que  la  paix  serait  publiée  en  Europe. 
Tout  ce  zèle  n'était  qu'apparent  comme  le  mon- 
trent les  événements.  On  a  de  La  Mothe  Lambert 
des  InstructÀons  à  Vusage  des  Missionnaires 
et  plusieurs  lettres,  publiées  dans  lé  Becueildes 
Lettres  édifiantes. 

Son  frère,  mort  en  1668,  fut  un  des  premiers 
directeurs  du  séminaire  des  Missions  étrangère^ 
établi  à  Paris.  Au  mois  de  mars  1666,  il  s'embar*: 
qua  à  La  Rochelle  sur  un  vaisseau  de  la  nouvelfe 
Compagnie  française  pour  aller  à  Siam  partager 
les  travaux  de  son  frère.  Il  passa  trois  ans  suf 
mer  à  Madagascar  ou  au  Brésil.  La  longueur  da 
voyage ,  les  tempêtes  fréquentes ,  les  chaleurs 
excessives  de  la  zone  torride  lui  causèrent  une 


253 

telle  fatigue  qu'il  fut  attaqué  d'une  fièvre  violente 

et  emporté  en  quelques  jours,  vers  1668.  F.-X.  T. 

Documents  inédits.  —  Relation  de  la  Mission  des 
/.régnes  français  aux  royaumes  de  Siam,  de  la  Co- 
r  inchine  et  du  Tonkin.  —  De  Bourges,  Relation  du 
yoyage  del'évêque  de  Bérythe.  —  Nouvelles  Lettres  édi- 
fiantes, tom.  Vi.  —  Gallia  CUristianu,  lom.  Vil.  —  Lu- 
quet,  Lettre  à  Mtjr ,  l'évéqne  de  Langres.  —  Pallegoix , 
Description  du  royaume  [haï,  tom.  11. 

L.AMOTHE  {Christophe-Suzanne  de),  ma- 
gistrat français,  de  la  famille  du  cardinal  Gail- 
lard de  Lamotlie,  né  à  Toulouse,  en  1719,  mort 
à  Saint-Félix,  le  3  novembre  1785.  Après  avoir 
fait  de  brillantes  études  au  collège  de  L'Esquille, 
I!  fut  pourvu,  en  1741,  d'une  charge  de  conseil- 
ler au  parlement  de  Toulouse.  Exilé  en  1771, 
avec  ses  confrères  du  parlement  dont  il  avait 
partagé  la  résistance  aux  prétentions  du  chance- 
lier Maupeou,  il  reprit  ses  fonctions  avec  sa 
compagnieen  1774.  Un  second  exil  pour  la  même 
cause  l'amena,  en  1782,  à  Saint-Féiix,  où  il  mou- 
rut bientôt.  Il  fut  membre  de  l'Académie  de 
Peinture  de  Toulouse  et  l'un  des  mainteneurs 
des  Jeux  Floraux.  On  trouve  plusieurs  écrits  de 
lui  dans  le  recueil  de  cette  dernière  académie. 
Il  a  laissé  en  manuscrit  un  Traité  sur  l' Admi- 
nistration générale  et  sur  celle  particulière 
des  Colonies,  quelques  tragédies  et  comédies  en 
vers,  des  traductions  d'Horace,  etc. 

Son  fils,  Marie-Joseph  Lamothe,  né  à  Tou- 
louse, le  11  septembre  1756,  mort  le  6  juillet 
1794,  fut  aussi  conseiller  au  parlement  de  Tou- 
louse. La  part  qu'il  prit  en  1790  aux  protesta- 
tions énergiques  de  ce  parlement  et  au  refus 
d'enregistrer  les  lettres  patentes  qui  supprimaient 
ce  corps ,  ayant  dévoué  à  l'échafaud  ceux  qui 
avaient  souscrit  à  ces  actes,  M.  J.  de  Lamothe 
fut  traduit,  en  1794,  au  tribunal  révolutionnaire 
de  Paris  ;  il  s'y  rendit  librement,  et  fut  envoyé 
à  l'échafaud.  G.  de  F. 

Biogr.  Toulousaine. 

*  LAMOTHE -LANGOiv  (Le  bdiron  É tienne- 
Léon  de),  littérateur  français,  fils  du  précédent, 
naquit  lel"  avril  i786  (non  en  1790,commerin- 
dique  la  Biographie  des  Hommes  du  Joxir),  à 
Montpellier,  d'une  famille  issue  de  Guienne,  où 
elle  avait  possédé  la  baron  nie  souveraine  de  Lan- 
gon,  et  qui  s'était  établie  depuis  plusieurs  siècles  à 
Toulouse.  Pendant  la  révolution,  et  quoiqu'en- 
core  enfant,  il  fut  porté  sur  une  liste  d'émigrés, 
dont  on  eut  beaucoup  de  peine  à  le  faire  rayer. 
A  dix-sept  ans  il  publiait  des  vers  contre  l'An- 
gleterre et  des  chants  dithyrambiques  sur  la  gloire 
nationale.  Il  vint  à  Paris  en  1807,  et  y  fut  ac- 
cueilli parDelille,  Boufflers  et  Chénier.  En  1809 
l'empereur  l'appelait  au  conseil  d'État  en  qualité 
d'auditeur;  en  1811  il  le  nomma  sous-préfet  à 
Toulouse.  Lamothe  se  signala  dans  ce  poste,  en 
apaisant,  pendant  la  disette  de  grains  de  18 12,  une 
sédition  qui  s'était  élevée  dans  la  ville  de  Ville- 
mur;  il  passa  seul  le  Tarn,  et  ne  craignit  iws 
de  se  livrer  aux  insurgés  ;  sa  confiance  les  dé- 
saiTOa,  et  par  des  Doesures  fermes  et  rapides  il 


LA  MOTHE  254 

(  leur  procura  en  quelques  heures  le  blé  dont  ils 
I  manquaient.  En  1813  il  passa  à  la  sous-préfec- 
I  ture  de  Livourne,  on  Toscane,  et  se  signala  en  di- 
verses occasions,  entre  autres  au  combat  de  Viar- 
reggio,  où  il  fut  blessé,  et  à  la  défense  de  Livourne, 
où  il  se  mita  la  tète  des  employés  civils  pour  aider 
à  garnir  les  remparts.  Lors  de  l'évacuation  de 
l'Italie,  il  revint  à  Toulouse,  où  il  refusa  de  don- 
ner à  Wellington,  maître  de  la  ville,  des  rensei- 
gnements sur  la  position  de  l'armée  du  maréchal 
Soult,  qu'il  venait  de  traverser.  M.  Lamothe- 
Langon  ne  fut  point  employé  pendant  la  première 
restauration.  Au  retour  de  l'île  d'Elbe,  Napoléon 
lui  confia  la  préfecture  de  l'Aude,  qu'il  quitta  au 
refour  des  Bourbons.  Nommé  sous-préfet  de  Saint- 
Pons,  il  fut  évincé  avant  d'entrer  en  fonctions. 
Rentré  dans  la  vie  privée,  il  se  livra  avec  ardeur 
aux  travaux  littéraires.  Il  échoua  dans  une  tra- 
gédie d'Isabelle  de  Bavière,  commença  un 
poème  en  vingt  chants  ayant  pour  sujet  Cons- 
tantin, ou  le  triomphe  de  la  religion,  et  com- 
posa un  grand  nombre  de  romances.  Doué  d'une 
féconde  imagination ,  il  écrivit  de  nombreux  ro- 
mans, dont  quelques-uns,  entre  autres  Monsieur 
le  préfet,  eurent  du  succès.  Enfin  il  fut  un  des 
écrivains  qui  mirent  en  vogue  l'histoire  anecdo- 
tique  et  les  mémoires  historiques,  même  apo- 
cryphes. Suivant  M.  Quérard  {La  France  lit- 
téraire), le  style  néghgé  de  ces  mémoires  aurait 
nécessité  une  révision  dont  l'éditeur  avait  chargé 
M.  Amédée  Pichot  et  quelques  autres  écrivains. 
M.  Lamothe-Langon  nous  a  affirmé  que  cette 
assertion  était  inexacte,  et  qu'il  n'eut  ni  réviseur 
ni  collaborateur. 

Ses  principaux  ouvrages  sont  :  Ode  sur  la 
campagne  de  Prusse;  1806,  in- 8°  ',  — Louis  XVI 
dans  sa  prison;  1808,  in-8°;  —  Légendes, 
Ballades  et  Fabliaux  ;  1829,  2  vol.  in-18;  — 
Les  nouveaux  Martyrs,  satire;  1829,  in- 8°; 
attribuée  à  Lamothe-Langon  quoique  publiée  sous 
le  nom  de  Baour-Lormian  ;  —  Les  Merveilles 
de  la  Nature,  poëme;  1837,  in-8°;  —Clémence 
Isaure  et  les  Troiibadours ;  1808,  3  vol.  in-12  ; 
—  Les  Mystères  de  la  Tour  Saint-Jean,  ou  les 
chevaliers  du  Temple,  traduction,  (supposée) 
d'Anne  Radcliffe]  1818,  4  vol.  in-12;  —  L'Er- 
mite de  la  Tombe  mystérieuse,  traduction  (sup- 
posée) d'Anne  Radcliffe,  18..,  4  vol.  in-12;  — 
Le  Spectre  de  la  galerie  du  château  d'Esta- 
lens,  traduction  (supposée)  de  l'anglais,  parle 
baron  G.,  1819,  4  vol.  in-12;  —  Duranti, 
premier  président  au  parlement  de  Toulouse 
(publié  sous  le  nom  de  Baour  deLonnian); 
1822,  4  vol.  in-12;  —  La  Province  à  Paris; 
1825,  4  vol.  in-12;  —  Le  2i  janvier  ou  Id 
Malédiction  dhin  père;  1825,  3  vol.  in-12;  — 
Le  Chancelier  et  les  Censeurs;  1828,  5  vol. 
in-12;  — Ze  Ventru,  roman  de  mœurs  ;  1829, 

4  vol.  in-12;  —  La  Princesse  et  le  Sous-offi- 
cier;  1831,  4  vol.  in-12;  —  Le  Diable;  1832, 

5  vol.  in-12;  —  Un  Fils  de  l'Empereur  ;  1832, 
5  vol.  in-12;  —  Le  Gamin  de  Paris;  1833, 


255  LA  MOTHE 

5  vol.  in-12;  —  Le  Comptoir,  la  Plume  et 
VÉpée;  1834,2  vol.  in-S";  —  Les  jolies  Filles 
(avec  Touchard-Lafosse);  1834,   2  vol.  in-8°; 

—  Le  Roi  et  la  Grisette;  1836,  in-8°;  —  Mon- 
sieur et  Madame;  1837,  2  vol.  in-8°; —  Bona- 
parte et  le  Doge;  1838,  2  vol.  in-8°;  —  L'Es- 
pion russe  (sous  le  pseud.  comtesse  O.  D.); 
1838,  2  vol. in-8°;  —  Marquise  et  Charlatan; 
1840, 4  vol.  in-12  ;  —  Mon  Général,  ma  Femme 
et  moi;  1841,  2  vol.  ^-8";  —  Histoire  de  l'In- 
quisition en  France  ;i829,  3  vol.  in-8°  ;  — 
Une  Semaine  de  l'histoire  de  Paris;  1830, 
in-S";  —  Trois  Mois  de  Vhistoire  de  Paris; 
1831,  !n-8°;  —  L'Exilé  d'Holy-Rood  (sous  le 
pseud.  de  Vie  de  Varieléry);  —  Les  Soirées 
de  Louis  XVI 11;  1835,  2  vol.  in-8°;  —  L'Em- 
pire, ou  dix  ans  sous  Napoléon;  1836,  in-8°; 
suivant  M.  Quéraid  {France  Littéraire),  cet 
ouvrage  aurait  été  revu  par  Max.  de  Ville- 
marest.qui  y  aurait  ajouté  quelques  chapitres  ; 

—  Napoléon,  sa  famille,  ses  amis,  ses  gé- 
néraux, ses  ministres,  ses  contemporains, 
ou  soirées  secrètes  du  Luxembourg ,  des  Tui- 
leries, de  Saint-Cloud,  de  La  Malmaison,  de 
Fontainebleau  et  de  Paris;  1838,  in-8°,  publié 
sous  le  nom  de  M.  Le...,  ex-ministre  de  S.  M. 
Impériale  et  Royale;  —  Mémoii-es historiques 
et  anecdotiques  du  duc  de  Richelieu;  1829, 
4  vol.  in-8°  ;  —  Mémoires  et  Souvenirs  d'un 
pair  de  France  {le  comte  Fabre  de  l'Aude); 
1829-1830,  4  vol.  in-8°;  suivant  M.  Quérard 
(France  Lit  ter.),  les  deux  premiers  volumes 
ont  été  refaits  et  publiés  par  M.  Guillimard,  avo- 
cat, et  les  deux  derniers  par  M.  L'Héritier;  — 
Mémoires  d'une  Femme  de  qualité  depuis  la 
mort  de  Louis  XV III  jusqu'à  la  fin  de  1829; 
1830,  2  vol.  in-8°;  —  Révélation  d'une  Dame 
de  qualité  sur  les  années  1830  et  1831  ;  1831, 
2  vol.  in-S".  Ce  sont  ces  quatre  derniers  ouvrages, 
qui,  au  rapport  de  M.  Quérard,  furent  écrits  avec 
tant  de  précipitation,  que  les  éditeurs  étaient 
obligés,  avant  de  les  mettre  sous  presse,  d'en 
confier  la  révision  à  M.  Amédée  Pichot,  qui  au- 
rait même  intercalé  quelques  chapitres  dans 
les  deux  premiers  volumes  des  Mémoires  de 
Louis  XVIII.  Le  même  bibliographe  ajoute  que 
M.  Ch.  Nodier  rédigea  aussi  quelques  chapitres 
pour  ces  deux  volumes,  et  que  la  tâche  de  re- 
fondre ces  Mémoires  fut  confiée  à  MM.  Hinard, 
Grimaud  et  Ferrier  ;  il  cite  comme  refaits  par  ce 
dernier  les  chapitres  qui  concernent  le  divorce 
de  Napoléon  et  le  séjour  de  madame  de  Staël  à 
Coppet;  —  Mémoires  sur  Louis  XVIII,  re- 
cueillis et  mis  en  ordre  par  M.  le  duc  de  D*  ; 
1832-1833,  12  vol.  in-8°  ;  —  Mémoires  de  Na- 
poléon Bonaparte,  recueillis  et  mis  en  ordre 
par  le  rédacteur  des  Mémoires  de  Louis  XVIII  ; 
1834,  4  vol.  in-8°:  cet  ouvrage,  qui  devait  for- 
mer 10  volumes,  n'a  pas  été  achevé.  M.  Lamothe 
a  été  le  collaborateur  de  Jouy  dans  son  Her- 
mite  en  province,  et  a" travaillé  à  beaucoup  de 
recueils  périodiques.  Guyot  de  Fèf.e. 


256 

Documents  particuliers.  —  Statistique  des  Gens  de 
Lettres.  —  Qii(?rard,  La  France  Littéraire. 

LA  niOTHE  LE  VAYER  { FéHx  DE),  magis- 
trat français,  né  en  1547,  mort  le  25  septembre 
1625.  Il  descendait  d'une  famille  noble  originaire 
du  Maine.  Il  fut  pendant  longtemps  substitut 
du  procureur  général  du  parlement.  On  a  de 
lui  :  Legatus  ,  seu  de  legatorum  privilegiis , 
of/icio  ac  munere  libellus  ;  Paris,  1579,  in-4''. 

La  Croix  du  Maine  et  Du  Verdier,  Bibl.  françaises.  — 
Moréri,  Grand  Dict.  Histor. 

LA    MOTHE     LE    VATER    (FraUÇOiS    DE), 

écrivain  et  philosophe  français ,  fils  du  précé- 
dent, né  à  Paris,  en  1588,  mort  en  1672.  Son  i 
père  lui  fit  apprendre  les  lettres,  le  droit  et  la  i 
morale.  Lié  avec  plusieurs  savants  de  l'époque, 
il  fut  admis  dans  la  société  de  M''"  de  Gournay, 
qui  lui  laissa  en  mourant  sa  bibliothèque.  Ea 
1625  il  succéda  à  son  père  dans  la  charge  de 
substitut  du  procureur  général  au  parlement.  Il  1 
s'en  défit  bientôt  pour  se  livrer  tout  entier  à  i 
l'étude.  L'Académie  Française  le  Choisit,  le  14  fé- 
vrier 1639,  pour  succéder  à  Bachet  de  Meziriac, 
Richeheu ,  qui  l'estimait ,  satisfait  de  l'ouvrage 
que  LaMothe  Le  Vayer  venait  de  publier  sur  l'é- 
ducation d'un  prince,  le  désigna  en  mourant  pour 
être  le  précepteur  du  dauphin;    mais  la  reine 
Anne  le  refusa,  parce  qu'il  était  marié.  La  Mothe  i 
fut  néanmoins  chargé  de  la  direction  des  pre- 
mières études  du  jeune  duc  d'Anjou,  depuis  duc  s 
d'Orléans,  frère  du  roi,  en  1649.  Les  progrès  de 
son  élève  frappèrent  la  reine,  qui  en  1652  confia  ! 
à  Le  Vayer  le  soin  de  terminer  l'éducation  du  roi. 
La  Mothe  accompagna  Louis  XIV  en  différents 
voyages,  et  le  suivit  à  Reims  pour  la  cérémonie  du  i 
sacre, en  1654.  Il  cessa  toute  fonction  auprès  du 
roi  à  l'époque  du  mariage  de  Louis  XIV,  en  1660. 
Ayant  perdu  sa  femme  et  son   fils  unique,  La 
Mothe  se  remaria,  à  l'âge  de  soixante-dix-huit 
ans,  avec  M""  de  La  Haye,  fille  de  l'ambassa-  • 
deur  de  France  à  Constantinople ,  âgée  de  qua- 
rante ans,  quoique,  dit-on,  il  n'eût  pas  eu  à  se 
louer  de  son  premier  mariage.  Rayle  raconte  que 
«  La  Mothe  Le  Vayer  s'était  un  peu  égaré  après 
les  plaisirs  illégitimes   pendant  les  feux  de  sa  î 
première  jeunesse;  mais  il  s'en  délivra  bientôt, 
et  depuis  il  mena  très-constamment  une  vie  pure  ( 
et  qui  le  fit  regarder  comme  un  sectateur  rigide  ( 
de  la  plus  belle  morale  ;  de  sorte  qu'il  acquit  par  i 
là  une  estime  singulière.  Quoi  qu'il  en  soit ,  La- 
mothe a  écrit  fort  librement  sur  des  matières  ob-  • 
scènes  ;  on  trouve  des  pensées  gaillardes  et  des 
expressions  sales,  suivant  l'expression  de  Bayle, 
dans  les  Dialogues  et  dans  l'Hexaméron.  Mais  • 
les  autres  livres  de  La  Mothe  Le  Vayer  ne  con- 
tiennent rien  de  semblable,  encore  qu'en  certains  ' 
endroits  il  débite  par  citation  ou  sans  citation 
quelques  pensées  un  peu  cyniques.  «  L'Académie 
Françoise  le  considéroit,   dit  Vigneul-Marville, 
comme  un  de  ses  premiers  sujets;  mais  le  monde 
le  regardoit  comme  un  bourru  qui  vivoit  ^  sa 
fantaisie  et  un  philosophe  sceptique.  Sa  physiO' 
nomie  et  sa  manière  de  s'habiller  faisoient  juger 


LA  MOTHE 


258 


,  quiconque  le  voioi't  que  c'étoit  un  homme 
t  xtraordinaire.  Il  marchoit  toujours  la  tête  levée 
et  les  yeux  attachez  aux  enseignes  des  rues  par 
011  il  passoit.  Avant  que  l'on  m'apjjrît  qui  il 
etoit,  je  le  prenois  pour  un  astrologue  ou  pour 
lin  chercheur  de  secrets  et  de  pierre  philoso- 
phale.  «  A  la  cour,  La  Mothe  Le  Vayer  fut  mo- 
deste, et  Je  ressemble  ici,  disait-il,  à  la  christopho- 
riane ,  qui  se  tient  d'autant  plus  petite  qu'elle 
est  dans  un  lieu  plus  élevé.  »  Il  avait  beaucoup 
lu  et  beaucoup  retenu,  et  il  fit  usage  de  tout  ce 
qu'il  savait.  Balzac  disait  de  La  Mothe  Le  Vayer  : 
'(  11  vit  en  faisant  le  dégât  dans  les  bons  livres.  » 
Son  Traité  de  la  Vertu  des  Païens  eut  d'abord 
peu  de  succès  ;  le  libraire  s'en  plaignait  :  «  Ne 
soyez  point  en  peine,  lui  dit  La  Mothe,  je  sais  un 
secret  pour  le  faire  vendre.  »  Il  alla  solliciter 
l'autorité  de  défendre  la  lecture  de  son  écrit; 
à  peine  la  défense  fut-elle  connue  que  chacun 
eut  envie  de  le  lire,  et  l'édition  fut  promptement 
épuisée.  Dans  son  travail  sur  l'instruction  d'un 
prince,  il  montre  qu'il  ne  partageait  pas  les  er- 
reurs de  son  temps  sur  l'astrologie  et  la  magie. 
Dans  un  écrit  sur  l'éloquence,  il  soutient  la 
supériorité  des  anciens  sur  les  modernes ,  la 
nécessité  de  l'étude  du  grec  ,  et  il  indique  les 
rapports  de  cette  langue  avec  le  français.  Les 
relations  des  pays  éloignés  étaient,  suivant 
Chevreau ,  un  des  amusements  de  La  Mothe 
Le  Vayer.  Comme  il  avait  la  mort  sur  les  lèvres, 
Bernier,  son  ami,  vint  le  voir.  «  Eh  bien  !  lui  dit- 
il,  quelles  nouvelles  avez-vous  du  grand  Mogol?  » 
Ce  furent  presque  ses  dernières  paroles. 

A  propos  de  la  nomination  de  La  Mothe  Le 
Vayer  à  l'Académie  Française,  Balzac  écrivait  à 
Chapelain  :  «  Je  me  réjouis  de  la  nouvelle  ac- 
quisition que  l'Académie  a  faite  du  philoso- 
phe ***,  qui  en  effet  est  un  galand  homme  ,  et 
ne  laisse  pas  d'avoir  de  l'esprit,  quoy  qu'il  se 
serve  la  plus  part  du  temps  de  celui  d'autruy.  « 
Suivant  Bayle,  't  il  avoit  plus  d'érudition  et  de 
lecture  que  la  plupart  de  ses  confrères  ;  mais  ils 
écrivoient  presque  tous  plus  élégamment  que 
lui  :  car  il  n'avoit  pas  une  grande  politesse  dans 
son  style;  et  s'il  avoit  voulu  se  servir  de  sa 
mémoire  et  de  sa  lecture  des  livres  latins  beau- 
coup moins  qu'il  ne  faisoit,  il  auroit  été  pour- 
tant fort  éloigné  de  la  perfection  en  matière  de 
langage.  C'étoit  un  homme  d'une  conduite  ré- 
glée, semblable  à  celle  des  anciens  sages;  un 
vrai  philosophe  dans  ses  mœurs,  qui  méprisoit 
même  les  plaisirs  permis,  et  qui  aimoit  passion- 
nément la  vie  de  cabinet,  et  à  lire  et  à  com- 
poser des  livres.  Cette  régularité,  cette  austérité, 
cette  sagesse  n'empêchèrent  point  qu'on  ne 
soupçonnât  qu'il  n'avoit  nulle  religion.  On  se 
fondoit  apparemment  sur  certains  dialogues  qu'il 
avoit  faits  et  sur  ce  qu'en  général  il  faisoit  pa- 
roître  dans  ses  ouvrages  trop  de  prévention  pour 
la  sceptique  ou  pour  les  principes  des  pyrrho- 
niens.  m  En  effet  Gui  Patin  écrivait  en  1649  : 
«  M.  de  La  Mothe  Le  Vayer  a  été  depuis  peu  ap- 

NOUV.   BIOGR.    GÉNÉR.    —   T,    XXIX. 


pelé  à  la  cour,  et  y  a  été  installé  précepteur  de 
M.  le  duc  d'Anjou,  frère  du  roi.  II  est  âgé  d'en- 
viron soixante  ans,  de  médiocre  taille,  autant 
stoïque  qu'homme  du  monde,  homme  qui  veut 
être  loué  et  ne  loue  jamais  personne,  fantasque 
et  capricieux,  et  soupçonné  d'un  vice  d'esprit 
dont  étoient  atteints  Diagoras  et  Protagoras.  » 
Bayle  avoue  que  «  il  y  a  beaucoup  de  libertinage 
dans  les  Dialogues  d'Orasius  Tubero;  mais, 
ajoute-t-il,  qui  en  voudroit  conclure  que  l'auteur 
n'avoit  point  de  religion  se  rendroit  coupable  d'un 
jugement  téméraire  ;  car  il  y  a  une  grande  dif- 
férence entre  écrire  librement  ce  qui  se  peut 
dire  contre  la  foi,  et  le  croire  très-véritable.  »  Un 
jour,  en  passant  dans  la  galerie  du  Louvre,  La 
Mothe  Le  Vayer  entendit  quelqu'un  dire,  en  le 
montrant  :  «  Voilà  un  homme  sans  religion.  — 
Mon  ami,  reprit  le  philosophe,  j'ai  tant  de  religion 
que  je  vous  pardonne  en  pouvant  vous  faire 
punir.  M 

Dans  ses  ouvrages,  La  Mothe  Le  Vayer  prétend 
enseigner  la  sceptique  chrétienne ,  «  laquelle 
forme  des  doutes  sur  tout  ce  que  les  dogmatiques 
étabhssent  de  plus  affirmativement  dans  toute 
l'étendue  des  sciences,  et  cela  àSoÇaoTûç,  citra 
ullam  opinationem ,  à  cause  qu'elle  doute 
même  de  ses  doutes...  Je  n'empêche  personne, 
ajoute-t-il,  d'être  opiniâtre  si  bon  lui  semble, 
mais  qu'on  me  permette  aussi  de  douter  avec 
une  simplicité  innocente.  «  Il  appelle  sa  doctrine 
chrétienne  parce  que  «  ce  système  a  par  préfé- 
rence cela  de  commun  avec  l'Évangile  qu'il  con- 
damne le  savoir  présomptueux  des  dogmatiques 
et  toutes  ces  vaines  sciences  dont  l'apôtre  nous  a 
fait  tant  de  peur  ».  Le  père  Mersenne  ayant  traité 
de  la  musique,  La  Mothe  Le  Vayer  écrivit  aussi- 
tôt sur  (c  cette  charmante  partie  des  mathéma- 
tiques >) ,  s'efforçant  de  montrer  qu'il  n'y  a  rien 
de  certain  dans  cette  prétendue  science ,  «  et 
qu'ici  comme  ailleurs  l'habitude  se  rend  maî- 
tresse, et  que  la  ceutume  peut  tout  ».  Dans  un 
autre  ouvrage,  il  développe  trente- et-une  propo- 
sitions morales ,  «  ébattements  innocents  d'un 
sceptique,,  propositions  ordinair^nent  accompa- 
gnées d'interrogation  et  de  deux  branches,  le 
non  et  le  oui,  et  dont  le  dénoûrnent  est  abso- 
lument impossible  ».  Dans  les  Discours,  il 
montre  que  les  doutes  de  la  philosophie  scep- 
tique sont  d'un  grand  usage  dans  les  sciences , 
c'est-à-dire  la  logique,  la  physique  et  la  morale. 
«  Comme  humainement  parlant ,  dit-il,  tout  est 
problématique  dans  les  sciences  et  dans  la  phy- 
sique principalement,  tout  doit  y  être  exposé  aux 
doutes  de  la  philosophie  sceptique,  n'y  ayant 
que  la  véritable  science  du  ciel,  qui  nous  est  ve- 
nue par  la  révélation  divine,  qui  puisse  donner  à 
nos  esprits  un  soHde  contentement  avec  une  sa- 
tisfaction entière.  »  Ailleurs  il  soutient  que  Po- 
lybe  s'est  trompé  en  pensant  que  «  la  vérité  est 
de  l'essence  de  l'histoire  ;  »  il  cherche  à  prouver 
que  le  vrai  des  choses  ne  parvient  pas  toujours 
jusqu'à  nous;  que  l'histoire  n'est  très- souvent 


259  LA  MOTHE 

que  fable,  et  que  les  bonnes  histoires  sont  de  la 
nature  de  ces  médicaments  qui  ne  doivent  êtie 
employés  que  longtemps  depuis  qu'ils  sont  pré- 
parés. «  Patercule,  dit-il,  élevait  Séjan  jus- 
qu'au ciel  ;  Eusèbe  écrivait  les  vertus  de  Cons- 
tantin sans  dire  ses  crimes  ;  Éginard  celles  de 
Charlemagne,  se  taisant  sur  ses  défauts.  Si  nous 
avions  les  Commentaires  de  Vercingétorix  ou  de 
Divitiacus  comme  ceux  de  César,  il  s'y  trouve- 
roit  des  récits  bien  différents;  et  ces  vieux  Gau- 
lois donneroient  à  leurs  guerres  des  jours  bien 
contraires  à  ceux  où  les  fait  voir  leur  vainqueur.  » 
Les  cinq  Dialogues  publiés  dans  la  vieillesse 
de  LaMothe  Le  Tayer  «  sont  destinés,  selon  Bar- 
tholmess,  à  ses  amis  philosophes,  et  non  au 
grand  public,  parce  qu'il  les  a  composés  en  phi- 
losophe ancien  et  païen  ,  in  puris  naturalïbus. 
En  effet,  Sénèque,  Cicéron,  Aristote  même  s'y 
trouvent  cités  à  côté  de  Socrate.  Pline  a  fourni 
l'épigraphe.  Mais  l'autorité  qui  domine  à  travers 
toute  la  publication,  c'est  SextusEmpiricus...  Les 
dix  motifs  de  doute  développés  par  le  sceptique 
grec  lui  font  l'effet  d'un  autre  décalogue.  Sur  les 
pas  de  Sextus,  précédé  de  cette  famille  glorieuse 
qui  a  pour  aïeux  les  sept  sages,  il  s'attaque 
gaiement  à  ces  Bellérophons  de  dogmatisme,  àces 
«  sophistes  pédants ,  ergotistes,  philosophes  ca- 
ihédrants,  assertcurs  de  dogmes  et  docteurs 
irréfragables,  qui  ne  doutent  de  rien,  pointil- 
leux .et  critiques,  opinionissimi  homines  ». 
11  se  donne  à  la  vérité  pour  philosophe  éclec- 
tique, pour  «  amateur  de  la  secte  élective  qui 
faisoit  choix  de  ce  qui  lui  plaisoit  dans  toutes 
les  autres,  comme  un  agréable  miel  qu'elle 
composoit  du  suc  d'une  diversité  de  fleurs  ;  » 
mais  il  n'est  en  réalité  qu'un  libre  et  spirituel 
commentateur  de  Sextus.  Il  n'a  d'autre  intention 
que  d'atteindre  le  but  proposé  au  philosophe 
par  Sextus  même,  le  repos  et  la  tranquillité 
d'âme  dans  l'indifférence.  C'est  afin  de  procurer 
aux  autres  ce  même  bonheur  que  La  Mothe  Le 
Vayer  composa  ses  cinq  Dialogues.  Dans  le 
premier,  il  insiste  sur  la  diversité  et  la  contra- 
diction des  opinions,  des  coutumes  et  des  mœurs 
des  hommes.  Dans  le  second,  intitulé  Banquet 
sceptique,  il  dépeint  la  différence  des  mets ,  des 
boissons,  des  usages  aux  repas,  des  idées  rela- 
tives à  l'amour  et  aux  sexes.  Dans  le  troisième 
il  prône  la  solitude ,  dont  les  charmes  durables 
nous  dédommagent  des  biens  imaginaires  du 
monde,  des  joies  inutiles  et  bruyantes  de  la  foule. 
Dans  le  quatrième,  il  prononce  l'éloge  des  rares 
et  éminentes  qualités  des  ânes  de  son  temps. 
Dans  le  cinquième,  il  s'étend  sur  la  différence 
des  religions.  La  conclusion  des  cinq  parties 
est  résumée  dans  ces  vers  espagnols  : 

De  las  cosas  mas  seguras 
La  mas  segura  es  dudar. 

La  manière  dont  La  Mothe  Le  Vayer  applique 
son  pyrrhonisme  au  problème  de  l'origine  et  de 
la  nature  des  religions  a  fait  demander  s'il  y  avait 


Yayer  déclare  à  plusieurs  reprises  qu'il  i'aii  une 
exception  en  faveur  de  la  religion  fondée  sur  l'An- 
cienne et  la  Nouvell(>  Alliance.  11  va  jusqu'à  pré- 
tendre que  sa  sceptique  sert  admirablement  la 
religion  véritable,  comme  aussi  que  la  véritable 
philosophie,  précisément  parce  qu'elle  ne  saurait 
rien  affirmer,  a  besoin  du  secours  de  la  grâce  divi- 
ne. »  —  «  Je  ne  puis  dissimuler,  dit  l'abbé  d'Olivet, 
que  la  doctrine  répandue  dans  les  é€rits  de  ce  sa- 
vant homme  paroît  tendre  au  pyrrhonisme  ;  mais 
aussi  rendons-lui  cette  justice  qu'il  prend  tontes 
sortesde  précautions,  dans  une  infinité  d'endroits, 
pour  bien  faire  sentir  qu'il  ne  confond  nullement  ' 
et  qu'on  ne  doit  nullement  confondre  la  nature 
des  connoissances  humaines,   dont  il  nie  l'évi- 
dence, avec  la  nature  des  vérités  révélées,  dont 
il  reoonnoît  la  certitude.  Peut-on  ,  comme  il  le 
prétend,  tenir  en  même  temps  pour  douteux  les 
objets  de  la  raison  et  des  sens ,  et  pour  certains  - 
les  objets  de  la  foi  ?  Si  ce  n'est  là  une  contradic- 
tion formelle,  c'est  du  moins  un  étrange  para- 
doxe. Mais  je  ne  laisse  pas  de  dire  qu'en  parlant  I 
d'un  pyrrhonien  de  ce  caractère  il  est  juste  d'ob- 
server, et  pour  son  honneur  et  pour  l'édification 
publique,  qu'il  n'a  donné  ou  cru  donner  nulle  at- 
teinte à  la  religion...  Au  miheude  sa  nombreuse 
bibliothèque,  il  se  voyoit  entouré  de  livres  écrits 
en  divers  siècles,  en  divei'ses  langues  ,  dont  l'un  i 
disoit  blanc,  l'autre  noir.  Frappé  d'y  trouver  cette 
multiplicité,  cette  contrariété  d'opinions  su r tous- 
les  points  que  Dieu  a  livrés  à  la  dispute    des* 
hommes ,  il  en  vint  à  conclure  que  la  sceptique  ^ 
étoit  de  toutes  les  philosophies  la  plus  sensée. 

Les  principauxouvragesdeLa  Mothe  Le  Vayer  r 
sont  :  Discours  de  la  Contrariété  d'Humeur' 
qui  se  trouve  entre  certaines  nations,  et  sin- 
gulièrement l'afrançoise  et  l'espagnole ,  tra- 
duit de  l'italien  de  Fabricio  Gampolini  ;  Paris, , 
1636,  in-S"  :  c'est  une  traduction  supposée;  — 
Considérations    sur  l'Éloquence  française;  ; 
1638,  in-12;  —  De  l'Instruction  de  monsieur 
le  Dauphin  ;  1640,  in-4°;  —  De  la  Vertu  des 
Païens;  Paris,  1642,  in-4°;  3*  édit.,  1647  :  Ar- 
nauld  réfuta  cet  ouvrage  dans  son  Traité  de  la 
Nécessité  de  la  Foi  en  Jésus-Christ  ;  —  Juge- 
ment sur  lés  Anciens  et  Principaux  Historiens  : 
grecs  et  latins;  1646,  in-8°;  —  Géographie,  . 
Rhétorique,  Morale,  Économique ,  Politique,  , 
Logique  et  Physique  du  Prince,  traités  divers 
composés  pour  l'éducation  du  Dauphin  et  publiés 
de  1651  à  1656;  —  En  quoi  la  Piété  des  Fran- 
çois diffère  de  celle  des  Espagnols  ;  —  Petits 
Traités  en  forme  de  lettres  ;  1659-1660,  4  vol.; 
—  Discours  pour  montrer  que  les  doutes  delà 
philosophie  sceptique  sont  d'un  grand  usage 
dans  les  sciences  ;  Paris,  1668  ;  —  Du  Peu  de 
Certitude  quHl  ij  a  dans  l'Histoire  ;  1668  ;  — 
Hexaméron    rustique,   ou  les  six  journées 
passées  à  la  campagne;  Paris,  1671,  in-12  ;  — 
Dialogues  faits  à  Vimitation  des  anciens,  par 
Horatius  Tubero  ;  Francfort,  1698,  in-4"  ;  1716, 


enveloppé  jusqu'au  christianisme?  LaMothe  Le  !  in-ï2.  Son  fils,  l'abbé  Le  Vayer,  donna  trois  édi- 


261  LA  MOTHE 

tiens  des  œuwes  de  La  Mothe  L&  Vayer;  Paris, 
1664,  1656,  2  vol.  in-fol.;  1662,3  vol.  La  meil- 
leure édition  de  ces  œuvres  est  celle  de  Dresde, 
1756-17.59,  14  vol.  in-8",  faite  sur  les  matériaux 
fouinis  par  son  neveu  Roland  Le  Vayer  de  Bou- 
tigny.  Montlinot  adonné  l'Esprit  de  La  Mothe 
Le  Vayer;  1763,  iu-12;  Alletz  a  publié  Philo- 
sophie de  La  Mothe  Le  Vayer;  Paris,  1783, 
in-I2.  L.  LouvET. 

MortTi,  Grand  Dict.  Historique.  —  Pellisson,  Hist.  de 
V Académie  française.  —  Balzac,  Lettres.  —  Gui  Pntin, 
]. ri  1res.  —  Naudé,  Dialogue  de  Mascvrat.  —  Nouvelles 
dr  la  Répttbliquedes Lettres, oct.  1686.—  Mercure  Galant; 
1772.  —  La  Molhe  Le  Vayer,  Lettres.  —  Baillel,  Jugements 
des  Savants.  —  Vigneul-Marville,  MÉlançes  d'Hist.  et  de 
Ulter.  —  Rayie,  Dict.  Critique.  —  Biihie,  Hist.  de  la 
Philosophie.  —  Barthoinaess,  dans  le  Dict.  des  Sciences 
philnsopfiiques.  —  Du  Roure,  Jnalecla  Biblion.  — 
.".tienne,  Essai  sur  La  Mothe  Le  P'ai/er;  1849,^1-8». 

LA  MOTHE  LE  VAVER  (N DE),  littéra- 
teur français,  fils  du  précédent,  né  en  1629, 
mort  en  1664.  Il  avait  embrassé  l'état  ecclésias- 
tique. Boileau  lui  a  dédié  une  de  ses  satires.  Il 
mourut,  suivant  Gui  Patin,  de  ce  que  les  docteurs 
Esprit ,  Brayer  et  Bodineau  «  lui  ayant  donné 
trois  fois  le  vin  émétique,  l'envoyèrent  au  pays 
d'où  personne  ne  revient  ».  On  lui  doit  une 
édition  estimée  de  Florus,  1661.  J.    V. 

Gui  Patin,  Lettres.  —  Bayle,  Dict.  Critique. 

LA  MOTHE  LE  VATER(  JenH-jP/-flnçoiSDE), 

jurisconsulte  français,  de  la  même  famille  que 
le  précédent,  mort  en  1764.  Il  était  maître  des 
requêtes.  On  a  de  lui  :  Essai  sur  la  possibilité 
d'un  Droit  unique;  1764,  in-12.         J.  V. 

Chaudon  et  Delandme,  Dict.  univ.,  Hist,  Crit.  et  Bi- 
bliogr.  —  Quérard,  !m  France  Littéraire. 

LA  MOTHE  LE  VAYER  (  iïoZaHC?  DE).  Voy. 
BOUTIGJNY. 

*  LAMOTHE  {Léonce  de),  économiste  et 
archéologue  français  ,  né  à  Bordeaux,  le  21  sep- 
tembre 1811.  Il  fut  chef  de  bureau  à  la  préfec- 
ture de  la  Gironde,  et  remplit  aujourd'hui  les 
fonctions  d'inspecteur  des  établissements  de 
bienfaisance  du  département.  Ses  principaux  tra- 
vaux sont  :  Essai  historique  et  archéologique 
sur  l'Église  cathédrale  de  Saint-André  à  Bor- 
deaux; Bordeaux,  1843,  in-8° ,  et  dans  les  Actes 
de  l'Académie  de  Bordeaux ,  année  1842;  — 
Choix  des  Types  les  plus  remarquables  de 
V Architecture  au  moyen  âge  dans  le  dép.  de 
la  Gironde;  Bordeaux,  1846,  gr.  in-folio,  avec 
planches  gravées  ;  —  Notice  sur  le  Monastère 
Saint-Antoine-des-Feuillants,  à  Bordeaux; 
Bordeaux,  1846,  in-8°;  —  Jouannet,  sa  Vie  et 
ses  Ecrits  ;  1846,  in-8°;  —  Essai  de  complé- 
ment sur  la  Statistique  du  dép.  de  la  Gi- 
'ronde  (avec M.  Gust.  Brnnet);  Bordeaux,  1847, 
in-4°  ;  —  Des  Moyens  d'améliorer  le  Sort  de 
la  classe  ouvrière;  1849,  in-8'';  —  De  l'Orga- 
,nisalion  des  Sociétés  savantes  en  France; 
J1849,  in-8°;  —  Observations  sur  les  Enfants 
\trouvés ,  etc.:  1850,  in -8",  et  dans  les  Actes 
\de  l'Acad.  de  Bordeaux;  —  É tildes  d'É- 
conomie charitable  (suite  au  travail  publié 
en  1850);   1851,  in-S"  :  extrait  des  Actes  de 


-  LA  MOTTE  262 

l'Acad.  de  Bordeaux  ;  —  Les  Théâtres  de  Bor- 
deaux, suivi  de  quelques  vues  de  réforme 
théâtrale;  1854,  in-8°.  Comme  secrétaire  de  la 
commission  des  monuments  de  la  Gironde,  M.  La- 
mothe  a  rédigé  et  publié  les  comptes-rendus  an- 
nuels des  travaux  de  cette  commission;  1848- 
1849,1849-1850, 1850-1851,  in-8°.  Il  adonné  des 
notices  et  des  articles  aux  Actes  de  l'Acad.  de 
Bordeaux,  au  Journal  des  Économistes ,  au 
.Tournai  des  Communes ,  à  Y  Écho  de  la  Se- 
maine et  aux  journaux  de  Bordeaux.  G.  de  F. 
Documents  particuliers.  —  Journal  de  la  Librairie. 

LA  MOTHE  (Dorléans  de).  Voy.  Dorléans. 

LA  MOTTE.  Voy.  Mauguest  de  (Guillamne). 

LAMOTTE  DE  LA  PEYROUSE.  Voy.  Ro- 
CHON  (de). 

1.AMOTTE-MESSEMÉ  {François  Le  Pohl- 
CHRE,  sieur  de),  poète  français,  né  vers  1540, 
à  Mont-de-Marsan,  mort  en  1597.  Tenu  sur  les 
fonts  de  baptême  par  François  I"  et  sa  sœur 
Marguerite,  il  prit  part  aux  guerres  de  religion, 
et  devint  capitaine  de  cinquante  hommes  d'armes 
des  ordonnances  d'Henri  III.  Il  se  retira  en  Lor- 
raine, et  y  employa  ses  honnestes  loisirs,  comme 
il  dit,  à  retracer  en  vers  lés  événements  dont  il 
avait  été  témoin.  Il  ne  manquait  pas  d'instruc- 
tion ,  et  quoiqu'il  écrive  sans  méthode  et  même, 
avoue-t-il, 

....  Sans  sçavoir  l'art,  sans  sçavoir  les  césures, 
Ny,  non  plus ,  des  mots  longs  que  des  briefs  les  mesures. 

sa  chronique  rimée  contient  des  particularités 
dignes  d'être  connues.  On  a  de  lui  :  Les  Sept 
Livres  des  Honnestes  Loisirs,  intitulez  chacun 
du  nom  d'une  des  planettes ,  qui  est  un  dis- 
cours en  forme  de  chronologie ,  oii  sera  véri- 
tablement discouru  des  plus  notables  occur- 
rences de  nos  guerres  civiles ,  avec  unmélange 
de  divers  poèmes ,  d'élégies ,  .stances  et  son- 
nets; Paris,  1587,  in-12,  avec  une  longue  dédi- 
cace à  Henri  III  ;  —  Les  Passetemps  ;  Paris, 
2''  édit.,  1597,  in-8°  :  mélange  de  vers  et  de  prose 
en  deux  livres.  D'après  M.  Viollet-Leduc,  ce  se- 
rait probablement  dans  le  second  livre  de  cet 
ouvrage  que  La  Fontaine  aurait  puisé  le  sujet 
de  La  Goutte  et  l'Araignée,  une  de  ses  fables. 

P.  L— Y. 

CoUetet,  Hist.  génér.  et  partie,  des  PoStes  français 
(  Mans).  —  Bibliothèque  Poétique.  —  Man.  du  Libraire. 

LA  MOTTE  {Antoine  Houda.rt  de),  poète 
et  critique  français,  né  à  Paris,  le  17  janvier 
1672,  mort  dans  la  même  ville,  le  26  décembre 
1731.  Il  était  fils  d'un  chapelier.  Après  avoir  fait 
ses  études  chez  les  jésuites,  il  suivit  les  cours  de 
droit  ;  mais  il  ne  tarda  pas  à  laisser  le  barreau 
pour  le  théâtre.  «  Une  comédie  (  Les  Originaux, 
jouée  en  1693),  son  coup  d'essai,  dit  D'Alem- 
bert ,  tomba ,  et  tomba  au  Théâtre-Italien ,  qui, 
n'étant- alors  qu'un  théâtre  de  farce,  ne  laissait 
pas  même  à  l'auteur  infortuné  la  consolation  de 
croire  que  les  spectateurs  avaient  été  dilTiciles. 
La  disgrâce  ne  pouvait  être  plus  mortifiante;  etle 
affligea  si  vivement  l'écrivain  novice ,  qu'elle  le 

9. 


263 

fil  renoncer  pendant  quelques  mois  au  théâtre, 
au\  lettres  et  même  aux  hommes.  Il  alla  se  jeter 
à  La  Trappe,  et  se  crut  pénitent  parce  qu'il  était 
humilié.  Cette  vocation  n'était  que  le  finit  mal- 
heureux et  avorté  de  l'amour-propre  mécontent  ; 
aussi  ne  dura-t-eile  que  le  temps  nécessaire 
pour  le  calmer  et  pour  lui  faire  reprendre  de 
l'espoir  et  des  forces.  Ce  moine,  si  peu  fait  pour 
l'être ,  et  que  le  dépit  avait  donné  au  cloître  pour 
quelques  moments,  fut  bientôt  rejeté  dans  le 
monde,  et  ne  prouva  que  trop,  dès  qu'il  s'y  fut 
replongé,  à  quel  point  sa  ferveur  était  refroidie. 
Il  fit  le  charmant  opéra  de  L'Europe  galante. 
Campra ,  qui  n'avait  fait  encore  que  des  messes 
et  des  motets  pour  la  cathédrale  de  Paris ,  trans- 
fuge comme  La  Motte  du  sacré  au  profane ,  mit 
cet  opéra  en  musique,  et  fut  si  enivré,  ou  plutôt 
si  perverti  par  le  succès ,  que  l'Église,  à  laquelle 
il  avait  consacré  ses  talents  ,  se  vit  aussi  obligée, 
non  sans  douleur,  de  l'abandonner  au  théâtre. 
La  Motte  fît  encore  représenter,  presque  toujours 
avec  succès,  quinze  autres  opéras  ,  opéras-comi- 
ques et  ballets ,  qui  lui  valurent  une  grande  ré- 
putation en  ce  genre,  et  entre  lesquels  les  criti- 
ques du  dernier  siècle  distinguaient  LeTriomphe 
des  Arts ,  Issé  et  Sémélé  ;  mais  les  productions 
de  Quinault,  le  maître  du  genre,  ne  se  lisent  plus 
aujourd'hui  ;  à  plus  forte  raison ,  a-t-on  oublié 
celles  de  ses  disciples.  D'ailleurs  La  Motte,  si  on 
en  croit  La  Harpe,  n'avait  rien  de  la  mollesse 
quelquefois  gracieuse  de  Quinault.  «  Un  de  ses 
défauts  habituels,  même  dans  ses  opéras ,  dit  ce 
critique,  c'est  la  gêne  des  constructions;  et  le 
prosaïsme  et  la  dureté  s'y  joignent  encore  trop 
souvent.  Il  s'en  faut  bien  que  sa  pensée  paraisse, 
comme  dans  tout  auteur  né  poète,  s'arranger 
d'elle-même  dans  sa  phrase  métrique.  Le  plus 
souvent  il  a  l'air  d'avoir  pensé  en  prose  et  tra- 
duit sa  pensée  en  vers.  «  La  Motte  s'essaya  aussi, 
mais  sans  succès,  dans  la  comédie.  Il  fut  plus 
heureux  dans  la  tragédie;  il  y  porta  quelques 
velléités  d'innovations  curieuses  à  rappeler  au- 
jourd'hui. Il  osa  attaquer  les  trois  unités.  «  Il 
prouva  d'abord  (1) ,  et  la  chose  était  facile ,  que 
dans  nos  meilleures  pièces  l'unité  de  lieu  coûtait 
beaucoup  à  la  vraisemblance;  qu'il  fallait  des 
hasards  impossibles  pour  amener  toujours  les 
différents  personnages  dans  le  même  lieu  qui  sert 
aux  entretiens  du  prince,  au  complot  des  cons- 
pirateurs ,  à  la  confidence  des  amants  ;  puis  il 
soutint  que  si  les  spectateurs  se  prêtaient  à  une 
première  supposition  qui  les  transportait  dans 
Athènes  et  dans  Rome,  leur  imagination  ne  ré- 
sisterait pas  davantage  aux  changements  de  lieu, 
d'acte  en  acte.  L'unité  de  temps  ne  lui  parut  pas 
plus  raisonnable  ;  il  dit  tout  ce  que  nous  savons 
sur  l'invraisemblance  d'une  intrigue  complexe, 
nouée  et  dénouée  en  quelques  heures,  et  sur 
l'ennui  des  récifs  préliminaires.  »  La  Motte  n'é- 
tait hardi  que  dans  ses  préfaces.  Il  n'osa  même 


(1)  Villemaln,  LAU.  mi  dix-hnitiéme  siècle,  leçon  3. 


LA  MOTTE  264 

pas  s'affranchir  du  préjugé  qui  voulait  quechaque 
tragédie  contînt  une  intrigue  d'amour.  Dans  ses 
Machahées  il  prêta  à  Misael ,  le  plus  jeune  des 
Machabées,  une  passion  partagée  pour  Antigone, 
la  favorite  d'Antiochus.  Dans  la  préface  de  son 
Romulus ,  il  exprima  le  désir  qu'on  donnât  à  la  . 
tragédie    «  une  beauté  qui  semble  de  son  es- 
sence, et  que  pourtant  elle  n'a  guère  parmi  nous  ;  » 
je  veux  dire  ces  actions  frappantes  qui  deman- 
dent de  l'appareil  et  du  spectacle.  «  La  plupart  de  ï 
nos  pièces,  dit-il ,  ne  sont  que  des  dialogues  et  i 
des  récits.  »  La  pièce  destinée  à  réparer  ce  vice  ' 
du  théâtre  français ,  le   Romulus  «  n'est ,  dit  I 
M.  Villemain ,  qu'une  parodie  romaine  enchevê- 
trée d'un  amour  le  plus  ridicule  du  monde.  »  < 
«  Mais ,  ajoute  le  même  critique ,  dans  un  sujet  I 
moderne  et  d'un  pathétique  familier  pour  nous, 
dans  Inès  ,  La  Motte  trouva  sans  système  quel-  ■ 
ques  accents  du  cœur.  Il  ne  devint  pas  grand 
poëte,  cette  métamorphose  était  au-dessus  de 
son  art;  mais  lorsqu'au  dernier  acte  Inès  dit, 
en  s'ad  ressaut  tour  à  tour  à  ses  deux  enfants  et 
au  roi  son  persécuteur  : 
Embrassez,  mes  enfants,  ces  genoux  paternels  : 
D'un  œil  compatissant  regardez  l'un  et  l'autre; 
N'y  voyez  pas  mon  sang,  n'y  voyez  que  le  vOtre. 
Pourriez- vous  refuser  à  leurs  pleurs,  à  leurs  cris, 
La  grâce  d'un  héros  ,  leur  père  et  votre  fils? 
Puisque  la  loi  trahie  exige  une  victime, 
Mon  sang  est  prêt,  seigneur,  pour  expier  mon  crime. 
Epuisez  sur  moi  seule  un  sévère  courroux  ; 
Mais  cachez  quelque  temps  mon  sort  à  mon  époux, 

il  y  a  là  cette  expression  tendre  et  vraie  qui  fait 
la  beauté  du  drame,  et  que  ne  remplacent  ni  i 
la  force  des  combinaisons  ni  l'éclat  pompeux  du  i 
spectacle.  Cette  lueur  du  naturel  et  de  poésie  ne 
brille  qu'un  moment  sur  Inès;  mais  elle  a  fait  i 
vivre  l'ouvrage ,  et  elle  montre  à  l'esprit  de  sys- 
tème quelle  source  de  nouveautés ,  toujours 
prête  à  s'ouvrir,  est  cachée  dans  le  cœur.  Malgré 
la  faiblesse  du  style,  Inès  ravit  les  spectateurs.  »  • 
Ce  fut,  dit-on,  depuis  Le  Cid,  le  plus  grand  I 
succès  du  Théâtre-Français.  La  Motte  donna,  trois 
ans  après  Inès,  une  tragédie  à'Œdipe,  qui  n'eut 
que  quatre  ou  cinq  représentations.  Il  refit  sa 
pièce  en  prose,  et  osa  demander  que  désormais 
les  tragédies  ne  fussent  plus  écrites  en  vers  :  il 
prétendait  que  des  tragédies  écrites  en  prose  se 
rapprocheraient  infiniment  plus  que  les  tragé- 
dies en  vers  de  la  simplicité  et  de  la  vérité  de 
la  nature;  qu'un  auteur  tragique,  délivré  de  la 
contrainte  de  la  versification ,  serait  obligé  de 
mettre  dans  son  ouvrage  plus  de  mouvement  et 
de  vie.  On  reconnaît  dans  ces  idées  un  esprit 
ingénieux ,  mais  qui  avait  peu  le  sentiment  de  la 
poésie.  Cette  absence  du  sentiment  poétique  se 
trahit  bien  plus  encore  dans  sa  prétendue  tra- 
duction de  Ylliade  d'Homère.  Engagé  dans  la 
querelle  des  anciens  et  des  modernes ,  et  par- 
tisan des  modernes  comme  Perrault  et  Fontenelle, 
il  écrivit  contre,  Homère ,  et  attaqua  avec  esprit 
le  sujet,  la  marche  et  les  détails  de  Ylliade; 
mais  il  eut  la  malheureuse  idée  de  traduire  ce 
poënie  en  l'abrégeant  et  en  le  corrigeant  à  sa 


265 


LA  MOTTE 


266 


manière.  Cette  misérable  copie  d'un  admirable 
original  eut  le  sort  qu'elle  méritait  ;  les  rieurs, 
qui  avaient  été  jusque  là  pour  La  Motte,  se  tour- 
nèrent en  partie  contre  lui.  Rousseau,  son  com- 
pétiteur malheureux  à  l'Académie  Française,  ne 
laissa  pas  échapper  cette  occasion  de  se  venger, 
et  lança  à  l'adresse  de  La  Motte  plusieurs  épi- 
grammes  très-piquantes,  entre  autres  celle-ci  : 

Le  traducteur  qui  rima  l'Iliade, 

De  douze  clianls  prétendit  l'abréger; 

Mais  par  son  style  aussi  triste  que  fade 

De  douze  en  sus  il  a  su  l'allonger. 

Or  le  lecteur,  qui  se  sent  affliger, 

Le  donne  au  diable,  et  dit,  perdant  haleine 

«  Eh!  finissez,  rirneur  à  la  douzaine; 

«  Vos  abrégés  sont  longs  au  dernier  point.  » 

Ami  lecteur,  vous  voilà  bien  en  peine  : 

Rendons-les  courts  en  ne  les  lisant  point. 

Un  autre  advei'saire  de  La  Motte,  moins  spiri- 
tuel que  Rousseau  ,  mais  plus  savant ,  M™'  Da- 
cier,  répondit  au  discours  préliminaire,  et  en 
réfuta  les  erreurs  avec  une  rudesse  digne  d'un 
érudit  du  seizième  siècle.  La  Motte  répliqua,  dans 
des  Réflexions  sur  la  critique,  avec  beaucoup 
de  finesse ,  de  grâce  et  de  modération.  «  Alci- 
biarle,  avait  dit  M"""  Dacier,  donna  un  grand 
soufflet  à  im  rhéteur  qui  n'avait  point  lu  les  ou- 
vrages d'Homère  ;  que  ferait-il  aujourd'hui  à  un 
rhéteur  qui  lui  lirait  Viliadede  M.  de  La  Motte  ?  » 
ft  Heureusement,  répond  La  Motte,  quand  Je  ré- 
citai à  Mme  Dacier  un  des  chants  de  mon  Iliade, 
elle  ne  se  souvint  pas  de  ce  trait  d'histoire.  » 
tl  compare  les  injures  dont  elle  l'accable  à  ces 
charmantes  particules  grecques  qui  ne  signifient 
rien ,  mais  qui  ne  laissent  pas,  à  ce  qu'on  dit,  de 
soutenir  et  d'orner  les  vers  d'Homère.  »  Il 
ajoute  que  ces  «  injures  ont  toute  la  simplicité 
des  temps  héroïques ,  et  toute  l'énergie  de  celles 
que  se  prodiguent  les  héros  de  l'Iliade  ».  Cette 
réponse  adoucit  un  peu  M"®  Dacier,  et  Valin- 
court  réconcilia  les  deux  adversaires. 

Les  Fables  de  La  Motte,  publiées  quelques 
années  après  son  Iliade ,  sont  le  seul  de  ses 
ouvrages  poétiques  qui  ait  encore  du  prix.  On 
y  trouve  de  l'invention,  des  pensées  fines,  ex- 
primées d'une  manière  ingénieuse ,  et,  ce  qui  est 
plus  rare  chez  lui ,  des  vers  élégants  et  faciles. 
Ses  Églogues  et  ses  Orfes  offrent  aussi  des 
pensées  ingénieuses  ;  mais  la  versification  en  est 
généralement  dure.  Le  principal  mérite  de  La 
Motte  consiste  dans  sa  prose,  qui  est  aussi  fine 
et  plus  nette  que  celle  de  Fontenelle. 

La  vie  de  La  Motte,  en  dehors  de  ses  ou- 
vrages, se  réduit  à  quelques  anecdotes.  Il  fut 
reçu  le  8  février  1710  à  l'Académie  Française,  à 
la  place  de  Thomas  Corneille.  L'Académie  le 
préféra  en  cette  occasion  à  Rousseau ,  «  par  la 
raison  très-essentielle,  pour  une  société  littéraire, 
dit  D'Alembert,  qu'il  avait  mérité  des  amis  et 
que  Rousseau  n'en  avait  pas  un  ».  Peu  après, 
des  couplets  scandaleux,  lancés  contre  les  mem- 
bres d'une  petite  réunion  littéraire  dont  les  deux 
poètes  faisaient  partie,  donnèrent  lieu  à  un  pro- 
cès. Rousseau  {voy.  ce  nom),  qui  attribuait  les 


couplets  àLaMotte,  fut  condamné  à  l'exil.  L'hon- 
nêteté de  La  Motte  était  trop  connue  pour  que  le 
public  le  regardât  comme  l'auteur  des  chansons 
grossièrement  diffamatoires,  et  quoique  Boiudin, 
que  Rousseau  avait  aussi  désigné  comme  auteur 
des  couplets,  ait  plus  tard  tout  rejeté  sur  La 
Motte,  on  considère  sa  révélation  comme  une 
calomnie,  que  le  caractère  de  l'accusé  réfute  suf- 
fisamment. La  Motte  devint  aveugle  dès  sa  jeu- 
nesse, et  ce  malheur,  dont  il  prit  courageusement 
son  parti ,  ne  nuisit  pas  à  sa  fécondité  Httéraire. 
Les  infirmités  qui  s'y  joignirent  avec  l'âge  n'al- 
térèrent point  l'égalité  de  son  humeur,  et  les 
injurieuses  attaques  de  ses  adversaires  ne  l'en- 
traînèrent jamais  à  répliquer  sur  le  même  ton.  Il 
supportait  avec  la  même  douceur  des  outrages 
d'un  autre  genre.  Un  jeune  homme  à  qui ,  par 
mégarde,  il  marcha  sur  le  pied  dans  une  foule, 
lui  ayant  donné  un  soufflet  :  il  se  contenta  de 
lui  dire  :  «  Monsieur,  vous  allez  être  bien  fâché, 
je  suis  aveugle.  »  La  Motte  était  un  des  habi- 
tués du  salon  de  M™*  de  Lambert,  et  sa  princi- 
pale amitié  littéraire  fut  avec  Fontenelle.  Vers  la 
fin  de  sa  vie,  en  1726,  il  entretint  une  correspon- 
dance avec  la  duchesse  du  Maine.  Il  avait  cin- 
quante-quatre ans  et  la  duchesse  en  avait  cin- 
quante. «  Le  bel  esprit  aveugle,  dit  M.  Sainte- 
Beuve  ,  se  mit  à  jouer  l'amoureux ,  et  M"^  du 
Maine  la  bergère  et  l'ingénue.  Il  s'agissait  de 
faire  entendre  à  une  altesse  sérénissime  qu'on 
était  amoureux  d'elle  sans  prononcer  le  mot  d'a- 
mour, de  retourner  cette  idée  galante  en  tous 
sens ,  de  simuler  une  ardeur  contenue  encore  dans 
les  termes  du  respect,  d'obtenir  d'elle  des  faveurs 
enfin.  »  Cette  correspondance  n'est  qu'un  jeu 
prétentieux  et  fade.  La  Motte,  malgré  les  galan- 
teries de  ses  Odes  et  de  ses  Églogues ,  avait  des 
mœurs  irréprochables,  et,  avec  une  tournure 
d'esprit  philosophique,  il  était  religieux. 

On  a  de  lui  :  Les  Originaux  ,  comédie  jouée 
en  1693  et  insérée  dans  le  Théâtre-  Italien  de 
Gherardi ,  t,  IV;  —  V Europe  galante,  ballet; 
Paris,  1697,  in-4°;  — Issé,  pastorale  héroïque; 
Paris,  1697,  in-4°  ;  — Amadis  ,  tragédie  lyrique; 
1699,  in-4°  ;  —  Marthésie ,  première  reine  des 
Amazones,  tragédie  lyrique;  1699,  in-4°;  — 
Le  Triomphe  des  Arts,  ballet;  1700,  in-4'';  — 
Canente,  trag.  lyr.  ;  Paris,  1700,  in-4''  ;  —  Om- 
phale,  trag,  lyr.,  1701,  in-4°;  —  Alcione,  trag. 
lyr.;  1 706, in-4'' ;—Seme7e', trag.  lyr.;  1709, in-4°; 

—  Scanderberg ,  trag.  lyr.;  1735,  in-4'';  —  Le 
Carnaval  et  la  Folie,  com.  ballet;  1703,  in-4°; 

—  La  Vénitienne,  com. -ballet;  Paris,  1705, 
in-4°;  —  Le  Ballet  des  Ages,  com. -ballet;  dans 
l'édit.  des  Œuvres  de  La  Motte ,  1754,  t.  VII; 

—  Le  Ballet  des  Fées,  com. -ballet;  ibid.;  — 
Les  Trois  Gascons,  comédie  (  composée  avec 
Boindiu  )  ;  —  La  Matrone  d'Éphèse ,  com.  ; 
1702,  in-12  ;  —  Le  Port  de  Mer  (composé  avec 
Boindin);  1704;  —  Le  Talisman,  com.;  dans 
l'édit.  des  Œuvres ,  t.  V  ;  —  Richard  Minu- 
telo,  com.  ;  dans  l'édit.  des  Œuvres,  t.  V;  — 


267 


LA  MOTTE 


268 


Lp-  Magnifique,  com.  en  deux  actes;  dans  l'é- 
rlit.  des  Œuvres ,  t.  V;  —  V Amant  difficile, 
com.  en  cinq  actes;  ibid.,  t.  V;  —  Les  Ma- 
chabées ,  tragédie  en  cinq  actes:  Paris,  1722, 
in-8°  ;  —  Romulus ,  trag.  ;  1722,  in-8°  ;  —  Inès 
de  Castro,  trag.  en  un  acte  et  en  vers;  Paris, 
1723,  in-8°  ;  —  Œdipe ,  trag.  en  cinq  actes  et 
en  vers,  dans  l'édit.  de  ses  Œuvres  de  théâtre; 
Paris,  1730,  2  vol.  in-8°;  —  Odes ,  avec  un  dis- 
cours sur  la  poésie  en  général  et  sur  l'ode  en 
particulier  ;  Paris,  1709,  in-12;  —  i'Iliade  en 
vers  français  et  en  douze  chants ,  avec  un  dis- 
cours sur  Homère;  Paris,  1714,  in-12;  —  Ré- 
flexions sur  la  Critique,  avec  plusieurs  autres 
ouvrages  du  même  auteur  ;  Paris,  1715,  in-12; 

—  Éloge  funèbre  de  Louis  XIV,  avec  une  Ode 
sur  sa  mort  et  diverses  autres  pièces  ;  1716, 
in-S"  ;  —  Suite  des  Réflexions  sur  la  Tragédie, 
où  l'on  répond  à  M.  de  Voltaire;  Paris,  1730, 
in-12;  —  Œuvres  de  théâtre  avec  plusieurs 
discours  sur  la  Tragédie;  Paris,  1730,  2  vol. 
in-8°;  —  Œuvres;  Paris,  1754,  11  vol.  in-12; 

—  Œuvres  choisies;  Paris  (Didot),  1811, 
2  vol.  in-18;  —  Lettres  de  H.  de  La  Motte, 
suivies  d'un  Recueil  de  Vers  dti  même  auteur 
pour  servir  de  supplément  à  ses  œuvres,  par 
l'abbé  Leblanc;  1754,  in-12.  L.  J. 

D'.ilembert,  Histoire  des  Membres  de  V Académie  fran- 
çaise, t.  1  et  IV.  —  La  Harpe,  Cours  de  Littérature.  — 
Hérissant,  L'Esprit  des  Poésies  de  Houdart  de  La  Motte.^ 
avec  quelques  notes,  la  P'ie  de  l'auteur  et  des  Remarques 
historiques  sur  quelques-uns  de  ses  ouvrages.  —  Ville- 
main,  Cours  de  Littérature  française  au  dix-huitième 
siècle.  1. 1,  lec.  2  et  3.  —  Rigault,  Querelle  des  .anciens  et 
des  Modernes. 

LAMOTTE  (  Jeanne  de  Luz  ,  de  Saint-Remy, 
DE  Valois  ,  comtesse  de  ),  fameuse  intrigante 
française,  connue  par  le  rôle  qu'elle  joua  dans  le 
procès  du  collier,  née  à  Fontète  (Champagne  ), 
le  22  juillet  1756,  morte  à  Londres,  le  23  août 
1791.  Elle  descendait,  ainsi  que  son  frère,  Jac- 
ques baron  de  Valois,  mort  capitaine  de  frégate 
pendant  le  procès  de  la  comtesse,  et  sa  sœur, 
Marie-Anne  de  Saint-Remy,  qui  devint  chanoi- 
nesse  en  Allemagne,  d'un  baron  de  Saint-Remy, 
fils  naturel  de  Henri  II  et  reconnu  pour  tel. 
«  Mon  père  avait  vu,  dit  le  comte  Beugnot,  le 
chef  de  cette  triste  famille  :  il  le  peignait  comme 
un  homme  de  formes  athlétiques ,  qui  vivait  de  la 
chasse,  de  dévastations  dans  les  forêts ,  de  fruits 
sauvages  et  même  du  vol  de  fruits  cultivés.  Les 
Saint-Remy  menaient  depuis  deux  ou  trois  géné- 
rations cette  vie  héroïque,  qu'enduraient  les 
habitants  et  les  autorités ,  les  uns  par  crainte, 
les  autres  pour  quelque  retentissement  d'un  nom 
longtemps  fameux.  Le  Saint-Remy  dernier  du 
nom  n'avait  pas  assez  vécu  pour  conduire  son 
fils  sur  ses  traces.  Il  retomba  avec  ses  sœurs , 
et  comme  tous  les  indigents ,  sous  la  tutelle  du 
curé  de  la  paroisse.  «  Le  père  de  la  comtesse  de 
Lamotte  était  mort  à  l'hôtel-Dieu  de  Paris,  le  16 
février  1761.  Une  seule  chose  s'était  conservée 
sous  les  derniers  débris  de  la  famille ,  c'était  sa 
généalogie.   Chérin,   alors  généalogiste  des  or- 


dres dn  roi ,  certifia  la  descendance  directe  des 
Saint-Remy  par  les  mâles  du  fils  naturel  de 
Henri  II.  Ce  certificat  leva  tous  les  doutes,  et 
alors  le  gouvernement  intervint.  Le  roi  accorda 
au  baron  de  Valois  le  brevet  d'une  pension  de 
1,000  livres  et  l'admission  gratuite  à  l'école 
de  marine.  Chacune  des  demoiselles  reçut  un 
brevet  de  600  livres,  et  elles  fuient  placées  gra- 
tuitement à  l'abbaye  de  Longchamps,  près 
Paris.  On  espérait  décider  le  baron  à  faire  des 
vœux  dans  l'ordre  de  Malte ,  et  ses  sœurs  à  em- 
brasser la  vie  religieuse;  mais  l'esprit  aventu- 
reux de  l'aînée  des  demoiselles  de  Saint-Remy 
renversa  ce  plan.  Le  frère  était  parvenu  dans  la 
marine  au  grade  de  lieutenant  de  vaisseau,  et 
ses  sœurs  avaient  déjà  passé  six  ans  à  Long- 
champs,  lorsqu'un  beau  matin  elles  s'évadèrent 
du  couvent ,  et  se  rendirent  à  Bar-sur-Aube,  où 
elles  furent  recueillies  par  une  dame  de  Surmont. 
«  M"^  de  Lamotte  était  dénuée  de  toute  espèce 
d'instruction ,  dit  le  comte  Beugnot  ;  mais  elle 
avait  beaucoup  d'esprit,  et  l'avait  vif  et  péné- 
trant. En  lutte  depuis  sa  naissance  avec  l'ordre 
social,  elle  en  bravait  les  lois  et  ne  respectait 
guère  mieux  celles  de  la  morale.  »  Elle  resta  un 
an  chez  cette  dame  de  Surmont,  et  finit  par  re- 
marquer le  neveu  de  son  mari  ,  nommé  de  La- 
motte, qu'elle  épousa.  «  Dénué  de  toute  espèce 
de  fortune,  ajoute  Beugnot,  son  mari  avait  ce- 
pendant eu  le  talent  de  se  noyer  de  dettes,  et  ne 
vivait  qu'à  force  d'industrie  et  de  la  pension  obli- 
gée de  300  livres  que  son  oncle  lui  faisait  pour 
le  soutenir.  »  Un  mois  après  son  mariage,  M'^^de 
Lamotte,  qui  prit  alors  le  titre  de  comtesse ,  ac- 
coucha de  deux  garçons,  qui  ne  vécurent  que 
quelques  jours.  Mme  de  Surmont  ne  voulut  plus 
garder  chez  elle  les  époux  qui  l'avaient  trompée, 
et  les  renvoya.  Leur  position  était  bien  gênée; 
alors  Mme  de  Lamotte  résolut  de  venir  tenter  la 
fortune  à  Paris. 

Avec  un  caractère  si  bien  disposé  à  l'intrigue, 
Mme  de  Lamotte  obtint  du  cardinal  de  Rohan 
(voy.  ce  nom),  grand -aumônier  de  France, 
une  entrevue  qu'elle  réussit  à  renouveler  ;  puis 
elle  alla  s'établir  à  Versailles.  «  A  son  arrivée 
à  Versailles,  raconte  Beugnot,  Mme  de  La- 
motte fut  bien  vite  entourée  de  ces  fripons  pa- 
tentés ,  qui,  repoussés  de  toute  carrière  hon- 
nête, cherchent  des  intrigues  à  e^xploiter,  en 
trouvent  et  en  vivent  tant  bien  que  mal,  M'ue  de 
Lamotte  apportait  au  jeu  un  nom  et  du  mal- 
heur; les  autres  se  chargèrent  détenir  les  car- 
tes. Mais  il  faut  placer  ici  une  triste  réflexion,  et 
qui  donne  la  clef  du  roman  de  Mme  de  Lamotte. 
La  reine  avait  alors  une  réputation  de  légèreté 
que  sans  doute  elle  n'a  jamais  méritée.  On  la 
supposait  aux  prises  avec  des  besoins  d'argent 
que  provoquait  son  goût  pour  la  dépense.  On 
citait  d'elle  des  traits,  des  paroles  qui  la  faisaient 
descendre  du  rôle  de  reine  à  celui  de  femme  ai- 
mable... Avant  que  parût  Mme  de  Lamotte,  il  ne 
manqua  pas  de  femmes  intrigantes  pour  exploi- 


269 

ter  cette  dangereuse  disposition  des  esprits... 
Elle  sema  doucement  autour  d'elle  le  mensonge 
de  ses  relations  mystérieuses  avec  la  veine.  Le 
bruit  en  glissa  jusqu'à  M.  le  cardinal,  que  des 
exemples  du  passé  disposaient  à  y  croire.  Elle 
soutint  d'ailleurs  cette  partie  de  son  roman  par 
des  apparences  de  discrétion  et  de  retraite  pro- 
pres à  en  imposer...  Le  sentiment  que  M.  le  car- 
dinal avait  porté  à  M"'e  de  Lamotte  dès  les  pre- 
mières entrevues  prit,  par  ces  révélations,  un 
caractère  plus  vif,  et  bientôt  M.  le  cardinal  eut 
tant  d'intérêt  à  ce  que  les  bruits  que  semait  cette 
femme  fussent  vrais,  qu'il  finit  par  n'en  plus 
douter...  Le  cardinal  de  Rohan  était  de  tous  les 
courtisans  sans  faveur  celui  que  sa  position  ren- 
dait le  plus  malheureux  ;  il  ne  cessait  pas  d'en 
être  tourmenté.  C'est  de  M™e  de  Lamotte  qu'il 
attendait  sa  réconciliation  avec  la  souveraine... 
A  l'époque  où  ses  rapports  avec  M^e  de  Lamotte 
étaient  devenus  intimes,  une  ardente  ambition 
se  confondait  chez  lui  avec  une  affection  très- 
tendre.  Chacun  de  ces  deux  sentiments  s'exaltait 
l'un  par  l'autre ,  et  ce  malheureux  homme  était 
livré  à  une  sorte  de  délire.  »  Le  cardinal,  qui 
avait  toujours  été  en  défaveur  auprès  de  la 
reine,  avait  le  plus  extrême  désir  de  faire  cesser 
cette  disgrâce.  Dès  les  premiers  mois  de  1784 
M'Dc  de  i.amotte  lui  faisait  croire  qu'elle  amè- 
nerait cette  princesse  à  se  réconcilier  avec  lui , 
que  déjà  ses  préventions  s'étaient  affaiblies  ,  et 
le  flattait  de  l'espoir  d'une  audience,  qui  n'arriva 
jamais.  Elle  imagina  pour  le  mieux  fasciner,  une 
scène  à  peine  croyable  :  elle  lui  promit  de  lui 
ménager  une  entrevue  nocturne  avec  la  reine. 
En  effet  au  mois  d'août  1784,  vers  l'heure  de 
minuit,  une  demoiselle  d'OIiva,  qui  ressemblait 
beaucoup  à  la  reine,  surtout  par  la  tournure  et 
la  taille,  se  laissa  conduire  auprès  du  cardinal 
dans  les  bosquets  de  Versailles  ;  elle  eut  à  peine 
le  temps  de  lui  dire  à  demi-voix  qu'il  pouvait 
espérer  que  le  passé  serait  oublié  ;  le  cardinal 
était  à  ses  genoux ,  mais  la  comtesse  de  Lamotte 
les  prévint  aussitôt  que  Madame  et  la  comtesse 
d'Artois  se  promenaient  de  ce  côté.  On  entendit 
du  bruit.  La  prétendue  reine  s'enfuit  en  laissant 
tomber  une  rose  dans  la  main  du  princede  Rohan 
comme  gage  de  satisfaction;  cet  incident  valut 
à  l'événement  le  nom  de  la  chute  de  la  rose, 
qu'on  lui  donna  dans  le  temps.  Cette  scène  ra- 
pide parut  produire  son  effet  sur  l'esprit  du  car- 
dinal. Quelques  mois  plus  tard,  suivant  Georgel, 
secrétaire  du  cardinal  de  Rohan,  Mme  de  La- 
motte se  fit  remettre  par  ce  prélat  cent  vingt 
mille  livres,  dont  la  reine  était  censée  lui  deman- 
der l'avance  pour  des  aumônes.  Enfin,  elle  put 
tenter  l'escroquerie  du  fameux  collier.  Deux 
joailliers ,  Bœhmer  et  Bassange ,  avaient  réuni  à 
grands  frais  des  diamants  d'une  rare  beauté  et  en 
avaient  composé  un  collier  qu'ils  voulaient  vendre 
un  million  huit  cent  mille  livres ,  mais  qu'ils 
avaient  en  vain  offert  plusieurs  fois  à  la  reine. 
Muie  de  Lamotte  persuada  au  cardinal  que  la  reine 


LA  MOTTE  270 

désirait  ardemment  ce  collier;  que,  voulant  l'a- 
cheter à  l'insu  du  roi  et  le  payer  successivement 
avec  ses  économies ,  elle  donnerait  une  preuve 
de  sa  bienveillance  au  cardinal  en  lechargcantde 
faire  cette  emplette  en  son  nom.  Pour  décider  le 
prince  de  Rohan ,  il  lui  fut  remis  de  faux  billets 
d'autorisation  signés  du  nom  de  la  reine,  et  écrits 
par  un  nommé  Reteaux  de  Villette,  qui  était  par- 
venu à  contrefaire  l'écriture  de  Marie-Antoinette. 
Le  cardinal  conclut  le  marché  avec  les  joailliers, 
au  prix  de  un  million  six  cent  mille  livres,  dont 
le  paiement  devait  s'effectuer  en  quatre  échéan- 
ces, la  première  au  31  juillet  1785.  Releaux  de 
Villette  écrivit  en  marge  de  chaque  article  de 
cet  arrangement  que  M™e  de  Lamotte  avait  dÊ 
montrer  à  la  reine  :  Approuvé,  et  en  bas  la 
signature  Marie- Antoinette  de  France.he  car- 
dinal fit  voir  ces  approuvés  aux  bijoutiers,  et  la 
parure  lui  fut  livrée  le  1^"^  février  1785.  Il  s'em- 
pressa de  la  remettre  aux  mains  de  Mnae  de  La- 
motte pour  la  porter  à  la  reine  ;  mais  les  pierres 
en  furent  démontées  et  vendues  pour  la  plupart 
en  Angleterre.  Cependant  il  fallait  entretenir  le 
cardinal  dans  ses  illusions.  II  est  étonnant  que 
ces  grands  coupables  n'aient  pas  cherché  leur 
salut  dans  la  fuite,  surtout  lorsque  l'époque  de  la 
première  échéance  approchait.  Mn^e  de  Lamotte 
espérait  sans  doute  profiter  encore  de  l'enfantine 
crédulité  du  prince  de  Rohan  ,  ou  peut-être  le 
croyait-elle  assez  compromis  pour  qu'il  fût  forcé 
de  payer  en  silence.  Le  cardinal,  toujours  dans 
l'illusion ,  et  qui  avait  déjà  invité  les  joailliers  à 
remercier  Marie-Antoinette  par  écrit,  les  y  en- 
gagea de  nouveau;  le  12  juillet,  Bœhmer  envoya 
à  la  reine  une  lettre  si  embrouillée  qu'elle  n'y 
comprit  rien  et  la  jeta  au  feu.  Cependant  le  pre- 
mier terme  de  payement  approchait  :  M^e  de 
Lamotte  annonça  un  retard,  et  ne  donna  qu'un 
faible  à-compte.  Bœhmer  vint  le  3  août  exposer 
sa  position  à  M™''  Campan ,  première  femme  de 
chambre  de  la  reine,  pour  obtenir  son  payement. 
La  reine  le  fit  venir.  On  s'expliqua.  Marie-Antoi- 
nette ,  indignée,  dénonça  au  roi  l'outrage  dont 
elle  était  l'objet  de  la  part  du  grand  aumônier, 
et  le  15  août  1785,  jour  férié,  le  roi  fit  arrêter 
le  prince  de  Rohan  à  Versailles ,  et  le  fit  con- 
duire à  la  Bastille.  Louis  XVI  soumit  cette  affaire 
au  parlement  de  Paris,  et  grâce  à  l'esprit  de 
malveillance  qui  régnait  à  cette  époque  contre  la 
royauté,  ce  procès  scandaleux  ne  manqua  pas  de 
tourner  à  la  dérision  du  souverain. 

Mme  de  Lamotte  fut  arrêtée,  le  18  août,  à 
Bar-sur- Aube;  son  mari  s'enfuit,  et  passa  en 
Angleterre.  Cagliostro  (  voy.  ce  nom  ),  qui  était 
lié  avec  le  cardinal,  fût  aussi  arrêté.  Le  cardinal 
s'était  rejeté  sur  la  scène  du  bosquet,  qui,  di- 
sait-il, avait  été  cause  de  ses  erreurs  :  on  obtint 
l'extradition  de  la  demoiselle  d'OIiva,  qui  s'était 
enfuie  à  Bruxelles  avec  son  amant;  plusieurs 
autres  personnes  furent  encore  arrêtées.  Le  car- 
dinal avait  réussi  à  faire  brûler  sa  correspondance 
avec  Mme  de  Lamotte,  laquelle  en  avait  fait  au- 


27t 

tant  de  son  côté.  Rien  ne  se  découvrait  relative- 
ment aux  fausses  signatures  de  la  reine.  Il  était 
reconnu  qu'elles  n'étaient  pas  de  l'écriture  de 
Mme  de  Lamotte.  Le  hasard  mit  sur  la  voie  de 
ce  faux.  Reteaux  de  Villette ,  arrêté  à  Genève 
pour  un  autre  fait,  se  crut  dénoncé  :  il  entra  dans 
des  révélations  qui  permirent  d'en  finir  avec 
cette  procédure.  Le  parlement  n'en  fit  plus 
qu'une  affaire  d'escroquerie;  il  ne  vit  qu'une 
dupe  dans  le  cardinal ,  qu'il  acquitta.  Par  son 
arrétdu  31  mai  1786,  la  cour  condamna  le  comte 
de  Lamotte,  contumace,  au  fouet,  à  la  marque 
et  aux  galères  à  perpétuité;  Reteaux  de  Villette 
au  bannissement  perpétuel,  sans  fouet  ni  mar- 
que; M^ie  de  Lamotte,  ad  omnia  citra  mor- 
tem,  c'est-à-dire  qu'elle  serait  fouettée  et  mar- 
quée par  le  bourreau  sur  les  épaules,  la  corde  au 
cou,  et  enfermée  à  l'hôpital  pour  le  reste  de  ses 
jours  ;  M"®  d'Oliva  fut  mise  hors  de  cour,  at- 
tendu que,  quoique  innocente  au  fond ,  il  a  été 
regardé  comme  juste  qu'il  lui  fût  imprimé  cette 
lâche  pour  le  crime  purement  matériel  qu'elle 
avait  commis.  Tous  les  autres  prévenus  furent 
déchargés  de  l'accusation.  La  cour  de  Versailles 
ne  dut  pas  être  satisfaite  de  ce  jugement,  qui 
acquittait  celui  qu'elle  regardait  comme  le  plus 
coupable.  Aux  yeux  du  public  le  châtiment  infa- 
mant infligé  àM'nede  Lamotte  semblait  trop  fort. 
On  ne  tarda  pas  à  dire  que  les  débats  étaient  loin 
d'avoir  éclairci  toutes  les  questions.  Ce  qui  est 
certain,  c'est  que  ce  procès  eut  le  plus  fâcheux  ré- 
sultat par  le  discrédit  qu'il  jeta  sur  les  plus  hauts 
personnages  de  la  cour.  Cependant,  après  quel- 
ques jours  de  délai ,  le  parlement  put  faire 
exécuter  son  arrêt.  Quand  il  en  fut  donné  lecture 
à  M™e  de  Lamotte,  elle  se  roula  à  terre  en  pous- 
sant des  hurlements  affreux.  On  eut  toutes  les 
peines  du  monde  à  la  transporter  dans  la  cour 
du  palais  ,  où  elle  devait  subir  sa  peine.  Il  était 
six  heures  du  matin ,  et  peu  de  personnes  se 
trouvaient  présentes.  Elle  saisit  l'exécuteur  au 
collet,  lui  mordit  les  mains ,  et  tomba  dans  des 
convulsions  violentes.  Il  fallut  déchirer  ses  vê- 
tements pour  lui  imprimer  les  marques  d'infa- 
mie, et  l'un  des  fers  chauds  porta  en  partie  sur 
son  sein  ;  enfin  on  la  jeta  dans  un  fiacre,  qui  la 
conduisit  à  la  Salpétrière  ,  où  elle  devint  l'objet 
d'une  curiosité  inconvenante.  Le  jour  même  où 
elle  fut  flétrie  on  fit  courir  dans  Paris  ce  qua- 
train, qui  faisait  allusion  à  la  fleur  de  lis  dont  le 
fer  du  bourreau  était  marqué  : 

Lamotte,  on  n'en  peut  douter, 
©es  Valois  est  bien  la  fille. 
Puisqu'on  lui  fait  porter 
Les  armes  de  la  famille. 

Marie- Antoinette,  oubliant  bientôt  les  chagrins 
que  les  intrigues  de  cette  femme  lui  avaient  cau- 
sés, s'occupa  d'en  adoucir  le  sort.  Pendant  qu'on 
cherchait  les  moyens  d'arrêter  le  mari  en  An- 
gleterre ,  celui-ci  menaçait  de  publier  des  mé- 
moires où  la  reine  ne  serait  pas  ménagée,  si  l'on 
poursuivait  sa  femme  avec  rigueur.  Ils  parurent 


LA  MOTTE  '  272 

en  effet,  et  la  poHce  en  acheta  une  édition  en- 
tière, que  l'intendant  delà  liste  civile  fit  brûler  à  la 
manufacture  de  Sèvres  en  1792;  on  en  retrouva 
quelques  exemplaires  aux  Tuileries  après  le 
10  août.  Cet  ouvrage  a  reparu  sous  le  titre  de 
Vie  de  Jeanne  de  Saint- Remy  de  Valois', 
comtesse  de  Lamotte,  etc.,  écrite  par  elle- 
même;  Paris,  l'an  l",  1  vol.  in-8".  M^e  de 
Lamotte  a  encore  publié  :  Mémoires  justifica- 
tif s  de  lacomtesse  de  Valois  de  Lamotte,  écrits 
par  elle-même;  Londres,  1788,  1789,  in-8". 
Dans  ces  mémoires  elle  accuse  la  reine  d'avoir 
eu  un  goût  particulier  pour  elle ,  de  l'avoir  sou- 
vent reçue  la  nuit  à  Trianon  ,  de  l'avoir  élevée  < 
jusqu'à  elle ,  de  l'avoir  chargée  de  remettre  des 
lettres  au  cardinal,  et  d'avoir  reçu  par  son  inter- 
médiaire celles  du  cardinal.  Elle  prétend  que  la 
scène  de  Versailles  fut  imaginée  par  la  reine,  qui, 
voulant  savoir  comment  le  cardinal  se  conduirait 
à  son  égard  dans  une  entrevue  qu'il  sollicitait  de- 
puis longtemps,  pensa  à  se  faire  représenter  par  [ 
quelque  autre  femme  et  à  tout  voir  derrière  un  i 
bosquet;  Mme  de  Lamotte  ajoute  qu'ayant  parlé" 
de  cette  idée  au  comte  de  Lamotte,  celui-ci  décou- 
vrit M""  d'Ofiva,  laquelle  fut  agréée  par  la  reine. 
Le  cardinal  fut  averti  par  la  comtesse  du  tour 
que  voulait  lui  jouer  la  reine ,  et  il  se  prêta  à 
cette  comédie.  Mme  de  Lamotte  soutient  que 
la  reine  se  servait  du  cardinal  pour  correspon- 
dre avec  les  ennemis  de  la  France ,  et  qu'enfin 
elle  l'avait  employé  pour  l'achat  du  collier  que  le 
roi  avait  eu  la  lésinerie  de  lui  refuser.  M»ic  de 
Lamotte  raconte  que  la  reine  prit  des  arrange- 
ments particuliers  avec  le  cardinal  pour  cette 
acquisition  ;  mais  que ,  ne  voulant  pas  signer  les 
conventions  et  les  joailliers  exigeant  sa  signature, 
elle  suggéra  à  la  comtesse  d'écrire  elle-même  un 
approuvé  ;  la  comtesse  en  parla  à  Reteaux  de 
Villette,  qui  était  venu  dîner  avec  elle;  celui-ci 
écrivit  en  effet  l'approuvé  sans  contrefaire  son 
écriture,  et  du  faux  nom  à' Antoinette  de  France 
pensant  que  le  papier  devait  être  seulement 
montré  aux  joailliers  et  brûlé  ensuite.  Mme  de  La- 
motte affirme  que  le  collier  a  été  remis  chez  elle 
à  un  valet  de  chambre  de  la  reine  par  le  cardi- 
nal lui-même.  La  comtesse  de  Lamotte  prétend 
aussi  que  le  cardinal  était  devenu  iusupportable 
à  la  reine  aussitôt  après  l'acquisition  du  collier,  et 
que  Marie- Antoinette,  voulant  se  débarrasser 
également  de  la  comtesse ,  lui  avait  remis  une 
boîte  de  diamants  enlevés  au  coUier,  lesquels  lui 
devenaient  inutiles,  parce  qu'elle  était  dans 
l'intention  de  faire  subir  à  ce  bijou  des  chan- 
gements qui  nepermissentipas  auroi  de  le  recon- 
naître. Enfin  M™"  de  Lamotte  explique  toutes  ses 
tergiversations  et  ses  mensonges  pendant  son 
procès,  ainsi  que  les  dires  vagues  et  contracdictoi- 
resdu  cardinal,  parleur  préoccupation  mutuelle  de 
ne  pas  compromettre  la  reine.  Comme  pièces  jus- 
tificatives, elle  joint  à  son  mémoire  sa  généalogie 
et  la  prétendue  correspondance  entre  le  cardinal 
et  la  reine,  avouant  toutefois  qu'elle  n'a  pas  les  ori- 


273 


LA  MOTTE 


274 


ginauxdans  ses  mains,  mais  qu'avant  de  remettre 
les  lettres  dont  elle  était  chargée  aux  personnes 
I  intéressées,  elle  les  ouvrait,  en  prenait  connais- 
Isance  et  les  copiait.  Ce  trait  suffit  pour  donner 
|une  idée  de  la  moralité  de  cette  femme  et  mon- 
itrer  le  cas  que  l'on  doit  faire  de  ses  explications. 
i  On  a  pu  croire,  et  avec  raison,  que  l'évasion  le 
1 5  juin  1787  de  la  Salpétrière  de  Mme  de  Lamotte 
I  avait  été  favorisée  :  elle  rejoignit  son  mari  en  An- 
gleterre, où  elle  mourut,  des  suites  d'une  chute. 
Le  comte  de  Lamotte  lui  a  longtemps  survécu. 
Poursuivi  en  Angleterre  par  les  agents  du  gou- 
vernement français,  il  revint  en  France  quand  la 
révolution  eut  éclaté.  11  se  mit  en  rapport  avec 
Mirabeau ,  fut  arrêté  et  enfermé  à  la  Concier- 
gerie, où  il  n'échappa  que  par  un  miracle  aux 
massacres  de  septembre.  En  1793  il  fut  arrêté  à 
Bar-sur-Aube,  où  il  s'était  réfugié,  et  incarcéré  à 
Troyes;  le  9  thermidor  lui  rendit  la  liberté.  De- 
puis, il  traîna  une  existence  misérable,  tenta 
deux  fois  de  se  suicider,  et  entra  enfin  à  l'hôpital 
de  la  Pitié.  Il  avait  écrit  l'histoire  de  sa  vie ,  et 
ses  mémoires  furent  rédigés  deux  fois;  la  pre- 
mière rédaction  lui  fut  enlevée  par  la  police,  en 
1825,  et  la  seconde,  qu'il  communiqua  à  l'auto- 
rité, ne  lui  fut  rendue  que  mutilée  dans  ses  parties 
les  plus  importantes  ;  ainsi  tout  ce  qui  regarde 
l'affaire  du  collier  manque  dans  le  manuscrit 
qu'a  eu  dans  les  mains  M.  L.  Lacour  et  sur  le- 
quel il  a  fait  paraître  :  Affaire  du  collier.  Mé- 
moires inédits  du  comte  de  Lamotte- Valois 
sur  sa  vie  et  son  époque  (1754-1830),  publiés 
d'après  le  manuscrit  autographe,  avec  un 
historique  préliminaire,  des  pièces  justifi- 
catives et  des  notes;  Paris,  1858,  gr.  in-18. 

L.  LOUVET. 

Comte  Beugnot,  Mémoires.  —  Georgel,  Mém.  pour 
servir  à  l'hist.  des  événements  de  la  fin  du  dix-hui- 
tième siècle.  —  M™»  Campan,  Mémoires.  —  M"«  Berlin, 
Mém.  sur  la  reine  Marie- Antoinette.—  Peuchet,  Mém. 
tirés  des  archives  de  la  police.  —  Louis  Blanc,  ffist.  de  la 
Révol.  franc.,  loine  H.  —  MM.  de  Concourt .  Hist.  de 
Marie- Antoinette.  —  Dufey  de  l'Yonne,  Dict.  de  la  Con- 
vers.,  art.  Collier. 

LAMOTTE  -  FOCQCÉ  (  Frédéric  -  Henri  - 
Charles ,  baron  de  ) ,  poète  allemand ,  petit-fils 
du  général  Henri-Auguste  de  Lamotte-Fouqué , 
est  né  à  Brandebourg,  le  12  février  1777,  et 
mort  à  Berlin,  le  23  janvier  t843.  Il  assista  comme 
lieutenant  de  cavalerie  aux  campagnes  de  1793, 
1794  et  t795,  et  se  retira,  après  la  paix  de  Bâle, 
à  la  campagne  pour  s'y  consacrer  exclusive- 
ment aux  belles-lettres.  Pendant  la  mémorable 
année  de  1813,  il  fit  la  guerre  comme  capitaine 
d'un  régiment  de  cuirassiers  brandebourgeois  ; 
mais ,  déjà  malade  avant  la  bataille  de  Leipzig,  à 
laquelle  il  prit  cependant  part,  il  fut  obligé  de 
demander  son  congé  au  moment  où  les  armées 
des  alliés  allaient  franchir  le  Rhin.  Depuis  cette 
époque  il  vécut  tour  à  tour  à  Paris,  à  Neunhau- 
sen,  à  Halle  et  en  dernier  lieu  à  Berlin. 

La  Motte-Fouqué  s'était  déjà  fait  connaître  dans 
le  monde  littéraire  sous  le  pseudonyme  de  Pel- 
legrinus.  Élève  et  partisan  de  M.  G.  Schlegel ,  il 


avait  fait  des  vers  dans  le  genre  espagno.,  traduit 
la  Numance  de  Cervantes ,  publié  des  Essais 
dramatiques ,  le  roman  d'Alwin  et  celui  qui 
porte  le  titre  d'Histoire  du  noble  chevalier  de 
Galmy  et  d'une  belle  duchesse  de  Bretagne, 
enfin  les  Funérailles  de  Schiller ,  espèce  de 
prologue  dont  la  facture  appartient  en  partie  à 
Sophie  Bernhardi.  Mais  ce  n'étaient  là  que  des 
préludes.  Ses  véritables  succès  ne  datent  que  de 
1815.  Depuis  plusieurs  années,  on  commençait 
à  s'occuper  en  Allemagne  de  littérature  Scandi- 
nave :  des  fragments  traduits  de  VEdda  avaient 
paru;  les  Nibelungen  fixaient  de  plus  en  plus 
l'attention  des  littérateurs.  La  Motte-Fouqué  po- 
pularisa les  légendes  du  Nord  ;  il  s'en  inspira,  et 
les  reproduisit,  refondues  et  mises  à  la  portée  du 
public,  dans  des  romans  ou  dans  des  poèmes, 
tels  que  Le  Héros  du  Nord ,  trilogie  que  notre 
auteur  dédia  au  philosophe  Fichte ,  et  qu'il  signa 
pour  la  première  fois  de  son  vrai  nom.  Vers  la 
même  époque  il  fit  paraître  le  délicieux  conte 
d'Ondine  (Berlin,  1813,  et  souvent  depuis),  le 
seul  de  ses  romans  qui  soit  traduit  en  français 
(  Paris,  1817  ),  et  sans  contredit  son  chef-d'œu- 
vre :  c'est,  d'après  quelques  critiques  ,  une  des 
créations  les  plus  heureuses  de  la  littérature  alle- 
mande et  qui  démontre  que  Lamotte-Fouqué  était 
véritablement  poète.  Toutefois  il  est  du  nombre 
de  ces  auteurs  que  l'on  n'aime  lire  que  dans  la 
jeunesse.  Il  se  plaisait  presque  exclusivement 
dans  ce  «  patriotisme  piétiste  et  teutonique  »  qui 
faisait  tant  rire  Gœthe ,  et  ses  héros  «  tout  de 
fer  et  de  sentiment ,  sans  corps  ni  raison  « , 
comme  disait  H.  Heine,  sont  maniérés,  faux  et 
le  plus  souvent  ridicules. 

On  a  de  La  Motte-Fouqué  :  Dramatische 
Spiele  (Pièces  dramatiques);  Beriin,  1804;  — 
Bie  Zwerge  (Les Nains  ) ,  drame;  Leipzig,  1805 
et  1816;  —  Romanzen  vom  Thaïe  Ronceval 
{ Romances  de  la  vallée  de  Roncevau  )  ;  Berlin, 
1805;  —  Sigurd  des  Schlangentoedter  (Si- 
gourd  le  Tueur  de  Serpents  ) ,  drame  héroïque 
en  six  tableaux;  ibid.,  1808,  in-4°  ;  —  Der  Held 
des  ISordens  (Le  Héros  du  Nord);  ibid,,  1810; 
—  Numancia ,  tragédie  en  cinq  actes,  traduite 
de  Cervantes;  ibid.,  1810,  in-12;  —  Vaterlaen- 
dische  Schauspiele  (  Drames  patriotiques  )  ; 
Berlin,  1811  ;  —  Die  Jahreszeiten  (Les  Saisons 
de  l'année);  Berlin,  1811-1815,  4  parties;  — 
Taschenbuch  der  Sagen  und  Legenden  (Re- 
cueil de  contes  et  légendes  ) ,  publié  en  commun 
avec  Caroline  de  La  Motte-Fouqué  et  Amélie  de 
Helwig;  Berlin,  1812-1813,  2  vol.  ;  —  Drama- 
tische Dichtungen  fuer  Deutsche  (Poésies dra- 
matiques pour  les  Allemands  )  ;  ibid . ,  1 8 1 3  ; — Ge- 
dichte  vor  und  waehrend  des  Feldzuges  (  Poé- 
sies avant  et  pendant  la  campagne);  Berlin,  1813 
et  1814,  in-12;  —  Kindermaerchen  (Contes 
pour  les  enfants  )  ;  Berlin,  1816,  2  vol.  in-12;  — 
Die  Pilgerfahrt  (Le  Pèlerinage),  tragédie  en  cinq 
actes;  Nuremberg,  1816;  —  Gedichte  ans  dem 
Jûnglingsalter  (Poésies  d'un  jeune  homme); 


275 


LA  MOTTE  —  LAMOURETTE 


276 


Stutigard,  1816; —  Gedichte  aus  dent  Manne- 

.■scWe/- ( Poésies  (le  l'âge  viril)  ;  ibid.,  1817-1827, 
2  vol.  ;  —  Romanzen  und  Idyllen  (  Romances  et 
Idylles);  ibid.,  1818;  —  KarVs  des  Grossen  Ge- 
burt  und  Jugendjahre  (La  Naissance  et  la  Jeu- 
nesse de  Cbarlemagne  ) ,  poëme  de  chevalerie  ; 
Nuremberg,  1 8 1 6  ;  —  Der  Zauberring  (L'Anneau 
magique);  Nuremberg,  1816,3  vol.;  —  Saenger's 
Liebe  (L'Amour  d'un  Poëte);  Tubingue,  1816; 

—  Dïe  zwei  Brueder  (Les  Deux  Frères),  tra- 
gédie; Tubingue,  1817; —  Dïe  wunderbaren 
Fahrten  des  Grafen  Alathes  von  Lindenstein 
(  Les  Aventures  miraculeuses  du  comte  Alathes 
de  Lindenstein)  ;  Leipzig,  1817  ;  —  Abendunter- 
haitungen  zur  Erheiterung  des  Geistes  (  Ré- 
créations du  soir),  en  commun  avec  Zschokke, 
Glatz  et  Fichier;  Vienne,  1817;  —  Altsaech- 
sischer  Brider saal  (Tableaux  de  l'ancienne 
Saxe)  ;  Nuremberg,  1818-1820,  4  vol.  ;  —  Hel- 
derispiele  (  Drames  héroïques  )  ;  Stuttgard,  1818; 

—  Hieronymus  von  Stauf,  tragédie  en  cinq 
actes;  Berlin,  1819;  —  Der  Leibeigene  (Le 
serf),  drame  en  cinq  actes;  Berlin,  1820;  — 
Wahrheit  und  Luege.  Eine  Reïhe  politischer 
Betrachtungen  in  Bezug  au/  den  Vendée- 
krieg  (Vérité  et  Mensonge;  une  série  de  ré- 
flexions politiques  touchant  la  guerre  de  la  Ven- 
dée); Leipzig,  1820;—  Der  Réfugié;  Gotha, 
1823-1824,  3  vol.  ;  —  Die  Sage  von  dem  Gun- 
laugur  (La  Légende  du  Gunlaugnr);  Vienne, 
1826,  3  vol.;  —  Gescfiichte  der  lungfrau 
von  Orléans  (  Histoire  de  la  Pucelle  d'Or- 
léans )  ;  Berlin,  1826,  2  vol.  ;  —  Biographie  des 
General  E.  P.  von  Ruechel;  Berlin,  1828, 

2  vol.  ;  —  Der  Saengerkrieg  auf  der  Wait- 
burg  (La  Guerre  des  Poètes  sur  la  Wartbourg); 
Berlin,  1 828  ;  —  Der  Mensch  des  Suedens  und 
der  Mensch  des  Nordens  (  L'Homme  du  Sud  et 
l'homme  du  Nord);  Berlin,  1829;  —  Jakob 
Boehme,  étude  biographique;  Greitz,  1831;  — 
Lebensgeschichte  (Autobiographie);  Halle, 
1840.  La  Motte-Fouqué  surveilla  lui-même  une 
édition  de  ses  œuvres  choisies  :  Awigewàhlte 
Werke;  Halle,  1841-1846,  12  vol.  R.  Lindau. 

Blsetter  fuer  litterarische  Vnterfialtung  ;  lU^,  n"  323. 

—  Matthison,  Literarischer  Nachlass,  vol.  IV,  p.  80.  — 
Horii,  Zur  Geschichte  und  KrUik  der  schoenen  Literatur 
Teutsclilands,  p.  17â.  —  Bouterwek,  Geschichte  der 
Poésie  une  BeredsamJceit,  vol.  XI,  p.  477.  —  Gervinus, 
Geschichte  der  deutschen  Dichiung.  —  Jul.  Schmidt, 
Geschichte  der  deutschen  Literatur  des  XlXten  Jahrh. 

LA  MOTTE- FOCQtrÉ  (  Caroline  de)  ,  femme 
du  précédent,  née  en  1773,  morte  le  21  juillet 
1831,  a  publié  plusieurs  ouvrages,  dont  quelques- 
uns  ont  été  traduits  en  français.  Voici  les  prin- 
cipaux :  Die  Fraudes  Falkenstetns  {ha¥emme 
du  Falkenstein  ) ,  roman  ;  Berlin,  1810,  2  vol.  ;  — 
Romanbibliothek  fiir  Damen  (  Bibliothèque  de 
Romans  pour  les  dames);  Berlin,  1810-1817, 
7  vol.;   —  Feodora,    roman;   Leipzig,  1814; 

—  Ida;  Berlin,  1820,  3  vol.  :  roman  traduit  en 
français  par  M'^'"  de  Rougemont;  Paris,   1821, 

3  vol.  ;  —    Die  Herzogin  von  Montmorency 


(La  duchesse  de  Montmorency);  Leipzig,  1822, 
3  vol.  ;  —  Frauenliebe  (L'Amour  des  Femmes  )  ; 
Nuremberg,  1818,  roman  traduit  en  français 
sous  le  titre  de  Claire,  ou  les  femmes  seules 
savent  aimer;  Paris,  1820,  3  vol.;  —  Brieje 
uber  den  Zweck  weiblicher  Bildung  (Lettres 
sur  le  but  de  l'éducation  des  femmes);  Berlin, 
1811,  etc.  R.  L. 

V.  Schindel,  Teutsche  Schriftstéllerinnen  des  XlXten 
Jahrhunderts.  —  Mciisel,  Gelehrtes  Teutsctiland,t.  XIII,' 
p.  404.  —  Neuer  Nekrolog  der  Teutschen,  année  IX, 
t.  Il,  p.  652. 

LA  MOTTRJVTE  (Aubry  de),  voyageur  fran- 
çais, né  vers  1674 ,  mort  en  mars  1743,  à  Paris. 
Retiré  depuis  plusieurs  années  en  Angleterre  pour 
cause  de  religion,  il  entreprit  nn  long  voyage 
dans  les  pays  du  Nord  ,  la  Tartarie  et  la  Turquie.i 
A  son  retour,  il  obtint  une  pension  du  roi  Geor-i 
ges,  visita  quelques  contrées  de  l'Europe,  et  liait 
par  rentrer  en  France.  Voyageur  véridique ,  maVsi 
observateur  superficiel ,  il  s'attache  dans  ses 
relations  à  décrire  les  villes  ,  les  monuments, 
les  coutumes  ;  il  raconte  des  anecdotes  curieuses, 
mais  il  se  laisse  trop  souvent  entraîner  à  ites 
digressions  sur  des  points  de  théologie.  On  a  de' 
lui  :  Voyages  en  Europe,  Asie  et  Afrique;  La 
Haye,  1727,  2  vol.  in-f° ,  fig. ;  ouvrage  publié 
dès  1723  en  anglais  et  abrégé  en  allemand  eni 
1783  ;  —  Voyages  en  diverses  provinces  de  la 
Prusse  ducale  et  royale,  de  la  Russie,  de  la 
Pologne,  etc.;  ibid.,  1732,  in-f",  avec  fig., 
dont  12  sont  signées  de  Hogarth  ;  trad.  en  anglais; 
Londres,  1732,  in-f°  ;  —  Remarques  critiques 
sur  ^'Histoire  de  Charles  XII  composée  par 
M.  de  Voltaire  ;  Paris,  1732,  in-8°.        K. 

Eug.  et  Ém.  Haug,  La  France  Protestante,  t.  VI. 

LAMOURETTE  (Adrien),  prélat  français, 
né  à  Strevent,  dans  le  Boulonais,  en  1742,  mort 
à  Paris,  le  10  janvier  1794.  11  entra  dans  la  con- 
grégation des  Lazaristes ,  et  après  avoir  été  su- 
périeur du  séminaire  de  Toul,  directeur  à  Saint- 
Lazare,  il  devint  grand-vicaire  d'Arras  en 
1789.  11  était  d'une  piété  sincère,  tout  en  cher- 
chant à  allier  la  philosophie  à  la  religion.  Cette 
tendance  le  fit  rechercher  par  Mirabeau,  qui  le 
chargea  de  la  partie  théologique  de  ses  discours 
relatifs  au  clergé  ;  cet  ecclésiastique  paraît  être 
réellement  le  véritable  auteur  de  Y  Adresse  au 
peuple  français  sur  la  constitution  civile  du 
clergé,  que  Mirabeau  présenta  à  l'Assemblée  cons- 
tituante. Ayant  prêté  le  serment  constitutionnel, 
Lamourette  fut  nommé  à  l'évêché  de  Lyon  et  sacré 
à  Paris  en  1791.  Au  mois  de  septembre  suivant,  il 
fut  appelé  à  faire  partie  de  l'Assemblée  législative 
dont  il  fut  un  des  membres  les  plus  modérés.  Il 
y  parla  contre  la  liberté  des  cultes,  et  demanda 
qu'on  fît  cesser  les  recherches  relatives  aux  chefs 
de  l'insurrection  du  20  juin  1792.  C'est  à  cette 
époque  qu'il  fit  la  célèbre  motion  qui  tendait  à 
réunir  dans  un  même  esprit  tous  les  membres 
de  l'assemblée.  Cet  appel  à  l'union  et  à  la  fra- 
ternité détruisit  passagèrement  les  distinctions 
de  partis  :  l'on  vit  Dumas  et  Bazire ,  Chabot  et 


27  7  LAMOURETÏE  - 

Gentil ,  Jaucourt  et  Merlin,  Pastoret  et  Condor- 
cel ,  etc.,  se  serrer  mutuellement  la  main.  Des  plai- 
sants appelèrent  ce  rapprochement  le.  baiser  La- 
monrette.  Le  terrible  événement  du  10  Août  laissa 
Lainourette  insensible,  et  lorsque  Louis  XVI  eut 
été  enfermé  au  Temple,  il  demanda  que  toute 
I  communication  ftit  interdite  entre  les  membres 
de  la  famille  royale.  Le  Moniteur  ayant  signalé 
M.  Damourette ,  honnête  cultivateur  des  Ârden- 
nes  comme  auteur  de  cette  motion  cruelle,  ce 
dei)iité  réclama  contre  l'assertion,  et  \it  Moniteur 
se  ri'tracta,  le  6  septembre  1792,  en  déclarant  que 
«  le  véritable  auteur  de  la  motion  était  l'abbé  La- 
imourette,de  Lyon  ».  —  Lamourette  exprima 
ll'horreur  que  lui  inspiraient  les  massacres  de  Sep- 
tembre, et,  sur  sa  motion,  l'assemblée  décréta  que 
la  municipalité  de  Paris  répondrait  de  la  sûreté 
publique.  Après  la  session  il  se  retira  à  Lyon,  où 
il  se  trouvait  pendant  le  siège  par  les  troupes  de 
la  Convention.  Arrêté  et  conduit  à  Paris ,  il  fut 
livré  au  tribunal  révolutionnaire.  Tl  était  à  table 
lorsqu'on  lui  apporta  son  acte  d'accusation;  il 
continua  de  s'entretenir  tranquillement  avec  les 
autres  détenus.  «  Faut-il  donc  s'étonner  de  mou- 
rir, dit-il,  et  la  mort  est- elle  autre  chose 
qu'un  accident  de  l'existence.^  »  Condamné  à  mort, 
il  montra  jusqu'à  son  dernier  moment  la  plus 
grande  fermeté.  Lamourette  est  auteur  des  ou- 
vrages suivants  :  Pensées  sur  la  Philosophie  et 
V Incrédulité,  ou  réflexions  sur  l'esprit  et  le 
dessein  des  philosophes  religieux  de  ce  siècle; 
1786,  in-S";  —  Pensées  sur  la  Philosophie  de 
la  Foi,  ou  Le  système  du  christianisme  consi- 
déré dans  son  analogie  avec  les  idées  natu- 
relles de  l'entendement  humain;  1789,  in-8°; 

—  Les  Délices  de  la  Religion,  ou  le  pouvoir  de 
l'Évangile  pour  nous  rendre  heureux  ;  1789, 
in-12,  trad.  en  espagnol,  Madrid  ,  1795  ,  iu-8°; 

—  Désastre  de  la  maison  de  Saint- Lazare  ; 
1789,  in-8o  ;  —  Le  Décret  de  l'Assemblée  na- 
tionale sur  les  biens  du  clergé  justifié  par 
son  rapport  avec  la  nature  et  les  lois  de 
l'institution;  1789  et  1790,  in-S"  ;  —  Lettre 
pastorale,  suivie  de  la  Lettre  au  Pape;  Lyon, 
1791,  in-8";  —  Prône  civique,  ou  le  pasteur 
patriote;  1790  et  1791,  in-8°;  —  Discours 
sur  l'exposition  des  principes  de  la  constitu- 
tion civile  du  clergé ,  prononcé  par  Mirabeau 
à  V  Assemblée  nationale  dans  la  séance  du 
14  novembre  1791;  Paris,  1791.  Lamourette 
déclara  publiquement  qu'il  avait  rédigé  ce  dis- 
cours ainsi  que  le  Projet  d'adresse  aux  Fran- 
çais sur  la  constitution  civile  du  clergé  pré- 
senté par  le  comité  ecclésiastique  de  l'Assem- 
blée nationale  dans  la  séance  du  14  janvier 
1791 ,  publié  en  1790,  in-8°;  —  Considérations 
sur  V Esprit  et  les  Devoirs  de  la  vie  religieuse  ; 
1795,  in  19,  publiées  après  sa  mort.  G.  de  Père. 

Arnault,  Biogr.   nouv.  des  Contemporains ,  elc. 
L'AMOURECX  { Abraham-César  ), sculpteur, 
en  1674.  Élève  de  Nicolas  Coustou ,  il  promettait 
un  artiste  digne  de  son  maître,  quand  il  fut  enlevé 


■  LAMOUROUX  278 

à  la  fleur  de  l'âge  par  un  funeste  accident  :  il 
tomba  dans  la  Saône,  et  s'y  noya.  Il  a  travaillé 
pour  quelques  églises  de  Lyon  ;  mais  le  plus 
considérable  de  ses  ouvrages  est  le  modèle  du 
monument  érigé  à  Copenhague  en  l'honneur  de 
Christian  V,  statue  équestre  colossale  de  plomb 
doré  ainsi  que  les  figures  symboliques  qui  rac- 
compagnent. E.  B — N. 
Cicognara,  Storia  deUa  ScuUura. 

'  LAMOUREux  (Jean- Baptiste-Justin) , 
littérateur  et  biographe  français ,  né  à  Nancy,  le 
19  septembre  1782.  Il  étudia  le  droit,  débuta 
au  barreau  de  Nancy,  et  entra  ensuite  dans  la 
carrière  administrative.  ïl  était  contrôleur  prin- 
cipal des  contributions  indirectes  à  Bruxelles 
quand  le  traité  de  1814  vint  distraire  la  Bel- 
gique du  territoire  français  ;  c'est  alors  qu'il 
reprit  sa  place  au  barreau.  En  1821  il  fut 
nommé  substitut  du  procureur  du  roi  près  le 
tribunal  de  première  instance  de  Nancy,  et  en 
1829  juge  d'instruction  au  même  siège.  Le  décret 
du  1^'  mars  1852  l'a  fait  passer  dans  le  cadre  de 
retraite,  avec  le  titre  de  juge  honoraire.  Ses  mo- 
ments de  loisir  ont  été  et  sont  encore  consacrés 
à  la  culture  des  lettres.  On  a  de  lui  :  Mémoire 
pour  servir  à  l'histoire  littéraire  du  dép,  de 
la  Meurthe,  ou  tableau  statistique  des  pro- 
grès des  lettres ,  des  sciences  et  des  arts  dans 
ce  département,  depuis  1789  jusqu'en  1803; 
Nancy,  1803,  in-8°  ;  -—  Notice  des  Travaux  de 
la  Société  d'Émulation  de  Nancy  ;  Nancy,  1 804, 
in-8°  ; —  De  la  Régénération  des  Juifs  ;  Nancy, 
1806,  in-8°  ;  —  Notice  biograph.  sur  A.  Serrao, 
évéque  de  Potenza ,  dans  le  royaume  de  Na- 
pies;  Paris,  1806,  in-8°;  —  Notice  histor.  et 
iittér.  sur  la  vie  et  les  écrits  du  comte  Fran- 
çois de  Neuf  château  ;^aincy,  1843,  in-8"  (ex- 
traite des  Méni.  de  la  Société  Académique  de 
Nancy,  ann.  1840);  —  des  Rapports  et  des 
Notices  dans  les  Mémoires  de  cette  société;  — 
des  articles  dans  la  Décade  Philosophique,  dans 
le  Mercure,  dans  l'Esprit  des  Journaux,  pu- 
blié à  Bruxelles;  dans  Le  Publiciste.  Enfin, 
M.  Lamoureux  a  travaillé  au  Dictionn.  des  Au- 
teurs anonymes  de  Barbier,  à  La  France  Lit- 
téraire et  aux  Supercheries  Littéraires  de 
M.  Quérard  ,  au  Bulletin  du  Bibliophile  et  à 
la  Biographie  Générale  M. 

statistique  des  Gens  de  Lettres  du  dép.  de  la  Meurthe. 
—  Doc.  partie. 

LAMOUROUX  (Jean-Vincent-Félix),  natu- 
raliste français,  né  à  Agen,  le  3  mai  1779,  mort 
le  26  mai  1 825,  à  Caen.  Il  étudia  de  bonne 
heure  les  sciences  naturelles,  et  fit  des  progrès 
si  rapides  qu'à  peine  âgé  de  dix-sept  ans,  il  put 
suppléer  Saint-Amans,  professeur  de  botanique 
à  l'École  centrale  d'Agen.  En  1805,  il  pubha 
ses  observations  sur  plusieurs  espèces  de  fucus 
nouvelles  ou  peu  connues  En  1807  il  vint  à 
Paris  pour  y  étudier  la  médecine,  et  obtint  en 
1811  la  place  de  professeur  d'histoire  naturelle  à 
l'Académie  de  Caen.  Il  essaya  de  montrer  le  règne 


279 


LAMOUROUX 


280 


animal  sous  une  face  particulière.  Sans  adopter 
la  disposition  de  Cuvier,  il  réduisait  à  deux  règles 
générales  les  diversités  que  présente  l'organisa- 
tion :  il  divisait  les  animaux  en  deux  grands  em- 
branchements :  l'un  renfermant  les  animaux  qu'il 
appelait  symétriques ,  c'est-à-dire  les  mammi- 
fères, les  oiseaux,  les  reptiles,  et  les  poissons  à 
squelette  vivants;  l'autre,  composé  des  animaux 
asymétriques,  tels  que  les  annélides,  les  cirrhi- 
pèdes,  les  mollusques,  les  polypes  à  polypiers, 
les  échinodermes,  les  acalèphes,  les  polypes  nus 
et  les  infusoires.  S'attachant  à  l'étude  des  plantes 
marines,  il  sentit  la  nécessité  de  les  subdiviser 
beaucoup  plus  qu'elles  ne  l'avaient  été  jusque 
alors,  et  de  faire  cesser  l'espèce  de  désordre  qui 
subsistait  dans  leur  disposition  scientifique.  En 
1813  il  faisait  paraître  son  important  essai  sur 
les  genres  de  la  famille  des  tbalassophytes  inar- 
ticulés ,  sorte  de  gênera  composant  vingt-sept 
genres  distribués  en  six  familles  et  renfermant 
toutes  les  espèces  alors  connues  distribuées  dans 
une  classification  nouvelle,  qui  fut  adoptée  par 
les  botanistes  français  et  étrangers.  Ce  travail, 
qui  mit  l'auteur  au  premier  rang  de  nos  bota- 
nistes, est  devenu  le  point  de  départ  des  progrès 
de  l'hydrophytologie,  devenue  une  science  par 
le  mouvemetrt  qu'imprima  Lamouroux  à  cette 
étude.  Au  nom  de  tbalassophytes  pour  désigner 
les  végétaux  croissant  dans  les  eaux  de  la  mer, 
Lamouroux  substitua  le  nom  à'hydrophytes, 
comme  plus  général.  Il  avait  l'intention  de  publier 
un  Specilegium  de  toutes  ces  plantes.  Sa  mort 
a  laissé  ce  travail  inachevé. 

Ce  savant  s'occupa  ensuite  des  polypiers,  et 
publia,  en  1816,  une  histoire  générale  des  po- 
lypiers coralligènes  flexibles  qui  fit  époque  dans 
la  science.  L'auteur  y  divise  ces  zoophyles  en 
cinquante-six  genres,  dont  vingt-quatre  seule- 
ment étaient  connus  avant  lui,  et  en  plus  de  cinq 
cent  soixante  espèces,  dont  cent  quarante  étaient 
alors  absolument  inconnues.  L'œuvre  était  loin 
d'être  complète;  Lamouroux  se  proposait  d'en 
taire  une  révision  avec  Bory  de  Saint- Vincent, 
son  ami  ;  il  voulait  retirer  de  la  classe  des  po- 
lypiers les  genres  que  leur  double  constitution 
doit  placer  dans  un  règne  nouveau,  proposé  sous 
le  nom  de  Psychodiaires.  Bory  de  Saint- Vincent 
a  continué  ce  travail.  Sur  le  même  sujet ,  on  a 
de  Lamouroux  une  exposition  méthodique  des 
genres  de  l'ordre  des  polypiers,  où  sont  repro- 
duites et  augmentées  les  planches  de  V Histoire 
des  zoophytes  de  J.  Eliis  et  Solander.  Tous  les 
polypiers  vivants  et  fossiles  y  sont  compris  et 
classés  en  trois  grandes  divisions.  Il  était  diffi- 
cile de  s'occuper  des  polypiers,  êtres  qui  jouent 
un  si  grand  rAle  dans  la  composition  de  la  croûte 
du  globe,  sans  aborder  l'étude  de  la  géologie. 
Aussi  Lamouroux  s'en  occupa-t-il  longtemps 
d'une  manière  spéciale,  sa  place  l'obligeant 
à  faire  un  cours  de  géographie  physique  à  la 
faculté  des  sciences  et  au  collège  de  l'Académie 
de  Caen.  Après  avoir  communiqué  à  Cuvier 


à  Alex,  de  Humboldt  et  à  d'autres  savants 
un  résumé  de  ce  cours,  il  le  livra  au  public 
dans  un  volume  qui  fut  accueilli  avec  empres- 
sement. 

Après  avoir  contribué  à  fonder  la  société  Lin- 
néenne  du  Calvados  et  le  musée  de  Caen  ;  après 
avoir  propagé  dans  le  département  le  goût  des 
sciences  naturelles,  Lamouroux,  qui  méditait 
encore  d'autres  travaux  utiles  ,  mourut,  à  peine 
âgé  de  quarante-six  ans ,  frappé  d'apoplexie  fou- 
droyante. L'Institut  l'avait  admis  au  nombre  de 
ses  correspondants  depuis  environ  dix  ans.  Une 
souscription  s'ouvrit  à  Caen  pour  lui  ériger  un  ^ 
monument,  qu'on  voit  dans  le  cimetière  de  Caen. 
Cette  ville  s'empressa  d'acquérir  pour  son  Mu-i 
sée  les  précieuses  collections  qu'il  avait  laissées, 
les  plus  riches  alors  en  hydrophytes  et  en  po-i 
lypiers. 

Voici  la  liste  des  ouvrages  de  Lamouroux  : 
Dissertation  sur  plusieurs  espèces  de  Fucusi 
nouvelles  ou  peu  connues  ;  Agen,  1805,  in-i",' 
avec  trente-six  pi.  ;  —  Essai  sur  les  genres  d& 
la  famille  des  Thalassophytes  non  articulés} 
1813,  in-4°,  avec  sept  pi.;  inséré  aussi  dans  les' 
Annales  du  Muséum  d'hist.  naturelle,  t.  XX,. 
avait  été  lu  à  l'Institut,  le  3  avril  1812  ;  —  Rap-i 
port  sur  le  blé  Lammas,  fait  à  la  Société  d'Agri-i 
culture  du  Calvados,  le  28  mars  1813;  Caenyj 
in-8°.  L'auteur  y  appelait  l'attention  des  cultiva-<i 
teurs  sur  cette  variété  de  blé  que  l'on  cultivaidi 
pour  ainsi  dire  comme  essai  depuis  quelques  an-i 
nées  dans  le  département  du  Calvados  et  dont  il 
a  ainsi  puissamment  propagé  la  culture  dansi 
d'autres  départements;  —  Histoire  générale 
des  Polypiers  coralligènes  flexibles;  Caen^i 
1816,  avec  plus  de  cent  cinquante  fig.,  dessi-^i 
nées  par  l'auteur  ;  —  Exposition  méthodique 
des  genres  de  l'ordre  des  Polypiers  ;  Caen  ,i 
1816,  in-4°,  avec  sept  pi.  ;  — Résumé  d'un  nou-i 
veau  cours  élémentaire  de  Géographie  phy-'i 
sique;Càen,  1822,  et  1829,  in-8°,  avec  portrait; 
trad.  en  allemand  sous  le  titre  Umriss  eines 
elementar.  etc.,  par  Lebret,  Stuttgard ,  1823;  — 
Notice  sur  le  Bon-Sauveur  (institution  de- 
sourds-muets,  à  Caen);  Caen,  1824,  in-8°; 
Notice  sur  les  aras  bleus  nés  en  France  et 
acclimatés  dans  le  dép.  du  Calvados;  Paris, 
1828,  in-8°.  Lamouroux  a  rédigé  jusqu'à  la  lettreEl 
l'Histoire  naturelle  des  Zoophyles,  dans  l'En- 
cyclop.  méthodique.  Il  a  coopéré  au  Diction- 
naire classique  d'Histoire  naturelle  da  vol.I" 
au  Vir  ;  on  y  remarque  surtout  l'article  qui  traite 
de  la  géographie  des  Hydrophytes  des  eaux  salées. 
On  trouve  de  lui  des  notices  dans  les  recueils 
suivants:  Décade  Philosophique,  année  1802; 
—  Bulletin  delà  Société Philomatique ;  1800- 
1812;  —  Journal  de  Botanique  ;  1809;  —  An- 
nales du  Muséum  d'Hist.  naturelle;  1813- 
1814;  —  Annales  des  Sciences  phys.,  1820; 
des  Rapports  dans  les  Mém.  de  la  Soc.  d'Agri- 
cult.  de  Caen  ;  —  une  Introduction  à  l'His- 
toire naturelle  des  Zoophyles,  dans  le  t.  XIII, 


,  ,281  LAMOUROUX 

f  jannée  1824,  delà  Revue  Encyclopédique.  Enfin, 
il  a  dirigé  l'édition  des  Œuvres  de  Bitffon,  don- 
née par  le  libraire  Verrière  en  1824  et  années 
suivantes. 

Son  frère,  J.-P.  Lamourocx,  est  l'auteur 
de  quelques  travaux  de  botanique.  Il  a  donné 
jpour  VEncyclopdie  portative  :  un  Résumé 
complet  de  Botanique;  1826,  2  vol.  gr.  in-32; 
îla  partie  physiologique  et  pathologique  est  de 
'M.  Bailly  de  Merlieux;  —  un  Résumé  de  Phyto- 
p-iiphie,  etc.  ;  1828,  2  vol.  gr.  in-32.  Il  a  rédigé 
['Hxplicatmi  des  Plantes  de  l'Iconographie 
ies  Familles  Végétales  faisant  aussi  partie  de 
['Encyclopédie  portative  et  publiée  en  1828, 
leiix  cahiers  gr.  in-32.  Enfin,  il  a  publié  une  No- 
tice  biographique  sur  J.  V.  F.  Lamouroux; 
Paris,  1829,  in-8\  Guyot  de  Fère. 

Notice  biographique  par  J.  P.  Lamouroux,  son  frère, 
1829,  m-S".  —  Ann.  ries  Se.  naturelles,  t.  V,  juin  1825.  — 
Mém.  de  la  Société  Llnneenne  de  Paris,  t.  IV,  ann.  1825. 

-  Dictionn.  classique  d'Hist.  naturelle,  notice  de  Bory 
ie  S:iint-Vincent,  dans  Y  Avertissement  en  tête  du  t.  VIII. 

-  Mèm.  de  l'Acad.  royale  des  Sciences  de  Caen,  1829. 

Lv  siotrssAYE  {Louis-Toussaint,  marquis 
de),  diplomate  français,  né  à  Rennes,  le  15  no- 
vembre 1779,  mort  au  mois  d'avril  1854.  Appar- 
î  tenant  à  une  des  principales  familles  de  la  Bre- 
tagne, il  faisait  avec  son  frère  aîné  ses  études  au 
collège  de  Rennes  lorsque  la  guerre  civile  éclata 
en  Vendée  eu  1791.  Son  père  émigra  en  Angle- 
terre. Les  deux  jeunes  gens  le  .suivirent,  et  en- 
trèient  dans  un  régiment  royaliste  qui  se  formait 
à  .Jersey,  et  qui  vintdébarquer  à  Quiberon  en  1795. 
L'aîné  y  périt;  Louis  de  La  Moussaye  retourna  en 
;Angieterre,  subit  les  examens  nécessaires  pour 
entrer  dans  l'artillerie  anglaise,  et  resta  attaché 
ià  l'état-major  de  cette  arme  jusqu'en  1801, 
iépoque  à  laquelle  il  rentra  en  France.  Tous  les 
biens  de  sa  famille  avaientété  confisqués.  En  1806 
La  Moussaye  demanda  du  service  à  l'empereur, 
et  rejoignit  le  quartier  général  peu  de  jours 
après  la  bataille  d'Iéna.  Il  le  suivit  à  Beriin,  et  fut 
envoyé  en  Silésie.  Après  la  paix  de  Tilsitt  il  fut 
inommé  auditeur  au  conseil  d'État;  au  mois 
d'avril  1809  il  reçut  une  mission  pour  Vienne,  et 
iaprès  la  bataille  de  Wagram  il  devint  successi- 
vement intendant  de  la  haute  Autriche,  inten- 
dant de  la  Carinthie,  puis  de  la  Carniole.  En 
1812  il  fut  nommé  résident  et  consul  général  à 
Dantzig.  Des  motifs  de  service  l'appelèrent  au 
quartier  général  durant  la  retraite  de  Moscou. 
jEn  1813  il  rejoignit  le  ministre  des  affaires 
'étrangères  en  Saxe,  suivit  les  négociations  qui 
j  s'ouvrirent  à  Dresde  et  à  Prague,  et  assista  aux 
i  batailles  de  Dresde  et  de  Leipzig.  En  janvier 
1814  il  fut  nommé  préfet  du  Léman;  il  se  rendit 
sous  les  murs  de  Genève,  qu'occupaient  les  Autri- 
chiens, et  n'y  put  entrer.  La  Restauration  replaça 
le  marquis  de  La  Moussaye  dans  les  affaires  étran- 
gères. Premier  secrétaire  d'ambassade  à  Saint- 
Pétersbourg,  il  devança  dans  cette  résidence 
le  comte  de  Noailles,  ambassadeur.  Napoléon, 
étant  revenu  de  i'ile  d'Elbe ,  rappela  en  France 


—  LAMPADIUS 


282 


tous  les  agents  diplomatiques  français.  Aucun 
n'obéit,  et  pour  la  seconde  fois  La  Moussaye  se 
vit  condamner  à  mort  par  contumace,  avec  con- 
fiscation de  ses  biens.  Après  la  bataille  de  Wa- 
terloo, le  comte  de  Noailles  revint  à  Paris;  le 
marquis  de  La  Moussaye  resta  chargé  des  affaires 
de  France  en  Russie  jusqu'au  15  mai  1816.  Il 
résida  ensuite  successivement  comme  envoyé 
extraordinaire  et  ministre  plénipotentiaire  de  la 
France  à  Hanovre  auprès  du  roi  d'Angleterre  etde 
Hanovre,  auprès  du  roi  de  Wurtemberg,  auprès 
du  roi  de  Bavière,  et  durant  trois  ans  auprès  du  roi 
des  Pays-Bas.  En  ISlGle  marquis  de  La  Mous- 
saye fut  chargé,  dit-on,  à  la  suite  de  plusieurs 
entretiens  avec  l'empereur  de  Russie,  Alexan- 
dre P'',  de  faire  comprendre  de  la  part  de  ce 
prince  à  Louis  XVIH  que  la  politique  suivie  par 
le  gouvernement  du  roi  à  l'intérieur  pouvait  com- 
promettre le  trône ,  et  il  s'acquitta  avec  courage 
de  cette  mission.  Lorsque  éclata  la  révolution 
belge,  en  septembre  1830,  le  marquis  de  La 
Moussaye  engagea  les  résidents  français  à  entrer 
dans  la  garde  nationale,  et  il  défendit  le  prince 
d'Orange  au  péril  de  sa  vie.  Quelques  chefs  de 
l'insurrection  voulaient  arborer  le  drapeau  fran- 
çais à  l'hôtel  de  ville  de  Bruxelles  et  proclamer 
la  réunion  de  la  Belgique  à  la  France.  L'assen- 
timent du  marquis  de  La  Moussaye  fut  de- 
mandé; il  le  refusa.  Quoique  sa  conduite  eût  été 
approuvée  par  le  gouvernement ,  il  fut  bientôt 
rappelé.  Pendant  dix  ans  il  avait  représenté  le 
département  des  Côtes-du-Nord  à  la  chambre 
des  députés.  Le  11  septembre  183511  fut  élevé 
à  la  pairie.  Partisan  du  gouvernement  monar- 
chique ,  il  était  ami  des  libertés  publiques  et  de 
l'instruction  populaire  fondée  sur  la  religion. 
En  1829  il  avait  refusé  la  présidence  du  collège 
électoral  de  Dinan,  pour  ne  prêter  aucun  appui 
au  ministère  Polignac.  J.  V. 

V.  Lacaine  et  Ch.  Laurent,  Biogr.  et  Nécrol.  des 
Hommes  marquants  du  dix-neuviéme  siècle,  t.  I,  p.  401. 

LAIUPADIIJS  {Guillaume- Auguste),  chi- 
miste allemand,  né  le  8  août  1772  ,  à  Hehlen, 
dans  le  duché  de  Brunswick,  mort  à  Freiberg,  le 
13  avril  1842.  Protégé  par  Lichtenberg,  Kaestner, 
Gmelin  et  Blumenbach,  qui  devinèrent  en  lui.  le 
savant  futur,  il  put,  malgré  la  pauvreté  de  ses 
parents,  faire  ses  études  à  l'université  de  Gœt- 
tingue.  En  1793  il  accompagna  le  comte  Joachira 
de  Sternberg  dans  un  voyage  à  travers  la  Russie, 
et  plus  tard  il  se  fixa  à  Radnitz  en  Bohême,  où 
il  s'occupa  de  chimie  et  de  météorologie.  Appelé 
en  1794  à  l'académie  des  mines  de  Freiberg  , 
il  y  professa  pendant  près  d'un  demi-siède  la 
métallurgie,  et  rendit  des  services  immenses  à 
cette  branche  des  sciences  naturelles,  dont  il 
devint  le  véritable  fondateur.  Parmi  ses  décou- 
vertes chimiques  nous  signalons  surtout  celle 
du  carbure  de  soufre.  On  a  de  lui  :  Kurze 
Darstellung  der  vorzueglïchsten  Theorien 
des  Feuers,  dessen  Wirkungen  und  verschie- 
dene  Verbindungen  (Description  des  prind- 


283  LAMPADIUS 

pales  théories  du  feu,  etc.);  Gœttingue,   1792, 
in-S";  —  Versuche  und  Beobachmngen  ueber 
die    ElecfricitcXt  und    Wn'rme  der   Atmos- 
ÎJhœre;    Théorie  der    Luftelecfricifset   nach 
den   Grundssetzen  des  Herrn  de  Luc,   und 
Abhandlung  iieber  das   Wasser  (Expériences 
et  Observations  sur  l'Électricité  et  la   Chaleur 
atmosphérique;  théorie   de  l'électricité  atmos- 
phérique d'après  les  principes  de  M.  de  Luc,  et 
dissertation  sur  l'eau);  Berlin  et  Stettin,  1793, 
in-8°;  Leipzig,  1804,  in-8°;  —  Sammlung  clie- 
mischer  Abhandlungen  (Recueil  de  disserta- 
tions chimiques);  Dresde,  1795-1799.  tom.  I-TII; 
—  Handbuch  znr  chemischen  Annlijae  der 
Mineralkœrper  (  Manuel  d'Analyse  chimique  des 
corps  minéraux);  Freiberg,  i2,Qi ,  m-d," ;  sup- 
plément,  MA.,    1818,  in-S";  2"=  supplément; 
Gœttingue,  1818,  in-S"  ;  —  Handbuch  derallcje- 
meinen  Hiiettenkunde,  in  theoreiischcr  iind 
praktischer  Mnsichf  entworfen  (Manuel  de 
Métallurgie  générale  au  point  de  vue  théorique  et 
pratique)  ;  Gœttingue,  1801-1809, 3  vol.  ;  1"  édi- 
tion, ibid.,  1817-1818,  4  vol.;  nouvelle  édition 
avec  des  stippléments,  1818-1826.  C'est  le  prin- 
cipal ouvrage  de  Lampadius;  —  Beitrasge  zur 
Erweiterung  der  Chemie  und  deren  Anwen- 
dung  auf  Hiiettemoesen,  Fabriken  und  Acker- 
bail  (Documents  pour  servir  à  agrandir  le  do- 
maine de  la  Chimie  et  ayant  rapport  à  l'applica- 
tion de  cette  science  à  la  métallurgie,  à  l'industrie 
et  à  l'agriculture)  ;  Freiberg,  1 804,  in-S"  ;  —  Sys- 
tematischer  Grundriss  der  Atmosphœrologie 
(Éléments    systématiques   d'Atmosphérologie); 
Freiberg,  1806,  in-8'';  —  Grundriss  der  Elec- 
trochemie  (Éléments  d'Électro-Chimie);  ibid., 
1817,  in-8°;  —  Bandivœrterbuch  der  Huet- 
tenkunde  in  theoretischer  und  praktischer 
Einsicht  entworfen  (Dictionnaire   de  Métal- 
lurgie au  point  de  vue  théorique  et  pratique); 
Gœttingue,  1817,  in-8°  ;  — Beitrœge  zur  At- 
mosphœrologie  (Études  Atmosphérologiques ) ; 
Freiberg,  1817,  in- 8°;   —  Chemische  Briefe 
(Lettres  de  Chimie)  ;  ibid.,  1817,  in-8°;  —  Neue 
Erfahrungen  ivi   Gebiete  der    Chemie  und 
Huettenkunde  (Nouvelles  Expériences  de  Chi- 
mie et  de  Métallurgie);  ibid.,  1816-1817,  2  vol.; 
—  Anleitung  zum   Studhim  des  Bergbaues 
und  des   Huettenweserts  (Introduction  à  l'é- 
tude de  la  Métallurgie  et  de  l'Art  d'exploiter  les 
Mines);  ibid.,  1820,  in-8°;  —  Grundriss  der 
Huettenkunde  (Élémentsde  Métallurgie);  Gœt- 
tingue, 1827  :  c'est  l'ouvrage  le  plus  répandu 
parmi   les  élèves  des    écoles  des  mines   alle- 
mandes; —  Nezie  Erfahrungen  im  Gebiete 
der  Landwirlhscha/t  (  Nouvelles  Expériences 
sur  l'Agriculture);  Freiberg,  1822.  En fin, il  pu- 
blia des  éditions  d'anciens  auteurs,  rédigea  plu- 
sieurs journaux  et  revues  scientifiques,  et  colla- 
bora notamment  au  Journal  de  Chimie  pratique 
d'Erdraann  :  Journal  fur  praktische  Chemie, 

R.  LlNDAl). 

Gelehrtes  Deutschland,  t.  XXIIf.  —  JVetier  Nelcrolog 


—  LAMPILLAS 


284 


der  Deutscken,  t.  XX.  -Callisen,  a/edicinischesSchrifts- 
teller-Lexikon.  —  Conv.-Ux.  —  Biographie  Médicale. 

LAMPE  ( Frédéric-Adolphe),  théologien  pro- 
testant allemand,  né  à  Detmold ,  dans  le  comté 
de  Lippe,  le  19  février  1683,  mort  le  8  décembre 
1729.  Il  étudia  à  l'université  de  Franeker  et  à 
Utrecht  la  théologie.  Après  avoir  rempli  les  fonc- 
tions de  pasteur  successivement  à  Wees ,  Duis- 
burg  et  Brème,  il  fut  chargé  en  1720  d'une  chaire 
de  théologie  à  Utrecht  ;  sept  ans  après  il  alla 
professer  la  même  science  à  Brème.   On  a  de 
lui  :  DeCymbalis  veterum  Libri  ires  ;  Utrecht, 
1703,   in-12;  —    Exercitationum    sacrarum 
Dodecas ,    qu'ibus    psalmus    XLV   perpétua 
commentario  explanalur  ;  Brème,  1715,  in-4°; 
trad.  en  hollandais,   Dordrecht,  2  vol.  in-8°  ; 
—  Geheirnniss  des  Gnadenbundes  (Secret  de^ 
l'alliance  de  grâce);  Brème,  1723,  in-12;  trad. 
en   hollandais,  Amsterdam,    1727,   in-8";    — 
Commentarius  analytico  -  exegeticus  Evan- 
gelii  secundum  Johannem ;  Amsterdam,  1724- 
1725,    3  vol.   in-4°;   —  De  Insignibus  Aca- 
demiac   Trajectinse;   Brème,  1727,  in-4'';  — 
Delineatio  Theologiae  activée;  Utrecht,  1727, 
in-4°;  —   Rudimenta  iheologiœ   elenchticœ; 
Brème,  1729,  in-8°.  —Lampe  a  encore  publié  en 
allemand  un  grand  nombre  de  sermons  et  d'ou- 
vrages de  piété,  qui  furent  presque  tous  traduits  < 
en  hollandais  ;  il  a  aussi  édité  et  mis  dans  un  meil- 
leur ordre  VHistoria  Ecclesise  reformatée  in 
Hungaria  et  Transylvania,  attribuée  à  Paul 
de  Debrezin;   Utrecht,   1728,  in-4°.  En  colla- 
boration avec  Hase,  il  a  fait  paraître  les  trois 
premiers  volumes  de  la  Bibliotheca  Bremensis, 
dans  lesquels  il  a  inséré  plusieurs  dissertations 
théologiques  ;  il  en  a  publié  beaucoup  d'autres 
dans  divers  journaux  ;  elles  furent  recueillies 
avec  ses  discours  et  ses  programmes,  en  deux 
volumes,  publiés  en  1737  à  Amsterdam  par  les 
soins  de  Dan.  Gerdes.  E.  G. 

Schumacher,  Memoria  Lampii  (dans  le  tome  11  des 
Miscellanea  Dnisburgensia).  —  Acta  Etuditornni  (an- 
née 1722  ).  —  Klefker,  Bibi.  Eruditor.  Prsecocium.  —  Bur- 
mann ,  Trajectum  eniditum.  —  JOcher,  Allgem.  Geh- 
Lexikon. 

LAMPE  (  Jean-Frédéric  ),  compositeur  et 
musicographe  allemand  ,  mort  en  1756,  à  Lon- 
dres. Il  se  rendit  en  1725  à  Londres,  où  son 
compatriote  Haendel  le  fit  entrer  comme  basso- 
niste à  l'orchestre  de  l'Opéra;  en  1730  il  fut 
engagé  pour  écrire  la  musique  des  pantomimes 
et  des  intermèdes  représentés  à  Covent-Garden. 
On  a  de  lui  des  opéras  qui  ont  eu  du  succès, 
tels  que  Le  Dragon  de  Wàntley,  Margery, 
Amalia  (1732)  et  Roger  et  Jean  (1739);  —  et 
des  ouvrages  théoriques  :  A  plain  and  com- 
pendious  Method  of  teaching  thorough  bass 
after  the  most  rational  manners ,  toith  pro- 
per  rules  for  prac^ice;  Londres,  1737,  in-4''; 
—  The  Art  of  Music;  ibid.,  1740,  in-4°.  K. 
Gerber,  Afx.  der  Tonkilnstler,  1,  778. 
LAMPILLAS  OU  LLAMPILLAS  (L'abbé  J?'rû!W- 

çois-Xavier),  littérateur  espagnol,  né  en  Cata- 


,,  m  LAMPILLAS  ■ 

'  )  ogne,  ea  1731,  mort  en  1810.  Membre  de  la  So- 
'''  kéié  de  Jésus,  il  professa  quelque  temps  les 
itlles-lettres  à  Barcelone,  et  fut  exilé  en  1767 
n  PC  les  autres  membres  de  sa  Compagnie.  De- 
mis cette  époque  jusqu'à  sa  mort,  il  vécut  prin- 
;il)alement  à  Gênes,  occupé  de  travaux  litté- 
aiies.  Il  écrivait  l'italien  avec  assez  de  pureté, 
i  i)t  composa  dans  cette  langue  divers  ouvrages 
m  prose  et  en  vers.  Le  plus  important,  intitulé 
laggio  storico-apologcdco  délia  Letteratura 
Ipagnuola,  Gênes,  1778-1781,  6  vol.  in-8°,  est 
me  réfutation  des  attaques  de  Bettinelli  et  de 
Liraboschi  contre  la  littérature  espagnole.  Dans 
es  dissertations  séparées  dont  se  compose  cet 
>uvrage,  Lampillas  traite  des  poètes  latins  que 
'Espagne  fournit  à  Rome  ,  dans  la  période  qui 
juivit  la  mort  d'Auguste  ;  il  essaye  de  prouver 
jue  la  culture  littéraire  est  plus   ancienne  en 
îspagne  qu'en  Italie ,  et  qu'elle  n'y  a  pas  été 
noins  féconde;  il  soutient  que  l'Espagne  ne  doit 
ien  à  l'Italie  pour  la  renaissance  des  lettres , 
andis  que  l'Italie  a  beaucoup  emprunté  à  l'Es- 
)agne  pour  réformer  sa  théologie  et  sa  jurispru- 
ience;  enfin ,  les  deux   dernières   dissertations 
;XVIP  et  XVIII'^)  résument  les  titres  de  la  poé- 
sie espagnole ,  et  contiennent  une   apologie  du 
théâtre  espagnol  depuis  les  Romains  jusqu'au 
iix-huitième  siècle.  Toutes  ces  prétentions  ne 
sont  pas  fondées,  et  la  discussion  n'est  pas  tou- 
jours conduite  avec  ordre  et  méthode  ;  mais  en 
somme  l'ouvrage  est  intéressant ,  et  avec  les 
publications  analogues  de   Arteaga,  Clavigero, 
Eximeno,   Andrès,  il  contribua  à  détruire  les 
préjugés  qui  régnaient  en  Italie   au  sujet  de  la 
littérature  espagnole.  Bettinelli  et  Tiraboschi  ré- 
pondirent à  Lampillas,  l'un  dans  le  XIX^  vol.  du 
Diario  de   Modène,  l'autre  dans  un  pamphlet 
séparé,  qui  a  été  réimprimé  dans  les  différentes 
éditions  de  son  Histoire  de  la  Littérattire  Ita- 
lienne. Lampillas  riposta  en  1781;  sa  réplique 
est  faible;  Tiraboschi  l'inséra  dans  son  Histoire 
sans  daigner  la  réfuter  autrement  que  par  de 
courtes  notes.  En  Espagne,  le  livre  de  Lampillas 
obtint  un  grand  succès  ;  une  dame  de  quelque 
réputation  littéraire  le  ti'aduisit  en  espagnol ,  en 
1789;  le  roi  Charles  III  donna  une  pension  à 
l'auteur,  et  son  ministre,  le  comte  de  Florida 
Blanca,  fit  un  pompeux  éloge  de  cet  ouvrage, 
dont  il  vante  non-seulement  le  savoir,  mais  aussi 
l'urbanité,  «  mérite  qu'il  nous  est  impossible  d'y 
découvrir  aujourd'hui  »,  dit  Ticknor.        Z. 

Tiraboschi,  Storia  délia  Letteratura  Italiana,  t.  IX.  — 
Ticknor,  History  of  Spanish  Literature,  1. 111. 

LAMPINET  [Ferdinand],  érudit  français,  né 
à  Dôle  ,  mort  en  1720,  à  Besançon.  Il  était  d'una 
ancienne  famille  de  robe,  et  siégea  comme  con- 
seiller au  parlement  de  Franche-Comté.  Ama- 
teur éclairé  des  belles-lettres,  il  forma  un« 
bibliothèque  nombreuse,  et  laissa  en  manuscrit 
plusieurs  ouvrages  qui  ont  été  consultés  avec 
fruit,  entre  autres  :  Histoire  dti  Parlement  de 
Franche' Comté;  in-fol.;  —  Actes  des  Saints 


-  LAMPRECHT  286 

de  la  province  de  Franche- Comté,  in-fol.,  sur 
lesquels  l'abbé  Trouillet  a  publié  une  bonne 
dissertation; —  Bibliothèque  séquanaise ,  in- 
fol.,  qui  se  compose  de  plus  de  cinq  cents  ay- 
ticles;— Dissertation  sur leD'idatium  de  Ptolé- 
mée,la  première  ville  des  Séqîianais  ;in-i°.  K. 

Felleret  Weiss,  Dict.  historique.  —  lUém.  de  VAcad. 
de  Besançon. 

LAMPRECHT   DER  PFAFFE  (  Lambert  le 
prêtre),  poëte  allemand  ,  composa  dans  la  se- 
conde moitié  du  douzième  siècle  un  poëme  sur 
Alexandre,  que  le  savant  Gervinus  met  au  même 
rangque  \^Parzii)alà&  Wolfram  d'Eschenbach. 
Au  début  de  sa  romanesque  composition,  Lam- 
precht  déclare    s'être  conformé   fidèlement  au 
récit  d'un  poëte  français ,  Albert  de  Besançon 
{Elberich  von   Bisenzem),  et  rejette  sur  lui 
toute  responsabilité.  «  Que  personne,  s'écrie-t-il, 
ne  m'accuse!  Comme  son  livre  dit,  ainsi  je  dis 
aussi».  Cet  Albert  de  Besançon  est  complète- 
ment inconnu,  et  dès  lors  il  nous  est  impossible 
d'apprécier  au  juste  le  mérite  de  son  imitateur, 
ne  sachant  pas  dans  quelle  mesure  il  s'est  écarté 
de  l'original.  En  tous  ca?,  il  est  à  peu  près  cer- 
tain que  l'auteur  de   VAlexanderlied  ne  doit 
rien  au  clerc  de  Châteaudun.  Lambert  le  Court 
est,  selon  toute  apparence,  venu  après  Lamprecht, 
et  il  y  a  entre  les  narrations  des  deux  homo- 
nymes des  différences  importantes.  Dans  l'écri- 
vain allemand  la  première  partie,  celle  qui  suit 
de  plus  près  l'histoire,  est  plus  développée  et , 
disons-le,  beauconp  mieux  traitée;  dans  la  se- 
conde ,  remplie,  comme  on  sait,  de  prodiges  et 
de  merveilles,  nous  remarquons  un  épisode  fort 
curieux  qui  ne  se  rencontre  pas  dans  notre  trou- 
vère. Enflé  d'orgueil,  Alexandre  veut  ajouter  à 
ses  conquêtes  celle  du  paradis;  il  entraîne  son 
armée  à  travers  des  périls  sans  nombre ,  brave 
impunément  les  fléaux  de  la  nature  et  les  mons- 
tres de  l'enfer,  et  arrive  à  la  porte  du  séjour  des 
anges.  Il  y  frappe  impérieusement;  mais  les 
bienheureux,  absorbés  dans  la  contemplation  de 
Dieu,  dont  ils  chantent  les  louanges,  ne  font  au- 
cune attention  au   conquérant  du  monde.   Un 
vieillard  pourtant  demande  à  Alexandre  ce  qu'il 
veut  :  «  Que  vous  cessiez  vos  chants,  répond-il 
fièrement,  et  que  vous  me  payiez  un  tribut.  »  Le 
vieillard  fait  alors  au  roi    de  Macédoine  une 
leçon  d'humilité,  qui  n'est  point  perdue.  î!  lui 
fait  comprendre  le  néant  de  la  gloire,  et  le  héros, 
converti,  retourne  sur  ses   pas  :  désormais  il 
mettra  un  frein  à  son  insatiable  avidité,  et  n'aura 
plus  d'autre  ambition  que  de  gagner  le  ciel  en 
rendant  ses  peuples  heureux.  Telle  fut  sa  con- 
duite pendant  douze  ans,  au  bout  desquels  il 
mourut;  Dieu  lui  avait   pardonné.  De    la  vie 
d'Alexandre  ainsi   racontée  ressort  le  salutaire 
enseignement  que  Lamprecht  en   commençant 
avait  promis  à  ses  lecteurs  :  «  Maître  Albert, 
dit-il,  en   écrivant  ce  poëme,   pensait  comme 
Salomon  :  Vanitas  vanitatum!  et  moi  je  pense 
comme  maître  Albert  »  v.  19    et  sqq.  Cette 


2S7  LAMPRECHT 

préoccupation  morale  et  religieuse,  qui  domine 
toute  l'œuvre  du  poëte  allemand,  est  complète- 
ment étrangère  à  Lambert  le  Court.  Il  est  plus 
mondain,  plus  superticiel  et  plus  léger;  sa  muse 
est  facile  et  féconde ,  ses  descriptions  sont  par- 
fois brillantes,  mais  il  n'atteint  jamais  à  l'énergie 
et  à  la  profondeur  de  son  émule.  Il  serait  inté- 
ressant et  instructif  de  comparer  certains  mor- 
ceaux des  deux  écrivains  où  le  même  sujet  est 
traité  ;  par  exemple,  le  combat  singulier  d'A- 
lexandre et  de  Porus  (1).  On  verrait  que  si 
Lamprecht  est  inférieur  en  imagination,  il  l'em- 
porte en  vigueur,  et  Ton  remarquerait  dans  son 
récit,  parfois  un  peu  sec,  des  traits  dignes  des 
Nibelungen  ou  du  fameux  chant  de  Hildebrand. 
I!  est  regrettable  que  V Alexandre  d'Albert  de 
Besançon  soit  perdu;  mais,  en  l'absence  de  cette 
source  à  laquelle  Lamprecht  prétend  avoir  puisé, 
on  peut  affirmer  que,  soit  directement ,  soit  par 
l'intermédiaire  de  son  modèle  français,  il  a  fait  de 
très-grands  emprunts  au  Liber  de  Prseliis,  tra- 
duit du  grec  en  latin  vers  le  milieu  du  dixième 
siècle  par  le  prêtre  Léon.  Il  doit  l'idéede  son  expé- 
dition d'Alexandre  pour  la  conquête  du  Paradis 
à  un  autre  ouvrage  latin ,  Vlter  ad  Paradisum, 
que  possède  la  Bibliothèque  impériale  sous  le 
n®  8519;  telle  est  du  moins  l'opinion  de  Gervi- 
nus,  qui  a  consacré  à  notre  personnage  tout  un 
chapitre  de  son  excellente  histoire  de  la  poésie 
allemande.  H.  Weismann  a  publié  une  bonne 
édition  de  ï'Alexanderlied  ;  Francfort-sur-le- 
Mein,  2  vol.  in-8°,  1850.  On  en  possède  deux 
manuscrits;  celui  de  Strasbourg,  en  bas-alle- 
mand ,  est  le  plus  complet.        Alexandre  Pey. 

Karl  Gœdeke,  Deutsche  Dvehtung  im  Mittelalter, 
p.  873  et  sqq.  —  Gervinus,  Gesckichte  der  deutschen 
Dichtung,  1""^  vol.  p.  211-231.  —  H.  Weismann,  Aiexan- 
der,  Gedicht  des  zwôlften  Jh.  vom  Pfaffen  Lamprecht. 

LAMPRECHT  DE  RATiSBONNE,  poëte  alle- 
mand, vivait  au  commencement  du  quatorzième 
siècle.  Nous  n'avons  d'autres  renseignements 
sur  ce  Lamprecht  que  ceux  qu'il  nous  fournit 
lui-même  dans  son  unique  ouvrage.  Il  nous  y 
apprend  qu'après  avoir  assez  longtemps  vécu 
dans  le  monde ,  il  fut  frappé  de  la  vanité  des 
choses  humaines,  et  se  décida  à  entrer  dans  le 
couvent  des  Franciscains  à  Ratisbonne.  Là  son 
provincial,  frère  Gerhard,  l'engagea  à  composer 
un  poëme  pieux  dont  il  lui  suggéra  le  sujet  et 
même  les  principales  idées  (  von  sinem  munde 
er  mir  gab  die  materie  und  den  sin),  et  qu'il 
intitula  la  Fille  de  Sion  «  Die  tohter  von  Sione  ». 
La  fille  de  Sion,  c'est  l'âme  éprise  de  l'amour  de 
Dieu  ;  l'âme  attachée  au  monde,  c'est  la  fille  de 


■  (1)  Dans  le  roman,  français,  c'est  un  duel  entre  deux 
chevaliers  du  douzième  siècle  ;  dans  le  poëme  allemand, 
c'est  une  lutte  furieuse  entre  deux  sauvages  guerriers 
francs  :  «  Ils  tirèrent  leurs  glaives  et  s'élancèrent  l'un 
sur  l'autre  comme  des  sangliers  en  colère;  le  choc  des 
épécs  retentissait  au  loin;  les  étincelles  volaient  quand 
les  lames  d'acier  rencontraient  le  bord  des  bou- 
cliers, etc.  1)  Voir  le  (même  passage  dans  Lambert  le 
Courl.  Ed.  Michelant.,  Stuttgard,  1846. 


-  LAMPREDl  288 

Babylone.  Les  épreuves  que  l'âme  dévote  doit 
subir  pendant  la  vie ,  sa  lutte  contre  les  passions, 
son  triomphe  et  enfin  sa  récompense ,  tel  est  le 
sujet  du  poëme  de  Lamprecht,  qui  se  distingue 
des  autres  compositions  du  même  genre  et  de  la 
même  époque  par  une  certaine  onction  et  une 
incontestable  facilité  de  versification.  Nous 
en  avons  deux  manuscrits  ;  l'un ,  à  Lobris ,  daté 
de  l'an  1314,  l'autre  à  Giessen,  un  peu  plus  ré- 
cent. Hoffmann  a  fait  du  premier  une  copie  qui 
se  trouve  actuellement  à  la  Bibliothèque  de  Ber- 
lin. A.  P. 

Karl  Gœdeke,  Deutsche  Dichtung  im  Mittelalter, 
p.  249  et  sq.  —  Welker,  Heidelberg.  Jahrbuch,  1816, 1, 
713-720. 

LAMPREDl  (  Giovanni-Maria  ) ,  publiciste 
italien,  né  le  6  avril  1732,  à  Ravezzano,  près 
Florence,  mort  le  17  mars  1793,  à  Pise.  Reçu  i 
docteur  en  théologie  en  1756,  puis  avocat,  il  de- 
vint en  1763  professeur  de  droit  public  à  l'uni- 
versité de  Pise,  et  conserva  cette  chaire  jusqu'à 
la  mort.  L'attachement  qu'il  avait  voué  à  son 
pays  lui  fit  à  diverses  reprises  refuser  les  offres 
brillantes  de  plusieurs  villes  d'Italie.  Vers  la  fin 
de  sa  vie,  il  reçut  du  grand-duc  Léopold  mission 
de  rassembler  les  lois  et  coutumes  de  la  Toscane, 
et  d'en  faire  un  code  homogène.  Il  s'est  appliqué 
dans  ses  ouvrages  à  développer  avec  une  cer- 
taine indépendance  les  principes  de  Montesquieu 
et  de  Grotius  sur  la  constitution  des  sociétés  et 
le  droit  des  gens.  Nous  citerons  de  lui:  Disser- 
tazione  istorico-critica  sulla  Filosofia  degli 
antichi  Etruschi;  il'Sl  \  —  Governo  civile 
degli  antichi  Toscani  e  délie  cause  délia 
loro  decadenza;  —  De  Licentia  in  hostem; 
—  Juris  publici  îiniversalis ,  sive  juris  na- 
turœetgentium,  Tkeoremata;LivoorBe,  1776- 
1778,  3  vol.  :  le  meilleur  ouvrage  de  Lampredi , 
trad.  en  italien  et  abrégé  par  Sacchi  sous  le 
titre  :  Diritto  pubblico  universale;  Milan, 
1828  ;  —  Commercio  dei  popoli  neutrali  in 
tempo  di  guerra ,  réplique  à  l'abbé  Galiani , 
mise  en  français  et  en  allemand.    P.  L — y. 

p.  Ranucci,  Elogio  di  G.-M.  Lampredi,-  Florence, 
1793.  -  Giornale  de'  Letterati,  XXVI  et  XXVIII.  - 
Gamba,  Série  dei  Fasti  di  Lingua  (Venise,  1839;,  p.  624. 

LAMPREDI  {Urbain),  philologue  italien, 
né  à  Florence,  le  13  février  1761,  mort  à  Naples, 
le  22  février  1838.  Après  avoir  achevé  ses  études, 
il  devint  professeur  au  collège  Nazzareno  à 
Rome  ;  de  là  il  passa  comme  professeur  de  phi- 
losophie et  de  mathématiques  au  collège  To- 
lomei  de  Sienne.  Dans  les  événements  qui  sui- 
virent l'invasion  française  en  Italie,  Lampredi 
se  prononça  pour  les  idées  libérales.  En  1799 
il  rédigea  à  Rome  l^Monitore  romano,  et  donna 
des  preuves  de  son  esprit  satirique  en  attaquant 
Faypoult  et  les  autres  commissaires  français ,  et 
en  écrivant  contre  En.  Quir.  Yisconti  un  article 
intitulé  :  Le  Litanie  di  Pasquino.  Mais  bientôt 
la  défaite  de  l'armée  française  et  l'invasion  des 
Napolitains  forcèrent  Lampredi  de  ^'enfuir  avec 
tous  ceux  qui  avaient  joué  un  rôle  dans  l'éphé- 


239 


LAMPREDI  —  LAMPRÎDÏO 


290 


iriM-8  république  romaine ,  et  de  se  réfugier  en 
Fiance.  Il  obtint  une  place  dans  le  collège  de 
Sorrèze.  En  1807  il  quitta  Sorrèze,  dans  l'es- 
1  poir  d'obtenir  la  chaire  de  mathématiques  au 
I  collège  militaire  de  Modène;  mais  en  arrivant  à 
!  Milan  il  apprit  que  la  chaire  avait  été  donnée  à 
Ruffini.  Il  forma  alors  le  projet  de  passer  en 
Angleterre,  et  traversa  l'Espagne  pour  aller 
j  s'embarquer  à  Lisbonne.  Ce  long  voyage  lui 
I  donna  le  temps  de  rélléchir.  Il  n'alla  pas  plus 
loin  que  Madrid,  et  revint  à  Sorrèze.  Dans  l'in- 
tervalle, la  Revue  Littéraire  (ancienne  Décade) 
publia  une  critique  piquante  du  Bardo  délia 
Se/va  Nera,  poème  de  Monti  en  l'honneur  de 
^'apoléon.  L'article  avait  été  rédigé  par  Biagioli, 
Gianni,  Buttura,  et  traduit  en  français  par  l'ex- 
I  conventionnel  Barrère  ;  mais  Lampredi  l'avait 
!  inspiré  et  en  avait  fourni  les  matériaux.  Monti 
ne  l'ignorait  pas,  mais  des  amis  communs,  Lam- 
berti,  Breislak,  réconcilièrent  les  deux  écrivains. 
I  Lampredi,  appelé  à  Milan  comme  professeur  de 
j  mathématiques  des  pages  du  vice-roi ,  fut  le  col- 
ilaborateur  de  Monti  au  Poligrafo,et  lui  donna 
d'utiles  conseils  pour  sa  traduction  de  l'Iliade. 
Un  article  contre  le  conseiller  d'État  Compagnoni 
attira  surlui  le  mécontentement  du  vice-roi.  Lam- 
predi se  rendit  à  Naples  en  1812,  comme  profes- 
seur dans  une  riche  maison.  En  1821  un  article 
de  journal  lui  valut  un  nouvel  exil.  Il  séjourna 
en  France,  en  Angleterre ,  à  Raguse,  et  obtint  et 
1825  la  permission  de  revenir  à  Naples.  Il  dut 
le  bien-être  de  ses  dernières  années  à  la  protec- 
tion de  François  Ricciardi,  comte  de'  Camaldoli. 
On  a  de  Lampredi  :  Osservazioni  sopra  il 
giudizio  pronunciato  in  Firenze  intorno  ad 
alctine  opère  italïane;  Milan,  1811,in-12;  — 
Lettere  filologiche  e  critiche  seguite  da  un 
dialogo  intorno  alV  opéra  del  cavalier  Vin- 
cenzo  Monti,  intitolata  «  Proposta  d'alcune 
correzioni  ed  aggiunte  al  vocabolario  délia 
Crusca  »  ;  Naples  et  Milan,  1820,  in-8°  ;  —  Let- 
tere a  Vincenzo  Monti  intorno  alla  sua  tra- 
duzione  delV  Iliade  d'Omero,  con  appendice 
di  lettera  di  Quirino  Visconti  e  di  Angelo 
Mustoxedi  ;  Milan,  1827,  in-8"  ;  —  I  Fenomeni 
e  le  Apparenze  celesti  di  Arato  Solitano,  volti 
dal  greco  in  esametri  latini  da  M.-T.  Cicé- 
rone coi  supplementi  del  Grozio,  ed  un  ap- 
pendice di  altri  frammenti  diversi  di  Cicé- 
rone, e  tradotti  de  Omero  ad  originali  suoi, 
che  ci  sono  rimasti:  il  tutto  volto  in  ende- 
casillaU;  Naples,  183'1,  in-8".  Z. 

Tipaido,  Biografta  degli  Italiani  illustri,  t.  VU. 

LAMPRiAS  (AaiJLTTpiaç),  fils  de  Plutarqne, 
et,  suivant  Suidas,  auteur  d'une  liste  de  tous  les 
ouvrages  de  son  père,  vivait  dans  le  second 
siècle  de  l'ère  chrétienne.  La  liste  que  Suidas  lui 
attribue  existe  encore.  Publiée  pour  la  première 
fois  par  Hœschel  d'après  un  manuscrit  florentin, 
elle  a  été  ensuite  réimprimée  dans  l'édition  de 
l'ouvrage  de  Plutarque  faite  à  Francfort  en  1620. 
Fabricius  l'a  aussi  donnée  avec  quelques  chan- 

NOUT.    BIOGR.    GÉNÉR.    —  T.   XXIX. 


gements,  d'après  un  manuscrit  de  Venise.  Bien 
que  cette  liste  soit  précédée  d'une  lettre  où 
l'auteur  s'appelle  lui-même  fils  de  Plutarque, 
elle  ne  peut  être  la  production  d'un  contem- 
porain et  d'un  proche  parent  de  cet  écrivain  ;  car 
elle  contient  des  ouvrages  qui,  au  jugement  de 
tous  les  critiques,  ont  été  composés  plusieurs 
siècles  aprè5  lui.  Cependant  il  est  possible  que 
Lamprias  ait  composé  une  liste  des  ouvrages  de 
son  père,  et  que  cette  liste  ait  été  interpolée  plus 
tard  par  l'addition  d'œuvres  supposées. 

Le  grand-pèreetle  frère  de  Plutarque  s'appe- 
laient aussi  Lamprias.  Y. 

Suidas  au  mot  Aajjnrpîaç.  —  Fabricius,  Bibliotfieca 
Grsnca,  vol.  v,  p.  159.  —  A.  Schàfer,  Comment,  de  Libro 
Fit.  Decem.  Orat.,  p.  2. 

ljliMPRIDG  {jElius-Lampridius) ,  un  des 
six  écrivains  de  X Histoire  Auguste  (  Scriptores 
Historise  Augustœ),  vivait  vers  300  après  J.-C. 
Son  nom  est  placé  en  tête  des  biographies  de 
Commode,  d'Antonin  Diadumène,  d'Élagabale 
et  d'Alexandre  Sévère.  La  première  et  la  troi- 
sième sont  dédiées  à  Dioclétien,  la  quatrième 
est  dédiée  à  Constantin  et  la  seconde  ne  porte 
pas  de  dédicace.  Dans  le  manuscrit  palatin  de 
Y  Histoire  Auguste ,  toutes  les  Vies  depuis 
Adrien  jusqu'à  Alexandre  Sévère  inclusivement 
sont  attribuées  à  .^Elius  Spartianus.  De  cette  par- 
ticularité, Saumaise  a  conclu  que  Spartianus  ou 
Spartien  sont  le  même  personnage  dont  le  nom 
entier  éUit  ^tius  Lampridins  Spartianus.  Cette 
conjecture  probable  est  jusqu'à  un  certain  point 
confirmée  par  le  fait  que  Vopiscus.dans  son  énu- 
mération  des  écrivains  qui  l'ont  précédé,  men- 
tionne Trebellius  Pollion,  Jules  Capitolin,  M\ias 
Lampride,  et  ne  dit  rien  de  Spartien.  D'un  autre 
côté,  les  Vies  de  Commode  et  de  Diadumène, 
examinées  avec  soin,  paraissent  être  du  même 
auteur  que  celles  de  Marc-Aurèle  et  de  Macrin 
attribuées  à  Capitolin.  Mais  une  discussion  sur 
ce  point  serait  inutile  ;  on  manque  de  preuves 
qui  permettent  d'assigner  avec  certitude  les 
biographies  de  V Histoire  Auguste  à  leur  véri- 
tables auteurs.  Pour  les  éditions  de  l'Histoire 
Auguste,  voy.  Capitolin.  Y. 

Vossius,  De  Hist.  lat.  —  Fabricius,  Bibliot.  lot.  —  G. 
de  MouliDes ,  Mémoires  sur  les  Écrivains  de  l'Histoire 
Auguste,  dans  les  Mémoires  de  l'Jcad.  de  Berlin  iilSO. 
—  Heyne,  Opusc. ,  Academ.,  vol.  VI,  p.  62. 

LAMPRIDE.  Voy.  Lampridio. 

L.AMPRIDIO  (Benedetto),  poète  latin  mo- 
derne, né  à  Crémone ,  vers  la  fin  du  quinzième 
siècle,  mort  en  1540,  ou,  selon  l'abbé  Lazzari, 
en  1542.  II  vint  jeune  à  Rome,  où  il  fut  accueilli 
dans  la  maison  de  Paul  Cortesi.  De  là  il  passa 
comme  professeur  au  collège  des  Grecs,  récem- 
ment fondé  par  le  pape  Léon  X  et  dirigé  par 
Jean  Lascaris.  Après  la  mort  de  Léon  X,  en 
1521,  il  alla  à  Padoue,  et  pendant  plusieurs  an- 
nées il  y  donna  des  leçons  particulières  avec 
plus  de  profit  que  de  gloire,  dit  Paul  Jove,  qui 
l'accuse  de  vanité.  Cette  remarque  ne  paraît  pas 
juste.  Bembo,  Sadolet,  Negri,  Paléarius  attesten 

10 


291 


LAMPRIDÏO  —  LAMPUGNANI 


292 


son  savoir  et  son  succès  comme  professeur.  Le 
ducHeMantoue,  Frédéiic  deGonzague,  lui  confia, 
en  1536,  l'éducation  de  son  fils  François.  Quoi- 
que fort  occupé  de  l'éducation  du  jeune  prince, 
Lampridio  continua  de  donner  des  leçons  parti- 
culières, entre  autres ,  au  fils  de  Bembo.  Une 
mort  prématurée  l'enleva  à  ses  élèves  et  aux 
lettres  On  a  de  lui  des  poésies  latines,  odps, 
épitres,  élégies  et  épigrammes.  Dans  ses  odes, 
qui  constituent  son  principal  titre  poétique,  il 
eut  la  hardiesse  d'imiter  Pindare.  Paul  Jove  l'en 
reprend,  et  lui  reproche  d'être  gonflé,  dur  et  peu 
agréable  à  des  oreilles  habituées  à  la  douceur  de 
la  poésie  latine.  «  Il  est  certain,  dit  Tiraboschi, 
que  Lampridio  introduisit  dans  cette  poésie  des 
formes  de  mètres  qui  n'y  semblent  pas  très- 
adaptécs.  Mais  on  ne  peut  nier  que  pour  la  no- 
blesse des  idées  et  l'essor  de  l'imagination,  il 
n'ait  heureusement  imité  Pindare,  et  qu'à  ces 
qualités  il  ne  joigne  d'ordinaire  beaucoup  d'élé- 
gance. Il  est  encore  digne  d'éloge  en  ceci  que  le 
premier,  parmi  les  poètes  modernes,  il  osa  imiter 
un  si  difficile  modèle.  »  Les  poésies  de  Lampri- 
dio, publiées  à  Venise,  1540,  in-8°,  ont  été  In- 
sérées dans  divers  recueils,  entre  autres  dans  les 
Carmina  illustrium  Poetarum  Ilalorum; 
Florence,  1719,  vol.  VL  On  a  de  lui  trois  lettres 
en  italien,  adressées  au  cardinal  Bembo,  et  une 
lettre  latine  de  félicitation  au  cardinal  Polus,  qui 
venait  d'être  élevé  au  cardinalat.  Paléarius  lui 
attribue  une  élégante  traduction  latine  des  Œu- 
vres d'Aristote.  Tiraboschi  doute  avec  raison  de 
l'existence  de  cette  traduction.  Z. 

Arlsi,  Cremona  Litterafa,  vol.  II,  p.  95.  —  Paul  Jove 
Elogia.  —  Paléarius,  Epistolœ.  —  Tiraboschi,  Storia 
délia  Letterat.  Italiana.  t.  VII,  part.  3,  p.  221. 

LAMPROCLÈs,  poëte  et  musicien  athénien, 
vivait  vers  500  avant  J.-C.  On  ne  possède  sur 
lui  que  de  vagues  renseignements,  mais  qui  s'ac- 
cordent à  le  représenter  comme  ayant  pratiqué 
un  style  sévère  en  musique  et  en  poésie.  Plu- 
tarque  lui  attribue  un  perfectionnement  du  mode 
musical  appelé  le  mixolydien,  et  d'après  le  sco- 
liaste  d'Aristophane,  il  composa  l'hymne  à  Pal- 
las,  auquel  il  est  fait  allusion  dans  les  Nuées.  Le 
même  scoliaste  le  dit  fils  ou  disciple  de  Midon, 
tandis  qu'un  scoliaste  de  Platon  fait  de  lui  l'élève 
d'Agathocle  et  le  maître  de  Damon.  Z. 

Plutarque,  De  Music.  16,  p.  1136.  —  Scoliaa,te  de  Pla- 
ton, Alcib.,  I,  p.  387,  Bekker.  —  Scoliaste  d'Aristo- 
phane, In  Niib.,  767.  —  Fabricius,  Bibt.  Crseca,  Vol.  II, 
p.  127.  —  Schmiflt.  Diatrxb.  in  Dithyramb.,  p.  138-143. 

—  Schneidewin,  DHect.  Poes    Grœca.  p.  462.  —  Burette, 
Mémoires  de  V  Académie  des  Inscriptinns,  t  XIX,  p.  374. 

—  G   Luetke,  De  Grœcorum  Dy t/Urambis ;Ber\in,  1829, 
In-S",  p.  64. 

LAMPRus,  musicien  grec,  mentionné  par 
Athénée  (  Deipnosophisies,  liv.  I  et  XI)  ;  il  en- 
seigna la  danse  à  Sophocle.  Il  est  question  aussi 
chez  divers  auteurs  anciens  d'un  poète  dithy- 
rambique grec  nommé  Lamprus,  dont  les  ou- 
vrages ont  complètement  péri.  Fabricius  croit 
qn'il  ne  s'agit  que  d'un  seul  personnage.  Burette 


en  fait  deux  ;  la  question  est  d'ailleurs  bien  peu 
importante.  G.  B. 

Burette  ,  fllémoircs  de  V Académie  des  Inscriptions, 
t.  XSIII,  p.  189.  —  Lessiiig,  Ueber  Lamiprits  deh  Liry- 
ker,  dans  sa  Leben  der  SuphoUes  (Berlin,  1790  )  etdôifl* 
ses  Sâmmtliche  f^erke,  l.  X,  p.  139. 

LA»iPSON  OU  LASipsirtNitJS  (  Dominique), 
poëte  latin  et  peintre  (larhand ,  né  à  Bruges,  eh 
1632,  mort  à  Liège ,  en  1699. 11  s'attacha  d'abord 
au  service  du  cardinal  Pôle,  qu'il  suivit  en  Angle- 
terre. Après  la  mort  de  ce  prélat ,  il  vint  se  fixer 
à  Liège,  en,  1558,  où  il  obtint  un  canonicat  de 
la  collégiale  de  Saint-Denis.  Il  fut  successive- 
ment secrétaire  intime  de  trois  princes-évêques 
de  Liège,  Robert  de  Berg,  Gérard  de  Groësbeck 
et  Ernest  de  Bavière.  11  contribua  beaucoup  à 
ramener  Juste  Lipse  à  la  religion  catholique, 
ainsi  que  le  prouve  leur  correspondance  publiée 
par  Burrnann.  Un  penchant  naturel  portait 
Lampson  vers  la  peinture  ;  ami  de  Lambert 
Lombard,  il  prit  des  leçons  de  ce  grand  artiste, 
et  devint  lui-même  fort  habile.  Ses  œuvres  sont 
rares  et  estimées.  Parmi  les  nombreuses  poésies 
latines  qu'il  a  composées  on  Cite  surtout  :  Ode 
ad  Ernestum  Bavarum;—  in  Tabulam  Ce- 
hetis  Carmen;  —  Lamberfi  Lombardi,  apud 
Ebiirones  pictoris  celeberrimi ,  Vita;  Bruges, 
Hub.  Goltzius,  1565,  in-8°  (livre  extrêmement 
rare);  —  Elogia  in  Effigies  Pictorum  cele- 
brium  Germaniee  inferioris,  carminé  ;  kas  ers, 
ià71,  in-4°; —  Psalnii  septem  Pcepitentialës-f 
lyricls  versibus  redditi;  —  Dominici  Lamp- 
sonii  ac  Nicolai  Lampsonii  fratrum  selectai 
Poemata;  Liège,  1626,  in-8°;  —  Typus  VitX' 
humanœ,  que  l'on  trouve  à  la  suite  des  Poe- 
mata et  Effigies  trium  fratrum  Belgarumn 
de  Grudius.  —  Deux  autres  pièces  de  poésie  la-  ! 
tine  dans  le  t.  III  des  Deliciœ  Poetarum  Bel- 
garum. 

Son  frère,  Nicolas  Lampson,  mort  à  Liège,  enii 
1635,  dans  un  âge  avancé,  était  protonotaire 
apostolique,  chanoine  et  doyen  de  Saint-Denis 
de  Liège.  Il  cultivait  aussi  la  poésie  latine,  et  plu- 
sieurs de  ses  pièces  ont  été  imprimées  avec  celle 
de  Dominique  Lampson;  Liège,  1626,  in-S". 
L— 2 — E. 

Burrnann,  Sylloge  Epist.,  p.  128-149.  —  Juste  Lipse, 
Epist.  —  Comte  de  Becdelièvre-Hamâl,  Biographie  Lié- 
geoise, t.   I,  p.  332-334. 

LAMPCGNASi  (Augustin),  poëte  et  philo- 
logue italien,  né  à  Milan,  en  1588,  mort  dans  la 
même  ville,  en  1668.  Il  entra  dans  l'ordre  des 
Bénédictins,  et  publia  un  grand  nombre  d'opUs- 
cules  en  prose  et  en  vers,  qui  offrent  peu  d'in- 
térêt aujourd'hui,  mais  qiii  obtinrent  un  grand 
succès.  Les  plus  célèbres  académies  de  l'Italie 
se  l'associèrent ,  et  il  parvint  dans  son  ordre  à 
la  dignité  d'abbé.  Parmi  ses  écrits  on  remarque: 
La  Pestilenza  seguita  in  Milano  l'annoi  630; 
Milan,  1634,  in-4'';  — Lettera  intorno  alcune 
Difficoltà  délia  Lingua  Italiana;  Bologne, 
1641,  in-12;  —  Cecilia  predicante,  diame 
saèré;  Bologne,  1643;  —  Délia  Vita  de  santa 


p93 

lEarJeç/ondn;  Milan,  1649,  in-4'>;  —  Lîimi  délia 
■Lingua  Italiana;  Bologne,  1652,  in-12;  —  Di- 
porti  academici;  Milan,  1653,  in-8°.         Z. 

Armellini,  Bibliotheca  Benediclitio-Cassinensis.  —  Ar- 
lelail,  Bibliotheca  Scriptorutn  Mediolanensium,  t.  U. 

LA  MrRE  (/ean-Mann  de),  historien  fran- 
çais, né  à  Roanne,  mort  vers  1682.  Il  était  cha- 
floiii'^  de  Montbrison,  et  descendait  probablement 
le  la  famille  du  même  nom  connue  dans  le  Forez 
Jepuis  le  treizième  siècle.  On  a  de  lui  :  Anti- 
quités du  Prieuré  des  religieuses  de  Beau- 
ieu,  ordre  de  Fontevrault ;  1654,  in-12;  — 
histoire  ecclésiastique  du  Diocèse  de  Lyon, 
raitée  par  la  suite  chronologique  des  Vies 
les  archevêqties ;  Lyon,  1671,  m-i" ;  —  His- 
oire  universelle,  civile  et  ecclésiastique  du 
^orez;  Lyon,  1674,  in-4''.  Les  manuscrits  de 
a  Mure  relatifs  à  l'histoire  de  son  pays  se  trou- 
rentdanslabibUothèque  de  Montbrison.  P.  L — y. 

Pernetti,  Lyonnais  dignes  de  mémoire,  1, 114.  —  Aug. 
iefnnrd,  Histoire  du  Forez,  1835  (préface).  —  Revue 
lu  Lyonnais ,  v,  177.  —  Breghet  du  Lut  et  Péricaud 
iné,  Catal.  des  Lyonnais,  202. 

LAMCRE  (  François- Bourguignon  de  Bus- 
lÈRE  de),  médecin  français,  né  au  Fort-Saint- 
ierre  de  la  Martinique ,  le  U  juin  1717,  mort 
e  18  mars  1787.  Il  étudia  la  médecine  à  Mont- 
ellier,  où  il  devint  plus  tard  professeur.  Ses 
rincipaux  ouvrages  sont:  Theoria  Injlamma- 
ionis;  Montpellier,  1743,  in-8°; — Quœstiones 
^ledicee  XII;  Montpellier,  1749,  in-8°;  — 
onspecius  Physiologicus;  Montpellier,  1751, 
1-4°; —  De  Respiratione;  Montpellier,  1752, 
1-4"  ;  —  Primée  Linesp  Pathologicse;  Montpel- 
er,  1766,  in-8o.  Tous  ces  ouvrages  ont  été 
éunis  en  deux  vol.  in-12.  G.  de  F. 

Biographie  Médicale. 

LiAtMï  {Guillaume),,  médecin  français,  né  à 
ioutances,  dans  la  première  moitié  du  dix-sep- 
ème  siècle.  Reçu  docteur  à  Paris,  en  1672,  il 
ratiqua  dans  cette  ville,  fut  un  des  premiers 
ni  s'élevèrent  contre  les  partisans  de  la  transfu- 
ion,  adopta  sur  l'âme  les  opinions  du  sensua- 
sme,  et  soutint,  à  rencontre  d'Haller,  qui  le 
raite  d'impie,  que  l'homme  n'était  pas  le  roi  de 
i  nature  et  que  les  bêtes ,  chacune  dans  leur 
spèce,  étaient  aussi  bien  organisées  que  lui.  On 

de  lui  :  Lettre  à  M.  Moreau  contre  les  pré- 
endues  utilités  de  la  transfusion ,  Paris, 
668,  in-4<' ,  suivie  d'une  seconde  lettre,  publiée 
iansla  même  année;  —  De  Principiis  Rerum 
Abri,  ni  ;  ibid.,  1669,  in-t2;  —Discours  ana- 
omiques;  ibid.,  1675 et  16S5,  in-12;  Bruxelles, 
679;  —  Explication  mécanique  des,  fonc- 
ions de  l'âme  sensitive ,  oii  l'on  traite  de 
"organe  des  sens,  des  passions  et  du  mou- 
vement volontaire ;PaLns,,  1677, in-12,  réimpr. 
m  1681  et  en  1687  ;  —  Dissertation  siir  Van- 
JmoJMe;  ibid.,  1682,  in-12. 

Un  médecin  du  même  nom,  Alaïn\j\wi,  né 
i  Caen,  et  reçu  docteur  à  Paris,  en  1655,  a 
aissé  :  Ergo  Phrenitidi  Narcotica;  Paris, 


LAMPUGNANI  —  LAMY  294 

ie54,  in-4'';  —  Non  ergo  Anginee  Repellentia; 
ibid.,  1655,  in-4°  ;  etc. 

Enfin  on  a  d'un  troisième  Lamy  (  Honoré), 
originaire  de  Lyon,  un  Abrégé  Chirurgical, 
tiré  des  meilleurs  auteurs  ;  Paris,  1644,  in-12. 

K. 

Biogr.  Médicale, 

LAMY  (  Dom  François),  écr\\am  ecclésias- 
tique français,  né  au  village  de  Montyreau,  dio- 
cèse de  Cliartres,  en  1635,  mort  en  1711.  Il 
entra  dans  l'ordre  de  Saint-Benoît,  congrégation 
de  Saint-Maur,  et  eut  des  relations  avec  plu- 
sieurs hommes  distingués  de  l'époque,  entre 
autres  avec  Fénelon  ;  pendant  longtemps  une 
correspondance  assez  suivie  eut  lieu  entre  ce 
prélat  et  lui.  Dom  Lamy  a  publié  un  grand 
nombre  d'ouvrages ,  dont  les  principaux  sont  : 
Conjectures  physiques  sur  divers  effets  du 
Tonnerre;  1689,  in-12;  une  addition  la  même 
année  ;  —  Traité  de  la  Vérité  évidente  de  la 
Religion  chrétienne  ;  1694,  in-12  ;  —  Le  Nouvel 
Athéisme  renversé,  ouréfutation  dusystème 
de  Spinosa,  etc.  (anonyme);  Paris,  1696, in-12; 
—  Sentiments  de  piété  sur  la  profession  re- 
ligieuse; Paris,  1697,  in-12  :  on  accusa  l'au- 
teur d'avoir  mis  dans  cet  ouvrage  un  grand 
nombre  de  paradoxes  et  d'opinions  systémati- 
ques ;  il  entreprit  de  le  défendre,  et  une  longue 
polémique  s'ensuivit;  —  Leçons  de  la  Sagesse 
et  de  rengagement  au  service  de  Dieu ;Pans, 
1703,  in-12;  —  La  Rhétorique  de  collège  tra- 
hie par  son  apologiste  (  Gibert);  Paris,  1704, 
in-12;  —  Les  premiers  Éléments  des  Sciences, 
ou  entrée  aux  connaissances  solides,  en  di- 
vers entretiens  proportionnés  à  la  portée 
des  commençans ,  et  suivis  d'un  Essai  de 
logique;  Paris,  1706,  in-12;  —  L'Incrédule 
amené  à  la  Religion  par  la  raison;  Paris, 
1710,  in-12  ;  —  Traité  de  la  Connaissance  et 
de  l'Amour  de  Dieu;  Paris,  1712,  in-12;  cet 
ouvrage  posthume  est  estimé  et  rare  ;  — plusieurs 
lettres  dans  la  Correspondance  de  Fénelon, 
publiéeà  Paris,  1827-1829, 11  vol.  in-S".  G  deF. 

Le  Cerf,  Bibliothèque  des  Auteurs  de  la  Congrégation 
de  Saint-Maur.  —  Mémoires  de  Nicéron,  t.  X. 

LAMY  (  Bernard  ),  philosophe  français,  né  au 
Mans,  au  mois  de  juin  de  l'année  1640,  mort  à 
Rouen,  le  29  janvier  1715.  Son  père  se  nommait 
Alain  Lamy,  sieur  delà  Fontaine;  sa  mère,  Marie 
Masnier.  Ayant  fait  ses  premières  études  chez  le.s 
oratoriens  du  Mans,  il  fut  admis  dans  leur  con- 
grégation à  l'âge  de  dix-huit  ans  ,  et  vint  alors 
achever  ses  cours  à  Paris,  à  Saumur.  Ensuite  il 
enseigna  la  grammaire,  la  rhétorique,  la  philo- 
sophie à  Vendôme ,  au  Mans ,  à  Angers.  C'est 
dans  cette  dernière  ville  que ,  par  une  action 
courageuse  et  même  téméraire,  Bernard  Lamy 
fit  connaître  aux  gens  du  monde  son  nom  encore 
obscur.  La  Congrégation  de  l'Oratoire  avaiî ,  on 
le  sait,  embrassé  dès  l'abord  la  cause  de  Des- 
cartes. Mais  c'était  alors  une  cause  compromise  : 
la  faculté  deLouvain,  la  Sorbonne,  lacongrégation 

10. 


*t96 


LAMY 


296 


de  l'Index,  le  pape  Alexandre  VII,  toutes  les  auto- 
rités compétentes  s'étaient  prononcées  contre  les 
nouveautés  cartésiennes ,  et  les  oratoriens  eux- 
mêmes  ,  pour  échapper  aux  censures,  c'est-à-* 
dire  aux  persécutions  des  thomistes,  avaient  fini 
par  adhérer  à  une  sentence  dont  il  n'était  pas 
en  leur  puissance,  de  faire  changer  les  termes. 
Acte  de  déférence,  de  soumission,  non  de  bonne 
foi.  Aussi  tous  les  professeurs  oratoriens  étaient- 
ils  suspects  et  surveillés.  Bernard  Lamy  ne  l'i- 
gnorait pas  ;  cependant  on  l'entendit,  durant  le 
cours  de  l'année  1674,  proposer  et  soutenir  au 
collège  d'Anjou  ses  thèses  les  plus  contraires  au 
péripatétisme  officiel.  Le  recteur  de  l'université 
d'Angers,  nommé  Rebous ,  était  un  ardent  tho- 
miste. Il  dénonça  Lamy,  obtint  du  roi  l'ordre  de 
le  poursuivre,  et  l'assigna  devant  tous  les  doc- 
teurs, tous  les  régents  de  la  ville  et  des  faubourgs 
d'Angers  :  c'était  pour  une  cité  de  médiocre  im- 
portance une  affaire  des  plus  considérables.  Aus- 
sitôt clercs  et  laïcs,  professeurs,  magistrats,  ci- 
toyens ,  tout  le  monde  s'agite,  parle,  écrit  :  re- 
quêtes, placets,  remontrances  en  prose,  satires 
en  vers  paraissent  à  la  fois  et  circulent  dans 
toutes  les  mains  :  les  esprits  délicats  se  pro- 
noncent pour  les  cartésiens  ;  mais  les  thomistes 
ameutent  le  vulgaire,  et  le  poussent  même  à  des 
actes  de  violence.  Tonte  cette  agitation  ne  fut 
terminée  que  par  un  arrêt  du  conseil  d'État, 
rendu  le  2  août  1675.  Cet  arrêt  condamna  Ber- 
nard Lamy.  Pouvait-il  l'absoudre  ?  Il  ne  le  pou- 
vait guère,  puisque  les  intérêts  de  l'orthodoxie 
passaient  alors  bien  avant  les  intérêts  de  la  li- 
berté. Pour  ne  reproduire  qu'une  des  proposi- 
tions dénoncées  dans  le  cours  du  P.  Lamy,  il 
avait  renouvelé  la  définition  de  la  substance 
donnée  par  Descartes  :  or  il  est  incontestable 
que  cette  définition  renverse  toute  la  théorie  de 
la  présence  réelle.  Les  cartésiens  qui  ont  nié 
cette  conséquence  ont  manqué  de  sincérité.  Après 
l'université  d'Angers  et  le  conseil  d'État,  la  Sor- 
bonne  s'occupa  de  l'affaire  du  P.  Lamy,  et  con- 
firma la  sentence  rendue  contre  sa  doctrine.II  fallut 
céder.  Les  supérieurs  de  l'Oratoire,  qui  avaient 
discrètement  servi  de  toute  leur  influence  leur 
régent  accusé ,  se  virent  contraints  de  l'aban- 
donner en  public  dès  qu'il  eut  été  condamné.  Ils 
l'envoyèrent  à  Grenoble.  Lamy  partit  d'Angers, 
le  8  décembre  1675,  en  laissant  une  protestation 
contre  la  perfidie  de  ses  dénonciateurs  entre  les 
mains  du  lieutenant  général  de  la  sénéchaussée. 
On  s'étonne  sans  doute  de  voir  un  fonction- 
naire de  cet  ordre  mêlé  à  une  controverse  dog- 
matique Qu'on  sache  donc  que  les  thomistes 
d'Angers,  pour  assurer  le  succès  de  leur  entre- 
prise, avaient  signalé  le  P.  Lamy  non-seulement 
comme  un  damné  cartésien,  mais  encore,  ce  qui 
devait  être  plus  grave  aux  yeux  de  la  cour, 
comme  un  factieux  dont  les  discours  tendaient 
à  ruiner  le  principe  de  l'autorité  royale.  Lamy 
déclarait  en  partant  qu'il  était  plein  de  respect 
pour    la  monarchie   héréditaire,   qu'il    tenait 


Louis  XIV  pour  une  véritable  image  de  la  Divi- 
nité, et  qu'il  voyait  la  main  de  Dieu  même  dans 
l'établissement  et  l'élection  de  MM.  les  lieute- 
nants généraux  de  la  sénéchaussée  :  il  était  alors 
admis  qu'on  pouvait  sans  cesser  d'être  un  ga- 
lant homme  descendre  jusque  là.  A  Grenoble, 
Lamy  trouva  dans  l'évêque  de  cette  ville,  le 
cardinal  Le  Camus,  un  protecteur  éclairé.  LeSj 
supérieurs  de  l'ordre,  redoutant  de  le  voir  com- 
mettre quelque  indiscrétion  nouvelle,  lui  avaient 
interdit  d'enseigner  la  philosophie.  Mais  le  car- 
dinal Le  Camus  les  pria  lui-même  de  révoquer 
cette  interdiction ,  et ,  à  sa  demande,  Lamy  fui 
admis  dans  la  chaire  de  philosophie  du  collège 
de  Grenoble.  Il  ne  se  contenta  pas  alors  de  pro' 
fesser  :  il  publia  des  livres,  de  bons  livres,  qui 
furent  très-favorablement  accueillis  et  par  les 
savants  et  par  le  public.  Il  s'abstint  toutefois  de 
traiter  dans  ses  premiers  écrits  quelque  queS' 
tion  de  logique,  de  métaphysique  ou  de  poli- 
tique •  il  n'y  revint  que  plus  tard ,  en  l'année 
1684,  dans  ses  Entretiens  sur  les  Sciences; 
mais  alors,  comme  pour  s'indemniser  d'un  long 
silence,  il  mit  au  jour  une  enthousiaste  apologie 
de  Descartes,  qu'il  appela  sans  détour  et  sans 
mesure  le  plus  grand  de  tous  les  philosophes, 
proposa  de  lui  dresser  un  magnifique  monu 
ment,  et,  jaloux  d'y  contribuer  pour  sa  part  en 
quelque  chose,  offrit  des  vers  latins  qui  devaieni 
être  gravés  sur  le  socle  de  la  statue. 

En  cette  même  année  1684,  il  y  eut  à  Grenoble 
un  grand  événement  :  le  ministre  Vignes,  abju- 
rant la  confession  de  Calvin,  se  convertit  au  ca- 
tholicisme, et,  dans  un  écrit  qu'il  rendit  public, 
remercia  le  P.  Lamy  d'avoir  opéré  sa  conver* 
sion.  Deux  ans  après,  Lamy  fut  rappelé  à  Paris, 
et  fut  placé  dans  le  séminaire  de  Saint-Magioire; 
mais  il  n'y  resta  pas  longtemps.  Ayant  violé  un 
des  statuts  de  sa  congrégation  en  ne  soumettant 
pas  au  général,  le  P.  de  Sainte-Marthe,  un  écril 
d'ailleurs  un  peu  libre,  il  lut  exilé  dans  la  ville 
de  Rouen,  en  l'année  1689.  C'est  la  dernière  cit' 
constance  que  nous  ayons  à  rapporter  de  la  vie 
du  P.  Lamy.  S'il  ne  mourut  pas  en  paix  avec 
les  thomistes ,  sa  grande  renommée  le  mit  du 
moins  à  l'abri  de  nouvelles  persécutions.  On  sait, 
d'ailleurs ,  que  dans  les  dernières  années  du 
dix-septième  siècle  les  thomistes  se  virent  con- 
traints d'abandonner  la  poursuite  de  Descartes  et 
d'employer  tous  leurs  efforts  à  lutter  contre 
Jansenius. 

Les  ouvrages  du  P.  Lamy,  si  nombreux 
qu'ils  soient,  méritent  tous  d'être  désignés  ici, 
et  même  avec  quelques  renseignements  sur  ce 
qu'ils  contiennent.  Les  voici,  dans  l'ordre  où  ils 
furent  publiés  :  L'Art  de  parler,  avec  un  dis- 
cours dans  lequel  on  donne  une  idée  de  Vart 
4^  persuader,  est  le  premier  en  ordre  de  date 
des  ouvrages  du  P.  Lamy.  Il  parut  d'abord  en 
1675,  in-12,  et  obtint  ensuite  au  moins  huit  édi- 
tions :  il  a  de  plus  été  traduit  en  allemand,  en 
talien,  en  anglais.  C'était  un  livre  très  estimé 


297 


LAMY 


298 


par  Malebranche.  Bayle,plus  désintéressé  dans 
les  succès  du  P.  Lamy,  l'a  lui-même  honoré  de 
ses  suffrages.   Les  Nouvelles  Réflexions  sur 
/'ir;  poé^j^Me  furent  publiées  en  1678.  L'année 
suivante,  l'éditeur  ordinaire  du  P.  Lamy,  André 
Pralard,  livrait  au  public  un  antre  de  ses  opus- 
cules :  Traité  de  Mécanique ,  de  l'Equilibre 
des  solides  et  des  liqueurs  ,  petit  in- 12.  C'est 
un  abrégé  méthodique  des  démonstrations  de 
Rohault  et  de  Gaston  Pardies ,  suivant  le  juge- 
ment porté  sur  ce   livre  par  le  P.  Nicéron  et 
par   Chrétien  Wolff.  En  1680  parut  le  Traité 
de  la  Grandeur  en  général,  qui  comprend 
l'Arithmétique,  V Algèbre    et  V Analyse.  Le 
Journal  des  Savants  a  plusieurs  fois  loué  cet 
ouvrage,  dont  le  principal  mérite  paraît  être  une 
remarquable  clarté.  Il  y  a  plus  d'originalité,  plus 
de  véritable  talent  dans  l'ouvrage  intitulé  :  En- 
tretiens sur   les  Sciences,  dans  lesquels  on 
apprend  comme  Von  doit  se  servir  des  scien- 
ces pour  se  faire   l'esprit  juste  et  le  cœur 
droit  ;  Lyon,  1684,  in-12.  J.-Jacqnes  Rousseau, 
dans  ses   Confessions  ,  livre  vi,  nous  apprend 
qu'après  avoir  lu  et  relu  cent  fois  c&t  ouvrage  du 
Lamy,  il  résolut  d'en  faire  son  guide.  C'est 
en  effet  un  écrit  où  abondent  les  pensées  justes 
et  les  bons   conseils.  Il  n'y  a  rien  ,  il  est  vrai , 
qu'on  recherche  moins  de  nos  jours  ;  mais  n'est- 
ce  pas  assez  pour  la  gloire  de  cet  ouvrage  qu'il 
ait  été  lu   jusqu'à  la  fin  du  dix -huitième  siècle 
et  qu'il  ait  produit  une  si  vive  impression  sur 
l'esprit  de  Rousseau?  L'année  suivante,  1685, 
vit  paraître  les  Éléments  de  Géométrie,  estimés 
par  Leibnitz ,  et  dans  lesquels  Rousseau,  après 
avoir  adopté  le  P.  Lamy  comme  son  maître, 
étudia  cette  science  sans  laquelle,  dit  Platon,  il 
n'y  a  pas  de  philosophe.  Nous  mentionnerons 
encore  :    Apparafus  ad  Biblia  sacra;  Greno- 
ble, 1687,  que  l'évêque  de  Châlons  fit  traduire 
en  français  sous  le  titre  de  :  Introduction  à  la 
Lecture  de  V Écriture  Sainte.  Tous  les  ans  Lamy 
produisait  quelque  nouvel  ouvrage  :  en  1 688  :  Dé- 
monstration ou  Preuves  évidentes  de  la  vé- 
rité et  de  la  sainteté  de  la  morale  chrétienne, 
2  vol.  in-12;  ouvrage  ensuite  augmenté  par  le 
P.  Lamy,  et  dont  la  dernière  édition  a  cinq  vo- 
lumes; —  en  1689  :  Harmonia,  sive  Concordia 
quatuor  Evangelistarum ,  in-12.  Ce  dernier 
livre  offre  plusieurs  conjectures  historiques  sur 
lesquelles  on  a  beaucoup  disputé  ;  il  fut  attaqué 
d'abord  par  un  curé  de  Rouen,  nomme  Bulteau. 
Lamy  ayant  essayé  de  justifier  ses  assertions 
dans  une   Lettre  au  P.  Fourré,  de  l'Oratoire, 
publia  cette  lettre  sans  avoir  sollicité  l'agrément 
du   P.  de  Sainte-Marthe;  ce  qui  le  fit  exiler  à 
Rouen.  Jean  Piénud,  professeur  au  collège  d'Har- 
court,  et  Lenaiu  de  Tillemont  se  joignirent  alors 
aux  censeurs  de  B.  Lamy.  Celui-ci  publia,  pour 
leur  répondre  :  Traité  historique  de  T ancienne 
Pâqiie  des  Juifs;  Paris,  1693,  in-12.  Ayant  en- 
suite rencontré  pour  adversaires  le  P.  Hardouin, 
Je  P.Mauduit;  le  P.  Rivière,  le  P. Daniel,  etc.,  etc., 


il  les  réfuta  successivement  dans  six  opuscules 
qui  portent  le  titre  commun  de  :  Suite  du  traité 
historique  de  V  ancienne  Pâque  des  Juifs, 
ainsi  que  dans  les  traités  suivants  :  Reflexions 
sur  le  Système  de  Louis  de  Léon,  et  Tractatus 
de  vinculis  Joannis-Baptistse,  methodo  geo- 
meti'is  usitata  dispositus.  Les  derniers  ou- 
vrages de  Bernard  Lamy  sont  :  Apparatus  Bi- 
blicus,seu  manuductio  adsacram  Scripturam; 
Lyon,  1696,  in-8";  —  Commentarius  in  Har- 
moniam  evangelicam;  1699,  2  vol.  in-4°;  — 
Défense  de  l'ancien  sentiment  de  l'Église  la- 
tine touchant  l'office  de  sainte  Madeleine; 
1699,  in-12;  —  Réponse  à  la  lettre  de  M.  Du 
Chêne;  1700,  in-12;  —  Démonstration  par 
laquelle  on  prescrit  la  possibilité  de  l'immo- 
lation de   l'Agneau  pascal;   1700,  in-12; 

Introduction  à  la  Lecture  de  l'Écriture; 
enfin.  Traité  de  Perspective,  où  sont  contenus 
les  fondements  de  la  peinture;  1701,  in-S". 
Telle  est  la  liste  des  ouvrages  du  P.  Lamy  qui 
ont  été  imprimés  de  son  vivant.  Après  sa  mort, 
le  P.  Desmollets  publia  De  Tabernaculo  Fœ- 
deris ,  De  Sancta  Civitate  Jérusalem  et  de 
templo  ejus  Libri  septem;  Paris,  1720,  in-fol. 
C'est  un  des  principaux  ouvrages  du  P.  Lamy. 
Quelques-unes  de  ses  lettres  au  P.  André  ont 
été  lécemment  mises  au  jour  par  MM.  Mancel 
et  Charma,  dans  leur  édition  des  ouvrages  iné- 
dits du  P.  André.  Nous  en  signalerons  une  autre, 
adressée  au  P.  Nicaise,  qui  est  encore  inédite. 
Elle  se  trouve  dans  le  num.  1958  (3)  du  supplé- 
ment Fr.jàla  Bibliothèque  impériale.  B.  H. 
Elites  Dupin,  £ibl.  des  Auteurs  ecclés.,  t.  XIX,  édit. 
in-4".  —  Journal  de  tout  ce  gui  s'est  passé  en  l'Univer- 
sité d'Angers;  1679,  ln-4o.  —  Vie  du  P.  Lamy,  par  le 
P.  Desmollets,  en  tète  du  De  Tabernaculo  Fœderis.  — 
F.  Bouillier,  Hist.  du  Cartésianisme,  t.  11.  —  B.  Rauréau, 
Hîst.  Littér.  du  Maine,  t.  Il,  p.  117-16S. 

LAMY  (Dom  François),  philosophe  français, 
né  à  Montereau  (diocèse  de  Chartres),  en  1636, 
mort  à  Saint- Denis,  près  Paris,  le  4  avril  1711.  il 
suivit  d'abord  la  carrière  des  armes,  qu'il  quitta 
en  1659,  pour  entrer  dans  la  congrégation  des 
Bénédictins  de  Saint-Maur  les-Fossés,  Étranger 
à  toute  ambition,  sa  vie  entière  s'écoula  dans  son 
cloître  :  il  la  partagea  entre  l'étude  et  la  charité. 
Il  poussa  cette  vertu  jusqu'à  vendre  ses  instru- 
ments de  physique  pour  en  distribuer  le  produit 
aux  pauvres  :  c'était  assurément  le  plus  grand 
sacrifice  qu'il  pût  faire.  Dom  Lamy  passait  en 
son  temps  pour  le  bénédictin  qui  écrivait  le 
mieux  en  français  ;  cependant  son  style  est  loin 
d'être  exempt  de  défauts  :  quelquefois  faible,  sou- 
vent diffus ,  une  certaine  affectation  y  domine. 
Il  réussissait  mieux  probablement  dans  la  dis- 
cussion ,  Si  l'on  doit  en  croire  le  résultat  d'une 
conférence  qu'il  soutint  à  La  Trappe  contre  l'abbé 
de  Rancé,  Il  s'agissait  des  études  monastiques; 
M™*  la  princesse  de  Guise,  duchesse  d'Alençon, 
singulier  juge  dans  un  pareil  débat,  malgré  son 
attachement  au  fondateur  des  trappistes ,  donna 
le  prix  de  l'éloquence  au  bénédictin.  Le  P.  Lamy 


209 


LAMY  —  LAMZWEERDE 


300 


avait  d\i  reste  un  penchant  décidé  pour  la  polé- 
mique et  le  paradoxe;  aussi  soutint-il  de  chaleu- 
reuses discussiops  contre  Bossuet,  Malehranche, 
Arnault,  Nicole ,  l'abbé  Duguet,  Gibert,  Sillery, 
évêque  de  Soissons  et  quelques  autres  théologiens 
érudits.  On  a  de  lui  :  Conjectures  physiques 
sur  deux  colonnes  de  nues  qui  ont  paru  de- 
puis quelques  années,  et  sur  les  plus  extraor- 
dinaires effets  du  tonnerre,  avec  une  expli- 
cation de  ce  qui  s'est  dit  jusqu'ici  des  trom- 
bes de  mer,  et  une  nouvelle  addition  où  Von 
verra  de  quelle  manière  le  tonnerre  tombé 
nowellement  sur  une  église  de  Lagnl  a  im- 
primé sur  une  nappe  d'autel  une  partie  con- 
sidérable du  canon  de  la  messe  ;  Paris,  1 689, 
in-12;  —  Véi-ité  évidente  de  la  Religion 
chrétienne;  Paris,  1694,  in-12;  — I>e  la  Con- 
naissance de  soi-même;  Paris,  1694-1698, 
6  vol.  in-12;  avec  augmentations,  Paris,  1700, 
in-8°;  c'est  le  principal  et  le  plus  estimé  des 
ouvrages  de  dom  Lamy,  et  celui  qui  lui  attira 
le  plus  d'adversaires.  Dans  son  t.  111,  il  avait 
attaqué  le  P.  Malebranche  au  sujet  de  son  Traité 
de  la  Nature  et  de  la  Grâce  et  de  son  système 
Sur  V Amour  ('■^nntéressé.  Malebranche  répon- 
dit par  le  traité  De  l'Amour  de  Dieu.  Lamy  ne 
laissa  pas  ce  nouvel  écrit  sans  réplique,  et  il  ne 
fallut  rien  moins  que  l'intervention  de  ses  supé- 
rieurs pour  faire  cesser  cette  lutte  théologique  , 
dans  laquelle,  on  doit  le  dire,  Lamy  apporta  plus 
de  conviction  que  de  calme.  Le  Nouvel  Athéisme 
renversé,  ou  réfutation  du  système  de  Spi- 
nosa,  tirée  pour  la  plupart  de  la  connaissance 
de  la  nature  de  l'homme;  Paris,  1696,  in-12. 
Bayle,  Bossuet,  l'abbé  Duguet  et  Voltaire  lui- 
même  ont  loué  cet  ouvrage.  L'abbé  Lenglet-Du- 
fresnoy  en  a  donné  un  extrait  dans  sa  Réfuta- 
tion des  erreurs  de  B.  de  Spinosa ,  etc.  ; 
Bruxelles,  1731,  in-12;  —  deux  Lettres  d'un 
théologien  à  un  de  ses  amis  sur  un  libelle 
qui  a  pour  titre  :  Lettre  de  l'abbé  ***  aux 
RR.  PP.  bénédictins  de  la  congrégation  de 
Saint-Maur,  sur  le  dernier  tome  de  leur  édition 
de  saint  Augustin;  1699,  in-12.  Le  roi  crut  de- 
voir défendre  aux  bénédictins  et  aux  jésuites  de 
continuer  cette  dispute,  qui  menaçait  de  diviser 
tout  le  clergé  ;  —  Les  Saints  Gémissements  de 
l'âme  sur  son  éloignement  de  Dieu,  la  tyran- 
nie du  corps,  premier  sujet  de  gémir  ;  Paris, 
1701,  in-12;  —  Les  Leçons  de  la  Sagesse  sur 
l'engagement  au  service  de  Dieu;  Paris, 
1703  ;  —  Six  Lettres  Philosophiques  sur  di- 
vers sujets  importants  ;  Trévoux  et  Paris, 
1703,  in-12;  —  Les  premiers  Éléments  des 
Sciences,  ou  entrée  aux  connaissances  so- 
lides ,  suivi  d'un  Essai  de  Logique,  en  forme 
de  dialogue;  Paris,  1706,  in-12.  Cet  ouvrage  est 
clair  et  précis.  L'auteur  y  rejette  l'art  des  syllo- 
gismes, comme  inutile  ;  il  développe  surtout  avec 
ordre  et  netteté  les  principales  idées  de  Des- 
cartes et  de  Malebranche;  —  U^ait  Lettres  Théo- 
logiques et  Morales  sur  quelques  sujets  im- 


portants; Paris,  1708,  in-12.  L'auteur  y  dé 
veloppe  l'excellence  du  culte  intérieur  sur  le 
culte  extérieur;  —  L'Incrédule  amené  à  la  re 
ligion  par  la  raison,  en  quelques  entretiens 
où  l'on  traite  de  l'alliance  de  la  raison  avec 
Za/oi;  Paris,  1710,  in-12  :  cet  ouvrage,  devenu 
rare,  est  écrit  avec  force  et  solidité  ;  l'auteur  a 
eu  le  talent  de  rendre  sensibles  aux  esprits, 
même  vulgaires,  des  matières  très-abstraites  ;  — 
Lettres  Philosophiques  sur  divers  sujets  ; 
in-12;  — Réfutation  du  Système  De  la  Grâce 
universelle  (de  Nicole); —  La  Rhétorique  de 
Collège  trahie  par  son  apologiste  (contre  Gi- 
bert ),  in-12.  Cet  ouvrage  est  assez  vif,  et  les  ex- 
pressions n'en  sont  pas  toujours  mesurées.  Le 
sujet  de  la  querelle  était  de  savoir  «  si  la  con- 
naissance du  mouvement  des  esprits  animaux 
dans  chaque  passion  est  d'un  grand  poids  à  l'o- 
rateur pour  exciter  celles  qu'il  veut  dans  le  dis- 
cours ».  Le  professeur  Pourchot  avait  soutenu 
l'affirmative  ;  dom  Lamy  se  rangea  de  son  côté 
contre  le  rhétoricien  Gibert-  On  disputa  long- 
temps, et  chacun,  se  flattant  d'avoir  pour  soi  la 
vérité,  demeura  dans  son  opinion;  —  De  la. 
Connaissance  et  de  V Amour  de  Dieu  (pos-^ 
thume  );  Paris,    1712,  in-12.  A.  L. 

Dom  Tasslri,  Bibliothèque  des  Auteurs  de  la  Congréga- 
tion de  Saint-Maur,  p.  336.  —  Uom  M^ibillon,  OEvvres 
posthumes,  t.  1<^',  p.  376  ctsuiv.  —  Dom  Dcfuris,  œuvres 
de  Bossuet,  t.  X.  —  Bayle,  lettres,  p.  577.  —  Le  même, 
Dictionnaire  Historiqueet  Critique.  —  Moréri,ie  Grand 
Dictionnaire  universel. 

LAMV.  Voy.  Lami. 

LARizwEERBîE  { Jean-Baptiste) ,  médecin 
hollandais,  né  dans  la  première  moitié  du  dix- 
septième  siècle.  Il  était  docteur  lorsqu'il  vint 
pratiquer  la  médecine  à  Amsterdam ,  où  il  fut, 
vers  1667,  admis  au  Collège  médical.  Vers  1683, 
il  abandonna  cette  ville  pour  aller  remplir  à  Co- 
logne une  chaire  de  professeur  extraordinaire 
d'anatomie.  Repoussant  toute  nouveauté  en  phi- 
losophie, sous  prétexte  que  les  anciens  n'avaient 
rien  laissé  à  faire  à  leurs  successeurs,  il  déclara 
une  guerre  acharnée  à  Descartes,  et  se  fit,  en 
quelque  sorte,  un  devoir  de  s'afficher  comme  un 
des  plus  mortels  ennemis  de  ce  novateur.  On  a 
de  lui  :  Explication  de  la  Cause  du  Mouve- 
ment des  Muscles;  Amsterdam,  1667,  in-12; 
trad.  en  flamand  du  latin  de  Willis  ;  —  Joan- 
nis  Sculteti  Armamen,tarium  Chirurgicum, 
auctum  et  illustratum;  ibid.,  1671,  in-S"; 
Leyde,  1693,  in-8°  ;  Amsterdam.,  1741,  in-8°; 
la  part  de  l'auteur  dans  cet  otjvrage  consiste  en 
cent-trois  observations  tirées  de  Pierre  de  Mar- 
chetti,  qu'il  n'a  même  pas  nommé,  ce  qui  l'a 
fait  accuser  de  plagiat  par  Almeloveen;  —  Res- 
pirationis  Swammerdammianœ  Exspiratio , 
una  cum  analomia  neologices  Joh.  de  Bai; 
Amsterdam,  1674,  in-S",  fig.,  où  il  soutient 
que  l'air  s'insinue  dans  les  poumons  pour  y 
remplir  le  vide;  —  Œconomia  animalis  ad 
circulationem  sanguini s  br éviter  delineata; 
Gouda,  1682,  in-S"  ;  —  Monita  salutaria  de 


301 

magno  thermarum  et  acidularum  abusu 
confirmata;  Cologne,  1684  et  1686,  in-12;  — 
De  Podagra;  ibid.,  1685,  io-fol.  ;  —  Hisiana 
naiuralis  molarum  uteri;  Leyile,  1686,  ia-12, 
fig.,  ouvrage  où  il  combat  d'absurdes  préjugés  et 
qui  fait  beaucoup  d'honneur  à  sa  sagacité  ;  — 
Examen  eucharisticumdurioris  Uarderiansô 
apologise;  Francfort,  1689,  in-4°.  K. 

Koterinund,  Supplém.  ii  JOcher  -  Biog.  Médicale. 

LiXA  (Lodovico),  peintre  de  l'école  de  Mo- 
dène,  né  dans  cette  ville,  en  1597,  mort  à  Rome, 
en  1646.  Fils  d'un  père  ferrarais,  il  a  été  mis 
par  quelques  auteurs  au  nombre  des  maîtres  de 
l'école  de  Ferrare.  On  croit  qu'il  fut  élève  du 
Scarsellini;  mais  il  prit  pour  modèle  le  Guer- 
chin,  dont  il  devint  habile  imitateur.  La  plupart 
de  ses  ouvrages  sont  restés  dans  sa  patrie.  Son 
chef-d'œuvre,  conservé  dans  l'église  del  Voto, 
et  représentant Moc/ène  délivrée  de  lapeste(\\à 
la  désola  en  1630,  est  sans  contredit  un  des  meil- 
leurs tableaux  que  possède  cette  ville,  tant  pour 
la  force  du  coloris,  le  nombre,  la  variété  et  l'heu- 
reuse disposition  des  figures,  et  l'expression  des 
têtes  que  pour  le  dessin,  qui  approche  du  gran- 
diose et  de  la  perfection  des  Carraches.  On  voit 
que  Lana  a  réussi  h  imiter  la  touche  du  Guer- 
chin,  tout  en  visant  à  la  hardiesse  de  pose  du 
Tintoret,  et  en  se  formant  pour  le  coloris  et  les 
airs  de  visage  une  manière  qui  lui  est  propre.  La 
mênieéglise  possède  un  Christ  sur  la  Croixavec 
la  Vierge,  les  Saintes  Femmes  et  saint  Jean, 
tableau  inachevé  de  Lana.  On  voit  de  lui  à  la 
galei'ie ducale  une  Mort  de  Clorinde  ;  au  musée 
de  Ferrare  est  une  Mort  d'Olopherne  due  à  son 
pinceau  ;  enfin,  parmi  ses  autres  ouvrages,  ré- 
pandus dans  les  diverses  galeries,  on  admire 
surtout  certaines  têtes  de  vieillard  pleines  de 
majesté  et  exécutées  avec  une  hardiesse  digne 
des  grands  maîtres.  Lana  fut  directeur  de  l'A- 
cadémie de  Peinture  de  Modène.  Ou  a  de  lui 
quelques  belles  eaux-fortes.  E.  B — n. 

Tiraboschi,  Notizie  deçili  Artifici  Modenesi.  —  Ve- 
(iriani.  f^ite  de'  Pitturi,  Scultnri  ed  Architetti  Modenesi. 
—  Scanelli,  jUicrocosmo  iella  Pittiira.  — Oxianài,  Ab- 
becedario.  —  lanzi,  Atoria  Pittorica.  —  Sossa),  Modena 
descritta. 

LANA  (  François  Terzi),  naturaliste  et  phy- 
sicien italien,  né  à  Brescia,  le  13  décembre  1631, 
mort  le  26  février  1687.  Issu  d'une  ancienne  fa- 
mille, il  entra  de  bonne  heure  dans  la  Société  des 
Jésuites,  et  y  fut  solennellement  admis  à  Rome,  en 
1647.  Après  avoir  achevé  sa  philosophie  et  sa 
théologie  au  collège  romain ,  il  alla  enseigner 
les  belles-lettres  en  diverses  villes  d'Italie.  En 
1652  il  revint  à  Rome,  où  il  fit  quelques  expé- 
riences de  physique  avec  le  père  Kircher.  En 
1656  il  professait  la  rhétorique  à  Terni.  Les  ma- 
gistrats de  cette  ville,  pour  le  récompenser  des 
succès  de  son  enseignement,  lui  donnèrent  une 
place  dans  le  conseil  municipal.  Il  les  remercia 
en  composant  un  drame  religieux  sur  le  martyre 
de  saint  Valentin,  patron  de  Terni.  Les  sciences 
l'attiraient  pourtant  davantage.  En  1665,  pendant 


LAMZWEERDE  —  LANA  302 

qu'il  professait  la  philosophie  à  Brescia,  il  fit 
d'importantes  observations  avec  le  baromètre  sur 
la  montagne  de  la  Madeleine;  trois  ans  après,  il 
les  répéta  sur  la  tour  degU  Asinelli  de  Bologne, 
et,  de  retour  dans  le  Brescian ,  il  en  parcourut  les 
montagnes  pour  étudier  leurs  minéraux.  11  cher- 
cha par  des  expériences  le  secret  des  cristal- 
lisations, et  il  essaya  avec  du  nitre  et  d'autres 
sels  d'imiter  celles  de  la  nature.  Vers  cette 
époque  il  inventa  un  semoir  pour  éviter  la  perte 
du  grain.  Algarotti  nous  a  conservé  la  descrip- 
tion de  cet  instrument,  qui  a  été  perfectionné 
depuis.  S'occupant  surtout  de  physique  et  de 
mécanique ,  il  réunit  les  matériaux  d'un  grand 
ouvrage  qui  devait  renfermer  tous  les  principes 
de  la  physique,  contenir  toutes  ses  découvertes 
et  avoir  neuf  volumes  ;  il  en  publia  deux  seule- 
ment ;  le  troisième  parut  après  sa  mort  ;  les  aur 
très  n'ont  jamais  été  imprimés.  Lana  avait  du 
moins  résumé  ses  recherches  dans  un  Prodrome 
publié  dès  1670.  D'une  complexion  débile,  souf- 
frant de  nombreuses  infirmités,  le  père  Lana  re- 
vint à  Brescia  après  avoir  professé  les  mathé- 
matiques à  Ferrare;  il  réunit  autour  de  lui  tout 
ce  que  sa  ville  natale  possédait  i^^ommes  éclairés 
et  fonda  l'Académie  des  Filesoïici  (  Academia 
Philexoticorum Naturde  et  Artis),  qu'il  présida, 
mais  qui  ne  lui  survécut  pas. 

On  possède  un  portrait  du  père  Lana,  qu'on 
croit  peint  par  lui-même.  Comme  plusieurs  sa- 
vants de  son  temps  et  de  son  ordre,  le  père  Lana 
s'occupa  de  diverses  parties  de  la  science,  il 
proposa  plusieurs  machines  tant  pour  l'éléva- 
tion des  eaux  que  pour  d'autres  usages;  il  fit 
des  expériences  sur  l'accélération  et  Vimpétuo- 
sité  qu'acquièrent  les  choses  pesantes  dans  leur 
chute  naturelle;  il  inventa  de  nouvelles  horloges, 
fort  simples,  et  enseigna  une  manière  de  mesurer 
la  profondeur  de  la  mer  ;  il  étudia  le  mouvement 
des  corps  projetés,  qu'il  montra  n'être  pas  para- 
bolique, et  s'occupa  du  jet  des  bombes,  de  l'u- 
sage des  mortiers  et  des  canons.  U  en  décrivit 
de  plusieurs  sortes,  et  même  d'une  nouvelle  fa- 
çon avec  lesquels  on  pourrait  tirer  sans  poudre 
de  petits  boulets;  il  corrigea  Galilée  en  plu- 
sieurs points  relativement  au  mouvement  sur 
les  plans  inclinés,  et  décrivit  la  vis  d'Archi- 
mède  ainsi  que  différentes  sortes  d'horloges.  En 
traitant  du  mouvement  qui  procède  de  Yimpé- 
ttiosité  imprimée  aux  corps  mus  par  un  autre 
mobile ,  il  combattit  l'opinion  de  Kopernik  sur  le 
mouvement  annuel  et  diurne  de  la  Terre  ;  il  la  ré- 
futa parneuf  démonstrationsKOMw//e«,  etiiappli- 
qua  ces  démonstrations  à  la  navigation  dans  la  ré- 
cherche des  longitudes,  qu'il  enseigne  à  trouver  par 
plusieurs  méthodes.  En  expliquant  le  mouvement 
circulaire,  il  donna  la  description  de  plusieurs 
nouveaux  horomètres  singuliers.  Il  distingua 
trois  sortes  de  mouvements  perpétuels,  l'un  qui 
est  purement  mécanique  et  artificiel,  qu'il  regar- 
dait comme  absolument  impossible ,  et  les  deux 
autres  qui  devaient  dépendre  en  partie  de  l'art  et 


303 

en  partie  de  quelque  motion  naturelle  et  physique 
pour  lesquels  il  proposait  diverses  madiines  et 
plusieurs  inventions.  Il  imagina  en  outre  une 
machine  pour  éteindre  les  incendies  ;  une  de  ses 
horloges  marchait  perpétuellement  par  le  sable  ; 
une  autre  était  mue  par  la  diminution  de  l'huile 
brûlée  dans  une  lampe.  Il  proposa  quatre  moyens 
de  fabriquer  des  oiseaux  mécaniques  volant  et 
se  soutenant  en  l'air  comme  la  colombe  d'Ar- 
chytas  ou  l'aigle  de  Regiomontanus.  11  imagina 
aussi  une  barque  volante,  suspendue  à  quatre 
globes  composés  de  lames  métalliques ,  desquels 
on  aurait  ôté  l'air  au  moyen  d'une  pompe  pour 
les  rendre  plus  légers  qu'un  égal  volume  d'air 
atmosphérique.  Sturmius  parla  de  cette  inven- 
tion ;  Leibnitz  fit  des  calculs  à  ce  sujet  et  ap- 
prouva ceux  du  père  Lana  ;  mais  il  émit  des  doutes 
sur  le  succès  de  l'expérience,  qui  ne  fut  pas  même 
tentée  par  le  savant  jésuite ,  à  cause  de  sa  pau- 
vreté monastique,  comme  il  le  dit  lui-même;  la 
même  raison  et  peut-être  aussi  son  état  valétudi- 
naire l'empêchèrent  de  réaliser  ses  autres  inven- 
tions, qui  se  portaient  sur  tout,  même  sur  la  pein- 
ture. Il  fit  encore  des  expériences  sur  l'élasticité 
de  l'air,  sur  les  effluves,  sur  les  exhalaisons 
de  la  paille ,  etc.  «  On  peut  lui  reprocher,  dit 
M.  Hoefer,  d'être  trop  prolixe  dans  ses  démons- 
trations. Il  semble  croire  à  la  transformation 
du  rubis,  du  saphir,  etc.,  en  diamant.  Pour  opé- 
rer ce  phénomène ,  il  conseille  l'emploi  de  la 
limaille  d'acier.  On  se  rappelle  sans  doute  que 
le  manganèse,  employé  en  proportion  conve- 
nable, jouit  de  la  propriété  de  décolorer  les 
verres  de  couleur  et  de  les  transformer  en  un 
cristal  ou  une  sorte  de  taux  diamant.  Sa  nou- 
velle méthode  de  concentrer  l'alcool  consiste  à 
faire  passer  les  vapeurs  spiritueuses  à  travers 
une  membrane  de  vessie  de  porc;  le  phlegme 
(eau)  serait  ainsi  séparé  de  l'alcool.  Le  père 
Lana  n'est  pas  toujours  très-sévère  dans  le 
choix  de  ses  propositions  chimiques  et  accorde 
une  créance  trop  facile  aux  secrets  des  alchimistes 
lorsqu'il  rapporte  par  exemple  :  Ex  communi 
aère  kydrargyrumsui  argentum  vivum  pro- 
licere;  et  :  Aère  vel  cuspide  acuto  brachia  vel 
aura  per/orare  sine  ullo  dolore  sensu,  etc. » 
On  a  du  père  Lana  :  Rappresentazione  di 
S.  Valentïno,  vescovo,  martire  ei  proiettore 
di  Terni ;Term,  1656,in-4°; —  Prodrome overo 
sag/jio  di  alcune  Inventioni  nuove,  premesso 
ail'  arte  maestra,  opéra  che  prépara  il 
P.  Fr.  Lana;  Brescia,  1670,  in  fol.;  —  La  belta 
Svelata  in  cui  si  scuoprono  le  belezze  deW 
Anima;  Brescia,  1681,  in-s"  :  c'est  un  ouvrage 
mystique ,  dans  lequel  il  compare  l'âme  qui  fait 
voir  ses  beautés  par  les  yeux  du  corps  à  une 
reine  au  balcon,  et  les  plaisirs  du  corps  par  les- 
quels l'âme  est  enlevée  à  Dieu ,  à  des  philtres 
amoureux  présentés  à  l'épouse  du  serviteur  pour 
la  porter  à  l'adultère;  — Magisterium  Naturse 
et  Ariis  ;  opus  physico-maihematkum  P.  Fr. 
Tertiide  Lanis,  in  qxio  occultiora  natwalis 


LANA  —  LANÇAROTE 


304 

philosophix  principia  mani/estantur,  tome  l^^;  ' 
Brescia,  1684;  tome  II,  Brescia,  1686;  tome  111,  : 
Parme,  1692,  in-fol.; —  Bissertazione  sopra  la 
Declinazione  deli'  Ago  calamitato  nel  paese 
Bresciano,  publiée  dans  les  Acta  novas  Aca-  ! 
demiœ  Philexoticorum  Naturse  et  Artis;  Bres- 
cia, 1687;  —  Rejlections  concerning  the  For- 
mation of  Crystal;  dans  les  Philosophical 
Transactions,  n°  83;  —  Saggio  sulla  Storia 
Naturale  délie  provincia  Bresciana,  publié 
par  Christophe  Pilati;  Brescia,  1769.  L.  Louvet. 
Tiraboschi,  Storia  délia  lutter.  Italiana,  tome  VIH, 
p.  216.  —  Journal  des  Savants,  du  9Juillet  1685.  no  XXI. 
—  Sturmius,  CoUeyium  Ptiysicum  expcrimentum.  — 
Leibnitz,  Hypothesis  P/ii/sica  nova.  —  IVova  Mandel- 
liana  racœlta  d'opuscoli  scient.ift.ci,  tome  XL,  p.  77.  — 
F.  Hoeftr,  Hist,  de  la  Chimie,  tome  II,  p.  273,274,  283.  — 
Dict.  de  Physiuue,  art.  Aérostat. 

LA  NASIZE  (LoMîs  JocABD  de),  érudit  fran- 
çais,  né  le  27  mars  1696,  à  Villeneuve  d'Agen, 
mort  le  2  mai  1773.  Admis  dans  la  Société  de 
Jésus ,  il  professa  quelque  temps  les  humanités, 
et  se  chargea  successivement  de  l'éducation  du 
duc  d'Antin  et  de  celle  de  son  fils,  mort  en  1757. 
11  fit  partie,  depuis  1729,  de  l'Académie  des  Ins- 
criptions. Modeste  autant  qu'instruit,  il  apportait 
de  la  clarté  et  de  la  précision  dans  ses  travaux,  et 
plusieurs  points  de  la  plus  haute  antiquité  furent 
éclaircis  par  lui  avec  beaucoup  de  pénétration. 
Onadelui:  Le  Directeur  des  Ames  religieuses, 
traduit  du  latin  de  Louis  Blossius;  Paris,  1726, 
in-18;  —  Cinq  Lettres  adressées  au  P.  Souciet 
sur  le  système  chronologique  de  Newton  et  in- 
sérées dans  lest.  V  et  VI  de  la  Continuation  des 
Mémoires  de  la  Littérature  de  Sallengre;  — 
et  un  grand  nombre  de  mémoires  fournis  au  Re- 
cueil de  l'Académie  des  Inscriptions,  parmi  les 
quels  nous  citerons  ;  Recherches  sur  l' Histoire 
de  Héro  et  Léandre  (t.  VU);  —  Sur  les  An- 
nées de  Jésus-Christ  {t.  IX);  — Sur  tes  Chan- 
.wns  de  l'ancienne  Grèce  (t.  IX  )  ;  —  Histoire 
du  Calendrier  égyptien  en  3  part.  (t.  XIV  et 
XVI  )  ;  —  Deux  Dissertations  sur  Pythagore 
(t.  XIV)  ;  —  De  la  Vie  et  des  Actions  de  Bal- 
bus  V Ancien  (t.  XIX);  —  Mémoire  sur  la  ma- 
mère  dont  Pline  a  traité  de  la  Peinture 
(t.  XXV);  —  Le  Calendrier  romain,  depuis 
les  décemvirs  jusqu'à  la  correction  de  Jules 
César  (t.  XXVI)  ; — Sur  le  Poids  de  l'ancienne 
Livre  romaine  (t.  XXX);  —  Idée  générale  de 
la  Géographie  d'Hérodote  (t.  XXXVI).     K. 

JMém.  de  l'^cad.  —  La  France  Littéraire. 

LANÇAROTE,  navigateur  portugais ,  premier 
explorateur  du  Sénégal,  vivait  au  quinzième 
siècle.  Il  était  écuyer  de  l'infant  donHenrique,  et 
exerçait  àLagos,  où  il  demeurait  habituellement, 
la  charge  à'Almoxarise.  Sa  fortune  était  assez 
considérable  pour  qu'il  fit  des  armements  pour 
son  propre  compte  et  que,  sous  l'impulsion 
du  prince  ,  il  donnât  l'exemple  d'un  zèle  très- 
actif.  En  1444  nous  le  voyons  partir  comme 
capiiao  mor  à  la  tête  de  six  caravelles.  L'ar- 
mement de  ces  bâtiments  dut  lui  coûter  des 
sommes  considérables,  et  à  en  juger  par  le  récit 


305  LANÇAROÏE 

d'Azurara  ;  ce  fut  un  événement  notable  dans 
le  port  môme  où  avaient  lien  fréquemment 
ces  sortes  d'expéditions.  Lançarote  commandait 
non-seulement  en  chef,  mais  il  avait  décidé  les 
principaux  hommes  de  mer  de  Lagos  à  prendre 
la  direction  des  bâtiments  ;  parmi  eux  se  remar- 
qua surtout  Gil  Eannez.  Bientôt  Lançarote  attei- 
gnit l'île  das  Garças,  puis,  se  dirigeant  vers  l'île 
de  Naar,  dans  le  voisinage  du  cap  d'Arguim,  il 
détacha  trente  hommes  montés  sur  six  cha- 
loupes, qui,  opérant  leur  descente  le  long  de  la 
côte  et  notamment  à  Tider,  parvinrent  à  s'em- 
parer de  soixante-cinq  Maures  ;  ces  captifs  furent 
amenés  à  Lançarote,  et  leur  arrivée  lui  prouva 
fatalement,  pour  les  peuples  pasteurs  de  la  côte, 
combien  ils  étaient  peu  en  mesure  de  lui  résister. 
Puis  il  gagna  le  cap  Branco,  dirigea  lui-même 
plusieurs  attaques  de  villages,  et  bientôt  la  flot- 
tille remit  à  la  voile  pour  rentrer  au  port  de  La- 
gos. Lançarote  n'hésita  pas  à  offrir  au  prince 
don  Henrique  ce  que  l'on  appelait  alors  le  quint 
de  la  prise,  qui  se  montait  en  tout  à  cent  qua- 
rante-cinq individus.  Ces  malheureux  furent 
vendus  publiquement  sur  la  place  de  la  ville; 
l'infant  présida  à  ces  déplorables  transactions. 
Après  cette  expédition,  qui  commença  le  com- 
merce régulier  des  esclaves,  Lançarote,  que 
l'infant  don  Henrique  avait  créé  chevalier,  se  re- 
posa trois  ans;  au  bout  de  ce  temps,  et  peut-être 
alors  qu'il  était  excité  par  son  beau-père  Sueiro 
da  Costa,  alcaïde  de  Lagos,  personnage  qui 
avait  joué  un  rôle  dans  toutes  les  grandes  ex- 
péditions européennes  du  temps,  il  reprit  la 
mer.  En  1447  nous  le  voyons  à  la  tête  d'une 
flotte  de  quatorze  caravelles  bien  armées,  et  au 
mois  d'août   il  quitte  la  côte  en  donnant  aux 

j  siens  pour  point  de  ralliement  le  cap  Branco  ; 

!  les  navires  ne  purent  marcher  de  conserve,  et 
neuf  d'entre  eux  seulement  parvinrent  au  lieu 
indiqué.  Le  conseil  tenu,  il  fut  décidé  que  l'on  fe- 
rait voile  pour  l'île  das  Garças,  où  la  flotte  se 
grossit  de  quatre  bâtiments.  Forte  de  treize  na- 
vires ,  elle  se  porta  sur  l'île  de  Tider,  où  elle 
opéra  un  débarquement.  Plusieurs  Maures  fu- 
rent faits  prisonniers  et  ces  dernières  prouessfs 
remplirent  d'une  telle  joie  le  camp  des  Portugais, 
qu'on  vit  se  renouveler  sur  ce  point  ignoré  de 
l'Afrique  la  cérémonie  guerrière  la  plus  solen- 
nelle qui  marquât  alors  les  grandes  expéditions; 
ceux  des  chefs  qui  avaient  la  conduite  la  plus 
brillante  voulurent  recevoir  l'ordre  de  chevalerie, 
et  Sueiro  da  Costa,  qui  avait  combattu  à  la 
journée  d'Azincourt,  fut  armé  par  un  brave  que 
l'on  appelait  Alvaroz  de  Freitas,  celui-là  même 
qui  voulait  que  «  le  cas  échéant,  l'on  aWàï  jus- 
qu'au Paradis  terrestre  «.  Il  est  bon  de  le 
remarquer  en  passant ,  comme  un  fait  qui  n'a- 
vait pas  encore  eu  lieu,  que  les  Portugais  se 
portèrent  durant  cette  expédition  sur  le  conti- 
nent ;  ils  s'avancèrent  même  jusqu'à  sept  lieues 
dans  les  terres  et,  parvenant  à  un  village  que 
l'on  nommait  Tira,  firent  de  nouveaux  prison- 


—  LANCASTER 


306 


niers  :  après  le  partage  du  butin,  une  partie  de 
la  flotte  se  dispersa,  et  Lançarote,  résolu  à  de 
nouvelles  découvertes ,  prit  le  parti  de  pousser 
jusqu'à  la  Guinée  (1)  :  il  voulait  résoudre  un 
grand  problème,  que  se  posait  l'infant;  il  pré- 
tendait découvrir  dans  toute  son  étendue  le 
cours  du  Nil.  Ainsi  diminuée,  l'expédition  con- 
tinua son  voyage ,  et  parvint  au  delà  des  deux 
Palmiers,  où  s'était  arrêté  Diniz  Dias,  et  où,  à 
proprement  parler,  commençait  la  terre  des  noirs. 
La  température  de  l'air,  les  parfums  qu'exha- 
lait le  sol,  les  fruits  que  l'on  se  procura  firent 
croire  aux  navigateurs  qu'ils  avaient  atteint  les 
régions  baignées  par  le  fleuve  d'Egypte,  et  bientôt 
la  vue  du  Sénégal  leur  persuada  que  le  cours  du 
Nil  était  découvert  :  c'était  une  preuve  de  plus 
de  l'influence  persistante  qu'exerçait  alors  sur 
les  navigateurs  la  géographie  systématique  des 
anciens  :  selon  Pline ,  le  Niger  lui-même  était  un 
bras  du  Nil. 

C'était  beaucoup  que  d'avoir  découvert  un 
fleuve  dont  le  cours  arrose  trois  cent  cinquante 
lieues  de  terrain  :  les  rives  du  Çanaga  virent  se 
renouveler  les  scènes  déplorables  qui  marquaient 
partout  le  passage  des  Européens  :  on  s'empara 
de  deux  jeunes  noirs  qui  plus  tard  furent  instruits 
par  ordre  de  l'infant.  Après  diverses  aventures, 
les  capitaines  avaient  l'intention  de  poursuivre 
leur  voyage  le  long  du  littoral  ;  mais  les  vents  con- 
traires firent  aborder  Goraez  Pirez  au  Cap  Vert, 
où  avait  déjà  été  Diniz  Dias.  Quant  à  Lançarote,  il 
se  dirigea  sur  l'île  de  Tider,  où,  dans  une  seule 
escarmouche,  il  parvint  à  s'emparer  de  cinquante- 
six  Maures.  De  retour  à  Lagos ,  il  cesse  de  pa- 
raître dans  l'histoire  des  autres  expéditions  (2)  : 
ce  fut  Nuno  Tristan  qui  continua  ses  découvertes 
le  long  des  côtes  du  Sénégal.  Ferdinand  Denis. 
Goiriez  Eanez  de  Aziirara,  Conquista  de  Guinè.—  Joâo 
de  Barros,  Da  Asia,  decada  l'». 

L.ANCASTËK  {S\r  James),  navigateur  anglais, 
mort  en  1620.  L'un  des  premiers  marins  an- 
glais qui  pénétrèrent  dans  la  mer  des  Indes,  il 
mit  à  la  voile  de  Plymouth  le  10  avril  1591, 
avec  trois  vaisseaux  :  il  en  perdit  un  dans  le  ca- 
nal Mozambique;  il  visita  Ceylan  et  Sumatra, 
établit  des  relations  avec  les  indigènes,  et  fit  beau- 
coup de  mal  aux  Espagnols  et  aux  Portugais,  qui 
possédaient  alors  tout  le  commerce  de  ces  pa- 
rages. Les  combats,  les  tempêtes,  l'insalubrité 
du  climat,  le  réduisirent  à  rassembler  ce  qui 
lui  restait  de  monde  sur  un  seul  vaisseau  :  il 
tenta  alors  de  regagner  sa  patrie  (  8  décembre 


(1)  On  serait  dans  l'erreur  si  l'on  supposait  que  l'une 
des  îles  Canaries,  connue  sous  le  nom  6'Isla  de  Lança- 
rete,  prit  son  nom  du  navigateur  portugais.  Elle  fut  dési- 
gnée ainsi  d'après  celui  de  Lancelot  Maloysel,  aventurier 
français,  qui  vint  dans  ce  pays  en  1502,  et  qui  faisait  partie 
de  l'expédition  de  Béttiancourt. 

(21  On  peut  supposer,  avec  quelque  raison,  qu'il  eut  un 
fils  ou  un  frère,  nommé  Joâo  Lanparole,  attaché  en  qua- 
lilé  de  secrétaire  à  la  personne  de  I).  Pedro,  duc  de  Coïm- 
bre.  Ce  personnage  avait  été  déclaré  iufâme  à  la  suite  de 
la  bataille  d'Alfanobeira  :  il  y  a  à  la  Bihliottièque  impé- 
riale une  pièce  qui  le  relève  de  cette  condamnation. 


3Q7 


LANGASTER  —  LANCASTRE 


308 


1592).  Il  relâcha  dans  le  golfe  de  Paria  pour  y 
prendre  des  vivres.  Des  vents  contraires  le  pous- 
sèrent sur  une  île  déserte  des  Antilles ,  où 
il  déliarqua  avec  vingt-et-un  hommes.  Le  reste  de 
l'équipage  profita  de  l'absence  de  son  chef  pour 
mettre  à  la  voile,  et  s'approprier  ainsi  le  butin 
ramassé  dans  l'expédition.  Tout  semblait  présager 
que  ce  crime  resterait  ignoré  et  que  Lancaster 
et  ses  compagnons,  demeurés  sans  ressources, 
périraient  rapidement  de  faim  et  de  misère.  Il 
n'en  fut  pas  ainsi  ;  un  navire  français  recueillit 
les  abandonnés,  les  conduisit  à  Saint-Domin- 
gue, puis  à  Dieppe,  et  enfin  Lancaster  débarqua 
à  Rye,  le  24  niai  1593. 

Le  mauvais  succès  de  cette  entreprise  ne  dé- 
couragea pas  Lancaster  :  l'année  suivante,  il 
conduisit  une  autre  flotte  ravager  les  côtes  du 
Brésil,  Il  prit  et  pilla  Fernambuco ,  et  revint  en 
Angleterre  avec  d'immenses  richesses.  En  leOO, 
la  Compagnie  des  Indes  orientales,  nouvellement 
constituée,  lui  confia  sa  première  expédition.  Le 
célèbre  John  Davis  lui  fut  donné  pour  premier 
pilote.  On  partit  de  Torbay,  le  18  avril  1601. 
Lancaster  se  montra  digne  de  sa  mission;  il 
passa  des  traités  de  commerce  avec  les  princes 
d'Achera,  de  Sumatra,  de  Bantam  et  de  Java;  il 
fonda  même  des  fomptoirs  sur  ces  points  impor- 
tants. Le  20  février  1603,  il  se  décida  à  revenir 
en  Europe,  et  faillit,  cette  fois  encore,  périr  dans 
le  golfe  de  Mozambique.  Cependant  il  gagna 
Sainte- Hélène  y  fit  radouber  ses  navires,  et  le 
11  septembre  atterrit  aux  Dunes.  La  reine  le  créa 
chevalier,  et  dès  lors  il  jouit  paisiblement  de  sa 
fortune  et  de  la  grande  considération  qu'il  avait 
acquise.  Lancaster  s'était  toujoursmontré  partisan 
de  la  croyance  d'un  passage  au  nord-ouest  de  l'A- 
mérique et  dans  son  dernier  voyage  il  avait  re- 
cueilli des  documents  précieux  à  l'appui  de  cette 
opinion.  L'expérience  d'un  marin  si  consommé 
fut  décisive  pour  encourager  de  nouvelles  recher- 
ches ;  aussi,  plus  tard,  Baffin  donna-t-il  le  nom  de 
Lancastefs  Sound  à  la  baie  qu'il  découvrit  par 
74°  lat.  nord.  Les  voyages  de  sir  Lancaster  ont 
été  insérés  dans  les  recueils  d'Hackluyt  et  de 
Purchas.  Alfred  de  Lacaze. 

Hackluyt,  Tfie  pvincijpal  Navigations,  etc.,  t.  III.  — 
Purchas,  Pilgrimages,  t.  1.  ■—  Rose,  Biographical  Dic- 

tionary. 

LANCASTER  (Nathaniel),  poète  anglais,  né 
dans  le  Cheshire,  en  1700,  mort  en  1775.  Jl  était 
recteur  de  Staraford-rivers ,  près  d'Ongar,  dans 
le  comté d'Essex.  Le  comte  de  Chohïiondeley,son 
protecteur  et  son  ami,  l'introduisit  dans  le  grand 
monde.  Il  y  brilla  par  son  esprit;  mais  une  cer- 
taine paresse  l'empêcha  de  se  faire  parmi  les 
écrivains  du  temps  une  place  digne  de  son 
mérite.  Il  passa  ses  dernières  années  dans  la 
retraite,  et  composa  divers  ouvrages  que  par 
son  testament  il  ordonna  de  brûler.  On  a  de  lui  : 
£ssaîj  on  Delïcacy;  1748  :  agréable  poëme,  qui 
a  été  inséré  dans  les  Fugitive  Pièces  de  Dodsley  ; 
un  sermon  intitulé  :  Public  Virtue,  or  the  love 


ofour  countrtj  ;  1746,  in-4°,  et  un  poëme  ano- 
nyme publié  sous  ce  titre  :  The  old  Serpent,  or 
methodism  triumphani ,  in-4°.  Z. 

Gentleman's  Magazine,  vol.  HV.  —  ïlu\l,  Select  Lef- 
ters,  t.  I,  p.  7;  II,  p.  132.  —  Chalmers,  General  Biogra- 
phical DicUonary. 

LANCASTRE  OU  LAKCASTER  {Edmond  le 
Bossu,  comte  de),  fils  puîné  de  Henri  lil,  roi 
d'Angleterre,  et  d'Éléonore  de  Provence,  né  à 
Londres,  en  1245,  mort  à  Bayonne,  en  1296.  En 
1253  il  fut  investi,  au  nom  du  pape,  de  la  sou- 
veraineté future  du  royaume  de  Sicile.  Il  avait 
alors  huit  ans,  et  portait  le  nom  de  comte  de 
Chester,  auquel  son  père  ajouta  un  peu  plus  tard 
celui  de  comte  de  Derby,  et  enfin  de  comte  de 
Lancastre.  Henri  lui  conféra  en  même  temps  les 
nombreuses  propriétés  confisquées  sur  la  famille 
des  Montfort.  Ainsi  furent  posés  les  fondements 
de  la  première  maison  de  Lancastre.  Le  comte 
de  Lancastre  partit  pour  la  croisade  en  1269, 
et  revint  en  1271.  Il  se  trouvait  en  Angleterre  à 
l'époquedelamortdesonpère,  en  1272,  et  la  fidé- 
lité qu'il  montra  à  son  frère  aîné,  Edouard  p"^, 
alors  absent,  lui  valut  de  la  part  de  ce  prince  de 
nombreuses  marques  de  faveur.  En  1293,  à  la 
suite  d'un  sanglant  engagement  entre  des  ma- 
rins anglais  et  des  Normands,  sujets  du  roi  de 
France,  le  parlement  de  Paris  cita  Edouard  à 
comparaître.  Le  roi  d'Angleterre  envoya  son 
frère  à  Paris  pour  y  négocier  un  accommodement 
avec  le  roi  de  France  Philippe  le  Bel.  Le  l'''"  jan- 
vier 1294  fut  conclu  un  traité  secret  par  lequel 
le  duché  de  Guienne  devait  être  remis  au  roi  de 
France,  qui  promit  de  le  restituer  au  bout  de 
quarante  jours.  Le  parlement  retira  la  citation 
faite  à  Edouard.  A  l'expiration  des  quarante  jours, 
le  comte  de  Lancastre  rappela  à  Philippe  le  Bel 
ses  engagements,  et  ne  put  rien  obtenir.  «  Phi» 
lippe,  dit  Lingard,  vint  dans  son  parlement,  ré- 
futa les  arguments  des  avocats  d'Edouard  ;  et  quoi- 
que la  citation  eût  été  retirée,  il  prononça  un  ju- 
gement contre  Edouard  pour  défaut  de  comparu- 
tion. Tel  est  le  rapport  fait  par  Edmond  lui-même 
et  inséré  dans  les  Acta  de  Rymer;  il  paraît 
que  la  substance  en  est  exacte,  d'après  les  récits 
des  historiens  français  qui,  en  rapportant  la  ces- 
sion de  la  Guienne,  ne  peuvent  dire  à  quelle 
occasion  elle  eut  lieu.  »  Ce  manque  de  foi  de  la 
part  de  Philippe  amena  la  guerre,  et  le  comte  de 
Lancastre  fut  chargé  de  reconquérir  la  province 
qu'il  avait  imprudemment  cédée.  Il  débarqua  en 
Guienne  en  1295.  Après  quelques  succès,  il  fut 
atteint  d'une  maladie  violente,  et  mourut  presque 
subitement.  Le  comte  de  Lancastre  avait  été  ma- 
rié doux  fois  ;  il  neut  pas  d'enfants  de  sa  pre- 
mière femme,  Aveline,  fille  de  Guillaume,  comte 
d'Albemarle.  Il  laissa  de  sa  seconde  femme, 
Blanche  d'Artois,  reine  douairière  de  Navarre, 
trois  fils  :  Thomas,  Henri,  Jean,  et  une  fille.  Z. 
Duptdale,  The  Baronage  of  England.  —  Rymer,  Aeta, 
t.  Il,  619-626.  —  Lingard,  History  of  England,  c.  xvi. 

LANCASTRE  {Tkomas,  comte  de),  fils  aîné 
du  précédent,  né  vers  1275,    mis  à  mort,  le 


309 

S3  mars  1322.  Cousin  germain  du  roi  d'Angle- 
terre Edouard  II,  premier  prince  du  sang,  héri- 
tier des  immenses  domaines  de  son  père,  Thomas 
de  Lancastre  augmenta  encore  sa  puissance  et 
ses  richesses  en  épousant,  en  1311,  Alice,  fille 
unique  de  Henry  de  Lacy,  comte  de  Lincoln.  I! 
possédait  à  la  fois  les  cinq  comtés  de  Lancastre, 
de  Lincoln,  de  Leicester,  de  Saiisbury  et  de 
Derby.  Lorsque  les  barons  anglais  se  confédé- 
rèrent,  en  1312,  contre  Gaveston,  favori  d'E- 
douard II,  ils  choisirent  pour  chef  le  comte  de 
Lancastre.  A  la  nouvelle  du  danger  qui  le  me- 
naçait, Gaveston  s'enferma  dans  le  château  de 
Scarborough  ,  où  l'armée  des  barons  l'assiégea 
bientôt.  Il  se  rendit,  et  malgré  une  capitulation 
qui  lui  assurait  la  vie  sauve,  les  chefs  des  confé- 
dérés le  condamnèrent  à  mort.  Il  fut  décapité  le 
19  juillet  en  présence  du  comte  de  Lancastre. 
«  Les  annales  du  royaume,  dit  Lingard,  ne  four- 
nissaient aucun  exemple  d'une  pareille  exécution 
depuis  la  conquête.  Ceux  qui  l'ordonnèrent  la 
regardaient  eux-mêmes  comme  une  expérience 
très -hasardeuse,  et  c'est  pour  cette  raison  qu'ils 
avaient  conduit  la  victime  dans  un  lieu  soumis  à 
la  juridiction  du  comte  de  Lancastre,  qui,  par 
sa  grande  puissance  et  par  sa  parenté  avec  le 
roi,  semblait  à  l'abri  de  tout  danger.  Mais  ils 
se  trompèrent,  et  la  mort  de  Gaveston  fut  ven- 
gée dans  la  suite  par  celle  de  son  persécuteur.  » 
Les  confédérés  arrachèrent  à  Edouard  II  le  par- 
don de  leur  acte;  mais,  craignant  que  l'amnistie 
ne  fût  pas  observée,  ils  restèrent  en  armes  et 
refusèrent  de  se  joindre  à  l'expédition  que  le  roi 
conduisait  contre  les  Écossais.  Des  fléaux  qui 
pendant  plusieurs  années  ravagèrent  l'Angleterre, 
la  peste  et  la  famine,  portèrent  au  comble  le 
mécontentement  public,  et  Edouard  fut  forcé  de 
mettre  à  la  tête  de  l'administration  le  meurtrier  de 
son  favori.  Le  3  mai  1316,  le  comte  de  Lancastre 
accepta  la  place  de  président  du  conseil,  aux  trois 
conditions  suivantes,  qui  sont  enregistrées  dans 
les  Rôles  du  parlement  :  il  lui  serait  permis  de 
se  retirer  si  le  roi  refusait  de  suivre  son  avis; 
rien  d'important  ne  serait  fait  sans  qu'il  eût  été 
consulté;  les  conseillers  intimes  seraient  congé- 
diés par  l'ordre  du  parlement.  Ces  précautions 
témoignaient  du  peu  de  confiance  de  Lancastre 
enrers  le  roi,  et  la  lutte  recommença  bientôt  ; 
elle  se  termina  momentanément  par  le  traité  de 
Leek,  le  9  août  1318.  Un  nouveau  favori  du  roi, 
Hugues  Spenser,  que  Lancastre  lui-même  avait 
placé  auprès  d'Edouard,  ne  tarda  pas  à  exciter 
la  jalousie  des  barons,  qui  réclamèrent  l'assis- 
tance de  Lancastre.  Le  28  juin  1320,  une  con- 
yention  fut  signée  par  laquelle  le  comte  et  les 
seigneurs  s'engagèrent  mutuellement  à  pour- 
suivre les  deux  Spenser,  père  et  fils.  Les  confé- 
dérés commencèrent  par  piller  les  domaines  des 
deux  Spenser,  etdemandèrent  leur  bannissement. 
Le  roi  céda  encore,  et  attendit  avec  impatience 
le  moment  de  se  venger.  Un  incident  inattendu 
lui  en  fournit  roccasion.  La  femme  d'un  des 


LANCASTRE  310 

confédérés,  ladyBadlesmere,  refusa  de  recevoir  la 
reine  dans  son  château ,  et  le  roi  demanda  ré- 
paration d'une  injure  que  réprouvait  sévèrement 
l'opinion  publique.  Lancastre,  dont  la  popularité 
était  déjà  sur  le  déclin,  eut  le  tort  de  soutenir 
une  mauvaise  cause,  et  le  tort  non  moins  grave 
d'appeler  à  son  secours  les  Écossais,  les  ennemis 
les  plus  redoutables  de  l'Angleterre.  Edouard, 
averti  de  cette  alliance,  marcha,  au  mois  de  jan- 
vier 1322,  contre  les  confédérés,  déjà  maîtres  de 
Glocester.  A  l'approche  de  l'armée  royale,  le 
comte  de  Lancastre  se  retira  vers  le  nord  ;  mais, 
avant  d'avoir  rejoint  ses  auxiliaires  écossais,  il 
fut  enveloppé  et  forcé  de  se  rendre.  Edouard, 
qui  n'avait  oublié  ni  la  mort  de  Gaveston  ni 
l'exil  de  Spenser,  résolut  de  faire  un  exemple.  Le 
22mars,  à  Pontefract,  lecorate  de  Lancastre  com- 
parut devant  le  roi  et  plusieurs  comtes  et  barons 
du  parti  royal.  «  Comme  il  ne  pouvait  y  avoir 
aucun  doute  sur  sa  culpabilité,  dit  Lingard,  on 
lui  déclara  qu'il  était  inutile  de  parler  pour  sa 
défense;  et  il  fut  condamné,  comme  traître,  à 
être  traîné ,  pendu  et  décapité.  En  considération 
de  son  extraction  royale,  Edouard  retrancha  la 
partie  ignominieuse  du  supplice;  mais  les  assis- 
tants et  les  exécuteurs  de  la  justice,  pour  faire 
preuve  de  loyauté,  accablèrent  d'outrages  le  mal- 
heureux condamné.  Il  fut  conduit  au  lieu  de 
l'exécution  sur  un  petit  cheval  gris  sans  bride; 
un  frère  prêcheur  qui  l'avait  confessé  marchait 
à  ses  cotés  ;  pendant  la  route,  on  lui  jeta  de  la 
boue  et  on  l'insulta  en  ['appelant  roi  Arthur,  nom 
qu'il  avait  pris  dans  sa  correspondance  avec  les 
Écossais,  n  Roi  du  ciel,  s'écria-t-il,  accorde-moi 
merci  ;  car  le  roi  de  la  terre  m'a  abandonné.  » 
Le  cortège  s'arrêta  sur  une  éminence  hors  de  la 
ville,  et  le  comte  s'agenouilla,  le  visage  dirigé  à 
l'est;  mais  on  lui  ordonna  de  le  tourner  vers  le 
nord,  afin  de  regarder  du  côté  où  se  trouvaient 
ses  amis  ;  et  comme  il  était  dans  cette  position,  sa 
tête  fut  tranchée  par  un  exécuteur  de  Londres.  « 
Ainsi  périt  ce  grand  rebelle,  qui,  par  ambition 
personnelle  plus  que  par  dévouement  au  bien 
public,  continua  la  lutte  des  seigneurs  contre  la 
royauté,  et  défendit  les  franchises  obtenues  sous 
Jean  sans  Terre.  Le  peuple  resta  fidèle  à  la  mé- 
moire du  comte  de  Lancastre,  et  Edouard  II  re- 
gretta de  l'avoir  fait  mourir.  Le  jugement  pro- 
noncé contre  lui  fut  annulé  en  1327,  et  Edouard  in, 
sur  la  proposition  du  parlement,  demanda  sa  ca- 
nonisation à  Rome.  Le  pape  refusa.  Le  comte 
Thomas  de  Lancastre  ne  laissa  pas  d'enfant.    Z. 

Ryiner,  Jeta,  111,287-338;  404-449;  846-898.  907-940.  — 
Motiilie  Parlemen  ,  I,  352,364;  111,  362,  363.  —  Knighton, 
Compilatio  de  event.  Angliae.  —  Lingard,  tiistory  ojf 
Enfiland,  c.  xvii. 

s.,AWCASTRE(  Henri,  comte  de),  né  vers  1281, 
mort  en  1345.  Il  s'appela  d'abord  comte  de  Lei- 
cester, et  succéda  au  titre  mais  non  aux  biens 
de  son  frère,  il  ne  joua  qu'un  rôle  secondaire 
dans  les  événements  qui  aboutirent  à  la  chute 
et  à  la  mort  des  deux  Spenser  (voy.  Isabelle  de 
France  ).  Les  vainqueurs  lui  restituèrent  les  do- 


311 

maines  confisqués  sur  son  frère,  et  lui  confièrent 
la  garde  de  leur  captif  Edouard  II.  L'attention 
qu'il  mit  à  adoucir  les  souffrances  de  son  prison- 
nier ne  s'accordant  pas  avec  les  intentions  de  la 
reine  et  de  Mortiraer,  on  le  lui  retira  pour  le 
confier  à  Jean  de  Maltravers.  Lancastre  ne  prit 
aucune  part  au  meurtre  d'Edouard,  et  il  se  mit 
bientôt  en  hostilité  ouverte  avec  Its  deux  insti- 
gateurs du  crime ,  Isabelle  et  son  amant  Morti- 
mer.  Mais,  malgré  l'autorité  que  lui  donnait  son 
titre  de  président  du  conseil  et  de  gardien  du 
roi,  il  dut  plier  devant  le  favori  en  1328.  Il  de- 
manda pardon  en  présence  des  deux  armées,  et 
s'engagea  «■  à  ne  faire  ni  faire  faire  aucun  mal  ou 
injure  au  roi,  aux  deux  reines  ou  h  toute  autre 
personne  élevée  ou  de  basse  classe,  de  leur  con- 
seil ou  de  leur  maison  ».  Sa  faiblesse  ne  l'empê- 
cba  pas  d'être  emprisonné  en  1 330,  par  l'ordre 
de  Mortimer.  11  fut  remis  en  liberté  l'année  sui- 
vante après  la  chute  du  favori,  et  n'eut  plus  de 
part  aux  affaires  publiques.  Il  laissa  un  fils  et 
six  filles.  Z. 

Rymer,  ^cta,  IV,  220-260.  —  Rotul.  Parlem.,  II,  82.  — 
Knighton,  Compil.  de  Eventibus  Anglix.  —  Lingard, 
History  of  England,  c.  xvii,  xviii. 

LANCASTRE  {Henri,  comte  de  Derby  et  duc 
be),  fils  du  précédent,  né  vers  1310,  mort  en 
1362.  Il  fit  ses  premières  armes  dans  la  guerre 
contre  les  Écossais,  et  reçut  d'Edouard  III,  en 
f\il,  le  titre  de  comte  de  Derby.  La  même  au- 
née  il  fut  chargé  de  reprendre  l'île  de  Cadsand, 
où  les  Français  avaient  mis  garnison  et  qui  gê- 
nait les  communications  de  l'Angleterre  avec  la 
Flandre.  Il  débarqua  dans  l'île  avec  Ix  cents 
hommes  d'armes  et  deux  mille  archers,  et  cul- 
buta l'armée  ennemie.  Il  fut  blessé  dans  l'action, 
et  eût  péri  sans  le  secours  de  son  plus  vaillant 
lieutenant,  Gautier  de  Manni  (1).  Les  vainqueurs 
s'emparèrent  de  l'île  de  Cadsand,  qu'ils  pillèrent 
et  incendièrent,  le  10  novembre  1337.  En  1339 
il  accompagna  Edouard  dans  la  campagne  de 
Flandre,  et  assista  en  1340  à  la  bataille  de  L'É- 
cluse, où  la  marine  française  fut  détruite.  En 
1342  il  eut  le  commandement  d'une  arm/^eiontre 
les  Écossais,  et  en  1344  il  fut  envoyé  en  Espagne 
pour  traiter  avec  Alphonse  XI,  roi  de  Castille. 
Au  retour  de  sa  mission,  il  l'ut  nommé  lieutenant 
du  roi  d'Angleterre  en  Aquitaine,  et  débarqua  à 
Bayonne,  le  6  juin  1345.  Il  réunit  à  ses  Anglais 
la  noblesse  de  la  Gascogne  et  les  milices  de 
Bordeaux,  et  marcha  sur  Bergerac,  où  comman- 
dait le  comte  de  L'Ile-Jourdain,  lieutenant  du  roi 
de  France,  Philippe  VI,  en  Périgord,  Limousin  et 
Saintonge.  «  On  vit  dès  la  première  rencontre, 
dit  M.  Henri  Marlin,  toute  la  supériorité  des  ar- 
chers anglais  :  les  pauvres  bideaux  ou  fantas- 
sins mal  armés  qu'avait  ramassés  le  comte  de 
L'Ile-Jourdain  furent  balayés  en  un  moment  par 
les  terribles  sayettes  (flèches)  des  ennemis,  se 


LANCASTRE  312 

rejetèrent  sur  les  gens  d'armes  et  portèrent  le 
désordre  parmi  eux;  les  faubourgs  de  Bergerac 
furent  enlevés  de  vive  force.  L'Ile-Jourdain  et 
ses  gens  d'armes  défendirent  bravement  la  ville; 
mais.  Derby  ayant  mandé  de  Bordeaux  des  nefs 
et  barques  pour  donner  l'assaut  par  terre  et  par 
eau,  L'Ile-Jourdain  dut  évacuer  Bergerac  et  se 
retirer  dans  La  Réole  (26  août).  Derby  accorda 
merci  aux  habitants,  reçut  leur  serment  de 
féauté,  au  nom  du  roi  son  seigneur,  et  poussa 
vigoureusement  sa  pointe  dans  le  Périgord,  l'A- 

genais  et  la  Lomagne Puis  il  vint  se  reposer 

à  Bordeaux.   »  Les   barons  d'Aquitaine  profi- 
tèrent de  sa  retraite  pour  assaillir   le  château 
d'Auberoche  en  Périgord,  où  le  comte  de  Derby 
avait  mis  garnison.  Le  général  anglais  avec  Gau-; 
tier  de  Manni  accourut,  et  mit  l'armée  franco- 
gasconne  en  pleine  déroute,  le  23  octobre  1345.i 
Cette  victoire  valut  aux  Anglais  tout  le  pays; 
entre  la  Garonne  et  la  Charente,  excepte  quel- 
ques places  fortes  comme  Périgueux  et  Blaye.: 
Si  l'on  en  croit  Froissart,  Derby  et  Manni  ho- 
norèrent leurs  succès  par  leur  humanité.  Effrayé i 
des  avantages  des  Anglais,  Philippe  VI  fit  les  plus 
grands  efforts  pour  y  mettre  un  terme.  Il  réunit 
dans  Toulouse  en  1346  «unearméedeplusdecenti 
mille  hommes  de  têtes  armées  »,  dit  Froissart.  Le 
duc  de  Normandie,  qui  commandait  cette  armée, 
reprit  Angoulême,  Saint-Jean-d'Angely,  et  mit  lei 
siège  devant  la  ville  d'Aiguillon,  défendue   par  : 
Manni  et  Pembroke  ;  mais  la  bataille  de  Crécy  \ 
(août   1346)   le  força  de  ramener  ses  troupes; 
dans  le  nord,  et  de  livrer  le  midi  au  comte  de* 
Derby,  qui  avait  pris  depuis  la  mort  de  son  père  ' 
le  titre  de  comte  de  Lancastre.  Les  Anglais  s'a- 
vancèrent jusqu'à  la  Loire,  et  retinrent  à  Bor- 
deaux avec  un  immense  butin.  Le  comte  de  Lan- 
castre  alla  ensuite  rejoindre  Edouard  devant  i 
Calais,  et  repoussa,  le  27  juillet  1347,  l'attaque  i 
de  Philippe  contre  les  lignes  anglaises.  Il  fut  un  t 
des  premiers  chevaliers  de  la  Jarretière,  et  reçut, 
en  1352,  le  titre  de  duc  de  Lancastre.  Il  partit 
la  même  année  pour  la  croisade  ;  mais  il  n'alla  • 
pas  même  j  usqu'en  Terre  Sainte.  La  guerre  entre  t 
la  France  et  l'Angleterre  recommença  en  1356.  Le 
duc  de  Lancastre,  qui  guerroyait  en  Bretagne 
contre  le  parti  de  Charles  de  Blois ,  envahit  la 
Normandie,  mais  il  évita  de  se  mesurer  contre 
les  forces   supérieures  du  roi  de  France  Jean. 
Dans  les  années  suivantes,  il  administra  la  Bre- 
tagne pour  Edouard  et  Jean  de  Monlfort.  D'a- 
près Froissait,  il  décida  par   ses   instances  le 
roi  d'Angleterre  à  faire  la  paix,  qui  fut  conclue  à 
Bretigny  en  1360.  Il  mourut  de  la  peste  deux 
ans  après  ce  traité,  ne  laissant  que  deux  filles. 
Avec  lui  finit  la  première  maison  de  Lancastre. 
Une  de  ses  filles.  Blanche,  mariée  à  Jean  de  Gand, 
comte  de  Richmond,  troisième  fils  d'Edouard  III, 
fut  la  tige  de  la  seconde  maison  de  Lancastre.  Z. 


(1)  Mauni  dans  les  éditions  de  Froissart.  Mais  le  vrai 
nom  est  M;inni  ou  Masni.  Voy.  A.  Le  Beau,  Dissertation 
sur  le  Siège  de  Calais, 


Froissart,  Chroniques,  68-70,  J16-241 ,  280-286.  — 
Rymer,  ^cca,  t.  IV  et  V.  —  Knighton,  Compilatio.  — • 
Henri  Martin ,  Histoire  de  France,  t.  V,  I.  xxix  et  xxx- 


313 

LANCASTRE  (/mn  DE  Gand,  doc  de),  gendre 
du  précédent,  et  troisième  fils  d'Edouard  llî  et 
de Philippa  de  Hainaut,  naquità  Gand,  en  1339,  et 
mourut  en  1399.  Ilépousa  en  1359  Blanche,  fille  de 
Henri  de'Lancastre,  et  succéda  au  titre  de  son 
beau-père  en  1362.  Il  suivit  le  prince  de  Galles 
en  Espagne,  et  se  signala  à  la  bataille  de  Najara 
(1367),  qui  replaça  Pierre  le  Cruel  sur  le  trône 
de  Castille.  Après  la  seconde  déchéance  et  la 
mort  de  ce  prince,  le  duc  de  Lancastre,  qui  avait 
perdu,  en  1369,  sa  première  femme,  épousa  en 
1370  la  fille  aînée  de  Pierre  le  Cruel.  11  prit  en 
même  temps  le  titre  de  roi  de  Castille  et  de  Léon . 
Ses  prétentions  irritèrent  le  véritable  roi  de  Cas- 
tille, Henri  de  Transtamare,  qui  s'allia  étroite- 
ment avec  le  roi  de  France.  En  1370,  le  comte 
de  Lancastre  conduisit  quelques  troupes  à  son 
frère,  leprince  Noir,  qui  luttait  péniblement  contre 
les  forces  du  roi  de  France  et  l'insurrection  des 
Aquitains,  et  au  mois  de  janvier  suivant  il  reçut 
du  prince  le  commandement  de  l'armée  anglaise 
et  le  gouvernement  de-  la  Guienne.  Se  trouvant 
trop  faible  pour  agir,  il  alla  chercher  du  secours 
en  Angleterre  au  printemps  de  1372.  Une  grande 
expédition  préparée  contre  la  France  fut  disper- 
sée par  la  tempête,  et  Lancastre  remit  à  l'année 
suivante  ses  projets  d'invasion.  Vers  la  fin  de 
juillet  1373,  il  débarqua  à  Calais,  et  pénétra  eu 
Artois.  Charles  V  et  ses  prudents  lieutenants,  du 
Guesclin  et  Clisson,  se  tinrent  sur  la  défensiYe, 
et  nul  corps  d'armée  ne  barra  le  chemin  aux  An- 
glais, qui  franchirent  successivement  la  Somme, 
l'Oise,  l'Aisne,  la  Marne,  l'Aube,  la  Seine,  ga- 
gnèrent la  haute  Loire  et  se  dirigèrent  vers  la 
Gaienne  par  l'Auvergne  et  le  Limousin,  ravageant 
tout  sur  leur  passage,  etharceléspar  les  habitants 
et  des  corps  détachés  de  l'armée  française.  «  Les 
Anglais  n'eurent  mie  toutes  leurs  aises  en  ce 
voyage  » ,  dit  Froissart.  Un  automne  froid  et 
pluvieux  les  acheva,  et  le  duc  de  Lancastre  n'at- 
teignit la  Dordogne  qu'avec  les  débris  de  son 
armée.  Sur  trente  mille  chevaux  de  selle  ou  de 
trait,  débarqués  à  Calais,  «  les  Anglais  n'en 
purent  pas  mettre  à  Boideauxsix  mille,  dit  Frois- 
sart, et  bien  avoient  perdu  le  tiers  de  leurs  gens 
et  plus.  On  voyoit  de  nobles  et  illustres  cheva- 
liers, qui  avoient  de  grands  biens  dans  leur  pays, 
se  traîner  à  pied,  sans  armure,  et  mendier  leur 
pain  de  porte  en  porte,  sans  en  trouver.  »  Cette 
campagne  désastreuse  mit  le  duc  de  Lancastre 
hors  d  état  de  rien  entreprendre,  et  en  1374  i! 
retourna  en  Angleterre  pour  n'être  pas  témoin 
de  la  perte  de  l'Aquitaine.  Une  trêve  d"un  an 
I  fut  signée  en  juin  1375.  Les  Anglais  ne  gardèrent 
j  de  leurs  conquêtes  que  Calais.  Il  en  résulta  une 
vive  impopularité  pour  le  duc  de  Lancastre,  que 
la  maladie  de  son  frère  aîné  et  l'âge  avancé  de 
son  père  avaient  autorisé  à  prendre  les  rênes  de 
l'administration.  Le  prince  Noir,  qui  se  mourait 
etqui  redoutait  pour  son  fils  Richard,  héritier  pré- 
somptif de  la  couronne  d'Angleterre,  la  puissance 
de  Lancastre,  appuya  l'opposition  des  communes. 


LANCASTRE  314 

qui  réclamèrent  énergiquement  et  obtinrent  l'é- 
loignement  du  duc.  La  mort  du  prince  Noir 
(8  juin  1376),  enleva  toute  force  aux  représenta- 
tions des  communes  ;  le  parlement  fut  dissous,  et 
le  due  de  Lancastre  reprit  la  première  place  dans 
l'administration,  lise  servit  de  son  pouvoir  pour 
protéger  Wycliffe  contre  la  ju.stice  ecclésiastique 
et  une  émeute  populaire.  Edouard  III  mourut 
peu  après  (juin  1377),  et  Richard,  son  petit- fil  s, 
âgé  de  onze  ans,  lui  succéda  sans  opposition. 
Le  premier  parlement  du  nouveau  roi  se  com- 
posa en  grande  partie  d'ennemis  du  duc  de  Lan- 
castre ,  et,  au  lieu  de  conférer  la  régence  à  ce 
prince  seul ,  il  se  contenta  de  lui  donner  place 
dans  le  conseil.  La  trêve  avec  la  France  était 
rompue;  le  duc  de  Lancastre  conduisit,  en  1378, 
une  armée  contre  Saint-Malo,  dont  il  ne  put  s'em- 
parer, et  revint  en  Angleterre  à  l'approche  de 
l'hiver,  sans  avoir  rien  fait.  Cet  échec  augmenta 
encore  son  impopularité ,  et  une  formidable  in- 
surrection, dirigée  principalement  contre  lui, 
éclata  dans  l'été  de  1381.  Les  rebelles  qui  avaient 
pris  pour  mot  d'ordre  «  Le  roi  Richard  et  les 
communes»,  mais  qui  prétendaientdétruire  l'aris- 
tocratie {votj.  Richard  II),  obtinrent  d'abord  des 
succès,  et  pillèrent  plusieurs  palais  de  Londres, 
entre  autres  celui  du  duc  de  Lancastre  ;  mais, 
découragés  par  la  mort  de  leur  chef  Tyler,  ils 
se  dispersèrent.  Le  duc  de  Lancastre  était  à  cel'c 
époque  sur  les  frontières  d'Ecosse ,  occupé  à  né-' 
gocier  avec  les  Écossais.  Craignant  d'abord  que 
le  roi  ne  fût  d'accord  contre  lui  avec  les  rebelles, 
il  se  ref^  .  à  Edimbourg.  Il  ne  tarda  pas  à  être 
rappelé  honorablement  par  son  neveu.  De  graves 
soupçons  s'élevèrent  de  nouveau  dans  l'esprit 
du  roi  contre  le  duc  ;  tandis  que  celui-ci  se  trou- 
vait sur  le  continent  pour  négocier  une  prolon- 
gation d'armistice  avec  la  France ,  un  de  ses 
agents  fut  étranglé  par  Jean  Holland ,  frère  utérin 
du  roi.  Lui-même  aurait  été  arrêté  au  retour 
s'il  ne  s'était  réfugié  dans  son  château  de  Ponte- 
fract.  La  guerre  civile  allait  éclater  lorsque  la 
prince  1  de  Galles,  mère  de  Richard,  parvint  à 
réconcilier  le  jeune  roi  et  son  oncle  en  1385. 
Vers  le  même  temps,  le  roi  de  Portugal,  Jean  V , 
sollicita  les  secours  du  duc  de  Lancastre  contre 
leur  ennemi  commun,  le  fils  et  l'héritier  de  Henri 
de  Transtamare.  Le  duc  accueillit  avec  plaisir  un 
projet  qui  pouvait  le  placer  sur  le  trône  de  Cas- 
tille, et  Richard,  charmé  de  trouver  un  prétexte 
d'éloigner  son  oncle ,  lui  prodigua  les  ressources 
de  l'Angleterre.  L'hiver  se  passa  en  préparatifs,  et 
le  6  juillet  1386  une  flotte  emportant  une  armée  de 
vingt  mille  hommes  fit  voile  pour  l'Espagne.  Le 
duc  débarqua  à  La  Corogne,  conquit  la  Galice  et 
fit  sa  jonction  avec  le  roi  de  Portugal,  qui,  pour 
mieux  cimenter  leur  alliance,  épousa  Philippa, 
fille  aînée  du  duc  de  Lancastre  et  de  sa  première 
femme.  La  seconde  campagne  fut  malheureuse, 
et  le  duc  termina  la  lutte  en  mariant  une  de  ses 
filles,  Catherine,  avec  don  Eurique,  fils  du  roi 
d'Espagne.  Il  reçut  de  plus,  pour  prix  desa  renon- 


315 


LANCASTRE 


316 


dation  au  trône,  deux  cent  mille  couronnes  et 
une  annuité  de  cent  mille  florins.  L'absence  de 
Laiicastre  servit  mal  Richard,  qui  fut  exposé  aux 
projets  ambitieux  d'un  autre  de  ses  oncles,  le  duc 
de  Giocester.  Lancastre,  au  retour,  réconcilia  le 
roi  avec  Glooester.  Richard,  comme  récompense, 
loi  permit  d'épouser  une  femme  de  petite  noblesse, 
Catherine  Rouet,  dont  il  avait  plusieurs  enfants. 
Ces  enfants  furent  légitimés  sous  le  nom  de 
Beaufort.  Lancastre  obtint  peu  après  la  souve- 
raineté de  la  Guienne;  mais  il  ne  put  faire  recon- 
naître son  autorité  des  Gascons,  et  là  donation 
fut  révoquée.  Pour  le  dédommager,  le  roi  créa 
en  1397  le  comte  de  Derby,  son  fils  aîné,  duc  de 
Hereford,  et  fit  marquis  de  Somerset  un  autre  de 
ses  fils.  —  Le  duc  de  Lancastre  avait  été  marié 
trois  fois.  De  son  premier  mariage  avec  Blanche 
de  Lancastre  il  eut  deux,  filles  :  1°  Philippa,  ma- 
riée à  Jean  de  Portugal  ;  2"  Elisabeth,  mariée  à 
Jean  Holland,  comte  d'Exeter  ;  et  un  fils,  Henri, 
d'abord  comte  de  Derby,  puis  duc  de  Hereford 
et  enfin  roi  sous  le  nom  de  Henri  IV;  de  sa  se- 
conde femme.  Constance,  il  eut  une  fille  nommée 
Catherine,  qui  épousa  Enrique  ou  Henri  III,  roi 
de  Castille;  de  Catherine  Rouet,  il  eut  une  fille, 
Jeanne,  mariée  au  comte  de  Westmoreland ,  et 
trois  fils  :  Jean  de  Beaufort,  comte  et  marquis 
de  Somerset;  Thomas  de  Beaufort,  duc  d'Exe- 
ter ;  Henri  de  Beaufort,  cardinal  de  Winchester, 
Henri,  duc  de  Hereford,  succéda  aux  titres  et 
biens  de  son  père.  Avec  lui  commença  cette 
grande  lutte  des  maisons  de  Lancastre  et  d'York, 
qui  agita  l'Angleterre  pendant  le  quinzième  siècle 
(t;oî/.  Henri  IV).  Z. 

Frnissart ,  Chroniques.  —  C?ironique  de  Saint-Denis. 
—  Holiil.  Parlem.,  11,  III.  —  Rynier,  y4cta,  V,  VI.  — 
Walsirigham,  Historia  brevis.  — Dom  Lobineau, .Histoire 
de  Bretagne,  t.  Xll.  —  Emma  Roberts,  Memoirs  of  the 
rival  hoiises  of  York  and  J.ancaster. 

LANCASTRE  (  Dofiâ  Felippa  de  ),  reine  de 
Portugal,  fille  du  précédent  morte  le  18  juillet 
1415.  Son  père  se  croyant  des  droits  à  la  cou- 
ronne de  Castel,  débarqua  en  1386  à  la  tête  d'une 
flotte  puissante  dans  la  Galice.  Il  passa  en  Por- 
tugal, et  joignit  ses  forces  à  celles  de  Joâo  [*"", 
grand-maître  de  l'ordre  d'Aviz,  auquel  le  peuple 
venait  de  décerner  la  couronne.  11  emmenait 
avec  lui  ses  deux  filles  Catherine  et  Felippa; 
le  jeune  souverain  admira  la  beauté  de  cette 
dernière  princesse,  et  fut  surtout  touché  de  ses 
vertus.  La  discipline  ecclésiastique  ne  lui  per- 
mettait pas  néanmoins  de  l'épouser  immédiate- 
ment :  pour  contracter  ce  mariage ,  il  dut  se 
faire  relever  des  vœux  qu'il  avait,  prononcés 
comme  grand-maître  de  l'ordre  d'Aviz.  Le  pape 
Urbain  VI  ayant  accordé  les  dispenses  néces- 
saires, .lean  i*^"^  de  Portugal  épousa  solennelle- 
ment à  Porto  la  nièce  du  roi  d'Angleterre,  un 
samedi  2  février  de  l'année  1387.  Jamais  union 
avec  une  princesse  étrangère  ne  fut  plus  heu- 
feuse  que  celle-ci  pour  le  Portugal.  Dona  Fi- 
lîp'pa  transmit  ses  hautes  qualités  aux  nombreux 
enfants  qu'elle  eut  de  son  mariage,  et  qui  illus- 


trèrent la  maison  d'Aviz.  On  ne  saurait  oubliei 
qu'elle  fut  la  mère  dedom  Henriqne,  surnommé  k> 
Navigatetir,  decedom  Pedro d'Alfarrobeira,  quf 
les  chroniqueurs  du  temps  qualifient  «  d'homme 
presque  divin  (homem  qiia.n  divinal)  »,  et  enfir 
de  cet  héroïque  infant  dom  Ferhand  ,  qui  mourut 
dans  les  fers,   pour  conserver  à  son  pays  un( 
cité  qu'on  regardait  alors  comme  la  clef  de  l'A- 
frique. Dona  Filippa  avait  vingt- huit  ans  lors- 
qu'elle épousa  dom  Joâo.  Elle  perdit  ses  deux  pre- 
miers nés,  Dona  Bratica  et  dom  Affonso.  Dom 
Duarte  (  Edouard  ) ,  qui  monta  sur  le  trône  et  qu'on 
a  surnommé  parfois  le  Roi  éloquent,  lui  dut  cet 
esprit  d'équité ,  cet  amour  persévérant  pour  les 
lettrés ,  qui  lui  assignent  un  rang  distingué  dani 
l'histoire   du   Portugal.    A    l'époque   où    cettel 
reine ,  à  l'esprit  viril  et  tendre  à  la  fois,  s'occdi 
pait  avec  îant  de  sollicitude  du  développement 
de  ces  nobles  intelligences,  la  cour  de  Lisbonne 
offrait  un  assemblage  de  lumières  et  de  vertus 
privées  qu'on  ne  rencontrait  dans  aucun  autre 
pays.  Jamais  chez  dona  Felippa  l'affection  ma- 
ternelle   ne   prédornina    au   point    qu'elle  pûi 
mettre  en  oubli  l'honneur  du  pays,  même  quand 
ellp  pouvait  redouter  quelque  grand  péril  poui 
ses  fils.  Lorsque  l'expédition  pour  Ceuta  fut  ré- 
solue, elle  fut  la  première  à  en  préconiser  les  im-; 
menses  résultats  et  à  souhaiter  que  les  jeunes 
princes  allassent  s'y  former  aux  vertus  guerrières, 
qui  méritaient  à  l'un  d'eux  le  titre  de  chevalier .i 
Elle  ne  put  jouir,  toutefois,  de  la  gloire  qui  cou- 
ronna les  premiers  effôts  des  iftfants  :  la  flotte 
qtii  devait  les  conduire  éh  Afrique  allait  mettre  à 
la  voile,  lorsqu'elle  se  sentit  atteiiite  de  la  pesta 
i-épandue  alors  dans  la  Péninsule.  En  vain  le  roœ 
lui   offrit- il   d'ajourner  son  départ,  dont  le  bdfc 
d'ailleurs  était  célé  à  tout  le  moride ,  elle  ne  voit 
liit  jamais  consentir  à  iin  pareil  retard.  On  af-l 
Armé  inême  qu'animée  d'uri  esprit  prophétiquéi 
elle  pressa  le  départ  de  Varmada ,  disant  qttè' 
les  conquêtes  réservées  cette  fois  aux  armés 
portugaises   n'étaient  que  le  faible  début  de  la 
gloire  dont  la  nation  allait  se  couronner.  Déjà 
attaquée  par  M  maladie,   dona  Felippa  avait 
quitté  Lisbonne,  et  s'était  fait  transporter  dans 
le  bourg  de  Sacavem.  Ce  fut  là  qu'elle  vit  poui* 
la  dernière  fois    dom  Joao  :   ce  prince  ne  se 
sentit  pas  la  force  d'assister  à  ses  dernières  an- 
goisses; il  la  quitta  en  versant  des  larmes  abon- 
dantes, et  se  retira  plein  de  deiiit  à  Aihos  Ve- 
dros.  La  reine  expira  la  veille  du  jour  où  la  flotte 
devait  mettre  à  la  voile  pour  Ceuta.  Elle  fut  en- 
terrée à  Batâlha  Ferdinand  Denis. 

.losé  Soares  da  Sylva,  Memoriai  para  a  historia  dèl 
Rey  don  foâol".—  Barbosa,  Catalorio  das  R/tînhas.  — 
Schacffor,  flist.  rie  Portiiçial.  —  Soiiy.a,  Historia  genea- 
logica.  —  Éetracos  e  E/ogios  dos  varôes  e  donas. 

iL.'t!VCASTiIîE(Dona  Felippa  de),  religiens'é! 
et  poète  portugaise,  petite-fille  de  la  précédente,' 
née  à  Coimbre,  en  1437,  morte  à  Odivellas,  le 
If  février  1493.  Elle  était  fille  du  duc  de  Coïrnbrè 
doWi  Pedro  d'Alfarrobeira.  Au  milieu  des  mal- 
heurs qui  vinrent  assaillir  sa  famille,  elle  de- 


7  LANCASÏRE 

la  an  cloître  la  paix  qu'elle  ne  put  ren- 

ler  à  la  cour.  Retirée  au  monastère  d'Odi- 

s ,  elle  traduisit   du  latin  en  portugais  :  0 

jivro  do  menosprecio  do  Mundo  de  S.  Lau- 

ent  Justinien;  elle  fit  suivre  ce  volume  d'un 

uvrage   écrit   en    français   :    Le    Livre    des 

^'ivanqile.s ,  suivi  d'' homélies  pour  tous  les 

ours  de  l'année,  dont  elle  donna  une  version 

ïtine.  Elle  écrivit  aussi  en  portugais  des  poé- 

ies  fort  supérieures  à  celles  qu'on  faisait  alors, 

t  qui  rappellent  un  peu ,  par  leur  caractère 

assionné,  celles  de  sainte  Thérèse  ;  elles  n'ont 

imais été  imprimées;  VAgiologio  Ltt.sitano  en 

onne  un  fragment.  Dona  Felippa,  qui  portait 

3  titre  de  reco//iirfœ  (recueillie),  ne  s'était  pas 

empiétement  détachée  du   monde;  toutes  ses 

ffections  s'étaient  portées  sur  un  prince   de  sa 

imille  :  elle  avait  adopté,  pour  ainsi  dire,  l'infant 

Ufonse,  fils  de  Jean  II,  qui  était  destiné  à  monter 

ur  le  trône;  elle  entourait  ce  jeune  prince  de  soins 

aspirés  par  la  plus  vive  sollicitude.  Lorsqu'un 

Ccident  imprévu  l'eut  privé  de  la  vie,  sa  tante 

le  fit   plus  que  languir,    et  pour   nous  servir 

es  expressions  d'une  religieuse,  sa  contempo- 

mloraine,  elle  «  s'endormit  doucement  au   Sei- 

neur  ».  Sa  mémoire  est  encore  en  vénération  à 

'jbdivellas  ;  on  y  montrait  naguère  un  livre  d'un 

"laut  prix,  qui  prouvait  combien  la  royale  recluse 

s|.vait  su  varier  ses  études.  Ce   livre  était  un 

Jvangéiiaire  orné  de  peintures  charmantes,  exé- 

utées  toutes  par  la  princesse.    Ferd.  Denis. 

Cârdoso,  Jginlogio  Lusitano.  —  Barbosa  Machado,  Bi- 

Hotheca  Ltisitana.  —  Souza,  Historia  en  Gealogica. 

LANCASTRE  (D.  Joâo  de),  écrivain  portu- 
;ais,  né  en  1501,  mort  à  Coïmbre,  le  22  août 
571.11  descendait  de  la  famille  royale,  et  avait 
itfnr  père  ce  dom  Jorge,  auquel  Jean  II  desti- 
lait  la  couronne  au  préjudice  d'Emmanuel  ;  on 
ecréa  premier  duc  d'Aveiro  et  marquis  de  Tor- 
■es-Novas.  11  fut  choisi  pour  accompagner  de 
îastille  en  Portugal  la  fille  de  Charles  Quint, 
orsqu'elle  dut  épouser  son  cousin.  Il  fonda  deux 
auvents  de  chartreux  dans  la  montagne  d'Arra- 
)ida.  Marié  à  dona  Juliana  de  Lara,  il  eut  d'elle 
plusieurs  enfants,  dont  l'aîné  fut  tué  à  la  bataille 
i'Alcaçar  Kebir.  On  a  de  dom  Joâo  de  Lancastre 
m  hvre  devenu  rarissime  :  Paixâo  de  Christo 
'irada  dos  quatro  Evangelistas;  Lisbonne, 
juiz  Rodrigue^,  1542  ,  ia-4°.  C'est  simplement 
lune  taduction  latine  du  livre  de  Crispoldo  Rea- 
llino ,  écrit  en  italien.  F.  D. 

!  Barbosa  Machado,  Bibliotheca  Lusitana. 
j  *  LANCE  (  Georges),  peintre  anglais ,  né  le  24 
oiars  1802,  à  Little-Easton,  près  de  Colchester, 
excelle  dans  la  production  des  fruits ,  des  fleurs 
et  de  la  nature  morte.  Il  est  élève  de  B.-R.  Haydon. 
Ses  débuts  l'encouragèrent  à  persister  dans  un 
genre  où  il  n'avait  pas  de  rivaux  :  depuis  vingt 
ans,  M.  Lance  envoie  aux  expositions  anglaises 
des  tableaux  de  fruits  qui  sont  recherchés  par 
les  plus  riches  amateurs.  On  cite  particulière- 
ment de  lui  de  très-beaux  tableaux  de  nature 


—  LANGELIN  318 

morte ,  tels  que  le  Combat  de  hérons  et  Le 
Paon  inanimé,  et  plusieurs  tableaux  de  genre 
historique,  entre  autres,  Mélanchthon  dou- 
tant pour  la  première  fois  de  V  Église,  œuvre 
qui  remportaleprix  décerné  par  l'académie  deLi- 
verpoolen  I83fi,  et  Le  maréchal  de  Biron  s'en- 
temianl  reprocher  sa  trahison  par  sa  sœur. 
Le  S^n^cAa/ est  une  des  toiles  les  plus  estimées  de 
M.  Lance.  —  La  Chasse  au  Sanglier,  de  Valas- 
quez,  que  l'on  voit  à  la  Galerie  nationale,  est  en 
grande  partie  l'œuvre  de  M.  Lance,  qui  dut  re- 
peindre ce  tableau  à  la  suite  d'un  accident  dont  il 
avait  souffert  au  rentoilage.  Les  œuvres  de  cet  ar- 
tiste se  recommandent  par  une  composition  har- 
monieuse, une  couleur  pleine  d'éclat,  et  une  exé- 
cution d'un  fini  tellement  minutieux  que  parfois 
l'effet  général  en  est  amoindri.  Au  jugement  des 
Anglais  elles  peuvent  soutenir  la  comparaison 
avec  les  meilleures  productions  de  l'école  hollan- 
daise. Il  y  en  avait  quatre  à  l'exposition  de  Paris  : 
Des  fruits ;aaSingecoi//é  d'une  toque  rouge; 
La  Coquette  du  village;  et  un  singulier  tableau 
intitulé  :  La  Vie  et  la  Mort,  représentant, 
d'une  part,  des  canards  sans  vie  et  des  œufs 
frais,  et,  de  l'autre,  des  carpes  pâmées  et  des 
poissons  rouges  dans  un  bocal.  E.  Cottenet. 
The  Art  Journal,  1857.  —  Men  of  the  Time,  lSo7.  — 
Max.  du  Camp,  Les  Beaux- Arts  à  l'Exposition. 

*  LANCK  {Adolphe-Etienne),  architecte 
français,  né  à  Littry  (Calvados),  le 3  août  1813. 
Il  débuta  sous  les  auspices  de  M.  Visconti, 
fonda,  en  1847,  le  Moniteur  des  Architectes, 
donna  au  Siècle  un  grand  nombre  d'articles  sur 
les  beaux-arts  et  l'archéologie ,  et  dirige  depuis 
1852  {'Encyclopédie  d'Architecture.  En  1850 
il  fut  attaché  en  qualité  d'inspecteur  des  tra- 
vaux publics  aux  travaux  en  cours  d'exécution 
à  l'église  de  Saint-Denis.  Nommé  architecte 
du  gouvernement  au  mois  d'octobre  1854,  il 
fut  chargé  de  la  restauration  des  édifices  dio- 
césains de  Sens  et  de  Soissons.  On  a  encore 
de  M.  Lance  :  Sur  V  Assainissement  des  ha- 
bitations, travail  publié  en  1850  par  la  So- 
ciété centrale  des  Architectes; —  Du  Concours 
comme  mot/en  d'améliorer  l'état  de  l'Archi- 
tecture et  la  situation  des  Architectes;  Paris, 
1848;  — des  notices  biographiques  sur  les  archi- 
tectes Achille  Leclère ,  Abel  Blouet ,  Leta- 
rouilltj;  —  Du  Diplôme  d'architecte,  etc. 

Documents  partie. 

LANCEiJN,  poète  français,  né  à  Laval,  dans 
le  dix-huitième  siècle.  On  ne  sait  rien  sur  sa  vie. 
Sesœuvres,peu  dignes  d'estime,  sont  :  Histoires 
secrètes  du  Prophète  des  Turcs;  1754  et  1775, 
2  vol.in-12;  —  Le  Triomphe  de  Jésus-Christ 
dans  le  Désert,  traduction  libre  du  Paradis 
reconquis  de  Milton;  1755,  in-12;—  La  Cal- 
Hpédie,  ou  manière  d'avoir  de  beaux  enfants^ 
traduction  également  très-libre  et  très-médiocre 
de  la  Callipasdiaàe  Quillet;  1774,  in-8°.  B.  H. 

Narcisse  Desportes.  Bibl.  du  Maine.  —  B.  Hauréau, 
Hist,  Uttér.  du  Maine,  t.  IV,  p.  268. 


319 


LANCELLOTI  —  LANCELOT 


32 


LANCELLOTÏ  OU  LANCILLOTTI  (  Le  P.  Se- 

condo  )  ,  archéologue  italien ,  né  à  Pérouse,  en 
1575,  moitié  13  janvier  1643.  Il  entra  en  1594 
dans  la  congrégation  du  Mont-Olivet ,  et  obtint 
une  abbaye.  Il  vi.sita  les.principales  villes  d'Italie, 
et  fit  connaissance  à  Rome  avec  Gabriel  Naudé, 
qui  l'emmena  à  Paris.  Le  père  Lancelloti  y 
mourut  peu  après  son  arrivée.  «  Lancelloti ,  dit 
Jacobilli,  était  un  homme  d'un  talent  élevé,  d'une 
mémoire  tenace ,  très-versé  dans  toutes  sortes 
de  connaissances.  »  On  a  de  lui  :  Historia  Oli- 
vetana ,  sive  congregationis  S.  Marise-Montis- 
Oiiceti;  Venise,  1623,  in-4''  :  cette  histoire  de 
la  congrégation  du  Mont-Olivet  est  estimée,  et 
passe  pour  le  meilleur  ouvrage  de  Lancelloti  ;  '— 
Il  Battimeo  cieco  di  Gierico;  Pérouse,  1626, 
in-4"  ;  —  Jl  vestir  di  bianco  di  diverse  reli- 
gioni;  Pérouse,  1628,  in-4";  —  Mercurius 
OUvetanus ,  sive  dux  itinerum  per  integram 
Italiam;  1628,  2  vol.  in- 12;  —  VHoggi  di, 
overo  gli  Ingegni  moderni,  non  inferiori  ai 
passati;  Viterbe,  1630,  in-4°;  —  Hoggi  di  se- 
condi;  Vitert)e,  1632,  in-4°;  —  FarfaUoni 
degli  antichi  historici;  Venise,  1638,  in-8°  ; 
—  CM  l'indovina  è  savio  ,  overo  la  prudenza 
humana  fallacissima ;  Venise,  1640.  Les  Far- 
faUoni ont  été  traduits  en  français  par  l'abbé 
Oliva,  sous  ce  titre  :  Les  Impostures  de  l'his- 
toire ancienne  et  profane;  Paris,  1770,  2  vol., 
in-12.  Lancelloti  laissa  plusieurs  ouvrages  ma- 
nuscrits, entre  autres  un  Acus  nautica,  qui,  selon 
Jacobilli,  ne  formait  pas  moins  de  vingt-deux 
grands  volumes.  Z. 

Aug.  Oldoln,  Athenseum  Augustinum,  in  gw)  Perusi- 
norum  scripta  publics  exponuntur.  —  Jacobilli,  Biblio- 
theca  Vmbrise. 

LANCELOT  OU  LADISLA.S ,  surnommé  le 
Victorieux  et  le  Libéral ,  roi  de  Naples  et  de 
Hongrie,  né  en  1375,  mort  à  Naples,  le  16  août 
1414.  Fils  de  Charles  III  dit  de  la  Paix,  auquel 
il  succéda  en  1387,  et  de  Marguerite  de  Duras,  il 
commença  à  régner  sous  la  tutelle  de  sa  mère, 
princes.se  ambitieuse,  cruelle  et  astucieuse.  Il  avait 
hérité  d'une  partie  des  défauts  de  sa  mère,  et  les 
événements  contribuèrent  beaucoup  à  développer 
sa  mauvaise  éducation.  Louis  II  d'Anjou,  investi 
du  royaume  de  Naples,  le  21  mai  1 385,  par  le  pape 
d'Avignon  Clément  VII,  se  portait  comme  son 
compétiteur  à  la  couronne,  et  en  juillet  1387  le 
chassait  de  Naples  après  un  combat  opiniâtre  ; 
mais  ce  revers  ne  fut  que  de  courte  durée,  et 
Otto  de  Brunswick  rétablit  le  jeune  Lancelot  dans 
sa  capitale.  En  1388  le  pape  Urbain  VI  entreprit 
de  se  rendre  maître  du  royaume  de  Naples , 
comme  dévolu  au  saint-siége  par  l'excommuni- 
cation de  Charles  III;  il  fut  deux  fois  repoussé 
et  obligé  débattre  en  retraite.  Cependant  l'an- 
née suivante  le  parti  de  Lancelot  se  trouva  tel- 
lement affaibli  qu'il  ne  restait  plus  à  ce  prince 
que  Capoue,  Gaète  et  les  châteaux  de  Naples 
(la  ville  était  au  pouvoir  de  Louis  II).  Le  29mai 
1390  Lancelot  fut  couronné  sollenneilement  à 


Gaète  par  le  cardinal  de  Florence,  légat  du  noi 
veau  pontife  Boniface  IX;  mais  le  20  juilji 
Louis  II  débarqua  en  Italie,  et  le  15  août  il  ei 
tra  triomphalement  dans  Naples.  Le  10  avt 
1392,  Lancelot  envoya  des  troupes  contre 
maison  puissante  de  San-Severini ,  l'un  des  pli 
fermes  appuis  du  parti  angevin.  Elles  furent  ba 
tues  et  leurs  deux  généraux  OIto  de  Brunswick  i 
Albéric  de  Barbiano  restèrent  au  nombre  d^ 
■prisonniers.  Au  mois  de  juin,  Ladislas,  déses 
çéré ,  se  mit  pour  la  première  fois  à  la  tête  c 
son  armée.  Il  ramena  la  victoire  sous  ses  dré 
peaux ,  prit  Aquilée ,  obligea  le  duc  de  Sess 
à  se.  décider  en  sa  faveur,  et  mit  les  Angevin 
en  déroute  à  Monte  Corvino.  En  avril  1395 
bloqua  Naples  par  terre  et  par  mer;  mais  quatr 
galères  provençales  mirent  en  fuite  son  escadt 
le  15  mai.  Cet  échec  le  força  à  lever  le  siège 
De  rapides  conquêtes  le  dédommagèrent  de  cell 
qu'il  avait  manquée.  En  1399,  les  San-Severini 
gagnés  par  Lancelot,  trahirent  Louis  II  en  l'eni 
.gageant  à  passer  à  Tsrente  pour  empêcher  cett 
ville  de  tomber  au  pouvoir  de  son  rival.  Loui 
y  fut  reçu  avec  de  grands  honneurs;  mais  de 
le  lendemain  de  son  arrivée  Raymond  des  Ursin 
vint  l'assiéger.  Charles  d'Anjou  tenait  Naples  ei 
l'absence  de  son  frère;  le  9  juillet  Lancelot  entr 
dans  le  port  avec  sa  flotte,  traita  avec  les  habi 
tants,  qui  lui  livrèrent  leur  ville.  Charles  n'eu 
que  le  temps  de  se  retirer  dans  le  château  Neuf 
Louis  II,  pressé  dans  Tarente  par  Raymond  des 
Ursins,  évacua  cette  place,  comptant  rentrer  i 
Naples,  mais  il  trouva  qu'elle  avait  changé  di 
maître.  Alors,  perdant  courage ,  il  proposa  s 
Lancelot  un  traité  qui  laissa  sou  rival  maître 
de  tout  le  royaume.  Lancelot  abusa  de  son 
triomphe,  et  exerça  de  cruelles  vengeances  contre 
les  barons  qui  lui  avaient  été  opposés,  sans 
même  faire  grâce  à  ceux  qui  s'étaient  ralliés  à 
lui  et  lui  avaient  rendu  de  grands  services.  Son 
ambition  ne  connut  plus  alors  de  bornes  :  il  éleva 
des  prétentions  sur  la  Provence,  et  prétendit  au 
trône  de  Hongrie  dont  son  père  Charles  III  avait 
été  couronné  roi,  le  31  décembre  1386.  Il  pro- 
fita de  la  captivité  deSîgismond  [voy.  ce  nom)  pour 
se  faire  reconnaître  à  Javarin ,  le  5  août.  Mais 
bientôt  Sigismond ,  délivré,  le  contraignit  à  re- 
prendre la  route  d'Italie.  A  peine  de  retour,  Lan- 
celot apprend  que  le  peuple  romain  s'est  soulevé 
contre  le  pape  Innocent  VII.  Aussitôt  il  accourt 
sous  prétexte  de  défendre  le  pontife;  au  lieu  de 
calmer  la  sédition,  il  l'anime  clandestinement  a(in 
de  rendre  nécessaire  un  accommodement,  qui  eut 
lieu  en  effet  le  27  octobre.  S'il  fut  avantageux  aux 
Romains,  il  ne  le  fut  pas  moins  à  Lancelot,  qui 
mit  garnison  dans  le  château  Saint-Ange,  laissant 
seulement  au  pape  le  quartier  Saint-Pierre  et 
son  château.  En  août  1405,  à  l'occasion  d'une 
nouvelle  émotion  populaire,  Lancelot  envoya  des 
troupes  pour  s'emparer  du  reste  de  Rome  en 
l'absence  du  pontife,  qui  s'était  retiré  à  Viterbe; 
ces  forces  furent  mises   en  fuite  par  Paul  des 


Ursiiis.  Innocent  VII  étant  rentré  dans  sa  capi- 
tale, le  13  mars  1406,  procéfla  contre  Lancelot, 
qu'il  déclara  déchu  de  son  royanme  et  de  tout 
privilège,  comme  perturbateur  de  Rome  et  de 
J'État  ecclésiastique.  Il  fit  en  même  temps  assiéger 
le  château  Saint-Ange,  ce  qui  engagea  Lancelot 
a  l.iire  sa  paix  avec  le  saint-père,  auquel  il  remit, 
le  9  août,  la  place  assiégée,  et  dont  il  reçut  pour 
compensation  le  titre  de  gonfalonier  de  l'Église. 
Le  roi  de  Naples  ne  se  tint  pas  pour  satisfait,  et 
le  21  avril  1408  ses  troupes  prenaient  Rome, 
introduites  par  le  gouverneur  Paolo  de'Ursini, 
qu'il  avait  corrompu.  Lancelot  fit  son  entrée  le  25, 
établit  un  nouveau  gouvernement,  et  repartit  le 
23  juin.  Son  éloignement  lui  fut  préjudiciable. 
Paolo  de'  Ursini ,  changeant  encore  une  fois 
de  drapeau,  se  mit  à  la  tète  des  forces  du  pape 
Alexandre  V,  et  le  31  décembre  1409,  après  trois 
mois  d'efforts,  il  chassa  les  Napolitains  de  Rome 
et  de  ses  forteresses.  En  même  temps  Louis  II 
rentrait  en  Italie;  le  20  septembre  1410  il  était 
reçu  dans  la  ville  pontificale.  Baldassare  Cossa, 
qui  occupait  alors  le  saint-siége  sous  le  nom  de 
Jean  XXIIT,  ne  négligeait  rien  pour  seconder  ses 
armes.  Le  19  mai  1411,  Lancelot  fut  complète- 
ment défait  à  Rocca-Secca  (ou  Ponte-Corvo),  sur 
les  bords  du  Garigliano.  C'en  était  fait  de  sa 
couronne  et  de  sa  vie  si  les  vainqueurs  eussent 
su  profiter  de  leur  succès  ;  leur  lenteur  lui  permit 
de  rassembler  une  nouvelle  armée,  et  bientôt 
Louis  II  fut  obligé  de  quitter  l'Italie  pour  tou- 
jours. Jean  XXIII,  demeuré  seul,  eut  recours  aux 
grands  moyens.  Par  une  bulle  du  15  août,  il  cita 
Lancelot  à  comparaître  personnellement  en  sa 
présence,  comme  hérétique  et  fauteur  de  schisme, 
et  peu  de  temps  après  prêcha  contre  lui  une 
croisade.  Ces  déclamations  n'arrêtèrent  pas  les 
progrès  du  roi  de  Naples.  De  grosses  sommes 
d'argent  firent  plus  d'effet,  et  le  15  juin  Lancelot 
consentit  à  la  paix ,  promettant  même  de  livrer  à 
JeanXXni  son  compétiteur  à  la  tiare,  le  Vénitien 
Corario  (Grégoire  XII),  dont  il  avait  jusqu'alors 
soutenu  les  intérêts.  Cette  paix  fut  de  courte  durée. 
Lancelot  laissa  d'abord  échapper  Corario  ;  puis, 
les  juin  1413,  il  se  rendit  maître  deRome  par  sur- 
prise. Il  y  commit  des  violences  de  tous  genres, 
et  obligea  les  Florentins  à  expulser  de  leur  terri- 
toire Jean  XXIII,  qui  se  réfugia  à  Bologne.  Lan- 
celot marchait  contre  cette  république  lorsqu'il 
tomba  subitement  malade  à  Pérouse.  Ramené  à 
Naples,  il  y  mourut  peu  après  dans  sa  trente- 
neuvième  année.  S'il  faut  en  croire  plusieurs  his- 
toriens italiens,  la  fille  d'un  médecin  dont  il  était 
amoureux  l'aurait  empoisonné  avec  un  philtre 
que  son  père  aurait  préparé,  soit  pour  plaire  au 
pape,  aux  Florentins  et  aux  Bolonais,  soit 
pour  venger  l'honneur  de  sa  fille.  Lancelot  ne 
laissa  pas  d'enfants  légitimes,  quoiqu'il  eût  été 
marié  trois  fois  :  1°  le  5  septembre  1389,  avec 
Constance  de  Clermont,  qu'il  répudia  en  mai 
1392  ;  2°  avec  Marie,  Mariette  ou  Marguerite  de 
Lusignan,  princesse  de  Chypre,  morte  le  4  sep- 

NOUV.  BIOGR,   GÉNÉR.   —  T.    XXIX. 


LANCELOT  3:2 

tembre  1404;  3"  avec  Marie  d'Enghien,  prin- 
cesse de  Tarente.  Sa  sœur  Jeanne  II,  dite  Jean- 
nette, lui  succéda  sur  le  trône  de  Naples  et  lui 
fit  ériger  un  superbe  mausolée  dans  l'église  de 
Saint-Jean  de  Carbonara.      A*  d'E— p^c. 

Muratori,  Annal.,  t.  VIII  et  IX.—  Giornale  NapoliU, 
t.  XX.  -  Thierri  de  Niem,  rita  Joannis  ÂXUl: 
Francfort,  1620,  in-4".  —  Sistnondi,  Histoire  des  Hépu- 
bligues  italiennes. 

LANCELOT  (Nicolas),  écrivain  français  ,  né 
à  la  fin  du  seizième  siècle,  dans  l'île  de  France  ;  on 
ignore  l'époque  de  sa  mort.  Il  habita  longtemps 
le  Daupliiné,  où  le  retenait  un  modique  emploi. 
On  a  de  lui  :  La  Palme  de  Fidélité,  ou  récit 
véritable  des  amours  de  la  princesse  Orbe- 
lande  et  du  prince  Charmant;  Lyon,  1620, 
in-s"  ;  —  Les  Délices  de  la  Vie  pastorale  de 
VArcadie,  traduction  de  Lope  de  Vega;  Lyon, 
1622  et  1624,  in-8°;  —  Nouvelles  tirées  des 
plus  célèbres  auteurs  espagnols  ;  Parh,  1628; 
Rouen,  1641,  in-8°-,  — Le  parfait  Ambassa- 
deur, traduit  de  J.-A.  Vera  y  Zuniga  ;  Paris, 
1635,  in-4°;  1642,  in-12;  jouxte  la  copie; 
Hollande ,  Elzevier,  1642,  in-12;  Leyde,  1709, 
in-8°.  G.  DE  F. 

Barbier,  Dictionn.  des  anonymes. 

LANCELOT  (  Dom  Claude  ) ,  célèbre  gram- 
mairien français,  né  à  Paris,  vers  1615,  mort  à 
Quimperlé,  le  15  avril  1695.  Il  était  fils  d'un 
tonneher.  Il  entra  à  l'âge  de  douze  ans  dans  la 
communauté  de  Saint-Nicolas-du-Chardonnet,  où 
il  se  distingua  par  sa  piété  et  son  application  à 
l'étude.  L'abbé  de  Saint-Cyran  le  remarqua,  et 
l'introduisit  dans  la  société  religieuse  réunie  au- 
tour du  couvent  de  Port-Royal  de  Paris,  et  qui 
comptait  parmi  ses  membres  Le  Maître,  de  Sé- 
ricourt,  Singlin.  «  Ils  vivaient  là,  ditNicéron, 
dans  des  appartements  séparés,  comme  des 
chartreux,  et  n'étaient  occupés  que  de  la  prière, 
de  la  méditation  de  l'Écriture  Sainte  et  de  la 
pratique  de  la  pénitence.  »  L'emprisonnement  de 
Saint-Cyran,  qui  fut  mis  au  château  de  Vincen- 
nes  en  1637  par  l'ordre  de  Richelieu,  dispersa 
les  solitaires  sans  les  désunir,  et  au  bout  de  deux 
ans  Lancelot  retourna  dans  sa  retraite.  Saint- 
Cyran,  après  sa  sortie  de  prison,  eut  l'idée  de 
faire  servir  le  savoir  des  solitaires  à  l'instruc- 
tion de  la  jeunesse.  La  mort  l'empêcha  de  réa- 
liser ce  projet,  qui  fut  repris  par  ses  pieux  dis- 
ciples. Ils  établirent,  en  1645,  une  école  dans  une 
maison  proche  de  Port-Royal  de  Paris,  dans  l'im- 
passe de  la  rue  d'Enfer.  Nicole  y  professa  la 
philosophie  et  les  belles-lettres,  et  Lancelot  fut 
chargé  de  l'enseignement  de  la  langue  grecque  et 
des  mathématiques.  Ces  premières  écoles  durè- 
rent peu.  Les  maîtres,  accusés  de  jansénisme,  du- 
rent se  disperser  de  nouveau.  Lancelot  et  quel- 
ques autres  se  retirèrent  aux  Granges  près  de 
Port-Royal  des  Champs  ;  ils  reformèrent  ileurs 
écoles ,  qui  jouirent  d'une  grande  réputation  et 
exercèrent  une  influence  notable  sur  l'éducation 
au  dix-septième  siècle.  L'enseignement  gardait 
encore  les  formes  pénibles  et  pédantesques  de  la 

il 


323 


LANCELOT 


324! 


colasfique  du  moyen  âge  ;  les  maîtres  de  Port- 
Royal  le  rendirent  pins  facile  en  employant  la 
langue  française ,  et  substituèrent  des  règles  sim- 
ples, clairement  exprimées  à  la  rédaction  techni- 
que et  barbare  des  anciens  grammairiens.  Lan- 
celot  eut  la  plus  grande  part  à  cette  réforme. 
Ces  Méthodes  'pour  l'étude  du  grec,  du  latin, 
du  français,  de  l'espagnol,  ses  Racines  Grec- 
ques, sa  Grammaire  générale  furent,  pour  le 
temps,  des  livres  élémentaires  excellents,  égaux 
pour  le  fond  et  très-supérieurs  pour  la  forme  à 
ce  que  l'on  possédait  de  mieux  en  ce  genre.  Les 
nouvelles  écoles  de  Port-Royal  furent  interdites 
en  1660.  La  réputation  de  Lancelot  le  fit  recîier- 
cher  par  des  personnes  considérables.  Il  fut 
chargé  de  l'éducation  du  duc  de  Chevreuse ,  puis 
de  celle  des  jeunes  princes  de  Conti.  Il  resta  au- 
près de  ses  élèves  jusqu'à  la  mort  de  leur  mère, 
la  princesse  de  Conti,  en  1672,  et  renonça  alors 
à  l'enseignement  pour  se  consacrer  à  la  vie  re- 
ligieuse. Il  se  retira  à  l'abbaye  de  Saint-Cyraii , 
auprès  de  son  ami,  M.  de  Barcos,  neveu  de  l'abbé 
de  Sàint-Cyran.  Il  y  fit  profession  l'année  sui- 
vante; mais  il  se  contenta  du  degré  de  sous- 
diacre,  et  par  scrupule  il  ne  se  laissa  pas  élever 
à  la  prêtrise.  La  persécution  rc^^gieuse,  qui  l'a- 
vait déjà  atteint  plusieurs  fois ,  le  troubla  dans 
cet  asile.  Il  fut  relégué  à  Quimperlé  en  1680. 
Il  y  mena  le  même  geme  de  vie  qu'à  Saint-Cy- 
ran,  et  même,  dans  ses  dernières  années,  il  re- 
doubla ses  austérités.  Il  fut  enterré  dans  l'église 
de  l'abbaye  de  Sainte-Croix  à  Quimperlé. 

Grammairien  instruit,  maître  judicieux  et  ai- 
mable, malgré  les  sévères  doctrines  puisées  dans 
l'intimité  de  Saint-Cyran,  Lancelot  est  une  des 
figures  les  plus  attachantes  de  l'histoire  de  Port- 
Royal.  On  a  de  lui  :  Nouvelle  méthode  pour  ap- 
prendre la  Langue  Grecque;  Paris,  1655,  in-s"  ; 
l'auteur  en  donna  plusieurs  éditions  corrigées  et 
augmentées.  Cet  ouvrage  est  un  bon  résumé  des 
grammairiens  qui  avaient  expliqué  dans  les  deux 
siècles  précédents  les  règles  de  la  langue  grec- 
que. Lancelot  ne  s'y  montre  ni  helléniste  pro- 
fond, ni  philologue  original;  mais  on  ne  peut 
lui  refuser  le  mérite  d'une  exposition  claire  et 
d'une  remarquable  exactitude.  On  lui  reproche , 
outre  plusieurs  erreurs  difficiles  peut-être  à  éviter 
de  son  temps,  d'avoir  adopté  et  fait  prévaloir 
la  détestable  prononciation  qu'Éî'asme  et  ses 
disciples  avaient  substituée  à  la  prononciation 
encore  usitée  chez  les  Grecs  modernes  ;  — Abrégé 
de  la  Nouvelle  Méthode  .pour  apprendre  la 
Langue  Grecque  ;  Pavis,  1655,  in-12;  —  Nou- 
velle Méthode  pour  apprendre  la  Langue  La- 
tine ;  Paris,  1656,  in-8°,  3^  édition.  La  pre- 
mière édition ,  beaucoup  moins  complète,  est  de 
1644.  Comme  pour  sa  première  méthode,  Lan- 
celot a  mis  à  profit  les  grammairiens  précédents, 
Sanctius,  Scioppius,  Vossius;  il  a  heureuse- 
ment résumé  et  coordonné  leurs  travau-x,  et  il 
y  a  beaucoup  ajouté.  M.  Leclerc  a  publié  une 
savante  édition  de  cet  ouvrage  encore  bon  à  con-  ; 


sulter,  malgré  les  progrès  de  la  science  gramma- 
ticale; —  Abrégé  de  la  Nouvelle  Mclhnde 
pour  apprendre  la  langue  latine;  Paris,  16.i6, 
in-12;  —  Le  Jardin  des  Racines  Grecques, 
mises  en  français;  Paris,  1657,  in-12.  C'est  un 
dictionnaire  des  mots  simples  de  la  langue  grec- 
que ;  chaque  mot  grec  et  sa  signification  fran- 
çaise composent  un  petit  vers  de  huit  syllabes. 
Cette  forme  rhythmique,  donnée  à  un  diction- 
naire, est  d'autant  plus  bizarre  que  les  vers  ri- 
mes par  de  Sacy,  le  pieux  collaborateur  de 
Lancelot,  sont  d'une  extrême  platitude';  mais 
elle  est  utile  comme  moyen  mnémonique.  Les 
Racines  Grecques  sont  encore  en  usage  dans  les 
collèges.  L'édition  qu'en  a  donnée  M.  Régnier  se 
recommande  par  une  savante  introduction,  trop 
savante  même  pour  un  ouvi'age  élémentaire , 
et  peu  en  rapport  avec  le  but  que  se  proposait 
Lancelot.  Ce  grammairien  ajouta  à  ses  racines- 
grecques  un  Recueil  des  mots  français  qui 
ont  quelque  rapport  avec  ceux  de  la  langue- 
grecque.  Cette  partie  de  l'ouvrage  est  très- 
faible.  «  Tout ,  selon  Baillet,  n'y  est  pas  égale- 
ment juste;  mais  Lancelot  ne  dit  rien  de  lui- 
même,  et  il  ne  se  rend  pas  toujours  garant  de 
ce  que  disent  les  autres.  D'ailleurs  son  principal 
dessein  était  de  faire  une  espèce  de  jeu  de  ces 
mots ,  afin  qu'ils  pussent  servir  à  en  retenir 
d'autres.  »  Le  père  Labbe  attaqua  rudement  le 
Recueil  des  mots  français  dans  ses  Etymo- 
logies  de  plusieurs  mots  français ,  contre  les 
abus  de  la  secte  des  nouveaux  hellénistes  de 
Port-Royal ,  et  Goujet,  à  son  tour,  a  réfuté  le 
père-jésuite.  «  Ce  qu'on  a  jugé  répréhensible, 
dit-il,  et  ce  dont  il  est,  en  effet,  difficile  de  • 
donner  de  bonnes  raisons ,  c'est  que,  quoique 
cet  ouvrage  ne  soit,  pour  ainsi  dire,  qu'une  ré- 
pétition de  celui  de  Claude  Lancelot,  le  père  ' 
Labbe  prétend  soutenir  que  cet  auteur  et  ses 
amis  n'ont  travaillé  ,  en  donnant  ce  recueil,  qu'à 
ruiner  le  langage  que  nous  avons  reçu  de  main 
en  main  de  nos  ancêtres  depuis  douze  ou  treize 
siècles.  Il  est  vrai  qu'il  ne  prouve  pas  cette  ac- 
cusation ;  mais  il  suppose  que  le  crime  est  ma- 
nifeste, et  il  en  demande  vengeance  à  l'Aca- 
démie Française,  à  qui  il  s'adresse  et  à  qui  il 
s'efforce  de  faire  regarder  le  procès  qu'il  intente 
aux  prétendus  criminels,  comme  une  affaire  de 
la  dernière  importance;  »  —  Grammaire  gé- 
nérale et  raisonnée,  contenant  les  fonde- 
ments de  Vart  de  parler,  expliquée  dhuie  ma- 
nière claire  et  naturelle,  les  raisons  de  ce 
qui  est  commun  à  toutes  les  langues,  et  des 
principales  différences  qui  s'y  rencontrent, 
et  plusieurs  remarques  nouvelles  sur  la  lan- 
gue française  ;  Paris,  1660,  in-8°.  Le  fond  de 
cet  ouvrage  appartient  à  Arnauld  et  Nicole.  Lan- 
celot ne  fit  que  rédiger  et  coordonner  leurs  pen- 
sées à  ce  sujet;  —  Nouvelle  Méthode  pour  ap- 
prendre facilement  et  en  peu  de  temps  la 
Langue  Espagnole  ;  Paris,  1660,  in-8°  ;  —  Nou- 
velle Méthode  pour  apprendre  facilement  et 


3-25  L4NCEL0T 

en  peu  de  temps  la  Langue  Italienne  ;  Paris, 
liifiO,  in-8°.  Ces  trois  derniers  ouvrages  furent 
■  iîiiliés  par  Lancelot  sous  le  pseudonyme  du 
sieur  de  Trigny ;  —  Chronologla  Sacra;  ce 
j  travail,  extrait  en  gi-ande  parties  des  Annales 
!  d'Usserius,  fut  publié  pour  la  première  fois  à  la 
fin  de  la  grande  Bible  de  Vitré;  Paris,   1662, 
jn-fol.  ;  —  Nouvelle  Disposition  de  l'Écriture 
Sainte,  mise  dans  un  ordre  perpétuel,  pour 
la    lire  tout  entière,  chaque  année;  Paris, 
1670,  in-8°;  —  Dissertation  sur  l'Hémine  de 
vin,  et  sur  la  Livre  de  pain  de  saint  Benoît, 
et  des  autres  anciens  religieux ,  où  l'on  fait 
voir  que  cette  hémine  n'étoit  que  le  demi- 
sciier,  et  que   cette   Livre   nétait   que  de 
ifouze  onces;  Paris,   1667,  in- 12;  2^  édition, 
revue,  corrigée  et  augmentée.  Avec  la  ré- 
ponse aux  nouvelles  difficultés  qui  avaient 
été  faites  sur  ce  sujet ,  et  tme  disquisition 
de  Vannée,  du  jour  et  de  l'heure  oii  est  mort 
le  glorieux  patriarche  saint  Benoît;  Paris, 
16S8,  in-8°;  —  Nouvelle  Méthode  pour  ap- 
prendre parfaitement  le  Plain-Chant  en  fort 
peu  de  temps;  Paris,  16G8,  in-S".  On  a  encore 
de  Lancelot  la  relation  d'un  voyage  qu'il  fit  à 
Aleth,  pour  visiter  Pavillon,  évêque   de  cette 
ville.  Il  laissa  en  manuscrit  des  Blémoires  pour 
servir  à  la  vie  de  Duverger  de  Hauranne, 
abbé  de  Saini-Ctjran ,  qui  furent  publiés  à  Co- 
logne, 1738,  2  vol.  in-12.  N. 

Vigneul-Marville,  Mélanges,  t.  I,  p.  132.  —  Nécrologe 
de  Pnrt-Hoyal.  —  Moréri,  Le  grand  Dict.  Historique. 
—  Chaufepié ,  Dictionnaire  Historique.  —  Kicéron, 
Mém.pour  servir  à  l'Hist.  des  hommes  ill.,  t.  XXXV.  — 
Sainte-Beuve,  Port-Royal. 

LANCELOT  [Antoine),  archéologue  et  his- 
torien français,  né  à  Paris,  le  4  octobre  1675, 
mort  dans  la  même  ville,  le  8  novembre  1740. 
Tandis  que  sa  famille  le  destinait  à  l'état  ecclé- 
siastique, il  s'engagea  dans  l'armée  française,  qui 
faisait  alors  le  siège  de  Namur.  Jl  assista  aussi 
à  la  bataille  de  Steinkerque.  Bientôt,  dégoûté  du 
service  militaire ,  il  revint  à  Paris ,  où  il  fut  placé 
par  son  père  chez  un  conseiller  au  Chatelel 
nommé  Herbinot,  espèce  de  savant  bizarre,  «  qui 
se  laissa  raourrir  de  faim ,  n'ayant  besoin  pour 
vivre,  disait-il ,  que  de  ses  racines  grecques  et 
hébraïques  ».  Comme  on  doit  le  croire,  il  sou- 
mettait sa  maison  au  même  régime,  et  l'estomac 
du  jeune  Lancelot  eut  beaucoup  à  souffrir  du- 
rant le  temps  qu'il  travailla  avec  Herbinot  à  la 
confection  d'un  Dictionnaire  Étymologique. 
Lancelot  ayant  obtenu  une  place  à  la  bibliothèque 
Mazarine  fournit  à  Bayle  des  articles  intéressants 
pour  son  Dictionnaire  Critique,  à  Prosper  Mar- 
chand sur  le  Cymbohcm  Mundi  de  Bonaventure  i 
Desperriers  (Amsterdam,  1732,  m-12),et  étudia  ! 
les  anciens  monuments  avec  dom  Mabillon.  Il  fut 
attaché  ensuite  h  Valbonnais,  premier  président 
delà  chambre  deGrenoble,  et  l'aida  dans  son /Tis- 
toire  du  Dauphiné.  Lancelot  se  trouvait  trop 
près  de  l'Italie  pour  ne  pas  visiter  cette  terre  ; 
classique  :  il  y  fit  des  amis  parmi  les  savants,  et  i 


326 

I   en  rapporta  de  curieux  documents.  ^  spp  re- 
tour, il  trouva  la  cour  de  France  en  grand  érnoj  : 
les  pairs  se  disputaient  la  préséance  entrpcux,  ej; 
repoussaient  les  bâtards  royaux.  D'un  coinmi^p 
accord,  les  parties  intéressées  choisirent  LançelQj; 
pour  arbitre.  C'était  une  fort  grosse  affaire  que 
de  mettre  d'accord  tant  d'amours  propres.   Il 
fallait  éclaircir  les  titres,  revendiquer  les  pri- 
vilèges ,  suivre  la  déchéance  des  branches ,  enfin 
compulser  les  archives  de  plusieurs  siècles.  Lan- 
celot osa  accepter  cette  rude  tâche,  et  réussit  si 
bien  que  les  pairs  se  cotisèrent  pour  lui  acheter 
une  charge  de  secrétaire  du  roi  (1719).  La  même 
année  l'Académie  des  Belles-Lettres  l'appela  pariïii 
ses  membres.  Il  publia  alors  ses  Mémoires  pour 
les  Pairs   de   France,  avec   leurs  preuves; 
Paris,   1720,  in-fol.  En  1725  il  vendit  sa  charge 
de  secrétaire  du  roi,  et  en  1732  fut  créé  inspec- 
teur du  Collège  royal  et  commissaire  au  Trésor 
des  Chartes,  dont  il  avança  beaucoup  la  Table 
historique.  De  1737  à  1740,  il  fut  chargé  d'aller 
à  Nancy  faire  l'inventaire  des  duchés  de  Bar  et 
de  Lorraine,  récemment  unis  à  la  France.  Il 
mourut  peu  de  temps  après  son  retour,   lais- 
sant une  fort  belle  bibliothèque,  composée  de  sept 
mille  ouvrages  t'a  manuscrits  précienx,  qu'il  lé- 
gua à  la  Bibliothèque  du  Roi.  Outre  les  ouvrages 
déjà  cités,  on  a  de  Ini  Iti^. Préface  de  V Histoire 
des  Grands-Officiers  de  la  Couronne  par  le 
P.  Anselme  et  Dufourny  ;  —  un  grand  nombre  de 
bons  mémoires  insérés  dans  le  Recueil  de  l'A- 
cadémie des  Inscriptions,  entre  autres  :  Re- 
marques sur  quelques  anciennes  inscriptions 
du  pays  de  Comminges,  t.  V;  —  Discours  sur 
les  Sept  Merveilles  du  Dauphiné,  t.  VI  :  Lan- 
celot réduit  ces  merveilles  à  peu  de  chose;  — 
Recherches  sur  Gergovia  et  quelques  autres 
villes  de  l'ancienne  Gaule ,  même  volume;  — 
Explication  d'un  Monument  de  Guillaume  le 
Conquérant,  t.  VI  et  VIII;  —  Dissertation 
sur  Genabum,  t.  VIII:  l'auteur  y  reconnaît.  Or- 
léans; —  Éclaircissements  stir  les  premières 
années  du  règne  de  Charles  VIII ,  même  vol.  ; 
—  Recherches  sur  Gui,  dauphin  du  Vien- 
nois, même  vol.;  —  Remarques  sur  le  nom 
d'Argentoratum ,  donné  à  la  ville  de  Stras- 
bourg ,  t.  IX  ;  —  Description  des  figures  qui 
sont  sur  la  façade  de  l'église  de  la  Mfldeleine 
à  Châteaudun ,  t,  IX;  —  Mémoire  pour  servir 
à  l'histoire  de  Robert  d'Artois,  t.  X; —  Mé- 
moire sur  la  vie  et  les  ouvrages  du  prési- 
dent de  Boissieu,  t.  XII;  —  Mémoire  sur  le 
mariage  de  Charles  VIII  avec  Anne  de  Bre- 
tagne ,  t.  XIII;  —  fustification  de  la  conduite 
de  Philippe  de  Valois  dans  le  pfocès  de  Ro- 
bert d'Artois ,  même  vol.  ;  —  Mémoire  sur  la 
Vie  et  les  Ouvrages  de  Raoul  de  Prestes, 
même  vol.   On   attribue  à    Antpipe   Lancelot 
Y  Esprit  de  Guy  Patin.  Il  fut  éditeur  des  Nau- 
dseana,  des  Patiniana,  des  Pithseana  et  des 
Antiquités  gauloises  de  P.  Borel,  ouvrage  au- 
auel  il  a  fourni  de  nombreuses  additions  et  des 

11. 


327  LANCELOT  - 

corrections  j  —  de  V Abrégé  de  l'Histoire  uni- 
verselle de  Claude  Delisle;  Paris,  173!,  7  vol. 
in-12,  aL\ec  Préface  ;  —  desAmoiirs  deDaphnis 
et  Chloé  de  Longus;.  Paris,  1731,  in-8°,  enrichi 
de  savantes  notes,  dans  lesquelles  il  corrige 
souvent  la  traduction  d'Amyot.         L — z — e. 

De  Boze,  Éloge  de  Lancelot.  —  Bourchenn  de  Valbon- 
nais,  Œuvres,  t.  V.  p.  354.  —  G.  Martin,  Catalorjue  de 
la  BiOltot/iègue  de  A.  Lancelot;  Paris,  1741,  in-8°.  — 
Le  Bas,  Dict.  Encycl.  de  la  France. 

LiANGELOT,  Voy.  La  Popelinière. 

LANGELOT    ou    LANCILLOTI      GASTELLO 

{Gabriel), prince  de  Torremuzza,  archéologue 
italien,  né  à  Païenne,  en  1727,  mort  danslamême 
ville,  le  27  février  1794.  Sa  vie  fut  consacrée  à 
des  travaux  d'archéologie  et  d'économie  poli- 
tique. Il  était  membre  de  l'Académie  du  Buon 
Gusto,  et  laissa  un  riche  cabinet  de  médailles, 
dont  Salvator  di  Blasi  a  publié  le  catalogue  à 
Palerme,  1794.  On  a  de  lui  :  Dissertazione  so- 
pra  una  Statua  scoperta  in  Aleza,  eidea  di 
una  Raccolta  délie  antichità  di  Sicilia  ;  Pa- 
lerme, 1749,  in-4°.  Cette  savante  dissertation 
fut  composée  au  sujet  d'une  statue  trouvée  à 
Alèse,  ville  de  Sicile,  qu'il  ne  faut  pas  confondre, 
commeTont  fait  certains  biographes,  avec  l'Alesia 
gauloise,  assiégée  par  Jules  César  ;  —  Storia  di 
Aleza,  città  di  Sicilia;  Palerme,  1753,  in-4°; 

—  Le  antiche  Iscrizioni  di  Palermo  raccolte 
espiegate;  Palerme,  1762,  in-fol. ;  —  Sicilias 
veterum  populorum,  urbium,  reguvi  et  ty- 
rannorum  Numismata quse  Panormi  exstant 
in  ejus  Cimelio;  Palerme,  1767,  in-8°;  —  Sici' 
liœ  et  objacentium  insularum  veterum  in- 
scriptionum  Nova  Collectio ,  prolegomenis  et 
notis  illustrata ;  Palerme,  1769,  in-fol.;  — 
Alla  Sicilia  numismatica  di  Filippo  Paruta, 
publicata  da  Sigel.  Havercampio ,  correzioni 
ed  aggiunta  ;  Palerme,  1770,  m-S°  ;— Seconda 
Aggiunta  al  Paruta;  1771  ;  —  Terja  Aggiunta 
al  Paruta;  i.112  ;  —  Quarte  Aggiunta;  1773  ; 

—  Quinta  Aggiunta;  1774,  in-S"  ;  —  Sicilix 
populorum  et  urbium,  regum  quoque  et  ty- 
rannorum  Veteri  Nummi,  Saracenorum  epo- 
cham  antécédentes;  Palerme,  1781,  in-8°.  Z. 

Nova.  Acta  Eritditorum,  juin  17S4,  août  1770,  dé- 
cembre 1775.  -  Burmann,  Addenda  ad  Anthol.  La- 
tinam,  t.  II,  p.  181.  —  Sax,  Onomasticon,  t.  VU,  p.  I3i. 

LANCELOTi  OU  LANCELOTUS  (  Jean-Paul  ), 
jurisconsulte  italien,  surnommé  le  Tribonien  de 
Pérouse,  né  dans  cette  ville,  en  1511,  mort  en 
1591.  Il  était  professeur  de  droit  canon.  On  a  de 
lui  :  Instifutiones  Juris  Canonici,  quibus  jus 
pontificium  singulari  méthode  libris  quatuor 
comprehenditur....  par  Jean-Baptiste  Barto- 
lino;  Cologne,  1609,  in-8°.  A  cette  édition  on 
a  ajouté  :  1°  Megulse  Cancellariee ,  et  2°  Index 
Decretorum  concilii  Tridentini,  avec  des7Vo^<?5 
de  Doujat;  Paris,  1685:  cette  édition  est  la  meil- 
leure ;  Venise,  1740,  2  vol.  in-12.  Ces  Institutes 
ont  aussi  été  publiées  dans  le  Corpus  Juris  Ca- 
nonici notis  illustratum,  Gregorïi  XIII  jussu 
editum;  Lyon,  1661,  tom.  II,  in-4o.  Lanceloti 


LANCELOTZ  328 

dit  positivement  dans  sa  préface  qu'il  dressa  le 
plan  de  son  ouvrage  par  ordre  du  pape  Paul  IV, 
qui  l'approuva.  Durand  de  Maillane  a  traduit 
cet  ouvrage  de  Lanceloti  en  français,  sous  le 
titre  suivant  :  Institutes  du  Droit  Canonique 
traduites  en  français  et  adaptées  aux  usages 
présents  de  l'Italie  et  de  l'Église  gallicane 
par  des  explications  qui  mettent  le  texte 
dans  le  plus  grand  jour  ;  Lyon,  1770,  10  vol. 
in-12;  —  De  Comparatione  Juris  Pontificii  et 
Ceesarei,  ac  utriusque  interpretandi  ratione. 
Prœlectio  in  Rubricumext.  de  Testamentis  ; 
Cologne,  1609;  —  Breviarium  practorium  ac^ 
curiale  et  de  Decurionibus  de  Substitutio- 
nibus.  R— R  et  A.  L. 

Terrasson ,  Hist.  de  la  Jurisprudence  rom.,  pag.  422. 
—  Camus,  Biblioth.  des  Livres  de  Droit,  tom.  Il,  p.  248,  i 
n»  1167. 

LANCELOTI  (  Robert  ) ,  jurisconsulte  italieai 
du  seizième  siècle,  frère  du  précédent,  né  ai 
Pérouse,  mort  à  Rome ,  en  1585.  Il  professa; 
longtemps  le  droit  dans  sa  patrie;  plus  tard  ili 
prit  fe  carrière  du  barreau ,  et  alla  s'établir  ai 
Rome,  où  son  talent  comme  avocat  lui  avait  ac- 
quis une  grande  réputation.  On  a  de  lui  :  Dei 
Appellationibus ;  —  De  Attentatis  et  Inno- 
vatis;  —  De  Restitutione  in  integrum.  R — r. 

Terrasson,  Hist.  de  lajurisp.  rom.,  pag.  42î. 

LANCELOTZ  (Corneille) ,  en  latin  Lanci- 
lottus ,  biographe  et  théologien  belge,  né  à  Ma- 
lines  en  1574,  mort  à  Anvers  le  20  octobre  1622. 
Son  père  était  secrétaire  du  grand  conseil  ;  lui- 
même  fit  ses  études  à  Anvers,   et  entra  dans 
l'ordre  des  Ermites  de  Saint- Augustin  àMalines, 
en  1591.  Il  parvint  aux  premiers  emplois  de  i 
son  ordre,  et  fut  successivement  prieur  des  cou- 
vents de  Cologne,  de  Hasselt,  et  provincial  en 
1607.  Il  fonda  le  premier  monastère  d'Augustins  ■ 
:'à  Anvers,  et  fut  en  1622  nommé  abbé  des  Pré- 
raontrés  de  Postel  (Campine).  La  même  année, 
il  mourut  d'une  maladie  contagieuse  qu'il  gagna  : 
en  soignant  des  soldats  espagnols  blessés.  On  a 
de  lui  :  Nectar  et  Antidotum ,  confectum  ex 
medullis  operum  sancti  Augustini,  digestum 
ordine  alphabetico,  contra  quosvis  sectarios;  , 
1612;  —  Pancarpium  Augustinianum ,  con- 
tinens  vitas  SS.  Patris  Augustini,  Monicx, 
Nicolai  Tolentinaiis ,  beatee  Virginia  Mariée 
Encomium ,  et   sodalitatis   corrigiatœ  Délia 
Consolazione   privilégia,   cum    Tractatu  de 
Indulgentiis  et  quibusdam  parergis ;  Anvers, 
1616,  in-12;  —  S.  Aurelii  Augustini,  Hippo- 
nensis  episcopi ,  et  S.   R.  E.  doctoris^  Vitas, 
piis  omnibus ,  nec  non  de  vera  fide ,  deque 
vitas  statu  deliberantibus  utilissi^na  ;  Anvers, 
1616,  in-12  ;  —  Lucerna  vitse  perfectse ,  cum 
sacerdotalis ,  tum  monachalis ,  juxta  regu- 
lam  D.    Augustini,  sanctis  Scripturis,   Pa- 
irum  auetoritatibus  et  exemplis  fuse  illus- 
tratam {cRUNre  posthume); Anvers,  1642,  in-4°. 

A.  L. 
Th.  Gratiani,  Anastasis  Atig.,  p.  «6.  —Sweert.  Biblio- 


329  LANCELOTZ 

tlieca  Belgica,  p.  190.  —  Valère  André,  Bibliotheca  Bel- 
gica,   p.  «5.  —  Elssius,  Encomiast.  Augustin.,  p.   1S6. 

LANCEHbTZ  (  en  latin  Lancelottus  ou  Lan- 
ciLOTTDs)  (/fenri),  théologien  belge,  frère  du 
précédent,  né  à  Malines,  en  1 576,  mort  à  Anvers, 
le  11, janvier  1643.  Il  entra  dans  l'ordre  des  Au- 
gusfins,  et  à  vingt-cinq  ans  fut  élu  prieur  du  cou- 
vent de  Hasselt.  Il  exerça  successivement  les 
mêmes  fonctions  à  Trêves ,  à  Bruxelles ,  à  Gand, 
à  Anvers,  et  enseigna  depuis  1617  la  théo- 
logie à  Louvain.  Son  ordre  lui  confia  aussi  la 
charge  dedéfiniteur  de  la  province  belgiqne  (ou 
de  Cologne)  et  celle  de  commissaire  général 
pour  les  provinces  du  Rhin  et  de  Souabe.  Il 
écrivit  beaucoup,  et  se  Hvra  avec  succès  à  la 
prédication.  Le  P.  Mantélius  le  représente  comme 
un  prédicateur  «  dont  l'éloquence  était  relevée 
par  une  bonne  mine  et  une  taille  avantageuse  », 
Ses  principaux  ouvrages  sont  :  Pseudo-Minis- 
terium  Pseudo- Reformaniium ,  hoc  est  de 
illegitima  prsetensa  et  subreptitia  missione 
seuvocatione  ministrorum  pseudo-reformatee 
Ecclesix  lutheranorum,  zwinglianorum,ana- 
baptistarum,  calvinistarum ,  etc.;  Anvers, 
1611,  in-8°.  Nicolas  Hunnius,  professeur  luthé- 
rien de  théologie ,  attaqua  ce  traité  dans  celui 
qu'il  intitula  :  Ministerii  Luther ani  divini 
adeoque  legitimi  Bemonstratio  ;  Wittemberg, 
1614,  in-12.  Le  P.  H.  Lancelotz  lui  répondit  par 
Capistrum  Hunnium,  sive  apologeticus  pro 
demonstratione  de  illegitima  missione ,  etc.  ; 
Anvers,  1616,  in-12;  son  adversaire  rephqua 
par  :  Capistrum  Hunnio  paratum  Lancelotto 
injectum,  hoc  est  evidens  probatio  demons- 
tratione ministerii  lutherani  divini,  adeoque 
legitimi,  Henricum  Lancelotum  ita  convic- 
tum  etcaptum,  ut  ejus fundamenta  toto  suo 
Apologetico  ne  quidem  tangere  ausus  fuerit ; 
"Wittemberg,  1617,  \a-i2;  —  Anatomia  chris- 
tiani  deformati  ;  juxta  epistolas  D.  Judœ 
apostoli  exegeticam  prxscriptionem  theolo- 
gicam,  catholicam,  moralem;  Anvers,  1613, 
in-go .  —  Heereticum  quare,  per  catholicmn 
quia,  in  omni  pêne  maieria  religionis  clare 
sohitum  ;Gand,  1614,  in-8°  ;  trad.  en  français,  par 
le  P.  Clément  Le  Mariier  ;  en  flamand,  en  anglais, 
en  italien  et  en  polonais  ;  —  Abecedarium  Lu- 
tkero- Calvinisticum ;  Anvers,  1617,  in-12;  — 
Paralleli  LXXIII  Augiistini  romano-catho- 
lici,  et  Augustino-Mastigis  heeretïci  ;  Anvers, 
1618,  in-12;  —  De  Libertate  religionis  e  re- 
publica  christiana  proscribenda  ;  Mayence, 
1622,  in-12;  —  Blasphemium  Calvini  de 
Christi  in  cruce  desperaiione ,  pœnarum  in- 
ferni  perpessione,  etc.,  obturatwm  ;  c'est  une 
réfutation  de  ce  que  Calvin  avait  écrit  sur  les 
souffrances  du  Christ  crucifié  (  dans  ses  Harm. 
Evangel.  ad  cap.  XXVfï,  Matth.).    A.  L. 

Le  P.  Jean  Manleliiis,  Oratio  infunere  M.  Lancelotti. 
—  Valère  André.  Bibliotheca  Belgica,  p.  359,  360. 

iiANCHARES  {Autonio),  peintre  espagnol,  né 
à  Madrid,  en  1586,  mort  dans  la  même  ville,  le 
20  juillet  1658.  Il  fut  le  plus  distingué  des  élèves 


LANCISI 


330 


de  Patrido  Caxes,  et  vit  souvent  ses  ouvrages 
confondus  avec  ceux  de  son  condisciple  Eugenio 
Caxes.  En  1620,  il  peignit  dans  la  Chartreuse 
del  Paular  une  Ascension  et  une  Pentecôte  qui 
le  classent  parmi  les  meilleurs  fresquistes  d'Es- 
pagne. En  1625,  il  exécuta  pour  le  couvent  des 
Carmes  de  Madrid  une  série  de  tableaux  repré- 
sentant la  Vie  de  saint  Pierre  Nolasco.  Les 
jésuites  de  la  même  ville  possédaient  de  Lan- 
chares  un  tableau  longtemps  célèbre ,  aujourd'hui 
perdu  :  L'Enfant  Jésus  au  milieu  d'une  gloire 
d'anges.  Il  a  laissé  aussi  quelques  dessins  re- 
cherchés. Son  principal  mérite  était  le  naturel 
et  une  simplicité  bien  entendue.  A.  de  L. 

Guevarra,  Los  Comentarios  de  la  Pintura.  — Quilliet, 
Dict.  des  Peintres  espagnols. 

LANCILOTTI  (Francesco),  peintre  de  l'école 
florentine ,  né  à  Florence ,  vers  la  fin  du  quin- 
zième siècle.  Il  peignait  le  paysage,  excellait  dans 
les  effets  de  nuit,  et  paraissait  s'être  proposé 
pour  modèle  le  Flamand  Mostaert.  Malgré  le 
mérite  incontestable  de  ses  tableaux ,  Lancilotti 
est  plus  connu  encore  par  un  petit  poëme  sur 
la  peinture,  qu'il  composa,  dit-on,  sur  mer  pen- 
dant une  tempête.  L'édition  de  ce  poëme,  fort  es- 
timé et  devenu  fort  rare,  porte  cette  indication  : 
Impressum  Romee  anno  MDVIII  et  di  XXV 
de  Zugno.  E.  B— n. 

Slret,  Dict.  hist.  des  Peintres. 
LANCINUS.  Voy.  CURTIUS. 

LANCISI  { Jean- Marie) ,  célèbre  médecin 
italien,  né  à  Rome,  le  26  octobre  1654,  mort 
dans  la  même  ville,  le  21  janvier  1720.  Ses  parents 
étaient  d'honnêtes  bourgeois,  qui  ne  négligèrent 
rien  pour  développer  les  heureuses  dispositions 
dont  il  faisait  preuve.  Il  avait  commencé,  au  sortir 
de  ses  études  classiques ,  à  suivre  un  cours  de 
théologie,qu'il  abandonna  bientôt  pour  les  sciences 
naturelles  et  médicales,  vers  lesquelles  il  se  sentait 
attiré  par  une  irrésistible  vocation.  Tels  furent  les 
progrès  qu'il  fit  à  l'université  de  Rome,  dite 
Collège  de  la  Sapience,  qu'il  y  était  reçu  doc- 
teur en  médecine  et  en  philosophie  dès  1672, 
n'ayant  encore  que  dix-huit  ans.  Quatre  ans  plus 
tard  il  était  nommé  médecin  assistant  à  l'hô- 
pital du  Saint-Esprit,  où  il  se  livrait  avec  ardeur 
à  l'observation  clinique.  Mais  comme  les  études 
d'érudition  faisaient  encore  la  base  de  l'éduca- 
tion médicale,  Lancisi  songea  à  perfectionner  son 
instruction  théorique  en  se  faisant  recevoir  au 
collège  de  Saint-Sauveur,  où  il  passa  cinq  an- 
nées consécutives  dans  l'étude  des  classiques, 
dont  il  s'appropria  la  substance  par  de  nombreux 
extraits.  Déjà  les  talents  précoces  du  jeune  pra- 
ticien et  sa  réputation  de  savoir  étendu  l'avaient 
placé  au  rang  des  médecins  les  plus  distingués 
de  Rome,  lorsqu'il  fut  chargé  d'enseigner  l'ana- 
tomie  au  Collège  de  la  Sapience.  Doué  d'une 
grande  facilité  d'élocution ,  servie  par  une  con- 
naissance approfondie  de  la  matière,  Lancisi 
s'acquitta  pendant  treize  ans  de  ses  fonctions 
avec  un  tel  succès,  qu'il  eut  fréquemment  l'hon- 


3âi 


LANGISI 


332 


nèUf  déconiDter  parmi  sèsabditeotsdés  hommes 
en  renom,  entre  autres  Malpighi.  Il  n'avait  guèrfc 
plus  de  trente  ans  lorsque  le  pape  Inilocent  XI 
lui  donna  un  canonicat,  et  l'élevaâu  rang  d'ar- 
chiâtre.  Depuis  cette  époque  jusqu'à  sa  mort , 
les  succès  de  la  renommée  de  l'ëminent  prati- 
cien ne  firent  que  s'accroître.  Appelé  aux  postes 
les  plus  élevés  de  l'État  Romain,  nommé  succes- 
sivement médecin  du  sacré  collège  et  des  souve- 
rains pontifes ,  faisant  marcher  du  même  froUt 
les  soins  d'une  grande  clientèle  et  les  études  du 
cabinet,  il  trouvait  encore  le  temps  de  corres- 
pondre avec  les  savants  de  différents  pays,  et  de 
participer  activement  au\  travaux  des  sociétés 
savantes  dont  il  était  membre.  Quoique  d'une 
santé  constante  et  d'habitudes  très-régulières, 
Lancisi  n'avait  que  soixante-cinq  ans  lorsqu'il 
succomba  en  quelques  jours  aune  fièvre  maligne 
compliquée  de  pleurésie.  Voyant  venir  la  mort 
avec  sérénité,  il  avait  demandé  les  secours  de 
la  religion,  et  dicté  un  testament  par  lequel  il 
consacrait  une  partie  de  sa  fortune  à  des  fonda- 
tions charitables.  Le  pape  Clément  XI ,  dont  il 
était  l'ami  autant  que  îe  médecin,  lui  fit  faire  de 
splendides  funérailles. 

Ses  biographes  nous  le  représentent  comme 
un  homme  de  petite  stature,  d'une  physionomie 
spirituelle  et  vive  ;  éloquent  en  public,  affable  et 
même  enjoué  dans  le  inonde  sans  cesser  d'être 
digne  ;  se  faisant  de  nombreux  amis  par  son  esprit 
conciliant  :  Vi7'  eruditus  et  'philanthropus,  ad- 
juvarevierentes  et  lites  componere  amans,  a  dit 
de  lui  le  grand  Haller.  Lancisi  eut  la  générosité 
de  faire  don  de  son  vivant  à  l'hôpital  du  Saint- 
Esprit  de  la  magnifique  bibliothèque  qu'il  avait 
rassemblée ,  et  qui  ne  comprenait  pas  tnoins  de 
20,000  voliuïies  ,  et  un  assez  grand  nombre  de 
manuscrits.  Il  y  joignit  un  cabinet  de  physique 
et  un  capital  considérable,  destiné  à  l'accroisse- 
ment annuel  de  ces  précieuses  collections.  L'i- 
nauguration s'en  fit  avec  solennité  en  présence 
de  Clément  XI,  et  un  ouvrage  imprimé  par  Car- 
sughi  consacra  le  souvenir  de  cet  acte  de  muni- 
ficence. 

Les  ouvrages  de  Lancisi,  d'une  latinité  pure 
et  élégante,  dénotent  un  savoir  aussi  versé  qu'é- 
tendu. L'anatomie,  la  physique  et  les  mathéma- 
tiques étaient  ses  sciences  favorites.  Quoique 
partisan  déclaré  du  iatro-chimisme ,  il  savait, 
dans  la  pratique,  subordonner  ses  idées  théori- 
ques aux  données  de  l'expérience,  et  n'apportait 
jamais  au  lit  du  malade  les  utopies  du  sectaire. 
Lancisi  a,  comme  anatomo-pathologiste  et  comme 
épidémiographe,  des  titres  durables  à  l'estime  de 
la  postérité. 

Son  traité  De  Subitaneis  Mortibus  fut  com- 
posé à  l'occasion  des  morts  subites  qu'on  comptait 
en  assez  grand  nombre  à  Rome  en  1705  et  1706  et 
dans  le  but  de  prouver  que  ces  événements  ne  te- 
naient pas  à  des  causes  générales,  mais  à  des  états 
organiques  individuels.  Sans  contester  ce  que  cette 
doctrine  a  de  fondé,  nous  feroûs  remarquer  qu'on 


ne  saurait  nier  non  plUs  l'influence  de  certains 
états  atmosphériques  sur  les  individus  |j|édlsposés 
à  ce  genre  de  mort  par  un  état  organique  an- 
térieur. Ainsi  nous  avons  vu  fréquemment  des 
morts  subites  coïncider  avec  une  diminution  ra- 
pide et  considérable  de  la  pression  atmosphéri- 
que. Duhamel  avait  déjà  fait  la  même  remarque 
{Mémoire  de  l'Académie  des  Sciences,  il  kl).  La 
suffocation  par  suite  de  lésions  intéressant  les 
voies  respiratoires,-  V apoplexie  résultant  d'une 
congestion  subite  ou  lente  du  cerveau,  la  syncope 
occasionnée  par  des  vices  organiques  du  cœur  ou 
des  gros  vaisseaux ,  telles  sont  les  trois  causes 
générales  auxquelles  Lancisi  attribue  ces  évé- 
nements. Il  étudie  les  signes  qui  distinguent  la 
mort  apparente  de  la  mort  confirmée,  indique 
ce  qu'il  y  a  à  faire  dans  le  premier  cas,  et  donne 
des  conseils  aux  individus  pléthoriques  pour  se 
préserver  de  l'apoplexie  :  il  insiste  surtout  sur 
les  dangers  de  l'intempérance.  Ces  recherches, 
étayées  d'observations  intéressantes,  eurent  une 
heureuse  inlluence  sur  la  direction  de  la  science 
en  faisant  mieux  comprendre  l'importance  des 
investigations  nécroscopiques.  Ainsi  jusques  là 
les  morts  subites,  résultat  d'une  maladie  du 
cœur,  avaient  été  presque  toujours  confondues  î 
avec  l'apoplexie. 

Dans  le  traité  De  Noxiis  Paludum  EJfluviis,  , 
qui  parut  dix  ans  après  le  précédent,  Lancisi 
étudie  les  propriétés  morbigènes  des  miasmes  ma- 
récageux, dont  aucun  auteur  n'avait  jusque  alors 
parlé  ex  prq/esso.  Il  y  donne,  en  outre,  la  rela- 
tion de  cinq  grandes  épidémies  qui  ravagèrent 
l'État  Romain,  et  qu'il  attribue  à  des  émana- 
tions paludéennes.  Il  montre  en  observateur 
sagace  qu'au  commencement  de  l'été  les  fièvres 
de  cet  ordre  sont  des  tierces  simples,  sans  ap- 
parence de  malignité;  qu'à  une  époque  plus 
avancée,  et  sous  l'influence  des  grandes  chaleurs, 
elles  ont  souvent  une  issue  funeste;  qu'enfin  à 
l'équinoxe  elles  sont  meurtrières  et  revêtent  un 
caractère  pestilentiel , .  laissant  à  leur  suite , 
quand  le  malade  y  échappe,  des  congestions 
viscérales  souvent  accompagnées  de  fièvres 
quartes.  Quant  aux  explications  théoriques  que 
l'auteur  donne  de  ces  faits,  on  comprend  com- 
bien elles  paraîtraient  erronées  de  nos  jours. 
L'assainissement  des  marais,  des  citernes  et  des 
canaux  furent  les  moyens  qu'il  indiqua  pour 
éviter  le  retour  de  ces  calamités  publiques.  Il 
avait  cru  devoir  aussi  conseiller  d'allumer  de 
grands  feux,  conformément  à  la  doctrine  des 
anciens,  à  laquelle  les  progrès  de  la  chimie  mo- 
derne ne  permettent  plus  d'ajouter  foi.  Mais 
l'onvrage  capital  de  l'auteUr,  celui  pour  la  com- 
position duquel  il  a  le  moins  emprunté  à  ses 
devanciers,  c'est  le  traité  De  Motit,  Cordis  et 
Anevrismatibus.  Dans  le  premier  livre,  il  décrit, 
en  anatomiste  habile,  la  structure  et  les  mouve- 
ments du  cœur.  Dans  le  second,  il  traite  des 
anévrismes  de  cet  organe  et  de  ceux  des  ar- 
tères, qu'il  divise  en  vrais  ou  spontanés,  et  faux 


o3'3 


LAINCISI 


ou  consécutifs.  Plusieurs  points  de  la  sympto- 
matologie  du  cœur  y  sont  élucidés  avec  discer- 
nement. Il  y  donne  le  premier,  pour  signe  de  là 
dilatation  des  cavités  droites,  les  pulsations  des 
veines  jugulaires.  Il  regardait  l'altération  des 
fluides  comme  capable  d'occasionner  l'accroisse- 
ment du  cœur.  Ce  traité,  enrichi  d'observations 
très-curieuses,  a  ouvert  la  voie  aux  travaux  des 
pathologistes  modernes  sur  cette  matière,  en  fai- 
sant voir  qu'une  foule  de  symptômes  rapportés  à 
des  affections  de  la  plèvre  ou  des  poumons  dé- 
pendent de  lésions  auatomiques  des  organes 
centraux  de  la  circulation  :  Occultée  multorum 
Morborum  Camée  sunt  investigandes,  quee 
ipsis  cordis  vasis  dilatatis  vel  obstructis  re- 
positee  sunt.  Nonmdla  su/focativa  asthmata, 
pectons  hydropisis  uno  ex  fonte  pendent, 
vixquaWms  videlicet  vasibus  cordis. 

Les  ouvrages  de-  Lancisi  ont  pour  titres  :  De 
Suhitaneis  3Iorlïbus  Libri  duo;  Rome,  1707, 
in-'i"  :  cinq  édit.  ;  deux  traductions  allemandes; 

—  De  nativis  atque  adventitiis  Romani  cœli 
Qualïtatlbus ,  cui  accedit  hïstoria  épidémies 
rhiunaiicae  quee  per  hyemem  anni  1709  va- 
gala  est;  Rome  1711,  in-4°;  et  Genève,  1713, 
in- 12.  L'auteur  prouvait  dans  cette  dissertation 
(qui  eut  un  résultat  important  en  hygiène  pu- 
blique, puisqu'elle  provoqua  plusieurs  édits  du 
pape  pour  l'assainissement  des  États  romains  ) 
(jut;  les  miasmes  qui  se  dégagent  sous  l'in- 
fluence de  la  chaleur  des  marais  Pontins ,  que 

[les  inondations  du  Tibre  et  les  eaux  sta- 
gnantes de  Rome  y  entretenaient  des  foyers 
perpétuels  d'insalubrité,  auxquels  il  fallait  at- 
tribuer le  caractère  de  malignité  constaté  dans 
l'épidémie   dont    l'auteur    donne    la    relation; 

—  De  Noxiis  Paludum  Effluviis,  eorumque 
remediis,  Libri  duo;  Rome,  1717,  în-4°.  Ce 
traité  comprend  deux  parties  :  dans  la  pre- 
Imière,  revenant  sur  les  questions  qu'il  avait 
I  traitées  dans  l'ouvrage  précédent,  il  étudie  les 
I  causes  et  le  traitement  des  maladies  palu- 
i  déennes  ;  dans  la  seconde,  il  décrit,  comme  nous 

l'avons  dit,  les  épidémies  dont  il  avait  été  té- 
moin ;  —  De  Motu  Cordis  et  Anevrismati- 
hus,  opus  posthîimum,  in  duas  partes  divi- 
sum  ;  Rome,  1 728,  in-fol.,  avec  planches  :  quatre 
édit.  ;  la  première,  d'une  belle  exécution  typo- 
graphique, est  la  moins  complète.  On  trouve 
encore  dans  les  œuvres  de  Lancisi  un  recueil  de 
consultations,  un  traité  de  méthodologie  médi- 
cale, quelques  ouvrages  sur  les  épizooties  ;  un 
cours  d'anatomie  classique  ;  une  édition  des  ta- 
bles anatomiques  d'Eustache  (  voy.  ee  nom)  avec 
le  concours  de  Morgagni. 

La  bibliothèque  Lancisienne  du  Saint-Esprit 
possède  aussi  quelques  manuscrits  de  son  cé- 
lèbre donateur.  Enfin  les  de  Tournes  publièrent, 
du  vivant  de  l'auteur,  une  édition  de  ses  œuvi'es 
sous  le  titre  de  :  S.  M.  Lancisii  Opéra  quee  hac- 
tenus  prodierunt  omnia,  dissertationibiis 
tionnidlis  adhUcditm  ineditis   locupletatee  ; 


LANÇON  334 

Genève,  1718,  2  vol.  in-4».  Mais  ce  n'est  que 
dans  l'édition  suivante,  publiée  dix-neuf  ans 
après  la  mort  de  l'auteur,  qu'on  possède  ses  œu- 
vres complètes  ■•  Opéra  varia  in  unumcongesta, 
et  in  duos  tomos  distributa;  Venise,  1739, 
in-fol.;  Rome,  1745,  4  vol.  in-4°. 

D"  C.  S.\ucEROTrE. 

p.  Assalti,  p'ie  de  Lancisi,  en  tète  du  traité  De  MotU 
Cordis.  —  E.  Sgnaidi,  OEuvres  complètes.  —  Fabroni, 
Fitse  Jtalorym,  etc. 

LANCiVAL.  Voy.  LcceIde  La.noival. 

LASCLUSE  (François),  écrivain  du  seizième 
siècle.  On  manque  de  renseignements  sur  sa  vie  ; 
on  sait  seulement  qu'il  avait  embrassé  avec  zèle 
les  opinions  de  la  réforme  et  mis  en  vers  français 
VAntithesis  Christi  et  Antichristi,  videlicet 
Papee,  un  des  ouvrages  les  plus  vifs  que  le  cal- 
vinisme lançait  alors  contre  la  papauté.  Ce  livre 
avait  le  mérite  de  joindre  aux  injures  du  texte 
des  images  satiriques.  Ce  sont  des  figures  sur 
bois,  gravées  avec  habileté ,  qui  amènent  les  bi- 
bliophiles à  rechercher  et  à  payer  à  un  prix 
élevé  ces  vieux  témoignages  de  colères  au- 
jourd'hui apaisées.  Voici  le  titre  d'une  des  édi» 
tions  françaises  :  Antithèse  des  faicts  de  Je' 
sus-Christ  et  du  pape,  mise  en  vers  fran- 
çois  ,  ensemble  les  traditions  et  décrets  du 
pape  opposez  aux  commandements  de  Dieu. 
Item  la  description  de  la  vraye  image  de 
V Antéchrist  avec  la  généalogie ,  la  nativité 
et  le  baptesme  magnifique  dHceluy.  Le  texte 
remanié  et  sans  gravures  reparut  en  1612  et 
en  1620,  sous  le  titre  d'Antithèse  de  Notre- 
Seigneur  Jésus-Christ  et  du  pape  de  Rome, 
dédié  aux  champions  et  domestiques  de  la 
Foy.  Lancluse  jugea  à  propos  de  déguiser  son 
nom  sous  une  anagramme  facile  d'ailleurs  à  de- 
viner. L'original  latin  est  attribué  à  Simon  Ro- 
sarius  et  avait  paru  pour  la  première  fois  à 
Genève  en  1557.  G.  B. 

Observationes  selectse  ;  1700,  tom.  IV.  —  Schelhorn, 
Amœnitates  litterariae,  t.  lU,  p.  ISl.  —  David  Clément, 
Bibliothèque  curieuse,  t.  Vil. 

LAKÇON  (  Nicolas- François  ),  seigneur  de 
Sainte-Catherine,  archéologue  français,  né  à 
Metz,  le  17  mars  1694,  mort  dans  lamême  ville, 
le  6  mars  1767.  il  étudia  le  droit,  et  suivit  quelque 
temps  la  carrière  du  barreau,  devint  conseiller  au 
parlement  de  Metz,  maître  échevin  de  Metz,  le  12 
féviier  1758.  Il  consacra  ses  loisirs  à  des  recher- 
ches historiques  et  archéologiques  sur  sa  ville  na- 
tale et  le  pays  Messin.  On  a  de  lui  :  Mémoire  sur 
Vétat  de  la  ville  de  Metz  et  les  droits  de 
ses  évêques  avant  V heureux  retour  des  trois 
évêchez  sous  la  domination  de  nos  roys  ; 
Metz,  1737,  in-fol.;  —  Table  chronologique 
des  Edits,  Déclarations,  Lettres  patentes  et 
Arrêts  du  conseil,  registres  au  parlement  de 
Metz  depuis  sa  création  jusqu'en  1740,  en- 
semble des  écrits  et  règlements  rendus 
par  ladite  oour,  etc.  ;  Metz,  1740,  in-4°;  — 
Usages  locaux  de  la  ville  de  Tout  et  pays 
Toulois,  homologués  et  autorisés  par  lettres 


335  LANÇON  - 

patentes  du  31  septembre  1746,  ensemble  le 
procès  verbal  de  rédaction  ;  Metz,  in-12.  Les 
villes  de  Toul  et  de  Verdnn  étaient  tombées,  de- 
puis 1552,  dans  une  jurisprudence  incertaine, 
qui  laissait  un  vaste  champ  à  l'ignorance  et  à  la 
mauvaise  foi.  Lançon,  qui  avait  fait  une  étude 
approfondie  de  l'ancienne  législation,  s'appliqua 
à  mettre  en  ordre  tout  ce  qui  pouvait  concerner 
les  coutumes  des  deux  villes  de  Toul  et  de  Ver- 
dun; —  Recueil  des  Lois,  Coutumes  et  Usages 
des  Jziifs  de  Metz,  déposé  au  greffe  du  parle- 
ment, le  11  mars  1743.  Le  roi  avait  ordonné 
aux  Juifs  de  Metz ,  par  déclaration  du  20  août 
1742,  de  recueillir  et  traduire  en  langue  française 
leurs  coutumes  et  leurs  usages  en  matière  ci- 
vile; mais  ce  travail  fut  tellement  prolixe  et 
rempli  de  tant  de  choses  inutiles,  que  Lançon 
s'appliqua  à  en  extraire  tout  ce  qui  offrit  de  l'in- 
térêt. C'est  à  Lançon,  son  protecteur,  que  dom 
Joseph  Cajot  dédia  son  ouvrage  des  Antiquités 
de  la  ville  de  Metz.  A.  Jadin. 

Dom  Cajol,  Antiquités  de  Metz,  épUre  dédicatoire.  — 
Duhamel  (  Bardou  ),  Mémoire  historique  de  M.  Lançon, 
maître  échevin  de  Metz.  —  Histoire  de  Metz,  tom.  III, 
p.  356-357.  —  I^  temple  des  Messins,  p.  120.  —  Essai 
philologique  sur  la  Typographie.  —  Bégin,  Biographie 
de  la  Moselle. 

LÂNCONEL.LO  (  CristofoTO  ),  peintre  de  l'é- 
cole bolonaise,  né  à  Faenza,  vivait  au  commen- 
cement du  dix-septième  siècle.  On  conserve  de 
lui  au  palais  Ercolani  de  Bologne  une  Madone 
dans  une  gloire  avec  saint  François,  sainte 
Claire  et  deux  autres  saints,  dont  le  coloris  plein 
de  charme  et  la  gracieuse  expression  font  re- 
connaître dans  l'auteur  de  ce  beau  tableau  un 
élève  ou  au  moins  un  bon  imitateur  du  Baroc- 
cio.  On  ne  connaît  aucun  autre  ouvrage  qui 
puisse  lui  être  attribué  avec  certitude.  E.  B — n. 
Lanzi,  Storia  Pittorica.  —  Ticozzi,  Dizionario. 
LANCRE  (  Pierre  de  ),  démonographe  fran- 
çais, né  à  Bordeaux,  mort  en  1630.  Sa  famille 
appartenait  à  la  magistrature,  et  lui-même  était 
conseiller  au  parlement  de  sa  ville  natale ,  lors- 
qu'il fut  envoyé  comme  commissaire  extraor- 
dinaire dans  le  canton  de  Labour  pour  instruire 
les  procès  d'une  foule  de  malheureux  entassés 
dans  les  prisons  et  accusé^  de  sortilèges.  Il  ré- 
sulté de  ses  procès-verbaux  qu'à  la  suite  des 
tortures  légales  qu'il  leur  lit  infliger,  plus  de 
cinq  cents  détenus  se  reconnurent  sorciers, 
et  furent  brûlés  vifs  par  suite  de  leurs  aveux. 
Lancre  fut  récompensé  de  son  zèle  par  une 
charge  de  conseiller  d'État.  On  a  de  lui  :  Ta- 
bleau de  l'inconstance  et  instabilité  de 
toutes  choses;  Paris,  1611,  in  4°;  —  Ta- 
bleau de  l'inconstance  des  mauvais  anges  et 
démons;  Paris,  1613,  in-4°.  Ce  livre  est  fort 
rare;  les  exemplaires  les  plus  recherchés  con- 
tiennent une  représentation  du  sabbat  des  sor- 
ciers qui,  quoique  mal  exécutée,  ne  manque  pas 
d'originalité;  —  Le  Livre  des  Princes,  conte- 
nant plusieurs  notables  discours  ;  Paris,  1617, 
10-4";  —  L'IncrédulUé  et  Mescréance  du  sor- 


LANÇUÇKI  336 

tilége  pleinement  convaincue,  etc.;  Paris, 
1622,  in-4°  :  l'auteur  y  traite  de  la  fascination, 
de  l'attouchement,  etc.  A.  L. 

Chaudon  et  DelanUine,  Dictionnaire  historique.  — 
Brunet,  Manuel  du  Libraire,  t.  II,  p  221. 

l  L.ANCRENON  (  Charles  ),  peintre  français, 
né  à  Lods  (Doubs),  vers  1792.  Élève  deGirodet, 
il  remporta  le  deuxième  grand  prix  en  1816, 
exécuta  divers  tableaux  d'histoire  et  de  genre, 
qu'il  exposa  aux  divers  salons  depuis  celui  de 
1819.  Il  est  aujourd'hui  directeur  du  Musée  de 
Besançon.  Ses  principaux  ouvrages  sont  :  Tobie 
rendant  la  vue  à  son  père  (Salon  de  1819); 
—  Borée  enlevant  Or,ijthie,  plafond  (  Salon  de 
1822)  ;  —  Le  Fleuve  Scamandre  (Salon  de 
1824  et  exposition  de  1851  )  :  ce  tableau  a  été 
ensuite  placé  au  Musée  du  Luxembourg  ;  — 
Apothéose  de  sainte  Geneviève  (  Salon  de 
1827);  ce  tableau  est  aujourd'hui  à  l'église  Saint- 
Laurent,  à  Paris  ;  —  La  Paix,  dans  la  qua- 
trième salle  du  Conseil  d'État  au  Louvre;  — 
Alphée  et  Aréthuse  (Salon  de  1831  et  exposi- 
tion de  1855  )  ;  —  Scène  tirée  de  D.  Juan  de 
lord  Byron  (Salon  de  1833);  —  Enfant 
jouant  avec  unchien  (Salon  de  1845  ).  M.  Lan- 
crenon  a  reçu  une  médaille  au  Salon  de  1827. 

G.  DE  F. 

Doe.  partie.  —  Annuaire  statistique  des  Art,  franc. 
lANCRËT  (  Nicolas),  peintre  français,  né  à 
Paris,  en  1690,  mort  en  1743.  Il  eut  pour  maî- 
tres Pierre  Ulin  et  Gillot.  Condisciple  de  Wat- 
teau ,  il  suivit  en  tous  points  les  conseils  de  son 
ami,  et,  aveuglé  par  le  succès  qui  accueillait  ses 
œuvres,  il  s'identifia  tellement  avec  sa  manière 
que,  dans  une  exposition  publique,  on  prit  un 
tableau  de  Lancret  pour  un  Watteau  :  ce  suc- 
cès amena  la  brouille  entre  les  deux  artistes.  Ce- 
pendant Lancret  ne  saisit  que  rarement  la 
finesse  de  pinceau  et  la  délicatesse  de  dessin  de 
son  émule.  Les  compositions  de  Lancret  sont 
riantes  et  agréables,  mais  généralement  affec- 
tées; sa  couleur  est  faible  et  papillotée.  Il  eut 
néanmoins  une  grande  réputation  dans  son 
temps,  et  fut  nommé  peintre  du  roi.  En  1719 
l'Académie  de  Peinture  le  reçut,  sous  le  titre  de 
peintre  de  fêtes  galantes,  titre  assez  curieux, 
et  qui  montre  dans  quel  état  étaient  tombés. les 
arts  sous  la  régence.  On  connaît  au  moins 
quatre-vingts  tableaux  de  cet  artiste,  presque 
tous  reproduits  par  la  gravure.  On  en  voit  plu- 
sieurs dans  les  galeries  de  Dresde,  de  Sans- 
Souci  en  Prusse,  au  Louvre  de  Paris,  etc. 

A.  DE  L. 

Ballot,  £/oge  de  M.  Lancret,  peintre  du  roi  ;  1743,  in-12. 
—  Charles  Blanc, /histoire  des  Peintres,  livr.  91,  n"  43  de 
l'École  française. 

LANÇUÇRi  (  ye«w  ),  mathématicien  polonais, 
né  vers  1450,  mort  vers  1520.  On  a  de  lui  : 
Alyorithmus  Unealis  cumpulchris  cofiditio- 
nibus  duarum  Regularum  de  Fri  :  una  de 
integris  :  altéra  vero  de  fractis  :  Regulisque 
socialibus ,  et  semper  exemplis  idoneis  ad- 
junctis.  Cet  ouvrage,  publié  pour  la  première 


337 

fois  à  Cracovie,  en  1517,  fut  réimprimé  en  1519, 

en  i538,  en  1548  et  en  1550.  L.  Ch. 

Janociana,  vol.  III.— F.  Bentkowski,  Hist.  de  la  Littér. 
Polon.  —  J.  Chodyniçki,  Les  Polonais  savants,  1833. 

LANDA  (Mathieu  de)  littérateur  français, 
vivait  au  seizième  siècle.  Il  appartenait  à  l'ordre 
des  Carmes,  et  prenait  le  titre  de  docteur  en 
théologie  de  la  faculté  de  Paris.  On  a  de  lui  : 
Manuel  des  abus  de  l'homme  ingrat,  avec  la 
copie  des  lettres  de  Martin  Bucere  de  Stras- 
bourg, envoyées  audit  F.  Mathieu,  et  lares- 
ponse  d'icelles;  Paris,  1544,  in-8°,  livre  rare; 
—  Miroir  du  corps  humain ,  oii  est  décrit  ses 
misères  et  calamitez,  aussi  son  excellence  et 
dignité;  Rouen,  1553,  1563,  in-S",  et  Paris, 
1584,  in-16.  K. 

Tessier,  Essai  sur  la  Typographie  de  Metz. 

LANDA  (Juan  de),  peintre  espagnol ,  vivait 
àPampelune  de  1570  à  1630.  Il  peignait  fort  bien 
la  fresque  et  l'histoire  ;  les  prix  élevés  accordés 
à  ses  productions  sont  une  preuve  de  l'estime 
que  l'on  en  faisait.  En  1599,  il  décora  le  grand 
maître  autel  de  Sainte-Marie  de  Tafalia,  et  reçut 
pour  prix  de  ses  travaux  70,460  réaux  (environ 
18,000  livres),  somme  considérable  pour  le 
temps.  L'année  suivante,  il  peignit  pour  la  pa- 
roisse de  Caseda  un  Saint  Michel  et  une  Sainte 
Catherine,  qui  lui  furent  payés  3,787  ducats.  A 
cette  époque  les  peintres  de  mérite  ne  dédai- 
gnaient pas  de  dorer  et  de  colorier  les  sculptures. 
Lanza  a  étoffé  de  la  sorte  beaucoup  de  monu- 
ments religieux.  A.  de  L. 

Ouilliet,  Dictionnaire  des  Peintres  espagnols. 

LANDAIS  (1)  (  Pierre  ),  favori  du  duc  de  Bre- 
tagne François  II ,  né  à  Vitré,  pendu  à  Nantes , 
le  18  juillet  1485.  Il  était  fils  d'un  tailleur,  et 
lui-même  exerça  celte  profession.  Il  devint  valet 
de  garde-robe  du  duc  François  II ,  et  gagna  la 
faveur  de  son  maître,  qui  lui  confia  le  pouvoir 
le  plus  absolu  en  Bretagne.  «  Il  éleva,  dit  Mé- 
zeray,  aux  charges  du  pays  des  gents  de  sa  sorte 
et  surtout  de  ses  parents,  entre  autres  les  Guibez, 
fils  de  sa  sœur,  à  cause  de  quoy  il  y  avoit  beau- 
coup d'envie  contre  lui  de  la  part  des  seigneurs, 
particulièrement  depuis  qu'il  avoit  fait  mourir 
de  cruelle  faim  dans  la  prison  le  chancelier  Jean 
Chauvelin  et  Jacques  de  Lespinay,  evesque  de 
Renés.  »  —  «  Avide  comme  un  parvenu,  dit  un 
autre  historien,  reportant  toutes  ses  faveurs  sur 
les  siens,  traitant  cruellement  quiconque  ne  pliait 
pas  devant  lui,  il  résista  à  la  noblesse,  qu'il  mé- 
prisait ,  sut  contenir  le  clergé ,  brava  Louis  XI, 
et  porta  continuellement  le  duc  à  se  jeter  dans 
l'alliance  de  l'Angleterre.  Quant  au  peuple,  il 
n'eut  pas  à  se  plaindre  de  l'administration  de  Lan- 
dais. Soit  haine  des  nobles,  soit  sympathie  pour 
les  hommes  de  sa  classe,  soit  conscience  ins- 
tinctive de  l'avenir,  il  favorisa  la  représentation 
des  bourgeois  aux  états ,  protégea  le  commerce, 
fit  abolir  beaucoup  de  droits  féodaux ,  et  encou- 

.  (1)  Ce  nora  est  écrit  quelquefois  Landays  et  Landais. 


LAJNÇUÇRI  —  LANDELLE 


338 

ragea  l'imprimerie.  Cependant,  les  nobles ,  im- 
patients de  se  venger  de  ses  insolences ,  prirent 
les  armes ,  et  tentèrent  de  l'assassiner.  Une  pre- 
mière fois  il  déjoua  leurs  complots,  et  son  crédit 
en  devint  plus  grand  que  jamais.  Il  en  profita 
pour  engager  son  maître  à  donner  asile  au  duc 
d'Orléans.  Tous  les  ennemis  de  Landais  crièrent 
contre  son  système  politique.  Une  nouvelle  ligue 
de  nobles  ,  soutenue  par  Charles  VIII,  l'attaqua 
alors ,  et  cette  fois  elle  réussit  à  soulever  contre 
lui  le  peuple  de  Nantes.  Il  fut  livré  par  le  duc 
lui-même,  dans  la  chambre  duquel  il  avait  cher- 
ché un  asile.  François  II  exigeait  formellement 
de  son  chancelier  François  Chrestien  qu'on  épar- 
gnât les  jours  de  Landais;  mais  les  six  commis- 
saires qui  instruisirent  son  procès  y  mirent  une 
telle  diligence,  qu'en  peu  de  jours  les  exactions, 
les  abus  du  pouvoir,  les  déprédations,  les  meur- 
tres dont  on  l'accusait  à  tort  ou  à  raison  furent 
suffisamment  constatés  après  que  le  prévenu  eut 
subi  la  question.  Il  fut  condamné  à  être  pendu 
et  exécuté  sur-le-champ.  «  Le  gibet,  continue 
Mézeray,  fut  le  dernier  degré  de  son  orgueil.  » 
A.  d'É— p — c. 

Mézeray,  Abrégé  chronologique  de  V Histoire  de 
France ,  t.  V,  p,  7-18.  —  Slsmondi,  Histoire  des  Fran- 
çais, t.  XIV,  p.  396-399,  t.  XV,  p.  B  à  19.  —  Le  Bas,  Dict. 
encycl.  de  la  France. 

LANDAIS  (Napoléon),  grammairien  et  ro- 
mancier français,  mort  à  Paris ,  en  1852.  On  a  de 
lui  :  Dictionnaire  général  et  grammatical  des 
dictionnaires  français ,  etc.;  Paris,  1834,  2  vol. 
in^"  ;  cette  première  édition  est  pleine  de  fautes , 
indiquées  à  la  fin  du  2^  volume;  —  Gram- 
maire générale  et  raisonnée  de  toutes  les 
grammaires  françaises;  1836,  gr.  in-8°;  -— 
Une  Vie  de   Courtisanne;  1832,  3  vol.  in-12; 

—  Une  Femme  du  peuple;  1834,  2  vol.  in-8'^; 

—  La  Fille  d'un  Ouvrier  ;  1836,  3  vol.  in-8°, 
(sous  le  pseud.  Eug.  de  Massy  );  —  Commen- 
taires et  Études  littéraires  ;  1849,  in-8°. 

G.  DE  F. 

Documents  particuliers.  —  Journal  de  la  Librairie. 

LANDAZCRi  (JoacMm),  historien  espagnol, 
né  à  Vittoria,  en  1724,  mort  dans  la  même  ville 
le  12  janvier  1806.  Il  entra  dans  les  ordres  ,  et 
consacra  sa  vie  à  l'étude  de  l'histoire  et  de  la 
géographie  de  sa  province.  Il  fut  admis  dans  l'A- 
cadémie de  Madrid,  et  reçut  une  pension  du  roi 
Charles  III.  On  a  de  lui  :  Historia  ecclesiastica 
y  polit ica  de  la  Vizcaya;  Vitoria,  1752,  5  vol. 
in-4°;  —  Geographia  de  la  Vizcaya;  Vitoria, 
1760,  2  vol.  in-8°  ;  —  Historia  de  la  Ciudad 
de  Vitoria;  Vitoria,  1780,  in-4'';  —Historia 
civil  de  laProvincia  de  Alava;  Vitoria,  1798, 
in-4°.  Z. 

Brunet,  Manuel  du  Libraire.  —  Arnault,  Jouy,  etc. 
Biogr.  des  Contemporains. 

*  LANDELLE  (  Charles  ) ,  peintre  français , 
né  à  Laval  (Mayenne),  vers  1816.  Il  eut  pour 
maître  Paul  Delaroche ,  et  exposa  pour  la  pre- 
mière fois  au  salon  de  1841.  Ses  principaux  ta- 


339 


LANDELLE  —  LANDER 


340 


bleaux  sont  :  Le  bienheureux  Angélique  de 
Fiesolle  demandant  Vïnspiration  à  Dieu  (mé- 
daille de  deuxième  classe  au  salon  de  1 842)  ;  —  La 
Charité  (salon  de  1843  );  —  La  Sainte  Vierge 
et  les  saintes  femmes  allant  au  sépulcre  (mé- 
daille de  troisième  classe  au  salon  de  1845)  ;  — 
Sainte  Cécile  (salon  de  1848,  médaille  de  première 
classe); —  Jésus-Christ  avec  saint  Pierre 
et  saint  Jean  (  salon  de  1850);  —  Sainte 
Véronique  (même  salon)  ;  —  Le  Repos  de  la 
la  sainte  Vierge  :  ce  tableau  lui  valut  à  l'expo- 
sition universelle  de  Paris ,  en  1855 ,  une  mé- 
daille de  troisième  classe.  M.  Landelle  a  reçu  la 
croix  de  la  Légion  d'Honneur,  le  14  novembre 
1855.  G.  DE  F. 

Documents  particuliers. 

LANOEN  (/oM),  géomètre  anglais,  naquit 
en  janvier  1719,  à  Peakirk,  près  Peterborough,et 
mourut  le  15  janvier  1790  ,  à  Milton.  Nous  sa- 
vons peu  de  chose  sur  sa  jeunesse.  Nous  le  trou- 
vons travaillant  au  Ladifs  Diary  en  1744.  Il 
s'abandonna  ensuite  complètement  aux  spécula- 
tions mathématiques ,  et  ses  travaux,  insérés 
pour  la  plupart  sous  forme  de  mémoires  dans 
les  Transactions  Philosophiques,  le  firent 
nommer,  en  1 766 ,  membre  de  la  Société  royale 
de  Londres.  Landen  avait  déjà  publié  :  Mathe- 
matical  Lncubrations  {in-S",  1755),  renfer- 
mant plusieurs  beaux  théorèmes  sur  la  rectifica- 
tion des  lignes  courbes,  la  sommation  des  sé- 
ries et  l'intégration  des  équations  différentielles  ; 
et  The  residual  Anal  y  sis ,  a  neio  branch  of 
the  algebric  art  (in-8°,  1764),  exposition  d'une 
méthode  que  l'auteur  proposait  de  substituer  à 
celle  des  fluxions ,  tentative  malheureuse,  qui  fut 
cependant  renouvelée  par  Kramp ,  par  Arbogast 
et  enfin  par  Lagrange,  dans  sa  Théorie  des  Fonc- 
tions analytiques.  «  Cette  analyse  résiduelle, 
a  dit  un  critique  auquel  nous  nous  associons  plei- 
nement, cette  analyse  résiduelle,  dont  les  pro- 
cédés embarrassants  et  compliqués  font  perdre  au 
calcul  différentiel  ses  principaux  avantages  ma- 
thématiques ,  savoir  la  simplicité  et  l'extrême  fa- 
cilité des  opérations ,  doit  être  rangée  aujour- 
d'hui parmi  toutes  ces  méthodes  indirectes  qui  ont 
voulu  usurper  dans  ces  derniers  temps  la  place 
du  calcul  infinitésimal  et  dont  toute  la  valeur 
repose  sur  ce  qu'elles  empruntent  implicitement, 
à  leur  insu,  aux  principes  supérieurs  de  ce  cal- 
cul. »  Dans  ses  autres  travaux,  Landen  eut  le 
bon  esprit  de  se  servir  des  procédés  newtoniens, 
et  on  ne  peut  que  donner  des  éloges  à  ses  re- 
cherches sur  la  sommation  des  séries ,  sur  les 
lois  du  mouvement  de  rotation^  etc .  Une  de  ses 
plus  belles  découvertes  est  celle  de  l'égalité  d'un 
arc  d'hyperbole  à  la  différence  de  deux  arcs  el- 
liptiques assignables,  vérité  dont  Legendre  a 
donné  depuis  une  démonstration  plus  simple, 
dans  sa  Théorie  des  Fonctions  elliptiques. 

Outre  les  ouvrages  que  nous  venons  de  citer, 
on  doit  encore  à  Landen  :  Animadversions  on 
D' Stewarts  Computation  ofthe  Sun  's  distaîice 


from  theEarth;  Londres^  1771,  in-8<"(l).  Son 
dernier  ouvrage,  intitulé  Mûthematical  Me- 
moirs  (2  vol.  in-4°),  parut  la  veille  de  sa  mort. 
Parmi  les  mémoires  de  Landen,  publiés  dans 
les  Philosophical  Transactions,  les  principaux 
sont  :  An  Investigation  of  some  Theorems 
îvhich  suggest  some  remarkable  properties  of 
the  Circle,  and  are  ofuse  in  resolving  Frac- 
tions, whose  denominators  are  certain  multi- 
nomials ,  into  more  simple  ones  (  année 
1754);  —A  Spécimen  of  a  new  Method  ofcom- 
paring  CurvoUneal  Areas,  by  which  means 
such  areas  may  be  compared,  as  hâve  not  yet 
appeared  to  be  comparable  by  any  other 
method  (1768)  ;  —  A  Disquisition  concerning 
certain  Fluents ,  which  are  assignable  by  the 
Arcs  of  the  Conic  Sections ,  wherein  are  in- 
vestigated  some  new  and  useful  theorems 
for  Computing  such  fluents  (1771);  —  An 
Investigation  af  a  gênerai  Theoremfor  fin- 
ding  the  Lenght  of  any  Arc  of  any  Conic 
Hyperbola  by  means  of  two  Elliptic  Arcs , 
with  some  other  new  and  useful  theorems 
deduced  therefrom  (1790);  etc.  E.  Merlieux. 
Philosophical  Transactions,  années  1754  à  1790.  — 
Barginet,  article  Landen,  dans  le  Dictionnaire  des 
Sciences  Mathématiques  de  Montferrier.  —  Chasle, 
Jperçu  historique  sur  l'origine  et  le  développement  des 
Méthodes  en  Géométrie. 

LAKDËR  (  Richard  ) ,  voyageur  anglais ,  né 
en  1804,  dans  le  comté  de  Cornwall,  mort  dans 
l'île  de  Fernando-Po,  le  27  janvier  1834. 11  exer- 
çait la  profession  de  typographe,  lorsque  le  goût 
des  voyages  le  décida  à  suivre  le  capitaine  Clap- 
perton  dans  son  voyage  de  découvertes  en  Afri- 
que. Arrivé  avec  lui  à  la  baie  de  Bénin,  ils  pé- 
nétrèrent jusqu'à  Sakkatou,  où  Clapperton  mou- 
rut (1).  Richard  Lander  revint  en  Angleterre  en 
1828,  et  y  publia  le  récit  du  capitaine  ainsi  que 
son  propre  journal  (i829).  Il  s'offrit  au  gouver- 
nement anglais  pour  continuer  les  explorations 
relatives  au  cours  du  Niger.  Son  offre  fut  ac- 
ceptée, et ,  conjointement  avec  son  frère  John, 
il  partit  de  Plymouth  le  9  janvier  1830  ,  sur  le 
brick  Ale7~te,  et  le  22  février  suivant  il  débarqua 
à  Const-Castle,  l'un  desprincipauxétablissements 
anglais  en  Guinée.  Après  un  séjour  de  trois  se- 
maines, les  voyageurs  se  dirigèrent  sur  Badagry, 
où  ils  atterrirent  le  22  mars.  Ils  y  furent  assez  mal 
reçus  par  le  roi  Adouly,  et,  dit  Lander,  «  si  nous 
eussions  trouvé  parmi  les  Badagryotes  un  seul 
brave  homme ,  nous  aurions  pris  plaisir  à  pro- 
clamer ce  fait;  mais  il  n'en  fut  pas  ainsi  :  ils 
exercèrent  sur  nous  sans  scrupule  leurs  mau- 
vais penchants.  Les  Badagryotes,  quoique  maho- 
métans,  font  encore  des  sacrifices  humains  aux 
démons.  »  Les  frères  Lander  se  hâtèrent  de 
quitter  de  si  dangereux  hôtes,  et  le  17  juin  ils  ar- 
rivèrent à  Boussa,  où  ils  visitèrent  l'endroit  où 

(1)  L'erreur  signalée  par  Landen  avait  déjà  été  recon- 
nue et  espliquée  par  Dowson,  en  1769. 

(2)  Pour  éviter  (ie&  répétions,  nous  renverrons  noslec- 
eurs  à  l'article  CLAPPiiRXON. 


341  LANDER 

Mungo-Park  et  ses  compagnons  avaient  trouvé  la 
rnoii,  en  1809;  mais  ils  ne  purent  recueillit 
aucuu  détail  sur  la  catastrophe  qui  termina  la 
Tie  (le  ce  courageux  voyageur.  Ils  s'embarquè- 
rent ensuite  sur  le  Niger  (  Quorra  dans  le  lan- 
gage indigène  ),  passèrent  devant  les  villes  de 
Congi,  d'Inguazilligie,  devant  l'île  de  Pastastrie, 
et  le  12  octobre  ils  descendirent  à  Rabba,  capitale 
du  roi  des  Eaux-Noires ,  qui  les  reçut  cordiale- 
ment. Us  visitèrent  ensuite  Damuggou ,  Eboe ,  et 
le  18  novembre  ils  entrèrent  dans  la  principale 
branche  du  Quorra  ,  appelée  la  rivière  Nun,  el 
montèrent  à  bord  d'un  brick  anglais,  qui  les  coii- 
duisit  à  Fernando-Po  (!''''  décembre).  Le  20  jan- 
vier 1831  il  reprirent  la  mer  sur  le  Caernarvon, 
mouillèrent  à  Rio-Janeiro ,  et  le  9  juin  jetèrent 
l'ancre  à  Portsmouth.  Ce  voyage  n'avait  eu  d'au- 
tre résultat  que  de  constater  que  le  Niger  se  jette 
dans  la  baie  de  Bénin  par  plusieurs  bras. 

En  1832,  les  frères  Lander  tentèrent  une  nou- 
velle expédition;  ils  entreprirent  de  remonter 
le  Quorra  stir  un  bateau  à  vapeur,  faisant  partie 
d'une  expédition  armée  par  des  négociants  de 
Liverpool.  Us  entrèrent  dans  le  Tschadda,  qui  se 
jette  à  Adda-Koudda,dansle  Quorra,  et  construi- 
sirent un  fort  sur  une  petite  île,  qu'ils  nommè- 
rent Ënglûnd-Island.  Le  commerce  qu'ils  éta- 
blirent avec  les  indigènes  fut  assez  avantageux 
pour  les  exciter  à  en  chercher  l'extension,  et  en 
1833  Richard  Lander  et  quelques-uns  de  ses 
compagnons  entreprirent  une  excursion  dans 
le  Bras5,  rivière  qui  fait  partie  du  delta  du  Niger. 
A  une  distance  de  dix  à  onze  myriamètres,  leur 
petit  navire  s'ensabla,  et  ils  furent  tout  à  coup 
assaillis  par  les  habitants  des  deux,  rives.  Ils  pu- 
rent échapper  en  se  jetant  dans  un  canot;  mais 
dans  leur  fuite  Lander  fut  gravement  atteint  d'un 
coup  de  feu  à  la  hanche.  Il  mourut  des  suites 
de  cette  blessure. 

Son  frère  John ,  né  en  1807,  mort  le  16  no- 
vembre 1 839,  avait  comme  lui  débuté  dans  la  ty- 
pographie, et  l'accompagna  dans  tous  ses  voyages. 
il  revint  en  Angleterre,  où  il  obtint  un  emploi  dans 
la  douane  ;  mais  il  mourut  bientôt  des  suites  de 
ses  fatigues. 

Les  frères  Lander  ont  publié  :  Journal  oj  an 
Expédition  ta  explore  the  Course  and  Termi- 
nation  of  the  Niger;  Londres,  1832,  2  vol.; 
trad.  en  français  par  M™"  Louise  Belloc,  Paris, 
1832,  3  vol.  in-8°.  A.  de  L. 

William  Smith,  Collection  ohoisie  des  yoyages  autour 
àù  Monde,  t.  IX,  p.  4to-43S.  —  Ferd.  Hoefer,  yjfrique 
centrale,  dans  l'Univers  pittoresque ,  p.  215-249. 

LANDERER  (Ferdinand) ,  dessinateur  et 
graveur  allemand, né  en  1743  à  Stein  (Autriche), 
mort  à  la  fin  du  dernier  siècle.  Il  eut  Schmutzer 
pour  maître  de  gravure,  enseigna  le  dessin  au 
Collège  militaire  de  Vienne ,  et  fit  partie  de  l'A- 
cadémie impériale.  Ses  oeuvres  originales  sont,: 
Héiiodore  au  temple  de  Jérusalem  ;  —  Jo- 
seph de  Kurtz;  —  une  série  de  têtes  diverses 
dans  le  stvle  de  Rembrandt;  —  Paysage  avec 


LANDES 


342 


ruines;  —  Oes  planches  pour  l'ouvrage  inti- 
tulé :  Sittiationen ;  Vienne,  1784,  2  vol.  — 
Samson  et  Dalila;  d'après  Rembrandt;  —  d'à-, 
près  M.  J.  Schmidt  :  Jésus-Christ  guérissant 
les  boiteux;  1760;  —  Le  bon  Samaritain; 
1760;  V  Astronome  ;  Le  Chimiste;  Le  Joueur  de 
violon  ;  —  d'après  F.  Casanova  :  Le  Décharge- 
ment des  Bagages  et  Les  Vivandiers  en  repos; 
—  d'après  Loutherbourg  :  deux  Paysages  avec 
figures  et  animaux  ;  d'après  Rubens  :  —  Suzanne 
elles  Vieillards  et  Diogène  et  Alexandre.  K. 

G.  GandelUni,  iVofiite.XI.  —  Fuessti,  Kûnstler-Lex., 
357.  —  Nagler,  KUnstler-  Lex.,  VII,  264.  —  Ch.  Le  Blanc, 
Man.  de  l'Amateur  d'Estampes. 

LANDES  (Pierre),  publiciste  français,  né 
en  1754,  à  Paris,  lîlort  le  28  novembre  1806,  à 
Dijon.  Reçii  avocat,  il  exerça  sa  profession  au 
barreau  de  Dijon.  Lorsque  la  révolution  éclata,  il 
prit  la  plurhe  pour  en  combattre  les  principes,  et 
soutint  avec  Urte  certaine  vivacité  la  cause  des 
parlements,  qu'il  ne  séparait  point  de  celle  de  la 
monarchie.  La  hardiesse  de  ses  opinions  faillit 
lui  être  fatale  :  arrêté  daiis  les  premiers  jours  de 
la  terreur,  on  le  conduisait  à  Paris  lorsque  plu- 
sieurs de  ses  amis,  bien  armés  et  masqués, 
s'embusquèrent  sur  la  route  et  réussirent  à  le 
déhvrer.  11  gagna  aussitôt  la  Suisse,  où  il  entre- 
tint une  correspondance  active  avec  le  prince  de 
Condé.  L'invasion  de  l'armée  française  Texposa 
à  de  nouveaux  dangers  ;  signalé  comme  un  agent 
politique  des  plus  dangereux,  il  fut  jeté  en  pri- 
son, et  allait  être  transféré  à  Paris  ;  l'interven- 
tion de  sa  fille ,  enfant  de  sept  ans ,  émut  à  un 
tel  point  le  général  en  chef,  qu'il  lui  fit  grâce  de 
la  vie.  Landes  passa  en  Allemagne ,  s'y  employa 
de  nouveau  au  service  des  Bourbons  ,  et  profita 
en  1801  de  l'amnistie  accordée  aux  émigréspour 
rentrer  définitivement  en  France.  On  a  de  lui  : 
Journal  de  ce  qui  s'est  passé  à  Dijon  à  l'oc- 
casion de  la  rentrée  du  parlement;  Kehl 
(Dijon),  1789,in-8°;  —Discours aux  Welches, 
dans  lequel  on  a  inséré  la  justification  des 
chambres  des  vacations  des  parlements  de 
Rouen,  de  Metz  ,  et  particulièrement  de 
Rennes,  ouvrage  dénoncé  à  l'Assemblée  na- 
tionale; Dijon,  de  Vimpr.  des  Aristocrates , 
27  mars  1790,  in-8°;  —  Nouveau  Discours  aux 
Welches,  par  Biaise  Vadé,  fils  d'Antoine  et  ne- 
veu de  Guillaume;  Paris,  1790;  in-8°:  ces  deux 
écrits ,  qui  causèrent  beaucoup  de  sensation , 
furent  publiés  à  l'occasion  des  tracasseries  qui 
précédèrent  la  suppression  des  parlements; — ■ 
Principes  de  Droit  politique  mis  en  opposition 
avec  ceux  de  J.-J.  Rousseau  sur  le  Contrat 
social;  Neufchâtel  (Suisse),  179I,in-8°,  réimpr. 
en  1801  à  Paris;  —  De  la  Nécessité  d'un  État 
monarchiqiie  en  France;ihiâ,  1795,  in-S",  qui 
fut,  dit-on,  écrit  par  ordre  du  comte  de  Pro- 
vence; —  Lois  de  la  Morale  et  de  l'Honneur; 
ibid.,  1797,  in-S"; — Le  Fugitif,  ou  les  malheurs 
dé  la  proscription  (  ouvrage  posthume)  ;  Paris, 
1825,  4  vol.  in-12.  P.  L— y. 


343 


LANDES  —  LANDl 


Î44 


Desessarls ,  Siècles  littéraires.  —  Journal  de  la  Li- 
brairie, 182s, 

LANDÈscHi  (  Giovanni-Battista), agronome 
"italien  ,  né  en  1725,  en  Toscane ,  mort  en  1786. 
Destiné  à  l'état  ecclésiastique,  il  devint  curé  à 
Montorzo,  et  s'appliqua ,  dans  l'exercice  de  ces 
modestes  fonctions,  à  perfectionner  les  procédés 
de  l'agriculture  dans  la  campagne  de  Florence 
ainsi  qu'à  défricher  le  haut  pays.  On  a  de  lui  des 
Saggi  di  Agricoltura;  Florence,  1782  :  traité 
fort  utile  et  qui  a  eu  de  nombreuses  éditions.  K. 

Tipaldo,  Biogr.  degli  Italiani,  VI. 

LANDi  {Vergusio),  chef  de  parti  italien, 
mort  dans  la  première  moitié  du  quatorzième 
siècle.  Il  était  originaire  de  Plaisance  et  chef 
d'une  famille  gil)eline  qui  s'était  montrée  fort  at- 
tachée aux  Visconti  de  Milan.  Exilé  de  cette 
ville  par  Galeas  Visconti ,  qui  avait  séduit  sa 
femme,  il  s'associa  aux  Guelfes,  et,  soutenu  par 
le  légat  Bertrand  de  Poiet,  s'empara  par  sur- 
prise de  Plaisance  (9  octobre  1322).  Mais,  mal- 
gré les  nombreuses  preuves  de  dévouement  qu'il 
donna  à  son  nouveau  parti ,  il  ne  put  maintenir 
son  autorité  dans  cette  ville  ,  et  en  fut  chassé 
l'année  suivante  par  les  Guelfes  eux-mêmes. 

P.  L— ï. 

Slsmondi,  Hist.  des  Républ.  ital. 

LANDi  (Le  comte  Costanzo),  philologue  et 
numismate  italien,  né  à  Plaisance,  en  1521,  mort 
à  Rome,  le  25  juillet  1564.  Il  composa  à  l'âge  de 
douze  ans  une  élégie  latine,  qui  fit  beaucoup  es- 
pérer de  lui  ;  mais  la  poésie  ne  l'empêcha  pas 
de  se  livrer  à  des  études  plus  sévères.  Il  suivit 
les  cours  du  philologue  Amaseo  à  Bologne,  du 
savant  jurisconsulte  Alciat  à  Ferrare  et  à  Pavie, 
et  alla  étudier  en  1555  la  médecine  à  Padoue. 
Quelques  années  avant,  en  1545,  un  voyage  à 
Rome  et  la  vue  des  antiquités  de  cette  viJle  évdl- 
lèrent  en  lui  le  goiit  de  l'archéologie  et  de  la  nu- 
mismatique. Le  désir  de  perfectionner  ses  con- 
naissances en  ce  genre  le  ramena  à  Rome  vers 
1560.  Il  y  mourut,  à  l'âge  de  quarante-trois  ans. 
On  a  de  lui  :  Lusuum  puerilium  Libellus  ;  Fre- 
rare,  1545,  in-8°;  —  Oratio  habita  Ticiniin 
Academia  III.  Hippolytse  marchesiee  Males- 
pineecumordiretur  lectionem  VergiHi,MDXL; 
Ferrare,  154€,in-4°;  —  Ad  titulum  Pandec- 
tarum  de  Justitia  et  Jure  enarrationum  Li- 
ber ;  Plaisance,  1549,  in-fol.  ;  —  Carmina  ad 
Venturinum  Vasollum  Fivizanensem ;  Pavie, 
1550,  in-4°  ;  —  In  Epithalamium  Gatidli  An- 
notationes;  Pavie,  1550,  in-8°;  —  Veterum 
Numismatum  Romanorum  miscellaneœ  Sxpli- 
cationes  ;  Lyon,  1560,  in-4°.  C'est  le  plus  connu 
des  ouvrages  de  Landi,  et,  malgré  beaucoup  d'er- 
reurs, il  mérite  d'être  encore  consulté  ;  une  se- 
conde édition  parut  sous  le  titre  de  Selectiorum 
Numismatum  prsecipue  Romanorum,  Exposi- 
tiones  ;  Leyde,  1695,  in-4°.  Z. 

Tiraboschi,  Storia  delta  Letteratura  Italiana,  t.  VII, 
part.  II,  p.  227.  —  Pogglali,  Storia  Letteraria  di  Pia- 
cenza,  1. 11.  p.  130.  —  Ginguené,  Histoire  Littéraire  d'I- 
ttilie,  t.  VU,  p.  S96. 


LANDI  (Le comte  Jules),  littérateur  italien , 
né  à  Plaisance,  vers  1500,  mort  vers  1580.  Après 
avoir  fait  ses  études  dans  sa  ville  natale  et  à  Rome, 
il  voyagea  dans  divers  pays  de  l'Europe,  et  alla 
jusqu'à  Madère,  en  1530.  De  retour  à  Plaisance,  il 
exerça  des  charges  importantes.  Un  événement, 
resté  ignoré,  le  conduisit  dans  les  prisons  de  i 
Rome,  vers  1536.  On  ne  sait  à  quelle  époque  il  : 
obtint  sa  liberté ,  et  la  seconde  partie  de  sa  car- 
rière est  encore  plus  obscure  que  la  première. 
Au  milieu  des  aventures  d'une  vie  agitée,  Landi 
publia  plusieurs  ouvrages  qui  attestent  un  savoir 
varié  et  une  certaine  facilité ,  mais  ne  s'élèvent 
pas  au-dessus  du  médiocre;  en  voici  les  titres  : 
Formaggiata  di  sere  Stentato  al  sei'enissimo 
Me  délia  Virtude;  1542,  in-8''; —  La  Vita  di 
Esopo  tradotta  ed  adornata;  Venise,  1545, 
in-8°;—  La  Vita  di  Cleopatra,  reinad'Egitto, 
con  una  Orazione  nelfine,  recitata  nelV  Acca- 
demia  degV Ignoranti  in  Iode  delV  ignoranza; 
Venise,  1551,  in-8°.  Cette  Vie  de  Cléopatre 
est  un  roman  ingénieux,  et  qui  a  été  réimprimé 
plusieurs  fois,  entre  autres  par  Molini,  Paris, 
1788,  in-12;  elle  a  été  traduite  en  français  par 
Bertrand  Barrère,  Paris,  1808,  in-18;  —  Le 
Azioni  morali  nelle  quali ,  olire  la  facile  ed 
espedita  introduzione  alV  Etica  d'Aristotele, 
si  discorre  molto  risolutamente  intorno  al 
duello  ;  Venise,  1564,  t.  P%  in-4°;  Plaisance. 
1575,  t.  II,  10-4°;  —  La  Descrizione  deXV 
Isola  délia  Madera;  Plaisance,  1574,  in-12.  Z. 

Poggiali,  Memorie  per  la  Storia  Letteraria  di  P.la- 
cenza,  t.  II,  p.  195. 

LANDI  { Hortensius  ) ,  érudit  et  littérateur 
italien,  de  la  famille  du  précédent,  né  à  Milan,  au 
commencement  du  seizième  siècle,  mort  vers 
1560.  Fils  de  Dominique  Landi,  professeur  de 
droit,  il  étudia  les  belles-lettres  à  Milan  et  la 
médecine  à  Bologne.  Il  était,  comme  il  l'avoue 
lui-même,  d'un  caractère  très-irritable,  et  mé- 
nageait peu  la  susceptibilité  d'autrui  (1);  aussi 
se  fit-il  de  bonne  heure  un  grand  nombre  d'en- 
nemis ,  qui  profitèrent  de  ce  qu'il  avait  ouver- 
tement manifesté  en  religion  des  sentiments  assez 
peu  orthodoxes  pour  lui  faire  quitter  l'Italie.  En 
1634  il  partit  pour  Lyon,  et  s'y  lia  avec  le  cé- 
lèbre Etienne  Dolet.  Après  avoir  mené  quelque 
temps  une  vie  errante,  il  retourna  dans  sa  patrie; 
il  y  fiit  secouru  et  protégé  par  Pic  de  La  Miran- 
dole,  Carraciolo,  évêque  de  Catanea  et  Madruni, 
évêque  de  Trente.  Mais  son  humeur  inquiète  et 
son  désir  d'habiter  un  pays  libre  lui  firent  de  nou- 
veau quitter  l'Italie  ;  il  se  retira  en  Suisse,  d'abord 
dans  le  pays  des  Grisons,  et  en  1 540  à  Bàle.  En 
1543,  il  alla  passer  quelques  mois  à  la  cour  de 
François  r'',qui  séjournait  alors  à  Lyon.  L'année 
suivante  il  parcourut  l'Allemagne,  et  revint  bien- 
tôt en  Italie.  Dépouillé  par  des  voleurs ,  il  fut 
accueilli  à  Brescia  par  M.-Antonio  da  Mula, 


(1)  Par  antiphrase  Landi  fut  inscrit  parmi  les  membres 
de  l'Académie  des  Elevati  de  Ferrare  sous  le  nwu  de 
Hortensius  Tranquillus 


345  I- 

gouverneur  de  cette  ville.  En  1545  il  yisita  plu- 
sieurs parties  de  l'Italie ,  assista  au  mois  de  dé- 
cembre de  cette  année  à  l'ouverture  du  concile 
de  Trente,  et  alla  enfin  se  fixer  à  Venise ,  où  il 
passa  le  reste  de  ses  jours.  Son  savoir  était  varié, 
mais  manquait  de  solidité,  ce  qui,  joint  à  l'ex- 
centricité qu'il  affecta  constamment  dans  ses 
opinions  philosophiques,  religieuses  et  littéraires, 
a  rendu  ses  ouvrages  plutôt  curieux  que  vrai- 
ment utiles.  On  a  de  lui  :  Cicero  retegaius  et 
Cicero  revocatus,  Dialogl  fesHvissimi  ;  Lyon, 
1534,  in-8";  Venise,  1534  et  1539;  Leipzig, 
1534;  Naples,  1736,  in-8°;  se  trouve  aussi 
comme  appendice  dans  les  Opei'a  de  Latinitate 
selecta,  de  Vorstius  (édition  de  Berlin,  1718)  ; 
ouvrage  écrit  pour  attaquer  la  renommée  morale 
et  littéraire  de  Cicéron; —  Forcianee  Queestio- 
nes,  in  quibus  varia  Italoruvi  ingénia  ex- 
plïcantur,  multaque  alia  scitunon  indigna; 
Naples,  1536;  Bâie,  1544,  et  Francfort,  1616, 
in-8"  ;  ce  livre,  publié  sous  le  pseudonyme  de 
Phïlalètes  Polyiopiensis ,  contient  des  détails 
très-intéressants  sur  les  mœurs  et  coutumes  de 
diverses  villes  de  l'Italie  au  seizième  siècle  ;  — 
In  D.  Erasmi  Funus,  Dialogus  lepidissimus  ; 
Bâle,  1540,  sous  le  pseudonyme  de  Philalèthes 
ex  Utopia;  ce  libelle  injurieux  contre  la  mémoire 
d'Érasme  provoqua  de  la  part  de  B.-J.  Eraldo, 
professeur  de  médecine  à  Padoue,  une  réponse 
très-vive ,  insérée  dans  le  tome  VIII  des  Opéra 
d'Érasme  ;  —  Paradossi,  cioè  sentenze  fuori 
del  comun  parère,  opéra  non  meno  dotta 
che  piacevole ;  Lyon,  1543;  Venise,  1544,  et 
1545,  in-8°;  Venise,  1563,  in-8°  (édition  qui 
contient  aussi  l'ouvrage  suivant);  Bergame, 
1594,  édition  incomplète;  les  Paradossi,  au 
nombre  de  trente  ,  contenaient  non-seulement 
des  opinions  étranges  en  matière  de  philosophie 
!et  de  littérature,  mais  aussi  des  attaques  directes 
icontre  la  rdigion  ;  l'auteur  crut  devoir  en  atté- 
nuer l'effet  fâcheux  pour  sa  personne ,  en  pu- 
hliant  lui-même,  mais  sous  l'anonyme,  une  ré- 
futation de  son  ouvrage,  laquelle  fut  intitulée  : 
Contntazione  del  libro  de'  Paradossi;  Venise, 
lji.j  et  1563,  in-8";  ce  livre  contient  peut-être 
encore  plus  d'idées  bizarres  et  extravagantes 
que  celui  des  Paradossi;  —  Lettere  di  moite 
valorose  donne  ;  Venise,  1548  et  1549,  in-8o  : 
ces  lettres  ont  pour  unique  auteur  Landi  lui- 
même;  —  Sermoni  funebri  di  varj  autori 
\t\ella  morte  di  diversi  animali;  Venise,  1549, 
'et  Genève,  1559,  in-8°  ;  traduit  en  français  par 
!C1.  Pontour ,  Paris,  1570,  in-16,  et  par  Th.  Ti- 
jmofille,  Paris,  1576,  in-16,  traduit  en  latin  par 
'G.  Ganter,  Leyde,  1590,  in-8",  ce  livre  con- 
tient onze  oraisons  funèbres  burlesques  sur  la 
mort  d'un  âne,  d'un  chien,  d'un  coq,  etc.;  — 
La  Sferza  de'  Scrittori  antlchi  et  moderni ; 
Venise,  1550,  in-8'',  sous  le  voile  de  l'anonyme  : 
cet  écrit,  qui  est  une  satire  violente  contre  les 
plus  célèbres  écrivains,  reçut  l'approbatien  de 
l'Arétin,  undes  amis  intimes  de  Landi  ;  —  Oracoli 


ANDI  346 

de'  moderni  ingeni  si  d'uomini  corne  di  donne, 
ne'  quali  unita  si  vede  tutta  la  filosofia  mo- 
rale; Venise,  1550,  in-8''; —  Commentario 
délie  piii  notabili  e  mostruose  Cose  d'italia 
e  d'altri  luoghi,  di  tingu-a  aramea  in  italiana 
tradotta  ;  Venise,  1550,  in-S";  ibid.,  1553, 
1554  et  1569,  in-8''  :  ouvrage  rempli  à  dessein 
des  assertions  les  plus  fausses  ;  —  Ragiona- 
navienti  familiari  di  diversi  autori,  non 
meno  dotti  che  faceti;  Venise,  1550,  in-8"';  ces 
soit-disant  extraits  de  divers  auteurs  émanent 
tous  de  la  plume  de  Landi  ;  —  Vita  del  beato 
Ermodoro,  da  T.  Cipriano  scritta  et  nella 
volgar  lingua  tradotta;  Venise,  1550;  — 
Consolatorie  di  diversi  autori;  Venise,  1550, 
in-8''  ;  sous  l'anonyme ,  ouvrage  écrit  tout  entier 
par  Landi;  — Miscellanex  Quasstiones ;  Ve- 
nise, 1550,  in-8°,  —  Quattro  Libri  de'  Dubbj 
con  le  solutioni;  Venise,  1552,  inr8'';  cette 
édition  contient  les  questions  douteuses  au  sujet 
de  la  nature,  de  la  morale  et  de  la  religion;  le 
quatrième  livre,  qui  renferme  celles  qui  ont  rap- 
port à  l'amour,  ne  fut  publié  que  dans  la  seconde 
édition;  Venise,  1556,  in-8o;  —  Sette  Libri  di 
Cataloghi  avarie  cose appartenenti,  non  solo 
antiche ,  ma  anche  moderne;  Venise,  1552, 
in-8°  ;  ouvrage  rempli  de  plaisanteries  mordantes 
et  même  de  calomnies  contre  beaucoup  d'écri- 
vains;—  Varj  Gomponimenti  di  M.  Hortensia 
Lando  :  Quesiti  amorosi  con  le  risposte; 
Dialogo  intitolato  Ulisse ;  Ragionamento 
accorso  tra  un  cavalière  ed  un  uomo  solitario; 
Alcune  Novelle;  Alcune  Favole;  Alcuni  Scru- 
poli,  che  sogliono  occorrere  nella  cottidiana 
nostra  Zm(7?<a;  Venise,  1552,  in-8'>;  ibid.,  1554 
et  1555,  in-8°  :  outre  les  Novelle,  qui  sont  d'une 
lecture  agréable,  on  remarquera  dans  ce  re- 
cueil le  Ragionamento,  dans  lequel  l'auteur  a 
exhalé  toute  sa  haine  contre  le  genre  humain; 
—  Lettere  di  Lucrezia  Gonzaga  da  Gaziiolo; 
Venise,  1552,  in-8°  :  ces  lettres,  que  Bayle  a  cru 
avoir  été  écrites  en  vérité  par  Lucrèce  de  Gon- 
zague,  ont  toutes  été  rédigées  par  Landi ,  qui, 
ainsi  qu'on  a  pu  le  remarquer,  aimait  à  exercer 
ce  genre  de  supercherie;  — Due  Panegirici, 
l'uno  in  Iode  délia  signora  marchesa  délia 
Padula ,  l'altro  in  commendazione  délia  si- 
gnora Lucrezia  Gonzaga  di  Gazuolo  ;\emse, 
1552,  in- 8°  ;  —  Dialogo  nel  quale  si  ragione 
délia  consolatione  e  utilità  che  si  riporta 
leggendo  la  Sacra  Scrittura,  mostrandosi 
esser  le  Sacre  Lettere  di  vera  eloquenza  e  di 
varia  dottrina  aile  pagane  superiori;  Venise, 
1532,  in-s";  —  Vna  brève  Pratica  di  Mede- 
cina  per  sanare  le  passioni  delV  animo;  Pa- 
doue, vers  1553,  in-4o.  —  Plusieurs  lettres  de 
Landi  se  trouvent  dans  les  recueils  de  celles  de 
l'Arétin  et  de  divers  écrivains  du  seizième  siècle. 
On  a  attribué  faussement  à  Landi  divers  ou- 
vrages de  théologie  écrits  par  un  certain  Jéré- 
mie  Landi,  moine  augustiu  apostat ,  qui  vivait  à 
la  même  époaue  que  notre  auteur.       E.  G. 


?.47 


'  Pog?iali,  Menorie  per  la  StoHa  Letteraria  di  Pia- 
ceniit ,  t.  I,  p.  171-207.  —  Tiraboschi,  Storia  délia 
IMter.  liai.,  t.  VII,  pars  II. 

ï>*NDi  (  Etienne),  compositeur  italien,  né  à 
Rome,  vers  la  (in  «tu  seizième  siècie  ;  on  ignore 
la  date  de  sa  mort.  Après  avoir  rempli  les  fonc- 
tions de  maître  de  chapelle  à  l'église  du  Saint,  à 
Padoue,  et  à  l'église  de  Sainte-Marie-in-Monte , 
Landi  retourna  à  Rome,  y  obtint  le  titre  de  clerc 
bénéficié  de  Saint-Pierre  du  Vatican ,  et  fut 
agrégé,  en  1629,  au  collège  des  cliapelains- 
chantres  de  la  chapelle  pontificale.  Parmi  les 
compositeurs  de  son  époque,  Landi  s'est  parti- 
culièrement distingué  par  ses  connaissances 
étendues  dans  le  chant  ecclésiastique  et  dans  le 
style  ancien,  ainsi  que  par  son  génie  inventif  dans 
les  formes  mélodiques,  dans  le  rhythme,  et 
dans  les  modulations.  Son  drame  religieux  de 
,S«?3  Alnssio ,  écrit  en  1634,  offre  une  foule 
d'heureuses  innovations  sous  ces  divers  rap- 
ports, et  n'est  pas  moins  remarquable  par  la  va- 
riété et  le  pittoresque  de  son  instrumentation, 
composée  de  trois  parties  distinctes  de  violons  , 
de  harpes,  de  luths ,  de  théorbes,  de  basses,  de 
violes  et  de  clavecins  pour  la  basse  continue. 
C'est  le  premier  drame  lyrique  dans  lequel  on 
trouve  l'exemple  d'un  duo. 

Ce  musicien  d'un  rare  mérite  est  connu  par 
les  ouvrages  suivants  ;  Il  primo  libro  di  Ma- 
drigali  a  quattro  voci;  Venise,  1619;  —  Ma- 
drigalia  cinqiie  voci;  Rome,  1625  :  —  Poésie  di- 
verse in  m«.çira  ;  Rome,  1628;  — Missa  in 
benedictione  nuptiorum ,  sex  vocum,  aiictore 
Stephano  Lando,  in  basilica  principis  Apos- 
tolorum  clerico  beneficiato ,  nec  non  in  eccle- 
sia  S.  Mariee-ad-Monies  prxfecto,  etc.  ;  Rome, 
1628;  —  Arie  ad  %ma  e  due  voci,  huit  livres 
publiés  à  Rome,  de  1G28  à  1639  ;  —  Salmi  interi 
a  quatre  voci; Rome,  1629;  —  Usante  Alassio, 
dramma  musicale  dalV  Emo.  e  Rmo.  sig. 
card.  Barberino  fatto  reppresentare  al  Ser. 
principe  Alessandro-Carlo  di  Polonia;  Rome, 
1634  ;  _  Il  primo  libro  délie  Misse  a  capella 
ff  4,  5  voci  ;  Rome,  1639  ;  —  La  Morte  d'Orfeo , 
pastorale;  Rome,  1639.      D"«  Denne-Baron. 

(jprber,  Historisch  -  Biographisches  Le.xikon  der 
Tohkumtler,  etc.  —  Adami  de  Bol.sena,  Osservazioni 
pcr  bcn  rcgolare  il  coro  délia  Capella  Pordiftca.  — 
Kélis,  Biogr.  univ.  des  Musiciens. 

LAMDS  {Antoine),  littérateur  italien,  né  à 
Livourne,  de  1720  à  1730,  et  mort  à  Berlin,  en 
1783.  Destiné  à  l'état  ecclésiastique,  il  fit  son 
cours  de  théologie  à  Pise;  mais  il  s'occupa  plus 
de  poésie  dramatique  que  des  études  relatives 
à  la  profession  qu'il  allait  embrasser.  Il  composa 
une  tragédie  lyrique,  qu'il  crut  digne  d'être  mise 
sous  les  yeux  de  Métastase.  Cet  essai  fut  goût^ 
par  le  Quinault  italien,  qui  proposa  le  jeune  abbé 
à  Frédéric  II ,  qui  lui  avait  demandé  un  sujet 
capable  de  comiw&er  et  d'arranger  des  opéras 
pour  son  théâtre  de  Berlin.  Cette  position,  qui 
favorisait  les  goûts  de  Landi  pojir  les  exercices 
dramatiques,  fut  acceptée  par  lui  avec  empresse- 


LANDl  348  ! 

ment.  A  l'exemple  de  l'abbé  Pellegrin,  qui  «  dî- 
nait de  l'autel  et  soupait  du  théâtre ,  »  il  no  le- 
nonça  pas  au  sacerdoce.  Quoique  dans  un  pays 
protestant,  il  disait  tous  les  jours  la  messe  ;  mais 
s'étant  attiré  des  remontrances  de  la  p.'^.rt  du 
curé  catholique  sur  le  peu  de  régularité  de  'qs 
mœurs,  et  même  sur  quelques  aventures  scan- 
daleuses qu'on  lui  attribuait,  il  renonça  à  l'exer- 
cice du  ministère,  et  quitta  mênie  l'habit  ecclé- 
siastique. Cette  abdication  lui  valut  le  titre  de 
conseiller  de  cour.  Labbé  Landi  avait  composé 
en  langue  italienne  une  Histoire  des  Empereurs 
saxons.  Il  fut  obligé  de  la  faire  traduire  en  alle- 
mand sur  le  manuscrit  pour  pouvoir  la  publier, 
aucun  libraire  n'ayant  voulu  se  chargei'  <îo  l'im- 
pression de  l'ouvrage  original.  Il  fut  pins  heu- 
reux dans  une  autre  entreprise.  \j  Histoire  de  la 


Littérature  italienne  At  Tiraboschi  avait  produit 
dans  l'Europe  méridionale  une  assez  vive  sensa- 
tion; mais  cet  important  ouvrage,  dont  la  pre- 
mière édition  s'élevait  déjà  à  treize  volumes 
iil-4"',  ne  semblait  destiné  qu'à  être  lu  ou  con- 
sulté par  les  gavants  de  profession.  L'abbé 
Landi  voulut  en  rendre  la  connaissance  accès-' 
sible  à  un  plus  grand  nombre  de  lecteurs.  Il 
s'occupa  d'en  faire  une  analyse  en  langue  fran-i 
çaise,  et  la  publia  sous  le  titre  à' Histoire  de  M 
Littérature  d'Italie  ,  tirée  de  l'Italie  de  Ti- 
raboschi et  abrégée  par  Antoine  Landi  ^ 
Berne,  1784,  5  vol.  in-S".  Le  succès  de  l'oui 
vrage  dépassa  ses  espérances,  '^  quoique  le  stylp,; 
dit  l'abbé  Denina  ,  ne  fût  rien  moins  que  boçi 
français;  «  mais  ce  critique  lui-même  n'écrivait 
pas  avec  beaucoup  de  correction  dans  une  langue 
qui  n'était  pas  la  sienne.  C'est  paf  là  surtouti 
que  pèche  l'abrégé  de  Tiraboschi,  dont  l'impres-: 
sion  négligée  fourmille  d'ailleurs  de  fautes  typo- 
graphiques. C'est  donc  par  erreur  que  letraduc.-( 
leur  de  VÉloge  de  Tiraboschi  par  Lombard» 
(M,  Boulard),  a  cru  que  l'ouvrage  avait  étéi 
publié  en  italien  et  traduit  ensuite  en  français.  Sa- 
traduction  italienne  par  le  père  Moschini  n'a  paru 
qu'en  1801  à  Venise,  5  vol.  in-8°.  Parmi  les  ma-; 
nuscrits  laissés  par  l'abbé  Landi  se  trouvaienli 
un  abrégé  de  Mezerai,  en  langue  italienne  et  une 
autre  de  l'fi^JsïoM'e  de  V  Amérique  à&V,obçxi?,çiai 
J.  Lamobreux. 

Denina,  La  France  Littéraire,  L  H-  —  Lombardi,£/0(;«: 
de  Tiraboschi,  traduit  par  Boulard  ;  1802,  in-S».  -  Bar-i 
bieret  Dalisson,  Bibliothèque  d'un  Homme  de  goût,  t.  \V. 

LANDî  (Cav.  Gaspardo),  peintre  italien,  né 
à  Plaisance,  en  1756,  mort  à  Rome,  le  24  février 
1830.  Les  Italiens  le  placent  au  nombre  de  leurs 
meilleurs  peintres.  Il  étudia  son  art  à  Rome,  où 
Battoni  et  Corvi  furent  successivement  ses  maî- 
tres. A  vingt-cinq  ans,  il  remporta  le  premier 
prix  de  l'académie  de  Parme  i»our  son  tableau 
de  Sara.  Son  nom  se  répandit  alors  à  l'étrangei 
et  de  nombreux  tableaux  lui  furent  demandés. 
La  Bible,  Homère,  Virgile,  Sophocle,  le  Dante, 
le  Tasse,  l'Arioste  lui  en  fournirent  les  sujets.  B 
était  depuis  longtemps  directeur  de  l'Académi© 


349  LAWDI  — 

,le  Saint-Luc,  lorsqu'en  1817  il  en  devint  le  pré- 
r.i  !,'n(,  |ierpétueL  Les  ouvrages  de  Landi  se  re- 
commandent par  une  composition  savante  et 
vauée,  par  le  choix  et  la  vérité  de  l'expression 
dans  les  personnages  ;  son  pinceau  révèle  une 
grande  facilité,  sa  couleur  est  agréable,  mais 
quelquefois  peu  naturelle.  Comme  peinlre  de 
portraits,  Landi  a  aussi  obtenu  beaucoup  de 
succès.  11  passe  avec  Sabatelli,  Camnccini,  et 
Podesti  pour  l'un  des  restaurateurs  de  la  pein- 
ture italienne  moderne.  Ses  principaux  ouvrages 
sont  :  V Assomption  de  la  Vierge  et  La  Vierge 
admise  dans  le  ciel  à  siéger  à  côté  de  Jésus, 
qui  décorent  le  dôme  de  la  métropole  de  Plai- 
sance; —  Jésns  portant  sa  croix  rencontré 
par  les  Saintes  Femmes ,  immense  toile;  — 
Œdipe  à  Colonne;  —  Marie  Stiiart  quittant 
la  France;  — à  Naples,  un  tableau  représentant 
des  Turcs,  etc.  A.  de  L. 

L.  C.  Soyer,  Encyclopédie  des  Gens  du  Monde.  —  Dict. 
lie  la  Conversation. 

LANOîNi  (  Taddeo),  sculpteur  et  architecte 
■Qorentin  ,  vivait  dans  la  seconde  moitié  du  sei- 
jzième  siècle,  et  mourut  vers  1594.  Il  commença 
pa  réputation  par  une  excellente  copie  du  Christ 
'.le  Michel-Ange  à  la  Minervà.  Venu  à  Rome 
?eiis  Grégoire  XIII,  il  fut  employé  par  le  pon- 
tife et  par  ses  successeurs  Sixte  V  et  Clé- 
nent  VIII  à  un  gi-and  nombre  de  travaux  de 
narbre  et  de  bronze,  pour  des  tombeaux,  des 
oûtaines  ,  des  jardins ,  etc.  Clément  VIII  venait 
le  lui  donner  le  titre  d'architecte  général  avec 
a  su  l'intendance  des  édifices  qu'il  faisait  élever, 
]uand  il  fut  frappé  d'une  maladie  terrible,  qui 
jieiitùt  termina  sa  vie.  Au  Vatican ,  au-dessus 
ie  la  porte  de  la  chapelle  Pauline ,  on  voit  un 
'çrand  bas-relief  de  Landini  représentant  Ze  Christ 
\a.vant  les  pieds  aux  apôtres.  On  lui  doit  aussi 
a  statue  de  Sixte  V  placée  au  Capitole  dans  la 
;a'lle,  des  ^Conservateurs,  et  l'exécution  sur  les 
iessins  de  Giacomo  délia  Porta  de  la  charmante 
bntaine  des  Tortues  qui  orne  la  place  Mattei. 

E.  B— N. 
Vnsnri,  Vite.  —  Cicognara,  Storia  délia  Scultura.  — 
)rl;indi,  Abbecedario.  —  Plstolesi,  Deserizione  di  Honia. 
-  Bncchi,    Bellezze  di  Firenze.  —  BagUone,   Vite  de' 
'j»i')-s,  etc.,  dfiZ  1373  ai  1642, 

;  LA?iDiKO  (François) ,  célèbre  organiste  et 
jompositeur  italien,  surnommé  Francesco  Cieco, 
larce  qu'il  était  aveugle ,  et  Francesco  degli 
\)rgani,  à  cause  de  son  talent  sur  l'orgue,  naquit 
[Florence,  vers  1325,  et  mourut  dans  la  même 
iille  en  1390.  Fils  d'un  peintre  distingué,  qui  des- 
endait  de  l'illustre  famille  des  Landini,  il  perdit 
î  vue  dans  son  enfance,  par  suite  de  la  petite 
érolc,  et  chercha  des  consolations  à  son  mal- 
leur  dans  la  culture  de  la  musique  et  de  la  poé- 
ie.  Doué  des  plus  heureuses  dispositions  natu- 
elles,  il  parvint,  sans  le  secours  d'aucun  maître, 

jouer  habilement  de  plusieurs  instruments,  et 
e  fit  bientôt  une  réputation  comme  organiste, 
divers  recueils  du  temps  contiennent  de  ses  poé- 

es.  Vers  l'année  1364  Landino  était  à  Venise, 


LANDINO 


350 


et  l'on  rapporte  que  lors  des  fêtes  qui  furent 
données  dans  cette  ville  au  roi  de  Chypre,  qui 
s'y  trouvait  ainsi  que  Pétrarque,  l'artiste  aveugle 
fut  couronné  de  laurier  des  mains  mêmes  de  ce 
prince.  Les  auteurs  contemporains,  entre  autres 
Philippe  Villani,  parlent  de  Landino  comme 
j  ayant  surpassé  tous  les  musiciens  florentins  de 
!  cette  époque.  Il  existe  à  la  Bibliothèque  impé- 
riale de  Paris  un  manuscrit  du  commencement 
du  quinzième  siècle,  in-4°,  n°  535  du  supplément, 
qui  contient  cent-quatre-vingt-dix-neuf  chan- 
sons italiennes  à  deux  et  trois  voix,  parmi 
lesquelles  se  trouvent  cinq  chansons  de  Landino  : 
ce  sont  les  seules  compositions  que  l'on  connaisse 
de  ce  musicien.  M.  Fétis  a  publié  un  de  ces  mor- 
ceaux en  partition  et  en  notation  moderne  dans 
le  premier  volume  de  la  Bévue  Musicale,  année 
1827,  p.  lit  et  suiv.  ;  cette  chanson  justifie  les 
éloges  donnés  à  son  auteur.  Dné  Denne-Baron. 

Philippe  Villani,  P'ited'illustri  Fiorentini.  —  Gertier, 
Historisck  -  Biographisches  Lexikon  der  Tonhunst- 
ler,  etc.  —  De  Winterfeld,  Johannes  Gabrieli  und  sein 
Zeitalter,  etc.  —  Fétis,  Biogr.  univ.  des  Music. 

LANDINO  {Christophe),  philologue  italien, 
né  à  Florence,  en  1424,  mort  en  1504.  Il  fit  ses 
premières  études  à  Volterra ,  et  pour  obéir  à 
son  père,  il  s'appliqua  à  la  jurisprudence  ;  mais 
la  protection  de  Cosme  et  de  Pierre  de  Médicis 
lui  permit  bientôt  de  s'adonner  librement  à  ses 
études  de  prédilection  :  la  philosophie  et  les 
lettres  anciennes.  Il  contiibua  activement  à  cette 
renaissance  platonicienne  qui  honora  Florence 
au  quinzième  siècle,  et  devint  un  des  principaux 
membres  de  l'académie  fondée  par  Cosme  de  Mé- 
dicis. A  partir  de  1457,  il  occupa  avec  éclat  la 
chaire  de  belles-lettres  à  Florence  (1).  Vers  le 
même  temps  Pieme  de  Médicis  le  choisit  pour 
achever  l'éducation  de  ses  deux  fils,  Laurent  et 
Julien.  Landino  resta  attaché  à  Laurent,  qui  lui 
montra  toujours  beaucoup  d'amitié.  Il  fut  nommé 
dans  sa  vieillesse  secrétaire  de  la  seigneurie  de 
Florence  et  reçut  en  présent  un  palais  dans  le  Ca- 
sentin.  A  l'âge  de  soixante-treize  ans,  il  renonça 
à  sa  chaire  de  belles-lettres,  et  se  retira  dans  une 
maison  de  campagne  à  Prato-Vecchio,  où  il  passa 
paisiblement  les  dernières  années  de  sa  vie.  Les 
ouvrages  de  Landino ,  si  on  excepte  son  com- 
mentaire sur  Dante,  sont  oubliés  aujourd'hui 
parce  qu'ils  ne  peuvent  plus  rien  nous  appren- 
dre ;  mais  au  quinzième  siècle  ils  furent  juste- 
ment célèbres;  et  Christophe  Landino  peut  être 
regardé  comme  un  des  maîtres  de  la  renais- 
sance. On  a  de  lui  :  Disputatiomim  Camaldu- 
lensium  Libri  IV ,  scilicet  de  vita  activa  et 
contemplativa  liber  primus  ;  de  summo  bono 
liber  secundus;  in  P.  Virgilii-  Maronis  aîle- 
gorias  liber  iertius  et  quartus  (  sans  date  , 
mais  probablement  Florence,  1480),  in-fol.;  — 
Formulario  de  lettere  volgare,  cou  la  pro- 
posta e  riposta,  e  altrefiori  de'  ornati  parla- 

(1)  Cette  clialre  avait  été  créée  spécialement  pour  com- 
menter et  interpréter  les  poésies  du  Dante.         V. 


3-5t 


LANDINO  — 


menti;  Rome,  1490,  in-4".  Landino  a  laissé  des 
commentaires  sur  Dante  {Commento  sopra  la 
Commedia  di  Dante),  Florence,  1481,  infol.  (1); 
sur  Horace,  Florence,  1482,  in-fol.;  sur  Virgile, 
Venise,  1520,  in-fol.;  —  une  traduction  de  l'His- 
toire naturelle  de  Pline;  Venise,  1476,  in-fol.  ; 

—  une  trad.  lat.  de  la  Sforziade  de  Jean  Si- 

inonetta  ;  Milan,   1490,  in-fol et  des  poésies 

latines  dans  les  Carmina  illustrium  Italorum, 
t.  VI.  z. 

Bandlnl,  Spécimen  Uterahirse  florentinx  sseculi  Xy. 

—  Negri,  Istoria  de  Sorentini,  Ficrittori.  — ,  Tiraboschl, 
Storia  délia  Letteratura  Italiana,  t.  VI  part.,  II,  p  376, 

—  Gingucné,  Histoire  de  la  Littérature  italienne,  t.  III, 
p.  370.  —  Roscoe,  Life  of  Lorenzo  de  Medicis,  c.  2,  up- 
pcnd.  XII. 

LANDO  ou  DE  LANDAU  (Conrad  et  Iwms), 
aventuriers  allemands,  vivaient  dans  la  seconde 
moitié  du  quatorzième  siècle.  Originaires  de  la 
Souabe,  ces  deux  frères  s'engagèrent  de  bonne 
heure  dans  les  bandes  mercenaires  qui  servaient 
en  Italie.  Conrad,  qui  prenait  le  titre  de  comte,  se 
distingua  surtout  dans  la  grande  compagnie  de 
condottieri  qu'avait  formée,  dans  un  double  but 
d'oppression  et  de  brigandage,  le  chevalier  de 
Montréal.  Après  la  fin  tragique  de  ce  dernier,  qui 
eut  la  tête  tranchée  à  Rome,  le  19  août  1354,  par 
ordre  du  tribun  Rienzi ,  il  lui  succéda  dans  le 
commandement  de  cette  armée,  composée  en 
grande  partie  d'Allemands  et  ne  dépendant  d'au- 
cun souverain,  continua  de  faire  la  guerre 
pour  son  propre  compte ,  pillant  les  faibles ,  le- 
vant des  contributions  et  passant  d'un  camp  dans 
un  autre  avec  la  plus  insigne  mauvaise  foi.  En 
1358  les  Siennors,  qui  brûlaient  de  tirer  ven- 
geance des  Florentins ,  offrirent  une  solde  au 
comte  Lando  pour  l'attirer  en  Toscane  sous  con- 
dition qu'il  passerait  un  mois  sur  le  territoire  de 
Pérouse  afin  de  le  ravager.  Ce  dernier,  qui 
comptait  sous  .son  obéissance  trois  mille  cinq 
cents  cavaliers  et  une  nombreuse  infanterie,  s'é- 
tant  aventuré  au  milieu  des  Apennins,  fut  attaqué 
par  un  parti  de  montagnards,  à  qui  ses  exactions 
avaient  mis  les  armes  à  la  main,  et  complètement 
battu  au  passage  de  la  Scalella  ;  trois  cents  ca- 
valiers furent  tués,  un  plus  grand  nombre  fut 
pris  ainsi  que  plus  de  mille  chevaux  et  un  riche 
butin;  enfin  lui-même,  blessé  à  la  tête,  fut 
fait  prisonnier,  et  ne  put  s'échapper  qu'en  don- 
nant une  grosse  rançon  (24  juillet  1358).  Cepen- 
dant il  rallia  les  débris  de  la  grande  compagnie, 
et  l'année  suivante  se  mit  en  marche  contre  Flo- 
rence avec  plus  de  vingt  mille  hommes  ;  mais  le 


(1)  Cetlt  édiUon  ,  ou  ce  livre,  est  un  des  plus  rares  et 
des  plus  curieux  Incunables.  Elle  compte  au  nombre  de 
ces  précieux  monuments  de  la  typographie,  que  se  dis- 
putent à  prix  d'or  les  bibliomancs  ou  bibliophiles.  Ce 
livre  fut  imprimé  à  Florence,  par  l'un  des  élèves  de  Gut- 
tenLerg,  nommé  Nicolo  d'Ellamagna  (Nicolas  d'Alle- 
magne )  ou  le  Todesco.  C'est  {  après  le  Monte  santo  di 
/Mo  du  même  imprimcur)ledeuxième  ouvrage  connu  où 
l'art  du  graveur  en  estampes  est  associé  à  celui  du  typogra- 
phe, .^n  commentaire  de  Landino  sont  jointes,  dans  cette 
magniflque  édition,  quelqnesplanches.gravécsparBaccio 
Baldini,  d'après  les  dessins  du  Botlicello,  V  de    V. 


LANDOLÎNA  352 

manque  de  vivres  et  aussi  la  ferme  attitude  de 
Toscans  le  déterminèrent  à  brûler  son  camp  et  à 
se  retirer  sur  le  territoire  de  Lucques.  En  1363 
il  fut  tué  près  de  Novare, 

Son  frère  Lîicius,  qui  l'avait  jusque  là  secondé 
dans  ses  entreprises ,  se  mit  alors  à  la  solde  des 
États  qui  voului-ent  l'employer,  et  rendit  des  ser- 
vices aux  Florentins  en  1376  et  en  1377  pendant 
la  guerre  que  ceux-ci  soutinrent  contre  l'Église, 
P.  L— y. 
Villani,  Hist.,  VIII.  —  Cronica  Sanese.  —  SismondI, 
hist  des  liépubl.  italiennes,  VI  et  VU. 

LANDO,  de  Sienne,  architecte,  sculpteur  et  or- 
fèvre italien,  vivait  dans  la  première  moitié  du 
quatorzième  siècle.  I!  avait  été  chargé,  en  1 337, 
d'ajouter  à  la  cathédrale  de  Sienne  une  nef  im-i 
mense  dont  l'ancien  édifice  ne  devait  plus  être 
que  le  transept.  Cette  entreprise  gigantesque  fui 
interrompue  par  la  peste  de  1348;  mais  ce  qui 
en  reste  encore  suffit  pour  donner  une  idée  de 
ce  qu'eût  été  le  projet  de  Lando  s'il  eût  reçu 
son  entière  exécution.  Dans  une  charte  de  1311, 
publiée  par  Muratori,  Lando  est  ainsi  désigné 
Magister  Landus  de  Senis  aurifaber  Hen- 
rici  VII  régis  Italise.  E.  B— n. 

Baldlnucci ,  Notizic.  —  Cicognara  ,  Storia  délia  Scul- 
tura.  —  Romagnoll,  Cenni  storico  artistici  di  Siena. 

LANDOis  (Paul),  auteur  dramatique  fran-i 
çais,  vécut  au  dix-huitième  siècle.  On  n'a  aucun 
détail  biographique  sur  cet  écrivain  obscur,  qui 
est  représenté  dans  un  recueil  comme  «  l'inven-i 
teur  du  genre  bâtard  «  inauguré  plus  tard  au; 
théâtre  par  La  Chaussée,  Diderot,  Beaumar- 
chais, et  continué  avec  succès  par  les  drama^ 
turges  modernes.  La  seule  pièce  qu'il  fit  jouer 
par  les  acteurs  de  la  Comédie  Française  avait 
pour  titre  :  La  Silvie  (  17  août  1741  ),  et  poun 
sous-titre  tragédie  bourgeoise  ;  aWe  était  en  un 
acte  et  en  prose,  et  n'eut  que  deux  repi'ésenta-i 
tions.  L'auteur,  qui  en  avait  tiré  le  sujet  du  ro- 
man des  Illustres  Françaises ,  la  livra  néan-i 
moins  à  l'impression  l'année  suivante.        K. 

Palissot,  3Ièm.  littér.,  IV,  497. 

LANDOis.  Votj.  Landais. 

LANDOLiNA  (Saverio),  savant  italien,  né  le 
17  février  1743,  à  Catane,  mort  en  1813.  Il  s'ap- 
pliqua de  bonne  heure  à  l'étude  des  antiquités  et! 
des  sciences  naturelles,  et  attira  en  1780  l'atten-i 
tion  du  monde  savant  par  la  découverte  qu'il: 
fit  à  la  fontaine  Cyanée,  sur  l'Anapus,  en  Sicile, i 
del'ancien  papyrus  d'Egypte.  Des  feuilles  de  cette 
plante,  transformées  en  bandes  de  papier,  sui- 
vant les  procédés  indiqués  par  Pline ,  furent  en- 
voyées par  lui  à  la  plupart  des  musées  et  sociétést 
littéraires  de  l'Europe,  avec  l'inscription  suivante  ;i 
Ferdinandi  III,Sicili3e  régis,  provideniiaar- 
tificium  chartœ  papyri  texendee  multis  ante\ 
seculis  obliteratum ,  Xaverius  Landolina 
Nova  Mgyptio  more  ex  scyrpo  Cyanes  Syra* 
cusarumfluminis  indigena  renovavit  :  PlinU 
leges  variantibus  codicibus  collatis  experi- 
menteque  emendatis  in  integrum  restitua 
MDCCLXXX.  Cette  découevrte  mit  Lanncliiia' 


353 


LANDOLINA  —  LANDOLT 


354 


eu  rapport  avec  beaucoup  d'hommes  instruits, 
qui  ont  parlé  de  lui  avec  éloges ,  entre  autres 
Heyne,  Denon  et  Lalande,  et  les  académies  de 
Naples  et  de  Gœttingue  l'admirent  dans  leur  sein. 
Il  est  auteur  de  quelques  mémoires  disséminés 
dans  les  recueils  scientifiques.  K. 

Denon,  Voyage  en  Sicile.— ha\anAe,  Foy.  en  Italie.lV. 

LANOOLPHB  (Jean-Fraîiçois),  navigateur 
français,  né  le  5  février  1747,  à  Auxonne,  mort 
à  Paris,  le  13  juillet  1825.  Il  s'embarqua  comme 
mousse  sur  un  bâtiment  marchand  armé  pour 
Saint-Domingue.  Après  plusieurs  voyages  aux 
Antilles  et  à  la  côte ocddentale  d'Afrique,  il  se  fit 
recevoir  capitaine  au  long  cours  en  1775.  Lors 
des  hostilités  entre  la  France  et  l'Angleterre,  il 
obtint  des  lettres  de  marque,  et  plusieurs  courses 
heureuses  qu'il  fit  pendant  la  guerre  lui  procu- 
rèrent son  admission  dans  la  marine  royale  avec 
le  grade  de  lieutenant  de  vaisseau.  En  1786  il 
réahsa  le  projet  qu'il  avait  soumis  quelques  an- 
nées auparavant  à  David  ,  ancien  gouverneur  du 
Sénégal,  de  fonder  un  comptoir  sur  un  des  points 
de  la  côte  d'Afrique.  Ayant  sous  ses  ordres  trois 
petits  bâtiments  légers ,  armés  par  MM.  Marion 
et  Briliantais,  de  Saint-Malo,  il  commença  sur 
la  rive  gauche  du  Bénin  un  établissement  qui 
était  en  pleine  voie  de  prospérité  lorsque  les 
événements  de  1789  interrompirent  les  relations 
commerciales  entre  la  France  et  la  colonie.  Lan- 
dolphe  y  suppléa  de  son  mieux  en  recevant  tous 
les  navires  étrangers  qui  fréquentaient  ces  para- 
ges. Jaloux  de  ses  succès ,  les  Anglais  lui  tendi- 
rent des  embûches,  auxquelles  il  n'échappa  qu'à 
grand'peine.  Traîtreusement  attaqué  de  nuit, 
par  deux  capitaines  et  un  subrécargue  de  cette 
nation,  qui  dans  la  journée  avaient  été  ses  hôtes, 
il  lui  fallut  se  traîner,  blessé,  dans  un  fossé,  où 
il  avait  de  l'eau  jusqu'au  cou  ,  et  d'où  il  eut  la 
douleur  de  voir  brûler  ses  établissements.  Re- 
cueilli par  des  nègres  ,  et  secouru  par  le  roi  du 
pays,  qui  pansa  lui-même  ses  blessures,  Lan- 
dolphe  prit  passage,  six  mois  après ,  sur  un  vais- 
seau français  qui  le  transporta  à  La  Guadeloupe. 
Après  avoir  aidé  à  préserver  cette  colonie  des  at- 
taques des  Anglais  et  <les  nègres  insurgés ,  il  fut 
chargé  de  diverses  missions  qui  lui  procurèrent 
les  approvisionnements  dont  elle  manquait.  En 
revenant  des  États-Unis,  il  eut  à  soutenir  un  com- 
bat contre  des  forces  anglaises,  et  devint  prison- 
nier. Bientôt  rendu  à  la  liberté,  et  nommé  capitaine 
de  frégate,  il  fit  diverses  campagnes  à  Cayenne , 
à  La  Guadeloupe,  dans  la  mer  des  Antilles,  à  la 
côte  d'Afrique ,  revint  à  son  ancien  établisse- 
ment, y  prit  quatre  baleiniers  anglais  armés  en 
guerre  et  chargés  de  marchandises,  s'empara  de 
l'île  du  Prince,  dans  le  golfe  de  Guinée,  fit 
éprouver  au  commerce  anglais,  dans  toutes  ces 
expéditions,  des  pertes  énormes ,  et  comprima 
une  révolte  des  nègres.  L'insalubrité  du  climat 
l'ayant  forcé  de  s'éloigner,  il  était  en  croisière, 
en  1800,  à  la  hauteur  de  Rio-Janeiro,  lorsque, 
attaqué  par  une  division  anglaise,  il  fut  une  se- 


KOUV.   BIOGR.    GENER. 


T.  XXIX. 


conde  fois  fait  prisonnier,  dans  un  combat  où  il 
perdit  un  coffre  renfermant  toute  sa  fortune.  Sa 
santé,  profondément  altérée  par  ses  nombreuses 
blessures,  ne  lui  permit  plus  de  naviguer.  La 
seule  récompense  de  ses  services  fut  une  modi- 
que pensionde  1,200  francs,à  laquelle  il  auraitpu, 
il  est  vrai,  ajouter  les  bienfaits  du  premier  consul 
s'il  avait  voulu  profiter  des  ouvertures  que  ce 
dernier  lui  avait  faites.  Landolphe  employa  une 
partie  de  ses  loisirs  à  écrire  le  récitde  ses  voyages, 
qui  a  été  publié  sous  ce  titre  :  Mémoires,  conte- 
nant l'histoire  des  voyages  du  capitaine  Lan- 
dolphe, pendant  trente-six  ans,  aux  côtes 
d'Afrique  et  aux  deux  Amériques ,  rédigés 
sur  son  manuscrit,  par  /.-S.  Quesné;  Paris, 
1823,  2  vol.  in-S"  (3  pi.  ).Ces  mémoires,  malgré 
quelques  inexactitudes  ou  exagérations,  attachent 
par  un  récit  candide  et  humain.  Palisot  de  Beau- 
vois,  à  qui  Landolphe  avait  facilité,  en  1786,  les 
moyens  de  pénétrer  fort  avant  dans  les  pays 
d'Oware  et  de  Bénin  et  qui,  malade  de  la  fièvre 
jaune,  avait  reçu  ses  soins  personnels,  lui  a  té- 
moigné sa  reconnaissance  en  donnant  le  nom  de 
Landolphia  Owariensis  à  une  très-jolie  plante 
des  pays  qu'il  avait  parcourus.     P.  Levot. 

LANDOLPHE.    Voy.  Landulphe. 

Mémoires  de  Landolphe. 

LANDOLT  (SaZomon),  peintre  suisse,  né  en 
1741,  àZurich,  mort  en  1818,  à  Andelfingen.  Fils 
d'un  membre  du  grand  conseil ,  il  quitta  l'école 
militaire  de  Metz  pour  aller  à  Paris  étudier  la 
peinture  dans  l'atelier  de  Le  Paon  ;  rentré  dans 
sa  ville  natale,  il  siégea  au  tribunal  municipal,  et 
organisa  le  premier  corps  de  tirailleurs  canton- 
naux  qu'ait  eu  4a  Suisse.  En  1776  il  se  rendit  à 
Berlin,  où  Frédéric  II,  qui  l'accueillit  fort  bien, 
l'engagea  à  lever  pour  lui  un  corps  de  troupes 
suisses,  fut  admis  en  1777  au  grand  conseil,  et 
obtint  en  1778  le  bailliage  de  Greifensee.  Sa  ma- 
nière de  rendre  la  justice  était  des  plus  expédi- 
tives;  «elle  ressemblait,  dit  un  biographe,  à 
celle  d'un  cadi  turc,  et  le  bâton  y  jouait  un  grand 
rôle  ».  xVIais,tout  en  administrant  comme  un 
despote,  il  rendit  des  services  réels,  comme  de 
faire  des  plantations,  de  dessécher  les  marais  et 
d'améliorer  les  routes.  Ses  fonctions  ayant  cessé 
au  bout  de  six  ans,  il  se  retira  à  la  campagne, 
et  vécut  en  compagnie  de  quelques  artistes  jus- 
qu'au moment  où  éclata  la  révolution  française. 
A  cette  époque  il  reprit  l'épée,  commanda  un  con- 
tingent de  volontaires,  et  fût  envoyé  comme  b&illi 
à  Eglisen,  sur  les  bords  du  Rhin.  Peu  de  temps 
après,  Landolt,  dont  le  caractère  impérieux  s'ac- 
cordait mal  avec  les  principes  démocratiques,  fa- 
vorisa l'arrivée  des  Russes  et  des  Autrichiens,  ce 
qui  lui  attira  dans  son  bailliage  quelques  coups  de 
fusil, auxquels  il  échappa  par  miracle.  En  1799, 
il  se  rangea  sous  les  drapeaux  de  l'archiduc 
Charles,  et  combattit  vaillamment  à  Wiedikon  et 
à  Zurich.  Après  avoir  séjourné  pendant  quatre 
ans  en  Souabe,  il  revint  dans  sa  ville  natale 
(1803),  et,  grâce  à  on  mouvement  de  réaction,  y 

12 


855  LANDOLT 

reçut  le  double  titre  rie  membre  du  grand  conseil 
et  de  colonel  de  la  réserve  des  tirailleurs.  La  der- 
nière charge  publique  qu'il  exerça  fut  celle  de 
président  du  tribunal  de  Wiedikon.  Comme 
peintre,  cet  artiste  singulier  a  laissé  un  certain 
nombre  de  tableaux  représentant  des  scènes  delà 
tie  militaire,  des  chasses  et  des  paysages. 

P.  L— Y. 
David  Hess,  yie  de  S.  fandolt;  Zurich,  1820. 

LANOo:?}  [Charles-Paul),  peintre,  critique 
et  éditeur  artistique  français,  né  à  Nouant 
(Normandie),  en  1760,  mort  à  Paris,  le  6  mars 
1826.  li  montra  de  bonne  heure  du  goût  pour  le 
dessin,  et  entra  dans  l'atelier  de  Regnault.  Ayant 
remporté  le  grand  prix  de  peinture  à  l'Académie, 
il  passa  cinq  ans  à  Rome  comme  pensionnaire 
de  la  France.  De  retour  à  Paris  avant  la  révo- 
lution ,  il  s'occupa  de  littérature  et  de  critique 
artistique.  Plusieurs  de  ses  tableaux  furent  re- 
marqués aux  salons  sous  l'empire.  Parmi  eux  on 
cite  La  Leçon  maternelle;  Le  Bain  de  Paul  et 
Virginie;  Dédale  et  Icare.  Tous  les  trois  ont 
été  gravés;  les  deux  derniers  ont  longtemps 
figuré  dans  la  galerie  du  Luxembourg.  Les  pein- 
tures deLandon  sont  froides  et  néanmoins  agréa- 
bles; son  dessin  laisse  à  désirer;  ses  attitudes 
sont  roides  ;  mais  son  coloris  avait  de  la  fraîcheur 
et  ses  têtes  de  femme  ont  de  la  finesse.  Il  a 
beaucoup  écrit  sur  les  arts  et  publié  de  grandes 
et  magnifiques  collections  gravées  avec  soin  par 
divers  artistes,  qui  répandirent  ainsi  le  goflt  des 
bons  modèles. Quoique  gravées  au  trait  seulement, 
en  général  les  planches  éditées  par  Landon  sont 
très-estimées,  à  cause  de  la  pureté  du  dessin.  Il 
mourut  d'épuisement.  Il  avait  été  peintre  du  ca- 
binet du  duc  de  Berry  ;  il  était  correspondant  de 
l'Académie  des  Beaux- Arts,  conservateur  des  ta- 
bleaux du  Musée  royal  du  Louvre  et  de  la  ga- 
lerie de  la  duchesse  de  Berry.  On  lui  doit  comme 
éditeur  :  Explication  des  ouvrages  de  peinture 
et  dessin,  sculpture,  arcfiitecture  et  gravure 
des  artistes  vivants  exposés  au  Muséum  cen- 
tral des  Arts,  le  là  fructidor  an  Vlïf  ;  Paris, 
anvni(1800),  in-12;  — Examen  des  ouvra- 
ges modernes  de  peintîire,  sculpture,  archi- 
tecture et  gravure  exposés  au  salon  du  Mu- 
sée le  ià  fructidor  an  JX; Paris,  an  ix  (180 f), 
in-8°;  —  Annales  du  Musée  et  de  l'École  mo- 
derne des  Beaux-Arts  :  recueil  de  gravures  au 
trait  d'après  les  tableaux  des  anciens  maî- 
tres et  les  monuments  antiques  exposés  suc- 
cessivement dans  la  grande  galerie  du  Musée 
de  France,  depuis  sa  formation  jusqu'à  Ce 
jour;  les  principaux  morceaux  du  M  Usée 
historique  des  monuments  français  ;  la  ga- 
lerie du  Lîtxembotcrg  et  les  principaux  ou- 
vrages de  peinture ,  sculpture  ouprojets  d'ar- 
chitecture qui  aux  expositions  des  artistes 
vivants  ont  remporté  le  p7'ix,  etc.;  Paris,  1801- 
1808, 17  vol.  in-S"  :  on  sait  que  Béranger  travailla 
au  texte  qui  accompagne  cet  ouvrage  ;  —  Nou- 
velles des  Arts,  peinture,  sculpture,  architéc- 


-  LANDON  356 

tnre  et  gravure,  tomes  I-lîï;  Paris,  1802-1803, 
3  vol.  in-8°,  ornés  de  planches  :  recueil  hebdoma- 
daire qui  parut  d'abord  sous  le  titre  de  Précis 
historique  des  producfions  des  Arti  ;  —  Vies  et 
Œuvres  des  Peintres  les  plus  célèbres  detoutes 
les  écoles  :  recueil  classique  contenant  l'œuvre 
complète  des  peintres  du  premier  rang,  et 
leurs  portraits^  les  ^principales  productions 
des  artistes  de  deuxième  et  troisième  classe, 
un  abrège  de  la  vie  des  pein  1res  grecs ,  et  un; 
choix  des  pkis  belles  peintures  antiques,  ré- 
dnil  et  gravé  au  trait  d'après  les  estampes  de 
la  Bibliothèque  impériale  et  des  plus  riches. 
collections  purticnlières ;  Paris,  1803  et  ann. 
suiv.,  25  vol.  in-4°  :  on  y  trouve  les  œuvres' 
complètes  du  Dominiquin  et  un  choix  de  l'AI- 
bane,  3  vol.;  les  œuvres  de^R.aphael,  8  vol.;  du 
Poussin,  4  vol.;  de  Michel-Ange,  Baccio  Bandi- 
nelli  et  Daniel  de  Volterre,  2  vol.;  Le  Sueur  et  un 
choix  de  .îouvenet,  2  vol.;  les  o'uvres  du  Cor- 
rège,  2  vol.;  de  Léonard  de  Vinci,  le  TiSien,le 
Guide  et  Paul  Véronèse,  I  vol.;  le  choix  dés 
plus  belles  peintures  antiques  forme  3  vol.  : 
après  la  mort  du  libraire  Wiirtz,  cessionnaire 
de  Landon,  MM.  Firmin  Dijiot  ont  acquis  les 
planches  de  cet  important  ouvrage;  —  Alma- 
nach  des  Arts,  Peinture^  Sculpture,  Archi- 
tecture et  Gravure^  pour  les  années  XIII  et 
XIV,  contenant  l'indication  des  écoles  et  des 
concours,  l'organisation  des  musées,  le  nom, 
l'adresse  et  lès  œuvres  des  artistes ,  et  le  titre 
des  ouvrages  relatifs  aux  arts  qui  ont  paru 
dans  les  deux  années-,  Paris,  1803-1804,  2  vol. 
in--18  ;  —  Choix  de  Tableaux,  Statues  et  autres 
Objets  d'art  conquis  par  les  armées  françaises 
en  1805  et  1806;  les  Antiquités  de  la  villa 
Borghèse  et  les  nouvelles  Acquisitions  du 
musée  Napoléon  ;PfinSj  1805-1810,  4vol.  in  8°: 
complément  des  Annales  du  Musée  ;  —  Pay^ 
sages  et  Tableaux  de  genre  dîc  Musée  Napo- 
léon, gravés  à  Peau-forte  :  recueil  ponvant  ! 
faire  suite  aux  Annales  du  Musée;  et  réunis- 
sant un  choix  de  productions  modernes ,  arec 
l'explication  des -planches ;  Paris,  1805  et 
ann.  suiv.,  4  vol.  in-8°,  avec  des  planches  om- 
brées entaille-douce  ;  ^-  Galerie  historique  des 
Hommes  les  plus  célèbres  de  tous  les  siècles 
et  de  toutes  les  nations,  contenant  leurs  por- 
traits au  trait  d'après  les  meilleurs  origi- 
naux, avec  l'abrégé  de  leurs  vies  et  des  ob- 
servations sur  leurs  caractère?,  ou  sur  leurs 
ouvrages,  par  une  société  d«  gens  de  lettres; 
Paris,  1805-1811,  13  vol.  in-12;  avec  930  por- 
traits :  Andrieux,Auger,  Béranger,  Bourdois,  Cti- 
vier,  Delambre,  Durdent,  Feuillet,  Landon,  Le 
Breton,  Quatremère  de  Quincy.  MM.  de  Baranfè, 
Biot,  etc.,  travaillèrent  à  la  rédaction  de  cet  ou- 
vrage ; —  Les  Antiquités  d'Athènes,  d'après 
Stnart  et  Revett,  texte  traduit  de  l'anglais  par 
Feuillet  ;  Paris,  1806-1823,  4  vol.  in-fo!.;  —  Des- 
criptions de  Paris  et  de  ses  édifices,  avec  un 
précis  historique  et  des  observations  par  Le.gran(i; 


357 


Paris,  1806-1S19,  1  Toi.  in-8°;  —  Recueil  des 
principaux  Tableaux,  Statues  et  Bas-reliefs 
exposés  au  Louvre  depuis  1808  par  les  artistes 
vivants,  et  autres  productions  nouvelles  et  iné- 
ditesde  V  école  française  avec  des  notices  des- 
criptives, critiques  et  historiq.;  Paris,  1808  et 
ann.  suiv.,  15  vol.  iii-S":  savoir  salon  de  1808, 
2  vol.;  de  1810,  1  vol.;  de  1812,  2  vol.;  de  1814, 

1  vol.;  de  1817,  l  vol.;  de  ISig^  2  vol.;  de  1822, 

2  vol.;  de  1824,  2  vol.;  de  1827,  1  vol.;  de  1831, 
1  vol  ;  —  Les-  Amours  de  Psyché  et  de  Cupi- 
don,  traduction  d'Apulée  par  M.  Feuillet,  avec 
3'2  planches  au  liait  d'après  Raphaël  ;  Paris,  1809, 
in-l'ol.;  —  Le  saint  Évangile,  in-4°,avec  iSl  plan- 

I  ches  au  trait  d'après  Raphaël,  le  Doniiniquin,  le 
|poii.ssia  et  l'Albane;  —  Prix  décennaux  :  re- 
\cHeil  des  ouvrages  de  peinture,  sculpture, 
•  iirclùtecture,  etc.,  cités  dans  le  rapport  dit 
•urij  sur  les  prix  décennaux ,  etc.,  exposés  le 
'>âaoùt  1810,  dans  le  grand  salon  du  Musée; 
Pari.s,  1810,  in-8"  :  tiré  des  i4w«a/es  du  Musée; 
I —  Description  de  Londres  et  de  ses  édifices, 
jpar  Barjaud;  Paris,  1810,  in-8°,  avec  42  plan- 
jches;  —  Choix  de  Biogrùpliie  ancienne  et 
\moderne,  à  l'usage  de  la  jeunesse,  ou  notices 
sur  les  hommes  illustres  des  diverses  nations, 
avec  leurs  portraits  gravés  au  trait;  Paris, 
J810,  2  vol.  in-12,  avec  144  portraits:  extrait 
de  la  Galerie  historique;  —  Galerie  Giusti- 
niani,ou  catalogue  figuré  des  tableaux  de 
celte  célèbre  galerie  transportés  d'Italie  en 
France;  accompagnée  d'observations  criti- 
ques et  historiques  et  de  11  planches  gravées 
au  trait  ;  Paris,  l812,in-8°  :  sejoint  aux  An- 
\nales  du  Musée;  —  Atlas  du  Musée,  ou  ca- 
'talogue  figuré  de  ses  tableaux  et  statues; 
—  Galerie  de  M.  Massias ,  ancien  résident 
de  France  à  Carlsruhe,  ou  catalogue  figuré 
des  tableaux  de  cette  galerie,  accompagné 
d'observations  critiques  et  historiques,  et  de 
72  planches  gravées  au  trait,  contenant  plus 
de  cent  srijets  des  écoles  italienne,  française 
et  allemande;  Paris,  1815,  in-S";  —  Numis- 
nw.tique  du  Voyage  du 'jeune  Anarcharsis ,  ou 
médailles  des  beaux  temps  de  la  Grèce,  ac- 
compagnées de  descriptions  et  d'un  Essai  sur 
la  science  des  Médailles  par  Dumersan;  Pa- 
ris, 1818,  2  vol.  in-80,  avec  90  planches.  En  1824 
Landon  entreprit  une  nouvelle  édition  des  An- 
nales du  Musée  et  de  l'École  moderne  des 
Beaux-Arts,  mises  dans  un  meilleur  ordre  et 
iclassées  par  écoles  et  par  maîtres ,  accompagnées 
:3e  descriptions ,  d'observations  critiques  et  his- 
jtoriques  et  d'un  abrégé  de  la  vie  des  artistes.  La 
jmort  ne  lui  permit  pas  d'achever  cette  publication, 
lont  il  fit  paraître  seulement  les  tomes  1  à  X. 
îabien  Pillet  continua  ce  travail,  qui  a  été  publié 
jans  l'ordre  suivant  :  Peinture:  école  italienne, 
â  vol.;  écoles  flamande  et  allemande,  4  vol.; 
école  française  ancienne,  3  vol.;  école  française 
snodeme,  4  vol.;  sculpture  moderne,  2  vol.; 
sculpture  antique,  3  vol.;  architecture  française. 


LANDON  —  LANDOR  358 

1    vol.;  galerie   Giustiniani  et  galerie  Massias 


2  vol.  Les  libraires  Treuttel  et  Wiirtz  entrepri- 
rent, pour  faire  suite  à  cet  ouvrage,  un  recueil 
intitulé  ;  Choix  de  Tableaux  et  Statues  des  plus 
célèbres  musées  et  cabinets  étrangers  ;  Paris, 
1821  et  ann.  suiv.,  12  vol.  in-8°.  Landon  avait 
été  avec  Lavallée  et  Villeterque  un  des  collabo- 
rateurs du  Journal  des  Arts,  des  Sciences  et 
de  la  Littérature,  qui  paraissait  vers  le  commen- 
cement du  dix-neuvième  siècle.  Jl  fut  aussi  un 
des  propriétaires  de  la  Gazette  de  France,  où 
il  rendit  coinpte  pendant  longtemps  des  exposi- 
tions des  beaux-arts.  Il  esi  l'auteur  de  l'explica-^' 
tion  des  monuments  qui  accompagne  les  grandes 
vues  pittoresques  des  Principaux  Sites  et  Mo- 
numents de  la  Grèce^  de  Cassas;  Paris,  1812. 
L.  LoutET. 

Arnanll,  Jay,  Jouy  et  Norvins,  Biogr.  nouv    des  Con- 
temp.  —  Qiiérard ,  La  France  littératre. 

J  LANDOR  (  Walter-Sauaye),  littérateur  ail- 
glais,néà  Ipsley-Court,dans  lecomtéde  Warwick, 
le  30  janvier  1775.  Il  fut  élevé  avec  beaucoup  de 
soin  à  Bugby-School ,  et  ensuite  à  Oxford.  En 
1795,  il  débuta  par  un  petit  volume  de  poésies. 
De  brillantes  renommées  occupaient  alors  l'at- 
tention publique,  Crabbe,  Burns,  Coleridge, 
Rogers ,  et  ce  début  n  eut  pas  un  grand  éclat.  En 
1802,  profitant  de  la  paix  d'Amiens,  il  visita  Paris. 
A  son  retour,  ayant  recueilli  les  vastes  pro- 
priétés de  sa  famille,  il  en  vendit  la  plus  grande 
partie  pour  acheter  des  teiTes  dans  un  autre 
comté ,  et  se  prit  d'une  telle  ardeur  pour  amé- 
liorer et  embellir  qu'il  y  dépensa  70,000  hvres 
sterl.  La  mauvaise  gestion  de  quelques  uns  de 
ses  fermiers  vint  modifier  tous  ces  plans.  Il  ré- 
solut, dans  les  premiers  moments  d'irritation,  de 
vendre  la  plus  grande  partie  de  ses  domaines, 
dont  plusieurs  étaient  dans  sa  famille  depuis  sept 
cents  ans,  et  de  vivre  en  citoyen  libre  du  monde 
(1806).  A  la  première  insurrection  d'Espagne,  il 
leva  un  petit  corps  de  troupes  à  ses  frais,  et  joi- 
gnit Blake,  qui  combattait  alors  en  GaUice  avec  les 
insurgés.  Il  soutint  de  son  argent  et  de  sa 
personne  la  cause  de  l'indépendance.  La  junte 
suprême  lui  adressa  des  remerciraents  publics, 
et  lui  conféra  le  titre  de  colonel  dans  l'armée 
espagnole.  A  la  restauration  de  Ferdinand , 
la  constitution  qui  avait  été  faite  pendant  la 
guerre  -de  l'indépendance  ayant  été  abolie  par 
le  roi,  M.  Laador  renvoya  son  brevet  de  co- 
lonel, ainsi  que  la  lettre  officielle  de  remer- 
cîments,  et  déclara  que  «  bien  que  tout  disposé  à 
seconder  la  nation  espagnole  pour  la  défense  de 
ses  libertés  contre  le  dictateur  de  l'Europe,  il  ne 
voulait  avoir  rien  à  faire  avec  un  parjure  et  un 
traître.  «  En  1815,  à  la  chute  de  Napoléon, 
M.  Landor  alla  s'étabhr  en  Italie.  Pendant  plus 
de  sept  ans  il  occupa  le  palais  Medici  à  Flo- 
îence ,  et  acheta  ensuite  la  célèbre  villa  du  comte 
Gherardesca  àFiesole.  Il  s'était  marié  en  1811  ;ses 
enfants  furent  élevés  en  Italie.  Il  y  fit  une  résidence 
de  plus  de  trente  ans ,  à  peine  interrompue  par 

13. 


359 


LANDOR  —  LANDRI 


360 


quelques  voyages  et  quelques  visites  en  Angle- 
terre. Il  n'est  revenu  s'y  fixer,  à  Bath,  que  dans 
ces  dernières  années.  C'est  pendant  ce  long 
séjour  en  Italie  que  ses  travaux  littéraires  ont  été 
les  plus  nombreux.  En  1820  parut  à  Pise  son  ou- 
vrage en  latin  intitulé  :  Idyllïa  Heroica ,  avec 
nne  dissertation  latine  sur  les  causes  qui  font 
que  les  poètes  latins  modernes  sont  si  peu  lus. 
De  1824  à  1829  parurent  à  Londres,  en  cinq  vo- 
lumes :  Conversations  imaginaires  de  littéra- 
teurs et  d'hommes  d'État,  le  plus  remarquable 
et  le  plus  original  de  ses  ouvrages.  Il  donna  une 
nouvelle  édition  de  Gebir,  du  Comte  Julien  et 
de  divers  poèmes  (1831).  Gebir  est  un  poërae 
épique,  qui  originairement  avait  été  écrit  en  la- 
tin, et  qui  a  peu  d'éléments  de  popularité.  Le 
Comte  Julien  est  une  tragédie  qui  à  son  appari 
tien  reçut  les  plus  grands  éloges  de  Southey,  le- 
quel avait  choisi  le  même  sujet  pour  son  poëmede 
Roderich.  Landor publia, de  1836à  1839,  Lettres 
d'un  conservateur,  où  l'on  expose  les  seuls 
moyens  de  sauver  ce  qui  reste  de  l'Eglise  an- 
glicane; —  Une  satire  sur  les  satiristes  et 
remontrance  aux  détracteurs  ;  —  le  Penta- 
méron  et  le  Pentalogue  ;— André  de  Hongrie  et 
Jeanne  de  Naples,  drame.  En  résumé,  M.  Lan- 
dor a  montré  plus  de  talent  et  obtenu  plus  de 
succès  comme  prosateur  que  comme  poète.  Son 
principal  titre  consiste  dans  les  Conversations 
imaginaires ,  qui  dès  le  début  firent  sensation 
par  la  nouveauté  de  la  forme  et  la  vive  peinture 
des  caractères.  Il  y  montre  un  talent  remarquable 
pour  faire  agir,  parler  et  paraître  les  personnages 
célèbres  du  passé ,  tels  qu'ils  ont  pu  agir  et 
parler  dans  leur  temps;  pour  quelques-uns,  la 
fidélité  est  parfaite.  Mais  tout  en  louant  le  style 
incisif  et  l'originalité  des  idées,  on  est  souvent 
choqué  par  les  paradoxes,  les  opinions  singu- 
lières ou  moroses ,  le  manque  de  goût ,  les  con- 
tradictions. Ainsi,  M.  Landor  cherche  à  justifier 
les  empereurs  Tibère  et  Néron  ;  il  parle  du  mi- 
nistre Pitt  comme  fort  médiocre,  de  Fox  comme 
d'un  charlatan;  il  recommande  aux  Grecs, 
dans  leur  lutte  avec  les  Turcs,  de  mettre  de  côté 
les  armes  à  feu,  etdereveniràrusagedel'arc.etc. 
Pendant  longtemps  ,  il  a  été  un  des  collabo- 
borateurs  du  journal  hebdomadaire  The  Exa- 
miner, et  depuis  son  retour  en  Angleterre  il  a 
donné  assez  souvent  des  articles  qui,  pour  la 
vigueur  et  la  verve,  ne  se  ressentent  nullement 
de  la  vieillesse.  Ennemi  déclaré  de  la  tyrannie 
sous  toutes  les  formes ,  il  a  saisi  toutes  les  oc- 
casions  de  lui  faire  la  guerre,  et  sa  parole  pas- 
sionnée s'emporte  souvent  jusqu'à  la  menace 
pour  les  «tyrans  couronnés  ».  Il  a  publié  depuis 
dix  ans  les  Helléniques ,  augmentées  et  com- 
plétées;—  Conversation  imaginaire  du  roi 
Charles- Albert  et  de  la  princesse  Belgiojoso  sur 
les  affaires  et  les  espéran  ces  de  V Italie  (  1 848)  ; 

—  Papauté    anglaise   et  étrangère  (1851); 

—  Le  dernier  Fruit  d'un  vieil  arbre,  recueil 
d'esquisses    philosojihiques  (1853);  —  Lettre 


d'un  Américain  (sous  le  pseudonyme  de  Pot- 
tinger);  1854.  Dernièrement  son  nom  a  retenti 
d'une  manière  fâcheuse  devant  les  tribunaux 
au  sujet  de  lettres  anonymes  en  vers  et  eu 
prose,  adressées  à  une  lady  avec  laquelle  il 
avait  entretenu  des  relations  d'amitié  ;  ces  lettres, 
taxées  d'injurieuses ,  lui  attirèrent  une  condam- 
nation de  1,000  liv.  steri.  (25.000  fr.  ).  Il  a  quitté 
l'Angleterre  pour  aller  vivre  en  Italie.  J.  Chandt. 

Charabers,    Cyclopxdia    of  English   Literature.  — 
Biography  (Éngtisfi  Cyclopxdia).  —  Mcn  ofthe  Time. 

—  London  Times. 

LANDKÉ-  BEAtrvAis   (  Augustin  -Jacob),. 
médecin  français,  né  à  Oriéans,  le  4  avril  1772, 
mort  en  décembre  1840.  Il  étudia  la  chirurgie  à 
Paris  sous  Desault  en    1792,  à  Lyon  sous  Rey 
et  A.  Petit,  en  1793  et  1 794.11  fut  chiiurgieneu  se- 
cond de  l'hôpital  de  Chàlons  snr-Saône,  puis  re- 
vint à  Paris,  où  lors  de  la  création  de  l'École  de 
Santé,  en  1795,  il  fut  reçu  élève  par  concours. 
En  1799  il  devint  médecin  de  l'hospice  de  la  Sal- 
pétrière ,  et  commença  un  cours  de  séméiotique 
et  de  pathologie  interne  qui  lui  attira  un  grand 
nombre  d'élèves.  On  a  de  lui  :  Doit-on  admet- 
tre une  nouvelle  espèce  de  goutte,    soiis  la 
dénomination  de  goutte  asthénique  primitive  .^ 
Paris,  an  viii  (  1800),  in-8-'  ;  —  Séméiotique,  ou\ 
traité  des  signes  des  maladies  ;  Vdiris ,  1810, i 
in-8°;  1813,  in-8°  ;  1818,  in-8"  :    cet  ouvrage? 
présente  un  bon  résumé  des  travaux  d'Hippocrale,e 
de  Leroy  et  de  Gruner,   enrichi  de  remarques' 
propres  à  l'auteur  ;  le  tout  coordonné  d'après  les; 
principes  nosographiques  du  professeur  Pinel.l 
Landré-Beauvais  a  donné  des  articles  au  Die-: 
tionnaire  des  Sciences  Médicales  et  au  Dic- 
tionn.  de  Médecine.  G.  de  F. 

Biographie  Médicale. 

LANDRI  (Saint),  vingt-huitième  évêque  dei 
Paris,  occupa  ce  siège  vers  650,  sous  ClovisII,! 
entre  Audebert  et  Chrodebert.  Il  montra  son. 
amour  pour  les  pauvres,  pendant  la  grande! 
famine  qui  désola  Paris  en  651.  Après  s'être) 
défait  de  tout  ce  qu'il  possédait,  il  venditi 
même  les  vases  de  l'autel  pour  secourir  les  indi- 
gents. Une  tradition,  généralement  reçue  dans  lel 
diocèse  de  Paris  et  admise  par  les  Bollandistes.i 
attribue  à  saint  Landri  la  fondation  et  la  dotatioai 
de  l'hôpital  qui  dans  la  suite  a  pris  le  nomi 
à' Hôtel- Dieu.  Le  moine  Marculfe  dédia  à  Lan-r 
dri  ses  Formules,  qu'il  avait  probablement  re-i 
cueillies  à  son  invitation.  On  trouve  le  nom  de 
ce  prélat  parmi  ceux  des  vingt-quatre  évoques 
qui  souscrivirent  la  charte  d'émancipation  que 
Clovis  II  accorda,  en  653,  à  l'abbaye  de  Saint- 
Denis,  fondée  par  Dagobert  I".  Le  dernier  bré- 
viaire de  Paris  place  la  mort  de  saint  Landri  en 
656  et  sa  fête  au  3  juin.  Il  fut  inhumé  dans  l'é- 
glise de  Saint -Germain- l'A  uxerrois,  appelée 
alors  Saint-Germcdn-le-Rond.        F.-X.  T. 

Longueval,  Histoire  de  l'Église  gallicane,  tom.  U,  III. 

—  Dora  PJtra,  Vie  de  saint  Léger.  -  Lebeuf,  Histoire 
ecclésiastique  et  civile  de  Paris,  tom.  II,  pag.  XXXHI. 

LANDRI,  maire  du  palais  sous  Clotaire  II, 


361  LANDRI  — 

roi  de  Neustrie,  défendit  ce  prince  contre  les 
entreprises  de  Childebert,  roi  d'Austrasie.  En 
593,  un  stratagème  deLandri  procura  aux  Neus- 
Itriensune  victoire  éclatante  sur  les  Austrasiens. 
I  Lorsque  les  deux  années  étaient  en  présence , 
Landri  pendant  la  nuit  fit  avancer  vers  le  camp 
jde  Childebert  quelques  troupes  avec  des  ra- 
I  mées  qu'elles  plantèrent.  Trompés  par  cet  ar- 
itifice,  les  soldats  de  Childebert  ret)osaient 
dans  la  plus  profonde  sécurité  lorsqu'ils  furent 
surpris  et  taillés  en  pièces.  Landri  passait  pour 
l'amant  de  Frédégonde.  Son  courage  ferait  ou- 
blier ses  galanteries ,  s'il  n'avait  été  l'un  des 
instigateurs  du  meurtre  de  Chilpéric.  Voy.  Chil- 
pÉRic  et  Frédégonde.  F.-X.  T. 

AmÉdée  Thierry,  Histoire  des  Mérovingiens. 

I  LAN  DRiANi  (  Paolo-Camtllo  ),  peintre  de  l'é- 
cole milanaise,  né  vers  1570,  mort  vers  1618. 
i  Attaché  à  la  cour  ducale,  il  reçut  le  surnom  du 
\Duchino,  sous  lequel  il  est  surtout  connu.  Élève 
j  d'Ottavio  Semini  et  fort  jeune  encore  à  l'époque 
lOÙ  Lomazzo  écrivait  son  Idea  del  tempio  délia 
\Pittura,  il  annonçait  déjà  ce  qu'il  serait  un  jour, 
et  mérita  d'y  obtenir  sa  part  d'éloges.  Landriani 
a  laissé  dans  sa  patrie  un  grand  nombre  d'ou- 
vrages dans  lesquels  il  a  su  ajouter  à  la  pureté 
du  dessin  et  à  la  grâce  de  son  maître  une  sua- 
vité de  coloris  et  de  contours  qui  semble  em- 
pruntée à  l'école  de  Parme.  Parmi  ses  tableaux 
d'autels,  les  plus  remarquables  sont  -.  Saint 
Martin,  saint  Dominique  et  sainte  Agnès  à 
Saint- Eu storge,  la  Nativité  de  Jésus-Christ,  à 
Saint-Ambroise ,  et  le  même  sujet  peint  en  1602 
pour  Santa-Maria-della-Passione.  11  peignit  la 
fresque  d'une  manière  aussi  franche  que  gran- 
diose. E.  B— N. 

Oretti,  Memo7-ie.—BoTs\en,Supplemento  al  Morigia.— 
Soprani,  Fite  de'  Pittori  Genovesi.  —  I.anzi,  Mtoria  Pitto- 
rica.  — Orlandi,  Jbbecedario  —  Ticozzî,  Dizionario. 

*  LANDRI  N  {Armand-Pierre  iB'mi^c),  homme 
politique  français,  né  le  19  mai  1803,  à  Ver- 
sailles. Après  avoir  fait  ses  études  .sous  la  di- 
rection d'un  savant  ecclésiastique,  il  fut  reçu 
avocat,  exerça  d'abord  près  le  tribunal  de  Ver- 
sailles, et  prit  part  à  la  révolution  de  1830  en  re- 
nouvelant le  conseil  municipal  de  cette  ville.  La 
même  année  il  passa  au  barreau  de  la  cour 
royale  de  Paris ,  et  devint  un  des  rédacteurs  ha- 
bituels de  la  Gazette  des  Tribunaux.  Ses  re- 
lations d'ancienne  date  avec  le  parti  démocra- 
tique lui  firent  donner,  dès  le  26  février  1848, 
les  fonctions  de  procureur  près  le  tribunal  civil 
de  la  Seine;  en  cette  qualité,  il  apporta  beau- 
coup de  diligence  et  de  fermeté  à  faire  respecter 
les  ateliers  typographiques  de  La  Presse  et  de 
L^ Assemblée  nationale ,  et  s'associa  aux  me- 
nées du  parti  qui  poussait  M.  Ledru-Rollin 
dans  une  voie  plus  révolutionnaire.  Chargé  avec 
M.  Portails  d'ouvrir  une  instruction  à  l'occa- 
sion de  la  manifestation  socialiste  du  16  avril, 
il  agit  avec  énergie,  et  s'entendit  avec  M.  Caus- 
sidière,  préfet  de  police  ,  pour  l'exécution,  difti» 
cile  alors   de  quelques-uns  des  mandats  d'ame- 


LANDSBERG  362 

ner;  mais,  la  veille  du  4  mai,  le  gouvernement 
provisoire  arrêta  l'action  de  la  justice.  M.  Lan- 
drin  ne  fut  pas  plus  heureux  lorsqu'il  s'occupa  de 
rechercher  les  auteurs  de  la  journée  du  1 5  mai  : 
ayant  demandé  l'autorisation  de  poursuivre 
M.  Louis  Blanc,  il  se  vit  désavoué  par  M.  Cré- 
mieux  lui-même ,  qui  tenait  le  portefeuille  de  la 
Justice,  et  envoya  le  lendemain  sa  démission  de 
magistrat  (4  juin  1848);  cette  démission  amena , 
à  quelques  jours  de  là,  celle  du  ministre.  Élu  le 
23  avril  précédent  représentant  du  peuple  dans 
Seine-et-Oise ,  il  siégea  au  bureau  de  l'Assemblée 
en  qualité  de  secrétaire,  et  vota  en  général  avec 
la  gauche.  D'accord  avec  MM.  Peupm  et  Bérard, 
il  fit  adopter,  le  30  juillet,  l'ordre  du  jour  mo- 
tivé qui  déclara  la  fameuse  proposition  de 
M.  Proudhon  «  une  atteinte  odieuse  aux  prin- 
«  cipes  de  la  morale,  un  encouragement  à  la 
«  délation,  ainsi  qu'un  «  appel  aux  plus  mau- 
vaises passions  ».  Au  mois  d'avril  1849,  il  ré- 
signa son  mandat  et  reprit  sa  place  au  barreau 
de  Paris.  P.  L — y. 

Biogr.  des  Hepres.  du  peuple.  —  Rapport  de  la  Com- 
mission d'enquête,  août  1848. 

LANDRY (  Pierre), graveur  français,  né  à  Pa- 
ris, vers  1630.  Comme  éditeur,  il  a  publié  des 
pièces  gravées  par  P.  Desvaulx,  Fr.  Langot,etc., 
et  particulièrement  des  pièces  hiérologiques  d'un 
immense  format,  qui  d'ordinaire  ne  portent  que 
son  nom.  Ses  propres  ouvrages  indiquent  une 
main  ferme  et  beaucoup  d'originalité  ;  dans  ce 
nombre  on  cite  :  La  Sainte  Vierge  assise  avec 
V Enfant- Jésus;  —  Saint  Jérôme;  —  Abel 
Brunier,  médecin  du  duc  d'Orléans,  1661  ;  — 
Jérôme  Vavasseur,  prieur  des  Carmes  dé- 
chaussés, etc.  Il  a  encore  gravé,  d'après  Ann. 
Carrecci  :  La  Sainte  Famille ,  La  Cananéenne, 
un  Saint  Jean-Baptiste,  en  buste;  —  d'après 
Fr.  Albano:  La  Samaritaine  ;  —  d'après  Titien  : 
Les  Pèlerins  d'Emmaiis;  —  d'après  Ribera  : 
Le  Martyre  de  saint  Barthélémy;  —  d'après 
J.  François  :  Louis  XIV ;  V Arbalétrier,  pièce 
très-rare,  gravée  dans  la  manière  de  Masson  ;  et 
plusieurs  portraits  de  personnages  contem- 
porains. K. 

Basan,  Z)îc(!.  des  Graveurs,  I,  307.  Gori  Gandinelii,  Dfo- 
tiziedegli  Intagliatori,  XI,  S94.  —  Bruiliot,  Z)ictionn,,  II. 
—  Nagler,  Kunstler-Lexicon ,  VII,  270.  —  Ch.  Le  Blanc, 
Hlan.  de  l'Amateur  d'estampes. 

landsbëbg  {Jean  ),  surnommé  Le  Juste, 
écrivain  ascétique  allemand ,  né  à  fiandsberg  en 
Bavière,  vers  1490,  mort  à  Cologne,  le  10  août 
1539.  Après  avoir  fait  ses  études  à  Cologne,  il 
entra  en  1509  chez  les  Chartreux  de  cette  ville. 
Il  se  fit  remarquer  par  une  extrême  austérité 
pour  lui-même  et  une  très-grande  charité  pour 
les  autres.  Chargé  pendant  plusieurs  années 
d'instruire  les  novices  à  la  Chartreuse  de  Co- 
logne ,  il  fut  ensuite  envoyé  comme  prieur  à  Cau- 
tavie  près  de  Juliers.  Il  prêcha  souvent  à  la  cour 
du  duc  de  Juliers  ,  et  devint  plus  tard  visiteur 
de  son  ordre.  En  1536  sa  santé  délabrée  le  força 
de  se  retirer  à  Cologne.  Landsberg  a  écrit  en 


363  LANDSBËRG 

allemand  et  en  latin  un  grand  nombre  d'ouvrages 
et  d'opuscules  ascétiques  ainsi  que  de  nombreux 
sermons ,  recueillis  en  5  vol.  in-4''  ;  Cologne , 
1630  et  1693.  Parmi  ces  écrits,  dont  la  plu- 
part ont  paru  séparément  nous  citerons  :  Se?'- 
mones  in  praecipuis  anni  Feativitatibus  ;  Co- 
logne, 1536,  in-S";  —  Vita  Servatoris  nostri 
in  150  meditutlones  concinnata  ;  Cologne,  1 537  ; 
—  Paraphrases  in  dominicales  Epistolas  et 
Evangelia  ;  Co\ogne,  1545,  in-8°;  Anvers,  1570 
et  1575,  in-S";  —  Enchrridion  militiee  cfiris- 
tianœ;  Paris,  1546;. An  vers  ,  1576,  et  Cologne, 
l(i07,  in-12  ;  —  Alloquia  Jesu  Christi  ad  fide- 
lem  anïmani ;  Louvain,  1572;  Cologne,  1590 
et  1724,  in-12;  traduit  en  allemand,  Cologne, 
1747;  en  français,  Paris,  1657,  et  Lyon,  1687, 
in-12;  une  nouvelle  traduction  en  a  été  donnée 
par  le  P.  Possoz  ;  Nantes,  1858;  —  Ënchiridion 
Vitœ  spiritualis  ;  Paris,  1573;  —  Pharetra 
divini  Amoris  ignUls  aspira tioni bits  referla; 
Cologne,  1607,  in-12;  —  Diulogus  inter  mi- 
lifem  Ititheranum  et  Johannem  monachum 
de  Vila  monaséica,  en  aiiemand;  —  Apologia 
pro  Monasteriis  ad  Caroium  V  imperatorem , 
en  allemand  ;  —  Epistolas  parxneticse-  ad  di- 
versos.  E.  G. 

H;irtzheim,  Bibl.  Coloniensis.  —  Petreius,  Bibl.  Car- 
thiisiana.  -  P06fie\la,  Àpparatus.  —  Rotennund,  5!//)- 
ptément  à  JOcher. 

LASOSEER  (John  ),  graveur  anglais,  né  en 
1769,  à  Lincoln,  mort  le  29  lévrier  1852,  à  Lon- 
dres. Élève  de  Byrne,  il  se  fit  connaître  en  1793 
par  la  reproduction  de  quelques  paysages  de  Lu- 
terbourg ,  et  collabora  à  divers  ouvrages  à  vi- 
gnettes, entre  autres  à  Y History  of  England 
de  Bowyer  et  aux  Views  of  Scotland  de  Moore. 
Il  publia  ensuite  une  excellente  série  d'animaux 
d'après  les  œuvres  de  Rubens ,  Snyders,  Gilpin 
et  autres  artistes  éminents.  En  1806  il  lit  à  Lon- 
dres un  cours  de  gravure  qui  fut  imprimé  l'année 
suivante  et  lui  ouvrit  les  portes  de  l'Académie 
royale  en  qualité  de  membre  associé.  Après  avoir 
fondé  deux  revues  artistiques,  quiw'eurent  qu'une 
existence  éphémère ,  il  s'occupa  d'archéologie  et 
d'esthétique,  et  donna  à  la  Société  des  Anti- 
quaires un  mémoire  sur  les  Pierres  gravées 
provenant  de  Babylone,  inséré  dans  ÏAr- 
chseologica,  1817,  t.  XVUl.  Ensuite  il  fit  des 
leçons  publiques  sur  les  Hiéroglyphes  gravés , 
et  publia  Sahaean  Researckes  ;  Londres,  1823, 
et  Descriptive,  explanatory  and  critical 
catalogue  of  the  earliest  pictures  in  the 
National  Gallery  ;  ibid, ,  1834  ,  in-8°.  Comjna 
graveur,  il  a  donné  :  un  portrait  de  Nelson; 
—  Planches  poM  la  galerie  Stafford  ; 
Londres,  1818,  4  vol.  in-fol.  ;  —  d'après  B. 
West  :  Saint-Jean;  —  d'après  R.  Smirke  ; 
la  Victoire  du  Nil,  grande  pièce  avec  15  por- 
traits; —  d'après  Edwin  Landseer,  son  fils  :  le 
Rat  à  ra/f-ût  et  les  Chiens  du  mont  Saint-Ber- 
nard. 

Cet  artiste  a  laissé  trois  lils  :  Thomas,  Edwin 


—  LANDSEER  364 

I  (  voy.  ci-après  )  et  Charles.  Thomas,  qui  a  suivi 
la  profession  paternelle,  est  surtout  connu  pai' 
les  planches  qu'il  a  gravées  d'après  son  frèrc 
puîné,  telles  que  Un  Chien  de  Terre-Neuve,  Le 
Braque  endormi,  Dignité  et  Impudence,  eic. 
Dans  ces  derniers  temps,  il  a  reproduit  un  des 
bons  tableaux  de  M'!'-  Rosa  Bonheur,  La  Foire 
aux  chevaux.  Un  de  ses  ouvrages  originaux  , 
Monkefana,  or  men  in  miniature,  in-4",  a 
obtenu  une  grande  popularité.    Paul  Lodisy. 

j       Elmes,  Annals  of  the  Fine  Arts.  —  Nagler,  KiinsUer 
',   Lejc.,  VII.  —  Tàe  Engtisfi  Cyclopsedia- 

î      *  LAfliDSEEB  (  Sir  iÇ(iîri«  ),  peintre  anglais , 
■  né  à  Londres,  en  1803,  fils  aine  du  précédent. 
.  Son  talent  se  développa  de  très-bonne  heure ,  et 
;  il  exposa  dès  l'âge  de  quatorze  ans,  en  1817.  A 
ving-trois  ans,  ii  devint  associé  de  l'Académie 
!  royale,  et  fut  créé  baronet  en  1850.  Sa  réputa- 
:  tion  avait  depuis  longtemps  traversé  le  détroit, 
.  lorsque  l'exposition  universelle  de  Paris  vint  la 
:  consacrer  d'une  manière  éclatante  :  sir  Landseer  ; 
'  reçut  alors  une  des  dix  grandes  médailles  d'iionn 
neur  accordées  aux  artistes  jugés  dignes  d'une- 
récompense  exceptionnelle.  Aujourd'hui  sir  Ed- 
win Landseer  est  le  peintre  le  plus  à  la  modei 
j  du  royaume-uni,  et  son  pinceau  ne  peut  suffire 
j  à  tous  les  portraits  de  chiens  et  de  chevaux  quen 
!  lui    commandent    ses  compatriotes;  aussi 
I  Landseer  comprend  et  représente  les  animaux» 
autrement  que  d'autres  peintres  contemporains. 
i  II  ne  se  borne  pas  à  dessiner  le  plus  exaclementi 
possible  leurs  formes  ,  à  reproduire  leur  allure, 
et  à  en  saisir  l'expression  générale  de  peur  oui 
de  colère  que  leur  donne  l'instinct  de  la  conser- 
vation :  il  prétend  rendre  dans  leur  physionomiei' 
ou  révéler  dans  leurs  poses  toutes  les  nuances' 
des  sentiments  et  des  passions  qui  peuvent  les 
agiter.  Sir  Landseer  a  beaucoup  observé  les  ani- 
î  maux;  ii  les  connaît  parfaitement,  aussi  est-ili 
irréprochable    dans    ses    tableaux    simplementi 
i  conçus;  mais  lorsqu'il  lui  arrive  <routrer  son: 
,  système,   il    tombe  dans   une   exagération  re- 
grettable :  ses  compositions  ne  sont  plus  alors 
que  des  plaisanteries  spirituelles,  qui  n'ont  pasi 
I  même  la  portée  satirique  des  dessins  de  Grand-i 
!  ville.  Citons  comme  exemple  le   Procès   des 
;  chiens  et  Jack  en  faction.  La  plupart  des  œn- 
'  vres  de  sir  Landseer  ont  été  popularisées  par  lai 
gravure.  On  remarque  parmi  ses  tableaux  expo» 
ses  à  Paris  :  Le  Soir,  Le  Matin,  Le  Sanctuaire^ 
j  Animaux  à  la  forge,  Le  Déjeuner,  Les  CoH' 
':  ducteurs  de  bestiaux,  Jack  en  faction.  Le  Bé- 
'  lier  à  rattache,  Chiens  au  coin  du  feu,  Lsloy 
I  et  Macaw,  Singes  brésiliens.  Parmi  ses  autres 
}  tableaux  exposés  en  Angleterre ,  nous  citerons  ; 
Highlanders  au  retour  de  la  chasse;  le  Singe 
qui  a  vu  le  monde  (1827)  ;  diverses  scènes  des 
Highlands(1828)  ;  La  Musique  écossaise;  U  At- 
tachement (1830);   Braconniers  à  la  chasse^ 
(1831)  ;  Chasse  au  Faucon  (1832)  ;  Sir  Waltef 
Scott  et  ses  chiens  (1 833);  le  Départ  du  Bouvier 
(1835);  la  Chasse  à   la  Loutre  (1844);  Vani 


LAWDSEER  —  LANDULPHE 


36(i 


AniMtrgh  et  ses  ammauv-  Sir  Landseer  excelje 
à  reproduire  les  types  de  bergers  et  des  jopeurs 
de  cornemuiie  écossais;  il  a  peint  avec  beaucoup 
de  sentiment  et  d'evpression  une  Scène  pasto- 
rale (1845)  ;  La  Paix  et  la  Guerre  (  184C  );  il 
a  déployé  beaucoup  d'imagination  et  de  fantaisie 
dans  unescènedu  Songed'une  Nuit  d'été  (1851). 
M.  CAa7Zes  Landsï;e;r,  frère  de  sir  Edwin, 
et  aussi  menibrede  l'Académie  royale,  est  connu 
oonime  peintie  de  genre.  On  cite  parmi  ses  ta- 
bleaux :  Charles  II  quittant  le  colonel  Lane; 
Le  Retour  de  la  Colombe  à  V arche;  Clarisse 
Harlowe  et  plusieurs  compositions  dont  les  su- 
jets sont  tirés  des  œuvres  de  Walter  Scott  et  de 
l'histoire  d'Angleterre.  E.  Cottenet. 

J.  Riiskii) ,  Modem  Painters  —  Men  of  the  time , 
,  1867.  —  Max.  du  Camp ,  Bea,ux-arts  à  l'exposition  uni- 

!  verselle. 

LANDSPEBiti  (  Herrad  de  ),  religieuse  alle- 
liuaude,  morte  le  25  juillet  1195,  au  couvent  de 
jSaint-Octilie  àHolienburgdont  elle  était  abbesse 
depuis  le  22  juillet  1167;  elle  se  livra  à  l'étude 
avec  zèle,  et  elle  fait  preuve  de  connaissances  fort 
étendues  pour  l'époque  dans  son  Hortus  Pell- 
ciiirum,  espèce  d'encyclopédie  composée  d'ex- 
traits de  la  Bible  et  des  Pères  ,  de  vers  latins 
(  accompagnés  de  musique  ),  de  notions  sur 
les  sciences ,  les  arts ,  les  coutumes  de  l'époque. 
jSous  divers  rapports ,  cet  ouvrage  est  digne  d'at- 
itention;  on  y  trouve  cités  un  grand  nombre 
d'auteurs  ecclésiastiques,  et  entre  autres  citations 
qui  témoignent  de  la  connaissance  des  écrivains 
profanes ,  il  y  est  parlé  d'Ulysse  et  des  syrènes. 
Divers  savants  modernes  ont  mis  en  lumière  ce 
que  pouvait  offrir  d'intéressant  cette  compila- 
iion  lemarquable ,  qui  mériterait  d'être  publiée 
en  entier  avec  les  éclaircissements  qu'elle  ré- 
clame. G.  B. 

Engelhardt,  Hortus  Deliciarum ,  Ein  Beitray  zur  Ge- 
schic/ite..,  Stuttgard,  1818,  ln-8»,  —  Histoire  Littéraire 
de  la  France,  t,  XUI,  p.  588.  —  Lenoble  ,  Mémoire  sur 
le  Hortus  Deliciarum,  dans  la  Bibliothèque  de  l'École 
des  Chartes  ;  Paris ,  t.  I  ;i84o;. 

LANDULPHE  SAGàX ,  historien  italien,  vi- 
vait au  neuvième  siècle.  On  n'a  sur  lui  aucun 
détail;  on  sait  seulement,  sur  la  foi  d'un  manus- 
crit, que  c'est  lui  quia  remanié  et  continué  V His- 
toria  Miscella  de  Paul  Diacre.  Cet  ouvrage,  qui 
s'arrête  à  l'an  813,  ne  nous  est  pas  parvenu  dans 
Xd  rédaction  primitive  de  Paul  Diacre.  Outre  que 
celui-ci  est  mort  vers  799,  les  huit  derniers 
livres  contiennent  des  extraits  nombreux  d'une 
Histoire  Ecclésiastique  traduite  du  grec  par 
Anastase  le  Bibliothécaire  vers  le  milieu  du  neu- 
vième siècle.  Quelques-uns  attribuent  le  travail 
de  révision  fait  sur  SHiistoria  Miscella  à  un  cer- 
tain Johannes  Diaconus ,  qui  vivait  à  Rome  vers 
875.  Quant  aux  éditions  de  cet  ouvrage,  voy.  l'ar- 
ticle Paul  Diacre. 

Miiratori,  Scriptores  herum  Italicarum ,  t.  I,  p.  179. 

—  Schœll,  Hist.  de  la  Littérature  romaine,  t'.  111,  p.  178. 

LANDULPHE,  sumommé  l'Ancien,  historien 

italien,  né  à  Milan,  vers  l'an  lOOO,  mort  vers 


1085.  Ordonné  prêtre,  il  prit  part  aux  luttes  aof- 
mées  qui  s'engagèrent  dans  sa  ville  natale  sous 
le  pontificat  de  Grégoire  VII,  se  trouva  du  côté 
des  ennemis  de  ce  pai>e,  et  se  prononça  ouverte- 
ment pour  le  mariage  des  prêtres.  Il  est  l'auteur 
à'imeI{'istoriaMediolanensis,ou\Tà^eécritd'nn 
style  assez  barbare,  qui  retrace  les  événements 
passés  à  Milan  depuis  les  temps  historiques  jus- 
qu'en 1085.  Landulphe  y  manifeste  une  partialité 
injuste;  il  calomnie  les  adversaires  de  la  cause 
qu'il  avait  soutenue,  et  leur  prête  souvent  de.s 
discours  supposés.  Malgré  ces  taches ,  dont  lu 
plupart  ont  été  relevées  par  Puricelli  dans  sa 
Vita  Herlembaldi,  l'ouvrage  de  Landulphe  est 
cependant  précieux,  parce  qu'il  contient  divers 
détails  qui  ne  sont  connus  que  par  cette  histoire, 
L'Historia  Mediolanensis ,  que  plusieurs  éru- 
dits  ont  prise  pour  le  CJironicon,  que  Datius^ 
archevêque  de  Milan,  était  supposé  avoir  rédigé, 
a  été  publiée  dans  le  tome  IV  des  Scriptores 
Reruvi  italicarum  de  Maraiton.        E.  G. 

MiiratOFi ,  Prxfatio  in  Meâiolanensem  historifjum 
(  dans  les  Scriptores  Rer.  Ital.,  t.  JV,  p.  49).  —  Argelati, 
Scriptores  Mediolanenses ,  t.  II,  p  777. 

LAatDULPHE,  surnommé  le  Jeune  ou  de 
Santo- Paulo  historien  italien,  né  à  Milan,  vers 
1080,  moit  un  peu  après  1137.  Son  oncle  Luit- 
prand ,  riche  ecclésiastique  de  Milan  ,  était  l'ami 
de  Ssint-Herlembald  et  de  Saint-Ariald ,  et  lutta 
avec  eux  contre  !e  mariage  des  prêtres  et  la  si- 
monie. Le  zèle  qu'il  déploya  à  cette  occasioii  lui 
valut  en  1075  d'être  jeté  en  prison  par  ses  ad- 
versaires et  d'avoir  le  nez  et  les  oreilles  coupés. 
Relâché  après  la  cessation  des  troubles,  il  fit 
usage  de  sa  fortune  pour  rebâtir  et  orner  ma- 
gnifiquement l'église  de  la  Trinité  et  celle  de 
Saint-Paul ,  dont  il  fut  autorisé ,  par  charte  im- 
périale et  métropolitaine ,  à  laisser  le  gouverne- 
ment à  ses  héritiers.  Il  appela  auprès  de  lui 
Landulphe  son  neveu ,  le  fit  ordonner  acolyte  et 
l'envoya  vers  1102  à  Orléans  pour  y  continuer 
ses  études.  Landulphe  y  suivit  les  leçons  d'Alfred 
et  de  Jacob ,  et  vint  en  compagnie  de  son  com- 
patriote Anselme  de  Pusterula,  plus  tard  arche- 
vêque Je  Milan ,  à  Tours  et  à  Paris  ,  oii  il  sui- 
vit les  leçons  de  Guillaume  de  Champeaux. 
De  retour  dans  sa  ville  natale  vers  1100,  il  oc- 
cupa pendant  quelque  temps  un  office  à  l'église 
Saint-Paul;  en  1109  il  repartit  pour  la  France 
avec  Anselme  de  Pusterula  et  CEricus,  vidarae 
de  Milan,  et  alla  compléter  ses  études  en  théo- 
logie sous  la  direction  du  célèbre  Anselme,  sco- 
lastique  de  Laon.  L'année  suivante,  il  revint  en 
Italie ,  alla  voir  son  oncle  Luitprand  ,  qui  s'était 
retiré  dans  la  Valteline,  et  prit  possession  de 
l'église  de  Saint-Paul ,  dont  Luitprand  lui  laissa 
le  bénéfice  à  sa  mort,  survenue  en  1112.  Mais 
tu  cette  même  année  Landulphe  s'étant  déclaré 
contre  l'archevêque  Jordanus ,  qu'il  traitait 
de  simoniaque,  se  vit  enlever  violemment  tout 
ce  qu'il  tenait  de  la  succession  de  son  oncle. 
En  1 116  il  alla  porter  plainte  de  cette  spoliation 


367 


LANDULPHE  — 


auprès  du  concile  du  Latran,  puis  auprès  du 
pape  Calixte  II  ;  mais  il  ae  put  obtenir  justice. 
L'avènement  à  l'archiépiscopat  de  ses  deux  con- 
disciples, Œricus  et  Anselme  de  Pusterula,  ne 
lui  servit  pas  plus  à  rentrer  dans  i>es  droits  ;  mais 
il  fut  promu  successivement  aux  fonctions  de 
scribe,  d'écolâtre,  de  chef  des  secrétaires  des 
consuls,  et  il  fut  enfin  placé  à  la  tête  des  cha- 
pelains de  l'archevêque.  En  1137  il  s'adressa  à 
l'empereur  Lothaire  pour  obtenir  la  remise  des 
biens  dont  il  avait  été  dépouillé;  l'empereur 
recommanda  la  cause  de  Landulphe  aux  consuls 
de  Milan  ;  mais  Arnaldus.l'un  d'eux,  qui  avait  été 
l'ennemi  juré  de  Luitprand ,  empêcha  que  la 
volonté  de  l'empereur  fût  écoutée.  Landulphe 
termine  son  Histoire,  où  se  trouvent  consi- 
gnés ces  faits,  en  implorant  la  justice  divine, 
désespérant  de  celle  des  hommes.  Cet  ouvrage, 
intitulé  :  Historia  Mediolanensis ,  contient  le 
récit  des  événements  qui  se  sont  passés  à  Mi- 
lan depuis  1095  jusqu'en  1137;  il  est  très- pré- 
cieux à  cause  des  nombreux  détails  qui  s'y  trou- 
vent rapportés,  par  un  témoin  oculaire,  sur 
les  luttes  animées  engagées  à  cette  époque  dans 
la  république  naissante  de  Milan.  Landulphe  y 
a  aussi  relaté  beaucoup  de  faits  concernant  l'his- 
toire générale  de  l'Italie.  V Historia  Mediola- 
nensis, dont  plusieurs  fragments  se  trouvent 
dans  le  tome  rv  de  ÏJtalia  Sacra  d'Ughelli,  a 
étépubliéeavec  des  notes  deSassi  dans  le  tome  V 
des  Scriptores  Rerum  Italicarum  de  Muratori. 

E.  G. 

Sassl,  Prœfatio  in  Historiam  Mediolanetisem  (dans 
le  t.  V  des  Scriplores  de  Muratori  ).  —  Argelatl,  Scrip- 
tores Mediolanenses ,  t.  11,  p.  279. 

LANDULPHCTS  DE  coLrMiVA.  (1),  historien 
et  théologien  français  ,  vivait  au  commencement 
du  quatorzième  siècle.  Devenu  chanoine  de  la 
cathédrale  de  Chartres,  il  écrivit  les  ouvrages 
suivants  :  Breviarium  historiale  ut  homines 
bonis  praeteriiis  discant  vivere  etmalis  exem- 
plis  sciant prava  vitare;  Poitiers,  1479,  in-4''; 
c'est  le  premier  ouvrage  imprimé  à  Poitiers; 
quelques  fragments  de  ce  Breviarium  se  trou- 
vent dans  le  t.  I  de  la  Bibliotheca  nova  du 
P.  Labbe  ;  on  ne  sait  pas  si  ce  livre,  qui  s'arrête 
à  l'an  1320  et  dont  un  manuscrit  existe  à  la 
bibliothèque  d'Alby,  est  le  même  que  Y  Historia 
Temporimi  Pontificiim  Romanorum,  que  Lan- 
dulpheavait,  selon  Volaterranus ,  dédié  au  pape 
Jean  XXII;  —  De  Translatione  imperii  ad 
Grsecos,  dans  làSylloge de  Jurisdictione  Impe- 
riali  de  Schardius  et  dans  le  tome  II  du  recueil 
de  Goldast  De  Monarchia  imperiali;  —  De 
Statu  et  Mutatione  Imperii  romani;  cet  ou- 
vrage, dont  il  existe  des  manuscrits  aux  biblio- 
thèques de  Paris  et  de  Strasbourg ,  est  peut-être 
le  mônie  que  le  précédent;  —  De  Pontificali 
Officio  se  trouvait  en  manuscrit  dans. la  biblio- 
thèque deColbert;  —  Super  libros  III  et  IV 

(1)  Il  a  été  souvent  confondu  avec  Landulphe  Sagax. 


LA  NEUFVILLE  368 

Sententiarum ,  en  manuscrit  à  la  bibliothèque 
deBâle. 
Oudln,  Scriptores  Ecclesiastici ,  t.  III,  p.  7BS. 
LANE  (Sir  Richard),  magistrat  anglais,  né 
dans  le  comté  de  Northampton,  dans  la  dernière 
partie  du  seizième  siècle,   mort  dans  l'île  de 
Jersey,  en  1651.  11  étudia  le  droit  à  Middle- 
Temple,  et  acquit  une  grande  réputation  comme 
avocat.  Strafford,  accusé  de  haute  trahison,  le 
choisit  pour  conseil  en  1641  ;  mais  l'habileté  du 
défenseur  échoua  devant  le   parti  pris  de  la 
chambre  des  communes.  Lorsque  la  guerre  ci- 
vile éclata,  il  rejoignit  à  Oxford  le  roi  Charles  P', 
qui  le  nomma  premier  baron  de  l'éclûquier  et  { 
membre  du  conseil  privé.  A  la  fin  de  1642,  ili 
fut  un  des  commissaires  royaux  qui  négocièrent  i 
inutilement  la  paix  avec  le  parlement  à   Ux-  ' 
bridge,  et  en  1646,  après  la  mort  de  lord  Lyttie- 
ton,  il  reçut  les  sceaux.  Il  fut  encore  un  des 
commissaires   qui    traitèrent  de   la    reddition 
d'Oxford  en  1646,  et  peu  après  il  se  retira  à 
Jersey,  pour  échapper  aux  persécutions  des  par- 
lementaires. On  a  de  lui  :  Reports  in  the  Court 
of  Exchequer  in  the  reign  of  king  James  ; 
1657,  in-fol.  Z. 

Wood,   Mhetus  Oxonienses,  vol.   II.    —    Clarendon,  i 
History  of  the  Rébellion.  —  Hoyd,  Memoirs. 

LA  NEUFVILLE  (Jacques  Le  Quiejn  de  ), 
historien  français,  né  le  1'^''  mai  1647,  à  Paris, 
mort  le  20  mai  1728,  à  Lisbonne.  Appartenante 
une  ancienne  famille  de  Picardie  dont  le  nom  pa- 
tronymique était  Le  Chien  ou  Le  Quien,  suivant 
la  prononciation  du  pays,  il  entra  dès  l'âge  de 
quinze  ans  comme  cadet  dans  les  gardes  fran- 
çaises ,  régiment  avec  lequel  il  fit  une  canir- 
pagne,  et  fut  obligé,  à  cause  de  la  faiblesse  de 
sa  santé,  de  renoncer  à  la  carrière  des  armes. 
Il  s'appliqua  alors  à  la  philosophie  et  au  droit, 
et  comme  il  avait  conservé  du  goût  pour  les 
lettres ,  il  dirigea  ses  études  vers  l'histoire.  D'a- 
près les  conseils  de  Pellisson,  il  se  proposa  d'é- 
crire les  annales  du  Portugal,  qui  manquaient 
en  français.  «  Les  préparatifs ,  dit  Nicéron,  en 
furent  un  peu  longs;  il  lui  fallut  d'abord  tra- 
vailler à  se  rendre  familières  les  langues  espa- 
gnole et  portugaise,  dont  il  n'avait  qu'une  légère 
teinture,  pour  être  en  état  de  puiser 'dans  les 
sources  ;  il  établit  ensuite  diverses  correspon- 
dances pour  tirer  des  archives  du  pays  des  co- 
pies ou  des  extraits  des  pièces  manuscrites  né- 
cessaires à  son  dessein.  »  Cet  ouvrage  lui  coûta 
plus  de  trente  années  d'efforts  :  la  première 
partie,  qui  parut  en  1700,  fut  -jugée  si  remar- 
quable qu'elle  lui  procura  en  17061a  place  d'as- 
socié à  l'Académie  des  Inscriptions.  Il  travailla 
ensuite  à  V Histoire  des  postes,  entreprit  celle 
de  la  Flandre  française,  qui  n'a  point  paru,  et 
accompagna  en  1713  l'abbé  de  Mornay  dans  son 
ambassade  de  Portugal.  Sa  réputation  l'avait 
précédé  dans  ce  pays ,  où  il  passa  le  reste  de 
ses  jours,  et  le  roi,  en  récompense  de  ses  tra- 
vaux, lui  accorda  l'ordre  du  Christ  et  une  pen- 


369  LA  NEUFVILLE 

sion  de  1,500  livi-es.  On  a  de  lui  :  Histoire  \ 
générale  de  Portugal;  Paris,  1700,  2  vol. 
in-4°;  ce  livre,  laissé  incomplet  par  son  auteur, 
s'étend  depuis  les  premiers  temps  jusqu'à  la 
mort  du  roi  Emmanuel  P"",  en  1521  ;  il  est  bien 
écrit,  mais  inexact,  ce  que  les  académiciens  de 
Lisbonne  lui  reprochent  dans  le  tome  I*'"  de 
leurs  Mémoires,  en  faisant  observer  qu'il  est 
difficile  à  un  étranger  d'arriver  jamais  à  cette 
perfection  que  l'on  peut  à  peine  attendre  de  l'é- 
lite des  savants  nationaux  ;  —  Origine  des 
Postes  chez  les  anciens  et  chez  les  modernes  ; 
Paris,  1708,  in-12,  réimpr.  en  1734  sous  le  titre: 
Wsage  des  Postes.  P.  L — y. 

Histoire  dcl' .Icadémie  des  Inscriptions,  Vil.  —  Chau- 
fepié,  Dict.  —  Nlcéion .  Mémoires  pour  servir  à  l'His- 
toire des  Hommes  illustres,  XXXVUl. 

LA  NEUVILLE  {Anue-Joscph  de),  théolo- 
gien Irançais,  né  vers  la  fin  du  dix-septième 
siècle.  Il  faisait  partie  de  la  Compagnie  des  Jé- 
suites, coopéra  à  la  rédaction  des  Lettres  Édi- 
fiantes ,  et  a  été  confondu  par  quelques  biogra- 
phes avec  les  frères  de  Neuville,  prédicateurs 
du  dix-huitième  siècle.  On  a  de  lui  :  Morale  du 
Nouveau  Testament  partagée  en  réflexions 
pour  tous  les  jours  de  l'année;  Paris,  1722, 
1758,  4  vol.  in-12,  imprimée  d'abord  sans  nom 
i'auteur,  et  faussement  attribuée  par  l'édition 
le  1782,  3  vol. ,  au  P.  Charles  Frey  de  Neu- 
pjlle;  —  Morale  des  Familles  chrétiennes, 
m  le  livre  de  Tobie ,  avec  des  réflexions  mo- 
'•ales  et  des  notes  critiques  ;  Paris,  1723,  in-12  ; 
l'après  les  Mémoires  de  Trévoux  ;  ce  comraen- 
aire  devait  être  suivi  du  Modèle  des  Veuves 
chrétiennes  dans  la  personne  de  Judith,  et 
l'études  semblables  sur  les  autres  livres  his- 
oriques  de  l'Ancien  Testament  ;  —  La  Vie  de 
\aint  François  Régis ;^&xi%,  1737,  in-12,  fig., 
ït  Liège,  1738.  K. 

Barbier,  Dict.  des  Anonymes,  n°  12140.  —  Mémoires 
le  Trévoux,  nov.  1724.  —  De  Backer,  Bibliothèque  des 
icrivains  de  la  Soc.  de  Jésus. 

LANFRANC,  célèbre  prélat  français,  né  vers  l'an 
005,àPavie,mort  le  28  mai  1089.  Son  père  Ham- 
«Id ,  qu'il  perdit  de  bonne  heure ,  était  un  des 
oagistrats  chargés  de  veiller  à  la  garde  des  droits 
ides  lois  de  la  cité.  Après  avoir  achevé  ses  pre- 
[jières  études  dans  sa  ville  natale,  il  suivit  à  Bo- 
9gne  les  cours  de  cette  célèbre  école  de  jurispru- 
ence  qui  venait  de  s'y  ouvrir,  et  bientôt  il  y 
rofessa  lui-même.  De  retour  à  Pavie,  il  s'y  fit 
emarquer  comme  avocat  et  comme  jurisconsulte  ; 
uis,  traversant  les  Alpes  et  la  France,  il  alla, 
u  fond  de  la  Normandie,  enseigner  sa  science 
ivorite ,  et  peut-être  aussi  les  belles-lettres  , 
ans  la  ville  d'Avranches ,  où  sans  doute  il  porta 
uelques-uns  des  anciens  et  précieux  manus- 
rits  qu'on  y  conserve  encore.  Il  avait  environ 
rente-sept  ans ,  lorsque,  quittant  Avranches 
our  se  rendre  à  Rouen,  il  fut  aiTêté  en  route, 
ion  loin  de  Brionne,  par  une  troupe  de  malfai- 
eurs  qui  le  dévalisèrent,  lui  attachèrent  les  mains 
lerrière  le  dos,  lui  jetèrent  son  capuchon  sur  les 


—  LANFRANC 


370 


yeux  et  l'entraînèrent  au  plus  fort  d'une  forêt,  où 
ils  l'abandonnèrent.  Tiré  de  ce  mauvais  pas  par 
des  voyageurs  que  ses  cris  avaient  émus,  il  gagna 
un  monastère  qu'un  noble  chevalier,  le  bien- 
heureux Herlime,  bâtissait  alors  dans  le  voisi- 
nage. Ce  monastère,  c'était  l'abbaye  bénédictine 
du  Bec.  Il  y  prit  l'habit,  en  1042,  et  en  1045, 
il  en  fut  nommé  prieur.  Là  il  fonda  cette  école 
fameuse  qui  fut  une  des  gloires  de  la  Nor- 
mandie et  du  moyen  âge.  A  ses  leçons,  qui 
résumaient  toute  la  science  du  temps,  accouru- 
rent non-seulement  de  la  province,  mais  encore 
de  la  Bretagne,  de  la  Gascogne,  de  la  France, 
des  Flandres,  de  l'Allemagne  et  même  de  l'Italie, 
les  enfants  des  plus  grandes  familles,  des  clercs 
déjà  fameux,  des  maîtres  renommés.  Au  nombre 
de  ses  disciples  les  plus  honorés,  on  cite  un 
évêque  d'Aversa,  Guitmond  ;  deux  évêques  de 
Rochester,  Hermoste  et  Gondulfe  ;  un  abbé  de 
Caen,  Guillaume-Bonne-Ame;  saint  Yves,  évê- 
que de  Chartres;  le  pape  Alexandre  II,  et  enfin 
saint  Anselme,  de  Cantorbéry.  Entre  les  écolâ- 
tres  qui  étaient  venus  l'entendre,  il  en  avait  dis- 
tingué un,  Bérenger  de  Tours,  qui  se  faisait  re- 
marquer par  la  subtilité  et  l'indépendance  de  sa 
pensée.  Comme  il  s'entretenait  volontiers  avec 
lui  de  questions  théologiques ,  Béranger  s'était 
cru  autorisé  à  lui  dédier  un  livre  sur  le  mystère 
de  l'Eucharistie,  où  il  niait  sans  déguisement  la 
présence  réelle.  Appelé  à  s'expliquer  sur  l'hé- 
résie qu'on  avait  en  quelque  sorte  mise  sous  son 
patronage,  Lanfranc  la  réfuta,  en  1050,  à  Rome 
d'abord,  et  ensuite  au  concile  de  Verceil,  avec 
tant  d'éloquence  et  de  savoir,  qu'on  s'habitua 
dès  lors  à  le  regarder  comme  un  des  plus  fermes 
soutiens  de  l'orthodoxie.  C'était  ainsi  qu'il  prélu- 
dait au  rôle  important  qui  lui  était  réservé.  Un 
autre  incident,  qui  faillit  aussi  lui  être  funeste, 
fut  pour  lui  l'occasion  d'un  autre  triomphe. 
Guillaume  le  Bâtard  avait,  en  1053,  pour  mettre 
un  terme  aux  querelles  qui  divisaient  la  Nor- 
mandie et  les  Flandres,  épousé,  contrairement 
aux  canons  de  l'Église ,  la  fille  de  Baudoin  le 
Pieux,  sa  cousine  Mathilde.  Rome  s'était  scan- 
dalisée de  cette  union,  et  les  foudres  de  l'ex- 
communication avaient  frappé  les  conjoints. 
Lanfranc  n'avait  pas  craint  de  se  prononcer 
contre  un  mariage  que  les  conciles  prohibaient. 
Le  duc  l'apprend,  et,  dans  un  accès  de  colère,  il 
ordonne  que  l'indiscret  prieur  soit  chassé  de  la 
Normandie.  Mais  avant  de  partir  pour  l'exil  il 
ose  se  présenter  devant  le  prince  irrité,  plaide 
sa  cause  et  la  gagne.  Guillaume,  qui  se  connais- 
sait en  hommes ,  avait  bien  vite  compris  tout  le 
parti  qu'il  pourrait  tirer,  s'il  se  l'appropriait,  de 
ce  talent  qui  l'avait  désarmé,  et,  après  l'avoir 
lié  par  ses  faveurs  et  fasciné  par  ses  caresses,  il 
le  mit  sans  délai  à  l'épreuve  ;  ce  sera  lui  qui 
sera  chargé  de  réconcilier  la  papauté  avec  cette 
alliance  qu'il  avait  lui-même  si  formellement 
condamnée.  Nouveau  succès  pour  l'habile  né- 
gociateur !  Nicolas  II  consent  à  fermer  les  yeux 


871  LANFRANC 

sur  cette  infraction  à  la  règJe;  les  époux  en 
seront  quittes  pour  élever  à  Caen  les  magnifiques 
abbayes  de  Saint-Étienne  et  de  la  Sainte-Trinité, 
dont  nous  admirous  encore  aujourd'hui  les  im- 
posantes constructions.  A  partir  de  ce  moment, 
ï^anfrauc  devint  le  conseil  le  plus  intime  du 
maître  qu'il  avait  si  bien  servi.  En  1066,  quand  le 
duc  quittait  la  Normandie  pour  conquérir  un 
trône,  Lanfranc  fut  appelé  à  Caen ,  où  il  acheva 
le  monastère  de  Saint-Étienne,  dont  il  devint  le 
premier  abbé  et  qu'il  dota  d'une  école  qui  riva- 
lisait bientôt  avec  celle  du  Bec. 

JLn  1067 ,  l'archevêque  de  Rouen,  Maurille, 
étant  mort,  le  peuple  et  le  clergé  désignèrent  tout 
d'une  voix  l'abbé  de  Caen  pour  son  successeur. 
Lanfranc  refusa  cet  honorable  fardeau  avec  une 
opiniâtreté  que  ne  purent  vaincre  les  plus  vives 
instances,  et  il  parvint  à  faire  nommer  à  sa 
place  un  de  ses  anciens  amis,  Jean  d'Avranches, 
pour  lequel  il  alla  demander  à  Rome  le  pallium, 
qu'il  en  rapporta  eu  1069.  Mais  il  n'échappait  à 
rarchevêché  de  Rouen  que  pour  être  porté  à  un 
siège  plus  éminent  encore. 

La  victoire  d'Hastings  avait  livré  l'Angle- 
terre à  Guillaume  ;  le  duc  s'était  fait  roi.  Cette 
royauté  que  les  armes  avaient  fondée,  il  ne  pou- 
vait l'affermir  que  par  de  fortes  institutions. 
Aussi  profond  politique  qu'intrépide  guerrier,  il 


372 

fier  prétendant  courba  la  tête,  et  l'Angleterre 
religieuse  tout  entière  reconnut  l'archevêque 
de  Cantorbéry  pour  son  prince  spirituel;  ce 
triomphe  équivalait  pour  Lanfranc  à  la  victoire 
remportée  sur  Harold  par  son  maître  :  c'était  sa 
bataille  d'Hastings.  Une  fois  en  possession  du 
jjouvoir  absolu,  il  plaça  à  la  tête  des  évêchés  et 
des  maisons  religieuses ,  tantôt  par  la  persua- 
sion, tantôt  de  vive  force,  les  hommes  sur  les- 
quels Guillaume  pouvait  compter,  conciliant,  au- 
tant que  possible,  les  intérêts  de  la  royauté  et 
ceux  de  l'Église;  mais,  avant  toute  chose,  ser- 
vant le  maître  temporel  qu'il  s'était  donné  et 
dont  il  fut  toute  sa  vie  l'instrument  non  moins 
intelligent  que  docile. 

Cependant  il  rétablissait  dans  les-  monastères 
la  discipline  qui  s'y  était  scandaleusement  relâ- 
chée ;  il  obligeait  les  prélats  à  donner  aux  popu- 
lations de  salutaires  exemples  ;  grâce  à  sa  fer- 
meté, le  célibat  des  prêtres  s'établissait  défini- 
tivement ;  d'odieuses  coutumes,  celles  entre  au- 
tres d'échanger  sa  femme  légitiihe  contre  celle  i 
d'autrui,  étaient  abolies;  il  relevait  la  cathédrale  i 
de  Cantorbéry,  reconstruisait  l'abbaye  de  Saint- 
Alban  ,  couvrait  l'Angleterre  d'hôpitaux  et  de 
léproseries.  L'abbaye  du  Bec  n'était  pas  oubliée 
au  milieu  de  ses  générosités,  et  nous  le  voyons 
consacrer  lui-même,  en  1077,  sa  modeste  église, 


comprit  bien  qu'une  organisation  puissante,  dont   j  dont  il  avait,  dix  ans  auparavant,  en  sa  qualité 


il  serait  le  centre,  t;arantirait  seule  à  son  œuvre 
ce  qu'il  avait  tant  à  cœur  de  lui  donner,  la 
durée;  et  comme  il  était  maître  absolu  de  ses 
comtes  et  de  ses  barons,  qui  avaient  d'ailleurs 
le  même  intérêt  que  lui  à  contenir  la  nation 
vaincue,  il  ne  lui  restait  qu'à  s'assurer  à  un 
égal  degré  le  concours  de  l'Église.  C'est  ici  sur- 
Itout  que  Lanfranc  le  pouvait  utilement  seconder. 
L'archevêque  de  Cantorbéry,  Stigand,  Saxon  de 
sang  et  de  cœur,  avait  osé  marcher  en  armes  à 
la  rencontre  du  prince  normand,  et  après  la  vic- 
toire il  s'était  refusé  à  le  sacrer  roi.  Guillaume 
le  fit  déposer  au  concile  de  Winchester,  et 
Lanfranc ,  nommé  à  sa  place ,  rapporta  bientôt 
de  Rome  le  pallium  qu'il  était  allé  y  recevoir  des 
mains  de  son  ancien  élève,  le  pape  Alexandre  II. 
Aussitôt  il  se  mit  à  l'œuvre.  Avant  tout  il  avait 
à  soumettre  un  puissant  rival ,  l'archevêque 
d'York,  Thomas,  qui  se  prétendait  l'égal,  dans 
la  hiérarchie  religieuse,  de  l'archevêque  de  Can- 
torbéry. Lanfranc ,  par  son  éloquence  et  ses 
subtilités,  s'efforça  d'abord  d'établir,  à  Rome  et 
en  Angleterre,  dans  des  assemblées  solennelles 
tenues  à  ce  sujet,  le  prétendu  droit  de  son  siège 
à  la  suprématie  :  mais  la  question  ainsi  prise  ne 
se  décidant  pas,  on  eut  recours  à  une  argu- 
mentation plus  efficace;  on  signifia  au  prélat 
récalcitrant  que  s'il  ne  se  rendait  point,  on  se 
verrait  à  regret,  dans  l'intérêt  de  la  paix  et  de 
l'unité  du  royaume,  contraint  de  confisquer  ses 
biens  et  de  l'expulser  lui  et  les  siens  de  la  Nor- 
mandie et  de  la  Grande-Bretagne.  Abattu  par 
ces  menaces,  que  l'effet  aurait  suivies  de  près,  le 


de  prieur,  posé  la  seconde  pierre.  Ce  n'était  pas 
seulement  comme  primat  et  dans  les  affaires  de 
l'Église  qu'il  secondait  admirablement  son   roi; 
Guillaume  avait  en  lui,  pour  toutes  les  branches' 
de  sa  vaste  administration,  une  confiasice  sansi 
bornes,  et  lorsqu'il  lui  arrivait  de  quitter  l'An- 
gleterre, c'était  à  son  cher  primat  que  ses  pou- 
voirs étaient  remis.  Tant  que  Guillaume  vécut,  : 
Lanfranc  fit,   sous  sa  haute  direction,  tout  le 
bien  qu'on  pouvait  attendre  de  son  âme  géné- 
reuse et   de  son  dévouement  à  la  cause  à  la- 
quelle il  était  lié.  Mais  lotsqu'en  1087  le  puis- 
sant monarque  alla  rendre  ses  comptes,  comme 
on  disait  alors,  à  V échiquier  suprême,  l'état  deçi 
choses  ne  tarda  pas   à  changer.   Guillaume  1^1 
Roux  ,  que  Lanfranc  avait  lui-même  sacré  roj  : 
pour  obéir  aux  dernières  volontés  du  Conque? 
rant,  s'engagea  dans  des  routes  où  le  sage  coa- 1 
seiller  ne  pouvait  le  suivre;  voyant  ses  aver-t 
tissements   méconnus,   ses  avis    méprisés,  jïi 
tomba  dans  une  profonde  tristesse,  qui  sang  i 
doute  abrégea  ses  jours.  Attaqué  d'une  fièvre 
ardente,  qu'il  ne  voulut  pas  soigner,  il  mourut, 
comme  il  en  avait  souvent  exprimé  le  désir,  saii§ 
avoir  un  instant  perdu  ni  la  mémoire  ni  la  pa- 
role, âgé  d'environ  quatre-vingt-quatre  ans.  Sa 
perte  fut  vivement   ressentie,  universellemeiit 
pleurée;  il  emporta  surtout  au  tombeau  les  re- 
grets de  l'Église.  Quoiqu'il  n'ait  pas  été  formel- 
lement canonisé,   quelques  hagiographes  l'ont 
placé  au  rang  des  saints ,  et  les  Bollandistes 
ont  inscrit  son  nom  dans  leur  livre. 
Lanfranc  ne  fut  pas  seulement  un  grand  ar-.j 


373 


chevêque,  un  habile  politique,  ce  fut  encore 
pour  son  époque  un  remarquable  écrivain.  Nous 
avons  trois  éditions  de  ses  œuvres;  la  première 
et  la  meilleure,  eu  un  volume  in-fol.,  fut  publié 
à  Paris,  en  1048,  par  les  soins  d'un  savant  bé- 
néilictin ,  doni  Luc  d'Achery  ;  la  seconde ,  qui 
n'est  guère  qu'une  réimpression  de  la  première, 
fait  partie  du  XVIII"  volume  de  la  Bibliothèque 
des  Pères  que  Margarin  de  La  Bique  éditait  à 
Lyon  en  1677;  la  troisième,  en  deux  volumes 
in-8°,  est  du  docteur  Giles  ;  elle  a  paru  à  Paris  et 
à  Ovford  en  1844.  Ce  que  ces  publications  con- 
tiennent de  plus  important,  c'est  sans  contredit 
un  Livre  sur  le  Corps  et  le  Sang  de  Notre 
Seigneur,  où  Lanfranc  a  reproduit  les  argu- 
ments sous  lesquels  il  avait  acrablé  l'hérésie  de 
Bérenger,  et  une  soixantaine  de  Lettres  adres- 
sées à  toutes  les  notabilités  du  temps,  qui  jet- 
tent une  vive  lumière  sur  l'état  moral  et  reli- 
gieux, à  cett« époque,  de  l'Angleterre  et  même  de 
la  chrétienté.  N'oublions  pas  ce  qu'il  fit  pour  la 
culture  iuteilectiiella  des  populations  qui  lui 
étaient  confiées,  en  ouvrant  partout  des  écoles, 
en  multipliant  les  bons  livres,  qu'il  faisait  trans- 
crire à  grands  frais  et  que  quelquefois  même  il 
transcrivait  de  sa  maia;ses  biographes  mention- 
nent entres  autres  une  copie,  signée  de  lui,  des 
Dix  Collations  de  Jean  Cassien ,  que  l'on  con- 
serve encore  aujourd'hui  à  la  bibliothèque  pu- 
blique d'Alençon.  A.  Charma. 

Bistmre  littéraire  delà  France,  t.  VIII,  p  260  305.  — 
BBcb,  Sevue  de  Rouen  ;  iS%l .  1«'  semestre,  p.  83  96.  — 
B.  Haiiréau,  De  la  Philosophie  scolastique,  l.  I,  p.  168- 
170.  —  A.  Charma.  Lanfranc,  notice  biographique,  lit- 
téraire et  philosophique,  Paris,  in-S";  ISSO. 

L.AiVFRA?i€  ciGALA,  troubadour  génois,  né  à 
Gênes,  aucommenceinent  du  treizième  siècle. 
Crescimbeni  prétend  avoir  vu  dans  cette  ville,  chez 
le  vicomte  Cigala,  un  portrait  de  notre  personnage 
portant  cette  inscription  :  Layifrancus  Cigala, 
consul,  anno  1248,  jurisconsultus,  poeta  egre- 
gius.  Nous  ne  savons  si  Lanfranc  exerça  re-elle- 
i»ent  dans  la  république  de  Gênes  les  hautes 
fonctions  de  consul  ;  mais  le  reste  de  l'inscrip- 
tion est  parfaitement  d'accord  avec  ce  que  dit 
de  lui  un  biographe  des  troubadours  :  «  Il  ap- 
partenait à  une  famille  noble;  il  étudia  les 
'  lois,  et  fut  juge  et  cavalier  ;  mais  il  vécut  plu- 
tôt en  magistrat  qu'en  militaire  (1).  11  était 
galant  et  faisait  volontiers  des  chants  reli- 
gieux (2).  »  Lui-même  s'est  peint  dans  une  de 
ses  pièces  d'une  manière  bien  peu  flatteuse. 
Daus  un  accès  de  dévotion,  il  s'accuse  d'avoir 
(te  menteur,  envieux,  convoiteux  du  bien  d'au- 
trui,  voleur,  médisant,  rusé  et  fourbe  quand  ii 
a  trouvé  quelqu'un  à  tromper.  Nous  espérons 
que  dans  cette  confession,  par  trop  sincère ,  il 
faut  faire  la  part  de  l'amplification  poétique,  et 
nous  sommes  d'autant  plus  disposé  à  l'exonérer 
de  quelques-uns  des  vices  dont  il  se  charge  que 


\X)  Et  fo  juges  e  cavalliers,  mas  vida  de  juge   me- 
nava. 
(8)  Era  grans  amadors,  et  trobava  volontiers  de  Dieu. 


LANFRANC  374 

plusieurs  de  ses  chansons  respirent  une  iiaorale 
assez  pure.  ïl  parait  surtout  avoir  été  très-dé- 
licat en  amour,  si  nous  en  jugeons  par  un  tenson 
qu'il  soutint  contre  une  femme  poète,  dame 
Guilhelma,  et  où  il  se  fit  l'avocat  du  sentiment 
platonique  et  dudévouement  désintéressé, tan  lis 
que  son  adversaire,  malgré  son  sexe,  pi'ofessait 
des  théories  passablement  grossières.  Ou  peut 
supposer  d'ailleurs  dans  sa  vie  deux  époques 
distinctes  et  faire  dater  sa  conversion  de  son 
mariage.  11  épousa  en  effet  une  demoiselle  de  la 
maison  génoise  de  Cibo,  qu'il  célébra  dans  plu- 
sieurs de  ses  poésies  sous  le  nom  de  Na  (abrëv. 
pour  domina)  Belris.  Elle  mourut  avant  lui,  et 
il  déplora  sa  fin  prématurée  d'une  manière  tou- 
chante. Doué,  comme  on  voit,  d'une  certaine 
sensibilité  ,  et  fort  susceptible  d'enthousiasme, 
il  se  passionna  pour  les  croisades,  sans  y  prendre 
part  il  est  vrai ,  et  adressa  de  vives  remon- 
trances aux  princes  qui  oubliaient  Dieu  «  dans  son 
besoin  «.c'est-à-dire  qui  négligeaient  de  prendre 
la  croix.  11  exhorta  en  particulier  le  roi  d'An- 
gleterre et  le  comte  de  Provence  d'accompa- 
gner saint  Louis  quand  celui-ci  partit  en  1248 
pour  l'Egypte.  Malgré  son  zèle  pour  la  religion, 
il  était  ardent  gibelin ,  et  l'on  ne  peut  rien  lire 
de  plus  énergique  que  ses  satires  contre  le 
marquis  de  Montferrat,  Boniface  III,  qui  avait 
abandonné  la  cause  de  Frédéric  II.  Il  l'accuse 
d'être  avide  et  sans  foi  ,  et  si  changeant  qu'on 
le  croirait  tils  ou  frère  du  vent.  Pourquoi  l'ap- 
pelle-t-on  £o«i/«fe,  puisqu'il  n'a  jamais  su  faire 
en  sa  vie  une  bonne  action? 


Ans  crei  que  fo  fils  o  traire  de  ven , 
Tan  cambia  leu  son  cor  e  son  talen  ! 
En  BoiiUiiz  et  clariialz  faisuiuen, 
Car  anc  bon  fdlg  non  sap  lar  a  savia.  » 

Ce  dernier  jeu  de  mots  est  assurément  de 
fort  mauvais  goût,  et  peu  conforme  à  l'étymo- 
logie  ;  mais  on  voit  que  les  pièces  d  e  Lanfranc 
Cigala  (  ainsi  que  celle  d'un  grand  nombre  de 
troubadours  )  pourraient  offrir  un  véritable  in- 
térêt historique.  A  cette  époque  où  la  presse 
n'était  pas  encore  née,  les  chanson?  des  poètes 
tenaient  lieu  de  pamphlets  politiques  et  de 
journaux  ;  et  c'est  chez  eux  plutôt  que  dans 
les  chroniqueurs  qu'il  faudrait  chercher  l'ex- 
pression passionnée ,  mais  fidèle,  de  l'opinion 
publique  au  moyen  âge.  Lanfranc,  suivant  les 
uns ,  mourut  tranquillement  dans  sa  ville  na- 
tale; suivant  Nostradamus,  il  périt  assassiné  en 
1278,  à  son  retour  d'un  voyage  en  Provence.  Il 
à.  été  souvent  cité  avec  éloge  par  les  écrivains 
des  siècles  suivants,  et  le  cardmal  Bembo  met 
au  nombre  des  titres  de  gloire  de  sa  patrie 
l'honneur  d'avoir  donné  le  jour  à  Lanfranc  Ci- 
gala. Nous  possédons  un  assez  grand  nombre 
de  ses  chansons  à  la  Bibliothèque  impériale 
dans  le  manuscrit  7225,  et  dont  quelques-unes 
ont  été  publiées  par  Raynouard  dans  son  Choix 
des  Poésies  des  Troubadours  ;PeLvis,  1816-1821. 
Alexaijdre  Pey. 


375 


LANFRAIîC  —  LANFRANCO 


37G 


éméricj  Durai,  Histoire  Littéraire  de  la  France, 
t.  XIX.  —  L'abbé  Mfllot .  Hist.  des  Troubadours,  t.  II. 

LANFRANco  (  ***  ) ,  architecte  italien,  com- 
mença en  1099  et  dirigea  jusqu'en  1106  la  cons- 
truction (ie  la  cathédrâle  de  Modène,  qui  après 
sa  mort  fut  achevée  sur  ses  dessins.  Ce  monu- 
ment, l'un  des  premiers  qui  annoncèrent  l'au- 
rore de  la  renaissance  italienne,  mérite  à  ce  titre 
d'attirer  l'attention  de  tous  ceux  qui  aiment  à 
étudier  l'histoire  de  l'art.  E.  B— n. 

Carlo  Borghi,  Il  Duomo  ossia  cenni  storici  délia  cathé- 
drale di  lilodena.  —  Campori,  Gli  Artisti  negli  Stati 
Estensi.  —  Sossaj,  Modena  descritta. 

LANFRANCO  OU  LANFRANC  ,  médecin  et 
chirurgien  italien  ,  né  à  Milan ,  vivait  dans  la 
seconde  moitié  du  treizième  siècle.  Sa  vie  est 
très-peu  connue,  et  on  ignore  la  date  de  sa  nais- 
sance et  celle  de  sa  mort.  Les  rares  détails  que 
l'on  possède  sur  sa  carrière  scientifique  se  trou- 
vent dans  ses  ouvrages.  Disciple  de  Guillaume 
de  Saiiceto,  il  pratiquait  et  enseignait  avec  éclat 
la  médecine  et  la  chirurgie  lorsqu'il  fut  victime 
des  dissensions  intestines  de  sa  patrie.  Chassé 
de  Milan  par  ordre  de  Matteo  Visconti,  il  se 
rendit  à  Lyon,  où  il  s'arrêta  quelque  temps 
pour  soigner  l'éducation  de  son  fils.  Il  voyagea 
ensuite  dans  diverses  provinces  de  la  France  ; 
mais  il  ne  paraît  pas  qu'il  ait  professé  à  Mont- 
pellier. Son  compatriote  Passavant,  doyen  de  la 
faculté  de  Paris,  et  Pitard,  premier  chirurgien  de 
Philippe  le  Bel,  l'appelèrent  à  Paris  en  1295.  Il 
pratiqua  devant  eux  plusieurs  grandes  opéra- 
tions, et  fut  très-satisfait  de  l'accueil  qu'il  reçut. 
Les  élèves  vinrent  en  foule  s'instruire  à  son 
école,  et  les  maîtres  de  la  faculté  lui  donnèrent 
des  marques  si  flatteuses  d'estime  et  d'amitié 
que,  selon  ses  propres  expressions,  trop  modestes 
sans  doute,  «  il  n'était  pas  digne  de  la  centième 
partie  de  celles  dont  on  l'honora  ».  11  trouva  la 
chirurgie  dans  le  plus  triste  état.  Il  se  plaint 
sans  cesse  de  l'ignorance  grossière  de  ceux  qui 
exerçaient  cet  art  à  Paris.  Ils  étaient,  si  on  l'en 
croit,  illettrés,  presque  dénués  de  toute  notion 
anatomique,  et  réduits  à  une  pratique  pure- 
ment mécanique;  simples  barbiers  auxquels  il 
fallait  pourtant  avoir  recours  pour  des  opéra- 
tions chirurgicales,  dont  eux  seuls  avaient 
quelque  habitude.  D'importantes  réformes,  con- 
seillées par  Lanfranc  et  exécutées  par  Pitard, 
renouvelèrent  l'enseignement  et  la  pratique  de 
la  chirurgie.  Lanfranc  contribua  encore  active- 
ment à  cette  rénovation  par  deux  traités  (  Chi- 
rurgia  magna  etparva)  qui  devinrent  le  ma- 
nuel des  chirurgiens.  «  Cet  ouvrage  (  CM- 
rurgia  magna  )  ,  dit  la  Biographie  Médicale, 
joint  aux  leçons  et  aux  exemples  de  Lanfranco, 
tira  l'art  chirurgical  de  l'état  de  barbarie  dans 
lequel  il  languissait  en  France.  On  doit  surtout 
remarquer  la  sage  méthode  de  l'auteur,  qui  à 
la  suite  de  chaque  blessure  donne  l'anatomie  de 
l'organe  qu'elle  atteint.  Il  indique  les  signes 
auxquels  on  peut  distinguer  une  hémorragie  ar- 
térielle d'une  hémorragie  veineuse  ;  mais  il  ne 


conseille  encore  d'autre  moyen  contre  la  pre- 
mière que  de  tenir  le  doigt  pendant  une  heure 
sur  l'ouverture  du  vaisseau ,  pour  donner  au 
sang  le  temps  de  former  un  caillot  ;  cependant, 
si  ce  moyen,  aidé  de  l'application  de  substances 
astringentes  et  styptiques,  ne  suffit  pas,  il  pro- 
pose la  ligature,  que  lui-même  dit  avoir  prati- 
quée avec  succès  dans  un  cas  de  blessure  à  l'ar- 
tère brachiale.  Il  expose  fort  bien  le  danger  des 
tentes,  dont  on  faisait  un  si  grand  abus  de  son 
temps  dans  le  pansement  des  plaies,  et  dont  l'u- 
sage dura  encore  plus  de  quatre  siècles,  malgré 
la  sagesse  de  ses  avis.  Les  règles  qu'il  trace 
pour  le  traitement  des  plaies  simples  et  des 
plaies  envenimées  sont  excellentes  ;  il  veut  qu'on 
réunisse  les  premières  par  première  intention, 
et  qu'on  cautérise  les  secondes  après  les  avoir 
ventousées.  Le  tableau  qu'il  trace  des  signes  de 
la  gravelle  et  de  la  pierre  est  fort  exact  ;  il  in- 
dique les  signes  auxquels  on  peut  distinguer  la 
colique  néphrétique  de  toute  autre  colique  ,  et 
prévient  qu'on  rencontresouvent  des  graviers  dans 
les  fièvres  ardentes ,  les  fièvres  tierces,  les  fiè- 
vres hémitritées  et  quelques  autres  maladies,  sans 
qu'on  puisse  conclure  de  là  que  le  sujet  est  at- 
teint de  la  pierre ,  observation  dont  le  temps  a 
confirmé  l'exactitude  et  la  justesse.  Cependant, 
au  milieu  des  bonnes  idées  que  Lanfranco  ré- 
pandit, on  est  surpris  de  le  voir  rejeter  le  tré- 
pan et  condamner  absolument  la  lithotomie, 
sous  le  vain  prétexte  que  l'extraction  des  cal- 
culs urinaires  rend  les  hommes  impuissants.» 
Suivant  Éloy ,  Lanfranc  a  puisé  dans  les  ou- 
vrages de  Guillaume  de  Saiiceto  ce  qu'il  y  a  de 
mieux  dans  les  siens.  «  Il  ne  nomme  point, 
dit-il,  ce  grand  maître,  dont  il  adopte  les  maxi- 
mes de  préférence  à  celles  de  tout  autre  ;  mais 
c'était  la  coutume  des  écrivains  de  ce  temps-là 
de  se  copier  mutuellement  sans  en  dire  mot.  « 
On  a  de  Lanfranc  :  Chirurgia  magna  et  parva  ; 
Venise,  1490,  1499,  1519,  1546,  in-folio  ;  1553, 
in-fol.  avec  les  ouvrages  de  Gui  de  Chauliac, 
de  Roger,  de  Bertaglia,  de  Roland.  Le  traité  de 
Lanfranc  a  été  traduit  en  français  par  maître 
Guillaume  Yvoire,  Lyon,  1490,  in-4°,  et  en  alle- 
mand par  Othon  Brunfels,  Francfort,  1566, 
in-S".  Montfaucon  cite  comme  existant  en  ma- 
nuscrit, un  Traité  de  Chirurgie  de  Lanfranc 
de  Milan,  écrit  à  Montpellier  au  mois  d'a- 
vril l'an  1434.  L'auteur  de  ce  traité  est  proba- 
blement fils  du  précédent.  Z. 

Van  der  l.indea,  DeScriptis  Medicis.  —  Barth.  Cur- 
tius.  De  Medicis  scriptoribus  Mediolanensibus.  —  Man- 
get,  Bibliotheca  Scriptorum  Medicorum,  t.  III,  p.  23.  — 
Montfaucon ,  Bibliotheca  Bibliothecarum,  t.  I,  p.  96  ; 
t.  II,  p.  960.  —  Portai,  Histoire  de  V Anatomie  et  de  la 
Chirurgie,  1. 1, 199-201.  —  Éloy,  Dictionnaire  historique 
de  la  Médecine.  —  Biographie  Médicale.  —  Argelati,  Bi- 
bliotheca Mediolanensis. 

LANFRANCO,  LANFRANC  OU  LANFRANCHI 
{Giovanni),  peintre  de  l'école  de  Parme,  né 
dans  cette  ville,  en  1581,  mort  à  Rome,  en  1647. 
Issu  d'une  famille  pauvre ,  il  avait  dû  entrer 
comme  page  au  service  du  comte  Orazio  Scott 


377 

de  Plaisance.  Entraîné  par  sa  vocation ,  il  con- 
sacrait tous  ses  loisirs  à  dessiner  sur  le  pa- 
pier et  souvent  même  sur  la  muraille.  Son  maître, 
ayant  vu  une  grande  frise  qu'il  avait  dessinée 
tout  entière  au  charbon  dans  une  des  salles  du 
palais,  fut  étonné  des  dispositions  qu'il  reconnut 
dans  cet  enfant,  et  résolut  de  les  seconder.  Au- 
gustin Carrache  travaillait  alors  à  Ferrare  pour 
le  duc  Rannuccio;  Lanfranc  lui  fut  confié.  Ce 
fut  sous  la  direction  de  ce  maître  qu'il  peignit 
son  premier  tableau,  une  madone,  qui  fut  placée 
dans  l'église  Saint-Augustin.  Il  étudia  aussi  les 
œuvres  du  Corrége,  qu'il  copia  pour  la  plupart. 
Augustin  étant  mort,  Lanfranc,  âgé  de  vingt  ans, 
alla  à  Bologne,  où  il  travailla  quelque  temps  dans 
l'atelier  de  Louis  Carrache;  mais  bientôt  il  partit 
pour  Rome,  où  il  devint  le  disciple  d'Annibal,  qui 
peignait  les  merveilleuses  fresques  de  la  galerie 
Farnèse ,  travail  dans  lequel  il  fut  aidé  par  son 
nouvel  élève.  Ce  fut  pendant  cette  période  de  sa 
vie  qu'en  compagnie  de  Sisto  Badelocchio,  il 
grava  à  l'eau-forte  une  partie  des  loges  de  Ra- 
phaël ,  qu'ils  dédièrent  à  Annibal ,  leur  maître 
icommun.  Grâce  aux  conseils  de  ce  grand  artiste, 
à  l'étude  des  chefs-d'œuvre  de  Michel-Ange  et 
de  Raphaël,  Lanfranc  se  forma  une  manière 
qui  tient  à  la  fois  des  Carrache  pour  le  dessin, 
iu  Corrége  pour  la  composition,  de  Michel-Ange 
pour  la  hardiesse  et  le  grandiose,  de  Raphaël 
pour  l'expression  des  têtes  et  la  noblesse  des 
poses  et  des  mouvements.  Ce  n'était  point  encore 
issez  pour  son  génie,  qui  ne  pouvait  se  renfermer 
ians  la  simple  imitation  même  des  principales 
:jualités  des  grands  maîtres ,  il  sut  y  joindre  des 
beautés  qui  lui  sont  propres ,  des  masses  d'om- 
bre et  de  lumière  habilement  disposées,  une 
.  science  profonde  des  raccourcis,  des  groupes 
bien  distribués ,  des  draperies  larges ,  nobles  et 
riches.  A  tant  de  mérites  divers  Lanfranc  unis- 

!ait  une  facilité  d'invention  et  une  habileté 
le  main  qui  lui  permirent  d'exécuter,  tant  à 
n'huile  qu'à  fresque,  d'innombrables  travaux  dont 
i'énumération  occuperait  seule  plusieurs  colonnes 
ie  ce  livre;  nous  devrons  donc  nous  borner  à 
signaler  les  principaux.  Après  la  mort  d'Annibal, 
arrivée  en  1609,  Lanfranc  revint  à  Parme,  où  il 
oeignit  pour  le  baptistère  le  Martyre  de  saint 
Octave,  tableau  aujourd'hui  fort  endommagé. 
îL'année  suivante,  nous  le  trouvons  à  Plaisance 
jîxécutant  pour  la  Madonna- délia  -  Piazza  un 
Mïnt  Luc,  tableau  d'autel  à  l'huile  et  une  cou- 
jole  à  fresque,  imitation,  trop  évidente  de  celle  de 
saint-Jean  de  Parme  par  le  Corrége  ;  enfin,  pour 
a  cathédrale,  le  beau  tableau  de  La  Mort  de 
mint  Alexis.  Retourné  à  Rome,  Lanfranc  pei- 
gnit pour  les  religieuses  de  Saint-Joseph  un  ta- 
Dleau  qui  lui  valut  une  grande  réputation  et  de 
lombreuses  commandes ,  telles  que  La  Verge 
ie  Moïse  changée  en  serpent,  et  Le  Sacrifice 
i' Abraham,  frise  exécutée  dans  le  palais  du 
Quirinal  par  ordre  de  Paul  V  et  une  Madone 
1  Sainte-Marie-Majeure,  enfin  la  coupole  de  San 


LANFRANCO  378 

Andrea-della-Valle,  qui  devait  être  son  plus 
beau  titre  de  gloire ,  et  où  il  allait  avoir  à  lutter 
contre  le  voisinage  des  admirables  pendentife, 
peints  déjà  par  le  Dominiquin. 

Voulant  éviter  la  possibilité  d'une  comparaison 
avec  la  coupole  de  la  cathédrale  de  Parme  du 
Corrége,  dont  il  avait  fait  une  esquisse  dans  sa 
jeunesse,  Lanfranc  adopta  un  parti  tout  diffé- 
rent ;  il  consacra  quatre  années  à  ce  grand  tra- 
vail, dans  lequel  il  fut  aidé  par  son  élève  Giovanni- 
Francesco  Mengacci  de  Pesaro.  Il  y  représenta 
par  des  figures  de  proportion  colossale  Saint 
André  montant  au  ciel  au  milieu  d'une  gloire 
inondée  d'une  lumière  splendide  et  éclatante. 
Il  employaà  dessein  une  touche  large,  brutale  ;  on 
dit  même  que  parfois  il  se  servit  d'une  éponge 
au  lieu  de  pinceau.  Ainsi  peinte,  la  coupole  de 
Saint-André  fait  plus  d'effet  vue  à  distance  que 
celle  de  Parme,  qui  a  besoin  d'être  examinée 
de  près  comme  un  tableau.  Lanfranc  disait  que 
pour  ces  grandes  pages  destinées  à  être  vues 
de  loin ,  «  il  fallait  laisser  à  l'air  le  soin  de  les 
peindre  ».  Ce  procédé,  qu'il  appliqua  aussi  à 
Naples  à  la  coupole  et  aux  pendentifs  du  Giesù- 
Nuovo  ,  ainsi  qu'à  la  coupole  du  trésor  de  Saint- 
Janvier,  qu'avait  commencée  le  Dominiquin ,  eut 
partout  un  égal  succès,  et  depuis  a  inspiré  pres- 
que tous  les  peintres  de  ces  vastes  compositions 
appelées  en  Italie  opère  macchinose.  Lorsqu'il 
le  voulait,  Lanfranc  savait  aussi  ne  le  céder  à 
personne  pour  la  délicatesse  et  le  fini  du  tra- 
vail ;  en  ce  genre  on  admire  surtout  la  Mort  de 
la  Vierge  de  Macerata,  le  Saint  Roch  et  saint 
Conrad  de  Plaisance. 

Citons  encore  parmi  les  autres  ouvrages  de 
Lanfranc,  qui  se  trouvent  à  Rome,  ua  Saint 
André  d'Avellino  à  San-Andrea-della-Valle; 
une  Sainte  Thérèse  aux  Capucins;  à  Saint- 
Pierre,  la  voûte  et  les  lunettes  à  fresque  de  la 
chapelle  délia  Pieta,  Saint  Pierre  et  saint 
Jean,,  le  Triomphe  de  la  Croix,  et  des  sujets 
de  la  Passion,  Saint  Pierre  marchant  sur  les 
flots,  tableau  qui,  remplacé  par  sa  copie  en  mo- 
saïque, est  placé  maintenant  dans  la  loge  de  la 
Bénédiction  ;  à  San-Giovanni-de'  Fiorentini,  deux 
tableaux,  le  Christ  au  jardin  des  Olives,  et 
le  Christ  succombant  sous  le  poids  de  la 
croix,  et  aussi  la  coupole  à  fresque  de  la  cha- 
pelle où  ils  sont  placés,  coupole  représentant 
L'Ascension  et  dontle  Christ  est  un  chef-d'œuvre 
de  raccourci;  une  Cléopâtre  au  palais  Sciarra; 
un  Saint  Pierre  à  la  galerie  Chigl  ;  une  Sainte 
Dorothée,  un  Saint  Pierre,  et  Le  Repas  à  Em- 
maûs  au  palais  Doria;  la  Cène  et  Saint  Pierre 
en  prison  au  palais  Colonna  ;  une  Sainte  Cé- 
cile au  palais  Barberini  ;  une  loge  à  fresque  à  la 
villa  Borghèse;  Lucille  surpriseparle  monstre 
marin,  et  La  Chasteté  de  Joseph  au  palais 
Borghèse;  un  plafond  au  palais  Mattei;  La  Jus- 
tice et  la  Paix  au  palais  Costaguti;  Saint 
Pierre  en  prison  au  palais  Corsini,  enfin  la  cou- 
pole de  San-Carlo-ai-Catinari ,  son  dernier  ou- 


379  L4NFRANC0 

vrage  qu'accoiupagnent  encore  des  pendentifs 
du  Dominiquin  ;  enfin,  les  fresques  de  la  cha- 
pelle du  Saint  Sacrement  à  Saint-Paul-hois-les- 
Murs. 

Appelé  à  Naples  par  le  général  des  jésuites, 
Lanfranc  consacra  dix-huit  mois  à  peindre  la 
coupole  de  leur  église  du  Giesù-Nuovo  ou  de  la 
Trinità-Maggiore  ;  malheureusement  cette  cou- 
pole, où  il  avait  retracé  le  paradis,  a  été  détruite 
par  un  tremblement  de  terre  en  1688,  et  il  n'est 
resté  que  les  Évangéiistes  des  pendentifs,  parmi 
lesquels  on  admire  surtout  Saint  Luc  peignant 
la  Vierge,  l'une  des  meilleures  figures  qui  soient 
sorties  du  pinceau  de  Lanfranc.  Il  peignit  en- 
suite à  la  coupole  de  la  chartreuse  de  Saint-Mar- 
tin V Ascension  de  Notre-Seigneur,  et  aux 
côtés  des  fenêtres  les  Douze  Apôtres,  aussi  va- 
riés de  poses  que  d'expression.  Lanfranc  tra- 
vaillait à  l'église  des  Saints-Apôtres,  où  il  a  re- 
présenté au.\  pendentifs  de  la  coupole  les  Évan- 
géiistes, à  la  voûte  de  la  grande  nef  Quatre 
martyrs,  aux  arrière-voussures  des  fenêtres 
une  Suite  de  prophètes;  enfin,  au-dessus  de 
la  porte  principale  La  Piscine  probatique, 
quand  survint  la  mort  du  Dominiquin,  qui  lais- 
sait à  peine  commencée  la  coupole  de  la  chapelle 
du  trésor  de  Saint -Janvier.  Lanfranc,  ici,  comme 
à  San-Andrea-della-Valle,succédaau  Dominiquin, 
né  le  même  jour  que  lui,  et  dont,  malheureuse- 
ment pour  sa  mémoire,  il  avait  été  le  rival  et 
l'un  des  pins  acharnés  persécuteurs,  et  il  faut 
avouer  que  là  il  s'est  montré  inférieur  non-seu- 
lement à  l'illustre  maître  bolonais,  mais  encore 
à  lui-même.  Dans  la  Gloire  de  saint  Janvier, 
la  composition  de  Lanfranc  est  encore  grandiose , 
mais  le  coloris  est  terne  et  sans  vigueur.  Lan- 
franc avait  peint  aussi  quelques  fresques  à  la 
Nunziata;  mais  elles  ont  été  détruites  par  un  in- 
cendie, dans  la  nuit  du  8  février  1757. 

Parmi  ses  ouvrages  conservés  à  JNaples ,  men- 
tionnons au  musée  :  Herminie  couverte  des 
armes  de  Clorinde,  La  Cène  dans  le  dé- 
sert, La  Gloire  de  sainte  Marie  Égyptienne, 
et  La  Vierge  délivrant  une  âme  du  purga- 
toire, l'un  des  chefs-d'œuvre  du  maître.  Lan- 
franc quitta  Naples  en  1646,  chassé  par  la  ré- 
volte de  Masaniello,  et  revint  à  Rome,  où,  avant 
de  mourir,  il  peignit,  comme  nous  l'avons  dit,  la 
coupole  de  San-Carlo-aiCatinari. 

Voici  une  liste  succincte  des  ouvrages  de  Lan- 
franc qui  se  trouvent  dans  les  autres  villes  de 
l'Europe.  Florence  :  Galerie  publique,  La  Ma- 
deleine, Saint  Pierre  repentant,  et  Saint 
Pierre  au  pied  de  la  croix  ;  Galerie  Pitti  : 
L'Assomption  et  Sainte  Marguerite  de  Cor- 
tone  ;  Palais  Capponi  :  une  Tête  de  Vieillard  et 
un  Saint  Pierre  ;  Palais  Corsini  :  Le  Père  éter- 
nel; Palais  Brinuccini  :  une  Tête  de  Saint.  —  Pis- 
toie,  à  l'église  du  Saint-Sacrement  :  une  Bésur- 
rection,  qui  passe  pour  un  des  meilleurs  tableaux 
de  la  ville  ;  et  à  Saint-Philippe-Neri  une  belle 
Flagellation  ; — Parme  :  nn  Tableau  de  tous  les 


—  LAKFRANÎ 


380 


Saints,  ài'église  qui  leur  est  consacrée;  —  Bolo- 
gne, au  musée  :  Le  Christ  mort;  —  Pérouse, 
palais  Cenci  :  La  Présentation  au  temple  et  La 
Dispute  avec  les  Docteurs  ;  à  San-Domenico  :  La 
Vierge,  saint  Dominique  et  sainte  Catherine  de 
Sienne;  au  Palais  Sorbello:  Sninl  François  d'As- 
sises ; —  Paris,  musée  du  Louvre  :  Agar  dans  le 
désert.  Saint  Pierre  en  prière,  Le  Couronne- 
ment de  la  Vierge,  La  Séparation  de  saint 
Pierreetsaint  Paul,  el  Pan  offrant  une  toison 
à  Diane  ;  — Lyon,  au  musée  :  Saint  Conrad  en 
prière;  —  Rouen,  musée  :  Mars  et  Vénus;  — 
Marseille,  musée  :  Le  Père  éternel  ;  —  Londres, 
National-Gallery  :  une  Tête  de  Saint;  Saint 
Pierre  et  saint  Jude.  —  Amsterdam,  m.usee  : 
Saint  Jeu  n-Baptiste^  —  Dresde,  musée  :  Quatre 
Vieillards  et  Saint  Pierre  repentant. — Mu- 
nich,Pinacothèq"je  :  L'Ange  indiquant  la  source 
à  Agar,  Jésus-Christ  au  jardin  des  Oliviers,  h- 
bleau  sur  ardoise,  Muter  do/orosa,  médaillon  sur 
cuivre.  —  Berlin,  musée  :  Saint  André  devant  la 
croix.  —  Darmstadt,  musée  :  La  Charité  ro- 
maine. —  Vienne,  musée  :  Apparition  de  la 
Vierge  aux  saints  ermites  Antoine  et  Paul. 

—  Madrid ,  musée  :  L'Entrée  de  Constantin  à 
Rome ,  Les  Funérailles  de  César,  des  Soldais 
romains  après  une  victoire ,  un  Combat  de 
Gladiateurs,  un  Simulacre  de  combat  naval, 
et  Un  Empereur  romain  consultant  les  arus- 
pices. 

Tant  de  travaux  avaient  valu  à  Lanfranc  une 
des  plus  brillantes  réputations.  Protégé  par 
Paul  V,  créé  chevalier  par  Urbain  VIJI,  com- 
blé d'honneurs  et  de  richesses,  dont  il  jouissait 
largement,  il  mourut  regretté  de  tous  les  amisn 
des  arts;  mais,  il  faut  le  dire,  il  ne  fut  pas  pleurer 
de  ceux  qui  l'avaient  connu  ;  si  son  talent  luia 
avait  valu  de  nombreux  admirateurs,  son  carac-n 
tère  hautain  et  envieux  ne  lui  avait  pas  perraisii 
d'acquérir  un  seul  ami.  Ses  restes  mortels  furentr 
déposés  en  grande  pompe  à  Santa  -  Maria-in-i 
Trastevere. 

Lanfranc  avait  formé  de    nombreux  élèves,- 
dont  le  pins  connu  est  Giacinto  Brandi  ;  il  compta»li 
aussi  parmi  eux  sa  propre  fille,  et  son  frère  Gio- 
vanni Egidio,  qui  fut  habile  sculpteur  en  bois. 
E.  Breton. 

Vasari .  Vite.  —  Orlandi,  Abbeceriario.  —  Baldinucci, 
Notizie.  —  L;inzi,  Storia  Pittorica.  —  TiCozzi,  Diziona- 
rio.  —  y/inckeimann,  Neues  JUaklerlexiknn.  —  Pontenay,^' 
Dictionnaire  des  Artistes.  —  Caalaniii .  Memoric  origiÀ 
nali  di  Belle  Arti.  —  Pistolesi ,  Descrisione  di  Roma.    '  ' 
Bertalu7.7.i ,  Guida  per  osservare  le  Pitture  di  Parma. 

—  Gambini ,  Guida  di  Perugia.  —  Fantozzi ,  Gitida  di 
Fireme. 

LANFRANi  (Jacopo),  sculpteur  et  architecte 
vénitien,  vivait  dans  la  première  moitié  du  qua- 
torzième siècle.  Il  eut  pour  maîtres  Agostino 
et  Agnolo  de  Sienne.  Il  sculpta  en  1338,  pour  le 
cloître  de  Saint- Dominique  de  Bologne,  le  tom- 
beau d'Andréa  Calderini,  et  pour  la  même  église, 
en  1347,  l'élégant  et  précieux  mausolée  de  Tad- 
deo  Pepoli,  ancien  seigneur  de  Bologne  Le  sar- 
cophage est  orné  d'un  bas-relief  qui  a  été  publié 


381 


LAISFRANI  —  LANG 


382 


'icognara,  et  qui  représente  Pepoli  rendant 
■iceà  ses  concitoyens,  qu'il  gouverna  pen- 
dix  années.  Comme    architecte   Lanfrani 
lia    les  dessins  de  l'église  Saint-François  à 
•  niola,  et  il  sculpta  les  portes  de  l^is  de  cet  édi- 
':<::t ,  en  y  gravant  son  nom  et  la  date  de  1343.  Il 
avait  aussi   construit   à  Venise    l'église  Saint- 
Antoine  aujourd'hui  détruite ,  et   qui    avait  été 
ieiminée  en  1349.  E.  B— n. 

iMalvasia,  l'ittitre,  SciiUure  ed  Architetture  di  Bolo- 
:na.  —  Balditmcci,  Noiizie.  —  Oïlandi,  Abbecedario.  — 
:ico',';iar;i,  Storia  delta  SruUura. 

LA.>îFREi>i>'i  (Jacques),  prélat  romain,  nà- 

[iiit  à  Florence,  le  26  octobre  1070,  et  mourut  le 
6  mai  1741.  Auditeur  civil  du  cardinal  Camer- 
inf;iie  en  1722,  il  fut  l'année  suivante  déclaré 
);elat  domestique,  membre  de  la  congrégation 

Sonsistoriale  et  référendaire  de  l'une  et  l'autre 
ignature.  Benoit  XHI  l'ordonna  prêtre  le 
6  mars  1727.  Clément  XIII,  son  compatriote, 
e  nomma,  en  1730,  à  un  canonicat  de  Saint- 
i^ieire.  Après  avoir  été  successivement  secré- 
aire  de  la  congrégation  du  concile,  votant  de  la 
ignature  de  grâce,  dataire  de  la  pénitencerie,  il 
ut,  en  1735,  promu  au  cardinalat  et  aux  évê- 
hés  unis  d'Osimo  et  de  Cingoli  dans  la  marche 
'Ancône .  On  a  de  ce  savant  prélat  ;  Raccolta 

Orazïonï  sinodali  e  pastorali;  Jesi,  1740, 
Q-4°;  —  Lettere  pastoi-aii,  etc.;  Turin,  1768, 

vol.  in-S";  —  Lettere  scritte  alla  ywbiltà  ed 
gli  ArtÏKli ,  \n-%° .  F.-X.  T. 

Guarnacci,  Fitx  et  Gesta  Pontiflcmn  Romanorum  et 
ardinalivm,  tom.  U,  pag.  681.  —  Buonamiei,  De  Claris 
ontiftciarvjn  epistolanim  Scriptnribus,  pag.  286. 

IjXHG  (Matthieu  de  Wellenbourg),  cardinal 
Uemand,  né  en  1468,  mort  en  1540.  Il  devint 
accessivement  grand-prévôt  d'Augsbourg,  évê- 
ue  de  Gurck  et  ensuite  de  Carthagène,  et  car- 
inal  en  1511.  Plus  tard  il  fut  élu  archevêque 
e  Salzbourg.  Une  relation  intéressante  de  ses 
oyages  en  Autriche,  en  Hongrie  et  en  Tyrol,  a 
té  publiée  par  son  chapelain  Bartholinus,  sous 
titre  de  :  Odeporiam  D.  Matthei  cardinalis ; 
ienne,  1515,  in-4°  :  au  sujet  de  cet  ouvrage, 
ès-rare ,  consultez  la  Dresdener  Bibliothek, 
e  Gôtz,  t.  III,  p.  37.  E.  G. 

Veilb  ,  Bibliotheca  Augvstana  (Alphabet  V,  p.  8b-ii6). 
LANG  (Charles-Nicolas),  raéàedn  et  natu- 
aliste  suisse,  né  à  Lucerne,  le  18  février  1670, 
îortle  2  mai  1741.  Après  avoir  étudié  les  belles- 
;tti-es  à  Fribourg  en  Brisgau,  il  alla  suivre  des 
'ours  de  médecine  à  Bologne.  S'étant  fait 
'cevoir  docteur  en  1692, à  Rome,  il  se  rendit 

Paris  pour  compléter  ses  connaissances  en 
lédecine.  Il  s'y  lia  étroitement  avec  le  célèbre 
ournefort.  De  retour  dans  sa  patrie,  il  y  de- 
int,  en  1 709,  médecin  ordinaire  de  Lucerne,  et 
n  1712  membre  du  conseil  de  cette  ville.  On 

de  lui  :  Jdea  historiée  naturalis  Lapidum 
guratorum  Helretiae  ejusque  viciniœ  ;  Lu- 
erne,  1705,  in-4°;  —  Historia  Lapidum  figu- 
atorum  Helvetiae  ejusque  viciniae,  in  qua 
narrantur  omnia  eorum  gênera,  species  et 


vires,  œneisque  iabidis  reprœsentantur ,  et 
adducuntur  eorum  loca  nativa  in  quibus  re- 
periri  soient;  Venise,  1708,  in-4o,  avec  cin- 
quante-trois planches;  cet  ouvrage  fut  suivi  d'un 
complément  publié  en  1735,  s»  Einsiedlen,  in-4", 
sous  le  titre  de  :  Appendix  ad  historiam  La- 
pidum Helvetias  de  miro  quodam  achats  qui 
imaginem  Christi  représentât,  et  de  aiiis 
mirabilibus  achatum  quom  aliorum  Lapidum 
figuris,  quse  quidquam  de  passions  Domini 
exhibent;  —  Tractatus  de  origine  lapidum 
figuratorum,  in  quo  dïsseritur  uti'um  sint 
corpora  marina  a  diluvio  ad  montes  trans- 
lata, vel  an  a  seminis  quodam  e  materia  la- 
pidescente  in  terram  generentur  ;  Lucerne, 
1709,  in-4°;  —  Methodus  nova  Testacea  ma- 
rina in  suas  débitas  classes,  gênera  et  species 
distribuenda;  Lucerne,  1722,  in-4°.  Lang  a 
laissé  en  manuscrit  un  grand  nombre  d'ouvrages 
d'histoire  naturelle  concernant  sou  canton  ;  ces 
manuscrits  sont  conservés  à  la  bibliothèque  de 
Lucerne;  il  avait  recueilli  des  collections  d'ob- 
jets d'histoire  naturelle  également  conservées  à 
Lucerne  ;  il  en  a  donné,  en  dix  volumes  in-4", 
une  description  restée  manuscrite,  ornée  de 
figures  par  son  fils  Béat  Lang.  E.  G. 

Muséum  Helveticum  ,•  particula  XII,  p.  590.  —  Roter- 
mund,  Supplément  à  Jôcher. 

LANG  (Charles-Henri,  chevalier  de),  histo- 
rien allemand,  né  le  7  juillet  1764,  à  Balgheim 
(Souabe  ),  mort  dans  ses  terres  près  d'Anspach,  le 
26  mars  1835.  Il  étudia  le  droit,  passa  quelques 
années  à  Vienne  comme  secrétaire  de  l'ambassade 
de  Wurtemberg,  et  se  fit  d'abord  connaître  par  son 
ouvrage  ;  Historische  Entvnckelung  der  deut- 
schen  Steuerverfassung  (  Développement  his- 
torique de  l'Administration  des  Impôts  en  Alle- 
magne); Berlin,  1793.  Employé  par  le  prince 
de  Hardenberg,  il  assista  au  congrès  de  Rastadt, 
et  obtint  la  place  de  directeurdes  archives  du  gou- 
vernement de  Munich.  Ses  principaux  écrits  sont: 
Historische  Pruefung  des  Alters  der  deutschen 
Landstxnde  (Examen  historique  de  l'Antiquité 
des  États  en  Allemagne);  Gœttingue,  1796;  — 
Neuere  Geschichte  des  Fuerstenthiims  Bai- 
reuth  (Histoire  moderne  de  la  Principauté  de 
Baireuth);  Gœttingue,  1798-1811,  3  vol.;  — 
Annalen  des  Fuersthums  Ansbach  nnter 
preussischer  Êegierung  (Annales  de  la  Princi- 
pauté d'Anspacli  sous  le  gonvernement  prus- 
sien); Francfort,  1806;  —  Baierische  Jahr- 
b'uecher  von  1179  bis  1294  (Annales  delà 
Bavière  de  1179  à  1294);  Âugsbourg,  1S16; 
2^  édit.,  1824;  — Geschichte  der  Jesuiten  in 
Baiern  (Histoire  des  Jésuites  en  Bavière); 
Nuremberg,  1819;  —  GeschicMe  des  bairis- 
chen  Herzogs  Ludivigs  des  Basriigen  (  His- 
toire de  Louis  le  Barbu,  duc  de  Bavière  )  ;  ibi<l., 
1821  ;  —  Regesta  Bavarica,  seu  rerum  Boica- 
rum  autographa;  Munich,  1822-1828,  4  vol.  ; 
—  Baierns  Gauen  nach  den  drei  Volksstœm- 
men  Alemannen,  Franken  und  Bajaren  I  La 


3S3 


LANG  -  LANGBAINE 


38^ 


Bavière  d'après  les  trois  l'aces  :  Alemans , 
Francs  et  Bajars,  qui  la  peuplent)  ;  ibid.,  1830; 
—  Baierns  aile  Grafschaflen  (  Les  anciens 
comtés  de  la  Bavière);  ibid.,  1831.        R.  L. 

Conv.-Lex.  —  Rezatkr.  Jahresb.,  VI,  p.  19. 

LANGAL.LERIE       (    Philippe    DE     GENTILS, 

marquis  de),  militaire  français,  né  à  Lamotte- 
Charente,  en  1656,  mort  à  Vienne,  le  20  juin 
1717.  Issu  d'une  ancienne  famille  de  la  Sain- 
tonge,  il  portait  le  titre  de  premier  baron  de 
Saintonge.  Il  se  consacra  de  bonne  heure  à  la 
carrière  militaire ,  servit  longtemps  en  France, 
où  il  se  distingua  par  son  courage.  En  1672,  au 
passage  du  Rhin,  il  était  major.  Quelques  offi- 
ciers et  soldats  s'étaient  déjà  noyés  en  voulant 
traverser  le  lleuve  ;  mais  Langallerie,  à  la  tête  de 
quarante  maîtres,  se  précipite,  rompt  le  courant 
et  parvient  le  premier  sur  l'autre  rive.  Après 
vingt-deux  campagnes,  il  obtint,  en  1704,  le 
grade  de  lieutenant  général.  Plein  d'ambition,  il 
ne  voulait  pas  reconnaître  de  supérieur.  Voici 
le  portrait  qu'en  traçait  le  duc  de  Noailles 
dans  une  lettre  adressée  à  Louvois  :  «  C'est  un 
homme  enivré  de  lui-même ,  qui  veut  un  com- 
mandement en  chef;  il  n'est  pas  permis  d'avoir 
un  autre  avis  que  le  sien ,  sans  s'exposer  à  ses 
emportements.  Il  se  croit  engagé  à  se  justifier 
à  tout  le  monde  des  mauvaises  démarches  que 
je  fais,  parce  qu'il  prétend  que  tout  roule  sur  lui 
et  que  je  ne  dois  rien  faire  que  ce  qu'il  me  pro- 
pose. »  On  conçoit  qu'avec  un  pareil  caractère 
il  devait  être  peu  aimé  de  ses  supérieurs  ;  peut- 
être  le  desservit-on  près  de  Cliamillart,  mais 
Langallerie,  persuadé  qu'il  n'obtiendrait  rien  de 
lui,  quitta  l'armée,  alors  en  Italie,  et  se  retira  à 
Venise.  C'est  à  cette  époque  (  1706)  qu'il  fit  pa- 
raître un  mémoire  dans  lequel  il  explique  les 
motifs  qui  l'avaient  forcé  à  quitter  la  France. 
Ayant  appris  qu'un  courrier  avait  apporté  un 
ordre  du  ministre  pour  le  faire  enlever,  Langal- 
lerie entra  dans  l'armée  de  l'empereur  comme 
général  de  cavalerie.  Duclos  dit,  dans  ses  3Ié- 
moires,q\ie  tandis  que  ce  général  servait  l'empe- 
reur, oninstruisait  son  procès  en  France  ;  qu'il  fut 
condamné  à  être  pendu,  et  que  ses  biens, d'abord 
confisqués,  furent  ensuite  donnés  à  sa  sœur.  Il 
servit  sous  les  ordres  du  prince  Eugène  au  siège 
de  Turin,  et  pendant  les  campagnes  de  1707  et 
1708  il  donna  de  nombreuses  preuves  de  cou- 
rage; mais,  selon  son  habitude,  il  se  plaignit  de 
son  chef,  l'accusa  de  s'être  attribué  à  tort  les 
succès  dont  l'honneur  et  le  mérite  appartenaient 
à  lui  seul.  Il  se  fit  ainsi  un  grand  nombre  d'en- 
nemis parmi  les  officiers,  et,  voyant  sa  faveur 
décroître,  il  quitta  l'armée  autrichienne,  et  accepta 
du  roi  de  Pologne  le  commandement  delà  cava- 
lerie lithuanienne.  Veuf  depuis  plusieurs  années, 
Langallerie,  en  passant  par  Berlin  en  1709  pour 
se  rendre  à  son  nouveau  poste ,  fit  la  rencontre 
d'une  de  ses  parentes  qui,  étant  luthérienne, 
avait  été  obligée  de  quitter  la  France  ;  il  l'épousa, 
el  l'emmena  en  Pologne.  Mais  bientôt,  trouvant 


que  le  roi  Auguste  ne  tenait  pas  toutes  ses  pro- 
messes, il  quitta  son  service  et  vint  à  Francfort! 
sur-l'Oder.  Là,  n'ayant  rien  à  faire,  il  voulu! 
convertir  sa  femme  au  catholicisme;  mais  loicl 
de  réussir  à  ébranler  sa  foi ,  ce  fut  au  contrainj 
la  sienne  qui  chancela;  il  fit  discuter  devant  lu 
des  théologiens  catholiques  et  des    ministre!! 
protestants ,  et  finit  par  embrasser  le  luthéra-  ! 
nisme,  dont  il  fit  profession  le  17  juillet  1711.  l' 
parcourut  ensuite  Berlin,  Hambourg,  Brème,  et 
sur  l'offre  du  prince  héréditaire  de  Hesse,  vin' 
s'établir  à  Cassel.  Le  landgrave  étant  mort 
Langallerie,  qui   s'ennuyait   d'une  vie  inactive 
s'en  fut  à  La  Haye;  il  se   lia  intimement  avec! 
l'aga  turc  envoyé  près  la  cour  de  Hollande ,  qu 
conclut  avec  lui,  au  nom  du  grand-seigneur,  un 
traité  dont  on  n'a  jamais  bien  connu  les  articles  ' 
mais  dans  lequel  il  paraît  qu'il  s'agissait  d'um 
expédition  que  Langallerie  devait  commander  e 
dont  le  but  était  de  s'emparer  de  l'Italie.  Il  del 
vait,  pour  prix  de  cette  conquête,  avoir  la  sou-' 
veraineté  d'une  des  îles  de  l'archipel.  Quoi  qu*ii 
en  soit,  le  mouvement  qu'il  se  donna,  ses  dé- 
marches, ses  dépenses  éveillèrent  des  soupçons; 
on  le  surveilla ,  et  au  moment  où  il  passait  < 
Stade  pour  aller,  dit-on ,   acheter  à  Hambourg 
des  bâtiments  de  transport,  il  fut  arrêté  pai 
ordre  de  l'empereur,  et  conduit  à  Vienne  ;  dt 
là  on  le  transféra  au  château  de  Raab ,  où  i, 
mourut  de  chagrin,  après  un  an   de  captivité 
L'abbé  Guillot  de  Marsilly,  qui  fit  un  voyage  à  Lai 
Haye  dans  l'espoir  de  ramener  Langallerie  à  li 
religion  catholique,  et  qui  a  publié  en  1719  une 
Relation    historique   et    théologique  de  ce 
voyage,  dit  qu'il  est  mort,  le  18  septembre,  d( 
la  fièvre  chaude,  et  qu'il  donna  dans  ses  derniers 
moments  des  marques  de  repentir  ;  la  date  du 
20  juin  est  plus  généralement  adoptée.  Il  a  paru 
sous  son  nom  :  Manifeste  de  Philippe  de  Gen- 
tils,marquis  de  Langallerie ,  écrit  par  Zmjh 
même  en   1706;  Cologne,   1707,  in-4°;  —  Zû 
Guerre  d'Italie,  ou  mémoires  historiques  { 
politiques  et  galants  du  marquis  de  Langal- 
lerie ;  Cologne,  1709,  2  vol.  in-12;  —  Mémoires 
du  marquis  de  Langallerie ,  histoire  écriteti 
par  lui-même  dans  sa  prison  à  Vienne;  Cô-: 
logne  ou  La  Haye,  1743,  in-8°.  On  prétend  qu£| 
ces  mémoires  apocryphes  sont  une  spéculation,; 
faite  sur  la  réputation  aventureuse  du  marquiS4 
A.  Jadin. 

Le  comte  de  Guiche,  Relation  du  Passage  du  Rhin.  — 
I^mbcrt,  Mémoires,  tom.  IV,  page  126.  —  Mercure  :  hii-* 
toire  et  clef  du  cabinet,  années  1715  et  1716.  —  Zedler,! 
Universal  Lexikon.  —  L'abbé  Guillot  de  Marsilly,  Rela* 
tinn  historique  et  théulopigue  d'un  Voyaye  en  Hollande,' 
—  Duclos,  Mémoires.  —  De  Slsmondi,  Histoire  des  Fran- 
çais, tom.  XXV,  p.  241. 

LANGBAINE  (  Gérard  ),  philologue  angla 
né  à  Bartonkirke,  dans  le  W^estmoreland,  vers 
1608,  mort  à  Oxford,  en  1658.  Après  avoir  reçu 
sa  première  éducation  à  BIcncow,  dans  le  Cum- 
berland  ,  il  entra  comme  serviteur  pauvre  au 
collège  de  la  Reine  à  Oxford.  Plus  tard  il  priti 


385  LANGBAINE 

les  gracies  universitaires,  et  fut  agrégé  au  collège 
de  la  Reiue.  En  1644  il  fut  nommé  gardien  des 
archives  de  l'université,  et  en  1645  prévôt  de 
son  collège.  Il  garda  ces  deux  places  jusqu'à  sa 
mort.  Habile  helléniste  et  twn  controversiste,  il 
fut  estimé  de  beaucoup  d'hommes  savants  de 
son  temps,  entre  autres  d'Usher,  avec  qui  il  en- 
tretint une  correspondance  littéraire.  Sa  pru- 
dente soumission  aux  pouvoirs  établis  le  préserva 
de  toute  persécution  pendant  la  guerre  civile,  et 
lui  permit  de  rendre  d'impoi-tants  services  à 
l'université  et  particulièrement  au  collège  de  la 
Reine.  On  a  de  lui  :  Longinus,  De  grandi  Elo- 
quentia,  sive  sublimi  dicendi  génère,  e  grœco 
latine  redditus  et  notis  illustratus  ;  Oxford, 
1636,  {&:à%,m-9>'^ ;  —  Brief  Discourse  relating 
to  tlie  times  of  Edward  VI,  en  tète  du  traité 
intitulé  :  The  true  Subject  to  the  rebel  de  sir 
John  Cheek;  Oxford,  1641,in-8°  ;  —  Episcopal 
ïnherltanee...  or  the  answers  to  nine  reasons 
of  the  House  of  Gommons  against  the  votes 
-)f  bishops  in  Parliament;  Oxford,  1641, 
in-4"  ;  —  A  Rewiew  ofthe  Covenant  :  wherein 
'lie  original,  g  rounds  ,  means  ,matter,  and 
?>ids  of  it  are  examined;  Oxford,  1644;  Lon- 
Ires,  1661,  in-4°;  —  Answer  of  the  chancel- 
ier, master  and  scholars  ofthe  university  of 
Oxford ,  to  the  pétition ,  articles  of  grie- 
.vance ,  and  reasons  ofthe  citij  of  Oxford; 
bxford;  1649,  in-4°;  —  Qusestiones  pro  more 
solemni  in  Vesperiis  propositx  ann.  1651  ; 
Oxford,  1658,  in-4°;  —  Platonicorum  aliquot, 
■juï  eliamnum  supersunt ,  Authorum  ,  Gree- 
:orum  imprimis,  mox  et  Latinorum,  Syllabus 
'ilphabeticus ;  O\forà,  1667,  in-8°,  à  la  suite 
ie  VAlcini  in  Platonicam  philosophiam  In- 
troduclio,  publiée  par  le  D''  Jean  Fell.  —  The 
iFoundation  of  the  University  of  Oxford,  vnth 
p  catalogue  of  the  principal  founders  and 
spécial  benefactors  of  ail  the  collèges ,  and 
iotal  numbers  of  students,mostly  takenfrom 
he  tables  ofJohn  Scot  of  Cambridge  ;  Londres, 
65l,in-4"; —  The  Foundation  ofthe  Univer- 
ity  of  Cambridge,  with  a  catalogue,  etc.  Il 
avaiila  à  la  Chronologia  sacra  de  Usher,  et 
raduisit  du  français  en  anglais  la  Revue  du 
[Concile  de  Trente;  Oxford,  1638,  in-fol.  On 
trouve  plusieurs  lettres  de  Langbaine  dans  le 
Recueil  des  Lettres  de  Usher,  publié  par  Richard 
Paw.  On  lui  attribue  aussi  A  view  of  the  New 
Directory  ;  and  a  Vindication  of  the  ancient 
Litur'gy  of  the  Church  of  England;  Oxford, 
1645,  in-4°.  Z. 

Wood,  Athenm  Oxonienses,  t.  II.—  Chaufepié,  Nou- 
veau Dictionnaire  Historique.  —  Ctialmers ,  General 
Biortraphical  Dictionary . 

LANGBAINE  (Gérard),  fils  du  précédent,  né 
à  Oxford,  le  15  juillet  (656,  mort  dans  la  même 
ville,  le  23  juin  1692.  Il  fit  ses  études  au  collège 
de  l'université.  «  Quoiqu'il  y  fût  sous  la  con- 
duite d'un  très-bon  maître, dit  Wood,  il  devint, 
par  la  tendresse  aveugle  de  sa  mère  pour  lui , 

NOUV.   BIOGR.    GÉNÉR.    —  T.  XXIK. 


—  LANGDALE 


386 


un  fainéant,  ne  s'oc^fupant  que  de  chevaux;  il 
se  maria,  et  dissipa  une  grande  partie  du  bien 
qu'il  avait  hérité.  Mais,  comme  il  avait  des  ta- 
lents, il  revint  à  lui  par  la  suite ,  et  mena  une 
vie  fort  retirée  près  d'Oxford  ;  pendant  quelques 
années,  il  cultiva  le  génie  naturel  qu'il  avait 
pour  la  poésie  dramatique,  et  écrivit,  sans  y  met- 
tre son  nom,  de  petites  pièces  qu'il  n'a  jamais 
voulu  avouer  ,>>  Plus  tard  il  publia  sous  son 
nom  les  ouvrages  suivants  :  Momus  trium- 
phans;  Londres,  1688,  in-4":  catalogue  de  co- 
médies et  de  tragédies  anglaises  avec  l'indication 
des  plagiats.  Cet  essai  réussit  si  bien  que  l'au- 
teur le  réimprima  immédiatement  sous  le  titre 
de  :  A  new  Catalogue  of  English  Plays,  con- 
taining  comédies,  tragédies,  etc.;  Londres, 
1688,  in-4o;  cette  édition  servit  de  base  à  l'ou- 
vrage, plus  étendu,  de  Langbaine  intitulé  :  An 
Account  of  the  English  dramatick  Poets; 
Oxford,  1691,  in-8".  Ce  livre  est  généralement 
exact ,  et  Langbaine  n'avance  rien  que  sur  de 
bonnes  autorités  ;  mais  il  a  eu  le  tort  de  citer 
les  éditions  qu'il  avait  sous  la  main  ,  au  lieu  de 
remonter  aux  premières  éditions,  ce  qui  intro- 
duit dans  son  catalogue  une  grande  confusion 
chronologique.  Z.. 

Wood,  Jthenœ  Oxonienses,  t.  II.  —  Warton,  History 
of  Voetry.  —  Centleman's  Magazine,  vol.  I.XXVI.  — 
Bio(iraphia  Dramatica  (édit.  de  181'2,  p.  LXXl}.  — 
Chaufepié,  nouveau  Dictionnaire  [liUorique. 

LANGBEiN  (  Auguste-  Frédéric  -  Ernest  ), 
poète  et  romancier  allemand,  né  le  6  septembre 
1757,  à  Radeberg,  près  Dresde,  mort  à  Berlin, 
le  2  janvier  1835.  Il  étudia  le  droit  à  Leipzig, 
et  vint  en  1820  s'établir  à  Berlin,  où  il  rem- 
plit les  fonctions  de  censeur.  Parmi  ses  nom- 
breux travaux,  dont  plusieurs  sont  devenus  po- 
pulaires, nous  citerons  :  Gedichte  (Poésies); 
Leipzig,  1788;  dernière  édit.,  1820;  —  Neuere 
GerfîcÂ^e  (Poésies  nouvelles);  Tubingue,  1812  et 
1823,  2  vol.  ;  —  Schwxnke  (Facéties)  ;  Dresde, 
1792,  2  vol.;  3"  édit.,  Berlin,  1816;  —  Feiera- 
bende  (Récréations  du  soir);  Leipzig,  1793- 
1794,  3  vol.;  —  Der  Ritter  der  WahrheU  (Le 
Chevalier  de  la  Vérité);  ibid.,  1805,  2  vol.;  — 
Thomas  Kellerwurm;  ibid.,  1800;  —  Kleine 
Romane  iind  Erzxhltingen  (  Petits  Romans  et 
Contes);  ibid.,  1SI2-1S14,  2  vol.;  —  Unterhal- 
tungen  fuer  muessige  Stunden  (  Passe-temps 
dans  les  heures  de  loisir);  ibid.,  1815;  — 
Deutscher  Liederkranz  (Guirlande  de  chansons 
allemandes); ibid.,  1820  ;  et,  1830;  —  Mxrchen 
und  Erzaehlungen  (Légendes  et  Contes)  ;  ibid., 
1821;  —  Ganymeda;  ibid.,  1823,  et  1830 
2  vol.; —  Herbstr-osen  (Roses  d'automne); 
ibid.,  1829.  Les  œuvres  complètes  de  Langbein 
ont  paru  à  Stuttgard;  1835-1837,  31  vol.  in-12, 
R.  L— D~u. 

Conv.-Lex. 

LANGnALE(Sir  Maruaddke),  général  an- 
glais, né  dans  le  comté  d'York  ,  vers  la  fin  du 
seizième  siècle,  mort  le  5  août  1661.  Il  fut  un 
des  plus  vaillants  officiers  royalistes  dans  la 

13 


387  LANGDALE 

guerre  civile  entre  Charles  ï^'  et  le  parlement. 
En  sa  qualité  de  sheriCl'  du  comté  d'York,  il 
mit  le  plus  grand  empressement  à  faire  des  le- 
vées d'hommes  et  d'argent  pour  Charles  1".  Il 
leva  à  ses  frais  Irois  compagnies  d'infanterie,  à  la 
tète  desquelles  il  défit  un  corps  d'Écossais  à  Cor- 
bridge  dans  le  Nortbumberland.  Envoyé  avec 
deux  mille  hommes  au  secours  du  château  de 
Pontefract,  assiégé  par  Fairfax ,  il  traversa  les 
lignes  ennemies ,  battit  Fairfax ,  délivra  Ponte- 
fract et  revint  à  Oxford  en  retraversant  les  can- 
tonnements des  parlementaires.  Ce  brillant  fait 
d'armes  valut  à  Langdale  le  commandement  de 
l'aile  gauche  de  l'armée  royale.  A  la  bataille  de 
Naseby,  le  14  juin  1645,  il  fût  opposé  à  Crom- 
well,  qui  conduisait  la  droite  des  parlementai- 
res. Le  combat,  soutenu  de  part  et  d'autre  avec 
une  valeur  opiniâtre,  était  encore  incertain  lors- 
qu'une imprudence  du  prince  Rupert  permit  aux 
parlementaires  de  prendre  en  flanc  les  royalistes 
qui  plièrent  et  s'enfuirent.  Cette  défaite  ruinait 
le  parti  royaliste.  Charles  n'ayant  plus  d'espoir 
que  dans  les  Highlanders  de  Montrose ,  lear  en- 
voya, coui!  e  renforts,  quinze  cents  cavaliers 
sous  les  v.ï?dres  de  Digby  et  de  Langdale.  Les 
deux  généraux  royalistes,  après  un  premier 
succès,  furent  complètement  battus,  et  se  réfu- 
gièrent dans  l'île  de  Man.  Langdale  passa  de  là 
sur  le  continent  ;  il  en  revint  à  la  nouvelle  de 
ia  captivité  de  Charles  P'',  rassembla  un  corps 
de  royalistes,  et  se  joignit,  en  1648,  à  l'armée 
écossaise,  qui  s'était  déclarée  pour  le  roi.  Mais 
l'accord  n'était  pas  possible  entre  les  Écossais, 
partisans  du  covenant,  et  les  Anglais,  dévoués 
à  leur  Église  nationale.  Hamilton  et  Langdale 
se  séparèrent,  et  se  firent  battre  séparément. 
Langdale,  fait  prisonnier  et  enfermé  dans  le  châ- 
teau de  Nottingham,  parvint  à  s'échapper,  et  alla 
rejoindre  en  Flandre  Charles  II,  qui  le  créa  baron. 
Il  revint  en  Angleterre  avec  les  Stuarts ,  et  fut 
nommé  lord-lieutenant  du  comté  d'York.  Mar- 
maduke  Langdale,  malgré  les  malheurs  de  sa 
carrière  militaire,  laissa  une  grande  réputation 
de  courage  et  d'habileté.  Lord  Clarendon  parle 
de  lui  avec  admiration.  Z. 

Lloyd ,  Memolrs  of  Persans  who  suf/ered  for  their 
loyalty  durinq  the  rébellion.  —  Clarendon,  History  of 
thc  Rébellion. 

L.ANGDARMA,  roi  du  Tibet,  né  vers  la  fin  du 
neuvième  siècle ,  fut  un  des  ennemis  les  plus 
ardents  du  bouddhisme ,  qu'il  parvint  à  faire 
disparaître  pour  quelque  temps ,  en  renversant 
les  temples  et  les  statues  consacrés  à  ce  culte, 
et  en  persécutant  les  religieux.  Mais  ceux-ci , 
usant  de  leur  influence ,  soulevèrent  le  peuple  ; 
Langdarma  fut  détrôné ,  et  son  frère  Ralpatchan 
fut  mis  à  sa  place.  Cependant  les  partisans  de 
Langdarma  ne  tardèrent  pas  à  reprendre  cou- 
rage ,  et  le  nouveau  roi  ayant  été  attiré  dans  une 
embuscade,  loin  de  ses  gardes,  fut  étranglé,  et 
son  frère  rétabli  sur  le  trône.  La  persécution 
contre  les  bouddhistes  recommença  alors  avec 


—  LAWGE 


383 


plus  de  rigueur  encore  qu'auparavant.  Un  autre 
frère  de  Langdarma,  qui  était  entré  dans  l'ordre 
des  religieux ,  indigné  de  la  conduite  du  roi, 
revint  à  Lhassa ,  se  joignit  à  ses  confrères  qui 
conspiraient,  et  l'on  décida  que  Langdarma  mé- 
ritait la  mort.  Un  jour  qu'il  lisait  avec  attention 
une  inscription  écrite  sur  une  pyramide  à  là 
porte  d'un  temple ,  il  tomba  tout  à  coup  percé 
mortellement  par  une  flèche,  et  le  meurtrier 
disparut  aussitôt.  Ph.  Ed.  Fodcaux. 

Csoma  ,  Grammaire  Tibétaine,  p.  178  et  183.  —  Georgi, 
Alphab.  Tibetanitni,  p.  30o  et  suiv. 

LANGE  (  Paul  ),  littérateur  et  historien  alle- 
mand, lié  à  Zwickau,  en  1460,  mort  vers  1536.  Il 
entra  dans  un  couvent  de  Bénédictins,  fut  élève 
de  Tritlième,  et  entreprit  de  visiter  les  monas- 
tères germaniques  pour  recueillir  des  manuscrits 
et  des  titres.  Il  a  laissé  divers  ouvrages,  entre 
autres  un  Chronicon  Citizense  (inséré  dans  le 
premier  volume  du  recueil  de  Pistorius  Scriptores 
Rerum  Germanicnrum ;  1726,  3  vol.  folio)  ;  — 
un  Chronicon  Numburgense,  publié  par  Menc- 
ken  (Scriptores  rerum  germanicarum,  prœci- 
pue  Saxonicarum,  1728,  t.  II,  p.  1-102  )  ;  —  un 
Carmen  de  laudibus  Saxonix.  Un  petit  poëme 
qu'il  avait  écrit  pour  justifier  les  moines  contre 
les  attaques  de  Vimpheling  est  resté  inédit.  G.  B. 

.1  -C.  Grnbcr,  Geschichtschreiber  von  Naumbiirri  und 
Zeitz,  p.  1-8.  —  Kreyssig,  Diplomatische  Nachlese  der 
Historié  von  Obersachsen,  t.  XI,  p.  88. 

LANGE  (  Jean  ),  médecin  allemand  ,  né  en 
1485,  à  Lemberg  en  Silésie,  mort  à  Heidelberg,  le 
21  juin  1565.  Après  s'être  fait  recevoir  en  1514 
maître  en  philosophie ,  il  fit  pendant  quatre  ans 
des  cours  sur  Proclus  et  sur  Pline  à  l'université 
de  Leipzig.  En  1519  il  passa  en  Italie;  après 
avoir  séjourné  quelque  temps  auprès  de  Pic  de 
La  Mirandole,  il  suivit  les  cours  de  Leonicenus 
à.  Ferrare.  S'étant  rendu  à  Bologne,  il  y  étudia  la 
médecine  sous  la  direction  de  Louis  de  Lconi  et 
de  Jean  Carpo  ;  il  partit  ensuite  pour  Pise,  on  il 
se  fit  recevoir  docteur  en  1522.  Quelque  temps 
après ,  il  s'établit'  à  Heidelberg,  et  fut  nommé  en 
1524  premier  médecin  de  l'électeur  jialatin 
Louis  Y  et  ensuite  de  son  fils  Frédéric  II ,  qu'il 
accompagna  dans  ses  voyages  d'Espagne,  d'Italie 
et  de  France  ;  il  occupa  le  même  emploi  auprès 
des  successeurs  de  ce  prince.  Lange  était  un 
homme  érudit.  Ses  ouvrages  méritent  encore 
d'être  consultés  aujourd'hui  ;  car  il  s'attache  à  y 
éclairer  les  médecins  sur  l'abus  des  excitants 
et  sur  l'avantage  des  boissons  rafraîchissantes 
dans  le  traitement  des  maladies  inHammatoire.s, 
en^uoi  il  a  précédé  le  célèbre  Sydenham.  On  a 
de  lui  :  Medicinalium  Epistolarum  Miscella- 
nea;  Bâie,  1554,  in-4°  ;  cette  édition  ne  contient 
que  quatre-vingt-trois  lettres;  la  seconde,  don- 
née à  Francfort,  1589,  in-4",  en  contient  cent 
cinquante-six  ;  les  suivantes,  qui  parurent  h  Ha- 
nau,  1605,  in-fol.,  et  à  Francfort,  1605,  et  1689, 
in-8°,  sont  encore  plus  "complètes;  tout  ce  qui 
dans  cet  ouvrage  a  rapport  au  traitement  des  plaies 
a  été  inséré  dans  les  Scriptores  de  Chirurgia 


389 


LANGE 


890 


de  Gessner  ;  —  De  Syrmaisnw  et  Ratione  pw- 
gancli  per  vomitum,  ex  JEgyptiorum  inventa 
etj'onnula;  Paris,  1572,  et  1607,  in-S";  —  De 
Scorbuto  Epistolx  dux;  Wittemberg,  1624, 
in-8°;  —  Consilia  qusedam  et  Expérimenta , 
dans  les  Consilia  de  Velschius;  Ulm ,  1676, 
m-4°.  E.  G. 

Frelier,  Thentrum  Firorum  ernd.  clar.,  pars,  (II, 
p.  l-2o7.  —  Adam,  fitx  Germ.  Medic.  —  Tei-isier,  Élo- 
ges, t.  I,  p.  257.  —  Stolle,  Historié  der  niedîcinischeii 
Gelahrtfieit,  p.  181.  —  Rotermiina,  Supplément  à  lôcher. 

LAA'GE  (Jean),  émdit  et  poète  latin  allemand, 
né  à  Freistadt,  dans  le  duché  de  Teschen,  en 
1503,  mort  le  25  août  1567.  Il  commença  ses 
études  à  Neissen.  Son  père ,  pauvre  tailleur,  ne 
pouvant  lui  fournir  les  moyens  de  les  achever, 
Lange  dut  pour  gagner  quelque  argent  chanter 
dans  les  rues.  Il  alla  suivre  à  Vienne  des  cours 
de  philosophie  et  de  belles-lettres.  En  1530  il 
devint  précepteur  des  enfants  de  chœur  de  la 
cathédrale  de  Bude.  Dans  la  suite  il  fut  nommé 
professeur  au  collège  de  Neisse,  secrétaire 
et  chancelier  de  l'évêque  de  cette  ville.  Député 
en  ambassade  auprès  de  l'empereur  Ferdi- 
nand ,  il  reçut  de  lui  le  diplôme  de  docteur  en 
droit  ainsi  que  le  titre  de  conseiller  et  orateur 
impérial.  Plus  tard  il  fut  envoyé  en  Pologne, 
chargé  de  diverses  négociations.  On  a  de  lui  : 
Nicephori  Callisti  ecclesiasticse  historise  Ver- 
xiolatina;  l]âle,  1553,  et  1561,  in-fol.  ;  Paris, 
1562, 1566,  et  1573,  in-fol.:  cette  traduction  se 
trouve  reproiluite  dans  la  collection  du  Louvre 
de  la  Byzantine;  —  Justini  philosophï  Opéra 
\latine;  Bâle,  1565,  in-fol.;  cette  traduction  a 
été  jointe  à  plusieurs  éditions  du  texte  de  saint 
Justiu;  —  Carminum  hjricorum  liber  ;  Augs- 
bourg,  154S,  in-8".  Lange  a  encore  publié  qua- 
torze poèmes  latins  sur  des  sujets  religieux  et 
autres ,  parmi  lesquels  on  remarque  :  De  se  ipso 
Elefjia  ;  Cvàco^ie,  1546,  in-8".  E.  G. 

Adam,  p'itse  Cerm..  JureconsuU.,  p.  78.  —  Freher, 
Theatrum  F'ir.  erud.  clar  ;  pars  II,  p.  825.  —  Conradi 
Silesia  togata.  —  Sioapius,  Schlesische  lAiriositdten , 
t.  II,  p.  765.  —  Biographische  Nachric/iten  von  schlesi- 
schen  Celehrten  (Grostkau,  1788  ).  —  Rotenimiid,  Sup- 
plément à  Jôcher. 

LAKGE  (  Joseph),  philologue  et  mathématicien 
'alsacien,  né  à  Kaisersberg,  mort  vers  î630.  Après 
avoir  abjuré  le  protestantisme,  il  devint  profes- 
seur de  mathématiques  et  de  langue  grecque  à 
Fribourg  en  Brisgau.  On  a  de  lui  :  Aciagia 
sive  Sententiœ  proverbiales  en  grec,  latin  et 
allemand;  Strasbourg,  1596;  —  De  Obitu  Geor- 
gii  Calamini  Ode  ;  S,[raiibourg,  1597,  in-4'';  — 
Florilegium;  Strasbourg,  1598,  in-8"':  recueil 
de  sentences,  de  comparaisons,  d'apophthegnies, 
fait  sur  des  compilations  fautives;  —  PoUjanr 
thea  nova;  Genève,  1600,  in-fol.  ;  Lyon,  1604  ; 
Francfort,  1607  et  plusieurs  autres  fois:  recueil 
du  même  genre  que  le  précédent.  La  Polyan- 
thea  novissima  et  le  Florilegium  magnum  de 
rhomasius,  Francfort,  1621,  2  vol.  in-fol.,  ne 
contiennent  que  de  simples  addi lions  à  l'ouvrage 
de  Lange;  ce  dernier,  n'ayant  pas  cité  les  sour- 


ces où  il  avait  puisé ,  fut  qualifié  à  tort  de  pla- 
giaire par  Thomasius  ;  —  Odae.  Horatii  in  locos 
communes  digestx;  Hanau,  1605  et  1614, 
in-S"  ;  —  Tyrocinium  grœcariim  L'itterarum ; 
Fribourg,  1607,  in-8"  ;  —  Elément  a  le  Muthe- 
maticum  logisticœ,  astronomie^  et  theore- 
ticœplanetarum;  Fribourg,  1C12  et  1627,  in-4''; 
Strasbourg,  1625,  in-4°,  avec  des  notes  et  ad- 
ditions d'Isaac  Haebrecht.  Lange  a  aussi  donné 
une  édition  de  Martial;  l^aris,  1601  et  1607, 
in-4°  et  1617,  in-fol. ,  avec  un  Index  très-com- 
plet, et  une  autre  de  Juvénal  et  de  Perse  ,  Fri- 
bourg, 1608,  in-4°,  dont  un  exemplaire  avec  des 
notes  manuscrites  de  Nic.-Rigault  se  trouve  à  !a 
Bibliothèque  impériale  de  Paris.  E.  G. 

Bayle,  Dict.  —  Voris\us  ,  De  Scientiis  Mathematicîs , 
cap.  66.  —  îllorhof ,  Polyhistor.,  t.  I,  cap.  21,  §  as  et  §  73. 

LANGE  (  Guillaume),  mathématicien  et  écri- 
vain danois  ,  né  en  1622,  dans  l'île  de  Sélande, 
mort  à  Copenhague,  le  12  mai  1682..  Après  avoir 
terminé  ses  études  et  visité  l'Italie  et  la  Hollande, 
il  fut  nommé  professeur  de  mathématiques  à 
l'iiniversité  de  Copenhague.  On  a  de  lui  :  De 
Annis  Christi  Libri  rfîio;  Lcyde^^flipiQ,  in-4'' ; 
—  De  quatuor  Monarchiis  ;  C^^enhague, 
1650,  in-4°;  —  Exercitationes  Mathema- 
ticœ  VII,  de  annua  emendatione  et  motu 
apogxi  Solis  ;  ibid.,  1653;  —  De  Veritatibus 
Qeometricis;  ibid.,  1656,  etc.  V — u. 

Rotermund,  Supplément  à  Jôcber. 

LAKGE  (FrflHçois),  jurisconsulte  français,  né 
à  Reims, en  1610,  mort  à  Paris,  le  U  novembre 
1684.  Après  avoir  fait  ses  études  dans  sa  ville 
natale,  il  vint  se  fixer  à  Paris,  et  fut  reçu,  le  1  î  mai 
1638,  avocat  au  parlement  On  lui  attribue  le 
Praticien  français ,  qui ,  suivant  Moréri  et  la 
Biographie  universelle  de.  Michaud,  aurait  paru 
pour  la  première  fois  sous  le  nom  de  Gastier. 
Mais  la  Bibliothèque  impériale  de  Paris  possède 
de  l'une  des  premières  éditions  de  cet  ouvrage 
un  exemplaire  dont  voici  le  titre  :  Le  Nouveau 
Praticien  jrançois,  contenant  une  facile  ins- 
truction de  toutes  les  matières  civiles  et  cri- 
minelles, bénéficiales  et  de  finance,  etc.;  ci-de- 
vant rédigé  par  questions  et  réponses  par 
maistre  Vincent  Tagereau,  advocat  en  par- 
lement, et  depuis  revu,  corrigé  et  augmenté 
par  René  Gastier,  procureur  en  la  cour  du 
parlement  de  Paris  ;  Paris,  1662,  in-4°  (dédié 
à  l'avocat  général  Denis  Talon).  Lange  ne  fît 
donc  que  refondre  et  améliorer,  en  le  publiant 
sous  le  nom  de  Gastier,  le  travail  de  Tagereau. 
Les  ordonnances  de  1667  et  1670,  en  apportant 
de  nombreuses  modifications  à  la  procédure  civile 
et  criminelle,  exigèrent  un  remaniement  complet 
de  ce  livre,  souvent  réimprimé.  Après  la  mort 
de  Lange,  on  trouva  dans  ses  papier^  deux  ou- 
vrages manuscrits  ,-run  sur  le  droit  d'induit,  et 
l'autre  sur  la  jurisprudence  ecclésiastique,  qui 
furent  ajoutés  au  Praticien  françois ,  dont  la 
quinzième  et  dernière  édition  est  intitulée  :  Nou- 
velle Pratique  civile ,  criminelle   et  bénéfi^ 


391  LANGE  —  LANGEAC 

ciale  ou  le  nouveau  Praticien  français,  ré- 
formé sxàvant  le^  nouvelles  ordonnances,  etc., 
avec  un  nouveau  sUjle  des  lettres  de  chan- 
cellerie, suivant  Vusage  qui  se  pratique  à 
■présent,  par  Pïmont,  conseiller  référendaire 
à  la  Chancellerie;  Paris,  l755,  2  vol.  m-4°. 
E.  Regnard. 

Moréri,  Le  Grand  Dict.  l-Ji.it.  —  lîlanctuird,  Liste  des 
.Avocats  au  Parlement  de  Paris,  inanusc.  de  la  bibl.  de 
la  cour  de  cassation.  —  Catalogue  de  la  Bibliothèque 
impériale. 

i.AKGE  (André),  jurisconsulte  et  poète  alle- 
lïianrl,  né  à  Lubeck,  le  15  janvier  1680,  mort  le 
24  octobre  1713.  Fils  d'un  commerçant,  il  étudia 
les  belles-lettres  et  la  jurisprudence  à  Helm- 
staedt,  Leipzig,  Wetzlar  etUtrecbt,  où  il  fut  reçu 
docteur  en  1704.  Il  visita  l'Autriche,  et  à  son  re- 
tour, en  1705,  dans  sa  ville  natale,  il  devint  mem- 
bre du  sénat.  On  a  de  lui  ;  De  ^quilate  Juris 
Lubecensis ;  Leipzig,  1703,  in-4°;  —  De  Erro- 
ribus  qui  circa  quœstiones  per  tormenta  com- 
mittuntur;  Utrecht,  1704,  in-4°;  -—  Brevis 
Introductio  in  notitiam  legum  nauticarum 
et  scriptorum  juris  reique  maritimes  ;  Lubeck, 
1713  et  1724,  in-8".  Lange  a  encore  publié  en 
allemand  huit  ouvrages  de  poésie  religieuse  et 
de  théologie  mystique.  E.  G. 

Rotermund,  Supplément  à  JOcher.  —  Seelcn,  Athenae 
Lubecenses,  pars  m,  p.  49. 

LANGE  (Jean-Michel),  philologue  et  théolo- 
gien allemand,  né  à  Etzelwangen,  près  Sulzbach, 
le  9  mars  1664,  mort  à  Prenzlow,  le  10  janvier 
1731.  IJ  exerça  le  ministère  évangéhque  succes- 
sivement à  Hohenstrauss,  Halle,  Aldtorfet  Prenz- 
low. On  a  de  lui  cinquante-six  ouvrages,  dont  la 
liste  complète  se  trouve  dans  le  Dictionnaire  de 
Rotermund  (t.  III,  p.  1227)  et  dont  voici  les  prin- 
cipaux •.Apho7'ismiTheologici;AMor{,  1687;  — 
BeFabulis  Mohamedicis  ;ih\d.,  1697,in-4°;  — 
Exerciiatio Philologica  de  differentia  linguœ 
Gras£oru7n  veteris  et  novse  seu  barbaro-grxcœ, 
T  édit.  ;  Altdorf,  1702;  —  Decas  I.  disputatt. 
theolog.  exegeticarum  cum  positiva polemica- 
rum  numéro  sacro;  Altdorf,  1703,  in-4";  —  De 
Alcorani  prima  inter  Europxos  editione  ara- 
bica per  Paganinum  Brixiensem,  sed  jussu 
Pontif.  Rom.  abolita;  ibid.,  1703  ;  —  De  Alco- 
rano  arabico  et  variis  speciminibus  atque 
novissimis  successibus  doctorum  quorumdam 
virorum  in  edendo  Alcorano  arabico;  ibid., 
1704;  —  De  Alcorani  Versionibus  variis,  tam 
oriental,  quam  occidental.,  impressis  et  a-^zv.- 
ôÔTEi;;  ibid.,  1705;  —  Octo  Dissertationes  de 
Versione'^.  T.  barbaro-grxca;  Altdorf,  1705; 
— Institutiones  Pastorales  ;  Nuremberg,  1707  ; 
—  Philologia  barbaro-greeca  ,  continens  me- 
letema  de  origine  et progressu  lingux  grœcœ ; 
grammatiCcB  barbaro-grœcee  synopsin  ;  glos- 
sarii  barbaro-grœci  compendium ;  Nuremberg, 
1707-1708,  2  parties,  in-4°.  V— u. 

Zeltner,  Fiton  Theolog.;  Altdorf.,  p.  468-488.  —  Wlll, 
Lexicon,  t.  II,  p.  394-405.  —  Rotermund,  Supplément  à 
Jôcher. 

l  LANGE  (/oacAim),  grammairien  allemand, 


S92 
né  le  26  octobre  1670,  à  Gardelegen,  mort  à 
Halle,  le  7  mai  1744.  Il  fut  depuis  1709  jusqu'à 
sa  mort  professeur  de  théologie  à  l'université 
de  Halle,  et  publia  une  Grammaire  latine  (  Halle 
1707,  dernière  édition  1809),  une  Grammaire 
grecque  (RoWq,  1705,  dernière  édition,  1805), 
deux  ouvrages  qui  pendant  cent  ans  furent  d'un 
usage  général  dans  les  écoles  de  l'Allemagne,  et 
qui  sont  encore  aujourd'hui  très-connus  sous  le 
nom  de  Hall&sche  Grammatiken (Gràmm^ives 
de  Halle).  On  doit  en  outre  à  Lange  :  Lociitio- 
num  ac  sententiarum  latinarum  Flores; 
Anthologia  Latinitatis  et  institutiones  stili 
latini  ;  Berlin,  171 2;  —  Colloquia  latina;  Halle, 
1705;  —  C lavis  hebrœi  Codicis ;  ibid.,  ,in-8°; 
plusieurs  éditions;  —  Medicina  Mentis,  cum 
appendice  logicx  et  metaphysicx  vulgaris; 
ibid.,  in-8°;  plusieurs  éditions;  —  Sciagraphia 
sacra;  Halle,  1712;  —  Isagoge  exegetica  gène- 
ralis  ;  ibid.,  1712;  —  Repetita  solïda  ile- 
monstratio  Doctrinae  evangelicx  de  vera  illu- 
minatione ;  ihiti.,  i7ii;~ -  Exegesis  Epistola- 
rum  cqjostoli  Pétri  ;  ibid.,  1712;  — Exegesis 
Epistolarum  Joannis ;  ibid.,  1713;  —  Elircn- 
gedxchtniss  des  D^  Mart.  Luther  (Panégyrique 
du  docteur  M.  Luther);  ibid.,  1717;  —  Com- 
mentatio  historico- hermeneutica  de  Vita  et 
Epistolis  Paiili,  isagogen  generalem  et  specia- 
lem  historico -exegeticam  prxbens  in  acta 
apostolorum  et  Paull  epistolas  ;  ibid.,  1718; 
—  Historia  ecclesiastica;\{a\\e,il2ï.  R.  L. 

Rotermund,  Supplément  à  Jôcher.  —  Fabricius,  His- 
toria Biblioth.,  p.  IV,  p.  398.  —  Heuinann,  Conspectus 
Hist.  Lit.,  c.  1.  §  vil.  —  Catalogus  Biblioth.  Bmiav., 
t.  I,  vol.  II,  p.  1379. 

LANGE  (Samuel-Gotthol),  littérateur  alle- 
mand, né  en  1711,  à  Halle,  mort  le  25  juin  1781, 
à  Laublingen,  près  Halle.  Il  étudia  la  théologie ,  \ 
vécut  quekpie  temps  à  Berlin,  et  occupa  enfin  la 
place  de  pasteur  de  Lanblingen,  qu'il  conserva  jus- 
qu'à sa  mort.  Ennemi  de  la  rime.  Lange  combattit 
les  principes  del'école  de  Gottsched,  et  tenta  d'in- 
troduire dans  la  poésie  allemande  la  métrique 
des  anciens.  Leasing  s'en  moqua  impitoyable- 
ment. On  a  de  Lange  :  Thyrsis,  und  Damon's 
freundschaftliche  Lieder  (  Poésies  amicales  de 
Thyrsis  et  Damon);  Zurich,  1745  :  en  société 
avec  Pyra  ;  —  la  traduction  métrique  des  Odes 
d'Horace;  Halle,  1752;  un  recueil  de  lettres 
remplies  de  renseignements  curieux  sur  la  vie  des 
littérateurs  de  son  temps  :  Sammkmg  gelehrter 
rind freundschaftUcher  Briefe  (Recueil  de 
Lettres  savanteset  amicales  )  ;  Halle,  1769-1770, 
2  vol.  R.  L. 

Conv.-Lex.  —  Gervinus ,  Geschichte  der  deutschen  ' 
Dichtung,  vol.  IV,  p.  65,  182,  192,  226. 

LANGEAC  ou  LANGHAC  (Jean  de),  prélat 
français,  né  à  Langeac  (  Auvergne),  vers  la  fin  i 
du  quinzième  siècle,  mort  à  Paris,  en  1541. 
Issud'une  maison  qui  avait  régné  en  Sicile,  il  em- 
brassa de  bonne  heure  l'état  ecclésiastique ,  et 
fut  bientôt  pourvu  de  nombreux  bénéfices  ;  il  lut  ; 
presque  en  môme  temps  précepteur  de  l'Hôtel- 


393  LANGEAC  ■ 

Dieu  (le  Langeac,  curé  de  Coulange ,  comte  de 
Brioude,  doyen  du  chapitre  de  Langeac ,  archi- 
diacre de  Retz,  chevecier  de  l'église  du  Puy, 
comte  de  Lyon,  prévôt  de  Brioude,  abbé  de 
Saint-Gildas-des-Bois,  de  Saint-Lo,  de  CharH, 
d'Eu,  de  Pibrac,  puis  évêqne  d'Avranches , 
siège  dont  il  se  démit  en  faveur  de  Robert  Cé- 
nalis  après  six  mois  d'occupation,  et  prit  posses- 
sion de  l'évêché  de  Limoges  le  22  juin  1533. 
L'estime  que  lui  portait  François  l"  lui  valut 
dans  l'État  des  faveurs  non  moins  grandes.  Il  fut 
protonotaire  du  saint-siége ,  conseiller  au  grand 
conseil,  grand-aumônier  du  roi  en  1516  ,  maître 
des  requêtes  en  1518,  ambassadeur  en  Portugal, 
en  Pologne ,  en  Hongrie,  en  Suisse ,  en  Ecosse ,  à 
Venise,  à  Ferrare ,  en  Angleterre,  enfin  à  Rome. 
Il  fit  élever  à  Limoges  un  palais  épiscopal,  ré' 
para  la  cathédrale,  qu'il  orna  du  magnifique  jubé 
qui  sépare  le  chœur  de  la  nef,  et  s'occupa  surtout 
du  bien  public;  aussi  sa  mémoire  est-elle  vé- 
nérée à  Limoges,  où  on  l'appelle  encore  le  bon 
évéq'ie.  Partout  où  il  était  envoyé,  il  défendit 
avec  fermeté  les  intérêts  et  les  droits  du  roi.  A 
Rome  même,  il  défendit  avec  force  les  libertés  de 
l'Église  gallicane.  Ce  prélat  aimait  et  protégeait 
les  lettres.  Pendant  son  ambassade  à  Venise ,  il 
avait  pour  secrétaire  Etienne  Dolet,  qui  lui  dédia 
trois  de  ses  livres.  Il  n'existe  de  Jean  de  Langeac 
qu'un  recueil  des  statuts  synodaux  de  son  dio- 
cèse; ce  recueil  est  resté  manuscrit.     A.  Jadijn. 

Gallia  Christiana.  —  La  Croix  du  Maine,  Bibliothèque 
française.  —  Chaudon  et  Delandine,  Ukt.Hist, 

LANGEAC  (  TV.  DE  L'EspiNASsE,  chevalier  de  ), 
poète  français,  né  vers  1748,  mort  en  1839.  Issu 
d'une  famille  noble  originaire  d'Auvergne,  il  prit 
le  petit  collet,  et  entra  dans  l'ordre  de  Malte; 
puis  il  remphtle  poste  de  secrétaire  d'ambassade 
à  Vienne,  à  Saint-Pétersbourg  et  à  Moscou,  où 
il  fut  chargé  d'une  mission  secrète  lors  de  l'in- 
surrection de  Pougatscheff.  Ses  opinions  monar- 
chiques le  firent  comprendre  sur  les  listes  d'exil 
dressées  à  la  suite  de  la  révolution  du  13  ven- 
,démiaire  (octobre  1795).  Après  avoir  passé 
quelque  temps  en  Italie,  il  rentra  en  France  sous 
le  consulat,  et  devint  secrétaire  intime  de  M.  de 
Fontanes.  Ce  fut  à  la  sollicitation  de  ce  dernier 
qu'il  dut  sa  nomination  de  conseiller  ordinaire 
de  l'université  (1811  ).  Toutefois,  en  1814, 
il  exprima  son  vœu  pour  la  déchéance  de 
Napoléon,  à  qui  il  n'avait  point  épargné  les  élo- 
ges, et  reçut,  en  même  temps  que  la  croix  d'Hon- 
neur, la  place  de  garde  de  la  bibliothèque 
et  des  archives  de  l'université.  Après  1830  il 
se  retira  dans  la  vie  privée.  Poète  agréable,  de 
Langeac  s'occupa  toute  sa  vie  de  littérature 
légère;  il  concourut  plusieurs  fois  aux  prix  de 
l'Académie,  et  remporta  celui  de  1768,  avec 
l'aide  du  parti  Choiseul,  contre  La  Harpe,  que 
soutenaient  les  philosophes  ;  sa  traduction  des  Btc- 
coliques  de  Virgile  a  jadis  passé  pour  une  des 
plus  exactes  qui  aient  été  publiées.  On  a  de  lui  : 
t-cttredhiniùsparvenuà  son  père, laboureur  ; 


■  LANGEAIS  394 

Paris,  1768,  in-8°,  fig.,  pièce  de  vers  qui  obtint 
les  suffrages  de  l'Académie;  —  Épitre  d'un  fils 
à  sa  mère;  Paris,  1768,  in-8'';  —  Éloge  de 
Corneille  ;  Paris,  1768,  in-8°,  présenté  àl'Aca- 
démie  de  Rouen  ;  —  Traduction  d'un  morceau 
de  l'Iliade  (  Prièi-e  de  Patrocle  à  Achille  )  ; 
1778,  in-7°;  —  Suger,  moine  de  Saint-Denis; 
i.119,  in-8°;  —  Le  Poème  séculaire,  trad. 
d'Horace  en  vers  français;  Paris,  1780,  in-8''; 
—  La  Servitude  abolie,  discours  en  vers; 
Paris,  1781,  in-8°  ;  — Colomb  dans  les  fers, à 
Ferdinand  et  à  Isabelle;  Paris,  1782,  in-S": 
pièce  qui  remporta  un  prix  à  Marseille  ;  —  Co- 
raly  et  Blandford,  1783,  comédie  en  deux 
actes;  —  Précis  historique  sur  Crtimwel  (sic), 
suivi  d'un  extrait  de  TEikon  basilikè,  etc.; 
Paris,  1789,  réimpr.  en  1822  à  Genève;  —  Les 
Bucoliques  de  Virgile,  traduites  en  vers  fran- 
çais; Paris,  1806,  in-4°  et  in-8°,  trad.  qui  fut 
mise  en  1810  au  concours  du  grand  prix  décen- 
nal; —  Essai  d'Instruction  Morale,  ou  les 
devoirs  envers  Dieu,  le  prince  et  la  patî'ie, 
la  société  et  soi-même ,  à  l'usage  des  jeunes 
gens  élevés  dans  une  monarchie  ;  Paris,  1812, 
2  vol.  in-4''  et  in- 8°;  3*'édit.,  1813;  le  premier 
volume  de  l'édition  in-4»  est  orné  d'un  portrait 
de  Napoléon  en  costume  impérial  et  assis  sur  le 
monde;  —  Anecdotes  anglaises  et  améri- 
caines, années  1776  à  1783;  Paris,  1813, 
2  vol.  in-8°;  —  Réponse  à  un  cuistre;  Paris, 
1814,  in-8°; —  Le  Bonheur  que  procure  l'é- 
tude, par  le  chancelier  L'Hospital,  frag- 
ments; Paris,  1817,  in-8°  ;  —  Ode  sur  la  sta- 
tue de  Henri  IV ;  Paris,  1818.  On  a  aussi  du 
même  poëte  différents  morceaux  dans  l'Aima- 
nach  des  Muses.  P.  L— y. 

Desessarts,  Les  Siècles  Littér.,  IV.—  Bibl.d'un  Homme 
de  Coût,  I.  —  Barbier,  Dict.  des  Anonymes.  —  Quérard, 
La  France  Lilt. 

LANGEAIS  (  Raoul  de),  prélat  français,  mort 
après  l'année  1086.  Son  père,  qui  s'appelait 
Foulquoie  de  Langeais,  appartenait  à  une  noble 
race;  son  frère,  aussi  nommé  Foulquoie,  Ful- 
chredus,  était  abbé  de  Charroux.  Après  avoir  été 
doyen  de  l'égUse  de  Tours,  Raoul  fiit  élevé,  par 
la  majorité  des  suffrages,  sur  le  siège  métropoli- 
tain, vers  l'année  1072.  Mais  cette  élection  ne  se 
fit  pas  sans  troubles  .Toutesles  églises  des  Gaules 
étaient  alors  en  proie  aux  plus  affreuses  dis- 
cordes. Pourquoi  l'éghse  de  Tours  aurait-elle 
joui  d'une  paix  exceptionnelle?  On  accusa  Raoul 
d'avoir  corrompu  les  électeurs  ;  ses  adversaires, 
irrités  par  l'insuccès  de  leurs  intrigues,  al- 
lèrent même  jusqu'à  mettre  au  compte  de  ses 
mœurs  un  abominable  crime  :  ils  le  dénon- 
cèrent au  pape  comme  ayant  été  l'amant  de  sa 
propre  sœur.  Sur  cette  dénonciation,  Alexan- 
dre II  ne  se  contenta  pas  de  le  déposer'  ;  il  fit 
plus,  il  l'excommunia.  Mais,  quelque  temps 
après,  Raoul  se  rendit  à  Rome,  plaida  sa  cause, 
et,  comme  il  paraît,  se  justifia,  puisque  le  même 
pape   le    rétablit   sur    son   siège.   Cependant, 


395 


Alexandre  II  étant  mort,  Grégoire \' Il  lui  suc- 
céda. On   le  connaissait  déjà  peu  facile  à  cor- 
rompre ou  à  tromper.  Aussitôt  on  parla  de  sou- 
meltre  au  nouveau  pape  la  cause  de  Raoul.  Ce- 
lui-ci, sans  aucun  retard ,  reprend  le  chemin  de 
Rome,  expose  devant  le  redoutable  pontife  toute 
l'affaire  de  son   élection ,  et  obtint  encore  une 
fois  une  sentence  favorable.   Hugues  de  Saint- 
Maure  et  l'abbé  de  Beaulieu  s'étaient  montrés  les 
plus  ardents  et  les  plus  audacieux,  parmi  les  en- 
nemis de  Raoul  ;  ils  furent  assignés   devant  le 
plus  prochain    concile.   Mais  ce  fut  une  vaine 
menace  à  l'adresse  de  leurs  adhérents.  En  effet, 
Raoul  allant  peu  de  temps  après  à  l'abbaye  de 
Marmoutiers  pour  entendre,  suivant  l'usage,  la 
messe  de  Pâques  dans  l'égHsede  cet  illustre  mo- 
nastère, les  portes  de  l'église  se  fermèrent  à  son 
approche  :  c'est  ainsi  que  l'archevêque  de  Tours 
tait  traité  par  une  partie  de  son  clergé,  et  sur- 
tout par  les  moines.  Cependant  Grégoire  YIl  lui 
accordait  chaque  jour  denouvaux  témoignages  de 
sa  bienveillance  et  de  son  estime.  C'est  ce  que 
nous  apprennent  plusieurs  lettres  très-authen- 
tiques qu'il  lui  écrivit  vers  ce  temps-là,  le  char- 
geant des  plus  importantes  et  des  plus  délicates 
commissions.  La  confiance  d'un  tel  pape  à  l'égard 
d'un  prélat  aussi  mal  noté  dura  même  si  long- 
temps, et  résistait  à  de  si  nombreuses  épreuves, 
qu'on  ne  sait  comment  s'expliquer  un  fait^  aussi 
extraordinaire.  En  effet,  en  1078,  au  concile  de 
Poitiers,  Langeais  est  accusé  de  simonie,  et  pour 
se  défendre ,  à  défaut,  dit-on ,  de  bonnes  raisons, 
il  fait  envahir  la  salle  du  concile  par  une  cohue 
de  gens  armés  débâches,  qui  mettent  en  déroute 
tous  les  évêques  assemblés.  Ce  scandale  a  lieu 
sous  les  yeux  mêmes  des  légats  pontificaux,  (jui 
s'empressent,  dès  qu'ils  sont   hors  de  péril,  de 
faire  connaître  au  pape  toutes  les  circonstances 
du  crime,  et  leur  lettre,  qui  nous  est  parvenue, 
atteste  de  quels  sentiments  ils  étaient  animés,  en 
l'écrivant,  à  l'égard  de  Raoul.  Eh  bien!  sur  cette 
lettremême,Grégoire  Vllordonne  qu'une  nouvelle 
enquête  soit  faite  à  Tours  sur  l'élection  toujours 
contestée  de  Raoul;  mais  en  même   temps  il 
s'exprime  sur  son  compte  en  des  termes  qui  certai- 
iiementle  recommandent  plus qu'ilsne  l'acciisent. 
Cette  enquête  eut-elle  lieu?  Quel  en  fut  le  résul- 
tat? On  l'ignore.  En  1079,  tout  paraît  apaisé.  Gré- 
groire  Vil  écrit  à  Raoul  (|u'il  vient  de  proclamer 
primat  des  Gaules  Gébuin,  archevênue  de  Lyon, 
et  lui  recommande  de  reconnaître  celte  primatie. 
Vers  le  même  temps ,  le   légat  Ainat  convoque 
Raoul  au  concile  de  Bordeaux,  et  l'appelle  son 
très-cher  frère,   la  plus  noble  tête  ae  l'Église, 
relïgioms  ecclcsiaslÀCiv  capiU  honornbiUus. 
Raoul  se  trouve  même  au  concile  de  Piordeaux 
avec  les  légats  du  concile  de  Poitiers. 

Mais  voici  d'autres  épreuves  pour  notre  arche- 
vêque. Après  avoir  censuré  les  n?08urs  de  Foul- 
ques Rechin,  comte  d'Anjou,  il  a  le  courage  d'ex- 
communier ce  puissant  personnage.  Gébuin,  pri- 
mat de  Lyon,  appuie  Raoul  dans  cette  affaire; 


LANGEAIS  396 

c'est  assurément  un  valide  soutien.  Mais  le  roi 
Philippe,  qui  avait  trouvé  l'archevêque  de  Tours 
favorable  au  parti  de  Grégoire  V!l  dans  l'affaire 
des  investitures,  se  déclare  de  son  côté  pour  le 
comte  d'Anjou.  Aussitôt,  sans  plus  de  débats,  la 
violence  est  employée  :  l'Angevin  s'empare  des 
terres  épiscopales,  et  chasse  l'archevêque  de 
son  siège.  Enfin  les  ennemis  de  Raoul  triomptient. 
L'historien  doit-il  à  son  tour  se  mettre  de  leur 
parti,  et   condamner   un  homme  qui  parait  au 
dernier  moment  abandonné  par  tout  le  monde  ? 
C'est  un  conseil  qui  nous  est  donné  par  un  li- 
belle  violent,   composé  contre    Raoul  par  un 
chanoine  de  Saint-Martin.   Tandis  que  notre  in- 
fortuné prélat   s'éloignait  tristement  de  sa  ville 
métropolitaine,  allant  chercher  un  toit  où  cacher 
sa  tête  proscrite,  les  chanoines  de  Saint-Martin 
l'excommunièrent  comme  ennemi  de  Dieu  :  Ini- 
micus  Dei;  c'est  le  surnom  que  donnent  à  Raoul 
plusieurs  diplômes.  Mais   l'a-t-il    mérité?  Voici   i 
Grégoire  VI!  qui  flétrit  en  des  termes  plus  véhé- 
ments encore  le  comte  d'Anjou,  ses  partisans,  les 
complices  de  tous  ses  crimes;  voici  les  légats 
du  concile  de  Poitiers,  Hugues  et  Amat,  qui,  de- 
venus les  plus  chauds  défenseurs  de  Raoul ,  excom- 
munient les  chanoines  de  Saint-Martin  à  cause 
même    de  l'inique  sentence   qu'ils    ont  rendue 
contre  leur  archevèi;nr  ;  vc.ici  les  évêques  de  la 
métropole  de  Lyon  i]iii  f';;s?f;:'.-iblent  à  la  hâte  et 
lancent  d'autres   fouilres   contre   les  moines  de 
Marmoutiers,   coupables,    il   paraît,  du  même 
méfait  que  les  chanoines  de  Saint-Martin.  Entre 
tant  d'arrêts  contradictoires  l'historien  a  bien  le 
droit  d'hésiter.  Il  sait,  d'ailleurs, que  durant  tes 
périodes  révolutionnaires  les  hommes  les  plus 
honnêtes,  ceux  qui  ont  les  convictions  les  plus 
pures  et  les  plus  fermes,  pèchent  souvent  dans 
leur  conduite  contre  les  règles  de  la  stricte  mo- 
rale; il  sait  aussi  que  les  partis  acharnés  les  uns 
contre  les  autres  ne  se  montrent  pas  alors  avares 
d'hommages  à  l'égard  des    méchants    qui  les 
servent,  et  d'invectives  à  l'égard  des  bons  qui 
ne  sont  pas  de  leur   côté.  On  peut  conclure  de 
tout  ce  qui  précède  que  Raoul,  d'abord  incertain 
entre  le  parti  de  Grégoire  VU  et  celui  de  ses 
adversaires,  offrit  cependant  alors  même  assez 
dégages  à  cet  entreprenant  réformateur  pour  que 
celui-cicrfit  utile  de  leménager;  et  queplustard, 
gagné  par  la  bienveillance  de  Grégoire,  Raoul  de- 
vint un  des  plus  vifs,  un  des  plustéméraires  de  ses 
adhérents.  C'est  pour  cela  sans  doute  qu'il  fut  suc- 
cessivement dénoncé  et  protégé  par  les  mêmes 
légats.   Ses  constants  ennemis  furent  d'ailleurs 
ceuv  de  Grégoire  VU,  le  roi,  les  grands  vas- 
saux du  roi,  et  la  portion  du  clergé  gallican  qui 
redoutait  et  combattait  les  accroissements  quo- 
tidiens de  l'Église  romaine.  Raoul  exerça  dans  un 
grand  parti  l'emplolpérilleux  de  cheX de  cohorte. 
Voil;"»  peut-être    le  plus  grand  de   ses   crimes. 
Quoi  qu'il  en  soit,  il  parait  avoir,  sur  la  fin  de  sa 
vie,    obtenu  quelque  avantage   sur  ses  adver- 
saires; car  plusieurs   diplômes  de    l'église  de 


397 


LANGEAIS  —  LANGELANDE 


398 


Tours  nous  lemontrent  rétabli  dans  sa  métropole 
durant  les  années  1084  et  1086.  Si  l'on  ne  sait  la 
date  précise  de  sa  mort ,  c'est  qu'il  eut  pour 
successeur  un  autre  Raoul,  frère  de  Jean,  évêque 
d'Orléans.  Ce  Raoul,  deuxième  du  nom  parmi 
les  archevêques  de  Tours ,  occupait  certaine- 
ment le  siège  en  l'année  1093.  C'est  donc  une 
assertion  manifestement  erronée  que  celle  des 
frères  Sainte- Marthe  inscrivant  en  l'année  1095 
le  décès  de  Raoul  de  Langeais.     B.  Hauréau. 

J.  Maan.Sacr.  etIUetr.  eccl.  Turon..  —  Galiia  Christ., 
t.  XIV,  col.  63. 

LANGEBBCK    (Jacob),  historien    danois, 
né  le  23  juin   1710,  dans  le  Jutland,  mort  le 
16  août  1775,  à  Copenhague.  11  était  (ils   d'un 
ministre  luthérien  du  diocèse  d'Aalbourg,  et  se 
destina  d'abord  à  la  même  profession;  en  même 
temps  qu'il  suivit  les  cours  de  théologie,  il  étu- 
dia  par  goût   les  belles- lettres   et    les   anciens 
idiomes  du  noni.  Après  avoir  été  réduit  à  exer- 
cer les  humbles   fonctions  de  maître  d'école,  il 
fut  appelé  en  1740  à  Copenhague  par  le  savant 
Gram,  qui  lui  procura  une  place  à  la  Bibliothèque 
royale.   Depuis  cette  époque ,  s'occupant  sans 
cesse  de  rechercher   les  monuments  relatifs  à 
l'histoire  nationale,  il  fit,  en  Suède,  en  Allemagne 
et  dans  son  pays,  une  riche  collection  de  manus- 
crits, d'inscriptions  et  de  pièces  inédites,  dont  il 
tira  le  plus  grand  parti  dans  ses  publications. 
Reçu  membre  de  la  Société  royale  des  Sciences 
de  Copenhague  (1754),    il  fit    aussi  partie  des 
académies  de  Stockholm  et  de   Gœttingue.  En 
outre  il  fut  appelé  à  des  places  lucratives,  comme 
celles  de  garde  des  archives  du  royaume,    de 
conseiller  dejustice  et  de  conseiller  d'État.  «  Peu 
flatteur  et  même  assez  caustique,  dit  un  de  ses 
biographes,  Langebeck  était  simple  dans  sa  vie 
privée  et  communicatif  pour  les  gens  de  lettres 
qui  avaient  recours  à  ses  lumières  ou  à  ses  ri- 
chesses littéraires  ;  aussi  fut-il  en  commerce  de 
lettres  avec  un  grand  nombre  de  savants  de  tous 
les  pays.  «  On  a  de  lui  :  Danische  Biblioihek 
:  (Bibliothèque  danoise  );  Copenhague  et  Leipzig, 
!  1738-1739,  3  vol.,  ouvrage  rédigé  en  allemand  et 
I  continué  par  Olaùs  Moller  ;  —  Danske  Magazin 
i  (Le Magasin  danois);  Copenhague,  1745-1752, 
I  6vol  in-4°,  collection  de  pièces  diverses  sur 
;  l'histoire  et  la  langue  danoise ,  publiée  sous  les 
!  auspices  de  Christian  VI  et  de  Frédéric  V,  et 
i  avec  le  concours  de  quelques  gens  de  lettres  ;  — 
I  Histoire  de  la  Société  royale   de  Danemark 
(en  latin);  ibid.,  1748,  in-8°;    —  Bidenska- 
!  bernes  Tab  i  Kong  Christian  VI  Dôd  (  Vie  du 
roi  Christian  VI)  ;  ibid.,  1746,  in-8°;  —  Vie  du 
roi  Frédéric  JV;  ibid.,  1747,  in-4°;  — -  Norske 
Bergverkers  Historié  (Histoire  des  Mines  de 
Norvège);  ibid.;  1758,  in-4°,  se  trouve  aussi 
écrite  en  latin,  dans  le  tome  VII  des  Mémoires 
de  la  Société  de  Copenhague;  —  Intimatio  de 
collectione  latina  scriptorum  rerum  Dani- 
canim  medii  xvi;  ibid.,  1771,  in-4o  ;   —  Drey 
Bardengeseenge  su  einer  Aufkleerung  der  Ges- 


chichte  uns&r  Zeit  (Trois  bardits  pour  l'éclair- 
cissement de  l'histoire  de  notre  temps);  ibid., 
1772,  in-4o  (prospectus  en  allemand),  de  l'ou- 
vrage suivant;  —  Scrip tores  Rerum  Danica- 
carum  medii  œvi  partim  hactenus  inediti, 
partim  emendatius  editi;  ibid.,  1772-1776, 
t.  I  à  IV,  in-4°;  le  quatrième  volume  de  cette 
importante  collection  fut  édité  par  les  soins  de 
Frédéric  Suhm ,  et  la  continuation,  comprenant 
les  tomes  V-VII,  1783-1792,  fut  confiée  à 
M.  Schœning,  qui  en  trouva  la  plupart  des  élé- 
ments dans  les  trois  cents  portefeuilles  manus- 
crits laissés  par  Langebeck.  Ce  savant  avait 
aussi  travaillé  au  lexique  danois  de  Rostgaard  et 
à  V Atlas  danois  commencé  par  Pontoppidan  ;  il 
fut  encore  l'éditeur  des  Ëpistolœ  d'OlaiJs  Worm; 
1751,  2  vol.  in-8°.  K. 

Notice  en  tète  du  t.  IV,  des  Scriptores  Rerum  Dani- 
eanim.  —  Bianchi,  dans  les  JVovelle  Utterurie.  —  Dansk, 
Litteralur-Lexikon. 

LANGEBEKME.  Voy.  AnGLEBERME  (d'). 
LANOELANDE,  LANGLANDE  OU  LONGLAND 

(  Robert  ),  poète  anglais  du  quatorzième  siècle. 
D'après  une  tradition  fort  répandue  au  seizième 
siècle,  mais  dont  on  ne  trouve  pas  de  traces  avant 
cette  époque,  il  naquit  à  Cleobury  Mortinier, 
dans  le  Shropshire  (1),  entra  dans  les  ordres, 
et  devint  agrégé  du  collège  Oriel  à  Oxford  (2). 
Il  vivait  sous  les  règnes  d'Edouard  III  et  de 
I  Richard  II,  et  Baie  prétend  qu'il  fut  un  des  pre- 
miers disciples  de  WycUffe.  Langelande ,  sui- 
vant le  même  auteur,  compléta  sa  Vision  en 
1369,  quand  Jean  Chichester  était  maire  de  Lon- 
dres. Le  poème  dont  il  est  ici  question,  et  dont 
Langelande  est  supposé  l'auteur,  porte  le  titre  de 
Vision  of  Fiers  ploughman ,  se  divise  en  vingt 
parties  (passtis,  pauses,  comme  les  appelle  l'au- 
teur ),  et  forme  une  suite  de  visions  séparées.  Le 
poète,  qui  se  donne  pour  le  laboureur  (ploughman) 
Piers  ou  Pierre,  raconte  comment  un  matin  de 
mai,  las  d'errer,  il  s'étendit  au  bord  d'un  ruisseau 
et  s'endormit.  Dans  son  sommeil,  il  vit  un  puis- 
sant château  sur  une  colline,  avec  un  donjon, 
de  sombres  fossés,  et  au-dessous  une  vallée 
profonde.  Devant  le  château  s'étendait  une  place 
remplie  d'hommes  de  tous  les  rangs  et  de  tous 
les  métiers,  qui  vaquaient  chacun  à  son  occupa- 


(1)  Biichanan,  on  ne  sait  sur  (pielle  autorité,  rcTcndique 
pour  l'Ecosse  l'auteur  de  la  Fision,  «  Robert  Langland, 
dit-il,  Écossais  de  nation,  prêtre  de  profession,  iiomme 
issu  de  parents  obscurs,  tout  à  fait  pieux  et  ingénieux  et 
rempli  du  zèle  de  la  gloire  divine  ;  élevé  chez  les  béné- 
dictins de  la  citéd'Aberdeen  ,  horame  également  remar- 
quable par  ses  connaissances  dans  les  belles-lettres  et 
par  son  savoir  médical,  il  écrivit  en  langue  vulgaire  un 
ouvrage  pienx,  qu'il  intitula  :  f^ision  de  Pierre  le  laàou- 
rczir,  et  un  traité  en  faveur  du  Mariage  des  Prêtres.  Il 
florissait  en  1369,  sous  le  règne  de  David  11  d'Ecosse.  » 
ÎJuchanan,i)e  Scriptoribiis  Scotis,  ins.  Bibl.  Univ.  Edin. 

(2;  L'auteur  delà  f-'ision,  à  en  juger  par  sa  connaissance 
des  Écritures  et  des  Pères,  devait  être  un  moine;  cepen- 
dant le  rêveur  parle  de  «  Kytte,  sa  femme  »  et  de  «  Ca- 
lotte, sa  fille  u  ;  mais  U  ne  faut  pas  identifier  le  poëte  avec 
son  personnage. 


399 


LANGELANDE  —  LANGELIER 


400 


tion  particulière.  Tout  à  coup  une  belle  dame  ap- 
parut au  laboureur,  et  lui  révéla  le  mystère  de  ce 
qu'il  voyait.  Chaque  vision  commence  ainsi  par 
un  récit  des  circonstances  qui  ont  amené  le  som- 
meil du  poète;  une  fois,  entre  autres,  il  nous  ap- 
prend qu'il  s'endormit  en  disant  son  chapelet. 
La  Vision  de  Pierre  le  laboureur  est  une 
satire  où  figurent  des  personnages  allégoriques 
tels  que  l'Avarice,  la  Simonie ,  la  Conscience,  la 
Paresse  ;  elle  est  particulièrement  dirigée  contre 
le  clergé,  et  abonde  en  traits  piquants  et  spirituels. 
Mais  ces  mérites  d'imagination  disparaissent 
presque  pour  les  lecteurs  modernes  sous  la  vé- 
tusté du  style  et  de  la  versification.  L'auteur  n'em- 
ploie pas  la  rime ,  et  supplée  à  cet  ornement  par 
un  procédé  d'allitération  usité  dans  l'ancienne 
poésie  saxonne.  Dans  chaque  distique,  le  premier 
vers  contient  deux  mots  principaux  qui  commen- 
cent parla  même  lettre,  et  cette  lettre  doit  être 
l'initiale  du  premier  mot  sur  lequel  porte  l'accent 
tonique  dans  le  second  vers.  Comme  échantillon 
de  ce  genre  de  versification,  nous  citons  le  début 
de  la  vision  : 

In  a  soraer  seson 

Whan  softe  was  the  sonne, 

I  slioop  rae  into  shroudes 

As  i  a  shecp  weere , 

in  habite  as  an  herimite 

Unholy  of  werkes, 

"Wente  wide  in  this  world 

Wondres  to  hère; 

Ac  on  a  May  morwenynge 

On  Malvernc  hilles 

Me  bifel  a  ferly, 

Of  falrye  me  thoghte. 

La  Vision  de  Pierre  le  laboureur  répondait 
au  vague  désir  d'émancipation  religieuse  qui  en- 
traînait la  foule  vers  Jean  Wycliffe ,  et  exprimait 
avec  énergie  les  griefs  des  classes  laborieuses  ; 
aussi  elle  obtint  une  grande  popularité ,  qui  du- 
rait encore  au  dix-septième  siècle.  Pierre  le  la- 
Loureur  était  devenu  en  Angleterre ,  comme  Jac- 
ques Bonhomme  en  France,  le  synonyme  du 
travailleur  honnête  et  opprimé,  le  représentant 
des  agriculteurs.  Il  figure  dans  beaucoup  de 
pamphlets  du  seizième  siècle  et  du  siècle  sui- 
vant. Tandis  que  le  peuple  aimait  le  franc-parler 
et  le  robuste  bon  sens  de  Pierre  le  laboureur, 
les  esprits  cultivés  appréciaient  sous  la  rouille 
du  temps  ce  précieux  spécimen  de  la  pure  langue 
anglaise  du  moyen  âge  et  de  la  versification 
saxonne.  Selden  mentionne  l'auteur  de  la  Vision 
avec  éloge,  et  Hicker  l'appelle  «  celeberrimus 
illesatyrographus,  morum  vindex  acerrimus  », 
Chaucer,  dans  son  comte  du  Laboureur  (  Plow- 
man's  taie),  si  ce  conte,  peu  digne  de  lui,  est  son 
ouvrage,  semble  avoir  copié  Langelande;  Spenser 
l'a  aussi  imité  dans  ses  Pastorales,  et  Milton 
lui  a  peut-être  des  obligations.  Dans  les  meil- 
leurs manuscrits  l'auteur  est  appelé  William 
sans  aucun  surnom.  Le  nom  de  Longland  ou 
Langlande  repose  entièrement  sur  l'autorité  de 
Crowley,  le  premier  éditeur  de  la  Vision.  Il  y  a 
deux  versions  distipcte^  de  la  Vision  0/  Piers 


ploughman ,  on  plutôt  deux  classes  de  manus- 
crits distinguées  chacune  par  des  leçons  particu- 
lières. Sur  les  manuscrits  de  la  première  classe, 
Crowley  donna  en  1550  son  édition  princcps , 
suivie  de  deux  autres  dans  la  même  année.  Voici 
le  titre  de  la  seconde  édition  :  The  Vision  of 
Pierce  ploughman,  noive  the  seconde  lime 
imprinted  by  Roberte  Crmuley,  dwellyngein 
Elye  rentes  in  Holburnc.  Whereunto  are 
added  certayne  notes  and  cotations  in  the 
mergyne  gevynge  light  to  the  reader  ;  Londres, 
in-4°.  La  réforme  avait  fait  de  la  Vision  un  ou-' 
vrage  de  circonstance.  OwenRogers  en  donna 
d'après  les  mêmes  manuscrits  une  autre  édi-i 
tion:  The  Vision  0/ Pierce  plowman,  newhje 
imprynted  a/ter  the  authoufs  oldecopy,  ivith 
abrefe  summary  ofihe  principal l  matters 
set  before  every  part  called  Passus.  Wfie- 
reunto  is  also  annexed  the  crede  of  Pierce 
ploivman,  never  imprinted  with  the  book 
before  ;  Londres,  1561,  in-4°.  Cette  édition  n'est' 
pas  paginée ,  et  beaucoup  d'exemplaires  ne  con- 
tiennent pas  le  second  poème  qui  est  annoncé 
sur  le  titre.  Cet  ouvrage  (la  profession  de  foi  de 
Pierre  le  laboureur),  est  postérieur  à  la  Vision^ 
puisque  Wycliffe,  qui  mourut  en  1384,  y  est 
mentionné  comme  ne  vivant  plus.  Il  est  écrit 
dans  le  même  esprit  et  dans  le  même  mètre 
que  la  Vision,  et  avait  été  publié  pour  la  première 
fois  par  Raynold  Wolfe  (  Pierce  the  ploughman's 
Crede),  1553.  La  première  édition  donnée  d'après 
la  seconde  classe  des  manuscrits  est  celle  du  doc- 
teur Thomas  Dunham  Wkitaker,  Visio  Willielmi 
dePetro  plouhman  ,  item  Visiones  ejusdem  de 
Dowel,  Dobet,  et  Dobest.  Or  the  Vision  of  Wil- 
liam concerning  Piers plouhman\and  the  Vi- 
sions ofthe  same  concerning  the  origin ,  pro- 
gress  and  perfection  of  Christian  life;  Lon- 
dres, 1813,  in-4°.  Dunham  publia  le  Crede, 
l'année  suivante.  La  Vision  et  le  Crede  ont  trouvé 
iin  excellent  éditeur  dans  M.  Thomas  Wright  : 
The  Vision  and  Creed  of  Piers  plough- 
man; Londres,  1856,  2  vol.  in-18. 

L.  J. 
Cale,  Illustres  Majoris  Brilannix  Scviptores,  cent.  VI,  , 
p.  474  (cdit.  de  nale,  1559).— Percy,  Reliques,  II,  27S  (cdit., 
de  1794).—  Ellis,  Specim.  of  Engl.  Poet.,  I,  147,  et  les  In- 
troductions en  tête  des  éditions  de  Whitaker  et  Wright. 
LANGELiEii  (Nicolas),  prélat  français,  mort  '■ 
à  Dinan,  au  mois  de  septembre  de  l'année  1595. 
Élevé  sur  le  siège  de  Saint-Brieuc  en  15G4,  il  fut  i 
pourvu  par  Pie  IV,  le  5  août  de  cette  année,  et  prêta 
serment  au  roi  le  3  février  1565.  Son  administra- 
tion fut  pleine  de  troubles.  Ayant,  en  effet,  pris 
le  parti  de  la  Ligue ,  Langel'ier  devint  un  des 
plus  actifs  conseilleis  du  duc  de  Mcrcœur.  Mais 
les  citoyens  de  Saint-Brieuc  et  la  meilleure  [lart 
des  clercs  diocésains  étaient  restés  fidèles  à  la 
cause  du  roi,  et  luttant  de  tout  leur  pouvoir 
contre  les  entreprises  de  leur  évêque,  ils  lui  ren- 
dirent la  vie  fort  difficile.  Langelier  était  cepen- 
dant un  prélat  distingué ,  qui  connaissait  à  fond 
les  questions  canoniques.  Il  nous  reste  de  lui  un 


401  LANGELIER  - 

écrit  intitulé  :  Notée  in  C'anones,  dont  le  manus- 
crit fait  partie  du  fonds  de  Saint-Germain,  à  la 
Bibliothèque  impériale,  num.  370.      B.  H. 

Giill.  Christ.,  t.  XIV,  col.  1102. 

LAivGEPiBECK(Conrrtd-/ean-Mar^m),ana- 
tomiste  et  chirurgien  allemand,  naquit  le  5  dé- 
cembre 1776,  à  Hornebourg,  dans  le  royavnne  de 
Hanovre,  et  mourut  à  Gœttingue,  le  24  janvier 
1851.  Il  iitses  études  à  léna  et  à  Vienne,  s'établit 
comme  médecin  pratique  à  Hornebourg,  et  vint 
en  1802  à  Gœttingue,  où  il  ouvrit  un  cours  d'a- 
natomie.  Nommé  chirurgien  en  chef  de  l'armée 
hanovrienne,  il  assista  à  la  campagne  de  Belgi- 
que ;  après  la  conclusion  de  la  paix,  il  se  livra  de 
nouveau  à  l'enseignement.  C'est  Langenbeck  qui 
fonda  l'Institut  de  clinique  et  d'ophthalmologie 
de  Gœttingue,  et  qui  y  fit  construire  la  nou- 
velle salle  d'anatomie.  On  a  de  lui  :  Ueber  eine 
eïnfache  und  sichere  Méthode  des  Stein- 
schnittes  (D'une  méthode  simple  et  sûre  de  l'o- 
pération de  la  pierre);  Wurtzbourg,  1802;  tra- 
duction hollandaise;  Amsterdam,  1806; —  Veber 
einige  ivichtige  Erjordernisse  zur  Bildung 
eines  Wundarztes  (  De  quelques  qualités  im- 
portantes nécessaires  à  un  chirurgien  )  ;  Gœt- 
tingue, 1803;  —  Tractatus  anatomico-chi- 
rurgicus  de  nervis  cerebri  in  dolore/aciei  con- 
sideratis;  Gœttingue,  1805;  —  Anatomisches 
Handbuch  (  Manuel  d'Anatomie);  ibid.,  1806; 
cet  ouvrage  a  été  traduit  en  suédois,  Stockholm, 
1818;  —  Pruefung  der  Keratonyxis  (  Examen 
de  la  Keratonyxis);  Gœttingue,  181t  ;  —  Com- 
mentarius  de  structura  peritoneei ,  testiculo- 
rum  tunicis,  eorumque  ex  abdomine  in  scro- 
tum descensu,  ad  illustrandam  herniarum 
indolem  ;  ibid.,  1817;  —  Nosologie  und  Thé- 
rapie der  chirurgi-schen  Krankheiten  und 
Beschreibung  der  chirurgischen  Operationen 
(Nosologie  et  thérapie  des  maladies  chirurgicales 
et  description  des  opérations  chirurgicales  ); 
Gœttingue,  1822-1850,  5  vol.;  —  Icônes  ana- 
fomiCc-c; Gœttingue,  1826-1839,  8  vol.;  —  Hand- 
buch rfer^na^omie (Manuel d'Anatomie)  ;  ibid.; 
1831-1847,  4  vol.,  ouvrage  auquel  se  rattache  un 
Atlas  avec  des  planches  d'anatomie  microsco- 
pique :  Ânatomisch  mikroskopische  Abbïldiin- 
gen;  Gœttingue,  1848-1851,  4  livraisons;  — 
Bibliothek  fuer  Chirurgie  und  Ophthal- 
vwlogie  (Gœttingue  et  Hanovre,  1806-1828, 
8  vol.)  etc. 

LANGENBECK  (Max),  fils  du  précédent,  pro- 
fesseur à  l'université  de  Gœttingue ,  s'est  fait  con- 
naître par  un  recueil  intitulé  :  Klinische  Beitreege 
ans  dem  Gebiete  der  Chirurgie  und  Ophthal- 
mologie  (  Documents  de  clinique  ayant  rapport 
à  la  chirurgie  et  à  l'opthalmologie)  ;  Gœttingue, 
1840-1850,  2  vol.  D""  L. 

Conv.-tcx.  —  Callisen ,  Medieinisckes  Sc/triftsteller 
Lexikon. 

LANGENDTK  (Pierre),  poète  hollandais,  né 
en  1662,  à  Harlem,  où  il  est  mort  en  1735.  His- 
toriographe de  sa  ville  natale,  il  s'occupa  de  tra- 


LANGENSTEIN  402 

vaux  littéraires,  qui  se  distinguent  par  celte  sorte 
d'esprit  que  les  Anglais  appellent  humour,  se 
débattit  presque  toute  sa  vie  contre  le  besoin,  et 
termina  ses  jouis  dans  un  hospice.  On  a  de  lui 
des  comédies  originales  :  Don  Quichotte  aux 
noces  de  Gamache,  composée  à  l'âge  de  seize 
ans,  remaniée  par  lui,  et  qui  resta  longtemps  au 
théâtre;  —  Krelis  Louwen,  ou  la  noce  villa- 
geoise,  traiàmte,  par  J.  Cohen;dans  les  Chefs- 
d'œuvre  de  Th.  Holland;  —  Les  Mathémati- 
ciens;—  Le  Hâbleur,  ou  le  Gascon;  —  des 
tragédies  imitées  du  français  :  Jules  César  et 
Caton;  —  un  certain  nombre  A' Epigrammes ; 
—  VÉnée  endimanché,  parodie  bouffonne  du 
quatrième  livre  de  \ Enéide  probablement  ins- 
pirée par  la  lecture  de  Scarron  ;  —  enfin ,  une 
espèce  de  poëme  historique  en  pièces  détachées 
intitulé  :  Les  Comtes  de  Hollande.  La  collec- 
tion des  œuvres  deLangendyk  forme  4  vol.in-S". 

K. 
Kotbus  et  de  Rivccourt,  Dict.  Hist.  de  la  Hollande. 

*  LANGENN  { Frédéric- Albert  Du),  historien 
et  jurisconsulte  allemand ,  né  à  Mersebourg,  le 
26  janvier  1798.  Il  devint  en  1835  gouverneur  du 
prince  Albert  de  Saxe  et  membre  du  conseil  d'É- 
tat. En  1845  il  obtint  la  direction  du  ministère  de  la 
justice  et  en  1849  la  présidence  de  la  cour  d'appel 
de  Dresde.  On  a  de  luit:  Eroerterungen  prak- 
tischer  Eechtsjragen  (  Explications  de  quelques 
Questions  de  Droit  pratique);  Dresde  el  Leipzig, 
1829-1833,  3  vol.;  —  Leben  des  Herzog  Al- 
brecht  des  Beherzten  (La  Vie  du  duc  Albrecht 
le  Courageux)  ;  Leipzig,  1 838  ;  —  Moritz,  Herzog 
et  Churfûrst  von  Sachsen  (Maurice,  duc  et 
électeurde  Saxe)  ;  Leipzig,  1841 ,  2  vol.;  —  Chf-is. 
tophvon  Carlowitz ;  Leipzig,  1854; — Zuege 
aus  dem  Familienleben  der  Herzoginn  Si- 
donie  (Traits  de  la  vie  de  famille  de  la  duchesse 
Sidonie  )  ;  Dresde,  1852.  R.  L. 

Conv.  Lex. 

LANGENSTEiN  (  Hugo  VON  ) ,  poëtc  alle- 
mand, natif  de  la  Souabe,  vivait  à  la  fin  du  trei- 
zième et  au  commencement  du  quatorzième 
siècle  ;  il  fut  chevalier  de  l'ordre  Teutonique,  et 
mourut,  on  ne  sait  exactement  à  quelle  époque, 
dans  son  château  situé  sur  le  lac  de  Constance.  11 
a  laissé, entre  autres  écrits,  des  Vies  en  vers  de 
saint  Gilles,  de  Sainte  Martine  et  de  sainte  Elisa- 
beth. Graff,  Warkemayel  et  Grimm  les  ont  in- 
sérées dans  leurs  recueils  de  poésies  germaniques 
du  moyen  âge.  G.  B. 

Geryinxis,  Histoire  de  la  Littérature  germanique,  1. 1, 
p.  436  (en  allemand). 

LANGENSTEIN  (  Henri  ),  surnommé  Hen- 
ricus  de  Hassia,  célèbre  mathématicien,  astro- 
nome, jurisconsulte  et  théologien  allemand,  né  à 
Langenslein,  dans  la  Hesse  supérieure,  au  com- 
n)encement  du  quatorzième  siècle,  mort  à  Vienne 
en  1397.  Il  étudia  à  Paris,  y  devint  maître  en 
philosophieet  en  1375  licencié  en  théologie.  Pen- 
dant plusieurs  années,  il  fit  des  cours  à  l'uni- 
versité de  cette  ville  ;  il  en  fut  plus  tard  élu  vice 


403  LANGENSTEm 

chaDcelier.  En  1381,  il  fut  appelé  à  Vienne  comme 
reeteur  de  l'université  qui  venait  d'être  fondée 
dans  cette  ville.  En  commun  avec  son  ami  Henri 
d'Oyta,  il  propagea  en  Allemagne  l'étude  des  ma- 
thématiques et  de  l'astronomie.  Il  eut  le  mérite, 
rare  à  son  époque,  de  s'élever  avec  force  contre 
les  rêveries  astrologiques;  en  1368  le  roi  Phi- 
lippe de  Valois  ayant  demandé  à  l'université  si  la 
comète  qui  venait  d'apparaître  annonçait  des 
événements  malheureux,  Langenstein  décida  les 
docteurs  à  se  prononcer  pour  la  négative.  Il  se 
fit  aussi  remarquer  par  son  zèle  à  signaler  les 
abus  introduits  dans  l'Église.  Une  de  ses  princi- 
pales préoccupations  fut  de  faire  cesser  le  grand 
schisme ,  dont  il  dépeignit  avec  éloquence  les  ef- 
fets désastreux.  C'est  lui  qui  le  premier  indi- 
qua comme  moyen  de  pacifier  et  réformer  l'É- 
glise la  convocation  d'un  concile  général  ;  et  le 
premier  aussi  il  avança  en  termes  précis  la  supré- 
matie d'un  pareil  concile  sur  le  pape.  Les  ouvrages 
écrits  par  lui  à  ce  sujet,  souvent  invoqués  par  ses 
célèbres  disciples  Gerson  et  Pierre  d'Ailly,  eu- 
rent une  grande  influence  sur  l'esprit  de  ses  con- 
temporains. On  a  de  Langenstein  :  Vocabula- 
rius  tenninos  Bibluc difficiles declarans;ii73, 
jn-fol.; — Spéculum  seu  Soliloquiicm  Animée; 
li}07,  in-4°,  avec  une  préface  de  J.  Wimpheling; 
réimprimé  dans  les  Orthodoxographi  ;  Bàle, 
1555  et  1569;  —  De  quatuor  novissimis  sive 
cordiale,  etc.  ;  in-4°,  publié  sans  lieu  ni  date  vers 
la  fin  du  quinzième  siècle  ;  —  De  Arte  prsedi- 
candi  (  édité  à  la  même  époque  par  Gruminger  )  ; 
—  Sacerdotum  Sécréta  circa  missani,  publié 
sans  lieu  ni  date  dans  les  premiers  temps  de 
l'invention  de  l'imprimerie  ;  —  De  Eruditione 
Confessarioruin  ;Memmmgen,  1483; —  Qicœs- 
tiones XXXIII deContractibus  et  Ordinecen- 
suum,  inséré  dans  l'appendice  des  Opei-a  de 
Gerson,  édition  de  1484;—  De  Vifiis  et  Erro- 
ribux  spirituaUum,}^\ib\\é  à  la  suite  du  De  Er- 
roribus  christianorum  du  chartreux  Gruytrod; 

Consïlium  pacis   de  unione  ac  refoi'ina- 

tione  Ecclesiœ  in  concilio  universali  quee- 
renda;  cet  ouvrage,  écrit  en  1381,  se  trouve 
dans  le  tome  II  des  ^cta  conciliï  Constantien- 
sis  de  Hardt  et  dans  le  tome  II  des  Ope7-a  de 
Gerson,  édition  d'Ellies  du  Pin;  —  Dialogus  de 
schismate  (voy .  Baluze,  Histoire  des  Papes  d'A- 
vignon, 1. 1,  p.  1230);  —  Adversus  Telesphori 
eremitas  vaticinia  de  ultimis  temporibus, 
fortuna paparum,  cessatione schismatis ,  dans 
le  tome  l  des  Anecdota  de  Pez.  Langenstein  a 
encore  laissé  un  grand  nombre  d'ouvrages  et 
d'opuscules  qui  sont  restés  inédits  ;  on  en  trouve 
des  manuscrits  principalement  dans  les  biblio- 
thèques de  Strasbourg,  de  Baie,  de  Saint-Gall, 
de  Vienne  et  d'Augsbo-irg;  ces  ouvrages  ont 
surtout  trait  à  des  sujets  de  théologie  et  de  mo- 
rale. Langenstein  a  aussi  écrit  plusieurs  traités 
sur  l'astronomie,  qui  de  même  n'ont  pas  encore 
ôté  publiés;  voici  les  titres  des  principaux  :  De 
Improbatione   epicijclorum   et    concentrico- 


—  LANGERON  4041 

rum;  —  Theoricas  Planetarum;  —  Contra\ 
Astrologos.  Langenstein  a  exposé  longuement- 
ses  idées  sur  l'astronomie  et  le  système  du  mondei 
dans  la  première  partie  de  ses  Commentaria\\ 
in  quatuor  Geneseos  capita.  E.  G. 

Du  Boulay,  Hist.  Acaiiem.  Paris.,  t.  IV,  p.  961.  — 
B.  Pez.  Anecdota,  l.  II,  Dissert.  iiaqoijia,  p. 74.  —  Hardt, 
Acta  Concilij.  ConUantiensis,  t.  Il,  l'rolegomena,  p.  lo.-. 
Llebknecht,  De  Bassia  Mathematica,  p.  10.  —  Striedcr, 
Hess.  Gelehrtengeschickte  fortriesezt  vonjusti,  t.  XVIIJ, 
p.  210.  —  Kabriciiis.  Jiibl.  mcd.  et  inflm;e  Latin.,  t.  III, 
p.  6't6.  —  Heidelbcrçier  Jcihrbiicher,  ;innée  1826,  p.  997, 
article  de  Crcii/.er.  ~  A/lgemeinc  Kirchenzcituna,  année 
1828,  livraisons  16  et  53.  —  Ersch  et  Griiber,  Encyclopsedie, 
au  mot  Heinrich  a'on  Hessen.  —  Voigt,  Enea  Silvio 
und  sein  Zeitalter;  Berlin,  18S7,  p.  IBO. 

l..4HGER«>w  [  Andrault ,  comie.'ù'E] ,  général 
russe  d'origine  française,  né  à  Paris,  le  13  jan^ 
vier  1763,  mort  le  4  juillet  1831.  Il  entra 
comme  sous  -  lieutenant  dans  le  régiment  de 
Bourbonnais,  et  s'embarqua  en  1782  sur  la  fré- 
gate Z'/liy^e,  qui  devait  le  conduire  en  Amérique. 
En  arrivant  dans  ce  pays,  cette  frégate  soutint  un 
combat  contre  le  vaisseau  anglais  L'Hector,  et  s'é- 
choua dans  laDeldware.  Langeron  put  rejoindre 
les  troupes  alliées,  et  il  fit  la  campagne  de  1783 
sous  les  ordres  de  Viomesnii.  La  paix  ayant  été 
signée,  il  revint  en  France,  fut  nommé  capitaine 
au  régiment  de  Condé  dragons,  colonel  en  second 
du  régiment  de  Médoc  en  1786,  et  colonel  sur- 
numéraire du  régiment  d'Armagnac  en  1788.  II 
émigra  à  la  révolution  ,  et  soUicita  vainement  du 
service  dans  l'armée  autrichienne;  il  fut  plus 
heureux  du  côté  de  la  Russie,  et  au  mois  de  mai 
1790  il  partit  pour  Saint-Pétersbourg.  Chargé  du 
commandement  d'une  division  de  chc^loupes  ca- 
nonnières, sous  les  ordres  du  prince  de  Nassau, 
dans  la  Baltique ,  il  se  signala  dans  plusieurs 
combats.  La  paix  ayant  été  faite  avec  la  Suède, 
Langeron  se  rendit  en  Bessarabie,  à  l'armée  du 
prince  Potemkin.  Le  21  décembre  1790,  il  tenta 
l'assaut  d'ismail,  à  la  tête  d'un  bataillon  de  chas- 
seurs de  Livonie,  après  avoir  traversé  le  Danube 
sous  le  feu  de  l'ennemi.  Rejetédans  le  fleuve,  il  fut 
blessé  à  la  jambe,  et  reçut  pour  cefaitd'armes  une 
épéeaveccette  inscription  :  Alabravoure  '.'Lwmm 
1791,  il  servit  sous  Repnin,  en  Moldavie,  comme 
colonel,  etse  signala  à  Matchin.  En  1792  il  entra  en 
qualité  de  volontaire  dans  l'armée  du  prince  de 
Saxe-Teschen,qui  opérait  dans  les  Pays-Bas.  Au 
mois  de  septembre,  il  fit  avec  les  princes  et  l'ar- 
mée du  duc  de  Brunswick  la  campagne  de  Cham- 
pagne. Cette  armée  ayant  été  forcée  de  se  retirer, 
Langeron  retourna  à  Saint-Pétersbourg ,  d'où  il 
revint  avec  le  duc  de  Richelieu  dans  les  Pays-Bas, 
et  servit  dans  l'armée  autrichienne,  commandée 
par  le  prince  de  Saxe-Cobourg.  51  se  trouva  aux 
batailles  de  Maubeuge,  de  Landrecies,  de  Lannoy, 
de  Turcoing,  de  Tournay,  et  du  camp  de  César, 
au  combat  de  Rosendael ,  aux  sièges  de  Valen- 
ciennes ,  du  Quesnoy  et  de  Waltignies.  Les  Au- 
trichiens ayant  aussi  été  forcés  à  la  retraite, 
Langeron  retourna  encore  à  Saint-Pétersbourg, 
et  reçut  le  commandement  du  régiment  des  gre- 


!05 


ji-idiers  de  la  Petite-Russie.  Promu  brigadier  en 
1796,  général  major  en  1797,  et  lieutenant  général 
a  1799,  il  fut  employé  dans  la  Courlandc  et  la 
uiinogitie.  L'empereur  Paul  I"  le  nomma  inspec- 
onr  d'infanterie  et  comte  de  l'empire.  En  1805 
LAii^eron  vint  rejoindre  Kutusof,  et  commanda 
iiie  division  de  l'armée  russe  à  Austerlitz.  Sa  di- 
njsion,  qui  devait  tourner  l'armée  française,  se 
;ioiiva  rejetée  sur  nn  lac  glacé,  et  périt  presque 
ont  entière.  On  rejeta  en  partie  l'insuccès  de  cette 
.latail'e  sur  Langeron,  qui  tomba  en  disgrâce  ;  l'em- 
pereur de  Russie  lui  ordonna  même  de  quitter 
l'armée.  Cependant,  l'année  suivante  Langerou 
lit  employé  à  Bucharest,  sous  les  ordres  de  Mi- 
helson,  et  en  1807  il  commanda  l'aile  gauche  de 
Mevendorf  en  Bessarabie.  Il  combattit  encore  sous 
PS  innrs  d'Israaïl.  L'hiver  suivant ,  il  était  sur  le 
jPnith,  d  irigea  l'aile  gauche  du  prince  Prozorowsky 
:^n  Bessarabie,  puis  ïa  réserve  chargée  de  défendre 
iia  Yalachie  et  le  cours  du  Danube.  Enfermé  dans 
;Bucharest  à  la  tête  de  six  mille  hommes  seule- 
inent,  il  battit  l'avant-garde  du  grand-visir,  forte 
de  quinze  mille  hommes,  à  Fracina,  la  culbuta  et  la 
p)Oi!rsuivitjusqu'à  Giurgewo,  oii  campait  l'armée 
iurtjue.  Le  grand-vizir  n'osa  pas  accepter  le  com- 
aat,  et  se  retira.  Au  mois  de  juin  1810,Langeron 
^'empara  de  Sibstrie  après  sept  jours  de  tranchée 
ouverte;  il  fit  ensuite  une  excursion  dans  les 
innonts  Hémus,  et  fit  capituler  Routschouk  elGiur- 
jgewo.  Chef  de  la  vingt-deuxième  division  militaire 
ien  ISl  1,  il  se  trouva  à  la  tête  de  l'armée  de  Mol- 
davie en  attendant  Kutusof,  sous  lequel  il  com- 
battit avec  habileté  ;  l'armée  russe  parvint  à  en- 
velopper les  Turcs,  qui  se  rendirent  à  discrétion; 
en  1812  la  paix  fut  conclue  avec  la  Turquie. 

Pendant  l'expédition  de  Napoléon  en  Russie, 
Laiigeron  commanda  une  colonne  sous  Tchit- 
diagof,  qui  avait  été  chargé  de  mener  l'armée 
de  Yalachie  en  Pologne  et  en  Lithuanie  pour 
prendre  l'armée  française  en  flanc  et  l'arrêter, 
mais  qui  ne  put  l'atteindre  qu'après  la  retraite. 
11  assista  à  plusieurs  combats  sur  le  Don ,  à 
l'enlèvement  du  pont  de  Borisof  et  au  passage 
ide  la  Bérézina.  Jl  poursuivit  l'armée  française 
jusque  sur  la  Vistule  par  Vilna,  et  dans  cette 
iretraite  il  montra  de  l'humanité  pour  les  prison- 
jniers  français  que  les  rigueurs  de  la  saison  li- 
ivraient  en  nombre  incalculable  à  leurs  ennemis. 
lEn  mars  1813  Langeron  entra  dans  Thorn, 
Iqiii  se  rendit  après  un  siège  de  sept  jours.  II 
;iïiarcha  ensuite  sur  Bautzen ,  et  attaqua  le  vil- 
ilage  de  Kœnigswarta ,  où  il  fit  douze  cents  pri- 
sonniers, il  se  retira  bientôt  sur  Sctiweidnitz  ,  et 
pendant  l'armistice  il  commanda  l'armée  de  Bar- 
clay. Mis  à  la  tête  d'un  corps  de  50,000  hommes, 
qui  avec  ceux  de  Sacken  et  du  général  York 
composaient  l'armée  de  Silésie,  sous  les  ordres 
du  maréchal  Bliicber,  il  passa  la  Bober  au  mois 
d'août,  et  soutint  la  retraite  lorsque  Napoléon 
eut  battu  Bliicber  à  Lœwenberg.  Langeron  contint 
encore  l'armée  française  commandée  par  Macdo- 
nald,  après  la  bataille  de  Goldberg,  où  il  dirigeait 


LANGERON  406 

l'aile  gauche.  Le  26  août,  i!  contribua  au  gain 
de  la  bataille  de  la  Katzbach.  Au  mois  de  sep- 
tembre il  passa  l'Elbe  avec  Blûcher,  et  marcha 
sur  la  Saale.  Le  16  octobre,  il  se  distingua  sur 
les  bords  du  ruisseau  de  Wetteritz.  Le  18,  à  la 
bataille  de  Leipzig  ,  où  il  était  placé  sous  les 
ordres  du  prince  de  Suède,  il  passa  la  Parlhe,  et 
attaqua  le  village  de  Schœnfeld  ;  il  parvint  à  s'y 
maintenir,  et  contribua  ainsi  à  la  victoire  des 
alliés.  Le  lendemain  il  força  la  porte  de  Halle 
avec  Sacken,  et  entra  dans  Leipzig.  Le  l^"'  jan- 
vier 1814  il  passa  le  Rhin  à  Kaul,  enleva  Bin- 
gen  et  bloqua  Mayence  pendant  deux  mois.  Il 
remit  ensuite  le  commandement  du  blocus  au  duc 
de  Saxe-Cobourg,  et  rejoignit  Blùcher  en  France. 
Il  combattit  à  Soissons,  à  Laon  ,  à  Craonne  ,  à 
Vitry,  marcha  sur  Paris  par  Reims  et  Châlons  , 
et  traversa  la  Marne  à  Trilport  ;  le  29  mars  il 
s'empara  du  Bourget,  et  repoussa  les  avant- 
postes  français  sur  la  Villctte;  le  30  il  se  trou- 
vait à  l'extrême  droite  des  alliés,  s'étendant 
jusque  vers  Saint-Denis;  à  quatre  heures  du 
soir  il  emportait  d'assaut  la  position  retran- 
chée de  Montmartre,  défendue  par  vingt-neuf 
canons,  et  à  la  nuit  il  était  maître  des  bar- 
rières du  Nord  de  Paris.  Ce  fait  d'armes  lui  valut 
l'ordre  de  Saint -And  ré  ,  qu'il  avait  «  trouvé,  lui 
dit  l'empereur  Alexandre,  sur  les  hauteurs  de 
Montmartre  ».  On  le  soupçonna  d'avoir  forte- 
ment contribué  aux  dispositions  qui  se  manifes- 
tèrent tout  à  coup  dans  le  conseil  de  l'empeienr 
de  Russie  en  faveur  des  Bourbons.  A  son  retour 
en  Russie,  Langeron  eut  le  commandement  d'un 
corps  d'armée  en  Volhynie.  En  1815  il  marcha 
de  nouveau  sur  le  Rhin,  et  après  la  bataille  de 
Waterloo ,  il  prit  position  en  Alsace  et  en  Lor- 
raine. Après  la  campagne,  il  fut  chargé  de  diriger 
la  marche  rétrograde  des  troupes  russes  par 
Mannheim.  Il  quitta  Paris  au  mois  d'octobre  1815, 
et  se  rendit  à  Odessa  pour  remplir  les  fonctions 
gouverneur  de  Kherson,d'Iékaterinoslaf  et  de  la 


Crimée,  de  chef  des  Cosaques  du  Don  et  de  la  mer 
Noire.  En  1810  il  vint  à  Saint-Pétersbourg  sol- 
liciter la  franchise  du  port  d'Odessa,  et  il  l'obtint. 
Nommé  gouverneur  généra!  de  la  Nouvelle  Russie 
et  protecteur  du  commerce  de  la  mer  Noire  et  de 
la  mer  d'Azof  en  1822,  il  tomba  en  disgrâce  l'année 
suivante,  et  ne  revint  en  faveur  qu'après  l'avéne- 
ment  de  l'empereur  Nicolas,  qu'il  suivit  à  Moscou 
pour  le  couronnement.  Enl828,  Nicolas  l'appela 
près  de  lui  pendant  la  guerre  contre  la  Turquie. 
Langeron  se  trouva  au  combat  de  Satounose,  et 
accompagna  le  tsar  devant  Schoumla.  A  la  finde 
juillet,  il  fut  chargé  de  la  défense  de  la  Yalachie; 
avec  peu  de  troupes ,  il  surveilla  les  Turcs,  et  les 
battit  en  plusieurs  rencontres.  Le  27  octobre  il 
vint  mettre  le  siège  devant  Silistrie;  mais  un  ou- 
ragan violent  le  força  à  se  retirer  le  jour  même  où 
devait  s'ouvrir  la  tranchée.  Ce  ne  fut  pas  sans 
peine  qu'ilparvint  à  sauver  son  matériel.  Au  mois 
de  novembre,  l'armée  russe  prit  ses  quartiers 
d'hiver,  et  Langeron  commanda  toutes  les  troupes 


407 


LANGERON 


cantonnées  dans  les  principautés  danubiennes. 
]1  fit  enlever  la  forteresse  de  Kalé  et  bombarda 
Tourne,  qui  se  rendit.  A  ce  dernier  siège  la  gelée 
ayant  rendu  la  terre  trop  dure  pour  la  construc- 
tion des  batteries,  on  en  forma  avec  de  la  neige 
battue.  En  récompense  l'empereur  donna  au 
comte  Langeron  deux  canons  et  le  régiment  de 
Miajsk.  Diebitsch  ayant  été  nommé  général  en 
chef  de  l'armée  qui  agissait  contre  la  Turquie, 
Langeron,  qui  était  plus  ancien  que  lui,  demanda 
à  se  retirer.  Il  passa  deux  ans  à  Saint-Péters- 
bourg, où  il  mourut  du  choléra,  et  fut  inhumé 
dans  l'église  catholique  d'Odessa. 

Langeron  s'était ,  dans  sa  jeunesse,  passionné 
pour  la  littérature.  Avant  la  révolution  il  avait 
fait  jouer  à  Paris  une  comédie  en  un  acte  et  en 
prose  intitulée  :  Le  Duel  supposé;  Paris,  1789, 
in-8°.  Il  travailla  aux  Actes  des  Apôtres,  et  il  a 
laissé  des  Mémoires  inédits,  dont  M.  Thiers  a  pu 
profiter.  L.  L — t. 

liiorir.  des  Hommes  vivants.  —  Arnault,  Jay,  ,Iouy  et 
Norvins,  Biogr.  nouv.  des  Contemp.  —  Thiers,  Hist.  du 
Consulat  et  de  l'Empire. 

LANGES  (Nicolas  de),  surnommé  Angélus, 
magistrat  français,  né  à  Lyon,  en  1525,  mort  dans 
la  même  ville,  le  4  avril  1606.  Papire-Masson  et 
Du  Cange  prétendent  que  sa  famille  descendait 
en  ligne  directe  des  anciens  empereurs  de  Cons- 
tantinople  de  ce  nom.  Il  lit  ses  études  à  Bologne 
et  à  Pavie,  et,  reçu  avocat  à  Paris,  suivit  quelque 
temps  le  barreau  de  cette  ville.  En  1551  il  fut 
pourvu  d'une  charge  de  conseiller  au  présidial 
de  Lyon,  qu'il  exerça  en  même  temps  que  celle 
de  conseiller  au  parlement  de  Bombes,  qu'il  te- 
nait de  son  père.  En  1570  il  succéda  à  son  pa- 
rent de  Pomponne-Bellièvre  dans  la  charge  de 
lieutenant  général  de  la  sénéchaussée  de  Lyon. 
L'estime  générale  qu'il  s'était  acquise  par  ses 
lumières,  sa  sagesse  et  sa  droiture,  lui  mérita  de 
la  part  des  calvinistes  des  éloges  qu'ils  n'accor- 
daient qu'avec  peine  dans  ce  temps  de  troubles 
aux  magistrats  catholiques.  On  en  a  un  témoi- 
gnage authentique  dans  les  Mémoires  de  l'État 
de  la  France  soîis  Charles  IX;  l'auteur,  cal- 
viniste, parlant  du  massacre  de  la  Saint-Bar- 
thélemi,  exécuté  à  Lyon  le  22  février  1572, 
déclare  formellement  que  toutes  les  autorités 
furent  d'accord  pour  la  tuerie  «  hormis  le  lieute- 
nant de  Langes,  qui  était  opposé  à  ce  malheureux 
massacre  ».  En  1574  Nicolas  de  Langes  prêta  ser- 
ment à  Henri  III  en  qualité  de  premier  conseiller 
de  ville.  En  1582  François  de  Mandelot,  gou- 
verneur de  Lyon,'  le  mena  avec  lui  en  Suisse 
pour  s'aider  de  ses  conseils  dans  la  négociation 
dont  il  était  chargé  auprès  des  cantons;  il  con- 
tribua beaucoup  au  succès  de  cette  mission.  A 
son  retour,  de  Langes  fut  fait  premier  président 
du  parlement  de  Dombes,  et  deux  fois  ses  con- 
citoyens le  choisirent  pour  consul.  De  Langes, 
ami  écJairé  des  lettres,  réunissait  dans  sa  mai- 
son de  Fourvières  un  certain  nombre  de  littéra- 
teurs et  de  savants  ;  il  en  forma  une  académie 


—  LANGEVIN  40f 

qui  dura  longtemps.  La  médaille  représentan 
A.  de  Langes  se  trouve  dans  La  France  mêlai 
tique  avec  ces  mots  ;  Veterum  volvit  monu- 
meuta  vironwi  {Wr^.) .  lia  laissé  de  nombreux 
documents  sur  l'antiquité  dont  Paradin  a  sv 
profiter  pour  son  histoire.  L — z — e. 

Paplre-Masson,  Elogia.  —  Du  Cangc,  Franc.  Scriptor 

—  L'abbé-  l'ernetli ,  Recherches  pour  .lervir  à  l'histoir 
de  Lyon,  t.  1,  p.  408. 

LANCETTi  {Giovanni-Battista),  peintre  d( 
l'école  génoise,  né  à  Gênes,  en  1635,  mort  ; 
Venise,  en  1676.  Il  fut  d'abord  élève  dePiern 
de  Cortone,  puis  du  Cassana,  excellent  coloriste 
et  son  compatriote.  Il  alla  jeune  s'étabhr  à  Venise 
où  il  passa  le  reste  de  sa  vie ,  travaillant  pet 
pour  les  églises  et  pour  les  monuments  publics, 
mais  beaucoup  pour  les  galeries  particulières; 
qu'il  enrichit  d'un  grand  nombre  de  têtes  dt 
vieillards,  d'anachorètes,  de  philosophes,  peinte! 
d'après  nature.  Doué  d'une  excessive  facilité, - 
en  faisait  une  par  jour,  aussi  pouvait-il  les  dos 
ner  à  un  prix  peu  élevé,  qui  les  mettait  à  la  por- 
tée d'un  plus  grand  nombre  d'amateurs.  Parmi 
ses  rares  compositions ,  on  remarque  un  Cruci' 
fiement  peint  pour  léglise  des  Thérésiennes  de 
Venise ,  et  le  Supplice  de  Marsyas  du  musé^ 
de  Dresde.  Son  coloris  est  vigoureux  et  brillant, 
mais  son  style  est  peu  élevé,  et  n'atteint  jamais  à 
la  beauté  idéale.  E.  B — n. 

Zanetti,  Délia  Pittura  f^eneziana.  —  Boschini,  Carta, 
del  navegar  pittoresco.  —  Lanzi,  Storia  delta  Pittura. 

—  Ticozzi,  Dizionario.  —  Catalogue  de  Dresde. 

LANGERSiANiv  {Georges- Frédéric  ) ,  général! 
polonais,  né  dans  le  grand-duché  de  Mecklem-i 
bourg,  le  27  octobre  1791 ,  mort  en  Belgique,  en( 
1840.  Il  servit  d'abord  dans  la  marine  française.' 
Fait  prisonnier  en  1809,  par  les  Anglais,  il  put  se 
sauver  en  1812,  et  fît  les  campagnes  de  1813  et 
de  1814  en  Croatie  et  en  Italie,  et  celle  de  1823 
en  Espagne.  Il  devint  aide-de-camp  du  général 
Lamarque  pendant  la  guerre  de  la  Vendée.  En 
1831  il  concourut  à  la  révolution  de  la  Pologne, 
et  en  1834  il  entra  au  service  de  la  Belgique,  et 
publia  quelques  Mémoires  militaires.     L.  Ch.  i 

J.  Straszewicz,  Les  Polonais  du  29  novembre  1830.  — 

—  Annales  militaires  de  la  Belgique. 

LASGEVIN    »Ë   PONTAITMONT  (TllOmas), 

historien  français,  né  le  24  février  1658,  à  Ca- 
rentan ,  dans  le  Cotentin ,  mort  dans  cette  ville, 
le  19  décembre  1713.  En  1701  il  fit  imprimer 
à  Rotterdam  un  recueil  d'épigrammes  latines, 
qui  fut  suivi,  douze  ans  plus  tard,  du  Gallia- 
rum  historix  Tabula ,  ouvrage  dans  lequel  il 
semble  avoir  voulu  resserrer  dans  un  cadre 
étroit  les  faits  principaux  de  l'histoire  de  la 
Gaule  ancienne  et  de  la  Gaule  romaine.  Le  style 
en  est  correct  et  la  latinité  facile. 

Son  frère  aîné,  Langevin  [Léonor- Antoine), 
docteur  en  Sorbonne  ,  né  à  Carentan,  le  l."'  jan- 
vier 1G53,  mort  à  Paris,  le  14  juillet  1707,  s'est 
fait  connaître  surtout  par  un  ouvrage  intitulé-: 
V Infaillibilité  de  V Église  dans  tous  les  actes 


}09  LANGEVIN 

(e    sa    doclrine    totichant    la  fol    et    les 
nœurs,  etc.;  Paris,  1701,  in-12.        G.  de  F. 
ylnn.  de  la  Manche,  1335. 

LANGEVIN  (  L'abbé  Piei-re-Gïlles),  historien 
I  ;inçais,  né  à  Falaise,  le  9  novembre  1755,  mort 
e  19  août  1831.11  embrassa  l'état  ecclésiaslique, 
t  vécut  fort  retiré.  Il  est  auteur  de  Recherches 
listoriques  stir  Falaise,  im\o\.  in-12.  11  faut 
;;e  garder,  toutefois,  d'adopter  la  plupart  de  ses 
Conjectures  sur  l'origine  de  sa  ville  natale,  à  ia- 
||uelle  il  donne  pour  marraines  une  chatte  de 
Diane  du  nom  de  Fêlé  et  la  déesse  Isis.  On  a  de 
Langevin  un  Discours  (en  vers)  5m;'  la  Vertu  et 
Ijuelques  autres  poésies.  G.  de  F. 

Boisard ,  Notices  biogr.,  littér.  et  critiques  sur  les 
lommes  du  Calvados. 

LANGEY.  Voy.  Bellay. 

LANGFORD  (  ThoTnas  ),  dominicain  anglais  , 
lé  dans  le  comté  d'Essex,  mort,  suivant  les  his- 
oriens  de  son  ordre,  en  1314.  On  lui  attribue 
livei's  ouvrages,  dont  aucun  n'a  vu  le  jour  : 
"hronica  ab  orbe  condito  ;  —  Postilla  super 
Job;  —  Sermoncs  per  totum  annum.    B.  H. 

Écliiird,  Script.  Ord.  Prxdicat.,  t.  I,  p.  623.  —  Vossius, 

e  Hist.  Lat.,  p.  514. 

liANGHAM  {Simon  de),  prélat  anglais,  né 
Irers  1310,  mort  à  Avignon,  le  22  juillet  1376.  Il 
|tait  probablement  originaire  de  Langham  (comté 
le  Rutland  ),  ville  dont  il  prit  le  nom  ;  après 
ivoir  été  admis  en  1335  dans  le  couvent  de 
Saint-Pierre,  à  Westminster,  il  devint,  en  1349, 
îbbé  de  son  ordre,  et  déploya  la  plus  grande 
ictivité  dans  la  répression  des  abus  monasti- 
ques. Entre  autres  réformes,  il  réunit  en  code 
lin  ensemble  de  règlements  et  de  mesures  conçus 
dans  un  esprit  plus  élevé  que  ceux  qui  gouver- 
naient à  cette  époque  les  diverses  obédiences 
religieuses.  Edouard  III,  appréciant  ses  talents 
et  son  habileté,  l'éleva  en  1360  aux  fonctions 
de  lord  trésorier  et  en  1364  à  celles  de  chance- 
lier ;  dans  l'intervalle,  il  avait  été  nommé  évêque 
d'Ely  (1361),  d'où  il  était  passé  à  Tarchevèché 
(Je  Canterbury  (1366).  Le  principal  acte  de  son 
administration  fut  la  destitution  du  fameux 
Wiclef,  que  son  prédécesseur  avait  placé  à  la 
tète  d'un  collège  fondé  à  Oxford.  Pour  le  con- 
traindre à  quitter  ce  poste,  il  mit  sous  le  sé- 
questre les  revenus  du  collège.  "Wiclef  appela 
de  cette  décision  au  pape  Urbain  V,  qui  donna 
gain  de  cause  à  l'archevêque  et  lui  envoya  même, 
en  septembre  1368,  le  chapeau  de  cardinal. 
Tombé  dans  la  disgrâce  du  roi ,  qui  dans  cette 
dernière  querelle  avait  appuyé  la  résistance  de 
Wiclef,  Langham  se  rendit  auprès  du  pape,  et 
fut  par  lui  comblé  de  dignités  de  toutessortes.il 
fut  cependant  encore  employé  dans  les  affaires 
politiques  de  son  pays ,  tenta  vainement  d'opérer 
un  rapprochement  entre  les  cours  de  France  et 
d'Angleterre ,  et  ménagea  la  paix  avec  le  comte 
de  Flandre.  Dans  les  derniers  temps  de  sa  vie, 
Grégoire  XI  le  chargea  des  intérêts  du  saint- 
siège  à  Avignon,  où  il  mourut,  d'une  attaque 
d'apoplexie.  Son  corps,  ramené  en  Angleterre , 


—  LANGHE 


410 


fut  inhumé  en  grande  pompe  à  l'abbaye  de  West- 
minster. P.  L— Y. 

Wliarton,  Anglia Sacra.—  Moscr, /-.i/e  of  SimonofL.. 
dans  ['Europe  .Magazine,  1797.  —  Th.  Tanner,  Biblioth. 
Britannica.  —  Baluze,  Film  Pap.  Aven.,  I. 

LA\GiiAi\s  (  Charles- Gotlhard  ),  architecte 
allemand,  né  à  Landshnt,  en  Silésie,  mort  en 
1808.  Après  avoir  étudié  les  belles-lettres  et 
l'histoire ,  il  s'appliqua  aux  mathématiques  et 
au  dessin,  et  se  destina  enfin  à  l'architecture. 
En  1759  il  entreprit  un  voyage  à  travers  toute 
l'Europe  pour  en  visiter  les  principaux  monu- 
ments. De  retour  dans  son  pays  en  1775,  il  fut 
nommé  conseiller  au  département  des  bâtiments 
à  Breslau;  en  1785  il  fut  appelé  à  Berlin  comme 
chef  de  ce  département.  11  devint  plus  tard  mem- 
bre de  l'académie  de  cette  ville.  Ses  talents  sont 
attestés  par  un  grand  nombre  de  monuments 
élevés  par  lui  dans  diverses  villes  de  l'Alle- 
magne, et  parmi  lesquels  nous  citerons  :  L'église 
des  Onze  mille  Vierges ,  la  Bourse,  et  le  pa- 
lais Halzfeld  à  Breslau  ;  à  Berlin  :  le  Nouveau 
Théâtre,  et  la  porte  de  Brandebourg ,  l'œuvre 
capitale  de  Langhans.  E.  G. 

Nagler,  Allgem.  Kilnstler-Lexicon. 

LANGHE,  en  latin  LANGics  (Charles  HE), 
philologue  belge,  naquit  à  Gand  selon  Sander, 
Sweert  et  Valère- André;  à  Bruxelles  selon  Juste 
Lipse,  Aubert  Le  Mire  et  Paquot;  mourut  à 
Liège,  le  29  juillet  1573.  Son  père,  seigneur  de 
Beaulieu,  fut  successivement  secrétaire  de  Char- 
lesQuint  et  de  Philippe  II.  Le  jeune  de  Langhe, 
instruit  dans  les  belles-lettres,  commença  son 
droit  à  Louvain  et  le  termina  en  Italie,  où  il  se  fit 
recevoir  docteur.  Il  embrassa  l'état  ecclésiastique, 
et  fut  pourvu  d'un  canonicat  à  Saint-Lambert  de 
Liège.  De  Langhe  laissa  une  fort  belle  bibliothèque, 
presque  toute  composée  de  manuscrits  grecs  et 
l.itins;il  avait  aussi  des  jardins  et  des  serres 
remplies  des  plantes  les  plus  curieuses  d'Europe 
et  des  Indes.  Le  P.  Scliott  dit  de  de  Langhe 
«  qu'il  était  très-savant  en  grec  et  en  latin ,  fort 
bon  poète,  et  l'un  des  plus  judicieux  critiques 
de  son  siècle  ».  Juste  Lipse  l'appelle  «  le  plus 
docte  et  en  même  temps  le  plus  homme  de  bien 
qui  fCit  parmi  les  Flamands  »  ;  Montanus  en  parle 
dans  le  même  sens.  «  Tous,  enfin ,  ajoute  Pa- 
quot, conviennent  qu'il  réunissait  en  lui  une 
érudition  extraordinaire  et  une  vertu  très-dis- 
tinguée. »  On  a  de  lui  :  Marci  Tullii  Ciceronis 
Officia,  De  Amicitia,  ac  De  Senectute  e  mem- 
branis  Belgicis  emendata ,  notisque  illus- 
trata;  Anvers,  1563  et  1573,  in-12;  à  la  suite 
des  Observationcs  humanœ  du  P.  André  Schott , 
Anvers,  1615,  in-4";  —  Carmina  lectiora  :  De 
Luudibus  urbis  Leodicensis ,  etc.;  Anvers, 
1615,  in-4";  —  Variantes  Lectiones  in  Plauii 
Comœdias  ;  Plantin,  1566,  in-16;  ave*  ISotesûc 
Turnèbe,  d'Adrien  Junius ,  Bûle ,  1568,  in-12. 
De  Langhe  a  laissé  en  manuscrit  :  Collectio  va- 
riorum  Diplomattim  et  Actorum  Fcclesise  et 
patriee  Lcodiensis;  —  des  Noies  sur  Sénèque, 


411 


LANGHE  — 


sur  Solin,  sur  Suétone,  sur  Pline,  sur  Théo- 
pliraste  et  sur  Diosooride.  L— z— e. 

Le  Mire.  EInçia  Betgica,  p.  lGl-163.  —  Chapcaiiville, 
Gesta Pontijtenm Leodiens\um,,cic.,i.  111,  p. 470.— Sander, 
De  Gandaveiisis,  p.  9".  —  .Swcert,  Athœn.  Helfj.,  p.  168. 
—  Valère  André,  Bibliotàeca  Belgica,  p.  121. 

LANGHE-CRUYS  {Jeayi  van),  en  latin  Lan- 
gke-Cruclus,  canoniste  belge,  né  à  Hilverenbeek 
(Campine),  vers  1530,  mort  à  Cassel,  en  1604.  Il 
lit  ses  études  à  Louvain,  où  il  enseigna  les  bel- 
les-lettres durant  quelques  années,  et  fut  élu  pré- 
sident du  collège  de  Winckelius  en  1564.  11  prit 
dans  la  même  université  le  grade  de  licencié 
dans  l'un  et  l'autre  droit  en  mars  1565.  et  fit  des 
cours  sur  le  décret  de  Gi'atien.  L'année  suivante 
il  succéda  à  Mattliias  Ruckenbossche  comme 
professeur  extraordinaire  de  droit  civil  et  cba- 
noine  du  second  rang  dans  la  collégiale  deSaint- 
Pierre  de  Louvain.  Le  16  juin  1568,  son  parent 
Jean-Baptiste  de  Langhe  lui  résigna  la  riche 
prévôté  de  Saint-Pierre  à  Cassel.  Selon  Paquot, 
«  c'étoit  un  prêtre  appliqué  à  ses  devoirs,  en- 
nemi du  faste  et  de  l'ambition.  Ses  ouvrages  res- 
pirent partout  la  piété  et  montrent  beaucoup  de 
lecture  et  de  jugement  ».  On  a  de  lui  :  De  Ma- 
lonim  horum  temporum  Causis  et  Remedus  ; 
Douai,  1584,  in-4";  —  De  Vita  et  Uonestate 
Canonïcorum  ;  Douai,  1588,  in-S";  —  Flores 
spiritnales ;  Anvers,  1592,  in-18;  —  Precatio- 
nes  ;  Anvers,  1601,  in- 12  (  rare).        A.  L. 

Hégistres  du  collège  de  JFinckelius,  lib.  IV,  cap.  xxrii, 
n°  1.  —  Sweert,  Bibliotheca  Belgica,  p.  441.—  Valère 
André,  Bibliotheca  Belgica,  p.  323.  —  Foppens,  Biblio- 
theca Belgica,  p.  672.  —  l'aquot.  Mémoires  pour  servir 
à  l'hist.  un.  des  Pays-Bas,  t.  V,  p.  78-80. 

LAKGHËENRiCH  (Georges-Mcolas  ),  savant 
allemand,  né  à  Hof,  le  8  janvier  1650,  mort  en 
1680.  Il  se  fit  recevoir  en  1672  maître  en  philo- 
sophie à  Leipzig,  et  devint  quelques  années  après 
recteur  du  gymnase  de  Hof.  On  a  de  lui  :  Quxs- 
tio  an  in  copula  possH  esse  tropus  ;  Leipzig , 
1672,  111-4";  —  De  Sensu  Plantaruni;  ibid., 
1672,  in-4°;  —  De  Pontii  Pilati  Patria;  Hof, 
1677,   in-4"  ;  —    De  nomine  Csesaris;   Hof, 

1677,  in-4°;  —  Num  cognitus  Augusto  Mes- 
sise  adventus  fuerit;  Hof,  1678,  in-4°  ;  —De 
Simulatione  et  Dissimulatione  Tiberii;  Hof, 

1678,  in-4°;  — De  Luthero  cygno  ;  Hof,  1679, 
10-4°;  —  Disputatio  moralis  atque  historica 
de  Anthropophagia  ;  Hof,  1680,  deux  opuscu- 
les, in-4°.  E.G. 

Fickenscher,  Gelekrtes  Dayreuth,  t.  V.  —  Rotermund, 
Supplément  à  JOcher. 

LANGHElrsuiCH  {  Isaac- Frédéric  ) ,  érudit 
allemand  ,  né  à  Hof,  le  7  septembre  1698,  mort 
en  1753.  Il  étudia  à  Leipzig,  où  il  obtint  en  1720 
le  grade  de  maître  en  philosophie;  il  y  devint 
en  1722  prédicateur  à  l'église  Saint-Paul.  L'année 
suivante  il  fut  nommé  diacre  à  Delitsch;  en 
1734  la  duchesse  douairière  de  Mersebourg  le 
choisit  pour  son  directeur.  En  1738  il  fut  appelé 
aux  fonctions  d'archidiacre.  On  a  de  lui  :  De  Tl- 
mone  syllographo  ejusque  fragmentis;heip- 
Zig,  1720-1723,  trois  opuscules,  iij-4°;  —  De 


LANGHORNE  412 

j  authentia  et  auctoritate  codicis  Ebreac;  Leip- 
I   zig,  1721,  in-40;  reproduit  dans  le  tome  T"  de 
la  Crïtica  sacra  de  Carpzov.  E.  G. 

!  Fickenscher,  Gel.  Bayreuth,  t.  V.  —  yicta  histnrica 
I  ecclesiastica  l  Leipzig,  1734-17SS),t.  III,  p.  483.  —  Allgem 
I    litter.  Jnzeiger;  Leipzig,  1798,  p.  1182. 

i  LANGHORNE  (^Daniel),  antiquaire  anglais, 
ne  à  Londres,  mort  en  1681.  Admis  à  l'univer- 

;  site  de  Cambridge  ,  il  y   reçut  les  diplômes  de 

:  maître  es  arts  et  de  bachelier  en  théologie,  \ 
fit  partie  du  corps  enseignant,  et  obtint  en  167u 
un  bénéfice  dans  le  comté  de  Hertlord.  On  a  de 

I  lui  :  Elenchus  Anliquitatum  Albionensïum ; 

j  Londres,  1673,  in-8";  augmenté  d'un  supplément 
en  1674;  —  Chronicon  Regum  Angloruni; 
Londres,  1679,  in-8°;  il  devait  en  donner  une 
suite,  dont  le  manuscrit  s'est  conservé  sous  le 
titre  de  Dan.  Langhornii  Chronicl  Anglorum 
Continuatio,  vel  pars  secunda  ab  A.  C.  800 
ad  978.  P.  L— Y. 

Masters,  J^Jist.  of  coll.  of  Corpus-Christi. 

LANGHORNR  [John),  littérateur  et  poëtel 
anglais,  né  en  mars  1735,  à  Kirkby-Steven  (West- 
moreland  ) ,  mort  le  \"  avril  1779.  Il  fit  de' 
bonnes  études  à  l'école  d'Appleby  ;  mais  comme 
il  était  trop  pauvre  pour  les  terminer  à  l'univer- 
sité, il  se  fit  précepteur,  et  prit  les  ordres. 
D'abord  vicaire  à  Dagenham  (  1761  ),  puis  à  Lon-i 
dres  (  1764),  il  put  déployer  dans  cette  ville  le 
remarquable  talent  dont  il  avait  fait  preuve  it 
bonne  heure  pour  l'étude  des  lettres,  et  surtout 
de  la  poésie.  Sa  collaboration  à  la  Monthly  Re- 
view,  que  dirigeait  Griffitlis,  contribua  à  le' 
placer  parmi  les  écrivains  distingués  de  l'épo- 
que ;  SmoUett  le  traita  avec  égard,  et  Robertson,! 
qui  était  à  la  tête  de  l'université  d'Edimbourg,, 
lui  fit  envoyer  en  1766  le  diplôme  de  docteur 
en  théologie.  Après  avoir  prêché  deux  ans  à  h 
chapelle  de  Lincoln's  Inn,  il  acquit  le  bénéfice! 
de  Blagdon,  dans  le  Somerset  (  1767),  d'où  il 
passa  avec  une  prébende  à  la  cathédrale  de- 
Wells.  Langhorne,  qui  mourut  Jeune  encore,  a 
laissé  un  grand  nombre  d'écrits;  il  était  d'hu-i 
meur  aimable,  homme  du  monde  et  d'un  carac-' 
tère  facile.  L'élégance  et  la  sensibilité  sont  lesi 
traits  saillants  de  sa  poésie;  l'invention  ne  luii 
fait  pas  défaut,  et  il  a  fort  souvent  le  mérite! 
d'être  original.  Quant  à  ses  écrits  en  prose,  il  a 
touché  à  tant  de  sujets  qu'on  a  lieu  d'admirer  jâ 
fertihlé  de  son  imagination;  mais  il  manque  de' 
fond,  il  est  léger,  amusant,  plein  d'imprévui 
quelquefois,  mais  il  frappe  si  peu  l'esprit  que  sa 
réputation,  considérable  jadis,  semble  usurpée' 
et  que  ses  ouvrages  n'ont  pas  survécu  à  leuf 
auteur,  malgré  l'engouement  avec  lequel  ils 
étaient  accueillis.  Nous  citerons  de  lui  :  Poems; 
Londres,  1804,  2  vol.  in-12,  édition  donnée  par 
son  fils  et  dont  les  meilleurs  morceaux,  publiés 
séparément,  sont  :  Tears  of  the  Muses;  1760; 
.  —  The  Visions  of  F  ancy,  élégies;  1762;  —  The 
Enlargement  of  the  Mind ,  poëme  philoso- 
phique; 1763-17G5;  —  Genius  and  Valour  ;\ 
1766;  —  The  Country  Justice,  poëme  satif 


113 


LANGHORISE 


ic(ue,  1774-1777;  —  Letters  on  Religious  Re- 
irement ,  Londres,  1762,  in-8°,  qui  sont  dé- 
liées au  savant  Warburton  ;  —  Sohjman  and 
\Umena;  Ma.,  1762:  fiction  conçue  dans  le 
;oùt  des  contes  orientaux  ;  —  The  Letters  pas- 
ed  between  Theodoshis  and  Constantia; 
bid.,  Î763-1764  ;  traduction  française  ,  Rotter- 
lam,  1764,  in-8°;  —  Effusions  of  Friendship 
md  Fancij;  ibid.,  1763,  2  vol.  in-12;  1766, 
dition  augmentée:  ce  livre,  qui  obtint  une  vogue 
«nsidérable  et  fut  traduit  en  français  par 
îriffet  de  La  Baume  en  1787,  offre  un  agréable 
nélange  de  fantaisie,  d'humour  et  de  satire, 
naiheureuseinent  déparé  par  un  style  irrégulier 
t  trop  fleuri;  c'était  une  des  plus  heureuses 
mitations  qu'avait  fait  naître  le  Voyage  senti- 
mental de  Sterne;  —Sei-mons;  ibid.,  1764, 
vol.,  dont  le  seul  mérite  est  d'être  fort  courts  ; 

-  Letters  on  the  Éloquence  of  the  Pulpii  : 
uid.,  1765;—  The  fatal  Prophecy ,  tragédie 
iieiliocre  insérée  dans  le  recueil  qu'il  fit  de  ses 
eiâ  en  1766  ;  —  Frederick  and  Pharamond, 

rr  the  consolations  of  human  lif'e;  in-8°;  — 
ietters  supposed  to  hâve  passed  between 
>/.  de  Saint-Evremond  and  Waller  :  corres- 
pondance imaginaire  assez  habilement  con- 
duite; —  Plutarch's  Lives ;  Londres,  1770, 
vol.  in-8",  traduction  devenue  rapidement  po- 
ulaire  et  retouchée  depuis  par  Wrangham;  — 
'Ubles  of  Flora;  1771,  in-4°  ;  5"=  édit.,  1801; 

—  Owen  of  Carron,  conte. 

1  i^ANGHORNË  {William  ),  frère  aîné  du  pré- 
j;édeut,  né  en  1721  et  mort  en  1772,  fut  chargé 
lepuis  1754  de  la  cure  de  Folkstone.  U  y  a  pu- 
'ilié  Job,  poëme,  ainsi  qu'une  paraphrase  poé- 
jique  d'isaïe,  et  a  travaillé  à  la  version  anglaise 
lie  Plutarque  donnée  par  son  frère.  P.  L — y. 
I  Ifotice  biogr.  (en  tête  de  redit,  des  Poems,  1804).  — 
iohnson  et  Chalnoers,  English  Poets,  1810. 
j  L.4Nr.iNl  {Antonio),  sculpteur  italien,  dit 
fussi  Antonio da  Carrara,  parce  qu'il  était  né  à 
Carrare,  vivait  dansla  première  moitié  du  seizième 

iècle.  Il  passa  la  plus  grande  partie  de  sa  vie  à 
'alarme,  où  il  exécuta  pour  le  vice-roi  de  Sicile, 
e  duc  de  Monteleone,  de  la  maison  Pignatelli, 

rois  Vierges  qui  furent  placées  sur  les  autels  de 
ja  cathédrale  de  Monteleone  en  Calabre,  et  plu- 
sieurs autres  figures  qui  restèrent  en  Sicile.  11 
prichit  le  choeur  de  la  cathédrale  de  Palerme 
ile  seize  statues  en  marbre  et  d'une  foule  de 
pas-reliefs,  d'arabesques  et  d'ornements  de  la 
plus  grande  beauté.  11  excellait  surtout  dans 

exécution  des  draperies,  et  Michel  Ange,  qui  sa- 
vait l'apprécier,  répondait  à  ceux  qui  lui  deman- 
iaient  une  figure  drapée  :  «  Allez  trouver  le  Lan- 
jini  en  Sicile  ". 
Cet  artiste  laissa  un  fils,  qui  marcha  dignement 

iur  les  traces  de  son  père.  E.  B— n. 

Va.sari,  P'ite. 

L-ANGicrs.  Voy.  Lang  et  Langhe. 
LANGLADE,  baron  de  Saumières  {Jacques 
)e),  historien  français,  né  vers  1620,  au  château 


—  LANGLK  414 

de  Limeuil  (Périgord),  mort  au  même  endroit, 
en  mai  1680.  Il  fut  secrétaire  du  duc  de  Bouillon, 
et  servit  en  1649  les  intérêts  de  la  princesse  de 
Condé.  Ami  du  duc  de  La  Rochefoucault  et  de 
M"^  de  La  Fayette,  de  Langlade  se  vantait  d'être 
connu  de  tout  ce  que  la  cour  renfermait  d'il- 
lustre :  c'était  là  sa  manie.  Il  mourut,  dit-on,  de 
ce  que  le  ministre  Louvois,  invité  par  lui  à  re- 
cevoir l'hospitalité  dans  son  cliàteau,  s'était  borné 
à  saluer  eu  passant  le  généreux  châtelain.  On  a 
de  Langlade  :  Mémoire  sur  la  vie  du  duc  de 
Bouillon  de  1628  à  1642;  Paris,  1692,  in-12, 
A.  d'E — p — G. 

Sisraondi ,  Histoire  des  Français,  t.  XXII,  p.  324.  -.■ 
Dictionnaire  Universel  (édit.  de  1822). 

LANGLAOE.   Voy.  SeRKE. 

LAKGLE  {Jean-Maximilien  de),  écrivain 
protestant,  né  à  Évreux,  en  1590,  et  mort  à 
Rouen,  en  1674.  Il  fut  nommé  pasteur  à  Rouen 
en  1015.  H  remplit  ces  fonctions  pendant  cin- 
quante-deux ans  ;  sept  ans  avant  sa  mort,  il  fut 
frappé  de  paralysie.  Outre  une  dissertation 
en  forme  de  lettre  pour  la  défense  de  Charles  I", 
roi  d'Angleterre,  ou  a  de  lui  :  Les  Joyes  iné- 
narrables et  glorieuses  de  l'âme  fidèle,  re- 
présentées en  quinze  sermons  sur  le  huidème 
chap.  de  VÉ pitre  de  saint  Paul  aux  fio- 
mains;  Saumm,  1669,  iu-8°;  —  un  Sermon 
de  jeûne  imprimé  à  la  fin  des  Sermons  faicts 
un  jour  de  jeûne  célébré  à  Charenton  le 
U  avril  1636  par  Mestrezat,  Drelincourt  et 
Daillé;  Genève,  1637,  in-18;  —  Sermons  sur 
divers  textes  de  VÉcriture. 

Son  fils,  Samuel,  né  à  Rouen,  en  1622,  mort 
à  Londres,  en  1693,  laissa  quelques  ouvrages 
inédits  et  me. Lettre  sur  les  difficultés  des  épis- 
copauxetdespresbyté7-iens,httpYiméeh\c\iiade 
l'ouvrage  du  d"'  Willingfleet  sur  le  même  sujet. 

M.  N. 

Bayle,  Diction.  Bistorig. 

LANGLE  (Le  chevalier  Paul-Anioine-Marie 
Fleuriotde),  marin  français,  né  le  1^''  août 
1744,  au  château  de  Kerlouet  (Côtes-du-Nord), 
mort  le  11  décembre  1787,  près  de  l'île  de 
Maouna.  Il  entra  dans  la  marine,  comme  garde, 
le  4  juin  1758.  Lieutenant  de  vaisseau  depuis 
1778,  il  participa,  sur  le  vaisseau  Le  Solitaire, 
au  combat  d'Ouessant,  puis,  en  1779,  comme 
commandant  de  la  corvette  Le  Hussard,  à  un 
autre  combat  contre  le  vaisseau  anglais  de 
soixante-quatre  Non  such,  qui  le  força  d'a- 
mener son  pavillon.  11  fut  ensuite  chargé  du  com- 
mandement des  frégates  V Aigrette  et  La  Ré- 
solue, ainsi  que  du  vaisseau  V Exiteriment. 
Ayant  sous  ses  ordres  le  vaisseau  Le  Sagittaire 
et  deux  frégates  escortant  une  flotte  de  cent  cin- 
quante voiles,  qui  devait  être  employée  à  la  con- 
quête de  la  Jamaïque ,  il  eut  le  bonheur,  après 
avoir  repoussé  quelques  croiseurs  qui  essayèrent 
d'entamer  son  convoi,  de  le  conduire  à  bon  port 
au  Cap-Français.  La  défaite  du  comte  de  Grasse 


415  LANGLE 

ayant  fait  échouer  l'expédition  de  la  Jamaïque, 
La  Pérouse  (  voy.  ce  nom  )  ayant  sous  ses  ordres 
les  frégates  de  trente  canons  L'Âstrée  et  VEn- 
gageayite,  commandées  la  première  par  de  Lan-^ 
gle,  la  seconde  par  M.  de  La  Jaille,  alla  détruire 
les  forts  de  Galles  et  d'York  dans  la  baie  d'Hud- 
son.  Le  grade  de  capitaine  de  vaisstauetle  brevet 
de  membre  de  l'association  deCincinnatus  furent 
la  récompense  des  services  que  de  Langle  avait 
rendus  pendant  la  guerre.  Le  sang-froid  dont  La 
Pérouse  et  de  Langle  avaient  donné  des  preuves 
dans  l'expédition  de  la  baie  d'Hudson  détermi- 
nèrent Louis  XVI  à  les  charger  simultanément 
d'exécuter  le  voyage  d'exploration  dont  la  di- 
rection supérieure  fut  confiée  au  premier.  Le 
choix  des  deux  chefs  de  l'expédition  convenait 
parfaitement  au  but  qu'on  se  proposait.  Si  La 
Pérouse,  d'un  esprit  plus  brillant  et  plus  géné- 
ralisateur  que  de  Langle,  était  digne  de  la  direc- 
tion générale  de  l'entreprise  ,  d'un  autre  côté  , 
de  Langle ,  par  sa  conception  prompte,  par  son 
coup  d'œii  sûr  et  exercé,  par  sa  force  d'âme, 
qui  savait  dominer  et  écarter  le  danger,  en  était 
le  véritable  chef  naval.  Aussi  M.  de  Lesseps, 
qui  avait  été  le  compagnon  des  deox  amis  pen- 
dant une  partie  de  cette  fatale  expédition,  fut-il 
l'écho  fidèle  des  officiers  de  la  marine,  lorsque, 
présenté  à  Louis  XVI,  à  son  retour  en  France, 
et  apprenant  de  la  bouche  de  ce  monarque  la 
mort  de  de  Langle,  il  lui  dit  ces  paroles  qu'il  a 
depuis  répétées  à  l'un  des  petits-fils  de  l'infor- 
tuné navigateur  :  «  Sire,  votre  expédition  est 
Du  reste,  de  Langle,  aussi  modeste 


perdue 

qu'iiabile,  aurait  refusé,  s'il  faut  en  croire  une 
version  assez  accréditée,  l'honneur  du  comman- 
dement en  chef,  que  des  instances  royales  l'au- 
raient pressé  d'accepter.  Si  cette  version  est 
exacte,  son  abnégation  ne  peut  qu'ajouter  à  l'es- 
time qu'il  inspire  à  tant  d'autres  titres,  et  dé- 
montrer la  sincérité  de  son  attachement  pour  La 
Pérouse,  dont  il  ne  parle  dans  sa  correspon- 
dance qu'avec  un  vif  sentiment  d'affection  et 
d'admiration. 

Des  deux  frégates  La  Boussole  et  L'Astrolabe, 
affectées  à  l'expédition ,  la  première  était  com- 
mandée par  La  Pérouse,  la  seconde  par  de 
Langle.  Elles  firent  un  grand  nombrede  reconnais- 
sances et  de  découvertes,  celles,  entre  autres, 
d'une  île  très-escarpée  sur  la  côte  de  Corée,  et 
d'une  baie  dans  l'île  de  Seghalien,  qui  reçurent 
l'une  et  l'autre  le  nom  de  de  Langle;  et  vinrent 
mouiller,  le  8  décembre  1 787,  en  vue  de  la  grande 
île  de  Maouna,  dont  les  pics  aigus ,  et  étayé?.  les 
uns  au-dessus  des  autres,  s'élèvent  à  l'ouest  de 
l'Archipel  des  Navigateurs.  Le  lendemain  elles 
jetèrent  l'ancre  et  reçurent  des  insulaires  un 
accueil  cordial.  Pendant  qu'on  faisait  de  l'eau 
dans  une  anse  voisine  du  mouillage,  de  Langle 
découvrit,  à  une  lieue  plus  à  l'ouest,  une  autre 
anse,  qui  recevait  une  cascade  de  l'eau  la  plus 
limpide.  Des  symptômes  de  scorbut  commen- 
çaient à  se  manifester  sur  L'Astrolabe  :  il  pria 


'416 

La  Pérouse  de  lui  permettre  d'aller  faire  quelque» 
barriques  d'eau  avant  qu'on  s'éloignât  de  l'île.  La 
Pérouse  ayant  cédé  aux  instances  de  son  ami 
deux  chaloupes  et  deux  canots  partirent  de  chaque 
bâtiment,  le  1 1  décembre,  à  midi  et  demi,  sous  les^ 
ordres  de  de  Langle,  qui  avait  cru  devoir  diriger 
lui-même  l'expédition,  et  armer,  à  tout  événe- 
ment, ses  soldats  et  ses  matelots.  L'anse,  qui  la 
veille  lui  avait  paru  si  belle,  parcs  que  la  mer 
était  haute,  n'avait- plus  le  même  aspect;  les 
chaloupes  furent  obhgées  de  se  tenir  un  peu  au 
large  ;  les  canots  avaient  seuls  assez  d'eau  pour 
flotter.  Le  premier  mouvement  de  de  Langle  fut 
de  se  retirer,  car  un  grand  nombre  d'insulaireS' 
étaient  réunis  sur  le  rivage  ;  mais  leur  air  pai- 
sible, la  présence  de  leurs  femmes  et  de  leurs 
enfants ,  les  branches  d'arbres  jetées  à  l'eau  dei 
toutes  parts  en  signe  d'amitié,  et  surtout  le  désir 
de  se  procurer  de  l'eau  et  des  vivres  frais,  le 
déterminèrent  à  rester.  Tout  allait  au  gré  de  ses 
désirs,  et  vers  trois  heures  les  futailles  avaient 
déjà  pu  être  rembarquées ,  lorsque  la  foule  gros- 
sissant à  tout  moment  par  l'arrivée  de  nouvelles 
pirogues  (l'expédition  de  Dumont  d'Urville 
fait  connaître  qu'elles  portaient  des  sauvages 
étrangers  à  l'île  de  Maouna  ),  de  Langle  crut  pru- 
dent de  donner  l'ordre  de  la  retraite.  Les  nou-i 
veaux  venus  laissèrent  les  Français  regagner  leurs 
chaloupes,  et  quand  ils  eurent  de  l'eau  jusqu'à 
la  ceinture,  s'avançant  eux-mêmes  à  moins  de 
six  pieds  des  embarcations,  ils  saisirent  les  ca- 
blots  avec  une  telle  force  que  les  soldats  dont 
les  fusils  avaient  malheureusement  été  mouillés 
dans  le  trajet  firent  d'inutiles  efforts  pour  les 
rejxiusser.  Chaque  minute  de  retard  augmentait 
le  danger.  Un  coup  de  fusil  tiré  en  l'air,  loin 
d'effrayer  la  foule,  devint  le  signal  d'une  îittaquf 
générale.  Une  grêle  de  pierres,  lancées  avec  au-i 
tant  de  vigueur  que  d'adresse,  fondit  sur  les  Fi'an< 
çais.  De  Langle  tomba  de  dessus  sa  chaloupe  du 
côté  des  assaillants,  qui  le  massacrèrent  aussitôt 
à  coups  de  massue  et  l'attachèrent  immédiate-i 
ment  par  un  bras  au-dessus  de  l'eau,  pour  prio- 
fiter  plus  sûrement  de  ses  dépouilles.  Ainsi  péritj 
à  l'âge  de  quarante-trois  ans,  cet  infortuné  navii 
gateur,  laissant  la  réputation  d'un  marin  aCH 
compli.  Trois  de  ses  petits-fils  ont  servi  ou  ser-î 
vent  encore  avec  distinction  dans  la  marine. 

P.  Levot. 

Archiccs  de  la  Marine.  —  Kerguelen,  Relation,  etc^, 
de  la  fjuerre  marUime  de  1778.  —  ?\tanen,Découvertei 
des  Français  au  sud-est  de  la  Kouvelle-Giiinée.  —  DO- 
cuments  inédits. 

i.ANGLE  {  Jean -Marie  -  Jérôvie  Fleurioï 
de)  (1) ,  littérateur  français,  né  sur  la  paroisse 
Saint  Malo  de  Dinan,  le  13  décembre  1749,  morl 
à  Paris,  le  12  octobre  1807,  qui  se  qualifiait  très- 
improprement  marquis  de  Langle,  puisque 
cette  seigneurie  appartenait  à  la  branche  aînée 
de  sa  famille,  fut  admis  en  février  1767  a« 


(1)  Et  non  pas  Fleuriau  (  Jéràme-Charlemagne),  coaimc 
l'écrivent  quelques  biographes. 


417 

nombre  des  pages  que  M"*  la  dauphine  faisait 
élever  dans  ses  écuries ,  servit  ensuite  dans  les 
mousquetaires  noirs,  et  fit  la  guerre  d'Amérique 
comme  volontaire.  A  son  retour  en  France,  il 
jsollicita  vainement  sa  rentrée  au  service,  et 
jtourna  alors  vers  la  littérature  son  activité  dé- 
sordonnée. Avant  son  départ,  des  motifs  qui  ne 
inous  sont  pas  connus  l'avaient  fait  exiler  pen- 
jdant  deux  ans  dans  une  ville  de  province.  C'est 
icet  exil,  travesti  en  une  longue  détention  dans 
des  châteaux  forts,  qui  en  a  fait  un  Mirabeau 
au  petit  pied.  De  Langle,  par  sa  forfanterie  et 
son  besoin  de  faire  parler  de  lui ,  n'importe  à 
quel  titre,  contribua  à  accréditer  cette  opinion , 
tant  il  était  fier  d'être  comparé  à  Mirabeau ,  au- 
quel il  ne  ressemblait  d'ailleurs  que  par  sa  lai- 
deur, sa  causticité,  et  les  désordres  de  sa  vie 
(privée;  mais  il  était  si  superficiel  et  si  médiocre 
écrivain,  qu'un  parallèle  complet  ne  peuts'expli- 
iquer  que  par  l'engouement  dont  de  Langle  de- 
Ivint  l'objet  lors  des  poursuites  dirigées  par  le 
gouvernement  contre  son  premier  ouvrage. 
Exploitant  la  vogue  que  Beaumarchais  avait  su 
attacher  au  nom  de  Figaro,  il  avait  publié  sous 
ce  pseudonyme  l'ouvrage  intitulé  :  Voyage  de 
'Figaro  en  Espagne;  Saint-Malo  (Paris),  1785, 
i2  vol.  in- 12.  Grâce  aux  poursuites  comme  aux 
critiques  qu'il  provoqua ,  et  dont  il  ne  méritait 
certainement  pas  l'honneur,  cet  ouvrage  fut  tra- 
duit en  anglais,  en  danois,  en  allemand,  en  ita- 
lien, et  il  eut  en  France  six  éditions,  dont  la 


dernière  parut  sous  ce  titre  :  Voyage  en  Es- 
\ pagne  par  L.  M.  de  Langle,  seule  édition 
avouée  par  l'auteur;  Paris,  Perlet,  1803,  in-8". 
Ce  voyage  est  apocryphe  ;  de  Langle  n'avait  ja- 
mais mis  le  pied  en  Espagne.  C'est  en  Suisse, 
dit  Mercier,  et  d'après  l'idée  que  lui  suggéra  ce 
dernier,  qu'il  le  composa  sous  ses  yeux,  en  com- 
pilant les  diverses  relations  connues  de  l'Es- 
pagne. Le  Voyage  de  Figaro ,  qui  sans  aucun 
doute  aurait  passé  inaperçu  en  France ,  fit  sen- 
sation au  delà  des  Pyrénées.  Le  comte  d'Aranda, 
organe  de  l'indignation  qu'il  avait  soulevée  parmi 
ses  compatriotes,  le  réfuta  dans  sa  Dénoncia- 
tion au  public  du  Voyage  d'un  soi-disant  Fi- 
garo en  Espagne,  par  le  véritable  Figaro; 
Londres  et  Paris,  1785,  in-12.  La  vignette  qui 
orne  le  frontispice  de  ce  livre  représente  une 
poignée  de  verges  en  croix  avec  un  fouet.  Le 
gouvernement  espagnol  s'émut  à  son  tour,  et  fit 
de  la  condamnation  du  Voyage  une  affaire  di- 
plomatique. Charles  III  dénonça  l'ouvrage  au 
ministère  français,  comme  n'étant  qu'une  amère 
et  injuste  satire  du  gouvernement,  de  la  religion 
et  des  mœurs  de  l'Espagne,  menaçant,  si  justice 
n'était  pas  faite  de  ce  libelle,  de  fermer  à  tous 
les  Français  l'entrée  de  son  royaume.  Le  parle- 
ment de  Paris,  sur  un  long  et  virulent  réquisi- 
toire de  l'avocat  général  Seguier  (27  p.  in-4°), 
ordonna,  le  15  février  1786,  qu'un  exemplaire 
de  chacune  des  trois  éditions  du  Fo^ûf/e,  parues 
jusque  alors,  serait  lacéré  et  brûlé  par  la  main 

NOUV.    BIOGR,   CÉNÉK.   ■—  T.  XXIX. 


LANGLE  418 

du  bourreau,  comme  livre  impie,  sacrilège,  blas- 
phématoire, destructeur  des  mœurs  et  de  la  re- 
ligion, etc.,  etc.  Transporté  de  joie  d'avoir  eu  les 
honneurs  d'un  auto-da-fé,  et  amorcé  par  cette 
bonne  fortune,  de  Langle  publia  presque  immé- 
diatement les  ouvrages  suivants  :  Amours  ou 
Lettres  d'Alexis  et  de  Justine,  par  M.  ***; 
Neufchâtel,  1786,  2  vol.  in-8°,  ou  1797,  3  vol. 
in-18.  Ce  roman,  qu'il  ne  faut  pas  confondre  avec 
celuidu  trop  fameux  marquis  deSade,  n'eutaucun 
succès  ,  bien  que  de  Langle  dise,  à  la  fin  de  la 
3«  édit.  du  Voyage  en  Espagne,  que  la  frénésie 
de  l'amour  n'a  jamais  été  rendue  avec  plus  de 
chaleur,  de  volupté,  et  de  chasteté,  tout  à  la  fois, 
que  dans  cet  ouvrage  ;  —  Le  nouveau  Werther, 
imité  de  V allemand;  Neuchâtel,  1786,  in-8°; 
—  Tableau  pittoresque  delà  Suisse;  Paris, 
1790,  in-8»,ou  Liège,  1790,  in-12.  Ce  n'est  guère 
qu'une  réimpression  du  Voyage  en  Espagne, 
dont  l'auteur  se  borna  audacieusement  à  changer 
les  noms  de  villes;  ce  qu'il  y  ajouta,  il  le  prit 
au  doyen  de  la  littérature  française  en  Suisse, 
le  savant  M.  Philippe  Bridel,  qui  s'est  plaint  de 
ces  plagiats  dans  une  lettre  adressée  à  M.  Qué- 
rard,  le  20  mars  1834;  —  Soirées  villageoises, 
ou  anecdotes  et  aventures,  avec  des  secrets 
intéressants  ;  \l^i,\n-i2,  opuscule  au-dessous 
de  la  critique. 

A  l'époque  de  la  révolution,  de  Langle  était  ré- 
duit à  d'assez  tristes  expédients.  A  sa  sortie  de 
la  Force,  oti  il  avait  été  détenu  six  mois,  par  une 
méprise,  disait-il,  de  la  police  correctionnelle, 
il  vint  révéler  au  ministre  Bertrand  de  Molle- 
ville  ce  qu'il  aurait  appris  pendant  sa  détention,  et 
débuta  par  lui  demander  à  manger,  parce  qu'il 
avait  faim.  Ce  besoin  satisfait,  il  présenta  à 
M.  de  Molleville,  comme  échantillon  de  ses  ta- 
lents littéraires,  son  Voyage  en  Espagne  et 
les  deux  premières  pages  du  Postillon  de  la 
guerre  (1),  journal  monarchique  qu'il  se  propo- 
sait de  publier.  Après  que  le  ministre  lui  eut 
avancé  300  francs  pour  les  premiers  frais  d'im- 
pression, il  en  vint  au  sujet  qui  avait  motivé  son 
introduction,  et  dit  avoir  vu  les  prisonniers  fa- 
briquer de  faux  assignats  qui  auraient  servi  à 
payer  les  énormes  dépenses  des  Jacobins.  Par 
le  conseil  de  M.  de  Molleville,  de  Langle  dénonça 
ces  faits  à  l'Assemblée  nationale;  mais  le  comité 
chargé  de  les  examiner  ne  fit  aucun  rapport, 
et  de  Langle,  bien  qu'il  se  présentât  chaque  jour 
à  la  barre  de  l'assemblée,  ne  put  réussir  à  s'y 
faire  entendre.  Cette  affaire  ne  fût  pas  la  seule 
dont  il  se  mêla  ;  les  liaisons  qu'il  entretenait  avec 
la  maîtresse  du  mulâtre  Raymond ,  agent  des 


(1)  On  volt  dans  la  Bibliographie  des  Journaux,  par 
M.  Deschiens,  qu'il  a  paru,  du  !6  avril  au  12  août  179Î, 
cent  vingt-cinq  numéros  d'un  Journal  intitulé:  Le  Pos- 
tillon de  la  guerre,  ou  gazette  générale  de  l'Europe; 
in-i».  M.  Desclilcns  ne  fait  pas  connaître  les  noms  des 
rédacteurs  de  cette  feuille,  que  MM.  Lunicr  et  Isidore 
Langlals  reprirent,  le  SO  août,  sous  le  second  de  ses  titres, 
précédé,  du  1"  vendémiaire  an  iv  à  la  fin  de  l'an  v,  de 
celui  de  Messager  du  Soir. 

14 


419 


LAINGLE  '—  LANGLÊ 


420 


hommes  de  couleur  de  Saint-Domingue ,  lui  per- 
mirent d'avoir  connaissance  des  mesures  arrêtées 
par  le  comité  des  Amis  des  Noirs  pour  fomenter 
l'insurrection  de  Saint-Domingue,  et  la  maîtresse 
de  Raymond  était  à  la  veille  de  soustraire  les 
pièces  originales  dont  elle  avait  révélé  l'exis- 
tence, lorsque  la  catastrophe  du  10  Août  l'em- 
pêcha d'en  faire  la  remise  à  de  Langle.  Du  reste, 
ce  dernier  gagnait  consciencieusement  les  subven- 
tions qu'il  recevait  du  ministre,  qui  déclara  dans 
SCS  Mémoires  que  nul  de  ses  agents  n'était  plus 
zélé  ni  plus  exact. 

Depuis  le  10  août  de  Langle  s'était  prudem- 
ment fait  oublier,  et  personne  ne  songeait  plus 
à  lui,  lorsque  Le  Moniteur  du  25  fructidor  an  vi 
vint  emphatiquement  annoncer  son  projet  de 
publier,  au  pri\  de  36  francs,  payables  d'avance, 
un  Tableau  de  la  Suisse,  auquel  quatre  cents 
personnes  avaient  souscrit  jusqu'en  1803,  mais 
qui  n'a  jamais  paru.  Ce  prospectus  n'ayant  pas 
suffisamment  stimulé  l'attention  publique,  de 
Langle  ne  trouva  rien  de  plus  propre  à  la  réveil- 
ler que  la  publication  d'un  pamphlet  rempli  d'in- 
jures contre  tous  les  auteurs  dont  les  noms  se 
présentèrent  à  sa  mémoire.  Tel  est  l'esprit  du 
livre  intitulé  :  Pai'is  littéraire,  V  partie,  Pa- 
ris, an  viu  (1800),  in-12.  Les  trois  autres  par- 
ties ou  n'ont  jamais  été  faites,  ou  sont  restées 
dans  le  portefeuille  de  l'auteur,  qui  a  reproduit  la 
première  en  l'an  ix  sous  le  titre  de  L'Alchimiste 
littéraire ,  ou  décomposition  des  grands 
hommes  du  jour.  U  se  borna  à  faire  recompo- 
ser les  pages  2,  119,  120,  et  à  mettre  à  la  fin 
de  V Alchimiste  ce  qui  était  au  commencement 
du  Paris  littéraire.  Ces  deux  ouvrages,  abso-  j 
Jument  semblables,  ont  été  refondus  dans  son  | 
Nécrologe  des  Auteurs  vivants,  par  L.  M.  D.  j 
L***;  Paris,  1807,  in-18.  Cette  même  année,  il  i 
publia  :  Mon  Voyage  en  Prusse,  ou  mémoires 
secrets  sur  Frédéric  le  Grand  et  sur  la  cour 
de  Berlin;  Paris,  Freschet,  1807,  in-S".  Comme 
dans  ses  autres  ouvrages,  l'auteur  affecte  un  ton 
sententieux  qui  n'apprend  rien  et  est  très-fatigant. 
Il  avait  promis  de  donner  tous  les  ans,  ou  môme 
tous  les  six  mois,  un  volume  de  supplément  au 
Nécrologe  ;  mais  sa  mort  l'empêcha  de  fournir 
cette  pâture  à  la  malignité  publique.  De  Langle 
n'a  pas  laissé  de  postérité. 

P.  Levot. 
Mémoinep  secrets  de  Bachaiimont.  —  Mémoires  pour 
servir  à  l'histoire  de  la  dernière  année  du  règne  de 
Louis  XFI.  par  Bertrand  de  Molleville.  -  France  litté- 
raire et  Supercheries  littéraires  de  Quérard.  —  Docu- 
ments inédits. 

LANGLE  (Henri- François- M ari£),  musicien, 
né  à  Monaco,  en  1741,  d'une  famille  originaire 
de  Picardie,  qui  s'était  établie  en  Italie  vers  la 
fin  du  dix-septième  siècle,  et  mort  le  20  sep- 
tembre 1807,  à  Villers-le-Bel,  près  Paris.  A  l'âge 
de  seize  ans,  ses  parents  l'envoyèient  à  Naples, 
où  il  entra  au  conservatoire  de  la  Piefarfe' 
Turchini;  il  y  étudia  la  composition  sous  la  di- 
rection de  Cafaro,  et  se  fit  bientôt  remarquer 


par  des  morceaux  de  musique  qu'il  écrivit  pour 
les  fêtes  de  Saint- Janvier  et  de  Sdint-Irénée,  à, 
la  solennité  desquelles  concouraient  tous  les 
élèves  du  Conservatoire.  Enfin,  après  être  resté 
pendant  huit  années  dans  cet  établissement,  où  il 
eut  le  titre  de  maître,  c'est-à-dire  de  répétiteur, 
il  se  rendit  à  Gênes  et  séjourna  quelques  années 
dans  cette  ville  en  qualité  de  directeur  du  théâtre 
et  du  concert  des  Nobles.  En  1768  Langle  vint 
à  Paris,  et  y  donna  des  leçons  de  chant,  de  cla- 
vecin et  de  composition.  Possédant  bien  l'art  du 
chant,  qu'il  enseignait  d'après  les  piincipes  de 
l'école  napolitaine ,  la  meilleure  de  cette  époque, 
il  ne  tarda  pas  à  se  faire  une  réputation  comme 
professeur.  Un  Cantate  Domino,  à  grand  chœur, 
et  d'autres  motets  exécutés  au  Concert  spirituel, 
ainsi  que  diverses  cantates,  entre  autres  cellei 
d''Alcide,  de  Sapho,  et  de  Cireé,  qu'il  fit  eA 
tendre  au  Concert  des  Amateurs ,  en  le  faisai 
connaître  comme  compositeur,  lui  valurent 
poëme  de  l'opéra  A'Antiochus  et  Stratonid 
dont  il  écrivit  la  musique,  et  qui  fut  représen^( 
en  1786,  sur  le  théâtre  de  la  cour,  à  Versaillesj 
Déjà,  en  1784 ,  lors  de  la  création  de  l'Écolel 
royale  de  Chant  et  de  Déclamation  par  le  barojç^i 
de  Breteuil,  Langle  avait  été  chargé  de  l'enseîr 
gnement  du  chant  dans  cet  établissement;  y 
exerça  ces  fonctions  jusqu'à  la  suppression  (Ji? 
l'école,  en  1791,  et  donna  dans  le  courant  de  j{| 
même  année  à  l'Académie  royale  de  Musique 
Corisandre,  opéra  en  trois  actes  qui,  quoique 
repris  l'année  suivante,  n'eut  jamais  beaucoup  dei 
succès.  A  l'époque  de  la  formation  du  Conserva-! 
toire  de  Musique,  en  1795,  il  fut  nommé  biblio- 
thécaire et  professeur  d'harmonie;  mais  en  180^ 
il  cessa  de  professer,  et  ne  conserva  que  son  em- 
ploi de  bibliothécaire.  Sur  la  fin  de  sa  carrière, 
cet  artiste  s'était  retiré  dans  sa  maison  de  caïq- 
pagne  de  Villers-le-Bel,  où  il  se  plaisait  à  cultiver 
son  jardin;  il  y  mourut,  à  l'âge  de  soixante-six  aq^.'i 
Outre  les  deux  opéras  à'Antiochus  et  Stratçç-  i 
nice  et  de  Corisandre  que  nous  avons  cités,  s 
Langléaécrit  les  ouvrages  dramatiques  suivants,: . 
Oreste  et  Tyndare;  —  Soliman  et  Éronirney' 
ou  Mahomet  II  (1792)  ;  —  La  Mort  de  Lavo^- 
sier  (1794);  —  Le  Choix  d'Alcide  (1801);  — 
Médée;-—  Tancrède;  —  L'Auberge  des  volon-  ■' 
taires  ;  —  Les  Vengeances.  Ces  ouvrages,  dont 
plusieurs  n'ont  pas  été  représentés,  existent  à 
la  bibliothèque  du  Conservatoire;  on  y  trouve 
des  mélodies  faciles,  mais  elles  manquent  de  cha- 
leur et  attestent  peu  de  génie  chez  leur  auteijî'. 
Langle  a  écrit  aussi  pour  la  première  édition  a(i 
solfège  du  Conservatoire  un  certain  nombre  de 
leçons  qui  sont  loin  d'être  les  meilleures  du  re- 
cueil, Les  travaux  théoriques  de  ce  musicien 
sont  ceux  qui  ont  le  plus  contribué  à  le  faire  con- 
naître en  France;  en  voici  les  titres  :  Traité 
d'Harmonie  et  de  Modtdation  ;  Pms,  1797. 
Cet  ouvrage  est  un  des  premiers  traités  dans 
lesquels  les  accords  n'étant  plus  considérés, 
comme  précédemment,  d'uae  manière  isolée, 


421  LANGLÉ  —  LANGLÈS 

lont  soumis  aux   lois  de  succession    qui  les 


422 


•égissent.  Malheureusement  Langlé  n'avait  pas 
saisi  les  vrais  principes  de  la  science  de  l'har- 
nonie,  et  ses  exemples  pratiques  sont  remplis 
rincorrections;  —  Traité  de  la  Basse  sous  le 
:  fiant  ;  Paris,  Nadermann,  179S;  —  Nouvelle 
néthode  pour  chiffrer  les  accords;  Paris, 
1801;  —  Traité  de  la  Fugue;  Paris,  1805. 

Dieudonné  Denne-Baron. 
De  La  Borde ,  Essai  sur  la  Musique.  —  Choron  et 
'ayolle,  Dictionnaire  historique  des  Musiciens.  —  Ga- 
ict,  Dictiannaire  des  Artistes  de  l'école  française  au 
Ux-neuviéme  siècle.  —  Fétis,  Biographie  universelle 
te  Musiciens. 

l  LANGLK  (  Joseph-Adolphe-Ferdinand  ) , 
luteiir  dramatique  français ,  fils  du  précédent  et 
;ousin  d'Eugène  Sue,  naquit  à  Paris,  le  21  no- 
vembre 1798.  Élève  du  lycée  Bonaparte,  il  étu- 
lia  d'abord  la  médecine,  et  devint  sous-aide 
najor  attaché  aux  gardes  du  corps,  sous  le 
)rofesseur  Sue ,  son  oncle.  Il  se  livra  alors  à 
Il  culture  des  lettres,  publia  des  livres  de 
;ontes ,  écrivit  dans  les  journaux  politiques , 
ittéraires  et  scientifiques  et  fit  un  grand  nombre 
le  pièces  de  théâtre,  la  plupart  en  collaboration. 
Il  avait  depuis  longtemps  quitté  la  médecine 
lorsqu'il  entra  dans  l'administration  des  pompes 
liinèbres,  dont  il  est  devenu  directeur.  On  a  de 
ui  ;  Appollon  II,  ou  les  Muses  à  Paris,  vau- 
ievilli^  épisodique  en  un  acte  (avec  Romieu); 
'aiis,  1825,  in-8°;  —  Les  Biographes,  co- 
iiciiii'  en  un  acte  et  en  prose  (avec  Dittmer 
t  Cave);  Paris,  1826,  in-8";  —  Les  deux 
ilèc:-s,  OU  V éducation  pa7-ticîilière ,  ùomédïe- 
Faudeville  en  un  acte  (avec  Rochefort,  Dittmer 
[t  Cave );  Paris,  1827,  in-8°;—  Les  Contes  du 
my  sçavoir ;  Paris,  F.  Didot  1828,  in-8°; 
'Ballades,  Tableaux  et  Traditions  du  moijen 
tge,  ornés  de  vignettes  et  fleurons  imités  des 
Manuscrits  originaux  par  Bonington  et  Mon- 
'lier;  Paris,  1828,10-8°;  —  VHistorial  diijon- 
ileur;  Paris,  F.  Didot  1829,  in-8°;  —  Un  Tour 
'n  Europe ,  cauchemar  en  quatre  actes ,  avec 
iirologue  et  épilogue  (  avec  Charles  de  Livry  et 
ueuven);  Paris,  1830,  10-8°;  —  Le  Tailleur 
\t  la  Fée,  ou  les  chansons  de  Béranger,  conte 
iantastique  mêlé  de  couplets  (avec  M.  Em.  Van 
lier Burch);  Paris,  1831,1832,  1839,  1845,in-8°; 
!-  La  Fée  aux  Miettes,  ou  les  camarades  de 
liasse,  roman  imaginaire  mêlé  de  couplets 
javecM.  Gabriel );  Paris,  1832,in-8°;  —Le  Ca- 
marade de  lit ,  comédie  en  deux  actes  mêlée  de 
louplets  (  avec  M.  Em.  Van  der  Burch  )  ;  Paris, 
1833-1834,  in-S";  —  Le  Procès  du  Cancan,  ou 
\a  chasse  aux  Pierrots,  folie  de  carnaval  en  un 
|icte  mêlée  de  couplets  (avec  le  même);  Paris, 

834,  in-8°  ;  —  La  Jacquerie ,  opéra  en  quatre 
des  (  avec  M.  Alboize  ) ,  musique  de  M.  Joseph 
lainzer;  Paris,  1839,  in-8»;— Xes  Maquignons, 
'?<  le  Marché  aux  chevaux,  vaudeville  en  deux 
des  (avec  M,  Roquefort  );  Paris,  1840,  in-s"; 
-Funérailles  de  l'empereur  Napoléon;  Paris, 

840-1841,  in-8°;  —  Un  Bas  bleu,  vaudeville 


en  un  acte  (avec  M.  F.  Devilleneuve ) ;  Paris, 
1842,in-8°;  —  Le  Lansquenet ,  comédie-vau- 
deville en  un  acte  (  avec  M.  Lockroy  )  ;  Paris , 
1845,  in-8°,  —  Une  Sangsue,  vaudeville  en  un 
acte,  aux  Variétés  (  avec  M.  Villeneuve  )  ;  Paris, 
1854,  in-8°  ;  —  Maître  P at h e lin ,  arrangé  en 
opéra  comique  (avec  M.  de  Leuven),  musique 
de  M.  Bazin;  Paris,  1856.  L.  L— t. 

Quérard.    La  France  Littéraire.   —   Boiirqut'lot,  La 
Littér.  Franc,   contemp.  —  Vapereaii,  Dict.  univ.   des 
Contemp.  —  Lefeuve ,  Hist.  du  Lycée  Bonaparte,  p.  200. 
LANGLEBERME.  VotJ.  AnGLEEERME. 

liANGLET.  Voy.  Lenglet. 

LANGLÈS  (  Louis-Mathieu  ),  orientaliste 
français,  né  à  Perenne,  près  Saint-Didier,  le 
23  août  1763,  mort  le  28  janvier  1824.  Après 
avoir  achevé  ses  études ,  il  obtint  la  charge  d'of- 
ficier près  le  ti'ibunal  des  maréchaux  de  France , 
charge  qu'avait  occupée  son  frère.  Dès  son  en- 
trée en  fonctions  ,  il  avait  résolu  de  faire  un 
jour  partie  de  l'armée  de  l'Inde  et  de  s'adon- 
ner ainsi  à  l'étude  des  nations  orientales  dont 
l'histoire  et  les  coutumes  avaient  dès  sa  pre- 
mière jeunesse  excité  vivement  sa  curiosité. 
Ses  rêves  tardant  à  se  réaliser,  il  abandonna  la 
carrière  militaire  pour  s'adonner  exclusivement 
à  celle  des  lettres  orientales.  A  cet  effet ,  il  suivit 
les  cours  d'arabe  et  de  persan  du  Collège  de 
France,  et  se  fit  présenter  à  Silvestre  de  Sacy, 
qui  le  dirigea  dans  ses  études.  Le  premier  ou- 
vrage de  Langlès  qui  attira  l'attention  du  public 
fut  une  édition  française  des  Instituts  politi- 
ques et  militaires  de  Tamerlan  écrits  par 
lui-même ,  en  magol ,  et  traduits  sur  la  version 
persane  d'Abou-Taleb-al-Hosséini ,  avec  la  vie 
de  ce  conquérant  d'après  les  meilleurs  auteurs 
orientaux,  des  notes  et  des  tables  historiques,  etc.  ; 
Paris,  1787,  in-8°,  fig.  (f).  Cette  publication  valut 
à  Langlès  la  protection  du  maréchal  de  Riche- 
lieu, qui  lui  fit  obtenir,  avant  vingt-cinq  ans ,  une 
des  douze  pensions  destinées  à  récompenser  le 
mérite.  Vers  la  même  époque,  Langlès  fut  chargé 
par  M.  Berlin,  ancien  ministre-secrétaire  d'État,  de 
publier  le  lexique  mandchou-français  rédigé  en 
Chine  par  le  père  Amiot.  Avant  de  mettre  au  jour 
cet  important  travail ,  il  fit  paraîti-e  sous  le  titre 
de  Alphabet  Tartare-Mandchou  (  Paris,  1787, 
in-4°  ) ,  un  mémoire  sur  les  éléments  graphiques 
de  l'écriture  mandchoue  et  sur  les  moyens  de 
les  reproduire  par  l'impression  en  types  mobiles. 
La  découverte  de  ces  éléments  graphiques,  à  la- 
quelle Langlès  attachait  une  haute  valeur,  avait 
été  faite  depuis  longtemps  par  tous  ceux  qui 
avaient  su  lire  le  mandchou ,  et  elle  avait  paru 
d'une  telle  simplicité  que  nul  n'avait  songé  à  en 
parler  et  encore  moins  à  s'en  faire  un  titre  scien- 
tifique. —  Peu  après  parut  le  Dictionnaire  Tar- 
tare-Mandchou Français ,  composé  d'après  un 

(1)  n  existait  déjà  une  traduction  anglaise  de  cet  ou- 
vrage, puljliée  sous  le  titre  de  :  Institutes  political  and 
military,written originally  in  the  mogul  languaije,  etc., 
by  major  Davy,  published  by  J.  White;  Oxford,  1783, 
in-4-°,  fig. 

14. 


423  LANGLÈS  - 

Dictionnaire  Maiit chou- Chinois  par  le  père 
Amiot,  rédigé  et  publié  avec  des  additions  et  l'al- 
phabet de  cette  langue  ;  Paris  ,  Fr.-A.  F.  Didot , 
1789-1790,  trois  volumes  in-4°.  Un  orientaliste 
distingué,  Abel  de  Rémusat  (1),  s'exprime  ainsi 
à  propos  de  ce  dictionnaire  :  «  M.  Langlès  n'a 
jamais  su  le  mandchou,  assez  du  moins  pour 
en  lire  une  page  dont  il  n'aurait  pas  connu  le 
sens  d'avance;  mais  il  a  donné  une  édition  très- 
exacte  du  Dictionnaire  d'Amiot  ;  il  a  fait  graver 
deux  corps  de  caractère  de  cette  langue  ;  et  il 
en  a  tant  de  fois  vanté  l'utilité  et  la  facilité,  qu'on 
peut  le  regarder,  à  plus  juste  titre  encore  que  les 
missionnaires ,  comme  étant  celui  qui  en  a  intro- 
duit l'étude  en  Europe.  »  Le  plus  beau  titre 
de  Langlès  à  la  postérité  est  d'avoir  amené  le 
gouvernement  de  la  république  française  à  créer, 
en  1795,  l'École  spéciale  des  Langues  orientales 
vivantes,  qui  subsiste  encore  aujourd'hui.  Il  en 
fut  nommé  le  premier  administrateur,  et  pro- 
fesseur de  langue  persane.  Il  devait  joindre 
à  son  enseignement  celui  du  malay  et  du  tar- 
tare-mandchou  ;  mais  ce  projet  paraît  n'avoir 
point  été  réalisé.  Lors  de  la  fondation  de  l'Ins- 
titut, il  fut  compris  au  nombre  des  membres 
de  la  classe  de  littérature  et  beaux-arts ,  d'où  il 
passa  plus  tard  dans  la  classe  d'histoire  et  de 
littérature  ancienne  qui  devait  reconstituer,  en 
1816,  l'Académie  des  inscriptions  et  belles-lettres. 
Plusieurs  corps  savants  étrangers,  et  notamment 
les  sociétés  asiatiques  de  Londres  et  de  Calcutta, 
lui  avaient  également  conféré  le  titre  de  membre 
honoraire.  Langlès  peut  être  considéré  comme 
l'im  des  savants  qui  ont  le  plus  contribué  à  ré- 
pandre en  France  le  goût  des  langues  et  des  lit- 
tératures orientales;  et  on  lui  doit  en  grande 
partie  l'impulsion  qui  fut  donnée  à  ces  études 
dans  les  premières  années  de  ce  siècle.  Toute- 
fois il  ne  participa  point  à  la  fondation  de  la 
Société  Asiatique,  à  laquelle  il  parut  toujours 
vouloir  rester  étranger;  mais  c'est  à  lui  que 
l'on  doit  principalement  l'institution  de  la  So- 
ciété de  Géographie.  Outre  les  ouvrages  men- 
tionnés ci-dessus,  on  a  de  Langlès  :  Contes, 
Fables  et  Sentences,  tirés  de  différents  auteurs 
arabes  et  persans;  Paris,  1788,  in-18;  —  Fa- 
bles et  Contes  indiens  nouvellement  traduits , 
avec  un  discours  préliminaire  et  des  notes  ;  Paris, 
1790,in-fol. ;  —  Paroles  du  Sage;  1790,  in-18; 
—  Notice  de  trois  magnifiques  manuscrits 
orientaux  rapportés  d'Egypte  par  Bonaparte 
et  déposés  par  son  ordre  à  la  Bibliothèque 
nationale;  Paris,  an  v  (l797),  in -8";  — - 
Voyage  pittoresque  de  la  Syrie,  de  la  Phéni- 
cie  et  de  la  Palestine  et  de  la  basse  Egypte; 
Paris,  1799,  in-8°;  —  Notice  des  ouvrages 
élémentaires  manuscrits  sur  la  langue  chi- 
noise que  possède  la  Bibliothèque  nationale; 
Paris,  an  vm  (1800),  in-S";  —  Notices  et 
Éclaircissements  sur  le  voyage  de  Norden, 

(IJ  Nouveaux  Mélanges  asiatiques.,  lome  II ,  pag.  8i7. 


LANGLOIS  424 

tirés-principalement  des  écrivains  arabes  ;  Paris, 
1 802,  gr.  in-4''  ;  —  Recherches  sur  la  découverte 
de  l'essence  de  rose;  Paris,  Impr.  impér., 
1804,  in-18;  —  Observations  sur  les  relations 
politiques  et  commerciales  de  V Angleterre  et 
de  la  France  avec  la  Chine;  Paris,  1805, 
in-8°;  —  Notes  sur  les  Monnaies  de  Crimée; 
Paris,  Impr.  impér.,  1806,  in-8°,  fig. ;  —  Ca- 
talogue des  manuscrits  de  la  Bibliothèque 
impériale  ;  Pdirh ,  1806,  in-8»  (  en  collaboration 
avec  A.  Hamilton);  —  Monuments  anciens  et 
modernes  de  VIndoustan,  décrits  sous  le  double 
rapport  archéologique  et  pittoresque,  et  précédés 
d'une  notice  géographique,  etc.;   Paris,   1812- 

1821,  2  vol.  in-fol.,  avec  144  planches  el 
3  cartes.  Cette  belle  publication,  la  plus  impor- 
tante de  celles  qui  portent  le  nom  de  Langl( 
n'a  jamais  été  terminée;  —  Notice  des  tra- 
vaux littéraires  des  missionnaires  anglais 
dans  l'Inde;  Paris,  1817,  in-8°;  —  Des  Castei 
de  l'Inde,  ou  lettres  sur  les  Indous;  Paris, 

1822,  in-8°;  —  Analyse  des  mémoires  conte- 
nus dans  le  quatorzième  volume  des  Asiatic 
Researches,  avec  des  notes  et  un  appendice; 
Paris,  1824,  in-4''  (2  planches  ).  Cet  ouvrage 
n'a  paru  qu'après  la  mort  de  l'auteur. —  Langlès 
a  également  publié  de  nombreux  articles  dans 
les  Mémoires  de  l'Institut,  les  Notices  et  Ex- 
traits des  Manuscrits  de  la  Bibliothèque  du 
Roi,  le  Magazin  Encyclopédique ,  la  Revui 
Encyclopédique,  et  dans  plusieurs  autres  re- 
cueils littéraires  de  son  temps.  On  peut  dire  de 
Langlès  qu'il  fut  l'orientaliste  pour  lequel  on 
prodigua  avec  le  plus  d'exagération  les  éloges 
et  les  critiques.  II  ne  fut  point  un  savant  de  pre- 
mier ordre,  mais  il  rendit,  pour  le  répéter,  des 
services  incontestables  aux  études  orientales  pat 
l'ardeur  qu'il  mit  à  les  propager  et  surtout  par  la 
protection  généreuse  qu'il  accorda  à  tous  ceux 
qui  voulurent  s'adonner  à  cette  laborieuse  car- 
rière. L.  Léon  DE  RosNY. 

Documents  particuliers.  —  Abel  Remusat,  Nouveau» 
Mélanges  Asiatiques,  In- 8°.  —  bulletin  de  la  Société  de 
Géoçiraphie ,  in-S".  —  Merlin,  Catalogtte  de  la  Biblio- 
t/iégiie  de  langlès,  m-H". 

l'anglois  {Michel),  en  latin  Michael  As- 
GLicus ,  poète  latin  belge ,  né  à  Beauraont  (  Hai- 
naut  ),  né  vers  1470.  Il  étudia  les  belles-lettres 
et  la  langue  grecque  à  Paris  sous  Hermonyme 
de  Sparte  et  Tranquiilus  Andronicus  de  Dal- 
matie.  Il  entra  ensuite  dans  les  ordres.  En  149S 
L'Anglois,  ayant  eu  sa  famille  ruinée  par  la  guerre, 
se  consacra  à  l'éducation  particulière,  et,  mettant 
à  profit  ses  dispositions  naturelles  pour  la  poésie, 
dédia  des  pièces  de  vers  à  plusieurs  personnes 
de  marque.  Il  trouva  des  protecteurs  dans  Pierre 
de  Courthardi ,  premier  président  du  parlement 
de  Paris,  et  dans  le  cardinal  Philippe  de  Luxem- 
bourg, évoque  du  Mans  et  de  Thérouanne,  qui 
lui  donna  une  cure  dans  ce  dernier  diocèse. 
A  la  mort  de  Charles  VIII  (1498),  L'Anglois, 
après  une  courte  résidence  en  Savoye ,  passa  en 
Italie,  et  étudia  à  Pavie  les  droits  civil  et  cano- 


i25 


LANGLOIS 


426 


liqiie,  qu'il  professa  à  Paris,  en  1507,  avec  une 
çraniie  léputation.  Oa  a  de  lui  :   Varia  Opus- 
vj/«;Pavie,  1505  et  Paris,  1507,  in-4°.  Ce  re- 
•iieil  contient  quatorze  pièces,  parmi  lesquelles 
ine  Epitre  dédicatoire  à  François  de  Luxem- 
»urg;  Y  Éloge  du  président  Courthardi  ;  une 
^Exhortation  à  la  vertu  adressée  à   ses  disci- 
ples  lorsqu'il  entreprit  de  leur   expliquer   les 
Fastes  d'Ovide;  deux  Eglogues;  un  traité  De 
Mutatione  Studiorum,  etc.  Tous  ces  morceaux 
;e  recommandent  par  un  bon  style  et  un  latin 
rar.  C'est  à  tort  que  Vossius  a  confondu  Michel 
L'Angiois  avec  Michel   Blanipain,   Anglais    de 
inaissance  et  que  Sweert,  Valère  André  et  Josias 
jSimler  lui  ont  attribué  d'autres  écrits  que  ceux 
que  nous  venons  de  citer.  L — z— e. 

G.-J.  Voss,  Histor.  Latini,  H,  p.  S8.  —  Swcert.  Biblioth. 
Bclgica  ,  p.  5«8.  —  Val.  André,  Bibliotheca  Belgica, 
ip.  670.  -  Simier,  Epitome  bibliothecœ  Gesneri.  —  nom 
■Urrin,  Singularités  Historiques  et  Littéraires,  t.  1  et  III. 
—  Paquot,  Mémoires  pour  servir  à  l'fiistoire  des  Pays- 
Bas, \.  I,  p.  68-71. 

LANGLOIS  (  Pierre  ),  sieur  de  Belestat  ,  lit- 
jtérateur  français,  vivait  dans  la  seconde  moitié 
jdu  seizième  siècle.  Il  appartenait  à  une  bonne 
famille  de  Loudun,  et  fut  médecin  de  Henri  III, 
alors  qu'il  portait  le  titre  de  duc  d'Anjou.  Quel- 
ques passages  d'un  de  ses  livres  donnent  à  croire 
qu'il  pratiquait  la  foi  protestante.  Il  a  écrit  : 
Discours  des  Hiéroglyphes  des  Égyptiens, 
emblèmes,  devises  et  armoiries;  Paris,  1583, 
en  prose;  —  Tableaux  Hiéroglyphiques  pour 
eocprimer  toutes  conceptions  à  la  façon  des 
Égyptiens ,  par  figures  et  images  des  choses, 
au  lieu  de  lettres,  avec  plusieurs  interpré- 
tations des  songes  et  prodiges  (  vers  et  prose  )  ; 
ibiil.,  1584,  in-4°  ,  où  l'on  trouve  beaucoup  de 
choses  utiles  à  ceux  qui  ont  le  goût  des  mé- 
dailles ou  qui  étudient  les  anciens  monuments. 
Ce  livre  est  dédié  au  père  du  cardinal  de  Riche- 
lieu. K. 

.  Dreux-Radier,  Hist.  Littér.  du  Poitou ,  II. 

LANGLOIS  (  Martin  ) .  échevin  de  Paris,  est 
connu  par  sa  fidélité  au  roi  Henri  IV.  Ennemi 
des  chefs  de  la  ligue,  dont  il  connaissait  l'ambi- 
tion ,  Langlois  ne  faisait  pas  mystère  de  ses  sen- 
timents. «  Le  mercredi  19  janvier  1594,  dit 
Pierre  de  L'Estoile ,  le  cardinal  Pellevé  ayant 
rencontré  au  Louvre  le  prévôt  Langlois ,  lui  dit  : 
«  On  ne  vous  voit  pas  souvent  à  la  messe  des 
états,  et  vous  y  devez  venir.  —  Je  vais,  répondit 
Langlois,  à  la  messe  de  ma  paroisse.  —  Vous  ne 
faites  pas  votre  charge,  répliqua  le  cardinal.  —  Je 
pense,  repartit  Langlois,  faire  ma  charge  aussi 
bien  et  mieux  que  ne  faites  la  vôtre.  —  Ne  me  re- 
connaissez-vous donc  pas  pour  votre  archevê- 
que (1  )  ?  lui  demanda  le  cardinal  transporté  de  co- 
lère? —  Mais  que  vous  ayez,  répondit  Langlois  , 
fait  élection  de  l'un  des  deux  archevêchés  de 
Sens  ou  de  Reims,  alors  je  vous  reconnaîtrai 
pour  tel ,  et  non  plus  tôt. —  Il  faut  vous  déposer, 

(1).  Pellevé  était  archevêque  de  Sens,  et,  à  ce  titre, 
aiétropoUtaiD  d«  Parts,  qui  n'avait  alors  qu'un  évèque. 


reprit  le  cardinal  ;  aussi  bien  vous  connaît-on 
trop,  et  chacun  sait  le  liou  d'où  venez.  —  On 
me  connaît ,  voirement  pour  homme  de  bien , 
dit   Langlois;  et   pour   le   regard   du   ciel,  je 
veux  que   vous  sachiez   que  je  suis  de  meil- 
leure maison  que  vous.  Quant  à  me  déposer,  il 
n'est  pas  en  votre  puissance,  ni  d'homme  qui 
vive  ;  il  n'y  a  que  le  peuple  qui  in'a  élu  qui  me 
puisse  déposer.   Au  reste,  je  n'ai  que  faire  de 
vous  ....  Et  ainsi  se  départirent.  »  Deux  mois 
après,  Langlois,  de  concert  avec  le  comte  de 
Brissac,   gouverneur    de   Paris,    fit  ouvrir  à 
Henri  IV  les  portes  de  cette  capitale.  Pendant 
la  nuit  du  21  au  22  mars,  Langlois  se  porta  lui- 
même  en  avant  de  la  porte  Saint-Denis   pour 
donner   accès  aux  troupes  du  roi.  Henri  IV 
entra  cette  nuit  même  dans  Paris.  Grâce  aux  me- 
sures prises   par   de  Brissac  et  Langlois ,  ce 
triomphe  ne  coûta  la  vie  qu'à  trois  bourgeois 
et  à  un  corps  de  garde  espagnol.  Pour  le  récom- 
penser de  ses  services,  le  28  mars,  Henri  rv 
nomma  Langlois  maître  des  requêtes  et  bientôt 
après  prévôt  des  marchands.  Marguerite  de  Va- 
lois employa  Langlois  pour  la  dissolution  de  son 
mariage.  Suivant  Sully,  on  eîit  trouvé  difficile- 
ment un  homme  de  plus  d'esprit  dans  les  af- 
faires. F.-X.  Tessier. 
Pierre  L'Estoile,  Mémoires.'— OeThou,  Hist. 
LANGLOIS  (/ean  ),  graveur  français,  né  en 
1649,  à  Paris.  Après  avoir  appris  les  éléments 
de  son  art  dans  cette  ville,  il  alla  s'établir  à 
Rome,  où  il   fut  reçu  membre  de  l'Académie 
française  de  Peinture.  Il  reproduisit  principale- 
ment les  tableaux  d'histoire,  et  ses  œuvres,  que 
recommande  la  fermeté  du  burin ,  ne  sont  pas 
sans  mérite.  Nous  citerons  :  La  Vie  de  Jésus, 
suite  de  seize  planches  gravées  avec  Audran  et 
Simoneau  ;  —  La  Ville  de  Paris  remerciant 
Louis  XIV,  pièce  rare  et  curieuse;  ^-  Pierre 
Loisel ,  docteur  deSorbonne;  —  Saint  Luc 
/aisant  le  portrait  de  la  sainte  Vierge ,  de 
Raphaël;  —  Jean  Law;  —  Tobie  et  l'Ange, 
d'A.  Carracci;   —  La  Descente  de  Croix,  de 
Ch.  Le  Brun;   —  La  Vierge  apparaissant  à 
saint  Philippe  de  Neri,  de  Guido  Reni;  — 
La  Guérison  du  Paralytique ,  de  Bon  Boul- 
longne;  —  Le  Maréchal  de  Villars,  de  Ri- 
ga ud. 

Plusieurs  graveurs  français  du  nom  de  Lan- 
glois, qui  semblent  se  rattacher  à  la  même  fa- 
mille ,  ont  laissé  des  ouvrages  dignes  de  men- 
tion ;  dans  le  nombre  nous  signalerons  :  Fran- 
çois Langlois,  dit  dartres,  qui  travaillait  à 
Paris  dans  la  seconde  moitié  du  dix-septième 
siècle.  Il  a  donné  V Histoire  de  Psyché,  suite 
de  treize  planches  d'après  Raphaël,  et  Xes  Vertus 
théologales  et  cardinales,  d'après  les  pein- 
tures de  Fontainebleau.  —  Nicolas  Langlois, 
fils  et  élève  du  précédent,  dont  il  continua  le 
commerce  d'estampes  pendant  le  siècle  dernier. 
Il  était  fort  habile,  et  a  gravé  :  une  Sainte  Fa- 
mille, Saint  Paul  et  saint-Barnabe,  d'après 


427 

Raphaël,  et  Saint  Pierre  repentant,  d'après 

Le  Pautre.  P.  L— y. 

Ba-ian  ,  Virt.  des  Graveurs.  —  Gorl-Gandellini, /?i(£i- 
gliatori.  —  Fuessli,  Kunstler-Lexïk.  —  Ch.  Le  Blanc, 
Man.  de  l'Jmat.  d'Estampes. 

LASGLOis  (Isidore),  publiciste  français,  né 

à  Rouen,  le  18  juin  1770,  mort  à  Paris,  le  12  août 
1800.  11  rédigea  pendant  plusieurs  années  Le 
Messager  du  Soir.  Déporté  après  le  18  fruc- 
tidor, il  parvint  à  s'échapper;  mais  arrêté  en 
1798,  il  l'ut  renfermé  au  Temple  et  envoyé  à 
Oléron.  Rappelé  après  le  18  brumaire,  il  mou- 
rut l'année  suivante.  Il  avait  pubhé  :  Des  Gou- 
vernements  qui  ne  conviennent  pas  à  la 
France;  1795,  in-8°  ;  —  Appel  à  mes  juges 
et  à  nies  concitoyens;  1795,  in-8°.  G.  de  F. 
Desessarts,  Siècles  lAttcraires  de  la  France. 

LANGLO!S  (  Pierre-Gabriel  ),  graveur  fran- 
çais, né  en  1754,  à  Paris,  mort  vers  1810.  11  fut 
élève  de  Simonet,  collabora  à  la  Galerie  de 
Florence,  au  Musée  des  Monuments  français 
de  Lenoir  et  à  l'édition  des  Œuvres  de  Vol- 
taire publiée  par  Beaumarchais,  et  reproduisit 
un  grand  nombre  des  tableaux  de  l'école  ita- 
lienne et  de  l'école  hollandaise.  On  peut  citer 
de  lui  :  Le  Silence,  d'Ann.  Carracci;  —  La 
Vierge  et  l'Enfant- Jésus ,  de  Titien  ;  —  La 
Charité  romaine,  de  Pellegrini  ;  —  Le  Renie- 
ment de  saint  Pierre,  L'Alchimiste,  Le  Fu- 
meur et  Le  Rémo'uleitr,  de  David  ïéniers  ;  — 
Une  Tabagie  d'Adrien  van  Ostade  ;  —  La  Le- 
çon de  violon,  de  Netscher. 

i.XJiiii.&iS  (Vincent-Marie),  graveur  fran- 
çais, frère  du  précédent  et  son  élève,  né  en  1756, 
à  Paris.  On  a  de  lui  :  Le  Repas  chez  Simon  le 
pharisien,  de  Philippe  de  Champaigne  ;  —  ies 
quatre  Évangélistes ,  de  Valentin;  —  Les 
Muses,  de  Lesueur,  suite  de  cinq  planches  ;  — Le 
Concert  dans  un  jardin,  de  Lavreince.  P.  L— y. 

Naglcr,  Kvnstler-Lex.  —  Ch.  Le  Blanc,  Man.  de  l'A- 
mateur d'Estampes. 

î^ANGLOiS  s>îJ  BoncHET  (  Denis-Jcan-Flo- 
rimond,  marquis),  général  et  écrivain  français, 
né  à  Clermont  (Auvergne),  le  20  octobre  1752, 
mort  à  Paris,  en  octobre  1826.  Sa  famille  était 
originaire  de  Normandie.  Il  entra  à  quinze  ans 
dans  le  génie  militaire,  passa  dans  l'artillerie,  et 
fit  avec  distinction  la  campagne  de  Corse  (1769) 
dans  le  régiment  d'infanterie  de  La  Marche- 
Prince.  En  1776  il  alla  combattre  en  Amérique 
dans  les  rangs  des  républicains.  Sa  valeur  lui 
mérita  le  grade  de  général  major  après  la  vic- 
toire deSarratoga  (1777).  En  1780,  Rochambeau, 
qui  commanda  les  forces  françaises  dans  l'A- 
mérique septentrionale,  le  choisit  pour  son  ma- 
jor général.  De  retour  en  France  en  1783,  Lan- 
glois  du  Boucheî  reprit  du  service  comme  colo- 
nel. Déjà  décoré  (le  l'ordre  américain  de  Cincin- 
natus,  il  reçut  la  croi\  de  Saint-Louis ,  et  le 
prince  de  Condé  se  l'attacha  en  qualité  d'aide- 
major  général  (  camp  de  Saint-Omer,  1788  ).  En 
1791  il  était  adjudant-général  chef  d'état-major 
de  la  vingt-et-unième  division  militaire;  mais  il 


LAIMGLOIS  428 

émigra,  et  rejoignit  le  prinoe  de  Condé ,  qui  iui 
confia  le  commandement  de  la  compagnie   de 
Guyenne  et  ensuite  celui  des  chasseurs  nobles. 
En  1795  Louis  XVIII  le  créa  maréchal-de-camp, 
En  1803  Langlois  du  Bouchet  rentra  en  France,  | 
sollicita  un  emploi  dans  l'armée  impériale,  et } 
commanda   successivement    Ypres    (1809)    et! 
Breda  (1810).  Napoléon  le  nomma  officier  de|_ 
la    Légion  d'Honneur  ;  cependant  Langlois   ac- 
clama le  retour  des  Bourbons,  et  se  fit  inscrire i 
dans  la  maison  royale  comme  garde  de  la  Porte.-i 
En  avril  1816,  il  prit  sa  retraite  avec  le  graile,! 
de  lieutenant  général.  On  a  de  lui   :  Tactique 
militaire;  1785,  in-8°;  —  Histoire  du  prince 
Timor,  contenant  ce  qui  lui  est  arrivé  pen- 
dant ses  voyages  dans  les  différentes  parties- 
du  monde,   et   particulièrement  en  France 
après  l'abandon  et  la  trahison  de  so7i  gou- 
vernement dans  le  port  de  Lorient  ;  Paris, 
1812,4  vol.  in-12.  —  Anecdotes, Contes  moraux 
et  philosophiques  et  autres  Opuscules;  Paris, 
1821,  2  vol.  in-12;  —  et  quelques  écrits  sur  la 
science  militaire,  H.  Lesueuk. 

Bourqiielot,  La  Littérature  Française  contemporaine. 
—  Norvins,  ,Iay   et    Joiiy,  Biographie   des  Contemp. 

LANGLOIS  (Jean -Jacques-Jude),  mariiS  i 
français,  né  le  28  octobre  17C9,  à  Dieppe,  moit 
le  17  juillet  1829,  à  Calais.  Après  avoir  navigué 
pour  le  commerce,  il  fut  nommé  en  1793  en- 
seigne de  vaisseau,  assista  aux  combats  de  Belle- 
Isle  et  de  Groix,  ainsi  qu'à  l'expédition  d'Irlande, 
reçut  le  commandement  de  la  corvette  Le  Festin, 
et  croisa  dans  les  mers  du  Nord.  En  1799  il 
commandait  La  Désirée  lorsque,  le  19  messi- 
dor (7  juillet),  cette  frégate  fat  attaquée  par  leS 
Anglais  dans  la  rade  de  Dunkerque  :  tout  l'équi- 
page fut  mis  hors  de  service,  et  Langlois,  qùî 
favait  reçu  dix  blessures ,  fut  réduit  à  amener 
son  pavillon.  A  la  suite  d'une  captivité  de  plu- 
sieurs mois  sur  les  pontons  anglais  ,  il  fit  partie 
de  la  flottille  de  Boulogne,  et  fut  envoyé  en 
1804  dans  la  mer  du  Nord,  où  il  réussit  à  captu- 
rer un  grand  nombre  de  bâtiments  de  commerce. 
Promu  capitaine  de  frégate ,  il  se  trouva  à  bord 
de  L'Armide,  au  malheureux  combat  du  27  sep- 
tembre 1800  :  il  ne  se  rendit  qu'à  la  dernière 
extrémité,  ayant  quatre  cent  quatre  hommes 
tués  ou  blessés,  toute  sa  mâture  et  son  gréement 
détruits.  Tombé  une  seconde  fois  au  pouvoir 
des  Anglais ,  il  passa  six  années  sur  les  pontons, 
rentra  en  1812  en  France,  et  fut  employé  à  la 
défense  d'Anvers ,  puis  au  commandement  du 
Tourvïlle,  qui  servait  d'école  aux  élèves  de  la 
marine.  K. 

Ga()T\n,  Hist.  de  la  Marine  française.  —  La  France 
Maritime. 

LANGLOIS  (  Eustache- Hyacinthe  ) ,  anti- 
quaire ,  dessinateur  et  graveur  français ,  né  an 
Pont-de-l' Arche ,  en  Normandie,  le  3  août  1777, 
mort  à  Rouen,  le  29  septembre  1837.  Après  avoir 
été  élève  des  peintres  Leraonnier  et  David  ,  il 
fut ,  à  la  suite  de  la  révolution ,  incarcéré  sur 
de  fausses  dénonciations,  et  ne  dut  sa  liberté. 


429 

qu'à  l'intervention  de  Dupont  (  de  l'Eure  ),  ami 
de  son  pèie.  Atteint  parla  conscription,  il  se 
rendit  sous  les  drapeaux  ;  mais  il  obtint  son  congé 
par  la  protection  de  l'impératrice  Joséphine. 
Vers  1816  il  alla  se  fixer  à  Rouen.  En  1828  la 
duchesse  de  Berry  lui  fit  donner  la  place  de  pro- 
fesseur à  l'École  de  Dessin  et  de  Peinture  de 
cette  ville.  Ses  principaux  écrits  sont  :  Notice 
sur  l'Incendie  de  la  Cathédrale  de  Rouen, 
occasionné  par  la  foudre,  le  15  octobre  1822, 
et  sur  l'histoire  monumentale  de  cette 
église,  etc.;  Rouen,  1823,  in-8°,  fig.  :  l'auteur 
donne  une  description  exacte  des  monuments  de 
cette  basilique ,  sur  laquelle  il  fait  connaître  une 
foule  de  détails  intéressants  ;  —  Essai  histori- 
que et  descriptif  sur  l'Abbaye  de  Fontenelle 
ou  de  Saint-Wandrille  et  sur  plusieurs  autres 
monuments  des  environs;  Paris,  1827,  in-S*"; 

—  Essai  historiqîie  et  descriptif  sur  la  Pein- 
ture sur  Verre  ancienne  et  moderne ,  et  sur 
les  vitraux  les  plus  remarquables  de  quelques 
monuments  français  et  étrangers ,  suivi  de 
la  Biographie  des  plus  célèbres  peintres  ver- 
riers ,  etc.  ;  Rouen ,  1832,  in-8°,  fig.  ;  —  Stalles 
de  la  cathédrale  de  Rouen ,  avec  une  Notice 
sur  la  Vie  et  les  Travaux  de  E.-H.  Langlois, 
par  Ch.  Richard;  Rouen,  1838,  in-8°,  fig.  ;  —  Es- 
sai sur  les  Énervés  de  Jumiéges  et  sur  quelques 
Décorations  singulières  des  églises  de  cette  ab- 
baye, suivi  du  Miracle  de  sainte  Bautreuch; 
Rouen,  1839,  in-8°,  fig.  ;  —  Essai  historique, 
philosophique  et  pittoresque  stir  les  Danses  des 
Morts;  Rouen,  1851,  2  vol.  gr.  in-8".  Cet  ou- 
vrage, qui  est  suivi  d'une  lettre  de  M.  C.  Leber 
et  d'une  note  de  Depping  sur  le  même  sujet,  a 
été  complété  et  publié  par  MM.  André  Pottier 
et  Alfred  Baudry.  Langlois  a  inséré  des  notices 
dans  les  Mémoires  de  la  Société  des  Anti- 
qxiaires  de  France,  la  Revue  de  Rouen ,  la  Re- 
vue Normande ,  les  Mémoires  de  la  Société 
des  Antiquaires  de  Normandie,  les  Mémoires 
de  la  Société  d'Émulation  de  Rouen  ,  et  le 
Journal  de  Rouen.  H  a  été  collaborateur  ano- 
nyme du  Glossaire  de  la  Langue  Romane,  par 
Roquefort.  —  Son  œuvre  de  graveur  se  com- 
pose de  près  de  mille  pièces.  Son  médaillon  en 
bronze  a  été  fait  par  le  statuaire  David. 

E.  Regnari).     . 

Gilbert,  Notice  biographique  sur  M.  E.-H.  Langlois, 
dans  les  Mémoires  de  la  Société  des  Antiquaires  de 
France,  t.  XV.  —  Ch.  Richard,  Notice  sur  la  Fie  et  les 
Travaux  de  Hyacinthe  Langlois  du  Pont-de-V Arche. 

—  Journal  de  la  Librairie. 

LANGLOIS  {Jérôme- Marie),  peintre  fran- 
çais, né  à  Paris,  en  1789,  y  est  mort,  le  28  dé- 
cembre 1838.  Il  était  élève  de  David,  et  remporta 
le  prix  de  Rome  en  IS...  Neuf  mois  avant  sa 
mort,  il  fut  admis  à  l'Académie  des  Beaux- Arts. 
Ses  principaux  ouvrages  sont  :  L'abbé  Sicard 
instruisant  les  sourds-muets,  tableau  exposé 
au  salon  de  1812  ;  —  Cassandre  aux  pieds  de 
la  statue  de  Minerve  ;œ  tableau  lui  valut  une 
médaille  au  salon  de  1817  ;  —  Ajax  sur  le  ro- 


LANGLOIS  430 

cher,  même  salon;  —  Enlèvement  de  Déja- 
nire,  même  salon  ;  —  Diane  et  Endymion , 
exposé  au  salon  de  1819,  puis  au  musée  du 
Luxembourg;  ce  tableau  valut  à  l'auteur  une 
nouvelle  médaille;  — Saint  Hilaire  écrivant 
contre  les  Ariens ,  tableau  exposé  au  salon  de 
1822  et  qui  est  aujourd'hui  dans  la  cathédrale 
de  Bordeaux;  —  Portrait  en  pied  de  Bel- 
zunce,  salon  de  1824  :  est  au  musée  de  Mar- 
seille; —  La  Mort  d'Hyrnétho,  salon  de  1827. 
11  fut  nommé  en  1822  membre  de  la  Légion 
d'Honneur.  G.  de  F. 

Annuaire  statistique  des  Artistes  français,  1836. 

LANGLOIS  (Simon -Alexandre  ),  orienta- 
liste français,  né  le  4  août  1788,  mort  le  11  août 

1854,  à  Nogent-sur-Marne.  Il  fut  d'abord  pro- 
fesseur de  rhétorique  au  Lycée  Charlemagne,  et 
plus  tard  inspecteur  de  l' Académie  de  Paris.  En 
1835  il  fut  élu  membre  de  l'Académie  des  Ins- 
criptions et  Belles-Lettres.  Il  s'est  distingué  par 
ses  travaux  sur  la  langue  sanscrite  et  surtout 
par  son  grand  ouvrage  sur  les  livres  sacrés  des 
Hindous,  qu'il  venait  de  terminer  lorsqu'il  mou- 
rut. Voici  les  titres  de  ses  écrits  :  Monuments 
Littéraires  de  l'Inde ,  ou  mélanges  de  litté- 
rature sanscrite,  etc.;  Paris,  1827,  in-S";  — 
Chef s-d'' œuvre  du  Théâtre- Indien,  traduits 
de  l'anglais  de  H.-H.  Wilson;  Paris,  1828, 
2  vol.  in-8°  ;  —  Harivansa,  ou  histoire  de  la 
famille  Hari,  ouvrage  formant  un  appendice 
au  Mahabharata  et  traduit  sur  tin  original 
sanscrit;  Paris  et  Londres,  1834-1836,  2  vol. 
in-4°;  —  Souvenirs  d'Autun;  1841,  in-8'';  — 
Rig-Veda,  ou  Livre  des  hymnes,  traduit  du 
sanscrit;  Paris,  1849-1852,  4  vol.  in-S";  des  ar- 
ticles dans  la  Biographie  générale.  G.  de  F. 

Documents  particuliers.  —  Discours  de  M.  Lenormand 
aux  funérailles  de  A.  Langlois. 

LANGLOIS  (Louis),  jurisconsulte  et  homme 
politique  français,  né  en  1805,  dans  le  département 
de  l'Eure,  mort  au  Goulet,  près  Gaillon,  en  avril 

1855.  Avocat  à  Paris  depuis  1830,  il  prit  part 
aux  luttes  électorales  du  département  de  l'Eure 
sous  Louis-Philippe,  et  c'est  sur  sa  protestation 
que  l'élection  de  M.  Charles  Laffittc  à  Louvicrs 
fut  plusieurs  fois  annulée.  Après  la  révolution  de 
février  1848,  il  fut  envoyé  à  l'Assemblée  consti- 
tuante par  le  département  de  l'Eure.  II  lit  partie 
du  comité  de  l'agriculture ,  vota  avec  le  parti 
démocratique  modéré,  et  repoussa  la  proposition 
Râteau.  Il  ne  fut  pas  réélu  à  l'Assemblée  législa- 
tive. On  a  de  lui  :  Des  Institutions  locales  et 
municipales  en  France ,  et  spécialement  de 
la  Nouvelle  Organisation  et  des  Attributions 
des  Conseils  généraux  et  d'arrondissement  ; 
Paris,  1833,  in-8°;  —  Les  Médecins  doivent- 
ils  être  soumis  au  service  de  la  garde  natio- 
nale? Paris,  1835,  in-8°;  —  Lettres  sur  le  Cré- 
dit agricole;  Paris,  1848,  in-8°;  —  Mémoire 
sur  les  Droits  des  Sociétaires  étrangers  dans 
les  Entreprises  industrielles  de  la  France;  — 
Paris,  1848,  in-8°;  — Administrations  locales 


431 


LANGLOIS  —  LANGRISH 


432 


de  France  et  de  Belgique  comparées;  Paris, 
1846,  in-8°;  —  Bu  Crédit  privé  dans  la  so- 
ciété moderne  et  de  la  réforme  des  lois  qui 
doivent  le  constituer.  Réforme  du  Régime  hypo- 
thécaire; Projet  de  Crédit  foncier  sans  cours 
/bro^  ;  Paris,  i  848,  in-8°.  L.  L— t.   " 

Le  Saulnicr,  Blog.  des  neuf  cents  Représ,  à  V Assemblée 
nationale. —  Uourquelot  et  Maury,  La  iitter.  Franc,  con- 
temp.  —  Vapereaii ,  Dict.  univ.  des  Contemp. 

•LANGLOIS  {Jean-Charles),  peintre  fran- 
çais, né  à  Beaumont  en  Auge  (Calvados),  le 
22  juillet  1789.  Élève  de  l'École  Polytechnique 
en  1806,  il  en  sortit  en  1807,  servit  d'abord  dans 
l'infanterie,  et  fit  les  campagnes  de  Dalmatie, 
d'Allemagne,  d'Espagneetde  Russie.  11  fitcellede 
France  dans  la  garde  impériale.  Sons  la  Restau- 
ration il  entra  avec  son  grade  de  capitaine  dans 
le  corps  royal  d'état-major  à  sa  formation ,  et 
devint  aide  de  camp  du  maréchal  Gouvion  Saint- 
Cyr  lorsque  celui-ci  sortit  du  ministère.  Nommé 
chef  d'escadron  d'état-major  en'1830,  M.  Lan- 
glois  parvint  jusqu'au  grade  de  colonel,  et  prit 
sa  retraite  en  1849.  Passionné  pour  la  peinture, 
il  avait  reçu  des  leçons  de  Girodet,  de  Gros 
et  de  M.  Horace  Vernet,  et  exposa  successi- 
vement :  en  1822,  La  Bataille  de  Sediman, 
qui  lui  valut  une  médaille  d'or;  —  en  1824:  Pas- 
sage et  Bataille  deVArsobispo;  —  Prise  de 
la  Glande  Redoute  de  la  Moscowa  en  1812  ;  — 
Passage  du  Lech  en  1796  par  le  général 
Gouvion  Saint-Cyr  ;  —  Vue  d'une  Cascade  du 
mont  Dore;  —  en  1827  :  Passage  de  la  Bé- 
rézina  ;  —  Bataille  de  Walls  ;  —  Combat  de 
Bénouth  ;  —  Campillo  de  Las  Arenas  ;  —  en 
1831  :  Combat  de  Navarin,  pour  le  ministère 
de  la  Marine;  —  Bataille    de    Montereau; 

—  Vue  du  Couvent  du  Mont-Serrat ;  — 
en  1834:  Combat  de  Sidi-Féruch  ;  — en  183S  : 
Combat  de  Castalla;  —  Bataille  de  Po- 
lotsk;  —  Bataille  de  la  Moskowa;  ces  trois 
tableaux  pour  le  musée  de  Versailles;  —  en 
1839  :  Bataille  de  Smolensk;  —  Entrevue  du 
général  Maison  et  d'Ibrahim-Pacha  à  Na- 
varin; —  en  1840:  Combat  de  Champaubert; 
Bataille  de  Montereau;  —  Bataille  de  Tou- 
louse :  tous  trois  pour  le  musée  de  Versailles  ; 

—  en  1841  :  Combat  de  Krasnoe;  —  en  1842  : 
Combat  de  Nœfels;  —  en  1843:  Combat  de 
Polotsk;  —  en  1849  -.Bataille  de  Hoff;  — 
Combat  de  Wesen  ;  —  en  1850,  Passage  de  la 
Lintk;  —  en  1855  :  Ruines  de  Karnac ;  — 
Prise  et  incendie  de  Smolcnsk;  —  Bataille 
de  la  Moskowa.  A  la  mort  de  Prévost  {voy.  ce 
nom),  M.  Langlois  conçut  le  projet  de  faire  ser- 
vir les  panoramas  à  la  reproduction  des  princi- 
paux épisodes  des  grandes  campagnes  militaires 
de  la  France.  Prévost  employait  des  teintes 
plates  pour  ses  panoramas,  laissait  pénétrer  peu 
de  lumière,  et  plaçait  le  spectateur  sur  une  tour 
éloignée  du  lieu  qu'il  représentait.  M.  Langlois 
mit  le  spectateur  au  milieu  de  l'action,  laissa  pé- 
nélrer  une  plus  grande  lumière,  et  dut  employer 


les  ressources  de  la  grande  peinture  :  les  panora- 
mas devinrent  de  véritables  tableaux  artistiques. 
Il  loua  un  vaste  terrain  rue  des  Marais  du  Tem- 
ple, y  fit  édifier  une  rotonde  soutenue  par  un 
point  d'appui  au  centre,  et  débuta  par  la  bataille 
de  Navarin  :  le  mât  central  figura  le  mât  d'arti- 
mon d'un  vaisseau  sur  lequel  le  spectateur  était 
censé  placé  et  d'où  il  assistait  au  combat.  Les 
panoramas  d'Alger  et  de  La  Bataille   de  la 
Moscoiva  eurent  un  succès  immense.  Le  pro- 
priétaire exagéra  ses  prétentions  :  il  fallut  quitter; 
mais  en  1838  M.   Langlois  obtint  de  la  ville  de 
Paris  la  concession  pour  quarante  ans  d'un  terrain 
aux  Champs-Elysées,  et  y  fit  élever  une  rotonde 
par  M.  Hittorf.  Il  y   représenta  le  panorama 
de  l'Incendie  de  Moscou  (1839);  de   la  Ba- 
taille d'Eylau  (1843) ,  de  la  Bataille  des  Py-, 
ramides  (1849)  ,  etc.  Lors  de  l'exposition  uni- 
verselle de  1855,  cet  établissement,  placé  entre  lei 
palais   de  l'Industrie    et  le  Cours  la  Reine  fut^ 
exproprié;  la  salle  servit  à  l'exposition  des  dia-i 
mants  et  bijoux  de  la  couronne ,  ainsi  que  des; 
produits  des  manufactures   impériales;  ensuitel 
elle  fut  démolie.  En  1858,  la  ville  de  Paris  afaiti 
construire  entre  le  palais  de  l'Industrie  et  l'allée' 
des    Veuves    une    autre    rotonde    concédée  à 
M.  Langlois,  et  dans  laquelle  il  doit  exposer  lai 
prise  de  Sébastopol.  Il  est  auteur  d'un  Voyage< 
pittoresque  et  militaire  en  Espagne  :  Cata- 
logne; accompagné  de  notes  explicatives  sur 
les  batailles,    communiquées  par   MM.  ,le 
maréchal  Gouvion  Saint-Cyr,  les  généraux 
Decaen,  Lamarque,  Souham,  Petit,  etc.,  Pa-i 
ris,  1826-1830,  in-fol.  ;  —  Panorama  de  la  Ba- 
taille de  la  Moskowa;  1835,  in-4°;  —  Notice^ 
sur  le  panorama  de  l'Incendie  de  Moscou; 
1839 ,  in-8°  ;  —  Relation  du  Combat  et  de  la  ; 
Bataille  d'Eylau,  précédée  d'un  précis  histori-  i 
que;  1844,  in-8''  ;  —  Relation  de  la  bataille  des 
Pyrajnides  ;  Pdiùi,  1853,  1854,  in-8°.    L.  L— T. 

Ch.  Gabct,  Dict.  des  Artistes  de  l'école  française  au  i 
dix-neuvième  siècle.  —  Livrets  des  Salons.  —  Vapereau,  i 
Dict.  univ.  des  Contemp.  —  Rens.  part. 

LANGRISH  (Browne),  médecin  anglais,  né  i 
vers  1700,  mort  en  1759.  On  n'a  pas  de  détails  i 
sur  sa  vie  ;  mais  ses  ouvrages  ont  encore  quelque  ( 
intérêt.  11  se  fit  le  défenseur  des  théories  méca- 
niques en  physiologie  et  en  médecine ,  et  s'ef- 
força par  de  nombreuses  expériences  de  soutenir 
des  doctrines  qu'une  étude  plus  approfondie  de  i 
l'organisation  animale  a  fait  abandonner.  «  H 
expliquait ,  dit  la  Biographie    médicale ,    le 
mouvement  musculaire  par  des  esprits  éthérés 
qui  devaient  augmenter  la  force  contractile  des 
éléments  de  la  fibre  charnue.  On  lui  doit  des 
tables  particulières,  mais  sur  la  fidélité  etTeiiac- 
titude  desquelles  il  ne  faut  pas  compter,  des  dif- 
férentes proportions  de  la  sérosité  et  de  la  partie 
solide  du  sang,  etc.  »  On  a  de  Langrish  :  New 
Essay  on  musculan  Motion,  founded  on  expe- 
riments  and  Newtonian  philosophy;  Londres, 
1733,  in-S";  —  The  modem   Theory   and 


433  LANGRISH 

Praetice  of  Physih;LondTeSy  1738,  in-8°.  Ce 
traité  a  été  traduit  en  français;  Paris,  1749, 
in-8°.  «  On  y  remarque,  d'après  la  Biographie 
Médicale,  des  expériences  sur  l'empoisonne- 
ment par  l'acide  hydrocyanique,  et  sur  les  traces 
qu'il  laisse  après  la  mort  »  ;  —  Croonian  Lec- 
tures on  muscular  motion;  Londres,  1747, 
in-8°.  Z. 

Eloy,  Dict.  hist.  de  la  Méd.  —  Chalmers,  Cen.  Biogr. 
Dict.  —  Bioçrapkie  Médicale. 

LANCSBORFF  { Georges- Henri ,  baron  de), 
voyageur  et  naturaliste  allemand ,  né  en  1774,  à 
Laisk  en  Souabe,  mort  le  3  juillet  1852,  à  Fri- 
bourg  en  Brisgau;  Il  étudia  la  médecine  à  l'uni- 
versité de  Goettingue  et  accompagna  en  1797  le 
prince  Chrétien  de  Waldeck  à  Lisbonne.  Durant 
son  séjour  dans  le  Portugal,  il  y  introduisit  le  vac- 
cin. Après  la  mort  du  prince,  Langsdorff  re- 
tourna en  Allemagne,  et  se  rendit  de  là  à  Copen- 
hague, où  Krusenstern  se  l'associa  à  son  expé- 
dition scientifique  entreprise  sous  les  auspices 
du  gouvernement  russe.  Plus  tard  Langsdorff 
entra  au  service  de  la  Russie,  et  devint  consul 
général  au  Brésil.  Dans  cette  position  il  s'occupa 
activement  de  l'exploration  scientifique  des  con- 
trées qu'il  habitait.  Après  son  retour  en  Europe, 
il  visita  en  1823  les  montagnes  de  l'Oural.  Plus  tard 
il  retourna  dans  l'Amérique  du  Sud,  et  parcourut 
pendant  quatre  ans  (1825-1829),  en  compagnie 
avec  l'astronome  Ruszow ,  les  naturalistes  Ridel 
et  Ménétries  et  le  peintre  Rugendas,  une  grande 
partie  de  l'intérieur  du  Brésil.  Il  rapporta  de  ses 
voyages  de  belles  collections,  qui  se  trouvent  ac 
tuellement  au  musée  de  Saint-Pétersbourg.  En 
1831,  il  se  retira  à  Fribourg  en  Brisgau,  où  ri  passa 
le  reste  de  sa  vie.  On  a  de  lui  :  Plantes  recueil- 
lies pendant  le  voyage  des  Russes  autour  du 
monde.  Expédition  dirigée  par  M.  Krusen- 
stern; Tubingue ,  1810-1818,  2  vol.  grand  in- 
folio en  français.  F.  Fischer  a  collaboré  à  cet  ou- 
vrage ;  —  Bemerkungen  auf  einer  Reise  um 
die  Welt  in  den  Jahren  1803-1807  (Observa- 
tions faites  pendant  un  voyage  autour  du  monde 
durant  les  années  de  1803  à  1 807  );  Francfort, 
1812,  2  vol.;  —  31émoire  sur  le  Brésil  pour 
servir  de  garde  aux  personnes  qui  désirent 
s'y  établir;  Paris,  1820,  en  français; —  plu- 
sieurs Mémoires  insérés  dans  les  Comptes  ren- 
dus de  l'Académie   de  Saint-Pétersbourg ,  etc. 

R.  L. 

Convers.  -Lexikon. 

LANGTOFT  (  Pierre  ),  chroniqueur  anglais, 
né  vers  la  fin  du  treizième  siècle.  Il  était  cha- 
noine régulier  de  l'ordre  dos  Angustins  à  Brid- 
lington,  dans  le  comté  d'York.  Il  traduisit  du 
latin  en  vers  français  la  Vie  de  Thomas  Becket 
d'Herbert  Bosenham  ou  Boscam ,  et  compila, 
également  en  prosodie  française,  une  Chronique 
d'Angleterre  ;  ces  deux  manuscrits  ont  été  con- 
servés à  la  Bibliothèque  Cottonicnne  et  à  l'an- 
cienne Bibliothèque  royale  du  Brilish  Muséum. 
La  Chronique  commence  au  siège  de  Troie  et 


—  LANGTON 


434 


s'arrête  à  la  fin  du  règne  d'Edward  l".  Robert 
de  Brunne  en  a  donné  une  version  métrique  en 
anglais,  laquelle  a  été  éditée  à  Oxford,  1725, 
2  vol.  in-S"  par  les  soins  de  Hearne.    P.  L — y. 

Ilearne,  Jntrod.  to  the  Chronicle.  —  Warton ,  Hisiory 
0/  Poetry. 

LANGTON  (Etienne),  cardinal  anglais,  né 
vers  le  milieu  du  douzième  siècle ,  mort  le 
9  juillet  1228  ,  à  Slindon,  dans  la  province  de 
Sussex.  Ayant  fait  ses  éludes  à  Paris,  il  y  pro- 
fessa dans  la  suite  la  philosophie  et  la  théologie, 
devint  chanoine  de  Notre-Dame ,  ainsi  que  le 
rapporte  le  cartulaire  de  cette  église,  puis  chan- 
celier de  l'université.  Innocent  III ,  qui  l'avait 
eu  pour  condisciple  aux  écoles  de  Paris,  le  fit, 
vers  l'année  1-206,  cardinal-prêtre  du  titre  de 
Saint-Chrysogone.  En  cette  année  1206,  l'arche- 
vêché de  Cantorbéry  perdit  son  chef  spirituel, 
et,  prétendant  avoir  le  droit  de  pourvoir  à  ce  siège, 
les  moines  de  Cantorbéry  élurent  clandes- 
tinement archevêque  un  de  leurs  confrères , 
nommé  Reginald.  A  cette  nouvelle  le  roi  Jean, 
qui  ne  reconnaissait  guère  les  libertés  ecclésias- 
tiques, s'emporta,  menaça,  et  après  avoir  an- 
nulé l'électionde  Reginald,  il  ordonnad'élire  Jean 
de  Gray,  alors  évêque  de  Norwich.  La  terreur 
des  moines  fut  grande.  Ils  obéirent  au  roi.  Les 
évêques  suffragants  de  la  province  de  Cantor- 
béry protestèrent  alors  contre  l'une  et  l'autre 
élection,  alléguant  qu'ils  avaient  le  droit  de 
participer  au  choix  de  leur  métropolitain.  De  là 
grand  débat,  procès  en  forme,  orateurs  envoyés 
au  saint-père  par  les  deux  parties.  Innocent  III 
confirma  le  droit  des  moines.  Mais,  admettant 
les  objections  du  roi  contre  la  personne  de  Re- 
ginald, et  ne  pouvant  d'ailleurs  accepter  Jean  de 
Gray,  violemment  imposé  par  la  puissance  ci- 
vile, il  enjoignit  aux  moines  de  faire  une  troi- 
sième élection,  qui  fût  à  la  fois  publique  et  li- 
bre, et  leur  recommanda  l'un  des  plus  éminents 
docteurs  de  toute  l'Angleterre,  le  cardinal 
Etienne  Langton.  A  son  tour  il  fut  élu  par  les 
moines,  et  consacré  par  le  pape,  à  Viterbe,  le 
17  juin  1207.  Le  roi  ne  pouvait  être  satisfait  de 
cette  conclusion.  Innocent  III,  qui  le  pensait 
bien ,  lui  envoya  plusieurs  cadeaux ,  plusieurs 
lettres.  Mais  il  ne  réussit  pas  plus  à  le  séduire 
qu'à  le  convaincre.  Ayant  alors  commis  pour  se 
venger  les  plus  odieuses  violences,  Jean  fut  ex- 
communié par  le  pape.  Pendant  cette  lutte,  qui 
dura  sept  ou  huit  ans ,  Etienne  Langton  habita 
le  monastère  de  Pontigny ,  en  France.  Quand 
enfin  le  roi  Jean,  vaincu  par  la  fermeté  d'Inno- 
cent III,  parut  céder,  ce  fut  Etienne  Langton 
qui,  nouvellement  établi  sur  son  siège  primatiai, 
proclama  la  solennelle  réconciliation  du  roi  pé- 
nitent et  de  l'Église  miséricordieuse.  Mais  il 
n^  avait  pas  de  paix  durable  avec  un  homme 
aussi  lâche,  aussi  fourbe,  il  souleva  toute  l'An- 
gleterre par  de  nouveaux  crimes,  et  la  noblesse 
se  joignant  cette  fois  à  l'épiscopat,  le  soulève- 
ment fut  général.  Etienne  Langton  fut  à  la  tête 


435  LANGTON 

des  mécontents.  Le  roi,  forcé  de  signer  la  grande 
charte,  ce  fut  en  sa  présence  qu'il  jura  d'ob- 
server ces  articles,  dont  il  s'empressa  bientôt 
de  demander  l'abrogation.  Ce  fut  une  erreur 
d'Innocent  III  d'intervenir  dans  cette  affaire  et 
de  ratifier  les  trahisons  du  roi.  Etienne  Langton 
ne  put,  malgré  sa  déférence  pour  Innocent,  lui 
obéir  en  cette  circonstance.  Aussi  fut-il  pendant 
quelques  années  exilé  d'Angleterre  et  suspendu 
de  ses  fonctions  métropolitaines.  Henri  III  le 
rappela,  et  se  fit  coilronner  par  lui  en  1220. 
Les  ouvrages  laissés  par  Etienne  Langton  sont 
assez  nombreux.  Il  faut  d'abord  indiquer  ses 
Commentaires  sur  l'Ancien  Testament.  Ils  sont 
inédits  ;  mais  il  en  existe  de  nombreuses  copies 
dans  les  grandes  bibliotlièques.  Les  anciens  et 
les  nouveaux  bibliographes  mentionnent  ensuite 
des  Sermons,  deux  traités,  De  BenedictioniMis 
et  De  Maledictionibîis ,  un  poëme  en  vers 
hexamètres  sous  le  titre  de  Hexameron,  deux 
Sommes,  l'une  intitulée  Summa  Theologïee, 
l'autre  Summa  de  diversïs,  des  opuscules  ou 
fragments  d'opuscules  ainsi  désignés  :  Repeti- 
tiones  lectionum.  Documenta  clericorum,  De 
saccrdolibui  Dcum  nescientibus ,  De  vera 
Pœnïtentia ,  De  Sïmilitudinibus ,  Adam  ubi 
es  P  Tous  ces  ouvrages  sont  inédits. 

Fabriciiis,  Bibl.  Med.  yEvi.  —  Tanner,  Biblioth.  Bri- 
tannico-Hibern.  —  Oudin,  Comment,  de  Script.  Eccles., 
t.  II  —  Cave,  Script,  eccles.  Hist.  Litterar.,  t.  II.  — 
Histoire  Littéraire  de  ta  France,  t.  XVIII,  p.  60.  — 
Hurter,  Histoire  d'Innocent  III,  passlm.  —  Ciacontius, 
yitse  Pontifie,  et  Cardin.,  t.  II.  —  Godwin,  De  Praesu- 
Ubus  Angliie  Commentarius. 

LANGïJESimc  {Michel),  érudit  français,  né 
le  3  novembre  1670,  à  Rennes,  mort  le  28  mai 
1742,  à  Paris.  Admis  dans  la  Sociétédes  Jésuites 
en  1688,  il  professa  pendant  vingt  ans  la  philo- 
sophie et  la  théologie,  et  fut  attaché,  de  1718  à 
1728,  à  !a  bibliothèque  de  sa  compagnie.  «  Il  ac- 
quit beaucoup  d'érudition,  dit  Moréri;  mais  il  se 
soucia  peu  de  se  faire  connaître  au  public.  «  On 
a  de  lui  :  Dissertation  sur  les  Trirèmes,  ou 
vaisseaux  de  guerre  des  anciens  ;  Paris , 
1721,  in-4°;  —  et  des  Notes  sur  les  sept  pre- 
miers tomes  du  Nouveau  Testament  du  P. 
Lallemant,  1713-1716. 

Un  de  ses  parents,  Gilles  Languedoc,  greffier 
de  la  communauté  de  Rennes,  composa  un  Re- 
cueil historique  sur  cette  ville;  il  mourut  en 
1731,  à  l'âge  de  quati-e-vingt-onze  ans.       K. 

Moréri,  Dici.  Histor.  —  Miorcec  de  Kcrdanet,  Écri- 
vains de  la  Bretagne. 

LANGUET  {Hubert),  célèbre  homme  d'État 
et  publiciste  français,  né  en  1518,  à  Vitteaux  en 
Bourgogne,  mort  à  Anvers,  le  30  septembre  1581. 
Son  éducation  fut  confiée  par  son  père  Germain 
Languet  (1),  gouverneur  de  Vitteaux,  à  Jean 
Perelle,  helléniste  distingué  ;  dès  l'âge  de  dix  ans 
le  jeune  Hubert  parlait  le  latin  avec  facilité  et 
traduisait  à  livre  ouvert  les  tragiques  grecs.  De 


(1)  Germain  Languet  eut  encore  deux  autres  fils  : 
Claude,  seigneur  de  Saint-Cosuie,  premier  camérier  de 
Catherine  de  Médicis,  et  Hubert  Guy,  archidiacre  d'Autun. 


LANGUET 


436 


1536  à  1539,  il  étudia  le  droit  à  Poitiers,  et  se 
fit  recevoir  en  1548  docteur  à  Padoue.  La  lec- 
ture des  Loci  communes  theologise  de  Melanch- 
thon,  qu'un  Allemand  lui  avait  prêtés  à  Bologne, 
le  fit,  en  1547,  incliner  à  la  religion  protes- 
tante (1).  Un  point  qui  ne  lui  semblait  pas  assez 
élucidé,  la  question  delà  Cène,  l'arrêtait  encore; 
il  résolut  d'aller,  en  1549,  consulter  MelanchthoH 
lui-même  à  Wittemberg.  Satisfait  des  réponses  du 
célèbre  réformateur,  il  se  lia  avec  lui  et  avec  son 
gendre,  Caspard  Peucer,  et  resta  plusieurs  an- 
nées à  Wittemberg  pour  jouir  de  leur  commerce. 
En  1551  il  parcourut  la  Poméranie  et  une  partie 
de  la  Suède  ;  il  visita  Augsbourg  trois  ans  après, 
et  partit  pour  Rome  en  1555.  Recommandé  par 
Melanchthon  au  cardinal  du  Bellay,  il  reçut  de  ce 
dernier  l'accueil  le  plus  bienveillant,  et  fut  mis 
en  rapport  avec  la  plupart  des  hommes  mar- 
quants qui  habitaient  Rome  à  ce  moment,  le 
Titien  entre  autres ,  qui  peignit  son  portrait.  Il 
passa  ensuite  en  France,  s'arrêta  quelque  temps 
à  Paris,  où  il  eut  des  conférences  avec  les  prin- 
cipaux huguenots,  et  revint  à  Wittemberg  vers 
le  milieu  de  l'an  1556.  L'année  suivante  il  fit  un 
assez  long  séjour  à  Stockholm  ;  il  y  fut  reçu  avec 
distinction  par  le  roi  Gustave,  qui,  ainsi  que  ses 
■fils,  le  consultait  souvent  sur  des  affaires  im- 
■.portantes.  Il  parcourut  dans  la  même  année  là 
Finlande,  la  Carélie,  l'Ingrie,  et  il  explora  avec 
soin  la  Livonie  et  la  Laponie.  De  retour  en  Suède, 
il  y  revit  le  roi,  qui  voulut  le  charger  d'aller 
avec  deux  bâtiments  à  la  recherche  d'un  passage 
dans  les  Indes  orientales  par  les  mers  du  Nord. 
Languet  répondit  que  son  désir  était  de  visiter 
les  contrées  habitées  et  non  celles  qui  sont  dé- 
sertes, et  il  déclina  l'offre  du  roi.  Ce  prince  alors 
lui  donna  mission  d'engager  en  France  pour  le 
service  de  la  Suède  le  plus  grand  nombre  pos- 
sible d'ouvriers  habiles  dans  tous  les  genres  d'in- 
•  dustrie.  Languet  alla  passer  de  nouveau  quelques 
mois  à  Wittemberg,  et  repartit  ensuite  pour  l'Ita- 
lie, accompagnant  le  jeune  Adolphe  de  Nassau, 
qu'il  quitta  en  t560  pour  se  rendre  à  Paris.  Il 
voulait  y  observer  les  dispositions  de  la  cour  de 
France  et  l'état  intérieur  de  ce  pays ,  afin  de  tenir 
au  courant  à  ce  sujet  l'électeur  de  Saxe,  auprès 
duquel  il  remplissait  dès  l'année  précédente  les 
/onctions  d'agent  diplomatique.  Rappelé  bientôt 
à  Wittemberg,  parla  mort  de  Melanciithon,  qu'il 


(1)  Voici  le  récit  de  sa  conversion  adressé  par  lui-même 
à  son  ami  Camerarius  :  «  Je  commençai  dès  Tâge  le  phis 
tendre  à  lire  les  livres  de  controverses  religieuses;  mais, 
lisant  sans  choix  et  sans  précaution  tout  ce  qui  se  pré- 
sentait, au  bout  de  quelques  années  je  m'aperçus  que 
mes  lectures  n'avaient  servi  qu'à  jeter  de  l'inquiétude 
dans  mon  esprit;  j'étais  seulement  choqué  du  fiel  et  de 
l'amertume  qui  régnaient  dans  ces  discussions.  Les  fJeiix 
communs  de  Ph.  Melanchthon  furent  pour  moi  le  fil  d'A- 
riane ,  au  milieu  du  labyrinthe  où  j'étais  ;  à  la  lecture 
de  ce  traité  eélèbre,  je  conçus  plus  d'estime  pour  son 
auteur  que  pour  tous  les  docteurs  de  la  foi;  il  me  parais- 
sait être  le  seul  qui  cherchât  sincèrement  la  vérité  et  la 
solide  religion ,  au  lieu  que  je  ne  trouvais  dans  les  autres 
que  des  âmes  passionnées.  « 


48T 


LANGUET 


43é 


aimait  comme  un  fils,  il  revint  à  Paris  en  juin 
1561.  En  relation  continuelle  d'une  part  avec  les 
chefs  du  parti  huguenot,  dont  il  partageait  les 
espérances,  d'autre  part  avec  des  membres  in- 
fluents du  gouvernement,  auprès  desquels  il  était 
chargé  de  négocier,  il  était  à  même  d'obtenir  sur 
les  événements  graves,  qui  se  passaient  alors 
en  France,  des  renseignements  précieux,  qui  se 
trouvent  consignés  dans  la  correspondance  en- 
tretenue par  lui  d'abord  avec  Mordeiscn,  chan- 
celier de  rélecteur  de  Saxe  et  plus  tard  avec  ce 
prince  lui-même.  Après  un  séjour  de  près  de  six 
ans  en  France,  il  accompagna,  en  1567,  l'électeur 
au  siège  de  la  ville  de  Gotha,  alors  occupée  par 
le  célèbre  Grumbach  {voy.  ce  nom),  auquel,  sur 
les  instances  réitérées  de  Languet,  la  cour  de 
France  venait  de  refuser  tout  envoi  de  secours. 
Après  la  prise  de  cette  ville,  il  voulut  reprendre 
son  poste  à  Paris;  mais  les  troubles  qui  agi- 
taient alors  la  France  ne  lui  permirent  d'y  pé- 
nétrer qu'après  la  pai.'i.  de  Longjuraeau.  Forcé 
bientôt,  après  par  la  reprise  de  la  guerre  civile,  de 
s'éloigner  de  la  capitale,  il  se  retira  en  Alle- 
magne ;  il  y  passa  deux  ans,  et  eut  à  y  rem- 
plir, au  nom  de  son  électeur,  plusieiu's  missions 
importantes.  En  septembre  1570,  ce  prince  le 
chargea  d'aller  comphmenter  Charles  IX  au  su- 
jet de  la  paix,  conclue  récemment  avec  les  hu- 
guenots, et  de  chercher  à  obtenir  pour  eux  de 
meilleures  conditions.  Plusieurs  princes  protes- 
tants de  l'Empire  avaient  dans  le  même  but  en- 
voyé en  France  des  ambassadeurs,  au  nom  des- 
quels Languet  piononça,  le  23  décembre  suivant, 
devant  Charles  IX  un  discours  hardi  en  faveur  de 
ses  coreligionnaires  (1).  11  resta  ensuite  près  de 
deux  ans  à  Paris,  consacrant  à  l'étude  et  à  des 
entretiens  avec  Ramus,  Pibrac,  Pierre  Pithou, 
de  la  Place ,  le  Tasse  et  autres  hommes  distin- 
gués, tout  le  temps  rju'il  pouvait  dérober  aux 
affaii'es.  Dans  la  nuit  de  la  Saint-Barthélémy, 
après  être  parvenu  à  sauver  le  savant  imprimeur 
Wechel,  chez  lequel  il  demeurait,  il  sortit  à  la 
hâte  pour  venir  au  secours  deDuplessis-Mornay, 
qu'il  avait  pris  en  affection  depuis  plusieurs  an- 
nées. Reconnu  par  la  populace  et  fait  prisonnier, 
il  n'échappa  à  la  mort  que  par  l'intervention  de 
MorvilUers,  évêque  d'Orléans.  Un  mois  après  il 
quitta  Paris,  et  alla  passer  quelque  temps  à  Franc- 
fort, où  il  fit  la  connaissance  de  Philippe  Sidney, 
qui  devint  bientôt  son  ami.  En  mai  1573,  l'élec- 
teur de  Saxe  le  nomma  son  représentant  auprès 
de  la  cour  de  l'empereur.  Languet  y  résida  près 
de  quatre  ans,  au  milieu  des  plus  grands  soucis. 
D'abord  il  eut  à  lutter  contre  de  pressants  be- 
soins d'argent.  Plein  de  désintéressement,  il 
avait  consacré  tout  son  héritage  maternel  à  sou- 
tenir la  cause  des  huguenots  ;  ce  n'était  que  de- 
puis 1567  qu'il  recevait  la  modique  somme  de 
deux  cents   thalers  d'appointements;   les  cinq 

(1)  Ce  discours  a  été  recueilli  dans  les  Mémoires  de 
l'Eslat  de  France,  dans  l'Histoire  de  la  Popeliniére  et  dans 
la  f  je  d'Hubert  Languet  de  M.  Chevreul. 


cents  florins  qu'on  y  ajouta  depuis  ne  furent  pas 
toujours  payés  régulièrement,  et  Languet  se 
trouva  plusisiurs  fois  dans  de  cruels  embarras. 
De  plus,  au  lieu  de  lui  tenir  compte  de  son  dé- 
vouement pour  la  cause  du  protestantisme,  plu- 
sieurs envoyés  extraordinaires  de  l'électeur  lui 
firent  éprouver  des  affronts  sanglants  :  ils  cher- 
chaient à  complaire  au  puissant  conseiller  Lin- 
demann,  qui  faisait  exécuter  ou  jeter  en  prison 
tous  ceux  qui,  comme  Languet,  se  montraient 
partisans  des  idées  de  Melanchthon  au  sujet  de  la 
Cène.  Poussé  à  bout,  Languet  demanda  son  rap- 
pel, qui  lui  fut  accordé  en  février  1577  ;  sa  pen- 
sion annuelle  de  deux-cents  thalers  lui  fut  main- 
tenue. Tous  ses  biographes,  les  frères  Haag 
exceptés,  ont  prétendu  sans  fondement  que  de- 
puis ce  moment  il  avait  abandonné  le  service 
de  l'électeur;  il  y  resta  au  contraire  attaché  jus- 
qu'à la  fin  de  sa  vie.  Ce  n'est  qu'accessoirement 
qu'il  intervint  dans  les  affaires  de  Jean  Casimir 
de  Bavière,  qu'il  accompagna  à  Londres  en  jan- 
vier 1579,  et  quelque  temps  après  dans  celles 
du  princed'Orange,  qui  avait  déjà  consulté  Lan- 
guet plusieurs  années  auparavant.  Vers  le  milieu 
de  l'an  1579,  il  se  rendit  aux  eaux  de  Bade,  où 
il  se  lia  avec  le  célèbre  de  Thou,  auquel  il  confia 
un  grand  nombre  de  particularités  sur  les  événe- 
ments de  son  époque  (1).  Il  alla  ensuite  s'établir 
à  Anvers,  qu'il  ne  quitta  presque  plus.  En  mai 
1 580  il  se  rendit  une  dernière  fois  en  France , 
tant  pour  y  recueillir  les  restes  de  son  héritage 
paternel,  que  pour  négocier,  au  nom. du  prince 
d'Orange,  un  traité  secret  avec  le  duc  d'Alençon  : 
il  mourut  bientôt  après  (2). 

Languet  est  l'auteur  d'un  ouvrage  oii  sont  dé- 
posés des  principes  politiques  qui  eurent  au 
seizième  siècle  une  très-grande  influence  et  furent 
plus  tard  repris  par  ceux  qui  ont  ranimé  la  cause 
de  la  liberté  et  de  la  justice.  Cet  ouvrage  a  pour 
titre  :  VindicicV  contra  tyrannos,  sive  de 
principis  in  populum  popuUqiie  in  princi- 
pem  légitima  potestate ,  Stephano  Junio 
Bruto  Celta  auctore;  Bâle,  1581,  in-8°  (l'édi- 
tion porte  la  fausse  indication  d'Edimbourg, 
1579);  Francfort,  1608  et  1622,  in-12;  Paris, 
1631,  in-12;  Leyde,  1643,  in-18  ;  Leipsig,  1846, 
in-8o,  avec  une  vie  de  Languet  par  Treitsclike; 


(1)  Dans  &tis,  Mémoires,  de  Tliou  raconte  qu'il  ne  quittait 
pins  Languet  que  lorsque  celui-ci  prenait  ses  bains,  et  il 
ajoute  :  «  M.  de  Tliou  était  cliariné  de  sa  franchise,  de 
sa  probité  et  de  la  solidité  de  son  jugement,  non-seule- 
ment par  rapport  aux  belles-lettres,  mais  encore  par 
rapport  aux  intérêts  publies  ,  qu'il  avait  traités  toute  sa 
vie  auprès  des  princes  avec  une  droiture  qui  a  peu 
d'exemples.  Il  possédait  si  bien  les  affaires  d'.^lleœagne 
qu'il  en  instruisait  même  ceux  du  pays,  u 

(2)  Voici  ses  dernières  paroles,  qui  nous  ont  été  conser- 
vées par  M"'fi  Huplessis-Mornay ,  qui  l'assista  à  son  lit  de 
mort:  «  Qu'il  n'avoit  regret  que  de  n'avoir  peu  revoir 
M.  Duplessis,  auquel  il  eust  laissé  son  cœur  s'il  eust  peu; 
qu'il  avoit  désiré  de  vivre  pour  voir  le  siècle  amender; 
mais  puisqu'il  alloit  lousjours  s'erapirant,  il  n'y  avoit 
plus  que  faire  ;  que  les  princes  de  ce  temps  estoicnt  cKes- 
tranges  gens;  que  la  vertu  y  avoit  beaucoup  à  souffrir 
et  peu  à  gagner.  » 


439 


François  Estienne  en  publia  en  1581  une  tra- 
duction française  ,  due  probablement  à  Duples- 
sis-Mornay;  elle  parut  en  format  in- 12,  sans 
lieu  et  sans  nom  d'imprimeur.  On  a  longtemps 
varié  sur  l'auteur  des  Vindicix,  qui  ont  été 
attribuées  à  Théodore  de  Bèze,  à  Hotman,  à  Du- 
plessis-Momay  et  à  d'autres  encore;  ce  fut 
Bayle,  qui  dans  son  Dictionnaire  établit  le 
premier  que  cet  ouvrage,  qui  a  dû  être  écrit  de 
1574  à  1577,  émane  de  Languet.  Le  fait  est  at- 
testé entre  autres  par  Tronchin ,  qui  le  tenait  de 
Simon  Goulart,  l'ami  de  Duplessis-Mornay,  et 
par  d'Aubigné,  qui,  après  avoir,  dans  la  première 
édition  de  son  Bistoi7'e,  indiqué  comme  auteur 
des  Vitidiciœ  Duplessis-Mornay,  déclara  dans 
la  seconde  que  ce  livre  avait  été  rédigé  par 
Languet.  Dès  leur  apparition,  les  Vindtciee  pro- 
duisirent la  plus  grande  sensation;  brûlé  en 
Allemagne  par  la  main  du  bourreau  ,  cet  ouvrage 
provoqua  dans  d'autres  pays  des  controverses 
animées.  Deux  livres  entiers  du  traité  De  Regno 
de  Barclay  sont  consacrés  à  la  réfutation  des 
Vindici3s,  contre  lesquelles  Baricave  publia  en 
1614  sa  Défense  de  la  Monarchie  Jrançoise 
et  autres  Monarchies.  Voici  un  résumé  de  ce 
célèbre  ouvrage,  d'après  l'analyse  qu'en  a 
donnée  M.  Janet,  dans  son  Histoire  de  la  Phi- 
losophie morale  et  politique;  Paris,  1858. 
Languet  puise  son  principe  fondamental  dans 
l'histoire  sacrée,  dans  la  Bible.  11  commence 
par  constater  dans  l'histoire  juive  l'existence 
de  deux  contrats  passés  lors  de  la  constitution 
de  la  royauté,  l'un  entre  Dieu  d'une  part,  et  le 
roi  et  le  peuple  de  l'autre,  obligeant  soli- 
dairement ces  deux  derniers  à  l'observation  fi- 
dèle de  la  vraie  religion  ,  le  second  entre  le  roi 
et  le  peuple  séparément ,  d'après  lequel  le  roi 
est  tenu  à  garantir  à  son  peuple  un  gouverne- 
ment équitable.  L'auteur  affirme  ensuite  le  droit 
de  résistance  par  les  armes  dans  le  cas  où  le 
premier  de  ces  contrats  ne  serait  plus  observé 
par  le  prince.  Ce  droit,  reconnu  dans  l'anti- 
quité, devait  au  moyen  âge  être  préalablement 
autorisé  par  la  puissance  ecclésiastique,  qui 
déliait  les  sujets  de  leur  serment  de  fidélité. 
Languet  proclame  que  du  premier  instant  où  le 
contrat  est  violé  le  peuple  a  le  droit  de  s'insur- 
ger; car,  dit-il,  le  peuple  est  tenu  de  défendre 
Dieu  contre  le  roi.  Mais,  obéissant  à  l'antipathie 
prononcée  du  calvinisme  pour  la  démocratie,  il  a 
grand  soin  d'expliquer  que  par  ce  mot  peuple  il 
n'entend  pas  désigner  la  masse  des  citoyens, 
cette  bête  féroce  sans  entendement,  comme  il 
l'appelle,  mais  les  magistrats  elles  représentants 
réguliers  de  la  nation,  les  grands,  regum  epho- 
ros  et  optimales.  C'est  à  eux  qu'appartient  la 
tutelle  du  peuple  quand  le  roi  s'en  rend  indigne; 
c'est  à  eux  qu'il  appartient  de  le  faire  revenir 
de  force  à  ses  devoirs.  Si  par  hasard  la  majorité 
des  magistrats  faisait  cause  commune  avec  le  roi, 
cela  n'empêche  pas,  selon  Languet,  que  tout 
magistrat,  toute  ville  n'ait  le  droit  de  donner  le 


LANGUET  440 

signal  delà  révolte.  Maïs  quant  aux  personnes 
privées ,  elles  ne  peuvent,  à  moins  d'une  mission 
divine  toute  spéciale,  se  soulever  de  leur  propre 
autorité  même  contre  le  prince  qui  foulerait  an 
pied  la  loi  de  Dieu;  car  comme  individus  elles 
ne  sont  pas  partie  au  contrat. 

Languet  examine  ensuite  le  cas  de  la  violation 
faite  par  le  prince  du  second  contrat,  qui  assure 
au  peuple  la  jouissance  des  droits  naturels,  et  il 
admet  de  même  péremptoirement  la  légitimité 
de  l'insurrection.  Sa  manière  de  raisonner  est 
neuve,  hardie  et  nette.  Avant  lui  il  avait  déjà  été 
admis  par  les  jurisconsultes  romains  et  par  ceux 
du  moyen  âge,  que  c'est  le  peuple  qui  a  créé  les 
rois.  Mais,  selon  ces  juristes,  le  peuple  ne  pouvait 
plus  jamais  revenir  sur  la  cession  de  la  souve- 
raineté, qu'il  était  supposé  avoir  abandonnée  une  ' 
fois  pour  toutes  en  faveur  du  prince.  A  ce  so- 
phisme Languet  répond  avec  force  :  «  Il  n'y  a 
pas  de  prescription  contre  le  peuple  ;  le  temps 
ajoute  aux  torts  des  rois ,  mais  n'ôte  rien  aux 
droits  du  peuple.  »  La  seule  fin  de  l'institution 
du  pouvoir  civil ,  continue-t-il ,  est  l'utilité  pu- 
blique, la  défense  de  la  nation  contre  les  enva- 
hisseurs étrangers  et  l'administration  de  la  jus- 
tice. «  [mperium  non  honos,  sed  omis;  non 
immunitas,sed  'munus;non  vacatio,  sedvo- 
catio.  »  Les  rois  ne  sont  autre  chose  que  les 
gardiens  et  les  conservateurs  de  la  loi  (1 1.  Lors- . 
qu'ils  ne  l'observent  plus,  le  peuple  doit  leur  re- 
fuser obéissance. 

Le  droit  de  résister  aux  violateurs  du  pacte 
social  une  fois  établi,  Languet  examine  comment 
.11  doit  être  exercé.  11  distingue  à  cet  effet,  avec 
Barthole,  deux  espèces  de  tyrans  ;  le  tyran  abs- 
quetitulo,  l'usurpateur  sans  aucun  droit,  elle 
tyran  ab  exercitio,  qui,  possédant  le  pouvoir  à 
titre  légitime,  vient  à  en  abuser.  Contre  le  pre- 
mier, dit  Languet,  même  un  homme  privé  peut 
.prendre  les  armes  et  le  tuer;  mais  contre  le  se- 
cond le  simple  particulier  n'a  pas  le  droit  d'en- 
treprendre quoi  que  ce  soit  de  son  chef  :  il  faut 
qu'il  attende  les  mesures  que  sont  appelés  à 
prendre  les  magistrats  et  les  grands  ou  au 
moins  l'un  d'entre  eux.  Et  même  lorsque  les 
magistrats  se  décident  à  redresser  les  torts  du 
roi,  ils  doivent  le  faire  avec  ménagement  et 
employer  tous  les  moyens  de  persuasion  avant 
de  recourir  aux  armes.  Mais  si  le  roi  persiste 
dans  son  iniquité,  Languet  déclare  aussi  catégo- 
riquement que  saint  Thomas  d'Aquin  et  tous 
les  scolastiques ,  que  le  prince  prévaricateur 
doit  être  déposé  par  la  force. 

Voilà  en  résumé  les  principes  politiques  con- 
tenus dans  les  Vindiclse  contra  tijrannos.  On 
voit  que  si,  d'une  part,  ils  se  rapprochent  singu- 


(1^  Le  pouvoir  d'édicter  les  lois  est  altribné  par  Lan- 
guet an  roi  conjoinlcmcnt  avec  les  maKislrals,  les  grands 
et  les  étals  du  royaume.  Qnant  à  la  particip;itlon  du 
peuple  il  n'en  est  pas  question.  Les  p'indicix  en  effet 
prOnent  tout  autant  que  la  Franco-Callia  \n  prépondé- 
rance de  l'aristocratie. 


441  LANGUET 

lièrement  du  système  de  Rousseau,  sauf  que 
Languet  remettait  la  garde  de  la  liberté  non  à  la 
démocratie,  mais  à  l'aristocratie,  d'autre  part 
ces  principes  s^ecartent  de  ce  qu'on  appelle  pro- 
prement la  doctrine  du  tyrannicide. 

Les  autres  ouvrages  de  Languet  sont  :  Histo- 
rica  Descriptio  susceptoe  a  Ceesarea  Majestate 
execuiioms  contra  Imperii  romani  rebelles  et 
captée  îirbis  Gothse  ;  Gotha,  1567,  in-4°;  1568  et 
1569,  in-4°  ;  traduit  en  allemand  et  en  français,  et 
inséré  dans  le  tome  IV  des  Scriptores  de  Schard  ; 
—  Epistolee  politicas  et  historicge  ad  Ph. 
Sijdnxuin  ;  Francfort,  1633,  in-12  ;  Leyde,  1646, 
in-12;  quatre-vingt-dix-sept  lettres  écrites  de 
1573  à  1580;  —  Epistolx  ad  Joachtm  Came- 
rarium  patrem  et  Joachim  Camerarium  fi- 
Itiini;  Groningue,  1646,  in-12  ;  Leipzig  et  Franc- 
fort, 1685,  in-12;  —  Arcana  seculi  decimi 
sexti  :  II.  Langueti  Epistolee  secrètes  ad 
princïpem  suum  Augicstum  Saxoniee  ducem; 
Halle,  1699,  in-4°  :  ce  recueil,  rempli  de  détails 
intéressants,  contient  plus  de  quatre  cents  let- 
tres de  Languet  ;  le  manuscrit  en  existe  aux 
archives  de  Saxe  ;  les  frères  Haag  annoncent 
qu'ils  en  donneront  prochêiinement  une  édition 
complète;  six  autres  lettres  de  Languet  se  trou- 
vent encore  dans  les  Décades  très  Epistola- 
rum  Langueti,  Camerarii ,  Cratonis  et  Peu- 
ceri;  Francfort,  1702,  in-4°.  Dans  la  collection 
Dupuy  se  trouvait  au  dix-huitième  siècle  un 
Mémoire  sur  V empire  d'Allemagne,  que  Lan- 
guet avait  rédigé  pour  le  président  de  Thou  ;  ce 
Mémoire  a  disparu  de  la  Bibliothèque  impériale 
de  Paris.  Ernest  Grégoire. 


Bayle,  Dictionnaire.  —  Nlcéron ,  Mémoires,  t.  XXII. 
—  Papillon,  Bibliothèque  des  Auteurs  de  liourgoyne.  — 
Philibert  de  la  Mare,  fie  d'Hubert  Languet  (  traduite  en 
latin  par  Liidwtg;  Halle,  1700,  in  12).  —  Clievreul,  Hu- 
bert Languet  (Paris,  1852,  in-8o).  —  Haag,  La  France 
Protestante. 

LANGUET  DE  GERGT  (  Jean-Joseph  ),  pré- 
lat français,  né  à  Dijon,  le  25  aoiU  1677,  mort 
à  Sens,  le  3  mai  1753.  Compatriote  et  ami  de 
,Bossuet,  il  se  consacra  à  l'état  ecclésiastique,  et 
devint  supérieur  de  la  maison  de  Navarre.  Après 
avoir  été  reçu  docteur  en  Sorbonne,  il  fut  nommé 
évoque  deSoissons  en  1715;  il  s'était  fait  aimer 
dans  ce  diocèse  par  sa  douceur  et  sa  libéralité, 
lorsqu'il  fut  promu  à  l'archevêché  de  Sens,  qu'il 
administra  avec  le  même  soin  et  la  même  géné- 
rosité. Mais  son  zèle  exagéré  pour  la  constitution 
Vnigenitus  l'entraîna  dans  de  perpétuelles  con- 
troverses et  dans  des  discussions  avec  des  suf- 
fragants  qui  firent  dans  le  temps  beaucoup  de 
bruit,  et  qui  lui  attirèrent  de  violentes  inimitiés. 
Plusieurs  de  ses  écrits  furent  condamnés  par  le 
parlement.  Enfin,  la  publication  de  l'histoire  de 
Marie  Alacoque,  contenant  des  puérilités  et  des 
détails  ridicules,  qu'il  fut  obligé  de  supprimer 
dans  les  éditions  subséquentes,  excita  les  rail- 
leries (lu  public,  et  fit  tort  à  sa  réputation.  Lan- 
guet de  Gergy  fut  nommé  conseiller  d'État  en 
1747.  11  avait  été  reçu  à  l'Académie  Française  en 


442 

1721,  à  la  place  de  M.  d'Argenson,  garde  des 
sceaux.  Il  fut  remplacé  par  Buffon  ;  et  il  est  à  re- 
marquer que  ni  son  successeur  ni  le  directeur 
de  l'Académie  ne  parlèrent ,  dans  leurs  discours, 
de  son  talent  et  de  ses  ouvrages. 

On  a  de  Languet  de  Gergy  un  grand  nombre 
d'écrits,  dont  voici  la  liste  :  Traité  du  véri- 
table Esprit  de  l'Église  dans  Vusage  des  cé- 
rémonies, ou  réfutation  dît  traité  de  Dom 
Claude  de  Vert,  intitulé  :  Explication  simple, 
littérale  et  historique  des  cérémonies  de  l'É- 
glise; Paris,  1715,  in-12;  1721,  in-S"  ;  — Jrai^^ 
de  la  confiance  en  la  Miséricorde  de  Dieu, 
pour  la  consolation  des  daines  que  la  crainte 
jette  dans  le  découragement  ;  Paris,  1725, 
in-12;  deuxième  édition,  avec  un  Traité  du 
faux  Bonheur  des  gens  du  monde  et  du  vrai 
Bonheur  de  la  vie  chrétienne,  Paris,  1718, 
in-12;  troisième  édition,  revue  par  l'auteur,  1720. 
Cet  ouvrage  a  été  souvent  réimprimé  ;  —  Alé- 
moire  pour  Vévêque  de  Soissons  contre  les  re- 
ligieuses du  Val  de  Grâce  et  les  bénédictines 
de  Saint-Corneille  de  Compiègne;  Paris,  1726, 
in-fol.  ;  —  L'Office  de  la  Semaine  Sainte  en 
latin  et  en  français,  avec  des  réflexions  et  des 
méditations,  dédié  à  la  reine  pour  l'usage  de 
sa  maison;  Paris,  1729,  in-8°  et  in»12;  —  Vie 
de  la  vénérable  mère  Marguerite-Marie,  re- 
ligieuse de  la  Visitation  Sainte-Marie ,  du 
monastère  de  Parraij-le-Monial  en  Cha- 
rolais  {plus  connue  sous  le  nom  de  Marie 
Alacoque  )  morte  en  odeur  de  sainteté  en 
1690;  Paris,  1729,  in-4"  ;  nouv.  éd.;  Paris, 
1830,  in-12;  Avignon,  1830,  in-12,  avec  por- 
trait ;  —  Catéchisme  sur  le  Mariage  pour 
les  personnes  qui  embrassent  cet  état;  Paris, 
1732,  in-16;  —Catéchisme  du  diocèse  de 
Sens;  1737,  in-16;  -—  Catéchisme  pour  la 
Tonsure  (ibid.);  deux  de  ces  catéchismes 
soulevèrent  de  nombreuses  réclamations  ;  douze 
avocats  de  Paris  firent  paraître  une  consultation 
en  leur  faveur;  —  Mandement  ou  Instruc- 
tion pastorale  du  20  avril  1737  au  sujet  du 
nouveau  Missel  de  Troyes  ;  Paris,  1737,in-4°. 
Ce  mandement  donna  lieu  à  une  longue  dis- 
cussion entre  l'archevêque  de  Sens  et  l'évêque 
de  Troyes,  neveu  de  Bossuet  ;  —  Instruction 
pastorale  avec  une  nouvelle  traduction  des 
Psaumes  de  David  selon  la  Vulgate  ;  Paris,  1744, 
in-12  ;  —  Traité  sur  les  moyens  de  commenter 
la  vérité  dans  VÈqlise;  1745,  in-12;  1749, 
in-12  ;  —  Lettre  à  M.  le  cardinal  de  Noailles 
sur  les  Immunités  ecclésiastiques  ;  in-12;  — 
Remarques  sur  le  livre  du  Père  Pichon  in- 
titulé :  De  l'Esprit  de  Jésus-Christ  et  de  l'É- 
glise sur  la  fréquente  communion;  Sens,  1747, 
in-4",  in-S",  in-12;  — Témoignage  contre  le 
schisme  {MA.);  —  Lettre  pastorale  de  l'évêque 
d'Auxerre  portant  permission  de  manger  des 
œufs  dans  le  carême  de  1750;  Paris,  1750, 
in-12;  —Lettre  àuyi  conseiller  du  parlement 
de  Paris;  Paris ,  1752,  in-4";  —  Opéra  omnia 


443 


LANGUET 


pro  defensione  constitutionis  Vnigenitus  et 
advei'sus  ab  ea  appelantes  successive  édita; 
in  latinam  linguam  conversa  a  vai'lis  docto- 
rïbus  et  ab  auctore  recognita  et  emandata  , 
Sens,  1752,  2  vol.  in-fol.  A.  Jabin. 

Bihlioihéque  Sacrée,  tom.  XIV.  —  Chaudon  et  De- 
l.indine  ,  Dictionnaire  Hist.  —  Quérard  ,  iM  France 
l.iUérutrc. 

LANCWEDEL  (  Bernard  )  ,  médecin  alle- 
mand, né  à  Hambourg,  le  10  septembre  1596; 
mort  dans  cette  même  ville,  le  10  février  1656. 
Il  étudia  la  médecine  à  Giessen  et  à  Padoue,  par- 
courut l'Italie ,  la  France  et  l'Angleterre,  et  vint 
exercer  son  art  dans  sa  ville  natale.  On  a  de 
lui  :  Carolus  Piso  emicleatiis,  sive  observa- 
tiones  medicx  Caroli  Pisonis,  certis  conclu- 
sionibïis  phtjsico-paihologicis  comprehensas , 
rationibus  firmis  illustratse  et  in  epitomen 
redactœ;  Hambourg,  1639,  in-8°  ;  Leyde, 
1639,  in-12;  —Thésaurus  Hippocraticus , 
sive  aphorismi  Hippocratis  in  classes  et 
certos  titulos  ordlne  dispositi  atque  succinc- 
tis  rationibus  illustrati  ;  Hambourg,  1639, 
in-12;  —  Hippocratis  Defensio  contra  quos- 
cunique  peiulcos  ejusdemque  obtrectatores  ac 
calumniatores  suscepta  ;  Leyde,  1647,  in-12  ; 
Amsterdam,  1661,  in-12;  —  Colloquium  Ro- 
mano-Hippocraticum  inter  Marforium  et 
Pasquinum,  patricios  Romanes  ;  Leyde,  1648, 
in-12;  Amsterdam,  1661,  in-12.  D""  L. 

Rotermund,  Supplément  li  lôcher.  —  MùUer,  Cimbria 
Litterara;  Hanau,  1744, 1. 1,  p.  832. 

LAKIÈKE  (  Nicolas),  peintre,  graveur  et  mu- 
sicien italien,  né  en  1568,  en  Italie,  mort  en  no- 
vembre 1646,  à  Londres.  Il  passa  en  Angleterre 
au  temps  de  Jacques  l",  et  devint  un  des  favoris 
de  Charles  F%  qui  l'employa  dans  l'acquisition 
de  ses  tableaux.  «  Il  partageoit  avec  ce  prince, 
ditBasan,  un  grand  amour  pour  les  beaux-arts.» 
Sa  collection  de  dessins  était  considérable  :  il 
en  a  gravé  quelques-uns  à  l'eau-forte ,  qui , 
joints  à  ceux  qu'il  fit  graver  par  L.  Vosterman 
le  jeune,  font  une  fort  jolie  suite.  Il  se  connais- 
sait en  peinture,  et  comme  il  avait  pleins  pou- 
voirs du  roi,  il  n'était  guère  ménager  de  son  ar- 
gent; un  contemporain,  Sanderson  {Graphice, 
p.  16),  l'accusa  même  de  n'être  pas  assez  scru- 
puleux dans  ses  choix,  et  de  faire  passer  pour 
des  originaux  de  faibles  copies  dont  il  noircissait 
et  craquelait  les  couleurs.  On  a  deux  portraits 
de  lui,  l'un  par  Van  Dyck,  l'autre  d'après  lui- 
même;  ce  dernier  est  encore  à  l'école  de  mu- 
sique d'Oxford.  C'est  principalement  comme 
musicien  que  Lanière  se  distingua  à  la  cour,  oîi 
son  goût  et  sa  facilité  lui  acquirent  une  grande 
réputation.  Charles  T' le  nomma,  en  1626, 
maître  de  sa  chapelle  avec  un  traitement  de 
200  liv.  sterl.  Non-seulement  il  écrivit  un 
grand  nombre  d'ariettes  qui  ont  été  insérées  dans 
les  recueils  du  temps  ,  mais  il  écrivit  la  musique 
de  plusieurs  mascarades  et  intermèdes  dans  le 
genre  italien;  celle  qui  est  intitulée  :£«m«na- 


—  LANINO  444 

lia,  or  the  festival  of  ligiht,  fut  représentée  à  '• 
la  cour  le  mardi  gras  de  l'année  1637,  et  la  reine 
y  joua  un  personnage.  On  y  trouve  touç  les  élé- 
ments d'un  opéra  moderne  :  libretto,  récitatif  à 
l'italienne,  chœurs,  danses  et  mise  en  scène.  La 
cantate  de  Hero  and  Leander,  du  même  ar- 
tiste, eut  également  beaucoup  de  succès ,  et  le 
récitatif  en  est  regardé  comme  un  parfait  modèle 
de  déclamation  musicale.  P.  L— y. 

liurnet,  diins  la  liees's  Cyclopœdia.  —  Walpole,  ^nec- 
dotes.  —  Diary  of  J.  Pepys.  —  Hawkins,  Hist.  of  Music. 
—  Basan,   Dict,  des  Graveurs,  U.  —  Chajmers,  General 

Dictionary. 

LANINO  {  Bernardino),  peintre  de  l'école 
milanaise,  né  à  Verceil,  dans  les  premières  an- 
nées du  seizième  siècle,  mort  vers  1578.  C'est 
cet  artiste  que  Vasari  a  nommé  par  erreur  Ber- 
nardino del  Lupino.  Il  fut  élève  de  G.audenzio 
Ferrari,  dont  plus  tard  il  introduisit  le  portrait 
dans  sa  belle  fresque  du  martyre  de  sainte  Ca- 
therine. Lomazzo  le  proclame  avec  raison  le 
plus  illustre  imitateur  de  Gaudenzio;  en  effet,  on 
pourrait  attribuer  à  ce  grand  maître  la  Piété 
qu'il  peignit  en  1547  pour  l'église  Saint-Julien  de 
Verceil,  si  ce  tableau  ne  portait  la  signature  de 
Lanino.  C'est  dans  la  cathédrale  de  Novare  que 
se  trouvent  les  chefs-d'œuvre  de  cet  artiste,  les 
Traits  de  la  Vie  de  la  Vierge,  les  fameuses  Si- 
byles,  le  magnifique  Père  éternel,  fresques  si  jus- 
tement vantées  par  Lomazzo.  Au  même  rang,  il 
faut  placer  le  Martyre  de  sainte  Catherine, 
fresque  qu'il  peignit  en  1546  dans  l'église  de 
Santa- Catarina  presso  San-Celso  de  Milan.  Dans 
la  même  ville,  on  admire  une  Cène  à  Santo- 
Nazzaro  Grande,  le  Christ  souffrant  secotiru 
par  deux  anges  à  Saint-Ambroise ,  fresque 
qui  a  été  attribuée  par  Lanzi  à  Bernardino 
Luini ,  et  par  d'autres  au  Borgagnone,  plusieurs 
Traits  de  la  Vie  de  saint  Georges  également  à 
fresque  dans  une  chapelle  de  la  même  église,  et 
au  Musée  de  Brera  :  La  Vierge  et  sainte  Amie, 
La  Madone  et  plusieurs  saints. 

A  la  fameuse  église  de  Saronno,  près  Milan, 
il  suffira  à  la  gloire  de  Lanino  de  pouvoir  dire 
que  les  sujets  de  la  Genèse  qu'il  y  a  peints  à  • 
fresque  ne  sont  point  écrasés  par  le  voisinage 
des  chefs-d'œuvre  de  Gaudenzio  Ferrari  et  de 
Bernardino  Luini.  Le  Musée  de  Berlin  possède 
une  Sainte  Famille  de  Lanino.  Vasari  cite  de 
ce  maître  plusieurs  autres  ouvrages  qui  n'exis- 
tent plus  ou  dont  on  a  perdu  la  trace,  et  entre 
autres  des  sujets  tirés  des  Métamorphoses  d'O- 
vide, dont  il  avait  enrichi  le  palais  Rabbia  de 
Milan. 

Les  peintures  de  Lanino  sont  pleines  d'effet, 
son  dessin  est  correct,  sa  composition  pleine  de 
genre;  ses  draperies  seules  sont  un  peu  négli- 
gées. Il  était  également  recommandable  par  sa 
profonde  instruction,  l'élévation  de  son  esprit  et 
la  noblesse  de  ses  manières.  Il  eut  pour  élèves 
ses  deux  frères  Gaudenzio  et  Girolamo,  qui  ne 
suivirent  ses  traces  que  de  loin  et  lui  furent  sur- 
tout inférieurs  par  le  dessin.  On  ne  connaît  que 


445  LANINO  — 

deux  (\e  leurs  ouvrages  restés  à  Verceil ,  une 
toile  de  Gaudenzio  dans  la  sacristie  des  Bar- 
nabites  et  une  Descente  de  Croix  de  Girolamo 
dans  une  galerie  particulière. 

Bernardino  laissa  deux  fils  et  une  fille.  L'un 
des  fils,  nommé  Pïer-Francesco,  s'adonna  à  la 
peinture  sous  sa  direction  ;  Laura,  sa  fille,  épousa 
le  peintre  Giorgio  Solero.  E.  B— n. 

Vasari,  f^ite.  —  Lomazzo,  Idea  del  Tempio  délia  PU- 
tura.  —  Lanzi,  Storia  Pittorica.  —  Orlandi,  Jbbece- 
dario.  —  Memoric  mil'  insigne  tempio  di  Nostra  Si- 
gnora  pi-esso  Saronno.  —  Pirovano,  Guida  di  jMilano. 

LAMS  (Dr).  Voij.  Lana. 

tANJUiNAîS  (Joseph),  littérateur  français, 
né  en  Bretagne,  vers  le  milieu  du  dix-huitième 
siècle,  mort  en  1808.  Il  entra  d'abord  dans  l'ordre 
de  Saint-Benoît,  où  il  professa  la  théologie.  Son 
esprit  d'indépendance  lui  attira  de  la  part  de  ses 
supérieurs  quelques  désagréments,  qui  lui  firent 
'abandonner  son  monastère.  Il  se  retira  à  Mou- 
idon,  en  Suisse,  où  il  embrassa  la  religion  réfor- 
Imée,  et  devint  maître  d'école.  On  a  de  lui  :  Le 
^.Monarque  accornpli,  ou  prodiges  de  bonté, 
\de  savoir  et  de  sagesse  qui  font  Véloge  de 
S.  M.  impériale  Joseph  II,  et  qui  résident 
cet  auguste  monarque  si  précieux  à  l'huma- 
nité, discutés  au  tribunal  de  la  raison  et  de 
d'équité;  1774,  3  vol.  petit  in-8".  L'éloge  de  Jo- 
seph II  sertàLanjuinais  de  thème  pour  exposer 
ses  idées  sur  divers  points  de  philosophie  et  d'é- 
conomie politique.  Condamné  par  un  arrêt  du 
iparlement,  du  7  mai  1776,  le  Monarque  ac- 
compli fut  réimprimé  en  1777  et  1780;  —  Ma- 
muel  des  Jeunes  Orateurs,  ou  tableau  histo- 
rique et  méthodique  de  V éloquence;  \111, 
1  vol.  in-12;  — Supplément  à  L'Espion  an- 
glais, ou  lettres  intéressantes  sur  la  retraite 
de  M.  Necker,  sur  le  sort  de  la  France  et  de 
V  Angleterre  et  sur  la  détention  de  M.  Lin- 
guet  à  la  Bastille,  1781,  petit  in-8°;  plusieurs 
fois  réimprimé  ;  —  Éloge  de  Catherine  II ;  — 
Esprit  du  pape  Clément  XIV,  mis  au  jour  par 
le  R.  V.  B., confesseur  de  ce  souverain  pon- 
tife et  dépositaire  de  tous  ses  secrets,  tra- 
duit de  l'italien  par  l'abbé  C....;  1775.  Cette 
satirecontre  l'Église,  publiée  sous  le  voile  de  l'ano- 
nyme, est  avouée  par  Lanjuinais  dans  la  neu- 
vième lettre  du  Supplément  à  l'Espion  anglais. 
Ce  livre  fut  défendu  en  France  comme  le  Mo- 
■  narque  accompli^  dont  il  reproduisait  les  prin- 
icipes.  Lanjuinais  a  donné  une  Traduction  des 
\  Méditations  de  Dodd.        F.-X.  Tessîeu, 

I     Qoérarà,  La  France  Littéraire.   —  Pldanzot  de  Mal- 
I  rabert,  V  Observateur  annlais,  tom.  X[. 

LANJUINAIS  (/eajî-Denis,  comte),  homme 
politique  et  publiciste  français,  né  le  12  mars 
1753,  à  Rennes,  mort  le  13  janvier  1827,  à  Paris. 
Son  père  était  avocat.  Il  fit  de  bonnes  études  au 
collège  de  sa  ville  natale  ;  à  seizeans  il  partageait 
les  travaux  de  son  père,  s'occupant  à  la  fois 
d'histoire,  de  droit  ecclésiastique,  de  droit  civil 
et  de  philosophie.  Dès  son  enfance  il  s'était  ar- 
demment attaché  aux   croyances   chrétiennes. 


LANJUINAIS 


446 


Reçu  par  dispense  d'âge  avocat  et  docteur  en 
droit,  il  venait  d'atteindre  dix -neuf  ans  lors- 
qu'une chaire  de  droit  fut  mise  au  concours  à 
Rennes;  il  obtint  une  nouvelle  dispense  pour 
être  admis  à  ce  concours,  et  déploya  beaucoup 
de  talent  et  de  science  dans  les  épreuves  :  il 
emporta  le  suffrage  de  ses  concurrents  et  du  pu- 
blic; mais  les  juges  ne  voulurent  pas  se  donner 
un  collègue  si  jeune  :  sa  place  resta  du  moins 
honorablement  marquée  au  barreau.  Se  livrant 
à  des  études  encore  plus  fortes ,  il  puisa  de 
nouvelles  connaissances  dans  les  livres  des  ju- 
risconsultes allemands.  En  1775  il  se  présenta  à 
un  concours  ouvert  pour  une  chaire  de  droit 
ecclésiastique.  \\  y  parut  avec  une  supériorité 
non  contestée;  il  allait  pourtant  échouer,  les  uns 
le  trouvant  trop  jeune ,  les  autres  le  trouvait 
trop  savant,  lorsque  Loisel,  éclatant  en  vifs 
reproches  contre  ses  collègues ,  déclara  qu'il  se 
croirait  déshonoré  s'il  signait  leur  décision.  Cet 
acte  de  vigueur  ramena  les  esprits,  et  Lanjuinais 
obtint  la  chaire  vacante.  Sa  réputation  s'accrut 
dans  sa' chaire  et  au  barreau.  En  1779  il  fut  élu 
par  les  trois  ordres  l'un  des  conseils  des  états 
de  Bretagne.  «  Lanjuinais,  qui  avait  puisé  dans 
l'Évangile  autant  que  dans  la  philosophie  con- 
temporaine le  principe  de  l'égalité  entre  les 
hommes ,  condamnait ,  dit  son  fils ,  les  privi- 
lèges de  la  noblesse  et  du  clergé.  »  Cette  dis- 
position d'esprit  l'entraîna  à  laisser  passer,  dans 
une  consultation  imprimée  en  1779,  quelques 
paroles  qui  soulevèrent  contre  lui  les  deux 
ordres  privilégiés.  Il  s'agissait  du  droit  de  co- 
lombier, c'est-à-dire  d'avoir  des  pigeons,  ré- 
servé par  un  article  de  la  coutume  à  la  seule 
noblesse  en  Bretagne.  Lanjuinais  soutenait 
qu'il  ne  suffisait  pas  de  prouver  ce  droit  par 
titre,  mais  qu'il  fallait  y  joindre  une  posses- 
sion ancienne.  «  Qu'il  y  ait  eu,  disait-il,  de 
grands  débats  entre  la  noblesse  et  le  tiers  état 
au  sujet  des  colombiers ,  que  l'ordre  de  l'église 
ait  pris  le  parti  de  la  noblesse  contre  le  tiers, 
ainsi  qu'il  fait  presque -toujours ,  cette  prépon- 
dérance de  la  noblesse  sur  le  tiers  par  le 
moyen  de  l'Éghse  ne  prouve  sûrement  pas  que 
notre  article  soit  l'ouvrage  de  la  raison  saine  et 
impartiale.  »  Ce  mémoire  fut  dénoncé  par  le  pro- 
cureur général  et  supprimé  par  arrêt  du  parle- 
ment de  Bretagne  comme  injuriant  et  calomniaat 
tes  trois  ordres  de  l'État.  Le  barreau  de  Rennes 
protesta  contre  cette  décision,  et  déclara  que  te 
mémoire  de  Lanjuinais  renfermait  les  principes 
que  l'ordre  entier  s'engageait  à  soutenir.  Lanjui- 
nais gagna  son  procès  ;  mais  il  renonça  dès  lors  à 
la  plaidoirie.  Il  se  livra  exclusivement  aux  tra- 
vaux du  cabinet  et  du  professorat  et  produisit 
quatre  volume.?  de  consultations  et  deux  traités 
généraux  de  droit  canonique  écrits  en  latin, 
mais  qui  n'ont  pas  été  imprimés  ;  l'un  avait  pour 
titre  :  Institutiones  Juris  Ecclesiastici  ad  fort 
gallici  usum  accommodatas  :  c'était  un  abrégé 
de  là  législation  canonique,  reçue  en  France; 


447  LANJIIINAIS 

i'autre,  intitulé  :  Prxlectiones  Juris  Eclesias- 
tici  juxta  serie.jn  Gregorianse  Decrelalium 
collectionis,  et  ad  fort  gallici  usus  accom- 
modatae,  était  un  traité  général  de  droit  canon 
suivant  l'ordre  des  décrétâtes. 

La  convocation  des  états  généraux  on  1788 
suscita  de  vives  polémiques  dans  tonte  la  France. 
Lanjuinais  y  prit  part,  et  écrivit  deux  brochures 
sur  les  questions  à  l'ordre  du  jour  :  dans  l'une, 
il  disait  :  «  Nous  rejetons  avec  une  égale  horreur 
la  démocratie,  l'aristocratie  elle  despotisme; 
mais  nous  chérissons  cette   forme  mixte  tant 
désirée  des  anciens  politiques  ,  tant   applaudie 
par  les  modernes,  où  du  concours  du  roi ,  des 
grands  et  du  peuple  agissant  par  ses  représen- 
tants, sortiront  des  résultats  d'une  volonté  gé- 
nérale et  constante  qui  feront  régner  uniquement 
la  loi  sur  toutes  les  têtes  de  l'empire.  »  Puis,  at- 
taquant les  injustes  prétentions  de  la  noblesse, 
il  ajoutait  :    «   Imprudents ,  voulez-vous  qu'on 
vous  ledise,  la  noblesse  avec  ses  privilèges  n'est, 
dans  son  origine  et  dans  sa  nature,  qu'une  mi- 
lice, armée  trop   souvent  contre  les   citoyens , 
qu'un  corps  parasite  vivant  des  travaux  du  peuple 
en  le  méprisant.  Dans  tous  les  États,  elle  a  souffert 
et  maintenu  la  tyrannie,  pourvu  qu'on  lui  laissât 
en  partagerles  tristes  avantages.  Partout  elles'est 
rendue  redoutable  au  prince  et  au  peuple,  selon 
ses  intérêts  :  en  un  mot  la  noblesse  n'est  pas  un 
mal  nécessaire.  <>  La  noblesse  de  Bretagne  n'é- 
couta pas  cet  avis  ;  elle  protesta  contre  la  décla- 
ration du  roi  qui  accordait  le   doublement  des 
députés  du  tiers,  et  refusa  de  nommer  ses  dé- 
putés. Des  troubles  éclatèrent  à  Rennes,  et  la  no- 
blesse eut  à  se  repentir  de  les  avoir  suscités.  Le 
cahier  des  vœux  de  la  sénéchaussée  de  Rennes 
futleplus  hardi  de  la  France;  il  demanda  l'abo- 
lition des  droits  féodaux  et  même  de  la  noblesse 
titulaire,  et  formula  presque  tous  les  grands  prin- 
cipes proclamés  plus  tard  dans  la  déclaration  des 
droits  et  dans  la  constitution  de  1791.  Lanjui- 
nais ,  qui  avait  été  le  principal  rédacteur  de  ce 
cahier,  fut  un  des  députés  chargés  de  le  défendre 
aux  états  généraux.  La  députation  de   la  Bre- 
tagne forma  à  Versailles  le  noyau  du  Club  bre- 
ton, auquel  se  joignirent  les  députés  des  autres 
provinces  qui  partageaient  leurs  opinions  avan- 
cées. C'est  là  que  se  préparèrent  les  premiers 
actes  de  résistance  de  l'Assemblée  nationale. 
Lanjuinais ,  l'un  des  fondateurs  de  ce  club,  parut 
des  premiers  à  la  séance  du  Jeu  de  paume.  Quel- 
ques jours  après  la  séance  royale  du  23  juin  1 789,  il 
censura  sévèrement  les  formes  impérieuses  que 
le  roi  avait  employées ,  et  les  mots  f  ordonne,  je 
veux,  qui  ne  lui  paraissaient  plus  devoir  trou- 
ver place  dans  le  langage  constitutionnel  ;  bientôt 
il  attaqua  la  noblesse  de  Bretagne,  soutint  les 
mesures  prises  contre  les  parlements ,  demanda 
l'abolition  des  privilèges,  et  réclama  l'admission 
des  hommes  de  couleur  au  libre  exercice  des 
droits  civils  et  politiques.»  Il  ne  faisait  pas  de  longs 
discours,  remarque  M.  Lanjuinais  fils;  c'était  par 


448 

des  phrases  vives  et  brèves, par  des  expressions 
toujours  incisives  et  souvent  véhémentes  qu'il 
portait  coup  aux  institutions  vieillies ,  mais  en- 
core  si  vivaces  de  l'organisation  féodale.  »  Il 
l'emporta  une  fois  sur  Mirabeau,  qui  avait  pré- 
senté, le  6  novembre  1789,  un  proj.etde  décret 
pour  donner  aux  ministres  voix  consultative  dans 
l'Assemblée.  Lanjuinais  rappela  dans  un  discours 
les  principes  sur  la  division  des  pouvoirs,  et  la 
proposition  de  Mirabeau  luf-repoussée.  Lanjui- 
nais faisait  partie  da  comité  ecclésiastique  de 
l'Assemblée  constituante.  Dans  l'église,  des  abus 
nombreux  étaient  à  supprimer;  la  France  était 
couverte  de  bénéfices   dont  les  titulaires  vi- 
vaient dans  l'oisiveté,  tandis  que  les  prêtres 
des  paroisses  manquaient  du  nécessaire;  des  pré- 
lats trop  riches  étalaient  des  mœurs  mondaines, 
les  évêchés   étaient  divisés  en  circonscriptions!! 
trop  inégales  ;  les  hauts  offices  ecclésiastiques  nei 
s'obtenaient  guère  que  par  l'intrigue  et  par  la  fa-i 
veur;  un  tiers  du  sol  français,  possédé  pai-  desi 
congrégations  souvent  inutiles,  se  trouvait  frappé 
d'inaliénabihté  et  de  stérilité  par  la   mainmorte  y 
c'est  dans  le  but  de  réformer  ces  abus  que  futi 
adoptée  la  constitution  civile  du  clergé,  à  laquellel 
Lanjuinais  eut  une  grande  part.  «  Sincèrement! 
attachéàla  rehgion,  assure  M.  Victor  Lanjuinais,: 
son  seul  désir  avait  été  de  raviver  la  foi  par  le  re-i 
tour  à  la  discipline,  trop  oubliée,  des    premierst 
siècles.  Ayantécarté  avec  soin  tout  ce  qui,  d'après 
les  canons,  ne  pouvait  être  réglé  par  l'autoritéi 
temporelle ,  il  n'imaginait  pas  que  les  réformes; 
pussent  engendrer  un  schisme  et  déchirer  leseini 
d«  l'Église.  »  Ce  fut  pourtant  ce  qui  arriva.  LBu 
haut  clergé  réprouva  la  législation  nouvelle,  et 
entraîna  à  sa  suite  une  grande  partie  du  clergé; 
inférieur.   Les  ennemis  de   la  révolution    trou-i 
vèrent  dans  une  querelle  religieuse  un  levier' 
puissant  pour  agir  sur  les  populations  des  cam-i 
pagnes;  les  résistances  furent  vives,  et  engen- 
drèrent d'affreuses  persécutions.  Chargé  spécia- 
lement de  la  rédaction  d'une  loi  pour  la  consta-i 
talion  de  l'état  civil  des  citoyens  et  le  règlement) 
des  dispenses  de  mariage,  Lanjuinais  présenta  à 
l'Assemblée  un  projet  qui  confiait  aux  officiers 
municipaux  la  rédaction  et  la  conservation  des* 
actes  de  l'état  civil,  restreignait  les  empêche-: 
uients  de  mariage-  à  un  petit  nombre ,  et  pro- 1 
posait  d'abolir  entièrement  les  dispenses.  Dansi 
son  rapport,  il  établissait  que  les  sacrements  n'a- 
vaient rien  de  commun  avec  les  actes  de  la  vie; 
civile,  et  stigmatisait  le  commerce  simoniaque' 
des  dispenses.  Son  projet  fut  présenté  à  l'As- 
semblée constituante  en  juin  1791;  elle  en  pro-| 
nonça  l'ajournement,  dans  la  crainte  d'exciter  I 
encore  les  clameurs  du  clergé;  mais  l'Assemblée' 
législative  reprit  ce  projet  l'année  suivante,  et 
l'adopta   avec  quelques   modifications;  ce  sys- 
tème est  entré  dans  le  Code  Civil  de  Napoléon, 
s'est  maintenu  dans  la  législation  française  mal-  ' 
gré  des  tentatives  opiniâtres ,  et  est  envié  par  ' 
bien  des  peuples. 


449 


LANJUINAIS 


430 


Après  la  clôture  de  l'Assemblée  constituante , 
Lanjuinais  revint  à  Rennes ,  où  il  fut  nommé  of- 
ficier municipal,  et  se  remit  paisiblement  à  ses 
travaux.  Les  élections  à  la  Convention  l'arra- 
chèrent à  ce  repos  ;  il  y  fut  envoy-é  par  le  dépar- 
tement d'IUe-et- Vilaine.  A  peine  arrivé  à  Paris, 
il  se  présenta  à  la  Société  des  Amis  de  la  Consti- 
tution ;  on  mit  à  l'ordre  du  jour  la  prestation  du 
serment  de  haine  aux  rois  et  à  la  royauté.  11 
combattit  ce  serment,  et  fit  observer  que,  chargé 
de  prononcer  personnellement  sur  le  sort  du 
roi ,  il  ne  pouvait  déclarer  sa  haine  contre  lui. 
Le  serment  fut  voté  malgré  son  opposition,  et  il 
se  retira.  A  la  Convention  il  prit  la  parole  pour 
résister  aux  excès  qui  lui  paraissaient  devoir 
entraîner  la  perte  de  la  révolution.  Dès  le 
22  septembre  il  fit  ajourner  une  proposition 
de  ïallien  tendant  à  faire  renouveler  en  masse 
tous  les  fonctionnaires  administratifs  et  judi- 
ciaires, que  les  démocrates  ne  trouvaient  pas 
assez  purs.  Le  23  il  appuya  vivement  l'établis- 
sement de  la  garde  départementale,  demandé  par 
Kersaint  pour  protéger  la  Convention,  et  peu  de 
temps  après  il  joignit  sa  voix  à  celle  de  Louvet, 
qui  accusait  formellement  Robespierre.Depuis  lors 
!il  fut  l'objet  quotidien  des  injures  de  Marat  dans 
II' Ami  du  Peuple.  Lors  des  premiers  débats  du 
procès  de  Louis  XVL  Buzot  demanda  qu'a- 
vant de  juger  le  roi  on  exilât  le  duc  d'Orléans 
et  sa  famille.  Lanjuinais  soutint  cette  proposi- 
tion, qui  ne  fut  pas  adoptée.  Il  se  déclara  alors 
>(  étranger  à  tous  les  partis,  isolé  de  toutes  les 
!  sociétés,  n'en  connaissant  d'autres  que  la  Con- 
Ivention  nationale  ».  Après  la  plaidoirie  de  De- 
sèze,  un  débat  tumultueux  s'engagea  dans  la 
Convention  sur  la  question  desavoir  si  on  ouvri- 
rait la  discussion  ou  si  l'on  procéderait  de  suite 
à  l'appel  nominal.  Dubem  et  Bazire  demandaient 
que  l'on  décidât  sur-le-champ  si  Louis  subirait 
la  peine  de  mort.  Ils  prétendaient  que  l'on  con- 
damnât d'abord ,  et  que  l'on  renvoyât  après  le 
jugement  à  délibérer  sur  l'impression  de  la  défense 
du  roi.  «  Le  temps  des  hommes  féroces  est  passé, 
s'écria  Lanjuinais  en  élevant  la  voix  au-dessus  des 
clameurs  des  tribunes  ;  il  ne  faut  plus  songer  à 
nous  arracher  des  délibérations  qui  pourraient 
déshonorer  l'assemblée.  Aujourd'hui,  citoyens, 
on  veut  vous  faire  juger  l'accusé  sans  vous 
donner  le  temps  de  méditer  sa  défense  ;  eh  bien  ! 
moi,  je  viens  vous  demander  le  rapport  d'un  dé- 
cret barbare,  qui  vous  a  été  ravi  en  peu  de  mi- 
nutes et  par  voie  d'amendement,  celui  qui  vous 
a  fait  juges  dans  cette  affaire,  m  L'orateur  ajoutait 
que  si  la  Convention  voulait  agir  comme  corps 
politique,  elle  ne  pouvait  prendre  que  des  me- 
sures de  sûreté  contre  le  ci-devant  roi  ;  mais 
que  si  elle  agissait  comme  tribunal,  elle  serait 
horo  de  tous  los  principes,  car  ce  serait  faire 
juger  le  vaincu  par  le  vainqueur  lui-même, 
puisqu'un  grand  nombre  des  membres  présents 
s'étaient  déclarés  les  conspirateurs  du  10  août. 
«  Nous  ne  pouvons ,  disait-il ,    être  à  la  fois 

NOUV.    BIOGR.    GÉNÉR.    —    T.    XXIX. 


dans  la  même  affaire  et  législateurs,  et  accu- 
sateurs, et  juges,  surtout  ayant  publié  d'avance 
nos  avis,  et  quelques-uns  avec  une  férocité 
scandaleuse.  «  Ce  discours  énergique,  souvent 
interrompu  par  des  injures  et  des  cris  de  rage, 
ne  put  faire  rapporter  le  décret  de  mise  en  juge- 
ment, mais  du  moins  la  discussion  fut  ouverte 
sur  le  procès.  Lanjuinais  n'y  prit  point  de  part 
orale,  mais  il  publia  son  opinion,  où  il  soutenait 
que  le  roi  ne  pouvait  être  jugé  par  la  Convention, 
et  demandait  que  l'appel  au  peuple  précédât  le 
jugement.  Il  ajoutait  que  si  la  Convention  vou- 
lait juger,  elle  devait  au  moins  suivre  la  pro- 
portion des  suffrages  exigée  par  la  loi  et  voter 
au  scrutin  secret.  «  L'appel  nominal  qu'on  vous 
a  fait  décréter,  et  qu'on  ne  me  soupçonnera 
pas  de  redouter  pour  moi,  disait-il,  cet  appel  si 
terrible  en  cette  salle,  en  cette  ville ,  quand  une 
faction  puissante  et  audacieuse  réclame  le 
supplice  avec  tant  d'éclat  et  de  fureur,  pour- 
riez-vous  y  persister  quand  la  loi  la  plus  sage 
commande  un  scrutin  secret  et  silencieux?  Vos 
contemporains,  la  postérité,  le  ciel  et  la  terre 
vous  le  reprocheraient  comme  une  lâcheté  in- 
signe et  impardonnable.  »  Après  de  longs  débats 
les  questions  du  procès  furent  posées  en  ces 
termes  :  «  Louis  Capet  est- il  coupable  de  cons- 
piration et  d'attentats  contre  la  sûreté  générale 
de  l'État?  »  Lanjuinais  répondit  :  «  Oui,  sans 
être  juge.  »  Sur  la  seconde  :  «■  Le  jugement, 
quel  qu'il  soit,  sera-t-il  envoyé  à  la  sanction  du 
peuple?  ».  Lanjuinais  opina  ainsi  :  «  Je  dis  oui 
si  vous  condamnez  Louis  à  mort  ;  dans  le  cas 
contraii-e  je  dis  non...  J'entends  dire  que  mon 
suffrage  ne  sera  pas  compté;  comme  je  veux 
qu'il  le  soit,  je  dis  oui.  »  L'appel  nominal  sur 
ces  deux  questions  avait  absorbé  toute  la 
journée  du  15  janvier  1793.  La  troisième  ques- 
tion :  «  Quelle  peine  sera  infligée  ?  »  fut  remise 
au  lendemain.  Au  moment  où  l'appel  nominai 
allait  commencer,  Lanjuinais  tenta  un  dernier  ef- 
fort par  ces  paroles  :  «  La  première  violation  des 
principes  fait  toujours  marcher  de  violation  en 
violation  :  je  pourrais  vous  en  donner  plusieurs 
exemples  dans  cette  affaire  même;  mais  au 
moins  soyez  conséquents  dans  cette  violation 
des  principes ,  soyez  d'accord  avec  vous-mêmes. 
Vous  invoquez  sans  cesse  le  Code  Pénal  ;  vous 
dites  sans  cesse  :  nous  sommes  jury;  eh  bien, 
c'est  le  Code  Pénal  que  j'invoque;  ce  sont  ces 
formes  de  jury  que  je  demande  et  auxquelles  je 
supplie  de  ne  pas  faire  d'exception.  Vous  avez 
rejeté  toutes  les  formes  que  la  justice  et  l'Im- 
manité  exigeaient;  la  récusation  et  la  forme  si- 
lencieuse du  scrutin,  qui  peut  seule  garantir  la 
liberté  des  suffrages.  On  paraît  délibérer  ici 
dans  une  Convention  libre,  et  c'est  sous  les  poi- 
gnards et  les  canons  des  factieux...  »  Aces  mots 
une  longue  interruption  éclata.  Enfin  Lanjuinais 
termina  en  demandant,  au  nom  de  la  justice  et 
de  l'humanité ,  que  la  condamnation  ne  pût  être 
prononcée  que  par  les  trois  quarts  des  suffrages, 

15 


451  LAN.TU1NAIS 

Danton  prit  ensuitela  parole,  et  fit  décréter  l'ordre 
du  jour.  Lanjuinais  formula  ainsi  son  vote  : 
«  Comme  législateur,  considérant  uniquement  le 
salut  de  l'État  et  l'intérêt  de  la  liberté ,  je  ne 
connais  pas  de  meilleur  moyen  de  les  préserver 
et  de  les  défendre  contre  la  tyrannie  que  l'exis- 
tence du  ci-devant  roi.  Au  reste,  j'ai  entendu 
dire  qu'il  faut  que  nous  jugions  cette  affaire 
comme  la  jugerait  le  peuple  lui-même  ;  or  le 
peuple  n'a  pas  le  droit  d'égorger  un  prisonnier 
vaincu;  c'est  donc  d'après  le  vœu  et  les  droits 
du  peuple  que  je  vote  pour  la  réclusion  jusqu'à 
la  paix  et  pour  le  bannissement  ensuite.  " 

Après  la  condamnation  de  Louis  XVI,  les  Giron  • 
dins  renouvelèrent  le  décret  sur  la  poursuite  des 
massacres  de  septembre.  L'instruction  produi- 
sait des  preuves  accablantes  contre  Danton  et 
plusieurs  montagnards.  Une  pétition  signée  dans 
les  clubs  et  demandant  la  suspension  des  pour- 
suites fut  apportée  à  la  Convention  le  8  février  ; 
Lanjuinais,  sans  craindre  les  menaces  de  la  foule, 
parla  avec  véhémence  contre  les  assassins  des 
prisons,  et  demanda  qu'ils  fussent  livrés  à  la  sé- 
vérité des  lois.  La  Convention  vota  la  suspen- 
sion des  poursuites.  Le  9  mars,  des  pétition- 
naires se  présentèrent  pour  demander  la  création 
du  tribunal  révolutionnaire.  Carrier  proposa  de 
convertir  cette  pétition  en  décret.  Lanjuinais, 
qui  s'était  déjà  opposé  dans  l'Assemblée  consti- 
tuante à  l'établissement  d'un  tribunal  spécial, 
se  leva,  et  s'écria  :  «  Je  m'oppose  à  ce  qu'on  vote 
un  principe  tel  que  celui-là.  »  Les  murmures  de 
la  Montagne  et  des  pétitionnaires  couvrirent  sa 
voix.  Désespérant  d'empêcher  le  décret  «  :  Je 
propose,  reprit-il,  un  amendement  à  ce  décret,  af- 
freux par  les  circonstances  qui  nous  environnent, 
affreux  par  la  violation  de  tous  les  principes, 
affreux  par  l'abominable  irrégularité  de  la  sup- 
pression de  l'appel  en  matière  criminelle.  Je 
demande  que  ce  soit  au  seul  département  de 
Paris  que  s'étende  cette  calamité.  «  Guadet  sou- 
tint cet  amendement,  qui  fut  rejeté,  et  la  Con- 
vention décréta  l'établissement  d'un  tribunal  ex- 
traordinaire pour  juger  les  conspirateurs  et  les 
contre-révolutionnaires.  Le  comité  de  législation 
fut  chargé  delà  rédaction  du  décret.  Lanjuinais, 
qui  était  membre  de  ce  comité,  fut  sommé  de 
s'y  rendre  ;  mais  il  refusa  hautement  d'y  aller. 
Le  15  avril  Pache  vint  lire  à  la  barre  une  péti- 
tion contre  vingt-deux  membres  du  côté  droit  : 
elle  (ut  déclarée  calomnieuse  ,  et  la  majorité  y 
répondit  en  créant  une  commission  de  douze 
membres  investie  du  pouvoir  de  poursuivre  les 
complots  tramés  contre  la  république.  Le  24  mai 
1793,  Lanjuinais  dénonça  la  Commune  de  Paris  à 
l'Assemblée,  etdemanda  qu'il  y  eût  dans  la  capi- 
tale une  municipalité  par  chaque  cinquante  mille 
habitants;  ce  discours  fut  envoyé,  malgré  la 
Montagne,  à  tous  les  départements.  Mais  la 
violence  l'emporta  bientôt  sur  la  modération.  Le 
27  mai  des  pétitionnaires  audacieux  vinrent  à  la 
barre  demander  la  dissolution  de  la  commission 


452 
des  douze  et  la  mise  en  liberté  des  citoyens  ar- 
rêtés par  ses  ordres;  envahissant  les  bancs  de 
l'Assemblée,  ils  votèrent  eux-mêmes  ce  décret. 
Le  lendemain,  Lanjuinais  demanda  la  nullité  de 
ce  décret  et  le  rétablissement  de  la  commission 
des  douze.  De  violents  murmures  l'accueillirent. 
Il  parvint  enfin  à  se  faire  entendre,  et  dit  à  l'as- 


semblée :  «  Vous  protégez  des  hommes  de 
sang.  «  A  cemotLegendre,  dominant  le  tumulte, 
s'écria  :  «  Si  Lanjuinais  ne  cesse  de  parler,  je 
me  porte  à  la  tribune,  et  je  le  jette  en  bas.  » 
Lanjuinais  continua,  et  le  décret  fut  rapporté.  Le 
30  Lanjuinais  défendit  encore  la  commission 
des  douze.  Le  31  l'émeute  entoura  la  Conven- 
tion, qui  céda  à  la  menace  et  prononça  la  disso- 
lution de  la  commission  des  douze;  mais  elle 
refusa  l'arrestation  de  plusieurs  de  ses  membres. 
Dans  la  nuit  du  1"  au  2  juin,  le  tocsin,  la  générale 
et  le  canon  d'alarme  se  font  entendre  dans  Paris. 
La  salle  de  la  Convention  fut  entourée  d'hommes 
armés.  La  séance  s'ouvre  ;  en  arrivant,  Lanjuinais 
s'élança  à  la  tribune,  et  demanda  la  parole.  «  A 
bas!  à  bas!  s'écria-ton;  on  veut  amener 
la  guerre  civile.  —  Tant  qu'il  sera  permis  de 
faire  entendre  ici  sa  voix,  reprit  le  courageux 
orateur,  je  ne  laisserai  pas  avilir  dans  ma  per 
sonne  le  caractère  de  représentant  du  peuple  ;  je 
réclamerai  ses  droits  et  sa  liberté....  Jusque  ici 
vous  n'avez  rien  fait,  vous  avez  tout  souffert  ; 
vous  avez  sanctionné  tout  ce  qu'on  a  exigé  de 
vous.  Une  assemblée  insurrectionnelle  se  réunit, 
nomme  un  comité  chargé  de  préparer  la  révolte, 
un  commandant  pour  l'exécuter  ;  et  cette  as- 
semblée, ce  comité,  ce  commandant,  vous  souf- 
frez tout  cela.  —  Descends  de  la  tribune,  Lan- 
juinais, lui  cria  le  boucher  Legendre,  ou  je  vais 
t'assommer!  —  Fais  décréter  que  je  suis  bœuf, 
répondit  Lanjuinais,  et  tu  m'assommeras.  »  Cettel 
épigramme  rétablit  le  silence,  et  Lanjuinais  con 
tinua  son  discours.  «  On  m'accuse  de  calomnie! 
Paris!  reprit-il;  non  Paris  est  pur,  Paris  el 
bon,  Paris  est  opprimé  par  les  tyrans  qui  veii 
lent  du  sang  et  de  la  domination.  ■»  A  ces  motsi 
quelques  montagnards  s'élancèrent  à  la  trihune' 
les  pistolets  à  la  main,  et  voulurent  en  précipiter 
Lanjuinais;  des  Girondins  volèrent  à  son  se- 
cours ;  il  se  crampona  à  la  tribune ,  et  acheva 
son  discours  en  demandant  la  dispersion  des  as 
semblées  révolutionnaires  et  la  mise  hors  la  loi  di 
tous  ceux  qui  voudraient  s'arroger  une  autoriti 
nouvelle  et  contraire  aux  lois.  Il  avait  à  peinié 
fini,  que  la  députation  des  autorités  révolution^ 
naires  de  Paris  présenta  une  pétition  qui  de- 
mandait la  mise  en  arrestation  des  factieux  de  lai 
Convention.  La  Convention  renvoya  cette  péti- 
tion au  comité  de  salut  public  ;  le  peuple  court 
aux  armes.  Bientôt  Barrère  annonça  qu'il  était 
prêt  à  faire  son  rapport,  et,  s'appuyant  sur  l'état 
politique  et  moral  de  la  Convention,  il  projiosâ 
la  suspension  volontaire  des  députés  désignés 
dans  la  pétition.  Isnard,  Lanthenas, .  Fauçhet  et 
Dusaulxse  soumirent.  Lanjuinais  refusa  en  çeS 


m 


LANJUINAÎS 


454 


ermef:«Si  j'ai  montréjusqii'à  présent  quelquecou- 
age,  je  l'ai  puisé  dans  l'ardent  amour  qui  m'a- 
jiime  pour  la  patrie  et  la  liberté.  Je  serai  fidèle 
1:  ces  mêmes  sentiments,  je  l'espère,  jusqu'au 
'lernier  souffle  de  ma  vie  ;  ainsi  n'attendez  pas 
e  suspension.  «  Interrompu  à  ces  mots,  il  re- 
irit  :   «  Je  dis  à  mes  interrupteurs,  et  surtout 
Cliabot,  qui  vient  d'injurier  Barbaroux  :  on  a 
u  orner  les  victimes  de  fleurs  et  de  bande- 
ittes ,  mais  le  prêtre  qui  les  immolait  ne  les 
isiiltdit  pas.  »  Puis,  profitant  d'un  moment  de 
ilence  produit  par  cette  magnifique  apostrophe, 
ajouta  :  <'  J'ai  encore  la  faculté  de  faire  en- 
mâi-e  ici   ma  voix.  Eh  bien,  j'en  userai  pour 
ous  donner  un  conseil   digne  de  vous,  qui 
eut  vous  couvrir  de  gloire  et  sauver  la  liberté. 
isez  manier  avec  vigueur  le  sceptre  des  lois  dé- 
ose  en  vos  mains;  cassez  en  ce  moment  toutes 
:s  autorités  que  les  lois  ne  connaissent  pas , 
éfendez  à    tontes  personnes   de  leur  obéir; 
noncez  la  volonté  nationale  :  ce  ne  sera  pas  en 
lin  ;  les  factieux  seront  abandonnés  des  bons 
toyens,  qu'ils  abusent...  Si  vous  n'avez  pas  ce 
Mirage,  c'en  est  fait  de  la  liberté.  Je  vois  la 
jerre  civile,  qui  déjà  est  allumée  dans  ma  pa- 
ie ,  étendre  partout  ses  ravages  et  déchirer 
Fiance  en  petits  États;  je  vois  l'horrible 
lonstre  de  la  dictature  ou  de  la  tyrannie,  sous 
Lielqne  nom   que  ce  soit,  s'avancer  sur  des 
f  onceaux  de  ruines  et  de  cadavres,  vous  englou- 
r  successivement  les  uns  les  autres  et  repous- 
■r  !a  république.   »  Bientôt  la  Convention  se 
onva  cernée  de  toutes  parts.  Couthon  propose 
le   décréter   l'accusation    et   l'arrestation   des 
jingt-deux  membres  dénoncés  par  la  pétition, 
:3s  membres  de  la  commission  des  douze,  et 
i3s  ministres  Lebrun  et  Clavière.  L'assemblée 
l^créta  que   les    membres  dénoncés   seraient 
lirdés  à  vue  chez  eux.  Cette  proposition  fut 
lloptée  par  la  montagne  et  une  partie  de  la 
laine  ;  le  côté  droit  s'abstint  de  voter.  Lanjui- 
lis  avait  excité  l'enthousiasme  par  son  con- 
gé.   Quoique  surveillé  chez  lui  par  un  gen- 
irme,  il  reçut  des  témoignages  éclatants  d'ad- 
.  iration.  Les  villes  de  Rennes  et  de  Saint-Malo 
f.  votèrent  des  adresses  de  félicitation.  11  pu- 
^a  encore  un  récit  de  l'insurrection,  et  provo- 
la  le  peuple  à  sauver  la  liberté  ;  mais  tout  cela 
[t  inutile  :  la  terreur  dominait  les  âmes.  Le 
juin  Lanjuinais  demanda  sa  mise  en  jugement, 
tp  une  lettre  adressée  à  la  Convention  ;  mais, 
jyyant  les  mesures  de  rigueur  que  prenait  le 
iirti   dominant ,  il  consentit  à  s'échapper.  Il 
Vait  peu  de  temps  auparavant  rendu  quelques 
rvicesau  marquis  de  Châteaugiron,  qui,  en  Te- 
nant de  Prusse  avec  son  fils,  avait  failU  être 
iité  comme  émigré.  Le  marquis  lui  procura  le 
oyen  de  s'évader.  Le  23  juin,  l'abbé  Baron , 
écepteur  de  Châteaugiron  fils,  vint  faire  une 
urte  visite  à  Lanjuinais;  celui-ci,  feignant  de  le 
conduire,  sortit  après  lui  ;  le  gendarme  de  garde 
voyant  nu  tête  et  en  costume  de  chambre  ne 


conçut  aucun  sonpçon.  L'abbé  Baron  le  fit  mon- 
ter dans  une  voiture  qui  les  attendait  et  qui  les 
conduisit  à  la  campagne  de  Châteaugiron,  au 
Marais,  près  d'Argenteuil.  Lanjuinais  y  resta 
deux  jours,  et,  muni  d'un  passeport  où  il  était 
désigné  Jean  Denis,  écrivain,  il  arriva  àCaen, 
où  plusieurs  de  ses  collègues  proscrits  essayaient 
d'organiser  la  résistance.  Après  vingt-quatre 
heures  de  repos,  Lanjuinais  partit  pour  Rennes, 
où  il  fut  reçu  au  milieu  des  acclamations  gé- 
nérales. Il  y  publia  une  brochure  dans  laquelle 
il  attaquait  la  constitution  rédigée  par  Hérault 
de  Séchelles.  L'arrivée  de  Carrier  à  Rennes 
obligea  Lanjuinais  à  se  cacher  dans  sa  propre 
maison,  dans  un  petit  grenier,  dont  la  Incarne 
était  à  demi  bouchée  par  un  fagot,  et  qui  com- 
muniquait avec  une  autre  chambre  par  un 
trou  pratiqué  au  niveau  du  sol  et  recouvert  par 
une  tapisserie.  Il  vécut  là  dix-huit  mois,  exposé 
aux  intempéries  de  l'air,  et  ne  dut  son  salut 
qu'au  dévouement  de  sa  femme  et  d'une  ser- 
vante. Carrier  fit  des  recherches  actives  contre 
Lanjuinais,  mais  elles  demeurèrent  infructueuses. 
Des  garnisaires  restèrent  continuellement  placés 
dans  sa  maison.  La  loi  des  suspects  atteignit  la 
famille  de  Lanjuinais  :  sa  mère,  son  frère,  sasœnr, 
sa  fille,  encore  enfant,  furent  jetés  en  prison. 
M™''  Lanjuinais  n'avait  qu'un  m.oyen  d'échapper 
à  la  proscription,  c'était  le  divorce;  elle  y  re- 
courut le  1 2  novembre  1793.  Cet  acte  adoucit  l'hu- 
meur  soupçonneuse  du  comité  révolutionnaire. 
M"^  Lanjuinais  conserva  ainsi  sa  liberté  et  la 
jouissance  de  ses  biens  personnels  ;  les  biens  de 
son  mari  avaient  été  confisqués.  Enfin  arriva 
le  9  thermidor.  Lanjuinais  ne  fut  pas  libre  aus- 
sitôt. 11  travailla  de  sa  retraite  à  faire  sortir  ses 
parents  de  prison,  et  n'y  réussit  qu'après  plusieurs 
mois.  Sa  maison  fut  encore  investie  et  fouillée 
par  la  troupe;  mais  sa  femme  avait  eu  le  temps 
de  le  faire  cacher  dans  une  alcôve.  Au  mois  de 
brumaire  an  m  (novembre  1794),  Lanjuinais 
adressa  à  laConvention  une  pétition  danslaquelle 
il  demandait  des  juges.  Bientôt  il  envoya  une 
seconde  adresse  à  la  Convention,  et  le  18  frimaire 
(8  décembre)  cette  assemblée  rendit  un  décret 
qui  rappelait  à  la  vie  civile  les  députés  mis  hors 
la  loi  par  suite  de  l'insurrection  du  2  juin.  Trois 
mois  plus  tard  ils  furent  réintégrés  dans  leurs 
fonctions  de  représentants  du  peuple.  Aussitôt 
que  Lanjuinais  eut  recouvré  sa  liberté,  il  s'em- 
pressa de  faire  annuler  son  divorce.  Il  allait 
partir  pour  Paris  lorsqu'il  fut  adjoint  aux  re- 
présentants chargés  de  la  pacification  des 
chouans.  U  se  rendit  aux  conférences  de  La  Ma- 
bilaie,  et  y  exerça  une  grande  influence.  Le 
traité  conclu ,  il  vint  reprendre  son  poste  à  la 
Convention.  Il  y  fut  accueilli  avec  enthousiasme 
par  ses  collègues  dans  les  premiers  jours  de 
floréal.  Il  fut  nommé  membre  de  la  commission 
des  onze,  qui  rédigea  la  constitution  de  l'an  ni,  et 
fut  élu  président  de  la  Convention  le  19  prairial 
(7  juin).  Insulté  par  les  insurgés  dans  la  journée 

15, 


455 


LANJUINAIS 


456 


du  l"^""  i)r<iiiial,  il  appuya  la  proposition  de  Le- 
sage,  (jiii  demandait  le  renvoi  des  députés  com- 
promis devant  les  tribunaux  ordinaires  ;  mais  ce 
fut  en  vain,  la  Convention  renvoya  tous  les  chefs 
de  la  rébellion  devant  une  commission  militaire. 
Le  18  floréal,  Lanjuinais  avait  demandé  avec  cha- 
leur la  restitution  des  biens  confisqués  sur  les 
condamnés  révolutionnairement,  soutenant  qu'in- 
nocents ou  coupables  ils  n'avaient  pas  été  jugés, 
mais  assassinés.  Sa  motion,  appuyée  par  Boissy 
d'Anglas,fut  adoptée.  11  demanda  ensuite  l'abro- 
gation des  lois  qui  frappaient  les  parents  des 
émigrés.  Il  combattit  Fréron,  qui  proposait  d'an- 
nuler tous  les  certificats  de  résidence  des  indi- 
vidus qui  s'étaient  enfermés  à  Toulon,  ce  qui  était 
les  livrer  à  la  mort;  la  proposition  ne  fut  pas 
adoptée.  Dans  beaucoup  d'autres  circonstances, 
il  professa  les  mêmes  principes  d'humanité,  et 
parvint  à  faire  rayer  des  listes  de  proscription  un 
grand  nombre  d'émigrés  et  de  prêtres  déportés. 
Enfin,  il  persuada  ses  collègues  de  restituer  au 
culte  les  édifices  qui  lui  étaient  nécessaires,  et  les 
comités  de  salut  public,  de  sûreté  générale  et  de 
législation  le  chargèrent  de  présenter  à  ce  sujet 
un  projet,  que  l'assemblée  adopta.  Par  cette 
conduite,  Lanjuinais  se  compromit  à  la  fois  au- 
près des  montagnards  et  des  thermidoriens.  Le 
13  vendémiaire,  il  voulut  s'opposer  à  ce  que  la 
Convention  appelât  les  anciens  terroristes  à  sa 
défense,  et  appuya  la  proposition  de  Gamon,  qui 
voulait  qu'on  parlementât  avec  les  section- 
naires.  Quelques  jours  après,  il  fut  accusé  ipar 
Tallien  de  complicité  avec  les  royahstes.  Lan- 
juinais dédaigna  de  répondre  ;  mais  il  fut  dé- 
fendu par  Louvet,  Sieyès  et  l'ancien  boucher  Le- 
gendre.  A  cette  époque  il  fréquenfaif  la  société  la 
plus  recherchée.  M™"  de  Staël,  M""  de  Beauhar- 
nais  ;  les  généraux  Hoche  et  Moreau  étaient  ses 
amis.Lorsque  après  l'acceptation  delà  constitution 
directoriale,  on  procéda  à  la  nomination  des  dé- 
putés aux  nouvelles  législatures,Lanjuinais  fut  élu 
par  soixante-treize  départements,  et  dans  presque 
tous  le  premier  de  la  liste.  Appelé  par  le  sort  au 
Conseil  des  Anciens,  il  s'opposa  avec  force  aux 
lois  d'exception  et  à  toutes.les  mesures  inconsti- 
tutionnelles. Ses  fonctions  législatives  cessèrent  le 
l*""  prairial  an  v  (  20  mai  1797  )  ;  il  retourna  à 
Rennes  ;  mais  cette  ville  était  devenue  royaliste, 
et  Lanjuinais  rentra  dans  la  vie  privée.  Nommé 
professeur  de  législation  à  l'école  centrale  de 
Kennes,  il  imprima  à  son  enseignement  une  di- 
rection utile.  La  chaire  de  grammaire  générale 
devint  vacante ,  il  s'en  chargea  bénévolement. 
Au  milieu  de  ses  occupations,  il  trouvait  encore 
le  moyen  de  dénoncer  les  intrigues  royalistes 
dans  le  Journal  de  V Ouest  ;  mais  il  pensait  que 
la  république  ne  devait  employer  contre  ses 
ennemis  que  des  moyens  légaux  ,  et  il  désap- 
prouva la  révolution  du  18  fructidor.  Après  le 
18  brumaire,  Lanjuinais  fut  présenté  au  sénat 
par  le  corps  législatif;  le  22  mars  1800  il  fut 
élu  membre  de  ce  corps.  Il  s'y  distingua  parson 


indépendance.  Ainsi  il  s'opposa  aux  proscrip- 
tions dirigées  à  la  fois  contre  les  démocrates  et 
les  émigrés  à  la  suite  de  l'explosion  de  la  ma- 
chine infernale.  En  1802  il  combattit  avec  éner- 
gie l'élévation  de  Bonaparte  au  consulat  à  vie, 
et  en  1804  son  élévation  à  l'empire.  Mais  en- 
suite il  se  condamna  au  silence ,  et  se  contenta  de 
protester  par  son  vote  contre  les  mesures  despo  y 
tiques  sanctionnées  par  le  sénat.  Néanmoins  lors- 
que tous  les  sénateurs  reçurent  un  titre  nobiliaire^ 
Lanjuinais  fut  créé  comte  de  l'empire  en  1808; 
il  prit  pour  devise  de  ses  armoiries  Dieu  et  le& 
lois.  Le  sénat  donnait  peu  d'occupation.  Lm-i 
juinais  ayant  dû  renoncer  à  sa  profession  d'à-, 
vocat,  incompatible  avec  sa  haute  dignité, 
fonda  avec  Target ,  Portails ,  Malleville,  etc. 
une  académie  de  législation ,  qui  ne  tarda  pas  l 
se  faire  remarquer.  Chargé  de  rédiger  les  pro-! 
grammes  d'enseignement  de  cette  nouvelle  aca 
demie ,  il  fit  porter  le  nom  des  chaires  à  qua-; 
torze ,  et  se  chargea  de  la  chaire  de  droit  ro- 
main. Ses  leçons,  quoique  faites  en  latin,  étaien! 
recherchées.  M.  Dupin  aîné  les  fréquenta.  Lii 
création  des  écoles  de  droit  en  1804  entraînai, 
chute  de  cette  école  libre.  Lanjuinais  se  jeta  alor» 
dans  l'étude  des  théogonies  orientales,  et  publiai 
dans  le  Magasin  Encyclopédique  et  dans  li 
Moniteur,  des  articles  sur  les  langues,  lei 
mœurs  et  les  religions  de  l'Asie.  En  même  tempii 
il  donnait  aux  Mémoires  de  VAcadémie  Ceh 
tique  des  notices  d'archéologie  et  d'histoire.  Ld 
16  décembre  1808,  la  classe  d'histoire  de  l'Insi 
titnt  l'accueillit  parmi  ses  membres  à  la  plact 
de  Bitaubé. 

Lorsque  Paris  fut  investi  par  les  troupes  étran-i 
gères,  Lanjuinais  se  réunit  à  Grégoire,  Lam-, 
brechts  et  quelques  autres  sénateurs  pour  avi- 
ser aux  mesures  à  prendre.  Le  sénat,  entraîné 
par  eux,  prononça  la  déchéance  de  Napoléon,  cl 
nomma  un  gouvernement  provisoire.  CrcA 
pair  de  France,  le  4  juin  1814,  il  parut  à  la  tri- 
bune pour  défendre  les  droits  de  la  liberté.  Il  j 
combattit  la  loi  de  censure  du  21  octobre  et  la 
proposition  du  maréchal  Macdonald  relative  i 
l'indemnité  à  accorder  aux  émigrés.  Lanjuinais  wi 
s'opposait  pas  à  ce  qu'on  donnât  des  secours  aux 
personnes  nécessiteuses;  mais  il  soutenait  quei 
l'État  ne  devait  point  établir  des  classes  d'infor- 
tunes privilégiées,  surtout  au  profit  d'hommea 
qui  possédaient  les  plus  grands  biens  du  pays/ 
et  qui,  après  s'être  enrichis  des  faveurs  de  l'em-i 
pire,  occupaient  déjà  tous  les  postes  éminents  de 
la  monarchie.  Après  le  retour  de  Napoléon  au 
20  mars  1815,  Lanjuinais  se  retira  à  la  campagne, 
et  refusa  de  prêter  les  nouveaux  serments  qu'oa 
lui  demandait  comme  membre  de  l'Institut  et 
commandant  de  la  Légion  d'Honneur.  Il  ne  fut 
pas  compris  dans  la  chambre  des  pairs  impériale  ; 
mais  il  fut  élu  à  la  chambre  des  représentants 
par  la  ville  de  Paris  et  par  le  département  de 
Seine-et-Marne.  Au  premier  tour  de  scrutin ,  il 
fut  élu  président  par  cette  assemblée.  L'empe- 


457 


LANJUINAIS 


458 


reur  ne  roulait  point  sanctionner  ce  choix  ; 
Carnet  l'engageait  à  l'accepter.  Auparavant  l'em- 
pereur lit  venir  Lanjuinais ,  et  lui  demanda  : 
«  Étes-vous  à  moi  ?  —  Je  n'ai  jamais  été  à  per- 
sonne ;  je  n'ai  appartenu  qu'à  mon  devoir,  »  ré- 
pondit Lanjuinais.  —  Me  servirez-vous?— Oui, 
sire,  dans  la  ligne  du  devoir.  —  Me  haïssez- 
vous?  —  J'ai  eu  le  bonheur  de  ne  haïr  jamais 
personne.  »  Napoléon  l'embrassa ,  et  donna  son 
acceptation.  Lerôle  passif  de  président  empêcha 
Lanjuinais  de  participer  autrement  que  par  son 
vote  aux  délibérations  de  la  chambre  des  repré- 
sentants. Il  prit  seulement  part  à  la  discussion  de 
l'adresse,  où  il  fit  substituer  le  mot  de  héros  à 
celui  de  grand  homme,  appliqué  à  l'empereur,, 
en  faisant  observer  que  l'expression  de  grand 
homme  supposait  des  vertus  dont  celle  de  hé- 
ros pouvait  plus  aisément  se  passer. 
1  Dans  la  nuit  du  21  juin,  il  assista  à  un  comité 
tenu  aux  Tuileries  pour  délibérer  sur  l'abdication 
iprovoquée  le  matin  à  la  chambre  par  Jay  et  La 
Fayette,  et  il  appuya  la  base  de  délibération  pro- 
IposéeparThibaudeau,  qui  disait  qu'on  saci'itierait 
itout  pour  la  patrie ,  excepté  la  liberté  consfitu- 
jtionnelle  et  l'intégrité  du  territoire.  Lanjuinais 
appuya  aussi  la  proposition  tendant  à  l'abdica- 
ition  de  l'empereur  ;  mais  elle  ne  fut  pas  adoptée. 
Le  lendemain  Napoléon  envoya  à  la  chambre  une 
abdication  en  faveur  de  son  lils.  L'abdication  fut 
lacceptée  par  la  chambre,  mais  sans  condition. 
Lanjuinais  porta  le  décret  aux  Tuileries ,  et  sur 
l'observation  de  Napoléon  que  cet  acte  ne  parlait 
jpas  de  son  fils,  Lanjuinais  répondit  :  «  La 
jchambre  n'a  délibéré  que  sur  le  fait  précis  de 
l'abdication;  je  me  ferai  un  devoir  de  lui  rendre 
compte  du  vœu  de  Votre  Majesté  pour  son  fils.  « 
jNapoléon  comprit,  et  dit  qu'il  recommandait  son 
jfiis  à  la  chambre.  Peu  de  jours  après,  les  étran- 
gers étaient  maîtres  de  Paris.  Les  portes  de  la 
jchambre  furent  fermées  et  occupées  militaire- 
ment. Quatre-vingts  représentants  repoussés  se 
réunirent  chez  leur  président,  signèrent  avec  lui 
un  procès- verbal  constatant  la  violence  qui  met- 
tait fin  à  leur  mandat.  Une  nouvelle  chambre 
des  députés  ayant  été  convoquée,  Lanjuinais  fut 
nommé  par  le  roi  président  du  collège  électoral 
de  Rennes.  Il  eut  à  soutenir  une  lutte  très-vive 
contre  le  parti  ultra-royaliste.  De  retour  à  Paris, 
il  combattit  à  la  chambre  des  pairs  un  projet  de 
loi  présenté  par  le  ministère  concernant  les  me- 
sures de  sûreté  contre  les  inculpés  d'attentats 
1  politiques,  par  lequel  la  liberté  individuelle  était 
suspendue,  les  fonctionnaires  administratifs  au- 
torisés à  faire  arrêter  et  détenir  arbitrairement 
tous  les  citoyens  pendant  un  temps  indéfini. 
Lanjuinais  prononça  un  discours  énergique,  qui 
excita  la  fureur  de  ses  adversaires;  la  loi  passa. 
Lanjuinais  fit  imprimer  son  discours  ;  le  3  no- 
vembre, le  duc  de  Saint-Aignan  l'accusa  d'avoir 
voulu  par  cette  publicité  exciter  au  mépris  d'une 
loi  votée  par  la  chambre,  et  demanda  la  cen- 
sure contre  lui.  La    proposition  du    duc   de 


Saint-Aignan  fut  prise  en  considération;  Lanjui- 
nais répondit  par  un  mémoire  justificatif,  et 
l'affaire  n'eut  pas  de  suite.  La  chambre  des  pairs 
ayant  été  saisie  du  jugement  du  maréchal  Ney, 
un  pair  demanda  qu'il  fût  interdit  à  l'accusé 
d'invoquer  dans  ses  moyens  de  défense  la  capi- 
tulation de  Paris  qui  le  couvrait.  Lanjuinais 
s'opposa  seul  à  cette  interdiction  :  «  La  conven- 
tion de  Paris,  dit-il ,  a  été  stipulée  précisément 
pour  les  délits  politiques,  et  il  s'agit  dans  ce 
moment  d'un  militaire  illustre  !  Cette  conven- 
tion fournit  une  exception  non  pas  seulement 
préjudicielle,  mais  péremptoire,  puisqu'elle  dé- 
truit l'accusation.  Les  exceptions  péremptoires 
peuvent  s'opposer  à  toutes  les  périodes  de  la 
procédure,  jusqu'à  ce  qu'il  y  ait  condamnation; 
cela  est  reconnu,  écrit  dans  tous  les  livres,  reçu 
dans  tous  les  temps,  admis  dans  tous  les  pays.  » 
Le  maréchal  ayant  refusé  de  se  défendre,  la 
chambre  passa  au  vote.  Trois  questions  de  fait 
furent  posées  et  résolues  contre  le  maréchal  par 
plus  des  deux  tiers  des  voix.  Lanjuinais  refusa 
de  voter,  alléguant  qu'il  ne  pouvait  juger  en 
conscience,  attendu  le  refus  qu'on  avait  fait  à 
l'accusé  d'entendre  sa  défense  sur  la  convention 
du  3  juilllet.  MM.  D'Aligre  et  de  Nicolaï  adhé- 
rèrent à  sa  protestation.  Sur  l'application  de  la 
peine,  Lanjuinais  prit  la  parole,  et  motiva  ainsi 
son  vote  :  «  Il  n'y  aurait  point  de  chambre  des 
pairs,  ou  il  ne  devrait  pas  y  en  avoir,  si  en  fait 
de  crimes  d'État  elle  n'était  pas  un  grand  jury 
politique,  astreint  principalement  aux  considé- 
rations d'utilité  pubhque.  Ainsi ,  considérant, 
1°  la  conviction  où  je  suis  qu'il  y  a  des  vices 
majeurs  dans  l'instruction;  2°  l'article  1 2  de  la 
convention  de  Paris,  qui  s'applique  à  l'accusé 
ou  à  personne,  et  qui  a  été  rejeté  sans  l'entendre 
dans  ses  moyens  de  défense;  3°  les  circonstan- 
ces atténuantes  que  chacun  connaît  ;  4°  redou- 
tant pour  ma  patrie  l'abîme  de  malheurs  qui 
peuvent  naître  de  la  multiplication  des  supplices 
pour  des  crimes  politiques,  multiplication  que  je 
verrais  appeler  par  celui  de  l'accusé;  j'accède 
à  l'avis  pour  la  peine  de  la  déportation.  »  Dix- 
sept  pairs  votèrent  pour  la  déportation,  cent 
trente-neuf  pour  la  mort. 

Lanjuinais  continua  de  s'opposer  au  déborde- 
ment réactionnaire  de  la  chambre  introuvable.  Il 
combattit  successivement  la  proposition  de  resti- 
tuer au  clergé  ses  biens  non  vendus  et  de  lui  per- 
mettre d'en  acquérir  indéfiniment  de  nouveaux  ; 
la  résolution  relative  à  la  suppression  des  pensions 
des  prêtres  mariés  ;  le  projet  de  loi  pour  le  réta- 
bUssement  des  cours  prévôtales  ;  la  prétendue  loi 
d'amnistie  qu'il  appela  loi  de  proscription,  etc. 
L'ordonnance  du  5  septembre  1816  changea  la 
direction  de  la  politique  générale.  Lanjuinais  cessa 
son  rôle  d'opposition.  Il  appuya  les  projets  mi- 
nistériels, et  particulièrement  la  loi  des  élections 
de  1817  et  la  loi  de  recrutement  de  1818.  Il  atta- 
qua pourtant  dans  une  brochure  la  constitution  du 
conseil  d'État,  et  signala  le  danger  de  soumettre 


459 


LANJUmAIS 


460 


à  une  commission  amovible  les  questions  élec- 
torales. Dans  toutes  les  occasions  ,  il  demanda 
le  rappel  des  proscrits,  la  réintégration  des 
vingt-neuf  pairs  qui  avaient  siégé  dans  la  chambre 
des  Cent  jfours,  et  le  payement  arbitrairement 
suspendu  des  pensions  de  Grégoire,  de  Monge 
et  de  quelques  autres  sénateurs.  Il  appuya  vi- 
vement le  ministère  dans  la  discussion  de  la  pro- 
position Barthélémy  contre  la  loi  électorale.  Il 
dénonça  les  menées  des  royalistes  exagérés, 
et  excita  un  orage  en  signalant  à  la  tribune 
l'existence  de  l'armée  de  l'ouest,  ses  dépôts 
de  matériel,  ses  assemblées  secrètes  et  sa  co- 
carde verte.  Cette  dénonciation  lui  valut  un  rap- 
pel à  l'ordre.  L'année  suivante,  le  duc  Decazes 
changea  de  politique,  et  il  était  entré  dans  ce 
système  surnommé  de  bascule,  lorsque  le  duc  de 
Berry  périt  assassiné.  Le  duc  Decazes  dut  quitter 
le  ministère  après  avoir  présenté  trois  projets  de 
loi  restrictifs  de  la  liberté  individuelle  et  de  la  li- 
berté de  la  presse,  et  modifiant  la  loi  électorale. 
Lanjuinais  rentra  dans  l'opposition,  et  combattit 
pied  à  pied  toutes  les  tentatives  rétrogrades  des 
cabinets  Richelieu  et  Villèle.  En  même  temps  il 
publiait  des  travaux  qui  doivent  le  ranger  parmi 
nos  premiers  publicistes.  Attaché  aux  libertés 
de  l'Église  gallicane,  il  attaqua  à  la  chambre  des 
pairs  et  dans  la  presse  les  entreprises  ministériel- 
les qui  tendaient  à  faire  revivre  les  anciens  con- 
cordats, à  rétablir  des  tribunaux  ecclésiastiques, 
à  multiplier  les  couvents  avec  certains  privilèges, 
et  à  soumettre  la  puissance  temporelle  à  l'au- 
toi'ité  spirituelle.  Rappelant  que  le  royaume  de 
Dieu  n'est  pas  de  ce  monde,  il  rejetait  les  pré- 
tentions des  papes  au  gouvernement  absolu  de 
l'Église  et  leur  infaillibilité.  Adversaire  des  jé- 
suites ,  admirateur  des  philosophes  de  Port- 
Royal  ,  il  passait  pour  janséniste  ;  mais  il  était 
loin  cependant  d'admettre- les  opinions  théologi- 
ques attribuées  à  Jansenius  sur  la  grâce.  Sin- 
cèrement attaché  à  la  religion  catholique,  mais 
sans  intolérance,  sans  esprit  de  prosélytisme,  il 
admettait  et  aimait  la  discussion  même  en  ma- 
tière religieuse  ;  c'est  ainsi  qu'il  eut  pendant  vingt- 
cinq  ans  des  relations  amicales  avec  Volney  et 
des  rapports  suivis  avec  H.  Wronsky,  Fourier 
et  Saint-Simon.  En  1822  il  s'opposa  à  la  dispo- 
sition de  la  loi  sur  la  presse  qui  qualifiait  délit 
Voutrage  aux  religions  reconnues.  «  Le  monde, 
disait-il,  ne  se  règle  pas  comme  un  couvent, 
ni  comme  un  séminaire...  Les  apôtres  n'ont  pu 
établir  l'Évangile  sans  outrager  de  paroles,  no- 
nobstant les  édits  des  Tibère,  des  Néron  et  des 
Dioclétien ,  les  mystères  de  Bacchus ,  ceux  de 
Sera  pis  et  de  la  mère  des  dieux.  Votre  loi  n'est 
qu'un  édit  de  Tibère,  de  Néron  et  de  Dioclé- 
tien. »  En  1825  il  prononça  ces  mots  contre  la 
loi  du  sacrilège  :  «  Tout  révolte  les  esprits  et  les 
cœurs  dans  ce  projet  de  rouvrir  les  charniers 
de  l'intolérance.  »  Les  loisirs  que  lui  laissaient 
la  politique  et  la  religion ,  il  les  consacrait  à  la 
littérature,  à  la  philosophie  et  à  l'étude  des 


langues  orientales.  Atteint  en  1826  des  premières 
atteintes  d'un  anévrisme  au  cœur,  il  parut  encore 
à  la  tribune  de  la  chambre  des  pairs,  et  y  com- 
battit le  droit  d'ainesse  et  les  substitutions.  Le 
11  janvier  1827  une  inflammation  cérébrale  se 
manifesta.  Deux  jours  après  il  mourut. 

Dans  son  éloge,  le  comte  de  Ségur  caractérise 
ainsi  Lanjuinais  :  «  Plus  célèbre  encore  par  sii 
constante  vertu  que  par  sa  vaste  érudition , 
vertu  rigide,  et  dont  aucun  souffle  de  la  calomnii 
n'a  pu,  n'a  même  essayé  de  ternir  la  pureté  ; 
homme  éminemment  de  bonne  foi ,  soit  qu'il  s( 
trompât  ou  non,  sans  s'occuper  de  ce  qui  pou- 
vait plaire  aux  différents  partis ,  ou  les  cho 
quer,  et  par  cette  bonne  foi  toujours  respec- 
table, même  dans  les  écarts  de  son  imagination, 
il  exprimait  sans  ménagement  toute  opinion  qu 
lui  paraissait  juste  et  conforme  à  l'intérêt  gêné 
rai...  Ceux  même  dont  il  combattait  les  opiniom 
rendaient  hommage  à  la  pureté  de  ses  intentions 
à  cette  verdeur  de  vieillesse  qui  étonnait.  la  jeu 
nesse  la  plus  ardente ,  à  cette  franchise  sansi 
bornes  qui  ne  lui  permettait  de  contenir  aucune 
de  ses  pensées,  et  qui  donnait  à  ses  discoun 
quelquefois  impétueux  une  empreinte  d'originai 
lité  qui  peignait  fidèlement  son  caractère.  Cett< 
tête  si  vive  était  d'ailleurs  toujours  animée  pai 
une  bonté  de  cœur  inaltérable.  «  A  ce  portraili 
Julien  de  Paris  ajoutait  :  «  Ami  de  la  liberté/ 
ami  de  la  justice,  toujours  animé  des  principes 
de  la  charité  et  de  la  tolérance  dans  sa  vie  pui 
blique  et  dans  sa  vie  privée  ;  doué  d'une  piétt 
sincère,  d'un  patriotisme  ardent  mais  supérieui 
à  l'esprit  de  parti;  actif  et  infatigable  pour  h 
bien;  distingué  comme  professeur  dans  noj 
écoles  de  droit,  comme  défenseur  des  libertéii 
publiques  dans  nos  assemblées  nationales . 
comme  publiciste  profond ,  judicieux  et  éclairé,i 
dans  les  rangs  de  nos  écrivains  politiques,! 
comme  savant  laborieux  dans  nos  académies, 
comme  excellent  dans  ses  relations  domestiquer 
et  sociales,  Lanjuinais  a  mérité  l'estime  et  leS' 
respects  de  ceux  qui  n'ont  point  partagé  ou  qu) 
ont  combattu  ses  opinions.  » 

On  a  de  Lanjuinais  ;  Mémoire  sur  Vorigine. 
Vimprescriptibilïlé,  les  caractères  distinctify 
des  différentes  espèces  de  Dîmes ,  et  sur 
présomption  légale  de  Vorigine  ecclésiastique: 
de  toutes  les  Dîmes  tenues  en  fief;  Rennesi 
et  Paris,  1786,  in-8°;  —  Préservatif  contre 
l'Avis  à  mes  compatriotes;  Rennes,  17S8, 
in-12;  —  Réflexions-patriotiques  sur  Varrêié 
de  quelques  nobles  de  Bretagne  du  25  août» 
1788  ;  Rennes ,  1788,  in-12  ;  —  Rapport  sur  la 
nécessité  de  supprimer  les  dispenses  de  ma- 
riage ,  de  supprimer  ou  de  modifier  les  ob- 
stacles qui  le  retardent  ou  l'annulent,  enfin 
d'établir  une  forme  purement  civile  pour 
constater  i'état  des  personnes;  Paris,  1791, 
1815,  in-8°;  —  Discours  sur  la  question  de 
savoir  s'il  convient  de  fixer  îtn  maximum  de: 
population  pour  les  communes  de  la  repu- 


461 

bliqtie;  Paris,  1793,  in-8° 


LANJUINAIS 

—  Dernier  Crime 
de  Lanjuinais  aux  assemblées  primaires  sur 
la  constitution  de  1793;  Rennes,  1793,  in-S»; 
— Rapport  sur  l'e/fet  rétroactif  des  lois  du 
12  brumaire,  du  17  nivôse  an  II;  1795,  in-8°; 
—  Notice  sur  Vouvrage  de  Vévêque  et  séna- 
teur Grégoire  intitulé  :  De  la  Littérature  des 
Nègres;  Paris,  1808,  in-8o;—  Christophe  Co- 
lomb, ou  notice  d'un  livre  italien  concernant 
cet  illustre  navigateur  ;  Paris,  1809,  in-8°;  — 
Proposition  faite  au  Sénat  le  26  avril  1814; 
Paris,  1814,  in-8";  —  Opinion  sur  la  loi  con- 
cernant des  mesures  de  sûreté  contre  les  in- 
culpés d'attentats  politiques;  Paris,  1815, 
in-80;  —  Mémoire  justificatif  pour  le  comte 
Lanjuinais,  pair  de  France...  dénoncé  par 
quatre  de  ses  collègues  pour  avoir  imprimé 
et  publié  son  opinion  sur  le  projet  de  la  loi 
nouvelle  concernant  des  mesures  de  sûreté 
générale ,  avec  des  notes  sur  un  libelle  in- 
titulé: Réfutation  de  l'opinion  de  M.  le  comte 
de  Lanjuinais,  etc.  ;  Paris,  1815,  in-8°;  —  De 
l'Initiative  des  Chambres  ;  opinion  de  M.  le 
comte  Lanjuinais  prononcée  en  la  chambre 
des  pairs  le  24  /emerl816,  à  l'occasion  du 
projet  de  loi  sur  la  formation  de  la  cham- 
bre des  pairs  eji  cour  de  justice  criminelle; 
Paris,  1816,  in-S";  —  Opinion  contre  la  réso- 
lution de  la  chambre  des  députés  relative 
aux  libéralités  et  immeubles  territoriaux  au 
profit  du  clergé ,  prononcée  le  5  mars  1S16  à 
la  chambre  des  pairs;  Paris,  1816,  in-8";  — 
Opinion  contre  la  résolution  pour  supprimer 
les  pensions  des  prêtres  mariés;  Paris,  1816, 
in-s^;  —  Appréciation  du  projet  de  loi  rela- 
tif aux  trois  Concordats,  avec  les  articles  du 
dernier  Concordat,  ceux  du  projet  de  loi  et 
une  Revue  des  ouvrages  sur  les  Concordats  ; 
Paris,  1817,  in-8°  ;  4"=  édition,  1818;  —  Opi- 
nions de  MM.  les  comtes  de  Boissy  d'Anglas, 
Lanjuinais  et  le  duc  de  Broglie  relatives 
au  projet  de  loi  sur  la  liberté  individuelle  ; 
Paris,  1817,  in-8°;  —  Du  Conseil  d'État  et  de 
sa  compétence  sur  les  droits  politiques  des 
citoyens,  ou  examen  de  l'article  de  la  loi  sur 
les  élections  du  Q  février  1817;  Paris,  1817, 
in-8°;  —  Notice  de  la  Dissertation  de  feu 
M.  Baradère,  curé,  sur  l'usure;  Paris,  1817, 
in-8"  ;  —  Des  Dépenses  et  des  Recettes  de  l'É- 
tat pour  l'an  1818,  et  dïi  Crédit  public;  Pa- 
ris, 1818,  in-8°  ;  —  Constitution  de  la  nation 
française,  avec  iin  essai  de  traité  historique 
et  politique  sur  la  Charte,  et  tm  recueil  de 
pièces  corrélatives  ;  Paris,,  1819,  2  vol.  in-8°;  — 
La  Charte,  la  Liste  civile  et  les  Majorais; 
Paris,  1819,  in  8°  ;  nouv.  édition,  augmentée 
d'un  fragment  sur  les  inconvénients  des 
majorais  pour  l'État  et  les  familles  ;  Paris, 
1819,  in-8";  —  Opinion  sur  la  proposition 
de  szibstituer  une  autre  peine  à  celte  de  la 
déportation  ;  Paris,  1819,  in-8°;—  Examen 
du  système  de  M.  Flaugergues  établissant  la 


462 
dictature  du  roi  et  des  chambres  ou  leur 
pouvoir  de  changer  la  constitution  sa7is  ob- 
server aucune  forme  spéciale;  Paris,  1820, 
in-8°  ;  —  Cinq  discours  prononcés  à  la  cham- 
bre des  pairs  pour  faire  conserver  :  1"  la  li- 
berté individuelle  ;  2o  la  liberté  de  la  presse 
ou  des  journaux  ;  3°  la  loi  des  élections  du 
5  février  1817  ;  Paris,  1820 ,  in-S"  ;  —  Contre 
les  privilèges  de  surséance  légale  au  paye- 
ment des  dettes  privées;  Paris,  1820,  in-8''; 
—  Discours  sur  le  nouveau  projet  de  loi 
sur  les  élections;  Paris,  1820,  in-8";  —  His- 
toire abrégée  de  l'inquisition  religieuse  en 
France ,  suivie  de  l'Opinion  contre  le  projet 
relatif  aux  pensions  ecclésiastiques,  au- 
trement à  l'érection  de  trente  évéchés  nou- 
veaux; Paris,  1821,  in-8°;  —  Mémoires  sur 
la  religion,  avec  des  tableaux  de  la  disci- 
pline,et  des  mœurs  du  temps  présent  dans 
les  différentes  communions;  premier  mé- 
moire: Des  officiantes  anciennes  et  nouvelles; 
Paris,  1821,  in-8'';  —  De  l'Organisation  mu- 
nicipale en  France,  et  du  projet  présenté  aux 
chambres  en  1821  par  le  gouvernement  du 
roi  sous  l'empire  de  la  charte  ;  Paris,  1821, 
in-8o  (  avec  M.  Kératry)  ;  —  Vues  politi- 
ques sur  les  changements  à  faire  à  la  cons- 
titution d'Espagne  afin  de  la  consolider,  spé- 
cialement dans  leroyaume  des  Deux-Siciles ; 
Paris,  1820,  1821,  in-8";  —  Discours  prononcé 
le  IG  décembre  1820  sur  la  compétence  de  la 
chambre  des  pairs  en  crime  d'attentat  à  la 
sûreté  durai  et  des  membres  de  sa  famille; 
Paris,  1821,  in-8";  —  Contre  le  nouveau  pro- 
jet de  loi  relatif  aux  délits  de  la  presse; 
Paris,  1822,  in-8"  ;  —  Études  biographiques  et 
littéraires  sur  Ant.  Arnauld,  P.  Nicole,  et 
Jacq.  Necker,  avec  une  Notice  sur  Christ. 
Colomb;  Paris,  1823,  in-8°;  —  La  Religion 
des  Indous  selon  les  Vedah ,  ou  analyse  de 
l'Oupnek'hat  publié  par  Anquetil  Du  Perron 
en  1802;  Paris,  1823,  in-8";  —  Contre  un 
article  du  projet  de  loi  de  timbre  et  d'enre- 
gistrement qui  suppose  les  congrégations  re- 
ligieuses assez  bien  autorisées,  leur  attribue 
des  privilèges  en  matière  d'impôts,  etc.,  avec 
des  Réflexions  sur  le  nouveau  projet  de  loi 
relatif  aux  maisons  religieuses  de  femmes; 
Paris,  1824,  ïn-8o;  —  Tableau  général  de  l'é- 
tat politiqtie  intérieur  de  la  France  depuis 
1814  et  de  l'Angleterre  depuis  171G,  ou  dis- 
cours de  M.  le  comte  Lanjtiinais  contre  la 
septennalité ;  Paris,  1824,  in-8"  ;  —  Exa- 
men du  huitième  chapitre  du  Contrat  social 
de  J.-J.  Rousseau,  intitulé  De  la  religion  ci- 
vile; Paris,  1825,  in-8o  •  —  Lu  Bastonnade 
et  la  Flagellation  pénales  considérées  chez 
les  peuples  anciens  et  chez  les  modernes; 
Paris,  1825,in-8'>;  —  Contre  le  Rétablissement 
des  Péchés  de  Sacrilège  dans  le  Code  crimi- 
nel; Paris,  1825,  in-8'»;  — Les  Jésuites  en  mi- 
niature, ou  le  livre  du  Jésuitisme  (  de  M.  d^ 


463 


LANJUINAIS 


464 


Pradl  ),  analysé,  avec  quelques  mots  sur  des 
Réflexions  nouvelles  de  M.  Vabbé  de  la  Men- 
nais,  et  sur  la  vie  de  Scipion  Ricci,  évêque 
de  Pistoje;  Paris,  1826,  m-18;  —  Discours 
contre  le  projet  de  rétablir  et  d'aggraver  les 
privilèges  d'aînesse,  de  masculinité ,  de  sub- 
stitution; Paris,  1826,  in-So;  nouv.  édit.,  aug- 
mentée du  discours  spécial  du  même  orateur 
sur  les  Substitutions;  Paris,   1826,  in-8°. 

Lanjuinais  a  fourni  aux  Mémoires  de  l'Aca- 
démie Celtique  un  morceau  intitulé  :  Des  Lan- 
gues et  des  Nations  celtiques  extrait  du  Mi- 
thridates  d'Adelung  (dans  les  tomes  IV  et  V) 
et  une  Notice  sur  la  Grammaire  du  dialecte 
slave  par  de  Zoïs  (dans  le  tome  V).  Il  est 
auteur  du  Discours  préliminaire  sur  l'his- 
toire de  la  Grammaire  générale  et  des  notes 
d'une  nouvelle  édition  de  V Histoire  naturelle 
de  la  parole  A&  Court  de  Gebelin;  1816;  et 
d'un  Fragment  historique  sur  ledi  7?iai  im- 
primé à  la  suite  de  l'Histoire  de  la  Convention 
nationale  de  Durand  de  Maillane;  1825.  On  a 
encore  de  lui  deux  opuscules,  l'un  Sur  la 
Langue  chinoise,  l'autre  Sur  les  Vases  mur- 
rhins.  11  a  enfin  fourni  des  articles  en  grand 
nombre  aux  Annales  Encyclopédiques  (  1817  )  ; 
à  la  Chronique  Religieuse,  qu'il  avait  contribué 
à  fonder  pour  la  défense  des  libertés  de  l'Église 
gallicane  (  1818-1821);  à  la  Revue  Encyclopé- 
dique (1819-1826);  au  Mercure  de  France; 
aux  Annales  de  Grammaire ,  au  Journal  de 
la  Société  Asiatique,  kVEncylopédie  moderne 
de  Courtin,  etc.  Peu  de  temps  avant  de  mou- 
rir, il  acheva  la  traduction  du  poëme  sanscrit 
le  Baghavadgita,  et  composa  un  Mémoire  his- 
torique sur  la  célèbre  maxime  de  l'édit  de 
Pistes  de  884  :  Lex  fit  consensu  popuU  et 
constitutionc  régis.  Longtemps  après  sa  mort 
on  a  publié  :  Opinion  de  M.  le  comte  Lanjuinais 
sur  le  Divorce ,  prononcée  à  la  chambre  des 
pairs  en  1816;  Paris,  1832,  in-8''.  —  Son  fils, 
M.  V.  Lanjuinais,  a  publié  une  édition  des  Œu- 
'  vres  complètes  du  comte  Lanjuinais  ;  Paris, 
1832,  4  vol.  in-80,  avec  portrait.    L.  Louvet. 

Victor  Lanjuinais,  Notice  historique  sur  J.-D.  I/in- 
fuiiiais;  Paris,  1832,  in-8°,  et  en  tète  des  Œuvres  de 
Lanjuinais  publiées  par  son  fils.  —  Comte  de  Ségur, 
Éloge  de  M.  le  comte  Lanjuinais ,  lu  à  la  ciiambre  des 
pairs,  le  l"  mars  1827.  — M.  A.  Julllen  (de  Paris),  NO' 
tiee  biographique  et  littéraire  sur  M.  le  comte  Laiijui- 
nai5L,dans  la  Revue  encyclopédique,  tomeXXXT,  juillet 
1827,  p.  27  et  suiv.,  avec  un  portrait  littiogr.  —  Dupin 
a\né,  îfotice  sur  Lanjuinais  ;  Paris,  1827,  in-12.  —  Da- 
cler.  Notice  sur  la  Fie  et  les  Ouvrages  de  Lanjuinais , 
dans  les  Mémoires  de  l'Académie  des  Inscriptions, 
V  série,  liistoirc,  t.  IX,  p.  159.  —  Quérard,  La  France 
Uttér.  —  Moniteur,  1789-1827. 

J  LANJUINAIS  {Victor),  économiste  et 
hûiiime  politique  français,  fils  du  précédent,  est 
né  à  Paris,  le  13  novembre  1802.  Il  fut  nommé 
député  par  l'arrondissement  de  Nantes,  le  15  fé- 
vrier 1838.  Dans  la  session  de  1847,  il  vota  pour 
la  proposition  relative  à  la  réforme  électorale  ; 
mais  il  refusa  d'assister  aux  banquets  politiques. 
Après  la  révolution  de  1848,  il  fut  élu  membre 


de  l'Assemblée  constituante.  Sans  cacher  ses  re- 
grets pour  la  monarchie  constitutionnelle ,  il  ac- 
cepta sincèrement  et  servit  loyalement  la  ré- 
publique. Membre  et  secrétaire   du  comité  des 
finances,  il  y  combattit  les  opinions  socialistes, 
et  contribua  à  y  faire  prévaloir  les  doctrines  éco- 
nomiques de  l'école  hbérale.  Il  s'opposa  surtout 
à  l'emploi  de  la  trop  facile  et  dangereuse  res- 
source du  papier  monnaie,  et  proposa  de  com- 
bler le  déficit  par  la  consolidation  des  bons  du 
trésor  et  des  livrets  des  caisses  d'épargne,  et 
par  l'émission  d'un  emprunt  de  deux  cents  mil- 
lions en  rentes  sur  l'État.  Cette  mesure ,  appuyée 
par  M.  Jules  de  Lasteyrie  et  M.  Berryer,  fut  vi-i 
vement  combattue,  et  les  partisans  du  papier- 
monnaie  étaient  sur  le  point  de  l'emporter,  lors-; 
que  M.  Lanjuinais ,  qui  s'était  assuré  à  l'avance 
de  l'assentiment  du  gouverneur  de  la  banquei 
de  France  et  du  syndic  des  agents  de  change,  de-; 
manda  que  le  comité  ne  prît  sa  décision  qu'a-i 
près  avoir  entendu  ces  fonctionnaires.  L'autoritél 
de  leur  témoignage  formel  en  faveur  de  la  pro- 
position décida   la   majorité    du  comité.  L'en-i 
semble  de  ces  mesures  financières,  adopté  bientôt) 
après  par  l'Assemblée  constituante,  a  été  le  point 
de  départ  de  la  restauration  du  crédit  public. 
M.  Lanjuinais   fut  ensuite  chargé  de  plusieurs 
rapports  sur  les  caisses  d'épargne  et  les  bons  dui 
trésor  et  sur  les  propositions  relatives  à  la  créa-i 
tion  de  nouvelles  banques.  Ilfutaussi  membre  de  • 
la  commission  d'enquête  nommée  pour  recher- 
cher les  auteurs  des  insurrections  du  15  maietdui 
23  juin  1848.  Il  fit  partie  de  la  majorité  de  cette  i 
commission,  et  prit  une  part  assidue  à  ses  travaux. , 
Lorsque  après  le  vote  delà  constitution  M.  Rateaui 
et  plusieurs  autres  représentants  demandèrent  la» 
dissolution  de  l'Assemblée  constituante,  le  côtéi 
gauche  repoussait  avec  violence  cette  proposition  i 
et  paraissait  disposé  à  prolonger  indéfiniment  &es;i 
pouvoirs,  tandis  qu'au  dehors  une  réaction  pas-; 
sionnée  et  de  sourdes  intrigues  menaçaient  l'as- 
semblée d'une  dissolution  violente.   Dans  cesi 
circonstances ,  M.  Lanjuinais  fit  une  proposition  i 
dont  les  dispositions  conciliantes,  exposées  avec  i 
de  grands  égards  pour  tous  les  partis,  obtinrenti 
la  majorité  en  faveur  d'une  dissolution  volontaire  i 
de  l'assemblée  après  le  vote  de  la  loi  électorale,  et; 
prévinrent  une  collision  qui  semblait  inévitable. 
Lors  de  la  nomination  de  l'Assemblée  législative  i 
quelques  meneurs  légitimistes  habilement  organi- 
sés dans  le  département  de  la  Loire- Inférieure  et 
maîtres  des  élections  par  leur  influence  sur  les 
électeurs  illettrés  des  campagnes,  écrivirent  aux 
représentants  de  ce   département  qu'ils  ne  se- 
raient portés  sur  les  listes  qu'à  la  condition  de 
pi-endre  des   engagements  en  faveur  du  réta- 
blissement de  la  royauté  légitime.  M.  Lanjuinais 
refusa  de  se  soumettre  à  cette  injonction,  et  ne 
fut  pas  réélu  dans  le  département  qu'il  représen- 
tait depuis  onze  ans.  Il  se  retira  à  la  campagne. 
Il  y  était  à  peine  arrivé,  qu'une  dépêche  télégra- 
phique du  2  juin  1849  lui  apprit  qu'il  était  ap- 


465  LANJUINAIS 

pelé,  comme  ministre  du  commerce  et  de  l'agricul- 
ture à  faire  partie  du  cabinetprésidéparM.Odilon- 
BaiTot.  Au  mois  de  juillet  suivant,  treize  rééiec- 
jtions  ayant  eu  lieu  à  Paris ,  il  fut  nommé  le  pre- 
mier delà  liste,  et  rentra  à  l'Assemblée  nationale. 
Comme  ministre  du  commerce,  il  prit  part  à  une 
mesure  importante,  la  suppression  de  l'ancien  et 
labusif  système  des  quarantaines  du  Levant.  11 
ordonna  aussi  la  suppression  du  monopole  de  la 
boulangerie  parisienne;  mais  sa  décision,  rendue 
dans  les  derniers  jours  de  son  administration,  fut 
révoquée  par  son  successeur  avant  d'avoir  été 
exécutée.  Chargé  pendant  trois  mois  de  l'inté- 
rim du  ministère  de  l'instruction  publique,  il  eut 
jà  statuer  sur  la  question  délicate  de  la  tenue  des 
isynodes  provinciaux  ,  que  les  évêques  voulaient 
isoustraire  à  l'autorisation  du  gouvernement.  Il 
Résolut  cette  difficulté  en  obtenant  du  président 
ide  la  république  l'autorisation  collective  des 
jsynodes  qui  seraient  tenus  pendant  le  cours  de 
Irannée  1849,  en  réservant  au  gouvernement 
jrintégrité  des  droits  qui  lui  ont  été  attribués  par 
la  loi  organique  du  concordat.  Le  ministère  dont 
!m.  Lanjuinais  faisait  partie  fut  révoqué  avec  éclat 
!le  31  octobre,  au  moment  où  il  avait  l'adhé- 
sion de  toutes  les  nuances  de  la  majorité,  et 
;0Ù  il  ne  comptait  plus  d'adversaires  que  dans 
jle  parti  de  la  Montagne.  11  refusa  d'entrer  dans 
laucune  des  combinaisons  mises  en  avant.  Au  mi- 
llieu  des  divisions  croissantes  et  habilement 
lexcitées  de  l'Assemblée  nationale,  M.  Lanjuinais 
Iprit  part  aux  travaux  de  plusieurs  commissions 
(importantes,  telles  que  la  commission  d'enquête 
Ide  la  marine  et  celle  des  boissons  ;  il  fut  en  outre 
l'nommé  président  et  rapporteur  de  la  commis- 
'sion  d'enquête  sur  la  production  et  la  consom- 
imation  de  la  viande  de  boucherie.  Il  a  écrit 
!pour  la  première  de  ces  commissions  un  i-apport 
spécial  sur  l'inscription  maritime  et  le  recrute- 
tement  de  l'armée  navale,  et  fait  au  nom  de  la 
iseconde  le  rapport  général  sur  la  consomma- 
tion de  la  viande  de  boucherie  en  France.  Le 
J2  décembre  1851,  M.  Lanjuinais,  repoussé  de 
■l'Assemblée  nationale  avec  MM.  Daru ,  Barrot, 
Ide  Tocqueville,  etc.,  se  rendit  avec  eux  à  la  mai- 
'rie  du  dixième  arrondissement,  y  prit  part  à 
'toutes  les  délibérations,  fut  arrêté  et  transféré 
làVincennes,  puis  relâché  le  5  décembre.  Il  est 
'resté  depuis  ces  événements  étranger  aux  af- 
faires publiques.  Les  travaux  économiques  de 
jM.  Lanjuinais  ont  été  publiés  en  1852  par 
:M.  G.  Hubbard.  X. 

Doctiments  particuliers. 

LANKRiiSK  {Prosper- Henri),  peintre  alle- 
mand, né  en  1628,  mort  en  août  1692.  Fils  d'un 
colonel  qui  avait  pris  du  service  dans  les  Pays- 
Bas,  il  fut  destiné  par  sa  mère  à  l'état  ecclésias- 
tique; mais  il  obtint  d'elle,  quoique  avec  beau- 
coup de  répugnance ,  de  suivre  son  goût  pour  la 
peinture,  et  entra  à  l'académie  d'Anvers.  Ses 
progrès  furent  rapides,  surtout  dans  le  paysage; 
il  choisit  pour  modèles  Titien  et  Salvator  Rosa. 


-  LANNEAU  4fi6 

La  mort  de  sa  mère  l'ayant  mis  en  possession 
d'une  modeste  fortune,  il  passa  en  Angleterre,  ou 
deux  amateurs  éminents,  l'amiral  Edward  Sprag 
et  sir  W.  Williams,  le  prirent  sous  leur  pro- 
tection. Malheureusement  la  galerie  de  ce  der- 
nier devint  la  proie  des  flammes,  de  sorte  qu'il 
resta  fort  peu  de  tableaux  achevés  de  Lankrink, 
dont  l'œuvre  n'était  pas  déjà  trop  nombreuse. 
Pierre  Lely,  peintre  de  la  cour,  l'employa  sou- 
vent dans  la  décoration  des  palais  dont  il  fut 
chargé.  Les  paysages  de  cet  artiste  distingué 
sont  remarquables  par  l'invention,  l'harmonie 
et  la  couleur;  on  cite  de  lui  le  plafond  qu'il  pei- 
gnit pour  Richard  Lent,  à  Causham ,  dans  le 
Wiltshire.  Il  laissa  après  sa  mort  une  précieuse 
collection  de  tableaux,  de  dessins  et  d'objets 
d'art,  dont  la  plupart  avaient  été  réunis  à  l'é- 
tranger. P.  L — Y. 
Watpole,  .anecdotes.  —  Naglcr.  Kûnstler-Lcxicon. 

LANNEAU  DE  MKKV.Y [  Pierre- Antoinc-Vic- 
tor  de),  fondateur  de  Sainte-Barbe,  né  à  Bard, 
près  Sémur  (Côted'Or),  le  24  décembre  1758, 
mort  à  Paris,  le  31  mars  1830.  Issu  d'une  famille 
noble  de  Bourgogne ,  il  fit  ses  études  au  col- 
légedeLa  Flèche,  puis  à  l'École-Militaire,  à  Paris. 
La  mort  d'un  de  ses  frères  l'obligea  de  changer  sa 
carrière.  Il  prit  les  ordres ,  entra  chez  les  théa- 
tins  pour  se  consacrer  à  l'enseignement,  et  fut  en- 
voyé à  Tulle  comme  principal  du  collège.  Privé 
de  cet  emploi  par  la  révolution,  il  se  rendit  à  Au- 
tun ,  prêta  serment  à  la  constitution  civile  du 
clergé,  et  resta  comme  grand-vicaire  près  de  l'é- 
vêqae  constitutionnel.  Il  devint  administrateur 
de  la  fonderie  du  Creuzot  et  maire  de  la  ville 
d'Autun.  Élu  député  suppléant  à  l'Assemblée  lé- 
gislative, en  1794,  il  fut  dénoncé  et  incarcéré 
dans  la  prison  du  Luxembourg,  d'où  il  fut  tiré 
par  Carnot,  son  compatriote.  De  Lanneau  s'é- 
loigna de  Paris,  et  n'y  revint  qu'après  le  réta- 
blissement du  calme.  II  sollicita  un  emploi,  et 
obtint  la  sous-direction  du  Prytanée  français, 
en  1797.  Non  loin  de  cette  institution  étaient  les 
bâtiments  vacants  du  collège  de  Sainte-Barbe, 
qui  avaient  été  vendus  comme  domaine  natio- 
nal. Ils  allaient  être  démolis  lorsque  de  Lanneau, 
qui  eut  quelque  temps  Miellé  pour  associé,  y  ré- 
tablit ,  en  1798,  le  4  décembre  ,  l'ancien  collège, 
dont  la  réputation  n'avait  pas  été  oubliée.  Ouvert 
sous  le  titre  de  Co/^e'^e  des  Sciences  et  des  Arts, 
le  collège  reprit  plus  tard  l'ancienne  dénomina- 
tion de  Sainte-Barbe.  Habilement  dirigé  et  réu- 
nissant des  professeurs  d'élite,  il  ne  tarda  pas  à 
reprendre  son  ancienne  splendeur.  Victor  de  Lan- 
neau a  été,  au  commencement  de  ce  siècle,  un 
des  plus  actifs  organisateurs  de  l'instruction  pu- 
blique; les  règlements  de  Sainte-Barbe  furent 
appliqués  aux  nouveaux  Lycées  par  ordre  de 
M.  de  Fonfanes,  qui  appelait  de  Lanneau  Vu- 
niversitaire  de  Vuniversilé.  Les  élèves  dis- 
tingués qu'il  a  produits  ont  consacré  son  souve- 
nir par  une  association  qui  célèbre  chaque  année, 
dans  une  réunion,  le  collège  et  son  digne  chef,  en 


467 


LANNEAU  —  LANNEL 


46; 


riionneur  duquel  ils  ont  fait  frapper  une  médaille, 
en  1825,  par  Gatteaux,  un  de  leurs  condisciples. 
De  Lanneau,  cherchant  à  étendre  les  bienfaits  de 
l'instruction,  établit  dans  les  bâtiments  de  son  col- 
lège une  école  gratuite  pour  les  enfants  pauvres 
du  douzième  arrondissement.  Sa  générosité  s'é- 

«  tendit  môme  à  un  nombre  notable  de  ses  élèves 
dont  les  parents  avaient  perdu  leur  fortune,  et 
qu'il  garda  près  de  lui  comme  des  enfants  d'a- 
doption. 

Sous  la  restauration  on  se  souvint  qu'il  avait 
reconnu  la  constitution  civile  du  clergé,  et 
qu'il  s'était  marié.  Aux  reproches  qui  s'éle- 
vaient contre  lui  il  opposait  vainement  un 
bref  du  pape  qui  l'avait  relevé  de  ses  vœux 
lors  de  son  mariage  ;  il  fut  obligé  de  quitter  la 
direction  de  Sainte-Barbe,  qu'il  confia  à  son 
gendre  et  plus  tard,  après  la  mort  de  celui-ci, 
à  M.  Ad.  de  Lanneau,  son  fils  aîné.  Néanmoins, 
il  conserva  jusqu'à  sa  mort  la  surveillance  de 
l'établissement. 

De  Lanneau  écrivit  quelques  ouvrages  d'é- 
ducation. Quelques  fragments  de  sa  correspon- 
dance, précédés  d'une  notice  par  M.  L.  Qui- 
cherat,  ont  été  publiés  par  un  de  ses  fils  : 
cet  ouvrage,  distribué  à  quelques  amis  et  tiré 
à  160  exemplaires  numérotés,  l'a  grandi  dans 
Je  souvenir  de  ceux  qui  l'ont  connu.  Voici 
les  titres  des  ouvrages  de  Victor  de  Lanneau  : 
Coûtas  ou  Leçons  pratiques  de  Grammaire 
française;  1824,  in-12;  —  Grammaire  des 
enfants;  1824,  in-12;  plusieurs  éditions;  — 
Grammaire  élémentaire;  1824,  in-12;  — 
Grammaire  à  l'usage  des  premières  classes 
de  latin;  1824,  in-12;  —  Dictionnaire -de 
poche  de  la  Langue  Française;  1827,  gr.  in-32  ; 

i_  2^  édit.,  1829;  —  Dictionnaire  po^étique  des 
rimes  françaises;  1828,  in-32  ;  —  Dictionnaire 
de  poche  Latin- Fr ançais ;  1829,  in-32. 

GUYGT  DE  FÈRE. 

Recueil  de  lettres  de  V.  de  Lanneau,  publié  par 
E.  de  Lanneau,  en  1351,  in-8".  —  Notes  particulières.  — 
L.   Quicherat,  Notices  sur  V.  de  Lanneau. 

LAKNEL  {Jean  de ),  seigneur f/e  Chaintreau 
et  d'Imbert,  historien  et  romancier  français,  se 
fit  connaître,  au  commencement  du  dix-septième 
siècle,  parla  publication  d'un  assez  grand  nombre 
d'ouvrages  ;  mais  on  ignore  la  date  et  le  lieu  de 
sa  naissance  et  de  sa  mort  :  on  sait  seulement 
qu'élevé  par  les  soins  de  son  oncle,  M.  de  Hillerin, 
conseiller  d'État,  trésorier  de  France ,  il  fut  at- 
tacliéàla  personne  du  maréchal  Cossé  de  Brissac, 
et  qu'après  la  mort  de  ce  protecteurp  arrivée  en 
1621,  il  passa  au  service  du  duc  de  Lorraine, 
près  duquel  il  avait  trouvé  un  appui  dans  la  per- 
sonne de  Louis  de  Lorraine,  fils  naturel  du  car- 
dinal de  Guise,  tué  à  Blois,  et  qui,  devenu  le 
beau-frère  du  duc,  avait  été  créé  prince  de  Phalz- 
bourg.  Ce  dernier,  qui  habitait  souvent  Paris, 
avait  formé  dans  son  hôtel  une  espèce  d'aca- 
démie, où  il  réunissait  quelques  beaux  esprits  du 
temps,  et  parmi  lesquels  figurait  Jean  de  Lannel. 


Prosper  Marchand,  dans  son  Dictionnaire  Histo 
rique,  n'a  donné  sur  Lannel  qu'un  article  dehui_ 
lignes,  el  assure  qu'il  n'a  pu  recueillir  à  son  suje! 
aucun  autre  renseignement  ;  mais  il  s'en  dédom 
mage  amplement  par  huit  colonnes  serrées  dii 
notes  ayant  un  rapport  plus  ou  moins  direet  au)l 
ouvrages  de  l'écrivain,  qui  serait  tombé  dam 
l'oubli  le  plus  profond,  s'il  n'eût  attaché  son  non 
à  un  roman  qui  obtint,  lors  de  sa  publication,  ui 
succès  auquel  les  penchants  malins  du  pubH( 
eurent  plus  de  part  que  le  mérite  de  l'œuvre 
Marchant  de  loin  sur  les  traces  de  l'auteur  Â 
VEuphormion,  Jean  de  Lannel  dans  son  Ro- 
man satirique  (Paris,  Jean  du  Bray,  1024, 
in-8°  de  1113  pag.  ),  essaya  de  présenter  le  ta- 
bleau des  désordres  et  de  la  corruption  qui  ré- 
gnaient en  France  au  commencement  du  règne  d{ 
Louis  XIII  ;  il  met  en  scène,  sous  des  noms  sup- 
posés, un  assez  grand  nombre  de  personnages! 
qui  avaient  joué  un  certain  rôle  sur  le  terrain 
mouvant  de  la  politique ,  de  la  guerre  et  des  aven- 
tures amoureuses.  L'abbé  d'Artigny,  dans  ses 
Mémoires,  a  dévoilé  les  noms  véritables  de  quel- 
ques-uns d'entre  eux  ;  mais  il  est  à  regretter 
qu'il  n'ait  pas  donné  la  clef  de  beaucoup  d'autres, 
dans  la  crainte,  dit-il,  de  devenir  ennuyeux. 
Les  auteurs  de  la  Bibliothèque  des  Romans 
ont  été  plus  explicites  :  à  la  suite  d'un  long  extrait 
du  Roman  satyrique  oatronve,  sous  le  titre  de 
Notes  historiques  et  interprétatives,  des  con- 
jectures plus  ou  moins  plausibles  sur  l'attribution 
qui  peut  être  faite  de  ces  noms  déguisés  à  plu- 
sieurs personnages  d'un  rang  élevé  qui  avaient 
figuré  dans  les  intrigues  politiques  ou  galantes 
de  la  cour.  Ces  noms  ,  ridiculement  forgés ,  ne 
prêtent  souvent  à  l'interprétation  que  des  simili- 
tudes syllabiques.  Qui  pourrait  reconnaître,  par 
exemple,  le  prince  de  Gonzague  dans  le  mot 
Gonzanverî,  Condé  dans  le  prince  de  Rocando, 
la  maréchale  d'Ancre  dans  laduchesse  à&Confor- 
liche,  etc.?  Ce  qui  porterait  à  penser  que  lai 
perspicacité  maligne  du  public  avait  pénétré  le 
secret  de  plusieurs  de  ces  déguisements ,  c'est  le 
soin  que  prit  l'auteur  de  publier  l'année  suivante 
une  nouvelle  édition  de  son  livre  sous  le  titre  de 
Roman  des  Indes,  Paris,  Toussaint  du  Bray, 
1625,in-8°,  à  laquelle  il  ne  fit  d'autres  change- 
ments que  de  transporter  de  la  Galatie  dans  les 
Indes  le  lieu  de  la  scène,  et  d'imposer  de  nou- 
veaux noms  à  ses  personnages,  de  manière  à 
les  rendre  plus  méconnaissables  encore.  Au 
surplus,  nous  ne  pouvons  donner  une  entière 
adhésion  au  jugement  trop  avantageux  que  les 
auteurs  delà  Bibliothèque  des  Romans  portent 
de  cet  ouvrage  ;  suivant  eux,  «  il  est  plein  de 
mouvement,  de  caractères,  de  situations  pi- 
quantes et  d'imagination  ».  On  ne  peut  con- 
tester, il  est  vrai,  au  romancier  un  certain  talent 
de  narration  qui  attache  le  lecteur,  alors  qu'il 
devrait  être  rebuté  par  l'invraisemblance  ou  la 
bizarrerie  des  situations  ;  mais  un  défaut  plus 
grave  tient  au  peu  d'intérêt  qu'inspire  le  héros 


Lé^jd*/ 


469  I,ANNEL 

du  roman.  Nouvel  Amadis ,  il  s'escrime  d'estoc 
et  détaille  contre  tous  venants,  et  sort  vainqueur 
des  luttes  les  plus  périlleuses.  Parmi  tant  d'ex- 
ploits ,  il  en  est  d'une  nature  bien  extraordinaire. 
Déguisé  sous  les  habits  de  l'autre  sexe,  il  par- 
tage à  diverses  reprises  la  couche  de  plusieurs 
femmes  charmantes  qu'il  aime,  et  qui  sortent 
de  ces  épreuves  aussi  pures  qu'auparavant.  Les 
bornes  assignées  à  un  simple  article  biogra- 
phique ne  nous  permettent  pas  de  nous  livrer  à 
un  examen  plus  étendu  du  Roman  sahjrique.  \\ 
a  été  réimprimé  à  Paris  en  1637.  Quoique  de- 
venu rare,  les  amateurs  des  curiosités  bibliogra- 
phiques le  recherchent  peu. 

Les  autres  ouvrages  de  Jean  de  Lannel  sont  : 
Histoire  de  la  Vie  et  de  la  Mort  d' Arthémise  ; 
Paris,  1622,  in-12;  —  Histoire  de  don  Jean, 
deuxièsme  roij  de  Castilîe,  recueillie  de  di- 
vers auteurs  ;  Paris,  1622,  1640,  et  Rouen,  1641, 
in-S".  Cette  histoire  a  été  attribuée  aussi  au  car- 
dinal de  Richelieu,  qui ,  pour  faire  ressortir  le 
danger  que  les  princes  pouvaient  courir  en  se 
livrant  à  des  favoris  aurait  tracé  le  tableau  de 
l'élévation  et  de  la  chute  d'Alvarez  de  Luna , 
connétable  de  Castilîe ,  de  manière  à  provoquer 
toute  comparaison  avec  la  haute  fortune  du  con- 
nétable de  Luynes ,  en  France  ;  mais  cette  con- 
jecture de  Claude  Joly  et  de  Le  Laboureur,  édi- 
teur des  Mémoires  de  Castelnau,  n'a  pas  été  ac- 
cueillie; —  Recueil  de  plusieurs  harangues, 
remontrances,  discours  et  avis  d'affaires 
d'État  de  quelques  officiers  de  la  couronne 
et  d'autres  grands  personnages  ;  Paris  ,  1622, 
iu-S".  On  trouve  dans  cette  collection ,  qui 
comprend  des  pièces  datées  de  1453  à  1615, 
vingt  harangues  du  maréchal  de  Brissac,  des 
discours  et  des  lettres  de  Villeroy,  l'arrêt  rendu 
contre  Jacques  Cœur,  un  discours  des  obsèques 
et  de  l'enterrement  de  Charles  IX,  roi  de  France, 
lequel  a  été  tiré  séparément,  etc.  L'éditeur  a  eu 
le  tort  «  de  se  donner  beaucoup  de  peine  pour 
retoucher  le  style  de  ces  pièces,  dont  il  n'a 
changé  que  les  paroles  sans  altérer  en  rien  les 
choses.  >'  Prosper  Marchand  compare  avec  rai- 
son «  ces  changements  de  mots  aux  altérations 
et  rognures  d'espèces  »  ;  —  Vie  de  Godefroy  de 
Bouillon,  duc  de  Lorraine,  7'oy  de  Jérusalem  ; 
Paris,  1625,  in-8°.  Ce  n'est  pas  une  réimpres- 
Isiondn  roman  de  Godefroy,  ainsi  que  l'a  con- 
jecturé un  savant  philologue  de  nos  jours 
(M.  Weiss).  Elle  n'a  ni  la  même  forme  ni  la 
même  étendue.  Elle  se  trouve  jointe  quelquefois 
à  la  traduction  faite  par  le  même  auteur  de 
l'ouvrage  du  cardinal  Bellarmin  :  De  Officio 
Principis  christiani,  et  qu'il  a  intitulée  :  Le 
Monarque  parfait,  ou  le  devoir  d'un  prince 
chrétien;  Paris,  1625,  in-8".  Pellisson ,  dans 
son  Histoire  de  V Académie  Française,  dit  que 
jcette  traduction  est  due  à  Guillaume  Colletet , 
jqui  la  publia  sous  le  nom  de  Lannel.  Aucunaiitre 
document  bibliographique  n'est  venu  confirmer 
cette  assertion  ;  — ie^^res  de  Jean  de  Lannel; 


—  LANNES  470 

Paris,  1626,  in-8°.  Les  auteurs  d&  la.  Biblio- 
thèque histoi-ique  de  la  France  regardent  ces 
lettres  comme  curieuses  pour  la  connaissance  du 
temps  où  vivait  leur  auteur. 

J.  Lamoureux. 

Prosper  [Marchand,  Dictionnaire  Historique,  tome  II, 
P.9.—V ArUgny , Nouveaux  Mémoir'es  d'Histoire,  de  Cri- 
tique et  de  Littérature,  t.W.  — Bibliothèque  des  Romans, 
septembre,  1733.  —  Lelong  et  Fontette,  Uibliothéque 
Historique  de  la  France,  tome  III. 

LANNES  (Jean),  duc  de  Montekello  ,  maré- 
chal de  France,  né  à  Lectoure  (Armagnac  ),  le 
11  avril  1769,  mort  à  Vienne,  le  31  mai  1809. 
Fils  d'un  simple  garçon  d'écurie,  il  dut  les  pre- 
miers éléments  de  l'instruction  à  un  vieux  prêtre 
qui  lui  apprit  à  lire  et  à  écrire.  A  quinze  ans , 
il  entra  en  apprentissage  chez  un  teinturier 
d'Auch,  nommé  Dulau.  Il  exerçait  encore  cette 
profession  lorsqu'en  1792  il  s'enrôla  dans  un 
bataillon  de  volontaires  nationaux  du  départe- 
ment du  Gers.  Fait  aussitôt  sergent  major,  il  alla 
servir  à  l'armée  des  Pyrénées  orientales.  Le 
bouillant  courage  qu'il  déploya  le  fit  bien  vite 
remarquer;  et  après  avoir  passé  rapidement  par 
tous  les  grades  intermédiaires,  il  devint  chef  de 
brigade  en  1795.  Le  représentant  du  peuple 
Aubry,  président  du  comité  militaire,  chargé  en 
1795  de  présenter  à  la  Convention  un  travail 
pour  la  réforme  de  l'armée ,  comprit  Lannes 
dans  les  officiers  supérieurs  à  congédier.  Lannes 
s'indigna  du  repos  auquel  cette  résolulionle  con- 
damnait ;  et  lorsque  Bonaparte ,  général  en  chef 
de  l'armée  d'Italie,  fit  un  appel  aux  braves  en 
disponibilité,  Lannes  s'empressa  de  l'aller  joindre 
comme  simple  volontaire,  décidé  à  recommencer 
sa  carrière.  Le  général  Bannel,  qui  connaissait 
sa  bravoure,  le  présenta  à  Bonaparte,  et  celui-ci 
eut  bientôt  l'occasion  d'apprécier  le  mérite  de 
Lannes.  Dans  la  campagne  de  1796,  Lannes  se 
fit  remarquer  en  plusieurs  combats  ,  et  après 
celui  de  Millésime ,  il  reçut  sur  le  champ  de 
bataille  le  commandement  d'une  demi-brigade 
de  ligne  dont  le  chef  avait  été  tué  pendant  l'ac- 
tion. A  Dego  il  contribua  à  repousser  l'ennemi, 
qui  avait  surpris  les  Français.  Le  17  mai  les 
Français  franchirent  le  Pô  vis-à-vis  de  Plai- 
sance ,  et  repoussèrent  deux  escadrons  de  hus- 
sards ;  Beaulieu  envoya  un  corps  de  6,000  hom- 
mes et  de  2,000  chevaux  pour  arrêter  ce  mou- 
vement ;  les  Autrichiens  se  retranchèrent  dans 
le  village  de  Fombio  ;  les  Français  les  culbutè- 
rent et  les  poursuivirent  jusque  sur  l'Adda.  Un 
autre  corps  autrichien  de  5,000  hommes  arriva 
de  Casai,  et  fut  battu  près  de  Cadogno ,  où  le 
général  La  Harpe  (  voy.  ce  nom)  perdit  la  vie. 
«  Le  chef  de  brigade  Lannes,  aussi  brave  qu'in- 
telligent, disait  le  général  Bonaparte  dans  son 
rapport,  est  le  premier  qui  ait  mis  pied  à  terre. 
Le  succès  du  combat  de  Fombio  est  dû  en  grande 
partie  au  courage  du  chef  de  brigade  Lannes.  » 
Au  passage  du  pont  de  Lodi,  le  10  mai,  Lannes 
fut  un  des  officiers  généraux  qui ,  en  se  précipi- 
tant à  la  tête  des  colonnes  françaises,  contri- 


471 

btièrent  par  leur  exemple  à  exciter  le  courage 
des  soldats  et  à  les  rendre  maîtres  de  la  posi- 
tion. Lors  du  mouvement  insurrectionnel  qui 
éclata  en  Lombardie,  et  dont  le  centre  était  à 
Pavie ,  Bonaparte ,  marchant  contre  cette  ville, 
envoya  le  chef  de  brigade  Lannes  brûler  le  vil- 
lage de  Binasco.  Lannes  concourut  ensuite  à  la 
prise  de  Pavie ,  qui  fut  enlevé  d'assaut.  Ses  ser- 
vices furent  alors  récompensés  par  le  grade  de 
général  de  brigade.  Le  général  en  chef  ayant 
ordonné,  au  mois  de  juin,  l'investissement  et  le 
siège  de  la  forteresse  de  Mantoue,  Lannes,  qui 
servait  à  l'avant-garde,  commandée  par  le  général 
Dallemagne,  se  porta  sur  le  faubourg  Saint- 
Georges,  l'enleva  à  la  baïonnette,  et  se  rendit 
maître  de  la  tête  de  pont.  Emporté  par  un  excès 
d'audace,  Lannes  voulait  enlever  Mantoue  ;  mais 
le  général  en  chef  lui  donna  l'ordre  de  s'arrêter. 
Quand  on  montra  aux  soldats  les  batteries  dont 
les  remparts  de  Mantoue  étaient  hérissés ,  ils 
répondirent  :  «  11  y  en  avait  bien  davantage  à 
Lodi.  M  Lannes  fut  encore  cité  avec  éloge  pour 
sa  conduite  à  la  bataille  de  Bassano ,  le  8  sep- 
tembre. Le  23  septembre,  il  fut  blessé  au 
combat  du  pont  de  Governolo.  Le  14  novembre 
suivant,  il  reçut  deux  coups  de  feu  à  la  bataille 
d'Arcole.  Souffrant  de  ses  blessures,  il  apprend 
le  lendemain  15  que  le  combat  continue  devant 
le  pont  d'Arcole  ;  il  se  fait  aussitôt  donner  ses 
armes,  monte  à  cheval,  se  précipite  au  milieu 
des  balles  et  de  la  mitraille,  et  reçoit  à  la  tête 
du  pont  un  coup  qui  le  jette  par  terre  sans  con- 
naissance. A  peine  guéri ,  Lannes  se  distingua 
encore  à  la  bataHIe  de  Rivoli,  le  14  janvier  1797. 
Il  marcha  ensuite  avec  l'armée  qui  se  portait 
sur  Rome,  et  arriva  le  premier  à  Imola,  dont  il 
enleva  les  retranchements.  La  prise  de  cette 
ville  décida  le  souverain  pontife  à  se  soumettre 
et  à  conclure  un  traité  avec  le  gouvernement 
français  (19  février  1797).  Le  pape  ayant  écrit 
au  général  en  chef  de  l'armée  française,  Bona- 
parte envoya  Lannes  à  Rome.  Pie  VI  lui  fit  un 
accueil  distingué.  Lannes  eut  ensuite  le  com- 
mandement d'une  colonne  mobile  de  1,200  hom- 
mes, avec  laquelle  il  entra  dans  les  fiefs  impé- 
riaux voisins  de  la  république  de  Gênes.  11  y  prit 
de  vive  force  le  bourg  d'Argenta,  dispersa  un 
grand  nombre  d'insurgés ,  fit  arrêter  et  fusiller 
plusieurs  chefs,  et  par  cette  rigueur,  qu'il  étendit 
jusqu'à  Tortone,  il  ramena  le  calme  dans  cette 
contrée.  Après  la  signature  de  la  paix  à  Campo- 
Formio ,  Lannes  revint  à  Paris,  et  obtint  le  com- 
mandement des  départements  de  la  Drôme,  de 
l'Isère,  de  l'Ardèche  et  du  Gard. 

L'expédition  d'Egypte  ayant  été  résolue  en 
1798,  Lannes,  désigné  pour  en  faire  partie,  fut 
employé  dans  la  division  de  Kleber,  se  trouva  à 
la  prise  de  Malte,  et  prit  part  aux  divers  com- 
bats qui  furent  livrés  aux  mamelucks  avant  la 
prise  du  Caire.  Il  poursuivit  Ibrahim-Bey,  et 
lit  partie  de  l'expédition  de  Syrie.  A  la  tôte' 
d'une    division ,   il    concourut    à  clmsser   les 


LANNES  472 

troupes  d'Abdallah  des  hauteurs  et  de  la  ville  de 
Gaza,  le  23  février  1799,  et  contribua  à  l'inves- 
tissement et  à  la  prise  de  Jaffa,  le  7  mars. 
Le  15  du  même  mois,  à  l'affaire  de Kakouni , il 
culbuta  les  ennemis,  et  leur  tua  beaucoup  de 
monde.  Il  se  distingua  au  siège  de  Saint-Jean 
d'Acre,  et  conduisit  le  8  mai  sa  division  à  l'as- 
saut général  donné  à  cette  place,  sur  la  brèche 
de  laquelle  il  monta  un  des  premiers.  Il  fut  griè- 
vement blessé  à  cet  assaut,  qui  échoua.  Lors  de 
la  retraite  des  Français  sur  l'Egypte,  Lannes  pro- 
tégea la  marche  de  l'armée,  par  sa  vigilance  et 
ses  bonnes  dispositions.  A  la  bataille  d'Aboukir,  i 
le  24  juillet,  il  fut  dangereusement  blessé, en 
attaquant  une  redoute,  dont  il  emporta  les  re- 
tranchements. Chargé  de  la  conduite  du  siège: 
du  fort  de  cette  place,  il  le  conduisit  avec  tant; 
de  vigueur  que  les  Turcs  durent  se  rendre  à  dis-; 
crétion  le  2  aoilt.  Lannes  quitta  l'Egypte  le  22 
septembre,  avec  Bonaparte,  revint  en  France,  et 
contribua  pour  une  part  importante  au  succès' 
de  la  journée  du  18  brumaire  (9  novembre  1799)., 
Il  avait  alors  le  grade  dégénérai  de  division,  et' 
commandait  le  quartier  général  établi  aux  Tui- 
leries. 11  fut  ensuite  envoyé  à  Toulouse,  où  il 
apaisa  quelques  troubles,  et  resta  chargé  du i 
commandement  des  neuvième  et  dixième  di-i 
visions  militaires.  Le  16  avril  1800,  un  arrêté 
du  gouvernement  le  nomma  commandant  en 
chef  et  inspecteur  de  la  garde  consulaire.  A  la 
formation  de  l'armée  de  réserve  destinée  à  agir 
en  Italie,  sous  les  ordres  du  premier  consul, 
Lannes  eut  le  commandement  de  l'avant-garde. 
Le  17  mai  il  avait  déjà  pénétré  jusqu'à  Saint- 
Pierre,  par  le  col  Major,  et  il  commençait  à  gra- 
vir le  mont  Saint-Bernard.  Aucun  obstacle  ne 
put  l'arrêter;  à  peine  arrivé  à  Étroubles,  il 
dirigea  plusieurs  bataillons  et  quelques  pièces 
d'artillerie  contre  les  Autrichiens,  qui  se  trou- 
vaient dans  la  vallée  d'Aost.  11  les  débusqua  de 
tous  les  points  qu'ils  y  occupaient,  et  le  20  mai 
il  était  sur  la  roule  d'Ivrée.  Il  attaqua  cette  ville 
et  sa  citadelle,  quedéfendaient  4,000  Autrichiens, 
s'en  rendit  maître  par  escalade  le  25,  et  marcha 
rapidement  sur  Turin.  Il  côtoya  ensuite  le  Pô, 
et  repoussa  tous  les  partis  ennemis  qui  se  pré- 
sentèrent pour  passer  le  (leuve.  Le  7  juin ,  il 
s'empara  de  Pavie,  et  y  trouva  200  pièces  de  ca- 
non. Ayant  passé  lePô  à  Belgiojoso,  il  enleva  aux 
Autrichiens  la  position  de  Stradella.  Il  se  porta 
le  9  juin  sur  Casteggio,  et  contribua  puissam- 
ment à  la  prise  de  ce  point  important  ainsi 
qu'au  succès  de  la  bataille  de  Montebello  :  «  Ce 
jour-là,  disait-il  lui-même  en  parlant  de  cette 
affaire ,  les  balles  claquaient  sur  les  os  de  mes 
soldats  comme  la  grêle  sur  des  vitrages.  «  A  Ma- 
rengo ,  Lannes  commanda,  en  qualité  de  lieute- 
nant général  du  premier  consul ,  les  divisions 
Watrin  et  Mainoni.  La  garde  des  consuls  fut 
placée  en  réserve  derrière  ce  corps  d'armée. 
Dans  cette  journée ,  Lannes  soutint  durant 
sept  heures  les  efforts  de  l'armée  autrichienne 


1473 


ILANNES 


474 


'  et  (le  qualrc- vingts  pièces  de  canon  dirigées 
contre  i'avant-garde  qu'il  commandait.  Les  con- 
[  isuls  lui  décernèrent  un  sabre  d'honneur  pour  sa 
belle  conduite  dans  cette  mémorable  aft'aive.  De 
I  retour  à  Paris  après  cette  campagne,  Lannes  re- 
prit le  commandement  en  chef  et  l'inspection 
générale  de  la  garde  des  consuls.  Un  arrêté  du 
Igouvernement  le  nomma,  le  14  novembre  1801, 
iministre  plénipotentiaire  en  Portugal.  Il  comprit 
jmal  le  caractère  de  ces  nouvelles  fonctions ,  et 
Itraita  si  cavalièrement  les  autorités  portugaises, 
Ique  l'on  fut  obligé  de  le  rappeler.  11  prétendait 
[notamment  faire  entrer  dans  le  Tage  des  vais- 
;seaux  de  marchandises  sans  payer  aucun  d»oit. 
Jiinot  le  remplaça. 

Devenu  empereur,  Napoléon  nomma  Lannes 
maréchal  de  l'empire,  le  19  mai  1804.  Le  l^""  fé- 
vrier 1805  il  reçut  le  grand-cordon  de  la  Légion 
jd'Honneur  avec  le  commandement  de  la  neuvième 
cohorte.  La  même  année  le  prince  régent  de  Por- 
tugal lui  envoya  l'ordre  du  Christ.  Lannes  com- 
manda I'avant-garde  de  la  grande  armée  qui 
marcha  contre  l'Autriche  à  la  fin  de  septembre 
1805.  Il  passa  le  Rhin  à  Kehl,  le  25  du  même 
mois,  et  se  trouvait  dès  le  6  octobre  à  Neresheim. 
Il  traversa  le  Danube  le  8  à  Donawerth,  et  con- 
tribua au  succès  du  combat  de  Wertingen,  et  à 
la  reddition  d'Ulm .  Il  s'empara  ensuite  de  Brau- 
nau,  marcha  sur  Lintz,  et  y  entra  en  vainqueur. 
Arrivé  l'un  des  premiers  à  Vienne,  il  marcha  sur 
l'armée  russe,  et  combattit  son  avant-garde  à  Hol- 
labrunn,  le  16  octobre.  A  la  bataille  d'Austeriitz, 
le  2  décembre,  il  commanda  l'aile  gauche  de 
l'armée ,  composée  des  divisions  de  Suchet  et.de 
Cafarelli.  Il  eut  une  grande  part  au  succès  de 
cette  journée,  dans  laquelle  deux  de  ses  aides 
de  camp  furent  tués  à  ses  côtés.  S'étant  jeté, 
après  la  bataille,  sur  la  route  de  Wischau,  il  en- 
leva avec  Murât  les  bagages  de  l'ennemi.  A  la 
suite  de  l'armistice  signé  le  7  décembre,  Lannes 
occupa  la  Moravie.  A  l'ouverture  de  la  cam- 
pagne de  1806  contre  la  Prusse,  il  continua  de 
commander  l'aile  gauche  de  l'armée  française, 
et  battit  le  9  octobre  I'avant-garde  du  prince  de 
j  Hohenlohe,  commandée  par  le  prince  Louis  de 
j Prusse,  qui  fut  tué  près  de  Saalfeld.  A  la  bataille 
I  d'Iéna,  le  14  octobre,  Lannes  commanda  le  centre 
:  de  l'armée  :un  biscaien  déchira  son  habit.  Le  21, 
iil  s'empara  de  la  forteresse  de  Spandau.  11  fit  en- 
suite la  campagne  contre  les  Russes,  marcha  sur 
[  Thorn,  que  l'ennemi  abandonna,  et  se  porta  sur 
Varsovie,  où  il  entra  le  30  novembre.  11  battit 
les  Russes  à  Pultusk  le  26  décembre,  et  les  chassa 
de  cette  ville.  Blessé  dans  ce  combat ,  Lannes 
dut  retourner  à  Varsovie  pour  se  rétablir.  Lors- 
qu'il fut  guéri,  l'empereur  lui  donna  le  comman- 
dement du  corps  de  réserve,  composé  des  gre- 
nadiers aux  ordres  d'Oudinot,  et  le  chargea  de 
soutenir  les  opérations  du  dixième  corps,  qui 
faisait  le  siège  de  Dantzig.  Après  la  prise  de  cette 
ville,  le  24  mai  1807,  Lannes  retourna  à  la  | 
grande  armée,  et  participa  au  combat  de  Heils- 


berg,  le  10  juin.  Le  14,  il  commanda  le  centre  de 
l'armée  à  la  bataille  de  Fricdland.  A  la  suite  de 
cette  campagne,  Lannes  fut  nommé  colonel  gé- 
néral des  Suisses.  En  1808  il  suivit  Napoléon  en 
Espagne,  et  prit  le  commandement  d'un  corps 
formant  la  gauche  de  l'armée  française.  Il  battit 
complètement  les  généraux  Castanos  et  Palafox 
à  Tudela,le  22  novembre.  Le  21  janvier  1809  il 
prit  la  direction  des  opérations  du  siège  de  Sa- 
ragosse.  Dès  le  27,  et  après  des  actions  très- 
meurtrières,  une  partie  de  la  ville  était  envahie 
par  les  troupes  françaises.  «  A  partir  de  ce  mo- 
ment, dit  de  Courcelles,  il  s'établit  dans  la  place 
un  nouveau  genre  de  guerre  entre  les  assiégeants 
et  les  assiégés.  Ces  derniers  étaient  renfermés 
dans  des  maisons  bien  barricadées  et  crénelées , 
de  sorte  que  pour  continuer  à  avancer,  il  fallait 
faire  le  siège  particulier  de  chacune  d'elles.  De 
tels  obstacles ,  sans  cesse  renaissants,  fatiguaient 
les  soldats  français,  et  bientôt  le  maréchal  Lannes 
eut  besoin  de  toute  la  fermeté  de  son  caractère 
pour  lutter  contre  une  opposition  morale,  qui 
de  la  part  de  ses  troupes  était  peut-être  plus 
fâcheuse  que  la  résistance  opiniâtre  des  Espa- 
gnols. Ranimés  par  les  allocutions  vigoureuses 
et  par  l'exemple  de  leur  chef ,  les  Français  con- 
tinuèrent cependant  à  pousser  successivement 
leurs  travaux.  Chaque  jour  on  enlevait  quelques 
maisons  ;  et  enfin,  le  20  février,  la  junte  de  Sara- 
gosse  envoya  proposer  une  capitulation,  qui  fut 
signée,  et  à  la  suite  de  laquelle  les  Français 
occupèrent  le  21  tous  les  postes  de  la  ville. 
Ainsi  fut  terminé  l'un  des  sièges  les  plus  mémo- 
rables dans  l'histoire  ancienne  et  moderne.  La 
tranchée  fut  ouverte  pendant  cinquante-deux 
jours ,  dont  vingt-neuf  pour  entrer  dans  la  place, 
et  vingt-trois  autres  pour  combattre  de  maison 
à  maison.  La  garnison  fut  faite  prisonnière  de 
guerre ,  et  l'on  trouva  dans  la  place  cent  treize 
bouches  à  feu.  >■- 

Napoléon  ayant  organisé  une  armée  pour  re- 
pousser l'invasion  des  Autrichiens  en  Bavière, 
le  maréchal  Lannes,  créé  depuis  duc  de  Mon- 
tebello ,  reçut  l'ordre  de  quitter  l'Espagne  et 
de  se  rendre  à  la  grande  armée  d'Allemagne. 
A  la  bataille  d'Abensberg,  le  20  avril  1809,  il 
culbuta  une  division  autrichienne.  Il  prit  une 
part  active  à  la  bataille  d'Eckmùhl,  le  22,  et  se 
trouva  à  la  prise  de  Ratisbonne  le  lendemain. 
Il  marcha  en  avant-garde  sur  Vienne,  battit 
l'arrière-garde  autrichienne  à  Amstetten  le  5  mai , 
ef  se  trouvait  à  Mœlk  le  6.  Le  10  Napoléon  parut 
aux  portes  de  Vienne  avec  le  corps  du  duc  de 
Montebello;  cette  ville  fut  bombardée,  et  capi- 
tula le  12.  Lannes  combattit  encore  avec  valeur 
à  Essling  le  21 ,  et  la  division  Boudet,  placée  sous 
ses  ordres,  défendit  avec  fermeté  ce  village.  Le 
lendemain  Lannes  fut  chargé  par  Napoléon  de 
couper  en  deux  l'armée  autrichienne  en  traver- 
sant son  centre.  Lannes  s'avança  dans  le  meil- 
leur ordre,  à  la  tête  de  la  division  Saint-Hilaire, 
ayant  à  sa  ganche  les  troupes  dn  général  Ou« 


475 


LANiNES 


476 


dinot,  à  sa  droite  la  division  Boudet,  derrière 
lui  une  masse  de  cavalerie  placée  dans  les  in- 
tervalles de  l'infanterie,  son  front  garni  d'une 
nombreuse  artillerie  sous  les  ordres  du  général 
Lariboisière .  Tous  les  efforts  des  troupes  autri- 
chiennes commandées  par  l'archiduc  Charles  ne 
purent  arrêter  la  marche  du  maréchal  Lannes, 
et  bientôt  la  ligne  autrichienne  fut  rompue,  cul- 
butée et  mise  en  déroute.  Tout  à  coup  on  ap- 
prit que  les  ponts  jetés  sur  le  Danube  venaient 
d'être  rompus  par  les  bateaux  chargés  de  pierres 
que  les  Autrichiens  avaient  lancés  contre  eux. 
L'armée  française  se  trouvait  coupée.  Napoléon 
fit  arrêter  le  mouvement.  L'archiduc  reprit  l'of- 
fensive et  attaqua  vigoureusement  les  villages 
d'Aspern  et  d'EssIing.  Les  Français ,  privés  de 
leurs  munitions,  ne  se  servaient  plus  que  de  la 
baïonnette.  Lannes,  pour  maintenir  ses  soldats 
exposés  à  un  feu  épouvantable,  se  plaça  sur  le 
front  de  sa  ligne.  Un  boulet  l'atteignit  et  lui  en- 
leva la  jambe  droite  tout  entière  et  la  jambe 
gauche  au-dessus  de  la  cheville.  Douze  grena- 
diers le  transportèrent  sur  leurs  fusils  dans  l'île 
de  Lobau  ,  où  il  subit  une  double  amputation  ; 
et  de  là  on  le  porta  à  Vienne,  où  il  mourut  neuf 
jours  après.  Napoléon,  apprenant  la  blessure  du 
maréchal  Lannes,  s'avança  au-devant  des  grena- 
diers qui  le  portaient,  et,  se  précipitant  sur  le 
maréchal  qui  était  presque  évanoui  par  la  perte 
de  son  sang,  lui  dit  d'une  voix  presque  étouffée 
par  les  larmes  :  «  Lannes ,  mon  ami ,  me  recon- 
nais-tu?.. C'est  l'empereur...  C'est  Bonaparte... 
C'est  ton  ami...  »  A  ces  mots,  suivant  les  uns  , 
le  maréchal,  entr'ouvrant  ses  paupières,  revint  à 
lui ,  fit  quelques  efforts  et  voulut  parler  ;  mais 
il  ne  put  que  lever  ses  bras  affaiblis  et  les  passer 
au  cou  de  Napoléon.  Suivant  d'autres  histo- 
riens ,   Lannes  aurait  répondu  à   l'empereur  : 
«  Dans  quelques  heures  vous  aurez  perdu  un 
homme   qui   meurt  avec   la  consolation   et  la 
gloire  d'avoir  été  votre  meilleur  ami.  »  D'au- 
tres prétendirent  que  Lannes  avait  éclaté  en  re- 
proches amers  contre  la  folie  et  meurtrière  am- 
bition de  l'empereur.  Un  biographe  rapporte  du 
moins  qu'après   les   premiers  mots  d'affection 
rapportés  plus   haut,    il  y   eut    une  conversa- 
tion entre  le  maréchal  et   Napoléon  d'où  la 
suite  de  ce  dernier  fut  écartée,  «  mais  où  les 
yeux,  à  défaut  des  oreilles,  purent  juger,  à  la  vi- 
vacité des  gestes  du  maréchal,  qu'il  profitait  des 
droits  de  son  agonie  et  de  son  trépas  pour  faire 
entendre  de  graves  conseils  à  l'homme  pour  le- 
quel il  périssait  mutilé.  »  On  raconte  d'ailleurs 
que  le  maréchal,  en  partant  pour  sa  dernière 
campagne,  avait  pleuré  en  quittant  sa  femme, 
ses  enfants  et  sa  belle  retraite  de  Maisons,  qu'il 
venait  d'acquérir.  Était-ce  le  pressentiment  qu'il 
ne  les  reverrait  plus,  ou  l'amour  du  foyer  domes- 
tique qui  s'était  emparé  de  lui?  Quoi  qu'il  en 
soit,  son  corps  fui  rapporté  d'abord  àStrasbourg, 
puis  à  Paris ,  où  il  fut  inhumé  aux  Invalides. 
L'année  suivante,  le  6  juillet  1810,  anniversaire 


de  la  bataille  de  Wagram ,  il  fut  porté  solennel- 
lement au  Panthéon.  «  Lannes ,  disait  Napoléon 
à  Sainte-Hélène,  lorsque  je  le  pris  pour  la  pre- 
mière fois  par  la  main ,  n'était  qu'un  ignoran- 
taccio.  Son  éducation  avait  été  très-négHgée  ; 
néanmoins  il  fit  beaucoup  de  progrès,  et  pour 
en  juger  il  suffit  de  dire  qu'il  aurait  fait  un  gé- 
néral de  première  classe.  Il  avait  une  grande 
expérience  pour  la  guerre  ;  il  s'était  trouvé  dans 
cinquante  combats  isolés  et  à  cent  batailles  plus 
ou  moins  importantes.  C'était  un  homme  d'une 
bravoure  extraordinaire;  calme  au  milieu  du 
feu ,  il  possédait  un  coup  d'œil  sûr  et  pénétrant, 
prompt  à  profiter  de  toutes  les  occasions  qui  se 
présentaient,  violent  et  emporté  dans  ses  expres- 
sions ,  quelquefois  même  en  ma  présence.  Il  m'é- 
i  tait  très-attaché.  Dans  ses  accès  de  colère,  il 
j  ne  voulait  permettre  à  personne  de  lui  faire  des 
:  observations,  et  même  il  n'était  pas  toujours 
:  prudent  de  lui  parler  lorsqu'il  était  dans  cet  état 
de  violence.  Alors  il  avait  l'habitude  de  venir  à 
moi  et  de  me  dire  qu'on  ne  pouvait  se  fier  à  telle 
et  telle  personne.  Comme  général  il  était  infini- 
ment au-dessus  de  Moreau  et  de  Soult.  »  Une 
autre  fois  Napoléon  disait  encore  du  duc  de  Mon- 
tebello  :  «  Chez  Lannes,  le  courage  l'emportait 
d'abord  sur  l'esprit.  L'esprit  montait  chaque  jour 
pour  se  mettre  en  équilibre.  Il  était  devenu  très- 
supérieur  quand  il  a  péri.  Je  l'avais  pris  pygmée, 
je  l'ai  perdu  géant.  «  Lannes  avait  i-eçu  les  sur- 
noms de  VAjax  et  du  Roland  français.  Mon- 
tholon  dit  de  lui  :  «  11  était  sage ,  prudent,  au- 
dacieux, devant  l'ennemi  d'un  sang-froid  im- 
perturbable. Il  avait  peu  d'éducation.  La  nature 
avait  fait  tout  pour  lui.  Napoléon,  qui  avait  vu 
les  progrès  de  son  entendement,  en  marquait; 
souvent  sa  surprise.  Il  était  supérieur  à  tous  les 
généraux  de  l'armée  française  sur  le  champ  de 
bataille  pour  manœuvrer  vingt-cinq  mille  hom- 
mes d'infanterie.  Il  était  encore  jeune,  et  se  fût  ! 
perfectionné  ;  peut-être  fût-il  devenu  habile  pour 
la  grande  tactique,  qu'il  n'entendait  pas  en- 
core. » 

Après  la  révolution  de  Juillet,  les  habitants  de 
Lectoure  élevèrent  une  statue  en  marbre  au 
maréchal  Lannes. 

Avant  son  élévation,  Lannes  avait  épousé  une 
demoiselle  Méric  ;  mais  plus  tard  51  fit  annuler 
ce  mariage.  Devenu  maréchal,  il  épousa  une  de- 
moiselle de  Guéhéneuc,  fille  d'un  ancien  com- 
missaire des  guerres,  laquelle  lui  survécut  jus- 
qu'en 1856.  Après  la  mort  du  maréchal,  un  fils 
de  sa  première  femme,  qui  réclamait  une  part 
dans  sa  succession,  fut  déclaré  adultérin  par 
les  tribunaux.  L.  Louvet. 

René  Perin.  P^ie  militaire  de  J.  Lannes;  Paris,  1810, 
in-8".  —  Tl/onifewr  universel,  1796-1810.  —De  Courcelles, 
Dict.  histor.  et  biogr.  des  Généraux  français.  —  Las 
Ca^qs,  Mémorial  de  Sainte-Hélène.— i\oniho\on,  3té- 
moires  pour  servir  à  l'iiist.  de  France  sous  Napoléon. 
—  Arnault,  Jay,  Jouy  et  Norvins,  Biog.  nouv.  des  Con- 
temp.  —  Rabbe,  Vieilli  de  Boisjolin  et  Sainte-Preuve, 
Biogr.  tiniv.  et  portât,  des  Contemp.  —  A.  Gencvay, 
dans  le  Dict.  de  la  Conversation.  —  Thiers ,  fJist.  de  la 


477 


LANNES 


Révol.  et  Hist.  du  Consulat  et  de  l'Empire.  —  Norvins, 
Hist.  de  N apotcon.  —  Mariiiont,  MémcHres. 

LANKES  (  Napoléon- Auguste  ),  duc  dk 
MoNTEBELLO,  diplomate  et  homme  politique  fran- 
çais ,  fils  aîné  du  maréchal ,  est  né  en  1802.  Créé 
)air  de  France  par  Louis  XVIII  en  1815,  il  prit 
)Ossession  de  son  siège  en  1827.  L'année  sui- 
vante, il  fit  un  voyage  aux  États-Unis.  En  1829 
1  était  attaché  à  l'ambassade  de  Chateaubriand 
1  Rome.  Après  la  révolution  de  Juillet,  il  parla 
lans  la  discussion  du  projet  de  loi  sur  les  jour- 
iau\;  en  1831  il  parla  et  vota  contre  le  projet  de 
oi  relatif  à  l'abolition  de  l'hérédité  de  la  pairie;  en 
832,  il  prit  la  parole  sur  la  contrainte  par  corps, 
ur  le  budget  et  sur  l'avancement  dans  l'armée, 
ja  même  année  il  se  rendit  à  Madrid,  et  en  1833 

I  fut  nommé  envoyé  extraordinaire  et  ministre 
lénipotentiaire  à  Berlin.  A  la  chambre  des  pairs 

II  appuya  l'amendement  de  M.  Cousin  dans  la  dis- 
ussioudu  projetde  loi  sur  l'abrogation  du  deuil  du 
1  janvier.  En  1835,  il  proposa  à  la  chambre  de 

jraduire  à  sa  barre  le  gérant  du  journal  La  Tri- 
mne,  et  appuya  le  projet  de  loi  sur  la  presse.  A 
1  fin  de  l'année,  il  fut  nommé  ambassadeur  de 
rance  près  de  la  confédération  helvétique ,  à  la 
jlace  du  général  Rumigny.  Par  une  note  du 
J8  juillet  1836,  il  demanda  l'éloignemenfdes  ré- 
ijgiés ,  et  plus  tard  il  réclama  également  des 
antons  suisses  l'expulsion  du  prince  Louis-Napo- 
;ion,domiciliéàArenenberg.  Nommé  ambassadeur 
fès  du  roi  des  Deux-Siciles  à  la  fin  de  1838,  il 
lit  appelé,  le  1'^'"  avril  1839,  à  remplacer  le  comte 
llolé  au  ministère  des  affaires  étrangères  dans 
ji  cabinet  provisoire  formé  par  Louis-Philippe 
iprès  le  succès  de  la  coalition  dans  les  élections, 
l'émeute  du  12  mai  amena  la  création  d'un  mi- 
istère  parlementaire,  et  M.  le  ducdeMontebello 
3mit  son  portefeuille  au  maréchal  Soult.  Dans 
i  session  suivante,  il  parla  à  la  chambre  des 
airs  sur  la  propriété  littéraire,  sur  la  Légion 
.'Honneur,  sur  l'emprunt  grec  et  sur  le  projet  de 
'À  relatif  au  travail  des  enfants  dans  les  manufac- 
iires.  Il  partit  ensuite  pour  Naples,  où  il  né- 
locia,  en  1844,  au  nom  du  roi  et  de  la  reine,  le 
iiariage  du  duc  d'Aumale  avec  la  princesse  Ca- 
oline-Auguste  de  Salerne.  En  1847,  il  remplaça 
«  baron  Mackau  comme  ministre  de  la  marine 
it  des  colonies,  et  fit  adopter  en  cette  qualité  di- 
ers  projets  destinés  à  préparer  l'émancipation 
iBs  esclaves ,  ainsi  que  la  loi  relative  à  la  juri- 
|iction  des  cours  d'assises  aux  colonies.  Il  parla 
lia  tribune  sur  le  budget ,  sur  les  défrichements 
les  bois,  sur  l'enseignement  et  l'exercice  de  la 
jiédecine  et  de  la  pharmacie,  etc.  11  présenta 
lu  roi  deux  rapports  importants  :  l'un  sur  l'af- 
anchissement  des  esclaves  aux  colonies, 
autre  sur  les  corps  de  l'administration  du  con- 
'ôle  et  de  la  comptabilité  de  la  marine.  La  ré- 
olution  de  février  1848  le  trouva  encore  mi- 
istre,  et  il  fut  compris  dans  les  poursuites 
rdonnées  contre  le  dernier  ministère  du  roi 
ouis-Philippe  à  la  demande  du  procureur  gé- 


-  LANNO  478 

néral  près  la  cour  d'appel  de  Paris,  Portails, 
poursuites  qui  se  terminèrent  par  un  arrêt  de 
non  lieu.  Au  mois  d'avril  1849,  M.  le  duc  de 
Montebello  fut  élu  membre  de  l'Assemblée  lé- 
gislative par  le  département  de  la  Marne.  11  se 
fit  peu  remarquer  dans  cette  assemblée ,  et  vota 
avec  la  majorité.  En  185Ô  et  1851,  il  fut  élu 
membre  de  la  commission  de  vingt-cinq  mem- 
bres dite  de  prorogation ,  qui  se  réunissait  pen- 
dant les  vacances  de  l'assemblée.  Au  2  décembre 
1851,  il  essaya  de  résister  comme  Mole  et  quel- 
ques-uns de  ses  collègues.  Il  se  tenait  éloigné  de 
la  vie  publique  lorsque,  le  15  février  1858,  il  ac- 
cepta l'ambassade  de  Russie ,  que  le  décès  du 
comte  de  Rayneval  laissait  vacante.  Arrivé  au 
mois  de  mai  à  Saint-Pétersbourg,  il  y  représente 
encore  aujourd'hui  Napoléon  III.  M.  de  Monte- 
bello est  propriétaire  de  vignobles  considérables, 
qui  produisent  une  grande  partie  des  vins  de 
Champagne  les  plus  renommés.      L.  L — t. 

Biogr.  des  750  Représ.  à  l'Ass.  législative.  —  Dict.  de 
la  Convers.  —  Moniteur,  1827  à  1858. 

*  LAWNES  DE  MONTEBELLO  (  GUStave-OU- 

vier),  général  français,  frère  du  précédent,  né 
vers  1804,  embrassa  de  bonne  heure  la  carrière 
militaire.  Il  fit  partie  de  l'expédition  d'Alger,  et 
quitta  en  1831  la  France  pour  aller  servir  en 
Pologne  contre  la  Russie.  De  retour  dans  sa  pa- 
trie, après  la  défaite  des  Polonais,  il  fut  nommé 
heutenant-colonel  de  dragons  en  1844;  il  était 
colonel  d'un  régiment  de  chasseurs  en  1851.  De- 
venu aide  de  camp  de  Louis-Napoléon  après  le 
coup  d'État  du  2  décembre,  il  a  été  nommé  gé- 
néral de  brigade, puisgénéral  de  division  le  28  dé- 
cembre 1855.  L.  L. 
Jnnuaire  militaire. 

*  LANNO  (  François-Gaspard- Aimé  ) ,  sta- 
tuaire français,  né  à  Rennes  (îlle-et- Vilaine),  en 
janvier  1800.  Élève  de  Cartellier,  il  remporta 
à  l'École  royale  des  Beaux -Arts  le  second  grand 
prix  en  1825,  et  le  premier  grand  prix  en  1827 
sur  le  sujet  de  Mutins  Scevola,  conjointement 
avec  M.  Jaley.  Il  envoya  de  Rome  :  en  1830, 
un  bas-relief  de  Pandore  chez  Épiméthée  ;  —  en 
1831,  une  figure  ronde-bosse  en  plâtre  de  Samson; 

—  en  1832,  uneautre  figure  ronde-bosse  en  plâtre 
de  Lesbie,  et  un  groupe  (esquisse)  deBélisaire; 

—  en  1833,  l'exécution  en  marbre  de  sai  Lesbie, 
qu'il  exposa  au  salon  de  1834,  et  qui  est  aujour- 
d'hui au  musée  de  Rennes.  Depuis ,  il  exécuta 
successivement  :  La  Chalotais ,  statue  en  mar- 
bre, exposée  au  musée  de  1836;  —  Montaigne, 
statue  en  bronze ,  érigée  à  Périgueux ,  exposée 
au  salon  de  1838  ;  le  modèle  en  plâtre  a  fait 
partie  de  l'exposition  de  1855;  —  Fénelon, 
statue  en  bronze  exposée  au  salon  de  1840, 
érigée  à  Périgueux;  —  Le  Maréchal  Brune, 
statue  en  bronze,  inaugurée  en  1841  à  Brive-la- 
Gaillarde;  modèle  en  plâtre,  exposé  aux  salons 
de  1 843  et  de  1 855,  et  qui  fait  aujourd'hui  partie  du 
musée  à  Versailles  ;  —  Majour,  statue  en  bronze, 
à  Brive-la-Gaillarde;  —    Fénelon,   statue  en 


479  LAN  NO  - 

pierre,  qui  décore  la  fontaine  de  la  place  de 
Saint-Sulpice,  à  Paris;  —  Sainte  Geneviève, 
statue  en  pierre ,  église  de  la  Madeleine  à  Paris  ; 

—  La  Récolte  des  Fruits  et  la  Récolte  des 
Fleurs,  statues  en  fei"  qui  décorent  la  place  de 
la  Concorde;  —  Pascal,  Fléchier,  Le  Génie 
de  l'Art  égyptien,  trois  statues  placées  au  nou- 
veau Louvre;  —  L'Université ,  ;j;i and  bas-re- 
lief en  marbre,  au  tombeau  de  l'ompereur;  — 
Bertrand  d'Argentré,  figure  en  pierre,  au  pa- 
lais de  justice  de  Rennes  ;  —  Apollon  et  les 
neuf  Muses;  ces  dix  statues  décorent  la  salle 
de  spectacle  de  Rennes.  Philippe  le  Long, 
ï Amiral  Bonnivet,  le  Duc  d'Orléans,  fils  de 
Charles  VI,  Bustes  historiques  :  au  musée  de 
Versailles;  —  Montaigne,  pour  l'École  normale; 

—  Etienne,  pour  l'Opéra-Comique.    G.  de  F. 

Documents  particuliers. 

LANNOV  (  Guillebert  de  ) ,  diplomate  et 
voyageur  français,  né  en  1386,  mort  le  22  avril 
1162.  Il  était  sire  de  Villerval  et  de  Tronchien- 
nes  :  le  duc  de  Bourgogne  l'admit  au  nombre 
de  ses  favoris  en  le  créant  d'abord  chancelier, 
puis  chambellan.  Lannoy  se  distingua  en  1413 
dans  plusieurs  combats  contre  les  Polonais.  Pro- 
fitant des  loisirs  de  la  paix,  il  parcourut  la  Li- 
thuanie,  et,  à  la  suite  d'un  vœu  à  saint  Patrice, 
passa  en  Angleterre.  Retenu  prisonnier,  il  em- 
ploya son  temps  à  étudier  les  mœurs  du  pays 
(1414).  De  retour  chez  lui,  il  devint  gouverneur 
de  L'Écluse,  et  fut  mandé  à  la  fameuse  assem- 
blée de  Troyes  (1421).  H  en  partit  aux  ordres 
d'Henri  V  d'Angleterre,  pour  aller;;îtenter  la 
restauration  d'un  gouvernement  chrétien  à  Jé- 
rusalem. Il  traversa  la  Prusse,  la  Pologne  et 
la  Hongrie.  A  Constantinople ,  il  congédia  ses 
serviteurs,  et  gagna  la  Syrie,  où  il  recueillit  un 
grand  nombre  de  renseignements  relatifs  au 
vaste  projet  rêvé  par  le  souverain  qui  l'envoyait. 
Il  écrivit  la  relation  de  son  voyage  sous  ce  titre  : 
Les  Pelerinaiges  de  Sîirye  et  de  Egipte,  et  en 
fit  faire  deux  copies,  qui  furent  présentées  l'une 
au  duc  de  Bourgogne,  l'autre  au  roi  d'Angle- 
terre. C'est  alors  (1429)  qu'il  fut  nommé  cheva- 
lier de  la  Toison  d'or. 

Le  manuscrit  offert  au  duc  de  Bourgogne  a 
disparu  en  1797  :  celui  du  roi  d'Angleterre  existe 
encore  aujourd'hui ,  et  a  été  publié  dans  le 
tome  XXI  de  ['Archœologia.  Mais  Guillebert 
avait  écrit  pour  son  propre  usage  le  récit  plus 
complet  de  ses  voyages.  Une  copie  de  ce  livre  a 
été  retrouvée  heureusement  dans  ces  dernières 
années  et  pubhée  par  les  soins  de  la  Société  des 
Bibliophiles  de  Mons;  en  voici  le  titre  exact  : 
Les  Voyages  et  Ambassades  de  messire  Guil- 
lebert (le  Lannoy  (1399-1450);  Mons,  1842.  On 
y  retrouve  entièrement  les  Pelerinaiges.  Les 
défauts  de  l'édition  de  Mons,  qui  sont  nombreux, 
ont  été  réparés  par  M.  Lelewel  dans  son  livre 
intitulé  :  Guillebert  de  Lannoy  et  ses  Voyages 
en  1413,  1414  et  i^9A ,  cotnmentés  en  français 
et  en  polonais;  cette  brochure  parut  en  1844  à 


LANGUE  480 

Posen,  dans  la  secondede  ces  langues,  et  fut  suivie 

d'uneédition  française  publiée  à  Bruxelles  (1845). 

Louis  L\couR. 

Bibliothèque  de  l'École  des  Chartes,  série  B,  t.  H,  p.  Ï7T. 

*  LANNOY  (  Marie-Antoine  de  ),  architecte 
français,  né  le  28  juin  1800,  à  Paris.  Après  avoir 
fréquenté  les  ateliers  de  Vaudoyer,  de  Deles- 
pine  et  de  M.  Hippolyte  Lebas,  il  remporta  en 
1826  un  second  prix  d'architecture  et  en  1828 
le  grand  prix  de  Rome  sur  ce  sujet  :  une  Bi 
bliothèque  publique.  Pendant  son  séjour  et 
Italie,  il  envoya  le  Temple  d'Antonin  et  un( 
Étude  de  Vile  Tibertine ,  qui  a  figuré  à  l'ex- 
position universelle  de  1855.  Il  a  été  chargé  d( 
la  direction  de  quelques  constructions  publique? 
et  attaché  à  la  Banque  jusqu'en  1849.  On  a  d( 
lui  :  Projet  d'agrandissement  de  la  Biblioi 
thèque  royale;  1827;  —  Éludes  architectu 
raies  en  Italie;  —  Etudes  artistiques  dam 
la  régence  d'Alger;  1835-1837;  —  Tombeai 
de  Robert  de  Naples  ;  1852.  K. 

Livrets  des  salons. 

LA  NOCE  (  François  de  ),  dit  Bras  de  fer 
célèbre  capitaine  français,  né  en  1531,  aux  envi 
rons  de  Nantes ,  mort  le  4  août  1591,  à  Moncon 
tour.  Il  appartenait  à  une  ancienne  famille  d 
gentilshommes  de  Bretagne,  et  dès  son  jeun 
âge  il  voyagea  en  Italie,  où  il  lit  ses  première 
armes.  A  son  retour  en  France,  il  embrassa  le 
doctrines  de  la  réforme ,  qui  s'était  depuis  plu 
sieurs  années  propagée  en  Bretagne;  les  calvi 
nistes  n'avaient  rien  négligé  pour  attirer  à  eu 
ce  guerrier,  qui,  suivant  l'expression  de  Mezerai 
«  valait  seul  toute  une  armée.  «  Lorsque  la  guerr 
fut  rallumée  ,  ce  fut  lui  qui ,  à  la  tête  de  quinz 
cavaliers,  s'empara  d'Orléans  par  un  coup  d 
main  et  en  chassa  le  gouverneur  catholique,  qi 
s'était  réfugié  à  la  porte  Banière  (  28  septembr 
1567).  Il  conduisit  en  1569  l'arrière-garde  à  I 
bataille  de  Jarnac ,  devint  prisonnier  à  celle  d 
Moncontour,  et  fut  gouverneur  de  Mâcon.  Puis 
ayant  pris  le  commandement  d'une  petite  armée^ 
il  parcourut  le  Poitou  et  la  Saintonge,  et  pri 
plusieurs  petites  places.  Au  siège  de  Fontenay 
un  coup  d'arquebuse  l'atteignit  au  bras  gauche 
l'amputation  en  fut  faite  à  La  Rochelle,  mais  ui 
ouvrier  habile  lui  fabriqua  un  bras  de  fer  ave 
lequel  il  put  manier  la  bride  de  son  cheval.  D 
là  le  surnom  de  Bras  de  fer  que  lui  donnèreu 
les  soldats.  En  1571  il  fut  envoyé  avec  Genli 
dans  la  Flandre,  où  il  surprit  Yalencienne! 
Après  la  perte  de  Mons  (1572),  qu'il  fut  con 
traint  de  rendre  à  la  suite  d'une  défense  énei 
gique,  La  Noue  se  trouvait  à  Cambrai  lorsqu 
Charles  IX,  qui  avait  su  apprécier  sa  probité 
sa  valeur  et  sa  sagesse,  jeta  les  yeux  sur  li 
pour  amener  les  habitants  de  La  Rochelle  à  u 
accommodement.  La  Noue  ne  se  chargea  d 
cette  mission  qu'avec  beaucoup  de  répugnance 
mal  accueilli  d'abord ,  il  accepta ,  après  de  loU 
gués  hésitations ,  le  commandement  en  chef  d€ 
troupes  rebelles ,  et,  tout  en  assurant  les  moyen 


481 


LA  NOUE 


482 


le  prolonger  la  résistance  ,  il  ne  cessa  d'em- 
)loyer  toute  son  autorité  pour  le  bien  de  la  paix. 
A.  cette  occasion ,  le  ministre  Laplace,  homme 
les  plus  exaltés,  le  poursuivit  un  jour  jusque 
lans  sa  propre  maison ,  l'accabla  d'injures,  et 
jinit  par  lui  donner  un  soufllet.  La  Noue  eut  la 
générosité  de  pardonner  cette  grave  offense,  et 
ie  contenta  de  dire  :  «  Qu'on  ramène  ce  fou  fu- 
ieux  à  sa  femme,  afin  qu'elle  le  tempère  et  en 
prenne  soin.  »  Après  avoir  reconnu  l'impossibi- 
ité  de  conclure  un  arrangement ,  il  sortit  de  la 
l'ille  avec  quelques  officiers ,  tenant  au  roi  la 
promesse  qu'il  avait  faite  d'y  ramener  l'ordre  ou 
le  la  quitter  (1573).  Cependant,  avant  la  fin  de 
jette  année  il  se  vit  forcé  de  changer  de  sys- 
tème :  convaincu  qu'il  n'y  avait  plus  pour  son 
parti  d'autre  sûreté  que  dans  une  guerre  ou- 
rerte,  il  se  remit  à  la  tête  des  Rochelais,  et  les 
engagea  à  faire  cause  commune  avec  tous  les 
lutres  réformés.  Pendant  quatre  ans  il  déploya 
:outes  les  ressources  de  son  génie  pour  main- 
:enir  la  ville  en  état  de  défense,  ayant  sans  cesse 
\  lutter  contre  les  prétentions  de  la  noblesse  ré- 
fugiée, les  méfiances  du  peuple  et  l'indifférence 
lies  marchands.  Plusieurs  expéditions  qu'il  fit 
lors  des  murs  eurent  des  résultats  heureux  : 
rtin-si  il  s'empara  successivement  de  Royan,  du 
Brouage  et  de  l'île  de  Ré,  piaces  dont  l'occu- 
pation as.surait  les  subsistances  de  La  Rochelle, 
mis  de  Marennes,  de  Lusignan ,  de  Melle  et 
le  Fontenay. 

A  peine  la  paix  venait-elle  d'être  conclue  par 
e  toi  de  Navarre  que  La  Noue  se  rendit  en 
Flandre  pour  prendre  la  charge  de  grand-maré- 
chal de  camp ,  que  lui  avaient  offerte  les  états 
j(1578).  Ses  premiers  exploits,  la  défaite  de  la 
garnison  de  Louvain  et  la  prise  de  Bruges  et  de 
Cassel  lui  valurent  le  rang  de  général  en  chef. 
Disposant  alors  de  forces  plus  considérables  ,  il 
surprit  Ninove  (1580),  où  il  fit  prisonnier  le  comte 
i'Egmoiit;  mais  à  quelque  temps  de  là,  atteint 
an  village  d'Iseghem ,  il  tomba  à  son  tour  aux 
mains  des  Espagnols,  qui  l'enfermèrent  dans  le 
ichâteau  de  Limbourg  et  le  traitèrent  avec  une 
barbare  cruauté.  Ce  ne  fut  que  cinq  ans  plus 
tard  que  Philippe  II  consentit  à  échanger  le  re- 
doutable capitaine  huguenot  contre  le  comte 
id'Egmont ,  non  sans  lui  imposer  de  dures  con- 
ditions (28  juin  1li85)  :  il  dut  laisser,  pour  ga- 
rantie de  sa  promesse,  son  fils  Théophile  en  otage 
entre  les  mains  du  duc  de  Lorraine ,  qui  se  porta 
igénéreu sèment  sa  caution  ainsi  que  le  roi  de 
Navarre  et  le  duc  de  Guise.  Au  commencement 
des  troubles  de  la  Ligue,  il  se  retira  à  Genève  ; 
nommé,  en  1588,  l'exécuteur  testamentaire  du 
comte  Guillaume-Robert  de  LaMarck ,  il  ne  né- 
iiiiiiea  rien  pour  rétablir  les  affaires  de  cette  fa- 
mille, et  vint  se  joindre  à  l'armée  royale,  un  pou 
avant  l'assassinat  de  Henri  III.  Il  continua  ses 
services  sous  le  Béarnais,  prit  part  aux  deux 
Isiéges  de  Paris,  combattit  à  Arques  et  à  Ivry,  et 
Idéfendit  Château,Thierry.  Envoyé  en  1591  dans 

NOUV.   BIOGK.  GÉINÉR.   —  T.  XXIX. 


la  Bretagne,  il  mit  le  siège  devant  Lamballe; 
comme  la  place  s'était  trouvée  plus  forte  qu'on 
ne  le  supposait,  il  monta  sur  une  échelle  pour 
examiner  l'état  de  la  brèche  ;  atteint  d'une  balle 
à  la  tête ,  il  chancela,  perdit  l'équilibre  et  tomba. 
Quoique  la  blessure  eût  été  d'abord  jugée  peu 
grave,  il  mourut  quinze  jours  après,  à  Moncon- 
tour,  où  il  avait  été  transporté.  Ainsi  finit  «  le 
dernier  de  ces  héros  amis  et  compagnons  de  Co- 
ligny,  qui  avaient  si  longtemps,  dit  Sismondi, 
soutenu  une  lutte  désespérée,  non  par  ambi- 
tion, non  par  esprit  d'intrigue,  comme  la  plu- 
part de  ceux  qui  leur  succédèrent ,  mais  par 
une  profonde  conviction ,  pour  continuer  à  pro- 
fesser et  à  défendre  ce  qu'ils  croyaient  la  vé- 
rité. )•  En  apprenant  la  mort  de  La  Noue,  Henri  IV 
s'écria  :  «  Nous  perdons  un  grand  homme  de 
guerre  et  encore  plus  un  grand  homme  de  bien,  w 
Ce  capitaine  fut  également  regretté  des  protes- 
tants et  des  catholiques;  tous  les  écrivains  du 
temps  s'accordent  à  reconnaître  qu'il  unissait  à 
la  plus  grande  bravoure  à  une  expérience  con- 
sommée et  à  une  rare  prudence ,  la  pureté  des 
mœurs,  le  désintéressement,  la  modération, 
l'urbanité  même.  On  a  de  lui  :  Discours  poli- 
tigiies  et  inilitaires ;Bk\(i ,  1587,  in-4";  réimpr. 
à  La  Rochelle,  1590,  in-12,  et  souvent  depuis; 
trad.  en  allemand,  Francfort,  1592,  in-4";  en 
anglais, Londres,  1597,  in-4".  Ces  discours,  com- 
posés pour  occuper  les  tristes  loisirs  de  sa  capti- 
vité, l'ont  placé  parmi  les  prosateurs  les  plus  émi- 
nents  de  son  siècle  ;  ils  sont  au  nombre  de  vingt- 
six,  et  traitent  principalement  des  guerres  civiles, 
de  l'éducation  de  la  noblesse ,  de  la  tactique  mi- 
litaire et  de  la  politique  des  rois  chrétiens.  Le 
dernier,  qui  est  en  même  temps  le  plus  étendu  , 
renferme  sous  le  titre  d'Observations  sur  plu- 
sieurs choses  advenues  aux  trois  premiers 
troubles,  le  récit,  tracé  avec  autant  d'impar- 
tialité que  de  modestie,  des  événements  qui  se 
sont  passés  en  France  de  1562  à  1570.  Ces  Mé- 
moires ont  été  reproduits  séparément  dans  plu- 
sieurs collections  historiques  ;  —  Déclaration 
de  F.  de  La  Noue  pour  la  prise  d'armes  et 
la  défense  de  Sedan  et  de  Jamets;  Verdun, 
1588,  in-8°;  —  Observations  politiques  et  mo' 
raies  sur  l'Histoire  de  Guicciarclini,  impri- 
mées en  marge  de  la  traduction  française  donnée 
par  Jérôme  Chomedey;  Genève,  1593,  2  vol. 
in-8°;  —  Correspondance  de  François  de 
La  Noue,  Gand  et  Paris,  1854,  in-8°,  publiée 
par  les  soins  de  M.  Kervyn  de  Volkaersbeke. 
La  Noue  avait  encore  composé  un  Abrégé  des 
Vies  de  Plutarque  avec  des  annotations ,  qui 
n'a  point  vu  le  jour.  P.  L — y. 

Amyraiit ,  Fie  de  F.  de  La  Noue;  Leyde,  1661,  In-t». 

—  Brantôme,  f^ies  des  grands  Capitaines.  —  De  Thon, 
Historiarum  sHi  temporis  Lib.  if7/,  l.  V.  —  Mezcral, 
Daniel,  Dupleix,  Hist.  de  France.  —  Davila,  Hist.  des 
Guerres  civiles  de  France.  —  Le  P.  Slrada,  Hist.  de  la 
Guerre  de  Flandre.  —  Moréri,  Dict.  Hist.  —  Haag  frères, 
La  France  Protestante.  —  Arcère,  Hist.  de  La  Rochelle, 

—  Sismondi,  Hist.  des  Français,  WVll  à  XXXI. 

LA  NOCE  {Odet  de),  seigneur  de  Téligny, 


483  LANGUE 

fils  aîné  du  précédent,  mort  à  Paris,  au  mois 
d'août  1618.  Il  fit  ses  premières  armes  dans  les 
Pays-Bas,  sous  les  ordres  de  son  père,  et  tomba, 
eu  1  j84,  entre  les  mains  des  Espagnols,  qui  le 
transportèrent,  gravement  blessé,  dans  un  châ- 
teau de  Tournay  ;  il  ne  recouvra  la  liberté  qu'en 
lû9(.  Étant  allé  rejoindre  l'année  de  Henri  IV, 
il  contribua  à  la  prise  de  Paris  (1).  Il  prit  ensuite 
une  pai't  très-active  aux  travaux  des  assemblées 
qui  négocièrent  l'édit  de  Nantes,  et  servit  àdiver- 
ses  reprises  en  Hollande,  où  en  1617  il  se  rendit 
nne  dernière  fois  en  qualité  d'envoyé  extraordi- 
naire. A  l'époque  de  sa  mort,  il  réunissait  les  titres 
de  conseiller  du  roi,  de  cbambellan  ordinaire  et 
de  maréchal-de-camp,  il  cultiva  la  poésie  avec 
quelque  succès  ;  mais  la  plupart  de  ses  œuvres 
ne  sont  pas  arrivt'es  jusqu'à  noub  On  cite  de  lui  : 
Paradoxe  que  les  adversitez  sont  plus  néces- 
saires que  les  prosperilez  et  qu'entre  toutes 
restât  d'une  es/roite  prison  est  leplus  doux  et 
le  plus  profitable  ;  La  Rochelle,!  588,  in-S"  ;  dis- 
cours philosophique  en  vers  ;  —  Poésies  chres- 
tiennes  de  messire  Odet  de  La  Noue,  nouvelle- 
ment  mises  en  lumière  par  le  sieur  de  La  Vio- 
lette ;  (Genève) ,  1 594 ,  petit  in-8"  :  ce  recueil,  com- 
posé ainsi  que  la  pièce  précédente  pendant  la 
captivité  de  l'auteur  à  Tournay,  se  compose  de 
cent  cinquante  sonnets  ,  de  cantiques ,  d'odes  et 
de  stances.  Au  jugement  de  l'abbé  Goujet,  toutes 
ces  poésies  <•  sont  vraiment  dignes  d'un  chré- 
tien, et  elles  font  honneur  à  la  piété  du  jeune 
auteur,  à  la  bonté  de  son  cœur,  à  sou  zèle  pour 
le  roi  et  môme  à  son  esprit;  «  —  Dictionnaire 
des  Rimes  françaises  selon  l'ordre  des  lettres 
de  V  alphabet,  auq  u  el  deux  traités  sont  ajoutés  ^ 
Vun  des  conjugaisons,  l'autre  de  l'orthogra- 
phe; (Genève),  1596,  in-8°,  et  Cologne,  1624, 
in-8°  :  cette  compilation  anonyme  est  donnée  à  La 
Noue  par  Sorel,  La  Monnoye  et  Le  Duchat.  On  lui 
attribue  aussi,  peut-être  avec  raison  :  Vive  Des- 
cription delà  Tyrannie  et  des  Tyrans,  avec 
les  moyens  de  se  garantir  de  leur  joug; 
Reims,  1577,  iu-16.  Enfin,  on  conserve  de  lui 
deux  manuscrits  sur  la  fortification  de  Genève 
aux  Archives  de  cette  ville.  P.  L — y. 

D'AiibiKné,  Hlst.  i/,nv.  de  son  temps.  —  Sismondi, 
H ist.  des  Français,  XXXI.  —  Goujet,  Uiblioth.  franc., 
111.  —  Menckc,   Uiblioth.  Doctorum  Militum. 

LANOlTi;  (  Jeanine  de),  fondatrice  de  l'ordre 
des  Sœurs  hospitalières  de  la  Providence,  née 
à  Saumur,en  1666,  morte  dans  la  même  ville,  le 
16  août  1736.  Ses  parents  étaient  marchands,  et 
elle  commença  [>ar  tenir  la  boutique  de  son  père , 
se  montrant  âpre  au  gain  et  dure  aux  pauvres. 
Un  ciiangement  subit  s'opéra  dans  sa  conduite 


(1)  i<  Comme  La  Noue  gardoit  encore  la  porte  Saint- 
Dcnvs,  raconte  d'Aubigné,  son  équipage  fut  saisi  et  en- 
levé par  les  sergents  du  Ctinslelet,  notamment  pour  la 
dette  des  poudres  dont  son  père  s'estoit  obligé  en  allant 
au  secours  de  Senlls.  Le  pis  fut  qu'en  venant  supplier  le 
roy  qu'il  fist  cesser  cette  rudesse  pour  un  temps,  il  eut 
pour  réponse  :  «  La  Noue,  quand  il  me  faut  payer  mes 
dettes,  je  ue  lue  vas  point  plaindre  â  vous.  » 


^  484 

vers  1693,  année  de  famine  où  les  pèlerins  abon- 
daient aux  Ardillers.  Une  pauvre  réfugiée  qu'elle 
outrageait  lui  ayant  reprociié  ses  torts,  tlle  la 
recueillit,  et  s'éprit  tout  d'un  coup  de  cette  vie 
de  dévouement  et  d'austérité  qu'elle  ne  quitta 
plus.  Sa  maison  élait  remplie  d'indigents  ou  de 
malades  qu'elle  entretenait  à  grand  peine  de  rares 
aumônes,  quaml  le  15  septembre  1702  le  coteau 
au  pied  duquel  elle  était  bâtie  et  qui  domine  tout 
le  faubourg  de  Fenet,  s'ébranla.  Elle  avait  eu  le 
temps  à  peine  de  sortir  avec  quelques  vêtements, 
que  le  roc  s'afCaissait  sur  onze  maisons  du  quar- 
tier. Ses  protégés  furent  engloutis  sous  les  diî- 
combres;  un  seul  enfant  y  périt.  Ainsi  ruinée, 
elle  s'adressa  aux  Oratoriens,  qui  lui  refu.sè- 
rent  même  une  écurie  pour  abriter  son  monde, 
niais  à  grand  prix  lui  louèrent  une  maison  voi- 
sine. A  force  de  quêtes  et  d'emprunts,  ellft - 
parvint  à  payer  son  loyer  et  ses  dettes.  En  i 
1704,  elle  s'associa  plusieurs  tilles  pour  soigner  s 
les  pauvres  ,  et  leur  donna  un  habit  tel  à  peu  i 
près  qu'elles  le  portent  encore ,  robe  et  tablier 
de  laine  bleu  pâle,  voile  noir,  le  rosaire  à  la 
ceinture,  le  crucifix  sur  la  poitrine.  L'institut 
invoquait  pour  patronne  sainte  Anne;  mais  le 
peuple  lui  a  retenu  le  nom  de  la  Providence, 
sous  lequel  il  existe  encore.  En  1709  les  so'urs 
commencèrent  à  faire  des  vœux;  en  1710  l'é- 
vêque  d'Angers  approuva  leur  règle.  Trente  ans 
plus  tard  trois  cents  pauvres  femmes,  filles  et 
enfants,  dont  plus  de  cent  folles,  étaient  recueil- 
lies à  Saumur;  mais  l'hospice  vivant  des  au- 
mônes de  chaque  jour,  la  misère  y  était  quel- 
quefois si  grande,  que  la  soupe  y  manquait 
«  faute  de  sel  ».  Avant  la  fin  de  sa  vie,  .Jeanne 
de  Lanoue  put  voir  des  maisons  de  son  ordre  • 
s'établir  à  î'rezé,  Nantes,  Châtillon-.sur-lndre, 
Le  Blanc,  Le  Puids-NotreDame ,  Le  Lude, 
Mazé ,  Josselin ,  L'Isle-Bouchard.  Depuis  la  Ré- 
volution, la  maison  mère  a  été  transférée  à  Notre- 
Dame-des-Ardillers,  dans  les  bâtiments  mêmes  ; 
de  l'Oratoire.  Les  sœurs  ont  transpoité  dans  la 
chapelle  le  corps  de  leur  fondatrice. 

Célestin  Pour. 

Discourssur  la  Fie  et  les  Fertus  do  la  vénérable  sœur  i 
Jeanne  de  Lanoue  ;  Angers,  Louis  ,Dubé,  1743.   —   .^r- 
c/m-es  de  l'hôpital  de  Sanmur,  llf,  E,  1. 


LAKOiTE.  Voy.  Sauvé. 

h.iL^OtJE{Eené- Joseph  de),  général  français, 
né  vers  1740,  en  Bretagne,  exécuté  à  Paiis,  le 
15  avril  1793.  Il  embrassa  de  bonne  heure  la 
carrière  militaire ,  fit  la  guerre  de  Sept  Ans  et 
fut  nommé  lieutenant  général  à  l'époque  de  la 
révolution.  Employé  en  cette  qualité  sur  la 
frontière  du  nord  à  la  fin  de  1792,  il  fut  arrête 
par  ordre  des  représentants  du  peuple  en  mission, 
sous  prétexte  qu'il  n'avait  point  voulu  marcher 
au  secours  de  Lille.  Acquitté  néanmoins  à  l'una- 
nimité par  le  tribunal  criminel,  ii  se  rendit  au 
camp  de  Dumouriez,  qui  faisait  de  lui  une  estime 
particulière ,  et  obtint  le  commandement  d'une 
dirision  d'infanterie  établie  le 'long  de  la  Rocr, 


185  LANGUE  — 

ittaqué,  le  1"  mars  1793,  par  un  corps  d'armée 
onsidéiable ,  il  n'eut  pas  le  temps  de  rallier  ses 
oldats,  disséminés  sur  une  ligne  de  quatorze 
eues ,  et  opéra  sa  retraite  dans  un  grand  dé- 
ordre. On  le  rendit  responsable  de  cette  défaite, 
laquelle  il  n'était  pas  en  son  pouvoir  de  s'op- 
oser  :  arrêté  de  nouveau,  il  fut  traduit,  ainsi 
ue  le  général  Steingel,  qui  servait  sous  ses  or- 
res,  à  la  barre  de  la  Convention  dans  la  séance 
u  28  mars  1793.  Ce  fut  l'avocat  Jean  de  Bry, 
résident ,  qui  procéda  à  son  interrogatoire, 
[aigre  l'intervention  bienveillante  de  Danton,  qui 
btint  de  l'assemblée  que  les  comités  fissent  un 
ipport  plus  complet  sur  l'ensemble  de  cette  af- 
ire ,  Lanoiie,  ramené  en  prison ,  comparut,  le 
î  avril  suivant,  devant  le  Tribunal  révolution- 
iireet  monta,  trois  jours  après,  sur  Téchafaud. 

P.  L— Y. 
Dumouriez,  Mémoires.  —  Moniteur  univ.,  1793. 
î  LA  NO  CE  (  Félix- Hippolij  te),  peintre  fran- 
lis,  né  à  Versailles  (Seine-et-Oise),  le  14  octobre 
Î12.  Élève  de  Victor  Berlin  et  d'Horace  Ver- 
ît,  il  remporta  en  1841  le  premier  grand 
•ix  de  paysage  sur  le  sujet  ô'Adam  et  Eve 
lassés  du  Paradis  terrestre.  Ce  paysagiste 
reproduit  différents  sites  de  la  forêt  de  Fon- 
inebleau  et  des  environs  de  Versailles ,  ex- 
isés  à  divers  salons ,  depuis  1835.  On  a  sur- 
ut  remarqué  de  lui  :  au  salon  de  1833,  une 
'le  de  la  Seine  à  Rouen  ;  au  salon  de  1835, 
16  Vîie  des  Aqueducs  de  Bue;  à  ceux  de  1837 
1839,  une  Vue  prise  à  Sassenage  (Isère); 
celui  dfe  1844  :  une  Vue  de  Terracine  (États 
imains);  en  1847,  \efi  Tombeaux  étrusques 
mvirons  de  Naples)  ;  en  1848  :  une  Vue  prise 
ins  Vile  de  Capri  (  golfe  de  Naples  )  ;  en 
(52  :  une  Vîie  prise  dans  le  bois  de  La  Haye 
Hollande);  en  1854  ;  Saint  Benoit  dans  les 
•Utudes  de  Subiaco,  tableau  qui  est  dans  l'é- 
ise  Sàint-Étienne-du-Mont;  en  1855  :  une  Vue 
ise  à  Pont-Rousseau  ,  près  de  Nantes,  et 
le  autre  des  Bords  de  la  Newa.  G.  de  F. 
.'Irclùves  de  l'École  imp.  des  Beaux-Arts. 
l  LA  KOVRAis  (Prosper- Alexandre  de  ), 
onoiniste  français,  né  le  27  juillet  1810,  à  Saint- 
ionard  ,  pi'ès  de  Saint-Malo.  Après  ses  études 
issiques,  il  suivit  les  cours  de  l'École  de  Droit 
,  Paris,  et  fut  reçu  avocat  au  barreau  de  Paris. 
s'adonna  alors  spécialement  à  l'étude  des  lan- 
es  modernes  et  à  l'histoire.  Après  avoir  donné 
,e  traduction  du  célèbre  ouvrage  de  Hammer, 
Histoire  de  l'Ordre  des  Assassins,  il  voyagea  en 
lède,  en  Danemark, surtout  en  Allemagne,  dont 
jî'est  parfaitement  appropriée  la  langue,  et  plus 
ii'd  en  Angleterre  et  en  Belgique.  On  a  de  lui  : 
stoire  de  V  Ordre  des  Assassins,  par  Hammer, 
id.  de  l'allemand  et  augmenté  de  pièces  justi- 
atives,  avecJ.-J.  Hellert;  Paris,  1833,  in-S"; 
La  Confédération  et  la  Diète  gei-maniqiies ; 
iris,  1836,  in-8°  ;  —  V Association  des  douanes 
\lemandes ,  son  passé,  son  avenir;  Paris, 
40,  in-8°  ;  cet  ouvrage  a  été  traduit  en  alle- 


LANSBERGHri  486 

'  mand  ;  —  Les  Chemins  de  Fer  et  les  Chambi'es, 
ou  observations  sur-  les  chemins  de  fer  votés 
dans  les  précédentes  sessions  par  la  Chambre 
des  Députés;  Paris,  1841,  in  8";  — De  l'Asso- 
ciation douanière  entre  la  France  et  la  Bel- 

1  gique;  Paris,  1842,  in-s";  —  Étude  sur  les 
moyens  les  plus  propres  à  amener  la  réduc- 
tion du  prix  delà  viande,  et  par  suite  de  la 
condition  de  la  meilleure  alimentation  chez 

!  les  peuples  ;  Paris,  1857,  in-8"  (extrait  du  jour- 
nal L'Ami  des  Champs).  Depuis  1835  il  fut  un 
des  rédacteurs  de  la  Revue  Germanique,  à  la- 
quelle il  a  fourni  un  grand  nombre  d'articles  sur 
l'économie  politique,  la  statistique,  le  droit 
public,  l'histoire  et  l'agriculture  de  l'Allemagne. 
Depuis  la  même  ipoque  il  est  aussi  l'un  des  ré- 
dacteurs de  la  Revue  française  de  Législation 
et  d'Économie  politique.  Enfînil  afourni  denom- 
breux  articles  d'histoire,  de  commerce  et  d'indus- 
trie à  Y  Encyclopédie  des  Gens  du  Monde,  au 
Journal  des  Économistes  et  à  divers  autres  re- 
cueils périodiques.  G.  de  F. 
Documents  particuliers. 

*  LANSAC  (Frariçois- Emile  de  ),  peintre  fran- 
çais, né  en  1805,  à  Tulle  (  Corrèze).  Il  étudia  la 
peinture  dans  les  ateliers  de  MM.  Langlois  et  Ary 
Scheffer,  s'adonna  d'abord  au  genre  historique, 
puis  au  portcait,  et  obtint  du  jury  des  exposi- 
tions deux  médailles  d'or  en  1836  et  en  1838  et 
une  mention  honorable  à  la  suite  du  concours  uni- 
versel de  1855.  Nous  citerons  de  lui  :  Episode 
du  Siège  de  Missolonghi ;  —  La  jeune  Fille  à 
la  fontaine; —  Trait  de  courage  du  Com- 
mandant Daru  ;  1842  ;  —  Sujet  tiré  des  Confes- 
sions deJ.-J.  Rousseau  ;  i8i6;  —  Chasseurs 
au  marais  ;  1852  ;  —  L'Aumônier  du  régiment 
et  ^e  Trompette  des  Guides  ;  1855;  — Che- 
vaux en  liberté;  1857.  Parmi  ses  portraits 
équestres,  on  remarque  ceux  de  Napoléon  I^r^ 
d'Olivier  de  Clisson  ,  du  duc  d'Orléans  et  du 
prince  Louis- Napoléon.  K. 

,  Livrets  des  Salons. 

hLXKsnE&G (Mathieu).  Voy.  Laenseerg. 

LANSBERGHE  DE  JVIEULEBEECRE  (Phi- 
lippe VAN  ),  mathématicien  belge,  né  à  Gand,  le 
25  août  1561,  mort  à  Middelbourg,  le  8  no- 
vembre 1632.  Ses  parents,  fuyant  en  1566  la 
pei'sécution  des  catholiques  ,  l'emmenèrent  en 
France,  puis  en  Angleterre,  oii  il  fit  ses  études. 
De  retour  dans  les  Pays  Bas,  il  fut  nommé  mi- 
nistre à  Anvers;  mais  cette  ville  étant  retombée 
au  pouvoir  de  Philippe  H,  le  17  août  1585,  van 
Lansberghe  dut  se  réfugier  dans  les  Provinces- 
Unies,  et  l'année  suivante  fut  installé  dans  la  chaire 
évangélique  de  Ter-Goes  (Zélande),  qu'il  remplit, 
exerça  durant  vingt-neuf  années  (i).  En  1615, 
ayant  été  déclaré  émérite,  il  se  retira  à  Middel- 
bourg, où  il  ne  s'occupa  plus  que  d'astronomie 
et  de  mathématiques.  On  a  de  lui  :  Sermones  LU 


(1/  C'est  ce  long  séjour  qui  a  fait  écrire  à  Vossius  et  à 
Bayle  que  Philippe  Tan  Lansberghe  était  né  en  Zélande. 


i6. 


487 


LANSBERGHE 


in  cathesin  religionis  christianx,  qiise  in 
Belgii  et  Palatinaius  Ecclesiis  docetur;  — 
Chronologie  sacrœ  Libri  VI,  in  qidbus  an- 
norum  mundi  séries,  ab  orbe  condito,  ad 
eversa  per  Romanes  Èierosolyma,  nova  me- 
thodo  ostenditur ;  kmsitxA&m,  1626,  etMiddel- 
bourg,  1645,  in-4°;  cette  chronologie  a  été  peu 
suivie  ;  —  Cyclometrix  novse  Libri  duo  ;  Middel- 
bourg,  1628,  in-4°  ;  —  Progymnasmatum  As- 
tronomias  restitutee  Liber  primus,  De  Motu 
Solis;  Middelbourg,  1629,  m-V;  —  Commen- 
tationes  in  Motum  Terrse  diurnum  et  an- 
nuum,  et  in  verum  adspectabilis  cœli  ty- 
pum,  in  quibus  £TTi<j7i[iovtxw;  ostenditur  diur- 
num annuumque  motum,  qui  apparet  in  sole 
et  cœlo,  non  deberi  soli  aut  cœlo  sed  soli 
terras  ;  simulque  adspectabilis  cœli  typais  ad  vi- 
vumexprimitur,  etc.;Middelbourg,  1630,in-4°; 
trad.  en  français  par  David  Goubard,  Midfiel- 
bourg,  1633,  in-fol.  Lansbergbe  se  déclare  vive- 
ment pour  l'hypothèse  de  Kopernik,  qu'il  se  propo- 
sait de  perfectionner  ;  —  Vranometrise  Libri  III; 
Middelbourg,  1631,  in-4°;  —  Triangulorum 
geometricum  libri  IV;  Middelbourg,  1631, 
in-4°;  —  Introductio  in  Quadrantem,  tum 
astronomicum ,  tum  geometricum,  necnon 
in  Astrolàbium;  Middelbourg,  1633,  in-fôl.; 
trad.  en  flamand  par  Goubard,  Middelbourg, 
1650,  in-4°  ;  —  Horologiographia  nova,  in 
qua  omne  genus  Scioiericorum  Horologiorum 
ostenditur;  —  Tabulas  Motuum  cœlestium 
perpétuas,  ex  omnium  temporum  observatio- 
nibus  constructae  :  l'auteur  travailla  quarante 
années  à  ces  tables;  —  Observationum  astro- 
nomicarum  Thésaurus;  trad.  en  français  par 
D.  Goubard ,  sous  le  titre  de  Les  Tables  per- 
pétuelles de  Philippe  Lansbergue,  etc.;  Middel- 
bourg, 1633,  in-fol.  Les  Opéra  omnia  de  Phi- 
lippe van'  Lansbergbe  ont  été  publiés  à  Middel- 
bourg, 1663,  in-fol.  L— z— E. 

Valèrc  André,  Hibliotheca  Belqiea,  p.  775.  —  Smalle- 
g^ng,  Chronyk  van  Zeeland,  p.  317.  —  Bayle,  Diction- 
naire, I,  p.  S8i.  —  Lulscli.'S,  Jlyemeen  woordensb.,  I.  90. 

—  Lelong,  Bibliotheca  Sacra,  p.  821.  —  Toppcns,  Bibtio- 
theca  Belgica,  p.  1035-1036. 

LANSBERGEN  (  Pierre),  théologien  hollan- 
dais, fils  du  précédent,  né  à  Ter-Goes  (Zéiande), 
mort  à  Middelbourg,  vers  1660.  Il  exerça  d'a- 
bord le  pastorat  dans  sa  ville  natale;  mai»  de 
nombreuses  disputes  théologiques  l'en  dégoû- 
tèrent; il  apprit  alors  la  médecine,  qu'il  pra- 
tiqua à  Middelbourg.  Il  a  écrit  en  flamand  les 
ouvrages  suivants  :  Découverte  des  Turpi- 
tudes de  M.  Apollonius  ,  dans  les  excuses 
qu'il  fait  des  calomnies  qu'il  a  débitées  contre 
Pierre  Z/awsôerg'en  ;  Middelbourg,  1647,  in-12; 

—  Liste  des  Fautes  commises  en  1613  par  les 
ministres  de  Zéiande  dans  leur  écrit  contre 
Philippe  et  Pierre  Lanshergen;  Middelbourg, 
1648,  in-12;  —  Avis  contre  les  infâmes  men- 
songes débités  nouvellement  sous  le  nom  em- 
prunté d'Yiûànt  Vellepoter;  Middelbourg,  1648, 
in-i2.  On  attribue  à  Pierre  Lansbergen  ;  Bel- 


■  LANSDOWNE  488 

lum  germanicum  Gnstavi  Magni;  Rotterdam 
1652,  in-12.  L— z— e. 

Jia\en,Beschr.van  Dordreeht,  p.  1113-llU. 

LANSBERGEN  {Jacques  ),  médecin,  magis 
trat  et  mathématicien  hollandais,  frère  du  précé 
dent,  né  à  Ter-Goes,  vers  1590,  mort  en  1657 
Il  se  fit  recevoir  docteur  en  médecine.  En  1640  i 
entra  dans  la  régence  de  Middelbourg  en  qualil( 
de  conseiller,  fut  plusieurs  fois  échev'in  et  devini 
bourgmestre  en  1649.  Mais,  suspecté  de  vouloii 
attenter  aux  droits  des  kiezeren  (électeurs),  i, 
fut  exclu  de  la  régence,  et  se  retira  en  Hollande 
où  il  termina  ses  jours.  Le  portrait  de  Jacquej 
Lansbergen  a  été  peint  et  gravé  en  1734.  Jacquei 
Cats  y  a  joint  un  éloge  en  vers  dans  lequel  i 
vante  l'habileté  du  savant  zélandais  commi 
médecin  et  mathématicien.  On  a  de  Lansben 
gen  :  Disputatio  de  Moscho,  conversus  medico 
Mittelburgenses  (ces  médecins  étaient  Corneilli 
Heris,  David  Ultraeus  et  Jérôme  Smallegang} 
dans  les  Tractatus  varii  de  Moscho;  Middel 
bourg,  1613,  1614,  in-8";  —  Apologia  pr 
Commentationibus  Philippi  Lansbergii  i 
Motum  Terras  diurnum  et  anmium  contre  Li 
bert  Froidmont,  Jean-Baptiste  Morin,  et  Pieri 
Bartholin-,  Middelbourg,  1633,  in-4°.  C'est  un 
réponse  à  la  Solutio  problematis  de  Tellur, 
Motu  vel  Quiète  de  J.-B.  Morin  (Paris,  163 
in-4''),  dans  laquelle  celui-ci  attaquait  le  systèn 
des  kopernicains.  Morin  riposta  par  Responsi 
pro  Telluris  Quiète,  etc.;  Paris,  1634,  in-4 
Heris  écrivit  aussi  contre l'^poZo^ie  de  Lansbei 
gen.  L— z— E. 

Paquot,  Mémoires  povr  servir  à  l'histoire  Uttërai 
des  Pays-Bas,  t.  Vlll,  p.  379-381. 

LANSBERGHE  (7aco6  VAN  ),  historien  hoi 
landais,  né  à  Hulst,  vers  1650.  Il  fut  échevin  li 
sa  ville  natale  en  1682  et  bourgmestre  de  1685) 
1688.  On  a  de  lui  :  Beschryvinge  van  de  siau 
hulst,  behelsende  haer  oude  opkomst,  tegei 
woodige,  toeslandt,  en  veelvulgevallen,  e1 
(Description  de  la  ville  de  Hulst,  contenants' 
origine,  ses  accroissements  et  les  principaux  év 
nements  qui  y  sont  arrivés ,  etc.  )  ;  La  Haye,  1 68 
10-8°;  Rotterdam,  1692,  in-8°. 

Paquot,  Mém.  pour  l'hist.  litt.  des  Pays-Bas,  t.  VI 
p.  S81. 

*  LANSDOWNE  (  Henri  Petty  Fitz-Mauri( 
troisième  marquis  de),  homme  d'État  an 
né  le  2  juiflet  1780.  Lord  Henri  Petty  (il  apo 
ce  nom  jusqu'à  la  mort  de  son  demi-frère 
1809)  est  le  second  fils  et  le  seul  survivant 
premier  marquis  de  Lansdowne,  homme  d'É 
illustre,  plus  connu  sous  le  nom  de  comte 
Shelburnc.  11  fut  d'abord  envoyé  à  Westminst 
School,  passa  dès  1795  quelques  années  à  l'u 
versité  d'Edimbourg,  et  vint  achever  son  édu 
tion  à  Cambridge,  où  il  prit  son  diplôme 
maître  es  arts  en  1801.  C'est  surtout  à  Édi 
bourg  qu'il  fit  les  fortes  études  qui  formèrent! 
esprit  et  développèrent  ses  talents  naturels.  PI 
sous  les  soins  immédiats  de  Dugald  Stewart 
puisa  dans  sa  société  et  ses  leçons  les  doctrii 


469 

es  plus  libérales  et  les  plus  éclairées  en  histoire, 
m  politique  et  en  philosophie,  et  non  pas  sim- 
jDlemenl  l'amour  du  gouvernement  constitution- 
jiei  et  de  la  liberté,  mais  le  goût  le  plus  vif  pour 
a  littérature  et  les  sciences,  goût  qui  a  donné  à 
>a  vie  sociale  et  privée  un  cachet  de  distinction 
particulière,  et  qui   pendant  près   d'un  demi- 
;iècle  a  fait  de  sa  maison  l'asile  et  le  rendez- 
cour  de  la  société  littéraire  la  plus  distinguée  de 
ion  époque.   C'est   à  Edimbourg  qu'il  connut 
Srougham,  Horner,  Jeffrey,    Sidney  Smith  et 
lutres,  alors  jeunes  gens  pleins  d'espérance,  et 
levenus  plus  tard  hommes  célèbres,  les  uns  par 
l'éclatante  supériorité  de  leurs  talents,  les  autres 
bar  la  vivacité  desprit,  la  profondeur  de  savoir 
;f  la  haute  intelligence  de  critiques.  Après  avoir, 
suivant  l'usage  des  jeunes  lords  anglais,  fait  un 
>oyage  dans  plusieurs  États  du  continent,  il  se 
disposa  à  entrer  dans  la  vie  publique ,  et  l'in- 
iluence  de  son  père  le  fit  nommer  membre  du 
îparlement  pour  le  bourg  de  Calne  dans  le  comté 
ie  Wilts  (1802).  Il  ne  se  pressa  point  de  prendre 
part  aux  discussions  de  la  chambre  des  com- 
munes ;  il  observait  et  étudiait  le  caractère  des 
)rateurs  et  de  l'assemblée,  et  poursuivait  eu  si- 
lence ses  études  du  passé.  En  1804,  il  fit  son  pre- 
mier discours  sur  une  question  irlandaise.  Le  parti 
tory,  dirigé  par  Pitt,  était  alors  au  pouvoir,  et 
d'après  l'acte  de  restriction  sur  les  banques  les 
Irlandais  étaient  menacés  de  désastres  sérieux, 
à  cause  de  l'émission  excessive  de  papier-mon- 
naie qu'avaient   faite   les   banques  privées   du 
pays.  Le  discours  que  prononça  le  jeune  lord  à 
icette  occasion,  discours  tout  à  fait  opposé  aux 
vues  du  ministère,    était   remarquable  par  la 
clarté  et  la   rectitude  des  idées  qu'il  développa 
sur  la  question  générale  de   circulation  et  les 
vrais  principes  d'économie   politique.    L'année 
suivante,  il  ajouta  à  sa  réputation  de  débuter 
parlementaire  par  son  discours  sur  une  accusa- 
tion de  péculat  portée  contre  lord  Melville.  Pitt, 
qu'excitaient  à  la  fois  les  exigences  de  son  parti 
et  son  amitié  privée,  défendit  avec  beaucoup  de 
chaleur  son  collègue  sur  l'accusation  de  corrup- 
tion officielle;  lord  Henri  Petty,  dont  le  carac- 
tère loyal  et  élevé  ne  comprenait  pas  qu'on  pût 
s'exposer  même  à  un  soupçon  d'improbité  poli- 
tique ou  de  concussion   privée ,  lui  fit  une  ré- 
ponse aussi  forte  que  sévère.  Le  ])remier  mi- 
nistre étant  mort  quelques  mois  après,  et  le  parti 
tory  ayant  été  désorganisé,  les  whigs  parvinrent 
au  pouvoir  .sous   Grenville  et  Fox,  qui  nommè- 
rent lord  Petty  chancelier  de  l'Échiquier,  poste 
occupé  naguère  par  Pitt,  auquel  il  succéda  aussi 
comme  représentant  de  l'université  de   Cam- 
bridge (1806).  Il    prit  alors  souvent  la  parole, 
particulièrement    sur  des    sujets  de  finances. 
Mais  ce  ministère  Grenville  ne  dura  pas  assez 
pour  donner  à  lord  Petty  l'occasion  de  montrer 
l'étendue  de  ses  talents  politiques  et  financiers,  et 
le  temps  de  se  faire  unegrande  réputation  (1807). 
11  inspira  cependant  une  haute  opinion  de  sa  ca- 


LANSDOWNE  490 

pacité  comme  homme  d'État.  Pour  qu'elle  se 
HiOntràt  dans  tout  son  éclat,  il  fallait  des  chances 
favorables  dans  l'avenir,  et  ce  ne  fut  que  vingt 
ans  après  que  son  parti  parvint  de  nouveau  au 
pouvoir.  Il  ne  resta  pas  inactif  pendant  ce  long 
intervalle  ;  son  nom  est  associé  à  toutes  les  prin- 
cipales mesures  du  parti  libéral.  Telle  fut,  entre 
autres,  l'abohtion  de  l'esclavage ,  qu'il  défendit 
dès  1807  et  plus  tard  en  1814  et  1821  par  des 
motions  spécifiques.  Admis  à  la  chambre  des 
pairs,  comme  marquis  de  Lansdoowne,  a  la 
mort  de  son  demi-frère  (1809),  il  se  montra  le 
défenseur  constant  des  droits  et  de  la  liberté  des 
nations  étrangères.  En  1807  il  avait  commencé 
à  battre  en  brèche  les  lois  pénales  contre  les  ca- 
tholiques d'Irlande;  il  continua  à  soutenir  leurs 
droit.s  avec  autant  de  chaleur  que  d'éloquence, 
et  quelques-uns  de  ses  meilleurs  discours  furent 
inspirés  par  cette  cause.  Après  avoir  été  dix-huit 
ans  en  dehors  de  l'administration ,  il  devint  mi- 
nistre de  l'intérieur  à  l'avènement  de  Canning 
comme  premier  ministre  (1827),  et  des  affaires 
étrangères  sous  la  courte  administration  de  son 
successeur,  lord  Goderich.  Il  prit  la  plus  noble 
part  à  l'importante  question  de  l'émancipation 
des  catholiques,  qu'il  fit  enfin  triompher.  Il  fut 
dans  les  rangs  de  l'opposition,  sous  le  ministère 
du  duc  de  Wellington  (1829-30),  et  devint  pré- 
sident du   conseil  dans  le  ministère  whig  de 
lord  Grey  (1830-34).  Il  prit  un  rôle  actif  dans 
les  débats  sur  le  bill  de  réforme,  bill  dont  il  avait 
défendu  le  principe  pendant  tout  le  cours  de  sa 
vie   politique.  Sorti  du  ministère  en  novembre 
1834,  il  y  rentra  en  avril  ,1835,  et  en  fit  partie 
jusqu'à  laretraite  de  lord  Melbourne  (sept.  1841). 
A  l'avènement  de  sir  Robert  Peel,  cette  même 
année,  lord  Lansdovsne  devint  le  chef  reconnu 
de  l'opposition  dans  la  chambre  des  lords,  et 
dans  cette  position  sa  dignité  et  sa  politesse  lui 
concilièrent  le  respect  et  l'estime  même  de  la 
part  de  ses  adversaires.  A  une  connaissance  pro- 
fonde de  tous  les  sujets  de  débats,  passés  et  pré 
sents,  il  joint  une  éloquence  facile,  et  une  par- 
faite égalité  de  caractère,  que  ne  peuvent  troubler 
les  attaques  les  plus  violentes.  En  1846,  sous  le 
ministère  de  lor.d  John  Russel,  il  redevint  ministre 
président  du  conseil  et  chef  des  whigs  dans  la 
chambre  haute.  Il  sortit  de  l'administration  en 
1852  avec  le  premier  ministre,  et  en  se  retirani 
prononça  un  discours  plein  d'une  touchante  di- 
gnité, et  qui  a  laissé  un  long  souvenir.  A  la  re- 
traite du  comte  de  Derby  (décembre  1852j,  il  fut 
invité  par  la  reine  à  prendre  les  rênes  de  l'admi- 
nistration ;  mais  il  refusa,  et  se  contenta  d'occuper 
un  siège  dans  le  cabinet,  sans  fonctions  détermi- 
nées, sous  le  comte  d'Aberdeen  et  ensuite  sous 
lord  Palmerston.  Lord  Landsowne  est  le  Nestor 
de  la  chambre  haute,  et  il  jouit  au  plus  haut 
degré  de  l'estime  universelle  de  toutes  les  classes 
de  la  nation  anglaise.  J.  Chasut. 

Emjlish  Cyclopcdia. 

LAKSDOWNE  (Vicomte).  yoy.GRANvai.E, 


491  LANSEL  - 

LANSELon  LANSSRLirs  (Pierre),  érudit  fla- 
mand, né  eu  1580,  à  Gravelines,  mort  le  16  août 
1632,  à  Madrid.  Admis  de  très-bonne  heure  dans  la 
Société  de  Jésus,  il  s'appliqua  à  l'étude  des  lan- 
gues orientales  ainsi  qu'à  la  critique  sacrée  et  par- 
courut l'Allemagne,  dont  il  explora  avec  soin  les 
plus  riches  bibliothèques.  Sa  réputation  d'érudit 
était  si  bien  acquise  que  Philippe  IV,  roi  d'Es- 
pagne ,  l'appela  à  Madrid  pour  y  occuper  une 
chaire  d'hébreu.  On  a  de  lui  :  S.  Dïonysn  Areo- 
pagitœ  Opéra  omnia  qux  exstant  ;  Paris,  161 5, 
in-fol.,  édition  reproduite  dans  la  Bibliotheca 
magna  Patrum,  X.  \",  et  à  laquelle  Lansselius 
a  ajouté  d'anciennes  scoties  grecques  et  une  Dis- 
putatio  apologetica  sur  la  vie  et  les  écrits  de 
Denys;  —  Bihlïa  sacra  Yulgatse  editioms 
Sixti  V;  Anvers,  1624-1625,  2  vol.  in-fol.;  sup- 
plément au\  scolies  de  Jean  Mariana  et  d'Emma- 
nuel Sa ,  augmenté  des  Correctiones  de  Fran- 
çois Luc,  de  Bruges;  —  Dispitnctio  Calum- 
niarum  qux  S.  Justïno  martyri  imiruntur 
ab  Isaaco  Casaubono;  Paris,  1636,  in-fol.  K. 
Solwel,  Biblioth.  Scriptorum  Soc.  Jesu.  —  JOcher, 
^llg.  (Jelchrlen-Lexilcon. 

LANTARA  {S\mon-Mathurin),Qé\khY&  peintre 
et  dessinateur  français ,  né  à  Oncy,  près  Miily, 
le  24  mars  1729,  mort  à  l'hôpital  de  la  Charité 
de  Paris,  le  22  décembre  1778  (1).  Il  était  fils  de 
Françoise  Malvilain ,  fille  non  mariée;  mais,  à 
la  suite  d'un  procès  difficile,  l'enfant  fut  re- 
connu par  Simon-Mathurin  Lanlara,  ouvrier 
tisserand,  qui  épousa  Françoise  Malvilain,  le 
25  février  1732  (2).  II  ne  reçut  dans  son  en- 
fance d'autres  leçons  que  celles  du  magister  de 
son  village,  et  cette  première  instruction  s'arrêta 
bien  vite;  car  à  l'âge  de  huitans,  ayant  perdu  sa 
mère,  le  jeune  homme  fut  contraint  d'abandonner 
l'école  et  d'entrer  comme  gardien  de  bestiaux  au 
château  de  La  Renommière,  appartenant  à 
Pierre  Gillet,  échevin  de  la  ville  de  Paris.  Ce 
fut  dans  cette  fraîche  campagne,  au  milieu  de 
sites  pittoresques  et  gracieux,  que  le  jeune  pâtre 
sentit  se  révéler  en  lui  ce  goût  de  la  représenta- 
tion de  la  nature  qui  devait  le  placer  au  rang  des 
premiers  paysagistes.  Bientôt  la  passion  du  pein- 
tre s'empara  de  Lantara  :  il  traçait  avec  un  bout 
débranche,  sur  le  sable  ou  sur  les  rochers,  le 
plan  de  ses  tableaux  agrestes  qu'il  nuançait  en- 
suite avec  des  couleurs  naturelles,  des  feuilles 
vertes,  des  brins  de  mousse,  des  petits  cailloux. 
Un  jour  le  fils  du  seigneur  de  La  Renommière, 


(1)  La  plupart  des  biographes  ont  toujours  parlé  de 
cet  artiste  sans  donner  le  moindre  détail  sur  son  exis- 
tence. Les  uns  le  font  naîlrf;  à  Montargis  on  à  Chaliettes, 
vill;ige  près  de  cftte  ville;  les  autres  lui  donnent  pour 
patrie  Melun,  Fontainebleau  ou  Achères.  l/époque  de 
sa  naisssance  variait  depuis  17)0  jusqu'en  174S.  Grâce 
aux  recherches  de  M.  Emile  Bellier  de  La  Chavi- 
gnerie,  nous  pouvons  donner  sur  Lantara  des  rensei- 
gnements inédits  et  certain^:. 

(2)  M.  Ch.-F.  Lapicrre,  dans  Les  Hommes  illustres  de 
VOrléiinais,  le  fait  fils  d'un  peintre  d'enseignes  et  d'une 
marchiinde  de  toilettes.  Le  même  écrivain  le  fait  mourir 
a  trente- trois  ans. 


LANTARA  49: 

.^I.  Gillet  de  Laumont,  étant  venu  au  château  dij 
son  père ,  fut  frappé  des  dispositions  arlistiqiîfeij 
du  jeune  vacher.  Il  l'emmena  à  Versailles,  et  li 
plaça  chez  un  peintre  dont  on  ne  sait  pas  Ii 
nom  :   Lantara  quitta  ce  premier  maître  pou 
entrer  au  service  personnel  d'un  autre  artiste  di 
Paris,  qui  lui  paya  ses  gages  en  leçons  de  pein 
ture.  Se  sentant  assez  fort  pour  se  passer  dt 
guide ,  Lantara  quitta  l'atelier,  et  vint  se  logei 
rue  Saint-Denis  dans  une  pauvre  mansarde,  d'oî 
il  pouvait  à  peine  entrevoir  le  ciel.  11  travaillai 
peu   et  rêvait  beaucoup.  Dans  sa  maison  étal 
ime  fruitière  nommée  Jacqueline,  fille  d'une  inar^ 
chande  aux  halles,    qui   chantait  plus  qu'elh 
ne  vendait.  La  man.sarde  et  le  rez  de  chausséi 
tirent  bientôt  connaissance;  tous  deux  jeune.s. 
insouciants  et  pauvres,  ils  associèrent  leur  gaUf 
et  leur  misère.  Avec  son  talent  et  son  heureuse 
facilité,  Lantara  eût  pu  acquérir  de  l'aisance;! 
mais  artiste  par  le  génie,  il  l'était  aussi  par  k 
paresse,  et  la  pauvreté  était  la  véritable  muse  insi 
piratricedu  paysagiste.  Puis,  enfant  de  la  nature, 
il  ne  dessinait  jamais  si  bien  qu'en  bras  de  che- 
mise et  sans  cravate.  Ce  laisser-aller  ne  pouvail 
lui  faire  trouver  de  protecteurs;  il  ne  plaçait 
donc  ses  productions  qu'à  des  marchands  et  à 
vil  prix.  Pour  son  complet  malheur,  Jacqueline 
mourut;  c'était  la  seule  per.sonne  dont  il  eûtét^ 
compris  et  aimé.  11  ne  chercha  pas  à  se  remar- 
rier  :  il  se  mit  à  hanter  le  cabaret  pour  oublier  uo 
amour  aussi  constant  que  sincère.  Cependant  La» 
tara  ne  fut  point  le  bohème ,  le  fainéant ,  l'ivrogne 
qu'il  a  plu  aux  vaudevillistes  de  mettre  en  scène, 
Assurément  il  allait  au  cabaret  ;  mais  il  y  allai! 
pour  prendre  ses  modestes  repas,  comme  la  ma- 
jeure partie  des  écrivains  et  des  artistes  de  son 
temps.  Alexandre  Lenoir,  qui  l'avait  connu,  le 
montre  pauvre  et  heureux  dans  sa  misère  ; 
crayons,  sa  palette,  ses  pinceaux  et  une  huppe 
qu'il  chérissait,   formaient  tout   son  mobilier, 
«  Avec  de  grands  talents  il  avait  l'insouciance 
et  la  naïveté  d'un  enfant.  Ce  Lantara,  ajoute-t-il,' 
avait  les  bonnes  et  les  mauvaises  qualités  d'Ar-' 
lequin  ;  il  était,  comme  le  Bergamasque ,  naïf, 
spirituellement  bête  et  habilement  maladroit.  » 
Il  le  peint  plus  gourmand  qu'ivrogne.  Il  aimaits 
mieux  une  bavaroise  au  chocolat  qu'une  bonteilh 
de  vin ,  et  tous  ceux  qui  l'entouraient  abusaieii 
de  ce  défaut  et  de  son  insouciance  en  lui  faisani 
faire  des  des.sins,  même  des  tableaux,  pour  un 
dîner,  un  gâteau  d'amandes,  une  tourte  ou  quel 
que  friandise  (1).  Quand  il  avait  bien  bu,  bien: 
mangé,  il  allait  rêver  dans  les  champs,  sans  souci 
de  la  gloire,  ni  de  la  fortune.  Il  aimait  la  splea 
deur  des  astres,  les  mystères  du  crépuscule  et  le' 
silence  de  la  nuit.  «  Souvent,  dit  M.  Charles 

Blanc,  on  le  voyait  le  soir,  immobile  sur  le  Pont- 

I 

j  (1)   .\lcxandre  Lenoir  cite  le  limonadier  Talbot,  placéi 

I  près  du  Louvre,  comme  ayant  obtenu  une  bille  suite  de 

j  dessins  de  Lantara,  dont  il  tira  un  ^Tand  bénéfice,  avec 

I  les  bavaroises  et  le  café  à  la  crème  (\n'\\  lui  donnait  à. ses 

I  déjeuners. 


493  LANTARA  — 

Neuf,  à  regaitler,  dans  une  sainte  extase,  le  soleil 
dessinant  les  arches  des  autres  ponts  et  se  mou- 
vant en  rayons  brisés  sur  l'eau  du  fleuve;  il  pleu- 
rait d'admiration.  Une  fois  rentré  dans  son  ga- 
Iclas  ou  remisé  au  fond  de  son  café,  Lantara 
peignait  de  mémoire  les  effets  qui  l'avaient  ému, 
ou  bien  il  dessinait  à  la  lueur  d'un  quinquet,  sur 
papier  bleu,  avec  des  rehauts  de  ciayon  blanc, 
tantôt  des  clairs  de  lune  tranquilles  et  mysté- 
rieux, tantôt  des  levers  de  soleil  dont  il  savait 
par  cœur  les  teintes ,  les  oppositions  et  les  ac- 
cidents. » 

Vers  la  fin  de  sa  vie,  Lantara  avait  acquis  de 
la  réputation.  Quelques  amateurs  éclairés  tâ- 
chèrent de  l'attirer  chez  eux.  Mais  il  semblait 
que  la  dépendance  éteignît  son  génie;  au  milieu 
des  séductions  du  luxe  et  du  confortable,  l'in- 
constant artiste  ne  savait  rien  produire;  et  il 
retournait  vite  à  son  cabaret  de  la  rue  du  Chantre. 
Un  financier  voulut  être  son  prolecteur  :  Lan- 
tara mangea  et  but  quelque  temps  chez  lui,  puis 
il  s'ennuya,  et  revint  à  l'auberge  en  disant  :  «  J'ai 
secoué  mon  manteau  d'or  i>.  Un  de  ses  Clairs 
de  lune  lui  fut  payé  par  le  comte  de  Caylus 
cent  écus.  Lantara ,  surpris  de  se  voir  autant 
d'argent,  emporta  chez  lui  son  trésor.  Mais, 
comme  le  savetier  de  la  fable ,  il  eut  peur  des 
voleurs;  il  consulta  ses  amis,  et,  après  mûre  dé- 
libération, il  fut  décidé  qu'on  boirait  les  cent 
écus  pour  qu'ils  ne  fussent  pas  volés.  Jl  avait 
une  profonde  aversion  pour  les  figures,  et  n'en 
mettait  jamais  dans  ses  tableaux.  M.  Charles 
Blanc  affirme  qu'il  savait  si  peu  faire  ce  qu'il  ap- 
pelait des  bonshommes,  queTaunay,  Demarne, 
Barré,  Bernard  et  surtout  .losepb  Vernet  lui 
prêièrent  souvent  leur  concours  pour  animer  ses 
paysages.  Un  jour  un  certain  marquis  lui  avait 
commandé  la  vue  extérieure  d'une  église  avec 
ses  environs  ;  le  peintre  n'y  mit  pas  un  seul  per- 
sonnage. Le  marquis  lui  fit  observer  cette  ab- 
sence. '<  Ils  sont  à  la  messe,  dit  Lantara  en  mon- 
trant l'église.  — Eh!  bien  !  je  prendrai  votre  ta- 
bleau quand  ils  en  sortiront,  répliqua  l'amateur.  « 

La  misère  et  l'inconduite  minèrent  rapidement 
la  santé  de  Lantara,  qui  dut  chercher  un  refuge 
à  rhô[iital  de  la  Charité.  Le  supérieur  le  soigna, 
et  parvint  môme  à  le  faire  travailler  en  tlattartt 
son  penchant;  il  lui  promettait  pour  chaque 
dessin  une  visite  à  la  cave.  Lantara  appelait  cela 
«  la  carte  à  payei-  ».  Sorti  une  première  fois  de 
l'hospice ,  il  ne  tarda  pas  à  y  rentrer  :  c'était  le 
22  décembre  1778  à  midi;  à  six  heures  il  avait 
cessé  de  vivre  ;  il  avait  quarante-neuf  ans.  A 
son  det  nier  moment ,  l'aumônier  chercha  à  lui 
peindre  les  joies  du  paradis  :  «  Vous  êtes  bien 
heureux,  mon  fils,  lui  disait-il,  vous  allez  voir 
Dieu  en  face  pendant  l'éternité  !  —  Quoi ,  mou 
pèie,  reprit  le  moribond,  toujonrs  de  face?  Ja- 
mais de  profil  !  »  Et  il  expira.  Un  bel  esprit  du 
temps  composa  et  fit  graver  au  bas  du  portrait 
de  Lantara  le  quatrain  suivant  qui  nous  semble 
assez  bien  résumer  la  vie  du  grand  artiste  ; 


LANTHENAS 


494 


Je  siii.'!  le  peintre  Lantara. 
La  Foi  m'a  tenu  lieu  de  livre, 
L'Espérance  me  faisait  vivre 
El  la  Charité  in'çnterra. 

Malgré  la  rapidité  et  le  décousu  de  sa  vie,  Lan- 
tara est  resté  l'un  des  premiers  paysagistes  fran- 
çais. Sa  manière  rappelle  celle  de  Claude  Lor- 
rain. Il  excellait  dans  la  perspective  aérienne;  il 
rendait  d'une  manière  merveilleuse  les  différentes 
heures  du  jour  ;  les  ciels  de  ses  tableaux  sont 
d'un  ton  vaporeux  et  fin  et  d'une  exquise  légè- 
reté de  touche  :  ses  points  du  jour  ont  toute  la 
fraîcheur  du  matin;  ses  couchers  de  soleil, 
chauds  et  lumineux,  n'ont  pas  moins  de  vérité; 
ses  clairs  de  lune  sont  d'un  ton  argentin,  plein  de 
mélancolie.  Ses  eaux  sont  toujours  mobiles,  trans- 
parentes et  naturelles.  Lantara  a  laissé  peu  de 
tableaux,  parmi  lesquels  son  portrait,  mais  beau- 
coup de  dessins  au  crayon  noir  rehaussé  de 
blanc.  On  cite  entre  autres  un  Orageeià&nx  Vues 
de  fleuves  avec  des  ruines  (1706)  dans  le  genre 
de  Joseph  Vernet,  qui  probablement  en  a  fait  les 
personnages.  Duret  a  gravé  d'après  Lantara  La 
Rencontre  fâcheuse  ;  Le  Pêcheur  amoiireiix  ; 
L'heureux  baigneur;  Le  Bercjer  amoureux ç,n 
quatre  pièces.  Piquenot  a  reproduit  La  Nappe 
d'eau  et  Les  Chasse-Marée ,  deux  pièces.  Le 
Bas  a  gravé  le  premier  livre  des  Vues  des  En- 
virons de  Paris,  douze  feuilles  en  long.  Les  œu- 
vres de  Lantara  ,  signées  de  lui ,  sont  fort  re- 
cherchées. Le  buste  de  ce  maître,  dû  au  ciseau  de 
Guersant,  a  été  solennellement  inauguré  le  6  juin 
1852,  par  les  soins  de  M.  Emile  Bellier  de  La 
Chavigncrie.  Une  charmante  pièce  de  Barré,  Pi- 
card, Radet  et  Desfontaines,  intitulée  Lantara 
ou  Le  l'cinlre  au  cabaret,  a  obtenu  en  1807,  au 
Va\i<Ieville,  un  succès  populaire. 

A.  DE  Lacaze, 

Charles  Blanc  ,  Histoire  des  l'eintres,  a"  40,  École 
française,  n"  20.  —  Ch  -F.  Lapierre,  dans  Les  Hommes 
tUtist7'es  de  l'Orléanais,  t.  l<'^,  p.  33-60.  —  Le  Bas,  Oict. 
encyclopédique  de  la  France.  —  Emile  Bellier  de  La 
r.havignerie ,  Notice  sur  S.-M.  Lantara.  —  Eugène  Dau- 
riac,  dans  Le  Siècle,  ii"  du  30  octobre  1836. 

LASTEîii  (Francesco),  littérateur  italien, né 
en  1801,  à  Briga,  mort  le  15  janvier  1843,  à  Tu- 
rin. Reçu  docteur  en  1823,  il  professa  d'abord 
les  belles-lettres  à  Casai ,  puis  la  littérature  ita- 
lienne à  l'université  de  Turin;  en  1840  il  échan- 
gea cette  chaire  contre  celle  d'éloquence  latine. 
On  a  de  lui  :  Il  Mattino  d'estate;  Turin,  1821, 
in-8";  —  /  due  Cantici  dl  Mosc.  ed  altre  Poé- 
sie sacre;  ibid.,  1827,  in-8'';  —  Vocobolario 
Italiano  e  Latine ,  accresciuto  di  moite  ag- 
giunte  ;  ibid.,  1833,  in-4°;  —  Storia  délia  Mo- 
narchia  di  casa  Savoja;  ibid.,  1835,  in-8°; 
2''  édit.,  1838;  —  et  plusieurs  pièces  de  vers 
insérées  dans  les  recueils  périodiques.        K. 

Ti[aldo,  Biogr.  degli  Italiani  illustri,  IX. 

!-A:vTHE>iAs  ( FrffJîfois ),  homme  politique 
eipubliciste  français,  né  dans  le  Forez,  vers  1740, 
mort  en  1799.  Médecin  obscur  à  Paris  au  com- 
mencement de  la  révolution ,  il  acquit  une  cer- 


495 


LANTHENAS  —  LANTIER 


496 


taine  notoriété  par  la  pubHcation  de  quelques 
brochures  démocratiques,  et  fut  admis  dans  l'in- 
timité de  la  famille  Roland.  Il  devint  chef  de  di- 
vision au  ministère  de  l'intérieur  sous  Roland,  et 
fut  élu  en  1792  député  à  la  Convention  nationale 
par  le  département  de  Rhône-et-Loire.  Il  vota 
la  mort  de  Louis  XVI,  mais  d'une  manière  con- 
ditionnelle, et  motiva  ainsi  son  vote  :  «  Louis  a 
mérité  la  mort;  je  l'y  condamne,  à  condition  de 
suspendre  l'exécution ,  et  de  l'exiler  si  les  en- 
nemis nous  laissent  en  paix,  lorsque  la  constitu- 
tion sera  bien  établie;  de  proclamer  cette  sus- 
pension avec  ses  motifs  ;  d'abolir  ensuite  la  peine 
de  mort,  en  exceptant  Louis,  si  ses  parents  ou 
amis  envahissent  le  territoire.  »  La  liaison  de 
Lanthenas  avec  les  Girondins  faillit  lui  être  fa- 
tale. Son  nom  fut  porté  sur  la  liste  de  proscrip- 
tion du  31  mai.  Marat  l'en  fit  rayer.  .^  Tout  le 
monde  sait,  dit-il,  que  le  docteur  Lanternas 
est  un  pauvre  d'esprit.  »  Lanthenas  traversa 
obscurément  la  Convention  et  le  conseil  des  Cinq 
Cents.  A  sa  sortie  du  conseil,  en  1797,  il  reprit 
l'exercice  de  la  médecine.  On  a  de  lui  :  Incon- 
vénients du  Droit  d'Aînesse  ;  Paris,  1789,  in-8°  ; 
— De  la  Liberté  indéfinie  de  la  Presse  ;  Pari», 
1791,  in-8";  —  Des  Sociétés  populaires  consi- 
dérées comme  une  branche  essentielle  de 
Vinstruction  publique;  Paris,  1791,  in-8°;  — 
Théorie  et  Pratique  des  Droits  de  Vhomme, 
trad.  de  l'anglais  de  Thomas  Paine;  Paris,  1792, 
jn-go-  —  Nécessité  et  Moyens  d'établir  la 
Force  publique  sur  la  relation  continuelle  du 
service  militaire  et  de  la  représentation  na- 
tionale, sur  la  représentation  exacte  du 
nombre  des  citoyens;  Paris,  1792,  in-S»;  — 
Motifs  de  faire  du  10  Août  un  jubilé  frater- 
nel, une  époque  solennelle  de  réconciliation 
entre  les  républicains,  etc.  ;  Paris,  1793,  in  8°; 

—  Déclaration  des  Devoirs  de  l'homme,  im- 
primée par  ordre  de  la  Convention  ;  1794,  in-8°  ; 

—  Bases  fondamentales  de  l'instruction  pii- 
biique;  Paris,  1795,  in-8";  —  Décadence  et 
Chute  du  système  des  finances  de  l'Angle- 
terre, trad.  de  l'anglais  de  Thomas  Paine;  1796, 
in-S";  —  Religion  civile  proposée  aux  répu- 
bliques; Paris,  1798,  in-l2.  Z. 

Mme  Roland,  Lettres  et  Mémoires.  —  Quérard,  La 
France.  Littéraire.  —  Arnault,  Jouy,  etc.,  Biographie 
det  Contemporains. 

LANTiiENÉE  (  Le  Ratz  DE  ) ,  mathématicien 
belge,  né  dans  le  pays  de  Liège  au  commence- 
mentdudix-huitième  siècle.  II  cultiva  les  sciences, 
et  resta  si  obscur,  malgré  ses  ouvrages,  qu'on  n'a 
aucun  détail  sur  sa  vie.  On  croit  qu'il  est  mort 
vers  1770.  Il  a  publié  :  Éléments  de  Géométrie, 
ou  principes  de  la  mesure  de  l'étendue  expli- 
qués par  démonstrations,la  plupart  nouvelles, 
et  surtout  sans  le  secours  des  proportions  ; 
Paris,  1738,  iu-S",  traité  écrit  avec  clarté  et  pré- 
cision, d'après  le  Journal  de  Trévoux  (mai 
1739);  —  Lettre  à  M.  de  Voltaire  sur  son 
(jcrit  intitulé  ;  Ré^)onse  aux  objéelions  contre 


la  philosophie  de  Newton;  1739,  în-8°;  — 
Examen  et  Réfutation  de  quelques  opinions 
sur  les  causes  de  la  Réflexion  et  de  la  Ré- 
fraction ;  Paris,  1740,  in-8°, dirigé  surtoutcontre 
les  idées  émises  par  Jean  de  Banières,  zélé  car- 
tésien;—  Nouveaux  Essais  de  Physique;  ibid., 
1750,  in-12;  —  Essai  sur  une  méthode  de 
rendre  les  aéromètres  ou  pèse-liqueurs  com- 
parables; ibid.,  1769,  in-12,  où  l'auteur  n'in- 
dique d'autre  moyen  que  l'aéromètre  de  Fahren- 
heit, décrit  depuis  longtemps  dans  les  recueils 
scientifiques.  P.  L — y.» 

Becdflièvre  -  Hamal,    Biogr.  Liégeoise,    t.   H.  —  Im, 
France  littéraire,  édit.  de  1736. 

LANTIER  { Etienne- François  de),  écrivain 
français,  né  à  Marseille,  le  1"  octobre  1734,  mort 
dans  cette  même  ville,  le  31  janvier  1826.11  fitses 
études  chez  les  jésuites ,  et  au  sortir  du  collège 
suivit  la  carrière  militaire.  11  parcourut,  avec  le 
grade  de  sous-lieutenant  dans  le  régiment  d'An-, 
goumois,  la  Corse,  la  France  et  l'Espagne.  Puis  ; 
il  retourna  à  Marseille,  meuant  joyeuse  vie  ef- 
forçant plus  d'une  fois  son  père  à  le  faire  en- 
fermerpour  huit  jours  à  Notre-Dame-de-la-Garde. 
Il  composa  dès  cette  époque  la  comédie  de  L'Im- 
patient; mais  peu  jaloux  des  succès  de  pro- 
vince, il  vint  à  Paris.  Une  petite  pièce  de  vers 
sur  Choiseul,  assez  galamment  tournée  pour 
qu'on  la  mit  sur  le  compte  de  Delille  et  même 
de  Voltaire,  lui  valut  les  faveurs  du  ministre, 
douze  cents  livres  de  pension  et  un  secrétariat 
d'ambassade  à  Dresde.  Mais  six  mois  après,  Choi- 
seul disgracié  quittait  Paris  pour  Clianteloup, 
et  d'Aiguillon  ôtait  à  Lantier  place  et  argent.  II 
se  consola  en  revoyant  L'Impatient,  qui  ne  fut 
joué  pourtant  qu'en  1778.  L'auteur  avait  alors 
quarante-quatre  ans.  Grâce  au  talent  de  Mole  et  à 
quelques  vers  spirituels,  la  pièce  fut  bien  accueil- 
lie, et  les  salons  s'ouvrirent  devant  l'auteur;  le 
maréchal  de  Sainville,  frère  de  Choiseul,  M"""  de 
Boufflers,  M""*  de  Brancas  l'admirent  dans  leur 
société;  il  se  lia  avec  François  de  Neufchâteau, 
Cerutti,  Dorât,  La  Harpe.  Un  brevet  de  capitaine, 
récompense  de  quelques  fadeurs  en  vers  adres- 
sées au  comte  d'Artois,  et  un  peu  plus  taid  la 
croix  de  Saint-Louis,  lui  permirent  de  se  présen- 
ter sur  un  certain  pied  dans  le  grand  monde,  où 
il  devint  à  la  mode.  Le  Flatteur,  comédie  en  cinq 
actes  et  en  vers,  jouée  en  1782,  entassez  de 
succès  pour  faireoublier  celui  de  J.-B.  Rousseau. 
Lantier  fut  dès  lors  ce  qu'il  a  été  toute  sa  vie, 
jusqu'à  l'âge  de  quatre-vingt  douze  ans,  bel-es- 
prit de  salon,  aimable  et  spirituel,  maie  frivole, 
et  s'il  nous  présente  aujourd'hui  quelque  intérêt 
c'est  seulement  pour  avoir  transporté,  à  travers 
la  révolution,  en  plein  dix-neuvième  siècle,  les 
légèretés  erotiques  et  les  bouquets  à  Chloris  un 
peu  fanés  du  dix-huitième.  Ses  Contes  en  vers 
et  en  prose  que  la  camaraderie  indulgente  de  La 
Harpe  plaçait  au  premier  rang  de  la  littérature 
française,  immédiatement  après  ceux  de  Voltaire 
et  dé  La  Fontaine;  ses  poésies  légères  pubiiijcs 


197  LANTIER 

ous  le  nom  de  Vabbé  Mouche  ;  son  Erminie,  en 
rois  chants,  son  Geoffroy  Rudel,  qu'il  composa 
jusque  nonagénaire,  n'ont  pu  maintenir  le  nom 
le  Lantier.  On  lit  à  peine  son  chef-d'œuvre,  le 
royage  d'Aniénor  en  Grèce.  Le  fameux  comte 
e  Saint-Germain  prétendait  avoir  vécu  deux 
liiie  ans.  Lantier  eut  l'idée  de  lui  faire  peindre 
es  siècles  qu'il  avait  dû  traverser  dans  les  di- 
erses  phases  de  son  existence.  Il  commença  par 
;s  Grecs,  et  n'alla  pas  plus  loin  :  telle  est  l'origine 
'Anténor.  L'auteur  y  travailla  pendant  la  révo- 
fltion,  et  le  fit  paraître  en  1798.  L'ouvrage  eut 
m  succès  prodigieux,  malgré  les  vives  attaques 
je  Dussault  et  de  Féletz.  Il  n'a  pas  eu  moins 
e  seize  éditions.  Miiller  le  traduisit  en  allemand, 
Iraud  en  anglais,  Calzava  en  espagnol,  Vas- 
{oncellos  en  portugais,  Harow  en  russe;  il  fut 
lussi  traduit  en  italien  et  en  grec  moderne.  On 
le  saurait  y  méconnaître  de  l'entrain,  de  la  grâce, 
Itun  certain  mérite  de  style;  mais  les  mœurs 
jrecques ,  même  sous  le  côté  erotique  que  l'au- 
eur  semble  affectionner,  y  sont  grandement 
léfigurées ,  et  le  titre  &Anacharsis  des  Bou- 
doirs, qu'on  a  donné  à  Lantier,  ne  doit  pas  être 
'ris  comme  un  éloge. 

I  Lantier  quitta  Paris  en  1814,  et  alla  achever 
ja  carrière  dans  sa  ville  natale.  Il  y  vécut  dans 
•ne  grande  considération ,  fondée  sur  la  vogue 
jncore  récente  de  son  dernier  livre,  et  aussi  sur 
les  qualités  d'homme  privé,  auxquelles  tous  ses 
'iographes ,  et  notamment  la  princesse  de  Salm, 
■nt  rendu  d'unanimes  hommages.  Il  était  de  l'A- 
ladémie  de  Marseille  depuis  1786,  des  Arcades 
e  Rome,  et  de  la  Crusca  de  Florence.  Il  ne 
lOulut  jamais  se  mettre  sur  les  rangs  pour  l'Ins- 
jtut.  «  J'aime  mieux,  disait-il,  que  l'on  demande 
lourquoi  je  n'y  suis  pas,  que  pourquoi  j'y  suis.  « 
1  avait  aussi  fait  partie  de  la  société  du  Caveau 
inoderne. 

!  On  a  de  Lantier  :  L'Impatient,  en  un  acte  et  en 
'ers;  1778,  in-8°;  traduit  en  italien  par  Capac- 
jelli; —  Le  Flatteur,  comédie  en  cinq  actes 
et  en  vers,  1782,  in-8°;  —  Travaux  de  l'abbé 
Mouche;  1784,  in-12;  —  Erminie,  poëme  en 
rois  chants,  1788,  in-12  ;  —  Les  Rivales,  co- 
jnédie  en  un  acte,  représentée  sans  succès  au 
théâtre  Feydeau,  à  la  fin  de  1798;  —  Voyage 
\V Anténor  en  Grèce  et  en  Asie  avec  des  no- 
ïions  sur  l'Egypte;  1798,  in-8°,  réimprimé 
jous  divers  formats;  la  16'  édition  est  de  Paris, 
|1823,  in- 18;  —  Contes  en  prose  et  en  vers 
mivis  de  pièces  fugitives  et  du  poëme  d' Er- 
minie; 1801,  1806,  1809,  in-S";  —Les  Voya- 
|j««rs  en  Suisse;  1S03,  et  1817,  in-8°;  traduit 
Sn  anglais,  6  vol.  in-12;  —  Voyage  en  Espagne 
iuchevalier  Saint-Gervais,  officier  français  ; 
1809,  et  1820  in-8°;  —  Correspondance  de 
mademoiselle  Suzette-Césarine  d'Arly;  1814, 
in-S";  1815,  in-12  :  souvenirs  d'un  voyage  fait 
par  l'auteur  en  Italie  avant  la  révolution  ;  — 
Recueil  de  Poésies;  1817,  in-8°;  —  Geoffroy 
Rudel,  ou  le  troubadour,  poëme  en  huit  chants  ; 


—  LANTIN 


498 


1825,  in-8°  ;  —  Le  jeune  Métastase  à  Naples^ 
comédie  ;  —  V Inconséquen  t,  com.  en  trois  actes 
et  en  vers  ;  —  Le  Confiant,  com.  en  cinq  actes 
et  en  vers.  On  a  publié  en  1836  les  Œuvres 
complètes  de  E.-F.  de  Lantier,  etc.,  précédées 
d'une  notice  biographique  et  littéraire  par 
M.  Gaston  de  Flotte;  Paris,  1836,  in-8°.  On 
a  à  tort  attribué  à  Lantier  Lucette  (1785),  Les 
Coquettes  rivales  (cinq  actes  et  vers,  1782),  Le 
Faquir,  conte,  et  Les  Réflexions  sur  le  plaisir 
par  un  célibataire  ;  ce  dernier  ouvrage  est  de 
Grimod  de  La  Reynière.    Charles  Defodon. 

Préface  de  l'édition  de  1836.  —  Rabbc,  Viellh  de  Boi«- 
jolin  et  Sainte-Preuve,  Biographie  universelle  et  porta- 
tive des  Contemporaint.  —  Ch.  du  Rozolr,  Dictionnaire 
de  la  Conversation. 

LANTIN  (Famille de),  appartenant  à  la  magis- 
trature de  Bourgogne  et  dont  plusieurs  membres 
se  distinguèrent  dans  la  littérature  :  les  plus 
connus  sont  : 

LANTIN  (Jean- Baptiste  ),  né  à  Châlons-sur- 
Saône,  le  13  décembre  1572,  mort  à  Dijon, le  15 
décembre  1652.  D'abord  avocat,  il  exerça  ensuite 
les  fonctions  de  conseiller  au  parlement  de 
Bourgogne  jusqu'au  16  janvier  1641.  On  a  de  lui 
plusieurs  poésies  latines  insérées  avec  divers 
ouvrages  ;  un  Recueil  des  Arrêts  du  Parlement 
de  Dijon  (  resté  manuscrit  )  et  un  Traité  des 
Bailliages  de  Bourgogne  (  idem  ). 

LANTIN  {Jean-  Baptiste),  fils  du  précé- 
dent, né  à  Dijon,  le  9  novembre  1620  (1).  Après 
avoir  fait  des  études  très-variées  et  appris  les 
langues  hébraïque,  grecque,  latine,  italienne  et 
anglaise,  il  visita  une  grande  partie  de  l'Eu- 
rope. De  retour  à  Dijon,  il  fut  reçu  conseiller 
aux  requêtes  du  palais  en  1650,  et  conseiller  au 
parlement  en  1652,  fonctions  qu'il  occupa  jus- 
qu'en 1695.  On  a  de  lui  des  lettres  et  des  poé- 
sies latines  et  françaises  insérées  dans  divers 
ouvrages  ou  recueils  du  temps,  et  en  manus- 
crits: le  premier  livre  des  Éléments  d'Euclide 
en  vers  techniques  ;  —  une  traduction  latine  De 
Numéris,  et  De  Arithmetica  de  Pappus  d'A- 
lexandrie; —  Dissertation  sur  le  Géranium 
noctu  olens  ;  —  des  Épigrammes  grecques  et 
latines; —  des  Poésies  italiennes;  —  des  Re- 
marques sur  l'Oi'igine  des  Arts;  —  des  Notes 
sur  Diogène  Laerce;  —  un  Traité  de  la  Joie 
et  de  la  Douleur  ;  —  une  Traduction  de  Léo- 
nard Arétin  ;  —  plusieurs  psaumes  de  David 
traduits  en  vers  latins.  J.-B.  Lanlin  a  mis  en 
musique  plus  de  trente  Odes  d'Horace;  YAtys 
de  Catulle  et  quelques  autres  pièces.  Le  conseiller 
Legouz  a  fait  un  recueil  des  bons  mots ,  pensées 
ingénieuses,  etc.,  de  J.-B.  Lantin,  sous  le  titre 
de  Lantiniana. 

LANTIN  {Jean-Baptiste),  second  fils  du  pré- 
cédent, né  à  Dijon,  le;  13  janvier  1674,  mort  le  10 
décembre  1709.  Il  a  laissé  des  Contes  en  vers 
français,  des  Épigrammes,  des  C^ansoni,  plu- 
sieurs Ballades  et  autres  poésies  publiés  dans 

(1)  Et  non  en  1619,  comme  l'écrit  MorérL 


499  LANTIN  —  LANUSSE 

le  Mercure  Galant  et  dans  le  Nouveau  Choix 
de  Poésies;  La  Haye,  1715.  Parmi  ses  manus- 
crits, on  cite  la  traduction  en  vers  français  de 
plusieurs  Psaumes  et  de  fragments  de  Sénèque, 
une  traduction  en  prose  de  VAne  d'Or  d'Apulée 
et  des  vers  latins  tort  bien  tournés. 

LANTIN  DE  DAMEREY  (  Jcan-Baptiste  ), 
neveu  du  précédent,  né  à  Dijon,  vers  t680,  mort 
dans  la  môme  ville,  le  21  septembre  1756.  Il  fut 
doyen  du  parlement  de  Bourgogne  et  membre 
honoraire  de  l'académie  de  Dijon.  On  a  de  lui  : 
Supplément  au  Glossaire  du  Roman  de  la  Rose, 
contenant  des  Notes  critiques,  historiques  et 
grammaticales,  etc.;  Dijon,  1737,  in-l2;  — 
Éloge  de  Pou/fier,  fondateur  de  l'académie  de 
Dijon, etc.  ;  Dijon,  1754,  in-12.  L  — z — e. 

Le  P.  Jacob ,  De  claris  Scriptor.  Cabil.,  p.  103.  —  Ciil- 
joniorvm  Opéra,  p.  122  et  suiv.  —  Musnier,  Antiquités 
d'Âutun,  préface,  p.  xv.  —Papillon,  BiMiothéqne  des 
Auteurs  de  Botirqoyne,  t.  I,  p.  380-386  —  Uc  l,a  Mon- 
noye.  Journal  des  Sçavavs,  p.  300.  —  Moreau,  dans  le 
Mercure  de  juin  1695,  p.  33.  —  Legouz ,  Éloge  de  J.-B. 
Lantin,  dans  l'Ouvrage  des  Sçavans,  février  1696,  p.  ass. 

—  Huet ,  Cnmmentariiis  de  vita  sua,  p.  274  et  331.  — 
Bayle,  Lettres,  t.  II,  p.  530.  —  Menagiana,  t.  III,  p.  359. 

—  Journal  historique  de  Verdun,  mars  1737,  p.  î7  et 
suiv.  —  Moréri,  Ix  Crand  Dictionnaire  Historique. 

LAJITZ  {Jean),  mathématicien  allemand,  né 
à  Teltingen,  sur  le  lac  de  Constance,  mort  en 
1638,  à  Munich.  A  l'âge  de  vingt-cinq  ans,  il  devint 
agrégé  à  la  Société  de  Jésus,  et  fut  appelé  en  1601 
à  Ingolstadtpour  y  enseigner  les  mathématiques 
et  les  langues  orientales.  On  a  de  lui  :  Institu- 
tionum  Arithmeticarum  Libri  IV,  cum  ap- 
pendice fractionum  et  altéra  de  utriusque 
calendarii  canonibus  et  veris  epactarutn 
xquandarum  fundamentis;  Munich,  1616, 
in-4°  ;  Augshonrg,  1617,  et  à  Cologne,  1621, 
in-8'^;  —  Euclidis  Elementorum  Geometri- 
corum  Libri  VT  priores ;  Ingolstadt ,  1617, 
in-8°;  le  livre  premier  a  été  inséré  dans  l'yEra- 
rium  PhilosopMee  mathematicse  du  P.  Bettini, 
en  1648.  K. 

Alcgambc,  Bibl.  Soc.  Jesu.  —  Adelung,  Suppl.  à  J6- 
cher. 

LAXCSSE  {François),  général  français,  né  à 
Habas  (Landes),  le  3  novembre  1772,  tné  à 
Alexandrie  (Egypte),  en  mars  1801.  Entré  au  ser- 
vice en  1792  comme  volontaire  dans  le  bataillon 
delà  Haute-Vienne,  il  fut  choisi  par  ses  cama- 
rades pour  chef  de  bataillon  en  second.  Nommé 
commandant  du  même  corps  peu  de  temps 
après,  il  fut  appelé  à  faire  partie  de  l'armée  des 
Pyrénées  orientales,  sous  les  ordres  de  Dugom- 
mier.  Blessé  à  la  cuisse  à  la  prise  d'une  redoute 
dite  le  Tombeau  des  Français  devant  Figuières, 
il  fut  promu  au  grade  d'adjudant  général  chef 
de  brigade  sur  le  champ  de  bataille.  La  pai\ 
ayant  été  signée  avec  l'Espagne,  Lanusse  passa 
à  l'armée  d'Italie,  et  fut  d'abord  employé  dans 
l'état-major.  Il  se  signala  particulièrement  aux 
batailles  de  Montenote,  le  22  germinal  an  iv,  de 
Millesimo,  le  24,  et  de  Dego,  le  20  (  15  avril 
1790).  Le  général  Bonaparte  lui  attribua  en 
partie  le  succès  de  cette  dernière  affaire.  <•  Il  était 


ô( 


deux  heures ,  dit-il  dans  son  rapport  au  Dire 
toire,  et  rien  n'était  encore  décidé  ;  déjà  je  f; 
sais  former  en  colonne  la  quarantc-neuvièn 
demi-brigade,  commandée  par  le  général  < 
brigade  Victor,  lorsque  l'adjudant  général  L 
nusse  rallie  la  huitième  demi-brigade  d'infantei 
légère,  et  se  précipite  à  sa  tète  sur  la  gauche  ( 
l'attaque.  Un  instant  ses  troupes  chancelèreff 
mais  il  les  décida  par  son  intrépidité.  Ce  brai 
officier  a  eu,  pendant  le  combat,  une  épaulet 
emportée  par  une  balle;  il  s'est  depuis  lagueri 
distingué  par  son  activité,  son  courage  et  S( 
connaissances.  Je  vous  demande  pour  lui 
place  de  général  de  brigade,  vacante  par  la  ma 
du  général  Causse.  >>  Le  3  floréal,  Lanusse,  blesi: 
de  nouveau  à  Mondovi ,  ne  voulut  pas  cesser  ( 
combattre.  Commandant  les  carabiniers,  le  19,» 
combat  de  Loabio ,  il  fit  des  prodiges  de  vale* 
et  le  21  il  franchit  le  premier,  à  leur  tête,  lepoi 
de  Lodi  sous  le  feu  de  l'ennemi.  Bonaparte  Ir 
remit  après  cette  affaire  le  brevet  de  général  «1 
brigade.  Investi  du  commandement  de  Pavie 
l'époque  des  troubles  qui  agitèrent  cette  ville 
Lanusse  parvint  à  y  rétablir  l'ordre.  Bient* 
api'ès  il  fut  chargé  du  commandement  d'une  M 
gade  de  la  division  d'Augereau ,  et  se  couvrit d 
gio're  sous  ce  général.  Le  28  thermidor  an  iv,* 
reçut  un  sabre  d'honneur.  Le  15  brumaire  an  ii 
Lanusse  attaqua  avec  impétuosité  les  Autricliieij 
sur  la  Brenta,  les  mit  en  déroute,  les  poursuiw 
à  la  lête  d'un  escadron  de  hussards,  et  leur  I' 
un  grand  nombre  de  prisonniers  ;  mais,  cliarg 
à  son  tour  par  le  régiment  de  Wurniser,  il  s 
trouva  entouré,  et  tomba  frappé  de  trois  coiïji 
de  sabre.  Fait  prisonnier,  il  fut  conduit  à  Vienm 
où  il  se  rétablit  promptement.  Rendu  à  la  liberhi 
il  prit  un  commandement  dans  la  division  de  Vie 
for,  fut  chargé  de  l'organisation  des  miinicipa 
lltés  du  Padouan,  et  reçut  ensuite  l'ordre  de  serre 
le  blocus  de  Venise.  Après  le  traité  de  Campo 
Formio,  il  se  rendit  aux  eaux  de  Baréges! 
puis  il  fut  appelé  à  l'armée  d'Angleterre.  Bol 
naparte,  en  partant  pour  l'Egypte,  lui  envo^j 
l'ordre  de  le  rejoindre.  A  son  arrivée  à  Toulon 
la  flolle  avait  levé  l'ancre  ;  Lanusse  s'embarcfi!» 
sur  un  aviso,  et  débarqua  à  Alexandrie  huit  jotfM 
avant  le  combat  d'Aboukir.  Il  prit  le  commSfl 
dément  de  la  province  de  Menouf,  l'organiSJ 
avec  habileté  ,  en  tira  une  remonte  et  un  impiSi 
considérable ,  et  contint  les  habitants.  Penrtéfti' 
la  campagne  de  Syrie,  Bonaparte  lui  confiai! 
commandement  du  Delta,  en  ne  lui  laissaw 
qu'une  colonne  mobile  de  250  hommes  et  quel- 
ques chasseurs.  Plusieurs  tribus  arabes  vinrent 
l'attaquer;  il  prit  l'offensive,  les  tailla  en  pièces, 
s'empara  de  leurs  troupeaux ,  courut  délivrer  la 
garnison  de  Rahmanié,  et  la  ville  de  Damanlioot 
fut  incendiée.  L'activité  déployée  par  Lanuss* 
dans  la  répression  de  cette  révolte  lui  valut  k 
surnom  de  Abou-Rhad  (Père du  Tonnerre).  Bo- 
naparte, avant  de  quitter  l'Egypte,  lui  donna  le 
commandement  d'une    division.  Kîeber  ayanli 


-01  LANUSSE 

voulu  rappeler  Menou,  gouverneur  d'Alexandrie,  > 
et  le  remplacer  par  Lanusse.  Menou  tenla  de 
soulever  les  troupes,  Lanusse  les  maintint  dans 
le  devoir;  mais  après  la  mort  de  Kleber,  Menou 
remplaça  Lanusse  par  Friant.  Lanusse  revint  au 
Caire,et  blâma  le  systèmedeconcentration  adoptée 
par  son  supérieur,  qui  laissait  les  côtes  dégarnies. 
Les  Anglais  débarquèrent  à  Abonkir.  Malade  de 
la  lièvre  ,  Lanusse  rejoignit  ses  troupes ,  et  fut 
blessé  d'un  coup  de  biscaïen  à  l'épaule  dans  les 
opérations  préliminaires;  il  n'en  continua   pas 
moins  son  service,  et  commanda  l'aile  gauciie  de 
l'année  à  la  dernière  bataille  d'Aboukir,  dont  il 
iivait  tracé  le  plan.  11  ramenait  au  combat  la  co- 
lonne du  général  Valentin  lorsqu'il  fut  frappé 
mortellement  à  la  cuisse  par  un  biscaïen.  Il  tomba  ; 
jn  s'ecriant:  «  Je  suis  perdu,  et  l'Egypte  aussi; 
'  t'  suis  heureux  de  ne  point  survivre  à  la  défaite.  » 
Ramené  à  Alexandrie,  il  y  mourut,  des  suites  de 
xi  blessure.  Ainsi  périt  à  vingt-huit  ans  «  un  des 
:;énéi  aux  les  plus  estimables  que  la  révolution  ; 
m  donnés  à  la  France,  dit  un  historien.  Brave, 
l'un  sang-froid  imperturbable  sur  le  champ  de 
liataille ,  juste  et  sévère  envers  les  troupes,  actif,   ; 
lyaiU  le  coup  d'œil  prompt,  etc.  »  Napoléon  disait  i 
le  lui  à  Sainte-Hélène  :  «  Lors  du  débarquement  | 
es  Anglais  en  Egypte,  une  masse  de  12,000  à  ; 
3,000  hommes  furent  intrépidement  attaqués 
un  Lanusse,  qui  n'en  avait  que  3,000.  Brûlant  I 
l'ambition  et  ne  désespérant  pas  d'en  venir  à  | 
août,  h  lui  seul,  il  ne  voulut  attendre  personne;  | 
l'abord  il  renversa  tout ,  fitim  carnage  immense,  j 
't  succomba.  S'il  eut  eu   seulement  2  à  3,000 
iiommes  de  plus,  il  remplissait  son  projet...  Le  ! 
^éinM-al  Lanusse  avait  le  feu  sacré.  »      L.  L— t.  i 

V.  l,;ir;iii!e  cl  Charles  Laurent ,  fiioyr.  et  Nécrol.  des 
Uoiniiies  uiarqîiants  (lu  dix-neuvième  siècle,  tomeUI, 
S.  îVi.  —  Arnault,  Jay,  .louy  etiNorvins,  Bioçir.  noui\  des 
Çontcmp.  —  C.  MiiUip,  Biotjr.  des  Célèhr.  militaires. — 
L,ascas(s,  Mémorial  de  Sainle-Hélene.  —  Napoléon, 
correspondance.  —  Thiers,  liist.  de  la  llévo-l.  —  Moni- 
teur, 1796-1801. 

LANfZA  {Vincent- Blasco  de),  historien  es- 
pagnol, né  à  Sallent,  petite  ville  du  diocèse  de 
facca  en  Aragon,  vivait  dans  la  première  moitié 
Jh  dix-septième  siècle.  Il  entra  dans  les  ordres, 
et.  devint  professeur  de  théologie  à  Jacca,  puis  à 
Saragosse.  On  a  de  lui  :  Historias  ecclesiasti- 
cas  y  seculares  de  Aragon;  Saragosse,  1622, 
2  vol.  in-fol.;  —  Peristepfianon,  seu  de  coro- 
mis  sanctorum  Aragonensium ,  vila,  morte, 
miraciuis  Pétri  Arbuesii  canonici  Cœsar  Au- 
ïgustani  et  primi  inqidsitoris ,  libri  V;  Sara- 
gosse, 1623,  in- 8°.  Z. 

Nicolas  Antonio,  Bibliotkeca  Hispana  veitis. 

LANZA.,  troubadour,  appelé  communément 
Lanza  le  marquis;  il  ne  reste  de  ses  écrits 
qu'une  pièce  de  vers  dirigée  contre  un  autre  trou- 
badour, Pierre  Yidal.  G.   B. 

Ralnoiiard  ,  Choix  des  Poésies  des  troubadours,  t.  V, 
p.  248.  —  Histoire  litt.  de  la  France,  tom.  XVIl  ,  p.  469. 

LANZANi  (Andréa),  peintre  de  l'école  mila- 
naise, né  à  Milan,  vers  la  moitié  du  dix-septième 
siècle,  mort  à  Vienne,  en  1712.  Il  reçut  d'abord 


—  LANZI  .502 

les  leçons  du  Scaramuccia.  Son  maître  ayant 
quitté  Milan,  Lanzani  partit  pour  Rome,  où  il 
travailla  sous  Carlo  Maratta,  et  étudia  les  ou- 
vrages de  Lanfranc.  De  retour  à  Milan ,  il  sur- 
prit tous  les  connaisseurs  par  la  Gloire  de 
saint  Charles,  qu'il  exécuta  pour  la  cathédrale, 
et  par  un  Trait  de  la  vie  du  Cardinal,  Orderic 
/iorrowe'e,  qui  fut  placé  dans  la  bibliothèque  Am- 
brosieone.  On  voit  dans  la  même  ville  un  assez 
grand  nombre  d'autres  ouvrages  de  Lanzani, 
tels  qu'une  Ascension  à  fresque  à  San-Nazzaro- 
Grande;  à  Saint-Ambroise,  le  Saint  recevant  le 
viatique,  une  de  ses  meilleures  toiles;  à  Saint- 
Joseph  ,  une  Sainte  Famille;  à  San-Pietro-in- 
Gessate,  Saint  Pierre  marchant  sur  Peau; 
enfin,  plusieurs  peintures  au  palais  Archinti.  Ap- 
pelé à  Vienne  par  l'empereur,  qui  le  créa  che- 
valier, il  y  fut  chargé  de  travaux  importants,  et 
y  passa  le  reste  de  sa  vie.  Le  talent  de  cet  artiste 
était  assez  inégal.  Dans  ses  bons  ouvrages  on 
reconnaît  beaucoup  de  facilité,  une  grande  fran- 
chise de  pinceau,  un  coloris  souvent  plein  de 
charme,  et  une  bonne  disposition  des  ajuste- 
ments et  des  draperies.  E.  B— n. 

Oiiandi,  Jbhecedario.  —  I.anzi,  Siorla  Pitiorica.  — 
Ticozzi ,  Dizionario.  —  Wirickclinann,  Nevcs  Mahler- 
I.extkon.  —  l'irovano ,  Guida  di  Mtluno. 

LASZASï  (Polidoro),  (Vit  Poli/dcre de  Venise, 
peintre  de  l'école  vénitienne,  né  à  Venise,  vers 
1515,  mort  en  1565.  Élève  du  Titien,  il  peignit 
avec  talent  des  madones,  des  saints,  des  enfants 
dans  des  paysages;  s'il  n'obtint  pas  toute  la  ré- 
putation qu'il  méritait,  il  faut  en  accuser  le  voi- 
sinage écrasant  de  tant  de  grands  maîtres  ses 
contemporains.  On  voit  de  lui  une  Sainte  fa- 
mille au  musée  de  Vienne,  une  autre  Suinte 
famille  et  un  3Iariage  de  sainte  Catherine  au 
musée  de  Dresde.  E.  B — n. 

Orlandi,  Jbbeccdarin.  —  Rldolû,  f^ite  de'  Pittori  P'e- 
rteziani.  —  Winckelmann ,  Nettes  Mahlerlexikon.  — 
Catalogues  des  Musées  de  Vienne  est  de  Dresde. 

LANZi  (L'abbé  Louis),  érudit  italien,  né  en 
1732,  à  Monte  del  Olmo,  non  loin  de  Fermo, 
mort  à  Florence,  le  31  mars  1810.  Après  avoir 
reçu  de  son  père,  médecin  distingué,  sa  première 
éducation,  il  acheva  ses  études  au  collège  des  jé- 
suites à  Fermo.  Entré  dans  la  compagnie  de  Jésus 
en  1749,  il  fut  chargé  pendant  trois  ans  d'en- 
seigner les  belles-lettres  dans  diverses  maisons 
de  son  ordre.  11  séjourna  ensuite  quatre  ans  à 
Rome  ,  ^our  y  compléter  ses  connaissances  en 
théologie.  Dans  les  années  suivantes  il  professa 
de  nouveau  les  humanités  dans  les  collèges  de 
la  société.  Après  la  suppression  de  cette  dernière, 
il  fut  nommé,  en  1773,  sur  la  recommandation  de 
Fabroni,  sous-directeur  de  la  galerie  de  Florence. 
Ayant  voulu  donner  une  description  détaillée  des 
médailles  conservées  dans  cette  collection,  il  en 
fut  empêché  par  la  jalousie  du  directeur  en  chef 
Pelli  ;  il  s'occupa  dès  lors  de  la  langue  et  des  anti- 
quités des  Étrusques,  et  fit  de  nombreux  voyages 
pour  recueillir  les  documents  ayant  rapport  à  ce 
sujet.  En  1789  il  publia  son  Saqgio  di  Lingua 


503 


LANZI  —  LANZONl 


604 


Etrusca ,  ouvrage  qui  lui  valut  la  réputation  de 
profond  érudit  et  de  critique  habile,  et  le  fit 
nommer  en  t790  à  l'office  d'archéologue  du 
grand-duc.  Il  entreprit  ensuite  de  réunir  pour  la 
première  fois  dans  un  tableau  d'ensemble  toutes 
les  notices  éparses  qui  existaient  sur  les  diverses 
écoles  de  peinture  en  Italie.  11  parcourut  ce  pays 
dans  tous  les  sens,  afin  de  juger  par  lui-même 
du  mérite  des  tableaux  des  différents  maîtres. 
En  1792  il  mit  au  jour  le  résultat  de  ses  patientes 
et  judicieuses  recherches,  dont  on  avait  attendu 
avec  impatience  la  publication.  Pendant  le  reste  de 
ses  jours  il  s'occupa  assidûment,  malgré  le  mau- 
Tais  état  de  sa  santé,  de  divers  travaux  archéo- 
logiques; il  écrivit  aussi  vers  la  fin  de  sa  vie  plu- 
sieurs ouvrages  de  dévotion.  On  a  de  lui  :  Des- 
crizione  délia  Galleria  di  Firenze;  Pise,  1782, 
inséré  dans  le  tome  XL VII  du  Journal  des  Sa- 
vants publié  dans  cette  ville;  —  Saggio  di  Lin- 
gua  Etrusca  e  di  altre  antiche  d'Italia  per 
servire  alla  storia  de'  popoli,  délie  lingue  e 
délie  arti;  Rome,  1789,  3  vol.  in-B".  Depuis  la 
publication  de  ce  livre ,  la  découverte  de  plu- 
sieurs inscriptions  importantes  et  les  progrès 
de  la  philologie  comparée  ont  permis  de  péné- 
trer beaucoup  plus  avant  dans  la  connaissance 
de  la  langue  étrusque;  mais  il  ne  faut  pas  ou- 
blier que  l'ouvrage  de  Lanzi,  rempli,  du  reste,  de 
renseignements  précieux  et  d'aperçus  ingénieux, 
a  pour  la  première  fois  établi  quelques  principes 
solides  pour  l'étude  de  cette  langue.  Les  con- 
clusions de  Lanzi  furent  attaquées  avec  violence 
par  L.  Coltellini  ;  Lanzi  les  défendit  avec  habileté 
dans  sa  Dissertazione  sopra  un'  Urnetta  tos- 
canica,  insérée  dans  le  Giornale  di  Venezia 
(année  1799);  —  Storia  pitlm-ica  délia  Italia 
dal  risorgimento  délie  belle  arti  fin  pressa 
al  fin  delXVIII  seco/o;  Florence,  1792  ;  Bas- 
sano,  1789  et  1806,  6  vol.  in-8°  ;  cet  ouvrage, 
aussi  instructif  qu'intéressant,  fut  traduit  en 
anglais  par  Th.  Pcurose,  et  en  français  par 
M""  Dieudé  ;  Paris,  1824, 5  vol.  in-8"  ;  —  De'  Vasl 
antichi  dipinii  chiamati  Etruschi ,  Disserta- 
zioni  ^re  ;  Florence,  1806,  in-B"  :  dans  cet  opus- 
cule Lanzi  s'élève  contre  la  quahfication  d'étrusque 
donnée  à  tous  les  vases  antiques  trouvés  en  Tos- 
cane; il  donne  aussi  des  détails  intéressants  sur 
les  Bacchanales  des  anciens,  et  il  termine  parla 
description  d'un  vase  où  se  trouve  figuré  le 
combat  de  Thésée  avec  le  Minotaure  ;  —  Saggio 
délie  Lingue  Italiane  an <icAc;  Florence,  1806, 
in-8°;  —  Jnscriptionum  et  Carminum  Libri 
très;  Florence,  1807  ; —  Hesiodi  Opéra  et  Dies, 
con  cinquanta  codici  riscontrata  emendata 
la  versione  latina  aygiuntavi  IHtaliana  in 
terze  rime,  con  annotazioni;  Tlorcnce,  1808, 
in-4°;  —  Illustrazione  di  due  Vasi  fittili  cd 
altri  Monumenti  recentemente  trovati  in 
Pe5<o;  Rome,  1809,  in-fol.;  —  Opère  postu- 
me;  Florence,  1817,  2  vol.  in-4°.         E.  G. 

Zaraeoni,  Elogio  storico    di  Lanii  ;    Florence  ).    — 
M.  Boni,  Saggio  iiBtudjjAi  Lami;  Venise,  181S,  In-S», 


traduit  dans  les  annules  encyclopédiques,  année  1817 
t.  IV.  —  On.  Boni,  Elogio  di  Lanzi;  Florence.  I8u! 
ln-40.  —  Al.Cappi,  ISiografiadi  Lanzi;  Forli,  18J0,  iii-s». 

—  Tlpaldo,  liiogr.  degh  Ital.  illustri,  t.  VlU,  p.  448. 

LANZONE,  chef  de  parti  italien,  vivait  au 
milieu  du  onzième  siècle.  Quoique  étant  d'une 
famille  noble  de  Milan ,  il  se  fit  admettre  parmi 
les  membres  de  la  Motta ,  la  confédération  des 
francs  bourgeois  de  cette  ville ,  et  il  en  devint 
un  des  capitaines.  En  1041  un  vassal  de  l'arche- 
vêque ayant  frappé  de  sa  canne  un  artisan ,  la 
Motta   s'insurgea  contre  la  caste  entière  des 
nobles.    Lanzone,    chargé   du  commandement 
suprême,  prit  une  à  une  les  demeures  forti- 
fiées que  les  nobles  occupaient  dans  la  ville,  et 
les  fit  toutes  démolir.  Les  nobles  se  retirèrent 
dans  leurs  châteaux  situés  aux  environs  et  en-i 
treprirent  le  siège  de  la  ville.  Après  avoir  ré-  ' 
sisté  avec  succès  pendant  trois  ans ,  Lanzone,  i 
craignant  que  le  manque  de  vivres  ne  mit  les  ' 
bourgeois  a  la  merci  de  leurs  ennemis ,  alla  I 
trouver  l'empereur  Henri  III  pour  l'intéresser  r 
au  sort  de  ses  concitoyens.  Henri  promit  d'en- 1 
Toyer  une  armée  de  quatre  mille  cavaliers  aun 
secours  des  Milanais.  Lanzone,  de  retour  eni 
Italie,  fit  prévenir  les  nobles  de  l'intervention  « 
prochaine  de  l'empereur,  en  leur  représentant  ii 
combien  il  serait  utile  aux  deux  partis  de  se  ré- 
concilier avant  l'arrivée  des  troupes  allemandes,  s 
L'archevêque  Héribert,  qui  avait  eu  beaucoup  à 
souffrir  de  la  part  des  Allemands,  engagea  vive-' 
ment  ses  vassaux  à  s'entendre  avec  Lanzone  ;  etf 
ce  dernier  parvint  à  faire  conclure  un  traité  del 
paix  avantageux  pour  la  Motta,  C'est  à  lui  quei 
les  bourgeois  de  Milan  durent  l'affermissementD 
de  leur  indépendance  jusque  alors  toujours  mena-f 
cée,  .    E.  G. 

Arnulphus,  Hisloria  Mediolanensis,  I.  II,  ch,  18.  — 
Landulphiis  senior,  Hist.  Mediolan.,  1.  Il,  ch.  2ii. 

LANZOM.  Voy.  Gros. 

LANZONl  (/osepA  ),  médecin  et  philologue] 
italien,  né  à  Ferrare,  le  26  octobre  1663,  morti 
dans  la  même  ville,  le  1"  février  1730.  Il  fut  ap-) 
pelé  en  1696  à  la  chaire  de  philo>iophie  dans  l'u-i 
niversité  de  Ferrare,  place  qu'il  garda  jusqu'à' 
sa  mort.  Il  était  plus  érudit  que  médecin  et  don-o 
nait  plus  de  temps  à  l'archéologie  qu'à  l'art  del 
guérir.  «  Comme  la  plupart  de  ceux  qui  avaient) 
pris  pour  guide  un  véritable  esprit  philosophi-ii 
que ,  dit  la  Biographie  Médicale,  il  n'avait  pasj 
grande  confiance  dans  le  pouvoir  de  la  méde- 
cine. »  Parmi  ses  ouvrages  on  remarque  :  Z>et 
Balsamatione  cadaverum;  Ferrare,  1693, 
in-12;  —  Délie  ghirlande  ed  unguenti  né ^ 
conviti  degli  antichi;  Ferrare,  1698,  in-12; 

—  De  usu  Tabacci  et  animx  Affectionibus ; 
Ferrare,  1702,  in-12.  Les  ouvrages  de  Lanzoni 
ont  été  réunis  sous  le  titre  suivant  :  Opéra  om- 
nia  medico-physica  et  philosophica ,  tum 
édita  hactenus,  tum  inedita;  Lausanne,  1738, 
3  vol.  ia4".  Z. 

yie  de  Lanioni  en  tête  de  ses  Opéra  omnia.  —  TX- 
lia\(io ,  Biograftia  degli  Italiaui  itlustri,  t.  I.  —  Éloy, 
Diction,  historique  de  la  Médecine,  —  Biog.  Médicale. 


505 


LAOUICE  (  AaoSîKY)  ).  On  connaît  dans  l'his- 
toire grecque  quatorze  princesses  de  ce  noni.  L» 
plus  ancienne  était  femme  d'Antiochiis ,  général 
distingué  au  service  de  Philippe  de  Macédoine, 
et  mère  de  Séleucus,  fondateur  de  la  monarchie 
grecque  de  Syrie.  Cinq  cités  au  moins,  fondées 
par  Séleucus  dans  différentes  provinces  de  son 
empire ,  portèrent  le  nom  de  Laodicée  (  Jus- 
tin, XV.  4;  Appien,  Syriaca,  57).  Parmi  les 
autres  princesses  du  nom  de  Laodice,  les  prin- 
cipales sont  : 

LAODICB,  femme  d'Antiochus  IIThéos,  roi 
de  Syrie,  et  mère  de  Séleucus  Callinicus,  vivait 
dans  le  troisième  siècle  avant  J.C.  Suivant  Eu- 
sèbe  elle  était  fille  d'Achaeus  ,  et  probablement 
sœur  d'Antiochus,  mère  d'Athale  I*"",  roi  de  Per- 
^game.  Polyen,  au  contraire,  dit  qu'elle  était  fille 
i  d'Antiochus  Soter.  Par  la  paix  conclue  entre  An- 
tiochus  et  Ptolémée  Philadelphe  en  248  avant 
J.-C,  il  fut  stipulé  que  le  premier  épouserait 
Bérénice,  sœur  du  monarque  égyptien  ;  Antiochus 
devait  répudier  Laodice,  et  déclarer  illégitimes 
les  enfants  qu'il  avait  d'elle.  Le  roi  de  Syrie  se 
conforma  au  traité  pendant  la  vie  de  Ptolémée; 
niais,  après  la  mort  du  prince  égyptien,  il  se  hâta 
de  rappeler  Laodice  et  ses  enfants.  Cette  satis- 
faction n'apaisa  point  la  princesse,  qui,  craignant 
peut-être  un  second  changement,  empoisonna 
Antiochus,  en  246,  et  fit  proclamer  roi  son  fils 
Séleucus.  Elle  étendit  sa  vengeance  sur  Bérénice, 
et  la  fit  tuer  avec  son  enfant  encore  au  berceau , 
dans  le  bois  sacré  de  Daphné.  Ces  crimes,  qui 
furent  suivis  de  nombreuses  exécutions,  excitè- 
rent l'indignation  du  peuple.  Une  révolte  éclata, 
et  Ptolémée  Évergète,  accourant  pour  venger  le 
destin  de  sa  sœur,  ravagea  la  Syrie.  Si  on  en 
croit  Appien,  Laodice  elle-même  tomba  entre 
les  mains  du  monarque  égyptien  et  fut  mise  à 
mort ,  tandis  que  Plutarque  la  représente  comme 
survivantà  cette  invasion  et  poussantdans  la  suite 
le  plus  jeune  de  ses  fils,  Antiochus  Hierax,  à  la 
révolte  contre  son  autre  fils  Séleucus.  Outre 
ces  deux  fils ,  Laodice  eut  deux  filles ,  appelées 
toutes  deux  Laodice,  et  qui  épousèrent  l'une 
Mithridate  IV,  roi  de  Pont,  l'autre  Ariarathe , 
roi  de  Cappadoce.  Y. 

Eusèbe,  Chrnnicon,  édit.  de  Haï,  p.  164.  —  Polyen, 
XIII,  SO.  —  Athénée,  XIII,  p.  393.—  Appien,  ^yr.,  63, 
66.  —  Justin,  XXVII,  1.  —  Plutarque,  De  fratemo 
Amorc,  18,  p.  489.  —  Valère  Maxime.  IX,  14.  —  Pline, 
Hist.  Nat.,  VII,  10.  —  Froelich,  Jnn.  Beau.  Syriaci, 
p.  86.  —  Clinton  ,  Fasti  Hellenici,  III,  p.  310-401.  —  Nie- 
buhr,  Kleine  Schrijten. 

LAODICE,  fille  d'Antiochus  IV  Épiphane ,  vi- 
vait dans  le  deuxième  siècle  avant  J.-C.  Héra- 
clide,  dans  le  dessein  de  faire  prévaloir  les  pré- 
tentions de  l'imposteur  Alexandre  Balas  contre 
Démétrius  Soter,  gagna  Laodice,  et  la  conduisit 
à  Rome.  Le  sénat,  dupe  ou  complice  de  cette  ruse, 
rendit  un  décret  en  faveur  de  Laodice  et  de  son 
frère  supposé  Alexandre.  On  pense  que  cette 
princesse  partagea  le  trône  avec  lui  après  la  dé- 
faite de  Démétrius ,  et  quelle  fut  mise  à  mort 


LAODICE  —  LAO-TZE  506 

par  Ammonius,  mini-strc  d'Alexandre.  Visconti 
et  Millingen  ont  supposé  sans  preuve  que  la 
Laodice  mise  à  mort  était  une  femme  de  Démé- 
trius d'ailleurs  inconnue.  Y. 


Polybe,  XXXIII,  14,  16.  -  Tlte  Llve ,  Epitome.  -  Vis- 
conti, Iconoyraphie  grecque,  II,  p.  St4.  —  MllllDgen, 
Ancient  Coins  of  cUies  and  kings,  p.  76. 

LAoniCB,  sœur  de  Mithridate  Eupator  et 
femme  d'Ariarathe  VI,  roi  de  Cappadoce,  vivait 
dans  le  premier  siècle  avant  J.-C.  Son  mari  fut 
assassiné  en  96  par  Gordius,  à  l'instigation  de 
Mithridate.  Afin  d'éviter  un  sort  semblable  pour 
elle-même  et  ses  deux  enfants ,  elle  se  jeta  dans 
les  bras  du  roi  de  Bithynie,  Nicomède,  qu'elle 
épousa  et  mil  en  possession  de  la  Cappadoce. 
Mais  Nicomède  ne  put  se  maintenir  sur  le  trône, 
que  deux  fils  d'Ariarathe,  soutenus  l'un  par  Mi- 
thridate ,  l'autre  par  les  Cappadociens,  occupè- 
rent successivement.  Après  la  mort  des  deux 
princes,  Mithridate  voulut  donner  la  royauté 
de  la  Cappadoce  à  un  de  ses  fils ,  tandis  que  Ni- 
comède réclamait  le  trône  pour  un  prétendu 
troisième  fils  d'Ariarathe  VI  et  de  Laodice.  Cette 
princesse  se  rendit  complice  de  l'imposture ,  et 
alla  à  Rome  attester  qu'elle  avait  eu  trois  fils 
d'Ariarathe.  Mais  le  sénat,  rejetant  les  demandes 
de  Mithridate  et  celles  de  Nicomède,  rendit  la  li- 
berté aux  Cappadociens.  Y. 

Jnstin,  XXXVm,  1,  2. 

LAODiciA  Di  PAVIA ,  peintre  de  l'école  mi- 
lanaise, contemporaine  d'Andrino  d'Edesia,  vi- 
vait à  Pavie  dans  la  première  moitié  du  qua- 
torzième .siècle.  Elle  est  citée  par  Lomazzo 
comme  ayant  joui  d'une  grande  réputation  au 
temps  de  Giotto  et  de  Pétrarque.  Son  nom  fait 
penser  qu'elle  pourrait  bien  avoir  été  Grecque 
ou  au  moins  fille  de  quelqu'un  de  ces  maîtres 
grecs  qui  travaillèrent  en  Italie  avant  la  renais- 
sance des  arts.  E.  B — n. 

Vasarl,  A'ife.  —  Laozl,  Storia  Plltorica.  —  Ticozj;!, 
Dizionario.  —  Siret,  Dictionnaire  historique  des  Pein- 
tres. 

I.AOJîlC.   Voy.    CnALCONDYLE. 

LAO-TZE  ou  LAO-KiUN,  célèbre  philosophe 
chinois ,  vivait  vers  le  milieu  du  sixième  siècle 
avant  l'ère  chrétienne  :  il  est  regardé  comme 
le  patriarche  de  la  secte  religieuse  des  Taose, 
rivale  du  bouddhisme.  L'histoire  fournit  peu  de 
données  certaines  sur  cet  homme  éminent,  dont 
la  doctrine,  interprétée  de  mille  manières  diffé- 
rentes par  les  siècles  postérieurs,  a  exercé  une 
influence  considérable,  tantôt  salutaire,  tantôt 
pernicieuse  sur  les  destinées  de  l'empire  chinois. 
Les  Annales  historiques  de  Se-ma-tsièn,  qui  ont 
paru  vers  l'an  70  avant  J.-C,  sont  le  monument 
le  plus  ancien  où  se  trouve  la  biographie  de  ce 
philosophe  ;  or,  voici  en  résumé  ce  qu'ils  nous  en 
apprennent  :  Lao-tze,  ayant  pour  nom  de  famille 
JJ  ,  pour  petit  nom  Œil  et  pour  nom  posthume 
Ta)i,  na(iiiit  dans  le  royaume  feudalaire  de 
Tsou,  et  remplit  les  fonctions  d'archiviste  à  la 
cour  des  Tchéou.  Confiicius  alla  le  voir,  et  lui 


507  LAO 

demanda  ce  qu'il  pensait  des  lites  :  Lao  tze  fit 
une  réponse  qui  donna  de  lui  une  très-haute 
opinion  à  son  interlocuteur.  Il  continua  ensuite 
à  vivre  dans  l'isolement,  tout  adonné  à  la  mé- 
ditation de  la  vérité  et  de  la  vertii,  jusqu'à  ce 
que ,  voyant  les  désordres  de  la  dynastie  Tcheou, 
il  abandonna  la  cour  pour  vivre  dans  la  re- 
traite. Arrivé  à  une  passe  dans  les  montagnes, 
l'officier  de  garde  le  pria  d'écrire  pour  lui  un 
livre  instructif.  Lao-tze  composa  alors  le  Tdo- 
tèe-King ,  puis  il  se  retira  et  alla  finir  ses  jours 
on  ne  sait  dans  quelle  solitude. 

De  ce  récit  laconique  on  peut  tirer  deux  con- 
séquences :  la  première ,  que  Lao-tze  a  dû  se 
trouver  à  la  cour  des  Tïhéou  sous  les  empereurs 
King-ouang  et  Keng-ouang  entre  les  années  530 
et  510  avant  J.-C,  puisque  c'est  à  cette  époque 
que  Confucius  a  fait  des  voyages  pour  son  ins- 
truction :  la  seconde ,  que  de  son  vivant  Lao-tze 
n'a  pas  formé  d'école,  encore  moins  une  secte 
religieuse  ayant  le  moindre  rapport  avec  celle 
des  Tao-se,  qui  l'ont  cependant  pris  pour  patriar- 
che en  lui  attribuant  une  origine  et  des  qualités 
surhumaines. 

A  cet  égard,  nous  avons  découvert,  il  y  a  quel- 
que temps  déjà,  dans  le  dictionnaire  I-ouen-péï- 
lan  {  voyez  le  caractère  Laï  de  huit  traits ,  sous 
la  classifique  Tsao,  plantes),  une  rectification 
historique  que  je  m'étonne  de  n'avoir  vu  signalée 
par  aucun  sinologue,  et  qui  a  cependant  une 
assez  grande  importance  ,  si  tant  est  qu'elle  re- 
pose sur  des  données  authentiques.  Au  dire  de 
cet  ouvrage,  il  aurait  existé  à  la  même  époque 
dans  le  royaume  de  Tsou  deux,  auteurs  du  nom 
de  Lao  ayant  également  Li  pour  nom  de  famille  : 
l'un  serait  le  pliilosophe  qui  nous  occupe ,  l'au- 
teur du  traité  de  morale  intitulé  Tao-tëe-Mng ; 
l'autre,  plus  généralement  connu  sous  le  nom  de 
Lao-taï-tze ,  aurait  composé  le  livre  Tsing-tao- 
tèe-king,  où  sont  formulées  les  doctrines  creu- 
ses de  l'ensorcellement,  et  serait  par  consé- 
quent le  véritable  fondateur  de  la  secte  des  Tao- 
se.  Dans  les  connnencements,  ces  deux  Lao 
auraient  été  reconnus  pour  des  personnages 
parfaitement  distincts;  mais  peu  à  jieu  on  les 
aurait  confondus  en  un  scii,  et  le  plus  célèbre 
des  deux,  le  Lao-tze  du  Tao-tèe-hïng ,  aurait 
fini  par  absorber  la  réputation  et  les  droits  de 
son  liomonyme  tombé  depuis  dans  l'obscurité  et 
presque  dans  l'oubli.  Les  écrivains  Tao-se,  fiers 
de  se  donner  un  maître  illustre  ,  auraient  puis- 
samment contribué  à  propager  cette  confusion 
de  personnes,  en  publiant  sur  le  véritable  phi- 
losophe Lao-tze  des  légendes  mythologiques  en- 
tièrement conçues  dans  l'esprit  de  leur  religion. 
La  plus  curieuse  de  ces  légendes  a  été  écrite  vers 
le  milieu  du  troisième  siècle  de  notre  ère  par 
un  nommé  Ko-houng,  que  les  Tao-se  modernes 
placent  au  rang  des  immortels.  Elle  donne  à 
Lao-tze  une  origine  céleste  ,  le  fait  -naître  doué 
de  la  raison  et  de  la  parole,  lui  sufipute  trois 
cents  ans  d'existence  pendant  lesquels  ii  aurait 


■TZE  508 

voyagé  en  Occident  et  converti  une  foule  de 
royaumes  à  sa  doctrine;  en  un  mot,  elle  le  trans- 
forme en  une  véritable  divinité  faisant  des  mi- 
racles et  enseignant  aux  hommes  tous  les  se- 
crets de  l'art  magique. 

Un  simple  aperçu  du  célèbre  ouvrage  Tao- 
tèe-king,  seul  témoignage  authentique  que  nous 
ayons  des  idées  personnelles  de  Lao-tze,  suffit 
pour  démontrer  que  les  théories  de  ce  grand  pen- 
seur ne  visent  à  rien  de  surnaturel  ni   de  mer- 
veilleux, et   qu'elles  ont  quelque  analogie  avec 
1  celles  des  philosophes  de  l'école  de  Confucius, 
j   pour  ne  pas  dire  aussi  avec  celles  des  grands 
1  philosophes  de  la  Grèce. 
\      Selon  Lao-tze,  il  existe  un  Être  immatér.iel , 
origine  de  toutes  choses  ,  dont  l'homme  ne  peut 
comprendre  la  nature  ni  mesurer  l'étendue ,  soit 
en  immensité,  soiten  petitesse.  Son  action  s'exerce 
I  sur  toutes  les  créatures  avec  une  bienveillance 
infinie;    aucune  ne  peut  échapper  à  sa  toute 
'  puissance  ;  mais  cette  action  est  insensible  aux 
yeux  ,  imperceptible  dans  ses  mouvements  et 
!  prend   sa  source  dans  une  éternelle  et  parfaite 
quiétude.  La  perfecHon,  pour  l'homme,  consiste 
à  s'identifier  en  toutes  choses  avec  cet  Être  in- 
visible, à  ne  poursuivre  avec  ardeur  rien  de  ce 
qui  est  terrestre  et  à  se  tenir  dans  un  état  de 
calme  et  d'inaction  intérieure  qui  ne  permette 
j  jamais  ni  à  la  volonté  ni  aux  sens  d'être  entraînés 
.  malgré  lui.  Quelle  er.t  l'entité  infinie  qui  remplit 
1  ainsi  l'univers  de  son  essence?  Lao-tze  dit  qu'il 
ne  le  sait  point,  et  il  lui  donne  un  nom  de  con- 
;  vention,  celui  de  Tao,  qui  signifie  ordinairement 
'  Voie  ou  Raison ,  mais  que  nous  croyons  plus 
rationnel  de  traduire  par  le  mot  ]'érité  pris  dans 
une  acception  abstraite  et  la  plus  étendue  pos- 
sible qui  impHque  l'idée  de  Dieu  lui-même  (J). 

Du  reste,  ce  terme  de  pure  convention  n'est 
point  particulier  à  Lao-tze.  Confucius  l'a  sou- 
i  vent  employé  aussi,  et  en  a  donné  une  définition 
1   presque  identique  à  celle  qui  résulte  de  l'ensemble 
'   du  Tao-tèe-king ,   ainsi  qu'on   peut  s'en  con- 
vaincre pai'  le  passage  suivant  extrait  d'un  en- 
tretien que  le  Li-kl  rapporte  avoir  eu  lieu  entre 
;  Haï-koung,  prince  du  royaume  de  Lou,  et  Con- 
I   fucius  : 

«  Koung   ajouta  :   Oserai-je  vous  demander 
i  pourquoi  le  Sage  fait  un  si  grand  cas  de  la  Vérité 
i   céleste  (du  Tao)?  —  Confucius  répondit  :  On 
I   en  fait  grand  cas  parce  qu'elle  est  sans  fin,  sem- 
blable au  soleil  et  à  la  lune,  qui  se  suivent  sans 
I  jamais  s'arrêter;  telle  est  la  Vérité  céleste  (le 
!   Tao  ).  Rien  ne  peut  mettre  obstacle  à  sa  per- 
{  pétuité  :  telle  est  la  Vérité  céleste.  Elle  n'agit 
1  pas  (  en  apparence  ) ,  et  les  êtres  se  forment  : 
telle  est  la  Vérité  céleste.  Les  êtres,  une  fois 
formés,   apparaissent  clairement,   telle   est  la 
Vérité  céleste,  »  (  Li-ki,  ou  Mémorial  des  Rites; 
Turin  et  Paris,  1853,  chap.  XXil,  page  142). 


(1)  Voyez  à  ce  sujet  notre  traduction  commentée  du 
Mémorial  des  rôles,  page  142,  note  i 


509  LAO-TZE 

Les  disciples  immédiats  de  Confucius  ont  aussi 
parlé  du  Tao  dans  des  termes  très-élevés;  mais, 
peu  enclins  à  admettre  une  entité  psychologique 
qui  résume  en  elle  tous  les  êtres  visibles  et  invi- 
sibles ,  ils  font  du  Tao  comme  un  être  de  raison , 
et,  se  rapprodiant  davantage  du  sens  naturel  de 
Voie,  Clieniin ,  ils  les  prennent  le  plus  souvent 
dans  raccepiion  de  Devoir,  Rectitude,  le  devoir 
étant  en  efl'et  le  cliemin  direct  que  l'homme  est 
tenu  de  suivre  toute  sa  vie  s'il  veut  arriver  au 
but  de  sa  destinée,  qui  est  sa  perfection  morale. 
A  l'instar  de  Lao-tze,  Confucius  admet  égale- 
ment qu'on  se  tienne  dans  l'Iiumilité,  l'abnéga 
tion  et  le  recueillement,  sans  courir  après  l'éclat, 
le  pouvoir  ou  les  plaisirs  ;  mais  il  recommande 
l'exercice  direct  de  la  vertu  par  des  efforts  vo- 
lontaires et  persévérants,  ce  qui  exclut  la  théorie 
de  l'abstention  absolue  préconisée  par  Lao-tze. 
Ce  système  de  passivité  imperturbable,  au  mi- 
lieu du  tourbillon  des  choses  créées,  offre  beau- 
coup d'analogie  avec  ceux  des  Brahmes  et  des 
Bouddhistes  hindous,  qui  font  consister  la  perfec- 
tion divine  et  humaine  dans  un  état  de  non-agir, 
de  non-être  et  de  suspension  extatique  de  toutes 
les  facultés.  Aussi  a-t-on  supposé  que  Lao-t/e 
i  a  eu  des  rapports  avec  l'Inde,  et  qu'il  n'a  fait 
I  que  modifier,  d'après  ses  vues  personnelles,  les 
!  idées  fondamentales  qui  lui  venaient  de  ce  pays 
i  rêveur.  Quelques  missionnaires  jésuites  du  temps 
!  de  Louis  XIV  ont  aussi  cru  retrouver  dans  le 
(traité  de  Laotze  la  noliou  du  vrai  Dicu  et  jus- 
qu'au mystère  de  la  Tiiuité,  et  ils  en  ont  conclu 
à  des  l'elations  directes  entre  ce  philosophe  et 
les  théologues  de  l'Occident.  Mais  sans  prétendre 
qu'il  ait  été  impossible  aux  grandes  idées  de  la 
divinité  émises  par  la  Bible  de  pénétrer  jusqu'en 
Chine  en  passant  par  l'Inde  ou  par  la  haute 
Asie ,  nous  croyons  que  la  raison  humaine  pou- 
vait par  ses  lumières  naturelles  s'élever  aux 
conceptions  abstraites  du  Tao-tèe-king,  sans 
aucune  révélation  étrangère. 

Quant  au  passage  où  Lao-tze  dit  (  livre  II, 
chap.  42°)  :  «  Le  Tao  a  engendré  un;  un  a  en- 
gendré deux;  deux  ont  engendré  trois;  trois 
ont  engendré  toutes  choses,  n  il  serait  en 
effet  susceptible  d'une  interprétation  chrétienne 
si  on  s'en  tenait  à  la  lettre  ;  mais  pour  peu  qu'on 
se  rappelle  les  principes  cosmogoniques  de  l'an- 
cienne philosophie  chinoise,  on  est  forcé  de 
convenir  que  dans  sa  forme  de  logogriphe  ce 
passage  n'est  autre  chose  qu'une  application  de 
la  théorie  des  pa-koua  ou  lignes  divinatoires  de 
Fou-hi.  La  ligne  entière  un  représente  le  prin- 
cipe actif  yang  identifié  avec  le  ciel;  la  hgne 
brisée,  deux,  représente  le  principe  in  identifié 
avec  la  terre  ;  et  ces  lignes  réunies ,  donnant  une 
figure  géométrique,  consi;itiient  l'harmonie  des 
deux  principes  créateurs,  parla  combinaison  des- 
quels surgissent  tous  les  êtres.  Dans  plus  d'une 
circonstance  déjà  nous  avons  eu  occasion  de 
dire  que  la  théorie  bizarre  du  diagramme  de 
Fou-hi,  telle  qu'elle  a  été  commentée  par  Ouen- 


510 


ouang,  Tchéou-koung  et  Confucius  dans  le  livre 
canonique  l-king,  exerce  sur  toute  la  philoso- 
phie chinoise  une  influence  profonde  qu'on  ne 
peut  méconnaître  sans  tomber  dans  des  appré- 
ciations i-adicalement  errojiées. 

A  la  restaïuation  des  lettres  par  la  dynastie 
Han,  le  livre  de  Lao-tze,  retrouvé  avec  beaucoup 
d'autres  dans  des  tombeaux  ,  des  cavernes  ou 
de  vieux  murs,  devint  un  objet  d'études  sérieuses 
de  la  part  des  philosophes,  et  chacune  des 
écoles  ou  des  sectes  religieuses  qui  se  parta- 
geaient la  cioyance  publique  cherchait  à  l'inter- 
préter dansle  sens  de  ses  doctrines  de  prédilection. 
Les  Tao-se,  qui  dès  le  deuxième  siècle  avant 
J.-C.  commençaient  à  faire  beaucoup  de  pro- 
sélytes, affectèrent  d'y  trouver  l'art  des  prodiges 
qui  donne  tant  de  merveilleux  à  leur  religion  ; 
le  premier  commentaire  publié  sous  Han-ouen-ti, 
par  un  des  leurs  nommé  Ho-changkoung,  est 
encoie  de  nos  jours  l'œuvre  la  plus  complète 
en  ce  genre ,  ce  qui  n'a  pas  empêché  un  grand 
nombre  d'auteurs  Tao-se,  parmi  lesquels  on 
compte  cinq  ou  six  empereurs,  decherclier  .sans 
cesse  de  nouvelles  interprétations  au  texte  pri- 
mitif. 

Les  bouddhistes  ont  lu  et  commenté  »vec  une 
partialité  évidente  le  Tao-tèe-king,  parce  qu'ils  ont 
cru  reconnaître  le  dieu  Fo  dans  le  Tao  et  leur 
propre  doctrine  du  quiétisme  absolu  dans  l'inac- 
tion prôchée  par  Lao-tze;  sous  ce  rapport  ils 
sont  peut-être  plus  dans  le  vrai  que  les  Tao-se, 
qui  ne  pourront  jamais  faire  constater  dans 
l'reuvre  de  leur  patriarche  d'adoption  ni  la  re- 
cette du  breuvage  d'immortalité,  ni  le  secret  de 
guérir  toutes  les  maladies,  ni  le  moyen  démonter 
au  ciel  tout  vivant,  ni  celui  de  maîtriser  les  dé- 
mons. Enfin,  les  lettrés  de  l'école  de  Confucius  se 
sont  aussi  fort  occupés  du  Tao-tèe-king,  et  on  ne 
compte  pas  moins  de  quarante  commentaires 
publiés  par  eux  ;  mais  leurs  efforts  ont  générale- 
ment tendu  à  prouver  que  dans  toutes  ses 
parties  intelligibles  et  conformes  à  la  saine  lo- 
gique la  doctrine  de  Lao-tze  ne  diffère  pas  de 
celle  de  leur  maître,  tandis  que  quand  elle  sem- 
ble s'en  écarter,  c'est  qu'elle  se  contredit  elle- 
même  ou  qu'elle  se  fonde  sur  des  principes  qui 
n'ont  pas  le  sens  commun. 

Cette  sévérité  d'appréciation  tient  à  deux 
causes  :  1"  à  la  rivalité  qui  a  toujours  existé  entre 
les  deux  écoles  et  dont  le  germe  se  retrouve  dans 
les  entretiens  qu'on  raconte  avoir  eu  lieu  entre 
Confucius  et  Lao-tze  ;  2°  à  la  répugnance  insur- 
montable qu'éprouvent  les  lettrés  purs  à  ad- 
mettre la  préexistence  d'un  seul  Être  infini  et 
immatériel  comme  celui  dont  les  attributs  sont 
décrits  dans  le  Tao-tèe-king.  Il  est  juste,  cepen- 
dant, de  convenir  que  si  cette  œuvre  d'un  génie 
éminent  renferme  de  hautes  conceptions  et  des 
maximes  d'une  saine  morale,  empruntées,  ce 
semble,  aux  livres  sapientiaux,on  n'y  trouve  pas 
moins  une  foule  de  passages  où  l'auteur  n'a  évi- 
demment visé  qu'à  l'antithèse  des  mots,  laissant 


511 


LAO-TZE  —  LA  PÊNE 


M2 


au  lecteur  le  soin  de  débrouiller  la  contradiction 
des  idées.  Ce  défaut,  signalé  avec  beaucoup  de 
raison  par  le  célèbre  critique  Tchou-lii,  est  très- 
apparent  dans  le  texte  chinois  ;  il  l'est  beaucoup 
moins  dans  une  traduction  quelconque,  mais 
colle-ci  n'en  devient  pas  pour  cela  plus  intelligible. 
—  Le  livre  de  Lao-tze  se  divise  en  deux  parties , 
le  Tao-hing  et  le  Tèe-king,  dont  la  n'union  a  formé 
le  Tao-lèe-king complet,  renfermant  quatre-vingt- 
un  chapitres  et  un  peu  plus  de  cinq  mille  carac- 
tères. On  chercherait  en  vain  dans  le  sens  du 
texte  le  motif  qui  a  dicté  ces  divisions ,  fort  an- 
ciennes à  la  vérité,  mais  aussi  incertaines  d'o- 
rigine; dans  tout  le  cours  de  l'ouvrage,  le  dogme 
et  la  morale  se  trouvent  également  mêlés,  et  ne 
sont  soumis  à  aucune  forme  didactique. 

Sous  le  rapport  du  style ,  le  Tao-tèe-king  dif- 
fère notablement  de  celui  des  autres  livres  de 
la  mémo  époque,  dont  il  n'a  ni  la  clarté  ni  l'élé- 
gance ;  ce  n'est  pourtant  pas,  comme  on  l'a  dit, 
à  son  extrême  concision  qu'est  due  l'incontes- 
table obscurité  qui  enveloppe  le  sens  ;  on  doit 
plutôt  l'attribuer  à  sa  phraséologie,  qui  semble 
avoir  été  combinée  tout  exprès  pour  favoriser 
l'équivoque.  Le  Chou-Mng  etie  Tchouen-tsiéou, 
par  exeiHi^le,  sont  des  ouvrages  très-concis,  qui 
expriment  beaucoup  d'idées  en  fort  peu  de  mots  ; 
mais  ils  présentent  des  formes  littéraires  sou- 
mises à  dos  règles  qui  ne  permettent  pas  de  se 
méprendre  sur  ce  qu'ils  veulent  dire.  Le  Tao- 
ièe-king,  an  contraire,  renferme  un  grand 
nomlire  de  phrases  qui  peuvent  être  coupées 
d'autant  de  manières  qu'il  y  a  de  mots,  et  pré- 
senter ainsi  autant  de  significations  différentes. 
La  nature  abstraite  et  souvent  discutable  du 
sujet  prêle  encore  au  vague  de  l'interprétation , 
et  il  en  résulte  que  tout  en  ayant  sous  les  yeux 
des  caractères  fort  simples  et  d'un  emploi  cou- 
rant, on  est  dans  l'impossibilité  d'affirmer  avec 
certitude  qu'ils  expriment  un  sens  plutôt  qu'un 
autre.  C'est  pour  cela  que  nombre  d'écrivains  de 
l'école  confucienne,  Tchou-bi  entreautres,  ne  crai- 
gnent pas  de  dire  que  le  Tao-tèe-king  n'a  par 
lui-même  aucune  valeur  intrinsèque,  et  qu'avec 
un  peu  d'esprit  on  peut  lui  faire  dire  tout  ce 
qu'on  veut.  Il  est  sorti  en  1 842  des  presses  de 
l'Imprimerie  royale,  sous  le  nom  de  M.  Stanislas 
Julien,  une  traduction  du  texte  original  du  Tao- 
tèe-king  et  de  quelques  commentaires,  avec  le 
titre  de  «  Livi-e  de  la  Voie  et  de  la  Vertu  ».  A  cette 
occasion,  un  autre  orientaliste,  M.Pauthier,  pu- 
blia un  pamphlet,  Vindici3eSinicx,où  il  accusait 
le  traducteur  d'avoir  dérobé  ce  travail  d'un  ma- 
nuscrit que  lui-même  avait  présenté  à  l'Imprimerie 
royale  pour  en  obtenir  l'impression  gratuite,  et 
que  la  direction,  en  vue  de  s'éclairer,  avait  soumis 
à  l'examen  de  M.  Julien.  Ce  dernier  riposta  par 
l'impossibilité  qu'il  y  aurait  eu  de  soustraire  une 
bonne  traduction  chinoise  à  un  homme  «  qui  en 
était  encore  à  apprendre  les  premiers  élé- 
ments du  chinois,  et  qui  dans  l'espèce  n'a- 
vait pas  entendu  une  .seule  phrase  du  livre 


qu'il  avait  essayé  de  traduire  ».  Des  répliques 
suiviient  de  part  et  d'autre;  mais  la  science  si- 
nologique  n'y  gagna  rien ,  et  les  deux  cham- 
pions perdirent  à  s'échanger  des  personnalités 
plus  de  temps  et  de  peine  qu'il  n'en  au- 
rait fallu  pour  traduire  paisiblement  tous  les 
Kings  de  la  Chine.  Au  reste,  pour  que  la  tra- 
duction du  Tao-tèe-king  ait  toute  la  fidélité  que 
sou  extrême  concision  permet  d'atteindre,  il  est 
indispensable  qu'elle  se  borne  religieusement  à 
rendre  la  lettre  du  texte,  sans  en  forcer  l'inter- 
prétation dans  le  sens  d'un  système  préconçu, 
car  si  on  adopte,  comme  on  l'a  déjà  fait,  les 
commentaires  des  Tao-se  ou  ceux  des  Boud- 
dhistes, on  tombe  dans  un  mysticisme  indéfini  qui 
enlève  à  l'œuvre  du  grand  philosophe  tout  ca- 
ractère pratique,  tandis  que  le  contraire  aurait 
lieu  si  on  s'arrêtait  exclusivement  auxcommen-ï 
taires  des  lettrés  matérialistes,     J.  M.  Callery.  \ 

Annales  de  Se  matsien.  —  Tao-tée  king. 

LAPACCi  (Bartolommeo),  prélat  itaben,  né 
vers  1396,  à  Flopence,  où  il  mourut,  le  21  juin 
1466.  Admis  dans  l'ordre  de  Saint-Dominique, 
il  reçut  en  1427  le  diplôme  de  docteur,  et  fut  au 
concile  de  Florence  un  des  dix  théologiens  qui 
dressèrent  les  articles  de  l'union  de  l'Église  grec 
que  avec  l'Église  latine;  le  pape  Eugène  IV  le 
récompensa  de  ses  services  en  le  nommant  en 
1439  maître  du  Sacré  Palais  à  la  place  de  Tor- 
quemada,  qui  venait  d'être  créé  cardinal.  Envoyé 
en  1443  en  Grèce,  en  compagnie  de  F.  Condel- 
merio,  il  devint  évoque  d'Argoli.  Deux  ans  après, 
il  était  à  Constantinople ,  où  il  disputa  publique 
ment  avec  Marc  d'Éphèse  ;  à  cette  époque,  il  oC' 
cupait  le  siège  de  Coron  ,  abandonna  cet*  ;  \ille 
lorsque  les  Turcs  s'en  furent  rendus  maîtres,  et 
se  retira  à  Florence.  On  a  de  lui  :  De  sensibili 
bus  Deliciis  Paradisi;  Venise,  1498,  et  des 
traités  manuscrits  sur  plusieurs  points  de  théo- 
logie, des  sermons,  etc.  K. 

Échard,  Script,  ord.  Prœdicat.,  I.  —  Moréri,  Dict.  Hist.\ 

LAPÈNE  {Blaise-Jean-François-Édoitaj'd), 
général  français,  né  en  1790,  mort  à  Saint-Gau; 
dens,  en  mai  1854.  Élève  à  l'École  d'AppHcatioi 
d'Artillerie  en  1809,  il  devint  capitaine  le  28  juii 
1813,  et  fit  les  dernières  campagnes  de  l'empire, 
Sous  la  restauration,  il  devint  sous-directeur  d( 
la  manufacture  d'armes  de  Tulle.  Chef  d'esc* 
dron  après  la  révolution  de  Juillet ,  il  servit  en 
Afrique,  et  fut  nommé  commandant  supérieur  de 
Bougie.  Lieutenant-colonel  en  1839,  colonel  en 
1843,  il  passa  général  de  brigade  après  la  révO' 
lution  de  Février.  On  a  de  lui  :  Événements 
militaires  devant  Toulouse  en  1814;  Paris, 
1822;  Toulouse,  1834,  in-8°;  —  Conquête  de 
l'Andalousie,  campagnes  rfe  1810  et  1811  dans 
le  midi  de  l'' Espagne;  Paris,  1823,  in-8°;  — 
Campagnes  rfe  1813  ef  rfe  1814  sur  l'Èbre,  les 
Pyrénées  et  la  Garonne,  précédées  de  consi- 
dérations sur  la  dernière  guerre  d'Espagne; 
Paris,  1823,  in-8° ,  avec  cartes  ;  —  Vingt-six 
Mois  à  Bougie,  ou  collection  de  mémoires 


513 


LAPÈNE  —  LA  PÉROUSE 


514 


sur  sa  conquête,  son  occupation  et  son  avenir; 
notice  historique,  morale,  politiqxie  et  mili- 
taire sur  les'  Kabyles  ;  Saint-Gaudens  et  Pa- 
ris (1840),  in-S";  —  Tableau  historique  de 
l'Algérie,  depuis  l'occupation  romaine  jus- 
qu^à  la  conquête  par  les  Français,  en  1830; 
Toulouse  et  Metz,  1845,  2  parties  in-S";  — 
Tableau  historique  moral  et  politique  siir  les 
Kabyles  ;  Metz,  1846,  in-8o.  Le  général  Lapène 
a  en  outre  publié  dans  les  Mémoires  de  l'Aca- 
démie de  Metz  un  Rapport  sur  un  Projet  de 
Remonte  de  la  Cavalerie  de  M.  Fréd.  Lenfant 
(1842-1843),  et  un  Tableau  historique  de  la 
Province  d'Oran  depuis  le  départ  des  Espa- 
gnols en  1792  jusqu'à  Vélévation  d'Abd-el- 
Kader,  en  1831.  L.  L— t. 

Quérard,  La  France  littéraire.  —  Bourquelot,/,aiii- 
térut.  Franc,  contemp.  —  Annxiaires  milit. 

LA.  PÉRELLE  (Augustc  JuBÉ,  baron  de), 
Voy.  Jubé. 

LA  PÉROVSE  (1)  {^Jean-François  de  Ga- 
L\up,  comte  de),  célèbre  navigateur  français,  né 
au  Guo,  près  Albi,  le  22  août  1741.  Il  était  fils  de 
Victor-Joseph  de  Galaup  et  de  Marguerite  de  Res- 
séguier.  Sa  première  éducation  le  prépara  de  bonne 
heure  à  devenir  un  marin  distingué,  et  son  incli- 
nation pour  cette  profession  se  fortifia  à  mesure 
que  ses  connaissances  acquirent  de  l'étendue.  Il 
avait  à  peine  quinze  ans  lorsqu'il  fut  reçu  garde 
de  la  marine,  le  19  novembre  1756.  Il  servait 
en  cette  qualité  sur  Le  Formidable,  et  faisait 
partie  de  l'escadre  du  maréchal  de  Conflans 
lorsqu'elle  fut  attaquée  par  la  flotte  anglaise, 
solis  les  ordres  de  l'amiral  Hawke.  Le  combat  se 
livra  le  20  novembre  1759 ,  à  la  hauteur  de 
Belle-Isle  :  il  fut  acharné,  mais  désastreux  pour 
les  Français.  Le  Formidable  dut  se  rendre 
après  une  glorieuse  défense,  et  le  jeune  La  Pé- 
rouse,  grièvement  blessé,  fut  conduit  prisonnier 
en  Angleterre.  Sa  captivité  ne  fut  pas  de  longue 
durée  :  rendu  à  sa  patrie ,  il  fit  avec  distinction 
plusieurs  autres  campagnes,  qui  lui  méritèrent  le 
grade  d'enseigne  (  l*^"^  octobre  1764)  et  celui  de 
lieutenant  de  vaisseau  (  4  avril  1775).  Durant 
les  quatorze  années  de  paix  qui  s'écoulèrent  de 
1764  à  1778,  La  Pérouse  ne  resta  pas  oisif;  il 
parcourut  les  parties  du  globe  les  plus  éloignées, 

(1)  Ce  nom  était  celui  d'une  petite  propriété  située 
près  d'Albl;  cette  terre  lui  lut  donnée  par  suite  d'ar- 
rangements de  famille,  et,  suivant  un  usage  tr«s-géné- 
ral  alors,  il  ajouta  ce  nom  à  celui  qu'il  portait  déjà. 
Dans  le  pays  on  écrivait  indifféremment  le  nom  de  cette 
terre  tantôt /«  Pérouse  et  tantôt  La  Peyrouse;  mais 
J.-Fr.  de  Galaup  adopta  la  première  de  ces  orlhographes, 
et  depuis  elle  a  été  conservée  dans  sa  famille.  Le  célèbre 
navigateur  dont  nous  parlons  ici  se  maria  le  17  Juin 
1"8S,  avec  Louise-Éléonore  Branden,  ,iée  à  Nantes.  Il  ne 
naquit  pas  d'enfants  de  ce  mariage;  le  nom  de  La  Pé- 
rouse se  serait  donc  éteint  si  une  ordonnance  royale 
du  21  février  ISlï  n'avait  autorisé  les  maris  des  deux 
sœurs  du  navigateur,  MM.  Dalmas  de  Labessière  et  de 
Barthei,  à  joindre  le  nom  de  La  Pérouse  au  leur  et  à 
transmettre  ces  noms  à  leurs  descendants.  C'est  ainsi  qu'il 
existe  aujourd'hui  deux  familles,  l'une  Dalmas  de  La 
Pérouse,  l'autre  Batthez  de  La  Pérouse,  dont  le  nom  se 
rattache  à  celui  du  navigateur.  (  Note  de  M.  Herold.  ) 

NOliV.   BIOGR.   GÉNÉR,   —  T.   XXIX. 


apprit  la  pratique  de  son  métier,  et  devint  un  of- 
ficier expérimenté.  Lorsque  la  guerre  se  ralluma, 
il  fut  appelé  au  commandement  de  la  frégate 
L'Amazone,  qui  comptait  dans  la  flotte  du  comte 
d'Estaing,  lorsqu'il  combattit  si  brillamment  en 
Amérique  contre  l'amiral  anglais  Byron  (voy. 
ce  nom).  Pendant  cette  campagne,  La  Pérouse 
s'empara  de  la  frégate  Ariel,  et  contribua  à  la 
prise  du  vaisseau  Experiment.  Au  mois  d'a- 
vril 1780,  il  fut  promu  au  grade  de  capitaine  de 
vaisseau.  Abord  de  L'Astrée,  il  se  rendit  sur  les 
côtes  de  la  Nouvelle-Angleterre,  et  ayant  rallié 
V  Hermione,  commandé  par  La  Touche-Tréville, 
il  attaqua  près  de  l'île  Royale  une  frégate  en- 
nemie et  cinq  bâtiments  d'un  rang  inférieur.  La 
frégate  et  un  autre  navire  durent  amener  pa- 
villon. La  Pérouse  amena  ses  prises  au  Cap- 
Français.  Le  cabinet  de  Versailles  ayant  formé 
le  projet  de  détruire  les  établissements  de  la 
Compagnie  anglaise  de  la  Baie  d'Hudson,  chargea 
La  Pérouse  de  cette  mission  difficile.  Les  pré- 
paratifs furent  faits  avec  activité,  elle  31  mai 
1782  il  sortit  de  la  rade  du  Cap-Français,  por- 
tant son  pavillon  sur  le  vaisseau  Le  Sceptre 
(  de  74  ),  et  suivi  de  la  frégate  L'Astrée  et  de  la 
cov\eii&L' Engageante,  he  17  juillet  l'escadre 
pénétra  dans  le  détroit  d'Hudson  ;  malgré  les 
glaces  et  les  brumes  ,  le  8  août,  La  Pérouse  dé- 
truisit le  fort  du  Prince  de  Galles,  situé  à  l'em- 
bouchure de  la  rivière  Churchill,  par  environ 
59°  de  latitude  nord.  Le  21  il  rasa  également 
le  fort  d'York,  élevé  sur  une  pointe  qui  sépare 
la  rivière  Nelson  de  la  rivière  des  Haies.  L'hu- 
manité du  vainqueur  égala  sa  bravoure.  Instruit 
que  plusieurs  Anglais  avaient  fui  dans  les  bois, 
et  restaient  exposés,  après  son  départ,  à  périr 
de  faim  ou  sous  le  tomahawk  des  sauvages, 
il  eut  la  générosité  de  leur  laisser  à  terre  des 
armes  et  des  vivres.  La  paix  de  1783  termina 
cette  campagne ,  qui,  peu  connue,  n'a  pas  rap- 
porté à  La  Pérouse  toute  la  gloire  qu'il  devait 
en  recueillir. 

Le  gouvernement  français,  voulant  compléter 
les  travaux  de  Cook  et  de  Clarke,  résolut  d'en- 
voyer une  expédition  sur  les  traces  des  explora- 
teurs anglais  pour  rechercher  le  passage  au  Nord 
qu'ils  n'avaient  pas  trouvé.  C'était  d'ailleurs  le 
meilleur  moyen  de  continuer  les  découvertes  de 
Bougainville.  Louis  XVI  dressa  lui-même  le 
plan  du  voyage,  et  La  Pérouse  fut  choisi  pour 
l'exécuter.  Il  devait  reconnaître  les  terres  res- 
tées inconnues ,  recueillir  des  données  certaines 
sur  la  pêche  de  la  baleine  dans  l'Océan  méridio- 
nal au  sud  de  l'Amérique  et  du  cap  de  Bonne- 
Espéi-ance ,  sur  la  traite  des  pelleteries  dans  le 
nord-ouest  de  l'Amérique,  explorer  soigneuse- 
ment les  côtes ,  encore  peu  connues ,  de  la  Tar- 
tarie  et  de  l'Amérique  occidentale ,  les  mers  de 
Chine  et  du  Japon,  les  îles  de  Salomon,  la  bande 
sud-ouest  de  l'Australie ,  rechercher  dans  tous 
ces  lieux  les  plantes,  les  minéramt  utiles,  en  étu- 
dier les  divers  peuples,  et  ouvrir  au  commerce  de 

17 


515 


LA  PÉROUSE 


516 


nouveaux  débouchés.  Deux  frégates  furent  ar-  ! 
mées  à  Brest  pour  accomplir  cet  immense  projet. 
La  Pérouse  prit  le  commandement  de  La  Bous-  ' 
sole,  et  le  capitaine  De  Langle  celui  de  V Astro- 
labe. Le  l*-'""  août  1785,  et  après  avoir  doublé  le 
cap  Horn,  elle  remonta,  le  23  juin  1786,  jusqu'au 
mont  Saint-Élie,  situé  vers  le  60°  de  latitude  sep-  : 
tentrionale  sur  la  côte  nord-ouest  de  l'Améri- 
que. C'est  de  ce  |)oint,  d'où  Cook  avait  toujours 
été  repoussé  par  les  gros  temps  et  les  courants, 
que  devait  commencer  la  mission  de  La  Pérouse. 
Il  parcourut  la  côte  pendant  plusieurs  jours,  et 
y  découvrit  une  baie  qu'il  nomma  baie  Monti, 
du  nom  de  l'officier  qu'il  avait  chargé  de  son  ex- 
ploration. Le  2  juillet,  par  58o   36'  de  latitude 
nord  et  1400  31'  de  longitude,  il  entra  dans  une 
nouvelle  baie,  échappée  aux  investigations  de 
Cook;  elle  reçut  le  nom  de  port  c''-s  Français. 
Il  ne  restait  plus  que  quelques  sondes  à  y  faire  ; 
trois  embarcations  furent  envoyées  pour  les  ter- 
miner. Entraînées  au  milieu  des  brisants,  deux 
d'entr'elles  furent  brisées  et  vingt  et  une  per- 
sonnes parmi  lesquelles  six   officiers  périrent 
dans  les  flots:  De  ce  nombre  étaient  les  deux 
frères  de  La  Borde  (  voy.  ce  nom).  La  Pérouse 
donna  le  nom  d'//e  du  Cénotaphe  au  petit  îlot 
qui  s'élève  dans  la  baie  et  sur  lequel  il  fit  cons- 
truire un  monument  comméraoratif  de  ce  déplo- 
rable accident.  Du  reste,  il  ne  put  fixer  que  la 
position  de  quelques  points  de  la  côte  ;  il  éprouva 
les  mêmes  difficultés  naturelles  que  Cook;  les 
rares  habitants  se  montrèrent  inhospitaliers,  et 
d'ailleurs  son  itinéraire  ne  lui  permettait  de  pas- 
ser là  que  six  semaines  (1).  11  mit  donc  le  cap 
sur  les  îles  Sandwich,  et  le  5  novembre,  à  environ 
cent  lieues  dans  le  nord-ouest,  sous  le  tropique 
du  Cancer,  il  découvrit  une  petite  île  déserte, 
qu'il  appela  lie  Necker.  Il  mouilla  le  3  janvier 
1787,  dans  la  rade  de  Macao,  et  environ  un  mois 
plus    tard  il  faisait  route  pour  les  Philippines. 
Après  avoir  reconnu  l'île  Quelpaert,  il  se  dirigea 
à  l'est  vers  le  Japon.  Le  23  juin  il  relâcha  dans 
une  baie  qui  reçut  le  nom  de  Ternai.  Le  27  il 
reprit  la  mer;  mais  d'épaisses  brumes  retardè- 
rent sa  marche.  Le  4  juillet  il  entra  dans  une 
grande  baie  où  se  versaient  les  eaux  d'un  fleuve 
d'environ  quarante  mètres  de  largeur  :  elle  reçut 
le  nom  de  baie  Suffren.  La  Pérouse  continua 
ensuite  à  s'avancer  vers  le  nord.  Bientôt  il  s'a- 
perçut qu'il  naviguait  dans  im  canal  qui  parais- 
sait se  rétrécir  à  mesure  que  les  frégates  avan- 
çaient. Le  1 2  juillet  les  navigateurs  mouillèrent 
près  d'une  anse  qu'ils  nommèrent  baie  De  Lan- 
gle en  l'honneur  du  capitaine  de  V Astrolabe. 
On  se  dirigea  ensuite  au  nord-ouest,  vers  les 
côtes  de  la  Tartarie  chinoise ,  louvoyant  sous 
les  basses  voiles,  à  cause  des  brumes  continuelles 
qui  environnaient  les  navires.  Le  19,  par  une 


(1)  Celte  reconnaissance  a  été  refaite  depuis  par  Van- 
couver, qui  ne  l'a  terminée  qu'après  trois  années  de  tra- 
vaux, 


éclaircie,  on  aperçut  la  terre  au  fond  d'une  ma- 
gnifique baie,  celle  d'Estaing.  Le  28  les  fré- 
gates se  trouvèrent  sur  la  côte  de  Tartarie,  à  l'ou- 
verture d'une  nouvelle  baie  (  baie  de  Casiries  ) , 
qui  par  sa  position,  au  fond  d'un  golfe,  assui-e  un 
excellent  mouillage  aux  bâtiments  du  plus  fort 
tonnage.  La  Pérouse  appareilla  le  2  août  1787, 
et,  par  45°  10'  de  latitude  au  sud  du  cap  Gril- 
lon, il  découvrit  le  détroit  qui  porte  aujourd'hui 
son  nom.  Jusqu'à  cette  époque  la  côte  oi'ientale 
de  l'Asie  n'était  connue  que  par  les  récits  de 
quelques  missionnaires,  qui  confondaient  sous  la 
dénomination  de  Jesso  toutes  les  terres  au  nord 
du  Japon.  La  Pérouse  reconnut  que  ces  terres 
forment  deux  îles ,  dont  l'une,  l'île  Ségalien,  est 
détachée  de  la  Corée  par  le  détroit  de  La  Pé- 
rouse, et  l'autre,  l'île  Chika,  est  sépai'ée  delà 
grande  île  du  Japon  par  le  détroit  de  Sangaar. 
Après  avoir  relevé  les  îles  des  États,  de  la  Com- 
pagnie ,  des  Quatre-Frères  et  de  Malikan,  il 
donna  dans  le  canal  de  La  Borisaole,  qui  lui  per- 
mit de  se  rendre  au  Kamtsckatka,  où  il  relâcha 
àPetropauIowsk,  le  7  septembre  1787.  L'impéra- 
trice de  Russie ,  Calherine  II,  avait  donne  des 
ordres  pour  que  les  voyageurs  fussent  reçus 
avec  hospitalité.  On  remit  à  La  Pérouse  des  dé- 
pêches venant  de  Fi'ance,  parmi  lesquelles  il  s'en 
trouvait  une  qui  relevait  au  grade  de  chef  d'es- 
cadre. Ce  fut  aussi  de  là  qu'il  expédia  par  la 
voie  de  terre  M.  de  Lesseps,  chargé  d'apporter  à 
Paris  les  journaux,  notes,  cartes,  plans  et  des- 
sins recueillis  dans  le  voyage. 

La  Pérouse  quitta  la  baie  d'Avatcha  le  29  sep- 
tembre, et  fit  route  au  sud.  Après  avoir  coupé  la 
Ligne  pour  la  troisième  fois,  il  entra  dans  l'ar- 
chipel des  Navigateurs,  et  le  8  décembre  relâcha 
à  Maouna.  Un  affeux  malheur  vint  l'y  attrister. 
Son  ami,  De  Langle,  le  capitaine  de  L'Astro- 
labe, étant  entré  avec  sa  chaloupe  dans  une  pe- 
tite anse  entourée  de  l'écifs  pour  làire  aiguade, 
fut  attaqué  et  massacré  par  les  indigènes  avec 
onze  de  ses  compagnons,  parmi  lesquels  le  sa- 
vant naturaliste  Robei-t  de  Paul  Lamanon.  La 
plupart  des  autres  Français  revinrent  blessés 
grièvement.  La  Pérouse  eut  hâte  de  quitter  ce 
lieu  de  désolation,  remettant  à  un  autre  temps 
une  juste  vengeance.  Le  14  décembre  il  levai 
l'ancre,  et  fit  route  pour  Oyolava,  et  ensuite  pour 
Pola.  Le  20  il  eut  connaissance  des  îles  des 
Cocos  et  des  Traîtres.  Il  entra  ensuite  dans 
l'archipel  des  Amis.  Le  27  ilfuten  vue  de  Vavao, 
le  31  il  passa  Tonga-Tabou,  et  après  s'être  arrêté 
à  l'île  Norfolk,  atterrit  le  26  janvier  1788  à  Bota- 
ny-Bay.  C'est  de  ce  port,  et  du  7  février,  qu'est 
datée  la  dernière  lettre  écrite  par  La  Pérouse 
au  ministre  de  la  Marine.  Dès  lors  un  voiie  fu- 
neste est  jeté  sur  la  destinée  de  l'expédition.  Les 
navigateurs  devaient  arriver  à  l'île  de  l'rance 
en  1788;  deux  années  s'écoulèrent  sans  qu'ils- 
parussent.  L'intérêt  qui  s'attachait  au  sort  de  La 
i  Pérouse  et  de  ses  compagnons  se  fit  jour  au  mi- 
1  lieu  même  des  agitations  de  la  révolution.  La 


517 


LA  PEROUSE  —  LA  PERRIÈRE 


518 


Société  d'Histoire  naturelle  de  Paris  éleva  sa 
voix  jusqu'à  l'Assemblée  nationale,  et  Louis  XVI 
fut  piié  d'ordonner  des  recherches  (1). 

Le  contre-amiral  d'Entrecasteaux  reçut  l'ordre 
d'armer  deux  navires  et  de  visiter  tous  les  points 
où  devait  toucher  La  Pérouse  après  son  départ 
de  Botany-Bay;  mais  ses  recherches ,  d'ailleurs 
mollement  faites,  n'eurent  aucun  résultat.  Ainsi 
resta  inconnu  le  sort  de  cette  malheureuse  expé- 
dition jusqu'en  mai  1826,  époque  où  le  lieu  de  son 
naufrage  fut  découvert  par  le  capitaine  anglais 
Peter  Dillon,  qui,  naviguant  au  nord  des  Hébri- 
des, trouva  sous  l'eau,  au  milieu  des  récifs  qui 
environnent  l'île  de  Vanikoro,  des  débris  de  na- 
vires et  une  quantité  d'objets  tels  que  canons, 
pierriers,  saumons  de  plomb,  ancre,  etc.,  qui  ont 
évidemment  appartenu  aux  naufragés  de  La 
Boussole  et  de  L'Astrolabe,  et  qui  sont  aujour- 
d'hui déposés  au  Musée  naval  du  Louvre.  Il 
paraîtrait  même ,  au  rapport  des  vieillards  du 
pays,  que  quelques  hommes  des  équipages  fran- 
çais auraient  survécu  longtemps  à  leur  désas- 
tre. En  1828  le  capitaine  Dumont  d'Urville,  sur 
sa  corvette  L'Astrolabe,  visita  Vanikoro  lors  de 
son  voyage  scientifique  autour  du  monde  :  il 
recueillit  encore  quelques  débris  du  naufrage,  et 
reconnut  l'exactitude  des  faits  signalés  par  le 
capitaine  Dillon.  Il  ne  voulut  pas  s'éloigner  de 
ce  lieu,  si  tristement  célèbre,  sans  payer  un  tribut 
de  regrets  à  la  mémoire  de  La  Pérouse  et  de  ses 
compagnons  d'infortune.  Il  leur  consacra  un  mo- 
nument funéraire,le  14  mars  1828.  C'est  un  mau- 
solée en  pierres  brutes,  surmonté  d'un  obélisque 
quadrangulaire,  sur  lequel  on  lit  cette  inscripion  : 

A  la  mémoire 

de  La   Pérouse 

et  de  ses  compagnons. 

L'Jftrolabe , 

14  mars  1828. 

Alfred  de  Lac\ze. 

GérSrd,  Vies  et  Campagnes  des  plus  célèbres  Marins 
français  {?at\s,  182S,  ln-l2,  fig.  ),  p.  197-200.  —  Peler 
Dillon,  yoyarjes  aux  Iles  de  la  mer  du  Sud,  en  1826  et 
1827,  et  Relation  de  la  découverte  du  sort  de  La  Pé- 
rouse (  Paris,  1S3G,  2  vol.  avec  cartes  et  4  planch.).  — 
Oiimont  d'i'rvllle,  Voyage  pittoresque  autour  du  Monde. 

—  Domcny  de  Rienzi,  Oceanie,  dans  VUniverspittoresqife, 
t.  ni,  p.  260-397.  —  Van  Tenac,  Histoire  générale  de  la 
Marine,  t.  iv,  p.  238-264.  —  Quoy  et  l'aul  Galmard, 
Voyage  de  la  corvette  L'Astrolabe.  —  Willi.im  Smitli, 
Collection  des  Voyages  autour  du  Monde,  t.  V|,  p.  3 
et  338.  —  /.e  Moniteur  universel  du  13  février  1847.  — 

—  Théogène  Page,  dans  le  Dictionnaire  de  la  Conver- 
sation. —  Documents  particuliers. 

LA  PERRIÈRE  (Qitillazime  de),  poète  et 
historien  français,  né  en  1499,  à  Toulouse,  mort 
vers  1565.  Il  appartenait  à  une  famille  de  petite 
noblesse,  et  avait  fait  des  études  de  droit,  puisqu'il 
prenait  le  titre  de  licencié.  Sa  vie  s'écoula  proba- 
blement tout  entière  dans  sa  ville  natale,  où  ses 


(i;  Nos  lecteurs  trouverontaux  articles  Dmoy {Peter), 
DuMOiST  d'Urville  et  d'Ewtrecasteattx  les  détails 
les  plus  circonstanciés  et  les  plus  exacts  sur  les  résultats 
obtenus  par  les  diverses  expéditions  envoyées  à  la  re- 
cberohe  de  La  Pérouse.  Reproduire  ces  détails  ici  serait 
faire  un  double  emploi. 


nombreux  ouvrages  lui  avaient  acquis  une  répu- 
tation de  savoir,  qui  ne  s'est  pas  maintenue.  En 
1552  le  conseil  municipal  la  chargea  de  rédiger 
pour  cette  année  les  annales  de  Toulouse;  mais 
il  ne  paraît  pas  qu'il  ait  poussé  bien  loin  ce  tra- 
vail. Il  vivait  encore  en  1560.  La  plupart  de  ses 
écrits  sont  en  vers,  et  portent,  suivant  l'usage  du 
temps,  des  titres  bizarres  ;  nous  citerons  :  [n- 
vective  satyrique ,  tissue  et  composée  par 
maistre  Guillaume  de  La  Perrière,  licencié 
es  droits,  contre  les  suspects  monopoles  de 
plusieurs  crimineux,  satellites  et  gens  de  vie 
réprouvée;  Toulouse,  1530,  in-4°  :  un  des  écrits 
les  plus  rares  de  l'auteur,  qui  s'est  plu  à  l'ac- 
compagner de  notes  en  latin ,  ex  purissimo , 
dit-il,  sacrarum  literarum  fonte  mariantes  ; 
—  Le  Théâtre  des  bons  Engins,  auquel  sont 
contentez  ce'°.t  Emblèmes  moraulx ;  Lyon, 
sans  date,  in-S"  :  suite  de  cent  dizains  sous  au- 
tant d'emblèmes,  dédiés  à  Marguerite,  reine  de 
Navarre.  Ce  recueil  de  moralités  obtint  une  vogue 
singulière ,  peut-être  à  cause  des  cent  figures 
en  bois  qui  en  corrigèrent  la  fadeur  depuis  l'é- 
dition de  Paris,  1539,  petit  in-8°  ;  il  fut  réim- 
primé à  Angers,  1545;  à  Lyon,  1547,  1549  et 
1553;  à  Paris,  1550,  1554,  1580,  etc.;—  Les 
Annales  de  Foix,  joinctz  à  icelles  les  cas  et 
faictz  dignes  de  perpétuelle  recordation,  ad- 
venus tant  aulx  paijs  de  Bearn,  Commynge, 
Bigorre,  Armygnac,  Navarre ,  que  les  lieux 
circumvoisyns ,  depuis  le  premier  comte  de 
Foix  Bernard  jusques  à  Henry,  à  présent 
comte  de  Foix  et  de  Navarre;  Toulouse,  1 539, 
petit  in-4'',  lig.  On  a  prétendu  que  l'histoire  des 
comtes  de  Foix,  écrite  originairement  en  langue 
basque,  par  Arnaud  Squarres  ,  avait  été  mise  en 
latin  par  Bertrand  Hélie ,  de  Pamiers ,  et  que 
c'était  cette  dernière  version  que  La  Perrière  avait 
à  son  tour  fait  passer  en  français  ;  mais  Rigoley 
de  Juvigny,  dans  son  édition  de  la  Bibliothèque 
de  La  Croix  du  Maine  (1,  339),  a  prouvé  que 
cette  opinion,  émise  par  le  P.  Lelong  et  La 
Monnoye,  n'avait  aucun  fondement;  —  Les 
cent  Considérations  d'Amour;  Lyon,  1543, 
in-16,  fig.;  —  Le  petit  Courtisan,  avec  la 
Maison  parlante,  et  le  Moyen  de  parvenir 
de  pauvreté  à  richesse,  et  comment  le  riche 
devient  pauvre  ;  Lyon,  1551,  in-16;  — Les 
Considérations  des  quatre  Mondes ,  a  sauoir 
est  -.divin,  angélique  ,  céleste  et  sensible; 
comprinses  en  quatre  centuries  de  quatrains, 
contenant  la  cresme  de  divine  et  humaine 
philosophie;  Lyon  et  Toulouse,  1552,in-8°, 
avec  le  portrait  de  l'auteur.  Dans  la  quatrième 
centurie,  il  raconte  fort  sérieusement  qu'il  a  vu 
une  paire  de  mandragores  effigiées  à  la  face 
humaine,  masculine  et  féminine,  qui  avait  été 
achetée  trois  cents  livres  par  un  évêque  de 
Rieux  ;  — La  Morosophie,  contenant  cent  em- 
blesmes  moraulx ,  illustrés  de  cent  tetras- 
tiques  latins,  reduitz  en  autant  de  quatrains 
françoys;  Lyon,  1553,  petit  in-S»,    fig.  ;  ce 

17. 


519 


I<A  PERRIÈRE  —  LA  PEYRÈRE 


520 


livre  Aq  folle  sagesse  est  encore  un  recueil  de 
moralités,  auquel  les  vignettes  en  bois  ajoutent 
du  prix  ;  —  Le  Miroir  politique ,  œuvre  non 
moins  utile  que  nécessaire  à  tous  monarques, 
rois,  princes,  seig^newrî,  etc.,  Lyon,  1555, 
in-fol.,  et  Paris,  1567,  in-8°;  —  Dialogue  mo- 
ral de  la  lettre  qui  occit  et  de  l'esprit  qui 
vivifie;  interlocuteurs  Engins  :  humains , 
Franc  Vouloir,  Bon  Conseil,  Glose  con- 
fuse, etc.  La  Perrière  a  corrigé  et  augmenté 
la  traduction  française  anonyme  de  l'ouvrage  de 
Nicolas  Bertrand  :  Les  Gestes  des  Tholosains, 
qui  avait  paru  en  1517,  in-4o.      Paul  Louisv. 

La  Croix  du  Maine  et  Du  Verdier,  Biblioth.  franc.  — 
Leiong,  Biblioth.  franc.  —  Biogr.  Toulousaine,  I,  373-74. 
—  Brunet,  Man.  du  Libraire.  —  Viollet-Leduc,  Bibliolh. 
Poétique. 

LA     PERRIÈRE     DE     ROIFFË     [JacqUCS- 

Charles- François  de),  physicien  français,  né 
à  Surgères  (Saintonge),  en  1694,  mort  à  Paris, 
en  1776.  Issu  d'une  des  premières  familles 
du  Nivernais,  il  fit  ses  premières  études  à 
Saint  •  Jean-d'Angdy,  et  les  termina  au  collège 
de  Pont-le-Voy.  II  s'acquit  une  certaine  cé- 
lébrité en  consacrant  son  temps  et  sa  fortune 
surtout  à  la  physique  et  à  l'astronomie.  Mais 
il  adopta  des  opinions  qui  heurtaient  les  sys- 
tèmes de  Descartes  et  de  Newton.  Il  accusait 
Lemonnier  et  Lalande  de  lui  avoir  dérobé  l'idée 
des  réfractions  écliptiques  :  aussi  se  brouilla- 
t-il  avec  presque  tous  les  savants  de  son  temps, 
et  finit  par  être  entièrement  délaissé.  On  a  de 
lui  :  Mécanisme  de  l'électricité  et  de  l'îtnivers  ; 
Paris,  1755,  1756,  in- 12  avec  fig. ;  —Arrêt 
burlesque;  1110,  in-12;  —Extrait du  Nou- 
veau Système;  1761,  m-i2;  —  Nouvelle  Phy- 
sique céleste  et  terrestre  à  l'usage  de  tout  le 
monde;  Paris,  1766,  3  vol.  in-12;  en  tête  de 
cet  ouvrage  est  le  portrait  de  l'auteur,  au-dessous 
duquel  on  lit  ces  vers  : 

De  Descartes  et  de  Newton 
Osant  attaquer  les  systèmes, 
De  la  nature  il  prit  le  ton 
Et  découvrit  les  lois  suprêmes; 
Et  de  leur  lumineux  Qambeau 
U  éclaira  son  système  nouveau. 

G.     DE   F. 

Rainguet,  Biogr.  Saintongeaise. 

LA  VEKKmKiL  {Michel-Gabriel).  Foy.  Per- 

DOULX. 

LA  PËRDSE  (  /ean-BASTiER  de  ) ,  poète 
français,  né  vers  1 530  ,  mort  dans  les  environs 
de  Poitiers,  en  1555.  Les  auteurs  ne  sont  point 
d'accord  sur  le  lieu  de  sa  naissance.  La  Croix 
du  Maine  et  Goujet  le  font  naître  à  Angoulôme  ; 
du  Verdier  de  Vauprivas  le  dit  Poitevin  ;  Colin 
l'inscrit  parmi  les  littérateurs  limousins.  Il  est 
probable,  dit  Vitrac,  qu'il  naquit  à  La  Péruse  en 
Angouraois ,  mais  dans  le  diocèse  de  Limoges. 
On  a  peu  de  renseignements  sur  sa  vie,  quoique 
ses  contemporains  lui  aient  adressé  de  nombreux 
éloges.  Il  fit  ses  premières  études  à  Paris ,  et 
joua  en  1552,  au  collège  Boncour,  la  Cléopâtre 


de  Jodelle.  De  Paris  il  se  rendit  à  Poitiers,  où  il 
dut  suivre  un  cours  de  droit. 

Paris  (  dit-il  )  a  nos  jeunes  ans  ; 
Puis  lorsque  nous  sommes  grands. 

On  nous  achemine 
De  Paris  en  autre  endroit, 
Pour  la  guerre,  pour  le  droit, 
Pour  la  médecine. 

Les  poésies  de  La  Péruse  ont  été  recueillies  par 
deux  de  ses  amis,  Jean  Boiceau  et  Guillaume 
Bouchet,  qui  les  firent  imprimer  ;  Poitiers,  1556, 
in-4'';  édition  de  Claude  Binet,  Paris,  1573, 
in-l6.  Elles  se  composent  de  Médée,  tragédie 
en  cinq  actes,  imitée  et  traduite  de  Senèque;  re- 
vue et  corrigée  par  Sainte-Marthe 

Tu  vins  après  (  Jodelle),  encottiurné  Péruse_. 
Espoinçonné  de  la  tragique  muse,  » 

dit  Ronsard,  etc..  Le  mélange  des  rimes  mascu- 
lines et  féminines  y  est  rigoureusement  observé. 
Cette  pièce  valut  à  son  auteur  d'être  appelé  par 
Talsureau  le  premier  tragique  de  France. 
Sainte-Marthe  ajoute  :  «  Si  la  mort  ne  se  fût  op- 
posée aux  desseins  de  La  Péruse ,  ce  poëtu  eût 
sans  doute  été,  au  jugement  des  doctes,  l'Euripide 
français,  n  Pasquier  ne  poussait  pas  aussi  loinî'ad- 
miration.  «  La  Mérfée  n'était  point  trop  décousue, 
dit-il  ;  toutefois,  par  malheur,  elle  n'a  été  accompa- 
gnée de  la  faveur  qu'elle  méiitait.  »  Le  reste  con- 
siste en  cinq  odes,  diverses  épigrammes,  quelques 
sonnets,  six  élégies,  quatre  chansons  amoureuses 
et  de  petites  pièces  sous  le  titre  de  Mignardises, 
d'étrennes,  d'amourette,  etc..  Dans  l'une  de  ses 
odes  La  Péruse  ,  poëte  après  tout  médiocre,  se 
flatte  d'aller  à  l'immortalité ,  et  vante  en  ces 
termes  sa  fécondité  : 

J'ai  cache  dix  mille  vers. 
Pleins  de  grâces  non  pareilles. 
Qui  ne  seront  découverts 
One  pour  les  doctes  oreilles  ; 
La  vulgaire  populace 
Ne  mérite  telle  grâce,  etc.. 

Martial  Audoin. 

La  Croix  du  Maine,  Bibl.  —  Du  Verdier  de  Vauprlvasi 
Bibl.  —Pasquier,  Heckerches,  liv.  7,  cliap.  vi.  —  Scé- 
vole  de  Sainte-Marthe,  Éloge  de  Robert  Garnier.  —  Vau- 
qiielin  de  La  Fresnaye,  >^rt  poétique.  —  Hist.  du  Thédt. 
)ranç.,  t.  UI.  —  Colin,  Lem.  mult.,  p.  63.  -  Bibliothèque 
du  Poitou,  t.  V.  —  Goujet,  Bibl.  franc.,  t.  XII,  p.  52  et 
suiv.  —  Vitrac,  Feuil.  hebd.  du  Limousin,  1771. 

LA  PEYRÈRE  {Isaac  de),  littérateur  fran- 
çais, né  en  1594,  à  Bordeaux,  mort  le  30  janvier 
1676,  Il  commanda  une  compagnie  au  siège 
de  Montauban,  et  accompagna  en  1644  l'am- 
bassadeur français  La  Thuillerie  en  Danemark, 
où  il  s'occupa  de  réunir  les  matériaux  des  ou- 
vrages qu'il  a  publiés  sur  l'Islande  et  le  Groen- 
land. A  son  retour,  il  s'attacha  à  la  fortune  du 
prince  de  Condé ,  qui  fut  chargé  par  lui  d'une 
mission  particulière  en  Espagne,  et  le  suivit 
plus  tard  dans  les  Pays-Bas.  Ce  fut  en  Hol- 
lande qu'il  fit  paraître,  sous  le  voile  de  l'ano- 
nyme, son  fameux  livre  des  Préadamites,  inti- 
tulé :  Preeadamitx ,  sive  exercitatio  super 
versibus  12,  13  et  14  capitis  V  Epistolx 
D.  Pauli  ad  Romanes,  quibus  indicantur 


521 


LA  PEYRÈRE 


prhni  homines  ante  Adamum  conditi;  1655, 
in-4°;  1656,  in- 12.  Il  y  établit  deux  créations, 
faites  à  des  intervalles  fort  éloignés  :  de  la  pre- 
mière ,    qui  est  la  création  générale ,  sortit  le 
inonde  physique ,  pourvu,  dans  toutes  ses  par- 
ties, d'hommes  et  de  femmes;  la  seconde  n'est 
autre  que  la  formation  d'un  peuple  particulier, 
le  peuple  juif,  dont  Adam  fut  le  chef.  En  outre, 
il  soutient  que  le  déluge  ne  submergea   que  la 
Judée;  que  toutes  les  races  ne  descendent  pas 
de  Noé;  que  les  gentils,  issus  de  la  première 
création,  ne  commettaient  point  de  péchés  parce 
qu'ils  n'avaient  point  reçu  de  loi  positive  ;  que  les 
Chaldéens,  les  Égyptiens  et  les  Chinois  sont  bien 
plus  anciens   qu'Adam ,  etc.    Cette  hypothèse, 
hardie  pour  le  temps  oîi  elle  fut  émise,  suscita 
une  polémique  des    plus    violentes.  L'auteur, 
après  avoir  vu  le  parlement  de  Paris  condamner 
son  livre  au  fçu,  fut  arrêté  à  Bruxelles  en  1656, 
par  l'ordre  de  l'archevêque  de  Malines  ;  mis  en 
liberté,  il  se  rendit  à  Rome,  et  signa  entre  les 
mains  du  pape  Alexandre  VII  un  acte  de  rétrac- 
tation en  même  temps  que  l'abjuration  de  la  foi 
calviniste.  II  fut  ensuite  nommé  bibliothécaire 
du  prince  de  Condé,  et  se  retira ,  vers  la  fin  de 
sa  vie,  au  séminaire  de  Notre- Darae-des- Vertus, 
près  Paris,  où  il  mourut.  «  C'était,  dit  Nicéron , 
un  homme  d'un  esprit  fort  égal,  et  qui  avait  la 
conversation  fort  agréable.  »  Son  érudition  était 
médiocre,  et  son  style  souvent  bas  et  plein  d'en- 
flure. On  a  encore  de  lui  :  Traité  du  Bappel 
des  Juifs;  Paris,    1643,  in-S" ,  où  il  affirme 
que  tous  les  Juifs  finiront  par  se  convertir  au 
christianisme,  et  seront  rétablis  par  un  roi  de 
France  dans  la  Terre  Sainte;   le  moyen  qu'il 
donnait  de  hâter  celte   conversion,  comme  de 
réunir  toutes  les  sectes  chrétiennes ,  était  d'en 
revenir   à    la  formule  apostolique,   la  foi   en 
Jésus-Christ;— /feZa^ion  du  Groéfwtenrf; Paris, 
1647,  1651,  in-8°,  adressée  à  La  Mothe  Le  Yayer 
et  réimpr.    dans    le  t.   F""  du   Recueil    des 
Voyages  au  Nord;  —  La  Bataille  de  Lens; 
Paris,  1649,  in-fol.;  —  Systema  Theologicum 
ex  Prasadamitarum  hypothesi,  pars  prima  ; 
1655,  in-4°; —  Epistola  ad  Phiiotinum,  qua 
exponit  rationes  propter  quas  ejuravït  sec- 
tam  Calvini,  quam  profitebatur,  et  librum 
de  Praeadamitis,  quem  ediderat;  Rome,  1657, 
in-4°;  Francfort,  1658,  in-4°;  trad.  en  français, 
Paris,  1658,  in-8°,et  réimpr.  sous  le  titre  d'^- 
pologiede  La  Peyrère  faite  par  luy-mesme ; 
Paris,  1663,  in-12  ;  —  Recueil  de  lettres  écrites 
au  comte  de  La  Su'ze  pour  Vobligcr  par  rai- 
son à  se  faire  catholique  ;  Paris,  1661-1662, 
2  vol.  in-12;  — Relation  de  Vlslande;  Paris, 
1663,  in-S".  On  attribue  en  outre  à  La  Peyrère 
des  Notes  sur  la  Bible  française  de  l'abbé  de 
MaroUes,  dont  l'impression  fut  arrêtée  par  ordre 
supérieur  ;  et  un  roman  intitulé  :  Alix  Pierce, 
maîtresse  d'Edouard  III ,  roi  d'Angleterre. 
Son  frère  cadet,  Abraham  de  L,v  Peyrère, 
fut  avocat  au  parlement  de  Bordeaux,  et  y  jouit 


—  LA  PEYRONIE  622 

I  d'une  grande  réputation  ;  il  a  écrit  :  Décisions 
sommaires  du  palais  et  Arrêts  de  la  cour  du 
parlement  de  Bordeaux,  illustrés  de  notes 
et  d'arrêts  de  la  cour  dïi  parlement  de  Gre- 
noble; Bordeaux,  1675,  in-4°;  1"  édit.,  Paris, 
1808,  2  vol.  in-4°.  Paul  Louisy. 

Bayle,  Dictionnaire  Ilistor.  et  Crit.,  t.  IV.  -  Nicéron, 
Mémoires,  t.  XU  et  XX.  -Le  Long,  Biblinth.  Sacra,  t.  I, 
p.  331.—  Vlgneul-Marville,  Mélanges,  t.  ï,  p.  144.  -Eug. 
et  Em.  Hang,  La  France  protestante.  —  Dictionn.  des 
Hérésies  ;IS5Z,  1. 1". 

LA  PETRONIE  (  François  Gigot  de),  chirur- 
gien français, néà  Montpellier,  le  15  janvier  1678, 
mort  à  Versailles,  le  25  avril  1747.  A  sa  sortie 
du  collège  des  jésuites,  il  se  consacra  à  la  chi- 
rurgie, profession  de  son  père.  En  1714  il  fut 
appelé  à  Paris  pour  donner  ses  soins  au   duc, 
depuis  maréchal  de  Chaulnes.  Il  enseigna  l'ana- 
tomie   à  Saint-Côme,  fut  nommé   démonstra- 
teur au  Jardin  du  Roi,  et  reçut,  en  1717,  la  sur- 
vivance de  la  charge  de  premier  chirurgien  du 
roi,  dont  il  devint  titulaire  en  1733.  Louis  XV 
lui   accorda  en   1721   des  lettres  de  noblesse. 
Les  chirurgiens  étaient  à  cette  époque  confon- 
dus avec  la  corporation  des  barbiers;  La  Pey- 
ronie  obtint  en  1 743  des  lettres  royales  qui  don- 
naient aux  chirurgiens  de  Paris  les  mômes  pri- 
vilèges que  ceux  des  régents  et  des  docteurs  de 
l'université.  Possesseur  d'une  immense  fortune, 
par  son  testament  il  en  donna  une  grande  partie 
aux   établissements  consacrés  à  la    chirurgie, 
tant  à  Paris  qu'à  Montpellier,  légua  sa  biblio- 
thèque au  Collège  des  Chirurgiens  de  Paris ,  et 
fonda  des  prix  annuels  pour  l'Académie  de  Chi- 
rurgie, que  Louis  XV  avait  créée  en  1731  sur 
sa  proposition.  Il  en  était  le  président,  et  appar- 
tenait aussi  comme  associé  libre  à  l'Académie 
des  Sciences.  On  a  de  lui  :  Observations  sur 
les  Maladies  du  Cerveau,  par  lesquelles  on 
tâche  de  découvrir  le  véritable  lieu  du  cer- 
veau dans  lequel  l'âme  exerce  ses  fonctions, 
lu  dans  l'assemblée  publique  de  la  Société  royale 
des  Sciences  de  Montpellier  en  1708;  ce  mé- 
moire a  paru  d'abord  par  extrait  dans  le  Jour- 
nal  de  Trévoux,  en  1707  ;  il  fut  augmenté  de 
plusieurs  observations  et  inséré  sous  une  forme 
nouvelle  dans  les   Mémoires   de  l'Académie 
royale  des  Sciences  de  Paris,  année  1741;  — 
dans  le  l''''  volume  de  la  Société  des  Sciences 
de  Montpellier  (Lyon,   1766,  in-4°)  :  Obser- 
vation sur  une  Expérience  de  la  Matrice; 
—  Sur  la  dernière  phalange  du  pouce  arra- 
chée  avec  tout  le  tendon  de  son  muscle  flé- 
chisseur et  une  partie  de  ce  muscle  ;  —  Sur 
une  grande  Opération  de  chirurgie;  —  Des- 
cription anatomique  de  l'Animal  qui  porte 
le  Musc;  dans  les  Mémoires  de  VAcad.  des 
Sciences  de  Paris ,  année  1731  ;  —  dans  les 
Mémoires  de   l'Académie  de  Chirurgie,  an- 
née 1743:  Observations  sur  la  Cure  des  Her- 
nies avec  gangrène;  —  Swr  quelques  Mala- 
dies qui  s'opposent  à  l'Éjaculation  naturelle 
de  la  Semenc-e;  —  Sur  VÉtranglement  de 


528  LA  PEYRONIE  —  LA  PEYROUSE 

l'intestin  causé  intérieuremoit  par  l'adhé- 
rence de  l'épiploon  au-dessus  de  Vanneau;  etc 

G.  DE  F. 


524 


liist.  de  l'.Jcad.  des  Sciences,  année  17M.  —lilém.  de 
l'Académie  royale  de  Chirurgie,  année  1774,  t.  IV,  édit. 
in-iî. 

LA  PiE.\KOVSV.( Philippe  Picot,  baron  de), 
naturaliste  français,  né  à  Toulouse,  le  20  oc- 
tobre 1744,  mort  dans  la  môme  ville,  le  18  oc- 
tobre 1818.  Son  père,  Picot  de  Buissaizon ,  négo- 
ciant, avait  été  anobli  par  le  capitoulat.  Après 
des  études  brillantes  ,  le  jeune  Picot  entra  dans 
la  magistrature,  et  fut  en  1768  pourvu  d'une 
charge  d'avocat  général  près  la  chambre  des 
eaux  et  forêts  du  parlement  de  Toulouse.  La 
réforme  de  Maupeou,  en  1771,  le  porta  à  donner 
sa  démission.  Il  put  dès  lors  se  livrer  tout  entier 
à  l'étude  de  l'histoire  naturelle,  pour  laquelle  il 
avait  du  goût,  et  ce  ne  fut  pas  sans  regret  qu'il 
reprit  ses  fonctions  lors  du  rappel  des  parle- 
ments en  1774.  La  mort  de  son  oncle,  le  baron 
de  La  Peyrouse,  qui  lui  léguait  avec  son  titre  une 
fortune  considérable ,  lui  permit  de  quitter  sa 
charge  et  de  reprendre  ses  études  favorites.  11 
explora  d'abord  les  Pyrénées,  étudiant  à  la  fois 
la  structure  des  montagnes,  les  végétaux  qui  les 
recouvrent  et  les  animaux  qui  les  habitent.  11  servit 
de  guide  à  Doloraieu  sur  les  montagnes  qui  envi- 
ronnent Baréges,  et  lui  sauva  la  vie  sur  le  pic  de 
l'Hiério.  Les  ouvrages  que  La  Peyrouse  publia  Ip 
firent  connaître  dans  le  monde  savant.  La  convo- 
cation des  états  généraux  en  1789  l'arracha  encore 
à  ses  paisibles  occupations.  Il  fut  chargé  de  ré- 
diger les  cahiers  delà  noblesse  delà  sénéchaus- 
sée de  Toulouse,  et  publia  pour  les  députés  de  la 
province  un  écrit  sur  l'administration  diocé- 
saine du  Languedoc.  Plus  tard  il  fut  élevé  à  la 
présidence  de  l'administration  du  district  de  Tou- 
louse. 11  donna  sa  démission  en  1792,  et  fut 
presque  aussitôt  arrêté.  Le  9  thermidor  lui  ren- 
dit la  liberté.  Nommé  bientôt  après  inspecteur 
des  mines ,  il  préféra  la  chaire  d'histoire  natu- 
relle à  l'école  centrale  de  Toulouse.  Son  cours 
attira  de  nombreux  élèves.  Placé  en  1800  à  la 
tête  de  la  municipalité  de  Toulouse,  il  marqua 
son  administration  par  d'utiles  mesures ,  comme 
le  rétablissement  des  revenus  de  la  ville,  la  dota- 
tion des  hospices,  la  fondation  d'une  école  de  pein- 
ture, d'un  observatoire,  d'un  cabinet  de  physique 
et  de  chimie,  etc.  11  enrichit  le  jardin  bota- 
nique, les  bibliothèques ,  le  muséum ,  et  établit 
pour  la  ville  un  système  d'embellissement  qui 
a  été  suivi  par  ses  successeurs.  Pour  subvenir 
à  tant  de  dépenses,  il  laissa  s'établir  à  Toulouse 
un  trop  grand  nombre  de  maisons  dejeu,etsur 
les  plaintes  de  Puymaurin  il  dut  donner  sa  dé- 
mission. La  Peyrouse  remplit  la  chaire  d'histoire 
naturelle  à  l'école  des  sciences  de  Toulouse,  qu'il 
avait  fait  créer;  et  à  la  fondation  de  l'université 
impériale,  il  occupa  les  mêmes  fonctions  à  la  fa- 
culté des  sciences  de  Toulouse,  dont  il  fut  aussi 
nommé  doyen.  Il  devint  successivement  officier 


de  l'université,  baron  de  l'empire,  correspon- 
dant de  l'Institut,  secrétaire  perpétuel  de  l'Aca- 
démie des  Sciences  de  Toulouse  depuis  1811, 
maintcneur  de  l'Académie  des  Jeux  floraux,  etc. 
En  1815,  dans  les  Cent  Jours,  il  fut  nommé  pré- 
sident du  collège  électoral  de  la  Haute-Garonne, 
puis  élu  membre  de  la  chambre  des  représen- 
tants. 11  ne  prit  aucune  part  aux  débats  de 
cette  assemblée,  et  après  la  seconde  restauration 
il  revint  dans  sa  ville  natale  finir  tranquillement 
ses  jours.  On  a  de  lui  :  Description  dephisieurs 
nouvelles  espèces  d' Or thocér alites  et  Ostra- 
cites  (en  français  et  eu  latin);  Erlangen,  1781, 
in-fol.  avec  pi.  col.;  —  Traité  des  Mines  et 
Forges  à  fer  du  comté  de  Foix;  Toulouse, 
1786,  in-8°;  —  Réflexions  sur  les  Lycées; 
Toulouse,  1791,  in-8°;  —Flore  des  Pyrénées, 
avec  des  descriptions,  des  notes  critiques  et 
des  observations  ;  1"  décade,  1795;  2*,  3*  et 
4*^  décades,  1801,  grand  in-fol.,  dessins  lie  Ré- 
douté :  cet  ouvrage,  qui  devait  contenir  200 
planches ,  n'a  pas  été  continué  ;  —  Tables  mé- 
thodiques des  Mammifères  et  des  Oiseaux 
observés  dans  le  département  de  la  Haute- 
Garonne  ;  Toaloase,  1799,  in-8o;—  La  Mono- 
graphie des  Saxifrages;  1801  ;  —  Histoire 
abrégée  des  Plantes  des  Pyrénées  et  Itiné- 
raire des  botg,nistes  dans  ces  montagnes-, 
Toulouse,  1813,  in-8°,  avec  un  supplément: 
La  Peyrouse  a  joint  à  cet  ouvrage  une  notice  des 
auteurs  qui  ont  voyagé  dans  les  Pyrénées  et 
qui  ont  écrit  sur  la  botanique  de  cette  contrée 
ainsi  qu'un  extrait  des  manuscrits  laissés  par 
Tournefort;  —  De  quelques  espèces  d'Orobes 
des  Pyrénées;  Toulouse,  1818,  in-8°;  réim- 
primé dans  les  Mémoires  du  Muséum  d'His- 
toire naturelle ,  tome  II.  La  Peyrouse  a  fourni 
des  matériaux  précieux  à  Mauduit  pour  le  Dic- 
tionnaire  des  Oiseaux  de  YEncyclopédie  vié- 
thodiqu/s.  Sa  Statistique  agricole  du  canton 
de  Mont-Astruc  a  été  couronnée  par  la  Société 
centrale  d'Agriculture  de  Paris.  Avant  1781,  La 
Peyrouse  avait  fait  imprimer  dans  les  Mémoires 
de  l'Académie  de  Toulouse  une  Histoire  na- 
turelle du  Lagopède  et  diverses  recherches  sur 
les  minéraux  des  Pyrénées;  plus  tard  il  donna 
dans  le  même  recueil  des  mémoires  sur  les  pro- 
ductions de  ces  montagnes  ;  des  Recherches  sur 
les  Organes  du  Chant  dans  les  cygnes;  des 
Descriptions  de  la  Barge  aux  pieds  rouges  et 
du  Traque t  montagnard.  On  cite  en  outre  la 
Relation  d'un  Voyage  au  Mont-Perdu  et  un 
Mémoire  sur  des  silex  que  La  Peyrouse  avait 
trouvés  dans  cette  montagne.  Comme  secrétaire 
perpétuel  de  l'Académie  de  Toulouse,  il  a  rédigé 
différents  éloges  et  discours  qui  sont  restés  ma- 
nuscrits. A  la  fin  de  sa  vie,  il  s'occupait  d'une 
Monographie  des  Pins  :  il  avait  rassemblé  dans 
son  parc  les  plus  belles  espèces  de  ce  genre, 
principalement  celles  qui  croissent  dans  les  Py- 
rénées. L.  L— T. 
Durozoir,  dans  le  Diet,  de  la  Conv.,  f»  édition. 


525 

Jourdan,  dans  la  Bior/raphie  Médicale.  —  Quérard,  La 
France  Littéraire. 

la  peyrocse.  voy.  bonpils,  la  pékouse, 
Picot  et  Rochon. 

LAPHAÈs  (AaçaYiç),  de  Phlius,  statuaire 
grec,  appartenait  à  la  période  primitive  de  l'art 
grec  (huitième  ou  neuvième  siècle  avant  J.-C). 
Pausanias  mentionne  sa  statue  d'Hercule  (en 
bois  )  à  Sicyone,  et  il  lui  attribue,  d'après  la  res- 
semblance des  styles,  une  statue  colossale  d'A- 
potion  (  en  bois  )  à  Égire  en  Achaïe.  Y. 

Pausanias,  Vil,  28. 

LAPi  (Niccolo),  peintre  de  l'école  floren- 
tine, né  à  Florence,  en  1661,  mort  en  1732.  Il 
fut  élève  de  Luca  Giordano,  qu'il,  aida  sans  doute 
dans  ses  travaux  de  la  galerie  Riccardi.  Dans 
ses  nombreux  ouvrages,  pleins  de  facilité,  il  est 
facile  de  reconnaître  l'imitation  du  style  de  son 
maître.  On  trouve  à  Florence  plusieurs  fresques 
de  Lapi ,  telles  qu'une  petite  coupole  avec  plu- 
sieurs saints  et  Saiîit  3Iichel  terrassant  le 
diable  à  San-Michele-Visdomini ,  le  Jugement 
de  Paris,  plafond  du  palais  Capponi,  plusieurs 
traits  de  lavie desaint Dominiqueaadoitrede 
Saint-Marc,  et  quelques  saints  accompagnant 
un  crucifix  sculpté  à  Saint-Étienne-et-Sainte-Cé- 
cile.  La  galerie  de  Florence  possède  de  lui  une 
Transfiguration  et  son  portrait  peint  par  lui- 
même.  Son  tableau  de  l'église  Saint- Laurent,  le 
Saint  retirant  des  âmes  du  purgatoire,  est 
justement  estimé.  E.  B — n. 

Lanzi ,  Storia  Pittorica.  —  Ticozzi,  Dizionario.  — 
Fantozzl,  Guida  di  Firenze. 

LAPI  (Lorenzo- Maria),  poète  et  théologien 
italien,  né  dans  le  bourg  de  San-Lorenzo  en  Tos- 
cane ,  le  9  août  1703,  mort  le  16  octobre  1754.  Il 
fit  ses  études  au  séminaire  de  Florence  ;  mais  il 
s'occupa  moins  de  théologie  que  de  littérature, 
ïleçu  membre  de  l'Académie  degii  Apatisti , 
il  y  lut  une  satire  où  les  moines  n'étaient  pas 
épargnés.  Le  père  Accetta,  moine  augustin,  dé- 
fendit les  religieux,  et  Lapi  ne  poussa  pas  la  po- 
lémique plus  loin.  11  entra  peu  après  dans  les 
ordres,  et  fut  nommé  professeur  de  théologie 
morale  au  séminaire  de  Florence.  On  a  de  lui  : 
Theologia  scholastica ,  elegiacis  versibus 
expressa;  Florence,  1728;  —  Instruzione,  in 
cui  brevemente  si  spiegano  le  cose  jnu  ne- 
cessaria  e  più  utili  per  vivere  christiana- 
mente;  Florence,  1748,in-12  ;  —  Compendio 
délia  Dottrina  Christiana;  1749,  in- 12;  — 
Traduzione  in  versi  toscani  di  alcunï  inni 
sacri;  1753,  in-12.  Z. 

.  Rotermund,  Supplément  à  Jôcher. 

LAPiccoLA  (Niccolo),  peintre  de  l'école 
napolitaine,  né  à  Crotone,  dans  la  Calabre  ulté- 
rieure, en  1730,  mort  à  Rome,  en  1790.  On  ignore 
quel  fut  son  premier  maître;  il  reçut  à  Rome 
quelques  leçons  de  Fr.  Mancini  ;  mais  il  con- 
serva toujours  dans  son  coloris  les  traditions 
de  son  école  nationale.  H  a  donné  les  dessins 
des  mosaïques  de  l'une  des  chapelles  de  Saint- 
Pierre,  et  a  fait  quelques  peintures  pour  les 


LA  PEYROUSE  —  LAPIE  526 

églises  de  Rome  et  des  autres  villes  des  États 
pontificaux ,  et  principalement  de  Velletri.  On 
voit  de  lui  à  la  villa  Albani  plusieurs  fresques 
représentant  :  la  Délivrance  d'Andromède , 
Mercure  recevant  la  pomme  pour  la  porter  à 
Paris ,  et  les  Noces  de  Thétis  et  de  Pelée , 
d'après  un  dessin  de  Jules  Romain.       E.  B— n. 

Lanzi,  Storia  Pittorica.  —  Ticozzi,  Dizionario. 

LAPIDE.  (A.)  Voy.  Steen. 

LAPIE  (Pierre),  géographe  français,  né  à 
Mézières,  le  11  août  1779,  mort  à  Paris,  le  30  dé- 
cembre 1850.  Admis  à  l'école  du  génie  en  1789,  il 
fut  mande  à  Paris,  en  1793,  par  le  ministre  Bou- 
chotte,  qui  le  plaça  au  dépôt  de  la  guerre  comme 
ingénieur  géographe.  De  là  il  passa  au  cabinet 
topographique  du  comité  de  salut  public,  et  à  ce- 
lui du  Directoire  ;  puis  il  rentra  au  dépôt  de  la 
guerre  après  le  18  fructidor.   Appelé  avec  le 
rang  de  capitaine  à  l'armée  des  Alpes,  il  fut 
blessé  dans  la  retraite  d'Italie;  il  fit  plus  tard  les 
campagnes  de  Marengo,  du  Tyrol  et  d'Auster- 
litz.  Après  cela  il  prit  part  à  la  rédaction  des 
importants  travaux   exécutés    au  dépôt  de  la 
guerre.  Nommé  en  1814  directeur  du  cabinet  to- 
pographique  du  roi,  il  exerça   ces   fonctions 
jusqu'à  la  suppression  de  ce  cabinet;  il  fut  alors 
promu  chef  d'escadron  au  corps  d'état-major, 
et  chargé  de  la  direction  des  levés  de  la  carte  de 
France  exécutée  par  le  dépôt  de  la  guerre.  Lieu- 
tenant-colonel en  1829    et  colonql   en  1832,   il 
prit  sa  retraite  en  1839;  mais  il  resta  attaché  au 
dépôt  de  la  guerre,  dont  il  dirigeait  les  travaux 
de  gravure  et  d'impression.  On  a  de  lui  :  Atlas 
complet  pour  le  Précis  de  la  Géographie  uni- 
verselle  de  M.   Malte-Brun;  Paris,   1812, 
gr.  in-4°;  —  Mémoire  sur  le  Cadastre  de  la 
France,  ou  moyen  de  perfectionner  cette  opé- 
ration tout  en   obtenant  une  diminution  de 
vingt  ans  sur  sa  durée  et  de  cent  millions 
sur  sadépense;  Paris,  1816,  in.4°  etin-8°;  — 
Atlas  classique  et  universel  de  Géographie 
ancienne  et  moderne,  dressé  pour  IHnstrtic- 
tion  de  la  jeunesse,    et  servant  à  L'intelli- 
gence tant  de  l'histoire  que  des  voyages  dans 
toutes  les  parties  dumonde;  1817, 1824, 1830, 
in-fol.;  —  Atlas  universel  de  Géographie  an- 
cienne et  moderne,  précédé  d'un  abrégé  de 
Géographie  j)hysique   et  historique;  Paris, 
1828, in-fol.;  2^édit.,  avec  M.  Lapie  fils;  Paris, 
1842,  in-fol.;   —  Nouvel  Atlas  classique  de 
géographie,  enrichi  d'un  traité  complet  de 
géographie  universelle  et  d''une  description 
de  chaque  État  en  particulier  ;  Paris,  in-fol.  : 
ouvrage  publié  par  M.  Poirson  ;  le  texte  gravé 
sur  les  marges  de  chaque  carte  est  de  MM.  Sar- 
ret  et  Depping.  On  doit  en  outre  au  colonel  La- 
pie une  Carte  générale  de  la  Turquie  d'Eu- 
rope en  qmme  feuilles;  Paris,  1822-1824; -v 
une  Carte  de  la  Macédoine,  jointe  au  Journal 
d'un  Voyage  dans  la  Turquie  d'Europe  par 
M.  Viquesneî  ;  —  une  Carte  de  la  Perse  dans 
le  Voyage  en  Perse  de  M.  Am.  Jaubeft;  1819^ 


527 


LAPIE  —  LAPISE 


528 


—  une  Carte  de  la  Russie  d'Europe,  avec 
l'empire  d' Autriche ,  la  Suède ,  le  Danemark 
et  la  Norvège ,  la  Prusse  et  le  grand-duché  de 
Varsovie,  gravée  par  Tardieu;  —une  Carte  ré- 
duite de  la  Méditerranée,  de  la  mer  Noire; 
1840;—  une  Carte  de  la  colonie  d'Alger, 
avec  le  tracé  de  la  régence  de  Tunis  et  de  la 
partie  septentrionale  de  l'empire  de  Maroc  ; 

—  des  Cartes  de  la  Grèce,  de  Candie,  de 
l'Asie  occidentale,  cartes  qui  accompagnent  les 
Itinéraires  des  Anciens  publiés  par  le  mar- 
quis de  Fortia-d'Urban.  On  a  encore  du  colonel 
Lapie  :  Mémoire  sur  les  Voyages  exécutés  dans 
l'océan  Glacial  arctique ,  au  nord  de  l'Amé- 
rique, avec  une  carte;  —  Mémoire  sur  la  carte 
de  la  partie  nord-est  de  l'Afrique,  pour  ser- 
vir à  l'intelligence  dti  Voyage  Délia  Cella 
dans  la  Cyrénaïque. 

Son  fils ,  M.  Alexandre-Emile  Lapie  ,  lieute- 
nant-colonel d'état-major,  s'est  fait  connaître  en 
aidant  son  père  dans  ses  travaux  et  comme 
chef  d'une  brigade  topographique  de  la  carte  de 
France  du  Dépôt  de  la  Guerre.  L.  L— t. 

Sarrut  et  Salnt-Edme,  iJioffr.  des  Hommes  du  Jour, 
tome  II,  l"'  partie,  p.  437.— I.aeaine  et  Laurent,  Biogr.  et 
Nécrol.des  Hommes  marquants  du  dix-neuvième  siècle, 
tome  11,  p.  H31.  —  Birague,  Jnnuaire  Hist.  et  Biogr., 
t844,  2"  partie,  p.  8i.  —  Quérard,  Xa  France  Littéraire. 

—  Bonrquelot,  La  Littcr.  Franc,  contemp. 

LA  PIEKRE  {Corneille  de),  Voy.  Morei, 
et  Steen. 

LA.  piLONNiÈRE  {François  de),  littérateur 
français,  né  dans  la  seconde  moitié  du  dix- 
septième  siècle.  Après  avoir  passé  quelque 
temps  dans  la  Compagnie  de  Jésus ,  il  se  con- 
vertit au  protestantisme ,  et  fut  obligé  de  cher- 
cher un  refuge  d'abord  en  Hollande ,  puis  en 
Angleterre ,  où  il  fut  accueilli  avec  bienveillance 
par  l'évêque  Hoadly.  On  ignore  l'époque  de  sa 
mort.  Il  a  publié  :  L'Athéisme  découvert  par 
le  P.  Hardouin,  jésuite,  dans  les  écrits  de 
tous  les  Pères  de  UÊglise  et  des  philosophes 
modernes;  1715,  in-S";  réimpr.  en  1"16,  par 
Saint-Hyacinthe  dans  ses  Mémoires  littéraires; 

—  L'Abus  des  Confessions  de  foi;  1716,  in-8"; 

—  An  Answer  to  the  R.  D.  Snape's  Accusa- 
tion containing  an  account  ofhis  behaviour 
and  suffering  amongst  the  Jesuits,  espèce 
d'autobiographie;  Londres,  1717,  in-S";  traduit 
en  latin  en  1718;  —  Défense  des  Principes 
delà  Tolérance;  Londres,  1718,  iu-S";  — 
Further  account  of  himself;  Ma.,  1729, 
in-8°.  En  outre,  il  a  traduit  VEssai  sur  la  Cri- 
tique de  Pope,  1717;—  La  République  de 
Platon;  1725;  in-8°;  —  L'Histoire  des  der- 
nières Révolutions  d'Angleterre  de  Burnet;  La 
Haye,  1725,  2  vol.  in-4°,  et  Londres,  3  vol. 
in-12;  nouv.  cdit.,  LaHeye,  1735;  —  des  ou- 
vrages de  l'évêque  Danger  et  du  chevalier 
Steele.  P.  L— y. 


Adeluni,',  Svppl.  à  Jucher. 
France  Protestante,  t.  VI. 


Eug.  et   Em.  Haag,  I,a 


LA  PiNQLi^HP  (  Gv.érin  de),  poëte  français, 


né  à  Angers,  vers  1605,  mort  à  Paris,  vers  1640. 
A  vingt  ans  à  peine,  il  se  fit  connaître  par  un 
petit  livret  écrit  de  verve  contre  les  ridicules  de 
ses  confrères  en  poésie  sous  le  titre  de  :  Le  Par- 
nasse ,  ou  le  critique  des  poètes ,  dédié  à 
monseigneur  le  marquis  Du  Bellay,  Paris,  1635, 
in-12.'  11  y  a  quelques  pages  d'excellent  esprit 
comique  «  contre  les  galants  des  dames  poêles 
!  et  ces  petits  messieurs  qui  importunent  de  leurs 
fades  productions  les  comédiens  du  Marais  ou 
de  l'hôtel  de  Bourgogne  ».  La  même  année  il  pu- 
blia une  tragédie  d'Hippolyte ,  imitée  de  Sé- 
nèque,  avec  un  prologue  en  vers  libres ,  dédiée 
à  M.  de  Bautru  (  Paris,  1635,  in-8°  ).  Le  volume 
se  termine  par  quelques  autres  de  ses  poésies. 
En  tête  du  livre  ,  parmi  les  vers  à  la  louange 
de  l'auteur,  se  trouve  une  pièce  de  Pierre  Cor- 
neille qui  ne  paraît  jamais  avoir  été  reproduite. 
ï  C.  P. 

ne  de  Costar,  à  la  suite  de  Tallcmant  des  KcaiiJt, 
1"  édit. ,  t.  VI,  p.  874.  —  Catalogue  de  la  Bibliothèque 
deM.de  Soleinne,  t.  I,  p.  î»3.  -  Bibliothèque  des  Théâ- 
tres, t.  11,  p.  521.  —  De  Beauchamps,  Recherches  sur  les 
Théâtres  français,  p.  143,  t.  11.  —  Les  frères  Parfait, 
t.  V,  p.  103.  —  Lettres  de  Costar,  t.  I,  p.  85. 

LAPiM.  Voy.  Glicino. 

LAPIS  {Gaetano),  peintre  de  l'école  romaine, 
surnommé  le  Carraccetto ,  né  à  Cagli,  dans 
rombrie ,  en  1704,  mort  en  1776.  Après  avoir 
étudié  le  dessin  sous  un  maître  inconnu,  il  entra 
dans  l'atelier  de  Sébastien  Conca,  et  sut  y  con- 
server une  manière  originale.  A  l'église  Santo-Bêr- 
nardino  de  Pérouse,  on  voit  de  lui  un  tableau 
justement  estimé,  La  Madone  avec  saint  Jean- 
Baptiste  ,  saint  André  et  saint  Bernardin. 
Cagli  possède  plusieurs  ouvrages  de  Lapis  entre 
autres  une  Cène,  une  Nativité  et  un  Saint  André 
d'Avellino  dans  la  cathédrale,  et  des  Madones 
aux  églises  de  Saint-François,  Saint- Pierre  et 
Saint-Nicolas.  Ces  peintures  montrent,  par  la 
correction  du  dessin,  que  Lapis  avait  fait  une 
sérieuse  étude  des  chefs-d'œuvre  de  l'iantiquité  ; 
malheureusement  les  figures  manquent  quel- 
quefois de  grâce.  11  n'en  est  pas  ainsi  du  pla- 
fond qu'il  a  peint  à  fresque  à  Rome  dans  le  pa- 
lais Borghèse  ;  il  y  a  représenté  la  Naissance  de 
Vénus  avec  un  talent  qui  lui  eût  assuré  un 
rang  distingué  parmi  ses  contemporains  si  sa 
timidité  excessive  lui  eût  permis  de  lutter  avec 
des  rivaux  audacieux  et  intrigants.      E.  B— n. 

Lanzi,  Storia  Pittorica.  —  Ticozzi,  Dizionario.  — 
Gualandi,  Memorie  original*  di  Belle  Jrti.  —  Gainbini, 
Guida  di  Perugia, 

LAPISE  (  Joseph  DE  ) ,  seigneur  de  Mao- 
coiT,  etc.,  historien  français,  né  à  Orange, vers 
1589,  mort  le  8  mai  1648.  Il  fut  notaire,  garde 
des  archives ,  secrétaire  du  prince  et  greffier 
en  la  cour  du  parlement  de  cette  ville.  Profi- 
tant des  matériaux  laissés  par  son  père  (  Jac- 
ques), qui  avait  rempli  les  même  fonctions  que 
lui,  il  publia  :  Tableau  de  l'Histoire  des  Prin- 
ces et  principauté  d'Orange,  divisé  en  quatre 
parties  selon  les  quatre  races  qui  y  ont  régné 


529 


LAPISE  —  LAPLACE 


530 


depuis  Van  793,  etc.  ;  La  Haye,  1640,  in-fol.  ; 
orné  de  cinq  blasons  des  maisons  d'Orange,  de 
Baux,  de  Châlons  et  de  Nassau ,  d'une  carte  de 
la  principauté  et  du  Venaissin;  de  gravures 
représentant  les  antiquités  les  plus  remarquables 
d'Orange;  des  quatre  tableaux  généalogiques 
des  princes  de  ce  pays  et  des  portraits  de  René 
de  Cliâlons,  de  Guillaume  IX  de  Nassau  et  de 
Frédéric-Henri.  Cet  ouvrage ,  que  déparent  de 
fastidieuses  digressions,  est  recherché  à  cause 
de  sa  rareté  :  il  contient  les  dessins  les  plus 
nombreux  de  l'arc  de  triomphe  d'Orange.  On 
trouve  à  la  Bibliothèque  d'Orange  un  manuscrit 
intitulé  :  Décade  de  Lapise  contenant  l'His- 
toire d'Orange  de  1030  à  1640. 

G.  DE  F. 

Millln,  foyage  dans  les  Départements  du  midi  de  la 
France,  t.  III.  p.  147.  —  Histoire  de  la  Fille  d'Orange, 
par  A. -P.  de  Gasparin.—  Barjavel,  Dictionn.  des  hommes 
remarquables  du  dép.  de  Faticluse. 

LAPISSB  (  Pierre-Belon  ),  baron  de  Sainte- 
Hélène  ,  général  français ,  né  le  25  novembre 
1762,  à  Lyon,  mort  le  30  juillet  1810.  D'abord 
soldat  dans  le  régiment  d'Armagnac,  il  fit  de 
1780  à  1783  les  campagnes  d'Amérique;  sous 
la  république,  il  servit  en  Corse  et  en  Italie, 
et  prit  à  l'armée  du  Danube  le  commandement 
de  la  36e  demi-brigade.  A  la  bataille  de  Zurich, 
il  fut  chargé  d'effectuer  le  passage  de  la  Linth,  et 
porta  le  désordre  dans  les  rangs  des  Russes 
par  un  feu  de  mousqueterie  des  mieux  nourris  ; 
ce  fait  d'armes  lui  valut  sa  promotion  au  rang 
de  général  (  27  vendémiaire  an  vui  ).  11  eut  en- 
icore  l'occasion  de  déployer  ses  talents  au  com- 
ibat  de  Castel-Franco,  où  il  eut  un  cheval  tué 
sous  lui  en  enlevant  les  positions  de  l'ennemi- 
Appelé  à  faire  partie  de  la  grande  armée,  il  fit 
la  guerre  de  Prusse,  fut  élevé  au  rang  de  gé- 
néral de  division  (30  décembre  1806),  servit 
l'année  suivante  en  Pologne,  passa  en  Espagne, 
et  obtint  en  1808  le  titre  de  baron  avec  l'autori- 
sation d'ajouter  à  son  nom  celui  de  Sainte-Hé- 
lène; cette  distinction  lui  fut  accordée  pour  la 
bravoure  dont  il  fit  preuve  au  siège  de  Madrid. 
Le  28  juillet  1810,  après  avoir  combattu  avec 
la  plus  héroïque  abnégation  à  Talavera,  il  fut 
blessé  mortellement,  et  expira  le  surlendemain. 
Napoléon  ordonna  que  sa  statue  serait  placée 
sur  le  pont  de  la  Concorde:  Son  nom  figure  sur 
l'arc  de  triomphe  de  l'Étoile.  K. 

Victoires  et  Conquêtes  des  Français.  —  Fastes  de  la 
Lèg.  d'Honneur. 

Là  PLACE  (Jo5î<^  de),  en  latin  Placsnis, 
célèbre  théologien  protestant,  né  vers  1605, 
dans  la  Bretagne;  et  mort  à  Saumur,  le  17  août 
1665.  Sa  famille  comptait  de  nombreux  minis- 
tres de  l'Évangile.  Après  avoir  terminé  ses 
études  à  Saumur,  il  y  enseigna  la  philosophie. 
En  1625  il  fut  nommé  pasteur  de  l'église  de  Nan- 
tes. Il  quitta  ce  poste  en  1633  pour  retourner  à 
Saumur,  où  il  fut  appelé  à  une  chaire  de  théo- 
logie. L.  Cappd  et  Moïse  Amyraut  furent  nom- 
més en  même  temps  que  lui  professeurs  à  cette 


école,  et  ces  trois  hommes  distingués,  se  parta- 
geant le  champ  de  la  théologie ,  essayèrent  d'y 
introduire  un  esprit  nouveau,  plus  en  harmonie 
avec  les  exigences  de  l'époque  et  de  la  rai- 
son. La  Place ,  attaquant  le  dogme*  calviniste 
de  l'imputation  du  péché  d'Adam  à  toute  sa 
postérité,  chercha  à  montrer  qu'il  est  contraire 
à  la  bonté  de  Dieu  et  incompatible  avec  sa  jus- 
tice. Le  péché  originel  selon  lui  n'est  imputé 
aux  hommes  que  d'une  manière  indirecte,  et 
chacun  n'est  responsable  devant  Dieu  que  de 
son  péché  personnel.  L'orthodoxie  calviniste  se 
souleva  en  masse  contre  cette  nouvelle  théorie. 
Sur  la  proposition  de  Garissoles,  le  synode  na- 
tional réuni  à  Charenton,  en  1644,  la  condamna, 
sans  désigner  cependant  nominativement  son 
auteur.  Les  écoles  de  Sedan,  de  Genève,  de  la 
Hollande  la  repoussèrent  comme  une  liérésie 
et  une  impiété.  Mais,  d'un  autre  côté ,  elle  eut 
pour  elle  tous  les  esprits  modérés.  Un  grand 
nombre  de  synodes  provinciaux  trouvèrent  que 
les  membres  du  synode  national  de  Charenton 
avaient  mis  un  trop  grand  empressement  à 
condamner  une  doctrine  qu'on  n'avait  pas  eu 
encore  le  temps  de  bien  étudier  ni  de  discuter, 
et  ils  refusèrent  positivement  de  recevoir  leur 
sentence  jusqu'à  ce  qu'un  nouveau  synode  na- 
tional eût  prononcé.  Cependant  La  Place,  par 
amour  pour  la  paix ,  garda  le  silence ,  quoique 
harcelé  sans  relâche  par  Desmarets,  Rivet  et 
d'autres  théologiens  orthodoxes.  11  ne  se  décida  à 
répondre  qu'après  avoir  attendu  pendant  dix  ans 
la  convocation  du  synode  qui  devait  trancher  la 
question.  On  a  de  La  Place  :  Discours  en  forme 
de  dialogue  entre  un  père  et  son  fils  sur  la 
question  :  Si  on  peut  faire  son  salut  en  al- 
lant à  la  messe,  pour  éviter  la  persécution  ? 
Quevilly,  1629,  in-8",  plusieurs  éditions  ;  réim- 
primé aussi  sous  ce  titre  :  Entretiens  d'un 
père  et  de  son  fils  sur  le  changement  de  re- 
ligion; Saumur,  1682,  in-12;  trad.  allemande 
peu  fidèle,  Bâle,  1665,  in-8°;  —  Examen  des 
Raisons  pour  et  contre  le  sacrifice  de  la  Messe; 
Saumur,  1639,  in-8°;  —  Suite  de  l'Examen  des 
Raisons  pour  et  contre  le  sacrifice  de  la  messe; 
Saumur,  1643,  in-8°;  — Delocis  Zacliarix  XI, 
13,  Xir,  10,  Malachia  III,  1  ;  Saumur,  1650, 
in-4'';  —  Eooposition  et  Paraphrase  du  Can- 
tique des  Cantiques;  Saumur,  1656,  in-8°;  à  la 
fin  du  volume  se  trouvent  un  Traité  sur  l'In- 
vocation des  Saints  et  une  Dissertation  sur 
la  Défense  faite  par  la  loi  mosaïque  de  man- 
ger du  sang  ; —  Explication  typique  de  l'his- 
toire de  Joseph ,  composée  par  La  Place  en 
latin,  traduite  et  publiée  en  français  par  Rosel, 
pasteur  de  Tours;  Saumur,  1658,  in-8°; —  De 
argumentis  quibus  efjlcitur  Christum  prius 
fuisse  quam  in  utero  beatx  Virginis  secun- 
dum  carnem  conciperetur  ;  Saumur,  1649, 
in-4°  ;  —  De  Testimoniis  et  Argumentis  ex 
Veteri  Testamento  pctitis,  quibus  probatur 
DovUmtm    nosirtan  Jestim- Christum   esse 


&31  LAPLACE 

Deum,  prxditiim  essentia  divina  ;  Saumur 
1651,  in-4";  —  Disputât ionum pro  divina  Do- 
7mni  nostri  Jesu-Chrsti  essentia, Pars  tertia; 
Saumur,  1657,  in-4°.  Les  deux  ouvrages  précé- 
dents forment  les  deux  premières  parties;  le  tout 
est  dirigé  contre  les  sociniens.  A  ces  trois  écrits 
il  faut  joindre  Catechesis  pro  conversione  Ju- 
dœorurn  ;  Saumur,  in-4°  ;  —  Thèses  Theologicx 
de  statu  hominis  lapsi  unie  gratiain;  Sau- 
mur, 1640,  in-4";  publié  aussi  dans  \e  Syn- 
iagma  Thesium  Salmuriensium,  Pars  prima, 
page  205  et  suiv.  C'est  dans  cet  écrit  qu'est 
présentée  la  doctrine  condamnée  à  Charenton 
en  1644;  — De  Imputaiione  primi  peccati 
Adami;  Saumur,  1655,  in-4°.  On  cite  une  édi- 
tion de  1661  ;  nous  ne  l'avons  jamais  vue.  Cet 
ouvrage  est  une  défense  de  sa  théorie  de  l'im- 
putation contre  les  nombreuses  attaques  dont 
elle  avait  été  l'objet;  —  Opuscula  nommlla; 
Saumur,  1656,  iu-8"  ;  —  Sijntagma  Thesiian 
theologicarum  in  academia  Salmuriensi  va- 
riis  temporibus  disputatarum  sub  prœsidio 
L.  Capelli,  Mosis  Amyraldi  et  Jos.  Placxi  ; 
Saumur,  1660,3  part,  in-4'',  et  une  4*^  partie, 
1664.  Ce  recueil  contient,  outre  le  traité  De 
statu  hominis  lapsi  ante  gratiam,  plusieurs 
dissertations  de  Josué  de  La  Place  ;  —  Opei-a 
omnia;  Franeker,  1699  et  1703,  2  vol.  in-4''. 
Cette  collection  comprend  tous  ses  écrits;  ceux 
qu'il  avait  publiés  en  français  s'y  trouvent  tra- 
duits en  latin.  Michel  Nicolas. 

Mosheiin,  Histoire  Ecclésiastique,  édit.  de  MacstFicht, 
tom.  V,  p.  334  et  446.  —  Ayinon,  Synodes  nation.,  t.  Il, 
pag.  680  et  750.  —  MM.  Haag ,  La  France  Protestante. 
—  Revue  de  théologie  par  T.  Colani,  1833,  octobre.  — 
Bartholmess,  Discours  sur  la  vie  et  le  caractère  de 
J.  de  La  Place,  dans  le  Bulletin  de  la  Société  de  VHis- 
toire  du  Protestantisme  français,  185$. 


53  ri 


LAPLACE  (Pierre-Simon  marquis  de)  ,  cé- 
lèbre géomètre,  astronome  et  physicien  français, 
naquit  le  23  mars  1749,  d'une  famille  de  pauvres 
cultivateurs  de  Beaumont-en-Auge,  village  de 
basse  Normandie ,  appartenant  aujourd'hui  au 
département  du  Calvados  ,  et  mourut  le  5  mars 
1827.  On  ignore  comment  il  fit  ses  premières  étu- 
des, car  plus  tard  Laplace,  parvenu  aux  honneurs, 
eut  la  faiblesse  de  vouloir  cacher  l'humilité  de 
son  origine.  On  sait  cependant  qu'il  se  distingua 
de  bonne  heure  et  que  sa  prodigieuse  mémoire 
lui  fut  d'un  puissant  secours.  Il  suivit  comme 
externe  les  cours  de  l'École  militaire  de  Beau- 
mont,  puis  il  devint  professeur  provisoire  à 
cette  école.  Mais  il  sentit  bientôt  l'impérieux 
désir  d'aller  à  Paris.  Précédé  de  recommanda- 
tions nombreuses,  il  se  présente  chez  D'Alem- 
bert  ;  il  n'est  pas  reçu  par  l'illustre  encyclopé- 
diste. Il  lui  adresse  alors  une  lettre  remarquable 
sur  les  principes  généraux  de  la  mécanique.  Le 
jour  même,  D'Alembert  fit  appeler  Laplace,  et 
lui  dit  :  «  Monsieur,  vous  voyez  que  je  fais 
assez  pau  de  cas  des  recommandations  ;  vous 
n'en  aviez  pas  besoin.  Vous  vous  êtes  fait  mieux 
connaître  ;  cela  me  suffit  :  mon  appui  vous  est 


da.  »  Peu  de  jours  après,  Laplace  était,  grâ( 
à  son  protecteur,  nommé  professeur  de  malin 
matiques  à  l'École  militaire  de  Paris.  «  Dès  c  i 
moment,   dit  Fourier,   livré  sans  partage  à  I  { 
science  qu'il  avait  choisie,  Laplace  donna  à  toi  i 
ses  travaux  une  direction  fixe,  dont  il  ne  s'e:  i 
jamais  écarté  ;  car  la  constance  imperturbabi  f| 
des  vues  a  toujours  été  te  trait  principal  de  so  ■! 
génie.  Il  touchait  déjà  aux   limites  connues  d  « 
l'analyse  mathématique  ;  il  possédait  ce  que  ceti 
science  avait  de  plus  ingénieux  et  de  plus  puis 
sant,  et  personne  n'était  plus  capable  que  li 
d'en  agrandir  le  domaine.  Il  avait  résolu  un 
question  capitale  de  l'astronomie  théorique  (t, 
et  forma  le  projet  de  consacrer  ses  effoits 
cette  science  sublime,  qu'il  était  destiné  à   pei 
fectionner,  et  pouvait  l'embrasser  dans  tout 
son  étendue.  Il  médita  profondément  son  glo 
rieux  dessein;  il  a  passé  toute  sa  vie  à  l'accom 
plir  avec  une  persévérance  dont  l'histoire  de 
sciences  n'offre  peut-être  aucun  autre  exemple 
L'immensité  du  sujet  flattait  le  juste  orgueil  d 
son  génie.  Il  entreprit  de  composer  YAlmagest 
de  son  siècle  :  c'est  le  monument  qu'il  nous  . 
laissé  sous  le  nom  de  Mécanique  céleste;  e 
sou  ouvrage  immortel  l'emporte  sur   celui  d. 
Ptolémée  autant  que  la  science  analytique  de 
modernes  surpasse  les    éléments  d'Euclide.  : 
Laplace  et  Lagrange  ont  souvent  été  mis  en  pa- 
rallèle. «  11  y  avait,  dit  Poisson,  entre  leurs  gé 
nies  une  différence  qui  aura  été  remarquée  pai 
tous  ceux  qui  ont  étudié  leurs  ouvrages,  que  c« 
fût  la  libration  de  la  lune  ou  un  problème  sui 
les  nombres;  Lagrange  semblait  le  plus  souveni 
ne  voir  dans  les  questions  qu'il  traitait  que  les 
mathématiques  dont  elles  étaient  l'occasion ,  ei 
de  là  vient  le  haut  prix  qu'il  mettait  à  l'élégance 
des  formules  et  à  la  généralité  des  méthodes , 
pour  Laplace,  au  contraire,  l'analyse  mathéma- 
tique était  un  instrument  qu'il  pliait  aux  appli- 
cations les  plus  variées ,  mais  toujours  en  sub- 
ordonnant la  méthode   spéciale  au  fond  même 
de  chaque  question.   Peut-être  la  postérité  ju- 
gera-t-elle  que  l'un  fut  un  grand  géomètre,  dL 
l'autre  un  grand  philosophe,  qui   cherchait 
connaître  la  nature  en  y  faisant  servir  la  plus 
haute  géométrie.  »  Cette  philosophie,  dans  tous 
les  cas,  n'était  pas  pratique.  L'appréciation  sui- 
vante de  Fourier  nous  paraît  être  plus  juste  : 
«  Lagrange  n'était  pas  moins   philosophe  que 
grand  géomètre.  Il    l'a    prouvé,  dans  tout  le 
cours  de   sa  vie,  par  la  modération  de  ses  dé- 
sirs, son  attachement  immuable  aux  intérêts  gé- 
néraux de  l'humanité,  par  la  noble  simplicité  de 
ses  mœurs  et  l'élévation  du  caractère,  enfin  par 


(1)  Dans  son  Mémoire  sur  les  solutions  particulières 
des  équations  différentielles  et  sur  les  inégalités  sécu- 
laires des  planètes  {Mémoires  de  l'académie  des 
Sciences,  1772  ),  Laplace  démontre  que,  bien  que  les 
distanecs  moyennes  des  planètes  au  Soleil  pendant  un 
nombre  de  révolutions  successives  varient,  la  moyenne 
des  moyennes  est  invariable. 


.33 

1  justesse   et  la  profondeur  de  ses  tiavaux 

cientifiques.  >>  Ces  quelques  lignes,  empruntées 

;  1  l'éloge  de  Laplace ,  ne  renferment-elles  pas , 

lans  la  stricte  mesure  de  ce  qu'autorise  l'éloge 

cadéniique,  une  critique  sévère  de  sa  vie  poli- 

I  ique?  Et  puisqu'il  nous  faut  absolument  en  dire 

'  i|uclques  mots ,  liàtons-nous  de  le  faire  pour 
l'avoir  plus  à  nous  occuper  que  des  travaux  du 

,  .avant  (1). 

b  I  Laplace  avait  à  peine  vingt-quatre  ans  lors- 
Iju'il  entra  à  l'Académie  des  Sciences ,  comme 
nombre  adjoint.  Peu  d'années  après,  il  succé- 
lait  à  Bezout  dans  les  fonctions  d'examinateur 
les  élèves  du  corps  royal  d'artillerie  et  en 
785   il   devenait  membre  titulaire  de  l'Aca- 

liiémie,  en  remplacement  de  Leroy.   En  18CU  la 

I Société  royale  de  Turin,  celle  de  Copenhague, 
'Académie  des  Sciences  de  Gœttingue  se  l'as- 
-ocient  ;  en  1802,  celle  de  Milan;  en  1808,celle 
le  Berlin  ;  en  1809,  la  première  classe  de  l'Ins- 
itut  de  Hollande;  et  en  1816,  l'Académie  Fran- 
çaise l'appelle  dans  son  sein.  Ce  n'est  certes 
las  nous  qui  le  blâmerons  d'avoir  été  comblé 
riionneurs  de   ce  genre,  qui  lui  étaient  dûs  et 

I  qu'il  eut  d'ailleurs  plutôt  à  accepter  qu'à  re- 

I  chercher.  S'il  est  nommé  professeur  d'analyse 
aux  Écoles  normales  en  1794,  s'il  devient  en- 
suite membre ,  puis  président  du  Bureau  des 
Longitudes,  si,  en  1816,  Louis  XVIII  lui  confie 
a  présidence  de  la  commission  pour  la  réorgani- 
sation de  l'École  Polytechnique,  nul  n'est  plus 
ligne  de  tous  ces  titres ,  et  nous  ne  voyons 
lans  ces  distinctions,  amplement  méritées,  qu'une 
iaihle  récompense  pour  tant  de  services  rendus 
a  la  science.  iMais  sur  le  terrain  politique  l'il- 
lustre géomètre,  entraîné  par  une  inquiète  am- 
bition, nous  montre  le  déplorable  exemple  d'une 
versatilité  dont  aurait  dû  le  préserver  l'élévation 
de  son  esprit.  Il  n'eut  pas  l'attitude  de  convenance 

■et  de  réserve  que  surent  garder  d'autres  person- 

'nages,  amenés,  comme  lui,  par  les  vicissitudes 
politiques,  à  occuper  des  fonctions  publiques  sous 
des  régimes  opposés.  Républicain  avec  Lacépède, 
il  devient,  après  le  18  brumaire,  ministre  du  pre- 
mier consul,  son  ancien  collègue  de  l'Institut  :  le 
portefeuille  de  l'intérieur  demandait,  en  ces  temps 
diflldles,  un  plus  habile  administrateur;  au 
bout  de  six  semaines,  Laplace  est  remplacé  par 
Lucien  Bonaparte,  et  son  court  passage  aux  af- 
faires ne  lui  attire  qu'une  appréciation  sarcas- 
tique  de  Napoléon  (2).    Sénateur  ensuite,  puis 


(1)  n  Nous  avons  séparé,  dit  plus  loin  Fourier,  l'im- 
mortel auteur  de  la  Mécanique  céleste  de  tous  les  faits 

I  accidentels  qui  n'intéressent  ni  sa  gloire  ni  son  génie. 
î  En  effet,  qu'importe  à  la  postérité,  qui  aura  tant  d'autres 
!  détails  à  oublier,  d'apprendre  ou  non  que  Laplacfl  fut 
quelques  instants  ministre  d'un  grand  État?  Ce  qui  im- 
porte, ce  sont  les  vérités  éternelles  qu'il  a  découvertes; 
:  ce  sont  les  lois  immuables  de  la  stabilité  du  monde  ,  et 
I  non  le  rang  qu'il  occupa  quelques  années  dans  le  sénat 
appelé  conservateur.  » 

(2)  «  Géomètre  du  premier  rang,  Laplace  ne  tarda  pas  à 
se  montrer  administrateur  plus  que  médiocre;  dès  son 
premier  travail,  nous  reconnûmes  que  nous  nous  étioas 


LAPLACE  534 

chancelier  du  sénat,  il  nous  offre  le  singulier 
spectacle  d'un  astronome  présentant  un  raiiport 
pour  le  rétablissement  du  calendrier  grégorien. 
Plus  tard  enfin,  devenu  grand-officier  de  la  Lé- 
gion d'Honneur,  grand-officier  de  l'ordre  de  la 
Réunion ,  comte  de  l'empire,  il  signe  l'acte  de 
déchéance,  et,  marquis  delà  restauration,  il  va 
siéger  à  la  chambre  des  pairs,  où  le  poursuit  l'i- 
ronie vengeresse  de  P.-L.  Courrier.  Cette  sou- 
plesse ,  comme  l'appelle  bénévolement  un  de 
ses  biographes ,  se  retrouve  dans  ses  écrits. 
Ainsi  la  première  édition  de  V Exposition  du 
Système  du  Monde,  dédiée  au  Conseil  des 
Cinq  Cents,  se  termine  par  ces  mots  :  «  Le  plus 
grand  bienfait  des  sciences  astronomiques  est 
d'avoir  dissipé  les  erreurs  nées  de  l'ignorance 
de  nos  vrais  rapports  avec  la  nature,  erreurs 
d'autant  plus  funestes  que  l'ordre  social  doit  re- 
poser uniquement  sur  ces  rapports.  Vérité, 
justice,  voilà  ses  bases  immuables.  Loin  de 
nous  la  dangereuse  maxime  qu'il  peut  être  quel- 
quefois utile  de  tromper  ou  d'asservir  les  hom- 
mes pour  mieux  assurer  leur  bonheur  !  De  fa- 
tales expériences  ont  prouvé  dans  tous  les 
temps  que  ces  lois  sacrées  ne  sont  jamais  impu- 
nément enfreintes.  »  Mais  en  1824  le  marquis 
de  Laplace  supprime  cette  péroraison,  et  finit 
ainsi  son  livre  :  «  Conservons  avec  soin,  aug- 
mentons le  dépôt  de  ces  hautes  connaissances, 
le  délice  des  êtres  pensants.  Elles  ont  rendu 
d'importants  services  à  la  navigation  et  à  la  géo- 
graphie ;  mais  leur  plus  grand  bienfait  est  d'avoir 
dissipé  les  craintes  produites  par  les  phéno- 
mènes célestes  et  détruit  les  erreurs  nées  de  l'i- 
gnorance de  nos  vrais  rapports  avec  la  nature, 
erreurs  et  craintes  qui  reparaîtraient  bientôt  si 
le  llambeaii  des  sciences  venait  à  s'éteindre.  » 
L'ambition  qui  égara  Laplace  ne  lui  fit  cependant 
jamais  déserter  le  culte  de  la  science.  Pendant 
plus  d'un  demi-siècle,  ce  fécond  génie  fit  pa- 
raître une  série  non  interrompue  de  travaux  sur 
les  questions  les  plus  ardues ,  sur  les  théories 
les  plus  abstraites.  Retiré  dans  sa  maison  d'Ar- 
cueil,  dont  les  jardins  touchaient  à  ceux  de 
Berthollet,  il  existait  entre  lui  et  l'illustre  chi- 
miste une  communauté  d'idées  que  décèle  la 
lecture  comparative  de  l'Exposition  du  Sys- 
tème du  monde  et  de  la  Statique  chi- 
mique. 

Laplace  mourut  le  .5  mars  1827,  après  une 
courte  maladie.  On  rapporte  qu'à  ses  derniers 
in.stants,  quelqu'un  lui  rappelant  ses  plus  écla- 
tantes découvertes ,  il  répondit  :  «  Ce  que  nous 
connaissons  est  peu  de  chose;  ce  que  nous  igno- 
rons est  immense.  »  On  a  remarqué  que  Laplace 


trompés.  Laplace  ne  saisissait  aucune  question  sous  son 
véritable  point  de  vue;  il  cherchait  des  subtilités  par- 
tout, n'avait  que  des  idées  problématiques,  et  portait 
enfin  l'esprit  ûe&infiniment  petits  dans  l'administration.» 
Telles  sont  les  paroles  mises  dans  la  bouche  de  Na- 
poléon par  le  rédacteur  des  Mémoires  de  Sainte-Hé- 
lène. 


535 


LAPLACE 


&m 


est  mort,  à  quelques  jours  près,  un  siècle  juste 
après  Newton  (1),  dont  il  a  terminé  l'édifice 
scientifique. 

11  est  difficile  de  classer  systématiquement  les 
travaux  de  Laplace  :  souvent  un  mémoire  appar- 
tient à  la  fois  au\  mathématiques  pures,  à  l'as- 
tronomie et  à  la  physique.  C'est  pourquoi  nous 
donnons  ici  la  liste  de  ses  travaux  dans  l'ordre 
de  leur  publication  :  Mémoire  sur  les  Solutions 
particulières  des  Équations  différentielles  et 
sur  les  Inégalités  séculaires  des  Planètes 
(inséré  dans  les  Mémoires  de  V Académie  des 
Sciences,  année  1772  )  (2)  ;  —  Recherches  sur  le 
Calcul  intégral  et  sur  le  Système  du  Monde 
(  Mém.  de  l'Acad.  des  Se,  1772);  —  Recher-  '• 
ches  sur  le  Calcul  intégral  aux  différences 
partielles  (Mém.  deVAcad.  des  Se,  1773);  — 
Mémoire  sur  les  Suites  récurro-récurrentes 
et  sur  leurs  usages  dans  la  Théorie  des  Ha- 
sards (  Recueil  des  Savants  étrangers,  t.  VI, 
1774);  — Sur  la  Probabilité  des  Causes  par 
les  Événements  (  Rec.  des  Sav.  étr.,  t.  VI, 
1774);  _  Recherches  sur  plusieurs  points  du 
Système  du  Monde  (  Mém.  de  UAcad.  des  Se, 
deux  parties,  publiées  en  1775  et  1776  );  —  Re- 
cherches sur  l'iniégration  des  Equations  dif- 
férentielles aux  différences  finies,  et  sur  leur 
usage  dans  la  Théorie  des  Hasards,  sur  le 
principe  de  la  Gravitation  universelle  et  sur 
les  Inégalités  séculaires  des  Planètes  qui  en 
dépendent  {Rec.  des  Sav.  étr.,  t.  VII,  1776); 

—  Sïir  Vlncliiiaison  moyenne  des  Orbites 
des  Comètes,  sur  la  Figure  de  la  Terre,  et 
sur  les  fonctions  (  Rec.  des  Sav.  étr.,  t.  VII, 
1776);  —  Sur  les  Usages  du  Calcul  aux  dif- 
férences partielles  dans  la  théorie  des  Suites 
(Mém.  de  l'Acad.  des  Se,  1777);  — Sur  la 
Précession  des  Équinoxes  (Mém.  de  VAcad. 
des  Se,  1777  )  ;  — Sur  l'Intégration  des  Équa- 
tions différentielles  par  approximation 
(  Mém.  de  l'Acad.  des  Se,  1777  );  —  Sur  les 
Probabilités  (Mém.  de  VAcad.  des  Se,  t778); 

—  Sur  les  Suites  (Mém.  de  l'Acad.  des  Se, 
1779);  —  Sur  la  Détermination  des  Or- 
bites des  Comètes  (  Mém.  de  l'Acad.  des  Se, 
1780  )  ;  —  Sur  la  Chaleur  (Mém.  de  l'Acad. 
des  Se,  1780),  en  collaboration  avec  Lavoisier; 

—  Sur  l'Électricité  qu'absorbent  les  corps  qui 
se  réduisent  en  vapeurs  (  Mém.  de  l'Acad.  des 
Se,  1781  ),  avec  Lavoisier;  — Sur  les  Approxi- 
mations des  Formules  qui  sont  fonctions  de 
très-grands  nombres  (  Mém.  de  l'Acad.  des 
Se;  deux  mémoires  publiés  en  1782  et  1783); 

—  Théorie  des  Attractions  des  Sphéroïdes,  et 
de  la  Figure  des  Planètes  (Mém.  de  l'Acad. 
des  Se,  1782);  —  Sur  la  Figure  de  la 
Terre  (Mém.  de  VAcad.  des  Se,  1783);  — 
Essai   pour  connaître    la    Population    du 


(1  )  Mort  le  20  mars  1727. 

(2)  Plusieurs  de  ces  mémoires  ont  été  réimprimés  dans 
différents  recueil»,  notamment  dans  la  Connainance  des 
Temps, 


royaume  et  le  nombre  des  habitants  de  li\ 
campagne  (Mém.  de  VAcad.  des  Se,  année i 
1783  à  1788  ),  avec  Du  Séjour  et  Condorcet;-; 
Sur  les  Inégalités  séculaires  des  Planètes  e 
de  leurs  Satellites  (  Mém.  de  l'Acad.  des  Se 
1784);  —  Théorie  du  Mouvement  et  de  h 
Figure  elliptique  des  Planètes;  Paris,  1794 
in-4°,  imprimé  à  deux  cents  exemplaires  au? 
frais  de  Saron;  —  Sur  les  Naissances,  la 
Mariages  et  les  Morts  à  Paris,  depuis  177; 
jusqu'à  1784  (Mé7n.  de  VAcad.  des  Se,  1785) 

—  Théorie  de  Jupiter  et  de  Saturne  (Mém 
de  VAcad.  des  Se,  2  parties,  1785  et  1786);- 
Sur  VÉquation  séculaire  de  la  Lune  (  Mém 
de  VAcad.  des  Se,  1786  );  —  Sur  la  Théorù 
de  VAnneau  de  Saturne  (  Mém.  de  VAcad 
des  Se,  1787);  —  Sur  les  Variations  sécw 
laires  des  Orbites  des  Planètes  (  Mém.  d\ 
VAcad.  des  Se,  1787);  —  Théorie  des  Satel 
lices  de  Jupiter  (Mém.  de  VAcad.  des  Se. 
2  parties,  1789);  —  Sur  le  Flux  et  le  Reflux 
de  la  Mer  (Mém.  de  VAcad.  des   Se,  1790) 

—  Leçons  d'Analyse  (  Séances  des  École, 
normales,  t.  VI,  1795);  —  Exposition 
du  système  dic  monde;  Paris,  2  vol.  in  8" 
1796;  4^  édition,  1813,  in-4°  ou  2  vol.  in-S" 
5^  édition,  revue  et  augmentée,  1824,  in-4"  ou 
2  vol.  in-8°;  6'  édition,  précédée  de  l'éloge  de 
l'auteur  par  le  baron  Fourier,  1835,  in-4"  ou 
2  vol.  in-8'*);  —  Mémoire  sur  la  Détermina 
tion  d'un  Plan  qui  reste  toujours  parallèle  à 
lui-même  dans  le  mouvement  d'un  système 
de  corps  agissant  d'une  manière  quelconque 
les  uns  sur  les  autres,  et  libres  de  toute  ac- 
tion étrangère  (Journal  de  V École  Polytech- 
nique ,  t.  II,  1798);  —Sur  la  Mécanique 
(Journ.  de  VÉe  Polyt.,\.  II,  1798  ).;  —Sur  le 
Mouvement  des  Corps  célestes  autour  de  leur 
centre  de  gravité  {Mémoires  de  V Institut, 
section  des  sciences  mathématiques  et  phy- 
siques, 1. 1,  1798);  — Sur  les  Équations  sécu- 
laires du  Mouvement  de  la.Lune,  de  son  Apogée 
et  de  ses  Nœuds  (Mém.  de  Vlnst.,t.U,  1799); 

—  les  deux  premiers  volumes  du  Traité  de  la  Mé- 
canique céleste,  renfermant  les  cinq  premiers 
livres;  Paris,  1799,  in-4";  réimprimés  en  1829 
et  1830;  —  Sur  le  Mouvement  des  Orbites 
des  Satellites  de  Saturne  et  d'Uranus  (Mém. 
de  Vinst.,  t.  III,  1801  );—  Sur  la  Théorie  de 
la  Lune  {Mém.  de  VInst.,  t.  III,  1801);  —  le 
3' volume  de  Xa  Mécanique  céleste,  renfermant 
les  livres  VI  et  VII  (1802);  le  4«  volume  du  même 
ouvrage ,  renfermant  les  livres  VIII,  IX  et  X 
(  1805)  ;  —  Sur  divers  points  d'analyse  (Journ. 
de  VÉePolyt.,  t.  VIII,  1809);  —  Sur  le 
Mouvement  de  la  Lumière  dans  les  milieux 
diaphanes  (Mém.  de  VInst.,  1809;  Recueil 
de  la  Société  d'Arcueil,  même  année);  — 
Sur  les  Approximations  des  Formules  qui 
sont  fonctions  de  très-grands  nombres,  et  sur 
leur  application  aux  Probabilités  (Mém,  de 
Vins  t.,  1809)  ;  —  Théorie  analytique  des  pro' 


37  LAPI 

alnlités;  Paris,  1812,  in-4°;  3*  édition,  1820, 
1-4°,  avec  4  suppléments  ;  —  Essai  philoso- 
hig  lie  sur  les  Probabilités  ;  Paris,  1814,  iii-4°; 
-,  3%  4%  5*=  éditions,  1814,  1816,  1819,1825, 
Mes  in-8°  ;  —  second  Mémoire  sur  la  Figure 
e  la  Terre  (  Méjyi.  de  Vlnst.,  1817);  —  Ad- 
itions  à  ce  second  mémoire  (  Mémoire  de 
Inst.,  1818);  —  second  Mémoire  sur  le  Flux 
t  le  Reflux  de  la  Mer  (  Mém.  de  PInst. 
818  );  —  Mémoire  sur  le  déveîoppement  vrai 
e  V anomalie  du  rayon  vecteur  elliptique  en 
éries  ordonnées  suivant  les  puissances  de 
'excentricité  {Mém.  de  Vlnst.,  1S23);  les 
vres  XI  et  Xll  de  la  Mécanique  céleste  (1823)  ; 
^■s  livres  XTI[,  XIV  et  XV  (1824);  le  XVP  et 
ernier,  terminant  le  V*  volume  de  la  Méca- 
•iquc  céleste  (1825);  —  Sur  les  Oscilla- 
ions  de  r Atmosphère  (  Connaissance  des 
emps  )  (1). 

En  1842  il  était  devenu  presque  impossible 
e  se  procurer  les  plus  importants  de  ces  ou- 
frages.  Pour  les  rééditer,  M"*  de  Laplace  se 
isposait  à  vendre  un  petit  domaine  qu'elle  pos- 
édait  près  de  Pont-l'Évôque,  non  loin  des  lieux 
|ui  avalent  vu  naître  son  mari ,  lorsque  les 
liambres  rendirent  un  juste  hommage  à  la  mé- 
noire  de  l'illustre  géomètre  en  votant  une  somme 
le  40,000  francs  pour  la  réimpression  de  ses 
euvres  (2).  Védition  du  gouvernement  est 
ornposée  de  7  volumes  in-4°.  Les  cinq  premiers 
ont  consacrés  à  la  Mécanique  céleste;  le 
;i\ième  renferme  V Exposition  du  Système  du 
Monde ,  et  le  septième  la  Théorie  analytique 
les  Probabilités.  Ces  ouvrages  résument  en  ef- 
et  les  travaux  les  plus  importants  de  Laplace  , 
't  c'est  leur  analyse  que  nous  allons  essayer  de 
)résenter. 

LaA/(^canï(7î/ecé;es^e,nousravonsdéjà  dit,  est 
divisée  en  seize  livres,  auxquels  il  faut  ajouter 
quatre  suppléments.  Voici  la  disposition  de  ce 
traité  :  I""^  Partie,  Livre  I  :  Des  Lois  générales 
de  l'équilibre  et, du  Mouvement  ;  —  Livre  II  :  De 
la  Loi  de  la  Pesanteur  universelle,  et  du  Mou- 
vement des  Centres  de  gravité  des  Corps  cé- 
lestes;— Livre  TIl  :  De  la  Figure  des  Corps  cé- 
lestes; —  Livre  IV  :  Des  Oscillations  de  la  mer 
et  de  l'Atmosphère  ;  —  Livre  V  :  Des  Mouve- 
ments des  Corps  célestes  autour  de  leurs  pro- 
pres centres  de  gravité;— II"  Pautie,  Livre  VI : 
Théorie  des  Mouvements  planétaires;  — 
Livre  VIT:  Théorie  de  la  Lune;  —  1"  Supplé- 
ment :  Sur  les  deux  grandes  Inégalités  de  Jic- 
piler et  de  Saturne  ;  —  LiyTe\lll  :  Théorie  des 
Satellites  de  Jupiter,  de  Saturne  et  d'Ura- 
nus  ;  —  Livre  IX  :  Théorie  des  Comètes  ;  — 


(1)  Il  existe  plusieurs  traductions  désœuvrés  de  Laplace 
en  diverses  langues.  L'une  des  plus  estimées  est  la  ver- 
sion anglaise  de  la  Mécanique  céleste  par  Bowdilch. 

(2)  M"""  de  Laplace  a  fondé  une  rente  perpétuelle,  dont 
l'Académie  des  Sciences  dispose,  pour  donner  chaque  année 
au  premier  élève  sortant  de  l'École  Polytechnique  la 
collection  des  œuvres  de  Laplace. 


ACE 


538 


Livre  X  :  Sur  divers  points  relatifs  au  Sys- 
tème du  Monde  (1)  -,  —  2*  et  3*  Suppléments, 
formant  la  Théorie  de  l'action  capillaire  ;  — 
Livre  XI  :  De  la  Figure  et  de  la  Rotation  de  la 
Terre; — Livre  XII  :  De  l'Attraction  et  de  la  Ré- 
pulsion des  Sphères,  et  des  Lois  de  l'Équilibre 
et  du  Mouvement  des  Fluides  élastiques  ;  — 
Livre  XIII  :  Des  Oscillations  des  fluides  qui  re- 
couvrent les  Planètes  ;  —  Livre  XIV  :  Des  Mou- 
vements des  Corps  célestes  autour  de  leur 
centre  de  gravité;  —  Livre  XV  :  Du  Mouve- 
ment des  Planètes  et  desComètes  ; — Livre  XVI: 
Du  Mouvement  des  Satellites  ;  —  4^  Supplé- 
ment :Swr  ZeDéyeioppemeHi  en  série  du  Ra- 
dical qui  exprime  la  distance  mutuelle  de 
deux  planètes. 

Dans  les  deux  premiers  volumes  de  la  Méca- 
nique céleste,  Laplace  commence  par  don- 
ner les  principes  généraux  de  l'équilibre  et  du 
mouvement  de  la  matière.  Leur  application 
aux  mouvements  célestes  le  conduit  sans  hypo- 
thèse, et  par  une  série  de  raisonnements  géo- 
métriques, à  la  loi  de  la  gravitation  universelle, 
dont  la  pesanteur  n'est  qu'un  cas  particulier.  En 
considérant  ensuite  un  système  de  corps  soumis 
à  cette  grande  loi  de  la  nature,  Laplace  pai-vient, 
au  moyen  d'une  analyse  singulière,  aux  expres- 
sions générales  de  leurs  mouvements,  de  leurs 
figures  et  des  oscillations  des  fluides  qui  les  re- 
couvrent ,  expressions  d'où  il  fait  découler  tous 
les  phénomènes  observés  du  flux  et  du  reflux  de 
la  mer,  de  la  variation  des  degrés  et  de  la  pesan- 
teur à  la  surface  terrestre,  de  la  précession  des 
équinoxes,  de  la  libration  de  la  Lune,  de  la  figure 
et  de  la  rotation  des  anneaux  de  Saturne ,  et 
de  leur  permanence  dans  le  plan  de  son  équa- 
teur.  11  en  déduit  les  principales  inégalités  des 
planètes ,  et  spécialement  celles  de  Jupiter  et  de 
Saturne ,  dont  la  période  embrasse  plus  de  neuf 
cents  années  ,  «  et  qui,  n'offrant  aux  observa- 
teurs que  des  anomalies  dont  ils  ignoraient  les 
lois  et  la  cause,  ont  paru  longtemps  faire  exception 
à  la  théorie  de  la  pesanteur  :  plus  approfondie, 
elle  les  a  fait  connaître,  et  maintenant  ces  inéga- 
lités en  sont  une  des  preuves  les  plus  frappantes  « . 
Laplace  développe  donc  les  variations  des  élé- 
ments du  système  planétaire,  qui  ne  se  rétablis- 
sent qu'après  un  très-grand  nombre  de  siècles. 
Au  milieu  de  tous  ces  changements ,  il  reconnaît 


(1)  Ce  X»  livre  renferme  le»  neuf  chapitres  suivants  : 
I.  Des  Réfractions  astronomiques.  —  II.  Des  Itéfrac- 
tions  terrestres.  —  III.  De  l'Extinction  de  la  Lumière  des 
astres  dans  l'atmosphère ,  et  de  V Atmosphère  du  Soleil. 
—  IV.  De  la  Mesure  des  hauteurs  par  le  baromètre.  — 
V.  De  la  Chute  des  corps  qui  tombent  d'une  grande  hau- 
teur. —  VI.  Sur  quelques  cas  où  l'on  peut  riçioureuse- 
ment  obtenir  le  mouvement  d'un  système  de  corps  qui 
s'attirent.  —  VII.  Siir  les  altérations  que  le  mouvement 
des  Planètes  et  des  Comètes  peut  éprouver  par  la  résis- 
tance des  milieux  qu'elles  traversent,  et  par  la  ti-ans- 
mission  successive  de  la  pesanteur.  —  WWl.  Supplément 
aux  Théories  de  Jupiter,  de  Saturne  et  de  la  Lune.  — 
IX.  Sur  les  Masses  des  planètes  et  des  satellites.  Sur 
les  Tables  astronomiques. 


539 


LAPLACE 


540 


la  constance  des  moyens  mouvements  et  des 
distances  moyennes  des  corps  de  ce  système 
<c  que  la  nature  semble  avoir  disposé  primiti- 
vement pour  une  éternelle  durée,  parles  mêmes 
vues  qu'elle  nous  paraît  suivre  si  admirablement 
sur  la  terre,  pour  la  conservation  des  individus 
et  la  perpétuité  des  espèces.  Par  cela  seul  que 
ces  mouvements  sont  dirigés  dans  le  même  sens 
et  dans  des  plans  peu  différents,  les  orbes  des 
planètes  et  des  satellites  doivent  toujours  être  à 
peu  près  circulaires  et  peu  inclinés  les  uns  aux 
autres.  Ainsi,  la  variation  de  l'obliquité  de  l'é- 
cliptique  à  l'équateur,  renfermée  constamment 
dans  d'étroites  limites  ,  ne  produira  jamais  un 
printemps  perpétuel  sur  la  Terre.  »  Laplace 
prouve  que  l'attraction  du  spliéroïde  terrestre, 
ramenant  sans  cesse  vers  son  centre  l'hémi- 
sphère que  la  Lune  nous  présente,  transporte  au 
mouvement  de  rotation  de  ce  satellite  les  grandes 
variations  séculaires  de  son  mouvement  de  ré- 
Tolution  ,  et  dérobe  pour  toujours  l'autre  hémi- 
sphère à  nos  regards.  Enfin,  il  démontre  sni-  les 
trois  premiers  satellites  de  Jupiter  deux  théo- 
rèmes remarquables ,  connus  aujourd'hui  sous 
le  nom  de  lois  de  Laplace  :  1°  Le  moyen  mou- 
vement du  premier  satellite,  plus  deux  fois 
celui  du  troisième,  est  rigoureusement  égal 
à  trois  fois  celui  du  second;  2°  La  longitude 
moyenne  du  premier,  vu  du.centre  de  Jupi- 
ter, moins  trois  fois  celle  du  second,  plus 
deux  fois  celle  du  troisième,  est  exactement 
et  constamment  égale  à  180°.  De  ce  second 
théorème ,  il  résulte  que  les  trois  premiers  satel- 
lites de  Jupiter  ne  peuvent  jamais  être  à  la  fois 
éclipsés. 

La  seconde  partie  de  la  Mécanique  céleste 
est  spécialement  consacrée  à  la  perfection  des 
tables  astronomiques.  Laplace  y  considère  par- 
ticulièrement les  perturbations  du  mouvement 
des  planètes  et  des  comètes  autour  du  Soleil,  de 
la  Lune  autour  de  la  Terre,  et  des  satellites  au- 
tour des  planètes  qu'ils  accompagnent.  Jamais 
problème  plus  complexe  n'avait  été  soumis  à 
une  analyse  victorieuse.  Newton  lui-même,  après 
avoir  énuméré  les  forces  si  raullipliées  qui  de- 
vaient résulter  des  actions  mutuelles  des  planètes 
et  des  satellites  de  notre  système  solaire ,  s'é- 
tait arrêté  comme  saisi  de  vertige  en  présence  de 
ce  dédale  où  il  fallait  démêler  des  variations  con- 
tinuelles de  vitesse,  de  forme,  de  distance,  d'in- 
clinaison. Cette  extrême  complication  avait  amené 
Newton  à  supposer  que  le  système  planétaire  ne 
renfermait  pas  en  lui-même  des  éléments  de  con- 
servation indéfinie  ;  et  il  croyait  que  l'interven- 
tion périodique  d'une  main  puissante  était  né- 
cessaire au  maintien  de  l'ordre.  Mais  Laplace, 
tout  en  établissant  que  les  ellipses  planétaires 
sont  perpétuellement  variables ,  et  que  les  plans 
de  ces  courbes  n'offrent  pas  plus  de  fixité  ,  La- 
place, disons-nous,  reconnut  que  le  grand  axe 
de  chaque  orbite  reste  constant ,  et  conséquem- 
ment  la  durée  de  la  révolution  de  chaque  pla- 


nète ,  cette  dernière  quantité  est  celle  qui  aurait 
dû  principalement  varier  si  les  préoccupation? 
de  Newton  eussent  été  fondées.  «  Si  la  pesan 
teur  universelle,  dit  Arago,  suffit  à  la  conserva- 
tion du  système  solaire  ;  si  elle  le  maintient  dan? 
un  état  moyen  sans  jamais  lui  permettre  de  s'er 
écarter  que  de  petites  quantités  ;  si  la  variétc 
n'entraîne  pas  le  désordre;  si  le  monde  offre  des 
harmonies,  des  perfections  dont  Newton  lui- 
même  doutait,  cela  dépend  de  circonstances  quf 
le  calcul  a  dévoilées  à  Laplace,  et  qui,  sur  de 
vagues  aperçus,  ne  sembleraient  pas  devoii 
exercer  une  si  grande  influence.  A  des  planètes 
se  mouvant  toutes  dans  le  même  sens,  dam 
des  orbites  d'une  faible  ellipticité ,  et  dam 
des  plans  peu  inclinés  les  uns  aiix  autres 
substituez  des  conditions  différentes ,  et  la  sta 
bilité  du  monde  sera  de  nouveau  mise  en  ques 
tion,  et ,  suivant  toute  probabilité ,  le  chaos  naî- 
tra.... Quoique  depuis  le  travail  que  nous  venoni 
de  citer,  l'invariabilité  des  grands  axes  des  or 
bites  planétaires  ait  été  démontrée  d'une  ma^ 
nière  encore  plus  complète ,  et  en  poussant  plu 
loin  les  approximations  analytiques  (1),  ellen'ei 
reste  pas  moins  une  des  admirables  découvertei 
de  l'auteur  de  la  Mécanique  céleste.  » 

Cette  découverte  de  Laplace  ne  permettailj 
plus  de  considérer  l'attraction  newtoniennt, 
comme  une  cause  de  désordre  dans  notre  sys- 
tème solaire.  Mais  on  pouvait  supposer  qut 
d'autres  forces  venaient  se  mêler  à  celle-là  ei 
produire  les  perturbations  graduellement  crois- 
santes dont  Newton  s'était  inquiété.  Ces  craintes 
étaient  justifiées  par  des  faits  positifs,  notamment 
l'accélération  du  mouvement  moyen  de  la  Lune 
Halley  avait,  le  premier,  remarqué  ce  singulier 
phénomène,  en  calculant  une  éclipse  de  lune 
observée  à  Babylone ,  et  rapportée  par  Ptoléméf 
dans  son  Almageste.  Cette  éclipse,  qui,  ré- 
duite au  calendrier  Julien,  revient  au  9  mars  dt 
l'an  720  avant  l'ère  vulgaire  (c'est  la  plus  an 
cienne  de  toutes  les  observations  connues  ),  com-, 
mença,  d'après  l'astronome  grec,  plus  d'un 
heure  après  le  lever  de  la  Lune  et  fut  totale.  C'é 
circonstances  remarquables  permettaient  de  fixl 
à  peu  près  le  moment  du  milieu  de  l'éclipsé  pnâ 
Babylone  ;  le  calcul  de  Halley,  exécuté  d'apr^ 
les  meilleures  tables,  indiqua  le  commenceinerï 
de  l'éclipsé  pour  trois  heures  plus  tôt  :  le  moûr 
vement  de  la  Lune  s'était  donc  accéléré  depuis 
cette  époque.  La  même  méthode  appliquée  à 
deux  autres  éclipses  du  moyen  âge ,  observées 
au  Caire  par  Ibn-Junis,  le  conduisit  à  la 
même  conséquence.  Dunthorn  parvint  à  un  ré- 
sultat identique  en  discutant  un  plus  grand 
nombre  d'éclipsés  (2),  et  il  fit  voir  clairement 
que  la  différence  du  calcul  avec  l'observation  dé- 
croît à  mesure  que  l'on  approche  de  son  époque, 


(1)  On  peut  voir  sur  cet  objet  deux  très-beaus  mé- 
moires de  Lagrange  et  de  Poisson. 

(2)  Transactions  philosophiques,  1749  et  1760. 


41 


LAPLACE 


542 


iusi  que  cela  devait  avoir  lieu  dans  Fiiypothèse 
e  Halley.  Lalande  et  Meyer  ajoutèrent  une  nou- 
elle  force  à  ces  conclusions.  Or,  dire  d'un  astre 
ue  sa  vitesse  augmentait  de  siècle  en  siècle, 
'était  déclarer  en  termes  équivalents  qu'il  se 
approchait  du  centre  du  mouvement.  La  Lnne 
evait  donc,  dans  un  temps  plus  ou  moins  éloi- 
né,  se  précipiter  sur  la  Terre.  La  cause  de  cette 
ccélération  inquiétante  fut  longtemps  vainement 
emandée  aux  géomètres  :  les  uns  l'attribuaient 
la  résistance  de  l'éther,  d'autres  aux  perturba- 
ons  occasionnées  par  les  comètes;  ceux-ci  pré- 
iraient admettre  une  retardation  dans  le  mou- 
ement  diurne  de  la  Terre ,  retardation  dont  ils 
liaient  chercher  l'origine  dans  l'action  continuelle 
es  vents  d'est  contre  les  montagnes  dirigées  du 
ord  au  sud.  L'Académie  des  Sciences,  espérant 
iter  quelque  jour  sur  la  question ,  proposa  pour 
rix  de  1768,  1770,  1772  et  1774,  la  théorie  de 
i  Lune.  Euler  et  Lagrange  entrèrent  dans  la 
ce,  et  ils  déclarèrent  que  l'équation  séculaire 
u  mouvement  de  la  Lune  ne  saurait  être  pro- 
uite  par  les  forces  de  l'attraction.  D'Alembert  et 
ernoulli  ne  furent  pas  plus  heureux  dans  leurs 
ïntatives.  Laplace  échoua  une  première  fois, 
[ais  le  19  décembi'e  1787  il  annonça  à  l'Aca- 
émie  qu'il  avait  trouvé  la  cause  du  phénomène 
ui  l'occupait  depuis  tant  d'années  :  «...  Cepen- 
aait ,  dit-il  dans  cette  importante  communica- 
on,  la  correspondance  des  autres  phénomènes 
51estes  avec  la  théorie  de  la  pesanteur  est  si 
arfaite  et  si  satisfaisante,  que  l'on  ne  peut  voir 
ms  regret  l'équation  séculaire  de  la  Lune  se 
îfuser  à  cette  théorie ,  et  faire  seule  exception 
une  loi  générale  et  simple,  dont  la  découverte, 
ar  la  grandeur  et  la  variété  des  objets  qu'elle 
mbrasse,  fait  tant  d'honneur  à  l'esprit  humain. 
:ette  réflexion  m'a  déterminé  à  considérer  de 
ouveau  ce  phénomène;  et,  après  quelques ten- 
itives,  je  suis  enfin  parvenu  à  en  découvrir  la 
ause.  L'équation  séculaire  de  la  Lune  est  due  à 
action  du  Soleil  sur  ce  satellite,  combinée  avec 
i  variation  de  l'excentricité  de  l'orbite  terrestre, 
four  se  former  de  cette  cause  la  plus  juste  idée 
!ue  l'on  puisse  avoir  sans  le  secours  de  l'analyse, 
faut  observer  que  l'action  du  Soleil  lend  à  di- 
linuer  la  pesanteur  de  la  Lune  vers  la  Terre , 
t  par  conséquent  à  dilater  son  orbite,  ce  qui 
ntraine  un  ralentissement  dans  sa  vitesse  angu- 
!iire.  Quand  le  Soleil  est  au  périgée ,  son  action, 
evenue  plus  puissante,  agrandit  l'orbite  lunaire; 
lais  cette  orbite  se  contracte  lorsque  le  Soleil , 
tant  vers  son  apogée,  agit  moins  fortement 
ur  la  Lune.  De  là  naît  dans  le  mouvement  de  ce 
atellite  l'équation  annuelle,  dont  la  loi  est  exac- 
îment  la  même  que  celle  de  l'équation  du  centre 
u  Soleil,  à  la  différence  près  du  signe,  en  sorte 
ue  l'une  de  ces  équations  diminue  quand  l'autre 
ugmente.  L'action  du  Soleil  sur  la  Lune  varie 
ncore  par  des  nuances  insensibles,  relatives 
ux  altérations  que  l'orbite  de  la  Terre  éprouve 
e  la  part  des  planètes.  On  sait  que  l'attraction 


de  ces  corps  change  à  la  longue  les  éléments 
de  l'ellipse  que  la  Terre  décrit  autour  du  Soleil. 
Son  grand  axe  est  toujours  le  môme;  mais  son 
excentricité ,  son  inclinaison  sur  un  plan  fixe ,  la 
position  de  ses  nœuds  et  de  son  aphélie ,  varient 
sans  cesse  ;  or,  la  force  moyenne  du  Soleil  pour 
dilater  l'orbe  de  la  Lune  dépend  du  carré  de 
l'excentricité  de  l'orbite  terrestre;  elle  augmente 
et  diminue  avec  cette  excentricité  :  il  doit  donc 
en  résulter  dans  le  mouvement  de  la  Lune  des 
variations  contraires,  analogues  à  l'équation  an- 
nuelle, mais  dont  les  périodes,  incomparablement 
plus  longues  ,  embrassent  un  grand  nombre  de 
siècles.  Maintenant  que  l'excentricité  de  l'orbite 
terrestre  diminue ,  ces  inégalités  accélèrent  le 
mouvement  de  la  Lune;  elles  le  ralentiront 
quand  cette  excentricité,  parvenue  à  son  mini- 
mum, cessera  de  diminuer  pour  commencera 
croître.  Les  mouvements  des  nœuds  et  de  l'apo- 
gée d,e  là  Lune  sont  pareillement  assujettis  à  des 
équations  séculaires  d'un  signe  opposé  à  celui 
de  l'équation  du  moyen  mouvement,  et  dont  le 
rapport  avec  elle  est  de  1  à  4  pour  les  nœuds, 
et  de  7  à  4  pour  l'apogée.  Quant  aux  variations 
de  la  moyenne  distance,  elles  sont  insensibles, 
et  n'influent  pas  d'une  demi-seconde  sur  la  pa- 
rallaxe de  ce  satellite  ;  il  n'est  donc  point  à 
craindre  qu'il  se  précipite  un  jour  sur  la  Terre, 
comme  cela  aurait  lieu  si  son  équation  sécu- 
laire était  due  à  la  résistance  de  l'éther,  ou  à  la 
transmission  successive  de  la  pesanteur  (1)  ». 
«  L'inégalité  séculaire  du  mouvement  de  la  Lune, 
dit  plus  loin  Laplace,  est  périodique,  mais  il  lui 
faut  des  millions  d'années  pour  se  rétablir. 
L'excessive  lenteur  avec  laquelle  elle  varie 
l'aurait  rendue  imperceptible  depuis  les  obser- 
vations anciennes,  si  sa  valeur  en  s'élevant  à  un 
grand  nombre  de  degrés  ne  produisait  pas  des^ 
différences  considérables  entre  les  mouvements 
séculaires  de  la  Lune  observés  à  diverses  épo- 
ques. Les  siècles  suivants  développeront  la  loi 
de  sa  variation;  on  pourrait  mêmedès  à  présent 


(t)  Laplace  fait  allusion  à  l'hypothèse  qu'il  avait  émise 
dans  ses  Recherches  sm-  l'intégration  des  équations  dif- 
férentielles aux  différences  finies,  et  sur  leur  vsarje 
dans  la  théorie  des  hasards,  sur  le  principe  de  la  gra- 
vitation universelle  et  sur  les  inégalités  séc%ilai7-es  des 
planètes  gui  en  dépendent.  Reconnaissant  que  la  résistance 
de  l'éther  serait  une  cause  Insuffisante  pour  produire 
l'accélération  ob.servée  dans  le  mouvement  moyen  de  la 
Lune, il  en  cherche  une  antre  explication,  et  il  la  trouve 
dans  une  modification  à  faire  à  la  loi  de  l'attraction  new- 
tonienne,  qui  consiste  à  admettre  qu'elle  n'agit  pas  éga- 
lement sur  un  corps  déjà  en  mouvement  et  sur  un  en  re- 
pos. U  faut  admettre  que  la  pesanteur  soit  l'effet  de  l'action 
d'un  fluide  ou  d'une  émanation  corporelle  quelconque, 
agissant  par  des  coups  répétés  ;  un  corps  déjà  mis  en 
mouvement  par  plusieurs  de  ces  coups  réitérés  pourra 
se  dérober  à  l'action  complète  des  autres.  Il  pourra 
même  se  mouvoir  avec  une  telle  rapidité  qu'il  n'en  éprou- 
verait plus  aucune  action  appréciable.  Laplace  remarque 
que  cette  explication  doit  satisfaire  ceux  qui,  admettant 
qu'on  n'a  encore  donné  aucune  explication  satisfaisante 
de  la  pesanteur,  prétendent  que  ee  n'est  pas  une  raison 
pour  croire  qu'il  n'en  est  aucune. 


543 


LAPLACE 


544 


la  connaître  et  devancer  les  observations  si  les  | 
masses  des  planètes  étaient  bien  détermi-  j 
nées  (1) .»  En  même  temps  que  Laplace  faisait 
cette  brillante  découverte ,  il  reconnaissait  que 
si  l'action  de  la  gravitation  sur  les  astres  n'est 
pas  instantanée ,  il  faut  supposer  qu'elle  se  pro- 
page au  moins  cent  millions  de  fois  plus  vite 
que  la  lumière,  dont  la  vitesse  est  déjà  si  consi- 
dérable (2).  11  concluait  également  de  sa  théorie 
que  le  milieu  dans  lequel  les  astres  se  meuvent 
n'oppose  à  leur  cours  qu'une  résistance  pour  ainsi 
dire  insensible. 

Les  perturbations  de  la  Lune  ont  fourni  à 
Laplace  une  riche  moisson  de  vérités  astrono- 
miques. Ainsi  il  a  pu  en  conclure  que  le  mou- 
vement de  rotation  de  la  Terre  sur  son  axe  est 
invariable,  ou,  du  moins,  que  la  durée  du  jour 
n'a  point  changé  de  la  centième  partie  d'une 
seconde  depuis  deux  mille  ans.  Ainsi  encore 
les  perturbations  lunaires  lui  ont  donné  la  me- 
sure de  notre  distance  au  Soleil  et  de  l'apla- 
tissement de  notre  planète.  Pour  déterminer  la 
distance  du  Soleil  à  la  Terre,  Laplace  partit 
de  cette  considération ,  que  certaines  pei'tur- 
bations  de  la  Lune  étaient  intimement  liées 
à  cette  distance;  que  ces  perturbations  dimi- 
nueraient si  la  distance  augmentait ,  et  récipro- 
quement. Il  sut  dévoiler  la  relation  mathématique 

(1)  «  SI  pour  les  usages  astronomiques  on  réduit  l'ex- 
pression de  l'équation  circulaire  de  la  Lune  dans  une 
suite  ordonnée  par  rapport  aux  puissances  du  temps,  le 
terme  proportionnel  au  carré  du  temps  représentera  l'é- 
quaUon  séculaire  que  les  astronomes  emploient  dans  les 
tables  de  la  Lune ,  en  supposant  qu'ils  l'aient  bien  déter- 
minée par  les  observations.  Pour  comparer  la  théorie 
avec  leurs  résultats,  j'ai  porté  l'approximation  jusqu'aux 
cubes  des  temps,  ce  qui  est  nécessaire  pour  un  aussi  grand 
Intervalle  que  celui  qui  sépare  les  observations  modernes 
(te  celles  des  Chaldéens.  Kn  nommant»  le  nombre  des 
siècles  écoulés  depuis  1700,  et  en  adoptant  les  masses  des 
planètes  données  par  M.  de  La  Grange  dans  sa  Théorie  des 
inégalités  séculaires  (Mémoires  de  Berlin,  année  1782), 
à  l'exception  de  la  masse  de  Vénus,  que  J'ai  déterminée 
de  manière  à  réduire  à  cinquante  secondes  la  variation  sé- 
culaire de  l'obliquité  de  l'écllptique,  j'ai  trouvé  l'équa- 
tion séculaire  de  la  Lune  égale  à 

11",135  i>-j-0",0439S  »3, 
i  devant  être  supposé  négatif  pour  l'es  siècles  antérieurs 
à  1700.  Cette  formule  peut,  sans  erreur  sensible,  s'étendre 
aux  observations  les  plus  anciennes  des  éclipses,  et  à  mille 
ou  dou/.e  cents  ans  dans  l'avenir.  Il  peut  y  avoir  une  se- 
conde d'erreur  dans  le  coefficient  de  «^,  à  cause  de  l'in- 
certitude qui  existe  sur  les  masses  de  Vénus  et  de  Mars.» 
(  Sur  l'Équation  séculaire  de  la  Lune,  dans  la  Connais- 
sance des  Temps  pour  l'année  1790.) 

(î)  Pour  cela,  il  cberche  l'équaUoD  séculaire  que  peut 
produire  dans  les  mouvements  planétaires  la  transmis- 
sion successive  de  la  gravité,  en  la  supposant  produite 
par  l'Impulsion  d'un  fluide  :  cette  équation  est  d'autant 
moindre  que  la  vitesse  du  fluide  pravifique  est  plus  con- 
sidérable. Si  l'on  voulait  attribuer  à  cette  cause  l'équa- 
tion séculaire  de  la  Lune,  Laplace  fait  voir  qu'il  f.iudrait 
donner  au  fluide  gravilique  une  vitesse  sept  naillions  de 
{oi«  plus  grande  que  celle  de  la  lumière  ;  et  comme  il  a 
démontré  précédemment  que  cette  équation  est  due, 
au  moins  presqu'en  totalité,  à  la  diinlnution  de  lexcen- 
Iricllé  de  l'astre  terrestrr,  il  s'ensuit  que  la  transmission 
successive  de  la  gravite  ne  peut  y  contribuer  que  pour  une 
portion  extrétuement  petite;  ce  qui  supposerait  au  fluide 
grnvilique  une  vitesse  au  moins  cent  millions  de  fois  plus 
grande  que  celle  de  la  lumière;  en  sorte  qu'on  peut  re- 
,jardcr  sa  transmission  comme  tout  à  fait  instantanée. 


dc'ces  divers  éléments,  et,  le  problème  une 
fois  mis  en  équation,  il  n'eut  plus  qu'à  y  substi- 
tuer les  valeurs  numériques  fournies  par  l'ob- 
servation, il  trouva  de  cette  manière  pour  la 
distance  moyenne  du  Soleil  à  la  Terre  un  ré- 
sultat peu  différent  de  celui  qu'on  avait  déduit 
de  tant  de  voyages  pénibles  et  dispendieux. 
Quant  à  l'aplatissement  de  la  Terre,  Laplace 
remarqua  que  la  marche  de  la  Lune  étant  soumise 
à  l'action  de  notre  planète,  et  celle-ci  ne  devant 
pas  attirer  comme  une  sphère  parfaite,  cette 
marche  devait  porter  l'empreinte  de  l'aplatisse- 
ment terrestre.  Il  reconnut  enfin  deux  perturba* 
tions ,  nettes  et  caractéristiques,  qui  répondaienl 
parfaitement  à  son  attente.  Traitant  alors  ce  pro- 
blème, comme  il  avait  fait  pour  celui  de  la  pa- 
rallaxe solaire,  il  parvint  à  l'expression  de  Va- 
platissement  général  du  globe;  avantage  inap^ 
préciable,  car  les  immenses  travaux  géodésiques 
exécutés  jusque  alors  n'avaient  pu  donner  qa* 
l'aplatissement  de  tel  ou  tel  lieu.  Après  avoir  ré 
sumé  ces  admirables  découvertes,  Arago  ajoute  \ 
«  Un  géomètre  observateur  qui  jamais  depuis  si 
naissance  ne  serait  sorti  de  son  cabinet  de  tra 
vail,  qui  jamais  n'aurait  aperçu  le  ciel  qu'àtraven 
l'ouverture  étroite  et  invariablement  orientée 
dans  le  plan  vertical  de  laquelle  se  meuvent  lei 
principaux  instruments  astronomiques;  à  qu 
jamais  rien  n'eût  été  révélé  concernant  les  astre 
roulant  au-dessus  de  sa  tête,  si  ce  n'est  qu'ili 
s'attirent  les  uns  les  autres  suivant  la  loi  new 
tonienne,  serait  cependant  arrivé,  à  force  di 
science  analytique,  à  découvrir  que  son  humble 
que  son  étroite  demeure,  reposait  sur  un  globi 
aplati  ellipsoïdal,  dont  l'axe  équatorial  surpassai 
l'axe  des  pôles  ou  de  rotation  de  tin  trois  cen, 
sixième  ;  il  aurait  trouvé  aussi ,  lui  isolé ,  lui  toui 
jours  immobile,  sa  véritable  distance  au  Soleil.  ) 
Nous  avons  déjà  cité  les  travaux  de  Laplaci 
sur  les  grandes  inégalités  de  Jupiter  et  de  Sa 
turne,  sur  la  libration  des  satellites  de  Jupiter 
sur  le  flux  et  le  reflux  de  la  mer,  etc.  Disoni 
quelques  mots  de  ses  recherches  sur  l'anneau  oi 
plutôt  les  anneaux  de  Saturne  (voyez  Willian 
Herschel).  a  l'époque  où  Laplace  en  fit  l'obje 
de  ses  recherches,  on  ignorait  complètement  s 
l'anneau  de  Saturne  était  immobile,  ou  douéd'ui 
mouvement  de  rotation.  Les  observateurs  n'a^ 
valent  aperçu  ni  tache  ni  protubérance  proprt 
à  les  tirer  de  ce  doute.  «  Par  quel  mécanisme 
se  demanda  Laplace,  ces  anneaux  se  souiiennenl 
ils  autt)ur  de  cette  planète?  II  n'est  pas  probabl 
que  ce  soit  par  la  simple  adhérence  de  leurs  mo 
lécules  ;  car  alors,  leurs  parties  voisines  de  Sa 
turne,  sollicitées  par  l'action  toujours  renaissant 
de  la  pesanteur,  se  seraient  à  la  longue  détachée 
des  anneaux,  qui,  par  une  dégradation  insen 
sibie,  auraient  fini  par  se  détruire,  ainsi  que  tou 
les  ouvrages  de  la  nature  qui  n'ont  point  eu  le 
forces  suffisantes  pour  résister  à  l'action  de 
causes  étrangères.  Ces  anneaux  se  maintiennen 
donc  sans  effort,  et  par  les  seules  lois  de  iéqui 


,545  LAPLACE 

llibie;  mais  il  faut  pour  cela  leur  supposer  un 
mouvement  de  rotation  autour  d'un  axe  perpea- 
biculaire  à  leur  pian,  el  passant  par  le  centre 
[lie  Saturne ,  afin  que  leur  pesanteur  vers  la  pla- 
nète soit  balancée  par  leur  force  centrifuge  due 
k  ce  mouvement.  «  Comme  toujours,  Laplace 
lavait  recours  à  la  puissance  du  calcul.  Suppo- 
l^ant  qu'une  couche  tluide  infiniment  mince,  ré- 
ipandue  sur  leur  surface,  y  serait  en  équilibre  en 
eertu  des  forces  dont  elle  est  animée,  c'est  d'a- 
près la  condition  de  cet  équilibre  qu'il  détermine 
jla  figure  des  deux  parties  de  l'anneau.  Pour  y 
parvenir,  il  conçoit  chaque  partie  de  l'anneau 
[comme  engendrée  par  la  révolution  d'une  figure 
irermée,  telle  que  l'ellipse,  mue  perpendiculaire- 
ment à  son  plan  autour  du  centre  de  Saturne, 
alacé  sur  le  prolongement  de  l'axe  de  cette  figure. 
Introduisant  ces  circonstances  dans  l'équation 
iii  second  ordre  aux  différences  partielle»,  rela- 
tive aux  attractions  des  sphéroïdes,  et  supposant 
es  dimensions  de  l'anneau  très-petites,  par  rap- 
jort  à  sa  distance  au  centre  de  Saturne,  il  en 
jéduit  une  équation  intégrale,  qui  est  la  même 
que  si  la  surface  annulaire  était  un  cylindre  d'une 
longueur  infinie  ;  et  l'on  voit  en  effet  que  ce  cas 
îst  à  fort  peu  près  celui  de  l'anneau ,  lorsque  le 
joint  attiré  est  près  de  sa  surface.  Mais  cette 
jremière  approximation  n'est  pas  suffisante  en 
'énéral  ;  Laplace  donne  le  moyen  d'en  obtenir  de 
)lus  en  plus  exactes,  et  il  fait  voir  que  pour  les 
)btenir  il  suffira  de  connaître  les  attractions  des 
anneaux  sur  des  points  placés  dans  le  prolonge- 
nent  de  l'axe  de  leur  figure  génératrice.  Consi- 
lérant  en  particulier  le  cas  où  cette  figure  est 
jne  ellipse ,  il  donne  les  valeurs  de  ces  attrac- 
;ions ,  tant  sur  un  point  éloigné  des  anneaux  que 
iur  un  point  de  leur  surface.  Il  suppose  ensuite 
]ue  l'anneau  soit  une  masse  fluide  homogène  et 
que  la  courbe  génératrice  soit  une  ellipse  ;  l'é- 
quation générale  de  l'équilibre  lui  fait  connaître, 
îans  cette  hypothèse,  le  mouvement  de  rotation 


546 


ie  l'anneau  et  l'elliplicité  de  la  courbe  généra- 
trice. Laplace  en  déduit  encore  les  limites  du 
rapport  de  la  moyenne  densité  de  Saturne  à 
belle  de  l'anneau  ;  enfin,  il  obtient  ce  résultat  re- 
marquable, que  le  mouvement  de  l'anneau  est  le 
même  que  celui  d'un  satellite  qui  serait  autant 
éloigné  du  centre  de  la  planète  que  l'est  le  centre 
ie  là  figure  génératrice  de  l'anneau.  La  vitesse, 
ainsi  calculée,  est  égale  à  celle  que  des  observa- 
tions extrêmement  délicates  firent  plus  tard  re- 
iconnaître  à  Herschel.  Laplace  fait  voir  ensuite 
ique  la  théorie  précédente  subsisterait  encore 
jâans  le  cas  où  l'ellipse  génératrice  varierait  de 
igrandeur  et  de  position  dans  toute  l'étendue  de 
la  circonférence  de  l'anneau,  qui  pourrait  ainsi 
&tre  supposé  d'une  largeur  inégale  dans  ses  di- 
verses parties,  ce  qui  paraît  avoir  lieu  dans  la 
Inature.  Bien  plus,  il  démontre  que  cette  inégalité 
lest  nécessaire,  parce  que  si  l'anneau  était  par- 
jfaitement  semblable  dans  toutes  ses  parties,  les 
centres  de  la  planète  et  de  l'anneau  se  repousse- 

NOUV.   BIOGH,   CÉNÉR,  —  T.   XXIX. 


raient  mutuellement,  pour  peu  qu'ils  cessassent 
de  coïncider,  ce  qui  devrait  nécessairement  ar- 
river par  les  attractions  étrangères.  Le  centre  de 
l'anneau  décrirait  donc  alors  une  courbe  con- 
vexe vers  le  centre  de  la  planète,  et  l'anneau 
finirait  par  atteindre  la  surface  de  Saturne,  à  la- 
quelle il  se  réunirait.  Il  faut  donc,  pour  la  stabilité 
de  son  équilibre,  que  ses  figures-  génératrices 
soient  dissemblables  et  que  son  centre  de  gravité 
ne  coïncide  pas  avec  son  centre  de  figure.  La- 
place remarque  encore  que  sans  la  rotation  et 
l'aplatissement  de  Saturne  les  anneaux,  en  vertu 
de  l'attraction  du  Soleil  et  du  dernier  satellite  de 
leur  planète ,  cesseraient  d'être  dans  un  même 
plan  ;  mais  l'action  de  Saturne  les  maintient  tou- 
jours à  fort  peu  près  dans  le  plan  de  sonéquateur, 
ainsi  que  les  orbes  des  six  premiers  satellites. 
L'examen  attentif  des  phénomènes  du  système 
solaire  conduit  Laplace  à  une  hypothèse  cosrao- 
gonique,  qui  consiste  à  considérer  les  planètes 
comme  des  condensations  de  l'atmosphère  so- 
laire. De  même  les  satellites  et  les  anneaux  se- 
raient lormés  par  les  zones  que  les  atmosphères 
de  leurs  planètes  respectives  ont  successivement 
abandonnées  à  mesure  qu'elles  se  sont  resserrées 
en  se  refroidissant.  Comme  système  de  philoso- 
phie naturelle ,  la  Mécanique  céleste  amène  à 
cette  conclusion  que  la  nature  tient  en  réserve 
des  forces  conservatrices  et  toujours  présentes, 
qui  agissent  aussitôt  que  le  trouble  commence , 
et  d'autant  plus  que  la  perturbation  est  plus 
grande.  Cette  puissance  préservatrice  qui  règne 
dans  toutes  les  parties  de  l'univers  nous  en  ga- 
rantit l'ordre,  la  perpétuité  et  l'harmonie. 

VExposition  du  Système  du  Monde  est  di- 
visée en  cinq  livres  :  Livre  I,  Des  Mouvements 
apparents  des  corps  célestes;  —  Livre  IL  Des 
Mouvements  réels  des  corps  célestes;  — 
Livre  m.  Des  Lois  du  mouvement  ;  —  Livre  IV. 
De  la  Théorie  de  la  pesanteur  universelle  ; 
—  Livre  V.  Précis  de  Vhistoire  de  Vastrono- 
mie.  C'est  Y  Exposition  du  Système  du  Monde 
qui  ouvrit  à  son  auteur  les  portes  de  l'Académie 
Française.  Voici  le  jugement  qu'en  porte  Arago  : 
«  "L'Exposition  du  Système  du  Monde  est  la 
Mécanique  céleste  débarrassée  de  ce  grand  at- 
tirail de  formules  analytiques  par  lequel  doit 
indispensablement  passer  tout  astronome  qui, 
suivant  l'expression  de  Platon,  désire  savoir 
quels  chiffres  gouvernent  l'univers  matériel; 
c'est  dans  l'Exposition  du  Système  du  Mondtt 
que  les  personnes  étrangères  aux  mathématiques 
puiseront  une  idée  exacte  et  suffisante  de  l'esprit 
des  méthodes  auxquelles  l'astronomie  physique 
est  redevable  de  ses  étonnants  progrès.  Cet  ou- 
vrage, écrit  avec  une  noble  simplicité,  une 
exquise  propriété  d'expression,  une  correction 
scrupuleuse,  est  terminé  par  un  abrégé  de  l'his- 
toire de  l'astronomie,  classé  aujourd'hui,  d'un 
sentiment  unanime,  parmi  les  beaux  monuments 
de  la  langue  française  (1).  « 

(1)  Selon  M.  A.  Maury  {Mhenxum,tl  avril  1853  ),  de« 

1$ 


547 

La  Théorie  analytique  des  Probabilités  , 
outre  une  introduction  qui  se  termine  par  une 
note  historique  sur  le  calcul  des  probabilités, 
renferme  deux  livres  et  quatre  suppléments  : 
Livre  I.  Bu  Calcul  des  Fonctions  génératrices  ; 

—  Livre  IL  Théorie  générale  des  Probabilités  ; 

—  1^*^  supplément.  Sur  l'Application  du  cal- 
cul des  Probabilités  à  la  philosophie  natu- 
relle; —  2^  supplément.  Sur  V Application  du 
calcul  des  Probabilités  aux  opérations  géo- 
désiques,  et  sur  la  Probabilité  des  résultais 
déduits  d'un  grand  nombre  d'observations  ; 

—  3'^  supplément.  Application  des  formules 
géodésiques  de  Probabilité  à  la  Méridienne 
de  France;  —  4"  supplément.  Sur  les  Fonc- 
tions génératrices.  C'est  dans  cet  ouvrage  que 
Laplace  exposa  sa  belle  théorie  des  fonctions 
génératrices.  Leibnitz,  ayant  adapté  à  sa  caracté- 
ristique différentielle  des  exposants  pour  expri- 
mer des  différentiations  répétées,  avait  été  con- 
duit à  l'analogie  des  puissances  et  des  différences  ; 
analogie  que  Lagrange  avait  suivie ,  par  voie  d'in- 
duction dans  tous  ses  développements.  La  théorie 
des  fonctions  génératrices  étend  cette  analogie  à 
des  caractéristiques  quelconques,  et  la  montre 
avec  évidence.  Toute  la  théorie  des  suites  et 
l'intégration  des  équations  aux  différences  dé- 
coulent de  la  considération   de  ces  fonctions. 

Laplace  ne  se  serait  pas  moins  distingué  dans 
les  questions  de  haute  physique  que  dans  cel- 
les d'astronomie  ;  mais  cette  dernière  science 
le  captiva  presque  exclusivement.  Il  avait  cepen- 
dant fait  avec  Lavoisier  une  série  d'expériences 
sur  les  dilatations  des  substances  solides,  expé- 
l'iences  à  l'occasion  desquelles  ils  inventèrent  le 
calorimètre  de  glace.  Outre  ces  travaux  sur  la 
chaleur,  les  recherches  de  Laplace  sur  les  ré- 
fractions, sur  la  capillarité,  sur  les  mesures  ba- 
rométriques, sur  les  propriétés  statiques    de 
l'électricité,  etc.,  attestent  que  rien  dans  l'in- 
vestigation de  la  nature   ne  pouvait  lui   être 
étranger.  Guidé  par  la  pénétration  de  son  génie, 
il  vit  dans  la  constitution  moléculaire  des  corps 
matériels  comme  autant  d'univers  nouveaux  qui 
restaient  encore  à  soumettre  aux  lois  de  la  mé- 
canique générale.  «   Sortes  de  systèmes,   dit 
M.  Biot,  non  moins  merveilleux  que  le  monde 
planétaire,  mais  d'une  complication  infiniment 
supérieure,  où  des  myriades  de  particules  agis- 
sant et  réagissant  à  la  fois  les  unes  sur  les  autres, 
à  des  distances  imperceptibles,  offrent  au  calcul 
des  difficultés  incomparablement  plus  grandes 
que  les  mouvements  réguliers  et  simples  qui  s'o- 
pèrent  dans  la  solitude  des  cieux.  »  L'application 
de  la  mécanique  à  la  physique  corpusculaire, 
entrevue  par  Descartes,  essayée  par  Newton,  a 
été  réellement  préparée  à  toute  son  extension 
future  par  Laplace. 
Nous  terminerons  cet  article  en  empruntant 


fautes  graves  se  sont  glissées  dans  l'impression  de  la  nou- 
velle édition,  faite  par  l'État,  de  la  Mécanique  céleste,  et 
laissent  ainsi  à  la  preralère  toute  sa  rareté  et  tout  son  prix. 


LAPLACE  548 

encore  à  Fourier  quelques  lignes  dans  lesquelles 
il  caractérise  le  génie  de  Laplace  :  «  On  ne  peut 
pas  affirmer  qu'il  lui  eût  été  donné  de  créer  une 
science  entièrement  nouvelle,  comme  l'ont  fait 
Archimède  et  Galilée;  de  donner  aux  doctrines 
mathématiques  des  principes  oiiginaux  et  d'une 
étendue  immense,  comme  Descartes,  Newton 
et  Leibnitz;  ou,  comme  Newton,  de  transporter 
le  premier  dans  les  cieux  et  d'elendre  à  tout 
l'univers  la  dynamique  terrestre  de  Galilée  : 
mais  Laplace  était  né  pour  tout  perfectionner, 
pour  tout  approfondir,  pour  reculer  toutes  les 
limites,  pour  résoudre  ce  que  l'on  aurait  pu  croire 
insoluble.  Jl  aurait  achevé  la  science  du  ciel,  si 
cette  science  pouvait  être  achevée.  « 

E.  Merliecx. 
Poisson  et  Biot,  Discours  prononcés  aux  funérailles 
de  Laplace.  —  Fourier,  Éloge  historique  d<i  Laplace.  — 
Arago,  [{apport  présenté  à  la  chambre  des  députes  au 
nom  do  la  Commission  charçiée  de  l'exavicn  du  projet 
de  loi  relatif  à  la  réimpression  des  œuvres  mathéma- 
tiques de  Laplace  (moniteur  universel  du  18  mai  1842). 

l  LAPLACE  {Charles-Émile-Pierre- Joseph, 
marquis  de),  général  et  sénateur  français,  fils  du 
précédent,  né  à  Paris,  le  lâavril  1789.  Admis  à 
l'École  Polytechnique,   le  1"'  octobre  1805  il 
passa  le  l'^''  octobre  1807  à  l'école  d'application  i 
d'artillerie  et  du  génie  de  Metz.  Nommé  lieutenant 
le  19  juin  1809,  il  devint  capitaine  en  1812,  et  fut 
appelé  à  faire  partie  de  la  maison  militaire  de 
l'empereur  en  qualité  d'officier  d'ordonnance. 
M.  de  Laplace  fit  la  campagne  de  1 809  à  l'armée 
d'Allemagne,  celles  de  1812  en  Russie,  de  1813 
et  1814  en  Saxe  et  en  France ,  et  obtint  le  5  mai's 
1814  le  grade  de  chef  de  bataillon.  L'année  sui- 
vante il  suivit  le  duc  d'Orléans  à  Lyon  et  à 
Lille.  Le  27  janvier  1818,  il  passa  avec  son  grade 
dans  l'artillerie  à  pied  de  la  garde  royale ,  devint 
lieutenant-colonel  le  25  octobre  1820,  et  prit  i-ang 
de  colonel  le  2  février  1826.  Le  19  avril  182711 
fut  admis  à  siéger  à  la  chambre  des  pairs  à  titre 
héréditaire.  Maréchal  de  camp  depuis  le  11  oc- 
tobre 1837,  il  fut  nommé  commandant  de  l'école 
d'artillerie  de  LaFère,et  appelé  à  Vincennes,  en 
1840,  avec  le  même  titre.  Lieutenant  général  et 
membre  du  comité  de  son  arme  depuis  le  9  avril 
1843,  M.  de  Laplace ,  qui  avait  été  maintenu  sur 
les  cadres  de  l'armée  par  le  gouvernement  pro- 
visoire, fut  admis,  en  1853,  dans  le  cadre  de  ré- 
serve de  l'état-major  général ,  en  conservant  ses 
fonctions  de  membre  du  comité  d'artillerie;  il 
reçut  peu  de  temps  après  celles  de  membre 
de  la  commission  mixte  des  travaux  publics.  Lé 
1853  il  fut   élevé  à  la  dignité  de 

SiCARD. 

Archives  de  la  guerre.  —  Documents  particuliers. 

^  LAPLACE  {Cyrille-Pierre-Théodore),  na- 
vigateur français,  né  le  7  novembre  1793.  Entré 
à  l'âge  de  seize  ans  comme  élève  dans  la  marine 
impériale ,  il  devint  successivement  enseigne  en 
1812,  lieutenant  de  vaisseau  en  1819,  capitaine  de 
corvette  en  1828,  capitaine  de  frégateen  1830,ca- 
pitaine  de  vaisseau  le  6  janvier  1834,  contre- 
amiral  le  12  juillet  1841,  et  vice-amiral  le  11  juin 


31  décembre 
sénateur. 


149  LAPLACE  — 

j  853.  Sous  le  gouvernement  de  j  uilkt  il  fiit  chargé 
jle  deux  importantes  expéditions  scientifiques. 

.  |)e  1844  à  1847  il  commanda  la  station  navale  des 
Intilies.  Préfet  du  quatrième  arrondissement  ma- 
litime  à  Roclieforten  1848,  il  devint  membre  du 
ionseil  d'amirauté  en  1854,  et  préfet  maritime 
|U  deuxième  arrondissement  à  Bresten  1855.  Il 
i  été  admis  dans  la  section  de  réserve,  le  7  no- 
ombre  1858.  On  a  de  lui  :  Voyage  autour  du 
fonde,  par  les  mers  de  Vinde  et  de  la  Chine, 
xécuté  sur  la  corvette  de  l'État  La  Favorite, 
lendant  les  années  1830,  1831  et  1832  ;  Paris, 
833-1835  et  1839,  5  vol.  in-8°,  avec  atlas  :  le 
lome  V,  qui  renferme  la  partie  relative  à  l'histoire 

'  taturelle,  aété  rédigé  par  MM.  Eydoux  et  Baume, 
hiinrgiens  de  la  marine  attachés  à  l'expédition  ; 
atlas  historique  a  été  gravé  par  les  soins  de 
I.  de  Sainson;  —  Campagne  de  circumna- 
•iyation  de  la  frégate  L'Artémise,  pendant  les 
■nné.es  1837,  1838,  1839  et  1840,  sous  le  com- 

i  nandement  de  M.  Laplace,  publiée  par  oindre 
lu  roi  ;  Paris,  1845-1848,4  vol.  in-8°.  L.  L— t. 

Bourquclot  et  Maury,  La  Littéral.  Franc,  contemp.  — 
apereau,  Dict.  univ.  des  Contemp.  —  État  général  de 
a  Marine  el  des  Colonies. 

LA  PLACETTE  (  Jean),  théologien  et  mora- 
ste  protestant  français,  né  le  19  janvier  1639,  à 
'ontac  (Béarn),  et  mortà  Utrecht,  le  25  avril 
7 1 8. 11  reçut  sa  première  éducation  de  son  père, 
ni  était  pasteur,  et  après  avoir  terminé  ses 
tudes  à  l'académie  protestante  de  Montauban , 
fut  en  1660  nommé  pasteur  à  Orthez,  et 
uatre  ans  après  à  Nay,  dans  la  même  province. 
les  talents  pour  la  prédication  engagèrent  le 
onsistoire  de  Charenton  à  l'appeler  dans  cette 
glise.  Il  refusa  ce  poste  pour  continuer  à  des- 
ervir  la  petite  communauté  de  Nay.  Peu  de 
iiois  avant  la  révocation  de  l'édit  de  Nantes,  il 
emanda  et  obtint  la  permission  de  sortir  du 
oyaiime ,  et  de  passer  en  Hollande.  Renonçant 
u  dessein  qu'il  avait  formé  de  se  fixer  dans  ce 
■ays ,  il  alla  en  Prusse ,  sur  l'invitation  de  l'é- 
îcteur,  qui  lui  fit  offrir  une  place  de  pasteur  dans 

i  église  française  de  Kœnigsberg.  L'année  sui- 

'  ante  (1686),  il  accepta  la  place  de  pasteur  de 
église  française  de  Copenhague.  Il  l'occupa  jus- 
|u'en  1711.  Son  grand  ûge  et  ses  infirmités  ne 
ni  permettant  plus  de  remphr  ses  fonctions  de 
irédicateur,  il  donna  sa  démission,  et  se  retira 
l'abord  à  La  Haye,  et  deux  ans  après  à  Utrecht, 
uprès  de  sa  fille  unique ,  mariée  au  colonel  d'A- 
)remont. 

La  Placette  était  un  homme  instruit,  doux , 
olérant.  Il  est  regardé  comme  le  Nicole  des  pro- 
estants ;  il  faut  reconnaître  cependant  qu'il  est 
inférieur  à  ce  célèbre  moraliste  pour  la  profondeur 

^  jit  l'étenduedesidées.  On  adelui:  Deinsanabili 
■omanxEcclesixScepticis'mo;km?Xe:vAàm,\f)i& 

\  l't  1696,  in-4''  ;  trad.  en  franc,  par  Nie.  Chalaire 
;ous  ce  titre  :  Traité  du  Pyrrhonisme  de  l'É- 
dise  romaine;  Amsterd.,  1724,in-12;  enallem., 
?rancfort  et  Leipzig,  1751,  in-8°  j  et  en  anglais  par 


LA  PLACETTE  550 

extraits,  Londres,  1688,  in4''.  Cette  dissertation 
n'est  qu'un  fragment  d'un  ouvrage  plus  étendu 
qu'on  trouva  dans  ses  papiers,  après  sa  mort,  et 
qui  est  resté  inédit;  —  Discours  stir  la  Négli- 
gence du  Salut;  Genève,  1692,  m-il;— Traité 
de  l'Orgueil;  Amsterdam,  1692,  in-12,pius. 
édit.  ;  —  Nouveaux  Essais  de  Morale;  Ams- 
terdam, tom.  I,  1692,  et  tom.  II,  1693,  in-12; 
2^  édit,,  augmentée  dedenx  volumes,  Amsterdam, 
1697, 4  vol.  in-12  ;  —  Nouveaux  Essais  de  Mo- 
rale qui  peuvent  servir  de  suite  aux  autres 
Essais  du  même  auteur;  La  Haye,  1715,  2  vol. 
in-12,  réimprimés  avec  les  précédents;  Amster- 
dam, 1732,  6  vol.  in-12;  trad.  en  allem.;Iéna, 
1719et  1728;  etenhoUand.,  1715.  Ces  6  vol.  ne 
renferment  pas  un  traité  de  morale  proprement 
dit,  mais  une  suite  de  dissertations  sur  quelques- 
unes  des  questions  les  plus  importantes  de  la 
science  des  mœurs.  On  reconnaît  généralement 
avec  Nicéron  que  les  préceptes  que  donne  La  Pla- 
cette sont  fort  sensés  et  égalem^t  éloignés  d'une 
excessive  rigueur  et  d'un  funeste  relâchement; 

—  Traité  de  la  Co?îscie?2CP,- Amsterdam,  1695  et 
1696,  in-12; trad.  en angl., Londres,  1750,  2  vol. 
in-12;  en  allem.,  Francfort,  1703,  in-8°;  en  hol- 
land.,  1714;  —  La  Mort  des  Justes,  ou  la  ma- 
nière de  bien  /«w^nr;  Amsterdam,  1695,  in-12  ; 
— La  Communion  dévote,ou  lamanière  de  par- 
ticiper saintement  et  utilemen  i  à  l'eucharistie; 
Amsterdam,  1695, in-12; 4*^ édit., coiTJgée et  aug- 
mentée d'une  2"^  partie,  Amsterdam,  1699,  in-12; 

—  La  Morale  chrétïemie  abrégée  et  réduite 
à  trois  principaux  devoirs  :  la  repen tance 
des  pécheurs,  la  persévérance  des  justes  et  les 
progrès  dans  la  piété;  Cologne»-;  Amsterdam), 

1695,  in-12;  plusieurs  autres  éd'it.  augmentées; 
trad.  en  allem.,  Saint-Gall,  1702,  in-S".  La  Pla- 
cette regardait  cet  ouvrage  comme  sa  meilleure 
production;  — -  De  la  Restitution;  Amsterdam, 

1696,  in-12;  Genève,  1714,  in-8°  ;  trad.  en 
allem.,  Lemgo,  1775,  in-8°;  —  De  la  Foi  di- 
vine; Amsterdam,  1697,  in-12;  Rotterdam, 
1716,  in-12  ;  —  Divers  Traités  sur  des  ma- 
tières de  conscience;  Amsterdam,  1697,  in-12. 
Onloue  l'ordre,  la  méthode  et  la  netteté  d'exposi- 
tion de  cet  ouvrage.  Parmi  ces  traités  se  trouve 
le  Traité  des  Jeux  de  Hasard,  réimprimé  plus 
tard  à  part,  La  Haye,  1714,  in-12,  et  destiné  à 
soutenir,  contre  le  sentiment  de  Joncourt,  que 
ces  sortes  de  jeux  n'ont  en  soi  rien  de  contraire 
à  la  morale,  et  que  s'ils  doivent  être  défendus, 
c'est  à  cause  des  abus  qu'ils  entraînent;  — 
Des  bonnes  Œuvres  en  général;  Amsterdam, 
1700,  in-12;  —  De  l'Autorité  des  Sens  contre 
la  Transsubstantiation  ;  Amsterdam,  1700, 
in-12;  ~  Du  Serment;  La  Haye,  1700  et  1701, 
in-12;  —  De  V Aumône;  Amsterdam,  1699, 
in-12;  trad.  en  allem.  Francfort,  1717,  in-8°.  Ce 
traité  est  suivi  d'une  dissertation  dans  laquelle 
La  Placette  démontre  que  les  thérapeutes  dont 
parle  Philon  n'étaient  pas  des  chrétiens  ;  —  Ré- 
flexions chrétiennes  sur  divers  sujets  ;  Ams- 

18. 


551 


LA  PLACETTE  —  LA  PLANCHE 


5S2 


terdam,  1701,  m-12;  et  1707,  trad.  en  allem., 
ScbafThouse,  1711,  in-8°;  — Dissertations  sur 
divers  sujets  de  Morale  et  de  Théologie;  Ams- 
terdam, 1704,  iQ-12;  — Réponse  à  deux  objec- 
tions qu'on  oppose  de  la  part  de  la  raison  à  ce 
que  la  foi  nous  apprend  sur  l'origine  du  mal 
et  sur  le  mystère  de  la  Trinité ,  avec  tine  ad- 
dition où  Von  prouve  que  tous  les  chrétiens 
sont  d'accord  sur  ce  qu'il  y  a  de  plus  incom- 
préhensible dans  le  mystère  de  la  prédesti- 
nation ;  Amsterdam,  1707,  in-12  :  contre  les  ob- 
jections de  Bayle  sur  l'origine  du  mal;  —  Ré- 
ponse à  une  objection  qui  tend  à  faire  voir 
que  si  Dieu  a  résolu  les  événements ,  on  peut 
négliger  les  soins  qui  paraissent  les  plus  né- 
cessaires ;  Amsterdam,  1709,  in-12;  —  Éclair- 
cissement sur  quelques  difficultés  qui  nais- 
sent de  la  considération  de  la  liberté  néces- 
saire pour  agir  moralement,  avec  une  additioji 
où  l'on  pi'ouve,  contre  Spinosa,  que  nous  som- 
mes libres,  pour  servir  de  suite  à  la  Réponse 
aux  objections  de  M.  Bayle  ;  Amsterdam,  1709, 
in-12;  —  Nouvelles  Réflexions  sîir  la  Prémo- 
tion physique  et  sur  les  Jeux  de  Hasard; 
La  Haye,  1714,  in-12  ;  —  Avis  sur  la  manière 
de  p?-6'c/2er; Rotterdam,  1733,  in-12  :  cet  ouvrage 
postimme,  publié  par  Castier  de  Saint-Philippe, 
qui  le  fit  précéder  d'une  notice  biographique  de 
La  Placette,  n'est  qu'une  ébauche  à  laquelle  l'au- 
teur n'eut  pas  le  temps  de  mettre  la  dernière 
main;  trad.  en  allem.,  avec  des  remarques  par 
Raniït,  Leipzig,  1739,  in-8°;  —  De  la  Justifica- 
tion; Amsterdam,  1733,  in-t2.  On  lui  attribue 
aussi  un  traité  sur  VEucharistie  dont  l'arche- 
vêque de  Cantorbery  fit  traduire  le  manuscrit  en 
anglais  et  qu'il  publia  sous  cette  forme.  On  croit 
que  ce  traité  a  été  également  publié  en  français. 
Michel  Nicolas. 

P'ie  de  La  Placette,  par  Carrier  de  Saint-Philippe, 
en  tête  de  l'Jvis  sur  la  manière  de  prêcher.  —  Ni- 
céron,  Mémoires,  tom.  n.~  Europe  Savante,  t.  XVIII. 

—  Nouvelles  Littéraires,  Juillet  1718.  —  MM.  Huapr,  La 
France  Protestante.  —  Quérard  ,  La  France  Littéraire. 

—  Savons,  Hist.  de  la  Littér.  franc,  à  l'étranger,  t.  Il, 
pag.  211-220. 

LAPLAGKE-BARRis  (  Raymond-Jean-Frau- 

çois-Marie  Lacave),  magistrat  français,  frère 
de  Lacave-Laplagne  {voy,  ce  nom),  né  île 
21  décembre  1786,  à  Montesquiou,  mort  dans  la 
même  ville,  le  14  octobre  1857.  Héritier  du  pré- 
sident Barris,  son  oncle  maternel,  il  ajouta  ce 
nom  au  sien.  Nommé  juge  auditeur  au  tribunal  de 
la  Seine,  le  19  mai  1808,  il  devint  successivement 
conseiller  auditeur  et  substitut  du  procureur  gé- 
néral près  la  cour  impériale  de  Paris,  procureur 
général  à  la  cour  royale  de  Metz  en  1820,  et  avo- 
cat général  à  la  cour  de  cassation  le  24  août  1 824. 
Le  28  janvier  1844,  il  fut  nommé  président  de  la 
chambre  criminelle  de  la  cour  suprême.  Le  3  oc- 
tobre 1837,  le  roi  l'avait  élevé  à  la  pairie.  En  184C, 
Laplagne  présenta  à  la  cour  des  pairs  le  rap- 
port sur  l'affairede  Jo&epti  Henry,  espèce  de  fou, 
qui  le  29  juillet  avait  tiré  du  jardin  des  Tuileries 


un  coup  de  pistolet  sur  Louis-Philippe  au  mo- 
ment où  il  paraissait  au  balcon  du  palais.  En  1838 
le  roi  avait  chargé  Laplagne-Barris  de  l'adminis- 
tration des  domaines  laissés  au  duc  d'Aumale,  par 
le  prince  de  Condé.  En  1 850  Louis-Philippe  le 
1  choisit  pour  un  de  ses  exécuteurs  testamentaires. 
j  «  La  réunion  d'une  science  sans  limite  et  d'une 
I  raison  sans  défaillance  est  le  signe,  dit  M.  de  Mar^ 
nas,  de  la  véritable  supériorité.  Ce  fut  celle  de 
M.  Laplagne-Barris.  11  apportait  dans  les  déli- 
bérations de  la  cour  de  cassation  des  connaissant 
ces  universelles  et  mûries  :  droit  etjurisprudence, 
il  avait  tout  épuisé;  une  parole  nette  et  dénuée  de 
prétention ,  une  vaste  mémoire,  qui  fournissai! 
sans  effort  les  ressources  nécessaires  à  chaquf 
décision,  des  trésors  d'expérience  et  un  esprit 
remarquablement  sûr.  Sans  rechercher  les  loin-i 
tains  horizons,  il  s'attachait  aux  difficultés  à  re 
soudre  pour  ne  les  abandonner  qu'après  leun 
avoir  surpris  leur  secret.  «  Malade  depuis  long  ■ 
temps  déjà,  Laplagne-Barris,  surmontant  ses  dou 
leurs ,  voulut  remplir  les  devoirs  de  ses  fonc 
tions  jusqu'au  dernier  moment.      L.  L — t. 

.M.  de  Marnas,  Discours  de  rentrée  de  la  Cour  de  Cas 
sation,  du  3  novembre  1857.  —  Cuvilier-Fleury,  Le  prt 
sident  Laplagne-Barris,  dans  le  Journal  des  Vébati 
du  4  décembre  1857,  et  dans  les  Dernières  Études  hisi 
et  litt.,  tome  II,  p.  212.  —  Aylles,  L'yJudience,  13  ocl 
185-. 

LA  PLANCHE  {Louis  RÉGNIER,  sieur  de) 
capitaine  et  historien  français,  mort  vers  1580 
Son  père,  Pierre  Régnier,  était  lieutenant  gé^ 
néral  au  siège  présidial  de  Poitiers  ;  il  fut  un  de 
premiers  habitants  de  cette  ville  qui  se  converlireD| 
aux  doctrines  de  Calvin,  et  mourut  en  1 570,  aprè, 
s'être  marié  deux  fois.  Issu  de  la  première  unioD 
Louis,  destiné  à  la  magistrature,  avait  pris  se 
degrés  lorsque ,  à  la  suite  d'un  duel ,  il  fut  oblig 
de  chercher  un  refuge  en  Allemagne.  L'affair 
ayant  été  étouffée  par  le  crédit  du  connétabl 
de  Montmoi-ency,  qui  «  l'aimait  fort  pour 
grande  connaissance  des  lettres  et  affaires  d 
^France  » ,  il  s'attacha  au  fils  aîné  de  son  protec 
teur,  et  le  servit  en  mainte  occasion  contre  l'om 
brageux  pouvoir  des  Guise.  Il  fut  nommé  mestr 
de  camp  d'un  régiment  d'infanterie  et  capitain 
de  cent  hommes  d'armes.  Après  la  conjuratioi 
d'Amboise,  il  fut  appelé  à  la  cour  par  Cathe 
riiie  de  Médicis,  qui  lui  adressa  plusieurs  quei 
tions  sur  la  cause  des  troubles  du  royaume;  I 
cardinal  de  Lorraine  a.ssistait,  dit-on,  à  l'eB 
trevue,  caché  derrière  une  tapisserie  du  cabine! 
La  Planche  répondit,  avec  une  brusque  frar 
chise,  que  selon  lui  l'éloignement  des  Guis 
était  le  seul  moyen  de  ramener  la  paix  ;  la  rein 
mère  parut  irritée  de  ce  conseil,  et  lui  ordoni) 
de  révéler  la  retraite  des  prisonniers  qui  s'étaiei 
évadés  de  Tours  et  de  Blois;  sur  son  refus 
formulé  avec  indignation,  elle  le  fit  arrêter  sui 
le-champ  comme  complice.  Heureusement,  pf 
l'influence  du  maréchal  de  Montmorency, 
réussit  à  se  tirer  bientôt  de  ce  mauvais  pai 
Ce  gentilhomme  fut  très-versé  dans  les  affaiw 


i3 


LA  PLANCHE  —  LAPO 


554 


de  son  temps;  plusieurs  foison  se  servit  de  lui 
pour  conduire  des  négociations  difficiles.  Ses 
contemporains  le  citent  avec  éloges.  De  Tliou  lui 
reconnaît  beaucoup  d'habileté;  d'après  Mé- 
zeray,  il  avait  un  esprit  droit ,  pétillant  et  malin  ; 
iLa  Popelinière  lui  reproche  d'avt)ir  été  plus 
imondain  que  consciencieux;  enfin,  Tabaraud  dit 
'je  lui  :  «  Cet  auteur  est  grave ,  sérieux,  sou- 
rent  théologien  et  plus  souvent  moraliste.  Il  est 
■royable  sur  les  faits,  parce  qu'il  était  très-hon- 
nête homme  et  qu'il  a  été  lui-même  employé  dans 
('S  affaires  dont  il  parle.  »  On  a  de  La  Planche  : 
Dit  !jrand  et  loyal  Devoir,  Fidélité  et  Obéis- 
unice  de  MM.  de  Paris  envers  le  roi  et  cou- 
-0)1  ne  de  France;  1565,  in-8°;  1567,  in-16; 
ielon  La  Croix  du  Maine,  cet  opuscule  était 
uissi  connu  sous  le  titre  de  Livre  des  Mar- 
chands, parce  que  l'auteur  y  met  en  scène  piu- 
-ieur.s  marchands  qui  discourent  sur  les  services 
les  Montmorency  et  les  desseins  ambitieux  des 
ïuise; —  Hesponse  à  l'épistre  de  Charles  de 
Vaudemont,  cardinal  de  Lorraine  jadis 
irince  imaginaire  des  royaumes  de  Jéi'usa- 
em  et  de  N aptes ,  duc  et  comte,  par  fan- 
ai sie  ,  d'Anjou  et  de  Provence,  et  mainte- 
lant  simple  gentilhomme  de  Hainault  ;  1665, 
n-8";  satire  extrêmement  vive,  qui  «  vient,  dit 
îayie,  d'une  plume  mieux  taillée  que  la  ré- 
)onse  de  l'apologiste  du  cardinal  ■»•  —  La  Lé- 
tende  de  Charles ,  cardinal  de  Lorraine,  et 
le  ses  frères  de  la  maison  de  Guise  ;  Reims, 
576,  in-8°;  réimpr.  dans  le  t.  VI  àes,  Mémoires 
le  Condé,  et  signée  François  de  Vlsle;  — 
iistoire  de  r Estât  de  France ,  tant  de  la  ré- 
mblique  que  de  la  religion  sous  François  II  ; 
s.  1.),  1576,  in-8°;  Paris,  1836,  2  vol.  in-8°. 
Cette  histoire ,  disent  MM.  Haag ,  la  meilleure 
ue  nous  possédions  sur  ce  règne  ,  renferme  un 
rand  nombre  de  pièces  intéressantes,  d'actes 
uthentiques,  d'analyses  des  écrits  publiés  par 
es  deux  partis  ;  le  style  en  est  clair,  animé  et  si 
orrect,  que  pàs  une  expression,  pour  ainsi  dire, 
'en  a  vieilli.  »  Paul  Louisy. 

Haag  frères,  La  France  Protestante,  t.  VIII,  401-403. 
-  Dreux  du  Radier,  Biblioth.da  Poitou. 

LA  PLANCHE  {Etienne  de),  latiniste  fran- 
ai-s.  Il  était,  dans  le  seizième  siècle,  avocat  au 
larlement  de  Paris,  et  n'est  connu  que  par  une 
raduction  des  cinq  premiers  livres  des  Annales 
le  Tacite;  Paris,  1548,  1555  et   1581,  in-4°. 

les  cinq  autres  livres  furent  traduits  par  Claude 
l'auchet.  L — z — e. 

Pasqiiier,  liv.  XIX,  lett.  IH.  —  Du  Verdier  et  La  Croix 
u  Maine,  Bibliothèques  françaises. 

!  ^L.iPLANE  [Henri- Pierre-Félix  de),  ar- 
chéologue français ,  né  le  26  février  1806,  à  Sis- 
jeron  (Basses-Alpes).  Il  étudia  le  droit  à  Aix, 
k  se  lit  inscrire  au  tableau  des  avocats  de  la 
our  de  Grenoble  ;  peu  de  temps  après ,  il  fut 
jiommé  juge  auditeur  au  tribunal  de  Tarascon 
11826).  La  révolution  de  Juillet  brisa  sa  car- 
lière;  il  renonça  à  la  magistrature,  et  vint  s'é- 
ablir  dans  le  Pas-de-Calais,  où  il  se  consacra, 


comme  avait  fait  son  père,  à  l'étude  des  chartes 
et  des  anciens  monuraents.  Aux  élections  de 
1846,  il  accepta  le  mandat  de  Sisteron,  et  rem- 
plaça le  général  Laidet  à  la  chambre  des  dé- 
putés ;  jusqu'en  1848  il  y  siégea  parmi  les  mem- 
bres de  la  majorité  conservatrice.  Il  fait  partie 
de  la  Société  des  Antiquaires  delà  Morinie.  !?^ous 
citerons  de  lui  :  Notices  bibliographiques  sur 
deux  ouvrages  imprimés  au  seizième  siècle  ; 
Paris,  1845,  iQ-8";  —  V Église  de  Sisteron; 
ibid.,  1846;  —  Les  Abbés  de  Saint- Berlin  ; 
Saiut-Omer,  1854,  in-8''.  P.  L — y. 

liiogr.  des  Députas,  1846.  —  Littér.  Franc,  contemp. 

LAPLOKO-RICHETTE  (£.),  généalogiste 
français,  vivait  au  commencement  du  dix-sep- 
tième siècle.  On  a  de  lui  :  Histoire  généalo- 
gique des  Dieux  des  anciens;  Tournon,  1C06, 
in-s"  ;  Lyon,  1623,  in-8''.  L'épître  préliminaire 
adressée  à  Just.-Louis  de  Tournon  contient  des 
détails  d'une  médiocre  exactitude  sur  la  généa- 
logie de  la  maison  de  Tournon.         A.  DE  L. 

Lelong,  Biblioth.  kist.  de  la  France.  —  Recherches 
inédites  sur  Vhist.  de  l'imprimerie  à  Tournon. 

LAPO  OU  JACOPO,  architecte  que  l'on  croit 
avoir  été  Allemand ,  vivait  en  Toscane  au  trei- 
zième siècle.  Il  était  attaché  à  l'empereur  Fré- 
déric II,  quand  peu  de  temps  après  la  mort  de 
saint  François,  frère  Élie,  général  du  nouvel 
ordre  des  Franciscains,  le  demanda  à  ce  prince, 
et  le  chargea  d'élever  la  triple  basilique  d'Assise. 
Ces  travaux  acquirent  à  l'architecte  allemand 
une  telle  renommée  qu'il  fut  appelé  à  Florence, 
où  il  reçut  l'accueil  le  plus  flatteur.  Ce  fut  alors 
que,  suivant  l'usage  italien,  il  changea  son  nom 
de  Jacopo  en  celui  de  Lapo,  abbréviation  qui 
devint  le  nom  de  sa  famille  ;  c'est  donc  à  tort 
qu'on  le  désigne  souvent  sous  celui  de  Jacopo 
di  Lapo,  qui  n'est  qu'un  pléonasme.  Lapo  fût 
chargé  à  Florence  de  travaux  aussi  nombreux 
qu'importants.  Il  débuta  en  1218  par  les  piles 
en  pierre  du  pont  Alla  Carraja ,  qui ,  achevé  en 
bois ,  reçut  alors  le  nom  de  Ponte  Nuovo.  En 
1221  il  commença  l'église  de  San-Salvatore 
et  celle  de  San-Michele ,  qui  depuis  a  été  re- 
bâtie sur  les  dessins  de  Matteo  Nigetti.  Il  cons 
truisit  ensuite  le  pont  Rubaconte  ou  Aile  Gra- 
zie ,  dalla  les  rues  de  Florence  jusque  là  pavées 
en  briques,  donna  le  modèle  du  palais  du  Po- 
destat et  celui  du  tombeau  de  l'empereur  Fré- 
déric 1 1  pour  l'abbaye  de  Monreale  en  Sicile. 
On  lui  doit  aossiVévêcké  d'Arezzo  et  le  palais 
Poppi  dans  le  Casentino.  Malgré  tant  de  travaux 
importants,  le  plus  beau  titre  de  gloire  de  Lapo 
est  d'avoir  été  le  père  et  le  maître  d'Arnolfo  di 
Lapo  {voy.  ce  nom).  E.  B — n. 

Vasari  ,  f^ite.  —■  Ticozzl,  Dizionario.  —  Kantozzi, 
Guida  di  Firenze. 

LAPO  (diminutif  de /acopo)  (Castiglionchio), 
humaniste  et  canoniste  italien,  né  dans  la  pre- 
mière moitié  du  quatorzième  siècle,  mort  à  Rome, 
le  27  juin  1381.  Il  étudia  à  Bologne  les  belles- 
lettres  et  la  philosophie,  et  il  y  obtint  le  grade  de 
docteur  es  arts.  Il  se  mit  avec  ardeur  à  recher- 


555  LAPO  —  LAPONNERAYE 

cher  dans  la  poussière  des  bibliothèques  les  au- 
teurs de  l'antiquité  depuis  si  longtemps  négligés  ; 
et  il  découvrit  entre  autres  les  Institutes  ora- 
toires de  Quintilien,  le  discours  Pro  Milone  et 
les  Philippiques  de  Cicéron,  ouvrages  qu'il 
s'empressa  d'envoyer  à  son  ami  Pétrarque.  Ce- 
lui-ci essaya  eu  vain  d'obtenir  de  Lapo  qu'il  se 
consacrât  entièrement  à  la  littérature.  Après 
avoir  pris  ses  grades  en  droit  canon,  Lapo  fut 
chargé, en ,  1457  d'expHquer  les  Décrétales  à  l'u- 
niversité de  Florence.  Dans  les  années  suivan- 
tes il  fut  envoyé  par  la  république,  comme  am- 
bassadeur, successivement  auprès  des  papes  Ur- 
bain V  et  Grégoire  XI  ainsi  qu'auprès  des  cités 
de  Gênes,  Sienne  et  Lucques.  Il  eut  aussi  à 
remplir  plusieurs  fois  l'office  de  conseiller  et  de 
secrétaire  des  prieurs,  et  fut  nommé  à  différentes 
reprises  capitaine  des  guelfes ,  dont  il  sauve- 
garda souvent  le  parti  dans  de  grands  périls. 
Mais  le  21  juin  1378  les  gibelins  étant  parvenus 
à  s'emparer  complètement  du  pouvoir,  ils  brûlè- 
rent les  maisons  de  plusieurs  chefs  de  leurs  en- 


55i 


nemis,  et  entre  autres  celle  de  Lapo ,  qui  n'é- 
chappa qu'avec  peine  à  la  mort.  Relégué  pendant 
un  an  à  Barcelone,  il  se  rendit  en  1379  à  Pa- 
doue,  où  il  obtint  une  chaire  de  droit  canon, 
qu'il  abandonna  l'année  suivante  pour  accom- 
pagner à  Rome  Charles  de  Durazzo.  Il  agit  avec 
tant  d'habileté  auprès  de  la  cour  pontificale  en  fa- 
veur de  ce  prince,  qu'Urbain  VI  dit  publiquement 
que  c'était  à  Lapo  que  Charles  devait  la  couronne 
de  Naples.  En  récompense  de  ses  services,  Lapo 
fut  promu  à  l'office  de  conseiller  du  roi  de  Na- 
ples et  de  solliciteur  de  ce  prince  auprès  du 
pape,  qui  le  nomma  avocat  consistorial  et  sé- 
nateur de  Rome.  On  a  de  lui  :  Allegationes 
juris;  Lyon,  1537  et  1571;  Florence,  1568;  — 
De  Hospitalitate,  dans  le  t.  XIV  du  "Practatus 
Tractatuurn,  publié  par  Ziletti;  —  Decanonica 
portione  et  quarta  ,  dans  le  t.  XV  du  même 
ouvrage;  —  Eplstola,  publié  en  1753  par  l'abbé 
Melius,  avec  une  excellente  notice  sur  la  vie  de 
Lapo  ;  ce  dernier  a  encore  laissé  en  manuscrit  : 
Chroyiica  in  Dantem  ;  Orationes  in  legatio- 
nibus  habitœ  ;  Eplstola  apologetica  pro  Si- 
mone Lamberto,  nobili  Florentino,  qui  artem 
militarem  reliquerat,  ut  litterarum  studia 
sectaretur,et  des  traductions  latines  de  quelques 
Dialogues  de  Lucien,  des  Caractères  de  Théo- 
phraste,  de  deux  Discours  d'Isocrate,  du  récit 
de  la  mort  des  MacchabéeSjpav  Josèphe,  et  de 
plusieurs  autres  ouvrages  grecs.         E.   G. 

Tirabosch',  Storia  délia  Lett.  liai,  t.  V.  —  Fabricius , 
Bibl.  medin:  et  inflmœ  Latinitatis. 

*  LAPOiNTE  (Savinien  ),  poète  français,  né  à 
Sens  (Yonne),  en  1812.  Fils  d'un  cordonnier  que 
l'invasion  de  18 14  avait  chassé  vers  Paris,  il  prit 
le  métier  de  son  père.  Bientôt  il  sentit  en  lui  le 
germe  poétique ,  et,  nourri  de  la  lecture  de  quel- 
ques poètes,  et  entre  autres  de  Béranger,  il 
composa,  bien  jeune,  des  vers  remarquables  par 
la  vivacité  et  l'originalité  de  la  forme.  Ses  pre- 


miers essais  furent  accueillis  dansla  Revue  popu 
laire.  En  1830  il  combattit  dans  les  rangs  d 
peuple,  prit  part  aux  émeutes  qui  agitèrent  1 
gouvernement  de  Louis-Philippe,  et  en  1848  il  s 
lit  remarquer  parmi  les  démocrates  avancé? 
Il  a  publié  :  Une  Voix  d'en  bas,  poésies,  precé 
dées  d'une  préface  par  Eugène  Sue,  et  suivie 
de  lettres  adressés  à  Vauteur  par  Béranger 
Victor  Hugo,  Léon  Gozlan,  etc.-,  Paris,  184^ 
in-8o,  avec  18  grav.  et  portraits  ;  —  Les  Prc 
testations,  satires  (avec  M.  Ch.  Deslys)  ;  Pa 
ris,  1848,  in-8"  (  Extrait  du  journal  VOrgani 
sation  du  Travail)  ;  —  La  Baraque  à  Poli 
chinelle,  petites  scènes  de  la  vie  morale  t 
politique  {en  vers);  Paris,  1849,  in-8o;  —  J 
était  unejois,  chants  du  foyer;  Paris,  l85î 
in-32;  —  Contes  de  Savinien  Lapointe,  prc 
cédés  d\ine  lettre  adressée  à  l'auteur  pa 
P.-J.  de  Béranger;  Paris,  1856,  inl8  ;  —  Mt 
moires  de  Béranger  ;  souvenirs,  confidence! 
anecdotes,  lettres,  recueillis  et  mis  en  ordr 
par  Savinien  Lapointe ;Pàris,  1857,  grand  in-f 
avec  une  photographie.  M.  Lapointe  a  été  u 
des  rédacteurs  de  YAlmanach  républicain  c 
1850,  de  La  Ruche  populaire  et  de  la  Revv 
indépendante.  G.  de  F. 

Documents  partie.  —  Journal  de  la  Librairie. 
LAPOIX    DE    FRÉMINVILLE    (EdmC    DE 

jurisconsulte  français ,  né  â  Verdun  ,  en  Boui 
gogne,  en  1680,  mort  à  Lyon,  le  14  septembi 
1773.  Il  était  bailli  de  la  ville  et  marquisat  c 
La  Palisse,  et  composa  plusieurs  ouvragi 
estimés  sur  les  droits  seigneuriaux,  la  police  i 
les  communautés  d'habitants.  Les  principau 
sont  :  Pratique  nouvelle  sur  la  rénovatio 
des  terriers  et  des  droits  seigneuriaux;  Pari; 
1748;  et  1752,  5  vol.  in-4'';  —  Traité  génén 
du  gouvernement  des  biem  et  affaires  di 
communautés  d'habitants  des  villes,  bourg, 
villages  et  paroisses;  1759 ,  in-4°  ;  cet  ouvrag 
peut  être  regardé  comme  la  suite  du  précédent 

—  Traité  historique  de  l'origine  et  de  la  no 
ture  des  Dixmes  ;  Paris,  1752,  in-12  ;  —  Trdii 
de  la  Police;  Paris,  1758,  in-12;  —  Diction 
naire  dit  Traité  de  Police  générale  des  villes 
bourgs  et  seigneuries,  etc.;  Paris,  1758  et  1' 
in-4»  ;  —  Indication  générale  pour  régénère 
une  grande  terre  seigneuriale  ;  1760,  in-S" 

—  Les  vrais  Principes  des  Fiefs,  en  forme  a 
dictionnaire;  Paris,  1769,  2  vol.  in-4o. 

G.  DE  F. 

Quérard,  La  France  Littér.  —  Decum.  part. 

LAPONNERAYE  {Albert),  historien  frat 
çais,  né  à  Tours,  le  8  mai  1808,  mort  à  Mai 
seille,  dans  les  premiers  jours  de  septembi 
1849.  Seul  soutien  de  sa  mère  et  de  sa  sœui 
restées  sans  fortune,  il  ouvrit  d'abord  une  ini 
titution.  En  1848,  il  fonda  à  Marseille,  sous  i 
titre  de  La  Voix  du  peuple,  un  journal  destit 
à  soutenir  les  idées  démocratiques;  mais  ur 
mort  prématurée  arrêta  ses  travaux.  On  a  (i 
lui  :  Histoire  de  l'amiral  de  Coligny  ;  Pari: 


557 


1830,  m-80  ;  —  Cours  publics  d'Histoire- de 
France  depuis    1789  jusqu'en   1830;   Paris, 

1831-1834,^-8°;  —  Commentaire  sur  les  droits 
de r homme  ;  1832,  in-S";  —  Lettres  aux  prolé- 
taires; Paris,  1833,  in-8o;  —  Dictionnaire  his- 
torique des  Peuples  anciens  et  modernes,  leurs 
coutumes ,  leurs  lois,  leur  gouvernement,  les 
principaux  faits  de  leur  histoire,  etc.  ;  Paris, 

1835- 1836,  2  vol.  in-S";  — Biographie  des  Rois, 
des  empereurs  et  des  papes  ;  1837-1838,  2  toI. 
in-S»  ;  —  Catéchisme  républicain  ;  1836,  in-32  ; 
—  Histoire  de  la  Révolution  française  depuis 
1789  jtisqu'en  1840;  Paris,  1840,  3  vol.  gr.  in-8°, 
avec  25  grav.  —  Stéphanowa,  histoire  russe; 
Paris,  1840,  in-8°;  —  Histoire  des  rivalités  et 
des  luttes  de  la  France  et  de  l'Angleterre 
depuis  le  moyen-âge  jusqu'à  nos  jours  (avec 
M.  Hipp.  Lucas);  Paris,  1846-1847,  2  vol.  in-8o 
avec  pi.  ;  —  Histoire  de  la  Révolution  française 
depuis  17  fi9  jusqu'à  Louis- Phi  lippe,  par  Lapon- 
neraye;  suivie  de  la  Révolution  de  1848,  par  F. 
Barthez,  1852,  in-18.  Laponneraye  a  laissé  ina- 
chevée une  Histoire  universelle  depuis  les  pre- 
miers âges  du  monde,  qui  devait  avoir  20  vol. 
in-8''  :  il  n'en  a  paru  que  7  et  les  premières 
feuilles  du  tom.  VIII,  1845-1846.  Il  a  édité  les 
Œuvres  de  Maximilien  Robespierre,  1842, 
3  vol.  in-S".  G.  de  F. 

Docum.  part.  —  Journal  de  la  Librairie. 

LA  POPELiiviÈRE  (Henri  Laîncelot-Voisin 
de),  historien  français ,  mort  en  1608,  dans  un 
âge  avancé.  On  a  de  lui  une  Histoire  des 
Troubles  et  Guerres  civiles  en  France  pour  le 
fait  de  la  religion,  depuis  iàbà  jusqu'en  1581  ; 
La  Rochelle,  1581,  2  vol.  in-12.  Cet  ouvrage, 
après  suppression  de  ce  qui  y  est  défavorable 
au  catholicisme,  a  été  mis  à  profit  par  Jean  Le 
Frère  de  Laval  et  Paul  Piguerre.  Lancelot- Voisin 
a  traduit  de  l'italien  en  français  le  livre  des 
Ruses  de  guerre,  Paris,  1571,  in-8'',  et  celui 
des  Trois  Mondes  ,  Paris,  1582,  in-4°  et  in-8». 
11  a  laissé  en  manuscrit  un  Traité  du  premier 
Langage  usité  chez  les  François  ou  Gaulois, 
et  des  changements  d'icelui ,  etc.      G.  de  F. 

Nicépon,  Mém.,  t.  XX.XIX,  p.  380.  —  La  Crois  du  Maine, 
Biblioifi.  franc.  ' 

LA  POPELINIÈRE.   Voy.  Le  RlCHE. 

LA  PORTE  (  Raoul  de),  théologien  français, 
né  au  bourg  d'Allaines-en-Passais,  vers  la  fin  du 
quatorzième  siècle,  mortà  Paris,  en  1438.  Admis 
au  collège  de  Navarre  en  1406,  après  avoir  déjà 
dirigé  quelques  enfants  confiés  à  sa  tutelle,  il  se 
fit  bientôt  remarquer  parmi  les  savants  hôtes  de 
cette  illustre  maison.  11  y  professait  la  théologie 
en  1411.  Quelque  temps  après  il  en  fut  élu 
principal.  Raoul  de  La  Porte  n'était  pas  seule- 
ment un  des  habiles  théologiens  de  son  temps; 
on  le  compte  encore  au  nombre  des  plus  vail- 
lants champions  des  prérogatives  universitaires. 
Eu  1417,  désigné  par  l'université  comme  son 
orateur  dans  le  parlement ,  il  défend  les  droits 


LAPONNERAYE  —  LA  PORTE  558 

de  l'Église  et  conteste  ceux  du  roi  en  des  termes 
qui  le  font  incarcérer  au  Louvre.  On  le  félicite 
d'avoir  préservé  le  collège  de  Navarre  d'une 
ruiné  complète,  après  qu'il  eut  été  envahi  par 
les  Bourguignons ,  en  l'année  1418. 11  mourtit 
doyen  de  la  faculté  de  théologie.  C'était  un 
grand  ami  de  Nicolas  de  Clémenge ,  qui  lui  a 
écrit  plusieurs  lettres.  B.  H. 

Jean  de  Launoi,  Reg.  Navar,  Gymn.  Hist.  —  B.  Hau- 
réau,  Hist.  Litt.  du  Maine,  t.  I,  p.  174. 

LA  PORTE  (  L'abbé  Joseph  de  ),  critique  et 
littérateur  français,  né  à  Béfort,  en  1713,  mortà 
Paris,  le  19  décembre  1779.  11  quitta  l'ordre 
des  Jésuites,  où  il  s'était  engagé,  et  vint  à  Paris. 
Un  premier  ouvrage  de  critique  littéraire,  qu'il 
publia  sous  le  titre  de  Voyage  au  séjour  des 
ombres,  ayant  eu  quelque  succès,  il  commença 
en  1749  une  feuille  périodique,  intitulée  Obser- 
vations sur  la  Littérature,  dans  laquelle  il 
s'attachait  à  louer  tout  ce  que  Fréron  critiquait 
et  à  déchirer  tout  ce  que  celui-ci  exaltait.  11 
offrit  bientôt  sa  plume  à  Fréron  lui-même,  et 
eut  part  aux  quarante  premiers  volumes  de 
l'Année  Littéraire.  11  faisait  la  moitié  du  tra- 
vail ;  mais,  suivant  le  traité,  il  ne  recevait  que 
le  quart  de  son  produit*  Les  deux  journalistes 
s'étant  brouillés,  l'abbé  de  La  Porte  commença 
ime  nouvelle  publication  périodique,  en  forme 
de  lettres,  sous  le  titre  de  l'Observateur  Lit- 
téraire. Cet  ouvrage  réussit  peu,  malgré  l'ap- 
pui des  philosophes,  que  l'auteur  louait  parce 
que  son  antagoniste  les  censurait.  Mais  il  eut 
plus  de  succès  avec  sa  Revue  des  Feuilles 
de  Fréron,  dans  laquelle  il  donnait  d'un  côté  la 
liste  des  auteurs  que  Fréron  avait  loués,  de 
l'autre  celle  des  auteurs  qu'il  avait  déchirés , 
en  montrant  ainsi  que  les  premiers  étaient  les 
écrivains  les  plus  obscurs  et  les  auteurs  déni- 
grés les  chefs  de  la  littérature.  De  La  Porte 
ayant  abandonné  son  journal ,  créa  un  atelier 
de  compilations ,  et  y  déploya  une  merveilleuse 
activité,  qui  lui  valut  cette  épigramme  de 
Fréron  : 

Fréron  de  La  Porte  diffère  ; 
Voici  leur  devise  à  tous  deux  ; 
L'un  fait  bien,  mais  est  paresseux; 
L'autre  est  diligent  à  mai  faire. 

Parmi  les  compilations  de  l'abbé  de  La  Porte, 
la  plus  importante  et  la  plus  connue  est  son 
Voyageur  français ,  collection  où  les  aven- 
tures romanesques  sont  mêlées  aux  récits  his- 
toriques ,  et  qui,  écrite  en  général  avec  soin, 
plut  aux  gens  du  monde.  On  a  reproché  à  de 
La  Porte  d'avoir  poussé  ses  spéculations  lit- 
téraires jusqu'à  s'approprier  des  ouvrages  pu- 
bliés en  province;  du  moins  l'abbé  Chaudon 
l'en  accuse  dans  son  Dictionnaire  Historique. 
Chaudon  avait  fait  imprimer  à  Avignon,  en 
1772,  la  Bibliothèque  d'un  Homme  de  Goût  ; 
de  La  Porte  s'en  empara  pour  faire,  sous  le 
même  titre,  une  compilation  indigeste.  Il  paraît, 
du  reste,  que  ses  travaux  furent  lucratifs  ;  car 


559 


LA  PORTE 


560 


à  sa  mort  H  avail,  dit-on,  dix  mille  livres  de  rente. 
Les  titres  de  ses  principaux  ouvrages  sont  : 
Voyage  au  Séjour  des  Ombres;  Paris,  1749, 
in- 12  :  ce  livre  de  critique  a  été  réimprimé  sous 
le  titre  de  Voyage  dans  V Autre  Monde;  l"5i, 
2  vol.  in-12; —  Observations  sur  la  Littéra- 
ture moderne;  La  Haye  (Paris),  174i)  et 
suiv,,  9  vol.  in-12  ;  —  V Antiquaire,  comédie  en 
trois  actes  et  en  vers  ;  Londres,  1751,  in-8°  ;  — 
Observations  sur  l'Esprit  des  Lois,  ou  Vart  de 
lire  ce  livre,  de  V entendre  et  de  le  juger, 
2*  édit.,  Amsterdam,  1751,  in-8";  3«  édit.,  Lon- 
dres et  Paris,  1752,  in-12  ;  —  Les  Spectacles 
de  Paris ,  ou  calendrier  historique  et  chro- 
nologique de  tous  les  théâtres;  depuis  1751 
jusqu'en  1.778  inclusivement;  Paris,  28  vol. 
in-24  ;  —  Esprit  de  Vabbé  Desfontaines,  ou 
réflexions  sur  difjérents  genres  de  sciences 
et  de  littératures;  Londres  (Paris),  1757, 
4  vol.  in-12;  —  Tableau  de  l'Empire  Otto- 
man, Paris,  1757,  in-12;  et  de  nouveau  sous  le 
titre  :  Almanach  turc.  Tableau  de  l'Empire 
Ottoman,  1760,  in-12  :  cet  ouvrage  est  copié 
sur  celui  qui  a  pour  titre  :  La  Cour  ottomane, 
ou  l'interprète  de  La  Porte,  par  A.  D.  S.; 
Paris,  1673,  in-12;  —  L'Observateur  Litté- 
raire (ouvrage  mensuel);  Paris,  1759-1761, 
15  vol.  in-12; —  Almanach  chinois  ,  ou  coup- 
d'œil  sur  la  religion,  les  sciences,  les  arts,  le 
commerce  et  les  usages  de  l'empire  de  la  Chine; 
Paris,  1761,  in-24;  —  Esprit  de  Bourdaloue, 
tiré  de  ses  Sermons  et  de  ses  Pensées  ;  Paris, 

1762,  in-12  ;  —  Esprit,  Saillies  et  Singularités 
du  P.  Castel;  Paris,  1763,  in-12  ;  —  Esprit, 
Maximes  et  Pensées  de  J.- J.Rousseau;  Paris, 

1763,  in-12;  Amsterdam,  1766,  2  vol.  in-12; 
souvent  réimprimés;  —  École  de  Littérature, 
tirée  de  7ws  meilleurs  écrivains  ;  Paris,  1763, 
2  vol.  in-12  ;  1767,  avec  augmentation  ;  —  Esprit 
des  Monarques  philosophes  :  Marc-Aurèle  , 
Julien,  Stanislas,  Frédéric;  Paris,  1764, 
in-12;  —  Bibliothèque  des  Génies  et  des 
Fées;  Paris,  1765,, 2  vol.  in-12  ;  —  Les  Phi- 
losophes en  querelle,  entretiens  encyclopédi- 
ques pour  l'année  1765;  Leipzig  (Paris),  1765 , 
in-lfi,  sous  le  pseudonyme  de  Duplain;  —  Le 
Voyageur  français ,  ou  connaissance  de 
l'ancien  et  du  nouveau  monde;  Paris,  1765- 
1795,  42  vol.  in-12;  extrait  en  forme  de  lettres 
de  tous  les  voyages  connus;  cet  ouvrage  fut 
traduit  dans  presque  toutes  les  langues  de 
l'Europe.  De  La  Porte  n'est  auteur  que  des 
vingt-six  premiers  volumes  ;  Fontanelle  et  Aug. 
Domairon  en  ont  fait  la  suite;  —  Ressource 
contre  l'Ennui,  ou  Vart  de  briller  dans 
la  conversation  ;  Paris,  1766,  2  vol.  in-12; 
réimprimé  sous  le  Witt  Magasin  récréatif,  etc., 
1771,  2  vol.  in-12  ;  —  L'Esprit  de  l'Encyclo- 
pédie, ou  choix  des  articles  les  plus  curieux , 
les  plus  agréables  ,  les  plus  piquants ,  etc.  ; 
Paris,  1768 ,  5  vol.  in-12;  —  Recueil  de 
Contes  moraux;  176,.,   in-12j   —   Histoire 


littéraire  des  Femmes  françaises  (avec  La- 
croix de  Corapiègne)  ;  Paris,  1769,  5  vol.  in-8°  ; 
—  Anecdotes  dramatiqiies  (avec  Clément); 
Paris,  1775,  4  vol.  in-8°;  —  Dictionnaire 
dramatique;  Paris,  1776,  3  vol.  in-S"  ;  Cliam- 
fort  a  rédigé  la  partie  didactique  ;  —  Nouvelle 
Bibliothèque  d'un  homme  dégoût,  ou  Tableau 
de  la  Littérature  ancienne  et  moderne , 
étrangère  et  nationale,  dans  laquelle  on  ex- 
pose le  sujet  et  l'on  fait  connaître  l'esprit  de 
tous  les  livres  qui  ont  paru  dans  tous  les 
siècles,  etc.  ;  Paris,  1777,  4  vol.  in-12.  A.  A. 
Barbier  et  Desessarts  en  ont  commencé,  en  1808 
et  1809 ,  une  nouvelle  édition,  qui  n'a  pas  été 
terminée.  L'abbé  de  La  Porte  a  pris  à  divers 
ouvrages,  entre  autres  :  au  Recueil  A.  B.  C. 
D.,  etc.  ;  1745-1762,  24  vol.  in-12;  à  l'Année 
Littéraire,  du  1"'  au  50*  vol.;  au  Choix 
des  Mercures  et  anciens  journaux,  depuis 
le  60°  vol.  jusqu'à  la  fln;  au  Mercure  de 
France,  depuis  1760  jusqu'en  1776;  aux  quatre 
premiers  volumes  de  La  France  Littéraire  de 
1769,  dont  il  a  fait  seul  le  Supplément.  Comme 
éditeur,  il  a  publié  :  les  Pensées  de  Massil- 
lon  ;  1748,  in-12;  —les  Poésies  de  l'abbé 
de  Latteignant ;  1757,  4  vol.  in-12;  —  les 
Œuvres  de  J.-J.  Rousseau;  1764-1779,  10  vol. 
jn-12;  —  les  Œuvres  de  Legrand;  1770, 
in-12;  —  les  Œuvres  de  Regnard ;  1770, 
4  vol.  in-12  ;  —  le  Théâtre  de  Diderot  ;  il72, 
2  vol.  in-12;  —  le  Théâtre  de  Crébillon  ; 
1772;  —  les  Œuvres  de  Sainte-Foix  ;  1778, 
6  vol.  in-12;  —  les  Œuvres  de  Pope;  1779, 
8  vol.  in-12.  G.  de  F. 

Desessarts,  Siècles  Littér.  de  la  France.  —  Chaudon 
et  Delandine,  Dict.  Universel . 

LA  PORTE  DUTHEiL  {François- Jean- Ga- 
briel), helléniste  français,  né  à  Paris,  le  13  juil- 
let 1742,  mort  le  28  mai  1815.  Fils  d'un  habile 
diplomate  qui  avait  représenté  la  France  au 
congrès  d'Aix-la-Chapelle  et  négocié  le  traité 
qui  céda  la  Lorraine  à  la  France,  il  entra  à  l'âge 
de  quatorze  ans  dans  la  maison  militaire  du  roi. 
Il  passa  ensuite  dans  le  régiment  des  gardes 
françaises,  et  fit  les  dernières  campagnes  de  la 
guerre  <le  Sept  Ans,  Mais  jusque  dans  les  camps 
il  continua  d'étudier  les  lettres  anciennes,  et 
plus  d'une  fois  il  se  délassa  d'une  longue  marche 
ou  d'un  combat  par  la  lecture  d'Homère.  La 
paix  lui  permit  de  se  consacrer  tout  entier  aux 
lettres ,  et  l'Académie  des  Inscriptions  l'admit 
dans  son  sein  en  1770,  bien  qu'il  n'eût  encore 
rien  publié.  Il  justifia  le  choix  de  l'Académie 
par  ses  traductions  de  Y  Or  este  d'Eschyle  et  des 
Hymnes  de  Callimaque,  travaux  plus  distingués 
par  l'érudition  que  par  le  talent  d'écrire.  «  On  y 
icmarqua  avec  plaisir,  dit Dacier, le  savoir  et  le 
goût  d'un  homme  qui  connaissait  les  nuances 
les  plus  délicates  et  les  plus  légères  de  la  langue 
des  Grecs  et  toutes  les  ressources  de  la  sienne, 
et  avec  regret  les  traces  trop  fortement  mar- 
quées des  efforts  d'un  écrivain  qui,  cherchant  à 


561  LA  PORTE 

I  s'élever  à  une  perfection  qu'il  est  presque  im- 
!  possible  d'atteindre,  affaiblit  ou  décolore  trop 
i  souvent,  à  force  de  travail,  la  pensée  et  l'expres- 
I  sion  de  l'auteur  original:  »  Il  partit  en  177G  pour 
l'Italie  avec  une  mission  littéraire  du  gouverne- 
ment, et  trouva  dans  le  cardinal  de  Bernis,  mi- 
nistre de  France  auprès  de  la  cour  de  Rome , 
un  protecteur  généreux  et  éclairé.  Grâce  au  cré- 
dit du  cardinal,  il  put  rechercher  dans  les  diffé- 
rentes bibliothèques  et  particulièrement  dans  les 
I archives  du  Vatican,  dont  l'accès  avait  été  jus- 
que là  sévèrement  interdit,  tout  ce  que  ces  riches 
dépôts  pouvaient  contenir  de  pièces  et  de  docu- 
ments authentiques ,  inédits  ou  incomplètement 
connus ,  concernant  l'histoire  ecclésiastique  et 
civile  de  la  France.  Le  résultat  de  ses  longues 
investigations  fut  une  collection  de  près  de  dix- 
huit  mille  pièces,  presque  toutes  propres  à  éclai- 
rer l'histoire  générale  de  l'Europe  dans  les  trei- 
zième et  quatorzième  siècles.  De  retour  à  Paris 
en  1786,  La  Porte  du  Theil  fut  chargé  avec  Bré- 
quigny  de  publier  la  collection  des  chartes,  actes 
et  diplômes  relatifs  à  l'histoire  de  France;  et  il 
résolut  d'y  insérer  de  nombreuses  lettres  histo- 
riques des  papes  extraites  des  archives  du  Va- 
tican ou  découvertes  dans  d'autres  dépôts.  Trois 
volumes  de  ce  recueil  parurent  en  1791.  Le 
premier  était  commun  aux  deux  académiciens  ; 
le  deuxième  et  le  troisième  étaient  de  La  Porte 
du  Theil  seul,  et  contenaient  les  lettres  inédites 
d'innocent  III.  Cette  publication,  si  intéressante 
pour  l'histoire  de  France,  fut  interrompue  par  la 
révolution  ;  mais  les  matériaux  rassemblés  par 
La  Porte  du  Theil  ne  furent  pas  perdus,  et  ils 
sont  aujourd'hui  déposés  à  la  Bibliothèque  im- 
périale. Forcé  par  les  événements  de  renoncer 
à  ses  travaux  sur  le  moyen  âge ,  La  Porte  du 
Theil  revint  à  l'antiquité.  Il  avait  publié  de  con- 
cert avec  Rochefort  une  nouvt^ie  édition  du 
Théâtre  grec  par  le  P.  Brumoy,  et  il  y  avait  in- 
séré une  traduction  complète  d'Eschyle,  accom- 
pagnée de  notes  courtes  et  substantielles.  L'au- 
teur jugeant  ce  travail  très-imparfait  le  refit  en 
grande  partie.  Il  voulait  y  joindre  un  commen- 
taire étendu;  il  avait  déjà  fait  imprimer  un  vo- 
lume d'observations;  mais  un  certain  dégoût  des 
travaux  d'érudition  et  une  grande  défiance  de 
lui-même  le  décidèrent  à  abandonner  cette 
jœuvre.  11  renonça  aussi  à  un  commentaire  sur 
IAth(inée  et  à  une  traduction  des  Fragments 
de  Ménandre,  à  laquelle  il  attachait  d'autant 
jplus  de  prix  quil  se  flattait  d'avoir  reconstruit 
ipresque  entièrement  une  des  comédies  perdues 
fie  Ménandre.  C'était  sans  doute  une  Hlusion. 
Cependant  on  doit  regretter  que  sa  traduction 
n'ait  pas  été  publiée.  Il  s'était  aussi  occupé  d'une 
traduction  du  Satyricon  de  Pétrone  ;  elle  de- 
vait former  deux  volumes,  et  était  déjà  im- 
Iprimée  en  partie,  lorsque  Sainte-Croix  repré- 
;senta  à  La  Porte  du  Theil  qu'elle  pouvait  être 
jpréjudiciable  aux  mœurs.  Le  traducteur  se  ren- 
dit à  cette  observation,  et  brûla  son  manuscrit 


562 
avec  tous  les  exemplaires  de  l'édition  (1).  Peu  de 
temps  après,  il  fut  chargé  par  le  gouvernement 
de  traduire  en  français  avec  Gossellin  et  Coiaï 
la  Géographie  Ae,  Strabon,  et  d'y  joindre  tous  les 
éclaircissements  nécessaires  pour  en  faciliter 
l'intelligence.  La  Porte  du  Theil  se  dévoua  avec 
beaucoup  de  zèle  à  cette  tâche,  qu'il  n'eut  pas 
le  temps  d'acheTer.  A  l'époque  de  sa  mort,  des 
dix-sept  livres  dont  se  compose  l'ouvrage  de 
Strabon,  neuf  seulement  avaient  paru.  «  Mais 
ils  suffiraient  seuls,  dit  Dacier,  pour  acquérir 
aux  trois  savants  traducteurs  des  droits  cer- 
tains à  l'estime  des  hommes  éclairés  de  tous  les 
pays  ;  et  on  peut  avancer  sans  crainte  que  leur 
traduction,  devenue  classique  avant  d'être  ter- 
minée, et  même  dès  sa  naissance,  est  un  des  plus 
beaux  et  des  plus  utiles  monuments  de  l'érudition 
française  au  commencement  du  dix-neuvième 
siècle.  »  On  a  de  La  Porte  du  TheH  :  Oreste,  ou 
les  Choépharts,  tragédie  d'Eschyle,  trad. 
nouvelle  avec  des  notes;  Paris,  1770,  in-8®; 

—  Hymnes  de  Callimaque,  nouvelle  édition 
avec  une  version  française  et  des  notes  ; 
177 b,  in-8";  —  Les  Amours  de  Léandre  et  de 
Héro,  par  Musée,  traduits  du  grec  en  fran- 
çais; 1784,  in-12; —  Théâtre  d'Eschyle,  tra- 
duit du  grec  en  français;  1794,  2  vol.;  — 
Géographie  de  Strabon,  traduite  du  grec  en 
français  ;  1805-1815,  3  vol.  in-4".  La  Porte  du 
Theil  a  inséré  des  mémoires  dans  divers  re- 
cueils. Les  principaux  sont  :  Recherches  sur 
les  Fêtes  Carnéennes,  dans  les  Mémoires  de 
r Académie  des  Inscriptions,  t.  XXXIX;  — 
Recherches  sur  les  Thesmophories  ;  ibid.,  id.  ; 

—  Recherches  sur  les  différentes  fêtes  insti- 
tuées chez  les  Grecs,  en  V honneur  de  Pallas  ; 
ibid.,  id.  ;  —  Exposé  des  Recherches  litté- 
raires relatives  à  l'histoire  de  France,  faites 
à  Rome,  depuis  le  7nois  d'octobre  1776  jus- 
qu'au mois  d'août  1783;  ibid.,  t.  XLVI;  — 
des  notices  et  extraits  ;  dans  les  Notices  et  Ex- 
traits des  Manuscrits  de  la  Bibliothèque  du 
Roi,  t.  I-IX;  —  Mémoire  sur  les  relations 
qui  existaient  au  douzième  siècle  entre  le 
Danemarli  et  la  France;  dans  les  Mémoires  de 
l'Institut,  section  des  Sciences  morales  et  po- 
litiques, t.  IV  ;  — Sur  l'état  de  l'Église  de  Mes- 
sine dans  la  hiérarchie  catholique  jitsqu'au 
treizième  siècle  ;  ibid.,  id.  La  Porte  du  Theil  a 
pablié  comme  éditeur,  en  société  avec  Bréqui- 
gny  :  Diplomata,  Chartx,  EpistoLv  etalia  do- 
cumenta ad  res  Franciscas  spectantia  ;  Paris, 
1781,  3  vol.  in-fol.;  —  et  seul  :  Liber  igniumad 


(1)  Quelques  exemplaires  sur  papier  vélin  échappèrent 
seuls  à  la  destruction.  Un  de  ces  exemplaires  fai.'tait 
partie  de  la  bibliothèque  de  M.  lioissonadc.  (  J^oy.  liru- 
net.  Manuel  du  Libraire,  t.  111,  p.  712,  édition  de  1843, 
et  le  Catalogue  de  la  Bibliothèque  Hoissonade,  Paris, 
1859).  Cette  édition  a  pour  titre  :  Titi  Vctronii  Jrbitri 
Satyricon,  quotqiiot  hodic  siipersunt  fraymenta,  ad 
duorum  optintae  nota;  mamiscriptorum  coilicvm  nec 
non  ipaitismet  Tragntitmi  libri  ftdem,  recensita;  Pa- 
ris, Baudoin,  1196-1800,  gr.  ln-8»,  de  320  p. 


563 


LAPORTE  —  LAPPENBERG 


564 


comburendos  hostes  ,  auctore  Marco  Greeco  ; 
Paris,  1804,  in-4'' {  broch.  introuvable).    N. 

Sllvestre  de  Sacy,  Notice  sur  la  P'ie  et  les  Ouvrages  de 
M.  de  La  Porte  du  Theil  ;  Paris,  1816,  in-S".  —  Dacicr, 
Éloge  de  La  Porte  du  Theil,  dans  les  Mémoires  de  CA- 
cad.  des  Inscriptions,  nouvelle  série,  t.  V. 

LAPORTE  (  Hïppolyte,  marquis  de),  littéra- 
teur français ,  né  à  Paris,  en  1770,  mort  en  jan- 
vier 1852.  FHs  du  dernier  intendant  de  la  pro- 
vince de  Lorraine,  il  tut  élevé  au  collège  de  Juilly, 
émigra  en  Italie  au  commencement  de  1792, 
et  y  resta  jusqu'en  1797.  Rentré  en  France  à 
l'époque  du  18  fructidor,  il  ne  put  parvenir  à 
se  faire  rayer  de  la  liste  des  émigrés,  et  dut  se 
retirer  à  Hambourg.  Revenu  après  le  18  bru- 
maire, il  s'adonna  entièrement  à  la  culture  des 
lettres.  On  a  de  lui  quelques  traductions  ou  imi- 
tations de  nouvelles  allemandes  d'Auguste  de  La 
Fontaine  et  d'un  petit  roman  anglais  imprimées 
dans  la  Nouvelle  Bibliothèque  des  Romans  de 
1803  à  1805;  —  La  Forêt  de  Hohenelbe,  ro- 
man traduit  de  l'anglais;  Paris,  1807,  5  vol. 
in-12  ;  —  Notice  nécrologique  sur  M.  le  baron 
d'Autigmj;  Paris,  1822,  in-8";  —  Chronologies 
historiques  de  la  Suisse ,  des  7'ois  de  Sar- 
daigne,  des  républiqiies  de  Gênes  et  de  Venise, 
des  États  de  Milan,  Manioue,  Parme,  Plai- 
sance et  Modène;  dans  la  3*"  partie  de  VArt  de 
vérifier  les  dates  publiée  par  de  Courcelles  et 
le  marquis  deFortia  ;  —  Notices  sur  M'ne  Geof- 
frin ,  Sur  le  duc  de  Vendôme ,  Sur  Villavi- 
ciosa;  dans  le  Plutarque  français  ;  —  Notice 
sur  Rivarol;  in-8";  —  Notice  sur  quelques 
Femmes  delà  société  du  dix-huitième  siècle  : 
M"'"^  de  Montrond ,  Thiroux  d'Arconville  et  de 
LaTour-Franqueville;in-8°;  — Notice  sur  l'Ar- 
cade Saint-Jean  faisant  partie  de  l'hôtel  de 
ville  de  Paris  ;  dans  les  Souvenirs  du  vieux 
Paris; —  Jvelina;  Paris,  1830,  3  vol.  in-12; 
—  Apparitions  historiques  ;V&Th,  1832,  1834, 
in-8°;  —  Souvenirs  d'un  Émigré,  de  1797  à 
1800;  Paris,  1.843,  in-S";—  Notice  sur  le  der- 
nier des  maréchaux  de  Brissac;  Paris,  1851, 
ia-8°.  Laporte  a  donné  un  grand  nombre  de  no- 
tices à  la  Biographie  des  Hommes  vivants,  et 
on  doit  à  ses  soins  la  publication  de  deux  ou 
trois  opuscules  des  Mélanges  de  la  Société  des 
Bibliophiles.  L.  L— t. 

Biog.  des  Hommes  vivants.  —  Qnérard,  La  France 
Littéraire.  —  Bourquelot  et  Maury,  La  Littér.  Franc, 
contemp. 

LA  PORTENEILLE.   Voy.  GAILLARD. 

LA  POYPK  DE  VERTRiEU  (  Jean-Claudô 
de),  prélat  français,  né  en  1655,  mort  le  3  fé- 
vrier 1732,  aux  environs  de  Poitiers.  Issu  d'une 
ancienne  famille  du  Poitou ,  il  était  vicaire  de 
M.  de  Saint-Georges,  archevêque  de  Lyon,  lors- 
qu'il fut  nommé,  en  1702,  au  siège  épiscopal  de 
Béziers  ;  il  le  refusa,  et  devint  la  même  année 
évêque  de  Poitiers.  En  1716,  i-1  fut  du  nombre 
des  prélats  qui  signèrent  la  lettre  écrite  au  ré- 
gent pour  l'engager  à  demander  au  pape  des 
explications  sur  la  bulle  Unigenitus.  11  est  en 


partie  l'auteur  d'un  ouvrage  estimé,  qui  parut 
sousce titre:  Compendiosx  InstitutionesTheo- 
logicae;  Poitiers,  1708,  2  vol.  in-8°  ;  les  ques- 
tions y  sont  traitées  avec  beaucoup  de  précision, 
et  il  règne  dans  la  distribution  des  matières  une 
grande  méthode.  K. 

Dreux  du  Radier,  Hist.  Litt.  du  Poitou.  —  Journaldes' 
Savants  (  Suppl.  ),  janv.  1709. 

l  LâPPE  {Charles  ),  poète  allemand,  né  le 
24  avril  1774,  à  Winterhausen  près  Wolgast. 
Élève  de  Kosegarten,  et  plus  tard  précepteur  des 
enfants  de  ce  poète,  il  occupa,  depuis  1801  jus- 
qu'en 1817,  une  place  de  professeur  au  collège 
de  Stralsund.  Les  poésies  de  Lappe  sont  po- 
pulaires en  Allemagne.  Elles  ont  pour  titres: 
Blaetter  (Feuilles);  Stralsund,  1824;  Berlin, 
1829;  —  Friedhofskraenze  (Couronnes  mor- 
tuaires); Stralsund,  1831; Kein's  und 

Guliiver''s  ivunderbare  Reisen  (Les  Voyages 
miraculeux  de  Klein  etde  Gulliver  );ibid.,  1832; 
—  Die  Insel  Felsenburg  (L'ilede  Felsenbourg), 
une  robinsonade  ;  Nuremberg,  2"^  édit.,  1834;- 
Bluethen  des  Allers  (Poésies  d'un  Vieillard); 
Stralsund,  1841.  Ses  œuvres  complètes  ont  été 
publiées  deux  fois  :  Saemmtliche  poetische 
TFerAe ;Rostock,  1836,  1841,  5  vol.     R.  L. 

Conv.-Lex. 

LAPPEN  van  WAVEREN  (  GisbertVAîi  der), 
en  latin  Lappius  a  Waveren,  grammairien  hol- 
landais, né  à  Wesep,  près  Amsterdam,  en  1511, 
mort  à  Utrecht,  le  4  janvier  1574.  Il  fit  ses  études 
àNaerden,  sous  Lambert  Hortensius,  et  enseigna 
quelque  temps  la  grammaire  à  Ziriczée  (Zélande). 
11  suivit  à  Louvain  les  cours  de  médecine  de 
Reyner  Gemma,  et  se  fit  recevoir  docteur  en 
cette  science  à  Bologne,  le  10  octobre  1545.  De' 
retour  en  Hollande ,  il  exerça  sa  profession  d!a- 
bord  à  Kempen  (Over-Yssel) ,  puis  à  Utrecht,  où 
il  mourut.  On  a  de  lui  :  Institutiones  Gram- 
maticas;  Anvers,  1539,  in-12  ;  —  une  Élégie  en 
tête  du  commentaire  de  Hortensius  sur  Y  Enéide, 
1559,  et  quelques  autres  poésies  latines. 

LAPPEX  van  WAVEREN  (  Glsbert  van  der  ), 
historien  hollandais ,  petit-fils  du  précédent ,  né 
à  Utrecht,  vers  1595,  mort  dans  la  même  ville, 
vers  1650.  Il  fit  ses  études  à  Louvain  et  à  Douai, 
et  prit  à  Paris  le  grade  de  docteur  en  droit. 
Il  se  fixa  ensuite  dans  sa  ville  natale,  où  il  passa 
sa  vie  à  rassembler  les  antiquités  historiques  de 
sa  patrie.  On  a  de  lui  :  Corpus  Historiss  T)'a- 
jectinx;  Utrecht,  1643,  in-fol.  C'est  un  résumé 
complet  et  précis  de  tous  les  ouvragés  publiés 
avant  lui  sur  l'évêché  d'Utrecht;  —  Observa- 
tiones  de  morte  Alberti  Pighii ;  insévées  dans 
YHypodigma  de  Barthold  Nihusius;  1648;  — 
Epistola  Johanni-Isaacio  Pontano  ;  dans  les 
Syll.  Epistolarum  de  A.  Mattlieus.  Van  Lappen 
a  beaucoup  aidé  Valère  André  dans  la  rédaction 
de  sa  Bibiiotheca  Belgica.         L — z — e. 

Biirniann,  Traieclum  eruditum,  p.  172,  173.  —  Valère 
André,  Bibiiotheca  Belgica ,  p.  290.  —  Paquot ,  Tl/em, 
■pour  servir  à  l'hist.  litt.  des  Pays-Bas;  t.  I,  p.  177-181. 

l  LAPPEN bErg    (  Jean-Martin  ) ,  historien 


565 


LAPPENBERG  —  LÂPRÀDE 


566 


allemand,  ne  à  Hambourg,  le  30  juillet  1794.  Il 
étudia  d'abord  la  médecine  et  la  jurisprudence , 
et  séjourna  quelque  tempa  en  France  et  en  An- 
gleterre. De  retour  à  Hambourg  en  1823,  il  fut 
nommé  archiviste  du  sénat  de  cette  ville;  En 
1850  il  représentait  Hambourg  à  te  diète  de 
Francfort.  On  lui  doit  un  grand  nombre  de 
travaux  historiques,  estimés  pour  leur  exac- 
titude. En  voici  les  principaux  :  Geschichie  von 
Englaiid  (Hi&loke  d'Angleterre);  Hambourg, 
1834-1837,  2  vol.  Le  premier  volume  de  ce  tra- 
A^ail  a  été  traduit  en  anglais  par  Thorpe  ;  Lon- 
dres, ;1845;  —  Vrkundliche  Geschichte  des 
Ursprungs  der  deutschen  Hansa  (  Histoire 
authentique  de  l'origine  delà  Confédération  Han- 
séatique  de  l'Allemagne);  Hambourg,  1830, 
2  vol.  ;  —  Ueher  den  ehemaligen  Umfang  und 
die  Geschichte  Helgolands  (  De  l'ancienne 
grandeur  et  histoire  de  l'île  de  Helgoland  )  ;  ibid., 
1831;  — Hamburgisches  Urkimdenbuch  {Re- 
cueils  des  documents  relatifs  à  l'histeire  de  la 
ville  de  Hambourg  )  ;  Hambourg,  1842,  1*"^  vol.  ; 

—  Zeitschrift  des  Vereins  fuer  Hamburger 
Geschichte  (  Journal  de  la  Société  historique 
de  Halnbourg);  Hambourg,  1841-1851,  3  vol.; 

—  Hamburger  Rechtsalterthuemer  (  Docu- 
ments anciens  de  droit  Hambourgeois  )  ;  Ham- 
bourg, 1845;  —  Geschichte  der  Buchdruc- 
kerkunst  in  Hamburg  (  Histoire  de  l'Impri- 
merie à  Hambourg  );  Hambourg,  1840;  — 
Hamburger  Chroniken  (  Chroniques  Hambour- 
geoises);  ibid.,  1852;  —  Quellen  ziir  Ges- 
chichie des  Érzbisthums  und  der  Stadt 
Bremen  (  Sources  pour  servir  à  l'histoire  de 
l'archevêché  et  de  la  ville  de  Brème  )  ;  Brème , 
1841;  —  Reliquien  des  Fraeulein  C.  S.  von 
Klettenberg  (  Reliques  de  la  noble  demoi- 
selle C.  S.  de  Klettenberg);  Hambourg,  1849. 
M.  Lappenberg  a  édité  :  Gesta  Hamburgensis 
Ecclesise  d'Adam  et  les  Œuvres  de  Thietmar 
de  Mersebourg,  deux  travaux  qui  font  partie 
de  la  magnifique  collection  des  Monumenta 
Germ.  de  Pcrtz.  R.  L. 

Cona.-],ex, 

•LAPPOLi  (Malteo),  peintre  de  l'école  llo- 
rentine,  né  à  Arezzo,  vers  1450,  mort  en  1504. 
Issu  d'une  famille  riche  et  noble ,  il  n'en  suivit 
pas  moins  la  vocation  qui  l'entraînait  vers  la 
peinture,  et  il  ne  dédaigna  pas  même  d'aider 
dans  ses  travaux  son  maître  Bartolommeo  délia 
Gatta.  On  trouve  dans  ses  ouvrages  un  faire 
soigné,  des  pensées  morales  et  une  composition 
bien  entendue.  Il  a  laissé  à  Arezzo  un  grand 
nombre  de  tableaux,  parmi  lesquels  on  remarque 
un  Saint  Bernard  et  un  Saint  Sébastien.  Il  a 
peint  la  miniature  avec  un  égal  succès.  E.  B — n. 

Vasiiri ,  f^ite.  —  Orlandi ,  Abbecedario.  —  Lanzi , 
Storia  Pittorica.  —  Ticozzi ,  Dizionario.  —  O.  Brizzi, 
Guida  di  Arezio.  —  Siret,  Dict.  hist.  des  Peintres. 

LAPPOLi  {Giovanni- Antonio),  peintre  de 
l'école  florentine,  fils  du  précédent, né  à  Arezzo, 
en  1492,  mort  en  1552.  Ayant  perdu  de  bonne 


heure  son  père,  il  reçut  les  premières  notions  de 
son  art  de  Domenico  Pecori  ;  mais  bientôt  il  le 
quitta  pour  entrer  dans  l'atelier  du  Pontormo. 
S'étant  lié  d'amitié  avec  le  Rosso  et  Pierino  de! 
Vaga,  il  devint  leur  imitateur,  et  travailla  avec 
eux  tant  à  Florence  qu'à  Rome.  Il  a  laissé  peu 
de  grandes  toiles  religieuses  ou  historiques, 
mais  en  revanche  un  grand  nombre  de  tableaux 
de  chevalet,  qui  ne  manquent  pas  de  mérite, 
mais  qui  accusent  dans  leur  auteur  l'absence 
d'étude  sérieuse  du  dessin.  Lappoli  se  trouvait 
à  Rome  en  1527,  lors  du  sac  de  cette  ville  par 
les  bandes  du  connétable  de  Bourbon;  il  per- 
dit dans  cette  catastrophe  tout  ce  qu'il  possédait, 
et  fut  fait  prisonnier  par  les  Espagnols.  Étant 
parvenu  à  leur  échapper,  il  revint  finir  ses  jours 
dans  sa  patrie.  E.  B  -n. 

Vasari ,  Fite.  —'Orlandi,  Abbecedario.  —  Lanzi,  Storia 
Pittorica.  —  Ticozzi,  Dietionario. 

*  LAPKADE  {Pierre-Marin-Victor-Richard 
PE  ),  poëte  français,  né  à  Montbrison,  le  13  jan- 
vier I8I2.  H  fit  ses  études  à  Lyon,  et  débuta  en 
1 839  par  un  petit  poëme  dont  les  vers  harmonieux 
et  mélancoliques  annonçaient  un  nouveau  disciple 
de  M.  de  Lanaartine.  Il  mit  ensuite  des  scènes 
de  l'Évangile  en  vers  et  écrivit  une  légende  spi- 
ritualiste.  En  1845,  le  comte  de  Salvandy  lui 
donna  une  mission  en  Italie ,  pour  faire  des  re- 
cherches dans  les  bibHothèques  de  celte  contrée. 
Décoré  à  son  retour,  il  fut  nommé  en  1847  à  la 
chaire  de  littérature  française  de  la  faculté  des 
lettres  de  Lyon,  place  qu'il  occupe  encore.  En 
1856,  l'Académie  Française  désigna  M.  de  La- 
prade  pour  le  grand  prix  impérial  à  décerner 
par  l'Institut.  L'Institut  préféra  couronner  les  re- 
cherches de  M.  Fizeau  sur  la  vitesse  de  la  lu- 
mière; mais  l'Académie  Française  dédommagea 
M.  de  Laprade  en  lui  accordant  un  prix  Mon- 
tyon.  «  L'enthousiasme  du  beau ,  disait  M.  Vil- 
lemain  dans  son  rapport,  ne  peut-il  pas  donner 
l'inspiration  comme  la  charité  donne  l'héroïsme  ? 
Ainsi  nous  ont  frappé  les  Symphonies  de  M.  de 
Laprade,  œuvre  de  méditation  et  de  candeur, 
mélange  d'inductions  métaphysiques ,  de  senti- 
ments austères  avec  tendresse,  et  de  vives  émo- 
tions empruntées  au  spectacle  de  la  nature ,  et 
rapprochées  toujours  des  grandes  vérités  ins- 
crites au  cœur  de  l'homme  comme  sur  la  voûte 
des  cieux.  Ah  !  sans  Joute,  cet  ouvrage  ne  pou- 
vait utilement  concourir  avec  tel  ou  tel  produit 
de  l'intelligence  appliquée,  tel  ou  tel  résultat  de 
l'observation  scientifique.  Il  n'y  avait  point  là 
de  mesure  commune.  Au  calcul  qui  vérifie  par 
un  procédé  nouveau  la  vitesse  de  la  lumière 
sur  la  zone  terrestre,  on  ne  saurait  comparer  le 
libre  et  pur  essor  de  l'âme  vers  le  créateur  de 
la  lumièi'e  et  des  mondes.  A  telle  expérience 
sur  la  matière  éthérée  on  ne  saurait  opposer 
cette  aspiration  d'amour  qui  donne  des  ailes  à  la 
pensée,  selon  la  parole  de  Platon.  Mais  qu'en 
dehors  du  cadre  factice  d'un  parallèle  impos- 
sible, on  lise  ces  poésies  variées  de  sujet  et  de 


567  LAPRADE  — 

forme  sous  une  seule  passion,  l'amour  de  l'idéal 
dans  l'^homme,  de  l'ineffable  dans  Dieu,  on  se 
sentira  comme  touché  d'un  souffle  bienfaisant, 
on  aimera  cette  pureté  d'âme  parée  d'imagina- 
tion autant  que  d'innocence  ;  on  la  goûtera  comme 
la  plus  poétique  des  vérités  et  la  plus  vraie  des 
poésie»,  une  poésie  presque  au  delà  des  paroles, 
indépendante  de  quelques  fautes  et  de  quelques 
négligences,  et  conforme  au  cœur  de  l'homme 
parce  qu'elle  en  vient.  »  En  1857,  M.  de  La- 
prade  éciioua  d'une  voix  contre  M.  Emile  Augier 
pour  un  fauteuil  à  l'Académie  Française,  Le  1 1  fé- 
vrier 1858,  il  fut  élu  pour  succéder  à  Alfred  de 
Musset.  On  a  de  M.  de  Laprade  :  Les  Parfums  de 
Magdeleine,  poëme;  Lyon,  1839,  in-8°  :  im- 
primé d'abord  dans  la  Revue  du  Lyonnais; 

—  La  Colère  de  Jésus ,  poëme;  Lyon,  1840, 
in-8°;  —  Des  Habitudes  intellectuelles  de  l'a- 
vocat; Lyon,  1840,  in-S";  —  PsycM ,  poëme; 
Paris,  1841,  in-18;  1857,  in-18;  —  Odes  et 
Poënies ;  Paris ,  1844,  in-18;  —  Le  Génie  lit- 
téraire de  la  France,  discours  prononcé  à 
l'ouverture  du  cours  de  littérature  française  à  la 
faculté  des  lettres  de  Lyon,  en  1847;  Lyon,  1848, 
in-8°;  —  L'Age  noïiveau;  Lyon,   1847,  in-8°; 

—  Du  Sentiment  de  la  Nature  dans  la  poésie 
d'Homère;  Paris,  1348,  in-8";  —  Poèmes 
évangéliques ;  Paris,  1852,  in-ls;  —  Les  Sym- 
phonies ;  Paris,  1856,  in-18;  — Notice  sur 
Alexandre  Dufieiix,  poète;  Lyon,  1858,  in-8"; 

—  Idylles  héroïqties;  Paris,  1858,  in-18;  — 
différentes  pièces  de  vers  dans  la  Revue  Apté- 
sienne,  dans  la  France  littéraire  et  dans  la 
Revue  du  Lyonnais.  On  trouve  de  lui  :  dans 
la  Revue  des  Deux-Mondes  :  Eleusis  (  1'"  juil- 
let 1841  );  Le  Précurseur  (  1""  avril  1847  ); 
Le  Bûcheron  (15  juin  1847  );  La  Tentation 
(  1*''  mars  1848);  dans  la  Revue  de  Paris  : 
Au  pied  des  Alpes;  —  dans  la  Revue  indé- 
pendante :  De  la  Question;  La  Coupe;  Le 
Baptême  de  la  Cloche.  II  est  enfin  l'auteur  Du 
Principe  moral  de  la  République;  et  de  Bal- 
lanche  ,  5a  vie  et  ses  écrits.  L.  L — t. 

Dourquclot   et  Maury  ,  La   lAttér.   Franc,  eontemp. 

—  G.  l'ianclie,  Bévue  des  Deux-Mondes  ;  1856.  —  Vil- 
lemain,  Rapport  sur  les  Prix  décernés  par  V  Âcaa. 
/ra«f.  c)i  1856.  —  Ciivilier  Kleury,  dans  le  Journal  des 
Débâts  du  I9  dcc.  185J.  —  A.  de  Poiitniartin,  A'ouv. 
Causeries  du  samedi,  p.  264.  —  Vapereau,  ûict.  tiniv. 
des  Contemp. 

LA  PRiMAUDAYE  {Pierre  dc),  littérateur 
français,  né  vers  1545.  Issu  d'une  des  premières 
familles  protestantes  de  l'Anjou,  il  a  écrit  quel- 
ques ouvrages  qui  ont  joui,  de  son  temps,  d'une 
grande  réputation,  et  oii  il  traite,  avec  beau- 
coup d'érudition  et  de  clarté  les  questions  les 
plus  diverses.  11  paraît  avoir  résidé  pendant  plu- 
sieurs années  à  la  cour.  Sous  Henri  111  il  eut  la 
charge  de  gentilhomme  de  la  chambre  de  Mon- 
sieur et  sous  Henri  IV  les  titres  de  conseiller  et 
de  maître  d'hôtel.  L'époque  de  sa  mort  est  in- 
connue. On  a  de  lui  :  L'Académie  françoise, 
divisée  en  dix-huit  journées;  en  laquelle 


LA  QUINTINIE  568 

quatre  jeunes  gentilshommes  angevins  sont 
introduits  sous  noms  hébrieux....,  discourant 
élégamment  et  traitant  de  ce  qui  concerne  le 
bien  et  heureusement  vivre  en  tous  estais  et 
conditions;  Paris,  1577,  in-fol.;  —  Suite  de 
l'Académie  françoise ,  en  laquelle  il  est  traité 
de  l'homme,....  de  la  création ,  matière,  com- 
position,  forme ,  nature,  utilité  et  usage  de 
toutes  lés  parties  du  bastiment  humain ,  et 
des  causes  naturelles  de  toutes  afjections ,  et 
des  vertus  et  des  vices  ;  Paris,   1580,  in-fol.; 

—  La  Philosophie  chrestienne  de  l'Académie 
françoise,  des  vrais  et  seuls  moyens  de  la 
vie  bienheureuse;  Genève,  1594,  in-S",  et 
Paris,  1598,  in-12;  —  Cent  Quatrains  conso- 
latoires;  Paris  ,  sans  date,  in-4°  et  Lyon,  1582, 
)n-8°;  ces  quatre  ouvrages  ont  été  plusieurs 
fois  réimprimés  sous  le  titre  général  à' Académie 
française,  notamment  à  Cologne,  lol7,  3  vol. 
in-8";  —  Examen  de  la  response  de  Sponde; 
1595,  in-12;  —  Advis  sur  la  nécessité  et  forme 
d'un  concile  pour  l'union  des  églises  chres- 
tiennes  en  la  foy  chatholique ;  Saumur,  1611, 
in-12.  P.  L— Y. 

Haag,  Im.  Franeo  Prolestante,  —  La  Crois  du  Maine, 
Bibliot/i.  Française. 

l  LA  PROXOSTAYK  (Ferdinand  Hervé  de), 
physicien  français,  né  le  15  février  181 2,à  Re- 
don (lUe-et- Vilaine).  D'abord  maître  surveil- 
lant à  l'école  normale,  puis  chargé  d'un  cours 
scientifique  au  collège  de  Louis  le  Grand ,  il  oc- 
cupa en  1840  la  chaire  de  physique  à  la  faculté 
de  Rennes  et  en  1844  celle  du  collège  Bourbon. 
Nommé  inspecteur  de  l'Académie  de  Paris  en 
1847,  il  fut  élevé  en  1850  au  rang  d'inspecteur 
général  des  études.  Il  reçut  en  1840  le  diplôme 
de  docteur  es  sciences.  On  a  de  lui  de  nombreux 
mémoires  sur  la  cristallographie ,  l'optique  et  la 
chaleur,  la  plupart  composés  en  société  avec 
M.  Paul  Desains  ;  nous  rappellerons  les  suivants  : 
Théorie  des  Anneaux  colorés  de  Newton,  ob- 
tenus sous  des  incidences  obliques  {Annales 
de  physique  et  de  chimie ,  3®  série,  XXVII  )  ; 

—  Sur  la  Chaleur  latente  de  fusion  de  la 
Glace  (ibid.,  VIII);  —  Sur  la  Variation  des 
Pouvoirs  émissïfs  (  ibid.,  XXII);  —  Sur  la 
Réflexion  régulière  et  la  Diffusion  de  la  Cha- 
leur (ibid.,  XXII,  XXVI  et  XXVII);  —  Sur 
l'Absorption  de  la  Chaleur  provenant  des 
sources  lumineuses  par  les  corps  athermanes 
(ibid ., XXX)  ; — Sur  Les  lois  du  Refroidissement 
dans  le  vide  et  dans  les  gaz  { ibid.,  XVI  et 
XXII  )  ;  —  Sur  la  Polarisation  de  la  Chaleur 
{ ibid.,  XXII,  XXVIII  et  XXX  )  ;  —  Action  de 
l'acide  sulfureux  sur  l'acide  hypo-azotique  ; 

—  Théorie  de  la  fabrication  de  l'acide  sul- 
fureux; 1840;  —Notes  sur  des  recherches 
cristallographiques ,  insérées  également  dans 
les  Annales  de  chimie.  K. 

Dictionn.  univ.  des  Contemporains ,  1858. 

•  LA  QUiNTi.viE  {Jean  de),  célèbre  agro- 
nome Irançais,  né  à  Chabanais  (Angoumois), 


569 

eu  1626,  mort  à  Versailles,  en  1688.  Envoyé 
jeune  à  Poitiers ,  il  y  fit  de  bonnes  études,  sous 
les  jésuites,  et  y  suivit  les  cours  de  droit.  Il  vint 
ensuite  à  Paris ,  où  il  se  fit  recevoir  avocat. 
«  Une  éloquence  naturelle,  accompagnée  des  au- 
tres talents  qui  forment  les  grands  orateurs,  le 
fit  briller  dans  le  barreau,  dit  l'abbé  Lambert, 
et  lui  concilia  l'estime  des  premiers  magistrats.  » 
Sa  réputation  se  répandit  dans  tout  Paris. 
M.  Tamboneau,  président  en  la  chambre  des 
comptes ,  lui  fit  les  offres  les  plus  avantageuses 
pour  l'engager  à  se  charger  de  la  conduite  de 
son  filo.  «  LaQuintinie,  qui  se  trouvoit  malheu- 
reusement assez  mal  partagé  du  côté  de  la  for- 
tune, ne  fit  aucune  difficulté,  ajoute  l'abbé  Lam- 
bert, d'accepterle  parti  qu'on  lui  proposoit.  Quoi- 
qu'il fit  sa  principale  occupationdu  soin  qu'ildevoit 
à  l'éducation  de  son  jeune  élève ,  cependant  comme 
son  emploi  lui  laissoit  bien  des  moments  de 
libres ,  il  les  consacra  tous  à  l'étude  de  l'agri- 
culture, pour  laquelle  il  avoit  la  plus  forte  incli- 
nation. Columelle,  Varon,  Virgile,  et  générale- 
ment tous  les  autres  auteurs ,  anciens  et  mo- 
dernes, qui  ont  écrit  sur  cette  matière  furent  les 
sources  dans  lesquelles  ce  grand  homme  puisa 
ce  fonds  de  science  qui  l'a  mis  en  état  de  porter 
au  pins  haut  degré  de  perfection  l'art  dans  le- 
quel il  a  excellé.  L'avantage  qu'eut  de  La  Quin- 
tinie  d'accompagner  son  jeune  élève  en  Italie  lui 
procura  de  nouvelles  lumières.  Aucun  des  beaux 
jardins  de  Rome  et  des  environs  qui  ne  lui  offrît 
quelque  objet  digne  d'attention ,  et  sur  lequel  il 
ne  fît  de  sçavantes  et  utiles  observations.  Il  ne 
lui  manquoit  plus  que  de  joindre  la  pratique  à  la 
théorie,  et  c'est  ce  qu'il  fit  dès  qu'il  fut  de  re- 
tour en  France.  M.  Tamboneau,  qui  ne  cherchoit 
([ue  les  occasions  de  l'obliger,  se  fit  un  plaisir 
de  lui  abandonner  le  jardin  de  sa  maison,  on  lui 
permettant  d'y  faire  tous  les  arrangements  qu'il 
jugeroit  les  plus  convenables.  »  Maître  de  dispo- 
ser à  sa  guise  le  jardin  de  l'hôtel  que  le  président 
Tamboneau  venait  de  faire  bâtir  à  Paris,  en  1641, 
dans  un  terrain  de  l'université,  au  commence- 
ment de  la  rue  de  ce  nom ,  La  Quintinie  com- 
mença par  faire  de  nombreuses  expériences; 
ainsi  il  planta  dans  un  même  jour  plusieurs 
arbres  de  la  même  espèce,  et  les  arracha  ensuite 
l'un  après  l'autre  de  huit  jours  en  huit  jours. 
Cette  expérience  lui  fit  découvrir  qu'un  arbre 
transplanté  ne  reçoit  point  de  nourriture  par  les 
racines  qu'on  lui  a  laissées ,  qui  se  sèchent  et  se 
pourrissent  ordinairement;  mais  que  tout  le 
suc  nourricier  qu'il  tire  lui  vient  uniquement  des 
nouvelles  racines  qu'il  a  poussées  depuis  qu'il  a 
été  planté,  d'où  il  suit  qu'on  doit  débarrasser  un 
arbuste  qu'on  transplante  du  plus  grand  nombre 
possible  des  racines  qu'il  possède  avant  de  le 
l'émettre  enterre.  La  Quintinie  s'aperçut  aussi  que 
tout  arbre  fruitier,  par  une  sorte  d'inchnation 
naturelle,  porte  toute  sa  sève  sur  les  grosses 
branches  et  donne  dès  lors  peu  de  fruits,  et  que 
par  le  retranchement  de  ces  grosse»  branches  la 


LA  QUINTINIE  570 

sève  vient  dans  les  petites  branches,  qui  donnent 
du  fruit.  A  ces  découvertes  il  en  joignit  beaucoup 
d'autres ,  qu'il  consigna  dans  un  tmité  qui  n'a 
été  publié  qu'après  sa  mort.  Non  content  de  sa 
propre  expérience ,  il  s'était  mis  en  relation  avec 
tous  ceux  qui  s'occupaient  des  progrès  de  l'agri- 
culture, et  à  la  fin  de  sa  vie  il  se  vantait  d'être 
depuis  plus  de  trente  ans  en  correspondance 
avec  tous  ceux  qui  s'étaient  rendus  célèbres  dans 
cet  art  en  France  ou  à  l'étranger.  Son  carac- 
tère franc  et  expansif  avait  fait  de  lui  comme 
le  centre  où  aboutissaient  toutes  les  découvertes 
des  plus  savants  agronomes. 

Le  prince  de  Condé,  qui  se  faisait  un  plaisir 
de  l'agriculture,  voulut  que  La  Quintinie  lui 
donnât  des  leçons  de  son  art.  Le  roi  d'Angle- 
terre, Jacques  II,  traita  La  Quintinie  avec  beau- 
coup de  distinction  dans  deux  voyages  que  ce 
savant  agronome  fit  en  Angleterre.  Ce  prince  lui 
offrit  même  une  pension  considérable  s'il  voulait 
se  fixer  à  Londres.  La  Quintinie  refusa.  Le  roi 
de  France  résolut  de  se  l'attacher.  Louis  XIV, 
voulant  ajouter  l'utile  à  l'agréable,  imagina  de 
joindre  un  superbe  potager  aux  magnificences 
de  Versailles.  On  songea  d'abord  à  profiter  d'un 
ancien  jardin  qui  existait  près  du  parc  du  temps 
de  Louis  XIII  ;  mais  la  stérilité  du  sol  semblait 
repousser  tout  essai  de  culture,  et  on  allait  se 
décidera  porterie  potager  royal  à  Saint-Cloud, 
lorsque  La  Quintinie  tut  appelé.  11  dut  d'abord  se 
servir  de  ce  sol  discrédité;  et  par  des  soins  ap- 
propi-iés,  il  en  obtint  de  si  beaux  produits  que 
le  roi  le  chargea  de  chercher  un  emplacement 
pour  créer  un  potager  digne  de  ses  talents.  La 
Quintinie  avait  déjà  fixé  son  choix  ;  mais  le  ha- 
sard en  décida  autrement.  A  un  retour  de  chasse, 
des  dames  de  la  cour  déterminèrent  Louis  XIV 
à  placer  le  potager  dans  l'endroit  où  l'on  s'était 
arrêté.  Les  charmes  de  la  position  avaient 
décidé  la  question,  bien  plus  quela  qualité  du  sol, 
qui  était  extrêmement  défectueux.  D'abord, 
comme  La  Quintinie  nous  l'apprend  lui-même,  il 
fallut  combler  un  étang  avec  de  la  terre  qui  se 
trouvait  aux  environs,  laquelle  était  <'  une  espèce 
de  terre  franche  qui  se  réduisoit  en  bouillie  par  la 
pluie  et  qui  se  pétrifioit ,  pour  ainsi  dire,  par  la 
sécheresse.  »  La  dépense  avait  été  énorme;  le 
roi  avait  payé  1,800,00  fr.,  tandis  que  300,000  fr. 
eussent  suffi  si  l'on  eût  adopté  le  terrain  d'un 
sol  meilleur  et  d'une  meilleure  exposition  pro- 
posé par  La  Quintinie.  Dans  le  but  de  multi- 
plier les  murs  et  par  conséquent  les  espaliers, 
La  Quintinie  avait  fait  distribuer  le  terrain  en 
un  carré  de  douze  arpents ,  entouré  de  trente 
jardins  d'un  arpent  chacun.  Pour  parer  ensuite 
à  la  stérilité  dont  le  sol  était  menacé  paa-  l'excès 
d'humidité  ou  de  sécheresse,  il  renonça  à  faire 
apporter  de  nouvelles  terres,  et  se  débarrassa  des 
eaux  superflues  au  moyen  d'un  aqueduc  cons- 
truit sur  toute  la  longueur  avec  des  branches 
lértérales.  Il  disposa  la  surface  du  terrain  de 
chaque  carré  en  plan  incliné.  Le  sol  devint  fer- 


571 

tile.  «  Le  succès,  ajoote-t-il ,  a  été  fort  bon  et  la 
dépense  très-petite.  »  Le  roi  fut  très-content  de 
cette  sorte  de  création.  Il  s'amusait  à  aller  voir 
La  Quintinie jardiner.  Selon Pluche,  «  Louis  XIV, 
après  avoir  entendu  Turenne  ou  Colbert,  s'entre- 
tenait avec  La  Quintinie,  et  se  plaisait  souvent  à 
façonner  un  arbre  de  sa  main.  »  La  Quintinie 
mettait  à  profit  ces  conversations  pour  faire  sa 
cour  au  roi.  Ainsi  Louis  XIV  lui  ayant  fait  con- 
naître que  la  figue  était  son  fruit  de  prédilection, 
La  Quintinie  mit  tous  ses  soins  à  en  perfection- 
ner la  culture.  La  Quintinie  commença  ce.  pota- 
ger en  1678,  et  mit  cinq  ans  à  le  terminer.  Lui- 
même  nous  apprend  qu'il  envoyait  à  la  table 
du  roi  des  asperges  et  de  l'oseille  nouvelle  en 
décembre;  des  radis,  des  laitues  et  des  champi- 
gnons en  janvier;  en  mars,  des  choux-fleurs 
conservés  dans  la  serre  à  légumes  ;  des  fraises 
dès  les  premiers  jours  d'avril  ;  des  pois  en  mai , 
et  des  melons  en  juin.  Il  ne  cultivait  en  espalier 
que  les  fruits  les  plus  beau-x  et  les  plus  recher- 
chés. Les  produits  en  figuraient  dans  les  fêtes  de 
Louis  XIV;  on  n'en  formait  pas  «  de  brillantes 
pyramides  fort  à  la  mode  alors,  dont  l'honneur 
était  de  s'en  retourner  toujours  saines  et  entières  ; 
elles  étaient  remplacées  par  des  corbeilles  dont 
l'honneur  consistait  à  s'en  retourner  toujours 
vides.  »  Dès  1 673,  La  Quintinie  était  intendant  des 
jardins  à  fruits  du  Roi.  Le  25  août  1687  il  reçut 
le  brevet  de  directeur  général  des  jardins  fruitiers 
et  potagers  de  toutes  les  maisons  royales.  La  par- 
ticule de  précédait  son  nom,  et  il  la  joignit  dès 
lors  à  sa  signature.  Le  roi  avait  en  outre  aug- 
menté son  traitement,  et  lui  avait  fait  bâtir  une 
maison  commode.  Quelques  jours  après  la  mort 
de  La  Quintinie,  Louis  XIV  dit  à  sa  veuve  : 
«  Madame,  nous  venons  de  faire  une  perte  que  nous 
ne  pourrons  jamais  réparer.  »  Outre  le  potager 
royal  de  Versailles,  La  Quintinie  avait  tracé 
celui  de  Chantilly  pour  le  prince  de  Condé,  celui 
de  Rambouillet  pour  le  duc  de  Montausier,  celui 
de  Saint-Ouen  pour  Boisfranc,  celui  de  Sceaux 
pour  Colbert,  celui  de  Vaux  pour  Fouquet. 

La  Quintinie  avait  composé  sur  son  art  un 
ouvrage  qui  était  encore  inédit  à  sa  mort;  il  pa- 
rut sous  ce  titre  :  Instructions  pour  les  Jar- 
dins fruitiers  et  potagers ,  avec  un  traité  des 
orangers,  suivi  de  quelques  réflexions  sur 
l'agriculture  par  le/eusieur  de  La  Quintinie; 
Paris,  1690,  2  vol.  in-4".  Il  est  enrichi  du  por- 
trait de  l'auteur,  gravé  par  Vermeulen  ,  de  vi- 
gnettes élégantes  en  tête  de  chaque  livre,  repré- 
sentant quelques-unes  des  opérations  qui  y  sont 
décrites,  et  de  dix  planches  relatives  à  la  culture 
des  jardins.  On  y  a  joint  un  poème  latin  de  San- 
teul,  intitulé  Po7no?îa,  dans  lequel  sont  célé- 
brés les  travaux  de  La  Quintinie  à  Versailles , 
et  une  idylle  de  Charles  Perrault  en  l'honneur  du 
même  artiste.  Les  Instructions  pour  les  Jar- 
dins sont  divisées  en  six  livres:  le  premier,  for- 
mant introduction,  se  termine  par  un  vocabulaire 
des  termes  de  jardinage  usités  alors;  les  second, 


LA  QUINÏINÎE  572 

troisième,  quatrième  et  cinquième  traitent  des 
arbres  fruitiers,  de  la  taille,  delà  greffe,  etc.;  le 
sixième  s'occupe  du  potager  et  indique  mois  par 
mois  les  opérations  à  pratiquer  :  c'est  un  alma- 
nach  du  jardinier.  Dans  son  traité  des  orangers, 
La  Quintinie  cherche  à  prouver  que  leur  culture 
est  plus  facile  qu'on  ne  croit.  Enfin ,  dans  ses  > 
réflexions  sur  l'agriculture,  il  présente  des  théo-  • 
ries  à  l'appui  de  la  pratique  qu'il  a  enseignée. 
Son  style  est  coulant,  mais  souvent  négligé,  par- 
fois concis,  d'autres  fois  d'une  diffusion  extrême. 
La  Quintinie  attaqua  l'opinion  qui  dominait  à  i 
cette  époque  parmi  les  jardiniers,  selon  laquelle 
il  fallait  consulter  les  phases  de  la  lune  pour 
toutes  les  opérations  du  jardinage,  non  qu'il  niât  i 
les  influences  de  cet  astre  sur  la  terre;  mais  il  î 
en  repoussait  l'observation  pour  les  pratiques  ^ 
de  détail.  Il  admettait  l'eflet  de  la  lune  rousse 
ou  de  mars  sur  l'atmosphère ,  et  il  croyait  que 
les  melons  commençaient  à  nouer  dans  le  pr-e- 
mier  quartier  de  la  lune  de  mai  ou  la  pleine 
lune,  etc.  Il  convient  du  reste,  dans  sa  préface, 
qu'il  a  beaucoup  d'obligations  non-seulement  à 
d'anciens  auteurs,  mais  encore  à  quelques  mo- 
dernes. Le  privilège  de  l'impression  des  Ins- 
tructions pour  les  Jardins  était  accordé  au 
sieur  de  La  Quintinie,  bachelier  en  théologie. 
L'abbé  de  La  Quintinie  étant  mort  peu  de  temps 
après,  ne  put  surveiller  les  nouvelles  éditions  du 
livre  de  son  père,  qui  se  répandit  prompteraent, 
et  auquel  les  éditeurs  firent  des  additions  étran- 
gères. En  1692,  une  contrefaçon  parut  à  Amster- 
dam en  un  volume.  En  1695,  Barbin  donna  à 
Paris  la  seconde  édition  des  Instructions  pour 
les  Jardins,  auxquelles  il  ajouta  une  Instruc- 
tionpour  la  culture  des  Fleurs,  qui  n'appartient 
pas  à  l'auteur.  La  seconde  contrefaçon  parut  à 
Amsterdam  avec  un  Traité  anonyme  des  Me- 
lons. La  compagniedes  libraires  donna  plusieurs 
éditions  du  livre  de  La  Quintinie  de  1715  à  1756: 
celle  de  1730  renferme  un  Traité  des  Arbres 
fruitiers  de  Venette,  qui  avait  paru  anonyme 
en  1683,  et  dont  les  idées  sont  sous  bien  des 
rapports  en  opposition  avec  ceUes  de  La  Quin- 
tinie. Bien  des  auteurs  ont  copié  La  Quintinie , 
les  uns  sans  le  citer,  comme  l'abbé  de  La  Châ- 
taigneraie, et  le  chartreux  François  le  Gentil  ;  les 
autres  en  le  nommant  avec  éloge,  comme  Dahu- 
ron,  Pluche  et  Decombe.  Le  père  d'Ardennes 
rappelle  le  père  des  jardins ,  savant  et  habile 
jardinisle,  mot  qu'il  avait  créé  pour  distinguer 
les  écrivains  ou  amateurs  de  jardinage  des  simples 
ouvriers  jardiniers.  Duhamel  parle  peu  de  La 
Quintinie;  mais  Le  Berryais  nomma  son  Traité 
des  J ardinsXe  Nouveau  La  Quintinie,  et  en  in- 
titula l'abrégé  Le  petit  La  Quintinie.  D'autres, 
comme  l'abbé  Roger  Schabol,  La  Bretonnerie  et 
Butret,  attaquèrent  les  doctrines  de  La  Quintinie. 
Suivant  Charles  Perrault,  des  lettres  adressées 
par  La  Quintinie  à  des  seigneurs  anglais  sur  des 
questions  de  jardinage  auraient  été  imprimées  à 
Londres  ;  on  ne  retrouve  la  trace  que  d'une  seule 


573 

lettre  de  cet  auteur  adressée  eu  16G8  à  Olden- 
bourg, traduite  en  anglais  par  ce  secrétaire  de  la 
Société  royale ,  et  insérée  par  extrait  dans  les 
Philosophical  Transactions,  n°s  4.')  et  46.  Elle 
traite  d e  la  cultu re  des  melons .       L .  Louvet . 

Charles  CcrrauU,  Galerie  des  Hommes  illustres  dtLcllx- 
septième siècle.—  Abbé  Lambert,  Histoire  Littéraire  du 
règne  de  Louis  XIF,  toinclll,  2«  partie,  p.  HO.  —  l'iu- 
che,  Spectacle  de  la  ISature,  tome  II.  —  Briquet,  Éloge 
de  La  Qiiintinie,  dans  les  Mémoires  de  la  Société  d'A- 
griculture de  ISwrt,  1S07,  in-g°,  p.  253.  —  Père  d'Ar- 
dennes.  Année  Cham-pêtrc,  1769.  —  Journal  des  Sa- 
vants, mai  1691. 

LARABiT  (Marie- Denis),  sénateur  fran- 
çais, né  à  Roye  (Somme),  le  15  août  1792.  11 
n'était  encore  que  lieutenant  lorsqu'en  1814  il 
suivit  Napoléon  à  l'île  d'Elbe.  Il  devint  capi- 
taine à  la  restauration  en  1816,  et  cessa  de 
figurer  dans  V Annuaire  militaire  dès  1837.  Le 
collège  électoral  d'Auxerre  l'envoya  à  la  chambre 
jes  députés  en  1831,  et  lui  renouvela  son 
mandat  à  l'expiration  de  chaque  cession  législa- 
tive. Il  y  siégeait  sur  les  bancs  de  l'opposition. 
M.  Larabit  faisait  encore  partie  de  la  chambre 
ies  députés  au  moment  de  la  révolution  de 
1848,  et  était  alors  membre  du  conseil  gé- 
aéral  de  l'Yonne.  Il  représenta  ce  département  à 
'Assemblée  constituante  et  à  la  Législative,  et  de- 
vint sous  le  gouvernement  provisoire  secrétaire 
jéoéral  du  ministère  de  la  guerre.  Le  24  juin 
1848,  M.  Larabit  fut  l'un  des  représentants  qui 
reçurent  de  leurs  collègues  la  mission  d'aller  ar- 
rêter l'effusion  du  sang  ;  fait  prisonnier  par  les 
insurgés,  au  faubourg  Saint- Antoine ,  il  se 
hargea  d'aller  transmettre  leurs  propositions 
lu  président  de  l'Assemblée  nationale,  jura  de 
revenir  se  remettre  en  leur  pouvoir,  et  tint 
parole.  Il  appartenait  à  la  réunion  de  l'Institut 
et  du  comité  électoral  de  la  république  mo- 
dérée, et  faisait  partie  dans  l'Assemblée  nationale 
du  comité  de  la  guerre  :  y  vota  contre  les  deux 
chambres  et  pour  le  vote  à  la  commune,  contre 
la  suppression  du  remplacement  miUtaire ,  pour 
la  proposition  Râteau,  tendant  à  la  dissolution 
de  l'Assemblée  constituante  et  pour  l'ordre  du 
jour  en  faveur  du  ministère  dans  la  discussion 
sur  les  affaires  d'Italie,  etc.,  etc.  M.  Larabit  fut 
appelé  à  siéger^  au  sénat  par  décret  impérial  du 
4  mars  1853.  Sicard. 

Biographie  des  900  Déptités  à  l'Assemblée  nationale  ; 
1848.  —  Biographie  des  750  Représentants  à  l'Assemblée 
législative  ;  1849. 

*LXïiXDF.  (Bertrand  de),  poète  langue- 
docien ,  né  en  1581 ,  mort  vers  1630.  On  sait 
Fort  peu  de  chose  sur  sa  vie  ;  et  c'est  dans  ses 
écrits  qu'on  puise  surtout  le  peu  de  renseigne- 
ments qu'on  a  sur  son  compte.  Il  publia, 
jeune  encore,  deux  volumes  de  poésie  La  Mur- 
galide  gascons  (la  Marguerite  gasconne),  Tou- 
louse, 1609,  et  la  MM5epirane5e,  Toulouse,  1609. 
Ces  ouvrages  ne  s'élèvent  pas  au-dessus  du  mé- 
diocre. Là  Muse  gasconne  contient  trois  pastora- 
les, dont  une  mythologique  (las  Amous  de  Benus 
'st  Adonis  )  :  ce  sont  des  pièces  dénuées  de  plan,  i 


LA  QUINTINIE  —  LA  RAMÉE. 


S74 

d'intrigue  et  de  sel.  Les  Sonnets  et  les  Chants 
royaitxde  Larade  valent  mieux;  ses  Chansons 
ont  de  la  naïveté,  mais  peu  d'invention;  elles 
roulent  toutes  sur  les  peines  de  l'amour  ;  de 
temps  à  autre  on  y  rencontre  une  expression 
assez  heureuse  de  tendresse  et  de  mélancolie. 
Quoiqu'il  eût  obtenu  un  prix  aux  Jeux  floraux 
en  1610,  Larade  se  déclare  inhabile  à  tout  autre 
genre  que  la  poésie  vulgaire  ;  il  paraît,  d'après 
ce  qu'il  répète  souvent,  avoir  eu  des  démê- 
lés avec  ses  compatriotes.  A  Toulouse ,  il  fut 
l'ami  de  Goudelin,  qui  écrivit  en  son  honneur 
une  odelette.  Plein  de  la  bonne  opinion  qu'en 
général  les  rimeurs  ont  d'eux-mêmes,  il  termine 
son  dernier  éa'it  par  un  quatrain  où  il  se  dit 
abreuvé 
Dell  nectar  dou  Parnasse,  on  tout  om  nou  beou  pa.s. 

Les  écrits  de  Larade  sont  restés  presque 
inconnus  ;  ils  ont  eu  le  sort  des  anciens  livres 
patois  ;  complètement  négligés  lors  de  leur  ap- 
parition ,  ils  sont  devenus  fort  rares,  et  les 
exemplaires  qui  se  montrent  de  loin  en  loin  sont 
chèrement  payés  par  des  bibliophiles  jaloux  de 
les  posséder.  G.  B. 

Noulet,  Essai  siir  l'Histoire  littéraire  des  Patois  du 
midi  de  la  France,  1858,  p.  44-49  (  extrait  de  la  Reçue  de 
l'Académie  de  Toulouse). 

LA  RAMÉE,  faux  prince  français,  né  à  Paris, 
on  il  fut  pendu,  en  place  de  Grève,  le  8  mars 
1596.  Ce  personnage,  qui  ne  prétendit  à  rien 
moins  qu'à  la  couronne  de  France,  â  été  oublié 
par  tous  les  historiens  modernes.  C'était  un 
jeune  homme  âgé  de  vingt-trois  à  vingt-quatre 
ans ,  qui  se  disait  fils  naturel  de  Charles  IX,  et 
qui,  en  cette  qualité,  s'était  rendu  à  Reims 
pour  y  demander  d'être  sacré  roi.  Il  était  natif 
de  Paris,  et  prétendait  avoir  été  nourri  secrè- 
tement chez  un  gentilhomme  breton ,  à  trois 
lieues  de  Nantes.  L'Estoile,  qui  alla  le  voir  pen- 
dant qu'on  instruisait  son  procès,  en  parle 
ainsi  :  «  Quand  il  fut  pris ,  on  lui  trouva  une 
écharpe  rouge  dans  sa  pochette,  sur  laquelle  le 
président  Riant  l'ayant  interrogé  ,  dit  que  c'était 
pour  montrer  qu'il  était  bon  et  franc  catholique 
et  ennemi  juré  des  huguenots ,  desquels  il  en 
tuerait  autant  qu'il  pourrait  et  les  poursui^Tait 
à  feu  et  à  sang.  Sur  quoi  M.  le  président  lui 
ayant  demandé  en  quelle  autorité  if  prétendait 
faire  cette  exécution,  lui  répondit  qu'il  la  ferait 
comme  fils  du  roi  Charles,  son  père,  qui  avait 
commencé  la  Saint-Barthélémy,  laquelle  il  achè- 
verait si  jamais  Dieu  lui  faisait  la  grâce  de  ren- 
trer en  possession  de  son  royaume,  qu'on  lui 
avait  volé  ;  avec  plusieurs  autres  sots  pi'opos 
qu'il  tint ,  et  entre  autres  de  certaines  révéla- 
tions qu'il  avait  eues  par  un  ange.  »  11  était 
aussi  accusé  d'avoir  voulu  attenter  à  la  per- 
sonne de  Henri  IV.  «  Quand  Sa  Majesté  eut 
entendu  cette  histoire,  ajoute  L'Estoile ,  elle  se 
prit  à  rire,  et  dit  qu'il  y  venait  trop  tard  et  qu'il 
fallait  se  hâter  pendant  qu'il  était  à  Dieppe.  » 
Paul  LoDisY. 

Journal  de  L'Estoile  (  coll.  Michaud  ),  II,  271-278 


575  LARAUZA  —  LA  RAVARDIÈRE 

LARAUZA  {Jean-Lonh),  pliilologue  français, 
né  à  Paris,  le  8  mars  1793,  mort  dans  la  môme 
ville,  le  29  septembre  1825.  Après  avoir  fait 
d'excellentes  ('études  au  lycée  Napoléon  et  à 
Pltcole  Normale  ,  il  professa  la  rhétorique  au 
collège  d'Alençon.  Nommé  en  1815,  à  vingt-trois 
ans,  maître  de  conférences  à  l'École  Normale,  et 
chargé  spécialement  de  l'enseigncincat  des  lan- 
gues ancienne  *d^  la  grammaire  générale,  il 
garda  cette  cl  '<qu  u  la  suppression  de  l'é- 

cole. Larauza  s;,  elassait  de  ses  graves  fonc- 
tions par  la  culture  des  arts  et  surtout  de  la  mu- 
sique. L'amour  des  arts  l'attira  eu  Italie,  et  des 
recherches  d'érudition  le  retinrent  dans  les  val- 
lées des  Alpes.  Il  recueillit  dans  un  examen  at- 
tentif des  lieux  des  données  pour  résoudre  le  pro- 
blème de  l'itinéraire  d'Annibal.  En  général  les 
opinions  à  ce  sujet  se  partageaient  entre  le  petit 
Saint-Bernard  (Alpes  Graiennes  )  et  le  mont  Ge- 
nèvre  (Alpes  Cottiennes)  ;  Larauza  se  décida  pour 
le  mont  Cenis.  Trois  nouveaux  voyages  aux 
Alpes  l'affermirent  dans  son  hypothèse,  qui  selon 
lui  avait  l'avantage  de  concilier  les  récits  de 
Polybe  et  de  Tite-Live  ;  il  l'exposa  dans  un  mé- 
moire qui  devait  être  lu  à  l'Académie  des  Ins- 
criptions. Mais  avant  qu'un  jour  eût  été  fixé 
pour  cette  lecture ,  Larauza  fut  enlevé  préma- 
turément aux  lettres.  Le  plus  intime  de  ses 
amis,  M.  Viguier,  publia  son  mémoire  sous  le 
titre  de  Histoire  critique  du  passage  des  Al- 
pes par  Annibal,  dans  laquelle  on  détermine 
la  route  qu'il  suivit  depuis  les  frontières  d'Es- 
pagne jusqu'à  Turin;  Paris,  1826,  in-8°.  L'hy- 
pothèse de  Larauza  est  assez  plausible  et  très- 
ingénieusement  soutenue  ;  cependant  elle  n'a 
pas  prévalu.  Les  derniers  historiens  d'Annibal, 
Niebuhr,  Arnold,  Bôtticlier,  ont  préféré  le  petit 
Saint-Bernard.  M.  Hoefer,  dans  une  note  à  l'article 
Annibal ,  de  la  Nouvelle  Biographie  générale, 
a  émis  l'idée  nouvelle  et  préférable  du  passage 
par  le  Saint-Gothard  {voy.  Annibal). 

L.  J. 
Viguipr,   Notice  sur  Larauza,  en  tête   de  l'Histoire 
critique ,    etc.   —  Cousin ,(  Fragments  Littéraires.    — 
MahuI,  Annales  Biographiques,  année  1826,  p.  39fi.  — 
Hevue  Encyclopédique,  t.  XXXI,  p.  481,  567. 

LA  RAVARDIÈRE  (  Daniel  de  L\  Tousche, 
sieur  de  ),  voyageur  et  homme  de  guerre  fran- 
çais, né  en  Poitou,  vers  1570,  mort  après  1631. 
Il  appartenait  à  une  bonne  famille,  alliée,  dit-on, 
aux  Montgomery,  et  fut  élevé  dans  le  protestan- 
tisme. De  bonne  heure  il  embrassa  la  carrière 
des  armes ,  et  servit  contre  le  prince  de  Parme. 
Il  navigua  ensuite,  et  explora  pour  la  première 
fois  les  côtes  du  Maranham,  probablement  vers 
1609.  Dès  celte  époque  il  était  lié  avec  Razilly, 
l'un  des  plus  habiles  et  des  plus  braves  capi- 
taines de  son  temps;  il  s'unit  à  lui  pour  aller 
peupler  le  beau  pays  qu'il  avait  visité  lécciu- 
ment,  et  qui  était  alors  dédaigné  par  les  Portu- 
gais. La  Ravardière  fit  les  premières  démarches 
pour  effectuer  ce  projet  important  ;  mais  il  n'eut 
d'abord  que  le  commandement  en  second.  L'eo- 


676 

treprise  excita  un  vif  intérêt,  et  le  jeune  de  Pi- 
.sieux,  cousin  germain  de  la  princesse  de  Coâdé 
voulut  en  faire  partie  avec  nombre  de  gentils- 
hommes français.  L'entreprise  souriait  à  la  cour  ; 
elle  était  même  presque  autant  religieuse  que 
politique,  et  Marie  de  Médicis  y  donnait  haute- 
ment son  approbation.  La  Ravardière  et  Razilly 
n'eurent  pas  de  peine  à  en  réunir  les  éléments. 
Trois  navires  largement  approvisionnés  furent 
confiés  aux  deux  marins  (1),  et  on  leur  adjoignit  i 
plusieurs  officiers  habiles.  Quatre  religieux,  du 
grand  couvent  des  Capucins  de  la  rue  Saint-Ho- 
no  ré  à  Paris ,  furent  embarqués  à  bord  de  cette 
flottille  pour  commencer  des  missions  dans  le 
nord  du  Brésil.  L'expédition  partit  de  Cancale; 
mais  bientôt,  après  avoir  fait  deux  cents  lieues 
environ ,  une  tempête  violente  la  dispersa,  et 
les  chefs  se  virent  contraints  de  relâcher  à  Ply- 
mouth.  Partie  définitivement  d'Angleterre,  la  flot- 
tille poursuivit  assez  heureusement  son  voyage  ; 
mais  elle  mit  près  de  cinq  mois  pour  accomplir  : 
une  traversée  qu'on  fait  aujourd'hui  en  vingt 
jours.  L'escadre  relâcha  d'abord  à  l'île  de  Fer- 
nando de  Noronha,  où  elle  trouva  une  sorte  de 
Robinson  qui  vivait  solitaire  avec  dix-huit  In- 
diens, et  où  l'un  des  bons  religieux  eiU  bien  voulu 
demeurer,  car  elle  lui  parut  toute  semblable  au 
paradis  terrestre  ;  quelques  jours  plus  tard,  les 
trois  navires  abordèrent  une  île  voisine  du  conti- 
nent ;  ils  lui  imposèrent  le  nom  de  Sainte-Anne, 
en  l'honneur  de  la  duchesse  de  Guise.  On' 
aborda  ensuite  l'île  de  Maranham,  qui  n'est  sé- 
parée, comme  on  sait,  du  continent  que  par  un 
petit  détroit  ;  la  messe  fut  célébrée  solennelle- 
ment, et  le  nom  du  roi  saint  Louis  fut  donné  à 
la  bourgade  naissante  qui  allait  s'élever  sur  ces 
rivages  déserts.  Cet  événement  capital  avait  lieu  i 
au  commencement  de  1612.  La  Ravardière  com- 
mença par  se  fortifier  dans  le  lieu  éminemment  i 
avantageux  qu'il  avait  choisi;  puis  il  appela 
de  cent  et  même  deux  cents  lieues  à  la  ronde  f 
les  Indiens  Tupinambas,  qui  voulaient  [habiter 
parmi  les  Français.  La  première  loi  qui  leur  fut 
imposée  portait  qu'ils  renonceraient  à  l'anthropo- 
phagie. En  quelques  mois  quatre  forts  s'élevè- 
rent, puis  on  construisit  le  couvent  de  Saint- 
François.  Bien  qu'il  appartînt  à  la  religion  réfor- 
mée, le  lieutenant  général  pour  le  roi  était  d'un 
caractère  trop  sensé  et  trop  loyal  pour  ne  pas  ai- 
der de  tout  son  pouvoir  les  bons  religieux  ;  desi 
sources  d'eau  vive  furent  découvertes,  des  fontai- 
nes s'élevèrent  ;  là  où  rien  de  semblable  n'existait, 
des  constructions  considérables  furent  commen- 


(11  Les  proviBlons  royales,  datées  de  l'année  1611,  qui 
provoquent  au  profit  du  roi  très-chrétien  la  colonisation 
de  cinquante  lieues  de  terrain  le  long  des  côtes  du  Maran- 
bain,  ne  mentionnent  comme  devant  effectuer  cette  co- 
lonisation que  La  Ravardière;  il  est  probable  que  ce  der- 
nier, n'ayant  pas  les  fonds  suffisants,  s'associa  le  sieur 
de  San-iy  et  le  sieur  de  Razilly,  seigneur  des  Hauinelles. 
yoy.  les  pièces  contenues  dans  la  Colleçâo  de  Noiicias 
para  a  historia  das  naçoes  ultramarinus  et  Suntarem 
qitadro  elementar. 


.77 


c  >s,  il  tandis  que  M.  deRazilly,  quittant  momen- 
inément  le  Brésil ,  s'en  allait  vers  Paris  avec 
iv  jeunes  Tupinambas,  qui  devaient  émerveiller 
I  cour  et  se  marier  avec  des  Françaises  (1), 
a  Ravardière  s'unissait   plus  étroitement  que 
jmais  avec  les  Indiens  du  continent.  Il  était 
,  idé  puissamment  dans  cette   œuvre  par   les 
leux  interprètes  Dieppois  Mingno   et  Turçou. 
vC  n'était  rien  à  ses  yeux  que  de  peupler  l'île 
le  Maranham,  il  voulait  connaître  cette  partie 
nagnifique  du  continent  d'où  venaient  ses  alliés. 
Oubliant  les  fatigues  de   ses  anciennes  cam- 
I  Dagnes,  dédaignant  l'ardeur  du  climat,  il  s'a- 
,'ança  de  son  propre  aveu  à  trois  cents  lieues 
lans  la  terre,  et  il  envoya  à  la  découverte  dans 
nie   diitre    direction  M.    de   Pisieux.   La   Ra- 
■',  vardière    était    instruit    en  cosmographie;    il 
Stait  familier  avec  l'usage  des  instruments  nau- 
i  iques;  il  avait  pris  de  nombreux  dessins  d^es 
ieux  lointains  visités  par  lui  :  c'est  une  perte 
3ipn   ficheuse  pour   la   science  que   celle   de 
;e^  papiers,  et  elle  est  d'autant  plus  regret- 
:dlile  que,  ne  se  contentant  pas  d'avoir  exploré 
e   Maranham,  i!   ne  fut   pas    plus  tôt   remis 
i'une  maladie  dangereuse,  qu'il   se  transporta 
.  îu  Para  avec  plusieurs  Français,  et  commença  en 
i'ègle   l'exploration  du    fleuve   des  Amazones, 
Dette  ardeur  de  découvertes  lui  devint  en  réa- 
lité fatale.  Parvenu  dans  ces  parages,  il  excita 
'inquiétude  de  Martin  Soarès,  qui  était  accré- 
lité  par  le  gouvernement  espagnol  pour  exa- 
miner le  fleuve  et  s'opposer  aux  entreprises  que 
es   étrangers  du  nord  pourraient  former  par 
cette  voie  contre  le  Pérou  ;  l'alarme  fut  immé- 
diatement donnée.   Interrompant  brusquement 
son  exploration,  La  Ravardière  dut  revenir  dans 
la  cité  naissante,  et  s'abriter  sous  le  fort  de 
|Saint-Louis  ;  il  en  donna   le  commandement  à 
,M.  de  Pisieux,  lieutenant  générai,  et  se  ré- 
serva le  commandement  de  la  flottille  qui  était 
mouillée   devant  l'île  de  Maranham;   il  était 
temps  de  prendre  ces  précautions,  mais  elles  de- 
vaient être  inutiles. 

C'était  l'époque  où  D.  Diogo  de  Menezès,  pre- 
mier comte  d'Ericeira,  avait  pourvu  à  la  coloni- 
sation du  Piauhi  et  du  Ceara  avant  de  retourner 
en  Europe  ;  toutes  ces  régions  du  nord,  délaissées 
d'abord,  préoccupaient  le  gouvernement  espa- 
gnol. Diogo  de  Campos  et  Hieronymo  d'Albu- 
querque  reçurent  l'ordre  d'effectuer  la  conquête 
de  la  colonie  naissante  fondée  par  les  Français. 
Après  mille  difficultés,  nées  surtout  d'une  marche 
forcée  à  travers  une  région  déserte ,  ils  opérè- 
rent leur  jonction  au  mois  d'août  1614,  devant 
IHle  de  Maranham  ;  mais  ayant  été  abandonnés 
par  beaucoup  d'Indiens  et  voyant  de  q>i^elles 
ressources  militaires  pouvaient  disposer  les  Fran- 
çais, ils  résolurent  de  temporiser  et  bâtirent  le 


LA  RAVARDIÈRE  578 

fort  de  Guaxeriduba,  dans  le  but  très-probable 
de  bloquer  la  nouvelle  colonie.  Inquiet  de  ce 
voisinage  inattendu,  La  Ravardière  résolut  d'at- 
taquer les  Portugais  et  de  les  déloger  de  leur 
position;  A  la  tête  de  deux  cents  Français  et 
de  quinze  cents  Indiens  de  la  nation  des  Tupi- 
nambas, il  présenta  le  combat  à  Jeronymo 
d'Albuquerque,  dans  la  matinée  du  19  novembre 
1614.  Les  forces  de  ce  dernier  étaient  moins 
considérables  que  les  nôtres,  et  toutefois,  malgré 
des  prodiges  de  vale^'  1  F  çais  succom- 
bèrent. Voyant  que  l'avant;  ;la  journée  ne 
leur  demeurait  pas,  leurs  saii^\4;es  alliés,  battant 
des  mains,  selon  leur  antique  coutume,  s'enfuirent 
dans  les  forêts  en  entonnant  le  chant  lugubre  de 
la  retraite.  Le  jeune  de  Pisieux,  qui  avait  com- 
mandé l'attaque  si  valetireusement,  venait  d'être 
lue,  et  les  Français  avaient  perdu  avec  lui  cent 
quinze  hommes,  tandis  que  les  Portugais  ne 
comptaient  de  leur  côté  que  onze  morts.  Com- 
prenant, trop  tard,  qu'il  ne  pouvait  se  maintenir 
dans  sa  position,  La  Ravardière  entama  immé- 
diatement des  négociations  avec  Albuquerque 
et  Campos  ;  il  s'agissait  simplement  d'abord 
d'enterrer  les  morts.  Bientôt  des  rappoits  de 
courtoisie  du  caractère  le  plus  chevaleresque 
s'établirent  entre  les  deux  camps  ;  il  fut  convenu 
entre  Albuquerque  et  La  Ravardière  que  pour 
l'occupation  définitive  du  pays,  on  s'en  rappor- 
terait à  la  décision  des  deux  couronnes  ;  le  ca- 
pitaine de  Pratz  partit  pour  Paris  en  compagnie 
de  Gregorio  Fragoso,  qui  avait  reçu  ses  instruc- 
tions du  capitâo  mor,  et  Diogo  de  Campos  se 
dirigea  sur  Lisbonne  avec  un  officier  français 
nommé  Mathieu  Maillard  (1).  Quelques  mois  s'é- 
taient écoulés,  lorsque  Jeronymo  d'Albuquerque, 
ayant  reçu  de  nouveaux  renforts,  intimait  à  La 
Ravardière  l'ordre  de  lui  remettre  les  ou- 
vrages militaires  qu'il  avait  élevés  dans  l'île  de 
Maranham  ;  sentant  probablement  qu'il  ne  serait 
pas  soutenu  par  la  cour,  puisque  déjà  du  vivant 
de  M.  de  Pisieux  il  était  question  de  substituer 
cet  officier  catholique  an  vieux  soldat  protes- 
tant, La  Ravardière  se  décida  à  ne  pas  prolonger 
plus  longtemps  son  séjour  dans  la  colonie,  qu'il 
ne  pouvait  plus  défendre.  On  était  au  milieu 
de  l'année  1615.  La  Ravardière  demanda  un 
délai  de  cinq  mois  pour  s'éloigner  définitivement 
du  Brésil,  et  stipula  qu'il  recevrait  une  indemnité 
pour  les  constructions  qu'il  laissait  dans  l'île,  où 
en  effet  des  bâtiments  considérables  s'étaient 
déjà  élevés.  Ces  conditions  ayant  été  acceptées, 
il  remit  immédiatement  à  l'autorité  portugaise  le 
fort  d'itapary  ou  de  S.-Jozé,  qui  s'élevait  de- 
vant le  fort  de  Guaxenduba.  Trois  mois  ne  s'é- 
taient pas  écoulés  que  l'arrivée  subite  de  Diogo 
de  Campos,  avec  sept  navires  et  neuf  cents 
hommes  de  débarquement,  hâtait  la  sortie  des 


(1)  F'oy.  à  ce  sujet  les  lettres  de  Malherbe  et  la  cor- 
respondance manuscrite  de  Peiresc;  l'arrivée  des  Tu- 
pinnmbas  et  leur  baptême  furent  un  véritable  événe- 
ment. 

NOUT.  BIOGR.   GÉNÉR.   —  T.   XXIX. 


(1)  Le  capitaine  Maillard,  qui  s'était  distingué  à  la 
lournée  du  19  novembre  1614,  était  de  la  ville  de  Salnt- 
Malo;  par  l'ordre  de  La  Ravardière  11  avait  exploré  l'in- 
térieur du  Maranbaro. 

19 


579  LA  RAVARDIÈRE 

Français  de  l'île.  Ils  durent  évacuer  la  colonie 
naissante ,  avec  la  vie  sauve  et  en  conservant 
les  biens  qu'ils  avaient  pu  acquérir;  l'embar- 
quement général  des  troupes  et  des  colons  eut 
lieu  le  3  novembre  1615,  et  le  fort  de  Saint-Louis, 
qui  a  imposé  son  nom  à  la  capitale  du  Maran- 
ham,  venait  d'être  remis  solennellementà  Alexan- 
dre de  Moura,  qui  se  trouvait  alors  investi  du 
commandement  supérieur. 

L'ancien  lieutenant  général  de  Louis  XllI 
dans  les  terres  antarctiques  ne  s'embarqua 
pas  avec  ses  compatriotes.  Au  commencement 
de  1616,  il  accompagna  Alexandre  de  Moura  à 
Pemambuco,  etde  là  passa  à  Lisbonne,  d'où  il  fit 
voile  pour  la  France  (1).  La  Ravardière  résidait 
parfois  à  Saint-Malo,  où  probablement  il  prenait 
part  aux  expéditions  maritimes  qui  sortaient 
de  ce  port.  En  1621  il  fut  nommé  par  ceux  de 
La  Rochelle  vice-amiral  de  la  flotte  protestante. 
Il  avait  conservé  les  relations  les  plus  intimes 
avec  Razilly  :  il  était  en  1629  vice-amiral  de  ce 
brave  marin,  lorsqu'il  alla  tenter  au  Maroc  le 
rachat  des  esclaves  chrétiens.  Ferdinand  Deinis. 

Adoifo  (le  \arnhvtgeu,  /Jistoria  gérai  do  flraz-il;  yi^- 
ririd,  1854,  t.  I.  —  Warden,  L'Jrt  de  vérifier  les  dates. 

—  Uiogo  de  Carnpos,  Memoria  para  a  fiistoria  do  Ma- 
rankum,  d^ns  la  Colleccdo  de  Noticias,  t.  I.  —  Abreu 
etUms,  Synopsis.—  Fcrdin.ind  Denis,  Brésil.  —  Laurent 
Fréjus,  f^oyage  au  Maroc.  —  Ives  d'Évreux,  Voyage  au 
Brésil.  —  Claude  d'ALbeville,  id.  —  Santareni,  Quadro 
elemcntar.  —  Le  Mercure  français .  —  Haag,  Latrance 
Protestante,  mu  mot  Latouche. 

LARBER  (  Giovanni  ),  médecin  italien,  né  en 
t703,  à  Crespano,  mort  le  14  mai  1761,  à  Bas- 
sano.  Sa  famille  était  originaire  du  Tyrol  méri- 
dional. Il  étudia  la  médecine  à  Padoue  et  à  Rome, 
et  l'exerça  depuis  I737àBassano.Ses  principaux 
ouvrages  sont  :  Trattato  .<;opra  le  moite  Acque 
che  da'  monti  discendono  in  Eventa,  inséré 
dans  VAtlante  storico  d'Albrizzi  ;  — Discorsi 
epistolari  sopra  i  fuochi  di  Loria;  Venise, 
1756,  in-4°  ;  —  Anatomia  Chirurgica ;  Venise, 
1758,  3  vol.,  fig.,  traduite  de  Palfin  d'après 
l'édition  d'Antoine  Petit;  —  Principii  di  Chi- 
rurgia;  MA.,  1755,  in-12,  trad.   de  La  Paye; 

—  La  ChiTc  .  jia  compléta  seconda  il  Sisiema 
de'  moderni  ;  Bassano,  1758,  2  vol.  in-12; 
5"^  édi:»).,  ibid.,  1824;  trad.  de  La  Paye.  Entre 
autres  <euvres  inédites ,  il  a  laissé  un  Corso 
compléta  di  Medicina  pratica. 

Son  fils,  Lareer  (  Antonio-Nicolo-Alvaro), 
né  en  1739,  à  Bassano,  où  il  est  mort,  en  1813,  a 
également  pratiqué  la  médecine,  et  a  publié  : 
Ricerche  sopra  le  Febbri;  Bassano,  1787, 
3  vol.  in-80,  trad.  de  l'anglais  de  W.  Grant 
avec  des  observations  originales.  K. 


LARCHER 


58 


(1)  La  Ravardière  ne  put  jamais  complètement  ou- 
blier les  relions  magnifiques  de  l'Amazonie,  qu'il  avait 
jadis  explorées,  et  11  prétendit,  quelques  années  plus  tard, 
aller  fonder  une  nouvelle  colonie  dans  le  voisinage  du 
Para.  La  Bib.  Imp.  de  Paris  renferme,  sous  le  n°  9350,  des 
pièces  positives,  qui  attestent  un  commencement  d'exé- 
cution ;  c'est  une  lettre  patente  de  Louis  XIJI  nommant 
MM.  La  Ravardière  et  Lendriers  ses  lieutenants  gé- 
néraux depuis  le  Qeuve  des  Amazones  jusqu'à  l'Ile  de  La 
ïrtnlté, 


P'ita  e  Opcre  di  Antonio  Larber;  182B.  —  A.  Albrizz 
atlante  storico,  XXI.  —  B.  Gamba, Bassanesi  illustri. 
Nuovo  Dizionario  Istorico,  IX. 

LARCHANT  (  Nicolas  de  Grimonville  ) 
poète  latin  moderne,  né  vers  1666,  à  Bayeuj 
mort  en  mars  1736,  à  Vaux-snr-Seulle.  Pe 
après  qu'il  eut  été  ordonné  prêtre,  il  fut  nomm 
principal  du  collège  de  Bayeux  (1690  )  ;  il  com 
posa  la  plupart  des  tragédies  latines  et  française 
que  ses  écoliers  représentaient  à  la  lin  des  cias 
ses,  et  ce  fut  même  la  liberté  qu'il  se  donna  d 
caractériser  les  chanoines  et  l'évêque  de  Bayeu 
qui  le  fit,  en  1706,  interdire  de  ses  fonctions, 
alla  prendre  alors  possession  de  la  cure  ç 
Vaux,  située  aux  environs  de  cette  ville.  On 
de  lui  :  Philotanus,  s.  d.  (  1720  ),  in-12,  trat 
en  vers  latins  du  fameux  poëme  de  l'abbé  è 
Grécourt  ;  —  une  Géographie  ancienne, 
Vie  des  Saints  en  vers  latins,  des  Sermons  < 
quantité  de  pièces  fugitives  inédites.  K. 

Moréri,  Dict.  Histor. 


Quérard,  La  France   Litté 

LARCHER  (Pierre- Henri),  helléniste  frat 
çais,  né  à  Dijon,  le  12  octobre  1726,  mort  à  P 
ris,  le  22  décembre  1812.  Issu  d'une  ancieuE] 
famille  dérobe  et  fils  d'un  conseiller  au  burea| 
des  finances ,  il  fut  destiné  à  la  magistraturej 
mais  sa  vocation  l'entraîna  vers  une  autre  caij 
rière.  Après  avoir  terminé  ses  humanités  chfj 
les  jésuites  de  Pont-à-Mousson,  il  vint,  vers  l'âg 
de  dix-huit  ans,  s'établir  à  Paris,  dans  le  coUég 
de  Laon,  où  il  pomsuivit  tranquillement  s( 
études.  H  avait  perdu  son  père  de  bonne  heun 
Sa  mère,  qui  blâmait  sévèrement  sa  détermina 
tion,  ne  lui  faisait  qu'une  pension  de  cinq  cent 
livres.  Il  vivait  sur  cette  modique  somme,  et  trou 
vait  même  moyen  de  satisfaire  ses  goûts  de  bi 
bliophile.  Quelques  années  plus  tard,  voulant  v 
siter  l'Angleterre,  il  vendit  ses  livres  pou r  subveni 
aux  frais  du  voyage.  11  savait  très-bien  l'anglai 
et  de  1750  à  1762  il  traduisit  divers  ouvrages  d 
Pope,  de  Swift,  de  Pringle,de  Home.  Plus  avid 
de  savoir  que  de  réputation,  il  publia  ces  traduc 
lions  sous  le  voile  de  l'anonyme.  Il  ne  se  nomm 
pas  non  plus  en  lête  de  sa  version,peu  élégante 
mais  exacte,  de  l'Electre  d'Euripide.  Saremar 
quable  traduction  des  ^înozn'i  de  Chéréas  et  d 
Callirhoé  parut  aussi  anonyme.Ce  travail  annor 
çait  un  helléniste  distingué.  Si  le  style  manque  d 
légèreté ,  les  notes  sont  toujours  instructives  e 
souvent  agréables  ;  on  y  lit  avec  plaisir  la  f ra 
duction  des  épigrammes  grecqiies  publiées  pou 
la  première  fois  par  d'Orville  dans  son  commen 
taire  sur  Chariton.  Larcher  semblait  tout  cntir 
à  ses  paisibles  études  sur  l'antiquité  grecque 
lorsqu'il  se  trouva  engagé  dans  une  polémiqin 
avec  Voltaire,  qui  venait  de  publier  la  l'hiloso 
phie  de  l'Histoire.  Quelques  ecclésiastiques 
amis  de  Larcher,  le  pressèrent  de  réfuter  les  as- 
sertions hasardées  ou  tout  à  fait  fausses  dont  c< 
livre  est  rempli  ;  il  y  consentit,  et  fit  paraître  sor 
Supplément  à  la  Philosophie  de  l'Histoire, 
opuscule  excellent  pour  le  fond ,  mais  lourde- 
ment écrit.  Voltaire,  qui  ne  pouvait  conteste] 


81 

érudition  de  son  adversaire,  l'accabla  de  sar- 
asmes  plus  grossiers  que  piquants,  dans  une 
icétie  intitulée  :  Défense  de  mon  Oncle.  Lar- 
her  répliqua  par  une  Réponse  à  la  Défense  de 
ion  Oncle  ;  puis  il  eut  le  bon  etjprit  de  com- 
rendre  que  pour  la  plaisanterie  sarcastique  il 
e  pouvait  lutter  contre  Voltaire ,  et  il  cessa 
msquement  la  polémique.  Voltaire  reconnut 
lus  tard  ses  torts,  et  désira  les  réparer  en  soUi- 
itant  pour  Larcher  une  place  à  l'Académie  des 
îscriptions.  Des  amis  communs  le  prièrent  de 
abstenir  d'nne  démarche  inutile  :  le  savoir  de 
archer   suffit  pour  lui  ouvrir   l'Académie,  le 

0  mai  1778.  Trois  ans  plus  tôt  cette  compagnie 
vait  couronné  son  Mémoii-e  sur  Vénus,  tra- 
lail  remarquable,  digne  de  figurer  à  côté  des 
[elles  études  de  Heyne  et  de  Winckelmann ,  sur 
archéologie  mythique.  Sa  traduction  de  VAna- 
\ase  ou  V Expédition  du  jeune  Cyrus  de  Xé- 
tophon,  publiée  un  peu  plus  tard,  n'a  que  le  mé- 
ite  d'une  exacte  intelligence  du  texte;  elle  ne 
end  ni  la  grâce  facile  ni  l'élégante  sirapHcité  de 
^original.  Ces  deux  ouvrages  de  courte  haleine 
vaient  été  pour  Larcher  comme  le  délassement 
'une  œuvre  beaucoup  plus  importante.  Invité 
lar  des  libraires  de  Paris  à  revoir  une  traduc- 
ion  manuscrite  d'Hérodote,  laissée  par  l'abbé 
tellanger,  il  trouva  cette  version  si  imparfaite, 
[u'il  résolut  d'en  faire  une  nouvelle.  Il  se  prépara 
tarde  longues  études  à  cette  difficile  entreprise. 

1  commença  par  coUationner  le  texte  d'Hérodote 
ur  les  manuscrits  de  la  Bibliothèque  royale; 
)uis  il  recueillit  dans  les  écrivains  anciens,  dans 
BS  voyageurs  et  les  critiques  modernes,  tout  ce 
[ui  pouvait  éclaircir  les  obscurités  de  cet  auteur, 
întin,  après  quinze  ans  de  travaux  préparatoires, 
I  fit  paraître  en  1786  sa  traduction  accompagnée 
l'un  volumineux  commentaire,  qu'il  enrichit  en- 
;ore  et  corrigea  dans  une  seconde  édition.  La 
;éographie  et  la  chronologie  avaient  été  surtout 
'objet  de  ses  minutieuses  recherches.  Cet  ou- 
n^age,  d'abord  trop  loué,  aujourd'hui  trop  dé- 
laigné,  est  un  des  monuments  les  plus  considé- 
ables  de  l'érudition  française  au  dix-huitième 
iiècle.  Sans  doute  la  traduction  ,  quoique  géné- 
•alemeut  exacte,  laisse  beaucoup  à  désirer.  Le 
style  lourd  et  terne  de  Larcher  est  tout  l'opposé 
le  la  diction  vive  et  naturellement  élégante 
l'Hérodote,  et  ne  permet  pas  même  de  soupçon- 
ler  ce  délicieux  mélange  de  naïveté  et  de  finesse 
jui  constitue  l'originalité  de  l'historien  grec. 
Wais  telle  est  la  difficulté  de  faire  passer  en  fran- 
çais cette  antique  beauté,  qu'il  faut  être  indul- 
gent pour  un  traducteur  qui,  incapable  de  rendre 
a  forme  de  son  auteur,  nous  en  a  du  moins  fidè- 
lement transmis  le  sens.  Son  commentaire  est 
sncore  bon  à  consulter  quoique  une  connaissance 
plus  complète  de  l'Orient  et  de  l'Egypte  ait  jeté 
sur  les  récits  d'Hérodote  une  lumière  inattendue. 
Si  sa  critique  manque  de  profondeur  et  de  n  u- 
veauté,  elle  est  judicieuse  et  appuyée  sur  un 
savoir  étendu  et  scrupuleux.  Pendant  que  Lar- 


LaRCHER  582 

cher  s'occupait  de  la  révision  de  son  Hérodote, 
la  révolution  éclata.  11  eut  peu  à  souffrir  de  la 
tourmente.  Malgré  ses  opinions  religieuses  et 
politiques  très-opposées  au  nouvel  état  de  choses, 
il  fut  un  des  hommes  de  lettres  qui  reçurent  du 
gouvernement  républicain  des  secours  et  des  en- 
couragements. Le  décret  du  3  janvier  1795  lui 
alloua  une  somme  de  3,000  livres.  S'il  ne  fut  pas 
compris  dans  la  première  formation  de  l'ïnstiîut, 
il  y  entra  presque  aussitôt  (juillet  1796)  à  la 
place  de  M.  Silvestre  de  Sacy,  démissionnaire. 
Lors  de  la  réorganisation  de  l'Institut ,  sous  le 
consulat,  il  fit  partie  de  la  troisième  classe,  qui 
correspondait  à  l'ancienne  Académie  des  Ins- 
criptions. Quand  l'université  impériale  fut  cons- 
tituée, le  grand-maître  Fontanes  le  nomma, 
6  mai  1809,  professeur  de  littérature  à  la  Faculté 
des  lettres.  Comme  le  vieil  helléniste  s'excusait 
sur  son  grand  âge,  Fontanes  le  dispensa  de  faire 
son  cours,  et,  sur  sa  demande,  lui  donna  Bois- 
sonade  pour  suppléant.  Larcher  écrivait  à  cette 
occasion  à  son  ami  Wyttcnbach  :  «  Vous  me 
demandez  comment  je  me  porte  ,  et  ce  que  je 
deviens.  Je  me  porte  aussi  bien  que  peut  se 
porter  un  homme  de  quatre-vingt-quatre  ans. 
Apprenez  de  plus  que  je  viens  d'être  fait  doc- 
teur es  arts  dans  la  nouvelle  université  impé- 
riale; mais  il  me  faut  vous  avertir  qu'il  y  a 
grande  différence  entre  docte  et  docteur,  et  que 
l'on  peut  être  fort  bien  l'un  sans  l'autre.  Si  vous 
en  douiez,  regardez-moi.  En  même  temps  j'ai 
été  nommé  professeur  de  littérature  grecque,  et 
comme  je  ne  puis  exercer  par  moi-même,  l'on 
m'a  donné  un  suppléant.  »  Cette  vieillesse  ho- 
norée et  paisible  se  prolongea  encore  trois  an-* 
nées,  et  Larcher  s'éteignit  presque  sans  souf- 
france, à  l'âge  de  quatre-vingt-six  ans. 

On  trouve  dans  les  Variétés  littéraires  de 
M.  de  Sacy  quelques  traits  qui  achèveront  de 
peindre  la  physionomie  du  vénérable  helléniste  : 
«  J'ai  connn  M.  Larcher  dans  les  derniers  temps 
de  sa  vie ,  dit  M.  de  Sacy.  Je  crois  le  voir  encore 
avec  son  costume  antique,  son  air  sévère  et  le 
siècle  presque  entier  qui  pesait  i^u-i'^a  tête.  Qu'il 
me  paraissait  vieux  !  On  était  sûr  de  le  rencon- 
trer tous  les  jours,  à  la  même  heure,  >,3sis  au 
pied  d'un  même  arbre  dansles  jardins  du  Luxem- 
bourg, en  compagnie  de  sa  bonne,  presque  aussi 
vieille  que  lui.  Ancien  universitaire,  M.  Larcher, 
par  une  simplicité  que  j'aime,  avait  conservé 
l'habitude  de  se  donner  congé  tous  les  jeudis; 
et  ce  jour  de  congé  il  le  passait  dans  les  ma- 
gasins de  MM.  de  Bure,  à  causer  avec  eux  des 
nouvelles  de  la  république  des  lettres,  ou  à  fu- 
reter, tant  que  ses  forces  le  lui  permirent,  dans 
leurs  rayons  chargés  de  vieux  livres.  Les  jours 
de  jeûne  et  de  pénitence,  M.  Larcher,  devenu 
très-bon  catholique,  avait  inventé  un  moyen  de 
se  mortifier  qui  ne  pouvait  être  bon  que  pour 
lui  seul.  Ces  jours-là  il  ne  lisait  pas  de  grec,  et 
se  réduisait  au  vil  latin  ».  On  a  de  Larcher  :  une 
traduction  de  l'jfiec^re d'Euripide;  Paris,  I7r)î, 

19. 


583  LATICHER  — 

in-12;  —  une  traduction  du  Discours  de  Pope 
sur  la  Poésie  pastorale  ;  dans  les  Lettres  d'une 
Sociélé;  Paris,  1751,  inl2  ;  —  trad.  des  Trans- 
actions philosophiques  de  la  Sociélé  royale 
de  Londres  (avec  Roux ,  Buffon ,  Daubenton  )  ; 
dans  le  second  volume  de  la  Collection  Acadé- 
mique ;  Paris,  1755;  — trad.  du  Martinus 
Scriblerus  de  Pope  et  d'un  discours  de  Swift; 
Paris,  1755;  —  trad.  des  Observations  sur  les 
Maladies  des  Armées  de  Pringle;  Paris,  1755, 
177 1 ,  in-  ;  —  trad.  de  V Essai  sur  le  Blanchi- 
ment des  Toiles  de  Home;  Paris,  1762,  in-12; 

—  trad.  de  Chéréas  et  de  Caltirhoé,  de  Chari- 
ton,  Paris,  1763,  2  vol.  in-12  ;  réimprimée  dans 
les  tomes  VIII  et  IX  de  la  Bibliothèque  des  Eo- 
mans  grecs  ;  —  trad.  de  l'Essai  sur  le  Sénat 
romain,  de  Chapman;  Paris,  1765,  in-12;  — 
Supplément  à  la  Philosophie  de  l'Histoire; 
Paris,  1767,  in-8°;  —  Réponse  à  la  Défense 
de  mon  Oncle,  smuie  c?e  V  Apologie  de  Socrate, 
traduite  de  Xénophon  ;  1767,  in-8°;  —  Mé- 
moire sur  Vénus  ;  Paris,  1775,  in-  ;  —  trad. 
de  VAnabase  de  Xénophon;  Paris,  1778,  2  vol. 
Jn-12;  —  Histoire  d'Hérodote ,  traduite  du 
grec,  avec  des  remarques  historiques  et  cri- 
tiques, un  Essai  sur  la  chronologie  d'Héro- 
dote, et  une  table  géographique  ;  Paris,  1786, 
7  vol.  in-8°;  Seconde  édition,  revue,  corri- 
gée et  considérablement  augmentée,  à  la- 
quelle on  a  joint  la  Vie  d'Homère  attribuée 
à  Hérodote,  les  extraits  de  l'histoire  de  Perse 
et  de  l'Inde  de  Ctésias,  et  le  traité  de  la 
malignité  d' Hérodote,  de  Plutarque,  le  tout 
accompagné  de  notes;  Paris,  1803,  9  vol. 
in-8°;  —  Remarques  critiques  sur  les  Éthio- 
piques  d'Héliodore;  Paris,  1791,  in-18.  On  a 
encore  de  lui  dans  les  Mémoires  de  l'Académie 
des  Inscriptions  :  Sur  les  Vases  Théricléens  ; 
Sur  les  vases  Myrrhins  (tome  XLIII)  ;  —  Sur 
quelques  Epoques  des  Assyriens ,  en  deux 
parties  ;  —  Sur  les  Fêtes  des  Grecs  omises 
par  Castellanus  et  Meursius;  sur  une  Jéte 
particulière  aux  Arcadiens {t.  XLV);  —  Sur 
l'Époque  de  l'expédition  de  Ctjrus  le  jeune; 
sur  Phidon,  roi  d'Argos,  où  l'on  concilie  la 
chronique  de  Paras  avec  la  chronologie 
d'Eusèbe  ;surl'Arckontat  de  Créon{X.  XLVI  )  ; 

—  Sur  les  principaux  Événements  de  Vhis- 
toire  de  Cadmus;  de  l'Ordre  équestre  chez 
les  Grecs  ;  —  Sur  Hermias,  avec  V  Apologie 
d'Aristote  ;  sur  quelqïies  Fêles  des  Grecs  omi- 
ses par  Castellanus  et  Meursius  ;  sur  la 
jSoce sacrée,  ou  la  Fête  du  mariage  de  Jupiter 
avec  Junon  (  t.  XLVIII  )  ;  —  Remarques 
ëtymologiqïces  sur  V Etymologicum  magnum 
(partie  hist.  du  XLVIF)  ;  —  Mémoire  sur  le 
Phénix,  ou  recherches  sur  les  périodes  as- 
tronomiques et  chronologiques  des  Égyptiens 
{Académie  des  Inscriptions  (nouvelle  série), 
t.  I,  1815);  —  Sur  l'Authenticité  de  la  ha- 
rangue de  Démosthène  en  réponse  à  la  lettre 
de  Philippe  (t.  II);  —  Sur  l'Authenticité  de 


LARBIZABAL  584 

l'origine  de  Rome  telle  qu'elle  est  rapportée 
par  Varron  et  par  les  écrivains  grecs  et  ro- 
mains (t.  II);  —  Sur  les  Observations  astro- 
nomiques envoyées  à  Aristote  par  Callisthèm 
(t.  IV).  L.  J. 

Boissonade,  Notice  sur  Larcher,  en  tète  du  Catalogw 
de  sa  Bibliothèque,  1813.  —  Dacier,  Éloge  de  Ijircher, 
d;in.i  les  Mém.  de  l'Acad.  des  Inscript,  (nouv,  série),  t.  V 

LARCHEVÈQUE  (  N***),  sculpteur  français, 
né  en  1721,  mort  à  Montpellier,  en  1778.  Il  passa 
seize  années  de  sa  vie  à  Stockholm,  où  en  176( 
on  lui  avait  demandé  le  modèle  de  la  statue  d( 
Gustave  Wasa,  destinée  à  être  élevée  devant  la 
cathédrale.  Ce  n'était  qu'une  figure  pédestre, 
mais  hientôt  son  auteur  fut  chargé  d'un  groupi 
plus  important,  la  statue  équestre  A&  Gustave- 
Adolphe  qui  décore  la  place  du  château.  Ce: 
deux  statues  colossales  ont  été  fondues  par  ui 
Suédois  nommé  Meier.  Ces  travaux  et  les  ser 
vices  qu'il  avait  rendus  à  l'art  suédois  en  forman 
plusieurs  élèves  de  mérite  lui  valurent  l'ordre  d( 
l'Étoile  polaire,  et  lorsqu'il  revint  en  France,  ei 
1776,  il  reçut  le  cordon  de  Saint-Michel.  Il  n( 
jouit  pas  longtemps  de  cette  distinction,  étan 
mort  deux  ans  après.  E.  B — n. 

j:rchiies  de  VArt  français. 
LARDIER  (JeaH),  théologien  français,  né 
Châteaugontier,  le  26  novembre  1601,  mort  a 
même  mois  de  l'année  1661 .  L'histoire  de  sa  vi 
nous  est  bien  peu  connue  :  tout  ce  que  nous  ei 
savons,  c'est  que,  reçu  profès  de  l'ordre  de  Fon 
tevrault,  le  17  août  1622,  il  exerça  plus  tard  dan 
sa  congrégation  la  chnrge  de  visiteur.  C'étai 
un  infatigable  travailleur  :  il  ne  dormait,  dit-on 
qu'une  nuit  s\ir  trois.  Le  recueil  de  ses  ouvrages 
restés  tous  inédits,  et,  nous  le  croyons  du  moins, 
tous  perdus  aujourd'hui ,  occupait  soixante -troi 
volumes  in-folio.  Est-ce  une  perte  digne  de  grand 
regrets?  Le  t.  XVIII  des  manuscrits  d'Étienn. 
Housseau  (  Bibl.  impér.  )  nous  offre  un  Ion 
catalogue  des  œuvres  de  Lardier,  qu'il  nous  pa 
raît  peu  utile  de  reproduire  ici  :  il  suffit  d'indi 
quer  où  il  se  trouve.  Nous  y  remarquons  un 
Apologie  pour  Robert  d'Arbrissel,  dont  le  P.  d 
La  Mainferme  et  le  P.  Soris  ont,  dit-on,  fa 
usage.  Quoi  qu'il  en  soit,  il  est  vraisemblabl 
que  cette  Apologie  aurait  pour  nous  moins  d'il) 
térêt  qu'un  Inventaire  des  titres  du  collég 
de  La  Flèche,  en  trois  vol.  infol.,  compilatio 
qui  contenait  sans  doute  de  très-utiles  renseigni 
ments  sur  quelques  points  obscurs  de  l'histoii 
d'Anjou.  B.  H. 

Notes  manuscrites  de  l'abbé  Drouin  pour  une  Hii 
du  Coll.  de  Navarre  (Bibl.  Impér.).  —  B.  Hauréau ,  Hii 
Litt.  du  ni  aine  ,  t,  IV,  p.  39. 

LARDiZABAL  {Manuel  de),  homme  pol 
tique  espagnol,  né  vers  1750,  en  Biscaye,  où 
est  mort,  à  la  fin  de  1823.  Après  avoir  fait  part 
du  conseil  suprême  de  Castille  sous  le  règne  c 
Charles  IV,  il  encourut  l'inimitié  du  fameu 
Godoï,  tomba  en  disgrâce,  et  ne  fut  rétabli  dai 
ses  titres  et  emplois  qu'en  1808,  lors  de  l'av 
nement  de  Ferdinand  Vif.  Il   accompagna  < 


585 


LARDIZABAL  —  LARDNER 


586 


jrince  à  Uayonne,  où  il  fut  contraint,  comme 
Tiembre  de  la  junte  nommée  par  Napoléon,  d'ad- 
lérei-  à  la  constitution  qui  établissait  la  royauté 
le  Joseph  Bonaparte.  Il  ne  tarda  pas  à  se  joindre 
'i  l'insurrection,  et  déploya,  soit  à  Madrid ,  soit 
il  Aranjuez ,  beaucoup  d'énergie  pour  soutenir 
i!t  organiser  la  résistance;  mais  quand  il  vit 
lies  idées  de  révolution  s'introduire  parmi  ses 
;ompatriotes ,  il  rompit  avec  les  cortès,  se  retira 
i  Alicante,  et  y  publia  en  1811  une  brochure  in- 
itulée  :  Le  Gouvernement  et  la  Hiérarchie 
TEspagne  vengés.  L'apologie  qu'il  y  fit  des 
principes  absolutistes  faillit  lui  être  fatale  :  après 
ivoir  échappé  à  la  colère  du  peuple,  qui  s'était 
imeuté  contre  lui,  il  fut  arrêté,  conduite  Cadix 
it  destitué  de  ses  fonctions  de  conseiller,  il 
esta  dans  cette  situation  jusqu'à  la  restauration 
le  1814;  à  cette  époque,  Ferdinand  Vil  le  rap- 
)ela  à  la  cour  et  lui  donna  le  ministère  des 
niies.  Impliqué  peu  de  temps  après  dans  une 
ntrigue  de  palais ,  il  fut  arrêté  par  ordre  du 
ci ,  ainsi  que  ses  amis  Abadia  et  Calomarde, 
!t  détenu  pendant  longtemps  dans  la  citadelle 
le  Pampelune. 

Un  général  du  même  nom  et  appartenant  à  la 
nême  famille ,  Joseph  Lardizabal  ,  embrassa 
ivec  ardeur  la  cause  de  l'indépendance ,  et  se  si- 
;nala  au  siège  <ile  Sagonte.  Fait  prisonnier  en 
812  à  la  prise  de  Valence,  il  fut  envoyé  en 
i'rance,  et  subit  une  détention  rigoureuse  à  Vin- 
iennes.  Il  mourut  quelques  mois  après  son  re- 
ouren  Espagne  (1815),  à  l'âge  de  trente-sept 
ms.  P.  L— Y. 

Arnault,  Jay.  Jouy  et  Norvins,  Biogr.  nouv.  des  Con- 
emp. 

liARDNER  (  Nathaniel  ),  théologien  anglais , 
lé  en  1684,  à  Hawkhurst,  dans  le  comté  de 
Cent,  mort  dans  la  même  ville,  le  24  juillet  1768. 
Il  appartenait  à  une  famille  de  dissidents,  et  lit 
son  éducation  à  Londres,  sous  le  docteur  Joshua 
Dldfield,  presbytérien  zélé.  11  alla  ensuite  com- 
pléter ses  études  dans  les  universités  étrangères, 
!t  passa  trois  ans  à  Utrecht,  oii  il  suivit  les  le- 
;ons  de  Grœvius  et  de  Burmann.  Il  retourna  en 
Angleterre  en  1703,  et  se  consacra  dès  lors  pres- 
pue  uniquement  aux  études  théologiques.  A 
l'âge  de  vingt-cinq  ans,  il  débuta  dans  la  chaire 
'évangélique ,  et  fut  successivement  chapelain 
dans  la  famille  de  lady  Treby  et  prédicateur  de 
la  chapelle  de  la  Vieille-Juiverie.  Il  obtint  peu 
ie  succès  à  la  chaire;  mais  ses  traités  lui  valu- 
rent la  réputation  d'un  des  premiers  théologiens 
de  son  temps.  Son  principal  ouvrage ,  intitulé 
Credibility  of  the  Gospel  Bistory  ;  1727-1733- 
11730-1743,  5  vol.  in-8° ,  est  une  des  plus  solides 
iréfutations  des  objections  élevées  contre  l'authen- 
ticité des  Évangiles.  Parmi  ses  autres  traités  on 
remarque:  A  Letter  concerning  the  question: 
wheter  the  logos  supplied  the  place  qf  the 
hiLinan  soûl  in  the  person  of  Jesus-Christ? 
1 7r)9  :  l'auteur  y  professe  nettement  les  doctrines 
unitairiennes  ou  socinienues;  —  The  History 


of  the  Hereties  of  the  first  two  centuries  af- 
ter  Christ,  containing  an  account  of  their 
time ,  opinions ,  and  testimonies  to  the  books 
ofthe  J\ew  Testament  ;  to  which  are  prefixed 
gênerai  observations  concerning  hereties; 
1780.  Les  Œuvres  complètes  deLardneront  été 
publiées  par  Kippis;  1788,  Il  vol.  in-S".    Z. 

Klppls,  Life  of  Nat.  Lardner,  en  tête  de  ses  OEuvres 
complètes.  —  Chalmers,  General  Biogr.  ûict. 

*  LARDNER  (  Diomjsius  ),  mathématicien  et 
écrivain  scientifique  anglais ,  né  à  Dublin ,  le 
3  avril  1793.  Fils  d'un  procureur  (solicitor),  il 
fut  placé  à  l'âge  de  quatorze  ans  dans  l'étude  de 
son  père  pour  s'y  former  aux  affaires.  Mais,  cé- 
dant à  son  goût  pour  les  sciences ,  il  entra  à 
Trinity  Collège,  à  Cambridge,  et  prit  ses  de- 
grés en  1817,  en  continuant  de  résider  à  l'uni- 
versité, comme  un  de  ses  membres,  jusqu'en 
1827.  Dans  cet  intervalle,  il  publia  plusieurs 
traités  de  mathématiques  dans  l'Encyclopédie 
d'Edimbourg  et  l'Encyclopédie  Métropoli- 
taine. Il  donna  devant  la  Société  royale  de  Du- 
blin une  série  de  Lectures  ou  leçons  scientifi- 
ques, pour  lesquelles,  outre  la  rétribution  d'u- 
sage, il  obtint  nne  médaille  d'or.  En  1828  il 
retoucha  ces  leçons,  et  les  publia  en  un  volume 
sous  le  titre  de  «  Traité  de  l'Application  de  la  Va- 
peur »  (Lectures  on  the  Steam- Engine  ).  Cet 
ouvrage,  le  premier  exposé  populaire  des  moyens 
découverts  et  employés  en  mécanique,  eut  beau- 
coup de  succès ,  et ,  amélioré  d'année  en  année 
d'après  les  progrès  de  la  science ,  il  est  aujour- 
d'hui à  sa  neuvième  édition.  Dans  l'une  des 
plus  récentes  il  réfute  une  assertion  que  les 
journaux  d'Angleterre  et  d'Amérique  avaient 
largement  propagée,  à  savoir,  que  le  docteur 
Lardner  avait  affirmé  en  1828  qu'il  serait  im- 
possible de  traverser  l'océan  Atlantique  à  l'aide 
de  la  vapeur;  il  établit  que  justement  il  avait  dit 
le  contraire.  En  1827,  lors  de  l'établissement  de 
l'université  de  Londres,  le  docteur  Lardner,  sur 
l'invitation  de  lord  Brougham  (  qui  bien  que  déjà 
célèbre  n'était  pas  lord  à  cette  époque) ,  accepta 
la  chaire  de  physique  et  d'astronomie,  et  alla 
s'établir  à  Londres,  où  il  publia  un  Discours  ou 
dissertation  sur  les  avantages  de  la  physique, 
et  un  Traité  analytique  de  Ti'igonométrie 
plane  et  sphérique.  11  conçut  alors  le  projet 
d'une  vaste  encyclopédie  populaire,  à  laquelle 
devaient  collaborer  les  écrivains  les  plus  distin- 
gués dans  les  diverses  branches  de  la  science, 
des  arts  et  des  lettres.  Il  obtint  le  concours  des 
premiers  hommes  d'Angleterre ,  Scott,  Southey, 
Mackintosh,  Moore,  Herschell,  Brewster,  Powell, 
Lindley, etc.,  et  l'entreprise  commença  en  1830. 
C'est  de  tous  ces  travaux  réunis  qu'est  résultée 
la  collection  connue  sous  le  titre  de  Lardner's 
Cabinet  Cyclopxdia,  135  vol.  in-12,  1830-1844, 
dont  plusieurs  ouvrages  sont  du  premier  mérite 
et  très-populaires.  Le  docteur  Lardner  y  fournit 
divers  traités  s,mtï Hydrostatique,  la  Pneuma- 
tique, la  Chaleur,  l'Arithmétique  et  la  Géomé' 


587  LARDNER  —  LA 

trie.  De  1830  à  1840  il  fut  souvent  employé, 
par  des  compagnies  de  chemins  de  fer,  à  pré- 
parer des  rapports  qui  devaient  être  soumis  au 
parlement  ;  ce  qui  ne  l'empêcha  pas  de  fournir 
de  temps  en  temps  des  articles  scientifiques  à  la 
Revue  ci' Edimbourg  et  autres  publications  pério- 
diques. En  1840  survint  dans  sa  vie  un  événement 
fâcheux.  Un  procès  lui  fut  intenté  pour  l'enlève- 
mentd'une  femme  mariée.  Il  fut  condamné  à  payer 
au  mari  une  somme  très-considérable,  8,000  liv. 
st.  (200,000  fr.) ,  et,  en  raison  du  scandale  et  de 
la  publicité,  obligé  de  quitter  l'université  de  Lon- 
dres. Après  avoir  passé  quelque  temps  en  France, 
il  résolut  de  faire  un  voyage  aux.  États-Unis.  Sa 
réputation  scientifique  l'y  avait  précédé ,  et  il  fut 
accueilli  avec  distinction.  Il  commença  par  donner 
à  Boston  une  série  de  lectures  ou  leçons  sur 
diverses  branche  des  sciences,  à  cinq  dollars 
pourcliaque  souscripteur.  L'affluence  futconsidé- 
rable;  car  les  Américains,  avec  leur  esprit  pra- 
tique, ont  le  goût  le  plus  vif  pour  les  expositions 
scientifiques.  11  parcourut  ensuite  toutes  les  villes 
un  peu  importantes  de  l'Union,  variant,  suivant 
les  localités,  la  nature  de  ses  leçons,  et  partout 
il  obtint  le  plus  grand  succès  de  réputation  et 
d'argent.  L'auteur  de  cette  notice  se  trouvait 
alors  à  New-York,  et  le  nombre  des  auditeurs 
dépassait  douze  cents  pour  un  de  ces  cours. 
Comme  ils  furent  répétés  souvent  dans  les 
grandes  villes  de  commerce  ou  de  manufactures, 
le  produit  total  a  dû  atteindre  un  million  de 
francs  (200,000  dollars).  Recueillies  plus  tard, 
et  publiées  à  New-York  en  deux  gros  volumes, 
ces  lectures  ont  eu  plusieurs  éditions  successives. 
A  son  retour  en  Europe,  en  1845,  M.  Lard- 
ner  s'établit  à  Paris,  où  depuis  il  a  toujours 
résidé.  Ses  travaux  n'y  ont  rien  perdu  de  leur 
activité.  En  1850  il  publia  un  ouvrage  très- 
soigné  sur  les  chemins  de  fer,  intitulé  :  Railway 
Economy.  En  1851  il  écrivit  pour  le  London 
Times  une  série  d'articles  relatifs  à  la  grande 
exposition,  réunis  depuis  en  volume.  Il  entre- 
prit ensuite  une  série  de  cours  élémentaires, 
sous  le  litre  de  :  Manuel  de  Physique  et  d'As- 
tronomie, dont  la  seconde  édition  en  6  vo- 
lumes a  paru  en  1855.  H  commença  en  1853, 
sous  le  titre  de  :  Muséum  of  Science  and 
Art ,  une  autre  série  de  petits  volumes  à  très- 
bon  marché  sur  les  diverses  parties  de  la  science 
et  leurs  applications  aux  arts  et  à  l'industrie. 
Celte  série  est  complète  aujourd'hui,  en  12  vo- 
lumes in-12,  et  il  y  traite  successivement  des 
planètes ,  comètes,  tremblements  de  terre,  vol- 
cans, télégraphie  électrique,  horlogerie,  chemins 
de  fer,  navires  à  vapeur,  machines  etc.,  et,  sous 
le  titre  de  Common  Things ,  il  y  développe  di- 
verses questions  de  physique  sur  l'air,  l'eau, 
la  chaleur,  etc.  «  C'est  un  des  ouvrages,  dit  sir 
David  Brewster  dans  la  North  British  Beview, 
les  plus  intéressants  et  les  plus  utiles  qu'on  ait 
publiés  pwjr  l'instruction  scientifique  de  toutes 
les  classes  de  la  société.  »  De  1854  à    1856,  le 


RENAUDIÈRE 


58t 


D"^  Lardner  a  publié,  en  format  in-8",  les  traité 
suivants,  anciens  ou  nouveaux  ,  avec  un  granc 
nombre  d'illustrations  :  Manuels  de  Physique 
de  Pneumatique,  d' Hydrostatique,  delà  Cha 
leur,  d'Optique,  de  Mécanique ,  d'Éleclri 
cité,  de  Magnétisme  et  d'Acoustique.  Le  doc 
leur  Lardner  est  un  des  savants  qui  ont  le  plu: 
contribué  à  populariser  la  science.  J.  Chanut 
lUen  ofthe  Time,  —  Biography  {English  Cyclopœdia] 
—  Notes  partinilléres. 

LA  REiL.%NDiKRE  (  René  Brion  DE  ),  chiiur 
gien  français ,  né  à  Thouars,  vers  la  fin  du  sei 
zième  siècle.  Il  exerça  sa  profession  dans  sa  vill 
natale,  et  écrivit  un  ouvrage  curieux  intitulé 
Anatomie,  en  vers  français,  contenant  l'Os 
téologie,  Myologie  et  Angéiologie;  Chinon 
1668,  in-12,  et  publié  par  les  soins  de  son  fils 
<<  On  ne  peut  qu'être  étonné ,  dit  Jouyneau  de 
Loges  à  ce  sujet ,  de  la  patience  de  l'auteur 
faire  cinq  ou  six  mille  vers ,  tels  quels ,  mai 
tous  alexandrins ,  pour  décrire  toutes  les  partie 
de  la  frêle  et  compliquée  machine  humaine 
Je  me  contenterai  de  remarquer  qu'il  y  compt 
244  os  ,  savoir  59  dans  la  tête.  Cl  dans  le  tronc 
62  aux  deux  bras,  et  autant  aux  deux  jambes 
René  Brion  prétend  ,  dans  sa  prélat  ? ,  que  le 
élèves  peuvent  apprendre  une  science  plus  faci 
lement  en  vers  qu'en  prose,  les  préceptes  si 
gravant  mieux  dans  la  mémoire.     P.  L — y 

Hist.  Littér.  du  Poitou,  III,  531-532. 

LA    RENACDIE.     Voy.     ReNAUDIE    Ct    FrAN 

çoisii,Toi  de  France. 

LA  RENAcniËRE  (  PhiUppp-François de) 
géographe  français  ,  né  à  Vire,  en  Normandie 
dans  l'année  1781,  mort  en  février  1845.  Il  s'a 
donna  d'abord  à  la  poésie^  et  Chateaubriand  in 
sera  dans  son  Génie  du  Christianisme  ui 
morceau  extrait  d'une  Description  de  la  Fête- 
Dieu  au  hameau,  que  La  Renaudière  avait  com 
posée  bien  jeune  encore.  11  devint  président  di 
tribunal  de  Vire,  et  cessa  ses  chants  poétiques 
S'étant  lié  avec  Malte-Brun,  il  prit,  dans  ses  re 
lations  avec  ce  célèbre  géographe,  le  goût  de  h 
géographie,  et  quitta  la  magistrature  pour  s'a- 
donner à  cette  science.  Ses  principaux  écrits 
sont  :  Dissertatio  de  Alpibus  ab  Annibalt 
superatis;  Paris,  1823,  in-8°;  sur  un  passage  di 
Tite-Live;  —  Notice  sur  la  rivière  de  Mexico, 
suivie  d'un  Coup-d'œil  historique  sur  le. 
derniers  événements  qui  s'y  sont  succédé  dC' 
puis  1810;  Paris,  1824,  in-8°;  —  Voyagi 
dans  le  Timani,  le  Kouranko  et  le  Souli 
mana,  par  le  major  G.  Laing,  trad.  de  l'anglais 
(avec  Eyriès);  1826,  in-8".  Il  a  mis  en  tête 
de  cetle  traduction  un  Essai  sur  les  Progrès 
de  la  Géographie  de  l'intérieur  de  l'Ajriqut 
et  sur  les  principaux  Voyages  de  Découvertes 
qui  s'y  rattachent;  —  Voyages  et  Décow 
vertes  dans  le  nord  et  dans  les  parties  cen- 
trales d'AJrique,  par  Denham ,  trad.  de  l'angl, 
(avec  Eyriès);  1826,  3  vol.  in-8»;  —  Se- 
cond Voyage  dans  l'intérieur  de  l'Afrique. 


589 


LA  RENAUDIÈRE 


depuis  le  golfe  de  Bénin  jusqu'à  Sackatou , 
trad.  de  l'anglais  de  Claperton  (  avec  Eyriès  )  ; 
1829,  2  vol.  in-8°;  —  Coup  d' œil  sur  Vélat  ac- 
tuel de  la  Littérature  anglo-saxonne,  par 
Th.  Wright,  trad.  de  l'anglais  (  avec  le  même  ), 
1836,  in-8=;  —  Mexique;  1843,  in-8°  :  fait 
partie  de  l'Univers  pittoresque.  —  II  a  rédigé, 
avec  MM.  Balbi  et  Huot,  V Introduction  his- 
torique, suivie  d'un  Aperçu  de  la  Géographie 
ancienne,  qui  ^véch\^  Y  Abrégé  de  géographie 
«Hiî;e/'seiZe  de  Malte-Brun;  1837  et  1842,  in-8°. 
Il  a  coopéré  à  la  Décade  philosophique  et  au 
Publiciste,  et  a  été,  avec  MM.  Eyriès,  Malte- 
Brun,  Klajiroth,  Walkenaër  et  Al.  de  Humboldt, 
l'un  des  principaux  rédacteurs-directeurs  des  An- 
nales des  Voyages  depuis  1823;  1826-1839, 
54  vol.  in-8".  On  remarque  de  lui  dans  cet  impor- 
tant recueil  une  Description  de  Poulo-Pinang  ; 
(t.  XIII)  ;  —  une  Notice  sur  le  royaume  de  Ke- 
dah  (ibid.)  ;  —  une  Notice  sur  le  royaume  de 
Mexico  (ibid.);  —  un  Tableau  de  la  Boucharie 
(t.  XXXI).  Ses  articles  dans  la  Galerie  Histo- 
iHque  sont  signés  Ph.,  Ph.  L.  R.  et  D.  L.  Se- 
crétaire de  la  Société  de  Géographie,  La  Renau- 
dière  a  dirigé  le  Bulletin  de  cette  société,  dans 
lequel  i!  a.  inséré  des  analyses  d'ouvrages.  Il  col- 
labora à  la  Revue  britannique,  et  il  a  fourni  des 
notes  au  Voyage  de  Christophe  Colomb,  traduit 
de  Navarette  par  MM.  Ch.  de  Verneuil  et  de  La 
Roquette  Guyot  de  Fère. 

Dnctiments  particuliers.  —  Quérard.ta  France  Litt. 
L4RËVELLIÈRE    DE  LÉPEAUX  (1)   {LOUiS- 

Marie  de),  célèbre  homme  politique  français,  né 
à  Montaigu,  en  bas  Poitou,  le  25  août  1753,  mort 
à  Paris,  le  27  mars  1824.  Il  était  le  dernier  des 
trois  enfants  du  maire  de  Montaigu.  Son  frère 
aîné,  qui  au  moment  de  la  révolution  de  1789 
était  conseiller  au  présidial  d'Angers,  prit  ou- 
vertement ,  mais  avec  beaucoup  de  mesure,  le 
parti  de  cette  révolution,  entra  dans  la  nouvelle 
magistrature,  et  périt  sur  l'échafaud  à  Paris,  pen- 
dant la  terreur,  comme  convaincu  devant  le  tri- 
bunal révolutionnaire  de  fédéralisme  et  de  mo- 
dérantisme.  A  la  même  époque,  leur  sœur,  ca- 
tholique ardente  et  royaliste  dévouée,  se  faisait 
remarquer  de  son  côté  par  le  courage  avec  le- 
quel elle  exposait  sa  fortune  et  sa  tête  pour 
sauver  une  fouie  de  chefs  vendéens  et  de  prêtres 
compromis  dans  la  guerre  civile  de  l'Ouest.  Pour 
lui,  attaché  dès  sa  jeunesse  aux  idées  philoso- 
phiques et  républicaines  ,  disciple  fervent  de 
J.-J.  Rousseau,  admirateur  de  la  liberté  anglaise 
et  de  la  nouvelle  société  américaine,  il  était  des- 
tiné à  jouer  un  rôle  dans  la  révolution  française 
par  cela  même  qu'elle  éclatait  avant  qu'il  eût 
accompli  le  projet  qu'il  avait  formé  d'aller  vivre 


(1)  D'après  son  acte  de  naissance ,  que  nous  avons  eu 
sous  les  yeux,  11  se  nommait  De  Larevelliére.  Ses  parents, 
pour  le  distinguer  de  son  frère  aine,  lui  donnèrent,  selon 
l'usage  du  temps,  le  nom  de  Lépeaux,  qui  était  celui 
d'un  petit  domaine  de  sa  fiiraiUe.  A  partir  de  la  révolu- 
tion, il  signa  LnrevelUère-Lépeaux. 


-  LAREVELLIÉRE  590 

en  Suisse  ou  aux  États-Unis,  pour  y  chercher 
un  état  social  plus  conforme  à  ses  opinions  et  à 
ses  sentiments.  Bien  qu'entourée  d'affection 
dans  sa  famille ,  l'enfance  de  Larevéllièie  ne  fut 
pas  heureuse.  Né  faible  et  maladif,  il  eut  le  mal- 
heur d'être  confié,  pour  la  première  éducation, 
aux  soins  d'un  prêtre  d'un  extérieur  douce- 
reux, mais  d'un  caractère  irritable  ,  qui  frappait 
souvent  son  élève,  enfant  intelligent,  mais  opi- 
niâtre :  son  épine  dorsale  se  déforma,  et  il  devint 
contrefait.  Après  avoir  poursuivi  et  terminé  ses 
études  au  collège  de  Beaupréau ,  en  Anjou ,  et 
chez  les  oratoriens  d'Angers ,  et  fait  son  droit 
dans  cette  dernière  ville  ,  il  vint  à  Paris  avec  son 
frère  aîné  pour  suivre  le  barreau,  et  se  m.it  à 
travailler  chez  un  procureur.  Mais  son  dégoût 
insurmontable  pour  la  procédure,  et  en  général 
pourla  jurisprudence,  fut  favorisé  par  l'indulgence 
de  son  patron  et  encouragé  par  le  dévouement 
de  son  frère,  qui  travaillait  pour  deux  et  gagnait 
ainsi  leur  double  pension.  Les  langues  vivantes, 
la  philosophie ,  les  arts  furent  à  la  fois  l'objet  de 
ses  actives  préoccupations ,  et  au  bout  de  quel- 
ques années  il  retourna  dans  sa  province,  l'in- 
telligence agrandie  et  cultivée ,  mais  sans  s'être 
fait  un  état.  Ce  désavantage,  joint  à  son  peu  de 
fortune  et  à  l'irrégularité  de  sa  taille,  ne  l'em- 
pêcha pas  de  faire  en  Anjou,  où  il  se  fixa,  un 
mariage  honorable  et  assez  avantageux.  Sa 
femmen'était  qu'une  cadette,  et  ne  lui  apporta  pas 
une  grosse  dot;  mais  elle  avait  une  instruction 
solide  et  variée  ,  et  lui  donna  le  goût  de  l'histoire 
naturelle,  qu'elle  cultivait  avec  ardeur,  et  à  la- 
quelle il  était  jusque  alors  resté  étranger.  Ils  vi- 
vaient à  la  campagne  et  dans  une  obscurité  assez 
complète,  lorsqu'une  société  d'amateurs,  dont 
Larevelliére  faisait  partie,  l'engagea  à  faire  à  An^ 
gers  un  cours  public  de  botanique.  Ce  cours  fitt 
événement,  moins  par  le  fond  de  l'enseignement 
que  par  le  talent  de  parole  qu'il  révéla  chez  le 
professeur.  Il  se  vit  dès  lors  désigné  aux  suffrages 
des  électeurs  ;  car  la  convocation  des  états  gé- 
néraux approchait.  Le  tiers  état  de  la  séné- 
chaussée d'Angers  l'élut  au  même  titre  et  en 
même  temps  que  Volney.  Arrivé  à  Versailles, 
Larevelliére  se  fit  remarquer  dès  les  premiers 
jours  par  sa  vive  opposition  au  parti  de  la  cour, 
et  vota  à  peu  près  |constamment  avec  la  gauche 
de  l'Assemblée  constituante  jusqu'à  sa  dissolu- 
tion. Cependant  on  a  remarqué  plus  tard  une 
prédiction  singulière ,  contenue  dans  un  discours 
où  son  penchant  pour  les  institutions  républi- 
caines était,  du  reste,  fort  clairement  indiqué. 
«  Le  jour,  disait-il,  où  la  France  perdra  son  roi, 
elle  perdra  aussi  sa  liberté.  » 

Larevelliére  se  lia  dès  les  premières  séances 
de  l'Assemblée  constituante  avec  un  député  de  la 
Picardie,  De  Buire  (1),  ancien  officier,  homme 

(1)  Louls-Marie-Nicolas  Pincepré  de  Bnlre,  né  à  Péronne, 
le  15  février  1730,  mort  à  Paris,  le  22  avril  181G,  entra  fort 
jeune  dans  un  régiment  d'artillerie,  et  assista,  à  l'âge  de 
dix-sept  ans,  au  siège  et  à  la  prise  de  Berg-op-Zoom  par 


591 


LAREVELLIÈRE 


âgé  et  d'un  aspect  vénérable,  qui,  prévoyant 
dès  lors  les  déchirements  et  les  proscriptions 
qui  n'arrivèrent  que  trop  vite,  et  remarquant 
l'ardeur  de  son  ami,  lui  prédit  qu'il  serait  pros- 
crit et  le  somma  de  venir  alors  lui  demander 
asile ,  ou  de  renoncer  pour  toujours  à  son  amitié. 
Pendant  l'Assemblée  législative  Larevollière  fut 
élu  juré  à  la  haute  cour  nationale,  plus  tard 
adjudant  général  des  gardes  nationales  dans 
l'ouest,  puis  administrateur  du  département  de 
Maine-et-Loire.  Il  fit  en  cette  qualité  des  tour- 
nées patriotiques  dans  la  Vendée  en  fermenta- 
tion ,  que  lui  et  ses  amis  politiques  essayèrent 
vainement  par  leurs  discours  de  rallier  à  la  cause 
de  la  révolution.  La  Convention  vint  :  Larevel- 
lière  y  fut  élu ,  ainsi  que  ses  deux  plus  intimes 
amis,  Pilastre  et  Leclerc  (de  Maine-et-Loire), 
qui  déjà  avaient  siégé  près  de  lui  aux  étals  gé- 
néraux. Quoique  plein  d'admiration  pour  les  ta- 
lents oratoires  des  Girondins  et  de  sympathie  pour 
les  qualités  aimables  de  beaucoup  d'entre  eux, 
Larevellière  ne  s'associa  cependant  pas  à  leur 
politique,  si  l'on  peut  dire  qu'ils  en  eussent  une. 
Son  attitude  fut  plus  franchement  révolution- 
naire :  il  fit  décréter,  par  représailles  contre  le 
manifeste  du  duc  de  Brunswick,  que  le  peuple 
français  viendrait  en  aide  à  tous  les  peuples  qui 
voudraient  recouvrer  leur  liberté,  et  croyant 
fermement  Louis  XYI  coupable  de  parjure  et  de 
trahison,  il  n'hésita  pas,  dans  le  procès  du  roi,  à 
voter  pour  la  mort,  sans  appel  et  sans  sursis. 
Adveisaire  dès  l'origine  de  la  commune  de  Pa- 
ris et  de  ce  qu'il  appelait  Vexécrable  députa- 
tion  de  cette  ville,  il  croyait  qu'on  ne  pouvait 
combattre  la  Montagne  avec  succès  qu'en  lui 
disputant  le  privilège  de  l'énergie  dans  la  dé- 
fense de  la  révolution,  et  en  effet,  au  10  mars 
J1793,  lors  du  premier  essai  des  montagnards 
pour  se  saisir  du  pouvoir  exécutif,  il  s'attaqua 
corps  à  corps  à  Danton  avec  une  heureuse  au- 
dace, et  fit  échouer  à  lui  seul  sa  tentative.  Mais 
ce  succès  fut  éphémère;  les  propositions  de  la 
Montagne  furent  bientôt  reproduites  et  votées; 
deux  mois  et  demi  plus  tard,  lors  de  la  chute 
des  Girondins,  Larevellière,  qui  se  joignit  à 
Lanjuinais  avec  la  plus  grande  énergie  contre 
ce  coup  d'État  populaire,  fut  réduit  à  protester 
en  s'écriant  :  «  Nous  irons  tous ,  tous  en  pri- 
son !  »  Journellement  reproduites  après  le  31  mai, 
ces  protestations,  qu'il  ne  pouvait  plus  faire  à 
la  tribune  qu'appuyé  sur  les  bras  de  ses  deux 
amis,  épuisé  qu'il  était  parla  maladie  et  les  émo- 
tions, amenèrent  bientôt  contre  lui  un  décret 
d'arrestation ,  presque  aussitôt  converti  en  mise 
hors  la  loi. 

Proscrit  et  fugitif,  Larevellière  trouva  un  prcr 
inier  asile  à  l'ermitage  de  Sainte-Radegonde,  dans 
la  foiét  de  Montmorency,  chez   le  naturaliste 


le  mareclial  de  Lowcndahl.  Larevellière  donne  dans  ses 
Mé7iioirc$  d'iiitércssants'délaUs  sur  cet  homme  respec- 
table. 


592 

Bosc,  courageux  ami  de  M"*  Roland  et  de  tous 
les  Girondins,  dont  le  dévouement  ne  se  démentit 
pas  dans  ces  moments  terribles.  Bientôt,  sommé 
par  De  Buire  de  tenir  sa  promesse,  il  alla  cher- 
cher un  autre  refuge  chez  ce  vieillard  généreux, 
et  n'y  parvint  qu'à  travers  mille  périls.  La  femme 
et  la  fille  de  Larevellière  étaient  alorsdans  l'ouest, 
dans  une  position  non  moins  critique.  La  réac- 
tion qui  suivit  le  9  thermidor  les  sauva  d'abord, 
les  réunit  plus  tard  à  Paris,  et  plus  tard  encore 
ramena  Larevellière  dans  la  Convention.  Plein 
d'éloignement  et  de  défiance  pour  les  thermi- 
doriens et  non  moins  hostile  à  la  léaction  roya- 
liste ,  Larevellière  eut  dès  sa  rentrée  dans  la  vie 
publique  l'occasion  de  défendre  contre  les  excès 
de  cette  double  influence  ses  anciens  persécu- 
teurs de  la  Montagne.  Nommé  membre  de  la 
commission  des  onze,  qui  rédigea  la  constitution 
de  l'an  m,  il  s'y  lia  avec  DaUnou,  dont  il  resta 
jusqu'à  sa  mort  l'admirateur  et  l'ami.  L'un  des 
derniers  présidents  de  la  Convention,  et  premier 
président  du  Conseil  des  Anciens ,  Larevellière , 
quand  eut  lieu  l'élection  des  membres  du  Direc- 
toire exécutif,  fut  nommé  à  l'unanimité  moins 
deux  voix  (1).  Il  hésita  beaucoup  devant  la  res- 
ponsabilité du  pouvoir;  mais  une  fois  qu'il  l'eut 
acceptée ,  il  voulut  rester  à  son  poste  jusqu'au 
bout ,  et  ce  ne  fut  qu'avec  une  peine  infinie 
qu'on  put  lui  arracher  sa  démission  au  30  prai- 
rial an  vu,  journée  qui  près  de  quatre  ans  plus 
tard  vint  terminer  la  véritable  existence  du  Di- 
rectoire. Les  deux  points  auxquels  on  rattache 
le  plus  habituellement  le  nom  de  Larevellière 
dans  la  pohtique  de  ces  quatre  années  sont 
la  théophilanthropie  et  le  18  fructidor.  La  pre- 
mière ne  fut  qu'une  tentative  avortée  pour  réa- 
liser dans  un  culte  public  les  principes  de  la  re- 
ligion naturelle,  et  cette  tentative  ne  pouvait 
guère  manquer  de  se  produire,  à  titre  de  réac- 
tion provoquée  par  les  saturnales  du  culte  de  la 
raison.  Aussi  eut-elle  lieu  bientôt  après  le  9  ther- 
midor et  avant  l'installation  du  Directoire.  Elle 
fut  l'oRuvre  d'hommes  en  général  assez  obscurs, 
et  dont  l'un  au  moins  mérite  d'être  plus  connu  : 
c'était  le  frère  du  célèbre  minéralogiste  Haùy, 
et  l'inventeur  des  procédés  actuels  d'éducation 
des  jeunes  aveugles.  Lorsque  la  constitution  de 
l'an  lii  eut  créé  un  gouvernement  en  apparence 
stable  et  régulier,  les  fondateurs  du  nouveau  culte 
se  tournèrent  vers  le  nouveau  pouvoir  pour  en  ob- 
tenir un  appui ,  sans  lequel  rien  ne  semble  avoir 
le  droit  d'exister  en  France.  Ils  n'auraient  ren- 
contré que  dédain  ou  indifférence  à  peu  près 
complète  sans  Larevellière.  Mais  aux  yeux  de 
celui-ci  la  république  ne  pouvait  se  fonder  que 
sur  la  famille ,  la  famille  que  sur  une  morale  aus- 
tère ,  et  il  ne  pouvait  méconnaître  que  cette  mo- 
rale elle-même  n'avait  de  sanction  possible  que 
dans  le  sentiment  religieux,  exprimé  en  commun 


(1)  La  sienne  et  celle  de  Pilastre,  qu'il  avait  prié  de  ne 
point  voter  pour  Inl. , 


593 


LAREVELLIERE 


594 


par  le  culte.  Ce  culte  il  l'eût  voulu  aussi  simple 
que  possible,  redoutant,  autant  ou  plus  encore 
que  tous  les  hommes  de  cette  époque,  l'influence 
d'un  clergé  fortement  et  hiérarchiquement  cons- 
titué, qui  fait  corps  dans  l'État,  et  qui  devient 
l'arbitre  de  tout  ce  qui  ne  rentre  pas  dans  les 
intérêts  purement  matériels  de  la  société. 

Cette  sorte  de  rationalisme  politique,  comme 
on  l'eût  appelé  plus  tard ,  se  trouve  développé 
dans  un  écrit  qu'il  lut  à  la  classe  des  Sciences 
morales  et  politiques  de  l'Institut,  où  il  avait  été 
appelé  dès  la  formation  de  ce  corps ,  et  qui  fut  à  la 
fois  très-remarque,  comme  émanantd'un  membre 
du  gouvernement,  et  fort  mal  accueilli,  tant  par 
les  amis  de  l'ancien  régime  que  par  ceux  de  la 
révolution,  presque  tous  plus  ou  moins  attachés 
à  la  philosophie  matérialiste  du  dix-huitième 
siècle.  Quant  aux  théophilanthropes ,  qui  sem- 
blaient mettre  cette  doctrine  en  pratique,  Lare- 
vellière,  étranger  à  la  rédaction  de  leurs  petits 
livres,  ne  leur  donna  ni  direction  ni  conseils,  et 
se  contenta  de  les  favoriser  en  leur  faisant  accor- 
der la  jouissance  de  quelques  édifices  publics 
pour  leur  culte  ,  et  en  leur  faisant  obtenir  des 
secours  sur  les  fonds  de  la  police  secrète ,  qui 
n'ont  pas  toujours  eu,  sous  nos  divers  gouver- 
nements ,  une  destination  aussi  exclusivement 
immorale  que  bien  des  gens  le  supposent.  Les 
églises  de  Paris,  abandonnées  et  fermées  depuis 
la  terreur,  souvent  converties  en  magasins  de 
fourrage  ou  d'effets  militaires ,  n'avaient  pas  en- 
core été  rouvertes.  Saint-Su Ipice  et  quelques 
autres  d'entre  elles  devinrent  le  lieu  des  réunions 
décadaircsdes.théophiianthropes, dont  les  progrès 
furent  peu  rapides,  et  que  le  gouvernement  con- 
sulaire supprima  par  un  arrêté,  au  moment  où 
ils  semblaient  prendre  quelque  essor  en  pré- 
sence du  rétablissement  officiel  de  la  religion  de 
l'ancienne  monarchie. 

La  théophilanthropie  devint  à  l'égard  de  Lare- 
vellière  la  source  d'une  foule  de  calomnies,  gros- 
sies de  toute  la  puissance  du  ridicule.  11  était 
membre  d'un  gouvernement  peu  respecté,  comme 
tous  ceux  qui  en  France  ont  dû  laisser  discuter 
leurs  actes  et  affronter  l'assaut  journalier  d'une 
presse  qui  n'était  qu'irrégulièrement  comprimée. 
Aussi,  à  grand  renfort  de  caricatures,  on  fit  de 
lui  un  illuminé,  un  rival  du  pape,  et  le  grand- 
prêtre  d'une  théocratie  nouvelle  ;  car  il  offrait 
peu  de  prise  d'autre  part,  par  la  fermeté  de  son 
attachement  à  la  république,  sa  probité,  et  la 
simplicité  de  sa  vie.  C'était  en  effet  au  Jardin 
des  Plantes,  dans  la  famille  patriarcale  des 
Thoiiin ,  qu'il  passait  le  peu  de  moments  que 
les  Directeurs  pouvaient  dérober  aux  affaires 
publiques;  car  une  activité  excessive  leur  fut 
longtemps  imposée  par  l'épouvantable  désorgani- 
sation dans  laquelle  ils  avaient  trouvé  la  France. 

La  constitution  de  l'an  m  avait  établi  sur  le 
papier  une  république  symétrique  et  rationnelle  : 
la  pratique  vint  bientôt  prouver  que  les  rouages 
n'en  étaient  pas  assez  fortement  trempés  pour 


I  supporter  l'effort  des  passions  violentes  qui  de- 
vaient s'agiter  dans  ce  cercle.  Une  lutte  s'établit 
entre  la  majorité  du  Directoire  et  la  majorité  des 
Conseils.  La  dernière,  modifiée  par  les  élections, 
dérivait  rapifiement  vers  la  mouarchie  ;  la  pre- 
mière, par  devoir  comine  par  intérêt,  tenait 
très-haut  le  drat>eau  de  la  révolution.  Rien  de 
moins  sûrement  établi  cependant  que  cette  ma- 
jorité du  Directoire.  Si  Larevellière  et  Rewbell 
en  faisaient  la  base ,  elle  n'était  maintenue  que 
par  le  concours  de  Barras,  dont  la  défection  eût 
fait  pencher  la  balance  vers  les  Clichiens  s'il 
s'était  réuni  à  Carnot  et  Barthélémy.  C'est  dans 
cette  situation  violente  et  périlleuse,  où  les  deux 
partis  méditaient  l'un  contre  l'autre  une  agres- 
sion extra-constitutionnelle,  le  pacte  social  n'of- 
frant point  d'issue  à  ce  conflit,  que  le  coup  d'État 
du  18  fructidor  fut  résolu.  Il  réussit  comme  tous 
les  autres  ont  réussi ,  mais  comme  palliatif  et 
non  comme  remède;  car  s'il  fît  vivre  la  révolu- 
tion menacée,  il  ne  pouvait  sauver  la  liberté. 
Larevellière  était  alors  président  du  Directoire, 
et  la  cheville  ouvrière  du  gouvernement.  Rew- 
bell et  lui  se  défiaient  au  plus  haut  point  de 
Barras,  sans  pouvoir  s'en  passer.  Celui-ci,  d'ac- 
cord avec  eux  sur  la  nécessité  de  prévenir  l'at- 
taque imminente  des  Conseils,  insistait  ponr 
soulever  les  faubourgs,  ce  qu'ils  repoussaient 
d'une  manière  absolue.  Ce  fut  Larevellière  qui 
fit  prévaloir  l'emploi  de  la  force  militaire,  non 
qu'il  l'aimât,  mais  comme  le  seul  instrument 
dont  on  pût  régler  l'action  et  la  restreindre  au 
but  qu'on  voulait  atteindre.  Aussi  cette  journée 
fut  la  première,  après  tant  de  luttes  sanglantes, 
où  tout  se  passa  sans  désordre  matériel;  mais 
le  prestige,  si  faible  qu'il  fût,  de  l'inviolabilité 
constitutionnelle  demeura  anéanti,  et  le  couran- 
se  reporta  vers  les  passions  anarchiques  avec  R 
même  rapidité  qu'il  s'était  dirigé  jusques  là  vers 
les  maximes  et  les  intérêts  de  l'ancien  régime. 
La  corruption  de  Barras,  les  désastres  de  l'Ita- 
lie, la  stérile  turbulence  du  Conseil  des  Cinq 
Cents  amenèrent  la  journée  du  30  prairial.  La 
chute  de  Treilhard,  Merlin  de  Douay  et  Lare- 
vellière en  fut  !a  conséquence.  Moins  de  cinq 
mois  après,  le  18  brumaire  arriva.  Comme  il 
est  d'usage  quand  une  autorité  est  renversée, 
une  accusation  fut  intentée  contre  les  Directeurs 
déchus.  Larevellière  y  répondit  avec  une  grande 
fermeté,  et  soutint  qu'assailli  avec  violence  par 
les  royalistes  d'abord  et  par  les  anarchistes  en- 
suite, le  Directoire  avait  eu  le  droit  et  le  devoir 
de  défendre  contre  eux  la  république.  Il  termina 
sa  justification  en  disant  que  <'  dans  aucune  cir- 
constance de  sa  vie  il  ne  plierait  son  langage  et 
ses  actions  au  gré  des  partis,  ni  pour  obtenir 
leurs  faveurs  ni  pour  sauver  sa  tête.  »  Les  dé- 
nonciations furent  rejetées,  et  Larevellière  ren- 
tra dans  la  vie  privée.  11  était  resté  membre  de 
l'Institut,  où  une  sorte  d'opposition  philoso- 
phique et  libérale  s'était  maintenue  sous  le  con- 
sulat, quoique  dans  le  remaniement  de  ce  corp$ 


â95 


LAREVELLIÉRE 


596 


la  classe  des  Sciences  morales  et  politiques  eût 
été  supprimée.  Quand  vint  l'enipire  et  que  le 
serment  était  demandé,  Larevellière  le  refusa,  fut 
déclaré  démissionnaire,  et  se  retira  avec  une 
fortune  des  plus  modiques  dans  une  petite  pro- 
priété qu'il  acheta  dans  les  landes  de  la  So- 
logne (1).  11  y  passa  plusieurs  années,  occupé  de 
l'éducation  de  son  fils,  ayant  l'histoire  naturelle 
pour  distraction,  et  recevant  de  temps  en  temps 
la  visite  de  quelques  amis  éprouvés,  tels  que  le 
poète  Ducis.  Revenu  à  Paris  vers  18  lO  pour  sur- 
veiller les  études  de  son  fils ,  il  reçut  de  l'em- 
pereur, par  l'intermédiaire  de  Fouché  et  de 
Daunou,  l'offi'e  d'une  pension,  qu'il  refusa.  Dans 
sa  constante  opposition  à  Napoléon,  n'ayant  pas 
Toté  l'acte  additionnel  dans  les  Cent  Jours,  il  ne 
fut  point  atteint  comme  conventionnel  par  la  loi 
de  bannissement  de  1816,  et  mourut  paisiblement, 
dans  sa  soixante-on/ième  année.  Le  musée  d'An- 
gers, fondé  par  Larevellière,  possède  un  très- 
beau  portrait  de  lui,  ouvrage  de  son  ami  le 
peintre  Gérard.  Le  ciseau  de  David  (d'Angers), 
qui  avait  épousé  sa  petite-fille,  a  aussi  reproduit 
ses  traits  dans  sa  vieillesse. 

Larevellière  a  laissé  des  Mémoires  importants, 
qui  n'ont  pas  encore  été  publiés,  et  qui  manquent 
à  l'histoire  de  la  république  directoriale,  his- 
toire encore  à  faire  malgré  plus  d'une  publica- 
tion récente.  MM.  Thiers  et  de  Lamartine  en  ont 
eu  néanmoins  connaissance,  et  les  citent  dans 
Y  Histoire  de  la  Révolution  et  dans  celle  des  Gi- 
rondins. Outre  un  petit  nombre  d'articles  donnés 
aux  journaux,  Larevellière  a  publié  :  Réflexions 
sur  le  Culte,  sur  les  Cérémonies  civiles  et  sur 
les  Fêtes  nationales,  lues  àV  Institut  le  il  flo- 
réal an  Y  ;  Paris,  an  v,  in-8°  ;  —  Essai  sur 
ils  moyens  de  faire  participer  l'universalité 
des  spectateurs  à  tout  ce  qui  se  pratique 
dans  les  Jêles  nationales,  lu  à  la  classe  des 
Sciences  morales  et  politiques  de  l'Institut 
national  le  22  vendémiaire  an  VI;  Paris, 
an  VI,  in-8°  ;  —  Discours  prononcé  à  la  fête 
de  la  république,  le  1"  vendémiaire  an  VI; 
iu-8";  —  Discours  prononcé  à  la  cérémonie 
funèbre  exécutée  en  mémoire  du  général 
Hoche,  au  Champ  de  Mars,  le  10  vendémiaire 
an  '7;  in-S"  ;  —  Du  Panthéon  et  d'un  Théâtre 
national;  Paris,  frimaire  an  vi,  in-8°.  Des 
exemplaires  de  ces  cinq  opuscules  ont  été  réunis 
à  divers  écrits  de  J.-B.  Leclerc,  avec  un  fron- 
tispice portant  :  Opuscules  moraux  de  L.-M.  Re- 
vellière- Lé  peaux  et  de  J.-B.  Leclerc;  —  Ré- 
ponse de  L.-M.  Revellière-Lépeaux  aux  dé- 
nonciations portées  au  Corps  législatif  contre 
lui  et  ses  anciens  collègues;  15  thermidor 
an  vil ,  in-8°.  Larevellière  a  fourni  aux  Mé- 
moires de  l'Académie  celtique  :  Notice  des  Mo- 
numents celtiques  visités  dans  le  départe- 
ment de  Maine-et-Loire, par  Larevellière- Lé- 


(1)  La  Rousselière,  commune  d'Ardon,  arrondissement 
d'Orléans. 


paux,  J.-B.  Leclerc  et  Urbain  Pilastre,  en 
octobre  1806  (tom.  II);  —  Lettre  sur  une 
hache  de  pierre  et  autres  monuments  drui- 
diques (ibid.);  —  Notice  du  Patois  vendéen, 
stiivie  de  Chansons  et  d'iin  Vocabulaire  ven- 
déens (tom.  111).  Entin,  les  Annales  du  Mu- 
séum d'Histoire  Naturelle  contiennent  de  lui 
une  Notice  sur  divers  objets  trouvés  dans  une 
tourbière  de  la  commune  de  Buire  [  Sommel, 
(tom.  IX,  1807). 

Son  fils  unique,  Ossian,  né  à  Paris,  le  1*'^  avril 
1797,  n'a  exercé  aucune  fonction  publique.  S'é- 
tant  présenté  en  1820  devant  la  cour  royale  de 
Paris  pour  prêter  le  serment  d'avocat,  le  pre- 
mier président  Seguier  et  le  procureur  général 
Bellart,  égarés  par  leurs  passions  politiques, 
s'opposèrent  à  son  admission ,  sous  l'étrange 
prétexte  que  son  prénom  ne  pouvait  être  porté 
légalement.  Le  garde  des  sceaux  de  Serre  laissa 
sans  réponse  la  réclamation  qui  lui  fut  adressée 
à  ce  sujet,  et  la  censure  ne  permit  pas  aux  jour- 
naux de  parler  de  cette  affaire.  Après  s'être  oc- 
cupé de  l'étude  des  langues  vivantes  et  d'histoire 
naturelle,  notamment  de  botanique  et  de  géolo- 
gie, M.  Ossian  Larevelhère  a  fait  de  nombreux 
voyages  en  Europe ,  et  a  visité  l'Inde  anglaise , 
où  il  se  trouvait  lorsque  la  nouvelle  de  la  révo- 
lution de  1848  y  parvint.  Il  a  travaillé  aux  jour- 
naux littéraires  Le  Miroir  et  La  Pandore,  et  il 
a  pris  une  part  très-active  à  la  rédaction  du 
journal  poWiiqne  L' Impartial.  Il  a  donné  d'im- 
portants articles  à  l'Encyclopédie  des  Gens 
du  Monde ,  et  dans  la  Nouvelle  Biographie 
générale  les  notices  sur  le  général  Foy  et  le 
ministre  anglais  Huskisson.  Il  a  revu  l'im- 
pression de  la  traduction  anonyme  de  Y  Examen 
historique  de  la  Révolution  espagnole,  d'Ed- 
ward Blaquière,  Paris,  1823,2  vol.  in-8o,  et 
écrit  la  Préface  de  La  Belgique  et  la  Révo- 
lution de  Juillet,  de  M.  Lefebvre  de  Bécour; 
Paris,  1835,  in-8°.  Enfin,  il  a  mis  en  français 
deux  ouvrages  de  son  ami  le  général  O'Connor, 
gendre  de  Condorcet,  qui  les  avait  écrits  en 
anglais,  et  qui  a  publié ,  sous  son  nom  seul,  le 
travail  du  traducteur  :  Lettre  au  général  La 
Fayette,  sur  les  causes  qui  ont  privé  la  France 
des  avantages  de  la  révolution  de  1830;  Pa- 
ris, F.  Didot,  1831,  in-S";  —Le  Monopole, 
cause  de  tous  les  maux;  Paris,  F.  Didot,  1849- 
1850,  3  vol.  in-8°.  M.  Ossian  Larevellière,  qui 
a  montré  pour  la  monarchie  constitutionnelle  un 
attachement  aussi  constant  que  désintéressé,  vit 
retiré  dans  l'Anjou. 

Son  neveu,  Victorin,  fils  de  son  frère  aîné, 
né  à  Angers ,  le  9  avril  1791,  a  été  pendant  long- 
temps maire  d'Avrillé.  Il  a  fait  partie  du  conseil 
général  de  Maine-et-Loire,  et  il  a  été,  de  1830  à 
1838,  plusieurs  fois  élu  membre  de  la  chambre 
des  députés,  où  il  votait  habituellement  avec  la 
majorité  qui  soutenait  M.  Gui7.ot.  Après  le  coup 
d'État  du  2  décembre,  il  a  renoncé  à  toute  fonc- 
tion publique.  E.  Regnard. 


597 


LAREVELLIÈRE  —  LARGETEAU 


598 


Thlers ,  Histoire  de  la  Révolution  française.  —  Ma- 
hul,  annuaire  Nécrologique,  année  1824.  —  Notice  sur 
Larevellière-I-cpeaiix,  dans  le  Journal  de  Maine-etlaire 
dii  7  février  1843.  —  Guépin,  Flore  de  Maine-et-Loire  ; 
Angers,  1845,  pag.  xtf.  —  Le  Jardin  des  Plantas  d'An- 
gers et  les  Progrés  de  la  botanique  en  Anjou,  dans  la 
Revue  de  l'Anjou,  !'•  année,  pag  41.  —  NoUce  par  Larn- 
brechts,  dans  les  OEuvres  complètes  du  baron  de  Stas- 
sart;  Bruxelles,  1854,  in-8°,  pag.  888.—  Quérard ,  La 
France  Littéraire.  —  Larcvelllèrc-Lépeaux,  Mémoires. 
—  Documents  particuliers. 

LA  REYNIE  { Nicolas- Gabriel  de),  célèbre 
magistrat  français,  né  à  Limoges,  en  1625,  mort 
le  14  juin  1709.  Il  appartenait  à  nne  Camille  an- 
cienne du  Limousin  et  recommandable  dans  la 
magistrature.  Après  avoir  terminé  ses  classes  à 
Bordeaux,  il  étudia  le  droit,  se  fit  recevoir  avo- 
cat, s'exerça  quelques  années  dans  cette  carrière, 
puis  l'abandonna  pour  entrer  dans  la  magistra- 
ture. Il  était  président  au  présidial  de  Guienne, 
lorsque,  sous  les  agitations  de  la  Fronde,  il  vit 
piller  et  saccager  sa  demeure.  Lui-même  ne  dut 
son  salut  qu'à  la  fuite.  Il  se  retira  auprès  du 
duc  d'Épernon,  qui  le  présenta  à  la  cour  comme 
un  sujet  de  fidélité  à  toute  épreuve.  Le  roi  le 
retint  à  sa  suite,  et  le  nomma  maître  des  requêtes 
en  1661.  Le  15  mars  1667  le  roi  créa  la  charge  de 
lieutenant  de  police,  et  la  donna  à  de  La  Reynie, 
lui  recommandant  surtout  trois  choses  :  netteté, 
clarté  et  sûreté.  Dès  lors  la  malpropreté  des 
rues  disparut,  des  réverbères  furent  placés  de 
distance  en  distance.  Le  guet,  négligé  depuis  les 
guerres  civiles,  fut  rétabli.  Huit  exempts,  trente- 
neuf  archers  à  cheval,  cent  archers  à  pied,  par- 
couraient en  tous  sens  la  capitale  durant  la 
nuit,  et  il  y  eut  défense  faite  aux  gens  de  livrée 
de  porter  cannes  et  épées.  On  rapporte  que  de 
La  Reynie  voulut  avoir  Bignon ,  depuis  mem- 
bre de  l'Académie ,  pour  adjoint  dans  les  plus 
délicates  fonctions  de  la  police,  et  qu'il  en  paria 
à  Louis  XIV  à  l'insu  de  Bignon.  Louis  XIV, 
moins  crédule  que  le  lieutenant  de  police  sur 
la  vocation  qu'on  supposait  à  un  savant ,  vou- 
lut s'assurer  d'un  te!  fait,  et  ses  soupçons  se 
trouvèrent  fondés.  Bignon  refusa.  De  La  Reynie 
ayant  reçu  l'ordre  de  surveiller  la  presse  et  de 
poursuivre  les  rédacteurs  et  distributeurs  de 
pamphlets  anonymes  connus  sous  le  nom  de 
Nouvelles  à  la  main,  plusieurs  auteurs  placè- 
rent leurs  écrits  sous  son  patronage,  entre  autres 
Barème,  qui ,  trouvant  la  prose  trop  commune 
pour  lui  dédier  le  Livre  des  Comptables,  com- 
posa ces  vers,  en  dépit  des  Muses  : 

Au  grand  de  La  Reynie  j'ai  fait  ma  dédicace 

Pour  avoir  sa  protection. 
C'est  là  tout  mon  désir  et  mon  ambition 

D'obtenir  de  lui  cette  grâce. 
Si  des  livres  mauvais  il  est  persécuteur. 

Des  bons  il  sera  protecteur, 
Il  soutiendra  ni:i  cause  :  elle  est  bonne,  elle  est  juste  ; 
Je  sers  tout  le  public  en  travaillant  pour  moi. 
Qui  me  peut  donc  clioquer  ayant  pouvoir  du  roi, 
Ayant  pour  prolecteurs  les  deux  aimes  d'Auguste. 

Nommé  conseiller  d'État  en  1680,  de  La  Reynie 
devint  bientôt  commissaire  rapporteur,  puis  pré- 
sident de  la  chambre  ardente.  Le  grand  nombre 


des  crimes  par  empoisonnement  dans  la  classe 
élevée  avait  nécessité  cette  nouvelle  chambre. 
11  fit  subir  des  interrogatoires  à  la  marquise  de 
Brinvillieis ,  à  la  nécromancienne  Voisin ,  à 
la  duchesse  de  Bouillon,  Anne  de  Mancini,  ac- 
cusée de  consulter  les  devins.  Ayant  demandé  à 
cette  dernière  si  elle  n'avait  pas  vu  le  diable, 
elle  lui  répondit  :  «  Je  le  vois  en  ce  moment;  il 
est  fort  laid  et  fort  vilain  ;  il  est  dt^guisé  en  con- 
seiller d'État.  »  De  La  Reynie  eut  encore  à  faire 
exécuter  dans  Paris  les  ordres  de  Louis  XIV, 
lors  de  la  révocation  de  l'édit  de  Nantes  en  1685. 
Ce  fut  le  dernier  acte  important  de  sa  vie  :  il 
avait  quitté  en  1697  les  fonctions  de  lieutenant 
de  police  (1).  Le  22  mars  1850  la  commission 
municipale  provisoire  de  Paris  décida  qu'une 
statue  représentant  Nicolas  de  La  Reynie  serait 
placée  à  la  façade  principale  de  l'hôtel  de  ville. 
Martial  Audoin, 
Voltaire,  Siècle  de  Louis  XIF',  t.  I,  ch.  26.  —  Hist.  de 
V Acad.  des  Inseript.  et  Belles- Lettres,  t.  VII,  p.  3(;4, 
Eloge  de  bignon.  —  Lobineau  ,  Hist.  de  Paris,  tom.  I, 
p.  411.—  Causes  célétrres,  t.  Il  etIX.  — Boilcau,  i'otircX/. 

—  Mercure,  juin  1709.  —  Larroque ,  Gazette,  1GG9.  — 
Nicéron,  Mfm.  Hep.  des  Let.,  t.  XIV,  p.  376.  —  Basnage, 
Hist.  des  Ouv.  des  Savants,  mai  1696,  art.  15  —  Bar- 
Tèmc,  Livre  des  Comptables,  préface.  —  De  Verncilli- 
Puiraseau,  Hist.  d' Aquitaine,  an.  1667. 

LAUGETEAU  (Ckarles-Louis) ,  astronome 
français,  né  à  Mouilleron-en-Pareds  (Vendée), 
le  22  juillet  1794,  mort  à  Paris,  le  1 1  septembre 
1857.  11  était  membre  libre  de  l'Académie  des 
Sciences  et  membre  du  Bureau  des  Longitudes. 
Il  prit  part  à  plusieurs  travaux  géodésiques,  et 
notamment  à  l'opération  de  la  jonction  en  longi- 
tude des  deux  observatoires  de  Paris  et  de 
Greenwich.  Il  appartenait  au  corps  des  ingé- 
nieurs géographes.  11  a  été  un  des  calculateurs 
et  des  rédacteurs  les  plus  actifs  de  la  Connais- 
sance des  Temps.  On  a  de  lui  :  Table  de  pré- 
cession, d'observation  et  de  mutation  pour 
les  Étoiles  principales  {Connaissance  des 
re?np5  powr  1833);  Paris,  \?,i9  ;  — Tableau  des 
plus  grandes  Marées  pour  1835  (ièicf.,  1836); 

—  Tableau  des  plus  grandes  Marées  pour 
1836  {ibid.,  1837  )  ;  —  Rapport  sur  la  délimi- 
tation de  la  longueur  de  V.irc  du  Méridien 
compris  entre  les  parallèles  de  Dunkerque  et 
de  Fomentera  {ibid.  pour  1834  )  ;  Paris,  1841  ; 

—  Table  pour  le  calcul  des  Sijzygies  éclipti- 
ques  ou  quelconques  {ibid.  pour  1846);  Paris, 
1843.  lia  donné  dans  le  tome XXI!  des  Mémoires 
de  r Académie  des  Sciences,  des  Tables  abrégées 
pour  le  calcul  des  Équateurs,  des  Solstices  et 
des  Sijzygies.    Enfin,  il  a  publié,  en  1854,  les 

(1  De  La  Reynie  vient  ce  dicton  si  connu  autrefois  à 
Limoges  :  «  XJn  Limousin  a  policé  Paris  et  tout  Paris  ne 
policerait  pas  Limoges.  »  Boileau  proclama  en  ces  ter- 
nies l;i  puissance  du  lieutenant  de  police  : 

Du  premier  des  Césars  on  vante  les  exploits; 
Mais  dans  quel  tribunal,  jugé  suivant  les  lois  , 
Eût-il  pu  disculper  son  étrange  manie? 
Qu'on  livre  son  pareil  en  France  à  La  Reynie, 
Dans  trois  jours  nous  verrons  le  phénix  des  guerriers 
Laisser  sur  l'cchrfaud  sa  tfttc  et  ses  lauriers. 


599  LARGETEAU  - 

Tables  de  Réfractions  astronomiques  de 
V.  Caillet,  qu'il  a  l'ait  précéder  d'un  Rapport 
cil  Bureau  des  Longitudes,  in-S".  G.  de  F. 

Cosmos,  2  octobre  1857.  —  Journal  de  la  Librairie. 

LARCILLIÈRE  (  A'ico^as ,  surnommé  le  Van 
Dick  français  ),  peintre  français,  né  à  Paris,  le  2 
octobre  1656,  mort  dans  la  même  ville,  le  20 
mars  1746.  Son  père  était  un  négociant  établi  à 
Anvers,  et  la  première  jeunesse  de  Largillièrc  se 
passa  en  Belgique.  11  avait  à  peine  dix  ans  lors- 
qu'il fut  envoyé  en  Angleterre,  où  il  séjourna 
deux  années  et  prit  le  goOt  du  dessin.  De  retour 
à  Anvers,  il  manifesta  un  tel  désir  d'étudier  la 
peinture  que  son  père  le  fit  entrer  dans  l'atelier 
d'Antoine  Gœbauw.  Quand  Largillière  sut  un 
peu  x^anier  le  pinceau,  son  maître  l'employa  à 
exécuicr,  dans  ses  propres  tableaux,  les  Heurs , 
les  frqi'.s^  les  poissons,  les  légumes  et  les  autres 
accessoires  de  ses  compositions.  Mais  Largillière, 
jaloux  de  parvenir,  peignit  secrètement  sur  un 
papier  huilé  une  Sainte  jP«mi^/e  qui  tomba  sous 
les  yeux  de  Gœbauw.  Le  maître  lui  demanda 
où  il  avait  pris  le  sujet  de  sa  composition  :  Lar- 
gillière répondit  que  son  inspiration  seule  l'avait 
guidé.  Gœbauw  comprit  alors  le  génie  de  son 
élève,  et,  après  l'avoir  dirigé  sérieusement  dix- 
huit  mois  encore,  il  lui  déclara  qu'il  n'avait  plus 
rien  à  lui  apprendre.  Largillière  retourna  en 
Angleterre,  où  il  fut  bien  accueilli  de  Pierre  van 
der  Faës  (  plus  connu  sous  le  nom  de  Leiy  ),  pre- 
mier peintre  de  Charles  II,  qui  lui  confia  la  res- 
tauration de  plusieurs  tableaux  de  maîtres  au 
château  de  Windsor,  Largillière  y  réussit  si  bien 
que  le  roi  l'attacha  à  sa  personne  ;  mais  les  que- 
refies  religieuses  qui  survinrent  forcèrent  le 
jeune  artiste  à  abandonner  la  cour  de  Londres. 
En  1678,  il  revint  en  France,  et  par  la  protec- 
tion du  célèbre  François  van  der  Meulen ,  pein- 
tre historiographe  de  Louis  XIV,  il  obtint  |a 
commande  de  quelques  portraits,  qu'il  exécuta 
avec  un  grand  succès.  Charles  Lebrun  le  prit 
aussi  en  amitié  et  le  décida  à  se  fixer  à  Paris. 
Lancé  dans  la  haute  bourgeoisie  et  dans  la  no- 
blesse de  robe,  Largillière,  malgré  la  promptitude 
de  sa  main,  ne  pouvait  suffire  à  toutes  les  de- 
mandes :  on  porte  à  plus  de  quinze  cents  le 
nombre  de  portraits  qu'il  exécuta  en  quelques 
années.  En  1684  Jacques  11  le  rappela  près  de 
lui.  Largillière  se  rendit  à  Londres  pour  la  troi- 
sième fois.  Dans  son  court  séjour,  il  y  peignit 
le  roi,  la  reine,  le  prince  de  Galles  Janies- 
François-Édouard,  sir  John  Wanier,  Pierre 
van  der  Meulen  et  Sybrecht.  Le  30  mars  1680 
l'Académie  de  Peinture  de  Paris  lui  ouvrit  ses 
portes;  il  y  fut  nommé  successivement  profes- 
seur, recteur,  directeur  et  chancefier,  fonctions 
qu'il  remplissait  encore  quelque  temps  avant  sa 
mort.  La  municipalité  de  Paris  le  chargea  d'exé- 
cuter trois  grands  tableaux  représentant  le  Repas 
donné  à  Louis  XIV  ea  1667;  le  Mariage  du 
duc  de  Bourgogne  en  1697  et,  pour  l'église  de 


LARGILLIÈRE 


600 


j  Sainte-Geneviève,  un  ex-voto  destiné  à  acquitter 
j  le  vœu  fait  par  la  ville  en  1 694  après  deux  années 
j  de  disette.  De  ces  Irois  tableaux  magnifiques  de 
!  composition  et  de  couleur,  les  deux  premiers 
I  ont  été  déchirés  et  brûlés  pendant  la  révolution  ; 
I  le  troisième,  qui  se  voit   aujourd'hui  à  Saint- 
:  Étienne-du-Mont,  aurait  éprouvé  le  même  sort  si 
Alexandre  Lenoir  ne  l'eût  fait  à  temps  placer 
dans  son  musée  historique  des  Petits-Augustins. 
j  Largillière  mourut  à  quatre-vingt-dix  ans,  dans 
I  le  bel  hôtel  qu'il  s'était  fait  construire  rue  Geof- 
[  froy-l'Angevin,  et  qu'il  avait  orné  de  paysages, 
j  de  fruits,  de  fleurs,  de  plusieurs  centaines  de 
portraits  et  de  quelques  sujets  religieux.  «  Ja- 
i  mais  peintre,  dit  Mariette ,  n'a  été  plus  universel 
i  que  M.  de  Largillière.  Il  a  donné  des  preuves 
:  de  son  habileté  dans  tous  les  genres  de  peinture, 
histoire,  portraits,  paysages,  animaux,  fruits, 
I  fleurs,  architecture.  Il  composait  avec  la  plus 
grande  facilité,  et  jamais  il  n'y  eut  de  plus  grand 
praticien.  Ses  portraits  de  femmes  sont  surtout 
i  remarquables.  »  II   savait  démêler  dans  leur 
j  physionomie  les  traits  qui  constituent  à  la  fois 
la  beauté  et  le  caractère.  11  savait  sans  s'écarter 
i  de  la  nature  y  découvrir  des  grâces  inaperçues 
et  faire  valoir  des  beautés  apparentes  de  façon 
qu'on  les  trouvait  ressemblantes  avant  de  les 
trouver  belles.  Chez  lui  la  vérité  du  coloris ,  la 
fraîcheur  du  ton,  la  légèreté  de  la  touche  sont 
presque  sans  égales.  Ses  draperies  sont  jetées 
avec  un  rare  bonheur  ;  elles  ont  de  l'ampleur,  de 
la  souplesse,  l'aspect  de  la  réalité  même.  Ses 
têtes  et  ses  mains  sont  dignes  des  plus  grands 
maîtres.  Outre  les  portraits  déjà  cités,  les  plus 
remarquables  sont  ceux  de  Louis  XIV  en  habit 
militaire;—  de  Charles  Lebrun  (au  Louvre); 
—  du  cardinal  de  NoaiUes;  — de  Michel  Col- 
bert ,  archevêque  de  Toulouse;  —  de  Pierre- 
Daniel  Huet,   évêque   d'Avr anches;  —    de 
l'abbé  de  Lourois; —  de  Charles  Gobinet , 
proviseur  du  collège  du  Plessis;  —  da  prési- 
dent  Lambert  de    Thorigny,  de  sa  femme 
(Marie  L'Aubépine)  et  de  leur  Q[\t  Hélène  Lam- 
bert (  Mme  de  Motteville  )  ;  —  du  lieutenant 
général  Magalotti;  —  de  Geoffroi  père  et 
fils  ; — de  Claude  Bourdaloiie ;  —  de  il/"«  Du- 
clos  de  la  Comédie  Française;  —  de  Bertin;  — 
du  graveur  van  der  Bruggen  ;  —  de  Jean  Fo~ 
rest ,  peintre  du  roi;  enfin  lui-même  s'est  peint 
à  différents  âges.  La  plupart  de  ces  portraits  ont 
été  gravés  par  Desplaces ,  Drevet  le  père ,  Éde- 
linck,  van  Schuppeu,  etc.  Parmi   ses  œuvres 
historiques  on  cite  une  magnifique  Erection 
de  Croij;  gravée  à  l'eau-forte  par  Joseph  Rœt- 
tiers;  —  V Assomption  de  la  Vierge;  —  Une 
Fuite  en  Egypte ,  etc.  Ses  principaux  élèves 
furent  van  Schuppen ,  le  chevalier  Descombes, 
Meusnier  fils  et  Oudry.         A.  de  Lacaze. 

Mariette.  Notes  iiiaauscrites  sur  VAbecedario  rtirP.  Or- 
landl.  —  Horac*  Walpole,  Anecdotes  of  Puinting.  — 
Alexandre  l.enoir,  Musée  des  Monuments  français; 
(i  vol.  in-8°.  —  D'Argenvillc,  La  Fie  des  Peintres fran- 
çois,  —  Cttarlcs  Ulanc,  Histoire  des  Peintres,  liv.  189  {• 


601 


LARGILLIÈRE  —  LA  RIBOISIÊRE 


602 


École  française,  n»  61.  —   Oudry,  Réfiexions  sur  le 
Coloris,  passlm. 

LARGUS.  Voy.  ScRreoNius. 

LARi  (Giovanni),  dit  le  Tozzo,  architecte  et 
peintre  siennois,  vivait  dans  la  première  moi- 
tié du  seizième  siècle.  Il  excella  surtout  dans  les 
figures  de  petite  proportion.  On  trouve  plusieurs 
de  ses  ouvrages  dans  les  galeries  particulières 
de  Sienne;  mais  il  est  difficile  de  les  distinguer 
de  ceux  du  Bigio,  tant  est  grande  la  conformité 
du  style  de  ces  deux  artistes.  Ils  ont  peint  en- 
semble un  chœur  d'anges  dans  la  cathédrale  de 
Sienne.  K.  B— N. 

Délia  Valle ,  tettere  Sanesi.  —  Lanzi ,  Storia  délia  Pit- 
tura.  —  Ticoizi,- Diiionario.  —  Roniagrioli,  Cenni  sto- 
rico-artistici  di  Siena. 

LA  RIBOISIÊRE  (  Jean-Ambroise  Baston  , 
comte  de)  ,  général  français,  né  en  août  1759,  à 
Fougère  (Ille-et- Vilaine),  mort  à  Kœnisberg,  le 
29  décembre  1812.  Issu  d'une  noble  et  ancienne 
famille  de  la  Bretagne,  il  entra  au  service  comme 
lieutenant  en  1781.  Nommé  capitaine  en  1791,  il 
fut  chargé  de  l'armement  de  Mayence.  En  1793 
il  faisait  partie  de  la  garnison  qui,  sous  les  or- 
dres des  généraux  Doyré  et  Aubert  Dubayet , 
défendit  cette  place  contre  les  armées  combinées. 
Nommé  colonel  après  cette  défense,  il  eut  suc- 
cessivement la  direction  des  parcs  d'artillerie  des 
armées  d'Angleterre,  de  Suisse,  du  Rhin  et  du 
Danube.  Pendant  la  bataille  d'Austerlitz,  il  com- 
mandait en  qualité  de  général  de  brigade  l'ar- 
tillerie du  quatrième  corps;  ce  fut  lui  qui  fit 
briser  à  coups  de  canon  la  glace  de  l'étang  de 
Menitz  sous  laquelle  tant  de  Russes  furent  en- 
gloutis. La  Riboisière,  acharné  à  la  poursuite  de 
Bliicher  à  la  bataille  d'Iéna,  jeta  un  pont  sur 
l'Elbe  à  Tangermund  en  présence  de  l'ennemi. 
A  Lubeck,  malgré  une  blessure  grave ,  il  n'en 
continua  pas  moins  à  commander  l'artillerie,  ce 
qu'il  fit  pendant  toute  cette  campagne,  et  pen- 
dant celle  de  Pologne.  Nommé  par  l'empereur 
général  de  division  et  commandant  de  l'artillerie 
de  la  garde,  il  prit  une  part  glorieuse  à  la  ba- 
taille d'Eylau,  dirigea  ensuite  les  opérations  si 
difficiles  du  siège  de  Dantzick,  et  se  signala  aux 
batailles  d'Heilberg  et  de  Friedland.  La  paix  de 
Tilsit  le  fit  nommer  gouverneur  du  Hanovre;  on 
a  conservé  le  souvenir  de  sa  sage  et  prudente 
administration  dans  ce  pays.  Au  commencement 
de  la  guerre  d'Espagne  en  1808,  il  fut  chargé  du 
commandement  de  l'artillerie,  et  se  distingua  à 
la  bataille  de  Sommo-Sierra  et  à  la  prise  de  Ma- 
drid. Peu  après,  appelé  à  la  grande  armée,  ce 
fut  lui  qui  en  très-peu  de  temps  fit  jeter  neuf 
ponts  sur  le  Danube  et  fortifia  l'île  de  Lobau.  On 
le  retrouve  encore  à  la  fameuse  bataille  de 
Wagram  commandant  l'artillerie,  qui  joua  un  si 
grand  i-ôle  dans  cette  sanglante  affaire  :  une 
flotte  anglaise  étant  venue  menacer  Toulon  vers 
18 1 1 ,  La  Riboisière  fut  nommé  inspecteur  géné- 
ral de  l'artillerie.  Napoléon  préparait  cette  grande 
expédition  de  Russie;  il  fallait  pour  cette  entre- 
prise gigantesque  un  matériel  immense  ;  ce  fut 


La  Riboisière  que  l'empereur  chargea  de  le  réu- 
nir. Pendant  la  campagne  il  rendit  les  plus  grands 
services;  la  veille  de  la  bataille  delaMoskowa, 
il  alla  reconnaître  les  dispositions  de  l'ennemi, 
et  détermina  les  points  sur  lesquels  les  redou- 
tes devaient  être  attaquées.  On  sait  avec  quel 
soin  le  service  de  l'artillerie  avait  été  orga- 
nisé pour  cette  grande  bataille,  où  soixante 
mille  bmilets  furent  envoyés  à  l'ennemi  et  rem- 
placés aussitôt.  Mais  un  grand  malheur  vint 
frapper  le  général  La  Riboisière  dans  cette  affaire  ; 
son  second  fils,  officier  au  premier  régiment  de 
carabiniers,  qui  avait  fait  en  qualité  de  page  de 
l'empereur  les  premières  campagnes  d'Espagne 
en  1809,  fut  frappé  d'une  balle  et  mourut  des 
suites  de  sa  blessure  après  avoir  reçu  la  "^roix 
de  la  Légion  d'Honneur.  Ce  coup  fut  terrible 
pour  le  général  ;  en  apprenant  cette  perte  "  s'é- 
cria .  La  balle  qui  a  tué  mon  fils  va  priver  la 
patrie  de  deux  l)ons  serviteurs  !  Ce  pressenti- 
ment ne  devait  pas  tarder  à  se  réaliser.  Cepen- 
dant, le  général  surmonta  la  douleur  d'un  père, 
et  continua  à  remplir  les  devoirs  que  récla- 
maient les  besoins  de  l'armée.  Arrivé  à  Moscou , 
il  arma  le  Kremlin ,  répara  toutes  les  pertes  de 
l'artillerie;  mais,  hélas,  pendant  la  fatale  re- 
traite qui  suivit  il  lui  fut  impossible  de  la  sau- 
ver, et  vingt  pièces  seulement,  sur  neuf  cent 
cinquante,  purent  être  Conservées.  Resté  en  ar- 
rière pour  faire  sauter  les  fortifications  de  Smo- 
lensk,  il  rejoignit  l'armée  après  avoir  couru  de 
grands  dangers  ;  doublement  affecté  parles  revers 
des  armes  françaises  et  par  la  perte  de  son  fils  Fer- 
dinand, il  tomba  malade  à  Wilna,  fut  transporté 
à  Kœnisberg,  où  il  mourut'en  donnant  des  ordres 
pour  l'évaluation  de  lartillerie.  Le  général  La 
Riboisière  cultivait  les  lettres  et  était  membre  de 
plusieurs  sociétés  savantes.         A.  Jauin. 

Riofiraphie  des    Hommes  du  Jour,  tom.  IV.  —Revue 
généi-ale  Biographique. 

i  LA  ViXKOisikft^  {Honoré-Charles  Baston, 
comte  DE),  sénateur  français ,  fils  du  précédent, 
né  à  Fougères,  le  22  septembre  1788.  Sorti  en 
1809  de  l'École  d'Application  de  Metz,  il  prit  part, 
comme  lieutenant,  à  la  bataille  de  Wagram. 
Après  la  paix  de  Vienne,  il  fut  chargé  de  mis- 
sions en  Westphalie  et  en  Pologne ,  rentra  en 
France,  etdevint  aide-de-camp  de  son  père.  Il  l'ac- 
compagna à  Toulon,  où  la  présence  d'une  flotte 
anglaise  dans  la  rade  d'Hyères  l'avait  appelé,  le 
suivit  en  Russie ,  assista  à  la  bataille  et  à  la 
prise  de  Smolensk ,  à  la  bataille  de  la  Moscowa, 
où  son  frère  fut  atteint  d'une  blessure  mortelle, 
et  ne  quitta  le  Kremlin  avec  son  père  que  lors- 
que l'armée  l'eut  entièrement  évacué.  Promu  au 
grade  de  capitaine  ,  il  prit  part  aux  batailles  de 
Malo-Jaroslawetz  et  de  Krasnoë,  et  combattit 
au  passage  de  la  Bérézina,  où  il  eut  un  cheval 
tué  sous  lui.  Rentré  en  France  à  la  fin  de  1812, 
il  était  employé  à  la  direction  d'artillerie  de  Pa- 
ris, lorsque  l'empereur  l'attacha  à  sa  personne 
en  qualité  de  chambellan.  Au  retour  de  l'île 


603 

d'Elbe,  l'empereur  lui  rendit  le  titre  de  cham-  ( 
bellan,  et  le  nomma  l'un  de  ses  officiers  d'or- 
donnance. Envoyé  en  mission  dans  les  départe- 
ments de  l'ouest,  M.  LaRiboisière  alla  rejoindre 
l'armée  du  nord,  et  prit  part  à  la  bataille  de  Wa- 
terloo. Il  quitta  le  service  sous  la  seconde  res- 
tauration. Appelé  à  la  chambre  des  députés  par 
les  électeurs  d'Ille-et-Vilaine,  lors  de  la  session 
de  1829,  il  siégea  sur  les  bancs  de  l'opposition, 
et  fut  l'un  des  signataires  de  l'adresse  dite  des 
221.  A  la  révolution  de  1830,  il  devint  successi- 
vement colonel  de  la  cinquième  légion  de  la 
garde  nationale  parisienne  et  membre  du  con- 
seil général  de  son  département ,  fonctions  qu'il 
occupe  encore  aujourd'hui.  Élu  deux  fois  par 
les  arrondissements  de  Fougères  et  de  Vitré,  il 
siégea  dans  la  chambre  élective  jusqu'au  1 1  sep- 
tembre 1835,  époque  à  laquelle  le  roi  Louis-Phi- 
lippe réleva  à  la  dignité  de  pair  de  France.  Re- 
tirédans  ses  terres  après  la  révolution  deFévrier, 
il  fut  appelé,  en  1849,  à  siéger  à  l'Assemblée  lé- 
gislative, fit  partie  de  la  commission  consultative 
créée  le  13  décembre  1851,  et  fut  nommé  sénateur 
le  26 janvier  1852.  M.  de  La  Riboisière  est  grand- 
officier  de  la  Légion  d'Honneur.  Sicakh. 

Biographie  des  Hommes  du  Jour;  Paris.  1837.  —  Bio- 
graphie des  Membres  du  Sénat;  Paris,  1852. 

LA  RIVE  (  Pierre-Louis  de  ),  peintre  suisse, 
né  le  21  octobre  1753,  à  Genève,  mort  dans 
celte  ville,  le  7  octobre  1815.  Il  prit  de  bonne 
heure  le  goût  des  peintres  flamands,  et  re- 
produisait leur  manière  dans  ses  tableaux. 
Pour  se  perfectionner,  il  se  mit  à  voyager;  à 
Dresde  il  vit  Casanova;  mais  c'est  surtout  à 
Rome,  où  il  séjourna  dix-huit  mois,  qu'il  fit  de 
grands  progrès  dans  son  art.  La  plupart  de  ses 
ouvrages  sont  en  Allemagne,  en  Russie  et  en 
Angleterre.  On  cite  surtout  une  Vue  du  Mont- 
Blanc,  prise  à  Salenche,  qui  fut  acquise  par  le 
princeGaiit7.in.il  adonné  à  laSociété  d'Encoura- 
gement dos  Aiis,  deGenève,  une  grande  compo- 
sition d'un  ton  chaud  et  vigoureux  ,  qui  orne  la 
salle  des  séances  de  cette  société.  Une  atteinte 
de  parai}  sic,  qu'il  éprouva  en  1812,  nuisit  à  ses 
travaux,  et  ce  qu'il  fit  depuis  porte  l'empreinte 
de  la  décadence  de  son  talent.  G.  de  F. 

Arnault,  clc,  Sioçir.  nouvelle  des  Contemp. 

LA  RIVE  (  Charles-Gaspard  de),  chimiste 
et  physicien  suisse,  né,  le  14  mars  1770,  à 
Genève,  où  il  mourut,  le  18  mars  1834.  Il  fit 
ses  premières  études  au  collège  de  cette  ville. 
Destiné  au  barreau,  il  se  vit  obligé  en  1794, 
par  suite  des  troubles  qui  désolaient  son  pays, 
d'abandonner  ses  études  de  droit,  et  d'aller, 
après  une  détention  de  quelques  mois,  chercher 
un  asile  sur  une  terre  étrangère.  Suivant  dès 
lors  une  autre  carrière ,  il  se  livra  à  l'étude  de 
la  médecine  et  des  sciences  dans  la  ville  d'É- 
dimbonrg.  Il  se  distingua  bientôt  assez  pour  être 
nommé  président  de  la  Société  royale  de  Médecine 
de  cette  ville.  Pendant  son  séjour  à  Edimbourg , 
il  fnt  attaché  comme  médecin  à  l'un  des  plus 


LA  RIBOISIERE  —  LA  RIVE  604 

grands  dispensaires  de  cette  ville.  De  retour  à 
Genève  en  1799,  il  fut  chargé  du  soin  de  l'hos- 
pice des  aliénés,  emploi  qui  lui  convenait  d'autant 
plus  qu'il  avait  fait  en  Angleterre  une  étude  pro- 
fonde des  maladies  mentales.  Associé  à  l'Acadé- 
mie de  Genève  dès  1802,  comme  professeur 
honoraire  de  chimie  pharmaceutique ,  il  fut 
aussi  nommé  membre  des  sociétés  des  Arts  et 
des  Sciences  naturelles.  Des  cours  de  chimie  gé- 
nérale ,  une  coopération  active  à  la  rédaction  de 
la  Bibliothèque  Britannique ,  des  recherches 
expérimentales  faites  dans  le  laboratoire  créé 
par  lui  :  telles  furent  jusqu'en  1814  ses  princi- 
pales occupations  scientifiques.  Le  31  décembre 
1813,  il  se  joignit  aux  anciens  magistrats  de  Ge- 
nève, qui  proclamèient  la  république.  Il  fut 
un  des  commissaires  diplomatiques  chargés 
de  négocier  avec  les  puissances  étrangères  pour 
consolider  l'existence  politique  de  cette  répu- 
blique. En  1816  il  était  membre  du  gouverne- 
ment ,  président  de  la  direction  générale  ;  en  \ 
1817  il  fut  appelé  à  la  tête  de  l'administration  ; 
comme  premier  syndic,  et  présida  les  deux  con- 
seils. En  1818,  profitant  du  calme  dont  jouissait  l 
son  pays  ,  il  donna  sa  démission  de  conseiller 
d'État,  pour  reprendre  ses  occupations  favorites. 
Cependant  il  fut  encore  appelé,  à  deux  époques 
différentes,  par  le  suffrage  presque  unanime  de 
ses  concitoyens,  à  siéger  au  conseil  représentatif. 
Il  fut  un  des  fondateurs  de  la  Société  de  Lecture, 
du  Musée  d'Histoire  Naturelle  et  du  Jardin  bota- 
nique de  Genève.  Il  faisait  alors ,  avec  quel- 
ques-uns de  ses  collègues,  des  cours  au  Musée. 
Nommé  en  1823  recteur  de  l'Académie,  il  donna 
une  impulsion  nouvelle  aux  études  scientifiques, 
et  jusqu'à  sa  mort  il  remplit  les  fonctions  de 
membre  du  conseil"  de  l'instruction  publique.  Les 
principaux  travaux  de  La  Rive  sont  :  une  théo- 
rie sur  la  Chaleur  animale,  écrite  en  latin  et 
publiée  à  Edimbourg  vers  1798  ;  —  Observations  j 
sur  les  causes  présumées  de  la  Chaleur 
propre  des  animaux  ;  âanà  la  Bibliothèque 
universelle  d&Genève, tome  XV; —  SurVusage 
de  Vacide  nitreux  comme  corps  désinfectant; 
t.  IV,  dans  \à  Bibliothèque  Britannique;  — 
Traitement  de  la  vaccine;  mêmerecueil,  t.  XII. 
C'est  lui  qui  le  premier  fit  connaître,  dans  la  Bi- 
bliothèq^ie  Britanniqîie,\esgvaLn(\es(\écou\eTtes 
scientifiques  faites  en  Angleterre ,  particulière- 
ment celle  de  Davy  sur  les  effets  de  la  pile  de 
Volta.  La  plupart  de  ses  travaux  sont  imprimés 
dans  la  Bibliothèque  Britannique  et  dans  la 
Bibliothèque  universelle  de  Genève;  nous  ci- 
t<'rons  :  Note  sur  un  procédé  pour  constater  la 
présence  de  V Arsenic  mêlé  dans  d'autres  sub- 
stances {Bïbl.  Brit.,  t.  XLI);  —  Observations 
sur  la  Conversion  de  l'Amidon  en  Sucre  [ibid., 
t.  XLIX);  —  Mémoire  sur  le  système  de 
Laiton  sur  la  Composition  chimique  {ibid., 
t.  XLVI).  Il  donna  en  1820,  dans  de  longs  articles 
(Bibl.  Univ.,  t.  XI,  XU  et  XIV  ),  l'analyse  de 
l'ouvrage  de  lîerzelius  intitulé  :  Essai  sur  la 


«05 


lA 


théorie  des  Proportions  chimiques  et  sur 
l'Influence  chimique  de  V Électricité.  C'est  un 
des  morceaux  les  plus  clairs  et  les  plus  com- 
plets qu'on  ait  faits  sur  le  sujet  difficile  des  pro- 
portions déterminées.  Il  y  expose  ses  doutes 
sur  quelques  points  de  la  nouvelle  théorie  du 
savant  suédois,  et  en  particulier  de  la  théorie 
électro- chimique.  Il  avait  déjà  fait  connaître 
plusieurs  autres  travaux  de  Berzelius,  entre 
autres  un  Mémoire  sur  la  composition  des 
Fluides  animaux,  dont  il  publia  la  traduction 
dans  la  Bibliothèque  Britannique ,  t.  LIV.  Il 
avait  lui-même  travaillé  à  V Analyse  compara- 
tive du  Sang  en  état  de  santé  et  en  état  de 
maladie  (ibid.,  t.  LUI). 

En  s'attachant  aux  lois  générales  de  la  chimie, 
il  ne  négligeait  pas  l'occasion  de  s'occuper  des 
applications  de  cette  science.  Il  avait  examiné 
tout  ce  qui  concerne  le  traitement  des  métaux 
précieux,  et  avait  donné  aux  fabricants  de  bijoux 
des  procédés  avantageux.  II  publia  des  détails 
sur  ce  point  de  chimie  appliquée ,  en  rendant 
compte  d'un  Mémoire  de  Darcetsi«r  l'Affinage 
(  Bibl.  Univ.,  t.  XL  ),  et  analysa  un  autre  Mé- 
moire de  M.  François  Sur  la  Jraisse  des  Vins 
(ibid.,  t.  XLII).  Dans  le  nombre  de  ses  recher- 
ches d'analyse  chimique  ,  on  doit  citer  encore 
(une  Note  sur  Vejfet  du  Tremblement  de  terre 
'du  \^  février  1822  et  sur  les  Eaux  thermales 
ti'Aix  en  Savoie  {ibid.,  t.  XX).  Parmi  ses 
travaux  relatifs  à  la  physique  ,  on  remarque 
un  Mémoire  sur  les  Sons  produits  dans  Les 
'ubes  par  la  flamme  du  gaz  hydrogène 
Journal  de  Physique,  t.  IV,  et  Biblioth. 
Univ.,  t.  IX);  mais  de  toutes  les  parties  de 
a  physique,  celle  qui  a  excité  le  plus  cons- 
amment  son  intérêt,  c'est  l'électricité  voltaï- 
jue.  Déjà,  à  l'époque  des  découvertes  de  Davy 
ur  la  décomposition  par  la  pile  des  terres  et 
ilcalis,  il  avait  lu  dans  une  séance  académique, 

Genève,  un  discours  ayant  pour  objet  VEx- 
tosition  historique  des  Progrès  qiC avait  faits 
depuis  son  origine  V  Électricité  voltaïque. 
•eu  de  temps  après  il  adressa  à  la  Bibliothèque 
miverselle  (  t.  XL VI  )  une  Lettre  sur  un 
louveau  Galvanomètre,  procédé  qu'il  imagina 
our  mesurer  l'énergie  galvanique  d'une  pile 
ar  la  quantité  d'eau  décomposée  dans  un 
împs  donné,  et  pour  rendre  compte  de  quel- 
ues  phénomènes  curieux  qu'il  avait  observés 
ans  le  passage  des  courants  électriques  au 
•avers  des  différents  liquides.  Témoin  en  1818, 

Londres,  des  magnifiques  effets  de  la  pile  que 
>avy  avait  fait  construire,  il  s'était  hâté,  à 
enève,  d'établir,  sur  le  même  modèle,  une  pile 
ecinq  cents  couples,  avec  laquelle  il  put  répéter 

s  bellesexpériences  qu'il  avait  vues  et  en  ajouter 
e  nouvelles.  Cette  pile  fut  la  première  de  cette 
nportancequi  ait  été  construite  sur  le  continent. 
a  Rive  était  occupé  à  étudier  les  moyens  de 
lesurer  avec  exactitude  les  effets  de  la  pile 
^Itaïque   et  de  recherclier  les  circonstances 


RIVE  606 

qui  intluent  sur  leur  intensité,  quand  la  dé- 
couverte d'Œrsted  vint  donner,  en  1820,  une 
nouvelle  direction  à  ses  recherches.  Il  fut  un 
des  premiers  à  constater  l'action  causée  par 
un  courant  électrique  sur  l'aiguille  aimantée. 
Arago,  alors  présent  à  Genève,  en  rendit  compte 
dans  les  Annales  Chimiqxies,  t.  XIV,  et  donna 
des  détails  sur  les  expériences  faites  par  de  La 
Rive,  qui  suivait  pas  à  pas  les  progiès  rapides 
qu'imprimaient  à  cette  branche  de  la  physique 
les  Ampère,  les  Arago,  les  Faraday,  etc.  11  y  ap- 
porta lui-même  quelques  faits  nouveaux  :  l'in- 
vention de  plusieurs  appareils  ingénieux,  entre 
autres  les  flotteurs  électriques,  et  l'étude  qu'il 
fit  de  l'action  qu'ils  exerçaient  sur  les  aimants 
et  le  globe  terrestre,  furent  l'objet  d'un  mé- 
moire inséré  dans  la  Bibliothèque  univer- 
selle, t.  XVI.  C'est  en  examinant  de  près 
cette  action  qu'il  fut  conduit  à  découvrir  des 
phénomènes  qu'il  était  impossible  de  concilier 
avec  la  théorie  d'Ampère,  telle  qu'elle  était 
alors  présentée,  et  dont  il  ne  trouvait  l'explica- 
tion que  dans  le  fait  du  mouvement  rolatoire 
des  courants  autour  des  aimants,  qui  fut  décou- 
vert peu  de  temps  après  par  Faraday.  Aussi 
accueillit-il  avec  empressement  cette  découverte 
qu'il  fit  connaître  aussitôt  dans  la  Bibliothèque 
Universelle,  t.  XVIIl,  en  l'accompagnant  de 
ses  propres  expériences  et  de  ses  réflexions. 
En  étudiant  les  expériences  d'Ampère  et  la  théo- 
rie de  ce  physicien ,  La  Rive  avait  été  frappé 
de  la  difficulté  d'expliquer  le  fait  de  la  direction 
qu'affecte  un  courant  électrique ,  par  l'influence 
du  globe  terrestre.  11  exposa  ses  doutes  en  les 
accompagnant  de  quelques  faits  nouveaux, 
dans  une  Lettre  à  Arago,  insérée  dans  les  An- 
nales de  Chimie  et  de  Physique,  t.  XX.  En 
1820  il  communiqua  à  la  Société  des  Sciences 
naturelles  de  Genève  un  mémoire  qui  a  pour 
objet  de  décrire  les  appareils  de  son  invention 
propres  à  mesurer  l'intensité  galvanique  par  sas 
effets  calorifiques  et  chimiques,  et  de  donner  les 
résultats  de  plusieurs  observations  faites  avec 
ces  instruments.  En  1849  il  communiqua  en- 
core à  la  même  société  des  recherches  sur  les 
vapeurs  considérées  comme  conductrices  du 
fluide  électrique,  et  sur  l'électricité  atmosphé- 
rique en  général.  Gdvot  de  Fère. 

Bibliothèque    iiniv.   de  Genève,    t.  LV ,    anii.  1834. 

*  LA  RIVE  (Auguste  de),  physicien  gene- 
vois, fils  du  précédent,  né  à  Genève  en  1790.  Il 
étudia  les  sciences,  particulièrement  la  physique 
et  la  chimie  sous  la  direction  de  son  père.  11  est 
professeur  à  l'académie  de  Genève ,  correspon- 
dant de  l'Institut  de  France.  Ses  principaux 
écrits  sont  :  Mémoire  sur  la  composition  des 
Fluides  des  animaux,tvd(\.  du  suédois  de  Ber- 
zéhus,  1814,  in-S";  —  Mémoire  sur  les  Caus- 
tiques ;  Genève,  1824,  in-8°;  —  Esquisses  his- 
toriques des  principales  Découvertes  faites 
dans  l'Électricité  depuis  quelques  années; 
Genève,  1833,  in-8°;  extrait  de  la  Bibliothèque 


eo7 


LA.  BIVE 


608 


vniverseîle  );—  Recherches  sur  les  omises  de 
V Électricité  voltatque;  Genève,  1836,  in-S" 
(extrait  des  Mém.  de  la  Soc.  de  Physique  et 
d'Bist.  Naturelle  de  Genève);  —A.  P.  de 
CandoUe,  sa  Vie  et  ses  Travaux  ;  Genève,  1851, 
in-12  (avait  déjà  paru  en  1811  dans  la  Bi- 
blioth.  universelle)  ;  —  Traité  de  V Électricité 
théorique  et  appliquée;  1854,  t.  P'';  1855, 
1. 11;  1856,  t.  IH,  3  vol.  in-8".  De  18.J0  à  1831,  il 
a  été  directeur  de  la  Bibliothèque  universelle 
de  Genève,  dans  laquelle  il  publia  diverses  no- 
tices ,  entre  autres  :  Sur  un  nouveau  Procédé 
d'Hydrométrie  (avril  1825);—  De  V Électri- 
cité développée  par  le  frottement  des  métaux 
(  1835,  t.  II  );  —  Théorie  de  la  Pile  voltaïque 
(1835,  t.  IV)  ;  —  De  quelques  Circonstances  qui 
influent  sur  la  pile  de  Volta  (  même  vol.);  — 
Sur  les  nouvelles  Recherches  relatives  aux 
Effets  électriques  du  contact,  de  M.  Besche- 
relle;  1839,  t.  XX,  nouvelle  série);  —  Recher- 
ches sur  l'Arc  voltaïque  (  Archives  physiques 
de  la  Biblioth.  universelle;  Ma.,  1847,  t. IV, 
4*  série).  M.  deLaRiveaété  l'un  des  directeurs 
des  Archives  de  Physique  et  des  Sciences  na- 
turelles ,  supplément  à  la  Bibliothèque  univer- 
selle ;  ses  principaux  travaux  dans  ce  recueil 
sont:  Sur  la  Chaleur  latente  de  fusion,  année 
1848;  t.  IX;  —Notes  sur  les  Mouvements  vi- 
bratoires qu'éprouvent  certains  corps  magné- 
tiques sous  l'influence  des  courants  électri- 
ques; idem  des  corps  non  magnétiques  ;  ra^me 
vol.  ;  —  Sur  les  Variations  diurnes  de  l'ai- 
guille aimantée  et  sur  les  Aurores  boréales, 
année  1849, t.  X;  —  Explication  de  la  théorie 
des  Aurores  boréales;  même  année,  t.  XII; 
une  lettre  de  M.  de  La  Rive  à  Arago  sur  le 
même  sujet  avait  été  communiquée  à  l'Académie 
des  Sciences  de  Paris  et  insérée  dans  les  Annales 
de  Chimie  et  de  Physique,  t.  XXIX,  3^  série. 
M.  de  La  Rive  inséra  une  autre  notice  sur  les 
Aurores  boréales  dans  la  Biblioth.  de  Genève 
(  Annales  de  Physique  ),  année  1853,  t.  XXIV. 
Il  avait  publié  dès  1836,  dans  la  Biblioth.  de 
Genève,  t.  III,  une  Notice  sur  l'origine  de  la 
Grêle  et  de  l'Electricité  atmosphérique,  dans 
laquelleil  attachait  aux  mêmes  causes  la  produc- 
tion de  l'aurore  boréale  ;  quelques  expériences 
électriques  faites  par  lui  le  convainquirent  que 
cette  origine  était  électrique ,  idée  souvent  mise 
en  avant,  notamment  par  Arago.  La  notice  des 
Archives  de  Physique  a  paru  aussi  dans  les 
Mémoires  de  la  Société  de  Physique  de  Genève, 
t.  XllI,  2"  partie;  —  Relation  des  Expériences 
entreprises  par  M.  Regnault,  dans  la  Bibl.  de 
Genève  (  Archives  de  Physique,  t.  X  et  XII); 
ces  recherches  sont  relatives  aux  lois  de  la  di- 
latation et  de  la  compressibililé  des  fluides  élec- 
triques et  de  la  mesure  des  températures; —  De 
l'Action  de  V  Aimant  sur  les  corps;  MA.,  1850, 
t.  XIII;  —  Analyse  des  recherches  de 
MM.  Tyndall  et  Knoblauchsur  les  propriétés 
optico -magnétiques  des  Cristaux;  ibid.,  1850, 


t.  XVI;  —  Observations  sur  les  recherches 
de  M.  Massonsur  la  Lumière  électrique ;mème 
vol.;  —  Sur  l'Apparition  et  la  Disparition 
successives  des  grands  Glaciers;  ibid.,  1851, 
t.  XVIII  ;  —  Variations  annuelles  de  la  Dé- 
clinaison Magnétique  à  différentes  périodes 
du  jour;  ibid.,  t.  XIX;  —  Échauffement  des 
fils  métalliques  par  les  courants  voltaïques  ; 
ibid.,  1853,  t.  XXIV;  —  Tableau  général  des 
Phénomènes  dus  au  pouvoir  magnétique; 
ibid.,  1854,  t.  XX.Y  ;  —  Décomposition  de  l'Eaîi 
par  la  pile  et  Loi  des  équivalents  électro- 
chimiques ;Md.,  t.  XXVI;  —  Ze  Courant  de 
la  pile  peut-il  traverser  l'eau  sans  la  dé- 
composer.^ ibid.,  1856,  t.  XXXVIII;  —  Sur 
l'Influence  des  décharges  électriques  ;  ibid., 
1858,  nouv.  série,  t.  II.  M.  de  La  Rive  a  fourni  à 
la  Bibliothèque  universelle  de  Genève  un  grand 
nombre  d'analyses  d'ouvrages  scientifiques,  et  a 
inséré  des  mémoires  dans  le  TîecMeîMe  la  Société 
des  Sciences  physiques  de  Genève,  entreautres  : 
Expériences  pour  servir  à  l'histoire  de  l'Acide 
Muriaiique  (  cL\ecM.  Macaire  ),  t.  II  ;  —  Sur 
quelques  Faits  relatifs  à  l'action  des  Métaux 
sur  les  Gaz  inflammables  ;  ibid.;  —  Sur  lé 
Mode  de  distribution  de  l'Électricité  dyna-i 
mique  dans  les  corps  qui  lui  servent  decon- 
ducteurs ,  t.  III;  —  Sur  une  Propriété  par- 
ticulière des  Conducteurs  métalliques  de  l'é- 
lectricité, t.  IV;  —  Sur  la  Conductibilité  re- 
lative pour  le  Calorique  de  différents  bois , 
t.  IV;  — Sur  l'Électricité  voltaïque  (en  3; 
parties,  t.  IV,  VI,  VII);  —  Sur  les  Couranti, 
magnéto-électriques,  t.  VIII;  — De  l'Action) 
combinée  des  courants  d'induction  et  des 
courants  hydro-électriques ,  t.  XI,  etc. 

GUYOT  DE  FÈRE. 
Documents  particuliers.  —  Biblioth.  nniv.  de  Genève.' 
LA  RIVE  {Jean  Mauduitde),  tragédien  et  au- 
teur dramatique  français ,  né  le  6  août  1747  (eti 
non  le  6  décembre  1744  ),  à  La  Rochelle ,  mort  à 
Montlignon(  dans  la  vallée  de  Montmorency) ,  l<i 
30  avril  1827.  Il  s'enfuit  à  l'âge  de  neuf  ans  dfl 
la  maison   paternelle,    et  alla  se  réfugier  cheît 
les   religieux  de  Sept-Fonts,  dans  le  Bourbon-i 
nais.  Ramené  chez  son  père,  il  fut  bientôt  aprèti 
embarqué  pour  les  colonies.  Après  un  séjour  d(( 
quatre  à  cinq  années  à  Saint-Domingue,  il  s'é 
chappa  pour   revenir  en   France.  C'est   alon 
qu'ayant  pris  du  goût  pour  le  théâtre,  il  se  pré 
senta  chez  Lekain ,  en  se  donnant  comme  Amé 
ricain,  et  lui  récita,  tant  bien  que  mal,  le  rôli 
de  Zamorc.  C'est  dans  ce  rôle  qu'il  débuta  à  1<' 
Comédie-Française,  le   3  décembre   1770,  sou; 
les  auspices  de  M""  Clairon,  et  fut  reçu  le  29avri 
1775.  La  mort  de  Lekain  le  mit  en  possession  de 
premiers  rôles ,  qu'il  remplit  pendant  dix  ans 
avec  un  succès  quelquefois  contesté.  Ses  avan 
tages  physiques  contribuaient  pour  beaucoup 
l'effet   qu'il  produisait  sur  la  scène.  Sifflé  dan 
le  rôle  à'  Orosmane ,  l'un  de  ceux  qu'il  préférai 
jouer,  il  déclara  qu'il  renonçait  à  sa  profession 


\ 


6C9  LA  RIVE 

Ses  camarades,  à  l'exception  de  Mole,  tentèrent 
on  vain  de  le  faire  changer  de  résolution.  «  Les 
infâmes  ne  me  reverront  plus!  »  s'écriait -il 
avec  une  emphase  comique.  Cependant  deux 
cins  après  il  rentrait  par  le  rôle  d' Œdipe  (4  mai 
1790).  Cette  réapparition  n'ent  toutefois  qu'une 
courte  durée.  Le  déplaisir  qu'il  eut  de  voir  la 
faveur  publique  se  tourner  vers  Talma  influait 
id'une  manière  évidente  vsur  son  jeu,  devenu 
jchaquejour  plus  inégal.  Incarcéré,  en  1793, 
iavec  la  plupart  de  ses  camarades ,  quoiqu'il  eût 
adopté,  avec  modération,  les  idées  nouvelles, 
La  Rive  ne  recouvra  sa  liberté  qu'à  la  chute  de 
Piobespiei're.  Il  se  réunit  à  la  fraction  des  Coraé- 
Jieus  français  qui  jouaient  à  la  salle  Louvois, 
sous  la  direction  de  M"^  Raucourt,  jusqu'à  la 
suppression  de  ce  théâtre  par  l'autorité.  En 
1 804  La  Rive  professait  publiquement  un  cours 
le  déclamation.  Nommé,  en  1808,  lecteur  ordi- 
laire  du  roi  Joseph,  il  revint  en  France  lors- 
l'je  ce  roi  échangea  sa  couronne  de  Naples 
:ontre  le  sceptre  espagnol.  Il  se  retira  dans  une 
lam  pagne  qu'il  possédait  à  Montlignon,  et  de- 
vint maire  de  cette  commune.  On  ne  parlait 
)lus  de  cet  acteur  depuis  longtemps,  lorsqu'une 
dëe  regrettable  le  fit  prendre  part,  âgé  de 
oixante-neuf  ans,  à  une  représentation  extraor- 
linaire  donnée  au  Théâtre-Italien ,  le  25  avril 
810.  Il  y  parut  dans  le  rôle,  mal  approprié  à  son 
ge,  de  Tancrède,  dans  lequel  il  ne  dut  les 
i II eiques  applaudissements  qui  l'y  accueillirent 
i^u'aii  souvenir  du  passé.  Correspondant  de 
Institut  depuis  la  formation  de  la  classe  des 
eaux-ai-ts,  La  Rive  employa  ses  loisirs  à  écrire 
ur  son  art.  Il  est  auteur  d'un  Cours  de  Décla- 
laiion  divisé  en  douze  séances  ;  Paris,  1804, 
x-8°  ;  —  Cours  de  Déclamation  prononcé  à 
Athénée  de  Paris  ;  Paris,  1810,  2  vol.  in-8°. 
le  travail ,  assez  informe  dans  le  principe ,  fut 
onfié  par  La  Rive  à  Ginguené,  qui  le  mit  en  état 
e  paraître  sous  les  yeux  du  public.  Il  avait  pu- 
lié  antérieurement  :  Réflexions  sur  l'Art  théâ- 
ral  ;  Paris ,  an  ix,  br.  in-8°.  Parmi  les  quelques 
necdotes  qu'il  rapporte  dans  cet  opuscule,  il  s'en 
rouve  uûe  qui  pourrait  être  racontée  avec  pins 
'exactitude.  Avant  d'être  attaché  à  la  Comédie- 
'rançaise,  La  Rive  appartenait  au  théâtre  de  Lyon, 
ù  il  jouissait  de  la  faveur  publique.  11  vit  donc 
vec  un  déplaisir  extrême  Lekain  venir  y  donner 
uelques  représentations.  Un  jour  que  ce  dernier 
>uait  Vendôme,  La  Rive  ,  sans  avoir  prévenu 
lersonne,  parut  sous  l'habit  de  Nemours.  Son 
ipparition  inattendue  provoqua  des  applaudisse- 
ments assez  vifs ,  pour  rendre  sensible  l'impres- 
jion  qu'ils  produisirent  sur  Lekain.  Les  premiers 
bots  que  dit  Nemours,  sont  :  «  Où  me  condui- 
ez-vous  ?  —  Devant  votre  vainqueur,  lui  ré- 
lond  Vendôme.  Cette  réponse,  d'une  application 
icile ,  passant  par  la  bouche  de  Lekain,  fut  la 
audre  tombant  dans  la  salle,  tant  elle  pro- 
l-uisit  d'effet.  Mais  ce  que  ne  dit  pas  La  Rive,  c'est 
'(u'il  fut  très-déconcerté  ;  —  Moyens  de  régé- 

NOUV.  BIOGR.   GÉNÉR.  —   T.  XXIX. 


LARIVEY 


610 


nérer  les  Théâtres,  de  leur  rendre  leur  mora- 
lité et  d'assurer  létat  de  tous  les  comédiens , 
sans  dépenses  pour  le  gouvernement  ;  Paris , 
1806,  in-4°;  —  Pijrame  et  Tkisbé,  scène  lyri- 
que ;  Paris,  1784,in-8'',et  1791,in-18.  Cette  scène, 
représentée  le  2  juin  1783,  reproduisait  fidèle- 
ment la  fable  d'Ovide,  et  formait  un  tableau  asseï 
dramatique.  —  M.  Quérard  attribue,  mais  à  tort, 
croyons-nous ,  à  La  Rive  un  roman  intitulé  ; 
xàama,  ou  le  sauvage  civilisé,  histoire  d'un 
Taïtien  (roman  entièrement  refondu  et  publié 
par  J.-L.-Meichior  Porthmann)  ;  Paris,  1807  et 
1812,  2  vol.  in-12.  E.  de  Manne. 

Mémoires    de    Mlle  Glairon.  —   Correspondance  de 
Grlmm.  —  Id.  de  La  Harpe.  —  Documents  particuliers. 

LARIVEY  (  Pierre  de  ),  auteur  comique  et 
traducteur  français,  naquit  à  Troyes,  vers  15-50,  et 
mourut  vers  1612,   suivant  la  plupart  des  bio- 
graphes, qui  n'ont  donné  sur  son  compte  que 
des  renseignements  inexacts  et  incomplets.  Il 
semble,  d'après  divers  indices,  que  la  date  de 
sa  naissance  doive  être  reculée  de  plusieurs  an- 
nées, de  dix  au  moins.  En  effet,  dans  la  dédi- 
cace à  M.  de  Pardessus  de  sa  traduction  de  la 
Philosophie  et  institution  morale  d'Alexandre 
Piccolomini ,  en  1580,  il  '^&r\e:i&  l'humble  ser- 
vice que  depuis  vingt  ans  il  a  commencé  à 
lui  faire;  s'il  était  né  en  1550,  ce  serait  donc 
à  l'âge  de  dix  ans  qu'il  aurait  commencé  ce  ser- 
vice, ce  qui  ne  semble  guère  probable.  En  outre, 
son  collègue  C.  Thorelot,  chanoine  en  l'église 
Saint- Urbain  de  Troyes ,  le  traite,  en  1 603,  de 
vénérable  vieillard,  dans  un  sonnet  inséré  en 
tête  d'une  de  ses  traductions.  Traiterait-on  de 
vénérable  vieillard  jun  homme  de  cinquante- 
trois    ans?    Suivant  son    compatriote  Grosley 
{Œuvres  inédites,  publiées  par  Patris-Debreuil, 
Paris,  1812,  in-8°,  t.  r%p.  19),  Pierre  de  La- 
rivey  «  étoit  fils  d'un  Giunti,  Florentin,  venu  à 
Troyes,   soit  en  compagnie   des  artistes  floren- 
tins   qui  nous  ont  laissé  tant  de  monuments  de 
leurs  études  sous  Michel-Ange,  soit  pour  y  suivre, 
à  l'exemple  de  plusieurs  de  ses  compatriotes,  des 
affaires  de  commerce  ou  de  banque.  »  Cette  indi- 
cation, d'après  laquelle  son  nom  ne  serait  qu'une 
traduction    française   du    nom    itaUen  giunto 
(arrivé,  l'arrivé  (I))  expliquerait,  mieux  encore 
que  l'influence  des  comédiens  italiens  qui  jouaient 
dès  lors  à  Paris,  le  penchant  qu'il  montra  tou- 
jours à  imiter  la  commedia  delVarte  et  son  goût 
persévérant  pour  la  littérature  italienne.  Le  peu 
de  renseignements  authentiques  que  nous  avons 
sur  Larivey  sont  épars  dans  ses  œuvres.  Sur  le 
titre  et  dans  le  privilège  de  sa  prétendue  traduc- 
tion de  l'Humanité  de  Jésus-Christ,  par  Pierre 
Arétin ,  traduction   qui  n'est  qu'un  rajeunisse- 
ment de  celle  de  Jean  de  Vauzelles ,  on  trouve 
la  confirmation  d'un  fait  peu  connu ,  bien  qu'in- 
diqué par  Grosley  dans  l'ouvrage  cité  plus  haut  : 

(1)  Guillaume  Le  Breton  écrit  son  nom  ainsi  :  L'Arri- 
vey,  dans  un  sonnet  en  tête  de  ses  six  premières  coffisi- 
dies. 

20 


611 


LARIVEY 


612 


il  étaitchanoine  en  Véglise  royalle  et  coUégialle 
de  Saint -Es  tienne  de  Troyes.  La  même  année, 
le  titre  d'un  autre  de  ses  ouvrages  :  Les  Veilles 
de  Barthélémy  Arnigio,  lui  donne  la  qualité  de 
prestre.  Ainsi  ce  n'était  pas  un  simple  cha- 
noine séculier.  Il  était  même  greffier  de  son  cha- 
pitre, et  le  dimanche  20  novembre  1605  on  le 
voit  signer  le  procès-verbal  de  translation  d'une 
relique  de  l'église  Saint-Étienne  en  l'église  pa- 
roissiale (1). 

Nous  avons  déjà  vu  qu'en  1580  il  remplissait 
des  fonctions  indéterminées  chez  M.  de  Par- 
dessus, «  conseiller  du  roi  en  la  cour  du  parle- 
ment à  Paris  ».  Il  semble  faire  entendre  plus 
loin,  dans  la  même  dédicace ,  que  sa  traduction 
de  Piccolomini  avait  été  composée  dans  la  mai- 
son et  imprimée  aux  dépens  de  ce  conseiller. 

Larivey  eut  un  certain  nombre  de  poètes, 
surtout  de  poètes  dramatiques,  pour  amis;  par 
exemple  Guillaume  Le  Breton,  qui  en  plusieurs 
circonstances  lui  adressa  des  vers  louangeurs, 
signés  de  sa  devise  :  Mas  honra  que  vida  ;  Louis 
Le  Jars,  qui  lui  fit  un  sonnet  pour  sa  traduc- 
tion de  Straparole;  François  d'Amboise ,  à  qui 
Larivey  dédia  tout  son  théâtre ,  et  qu'il  appelle 
le  meilleur  de  ses  meilleurs  amis.  Peut-être 
influèrent-ils  sur  lui  pour  lui  faire  aborder  le 
théâtre.  Quoi  qu'il  en  soit,  il  avait  vingt-neuf  ans 
lorsqu'il  s'y  décida,  ou  plutôt  environ  quarante, 
si  l'on  pense  avec  nous  qu'il  faut  reculer  d'une 
dizaine  d'années  la  date  de  sa  naissance.  Il  était 
versé  dans  la  littérature  transalpine  au  moins 
autant  que  dans  les  littératures  grecque  et  latine. 
Ce  fut  .ce  qui  détermina  son  choix.  Il  forma  le 
projet  de  transporter  sur  la  scène  française,  comme 
avait  déjà  fait  Jacques  Gré  vin  dans\e&  Esbahis, 
les  caractères ,  les  intrigues  et  les  tableaux  de 
mœurs  de  la  Comédie-Italienne.  Ce  fut  en  1579 
qu'il  publia  ses  six  premières  pièces,  qui  furent 
accueillies  avec  une  très-grande  faveur.  Ces  six 
pièces,  comme  les  trois  autres  qu'il  donna  ensuite 
en  1611,  étaient  toutes,  non  pas  seulement  imi- 
tées, non  pas  tout  à  fait  traduites,  mais  arran- 
gées de  l'italien.  Larivey  arrangeait,  en  franci- 
sant le  dialogue,  grâce  surtout  à  l'emploi  des  lo- 
cutions populaires ,  en  modifiant  le  plan  ,  •  en 
changeant  le  lieu  de  l'action,  les  noms  des  per- 
sonnages ;  en  supprimant  des  scènes  et  même 
des  rôles  ;  en  faisant,  en  un  mot ,  tout  ce  qu'il 
jugeait  nécessaire  pour  rendre  la  pièce  intéres- 
sante à  un  public  français;  mais  il  ajoutait  rare- 
ment. Dans  la  dédicace  de  ses  pièces ,  il  met  sur 
la  voie  de  ses  emprunts ,  en  disant  qu'il  a  bâti 
son  ouvrage  sur  le  patron  de  plusieurs  bons  au- 
teurs italiens,  «  comme  Laurent  de  Médicis, 
François  Grassin,  Vincent  Gabian,  Jherosme 
Razzi ,  Nicolas  Bonnepart ,  Loys  Dolce  et  au- 
tres 1).  Complétant  ces  indications  par  ses  re- 
cherches, M.  Jannet  a  indiqué,  dans  sa  récente 


(11  Dcsguerrois,  La  Sainteté  chrétienne,  etc.;  Troyes, 
16S7,  ia-4<=,  fol.  324. 


édition  de  Larivey,  les  neuf  pièces  italiennes  que 
celui-ci  a  habillées  à  la  française  dans  ses  neu! 
comédies.  Le  Laquais  est  tiré  du  Ragazzo  Ai 
L.  Dolce;  La  Veuve,  de  la  Vedova  de  Nicole 
Buonaparte;  Les  Esprits,  de  VAridosio  de  Lo 
renzino  de  Médicis,  que  Larivey  a  confondu  ave( 
Laurent  de  Médicis,  père  de  Léon  X  :  c'est  um 
des  pièces  où  il  a  fait  le  plus  de  changement^' 
Le  Morfondu  n'estguère  qu'une  traduction  de  Zc 
Gelosia  de  Grazzini  ;  comme  Les  Jaloux,  d( 
/.  GeZosi  de  Vincent  Gabbiani,  et  Les  Escolliers 
de  la  Zecca  de  Razzi.  La  Constance  est  tirée  i 
peu  près  littéralement  de  LaCostanza  de  Giro 
lamo  Razzi  ;  Le  Fidèle,  du  Fedele  de  L.  Pasqua 
Wgo;  Les  Tromperies,  A&GV  Zng'awni de N.Sechi 
Larivey  a  même  copié  à  peu  près  tous  les  prolo 
gués.  On  voit  si  la  Biographie  Michaud  a  raisoi 
de  dire  que  les  pièces  de  Larivey  sont  de  son  in 
vention.  Il  semble,  en  outre,  qu'il  ait  joint  à  ce 
imitations  modernes  l'imitation  des  anciens 
principalement  de  Térence ,  fondant  comme  lui 
ses  intrigues  sur  des  stratagèmes  que  ses  valets, 
la  façon  des  Davus  et  des  Syrus,  mènent  à  terra 
avec  une  impudente  habileté  ;  comme  lui  encore 
entremêlant  ses  pièces  de  nombreux  a  parte 
de  tirades  et  sentences  morales ,  etc. 

Les  comédies  de  notre  auteur  furent-elles  rc 
présentées  publiquement?  On  n'a  aucun  docu 
ment  qui  le  prouve  d'une  façon  certaine,  etl'o 
ne  peut  tii'er  mille  conjectures  des   prologues 
puisque  ces  prologues  sont  pris  de  l'auteur  ils 
lien.    Cependant   ces  pièces  sont  éviderameE 
composées  pour  la  scène  -.  Larivey  a  soin  d' 
transporter  le  lieu  des  événements  en  France,  t 
d'y  mettre  le  moins  possible  de  rôles  de  femmes; 
qui  étaient  alors  remplis  par  des  hommes, 
grand  préjudice  de  l'illusion  théâtrale.  En  outre 
un  sonnet  de  G.  Chasble,  adressé  à  notre  auteuii 
et  qu'on  trouve  en  tête  de  sa  traduction  de  Pici 
colomini ,  semble  le  faire  entendre.  S'il  n'a  pai 
été  joué  sur  des  théâtres  réguliers,  il  l'a  du  moin, 
été   certainement  sur  des  scènes  particulières: 
Quoi  qu'il  en  soit,  ses  six  premières  comédiçi 
avaient  eu    un    succès  incontestable,    maigri 
la    nouveauté  de  la  tentative.  On  n'était  pai 
encore  habitué  aux  pièces  en  prose,  quoiqu, 
Louis  Le   Jars   eût  déjà  composé  sa   Lucell 
(1574);  mais  ce  n'avait   été  là  qu'une  tenta tivi 
isolée,  tandis  que  Larivey  publiait  une  œuvr 
considérable ,  et  que  son  innovation  était  systt! 
matique  et  raisonnée  :  «  Non  que  je  veuille  infe 
rer,  dit-il  dans  la  dédicace  à  M.  d'Amboise,  qu 
je  sois  le  premier  qui  faict  veoir  des  comédie 
en  prose,  car  je  sçay  qu'assez  de  bons  ouvrier 
en   ont  traduit  quelques-unes;  mais  aussi  puis 
je  dire  cecy  sans  arrogance  que  je  n'en  ay  en 
core  veu  defrançoises,  j'enten  qui  ayent  esté  re 
présentées  comme  advenues  en  France.  Or,  sij 
n'ay  voulu  en  ce  peu  contre  l'opinion  de  beat 
coup,  obliger  la  franchise  de  ma  liberté  de  parle 
à  la  sévérité  de  la  loy  de  ces  critiques  qui  veu 
lent  que  la  comédie  soit  un  poëme  subjecl  a 


!l 


613 


LARIVEY 


614 


nombre  et  mesure  des  vers  (ce  que,  sans  me 
vanter,  j'eusse  pu  faire),  je  Vay  faict  parce 
qu'il  m'a  semblé  que  le  commun  peuple,  qui 
est  le  principal  personnage  de  la  scène,  ne 
s'estîidie  tant  à  agencer  ses  paroles  qu'à  pu- 
blier son  affection,  qu'il  a  plustost  dicte  que 
pensée.  »  Il  développe  ensuite  et  appuie  d'exem- 
ples cette  observation,  souvent  répétée  depuis, 
sous  d'autres  formes,  par  les  partisans  de  la 
même  idée. 

Le  succès  de  ce  premier  recueil,  attesté  par 
i]'assez  nombreuses  éditions,  ne  l'empêcha  pas  de 
rester  trente  ans  avant  d'en  publier  un  nouveau. 
Ce  ne  fut  qu'en  1611  que  parurent  ses  trois  der- 
nières comédies,  qu'il  venait  de  retrouver,  dit-il, 
ilans  ses  vieuv  papiers,  et  il  annonça  en  même 
temps  l'intention  d'en  publier  trois  autres,  pro- 
et  dont  l'exécution  ne  fut  probablement  empô- 
hée  que  par  sa  mort. 

Maintenant,  si  nous  voulons  juger  le  tliéàtre 
t  apprécier  le  talent  de  Larivey,  il  ne  faut  pas 
)erdre  de  vue,  comme  restriction  nécessaire  à 
ous  nos  éloges ,  que  nous  n'avons  affaire  qu'à 
m  simple  arrangeur. 

Les  pièces  de  Larivey  se  recommandent  d'd- 
3ord  à  l'attention  par  l'influence  qu'elles  ont  exer- 
ce sur  la  scène  française,  influence  suffisamment 
ittestée  par  les  emprunts  de  Molière  et  de  Re- 
nard,qui  ont  pris,  par  exemple,  à  la  comédie  des 
'esprits ,  l'un  le  monologue  oîi  l'avare  réclame 
a  cassette ,  l'autre  la  scène  du  Retour  imprévu 
lù  Merlin  persuade  à  Géronte  que  sa  maison 
st  hantée  par  des  revenants  (1).  Nulle  part  non 
lus  on  ne  trouvera  une  plus  curieuse  et  plus 
omplète  collection  des  types  de  notre  vieille 
omédie  :  le  valet  bouffon,  le  pédant,  le  mata- 
aore,  le  vieillard  amoureux,  la  femme  d'in- 
rigue,  qu'il  appelle  d'un  nom  beaucoup  plus 
nergique.  II  multiplie  les  vieillards  dans  ses 
ièces,  et  les  rend  volontiers  ridicules,  tendance 
ui  n'est  pas  rare  dans  les  comédies.  On  y  ren- 
ontre  aussi  beaucoup  de  maris  dupés,  de  fiUes 
éduites,  de  femmes  perdues,  de  valets  fripons, 
la  licence  n'y  manque  pas,  mais  une  licence 
u  plutôt  une  crudité  purement  matérielle  :  c'est 
3  langage  qui  est  grossier,  et  non  le  sentiment 
[ui  est  corrupteur  chez  lui.  Dans  beaucoup  de 
cènes,  Larivey  est  monté  jusqu'au  vrai  comique, 
lon  dialogue  est  d'ordinaire  assez  vif,  et  surtout 
laturel  et  vrai;  son  style,  la  seule  chose  peut- 
tre  dont  on  ne  puisse  lui  contester  le  mérite, 
st  plein  d'une  verte  saveur  et  d'une  vigou- 
euse  francliise.  Enfin,  indépendamment  des  lo- 
utions  familières  de  la  vieille  langue,  des  pro- 
'erbes  et  images  populaires,  dont  on  trouve 
cuvent  la  trace  et  l'origine  chez  lui,  il  abonde 
a.  détails  curieux  sur  la  vie  et  les  mœurs  du 


{i)VAvare  s'est  encore  inspiré  d'une  icène  6e  Le  P'efve, 
i  l£  Morfondu  contient  le  premier  germe  de  l'idée  qui 
ait  le  fond  de  l'École  des  Femmes.  De  même,  on  trouve 
•lus  d'une  fois  dans  Larivey  les  précurseurs  des  Frosloe 
itdesScapin,  comiDe  des  Pancrace  et  des  Marphurius. 


seizième  siècle.  Comme  art,  son  théâtre  est 
insuCfisant  :  sa  comédie  est,  avant  tout,  une 
comédie  d'intrigue  et  d'intrigue  amoureuse ,  se 
déroulant  à  travers  un  imbroglio  presque  tou- 
jours compliqué,  sans  empêcher  toutefois  les 
échappées  plus  ou  moins  nombreuses  sur  la  co- 
médie de  moeurs  et  de  caractère.  L'action  se 
morcelé  sans  cesse,  et  te  plan  se  dérobe  aux 
regards  ;  la  scène  reste  souvent  vide ,  et  l'atten- 
tion est  obligée  de  se  fractionner  et  de  changer 
continuellement  de  personnages  et  de  lieux. 
Joignez  à  tout  cela  l'absence  du  bon  goût  dans 
un  grand  nombre  de  ses  plaisanteries,  et  vous 
aurez  les  principaux  défauts  de  notre  auteur. 
Voici  la  liste  des  œuvres  de  Larivey,  ou  plu- 
tôt de  ses  traductions;  car  c'est  à  cela  que  se 
réduisent  presque  toutes  ses  œuvres  :  Les  fa- 
cétieuses Nuits  du  seigneur  Straparole,  tra- 
duction du  2'  livre,  réunie  à  celle  du  F"^  livre 
par  Jean  de  Louveau  ;  1573.  Ces  deux  volumes 
furent  réimprimés  plusieurs  fois.  En  1580,  le  li- 
braire Abel  L'Angelier  obtint  un  privilège  pour 
imprimer  les  deux  livres  de  Straparole,  le 
2^  traduit  par  Larivey,  et  le  1^''  traduit  par 
J.  Louveau,  mais  revu,  corrigé  et  augmenté  de 
sonnets  et  chansons  par  le  même  Larivey .  C'est 
ce  travail  qu'a  reproduit  le  libraire  Jannet  dans 
sa  récente  édition  de  Straparole  (1857).  Notre 
auteur  y  a  donné  pleine  carrière  aux  libertés  de 
son  imagination;  il  ne  se  fait  même  pas  faute  de 
substituer  aux  énigmes  et  aux  contes  originaux 
des  contes  qu'il  a  empruntés  ailleurs,  et  des 
énigmes  probablement  composées  par  lui-même, 
et  qui  luttent  d'indécence  avec  celles  de  Strapa- 
role; —  Deux  livres  de  Filosofie  fabuleuse, 
dédiés  à  René  de  Voyer,  vicomte  de  Paulmy, 
seigneur  d'Argenson,  1577;  le  1^''  de  ces  livres 
est  tiré  des  discours  d'Ange  Firenzuola,  Floren- 
tin ;  et  le  second  des  traités  de  Sandebar  Indien  ; 
réimpr.,  à  Lyon,  1579,  et  Rouen,  1620.  Dans  la 
dédicace  il  parle  à  ce  seigneur  de  vers  qu'il  avait 
faits  sur  la  mort  de  monseigneur  son  père;  suivant 
Du  Verdier,  ces  vers  ont  été  imprimés ,  mais 
ils  nous  sont  inconnus  ;  —  Les  six  premières 
Comédies  facécieuses  de  Pierre  de  Larivey, 
Champenois,  à  l'imitation  des  anciens 
Grecs,  Latins  et  modernes  Ltaliens ;  Paris, 
Abel  L'Angelier,  1579,  in-12;  réimpr.  à  Lyon, 
1597;  Rouen,  1600,  1611;  —  La  Philosophie 
et  Institution  morale  d'Alexandre  Piccolomini, 
trad.  par  P.  dé  Larivey,  1581  ,  1585,  Abel 
L'Angeher,  gr.  in-8°  ;  —  Les  divers  Discours 
de  Laurent  Capelloni,  trad.  par  le  même; 
Troyes,  1595,  in-12,  avec  une  dédicace  à  Mgr  dé 
de  Luxembourg,  qui  n'est  que  la  reproduction^ 
à  peu  près  mot  pour  mot,  de  celle  de  la  Filo- 
sofe  fabuleuse  à  M.  de  Voyer  d'Argenson, 
tantnoti'e  auteur  aimait  peu  à  fatiguer  son  irna- 
gination;  —  V Humanité  de  Jésus-Christ,  par 
Pierre  Arétin,  trad.  par  le  mêhie;  Troyes,  1604j 
in-8°;  —  Veilles  de  Barthélémy  Arnigio; 
Troyes,  1608,  in-12;—  Trois  nouvelles  Corné^ 

•20. 


615 


LARIVEY  —  LA  RIVIERE 


61 G 


dies  de  Pierre  de  Larivey,  Champenois,  impr. 
à  Troyes,  et  se  vendant  à  Paris,  1611,  ia-12.  Il 
n'y  en  a  qu'une  édition  malgré  des  différences  dans 
le  titre  général  et  même  dans  le  titre  particulier 
de  chaque  pièce ,  selon  le  libraire  à  qui  était  des- 
tiné le  tirage.  M.  Jannet  a  consacré  les  tomes 
V,  VI  et  le  commencement  du  tome  VII  de  son 
Ancien  Théâtre  Français  à  la  reproduction  du 
théâtre  complet  de  Larivey,  dont  il  a  fait  aussi 
un  tirage  à  part,  en  deux  volumes  de  sa  Biblio- 
thèque elzevirienne.  C'est  dans  l'excellente  no- 
tice qu'il  a  mise  en  tête  de  cette  édition  que  nous 
avons  trouvé  la  plupart  des  faits  et  des  dates  de 
cet  article.  Victor  Fodknel. 

Grosley,  Mémoir.  pour  servir  à  l'histoire  de  Troyes. 
—  Saint-Marc  Girardin,  Analyse  de  son  Cours,  dans  le 
-Journal  général  de  l'Instruct.  publ.,  1864,  n^s  7  et  il.  — 
Jannet,  Avertissement  eu  tète  de  son  édition  du  théâtre 
de  Larivey.  —  V.  Fournel,  article  dans  VAthemeum 
français  du  3  nov.  1855. 

LA  RIVIÈRE  (Perrette  de,  dame  de  La 
Roche-Guyon),  née  vers  la  fin  du  quatorzième 
siècle,  morte  après  14C3.  Fille  de  Bureau  de  La 
Rivière,  principal  ministre  ou  favori  des  rois 
Charles  V  et  Charles  VI,  elle  épousa,  avant  1408, 
un  chevalier  normand,  nommé  Guy  de  La  Roche, 
seigneur  de  Berneville  ou  Bernienyille  et  de  La 
Roche-Guyon,  qui  fut  tué  en  1415  à  la  bataille 
d'Azincourt.  Perrette,  avec  trois  enfants  en  bas 
âge,  vivait  retirée  à  la  Roche-Guyon  lorsque  ce 
château ,  situé  sur  la  Seine ,  entre  Mantes  et 
Vernon,  fut  assiégé enl419,  par  le  comte  de  War- 
wick,  ayant  sous  ses  ordres  Guy  Le  Bouteillier, 
chevalier  français ,  rallié  au  parti  des  envahis- 
seurs. Après  divers  assauts  infructueux,  Guy  le 
Bouteillier  conseilla  au  comte  de  miner  la  forte- 
resse et  de  la  faire  sauter.  La  dame  de  La*vRoche 
fut  réduite  à  capituler.  Henri  V,  roi  d'Angle- 
terre, fit  don  du  château  à  Guy  Le  Bouteillier.  Il 
offrit  en  outre  à  la  châtelaine  de  lui  conserver 
sa  protection  royale ,  à  la  condition  de  prêter 
serment  de  fidélité  au  vainqueur,  et  d'épouser 
Guy  Le  Bouteillier.  La  dame  de  La  Roche  rejeta 
cette  offre  et  rendit  la  place.  Dénuée  de  tout,  elle 
vint,  suivie  de  ses  trois  enfants,  trouver  le  dau- 
phin, depuis  Charles  VII,  qui  l'attacha  à  sa  cour 
avec  le  titre  de  dame  d'honneur  de  la  reine. 

Perrette  de  La  Rivière,  en  1436,  reçut,  au  nom 
de  la  reine,  Marguerite  d'Ecosse  ,  débarquée  à 
La  Rochelle.  Perrette  accompagna  Marguerite  à 
Tours,  où,  le  24  juin  suivant,  la  princesse  d'E- 
cosse épousa  le  dauphin  (Louis  XI).  Le  2  janvier 
1440,  le  roi,  à  la  suite  de  la  Praguerie ,  fit'pré- 
sent  à  madame  de  La  Roche-Guyon  de  la  terre  de 
Saint-Maixent,  qui  venait  d'échoir  au  roi  par  for- 
faiture. Peu  de  temps  après,  Charles  VII  lui  re- 
prit ce  don,  et  lui  conféra  en  échange  la  garde 
de  Corbeil ,  avec  1,500  livres  de  pension ,  dont 
elle  jouissait  en  1444  et  1446.  Le  19  mai  1440, 
Perrette  de  La  Roche-Guyon  accompagnait 
comme  gouvernante ,  à  Reims ,  Catherine  de 
France,  lorsque  cette  princesse  vint  dans  cette 
ville  épouser  Charles;  le  Téméraire ,  alors  comte 


de  Charolaisetfils  aîné  de  Philippe  le  Bon,  duc  de 
Bourgogne.  Charles  de  France,  frère  de  Louis  XI, 
étant  né  àTours,  le  28  décembre  1446,  la  dame  de 
La  Roche-Guyon  le  tint  sur  les  fonts  en  qualité  de 
marraine,  avec  la  femme  du  premier  ministre  et 
trois  des  principaux  personnages  du  royaume. 
Le  3  septembre  1449,  le  château  de  La  Roche- 
Guyon  fut  repris  sur  les  Anglais  par  les  troupes 
de  Charles  VIL  Le  roi,  qui  dirigeait  les  opéra- 
tions de  la  guerre ,  commit  immédiatement , 
comme  gouverneur,  à  la  garde  de  la  place,  Guy 
de  La  Roche-Guyon.  Ce  Guy,  chevalier,  conseil- 
ler et  chambellan  du  roi  dès  1431,  était  le  fils: 
de  Guy,  mort  à  la  bataille  d'Azincourt  et  "de 
Perrette  de  La  Rivière.  Il  avait  grandi  sous  lai 
protection  de  Charles  VII,  et  combattait  lui- 
même,  à  l'attaque  du  château  de  La  Roche- 
Guyon,  ^contre  les  Anglais.  Ce  domaine  hérédi-i 
taire  rentra  ainsi  dans  la  famille  de  ses  posses- 
seurs. 

Perrette  de  La  Rivière  occupa  le  poste  de  pre- 
mière dame  d'honneur  de  la  reine  Marie  d'Anjou, 
jusque  vers  la  mort  de  cette  princesse  (t).  En 
1463,  elle  vendit  ses  terres  d'Auneau  etde  Roche- 
fort  en  Normandie.  Perrette  ne  vivait  plus  en 
1475.  Vallet  de  Viriville. 

Chronique  de  P.  de  Cagny,  ciiap.  138.  —  Manuscrits, 
supplément  français,  n°»  178,  3,  et  2,430,  folio  729.  — 
Titres  généalogiques.  —  Jean  Cliartier,  édition  elzevi-l 
rienne,  à  la  table.  —  Religieux  de  Saint-Denis,  éditioni 
Bellaguet,  in-4",  à  la  table.— J.  des  Ursins,  dans  Godefroy, 
Charles  f^J,  16S3,  in-folio,  page  357.  —  Monstrelet,  sijus 
l'année  1418.—  Anselme,  Histoire  Cénéaloglque,  t.  VIII, 
p.  622  et  897.  —  Moniteur  universel  du  5  octobre  1854, 
ftuilleton,  colonne  10.  —Athenœum  français  du  29  niarsi 

1856,  page  252. 

LA  RIVIÈRE  (Poly carpe  de),  érudit  fran- 
çais, mort  vers  1640.  Originaire  d'Avignon  sui-i 
vaut  les  uns ,  ou  du  Puy  en  Velay,  suivant  les 
autres,  il  fut  admis ,  en  1608,  à  la  Grande  Char- 
treuse, devint  ensuite  prieur  des  maisons  dei 
Sainte-Croix  et  de  Bordeaux,  et  dirigea  en  la 
même  qualité,  de  1631  à  1638,  le  monastère  de 
Bonpas.  Dès  qu'il  eut  été  déchargé  de  ces  fonc- 
tions incompatibles  avec  ses  études  littéraires, 
il  partit  pour  les  eaux  de  Digne  ou  de  Balaruc, 
et  ne  reparut  plus.  Malgré  l'assertion  de  De  Lan- 
noy,  qui  l'accusa  de  s'être  dérobé  au  monde  pour 
secouer  le  joug  de  la  foi  catholique,  il  est  plus  que 
probable  qu'il  fut  assassiné  en  route  par  le  valet 
qui  l'accompagnait.  Dom  Polycarpe,  dont  l'ins- 
truction était  fort  étendue ,  entretenait  un  com- 
merce de  lettres  avec  les  principaux  savants  de  ' 
son  temps,  tels  que  Gassendi,  Bouche ,  Peiresc, 
Savaron ,  Guichenon ,  le  P.  Sirmond  ,  etc.  On  a 
sous  son  nom  trois  traités  de  piété  sur  la  fin  du 
monde,  la  Rédemption  et  les  excellences  dej 
l'âme;  mais  c'est  surtout  par  ses  travaux  sur  la 
Provence  qu'il  a  mérité  la  réputation  d'éiudit. 
On  possède  à  Carpentras 3  vol.  manusc.  in-folio, 
qui  lui  sont  attribués;  les  tomes  I  et  II,  rédigés 
en  latin ,  portent  le  titre  :  Annales  Avenioncn- 

(1)  La  reine  mourut  le  29  noy.  1468, 


617  LA  RIVIÈRE 

siumEpiscoporumseu  Annales  Ecclesix,  civi- 
talis el comitatus  Avenionensis  (i)  ;  lelomelll, 
en  français,  est  consacré  a  l'Histoire  d'Avignon. 
Dom  Polycarpe  avait  eu  aussi  le  projet,  men- 
tionné par  ie  P.  Le  Long,  de  composer  une  his- 
toire de  tous  les  évêques  de  France,  à  l'instar 
de  la  Gallia  christiana.  P.  L. 

Claude  Robert,  La  Gaule  chrétienne.  —  H.  Bouche, 
Hist.  de  Provence,  I,  590.  —  Gassendi,  De  Vita  Peires- 
kii,  lib,  VI.  —  Mémoires  de  Trévoux,  avril  1724.  —  I^ 
Long,  Biblioth.  hist.  de  la  France,  n"»  2910  et  508*.  — 
Barjavcl.  Biobibliogr.  varuclusienne. 

LARiviÈRE  ( Pierre-François-Toussaint), 
pédagogue  français ,  né  en  1762,  à  Séez,  en 
basse  Normandie,  mort  à  Montargis  ( Loiret ),en 
1829.  Il  suivit  la  carrière  ecclésiastique,  devint 
grand-vicaire  en  1790,  et  professeur  de  philoso- 
phie au  collège  royal  de  Clermont.  11  fut  ensuite 
proviseur  du  collège  d'Orléans ,  et  inspecteur 
d'académie  à  Strasbourg.  On  a  de  lui  :  Prin- 
cipes de  Grammaire  générale  et  de  gram- 
maire latine;  1800,  in-S";  —  Notice  his- 
torique sur  C.-F.-J.  Dugua,  général  de  di- 
vision, etc.;  1812,  in-S"; —  Grammaire  fran- 
çaise classique,  1819,  in-8°  ;  — Logique  classi- 
que; 1819,  in-8'*;  réimprimée  avec  des  addit. 
en  18..  ;  —  Observation  critique  sur  la  Gram- 
maire de  M.  Pelletier  ;  Varis,  1823,  in-8°.  Se- 
crétaire perpétuel  pendant  quinze  ans  de  l'Aca- 
démie de  Caen ,  il  a  publié  trois  volumes  des 
Mémoires  de  cette  académie.         G.  de  F. 

F.  Bourquelot  et    A.   Maury,  Littérature  contemp. 

LARIVIÈRE  (  Pierre-  François  -  Joachim- 
Henri  de),  législateur  et  magistrat  français,  né 
à  Falaise,  en  Normandie,  dans  l'année  1761,  mort 
à  Paris,  le  3  novembre  1838.11  était  avocat  dans 
sa  ville  natale  lorsqu'éclata  la  révolution.  L'ar- 
deur qu'il  montra ,  comme  partisan  des  intérêts 
populaires,  le  fit  élire  en  1791  député  à  l'Assem- 
blée législative.  Il  se  lia  avec  les  membres  du 
parti  de  la  Gironde ,  et  se  fit  i-emarquer  d'abord 
à  l'occasion  d'un  mouvement  royaliste  qui  eut 
lieu  en  décembre  1791  dans  la  Normandie;  il 
demanda  qu'on  exerçât  des  poursuites  sévères 
contre  ceux  qui  en  étaient  signalés  comme  les 
principaux  auteurs.  Dans  la  séance  du  10  mars 
1792,  il  attaqua  vivement  le  ministère  et  appuya 
la  demande  de  Brissot  pour  la  mise  en  accusation 
de  De  Lessart,  ministre  des  Affaires  étrangères. 
Il  sollicita  un  prompt  rapport  sur  le  projet  de 
déclaration  de  guerre  à  l'Autriche.  Lors  de  la 
discussion  que  les  agitateurs  élevèrent  contre  le 
garde  des  Sceaux  Duport  du  Tertre  ,  il  était  un 
des  membres  qui,  dans  la  séance  du  4  avril , 
s'opposèrent  à  ce  qu'il  lui  fût  donné  communi- 
cation des  pièces  et  des  chefs  d'accusation  pré- 
sentés contre  lui.  Le  14  du  même  mois,  il  dé- 
nonça les  soldats  suisses  comme  insultant  des 
citoyens  paisibles  dans  le  jardin  des  Tuileries , 


6(8 


(1)  Gassendi,  dans  la  F'ie  de  Peirese,  dit  que  cet  ou- 
vrage pouvait  être  comparé  aux  travaux  d'Hercule,  tant 
cet  écrivain  avait  surmonté  des  difOcultés  et  préparé 
des  matériaux. 


quoique  ces  soldats  n'eussent  chassé  que  des  ven- 
deurs de  pamphlets  contre  le  roi  et  la  reine. 
Dans  la  séance  du  26  mai,  il  invoqua  l'autorité 
des  philosophes  anciens  et  modernes,  et  surtout 
celle  de  J.-J.  Rousseau ,  pour  prouver  que  les 
opinions  religieuses  doivent  être  libres  ,  et  que  , 
dès  lors ,  on  n'avait  pas  le  droit  d'exiger  à  cet 
égard  de  serment  d'un  citoyen ,  prêtre  ou  laï- 
que. Ses  concitoyens  l'appelèrent  à  faire  partie 
de  la  Convention.  Il  se  prononça  dès  la  pre- 
mière séance  contre  les  abus  du  pouvoir  usur- 
pateur de  la  Commune  de  Paris,  et  dans  une 
autre  séance,  il  fit  décider  que  son  président  se- 
rait mandé  à  la  barre  de  l'Assemblée  pour  rendre 
compte  de  sa  conduite.  Le  24  septembre ,  il  ap- 
puya avec  force  la  proposition  du  serment  de 
haine  à  la  royauté,  en  jurant  que  «  il  ne  souffri- 
rait jamais  qu'un  monarque,  français  ou  étran- 
ger souillât  la  terre  de  liberté  ».  Vers  la  même 
époque ,  il  se  prononçait  aussi  pour  l'expulsion 
des  Bourbons.  Son  ardeur  républicaine  le  fit 
choisir  pour  un  des  commissaires  chargés  d'exa- 
miner les  pièces  trouvées  aux  Tuileries  dans  l'ar- 
moire de  fer.  Dans  son  rapport,  il  signala  spé- 
cialement, en  lisant  lane  des  pièces,  Lameth 
et  Barnave  comme  dévoués  à  la  royauté.  Ces 
deux  anciens  députés  furent  décrétés  d'accusa- 
tion ;  mais  lorsque  l'acte  d'accusation  fut  pré- 
senté, Henri  Larivière  chercha  à  atténuer  la 
déclaration  qu'il  avait  faite. 

Lorsque  la  Convention  agita  la  question  de  la 
mise  en  jugement  du  roi ,  Larivière  déposa  un 
vote  affirmatif.  Néanmoins ,  dans  le  cours  du 
procès,  il  parut  vouloir  sauver  la  vie  de  l'infortuné 
monarque.  Ainsi,  sur  la  question  de  culpabilité, 
il  déclare  qu'il  ne  croit  pas  devoir  cumuler  les 
fonctions  de  législateur  et  de  juge,  «  qu'il  ne 
peut  voter  que  le  renvoi  au  souverain  (le 
peuple).  i>  Sur  la  peine  à  infliger  à  Louis  XVI, 
il  dit  :  «  Ce  ne  peut  être  par  humanité  qu'on 
épargne  un  coupable.  La  pitié  pour  les  scélé- 
rats est  une  cruauté  pour  les  gens  de  bien.  Je 
n'ai  jamais  douté  que  Louis  ne  fût  un  grand 
criminel,  et  si  je  ne  l'ai  pas  ainsi  prononcé  par 
le  fait ,  c'est  qu'il  m'a  paru  injuste  d'être  à  la 
fois  législateur  et  juré.  Mais  à  présent  qu'il 
s'agit  d'appliquer  contre  Louis  une  mesure 
politique,  et  que  je  puis  comme  lé|;islateur 
prononcer  sur  son  sort ,  je  déclare  en  cette 
qualité,  et  d'après  ma  conscience,  qui  m'élève 
au-dessus  de  tous  les  dangers,  que  l'intérêt 
de  la  patrie  exige  que  Louis  soit  détenu  pen- 
dant la  guerre  et  exilé  à  la  paix.  »  Enfin,  après 
la  condamnation  à  mort,  faisant  un  dernier  ef- 
fort ,  il  demanda ,  mais  en  vain ,  un  sursis. 

Le  1 S  mai  1793,  Henri  Larivière  fut  nommé 
membre  de  la  commission  des  Douze  chargée  de 
vérifier  les  actes  de  la  Commune  etde  prendre  des 
mesures  contre  ceux  de  ses  membres  qui  conspi- 
raient contre  la  Convention.  Cette  commission 
fit  arrêter  Hébert  et  plusieurs  jacobins.  De  telles 
mesures  provoquèrent  la  fureur  des  montagnards. 


619 

Larivière  essaya  vainement  de  lutter  dans  l'as- 
semblée contre  l'orage  qui  s'éleva  à  ee  sujet.  La 
commission  fut  dissoute,  et  après  la  victoire  que 
les  démagogues  remportèrent,  le  31  mai ,  il  fut 
décrété  d'accusation.  On  l'arrêta  dans  son  do- 
micile le  2  juin,  ainsi  que  les  autres  députés  at- 
teints par  le  coup  d'État.  Mais  il  parvint  à  s'é- 
chapper, et  se  réfugia  dans  le  Calvados.  Là,  avec 
quelques-uns  de  ses  collègues ,  il  cherchait  à  ex- 
citer un  mouvement  insurrectionnel.  Cette  ten- 
tative, qui  fut  sans  succès,  fit  prononcer  la  mise 
hors  la  loi  contre  Henri  Larivière  et  contre  les 
Girondins  qui  y  avaient  pris  part.  Plus  heureux 
que  Guadet ,  Salles  ,  et  Barbaroux ,  il  réussit 
à  se  soustraire  aux  recherches.  Après  s'être 
tenu  caché  jusqu'à  la  chute  de  Robespierre  , 
il  adressa  alors  sa  réclamation  à  la  Convention, 
qui  le  rappela  dans  son  sein.  Son  ressentiment 
contre  les  membres  de  la  Montagne  et  ceux  du 
comité  de  salut  public  auxquels  il  avait  dû  huit 
mois  de  dangers  et  de  souffrances,  se  manifesta 
en  toute  occasion.  Il  alla  même  jusqu'à  attaquer, 
mais  en  vain,  des  républicains  irréprochables, 
comme  Carnot  et  Robert  Lindet.  Néanmoins, 
il  fut  élu  secrétaire  de  l'Assemblée,  puis  membre 
du  comité  du  salut  public.  Différents  actes  ,  en- 
tre auti'es  son  opposition  à  l'arrestation  des  prê- 
tres réfractaires ,  le  rendirent  suspect;  il  sortit 
du  comité,  mais  n'en  continua  pas  moins  ses 
motions  réactionnaires.  Lors  de  l'émeute  du 
4  prairial  (20  mai  1795),  il  montra  une  grande 
énergie;  deux  fois  il  manqua  d'être  assassiné  en 
faisant  lecture  du  décret  de  la  Convention  au 
poste  du  Palais-Égalité.  Nommé  membre  du 
nouveau  comité  de  salut  public ,  le  3  juin ,  il 
adopta  un  système  entièrement  opposé  à  celui  de 
la  majorité  de  l'assemblée.  Abandonnant  les 
langs  des  républicains,  il  devint  un  des  orateurs 
les  plus  véhéments  parmi  ceux  qui,  sous  le 
prétexte  de  punir  les  agents  coupables  de  la  fac- 
tion vaincue  le  9  thermidor,  attaquèrent  réelle- 
ment le  gouvernement  établi  et  sapèrent  suc- 
cessivement toutes  les  bases  du  système  répu- 
blicain. En  octobre  1795,  il  contribua  à  faire  ac- 
cepter l'échange  de  la  fille  de  Louis  XVI,  restée 
au  Temple,  contre  plusieurs  prisonniers  français 
alors  en  Autriche.  Dans  le  même  mois,  lorsque 
les  sections  de  Paris  s'étaient  insurgées  contre  la 
Convention,  il  fut  accusé  d'avoir  excité  les  trou- 
bles ,  mais  cet  incident  n'eut  pas  de  suite.  Il 
fut  encore  compromis  dans  la  conspiration  roya- 
liste de  Lemaître  ;  cependant,  appuyé  par  un 
parti  puissant,  et  surmontant  tous  les  obstacles, 
il  fut  appelé  à  faire  partie  du  Conseil  des  Cinq 
Cents.  Il  y  devint  un  des  principaux  chefs  du 
T)art!  dit  de  Clichy,  et  se  prononça  dans  toutes 

■  les  circonstances  contre  le  Direjctoire  exécutif. 
Il  fut  chargé  de  plusieurs  rapports  sur  les  finan- 
ces et  les  colonies.  Lorsque  le  ministre  de  la 
justice  dénonça  la  conspiration  de  Babeuf,  il 
soutint  que  c'était  là  une  réaction  de  Tallien  et 

.  des  thermidoriens ,  et  s'écria  qu'il  fallait  sévir 


LARIVIÈRE  620.1 

contre  tons  ces  factieux,  et,  interpellant  yivement 
plusieurs  de  ses  collègues ,  il  leur  reprocha  d^ 
ne  voir  d'ennemis  de  la  république  que  dans  les 
royalistes  et  d'épargner  les  jacobins.  Dans  une 
autre  séance,  s'élevant  contre  le  projet  d'am- 
nistie pour  les  délits  relatifs  à  la  révolution,  il 
s'écrie  :  «  Ce  serait  nous  rendre  des  voleurs,  de.s 
dilapidateurs ,  et  jusqu'à  ces  bêtes  féroces  qni 
ont  plongé  le  couteau  dans  le  sein  de  leurs 
concitoyens  désarmés,  ceux-là  qui  cinq  jours 
encore  avant  le  2  septembre  se  disaient  lei 
matin  :  Où  va-t-on  tuer  ?  ».  Puis  il  demandai 
le  rapport  de  la  loi  qui  avait  exclu  les  parents 
des  émigrés  de  toutes  fonctions  publiques ,  en 
faisant  observer  que  la  première  magistrature,' 
le  sceau  de  l'État  étaient  remis  au  frère  d'un 
homme  qui  était  dans  les  camps  ennemis.  «  Si 
la  loi  n'est  pas  appliquée  à  Barras,  ajoute-t-il, 
elle  ne  peut  l'être  à  personne.  «  Il  demandei 
aussi,  dans  un  discours  remarquable,  la  mise 
en  liberté  des  prêtres  détenus  pour  refus  de' 
serment  ;  à  cette  occasion,  signalant  avec  éner- 
gie l'indignation  qu'ont  excitée  dans  les  familles 
les  mesures  prises  contre  eux,  il  met  dans  leur 
bouche  ces  jjaroles  prophétiques  :  «  Tu  as  pros- 
crit en  masse  :  fu  seras  proscrit  à  ion  tour,! 
Ton  titre  de  membre  de  la  Convention  de- 
viendra un  anathème,  comme  tu  rends  le  nomi 
de  prêtre  un  titre  à  la  proscription!  »  Le 
8  décembre  il  appuya  la  demande  de  Pastorel 
en  faveur  de  la  liberté  de  la  presse.  Lorsqu'om 
découvrit  la  conspiration  royaliste  de  Brottier, 
DuVerne  de  Prestes  et  La  Ville-Heurnois,  dont 
il  paraît  certain  qu'il  faisait  secrètement  partie, 
il  s'efforça  d'en  diminuer  l'importance.  Une 
sorte  d'apologie,  qu'il  fit  même  alors  des  roya-i 
listes,  excita  une  violente  explosion  dans  l'as- 
semblée ;  néanmoins  il  fut  élu  secrétaire  et  peu 
de  temps  après  président  (  19  juin  1797).  Il  at- 
taqua de  nouveau  le  Directoire,  et  lorsque  lai 
lutte  entre  le  pouvoir  exécutif  et  le  Corps  légis- 
latif fut  portée  au  dernier  degré  de  violence, 
lorsque  tout  semblait  annoncer  un  coup  d'État, 
Larivière  appuya  vivement  toutes  les  mesures 
proposées  par  Pichegru  pour  donner  au  Corps 
législatif  une  force  indépendante  du  Directoire, 
et  qui  eût  pu  même  renverser  ce  dernier.  Mais 
la  journée  du  18  fiuctidor  (4  septembre  1797) 
assura  le  triomphe  du  Directoire.  Henri  Lari- 
vière fut  inscrit  un  des  premiers  sur  la  liste 
de  déportation.  Il  se  sauva  en  Allemagne,  et  de 
là  se  rendit  près  du  comte  d'Artois,  à  Londres, 
Les  relations  qu'il  avait  conservées  en  France 
lui  permirent  d'être  utile  à  la  cause  royale. 

Les  intrigues  qui  eurent  lieu  à  cette  époque 
firent  naître  par  la  suite  un  procès  scandaleux 
entre  lui  et  Fauche-Borel  relativement  à  certaines 
sommes  qui  étaient  destinées  à  y  être  employées  ; 
ce  procès  fut  gagné  par  Larivière.  En  1814 
Louis  XVIII  récompensa  ses  services  en  le  nom- 
mant avocat  général  à  la  cour  de  cassation, 
fonctions  qu'il    reprit   après  les  Cent  Jours  et 


(i,)!  LA.  RIVIERE 

(ILi'il  remplit  avec  une  modération  ti'ès-louable 
à  une  époque  on  dominait  l'esprit  départi.  En 
novembre  1818  il  fut  appelé  aux  fonctions  de 
(  oiiseiller  à  la  même  cour.  Après  la  révolution 
.le  1830,  ayant  refusé  de  prêter  serment  au  nou- 
veau roi,  il  se  retira  d'ahord  à  Londres,  en- 
suite à  Nice.  En  1837  il  fut  appelé  par  quelques 
affaires  à  Paris,  où  il  mourut,  l'année  suivante. 
On  lui  a  attribué  quelques  ouvrages  qui  sont  de 
l'économiste  Mercier  de  Larivière.On  a  du  conven- 
tionnel quelques  morceaux  de  poésie  insérés 
!dans  divers  recueils.  Gdyot  de  Fère. 

Arnault,  Biogr.  des  Coniemp. 

s.A  RIVIÈRE.  Foy.  Barbier  (ZoMis). 
^  LARiviÈRE  (Charles-Philippe) ,  peintre 
français,  né  à  Paris,  en  1805.  11  a  étudié  la  pein- 
tine  sous  Girodet  et  Gros,  et  remporta  le  pre- 
mier grand  prix  de  Rome  (histoire)  en  1824. 
Ses  principaux  ouvrages  sont  :  Un  Prisonnier 
mu  Capitale,  exposéau  salon  de  1824  ;— Za  Peste 

'  .de  Rome  sotis  Nicolas  V,  grande  composition 
remarquée  au  salon  de  1831,  et  qui  fit  aussi  partie 
ie  l'exposit.  universelle  de  1855  ;  —  Le  Tasse 
r.ialade  au  monastère  de  Saint-Onufre,  ex- 
poM'  au   même   salon  ;  —    des  Religieux  en 

Uncditation  ,  même  salon  ;  —  portraits  du  ma- 
réchal Mortier  et  du  maréchal  Gérard  (  pour 
a  Salle  des  Maréchaux  aux  Tuileries,  exposés  aux 
salons  de  1831  et  1835;  —  Le  duc  d'Orléans, 
lieutenant  général  du  royaume  arrivant  à 
l'Hôtel  de  Ville,  le  30  juillet  1830,  tableau  de 
;rès-grande  dimension,  exposé  au  salon  de  1836 
ït  placé  au  musée  de  Versailles;  —  Bataille 
ies  Dunes,  gagnée  par  Turenne  sur  les  Espa- 
gnols ,  tableau  exposé  au  salon  de  1837  et  placé 
lu  musée  de  Versailles  ;  —  Bayard  blessé  à 
la  prise  de  Brescia,  salon  de  1838,  musée  de 
Versailles  ;  —  Bataille  de  Cocherel ,  gagnée 
)ar  Du  Guesclin,  salon  de  1839,  musée  de  Ver- 
iailles;  —  Bataille  de  Castillon,  gagnée  pur 
Charles  VII,  même  salon,  même  musée  ;  —  Ba- 
taille de  Mons-en-Puelle,  gagnée  par  Philippe 
e  Bel,  salon  de  1841,  même  musée;  —  Levée 
du  siège  de  Malte,  en  1555,  salon  de  1843, 
nême  musée  ;  —  Bataille  d'Ascalon  ,  en  1 177, 
ialon  de  1844,  même  musée  ;  —  Saint  Vincent, 
martyr,  salon  de  1857;  —  portraits  du  maré- 
chal de  Vauban,  du  maréchal  de  Rocham- 
peau ,  de  Vamiral  Roussin  ,  du  maréchal 
\d'Erlon,  du  maréchal  Bugeaud ,  du  bey  de 
'^Tunis,  d'Ibrahim  Pacha,  pour  le  musée  de 
'Versailles  ;  —  ceux  du  maréchal  Excelmans, 
(In  maréchal  Magnan,  de  Vamiral  Mackau, 
du  maréchal  Leroy  de  Saint-Arnaud,  du  gé- 
néral Chéron,  de  Vamiral  Parseval-Des- 
chênes,  du  maréchal  Baraguey-d'Hilliers ,  etc. 
Tl  a  exécuté  les  cartons  des  vitraux  de  la  ca- 
thédrale de  Dreux.  M.  Larivière  est  décoré 
(K'puis  1836.  G.  DE  F. 

.Inniiaire  stat.  des  Artistes,  année  1836.  —  Livreis 
'des  Expositions.  —  Notes  particulières, 


LA  ROCHE 


622 


LARMESSiiv,  père  et  fils,  graveurs  français. 
Voy.  Armessin. 

LARNAC  {François),  poète  français,  né  le 
20  juillet  1760,  à  Nîmes,  mort  le  28  octobre- 
1840,  à  Uzès.  Il  fit  ses  études  à  Genève,  prit  le 
grade  de  licencié  en  droit  à  Montpellier,  et  tra- 
vailla quelque  temps  chez  un  procureur  de  Nî- 
mes. En  1791  il  se  retira  à  Uzès,  où  il  occupa 
ses  loisirs  à  des  travaux  littéraires.  On  a  de 
lui  :  Thémistocle,  tragédie  ;  Paris,  an  vi ,  in-8°  ; 
représentée  avec  succès  à  l'Odéon  et  réduite  par 
l'auteur  de  cinq  à  trois  actes  ;  —  Le  Dévouement 
héroïque  de  Rotrou,  poëme;  Paris,  1816,  in-8°  ; 
—  et  quelques  fragments  poétiques  insérés  dans 
le  recueil  de  l'Académie  du  Gard. 

Son  fils,  Emile  Lajinac,  conseiller  à  la  cour 
d'appel  de  Nîmes ,  a  publié  une  notice  sur  ses 
travaux ,  K. 

M.  Nicolas,  Hist.  Uttér.  de  Nîmes.  —  Barjavel,  Bio- 
biblioijr.  vauclusienne,  II. 

*i.ARNAC  [Marie-Gustave),  littérateur  et 
homme  politique  français,  né  à  Nîmes,  en  1793. 
Il  fit  ses  études  au  lycée  de  sa  ville  natale ,  et 
entra  dans  l'université.  En  1823,  il  professait 
la  rhétorique  au  collège  royal  de  Lyon  lorsqu'il 
fut  appelé  par  le  duc  d'Orléans  à  faire  l'édu- 
cation de  son  second  fils,  le  duc  de  Nemours. 
L'éducation  du  prince  terminée,  M.  Larnac 
resta  auprès  de  lui  comme  secrétaire  des  com- 
mandements. Au  mois  de  septembre  1845,  il 
fut  élu  député  par  le  collège  de  Saint-Sever 
(Landes).  Réélu  en  1846,  il  parla  dans  la  dis- 
cussion sur  la  prise  en  considération  de  la  pro- 
position de  M.  de  Remusat  tendant  à  éloigner 
de  la  chambre  un  plus  grand  nombre  de  fonction- 
naires publics ,  et  défendit  les  députés  attachés 
à  la  maison  du  roi.  La  révolution  de  février 
1848  le  rendit  à  la  vie  privée.  On  a  de  lui  : 
Rêves  et  souvenirs,  poésies  morales  et  phi- 
losophiques ;  Pans,  1844,  in-8°;  il  y  célèbre  les 
merveilles  de  la  paix,  les  charmes  de  la  pro- 
priété, les  douceurs  de  l'amitié,  etc.  L.  L — t. 

Biogr.  statistique  de  la  Chambre  des  Députés  ;  1846.  — 
Bourquelot  et  Maury,  La  JAttér.  Franc,  contemp. 

LA  K(icrm{Alain  de),  théologien  français,  né 
vers  1428,  en  Bretagne,  mort  le  8  septembre  1475, 
à  Zwoll.  Il  entra  jeune  dans  l'ordre  de  Saint-Do- 
minique ,  étudia  la  philosophie  et  la  théologie  à 
Paris,  et  fut  envoyé  en  1459  dans  les  Pays-Bas. 
Après  avoir  été  lecteur  dans  les  couvents  de  Lille 
et  de  Douai,  il  professa  lathéologie  à  Gand  (1468) 
et  à  Rostock  (  1470  )  ;  ce  fut  dans  cette  dernière 
ville  qu'il  prit  le  degré  de  docteur.  Alain,  connu 
sous  le  nom  A'Alanus  de  Rupe,  vécut  en  saint , 
et  fut  qualifié  de  bienheureux  après  sa  mort; 
mais  ses  lumières  étaient  loin  d'égaler  sa  vertu. 
Enti'aîné  par  un  zèle  exagéré ,  il  travailla  sans 
relâche  à  établir  la  dévotion  du  Rosaire,  et 
n'employa  pas  toujours  à  cet  effet  des  moyens 
convenables.  Cette  dévotion,  pratiquée  dè«  le 
treizième  siècle,  était  connue  en  France  sous  le 
nom  de  Patenostre  ;  Alain  imagina  la  coutume 
d'attacher  à  chaque   dizain  la  méditation  de 


623 


LA  ROCHE 


62^ 


quelqu'un  des  mystères  de  la  Rédemption;  en 
outre  il  fut  le  premier  qui  prêcha  sur  cette  ma- 
tière, entremêlant  ses  sermons  d'histoires  mer- 
veilleuses, qu'il  avait  inventées  pour  la  plupart. 
On  a  publié  ses  écrits  plus  d'un  siècle  après  sa 
mort  :  Beûtus  Alanus  de  Rupe  redivivus,  de 
Psalterio,  seu  Rosario  Christi  et  Marise,  trac- 
tatus,  in  V partes  distributus  ;  Fribourg,  1619, 
10-4"  ;  cet  ouvrage,  édité  par  le  P.  Jean-André 
Coppenstein  et  réimprimé  à  Cologne,  1624,  et 
à  Naples  1630,  contient  des  traités  et  des  ser- 
mons en  partie  remaniés  ;  —  La  Confrérie  du 
Psautier  de  Notre-Dame  de  Paj-i5;  Paris,  15..., 
in-16;  —  Spéculum  peccatricis  Animas,  sive 
orationes  ad  Beiparam  XV;  Anvers,  1635, 
in-12,  rempli  de  prétendues  révélations,  dit  le 
P.  Échard,  contraires  à  la  véritable  légende  de 
Saint-Dominique;  —  Expositio  in  regulam 
S.-Augustini,  manuscrit.         Paul  Lomsv. 

Trithèra«,  De  Script,  eccles.,  c,  850.  —  Choquct,  Seript. 
Belg.  Ordinis  Prœdicat.,  p.  202-218.  —  Échard,  Script. 
Ord  Preedicat.,  t.  l,  p.  849-852.  —  Paquot,  Mém.  pour 
servir  à  l'hist  litt.  des  Pays-Bas,  t.  III,  p.  144 -ISO. 

LA  ROCHE  [Michel  be),  httérateur  fran- 
çais, né  dans  la  seconde  moitié  du  dix-septième 
siècle.  11  pratiquait  la  religion  protestante,  et  fut 
obligé,  dans  sa  jeunesse,  de  chercher  un  refuge 
en  Angleterre.  Il  ne  nous  est  connu  que  par  ses 
ouvrages ,  dont  voici  les  titres  :  Bibliothèque 
anglaise  ou  Histoire  Littéraire  de  la  Grande- 
Bretagne  ;  Amsterdam,  \lil-\.111 ,  15  vol. 
in-12  ,  continuée  depuis  le  t.  VI  par  Armand  de 
La  Chapelle,  un  de  ses  coreligionnaires;  — 
Mémoires  Littéraires  de  la  Grande-Bretagne  ; 
La  Haye,  1720-1734,  16  tomes  en  8  vol.  in-12, 
suite  du  recueil  précédent  ;  —  Memoirs  of  li- 
terature  jor  the  years  1725-1727;  Londres, 
1725-1727,  6  vol.  in-S";  —  Literary  Journal, 
or  a  continuation  of  the  Memoirs  of  litera- 
ture;  Londres,  1730,  2  vol.  in-^°.  En  outre  il  a 
traduit  de  l'anglais  les  Lettres  de  Clarke,  qui 
ont  été  insérées  dans  le  Recueil  de  diverses 
pièces  sur  la  philosophie  ;  Amsterdam,  1720, 
2  vol.  in-12;  et  il  a  abrégé  l'ouvrage  suivant 
de  Gérard  Brandt  :  History  of  the  Reforma- 
tion in  the  Low  Countries;  Londres,  1725, 
4vol.in-8°.  K. 

Eug.  et  Em.  Haag,  La  France  protestante,  t.  VI. 
1.4  ROCHE  (L'abbé  Jean- Baptiste- Louis  de), 
polygraphe  français,  né  au  commencement  du 
dix-huitième  siècle,  mort  à  Paris,  en  1780,  est 
auteur  ou  éditeur  d'un  grand  nombre  d'ou- 
vrages, parmi  lesquels  on  remarque  :  Les 
Psaumes  de  .David,  traduits  et  distribués 
pour  chaque  jour  du  mois,  1725,  in-12;  une 
traduction  de  YOffice  des  œuvres  mêlées,  où 
l'on  trouve  un  Discours  sur  le  but  que  s'est 
proposé  Virgile  dans  la  composition  des  Btvco- 
liqu.es,  et  une  traduction  en  vers -français  des 
Églogues  du  même  poète  ;  Paris,  1732,  in-12  ;  — 
Panégyrique  de  sainte  Geneviève;  \1^1 ., 
in-4°  ;  —  La  belle  Vieillesse,  oit  les  anciens 
quatrains  des  sieurs  de  Pibrac,  Du,  Fatcr  et 


Mathieu  sur  la  vie,  la  mort  et  la  conduitt 
des  choses  humaines,  nouvelle  édition  enrichit 
dénotes;  1746,  in-12;  —  Eloge  funèbre  di 
M.  le  duc  d'Orléans  ;  1753,  in-4°  ;  —  Cosmo- 
graphie pratique  ,  in-1.2  ;  —  Année  domini- 
cale,  8  vol.  in-12;  —  Lettres]  littéraires  sut 
divers  sujets,  2  vol.  i.n-12;  —  Mémoires  his 
toriques  et  curieux,  in-12.  On  peut  voir  dans 
le  Dictionnaire  des  Anonymes  la  liste  corn 
plètes  des  ouvrages  qui  sont  attribués  à  l'abbd 
de  La  Roche.  F.-X.  T. 

Quérard,  La  France  litt.   —  Nouvelle  Bibliothèque: 
d'un  Homyne  de  Goût,  1. 1,  90. 

LA  ROCHE  DC  MAINE  {Jean  ■  Pierre^ 
Louis  LucHET,  marquis  de),  littérateur  fran 
çais,  né  à  Saintes,  le  13  janvier  1740,  mort  è 
Paris  en  1792.  Il  suivit  d'abord  la  carrière  mi- 
litaire comme  officier  de  cavalerie,  donna  sa  dé 
mission,  et  épousa  M"^  Delon,  belle  et  spirituelle 
fille  d'un  négociant  de  Genève,  peu  fortuné 
Le  marquis  de  Luchet  essaya  d'une  exploitation 
de  mines;  mais  il  y  fut  si  malheureux  qu'il 
dut  se  réfugier  à  Lausanne  pour  éviter  les  pour- 
suites de  ses  créanciers  (1775-1776).  Là  il 
fonda  un  journal  qui  n'eut  aucun  succès.  Heu 
reusement  Voltaire  lui  vint  en  aide,  et  le  plaça 
comme  bibliothécaire  auprès  du  landgrave  de 
Hesse-Cassel.  Ce  prince  confia  au  marquis  de 
Luchet  la  direction  du  théâtre  français  de  sa 
cour,  mais  il  ne  put  le  fixer  près  de  lui.  De  Lu- 
chet passa  au  service  du  prince  Henri  del 
Prusse,  qui  lui  fit  une  pension  de  six  mille  francs 
(  1786-1789  ).  Il  rentra  ensuite  en  France.  C'é- 
tait au  moment  de  la  révolution.  Il  en  acceptai 
les  principes,  fonda  le  Journal  de  la  Ville,  quei 
Rivarol  attaqua  souvent,  et  mourut  peu  après.  111 
était  secrétaire  perpétuel  de  la  Société  des  Anti-i 
quités  de  Cassel,  membre  de  l'Académie  de  Mar- 
seille, de  l'Institut  de  Bologne,  etc.  Il  a  composé 
de  nombreux  ou\Tages,  parmi  lesquels  on  cite  : 
Les  Nymphes  delà  Seine /Paris,  1763,  in-12;  — 
Analyse  raisonnée  de  la  Sagesse,  de  Charron, 
en  deux  parties;  Amsterdam  (  Paris),  ,1763, 
2  parties  in-l 2;  Londres,  1789,  2  vol.  in-18; 
—  Considérations  politiques  et  historiques 
sur  V établissement  de  la  religion  prétendue 
réformée  en  Angleterre,  et  Essais  sur  les 
principaux  événements  de  V histoire  de  V Eu- 
rope ,  sur  les  règnes  d'Elisabeth  et  de  Phi- 
lippe II  ;  Londres  (  Paris),  1765,  in-12  ;  1766, 
2  vol.  in-8°.  Grimm  écrivit  que  cet  Ouvrage  «  n'é- 
tait qu'un  tissu  de  platitudes  »  ;  —  Histoire  de 
VOrléanais,  depuis  Van  703  de  la  fondation 
de  Rome  jusqu'ànos  jours  ;  Amsterdam  (Paris), 
1766,  in-4'',  ouvrage  vivement  critiqué  par  Da- 
niel-Charles Jousse,  dans  sa  Lettre  d'un  Orléa- 
nais ,  etc.  ;  —  La  Reine  de  Benni ,  nouvelle 
historique; -Amsterdam  et  Paris,  1766,  in-12;  — 
Tablettes  de  Zirphé;  il  m;  — Parallèle  entre 
le  siècle  dernier  et  le  siècle  présent;  1775, 
in-12  ;— Nouvelles  de  la  République  des  Lettres 
à  dater  de  juillet  1775  ;  Lausanne,  1775,  etann. 


^25  LAROCHE 

sniv.  8  vol.  m-12  ;  —  Dissertation  sur  Jeanne 
d'Arc,  vulgairement  nommée  la  Pucelle  d'Or- 
léans; 1776,  in-8";  —  Histoire  de  MM.  Paris 
(  de  Montmartel  et  Duverney  ) ,  ouvrage  dans 
lequel  ou  montre  comment  un  royaume  peut 
passer  dans  l'espace  de  cinq  années  de  l'état 
le  plus  déplorable  à  l'état  le  plus  florissant  ; 
Lausanne,  1776,  in-12; —  Pensées  diveises 
sur  les  Princes;  Lausanne,  1776,  in-8°  (avec 
Frédéric  II,  landgrave  de  Hesse-Cassel)  ;  — 
Recueil  de  Poésies;  Londres  (  Cassel),  1777, 
in-12;  —  Eloge  de  M.  de  H  aller  ;  Cassel, 
1778,  in-8°;  —  Eloge  de  M.  de  Voltaire; 
Cassel,  1778,  in-8°;  —  Essai  sur  la  Minéra- 
logie et  la  Métallurgie;  Maestricht,  1779, 
in-S";  —  Le  Pot- Pourri  ;  1781,  4  vol.  in-8°; 
—  Journal  des  Gens  du  Monde;  1782-1785, 
10  vol.  in-8°; —  Histoire  littéraire  de  M.  de 
Voltaire  ;  Cassel  (  Paris),  1782,  6  vol.  in-S"; 
Petit  Tableau  de  Paris;  1783,  in-12;  — 
l£  Temple  de  la  Postérité,  intermède,  fête 
donnée  à  Cassel  pour  l'inauguration  de  la 
statue  élevée  à  Frédéric  II ,  landgrave  de 
Hesse,  le  14  août  ;  Cassel,  1783,  in-8°;  —  La 
comtesse  de  Tessan,  oic  l'insuffisance  de  la 
vertu;  1783,  in-12;  —  Le  Vicomte  de  Bar- 
jac,  ou  mémoires  pour  servir  à  l'histoire  de 
ce  siècle;  Dublin  et  Paris,  1784,  2  vol.  in-12;  — 
Paris  en  miniature ,  d'après  les  dessins  d'un 
nouvel  Argus;  Londres  et  Paris,   1784,  in-12; 

—  Olinde;  Genève,  1784,  2  vol.  in-8°  et  in-18  ; 

—  Mémoires  de  ^7««  de  Baudéon;  1784, 
in-12;  —  Les  Folies  philosophiques,  par  un 
homme  retiré  du  monde  ;  1784,  2  vol.  in-8"  ;  — 
Amusements  des  Gens  du  Monde;  1785,  2  vol. 
in-S"  ;  —  Mémoires  authentiques  pour  servir  à 
l'histoire  du  comte  de  Cagliostro  ;  1785,in-8°; 

—  Mémoires  de  M.  de  B.,  pour  servir  à  l'his- 
toire de  l'année  dernière,  etc.;  1786, in-12;  — 
Mémoires  de  M^"  la  duchesse  de  Morheim,  ou 
Suite  des  Mémoires  du  vicomte  de  Barjac; 
Dublin,  1786,  2  vol.  in-18;  —  Mémoires  pour 
jj/me  Kornmann,  par  M.  S.;  1788,  in-8''  :  ce 
Mémoire,  que  Beaumarchais  crut  de  M.  Suard, 
attira  à  ce  dernier  une  violente  diatribe  ;  —  La 
Galerie  des  États  Généraux;  1789,  2  part. 
in-8°  (  avec  le  comte  de  Mirabeau  et  Choder- 
los de  Laclos  ) ;  —  Journal  de  la  Ville;  1789 
et  1792,  in-8°  et  in-4°;  —  Essai  sur  la  secte 
des  Illuminés;  1789,  in-8°;3''  édition,  aug- 
mentée par  le  coTïite  de  Mirabeau  ;  1792,in-8°; 
ces  trois  éditions  n'en  forment  qu'une  seule,  ra- 
jeunie au  moyen  de  nouveaux  titres  ;  —  Les 
Contemporains  de  1789  et  de  1790,  ou  les 
opinions  débattues  pendant  les  premières 
législatures,  avec  les  principaux  événements 
delà  révolution;  Paris,   1790,  3  vol.  in-S°; 

—  Histoire  de  la  Vie  et  de  la  Mort  de  Bianca 
Capello ,  traduit  de  l'allemand  de  Meissner; 
1790  ;  —  Une  seule  Faute,  ou  les  Mémoires 
d'une  demoiselle  de  qualité;  Strasbourg  et 
Paris,  1788  et  1790,  2  vol.  in-12  ;  —  Mémoires 


626 

pour  servir  à  Vhistoirede  Vannée  1789  ;  Paris, 
1790,  4  vol.  in-80;  —  La  Galerie  des  dames 
françaises,  pour  servir  de  suite  à  la  Galerie 
des  États  Généraux;  Londres,  1790, in-8°  (avec 
Choderlos  de  Laclos  et  autres).    E.  Desnues. 

Voltaire,  Correspondance,  lettre  du  16  avril  1775.  _ 
Grimm,  Correspondance.  —  Barbier,  Dict.  des  .anony- 
mes. —  Ouérard,  La  France  littéraire. 


LAROCHE  (jBeHj'awim),  publiciste,  poète  et 
traducteur  français,né  le  3  germinal  an  v  (23  mars 
1797  ),  mort  à  Paris,  le  8  janvier  1852.  II  fut  pen- 
dant longtemps  professeur  de  langues  modernes 
dans  différents  établissements  publics.  II  avait 
déjà  publié  plusieurs  opuscules  lorsqu'il  fit  pa- 
raître un  petit  ouvrage  intitulé  :  Lettres  de 
l'abbé  Grégoire,  et  pour  lequel  il  fut  condamné 
par  défaut  à  six  ans  de  prison  et  6,000  francs 
d'amende.  Laroche  sut  se  soustraire  à  l'effet  de 
celte  condamnation,  et  se  réfugia  en  Angleterre, 
où  pour  vivre  il  donna  des  leçons  de  français. 
Il  ne  savait  pas  un  mot  d'anglais  en  quittant 
la  France ,  et  en  très-peu  de  temps  il  s'assimila 
cette  langue  d'une  manière  remarquable.  La- 
Fioche  se  lia  en  Angleterre  avec  les  hommes 
les  plus  distingués,  et  notamment  avec  ceux  qui 
avaient  entrepris  de  faire  abolir  la  traite  des 
noirs,  question  qui  l'intéressait  vivement.  En 
1827  Laroche  put  revenir  en  France,  où  il  s'oc- 
cupa de  traductions  d'auteurs  anglais ,  qui  ont 
eu  du  succès,  et  qui  le  méritaient  autant  par 
la  fidélité  que  par  l'élégance.  On  a  de  lui  : 
Le  Cri  des  Patriotes  français  sur  la  loi  des 
élections,  etc.  ;  Paris,  1819,  in-8°;  —  Les  Fu- 
nérailles de  la  Liberté ,  messénienne  ;  Paris , 
1820,  in-8";  —  Les  Singes  économistes ,  ou 
qu'est-ce  que  la  liberté  du  commerce?  (Ex- 
trait de  la  Revue  de  Westminster  )  ;  Paris, 
1832,  in-S".  II  a  traduit  de  l'anglais  :  Œuvres 
poétiques  de  G.  Canning ,  en  vers  français; 
1827;  —  Forester,  de  Miss  Edgewoorth,  pré- 
cédé d'un  avant-propos  sur  l'application  de 
la  méthode  Jacotot  à  l'étude  de  l'anglais; 
1829;— £a  Vicaire  de  Wakefield,iie  Goldsmith; 

—  De  la  Réforme  financière  en  Angleterre,  par 
sir  H.  Parnell  ;  —  Diontologie,  ou  la  science  de 
la  morale,  par  J.  Bentham,  2  vol.  ;  —  Voyages 
et  aventures  du  capitaine  Bonneville  à  l'ouest 
des  États-Unis  d'Amérique,  au  delà  des  mon- 
tagnes Rocheuses ,  par  W.  Irving  ;  —  De  la 
Société  américaine ,  par  miss  Martineau  ;  — 
Œtivns    complètes    de  Shakspeare;  6   vol.; 

—  Œuvres  de  Cooper,  6  vol.  ;  —  Œuvres 
complètes  de  lord  Byron  ;  4  vol.  ;  —  Œuvres 
de  Sheridan;  —  Lucretia,  ou  les  enfants  de 
nuit,  par  Bulwer;  —  Œuvres  complètes  de 
W.  Scott;  —  La  Maison  de  Dombey  père 
et  fils ,  de  Ch.  Dickens.  Benjamin  Laroche  a 
été  l'un  des  rédacteurs  de  La  Tribune  natio- 
nale (  1848  ),  de  La  Tribune  du  Peuple  (id.), 
de  la  Tribune,  journal  de  l'ordre  et  de  la  li- 
berté (  id.  ),  du  Persiffleur,  joiirnal  mensuel 


I 


627  LA  ROCHE  —  LA  ROCHE-AYMON 


de  la  République  démocratique  et  sociale 
(1848).  G.  DE  F.  et  L.— T. 

Document  s  particuliers.  —  F.  Bourquelotet  A.  Maury, 
La  Littérature  Franc,  contemporaine. 

*  LA  ROCHE-AYMON,  nom  d'une  ancienne  fa- 
mille française,  que  la  tradition  fait  remonter  aux 
fameux  quatre  fils  Aynion  {voy.  Aimon).  L'hé- 
raldique établit  l'ascendance  directe  du  chef  ac- 
tuel de  cette  maison  jusqu'à  Guillaume  de  La  Ro- 
che-Aymon,  qui  vivait  en  1031  (1).  Les  membres 
les  plus  connus  de  cette  famille  sont  : 

LA  ROCHE-ATWOiv  (  Le  bienheureux  Baotil 
de),  archevêque  de  Lyon,  né  vers  1160,  mort  à 
Lyon,  le  5  mars  1236.  Il  s'associa  de  bonne  heure 
à  la  vie  édifiante  des  moines  de  Cîteaux.  D'abord 
abbé  d'Igny  dans  le  diocèse  de  Reims  ,  il  fut  jugé 
digne  en  1224  de  succéder  à  saint  Bernard  à 
Clairvaux.  Après  avoir  occupé  pendant  huit  ans 
ce  siège  abbatial ,  il  fut  appelé  à  gouverner 
l'église  d'Agen,  d'où  Grégoire  IX  le  transféra,  en 
1235,  à  la  métropole  de  Lyon.  Le  Martyrologe 
gallican  et  le  Ménologe  cistercien  s'accordent 
avec  les  BoUandistes  pour  célébrer  sa  mémoire 
le  5  mars,  en  n'hésitant  pas  à  le  qualifier  de  bien- 
heureux. 

i<A ROCHE-AYMON  (Guillaume  de  ),  seigneur 
de  TouRNOELLE,  fut  maréchal  de  France  en  1220. 

LAROCHSi-AYMON  [Bugues  DE)  fut  Capitaine 
général  sous  le  roi  Jean,  grand-maréchal  de  ia 
cour  du  pape  et  gouverneur  du  comtat  Ve- 
naissin. 

Titres  et  Mémoires  pour  servir  à  l'histoire  des  ar- 
chevêques  de  LyoïH  Ms.  ùe  [-dRibAmp.].  —  Compendium 
Sanctorum,  ordinis  Cislerciensis ,  auctore  Joannc  de 
6'irei/,-  Dijon,  1491.  —  Hecueil  de  documents  pour  ser- 
vir à  l'histoire  de  l'ancien  gouvernement  de  Lyon  ; 
l.yon,  18S4.  in-fol.  —  Légende  du  bienheureux  Raoul  de 
La  Hoche- Ay mon  par  le  prince  A.  Galitzin;  Lyon,  1858- 
—  Études  .»ir  le.';  abbayes  cisterciennes  par  d'Arbois  de 
Jubainville;  Paris,  18S8,  p.  179. 

LA  ROCHE-AYMON  (Jean  de)  ,  seigneur  de 
Saint-Maixent ,  né  au  commencement  du  sei- 
zième siècle,  mort  à  Paris,  en  1575.  Sénéchal  en 
1 568  de  la  haute  et  basse  Marche,  il  y  fut  chargé 
de  n  l'extirpation  des  erreurs  ,  mauvaises  opi- 
nions, assemblées  iUicites  et  ports  d'armes  ».Les 
archives  du  château  de  Mainsat  possèdent  une 
lettre  missive  de  Charles  IX  relative  à  cette 
mission  (2). 


(1)  Gallia  Christiana,  t.  II,  preuves,  col.  172  et  s. 

(2)  Voici  les  termes  de  ce  titre  de  famille,  qui  a  la  valeur 
d'un  document  historique  du  plus  grand  intérêt  :  cette  lettre 
fait  supposer  que  les  remords  de  la  Saint-Barthélémy  ont. 
réellement  empoisonne,  comme  l'a  signalé  Bossuet,  les  der- 
niers jours  de  Charles  IXet  même  hâlé  la  fin  de  sa  vie  -«Mon- 
sieur le  Scneschal,  je  ne  fais  point  de  double  que  jusques  icy 
vous  n'ayez  entendu  ce  qui  s'est  passé  tonehant  l'émotion 
dernièrement  advenue  en  ceste  ville  de  Paris  par  la  mort 
du  feu  Sr  de  Ghastillon,  amiral  de  France  et  d'aulcuns  ses 
complices  et  adhérans  ,  lesquels  estoient  bien  prouvés 
avoir  conspiré  à  rencontre  de  moi  et  de  mon  Estât  et  de 
ceulx  que  je  tiens  auprès  de  moi  comme  mes  plus  chers. 
Je  vous  l'ay  assez  amplement  escript  et  à  tous  les  gou- 
verneurs et  lieutenants  en  mes  pays  et  provinces  ;  et  à  fin 
qu'aulcuns  de  mes  subjectz  ne  prissent  cause  ou  occasioa 
de  ce  que  dessus  pour  entrer  en  quelque  double  ou  mes- 
fiance  ,  j'ay  bien  voulu  faire  sçavoir  et  entendre  par  tout 


625  o' 

Archives  des  châteaux  de  Mainsat  et  d'Arfeuille.  —  ! 
Dépôt  de  l'ordre  du  Saint-Esprit,   v.   259  des  sceaux,  ; 
In-fol,,.,  1213    —   Histoire   des   Grands-Officiers  de  la 
Couronne,  VII,  293. 

LA  ROCHE-AYMON  (  Fvançois  de),  né  le 
16  janvier  1553,  mort  en  son  château  de  La 
Roche-Aymon,  près  d'Évaux  (Creuse),  le  8  oc- 
tobre 1606,  fut  gouverneur  du  Bourbonnais  sous 
Henri  IV,  l'accompagna  au  siège  de  Loudun,  l'as- 
sista dans  beaucoup  de  rencontres,  et  contribua 
gi-andement  à  la  tranquillité  de  sa  province. 

LA  ROCHE-AYMON  (CZai<rfeDE),né  àMainsat, 
en  1658,  mort  au  Puy,  en  1720,  fut  chanoine  et 
vicaire  général  de  Mende  et  évêque  de  Puy,  sacré 


mon  royaulme  la  bonne  et  droicte  intension  que  j'ay  en- 
vers tous  mes  dicts  subjetz,  et  comme  je  ne  désire  rien 
tant  que  d'y  voir  toutes  choses  rétablies  en  bon  repos. 
Ce  n'a  jamais  esté  ni  n'est  ma  volunté  que  ceulx  qui  ne 
sont  point  coulpables  de  !,i  snsdicte  malheureuse  cons- 
piration, encores  qu'ils  fassent  profession  delà  religion 
prétendue  réformer',  en  souffrent  ni  reçoivent  aulcun 
doniniaige  ni  desplaisir,  ains  qu'ils  soyent  conservés  en 
tous  leurs  biens  et  droicts,  ainsi  que  mes  aultres  sub- 
jectz; et  je  m'assenre  qu'avec  le  temps  ils  se  conforme- 
ront à  ma  dicte  volunté,  après  avoir  icelle  enlendue  tant 
par  la  présente  que  par  la  déclaration  qui  en  a  esté  pu- 
bliée par  tous  les  bailliages  et  séneschanssécs  de  mon 
royaulme,  dont  vous  trouverez  copie  avec  la  présente, 
pour  en  faire  faire  semblable  publication  dans  tous  les 
lieux  et  endroicts  de  vosire  séneschanssée,  à  fin  que  mes 
dicts  subjetez  soyent  et  demeurent  entièrement  asseu- 
rés.  .Je  ne  veulx  toutes-fois,  comme  il  est  expressément 
porté  parla  dicte  déclaration  ,  que  ri'ores  en  avant  se 
fassent  anlcuns  presches  ni  assemblées  par  ceulx  de  la- 
dicte  religion, pour  quelle  occasion  que  ce  soyt,  tantes 
maisons  des  gentilshommes  qu'ailleurs,  iùnsi  qu'il  a  esté 
cy-devant  permis  par  les  édicts  de  pacification,  et  ce  à 
fin  d'obvier  à  plusieurs  .scandales  et  mesfiances  qui  pour- 
royent  en  advenir  parmy  mes  dicts  subjectz;  par  quoy, 
par  vostre  regard,  vous  ferez  sur  ce  faire  les  inhibitions 
et  défenses  en  tel  cas  requises,  à  ce  que  mon  inten.'^ion 
.soyt  en  cestendroict  observée.  Et  pour  ce  que  journelle- 
ment j'ay  advis  que  soubs  couleur  de  la  dicte  émotion  se 
commectent  en  plusieurs  lieux  de  mon  royaulme  inlihis 
mœurs  et  exactions  contre  plusieurs  de  mes  subjectz  par 
aulcuns  qui  soubs  prétexte  de  mon  service  se  sont  d'eux- 
mêmes  licenciés  à  prendre  les  armes  et  s'assembler,  al- 
lant par  les  champs  piller  les  maisons  d'aulcuns  gen- 
tilshommes et  aultres  mes  subjectz ,  disant  contre  vérité 
que  par  moi  leur  a  esté  ainsi  permis,  je  vous  prie,  sur 
tout  le  service  que  vous  désirez  me  faire,  que  vous  don- 
niez ordre  dans  tous  les  lieux  et  endroicts  ae  vostre 
charge  où  il  y  aura  gens  en  armes,  qu'ils  ayent  à  venir 
à  vous  en  cas  qu'ils  en  soyent  près,  à  ce  qu'ils  vous  fas- 
sent entendre  pour  quelle  cause  et  par  quelle  auctorité 
ils  les  eurent  prinses;  et  en  cas  qu'ils  en  soyent  éloi- 
gnés, envoyez  vers  eux  gentilshommes  capables  de  s'en 
expliquer  avec  eux.  S'ils  ne  sont  gens  de  mes  ordonnances 
ou  qui  ayent  charge  par  escript  de  mot  ou  de  mon  frère 
le  duc  d'Anjou,  mon  lieutenant  général,  et  disposés  à  me 
faire  service ,  faictes  leur  meclre  bas  les  dictes  armes 
incontinent.  S'ils  estoyent  si  téméraires  que  de  ne  vouloir 
à  l'in.stant  obéir  au  commandement  que  vous  leur  en  ferez 
de  ma  part,  donnez  ordre  de  les  rompre  et  tailler  en  pièces 
tellement  que  la  force  m'en  demeure.  .le  veulx  aussy  que 
vous  fassiez  promptement  fain^  la  plus  grande  et  exem- 
plaire justice  qui  vous  sera  possible  d'une  infinité  de  vo- 
leurs et  brigands  qui  font  plusieurs  plUeries  et  rançon- 
nements  par  les  villalges  et  maisons  estant  aux  champs; 
car  je  désire  que  tels  malfaicteurs  soyent  punis  et  châstiés 
exemplairement,  pour  qu'ils  ne  prennent  racine  plus 
avant;  et  m'asseurant  que  vous  y  mectrez  Incontinent 
l'ordre  qui  est  requis,  je  ne  vous  ferai  la  présente  plus 
longue  ;  priant  Dieu,  Monsieur  le  Séncschal.vous  avoir  en 
sa  saincte  et  digne  garde.  Escript  à  Paris  le  dix-septième 
jour  de  septembre  l'an  M.C.C.C.C.C.  LXXII.  Charles.  i> 


629  LA  ROCHE-AYMON 

en  1703;  il  a  laissé  la  réputation  d'un  homme      Robespierre 
savant  et  pieux. 

Son  frère,  Pierre-François,  né  à  Mainsat,  en 
1660,  fu+  tué  à  la  bataille  de  Stafarde,  en  Piémont, 
le  18  août  1690;  il  était  chevalier  de  l'ordre  de 
Malte,  et  commandait  le  régiment  de  Montgom- 
mery-cavalerie. 

LA  ROCHE-AYMON  (PaulnE),  COnUU  SOUS  le 

nom  de  chevalier  de  la  Roche- Aymon  ,  né  le 
27  septembre  1683,  mort  le  22  mars  1759,  fut 
lieutenant  générai  des  armées  du  roi:  Après 
avoir  été  attaché  à  l'artillerie  depuis  1701,  il  com- 
manda en  chef  l'artillerie  dans  plusieurs  batailles, 
notamment  à  celle  de  Fontenoy. 

Généalogie  historique  et  critique  de  la  Maison  de  La 
Roche- Jymon;  Parts,  1776,  in-fol.,  p.  110  et  120.  —  His- 
toire de  Malte,  III,  38.  —  Chronologie  historique  et  mi- 
litaire publiée  en  1762,  V,  264.  —  Barbier,  Jotirnal,  t.  I. 

LA  ROCHE-AYMOK  (  Le  Cardinal  Charles- An- 
toine de),  né  au  château  de  Mainsat,  le  t7  février 
1697,  mort  à  Paris,  le  27  octobre  1777.  Il  fût  d'a- 
bord chanoine  de  Saint-Pierre  de  Mâcon  et  vicaire 
général  de  Limoges  avant  d'être  sacré  évêque 
deSarepte  inpartibus,  le  5  août  1725.  Il  occupa 
successivement  les  sièges  de  Tarbes  (1729),  de 
Toulouse  (1740)  et  de  Narbonne  (1752),  avant 
d'être  nommé  à  la  grande  aumônerie,  le  13  juillet 
1760,  et  à  l'archevêché  de  Reims,  le  6  décembre 
17G2.  Chargé  de  la  feuille  des  bénéfices  et  créé 
cardinal  en  1771,  pourvu,  l'année  suivante,  de 
l'abbaye  de  Saint  Germain-des-Prés ,  il  sacra 
Louis  XVI  le  dimanche  de  la  Trinité  11  juin  1775, 
ayant  eu  antérieurement  l'honneur  de  le  bapti- 
ser, de  lui  avoir  fait  faire  sa  première  commu- 
nion ,  de  le  confirmer  et  de  bénir  son  union  avec 
Marie-Antoinette  d'Autriche.  Il  présida  toutes 
les  assemblées  du  clergé  de  France  depuis  1760 
jusqu'à  1775,  après  avoir  assisté  à  toutes  les  pré- 
cédentes assemblées  depuis  1735,  soit  comme  dé- 
puté ,  soit  comme  second  président.  Il  est  mort 
doyen  de  l'épiscopat  français  ayant  pour  coadju- 
teur  Alexandre-Angélique  de  Talleyrand-Péri- 
gord  ,  depuis  archevêque  de  Paris.  Sa  piété  mo- 
deste et  son  extrême  bienfaisance  ne  l'ont  pas  mis 
à  l'abri  des  épigrarames  des  faiseurs  de  Mémoires 
du  siècle  dernier. 

Généalogie  de  la  famille.  —  Liste  des  archevêques  de 
Reims,  par  M.  Baussin  [bibl.  de  Reims).  —  Mémoires  de 
Bachaumont;  Paris,  1839,  II,  200.  —  Mémoires  de  Diiclos, 
éd.  Barrière,  28,  82,  419,  420,421.—  Documents  particu- 
liers. 

LA  ROCHE-AT.MOIV  (  Colef te- Marie- Paulc- 
Hortense- Bernardine  de  Beauvilliers,  mar- 
quise de),  née  le  20  août  1749,  morte  à  Paris,  en 
juin  1830.  Mariée  en  1771  au  marquis  de  La  Ro- 
che-Aymon,  menin  du  Dauphin  depuis  LouisXVI, 
et  nommée  dame  du  palais  de  la  reine  en  1775, 
elle  lui  montra,  quand  vinrent  les  mauvais  jours, 
un  admirable  dévouement  ;  elle  partagea  avec 
elle  toutes  ses  angoisses ,  ne  la  quitta  que  lorsque 
l'on  fit  sortir  du  Temple  les  dames  qui  l'y  avaient 
accompagnée  ;  fut  jetée  alors  dans  la  prison  de 
l'Abbaye,  puis  dans  celles  de  la  terreur,  et  ne 
fut  sauvée  de  l'échafaud  que  pai-  la  mort  de 


630 


Depuis  lors  elle  consacra  à  Dieu 
tout  ce  que  sa  nature  renfermait  de  mâle  cou  rage, 
et  a  légué  à  sa  famille  des  exemples  au-dessus 
de  tout  éloge.  P°^  Augustin  Galitzik. 

Documents  de  famille. 

LA  ROCHE- ATMON  {  Antoine  -  Charles- 
Étienne-Paul ,  marquis  de),  général  et  écri- 
vain militaire  français,  né  à  Paris,  le  28  février 
1772,  mort  dans  la  mêm«  ville,  en  1849.  Fils  du 
marquis  de  La  Roche  Aymon,  menin  de  Louis  XVI, 
il  entra  comme  surnuméraire  dans  les  gardes  du 
corps  en  1784,  et  quatre  ans  plus  tard  dans  le 
régiment  de  Foix.  En  1789  il  partit  pour  Na- 
ples  à  la  suite  de  l'ambassadeur  baron  de  Talley- 
rand,  et  prit  du  service  à  la  solde  de  cette  puis- 
sance. Peu  de  temps  après  il  quitta  cette  posi- 
tion ,  voyagea  en  Itâhe,  visita  Rome  et  Florence, 
et  alla  rejoindre  son  père  à  Coblentz.  li  fit  la  cam- 
pagne de  1792  à  l'armée  des  princes,  et  au  licen- 
ciement, il  s'établit  à  Altona,  puis  à  Hambourg, 
où  il  travailla  pour  un  hbraire.  Eu  1794  il  entra 
au  service  de  Prusse  en  qualité  d'aide  de  camp 
du  prince  Henri,  frère  du  grand  Frédéric.  Il 
demeura  près  de  ce  prince  jusqu'au  jour  de  sa 
mort,  en  1802;  alors  il  passa  comme  major  à  la 
suite  des  hussards  du  corps  en  garnison  à  Berlin. 
V.n  1806  il  passa  dans  les  hussards  noirs,  dont 
il  devint  commandant  en  second.  Après  la  guerre 
il  contribua  à  la  réorganisation  de  l'armée  prus- 
sienne, fut  chargé  de  la  rédaction  de  l'ordonnance 
sur  le  service  des  troupes  légères,  et  plus  tard 
il  rédigea  avec  Borstell  l'ordonnance  concernant 
le  service  de  la  cavalerie.  Colonel  en  1810,  il 
rentra  en  France  en  1811,  sur  l'ordre  de  Napo- 
léon. On  lui  offrit  du  service  dans  l'armée  fran- 
çaise; mais,  prévoyant  qu'une  guerre  avec  la 
Prusse  était  imminente ,  il  refusa ,  et  quitta  la 
France  après  avoir  promis  de  ne  plus  servir  à 
l'étranger.  Revenu  à  Berlin,  il  donna  sa  démis- 
sion, et  se  retira  avec  le  grade  de  général  major. 
Rappelé  en  France  en  1812,  il  refusa  encore  d'en- 
trer dans  l'armée,  et  fut  mis  sous  la  surveillance 
de  la  police  jusqu'à  la  fin  de  l'année.  Alors  il  obtint 
un  passe-port  pour  revenir  sur  la  terre  qu'habitait 
sa  femme  dans  la  vieille  Prusse.  Il  resta  en 
dehors  des  événements  jusqu'à  la  restauration  ; 
cependant,  lors  de  la  retraite  de  Moscou,  il  re- 
cueillit plusieurs  officiers  chez  lui.  De  retour  dans 
sa  patrie  au  mois  d'août  1814,  il  fut  nommé  maré- 
chal de  camp  par  Louis  XVm.  Pendant  les  Cent 
Jours,  il  se  retira  dans  le  département  de  la  Creuse. 
A  la  seconde  restauration  ,  il  fut  créé  pair  de 
France  et  chargé  du  commandement  militaire  du 
département  de  la  Loire,  où  il  resta  jusqu'en  no- 
vembre 1816  ,  époque  à  laquelle  il  vint  prendre 
séance  à  la  chambre  des  pairs.  Il  ne  siégea  pas 
dans  le  procès  du  maréchal  Ney.  En  1817  il 
passa  au  commandement  du  département  des 
Deux-Sèvres;  en  1818  il  commandait  le  dépar- 
tement de  l'Eure,  en  1819  le  département  de 
Seine- et- Oise,  enfin  en  1820  il  fut  placé 
dans  le  cadre  des  inspecteurs  de  cavalerie.  A  la 


63 1  LA  ROCHE-AYMON  - 

chambre  des  pairs,  il  prononça  un  discours  sur- 
le  projet  de  loi  relatif  au  recrutement  de  l'armée 
en  1818,  et  combattit  les  enrôlements  à  prime  : 
«  Lâches  pour  la  plupart,  disait-il,  les  soldats 
mercenaires  ne  connaissent  ni  l'honneur  du 
drapeau  ni  l'amour  de  la  patrie.  >>  En  1823  il 
prit  part  avec  son  frère  à  l'expédition  d'Espagne , 
et  ûit  fait  lieutenant  général  après  l'affaire  de 
MoHna  del  Rey.  Membre  de  la  minorité  libérale 
à  la  chambre  des  pairs ,  il  reconnut  le  nouveau 
gouvernement  issu  de  la  révolution  de  Juillet.  La 
révolution  de  Février  le  rendit  à  la  vie  privée.  On 
a  de  lui  :  Introduction  à  V étude  de  VArt  de  la 
Guerre;  Weimar,  1802-1804,  4  vol.  in-8°,  avec 
atlas  :  cet  ouvrage,  très-rare  aujourd'hui,  composé 
pendantque  l'auteur  étaitauprèsdu  prince  Henri, 
et  publié  à  la  fois  en  français  et  en  alkmand, 
fut  attribué  au  prince  Henri  lui-même;  M.  Mar- 
tin de  Brettes  l'a  réimprimé  sous  le  titre  de 
Mémoires  sur  l'art  de  la  guerre  ;Va.r\?,,  1857, 
5  vol.  in  8°  avec  atlas;  —  Manuel  du  Service 
de  la  Cavalerie  Légère  en  campagne;  Paris, 
1821,  in-8°;  ibid.,  1822,  in-12;  1831,  in-32;  — 
Des  Troupes  Léger  es,  ou  Réflexions  sur  l'orga- 
nisation, l'instruction  pratique  et  la  tactique 
de  l'infanterie  et  de  la  cavalerie  légère; 
Paris,  1817,  in-8°;  —  Quelques  Observations 
sur  les  rapports  de  MM-  Roy  et  Laffitte  re- 
latifs à  la  loi  des  finances  de  1817  ;  Paris, 

1817,  in-8°;  —  Opinion  sur  le  projet  de  loi 
relatif  au  Recrutement  de  l'armée;  Paris, 

1818,  in-8°;  —  De  la  Cavalerie,  ou  des  chan- 
gements nécessaires  dans  la  composition, 
l'organisation  et  l'instruction  des  troupes  à 
cheval;  Paris,  1828-1829,  3  vol.  in-8°;  — 
Observations  historiques  et  critiquas  sur  les 
remontes;  Paris ,  1835,  in-8°.  Le  général  de  La 
Roche- Aymon  a  coopéré  au  Dictionnaire  de  la 
Conversation,  et  a  laissé  plusieurs  pièces  iné- 
dites. 

L.  L— T. 

Sarrut  et  Saint-Ednoe,  Biogr.  des  Hommes  du  Jour, 
tome  I",  f^  partie,  p.  290.  —  Birague,  annuaire  His- 
torique et  biographique,  18W,  3^  part.,  p.  54.  —  Qué- 
rard,  La  France  Littéraire. 

i>\  ROCHEFOUCAULD,  famille  française, 
une  des  plus  anciennes ,  des  plus  illustres  et  en 
même  temps  des  plus  nombreuses,  puisqu'elle  a 
fourni  jusqu'à  quinze  branches.  Originaire  de 
La  Rochefoucauld,  petite  ville  de  l'Angoumois, 
à  quelques  lieues  d'Angoulême,  cette  famille  y 
était  établie  avant  le  onzième  siècle  ;  mais  on 
n'a  sur  elle  que  des  données  vagues  et  incer- 
taines jusqu'au  douzième  siècle  :  une  vieille  tra- 
dition la  fait  descendre  des  Lusignan,  dont  elle  a 
en  effet  conservé  les  armes. 

Ses  principaux  membres  sont  : 

LA  ROCHEFOUCAULD  (  Foucauld  1er,  sei- 
gneur DE  La.  Roche  ,  baron  de  ) ,  vivait  vers  l'an 
1026,  sous  le  règne  de  Robert  le  Pieux.  Il  est 
qualifié  dans  une  charte  d'une  abbaye  d'Angou- 
lême du  titre  de  vir  nobilissimus  Fulcaudus. 


LA  ROCHEFOUCAULD  632 

Sa  munificence  envers  plusieurs  abbayes  fit  toute 
sa  réputation. 

.  LA  ROCHEFOUCAULD  {Foucauldll,  baron 
de)  servit  Philippe- Auguste,  dans  la  guerre 
contre  Richard  Cœur  de  Lion.  Fait  prisonnier  à 
la  bataille  deGisors,  en  1198,  il  assista  après  sa 
mise  en  liberté  au  mariage  de  Jean  sans  TeiTe 
avec  Isabelle  d'Angoulême.  J.  V. 

p.  Anselme,  Hist.  chron.  et  genéal.  de  la  Maison  de 
France,  des  Pairs,  etc.  —  Moréri,  Grand  LUction.  His- 
torique. 

LA  ROCHEFOUCAULD  (  François  1er,  baron 
puis  comte  de  ) ,  issu  au  seizième  degré  de  Fou- 
cauld I",  mort  en  1517.  Conseiller  et  chambel- 
lan des  rois  Charles  VIII  et  Louis  XII,  il  tint  en 
1494  sur  les  fonts  de  baptême  le  prince  qui  de- 
vait être  François  P%  à  qui  il  donna  son  prénom. 
François  P""  étant  monté  sur  le  troue ,  nomma, 
La  Rochefoucauld  son  chambellan  ordinaire ,  et 
érigea  en  1515  la  baronnie  de  La  Rochefoucauld 
en  comté,  «  en  mémoire,  disent  les  lettres  pa- 
tentes, des  grands,  vertueux,  très-bons  et  très- 
recommandables  services  qu'icelui  François, 
notre  très-cher  et  amé  cousin  et  parrain,  a  faits  à 
nos  prédécesseurs  à  la  couronne  de  France  et  à 
nous  ».  Depuis  lui  tous  les  aines  de  sa  famille 
ont  pris  le  nom  de  François.  J.  V. 

p.  Anselme,  Hist.  chron.  et  çènéal.  delà  Maison  de 
France,  des  Pairs,  etc.  —  Moréri,  Grand  Dict.Hist. 

LA  ROCHEFOUCAULD  (  François  II,  comte 
de),  prince  de  Marsillac,  fils  du  précédent,  sou- 
tint dignement   la   réputation   de  son  père.  Il 
épousa  en  1528  Anne  de  Polignac,  veuve  duu 
comte  de  Sancerre,  tué  à  la  bataille  de  Pavie,  eno 
1525.  Elle  reçut  en  1539  l'empereur  Charles- 
Quint  avec  les  enfants  de  France  en  son  château;! 
de  Verteuil.  Ce  prince  fut  tellement  frappé  de  lai 
dignité  de  ses  manières  qu'il  dit  hautement  «  n'a-  ■ 
voir  jamais  entré  en  maison  qui  sentît  mieux  sa  i 
grande  vertu,  honnêteté  et  seigneurie  que  celle- 
là  ».  Conformément  aux  volontés  testamentaires  - 
de  son  mari ,  Anne  de  Polignac  acheva  la  ma- 
gnifique chapelle  de  La  Rochefoucauld ,  qui  fut  i 
un  des  plus  beaux  morceaux  d'architecture  dee 
son  temps. 

Un  des  trois  fils  de  François  II,  Charles,  fon- 
dateur de  la  branche  de  Bandan,  ayant  fait 
profession  de  la  religion  réformée,  servit  sous 
Henri  III  avec  la  plus  grande  distinction.  J.  V. 

p.  Anselme,  Hist.  chron. et  généal.  —  Moréri,  Grand 
Dict.  Hist. 

LA  ROCHEFOUCAULD  (  François  III, 
comte  DE),comteDERoiiCY,prince  de  Marsillac, 
tué  à  Paris,  dans  la  nuit  du  24  août  1672.  Fils 
de  François  II  de  La  Rochefoucauld  et  d'Anne 
de  Polignac ,  il  apprit  le  métier  des  armes  en 
Piémont,  en  1551.  L'année  suivante  il  se  dis- 
tingua au  siège  de  Metz.  Lieutenant  de  la  com- 
pagnie du  duc  de  Guise ,  il  fit  la  campagne  de 
1555,  et  continua  à  servir  contre  les  Espagnols 
jusqu'à  la  bataille  de  Saint-Quentin,  où  il  fut  fait 
prisonnier.  Conduit  à  Genep  dans  le  Hainaut, 
il  ne  recouvra  la  liberté  que  moyennant  une  ran- 


633 


LA  ROCHEFOUCAULD 


634 


çon  de  30,000  écus.  Devenu  veuf  de  sa  première 
femme,  Sylvie  Pic  de  La  Mirandole,  en  1556,  il- 
épousa  en  secondes  noces  Charlotte  de  Roy*; 
mariage  qui  le  rendit  beau-frère  du  prince  de 
Condé  et  le  rapprocha  des  Bourbons.  Il  était  sur 
le  point  de  fuir  en  Allemagne  lorsque  le  roi  Fran- 
çois Il  mourut.  A  la  réception  de  la  lettre  de 
Catherine  de  Médicis,  qui  l'appelait  au  secours 
«  de  la  mère  et  des  enfants  » ,  il  se  mit  à  la  tête 
de  trois  cents  gentilshommes,  et  prit  la  route 
d'Orléans.  Condé  le  renvoya  en  Poitou  pour  lever 
de  nouvelles  troupes.  Après  une  vaine  démons- 
tration contre  La  Rochelle ,  La  Rochefoucauld 
prit  d'assaut  Pons,  le  2  octobre  1562,  et  alla 
mettre  le  siège  devant  Saint- Jean  d'Angely;  mais 
il  dut  renoncer  à  s'emparer  de  cette  ville,  et  se 
{retira  à  Orléans.  Il  combattit  vaillamment  à 
;Dreux,  se  rendit  maître  de  Saint- Aignan  et  de 
'Gergeau  ,  et  accompagna  Coligny  en  Normandie. 
;Dans  la  seconde  guerre  civile,  il  se  distingua  au 
,siége  de  Chartres.  La  paix  ayant  été  signée,  il  se 
iretira  dans  ses  terres.  Condé  vint  bientôt  cher- 
cher un  refuge  près  de  lui.  La  Rochefoucauld 
combattit  avec  intrépidité  à  Jarnac  ,:à  La  Roche- 
Abeille,  au  Port  de  Piles,  au  siège  de  Lusignan. 
Une  maladie  grave  le  força  de  quitter  l'armée 
qui  assiégeait  Poitiers.  Il  resta  à  La  Rochelle 
loisque  Coligny  partit  pour  le  midi.  En  1570 
La  Rochefoucauld  surprit  Marennes,  s'empara 
(le  Brouage,  emporta  le  château  de  Soubise  et 
soumit  aux  protestants  tout  le  littoral,  depuis  la 
Charente  jusqu'à  la  Gironde,  excepté  Royan.  La 
paix  conclue,  La  Rochefaucauld  se  rendit  à  Paris 
jiour  assister  aux  noces  du  roi  de  Navarre.  Mal- 
gré les  avertissements  qu'il  reçut  qu'il  se  tra- 
mait quelque  chose  contre  les  réformés,  il  ne 
voulut  pas  quitter  la  capitale.  Il  abandonna 
môme  son  logement  pour  venir  habiter  celui 
qu'un  des  maréchaux  des  logis  de  Charles  IX  lui 
assigna  près  de  l'hôtel  qu'occupait  Coligny,  lors- 
que le  roi,  pour  plus  grande  sûreté  du  dit  amiral, 
fit  avertir  tous  les  seigneurs  et  gentilshommes 
liusuenots  de  se  venir  loger  près  de  lui.  Le  sa- 
medi veille  de  la  Saint-Barthélémy,  La  Roche- 
foucauld passa  la  soirée  à  folâtrer  avec  Char- 
les IX.  Ce  prince  voulut  le  retenir  au  Louvre. 
«  Foucauld ,  lui  dit-il ,  ne  t'en  vas  pas ,  il  est 
déjà  tard  ,  nous  balivernerons  le  reste  de  la  nuit. 
—  Cela  ne  se  peut,  répondit  le  comte,  car  il  faut 
dormir  et  se  coucher.  —  Tu  couchetjas  avec  mes 
valets  de  chambre,  reprit  le  roi.  —  Les  pieds 
leur  puent,  répUqua  La  Rochefoucauld;  adieu, 
mon  petit  maistre.  »  Il  rentra  chez  lui.  «  A  peine 
venoit-il  de  s'endormir,  raconte  Crespin,  qu'il 
fut  resveillé  par  six  inasquez  et  armez,  qui  en- 
trèrent dans  sa  chambre  :  entre  lesquels  cuidant 
le  roy  estre  qui  vinst  pour  le  fouetter  à  jeu ,  il 
prioit  qu'on  le  traistast  doucement ,  quand  après 
lui  avoir  ouvert  et  saccagé  ses  coffres ,  un  de  ces 
masquez  le  tua.  »  J.  V. 

Crespin  et  Goulard ,  Hist.  des   Martyrs  persécutez  et 
mis  à  mort  pour  la  vérité  de  l'Évangile.  —  P.  Anselme, 


Hist.   Chron.  et  Cenéal.  —  Haag,  Lu,  France  Protes- 
tante. 

LA  ROCHEFOUCAULD  {François  IV,  comte 
de),  fils  du  précédent,  mort  le  15  mars  1591. 
Sauvé  du  massacre  de  la  Saint-Barthélémy  par 
Lansac,  chez  qui  son  gouverneur  l'avait  conduit, 
il  dut  sans  doute  suivre  les  exercices  du  culte 
catholique.  En  1575  on  le  retrouve  aux  côtés  du 
prince  de  Condé,  avec  lequel  il  fit  en  1585  la 
campagne  contre  le  duc  de  Mercœur.  A  la  paix, 
il  suivit  le  duc  d'Anjou  dans  les  Pays-Bas.  En 
1587,  le  comte  de  La  Rochefoucauld  servit  au 
siège  de  Fontenay  comme  colonel  de  l'infanterie. 
En  1589,  il  marcha  avec  Châtillon  à  la  défense  de 
Tours ,  attaqué  par  Mayenne ,  qui  fut  repoussé. 
En  1591,  étant  devant  la  petite  ville  de  Saint- 
Yriex-la-Perche ,  il  tomba  au  pouvoir  des  li- 
gueurs, qui  le  poignardèrent.  J.  V. 

Moréri, Grand  Dict.  Histor.  —  Haag,  La  France  Pro- 
testante. 

LA  ROCHEFOUCAULD  {François  V,  comte, 
puis  duc  DE  ),  né  le  5  septembre  1588,  mort  le 
8  février  1650,  à  son  château  de  La  Rochefou- 
cauld. Il  fut  gouverneur  du  Poitou  et  de  Châ- 
teau-Randan.  S'étant  laissé  convertir  au  catho- 
licisme, il  assista  en  1610  au  couronnement  de 
la  reine  Marie  de  Médicis,  femme  de  Henri  IV. 
Louis  XIII  lui  donna  le  collier  de  ses  ordres  en 
1619,  et  érigea  le  comté  de  La  Rochefoucauld  en 
duché-pairie  en  1622.  Le  duc  prit  part  au  combat 
de  l'île  de  Ré,  lors  de  la  reprise  de  La  Rochelle, 
eu  1628. 

Un  de  ses  enfants,'  Louis,  né  en  1615,  fut  tenu 
sur  les  fonts  de  baptême  par  Louis  XIII  et  la 
reine ,  devint  évêque  de  Lectoure  et  abbé  de 
Saint-Jean  d'Angely,  et  mourut  le  5  décembre 
1654.  J.  V. 

P.  Anselme,  Hist.  Chron.  et  Généal.  —  Moréri,  Grand 
Dict.  Historique. 

L4  ROCHEFOUCAULD  {François  VI,  duc 
DE,  prince  deMAKSiLLACj),  célèbre  écrivain  et  mo- 
raliste français ,  né  le  15  décembre  1613,  mort  le 
17  mars  1680.  Il  ne  reçut  qu'une  éducation  très- 
incomplète.  Il  n'avait  que  neuf  ans  lorsque  son 
père  fut  créé  duc  et  élevé  à  la  pairie.  Le  nouveau 
duc,  impatient  de  profiter  pour  son  fils  de  la  fa- 
veur royale ,  ne  le  laissa  pas  achever  ses  études, 
et  le  fit  entrer  au  service  militaire.  A  seize 
ans ,  il  assista  au  siège  de  Casai  comme  mestre 
de  camp  du  régiment  d'Auvergne.  Bientôt 
son  père,  compromis  dans  la  révolte  de  Gas- 
ton d'Orléans,  fut  exilé  à  Blois,  en  1632.  Lui- 
même,  devenu  suspect  pour  quelques  propos 
contre  le  cardinal  de  Richelieu  et  à  cause  de  sa 
liaison  avec  deux  amies  de  la  reine,  M"*M'Haute- 
fort  et  de  Chemerault,  partagea  cette  disgrâce. 
Pendant  son  séjour  à  Blois,  il  épousa  M"®  de 
Vivonne,  dont  on  ne  sait  rien  de  plus  sinon  qu'il 
eut  d'elle  cinq  fils  et  trois  filles.  Vers  le  même 
temps  (1637),  il  se  lia  avec  la  duchesse  de  Che- 
vreuse,  alors  reléguée  à  Tours,  d'où  elle  entrete- 
nait une  correspondance  avec  la  reine  et  la  cour 
d'Espagne.  Jeune  et  romanesque,  il  entra  avec 


635  LA  ROCHEFOUCAULD 

ardeur  dans  ces  intrigues  de  femmes  contre  le 
cardinal,  et  obtint  la  permission  de  revenir  à  Pa- 
ris au  moment  où  la  reine,  accusée  d'être  d'in- 
telligence avec  l'Espagne,  était  soumise  à  une 
sorte  d'instruction  judiciaire.  «  Dans  cette  extré- 
mité, dit-il,  abandonnée  de  tout  le  monde,  man- 
quant de  toutes  sortes  de  secours ,  et  n'osant  se 
confier  qu'à  M''^  d'Hauteforè  età  moi,  ellemepro- 
posa  de  les  enlever  toutes  deux  et  de  les  emme- 
ner à  Bruxelles.  Quelque  difficulté  et  quelque  pé- 
ril qui  me  parussent  dans  un  tel  projet,  je  puis 
dire  qu'il  me  donna  plus  de  joie  que  je  n'en  avais 
eu  de  ma  vie.  J'étais  dans  un  âge  où  l'on  aime  à 
faire  des  choses  extraordinaires  et  éclatantes,  et  je 
ne  trouvais  pas  que  rien  le  fût  davantage  que  d'en- 
lever en  même  temps  la  reine  au  roi  son  mari  et 
au  cardinal  de  Richelieu,  qui  en  était  jaloux,  et 
d'ôter  M"e  d'Hautefort  au  roi,  qui  en  était  amou- 
!eux.  u  11  avait  déjà  fait  des  préparatifs  pour 
ce  double  enlèvement  lorsque  les  affaires  de 
la  reine  prirent  une  meilleure  tournure.  Mais 
M"""  de  Chevreuse,  qui  n'avait  pas  été  prévenue 
de  ce  changement,  s'enfuit  en  Espagne,  etMar- 
sillac ,  coupable  d'avoir  favorisé  sa  fuite,  fut  mis 
à  la  Bastille.  Après  huit  jours  d«  captivité,  il  ob- 
tint la  permission  de  se  retirer  dans  sa  terre  de 
Verteuil.  Il  reparut  à  l'armée  en  1639.  Le  car- 
dinal lai  offrit  le  grade  de  maréchal  de  camp  ; 
«  mais,  dit-il,  la  reine  désira  instamment  que  je 
ne  reçusse  pas  de  grâce  du  cardinal  qui  me 
pût  ôter  la  liberté  d'être  contre  lui  quand  elle 
se  trouverait  en  état  d'être  ouvertement  son 
ennemie  ».  Il  retourna  donc  à  Verteuil  (  1640),  et 
y  demeura  un  temps  considérable,  dans  une 
sorte  de  vie  inutile ,  et  qu'il  aurait  trouvée  trop 
languissante,  si  la  reine,  qui  avait  réglé  sa  con- 
duite, ne  lui  eût  ordonné  de  la  continuer.  Ce- 
pendant, sa  vie  ne  fut  pas  tout  à  fait  inactive.  Il 
correspondit  avec  les  ennemis  de  Richelieu,  eut 
quelque  part  aux  projets  de  Cinq-Mars  et  de 
ïhou,  et  favorisa  la  fuite  de  Montrésor,  complice 
de  la  conspiration.  En  même  temps  il  menait  la 
vie  d'un  riche  gentilhomme  de  campagne,  grand 
amateur  de  chiens  et  de  chevaux  et  ne  négligeant 
pas  la  vente  de  ses  vins  (1).  11  revint  à  la  cour 


636 


(1)  La  Société  de  l'Histoire  de  France  a  publié,  dans  le 
premier  volume  de  son  Bulletin,  une  lettre  de  François  V 
de  La  Rochefoucauid,  qui  prouve  que  son  fils,  le  prince 
de  Marsillac,  l'auteur  des  Maximes,  faisait  le  commerce 
des  vins  pour  se  consoler  de  l'exil  auquel  le  condamnait 
Richelieu;  nous  la  reproduisons  ici;  elle  est  adressée  à 
M.  de  La  Ferté,  «  cmbassadeur  pour  le  roy  en  Engleterrei-. 

«  Monsieur,  il  y  a  deux  ou  trois  ans  que  mon  fils  de 
'1  Marsillac  continue  un  petit  commerce,  en  Englf terre, 
M  qui  luy  a  réussi  jusqu'à  cette  heure,  et  il  espère  encores 
n  mieus  soubs  vostre  protection  le  succès  qu'il  en  désire, 
c<  quy  est  de  pouvoir  tirer  des  chevaux  et  des  chiens  pour 
Il  du  vin  qu'il  envole.  Son  adresse  ordinaire  est  d  mon-- 
«  sieur  Graf;  mais  dans  l'incertitude  du  lieu  où  il  sera, 
<r  il  ose  prendre  la  liberté  de  vous  supplier,  par  moy,  de 
'(  commender  à  quelqu'un  des  vostres  de  prendre  soin  de 
«  ce  porteur,  qu'il  envoie  pour  la  conduitte  des  che- 
«  vaus  et  des  chiens  qu'il  espère  tirer  du  pris  de  ses 
«  vins.... 

«  A  La  Rochefoucauld,  ce  20  févr-ier  1642. 

"  La.  Rochefoccadld.  » 


aussitôt  après  la  mort  de  Richelieu  (décembre 
1642  ).  La  mort  du  roi  suivit  à  cinq  mois  d'in- 
tervalle (mai  1643).  La  reine  fut  régente  avec 
Mazarin  pour  premier  ministre ,  et  ne  se  montra 
pas  très-empressée  de  récompenser  ses  anciens 
amis.  Marsillac  eut  pour  sa  part  de  belles  pro- 
messes. «  La  reine,  dit-il,  me  donnait  beaucoup 
de  marques  d'amitié  et  de  confiance  ;  elle  m'as- 
sura même  plusieurs  fois  qu'il  y  allait  de  son 
honneur  que  je  fusse  content  d'elle,  et  qu'il  n'y 
avait  rien  d'assez  grand  dans  le  royaume  pour 
me  récompenser  de  ce  que  j'avais  fait  pour  sau- 
ver sa  vie.  »  Mais  quand  il  demanda  le  gouver- 
nement du  Havre,  il  ne  put  l'obtenir.  La  reine 
et  le  ministre  l'amusèrent  encore  par  des  espé- 
rances éloignées  jusqu'à  ce  que,  perdant  patience, 
il  se  rapprocha  du  parti  des  importants,  que  con- 
duisaient deux  anciens  amis  de  la  reine  aussi 
mal  récompensés  que  lui,  le  duc  de  Beaulort  et 
M™^  de  Chevreuse.  Mazarin  détruisit  la  cabale^ 
des  importants  en  faisant  arrêter  Beaufort 
(2  septembre  1643).  M™^ de  Chevreuse  fut  éloi- 
gnée. Marsillac  se  piqua  de  lui  rester  fidèle  mai- 
gré  les  ordres  de  la  reine.  Si  on  l'en  croit,  il 
fut  mal  payé  de  sa  fidélité.  «  Je  ne  trouvai,  dit- 
il,  dans  la  suite  guère  plus  de  reconnaissance  de- 
son  côté  ix)ur  ra'être  perdu  cette  seconde  fois, 
afin  de  demeurer  son  ami,  que  je  venais  d'en 
trouver  dans  la  reine;  et  M^^de  Chevreuse  ou- 
blia dans  son  exil  aussi  facilement  tout  ce  que 
j'avais  fait  pour  elle ,  que  la  reine  avait  oublié 
mes  services  quand  elle  fut  en  état  de  les  récom- 
penser. »  Disgracié,  irrité  et  résolu  de  «  cher- 
cher des  voies  périlleuses  pour  témoigner  son 
ressentiment  à  la  reine  et  au  cardinal  Mazarin  », 
il  songea  à  s'attacher  au  duc  d'Enghien,  et 
pensa  que  le  meilleur  moyen  d'obtenir  la  faveur  i 
du  duc  était  de  se  faire  aimer  de  sa  sœur,  la  du- 
chesse de  Longueville,  alors  (1646)  dans  tout 
l'éclat  de  la  beauté.  Il  est  piquant  de  voir  dans  les 
Mémoires  de  La  Rochefoucauld  quels  motifs  in-  • 
téressés  l'engagèrent  dans  cette  liaison.  Il  raconte  f 
qu'un  de  ses  amis,  Miossens,  courtisait  la  duchesse  i 
dans  des  vues  aussi  peu  désintéressées.  «  J'eus  • 
sujet  de  croire,  ajoute-t-il,  que  je  pourrais  faire  un  r 
usage  plus  considérable  que  Miossens  de  l'amitié  * 
et  de  la  confiance  de  madame  de  Longueville  :  je  > 
l'en  fis  convenir  lui-même.  Il  savait  l'état  où  j'étais 
à  la  cour;  je  lui  dis  mes  vues,  mais  que  sa  con- 
sidération me  retiendrait  toujours ,  et  que  je 
n'essayerais  point  à  prendre  des  liaisons  avec 
Mme  de  Longueville,  s'il  ne  m'en  laissait  la  li- 
berté. J'avoue  même  que  je  l'aigris  exprès  contre 
elle  pour  l'obtenir,  sans  lui  rien  dire  toutefois 
qui  ne  fût  vrai.  Il  me  la  donna  tout  entière; 
mais  il  se  repentit  de  me  l'avoir  donnée,  quand 
il  vit  les  suites  de  cette  liaison.  >'  Peu  de  temps 
après,  M"^  de  Longueville  se  rendit  à  Munster, 
où  son  mari  négociait  le  traité  de  Westphalie, 
et  Marsillac  qui  venait  d'acheter  le  gouvernement 
du  Poitou,  suivit  le  duc  d'Enghien  à  l'armée. 
11  reçut  trois  coups  de  feu  au  siège  de  Mardik, 


j  y/  LA  ROCHEFOUCAULD 

|>t  revint  à  Paris.  Pendant  sa  convalescence,  qui  '  l'ancienne  fronde 
iiit  longue,  il  vit  se  préparer  les  troubles  de  la 
Moiiiie.  Quand  ces  tioubles  éclatèrent,  il  était 
iaus  son  gouvernement,  disposé  à  servir  le  mi- 
lisîre  à  condition  qu'on  accorderait  «  à  sa  maison 
t..  mômes  avantages  qu'à  celles  de  Rohan  et  de 
jaTrémouille  ».  Le  cardinal  lui  manqua  encore 
|ie  parole ,  et  la  duchesse  de  Longueville  lui  écri- 
,it  que  tout  était  prêt  pour  la  guerre  civile.  Il 
icoourut  à  temps  pour  être  un  des  chefs  de  cette 
jiise  d'armes,  qui  amena  le  blocus  de  Paris  par 
:oadé ,  et  se  termina  par  la  pacification  du 
Il  mars  1649.  A  la  guerre  ouverte  succéda  une 
uttf  d'intrigues.  Marsillac,  ambitieux  et  sans 
)iincipes,  était  là  dans  son  élément,  et  son 
Kuivoir  sur  la  ducliesse  de  Longueville  lui  au- 
ait  permis  d'exercer  une  grande  influence  sur  les 
événements ,  s'il  eût  eu  lui-même  plus  de  suite 
lans  ses  projets.  Un  de  ses  amis,  Matha ,  disait 
ie  lui  :  '<  Il  fait  tous  les  matins  une  brouilierie  et 
eus  les  soirs  il  travaille  àunrhabillement.  »  Une 
ut  donc  qu'un  aventurier  de  plus  dans  le  sanglant 
lubroglio  de  la  seconde  Fronde.  Après  l'arresta- 
ion  des  princes  de  Condé,  Conti  et  duc  de  Lon- 
gueville (janvier  1650),  il  accompagna  la  du- 
lihesse  de  Longueville  en  Normandie.  Les  deux 
'ugitifs  se  séparèrent  à  Dieppe,  et  Marsillac  alla 
lans  son  gouvernement,  oîi  il  disposa  tout  pour 
a  guerre.  Il  se  joignit  ensuite  au  due  de  Bouil- 
on,  et  tous  deux  marchèrent  sur  Bordeaux,  où 
Is  entrèrent,  le  31  mai  1650,  avec  la  princesse  de 
:;;ondé.  Le  cardinal  de  Mazarin  et  le  maréchal 
le  La  Meilleraie  vinrent  bientôt  assiéger  la  ville. 
\,(i  duc  de  La  Rochefoucauld  (il  portait  ce  titre 
lepuis  la  mort  de  son  père)  défendit  avec  cou- 
age  le  faubourg  de  Saint-Surin ,  mais  ne  put 
impêcher  le  parlement  de  Bordeaux  de  traiter 
ivec  le  ministre  (1)  (octobre  1650).  La  Roche- 
bucauld,  relégué  dans  son  gouvernement,  et  fort 
ïiécontentde  la  paix,  revint  secrètement  à  Paris, 
it  du  fond  de  l'hôtel  de  la  princesse  palatine  fo- 
ïienta  de  nouveaux  troubles.  La  reine  s'appuya 
ilors  sur  la  première  fronde  contre  la  seconde , 
it  opposa  Retz  à  Condé.  Les  deux  factions 
urent  sur  le  point  d'en  venir  aux  mains  dans  la 
»rande  salle  du  parlement,  le  21  août  1651,  et 
lia  faveur  du  désordre  La  Rochefoucauld  tenta 
Je  faire  assassiner  le  cardinal  de  Retz  (2).  Enfin 


(1)  Pendant  les  négociations  du  traité,  il  échappa  à  La 
Roehetoucauld  un  mut  souvent  cité,  et  qui  révélait  le 
noraliste  dans  le  frondeur.  Comme  il  se  trouvait  avec 
le  duc  de  Bouillon  et  le  conseiller  d'État  Lenet,  dans  le 
carrosse  du  cardinal  de  Mazarin,  le  ministre  se  mit  à  rire 
en  disant  :  «  Qui  aurait  pu  croire,  il  y  a  seulement  huit 
jours,  que  nous  serions  tous  quatre  aujourd'hui  dans  un 
même  carrosse?»  «  Tout  arrive  en  France,  »  repartit  La 
Rochefoucauld  ;  et  «  pourtant  il  était  loin  encore  d'avoir 
vu  tout  ce  qui  pouvait  y  arriver,  »  remarque  M.  Bazin 
dans  son  Histoire  de  Mazarin   et  la  Fronde. 

[i)  La  Rochefoucauld,  dans  ses  Mémoires,  làcYie  d'atté- 
nuer l'odieux  de  cette  action;  mais  son  explication  est 
fort  équivoque.  Le  récit  de  Retz  est  confirmé  par  Joly, 
M""  de  Motteville,  la  duchesse  de  Nemours.  «  Comme  je 
sortais  de  ia  grande  chambre,  dit  Retz,  je  rencontrai 
dans  le  parquet   des  liuissiers  M.  de  La  Rochefoucauld 


638 

resta  maîtresse  dé  Paris , 
et  Condé  partit  pour  Bordeaux  avec  toute  sa  fa- 
mille. La  Rochefoucauld  le  suivit,  mais  il  perdit 
dans  le  voyageun  des  principaux  motifs  qui  l'atta- 
chaient aux  Condé.  La  duchesse  de  Longueville, 
lasse  d'une  liaison  qui  durait  depuis  cinq  ans  , 
le  quitta  pour  le  duc  de  Nemours.  Lui ,  sui- 
vant une  fine  remarque  de  M.  Sainte-Beuve, 
«  saisit  avec  joie,  une  occasion  d'être  libre 
en  faisant  l'offensé  (1).  Il  fut  donc  bien  aise, 
mais  non  pas  sans  mélange  ni  sans  des  re- 
tours amers  :  ><  La  jalousie,  il  Ta  dit,  naît  avec 
l'amour  ;  mais  elle  ne  meurt  pas  toujours  avec 
lui  ».  Le  châtiment  de  ces  sortes  de  liaisons, 
c'est  qu'on  souffre  également  de  les  porter  et  de 
les  rompre.  Il  voulut  se  venger,  et  manœuvra  si 
bien,  que  M"'''  de  Chàtillon  reconquit  M.  de  Ne- 
mours surM""^  de  Longueville,  et  qu'en  veine 
de  triomphe,  elle  fit  encore  perdre  à  celle- 
ci  le  cœur  et  la  confiance  du  prince  de  Condé , 
qu'elle  s'attacha  également.  Entre  M""=  de  Chà- 
tillon, M.  le  Prince  et  M.  de  Nemours,  La  Ro- 
chefoucauld, qui  était  l'âme  de  cette  intrigue, 
s'applaudissait  cruellement.  »  Pendant  que  ces 
liaisons  se  nouaient  et  se  dénouaient ,  la  guerre 
civile  redoublait  ses  ravages.  Nemours  et  Beau- 
fort,  opposés  aux  troupes  royales,  occupaient  les 
bords  de  la  Loire,  et  se  compromettaient  par 
leur  discorde.  Condé,  prévenu  de  ces  dissensions, 
partit  d'Agen  le  24  mars  1652,  avec  La  Rochefou- 
cauld et  huit  autres  personnes.  La  présence  du 
prince  donna  pour  un  moment  l'ascendant  à 
ses  troupes,  mais  Turenne  ne  tarda  pas  à  relever 
les  affaires  de  l'armée  royale.  Après  plusieurs 
mois  d'escarmouches  les  deux  partis  en  vinrent 
aux  mains  aux  portes  de  Paris,  dans  le  faubourg 
Saint-Antoine  (l*""  juillet).  La  Rochefoucauld  re- 
çut au  visage  un  coup  de  feu,  qui  le  priva  de  la 


qui  rentrait.  .le  n'y  fis  point  de  réflexion,  et  j'allai  dans 
la  salle  pour  prier  mes  amis  de  se  retirer.  Je  revinsaprès 
le  leur  avoir  dit ,  et  comme  je  mis  le  pied  sur  la  porte  du 
parquet,  j'entendis  une  fort  grande  rumeur  dans  la  salle 
de  gens  qui  criaient  aux  armes;  je  voulus  retourner  pour 
voir  ce  que  c'était,  mais  je  n'en  eus  pas  le  temps,  parce 
que  je  me  sentis  le  cou  pris  entre  les  deux  battants  de 
la  porte  que  M.  de  La  Rochefoucauld  avait  fermée  sur  moi, 
en  criant  à  MM.  de  Coligny  et  de  Kicousse  de  me 
tuer....  »  Retz  fut  sauvé  par  M.  de  Charaplatreux,  fils  du 
président  Mathieu  Mole.  «  En  rentrant  dans  la  grande 
chambre,  continue-t-il,  j'ajoutai  que  M.  de  La  Rochefou- 
cauld avait  fait  tout  ce  qui  avait  été  en  lui  pour  me  faire 
assassiner.  Il  me  répondit  ces  propres  paroles  :  «  Traître, 
je  me  soucie  peu  de  ce  que  tu  deviennes.  »  Je  lui  repartis 
ces  propres  mots  :  «  Tout  beau ,  notre  ami  La  Franchise 
(nous  lui  avions  donné  ce  quolibet  dans  notre  parti;, 
vous  êtes  un  poltron  (je  mentais  ,  car  il  est  assurément 
fort  brave),  et  je  suis  prêtre. Le  duel  nous  est  défendu.» 
M.  de  Brissac,  qui  était  immédiatement  au-dessus  de  lui, 
le  menaça  de  coups  de  bâton;  il  menaça  M.  de  Brissac 
de  coups  d'éperon...,  »  Mémoires  du  cardinal  de  Retz, 
p.  29S,  édit.  Mlchaud  et  Poujoulat. 

(1)  La  Rochefoucauld,  se  souvenant  sans  doute  de  sa 
liaison  et  de  sa  rupture  avec  la  duchesse  de  Longueville, 
dit  dans  une  maxime  :  «  On  a  bien  de  la  peine  à  rompre, 
quand  on  ne  s'aime  plus  >•  ;  et  dans  une  autre  :  «  Quand 
nous  sommes  las  d'aimer,  nous  sommes  bien  aises  qu'on 
nous  devienne  infidèle  pour  nous  dégager  de  notre  fidé- 
lité ». 


639 


LA  ROCHEFOUCAULD 


e4o 


Yne(l);  lorsqu'il  la  recouvra  après  de  longues 
souffrances,  les  affaires  avaient  complètement 
changé  de  face.  Le  roi  était  à  Paris ,  Condé  avait 
passé  aux  Espagnols,  et  une  amnistie  couvrait 
les  autres  chefs  de  la  Fronde  restés  en  France. 
Dès  lors  commença  pour  La  Rochefoucauld 
une  vie  de  repos  et  de  réflexions.  11  eut  le  plaisir 
de  voir  grandir  sa  famille  dans  la  faveur  royale , 
lui-même  fut  traité  avec  affection  par  Louis  XIV; 
mais  personnellement  il  renonça  aux  projets 
ambitieux.  A  la  brillante  et  orageuse  passion  de 
M™^  de  Longueville  succédèrent  l'amitié  calme 
et  raisonnable  de  M""  de  Sablé  ,  puis  un  com- 
merce délicat  avec  M^"  de  La  Fayette;  les  in- 
trigues et  les  violences  des  factions  furent  rem- 
placées par  de  fines  et  subtiles  conversations 
avec  deux  ou  trois  femmes  du  plus  grand  monde, 
lasses  elles-mêmes  des  agitations  du  monde. 
«  Quand  les  femmes  ont  l'esprit  bien  fait ,  dit-il, 
j'aime  mieux  leur  conversation  que  celle  des 
hommes  :  on  y  trouve  une  certaine  douceur  qui 
ne  se  rencontre  pas  parmi  nous ,  et  il  me  semble, 
outre  cela ,  qu'elles  s'expliquent  avec  plus  de 
netteté ,  qu'elles  donnent  un  tour  plus  agréable 
aux  choses  qu'elles  disent.  »  On  voit  dans  la 
correspondance  de  M'"*'  de  Sablé  qu'il  la  con- 
sultait sur  ses  écrits,  et  que  souvent  il  déférait  à 
ses  avis.  Un  des  premiers  fruits  de  sa  retraite  fut 
la  composition  de  ses  mémoires.  Il  nelesavaifpas 
encore  achevés  lorsqu'une  copie  luien  fut  dérobée 
et  publiée  à  Cologne  en  1662.  Ce  livre,  où  l'auteur 
ne  ménage  personne,  pas  même  lui ,  souleva  de 
si  violentes  colères,  qu'il  crut  prudent  de  le  dé- 
savouer. Un  autre  ouvrage  dont  il  s'occupait 
beaucoup  vers  la  même  époque  ,  les  Maximes , 
courut  aussi  manuscrit  et  s'imprimait  en  Hol- 
lande, lorsque  l'auteur  prit  les  devants,  et  pu- 
blia ses  Réflexions  ou  Sentences  et  Maximes 
morales  en  1C65.  Ce  n'était  qu'un  volume  de 
cent  cinquante  pages ,  contenant  trois  cent 
soixante  pensées  et  un  avis  au  lecteur.  Selon 
Voltaire,  c'est  un  des  ouvrages  qui  contribuè- 
rent le  plus  à  former  le  goût  de  la  nation  et  à 
lui  donner  un  esprit  de  justesse  et  de  précision. 
«  Quoiqu'il  n'y  ait,  dit-il,  presque  qu'une  vé- 
rité dans  ce  livre,  qui  est  que  l'amour-propre 
est  le  mobile  de  tout,  cependant  cette  pensée  se 
présente  sous  tant  d'aspects  variés,  qu'elle  est 
presque  toujours  piquante  :  c'est  moins  un  livre 
que  des  matériaux  pour  orner  un  livre.  On  lut 
avidement  ce  petit  recueil  ;  il  accoutuma  à  penser 
et  à  renfermer  ses  pensées  dans  un  tour  vif, 

(1)  La  Rochefoucauld  ,  parodiant,  dit-on,  à  celte  occa- 
sion, les  deux  vers  suivants  de  du  Ryer  : 
Pour  mériter  son  cœur,  pour  plaire  à  ses  beaux  yeux, 
J'ai  fait  la  guerre  aux  rois,  je  l'aurais  faite  aux  dieux, 
S'écria  en  pensant  à  M"»^  de  Longueville, 
Pour  ce  cœur  inconstant ,  qu'enfin  je  connais  mieux. 
J'ai  fait  la  guerre  aux  rois,  j'en  ai  perdu  les  yeux. 
On  cite  la  ménie  parodie  avec  cette  variante  : 
Pour  ce  cœur  Inconstant,  qu'enfin  je  connais  mieux, 
J'ai  fait  la  guerre  aux  rois,  je  l'aurais  faite  aux  dieux. 


précis  et  délicat.  C'était  un  mérite  que  personne 
n'avait  eu  avant  lui ,  en  Europe ,  depuis  la  re- 
naissance des  lettres.  »  Cet  incontestable  mérite 
littéraire  n'est  ni  le  seul  ni  le  principal  qui  re- 
commande à  la  postérité  le  livre  des  Maximes. 
Elles  se  distinguent  surtout  par  la  finesse  et  l'é- 
tendue de  l'observation  morale.  Le  point  de  vue  de 
l'auteur  a  paru  exclusif.  On  sait  que  l'ouvrage  re-  ' 
pose  sur  ce  principe  que  l'intérêt  personnel,  l'a-  : 
mour-propre ,  comme  on  disait  au  dix-septième  ' 
siècle,  est  le  mobile  de  toutes  les  actions  humaines, 
même  de  celles  qui  paraissent  désintéressées;' 
car  «  nos  vertus  ne  sont  le  plus  souvent  que  des  i 
vices  déguisés  » .  La  vertu  n'est  qu'un  nom  de 
convention  donné  à  l'intérêt.  Ce  point  de  vue  est-il 
vrai  ?  Non,  sans  doute,  si  on  le  prend  à  la  rigueur, 
cardans  cette  supposition  le  principe  moral,  de 
quelque  nom  qu'on  l'appelle,  vertu,  conscience, 
amour, idéal.  Dieu,  serait  absolument  étrangère, 
l'âmehumaine,  et  il  faudrait  pour  être  conséquenti 
aller  jusqu'au  fatalisme  de  Hobbes.  La  Roche- 
foucauld n'allait  point  jusque  là ,  et  il  se  souciait 
peu  de  se  contredire.  11  a  écrit  ces  belles  maxi- 
mes qui  réfutent  toutes  les  autres  :  «  Il  est  plus 
honteux  de  se  défier  de  ses  amis  que  d'en  être 
trompé.  »  —  «  11  faut  demeurer  d'accord ,  à  l'hon-i 
neur  de  la  vertu  ,  que  les  plus  grands  malheurs" 
des  hommes  sont  ceux  où  ils  tombent  par  leurs- 
crimes.  »  —  «  Quelque  méchants  que  soient  les 
hommes ,  ils  n'oseraient  paraître  ennemis  de  la 
vertu  ;  et  lorsqu'ils  la  veulent  persécuter,  ils  fei- 
gnent de  croire  qu'elle  est  fausse ,  ou  ils  lui  sup- 
posent des  crimes.  » —  «  L'hypocrisie  est  un  hom-' 
mage  que  le  vice  rend  à  la  vertu.  »  Si  la  vertu 
n'est  qu'un  mot,  si  elle  n'a  aucune  puissance 
réelle  sur  le  cœur  de  l'homme ,  pourquoi  les  mé4. 
chants  la  combattent-ils ,  et  pourquoi  avant  dei 
la  combattre  commencent-ils  par  la  calomniée 
et  la  défigurer  ?  Pourquoi  les  hypocrites  se  pa-.i 
rent-ils  de  ses  apparences  ?  Mais  il  serait  pédan-<i 
tesque  et  futile  d'instituer  une  controverse  ens 
forme  contre  un  livre  exquis  et  raffiné,  qui  n'a' 
pas  la  prétention  d'être  un  traité  de  morale  efe 
de  philosophie.  Ces  maximes  prises  séparément,! 
avec  leurs  contradictions,  sont  vraies  (1),  maisi 
il  ne  faut  pas  lesiréunir  en  système.  Ce  ne  sont 
pas  les  éléments  d'une  doctrine,  ce  sont  des  traits 
acérés  qui  en  perçant  les  sottises  humaines  ai- 
guisent et  excitent  la  pensée  chez  les  esprits 
justes.  La  société  à  laquelle  s'adressaient  les 
Maximes  ne  les  accepta  pas  sans  se  récrier. 
M'^^de  Sévigné  déclarait  qu'elle  ne  les  compre- 
nait pas  toutes. [M""'  de  La  Fayette,  l'amie  intime 


(1)  La  Roclietoucauld  nous  indique  un  bon  moyen  de 
nous  assurer  de  la  vérité  de  ses  jl/aximes  ,  c'est  de  ne 
les  appliquer  qu'aux  autres,  jamais  à  nous-mêmes.  «  Le 
meilleur  parti  que  le  lecteur  ait  à  prendre,  dit-il,  est  de 
se  mettre  clans  l'esprit  qu'il  n'y  a  aucune  de  ces 
Maximes  qui  le  regarde  en  particulier,  et  qu'il  en  est 
seul  excepté,  bien  qu'elles  paraissent  générales.  Après 
cela  ,  je  lui  réponds  qu'il  sera  le  premier  à  y  souscrire, 
et  qu'il  croira  qu'elles  font  encore  grâce  au  cœur  hu- 
main, » 


41 


LA  ROCHEFOUCAULD 


642 


es  (icriiièrcs  années  de  La  Rochefoucauld  (  voy. 
\  Fayette)  s'affligeait  de  ses  idées  de  corrup- 
j on  générale,  et  elle  le  ramenait  doucement  à 
es  pensées  moins  amères.  «  Il  m'a  donné  de 
jesprit ,  disait-elle  plus  tard  ;  mais  j'ai  réformé 
bn  cœur.  »  En  effet  cet  homme  politique  dont 
ji  conduite  avait  été  déplorable  dans  la  Fronde, 
b  moraliste  si  chagrin  dans  son  livre,  était  dans 
1  vie  privée  un  homme  excellent,  aimable, 
;nsible  môme,  lui  qui  a  dit  pourtant  :  «  Je  suis 
eu  sensible  à  la  pitié,  et  je  voudrais  ne  l'y  être 
3int  du  tout.  La  compassion  n'est  bonne  à 
en  au  dedans  d'une  âme  bien  faite  :  elle  ne  sert 
ii'à  affaiblir  le  cœur,  et  on  doit  la  laisser  au 
3uple.  »  A  cette  dure  sentence  opposons  quel- 
aes  passages  de  la  correspondance  de  M"*  de 
.évigné  :  «  Il  a  perdu  sa  mère,  dont  il  est  vé- 
tablement  affligé  :  je  l'en  ai  vu  pleurer  avec 
(le  tendresse  qui  me  le  faisait  adorer.  Le  cœur 
i  M.  de  La  Rocliefoucauld  pour  sa  famille  est 
ne  chose  admirable.  »  Sa  grande  épreuve  fut 
1  1672,  lors  du  passage  du  Rhin.  L'un  de  ses 
s,  clievalier  de  Malte,  fut  tué,  et  son  fils  aîné 
ièvement  blessé.  Mais  ce  ne  furent  pas  là  ses 
iils  motifs  de  douleur,  ni  les  plus  cruels.  «  N'ou- 
iez  pas,  mandait  M'"'^  de  Sévigné  à  sa  fille, 
écrire  à  M.  de  La  Rochefoucauld  sur  la  mort 
^son  chevalier,  et  sur  la  blessurede  M.deMar- 
llaf.  N'allez  pas  vous  fourvoyer;  voilà  ce  qui 
ifllige.  Hélas  !  je  mens  :  entre  nous,  ma  fille, 
n'a  pas  senti  la  perte  du  chevalier,  et  il  est 
consolable  de  celui  que  tout  le  monde  regrette.  » 
eliii  que  tout  le  monde  regrette,  c'était  le  jeune 
ic  de  Longueville,  né  durant  la  première  guerre 
i  Paris ,  brillant  jeune  homme ,  l'idole  de  sa 
ère  ,  et  de  celui  qu'on  désignait  tout  bas  comme 
»n  père.  Dans  l'admirable  lettre  où  elle  raconte 
'ffet  de  cette  mort  sur  Mm^^  de  Longueville , 
ir.e  de  Sévigné  ajoute  :  «  Il  y  a  un  homme  dans 
monde  qui  n'est  guère  moins  touché;  j'ai 
ins  la  tôte  que  s'ils  s'élaient  rencontrés  tous 
Hix  dans  ces  premiers  moments,  et  qu'il  n'y 
it  eu  personne  avec  eux,  tous  les  autres  sen- 
nents  auraient  fait  place  à  des  cris  et  à  des 
I  mes ,  que  l'on  aurait  redoublés  de  bon  cœur.  » 
iix  douleurs  morales  se  joignaient  les  souf- 
ances  de  la  goutte.  M^e  de  Sévigné,  que  l'on 
;  se  lasse  pas  d'entendre  sur  son  ami ,  écrit  : 
,Je  fus  hier  chez  M.  de  La  Rochefoucauld  :  je  le 
iouvai  criant  les  hauts  cris  ;  ses  douleurs  étaient 
un  tel  point  que  toute  sa  constance  était  vain- 
le ,  sans  qu'il  en  restât  un  seul  brin  ;  l'excès 
;  ses  douleurs  l'agitait  de  telle  sorte ,  qu'il  était 
|i  l'air  dans  sa  chaise  avec  une  fièvre  violente. 
1  me  fit  une  pitié  extrême  ;  je  ne  l'avais  jamais 
J  dans  cet  état.  Il  me  pria  de  vous  le  mander, 
de  vous  assurer  que  les  roués  ne  souffrent 
j)int  en  un  moment  ce  qu'il  souffre  la  moitié 
I;  sa  vie  ;  et  qu'ainsi  il  souhaite  la  mort  comme 
coup  de  grâce.  •  Le  15  mars  1680,  elle  écrit  : 
Je  crains  bien  que  nous  ne  perdions  M.  de 
lia  Rochefoucauld  :  sa  fièvre  a  continué;  il  a 

I  NOUV.   BIOGR.   GÉNÉR.   —  T,   XXIX. 


reçu  hier  Notre-Seigneur,  mais  son  état  est  une 
chose  digne  d'admiration.  Il  est  fort  bien  disposé 
pour  sa  conscience,  voilà  qui  est  fait;  mais  du 
reste  c'est  la  maladie  et  la  mort  de  son  voisin 
dont  il  est  question  :  il  n'en  est  pas  effleuré ,  il 
n'en  est  pas  troublé...  »  ;  et  quelques  jours  après  : 
<;  Croyez-moi,  ma  fille;  ce  n'est  pas  inutilement 
qu'il  a  fait  des  réflexions  toute  sa  vie  :  il  s'est 
approché  de  telle  sorte  de  ses  derniers  moments, 
qu'ils  n'ont  rien  eu  de  nouveau  ni  d'étranger 
pour  lui  (1).  »  Il  fut  assisté  à  ses  derniers  ins- 
tants par  Bossuet. 

La  Rochefoucauld  a  fait  son  propre  portrait, 
agréable  et  pas  trop  flatté  ;  mais  il  n'a  pas  tout 
dit  sur  lui-même ,  ou  tout  osé  dire.  Le  trait  es- 
sentiel de  son  caractère  lui  a  échappé;  ce  trait, 
au  contraire,  a  été  finement  saisi  et  admirable- 
ment rendu  par  le  cardinal  de  Retz.  Voici  cette 
page  si  vive  et  si  judicieuse;  c'est  le  jugement 
d'un  ennemi  impartial.  «  Il  y  a  toujours  eu  du 
je  ne  sais  quoi  en  M.  de  La  Rochefoucauld.  Il  a 
voulu  se  mêler  d'intrigues  dès  son  enfance ,  et 
en  un  temps  où  il  ne  sentait  pas  les  petits  inté- 
rêts, qui  n'ont  jamais  été  son  faible,  et  où  il 
ne  connaissait  pas  les  grands ,  qui  d'un  autre 
sens  n'ont  pas  été  son  fort.  Il  n'a  jamais  été  ca- 
pable d'aucunes  affaires ,  et  je  ne  sais  pourquoi  : 
car  il  avait  des  qualités  qui  eussent  suppléé  en 
tout  autre  celles  qu'il  n'avait  pas.  Sa  vue  n'était 
pas  assez  étendue,  et  il  ne  voyait  pas  même  tout 
ensemble  ce  qui  était  à  sa  portée  ;  mais  son  boa 
sens,  très-bon  dans  la  spéculation,  joint  à  sa 
douceur,  à  son  insinuation,  et  à  sa  facilité  de 
mœurs,  qui  est  admirable,  devait  récompenser 
plus  qu'il  n'a  fait  le  défaut  de  sa  pénétration.  Il 
a  toujours  eu  une  irrésolution  habituelle,  mais 
je  ne  sais  môme  à  quoi  attribuer  cette  irrésolu- 
tion :  elle  n'a  pu  venir  en  lui  de  la  fécondité  de 
son  imagination ,  qui  n'est  rien  moins  que  vive. 
Je  ne  la  puis  donner  à  la  stérilité  de  son  juge- 
ment; car,  quoiqu'il  ne  l'ait  pas  exquis  dans 
l'action,  il  a  un  bon  fonds  de  raison.  Nous  voyons 
les  effets  de  cette  irrésolution,  quoique  nous  n'en 
connaissions  pas  la  cause.  Il  n'a  jamais  été  guer- 
rier, quoiqu'il  fût  très-soldat;  il  n'a  jamais  été 
par  lui-même  bon  courtisan,  quoiqu'il  ait  eu 
toujours  bonne  intention  de  l'être.  Il  n'a  jamais 

(1)  M.  Vlnet,  qui  croit  peu  au  christianisme  de  La  Ro- 
chefoucauld, pense  qu'il  est  permis  de  conclure  de  ces 
paroles  qu'il  mourut,  comme  on  a  dit  plus  tard,  avec 
bienséance.  M™»  Deshoulières,  dans  une  ode  à  M.  de  La 
Rochefoucauld,  l'engageait  en  beaux  vers  à  ne  pas  re- 
douter la  mort  : 

Oui ,  soyez  alors  plus  ferme 

Que  ces  vulgaires  humains. 

Qui  près  de  leur  dernier  terme 

De  vaines  terreurs  sont  pleins. 

En  sage  que  rien  n'offense. 

Livrez  vous  sans  résistance 

A  d'inévitables  traits  ; 

Et  d'une  démarche  égale 

Passe/,  cette  onde  fatale 

Qu'on  ne  repasse  jamais. 

On  volt  que  La  Rochefoucauld  répondit  dignement  à 
cette  mâle  eihortatioo. 

21 


643 


été  boQ  homme  de  parti ,  quoique  toute  sa  vie 
il  y  ait  été  engagé.  Cet  air  de  lionte  et  de  timi- 
dité, que  vous  lui  voyez  dans  la  vie  civile,  s'é- 
tait tourné  dans  les  affaires  en  air  d'apologie; 
il  croyait  toujours  en  avoir  besoin  :  ce  qui,  joint 
à  ses  maximes,  qui  ne  marquent  pas  assez  de 
foi  à  la  vertu,  et  à  sa  pratique,  qui  a  toujours 
été  à  sortir  des  affaires  avec  autant  d'impatience 
qu'il  y  était  entré,  me  fait  conclure  qu'il  eût 
beaucoup  mieux  fait  de  se  connaître ,  et  de  se 
réduire  à  passer  comme  il  eût  pu  pour  le  cour- 
tisan le  plus  poli  et  le  plus  honnête  homme  à 
l'égard  de  la  vie  commune,  qui  eût  paru  dans 
son  siècle.  »  On  ne  saurait  mieux  décrire  cette 
réserve ,  cette  indécision ,  cette  inaptitude  à  l'ac- 
tion qui  fut  le  défaut  de  La  Rochefoucauld  et 
le  principe  de  son  talent.  Là  est  tout  le  secret 
de  sa  philosophie.  Homme  de  beaucoup  de  sens 
et  d'esprit,  il  commit  dans  la  vie  publique  les 
fautes  les  plus  graves ,  et  plus  tard  dans  la  re- 
traite,  méditant  finement  sur  les  actions  des 
autres ,  il  arriva  à  des  conclusions  sévères  qui 
l'excusèrent  d'avoir  si  mal  agi  et  le  consolèrent 
de  n'avoir  pas  réussi. 

Les  Mémoires  de  La  Rochefoucauld  parurent 
pour  la  première  fois  sous  ce  titre  :  Mémoires 
de  M.  D.  L.  R.  sur  les  brigues  à  la  mort 
de  Louis  XIII,  les  guerres  de  Paris  ef  de 
Guyenne,  et  la  guerre  des  princes  ;  Co\ogne, 
1662,  in-4°.  Cette  première  édition,  prompte- 
ment  épuisée,  fut  suivie  de  deux  autres,  en  1663 
et  1664,  inl2.  L'auteur  les  désavoua  dans  ces 
termes  :  «  Les  deux  tiers  de  l'écrit  qu'on  m'a 
montré,  et  qu'on  dit  qui  court  sous  mon  nom, 
ne  sont  pas  de  moi,  et  je  n'y  ai  nulle  part. 
L'autre  tiers,  qui  est  vers  la  fin,  est  tellement 
changé  et  falsifié  dans  toutes  ses  parties,  et 
dans  le  sens,  l'ordre  et  les  termes,  qu'il  n'y  a 
presque  rien  qui  soit  conforme  à  ce  que  j'ai  écrit 
sur  ce  sujet-là  :  c'est  pourquoi  je  le  désavoue, 
comme  une  chose  qui  a  été  supposée  par  mes  en- 
nemis, ou  par  la  friponnerie  de  ceux  qui  vendent 
toutes  sortes  de  manuscrits,  sous  quelque  nom 
que  ce  puisse  être.  »  Ce  désaveu  n'est  pas  sincère, 
et  en  comparant  les  premières  éditions  avec  les 
manuscrits  les  plus  authentiques,  on  trouve  que 
les  éditeurs  de  Cologne  n'ont  commis  qu'un  petit 
nombre  d'altérations.  La  Bibliothèque  impériale 
cx)ntient  huit  manuscrits  des  Mémoires,  mais 
aucun  n'est  autographe.  Celui  qui  porte  le  n"  352, 
fonds  de  Harlay,  est  du  dix-septième  siècle ,  et 
présente  un  grand  nombre  de  corrections  d'une 
écriture  différente,  qui  ne  paraît  pas  être  celle 
de  l'auteur;  le  manuscrit  ne  renferme  aucun 
passage  Juédit.  M.  Renouard  le  reproduisit  dans 
son  édition  en  1804,  in-18  ;  mais  en  1817  il  dé- 
couvrit et  publia  une  autre  version  de  la  pre- 
mière partie  des  Mémoires.  Dans  ce  nouveau 
t«xte,  l'auteur  en  pariant  de  lui  se  sert  de  la  pre- 
mière personne  tandis  que  dans  le  texte  imprimé 
il  emploie  la  troisième.  1!  y  raconte  les  aven- 
tures de  sa  jeunesse  et  les  intrigues  auxquelles 


LA  ROCHEFOUCAULD  <644| 

il  prit  part  contre  le  cardinal  de  Richelieu.  Dansj 
le  texte  imprimé,  il  glisse  rapidement  sur  les  faitsi 
qui  lui  sont  particuliers  et  s'appesantit  davantagf] 
sur  les  événements  publics.  Il  est  probable  ()ne 
les  deux  rédactions  sont  de  La  Rochefoucauld. 
11  dut  commencer  par  celle  qui  fut  découvertf 
en  181";  puis,  la  trouvant  trop  intime,  il  y  sub 
stitua  le  texte  publié  à  Calogne.LesMémo«?rs  avec 
la  double  rédaction  ont  été  insérés  dans  la  collectior 
de  Petitot  et  dans  celle  de  Michaud  et  Poujoiilat 
Il  existe  cinq  éditions  originales  des  Maxi- 
mes :  la  première  parut  en  1665,  in-12 ,  sous  c( 
titre  .•  Réflexions  ou  Sentences  et  Maximes  mo 
raies,  avec  un  Discours  sur  les  Réflexiom 
(attribué  à  Segrais)  et  un  Avis  au  lectciir,  qui 
disparut  dès  la   seconde  édition.   La  première 
édition  renferme  trois  cent  dix-sept  maximes,  er 
comptant  la  dernière  sur  la  mort ,  qui  ne  porte 
pas  de  numéro.  La  seconde  (1666)  n'en  contieni 
que  trois-cent-deux.  Celle  de  1671  en  renferme 
trois  cent  quarante-et-une ,  et  celle  de  167i 
quatre  cent  treize  :  c'est  dans  cette  édition  qu'on 
lit   pour  la  première  fois  l'épigraphe  :   «  Nos 
vertus  ne  sont  le  plus  souvent  que  des  vices  dé- 
guisés.  M  Enfin,  l'édition  de   1678,   la  dernièrt 
que  l'auteur  ait  revue,  contient  cinq  cent  quatre 
maximes.  Une  sixième  édition  fut  publiée  chez 
Claude  Barbin ,  en  1 693  ;  elle  renferme  cinquante! 
pensées  nouvelles  attribuées  par  l'éditeur  à  La 
Rochefoucauld,  «  et  qui  lui  appartiennent  très-] 
probablement,  dit  M.  Aimé  Martin,  puisque  la 
famille  ne  fit  alors  aucune  réclamation...   Aui 
l'esté  les  cinquante  pensées  nouvelles  ne  sont 
pas  indignes  des  anciennes  :  on  y  reconnaît  les 
mêmes  doctrines  exprimées  dans  le  même  style.  » 
Depuis  la  mort  de  La  Rochefoucauld  ses  Maxi- 
mes ont  été  souvent  réimprimées ,  mais  preS:- 
que  toujours  avec  des  altérations ,  et  l'ord  re  eni 
a  été  plusieurs   fois  bouleversé.   Suard  poussa 
l'infidélité  plus  loin  que  les  éditeurs  précédents, 
Dans  sa  célèbre  édition,  Paris,  1778,  in-S",  qui 
a  servi  de  base  à  la  plupart  des  éditions  publiées^ 
jusqu'en  1822,  plus  de  cinquante  maximes  ont' 
été  déplacées ,  altérées  et  défigurées  ;  le  style  dei 
l'auteur  est  corrigé  d'après  les  règles  grammati-l 
cales  du  dix -huitième  siècle;  enfin,  vingt-quatre 
maximes  que  La  Rochefoucauld  avait  rejetées 
ont  été  réintroduites  dans  l'ouvrage.  Brotier  s'é- 
leva avec  force  contre  les  falsifications  de  Suard, 
et  donna  en  1789,  in-8%  une  édition  basée  sur 
la  dernière  de  l'auteur  ;  mais  il  laissa  échapper 
d'assez  nombreuses  négligences. 


Aimé  Martin 
suivit  plus  fidèlement  cette  même  édition  de  1 678, 
dans  son  édition,  fort  estimée,  de  1822,  in-S".  Il 
y  joignit  un  commentaire,  qui  l'est  beaucoup 
moins.  L'édition  et  le  commentaire,  judicieuse- 
ment abrégé,  font  partie  de  la  collection  des 
classiques  français,  publiée  par  MM.  Didot. 
M.  Gratet-Duplessis  avait  préparé  pour  ^^  Bi- 
bliothèque elzevirienne  une  excellente  édition 
des  Maximes  ;  elle  a  paru  par  les  soins  de 
M.  Sainte-Beuve  ;  1853,  in-16.  L.  J. 


645 


tA  ROCHEFOUCAULD 


646 


Mémoires  de  Lt   Rochefoucauld.  —  Ret/, ,  Mémoires. 

■  iM"""  de  Sévjgné,  Lettres.  —  Voltaire,  Siècle  de 
louis  XI f^.  —  Suard ,  Notice  sur  La  Rochefoucauld. 
Vlnet,  Essais  de  Philosophie  morale.  —  Sainte- 
teuve.  Études  sur  l^a  Rochefoucauld,  dans  ses  Portraits 
le  Femme,   et  en   tète   de  Sédition  de  1853.  —  Victor 

ousin ,  Slme  d'Hante/ort ;  Mme  de  Longuevilie; 
Mme  de  Sablé;  La  fin  de  la  Fronde. 

LA  ROCHEFOUCAULD  (  Fmnçois  Vif,  duc 
)e),  prince  de  Marsiliac,  né  le  15  juin  1634, 
nort  le  12  janvier  1714.  Fils  de  François  VI  de 
..a  Rochefoucauld,  il  suivit  Louis  XIV en  Franche- 
;ointé  et  fit  en  1667  la  campagne  de  Flandre.  Il 
ssista  au  siège  de  Landrecies,  prit  une  part  ac- 
ive  aux  victoires  de  Torcy,  de  Lille,  de  Cam- 
pai, et  se  distingua  au  passage  du  Rhin  en  1672, 
il  il  fut  blessé.  Le  roi  le  nomma  grand-veneur 
e  France,  grand-maître  de  la  garde  robe  et 
lievalier  de  ses  ordres.  Louis  XIV  aimait  son 
spiit  et  sa  probité.  Après  la  disgrâce  deLauzun, 
'  loi  offrit  le  gouvernement  du  Berry  à  La 
ocliefoucauld  ;  celui-ci  le  refusa  d'abord  en  di- 
int  :  «  Je  n'étais  point  ami  de  M.  de  Lauzun  ; 
ne  Votre  Majesté  ait  la  bonté  de  juger  si  je  dois 
:cepter  la  grâce  qu'elle  me  fait.  »  Le  roi  insista 
:  le  força  de  prendre  ce  commandement  en  lui 
jiiservant  une  pension  de  12,000  livres  que 
a  Rochefoucauld  lui  voulait  rendre.  «  J'ad- 
lire  la  différence,  dit  alors  Louis  XIV  en  se 
luniant  vers  ses  ministres;  jamais  Lauzun  n'a- 
jit  daigné  me  remercier  du  gouvernement  du 
pn  y,  et  voilà  un  homme  pénétré  de  reconnais- 
mce.  »  Un  jour  La  Rochefoucauld  paraissait 
incieux;  Louis  XIV  lui  demanda  le  sujet  de 
m  inquiétude.  La  Rochefoucauld  avoua  qu'elle 
ovenait  de  ses  dettes.  «  Que  n'en  parlez-vous 
vos  amis,  »  reprit  Louis  XIV,  et  il  lui  envoya 
),00û  écus.  En  lui  annonçant  une  grâce  impor- 
nte,  ce  prince  écrivit  un  jour  à  LaRochefou- 
iuld  :  «  Je  me  réjouis,  comme  votre  ami,  de  la 
|arge  de  grand-maître  de  la  garde-robe  que  je 
)us  ai  donnée  comme  votre  roi.  » 
p.  Anselme,  Hist.  Chron.  et  Généal.  —  Chaudon  et  De- 
idine,  Oict.  Vniv.  Hist.,  CritiQue  et  Bibliogr.  —  Saint- 
.»on,  Mémoires. 

LA  ROCHEForcAULD  (  François  VIII , 
ic  de),  duc  de  La  Roche-Guyon  et  marquis 

Liancourt,  tils  de  François  VII,  né  le  17  aoiit 
G3,  mort  à  Paris  le  22  avril  1728.  Il  succéda 
son  père  comme  grand-veneur  de  France  et 
iinme  grand -maître  de  la  garde-robe,  charges 
nt  il  avait  obtenu  la  survivance;  mais  il  ne 
nserva  que  la  dernière.  Il  assista  au  siège  de 
ixembourg,  aux  batailles  de  Fleuras,  de  Neer- 
nde,  etc.,  comme  colonel  du  régiment  de  Na- 
rre. En  récompense  de  ses  services,  Louis  XIV 
gea  en  sa  faveur  le  comté  de  La  Roohe-Guyon 

duché,  et  le  nomma  en  1724  chevalier  de  ses 
ires.  Il  avait  épousé  la  fille  du  marquis  deLou- 
is  dont  il  eut  huit  enfants.  J.  V. 

'.  Anselme,  Hist.  chron.  et  généal.  —  Moréri,  Grand 
^.  ffisfor.  -  GhaudOD  et  Delandlne ,  Otct.  Univ.,  Hist 
if.  et  bibliogr. 

hs.  ROCHBFOCCA1TLD  {Alexandre,  duc  de), 
i  de  François  Vni,  né  le  29  septembre  1690, 


mort  le  4  mars  1762.  Il  porla  d'abord  le  titre  de 
comte  de  Montignac,  puis  celui  de  duc  de  La 
Roche-Guyon.  Garde  marine  en  1707,  il  passa 
par  différents  grades,  obtint  en  1712  le  régi- 
ment de  son  frère  Michel-Camille,  qui  était  dé- 
cédé, et  fut  un  des  officiers  les  plus  distingués  des 
escadres  du  comte  de  Forbin.  Il  fit  les  campa- 
gnes d'Allemagne,  se  trouva  aux  sièges  de  Douai, 
du  Quesnoy,  à  la  prise  de  Landau  et  de  Fri- 
bourg.  Nommé  en  1719  brigadier  des  armées 
du  roi,  il  servit  en  cette  quahté  dans  la  guerre 
d'Espagne  pendant  la  régence.  Il  succéda  à  son 
père  comme  grand-maître  de  la  garde  robe  du 
roi.  L'activité  qu'il  déploya  pendant  la  cam- 
pagne de  1744,  dont  l'invasion  des  Pays-Bas 
fut  le  résultat,  excita  la  jalousie  de  quelques 
courtisans,  qui  travaillèrent  à  sa  disgrâce;  mais 
la  véritable  cause  de  cette  disgrâce  fut  la  fer- 
meté avec  laquelle,  lors  de  a  maladie  du  roi 
à  Metz,  en  août  1744,  le  duc  de  La  Rochefou- 
jpanld  insista  pour  être  admis  à  faire  son  service 
auprès  du  monarque  et  sa  persistance  à  éloigner 
M'"^  de  Châteauroux.  Il  fut  exilé  dans  sa  terre 
de  La  Roche-Guyon;  mais  plus  tard  le  roi  lui 
permit  de  revenir  à  Paris,  et  se  borna  à  lui  in- 
terdire l'entrée  de  la  cour.  Avec  lui  s'éteignit  la 
descendance  masculine  del'auteurdes  Maximes. 
Il  avait  eu  deux  filles,  qui  épousèrent  des  colla- 
téraux appartenant  à  la  branche  des  La  Roche- 
foucauld de  Roye.  L'aînée,  duchesse  d'Enville, 
fut  mère  du  duc  de  La  Rochefoucauld  assassiné 
en  1792  {voy.  ci-après).  De  la  seconde  naquit 
le  duc  de  Liancourt ,  qui  prit  le  titre  de  duc  de  La 
Rochefoucauld  après  la  mort  de  son  cousin,  qui 
n'avait  point  d'enfants.  J.  V. 

p.  Anselme,  Hist.  Chron.  et  Géne-al.  —  MoreH,  Grand 
Dict.  Histor.  —  Chaudon  et  Detandine,  Dict.  univ.  Hit- 
tor.,  Crit.  et  Bibliogr. 

LA  ROCHEFOUCAULD  (François  de  ),  prélat 
français,  né  à  Paris,  le  8  décembre  1558,  mort 
dans  la  même  ville,  le  14  février  1645.  Fils  de 
Charles  1^'^deLa  Rochefoucauld,  comte  déâîan- 
dan,  et  de  Fui  vie  Pic  de  la  Mirandole,  dame  d'hon- 
neur de  la  reine,  il  fut  destiné  au  sacerdoce  par  un 
de  ses  oncles,  abbédeMarmoutier  et  maître  de 
la  chapelle  du  roi ,  et  fit  de  brillantes  études  au 
collège  de  Clermont.  A  l'âge  de  quinze  ans  il 
se  trouva  pourvu  par  le  cardinal  de  Guise  de  la 
riche  abbaye  de  Tournus  ;  à  peine  avait-il  atteint 
sa  vingt-septième  année  que  Henri  111  le  nomma 
à  l'évêché  de  Clermont.  Partisan  de  la  Sainte- 
Ligue  ,  il  essaya  de  soulever  l'Auvergne  contre  le 
roi;  mais  les  habitants  de  Clermont  se  révol- 
tèrent contre  leur  évêque,  qui  dut  se  réfugier  dans 
son  château  de  Mozun.  Excité  par  sa  mère  et 
favorisé  par  son  frère,  le  comte  de  Randan, 
gouverneur  d'Auvergne,  l'évêque  de  Clermont 
convoqua,  en  1589,  une  assemblée  des  états  de 
sa  province  dans  le  collège  de  la  petite  ville  de 
Billom.  Les  villes  attachées  au  parti  du  roi  ne 
s'y  firent  pas  représenter.  La  Rochefoucauld  ou- 
vrit la  séance  par  un  discours  véhément,  dans 

21. 


647 


LA  ROCHEFOUCAULD 


64! 


lequel  il  accusait  le  roi  d'être  d'intelligence  avec 
les  protestants.  Sa  conclusion  avait  pour  but  de 
déterminer  l'assemblée  à  embrasser  le  parti  de 
la  sainte  union.  Son  frère,  qui  gouvernait  pour 
la  ligue,  fut  tué  en  1590,  dans  un  combat  près 
d'Issoire.  Henri  IV  abjura  quelques  années  après. 
L'évêque  de  Clermont  se  soimiit,  et  composa  un 
ouvrage  sur  l'autorité  spirituelle  des  papes,  dans 
lequel  il  gardait  le  silence  sur  le  temporel.  La 
fortune  et  les  dignités  vinrent  récompenser  ce 
changement  de  conduite.  Quelque  temps  après, 
Marthe  Brossier  (  voy.  ce  nom  )  excitait  l'éton- 
nement  du  monde  crédule.  François  de  La  Ro- 
chefoucauld et  .son  frère  Alexandre,  abbé  de 
Saint-Mesmin ,  en  tirèrent  parti,  la  promenèrent 
de  ville  en  ville ,  interrogeant  les  diables,  dont 
on  la  disait  possédée,  sur  la  présence  réelle  de 
Jésus-Christ  dans  l'encharistie.  Le  médecin  Ma- 
rescot  et  Miron,  évêque  d'Angers,  attaquèrent 
ces  processions  ridicules.  Enfin,  un  arrêt  du  par- 
lement, du  24  mai  1 599,  enjoignit  aux  deux  frères 
La  Rochefoucauld  de  cesser  les  exorcismes  qui 
causaient  du  trouble  dans  Paris,  et  de  conduire 
à  leurs  frais  Marthe  Brossier  dans  sa  famille , 
sous  peine  de  voir  leur  temporel  saisi.  Fran- 
çois de  La  Rochefoucauld  se  soumit  à  l'arrêt; 
mais  son  frère  Alexandre ,  loin  de  céder,  con- 
duisit celte  fille  à  Rome.  Le  parlement ,  pour 
le  punir  de  sa  désobéissance,  décerna  contre  lui 
prise  de  corps,  le  3  mai  1600,  tandis  que  le  roi, 
pour  récompenser  la  soumission  de  l'évêque  de 
Clermont,  l'éleva,  en  1607,  à  la  dignité  de  car- 
dinal et  lui  donna  l'évêché  de  Senlis.  En  1618 
il  fut  pourvu  de  la  charge  de  grand-aumônier  de 
France  et  en  1619  de  l'abbaye  de  Sainte-Gene- 
viève. En  1622  François  de  La  Rochefoucauld 
fut  nommé  président  du  conseil  d'État  et  commis 
pour  la  réforme  des  abbayes  de  France.  Cette 
réforme  l'occupa  le  reste  de  sa  vie.  11  termina 
ses  jours  dans  son  abbaye  de  Sainte-Geneviève, 
où  on  lui  éleva  un  superbe  tombeau.  Les  jésuites, 
dont  il  s'était  montré  zélé  partisan,  voulurent 
avoir  son  cœur .  Plein  de  zèle  pour  les  lettres , 
le  cardinal  de  La  Rochefoucauld  enrichit  diverses 
bibliothèques  de  manuscrits  grecs  et  latins.  On 
a  de  lui  :  Statuts  synodaux  pour  Véglise  de 
Clermont;  1599;  —  Statuts  synodaux  pour 
l'église  de  Senlis;  Paris,  1621  ;  —  Raison  pour 
le  désaveu  fait  par  les  évêques  de  ce  royaume 
d'un  livret  publié  avec  ce  titre  :  Jugements 
des  Cardinaux,  Archevêques,  etc.;  cet  ou- 
vrage est  dirigé  contre  le  docteur  Richer;  — 
De  l'Autorité  de  l'Église  en  ce  qui  concerne 
la  Foi  et  la  Religion;  Paris,  1603,  1604,  in-12. 
Son  frère,  Jean-Louis  de  La.  Rochefou- 
cauld, comte  de  Randan,  gouverneur  de  l'Au- 
vergne pour  la  ligue,  tué  à  Issoire,  en  1590, 
laissa  une  fille ,  Marie-Catherine  de  La  Ro- 
chefoucauld, comtesse  de  Randan,  dame  d'hon- 
neur de  la  reine  Anne  d'Autriche  et  gouvernante 
de  Louis  XIV  dans  son  enfance.  Elle  mourut 
en  1677.  Elle  avait  épousé  le  marquis  de  Sénecey, 


dont  elle  eut  une  fille,  mariée  au  comte  deFleix 
de  la  maison  de  Foix.  L.  L— t. 

Père  La  Morlnlère,  fie  du  cardinal  de  La  liochc/ov 
cauld.  —  Père  Frison,  Callia  Piirpurata.  —  Mézcral 
Abrégé chronol.  —  De  Thou,  Hist.  tuitemp.  —  Morér 
Grand  Dictionnaire  Historique. 

LA  ROCHRFOUCAUL,»  (Frédéric-Charle 
de), comte deRoye et  de Roucy  enFrance,  comt 
de  I.ifford  en  Angleterre,  général  français,  né  ei 
1633,  mort  aux  eaux  de  Bath,  le  9  juin  1690. 
appaitenait  à  une  branche  cadette  de  cette  mai: 
son,  issue  de  François  III  (  voy.  ci-desssus  ■ 
Il  fit  ses  premières  armes  comme  volontaire  aui 
sièges  de  Landrecies,  de  Condé,  de  Saint-Guilai 
et  de  Valenciennes.  Nommé  en  1657  colonel  d'u' 
régiment  de  cavalerie  légère,  il  se  trouva  au  siég 
de  Saint- Venant ,  à  Ardres,  à  la  bataille  d« 
Dunes  et  à  la  prise  de  Dunkerque.  En  1659 
comte  de  Roye  fut  créé  raestre  de  camp  lieutenar; 
du  régiment  royal-étranger.  En  1664  il  assista  a 
siège  d'Erfurt,  et  l'année  suivante  il  fit  partie  d( 
troupes  auxiliaires  que  le  roi  de  France  envoy 
aux  Hollandais  contre  l'évêque  de  Munster.  Br; 
gadieren  1667,  il  fut  employé  aux  sièges  d'Atl 
deTournay,deDouai  etde  Lille.  En  1672  il  fiti 
campagne  de  Hollande,  et  l'année  suivante  il  se 
vit  au  siège  de  Maëstricht.  Maréchal  de  camp  ( 
1674,  il  combattit  en  Allemagne  sous  Turenne,  i 
après  la  victoire  de  Sintzheim,il  fut  chargé  de 
poursuite  de  l'ennemi.  Blessé  l'année  suivante 
Altenheim,  il  fut  créé  lieutenant  général  en  167i 
fit  la  campagne  d'Allemagne  sous  le  maréch 
Luxembourg,  et  contribua  au  succès  de  la  jouruii 
de  Kochersberg  et  à  la  prise  de  Montbéliard.  I^ 
1677  à  1679,  il  servit  sous  le  maréchal  de  Créqu], 
assista  à  la  défaite  de  Charles  de  Lorraine,  à 
prise  de  Fribourg  et  de  Seckingen,  à  l'assaut  ( 
Kehl  et  à  la  prise  de  Lichtenberg.  Protestai; 
zélé,  il  obtint  en  1683  la  permission  de  servir  le  r 
de  Danemark,  qui  le  nomma  grand-maréchal  ( 
ses  armées.  Trois  ans  après,  il  se  retira  à  Han 
bourg,  et  en  1688  il  passa  en  Angleterre,  où) 
fut  nommé  feld-maréchal  de  la  cavalerie  de  { 
Grande-Bretagne,  grand-mattre  de  l'artillen 
d'Irlande,  et  pair  d'Irlande  sous  le  titre  decomi 
de  Lifford. 

Le  fils  aîné  du  comte  de  Roye  abjura  en  168J 
et  reçut  une  pension  de  douze  mille  livrei 
Deux  autres  de  ses  fils  entrèrent  au  collège  Louii 
le-Grand,  et  en  sortirent  catholiques.  Trois  fill» 
abjurèrent  également,  après  avoir  été  enfermé! 
dans  un  couvent.  L'une  d'elles  épousa  Pontcha; 
train,  et  fut  mère  du  comte  de  Maurepas,  ministi 
sous  Louis  XV  et  Louis  XVI.  Un  fils  et  deu 
filles  restèrent  fidèles  à  la  religion  réformée 
Frédéric-Guillaume  avait  suivi  son  père  ( 
Danemark,  et  lui  succéda  dans  sa  pairie; 
reine  Anne  le  fit  colonel  d'un  des  régimen 
français  qu'elle  envoya  en  Portugal,  et  il  y  s'( 
leva  au  grade  de  major  général  ;  Charlotte  devii 
en  1724  gouvernante  des  enfants  de  Georges  11 
Henriette  épousa  le  cornte  de  Stafford.      J,  1 


4'i) 


LA  ROCHEFOUCAULD 


650 


Moreri,  Grand  DicU  Histor.  —  Haag,  La  France  Pro- 

estante, 

LA  ROCHEFoncArLD  (Frédéric- Jérôme 
lE  RoYE  de),  prélat  français,  né  le  16  juillet 
701,  mort  le  29  avril  1757.  Il  était  fils  de  Fran- 
cis de  La  Rochefoucauld  de  Roye,  comte  de 
louncy,  lieutenant  général  et  commandant  de  la 
endarmerie  de  France.  Il  embrassa  l'état  ecclé- 
iastique,  et  en  1729  fut  appelé  à  l'archevêché 
e  Bourges.  Élu  coadjuteurde  l'abbaye  de  Cluny 
n  1738,  il  en  devint  abbé  titulaire  en  1747,  par 
i  mort  du  cardinal  d'Auvergne.  La  même  an- 
éc  il  reçut  le  chapeau  de  cardinal,  et  l'année 
uivante  il  fut  envoyé  à  Rome  en  qualité  d'am- 
assadeur.  En  1755  le  roi  le  nomma  à  l'abbaye 
e  Saint- Vandrille,  et  le  chargea  en  même  temps 
e  la  feuille  des  bénéfices.  Il  présida  les  assem- 
lées  du  clergé  en  1750  et  1755.  En  1756 
oiiis  XV  éleva  le  cardinal  de  La  Rochefoucauld 
la  dignité  de  grand-aumônier,  place  dont  ii  ne 
)uit  pas  longtemps.  C'était  un  prélat  d'un  ca- 
ictère  modéré  et  conciliant.  On  a  de  lui  :  Or- 
onnances  synodales  depuis  17-38  jusqu'en 
"44;  Bourges,  1738  et  ann.  suiv.  in-4°;  —  Ei- 
>iel  du  diocèse  de  Bourges;  Bourges,  1746, 
1-4".  J.  V. 

Jlorcrl,  Grand  Dict.  Histor. 

LA  ROCHEFOUCAULD  D'EN V I LLE  (  iowis- 

lexandre,  duc  de  La  Roche-Gcyon  et  de), 
bmme  politique  français,  né  le  11  juillet  1743, 
lé  à  Gisors,  le  14  septembre  1792.  Il  suivit  d'a- 
_»rd  la  carrière  des  armes  ;  puis  il  se  livra  aux 
kiences,  les  servit  par  ses  travaux  et  un  géné- 
ux  emploi  de  sa  fortune,  et  fut  appelé  par  l'A- 
démie  des  Sciences  à  prendre  place  parmi  ses 
embres  en  1782.  Membre  de  l'assemblée 
s  notables  en  1787,  et  député  de  la  noblesse 
Paris  aux  états  généraux  en  1789,  il  fut 
des  premiers  membres  de  la  noblesse  qui 
réunirent  au  tiers  état.  Le  27  juin  1789  il 
it  à  l'ordre  du  jour  la  question  de  la  liberté 
s  noirs.  Dans  la  discussion  sur  la  cons- 
ution,  il  demanda,  pour  tempérer  l'entralne- 
cnt  d'une  assemblée  unique,  la  création  d'un 
mseil  examinateur  ayant  le  droit  de  faire  seu- 
ment  des  observations,  et  dans  le  cas  de  veto 
u  roi,  que  la  question  fût  résolue  par  de  nou- 
eaux  députés.  Le  30  octobre  il  insista  pour 
a'on  rendît  le  décret  sur  les  biens  du  clergé.  Le 
j  novembre,  il  rendit  compte  de  l'adresse  des 
îus  de  la  liberté  de  Londres,  et  lit  charger  le 
résident  d'écrire  à  lord  Stanhope  jiour  lui  té- 
loigner  la  reconnaissance  de  l'assemblée.  Le 
6  janvier  1790  il  combattit  la  proposition  qu'au- 
iin  membre  de  l'assemblée  ne  pût  accepter  de.<; 
mplois  publics.  Il  vota  ensuite  l'abolition  des 
rdres  religieux,  et  appuya  la  proposition  de  dom 
crie  tendant  à  déclarer  nationale  la  religion  ca- 
lolique.  Il  se  déclara  pour  les  mesures  prises 
ar  Bouille  contre  la  garnison  insurgée  de  Nancy, 
t  demanda  que  l'assemblée  approuvât  la  eon- 
uitc  de  ce  général.  En  1791  il  fit  un  rapport 


sur  les  travaux  des  comités  des  contributions  et 
fit  rendre  un  grand  nombre  de  décrets  sur  cette 
matière.  Il  réclama  aussi  la  liberté  indéfinie  de 
la  presse.  Dans  la  discussion  relative  au  cas  où 
le  roi  serait  censé  avoir  abdiqué,  il  demanda 
qu'on  fixât  un  délai  dans  lequel  le  monarque 
sorti  du  royaume  serait  tenu  d'y  rentrer.  Après 
la  session,  il  devint  membre  et  président  du  dé- 
partement de  Paris,  et  en  cette  qualité  il  parut 
à  la  barre  de  l'Assemblée  législative,  et  lui  adressa, 
le  7  octobre,  un  discouis  de  félicitation.  En  no- 
vembre 1791,  il  signa  l'arrêté  du  département  par 
lequel  le  roi  était  prié  d'opposer  son  veto  au  dé- 
cret rendu  contre  les  prêtres,  et  ensuite  l'arrêté 
du  6  juillet  1792,  qui  suspendait  de  leurs  fonc- 
tions Pétion  et  Manuel,  maire  et  procureur  de 
la  commune  de  Paris,  pour  avoir  autorisé  ou  au 
moins  souffert  les  attentats  commis  le  20  juin 
contre  le  roi.  Poursuivi  dès  lors  par  les  sections 
et  les  sociétés  populaires  de  la  capitale,  il  dut 
donner  sa  démission  ;  cela  ne  suffit  pas  pour  cal- 
mer l'effervescence  populaire.  Ayant  voulu  se 
rendre  aux  eaux  de  Forges,  et  passant  à  Gisors,  \ 
ii  y  fut  massacré  à  coups  de  pierres^  sous  les  ! 
yeux  de  sa  mère  et  de  sa  femme.  On  avait  pré-  ! 
venu  M™*  de  La  Rochefoucauld  que  son  mari 
serait  assassiné  en  route ,  et  on  lui  demanda 
25,000  fr.  pour  le  sauver.  Elle  les  donna,  et  le 
duc  de  La  Rochefoucauld  n'en  périt  pas  moins. 
Cet  homme  de  bien,  qui  eut  pour  amis  Franklin 
et  La  Fayette,  fut  un  des  plus  honnêtes  et  des  plus 
sincères  patriotes  de  1789.  On  trouve  de  lui 
dans  les  Mémoires  de  V Académie  des  Sciences 
quelques  observations  astronomiques  (  1782 
et  1783)  ;  —  un  Examen  d'un  sable  vert  cui- 
vreux du  Pérou,  avec  Bauroé  et  Fourcroy 
(1786)  ;  et  dans  le  second  volume  des  Mémoires 
des  Savants  étrangers,  un  Mémoire  sur  la 
génération  du  Salpêtre  dans  la  craie  (1789). 
On  lui  doit  la  traduction  des  Constitutions  des 
treize  États-Unis  de  V Amérique  (1783)  et 
plusieurs  articles  dans  le  Journal  de  la  So- 
ciété de  1789.  J.  V. 

Ségiir,  Tableau  Historique  et  Politique.  —  Arnault, 
J.iy,  Joiiy  <t  Norvins,  Biogr.  noiiv.  des  Contemp.  —  Qué- 
rard,  Jm  France  Littéraire. 

LA  ROCHEFOUCAULD-LIANCOURT  (Fran- 

çois-Alexandre-Frédéric, duc  de),  philanthrope 
et  homme  politique  français,  né  le  11  janvier 
1747,  mort  le  27  mars  1827,  à  Paris.  Il  était 
fils  du  duc  d'Estissac ,  qui  mourut  en  1-783, 
et  de  Marie,  seconde  fille  duduc  Louis- Alexandre 
de  La  Kochefoucauld.  Sa  première  éducation 
fut  assez  néghgée.  Il  prit  d'aboi-d  du  service 
dans  les  carabiniers ,  et  se  maria  fort  jeune , 
en  1764.  En  1768  le  duc  d'Estissac,  son  père, 
grand-maître  de  la  garde-robe  du  roi,  obtint  pour 
lui  la  survivance  de  sa  charge.  Le  duc  de  Choi- 
seul  sut  apprécier  le  jeune  due  de  Liancourt 
(c'est  ainsi  qu'on  l'appelait  alors);  mais  celui-ci 
déplut  à  M""=  Du  Barry.  Jugeant  donc  sa  pré- 
sence inutile  à  Versailles,  il  n'y  fit  que  de  très- 


6si 


LA  ROCHEFOUCAULD 


e.5 


courtes  apparitions;  il  visita  l'Angleterre  en  1769, 
et  vint  mettre  en  pratique,  dans  sa  terr-e  de  Lian- 
court,  les  améliorations  industrielles  et  agricoles 
qu'il  avait  étudiées  dans  son  voyage.  Son  premier 
soin  fut  d'établir  une  ferme-modèle,  à  l'aide  de  la- 
quelle il  chercha  à  propager  la  culturedes  prairies 
artificielles,  à  supprimerle  système  des  jachères, 
et  à  élever  des  bestiaux  venus  de  Suisse  et  d'An- 
gleterre. Il  fonda  en  même  temps  à  Liancourt 
une  école  d'arts  et  métiers  en  faveur  des  enfants 
des  militaires  pauvres.  Cette  institution ,  à  la- 
quelle l'j^'coie  des  Arts  et  MéUers de Chàlon&doit 
son  origine  ,  prit  bientôt  une  grande  extension. 
Le  roi  Louis  XVI  l'honora  de  sa  protection,  et 
en  1788  elle  compta  jusqu'à  cent  trente  élèves. 
Elle  reçut  alors  le  nom  d'École  des  Enfants  de 
la  Patrie.  Leduc  de  Liancourt  interrompit  ses 
travaux  pour  aller  visiter  la  Suisse,  et  en  1786 
ri  accompagna  Louis  XVI  dans  un  voyage  en  Nor- 
mandie, et  lui  fit  les  honneurs  de  tous  les  établis- 
sements industriels  et  agricoles  de  cette  contrée , 
en  même  temps  que  le  cardinal  de  La  Rochefou- 
cauld, archevêque  de  Rouen,  bénissait  le  roi  d'a- 
voir entrepris  ce  voyage  pour  cause  d'utilité  pu- 
blique. Lorsque  les  états  généraux  furent  convo- 
qués, le  duc  de  La  Rochefoucauld  fut  élu  par  la 
noblesse  du  bailliage  de  Ciermont  en  Beau- 
voisis.  Sa  position  à  l'Assemblée  constituante  fut 
celle  d'un  défenseur  tout  à  la  fois  de  la  royauté 
et  des  libertés  publiques.  Un  écrit  qu'il  fit  pa- 
raître à  cette  époque,  sous  le  titre  de  Finances 
et  Crédit,  prouva  qu'il  avait  approfondi  les  causes 
qui  devaient  bientôt  bouleverser  la  France.  Le 
12  juillet  1789  le  duc  de  Liancourt,  qui  était 
l'ami  sincère  du  roi ,  mais  non  son  courtisan , 
parut  à  Versailles,  et  rendit  compte  de  l'agitation 
qui  régnait  dans  la  capitale.  «  Mais  c'est  donc  une 
révolte  ?  s'écria  Louis  XVI  étonné.  —  Non,  sire, 
lui  l'épondit  gravement  le  duc,  c'est  une  révolu- 
tion. »  Deux  jours  après,  la  Bastille  tombait  au 
pouvoir  du  peuple.  Le  18  juillet  le  duc  de  Lian- 
court fut  investi  de  la  présidence  de  l'Assemblée 
nationale.  Ses  discours  et_ses  votes,  comme  dé- 
puté ,  portèrent  toujours  l'empreinte  de  senti- 
ments généreux  et  philanthropiques.  L'assem- 
blée accueillit  avec  faveur  ses  rapports  sur  la 
mendicité,  sur  l'état  des  hôpitaux  du  royaume, 
sur  la  formation  d'ateliers  de  secours  pour  les 
indigents,  etc.  Il  s'opposa  de  toutes  ses  forces  à 
la  loi  contre  les  émigrants,  qui  n'en  fut  pas 
moins  adoptée.  Il  éleva  la  voix  en  faveur  de  la 
liberté  de  conscience  et  de  la  liberté  individuelle. 
Le  premier,  il  proposa  l'abolition  du  supplice  de 
la  corde.  Ses  travaux  législatifs  ne  l'empêchè- 
rent pas  de  poursuivre  le  cours  de  ses  essais 
industriels;  en  1790  il  fonda  à  Liancourt  des 
ateliers  pour  la  filature  du  coton,  où  de  nouveaux 
procédés  furent  mis  en  œuvre. 

Après  la  session  de  l'Assemblée  nationale,  il 
fut  chargé ,  en  sa  qualité  de  lieutenant  général , 
nu  commandement  d'une  division  militaire  en 
Normandie,  et  sut  y  maintenir  le  repos,  au  mir 


lieu  des  agitations  du  reste  de  la  France.  Loi 
des  premiers  excès  de  la  révolution,  il  engage 
Louis  XVI  à  venir  chercher  un  refuge  à  Rouen 
mais  n'ayant  pu  le  décider  à  accepter  cette  offre 
il  parvint  au  moins  à  le  servir  de  sa  bourse,» 
mit  à  sa  disposition  une  somme  de  150,000  1 
vres ,  ce  qui  fit  une  brèche  considérable  à  s 
fortune.  Le  10  aofit  porta  bientôt  un  coup  mort(| 
à  la  monarchie.  Profitant  d'un  avis  officieux, 
duc  de  Liancourt  prit  la  fuite.  Un  pêcheur  le  i 
|)asser  en  Angleterre,  où  il  fut  accueilli  par 
célèbre  Arthur   Young.   Ses  ressources  étalei 
fort  restreintes  :  une  vieille  demoiselle  anglaisi 
qui  ne  le  connaissait  que  sur  son  honorable  n 
putation ,  lui  légua  par  testament  toute  sa  foi 
tune;  mais  le  duc  de  Liancourt  ne  l'accepta  qi 
pour  en  faire  la  remise  aux  héritiers  naturels  c 
la  testatrice.  Exilé  et  proscrit,  il  voulut  cucoi 
être  utile  à  son  mallieureux  roi  ;  lors  de  se 
procès ,  il  écrivit  à  Barrère,  président  de  la  Cù; 
vention,  pour  lui  demander  à  témoigner  en  i 
faveur;  mais  cette  démarche  n'eut  aucun  succèi 
Api'ès  la  mort  de  Louis  XVI,  le  duc  de  La  Ko 
cliefoucauld  (il  avait  pris  ce  nom  depuis  la  mo 
tragique   de  son   cousin  )    quitta  l'Europe , 
passa  aux  États-Unis,  qu'il  parcourut  en  obsc 
vateur  sérieux.  11  poussa  ses  excursions  sciei 
tifiques  jusque   chez  les  Indiens   du  haut  Ci 
iiada.  Vers  cette  époque,  Louis  XVltl,  du  for 
de  sa  retraite,  lui  écrivit  pour  lui  redemande 
comme  s'il    avait  été  déjà  sur  son  trône, 
charge  de  grand-maître  de  la  garde-robe,  qi 
son  père  avait  payée  400,000  livres.  Le  duc  r 
pondit  aussitôt  par  un  respectueux  refus ,  et  tel 
fut  sans  doute  l'origine  de  la  disgrâce  dans 
quelle  il  tomba  bientôt  sous  la  restauration.  1 
1799,  ne  pouvant  plus  supporter  son  existence  n 
made,  il  revint  en  France,  et  vécut  quelque  tem| 
à  Paris ,  dans  la  plus  profonde  retraite ,  et  che 
chant  néanmoins  à  doter  l'humanité  de  nouvea» 
bienfaits.  Il  fut  un  des  premiers  propagateurs  i 
la  vaccination,  et  passe  même  pour  avoir  à  cet 
époque  apporté  la  vaccine  en  France.  Lorsqi 
sa  radiation    de  la  liste  des  émigrés  fut  pr( 
noncée ,  le  duc  de  La  Rochefoucauld  fonda  i 
comité  de  vaccine ,  exemple  que  legouverneme 
imita.  Sous  le  consulat ,  il  ouvrit  aussi  une  sou. 
cription  pour  l'établissement  du  dispensaire,  q 
rendit   depuis  de  si  grands  services  aux  ma 
heureux  de  la  capitale.  Une  bien  douce  satisfa 
tion  était  réservée  à  tant  de  louables  effort 
Quand  le  duc  parut  à  Liancourt,  il  retrouva  & 
institutions  dans  l'état  où  il  les  avait  laissées 
tous  les  gouvernements  issus  de  la  révolutioi 
en  proscrivant  l'homme  utile ,  avaient  respec 
ses  créations.   L'empereur  donna  même  à  lei 
fondateur  la  décoration  de  la  Légion  d'Honneu 
mais  il  affectait  de  le  traiter  en  manufacturie 
et  ne  lui  rendit  pas  de  titre  nobiliaire.  Peu  jalon 
du  reste,  des  faveurs  impériales ,  le  ducide  1 
Rochefoucaul<l ,  retiré  à  Liancourt    s'oCfCupi 
surtout  de  littérature. 


k 


fi 


658 

En  1809,  seuieraent,  Napoléon,  mieux  inspiré, 
lui  rendit  ses  grandes  entrées  à  la  cour.  Le  duc 
de  La  Rochefoucauld  n'en  profita  que  rarement,  et 
attendit  dans  sa  retraite  la  restauration ,  qui  ne 
lui  restitua  pas  sa  charge,  reprise  par  Louis  XVIII 
pendant  l'émigration  .  et  qui  se  contenta  de  lui 
ouvrir  les  portes  de  la  chambre  des  pairs,  où  il 
entra  avec  tous  les  anciens  titulaires  de  duciié- 
pairie.  Pendant  les  Cent  Jours,  le  duc  de  La  Ro- 
chefoucauld, fidèle  au  parti  des  libertés  consti- 
tutionnelles ,  consentit  à  siéger  dans  la  (vhambre 
des  représentants.  Mais  au  refour  de  Louis  XVIII 
il  reprit  sa  place  parmi  les  pairs,  et  y  resta  l'ami 
de  la  royauté,  tout  en  appuyant  les  progrès  d'une 
sage  liberté.  Nommé  en  1816  membre  du  conseil 
général  des  hôpitaux,  il  s'occupa  activement  de 
ses  nouvelles  fonctions.  Le  20  novembre  1821  il 
inaugura,  en  qualité  de  président,  les  séances 
de  la  Société  de  la  Morale  chrétienne,  dont 
il  dirigea  longtemps  les  travaux ,  et  qui  ne 
cessa  de  réclamer  l'abolition  de  la  traite  des 
noirs  et  la  suppression  des  loteries  et  des 
jeux.  Pendant  vingt-trois  ans  l'École  des  Arts 
et  Métiers,  dont  il  était  le  fondateur,  et  qui  avait 
été  depuis  transférée  à  Châlons  sous  les  auspices 
du  gouvernement,  le  conserva  en  qualité  d'ins- 
pecteur général.  11  remplissait  en  même  temps 
les  fonctions  de  membre  du  conseil  général 
des  manufactures,  du  conseil  d'agriculture,  du 
conseil  général  des  prisons,  du  conseil  gé- 
néral des  hospices,  et  de  président  du  comité 
de  vaccine.  En  1823  le  ministère,  pour  le  pu- 
nir de  son  opposition  éclairée,  lui  retira  à  la 
fois  huit  fonctions  publiques,  mais  gratuites. 
N'osant  pas  lui  enlever  son  titre  de  président  du 
comité  de  vaccine,  on  supprima  ce  comité  lui- 
même.  Mais,  pour  venger  cette  injustice,  l'Aca- 
démie des  Sciences  s'empressa  de  l'admettre 
dans  son  sein,  et  l'Académie  de  Médecine  l'ap- 
pela dans  la  commission  destinée  à  remplacer  le 
comité  de  vaccine.  La  disgrâce  du  duc  de  La 
Rochefoucauld  n'eut  d'autre  effet  sur  lui  que 
d'exalter  son  zèle;  il  fit  à  Liancourt  les  premiers 
essais  de  l'enseignement  mutuel,  qui  prit  une  si 
rapide  extension ,  et  fonda  la  première  caisse 
d'épargne,  qui  servit  de  modèle  à  celles  de  toute  la 
France.  Le  23  mars  1827  le  duc  de  La  Roche- 
foucauld siégeait  à  la  chambre  des  pairs ,  lors- 
qu'il fut  subitement  atteint  de  la  maladie  qui 
l'enleva  quatre  jours  après.  Le  jour  de  ses  funé- 
railles ,  les  anciens  élèves  de  l'École  des  Arts  et 
Métiers,  s'élant  rendus  en  foule  à  l'église ,  et 
ayant  voulu  porter  son  cercueil  sur  leurs  épau- 
les, furent  tout  à  coup  chargés,  dans  la  rue 
Saint-Honoré ,  par  la  gendarmerie  :  le  cercueil 
tomba  dans  la  boue,  ainsi  que  les  insignes  de 
la  pairie  qui  le  décoraient.  Une  enquête  fut 
commencée  par  la  chambre  des  pairs ,  mais 
étouffée  presque  aussitôt.  Le  duc  de  La  Roche- 
foucauld avait  témoigné  le  désir  d'être  enlern'!  à 
Liancourt  ;  il  fut  accompagné  à  sa  dernière  de- 
meure par  les  populations  dont  il  avait  été  si 


LA  ROCHEFOUCAULT  654 

longtemps  le  bienfaiteur.  [Déaddé,  dans  l'En- 
cycl.  des  G.  du  M.'\ 

On  a  de  lui:  Finances,  Crddi^;  1789,  deux  par- 
ties in-8°;  —  Notice  sur  l'Impôt  territorial 
foncier  en  Angleterre  iV&n?,,  1790,  1801,in-8°; 

—  Plan  du  travail  du  comité  pour  V Extinc- 
tion de  la  Mendicité,  présenté  à  l'Assemblée 
nationale  en  conformité  de  son  décret  du 
1\  janvier  1790;  1790, in-4°:  ila  donnédes  plans 
analogues  sur  les  prisons  et.les  hôpitaux  ;  —  Tra- 
vail du  Comité  de  Mendicité  contenant  les 
rapports  faits  à  l'Assemblée  nationale;  1790, 
in-8"  ; —  Des  Prisons  de  Philadelphie,  par  un 
ifwrop^en;  Philadelphie  et  Paris,  1796,  in-8°; 
2*^  édition ,  augmentée  de  renseignements  ul- 
térieurs sur  l'administration  économique  de 
cette  institution  et  de  Quelques  idées  sur  les 
moyens  d'abolir  en  Europe  la  peine  de  mort  ; 
Amsterdam,  1799,  in-8°;  1800,  in-12;  1819, 
in-8°  ;  —  État  des  Pauvres,  ou  histoire  des 
classes  travaillantes  de  la  société  en  Angle- 
terre, depuis  la  conquête  jusqu'à  l'époque  ac- 
tuelle, etc.,  extrait  de  l'ouvrage  publié  en  anglais 
par  sir  MortonEden;  Paris,  an  viii  (1800),  in-8°; 

—  Voyage  dans  les  États-Unis  de  l'Aynériquc 
fait  en  1795,  1796,  1797  et  1798;  Paris,  1800, 
8  vol.  in-8°  ;  ■ —  Notes  sur  la  Législation  an- 
glaise des  Chemins;  Paris,  an  ix  (1801),  in-8°; 

—  Recherches  sur  le  Nombre  des  Habitants 
de  la  Grande-Bretagne,  traduit  de  l'anglais 
d'Eden;  1802;  —  Système  anglais  d'Instruc- 
tion, etc.,  traduit  de  l'anglais  de  Lancaster; 
1815  ;  —  Le  Bonheur  du  Peuple,  almanach  à 
l'usage  de  tout  le  monde,  ou  avis  du  père 
Bonhomme  aux  habitants  de  la  campagne 
sur  les  avantages  de  la  Caisse  d'Épargne; 
Paris,  1819,  in-8°;  —  Dialogue  d'Alexandre 
et  Benoit  sur  la  Caisse  d'Épargne;  1819;  — 
Réflexions  sur  la  Translation  à  Toulouse  de 
l'École  royale  d'Arts  et  Métiers  de  Châlons  ; 
Paris,  1823,  in-8°;  — Aux  Habitants  des  dé- 
partements de  l'Oise  et  de  la  Somme;  Paris, 
1825,  in-4°;  —  Statistique  industrielle  du 
canton  de  Creil,  à  l'usage  des  manufactu- 
riers de  ce  canton  ;  SenMs ,  1826,  in-8"'.  Outre 
ces  ouvrages,  on  a  encore  du  duc  de  La  Roche- 
foucauld-Iiiancourt ,  des  Opinions  prononcées 
à  l'Assemblée  nationale  en  1789,  1790  et  1791  ; 
des  Discours,  Rapports  et  Comptes-rendus  à 
l'école  de  Châlons ,  à  la  Société  de  la  Morale 
chrétienne ,  à  la  Caisse  d'Épargne  et  autres  éta- 
blissements; des  opinions  prononcées  à  la  chambre 
des  pairs.  Il  a  encore  eu  part  au  Recueil  de 
Mémoires  sur  les  Établissements  d'Humanité, 
traduits  de  l'allemand  et  de  l'anglais,  1799.  J.  V. 

Gaétan  de  La  Rochefoucauld  ,  P^ie  du  duc  de  La  Ro- 
chefoucauld-Liancourt.  —  Villenave,  Notice  sur  le  duc 
de  La  Rochefoucauld- Liancourt ,  dans  la  Biotir.  des 
Hommes  utiles.  —  Arnault,  Jay,  Jouy  et  Norvins,  Biogr 
nom.  des  Contemp. 

*  LA  ROCHEFOnCAULD  {  François ,  duc 
dk),  fils  aîné  du  duc  de  La  Rochefoucauld-Lian- 
court,  né  à  Paris,  le  8  septembre  1765.  Colonel 


655 


de  dragons  avant  la  révolution,  depuis  maréciial 
de  camp,  il  devint  commandeur  de  la  Légion 
d'Honneur  et  entra  à  la  chambre  des  pairs  par 
droit  d'hérédité,  le  3  mai  1827.  Il  continua  de 
siéger  à  la  chambre  des  pairs  après  la  révolu- 
tion du  Juillet. 

Son  (ils  aîné  François,  duc  de  Luncourt,  fut 
menin  du  duc  d'Angoulème,  et  administrateur 
des  hospices. 

Son  frère  le  comte  Hippolyte,  né  à  Liancourt, 
en  1814,  a  été  ministre  de  France  à  Dàrmstadt. 

J.  V. 
'  Moniteur,  1827. 

LA  ROCHEFOUCAULD  (  Alexandre ,  con\{*i 
de),  second  fils  d-ii  duc  de  La  Rochefoucauld- 
Liancourt ,  né  en  17C7,  mort  à  Paris,  le  2  mars 
1841.  Il  prit  en  1792  du  service  dans  l'armée 
de  La  Fayelte,  mais  il  fut  bientôt  déclaré  hors 
la  loi,  à  cause  des  tentatives  qu'il  avait  faites, 
de  concert  avec  son  père  et  son  frère ,  pour 
sauver  le  roi  et  la  reine.  Afin  d'échapper  à  la 
mort ,  il  prit  la  fuite ,  et  vécut  dans  la  retraite 
jusqu'au  moment  oii  Bonaparte  vint  mettre  fin  au 
gouvernement  révolutionnaire.  Il  avait,  en  1788, 
épousé  la  fille  du  comte  de  Chastulé,  officier  aux 
gardes  françaises,  riche  propriétaire  de  Saint- 
Domingue,  allié  à  la  famille  de  Joséphine.  Napo- 
léon, qui  avait  apprécié  le  mérite  du  comte  de 
La  Rocliefoucaiild ,  saisit  toutes  les  occasions 
pour  l'attacher  à  son  gouvernement.  Sous  l'em- 
pire, Mme  de  La  Rochefoucauld  devint  dame 
d'honneur  de  l'impératrice,  et  plus  tard  l'em- 
pereur maria  la  fille  aînée  du  comte  au  frère  du 
prince  Aldobrandini  Borghèse ,  qui  avait  épousé 
la  princesse  Pauline,  sœur  de  Napoléon.  Le 
comte  de  La  Rochefoucauld  fut  nommé  en  1800 
préfet  du  département  de  Seine-et-Marne;  il 
devint  en  1802  chargé  d'affaires  en  Saxe,  en 
1805  ambassadeur  à  Vienne  en  remplacement 
de  Champagny,  en  1808  ambassadeur  en  Hol- 
lande. Dans  ces  diverses  missions  diplomati- 
ques, sa  loyauté,  sa  fermeté  et  sa  prudence  apla- 
nirent bien  des  difficultés.  La  réunion  de  la  Hol- 
lande et  de  la  France  étant  opérée,  le  comte  de 
La  Rochefoucauld  se  fixa  à  Paris,  renonça  aux 
affaires,  et  ne  s'occupa  plus  que  de  répandre  ses 
inépuisables  bienfaits  parmi  les  malheureux. 
L'estime  générale  qu'il  avait  si  légitimement 
acquise  se  manifesta  par  le  suffrage  unanime 
de  ses  concitoyens,  qui  le  portait  à  la  députation 
en  1822,  en  1828,  en  1830  et  en  1831.  Le  19  no- 
vembre 1831,  il  fut  élevé  à  la  pairie,  dignité 
dont  l'avait  revêtu  Napoléon  dans  les  Cent  Jours, 
et  qu'il  avait  perdue  à  la  seconde  restaura- 
tion. '  .    .    ,\   y  ',-:  .„  ,    v.r, 

Marqiit»  de  PanserÉloge  ftmèpre  du  comte  Alexandre 
de  La  Hoche/oucauld,  prononcé  à  la  cliambredes  pairs- 

LA  ROCHEFOUCAULD  (  Alexandre- Jules , 
comte  de),  duc  d'Estissac  ,  fils  du  comte 
AlexandredeLa Rochefoucauld, né àMello  (Oise), 
le  23  janvier  1796,  mort  à  Paris,  le  21  avril  18ô6. 
Il  entra  en  1812  à  l'écple  militaire  de  Saint-Ger- 


LA  ROCHEFOUCAULD  65S 

main.  En  1814  il  passa  comme  officier  dans  un 


régiment  de  chasseurs  à  cheval ,  prit  part  aux 
dernières  luttes  de  l'empire ,  et  se  distingua  en 
1815  dans  les  divers  engagements  qui  curent  lieu 
sous  les  murs  de  Paris.  Pendant  le  ministère  du 
maréchal Gouvion  Saint-Cyren  18I9,ilfutciiargé, 
pour  le  dépôt  de  la  guerre,  d'écrire  l'histoire  de 
la  campagne  d'Allemagne.  En  1828  il  fut  attaché 
au  duc  d'Orléans  comme  aide-de-camp  :  Ciiar- 
les  X  hésita  longtemps  à  signer  cette  nomination. 
En  1829  le  comte  Jules  de  La  Rocheloucauld 
perdit  son  beau-père,  le  général  Dessolles,  et 
quoique  la  pairie  du  général,  qui  ne  laissait 
pas  d'enfant  mâle ,  lui  eût  été  promise,  il  ne  put 
l'obtenir.  Au  mois  de  juillet  1830,  il  était  à 
quinze  lieues  de  Paris  lorsqu'il  apprit  les  or- 
donnances qui  amenèrent  la  révolution;  dès 
le  29  il  se  rendit  auprès  du  duc  d'Orléans  à 
Neuilly,  et  ne  quitta  plus  ce  prince*  Le  roi 
Louis-Philippe  le  garda  aujirès  de  lui  avec  le 
même  titre.  En  1830  il  fut  nommé  député  par 
le  collège  d'Orléans  à  la  place  de  M.  de  Corme- 
nin,  et  de  1831  à  1837  par  l'arrondissement  de 
Pithiviers.  A  la  chambre  desdéputés,  il  demanda 
que  les  membres  de  l'Institut  fussent  électeurs, 
à  la  condition  de  payer  la  moitié  du  cens  élec- 
toral; il  appuya  l'augmentation  du  traitementdes 
ambassadeurs,  vota  les  lois  contre  les  crieurs, 
contre  les  associations  et  pour  la  suppression  de 
la  presse.  Le  7  novembre  1839  il  fut  élevé  à  la 
dignité  de  pair  de  France.  La  révolution  de  Fé- 
vrier le  rendit  à  la  vie  privée.  J.  V. 

Sarrut  et  Saint-Eiiine.  liiogr,  des  Hommes  du  Jour 
t.  V,  2*  partie,  p.  256.—  Bio(jr.  et  IVécrol.  réunis,  t.  11, 
p.  231.  —  Journal  des  Deb  22  avril  1856. 

LA  ROCHEFOUCAULD  (Polydore,  comteoE), 
second  fils  du  comte  Alexandre  de  La  Rochefou- 
cauld et  frère  du  comte  Jules  de  La  Rochefou- 
cauld, mort  à  Paris,  le  18  avril  1855.  Il  avait 
été,  sous  Louis-Philippe,  ministre  de  France  à 
Weimar,  et  lorsque  le  roi  eut  résolu  défaire  bâtir 
une  chapelle  h  l'endroit  où  saint  Louis  est  mort, 
le  comte  Polydore  de  La  Rochefoucauld  fut 
chargé  d'en  aller  reconnaître  l'emplacement  sur 
la  côte  (l'Afrique.  J.  V. 

Journal  des  Débats,  20  avril  1835. 

*  LA  ROCHEFOUCAULD-LIANCOURT  (Fré- 
déric-Gaétan, marquis  de),  dernier  fils  du  duc 
de  La  Rochefoucauld-Liancourt ,  né  à  Lian- 
court, le  15  février  1779.  11  fut  nommé  sous 
l'empire  à  la  sous  -  préfecture  de  Clermont 
(Oise),  puis  à  celle  des  Andelys  (  Eure).  A  la 
première  Restauration,  il  se  montra  partisan  zélé 
des  Bourbons,  et  quitta  la  France  à  l'époque  du 
retour  de  Napoléon,  en  1815;  il  fut  alors  chargé 
par  Louis  XVIII  d'une  mission  sur  les  frontières 
de  la  Suisse.  Nommé  député  par  le  départementdu 
Cher,il  siégeasur  lesbancs  de  l'opposition  libérale, 
se  montra  un  des  ardent^défenseurs  delà  liberté 
parlementaire,  et  soutint,  dans  la  séance  du 
13  février  1828,  que  la  souveraineté  réside  essen- 
tiellement dans  la  chambre  des  députés.  Cons- 
tamment réélu  sous  le  gouvernement  de  Louis- 


667 


LA  ROCHEFOUCAULD 


658 


Philippe ,  il  rentra  dans  la  vie  privée  après  la 
révolution  de  Février.  A  la  chambre  des  députés, 
il  avait  combattu  le  système  pénitentiaire  et  pris 
une  part  active  à  ladiscussionsur  l'émancipation 
desnoirSjdontil  était  zélé  partisan.  Il  est  président 
delà  Société  de  la  Morale  chrétienne.  On  a  de  lui  : 
Cent  Fables,  en  vers  ;  1800,  in-18  ;  —  Jérôme 
Spirituel,  ou  les  ScMrfery*,  vaudeville  anecdo- 
tique  en  un  acte;  Paris,  an  viii  (  1800  ),  in-8°  ; 

—  Midi,  ou  un  coup  d'œil  sur  Pan  VIII; 
vaudeville  en  un  acte,  en  société  avec  G.  Duval  ; 
1801,  in-8°;  —  Esprit  des  Écrivains  du  dix- 
huitième  siècle,  extrait  de  /'Histoire  de  la 
Langue  et  de  la  Littérature  françaises;  Paris, 
1809,  in-80  :  cet  ouvrage  a  été  défendu  par  la 
police  du  temps;  —  Églogues  de  Virgile,  tra- 
duites en  vers  français  ;  1812;  —  Notice  his- 
torique sur  V arrondissement  des  Andelys; 
1813,  in-S";—  Pensées  d' un  Français  en  1814; 
Paris,  1814,  in-8°; — Histoire  du  Congrès  de 
Vienne;  Bruxelles,  1815,  in-8';  —  Mémoires 
sur  les  Finances  de  laFrance  en  1816  :  Paris, 
1816,  in-S";  —  Bu  Pardon  accordé  par  les 
révolutionnaires  aux  royalistes  ;  Paris,  1817, 
in-S";  —  De  la  Répression  des  Délits  de  la 
Presse;  Paris,  1817,  in-8°;—  La  Révolution 
française  et  Bonaparte,  ou  les  Guises  du  dix- 
huitième  siècle,  tragédie  en  cinq  actes;  Paris 
1818,  in-S"  ;  —  Le  duc  d'Angoulème  en  Es- 
pagne, stances  irrégulières  ;  Paris,  1823,  in-4°; 

Mémoires  de  Condorcet  sur  la  Révolution 
française,  extraits  de  sa  correspondance  et 
de  celle  de  ses  amis  ;  Paris,  1824,  2  vol.  in-8°; 

—  Œuvres  complètes  de  La  Rochefoucauld, 
avec  des  notes  et  variantes ,  précédées  d'une 
notice  biographique  et  littéraire  ;  1825,  in-S"; 

Consolations  et  Poésies  diverses  ;  Paris , 
1825,  in-32  ;  1838,  in-8»;  —  Vie  du  duc  de  La 
Rochefoucauld-Liancourf  ;  Varh,  1827,  in-S»; 

—  Supplément  à  la  Généalogie  de  la  Maison 
de  La  Rochefoucauld;  Paris,  1827,  in-4°;  — 
Des  Attributions  du  Conseil  d' État  ;  Paris, 
1829,  in-8°;  —  Chants  des  Troubadours,  imi- 
tés des  anciens  fabliaux ,  romances,  musique 
de  madame  la  marquise  de  La  Rochefou- 
cauld; Paris,  1831,  in-4°;  -^  Notice  historique 
sur  la  vie  de  Williams  Wilberforce,  membre 
du  parlement  anglais  ;  Paris,  1833,  in-s";  — 
Quelques  articles  sur  l'Abolition  de  la  Peine 
de  Mort,  extraits  du  Journal  de  la  Morale 
chrétienne;  Paris,  1338,  in-s"  ;  —  Examen  de 
la  théorie  et  de  la  jiratique  du  Système  Pé- 
nitentiaire; Paris,  1840,  in-S»;—  Conscqïten- 
ces  du  Système  Pénitentiaire  ;  Clermont-sur- 
Oise,  1842,  in-8°;  —  Agrippine,  tragédie  en 

q  actes;  Paris,  1842,  in-8°;  —  Réponse  à 
M.  le  préfet  de  Police  sur  le  Pénitencier  des 
jeunes  Détenus  /Paris,  1843,  in-S";  —  Examen 
du  Rapport  du  3  juillet  1843,  .w/r  le  projet 
de  loi  de  la  réforme  des  prisons;  Paris,  1844, 
In-S' ;  —  Delà  Mortalité  cellulaire,  dernier 
document  présente  à  la  chambre  des  dépu- 


tés; Paris,  1844,  in-8°;  —  Documents  rela- 
tifs au  Système  Pénitentiaire,  extraits  du 
Jotirnal  de  la  Morale  chrétienne;  Paris, 
1844,  in-8°  ;  —  Discours  prononcés  à  la  Cham- 
bre des  Députés  dans  la  discussion  du  projet 
de  loi  sur  la  réforme  des  prisons,  suivis  de 
l'Examen  du  Rapport  de  M.  Bercnger,  pair 
de  France,  sur  les  travaux  de  la  Société  de 
Patronage  des  jeunes  Libérés  ;  Paris,  1845, 
in-8°  ;  —  Achille  à  Troie,  poème  en  vingt-quatre 
chants  ;  Paris,  1848,  in-8o;  — Études  inédites 
de  Racine  sur  la  Littérature,  la  Morale  et 
l'Histoire;  Paris,  1856,  in-8o,         L.  L — t. 

iArnauIt,  Jay,  Jouy  et  Norvins,  Hioqraphie  nouvelle 
des  Contemporains.  —  Quérard,  La  France  Littéraire. 
—  Bourquelot  et  Maury,  Im.  Littér.  Franc .  conteinp . — 
Ed.  Ttiierry,  Monilcur  An  15  avril  1856. 

LAROCHEFODCAGLU  SVKHkViV.^ {  AlCXan- 

dre-Nicolas  de  ),  marquis  de  Surgères ,  né  le 
29  janvier  1709,  mort  le  29  avril  1760. 11  prit  la 
carrière  des  armes.  Mousquetaire  de  la  garde  du 
roi  eu  1728,  ensuite  guidon  de  la  compagnie  des 
gendarmes  d'Anjou,  il  fut  nommé  capitaine  lieu- 
tenant des  chevau-légers  de  la  reine  en  1734, 
brigadier  en  1743,  maréchal  de  camp  en  1745,  et 
lieutenant  général  en  1748.  Il  se  fit  remarquer 
par  la  délicatesse  de  son  esprit  et  les  agréments 
de  son  caractère.  On  a  de  lui  :  L'École  du 
Monde,  comédie  en  un  acte  et  en  vers,  1739, 
pièce  imprimée  avec  celles  de  l'abbé  de  Voisenon, 
en  1753.  Il  a  abrégéles  romans  de  La  Calprenède : 
Cassandre,  3  vol.  in-12;  —  Pharamond, 
4  vol.  in-12.  Ant.  Serieys  a  publié  à  Paris,  en 
1802,  en  I  vol.  in-8"',  les  Œwyres  de  La  Roche- 
foucauld-Surgères,  contenant  ses  Traités  sur  la 
Guerre,  sur  les  Gouvernements,  sur  la  Morale,  son 
Parallèle  entre  Alexandre  et  César,  son  Voyage 
en  Hollande,  etc.,  imprimées  sur  les  originaux 
inédits,  revus  et  publiés  avec  des  notes.      J.  V. 

Moréri,  Grand  Dict.  Hist.  —  Des  Essarts,  .Siéc/es  Lit- 
téraires de  la  France.  —  Qiiérard,  La  France  Litté- 
raire, 

LA  ROCHEFOUCAULD  (Jean-Frédéric,  vi- 
comte de),  comte  de  Surgères,  homme  de  lettres 
français,  fils  du  précédent ,  naquit  en  1734,  et 
mourut  en  1788.  Il  a  fait  paraître  un  ouvrage 
intitulé  :  Ramassis;  Sens,  1783- 1785,  3  vol. 
in-12.  Ces  trois  volumes  contiennent  divers 
traités  de  morale  qui  étaient  imprimés  à  petit 
nombre  et  distribués  aux  amis  de  l'auteur.  La 
collection  complète  contient  les  dix-huit  ou- 
Yrages  &uWaint&  :  De  l'Éducation;  1785;  — 
Du  Don  Ton;  —  DeVÉgoïsme;  —  De  la  Dis- 
crétion ; — De  V Amabilité  ;  —  De  l'Éducation 
par  rapport  à  la  Probité  ;  —  De  l'Ambition; 
—  De  L'Amitié;  —  Sur  le  Soleil,  par  quelqu'un 
qui  n'est  pas  physiciei\,  à  l'usage  de  ceux  qui 
ne  lé  sont  pas;  —  De  l'Amour  ;  —  Sur  la  Dis- 
pute; —  Siir  l'Humeur  et  la  Colère  ;  —  De  la 
Crap  itle; — Delà  Fa  tuité  ;  —Lettres  d'un  on  de 
à  son  neveu;  —  Lettres  ;  —  Lettre  pour  servir 
à  réloge  de  M.  le  comte  de  Maurepas  ;  —  A  ma 
niècci  qui  copiait  une  Mf^e  de  Saint-Mathieîi. 


659  LA  ROCHEFOUCAULD  660 

Le  marquis  Gaétan  de  La  Rochefoucauld  possède  |  leur  sœur,  abbessede  Soissons.  Pour  ne  pas  la 
un  autre  manuscrit  du  vicomte  Jean-Frédéric,  in-      compromettre,  ils  quittèrent  cet  asile,  et  prirent 


titulé  :  Le  Rebut.  J.  V. 

QuOrard  ,   l.a  t'raiicc  Littéraire. 
LAROCHKI'OUCAITLI)  -  SCRGÈRES      DOU- 
DEAÏJVILLE.   Voy.    DOUDEAUVILLE. 

LA  JiOicaEForcAULO  {  Dominique  DE  ) , 
comte  de  Saint-Elpis,  prélat  français,  né  en  1713, 
àSainl-Klpis,  dans  le  diocèse  deMende,  mort  à 
Munster,  le  2  septembre  1800.  il  était  issu  d'une 
branche  pauvre  et  ignorée  de  la  maison  de  La 
Rochefoucauld  ,  que  l'évêque  de  Mende,  de  Choi- 
seul,  découvrit  dans  une  de  ses  visites  pastorales. 
Frédéric-Jérôme  de  La  Rochefoucauld,  arche- 
vêque de  Bourges,  averti  de  cette  découverte, 
se  chargea  de  diriger  les  études  du  jeune  Do- 
minique;ille  plaça  auséminairedeSaint-Sulpice, 
en  fit  par  la  suite  un  de  ses  grands-vicaires,  et 
lui  fit  donner  l'archevêché  d'Alby  en  1747. 
Membre  des  assemblés  du  clergé  en  1750  et  1765, 
ce  prélat  défendit  avec  énergie  les  droits  de 
l'Église  gallicane,  et  fut  pourvu  de  l'abbaje  de 
Cluny  en  1757  ;  deux  ans  après  il  fut  transféré 
au siégede Rouen, etpromu  au  cardinalaten  1778. 
Élu  député  du  clergé  du  bailliage  de  Rouen  aux 
états  généraux  en  1789,  il  s'y  prononça  forte- 
ment contre  les  principes  de  la  révolution,  pré- 
sida d'abord  la  chambre  du  clergé,  ensuite  la 
minorité  de  cet  ordre.  Lorsque  la  majorité  se  fut 
réunie  au  tiers  état,  il  conduisit,  le  27  juin,  d'après 
une  invitation  du  roi,  le  reste  de  cette  chambre 
dans  la  salle  commune  des  états  généraux.  Le 
2  juillet,  il  lut  à  l'Assemblée  nationale  un  arrêté 
par  lequel  cette  partie  du  clergé  se  réservait  le 
droit  de  se  retirer  dans  une  salle  séparée  pour 
délibérer  sur  des  objets  particuliers.  A  la  suite 
de  l'insurrection  du  14  juillet,  il  déclara  qu'il 
cessait  de  se  croire  lié  par  son  mandat,  et  qu'il 
se  réunissait  aux  travaux  de  l'assemblée  pour 
défendre  les  droits  de  la  nation.  Il  fut  ensuite 
un  des  signataires  de  la  protestation  du  12  sep- 
tembre 1791  contre  les  innovations  faites  par 
l'Asseiriblée  nationale  en  matière  de  religion.  Au 
mois  d'avril  précédent  il  avait  publié  une  ins- 
truction pastorale  que  le  tribunal  de  Rouen  fit 
lacérer  et  brûler  comme  contraire  aux  lois  de 
l'Assemblée  constituante.  Après  le  10  août  1792, 
le  cardinal  de  La  Rochefoucauld  se  retira  en  Al- 
lemagne. J.  V. 

Chaudon  et  Delandine,  Dict.  univ.  Hist.,  Crit.  et  Bi- 
bliog. 

LA  ROCHEFOÏICAULD-BAYERS  (FraHÇOiS- 

Joseph  de),  prélat  français,  né  à  Angoulême,  en 
1735,  assassiné  à  Paris,  le  2  septembre  1792. 
Évêque  de  Beau  vais  en  1772  et  à  ce  titre  pair 
de  France,  il  fut  député  du  clergé  du  bailliage 
de  Clermont  en  Beauvoisis  aux  états  généraux 
qui  devinrent  l'assemblée  constituante;  il  y  dé- 
fendit les  privilèges  du  clergé.  Chabot  l'ayant 
dénoncé  à  l'Assemblée  législative  comme  faisant' 
partie  d'un  comité  anti-révolutionnaire,  il  s'en- 
fuit avec  son  frère,  l'évêque  de  Saintes,  chez 


la  route  de  Paris.  Arrêtés ,  ils  furent  enfermés 
aux  Carmes,  et  périrent  dans  le  massao-e  des 
prisons.  j.  y. 

ArnaQll,  Jay,  Jouy  et  Norvins.  Biogr.  nouv.  des  Con- 
temp.  —  Encycl.  des  Cens  du  Monde. 

LA    ROCHEFOUCAULD  -  BAYERS    (Pierre- 

Louis  de),  prélat  français,  frère  du  précédent, 
né  en  1744  dans  le  diocèse  de  Périgueux,  massa- 
cré à  Paris,  le  2  septembre  1792.  Pourvu  en  !  770 
du  prieuré  commendataire  de  Nanteuil  par  le 
cardinal  de  La  Rochefoucauld,  qui  disposait  de 
ce  bénéfice  comme  abbé  de  Cluny,  il  fut  nommé 
en  1775  agent  général  du  clergé,  office  qu'il 
remplit  jusqu'en  1780.  En  1782  il  fut  appelé  à 
l'évêché  de  Saintes.  Envoyé  aux  états  généraux 
par  la  sénéchaussée  de  Saintes,  il  vota  à  l'Assem- 
blée nationale  avec  la  minorité.  S'étant  enfui  i 
avec  son  frère,  l'évêque  de  Beauvais,  il  périt  avec 
lui  à  Paris,  dans  la  prison  des  Carmes.  J.  V. 
Arnault,  Jay,  Jouy  et  Norvins,  Biogr.  nouv.  des  Con- 
temp.  —  Encyclop.  des  Gens  du  Monde. 

LA  ROCHEFOUCAULD  { Marifi  -  Charlotte 
de),  sœur  des  précédents,  née  en  1732,  morte  à- 
Soissons  en  1806.  S'étant  consacrée  à  la  vie  re- 
ligieuse, elledevintd'abord  abbesse  au  Paraclet, , 
d'où  elle  passa  en  1778   à  l'abbaye  de  Notre- 
Dame  de  Soissons.  Elle  cacha  un  instant  ses 
frères ,  et  il  s'en  fallut  peu  qu'après  avoir  été 
toi'turée  de  toutes  les  manières  par  les  soldats 
qui  pénétrèrent  dans  son  monastère  pour  cher- 
cher les  deux  évêques  proscrits,  elle  n'expiât  sur  i 
l'échafaud  son  dévouement.  Elle  quitta  sa  com-  • 
munauté  avec  ime  pauvre  religieuse  infirme  et  à 
sa  charge,  passa  quinze  années  dans  la  plus  pro- 
fonde roisèn  ,  et  mourut  aveugle.  J.  V. 

Encyclop,  (les  Ce.ns  du  i\!onde. 
LA     KOCKEFOITCAULSÎ  -  BAYERS     {N. 

baron  de),  général  français,  né  le  27  juin  1757; 
au  château  de  BoisHvière  (Vendée),  mort  le 
1^""  février  1834.  11  s'était  déjà  distingué  en  qua- 
lité d'officier  de  cavalerie  lorsque  la  révolution 
le  fit  émigrer.  Admis  dans  l'armée  de  Gondé , 
il  y  remplit  les  fonctions  d'aide  major  général 
et  de  chef  d'état-major  général.  Rentré  en  France 
en  1802,  il  se  vit  peî'sécuté  par  la  police  impé- 
riale. Arrêté  en  1804,  à  l'époque  de  la  mort  du 
duc  d'Enghien ,  sous  la  prévention  de  correspon- 
dance avec  Louis  XVllI,  il  subit  une  détention 
de  neuf  mois,  et  ne  fut  rendu  à  la  liberté  que  sur 
les  sollicitations  de  sa  parente  la  comtesse  de  La 
Rochefoucauld,  dame  d'honneur  de  l'impératrice 
Joséphine.  En  1806  Napoléon  fit  offrir  au  baron 
de  La  Rochefoucauld  le  grade  de  général  de  di- 
vision et  la  restitution  d'une  somme  de  700,000, 
francs  qu'il  réclamait,  s'il  voulait  prendre  du  ser- 
vice; le  baron  refusa.  Le  gouvernement  de  la 
restauration  le  nomma  successivement  pair  de 
France,  lieutenant  général ,  directeur  du  dépôt 
de  la  guerre,  inspecteur  général  de  cavalerie, 
gouverneurde  la  douzième  division  militaire,  etc. 
En  1830  il  tomba  en  paralysie  eu  apprenant  la 


661  LA  ROCHEFOUCAULD  • 

fausse  nouvelle  de  la  mort  de  son  fils,  capitaine 
dans  la  garde  royale  lors  des  événements  de 
Juillet.  Il  envoya  sa  démission  de  pair  en  183-2, 
et  traîna  le  reste  de  sa  vie  dans  la  souffrance. 
Propriétairede  bois  considérables  dans  l'Aude,  il 
contribua  de  ses  deniers  à  l'ouverture  d'un  grand 
nombre  de  routes  dans  ce  pays. 

Son  fils,  le  comte  ALBERTdeLARocHEFOuciULD- 
Bayers,  né  en  1800,  officier  dans  la  garde  royale 
à  la  révolution  de  Juillet,  est  mort  à  son  château 
de  La  Pofherie  (Maine-et-Loire),  an  mois  de 
janvier  1854.  J.   V. 

V.  Lacaineet  cil.  Laurent,  blogr.et  Nécfol.  des  Hommes 
marquants  du  dix-neuviéme  siècle,  t.  il,  p.  381.—  Biog. 
et  Kécrol.  réunis,  l.  I,  p.  46. 

LA  ROCHE-GuiLHËAi  (M"^de),  femme  au- 
teur française,  née  vers  1G40,  morte  en  1710,  en 
Angleterre.  Fille  de  Charles  de  Guilhem,  sieur 
de  La  Roche,  elle  appartenait  à  une  bonne  fa- 
mille protestante  et  habitait  Paris  à  l'époque  de 
la  révocation  de  l'édit  de  Nantes  ;  elle  se  réfugia 
en  Hollande,  d'où,  en  1697,  elle  passa  en  Angle- 
terre. Ayant  réussi  à  emporter  dans  l'exil  une 
somme  assez  considérable ,  elle  put ,  sans  se 
préoccuper  de  l'avenir,  se  livrer  à  son  goût  pour 
les  lettres.  Elle  a  composé  plusieurs  romans,  qui 
sont  tombés  dans  un  oubli  aussi  profond  que 
ceux  de  son  modèle.  M"''  de  Scudéri.  Nous  cite- 
rons d'elle:  Ai-iovisfe,  his(oi7'e  7-omaine ;Vair\a, 
1674,2  vol. 'in-lS;  —  Almanzaïde  ;  Paris,  1674, 
in-12;  — Asté7'ie,ou  Tamerlan  ;PRr\?,,  1675, 

2  vol.  in-12  ,  attribué  par  erreur  à  Mme  de  Vil- 
ledieu  ;  —  Histoire  des  Guerres  civiles  de  Gre- 
nade; Paris,  1683,  3  vol.  in-12;  —  Le  grand 
Scanderbeg  ;  Am?,teri]am,  1688,  in-12;  — Zi«- 
gis,  histoire  tartare ;  La  Haye,  1692,  in-12, 
réimpr.  dans  les  Histoires  tragiques  et  ga- 
lantes; 1751  ;  —  Nouvelles  hisloriques  ;  Leyde, 
1692,  in-12;  —  Histoire  chronologique  d'Es- 
pagne, tirée  de  Mariana;  Rotterdam,  1695, 

3  vol.  in-12;  —  Les  Amours  de  Néron;  La 
Haye,  1695  et  1713,  in-12;  —  Histoire  des  Fa- 
vorites ,  contenant  ce  qui  s'est  passé  de  plus 
remarquable  sous  plusieurs  règnes;  Amster- 
dam, 1697,  1700,  1703  et  1708,  in-12,  espèce  de 
roman  historique  dont  le  fond  est  emprunté 
aux  Galanteries  des  Rois  de  France;  —  Jac- 
queline de  Bavière;  Ma.,  1702,  in-12  ,  inséré 
en  1749  dans  la  Bibliothèque  de  Campagne; 

—  L'Amitié  singulière ;\[)\(\.,  1708,  in-12;  — 
Dernières  œuvres  contenant  des  Histoires 
galantes;  ibid.,  1708,  in-12;  —  Aventures 
grenadines ;\hh].,  1710,  in-t2.        P.  L — y. 

Laporte,  HiU.  Littéraire  des  Femmes  françaises.  Kl. 

—  Desnialseaux  ,  Notes  sur  les  Lettres  de  Bayle- 

LA  ROCHEGITYON.  Voij.  La    Riyiëke  {Per- 
rette  ne). 

LA    ROCHEJAQUELEIPI    (  ^ewrii  DU  VERGER, 

comte  DE  ),  chef  des  armées  vendéennes,  né  au 
château  de  La  Durbellière,  le  3  août  1772,  mort 
à  Nouailié,  le 4  mars  1794.  l<"ils  du  marquis  de  La 
Rochejaquelein ,  maréchal  de  <.amp ,  chevalier 
de  Saint-Louis,  il  n'émigra  pas.   En  179.1   il 


LA  ROCHE.IAQUELEIN  662 

était  officier  dans  la  garde  constitutionelle  du 
roi.   Après  la  journée  du  10   août,  il  rejoignit 
M.  de  Lescure  [voir  ce  nom),  son  parent,  qui 
habitait  le  château  de  Clisson.  Une  partie  de  la 
Vendée   était  déjà  soulevée  ;  le  moment  était 
arrivé  où  il  fallait  se  prononcer,  car  l'ordre  de 
marcher  contre  les  insurgés  ne  pouvait  tarder  à 
venir.  Une  délibération  eut  donc  lieu  dans  la 
famille;  Henri,  qui  était  le  plus  jeune,  paria  le 
premier  ;  il  déclara  que  jamais  il  ne  prendrait 
les  armes  contre  les  paysans,  qu'il  aimait  mieux 
périr;  tout  le  monde  fut  de  cet  avis.  Henri  avait 
alors  vingt  ans  et  il  était  du  nombre  de  ceux  qui 
devaient  tirer  à  la  milice;  un  jeune  paysan  lui 
dit  :   «■  Monsieur,  ou  veut  nous   faire  accroire 
que  vous  irez   dimanche   tirer  à   la  milice   à 
Boismé;  c'est-il  bien  possible.^  pendant  que  nos 
paysans  se  battent  pour  ne  pas  tirer  !  Venez  avec 
nous.  Monsieur  ;  tout  le  pays  vous  désire  et  vous 
obéira.  »  Henri  déclara  à  ce  paysan  que  le  soir 
môme  il  .serait  avec  eux.  M.  de  Lescure  voulait 
le  suivre;  il  s'y  opposa.  Lorsqu'il  rejoignit  les  in- 
surgés vers  Cliollet  et  Chermillé;  ils  venaient  d'é- 
prouver une  défaite.   Les  principaux  chefs  re- 
gardaient la  partie  comme  perdue  ;  Henri  lui- 
même  croyait  tout  désespéré.  Mais  les  paysans 
vinrent  le  supplier  de  se  mettre  à  leur  tête,  l'as- 
surant que  le  lendemain  il  aurait  dix  mille  hom- 
mes. En  effet,  dans  la  nuit  plusieurs  paroisses 
se  soulevèrent,  et  dix  mille  hommes  se  trouvèrent 
au  rendez-vous.  Jlais  ces  dix  mille  soldats  n'a- 
vaient pas  deux  cents  fusils.  Henri,  avant  de  leur 
donner  le  signal  du  départ,  leur  dit  :  «  Mes  amis, 
si  mon  père  était  ici  vous  auriez  confiance  en 
lui  ;  pour  moi  je  ne  suis  (ju'un  enfant,  mais  par 
mon  courage  je   me  montrerai  digne  de  vous 
commander.  Si  j'avance,  suivez  moi;  si  je  recule, 
tuez-moi  ;  si  je  meurs,  vengez-moi  !  »  Puis  s'élan- 
çant  sur  le  village  des  Aubiers,  dont  le  général 
Quétineau  s'était  emparé  la  veille,  il  attaque  les 
bleus,  qui  font  aussitôt  un  mouvement  pour  se 
mettre  en  bataille.  Henri  crie  à  ses  soldats  :  «  Mes 
amis,  les  voyez-vous,  ils  s'enfuient    ».  A  ces 
mots,  les  paysans  sautent  par  dessus  les  haies  en 
criant  «  Vive  le  roi!  »  les  républicains,  surpris, 
prennent  la  fuite  en  abandonnant  deux  pièces  de 
canon  et  laissant  soixante-dix  morts  sur  le  ter- 
rain. Bressuiie  ayant  été  évacué,  la  famille  de 
Lescunî  se  trouva  délivrée,  et  Henri  poursuivit  sa 
aiarche  vers  Thouars,  qui  fut  pris  le  5  mai.  Il  se 
distingua  dans  tous  les  combats  qui  eurent  lieu 
jusqu'à  la  prise  de  Chantonay  ;  mais  ces  victoires 
partielles  affaiblissaient  chaque  jour  l'armée  ven- 
déenne, et  pendant  ce  temps  l'armée  républicaine 
prenait  une  attitude  plus  formidable  :  deux  cent 
quarante  mille  hommes  entouraient  le  Bocage. 
Les  Vendéens  en  étaient  réduits  à  défendre  leurs 
foyers.  Les  chefs  vendéens  redoublèrent  d'éner- 
gie, et  obtinrent  quelques  succès  au  combat  de 
J\îartigné.  Henri  de  La  Rochejaquelein  avait  eu 
le  (iouce  brisé  par  une  balle,  ce  qui  l'avait  obligé 
de  quitter  momentanément  sa  division  ;  mais  il 


663 

en  reprit  le  commandement  le  8  octobre;  di\ 
mille  Vendéens  avaient  péri  en  peu  de  temps  :1e 
reste,  assailli  àBeaupréau,  n'échappait  au  mas- 
sacre que  par  la  fuite.  Bonchamp  était  frappé 
mortellement;  d'Elbée  était  criblé  de  blessures; 
le  marquis  de  Lescure  allait  succomber  au  coup 
qu'il  avait  reçu  à  La  Tramblaye,  lorsque  le 
19  octobre  les  débris  de  l'armée  ayant  repassé 
la  Loire,  de  Lescure  désigna  Henri  de  La  Roche- 
jaquelein  pour  le  remplacer.  Un  conseil  de  guerre 
assemblé  à  cet  effet  le  proclama  général  en 
chef.  Dès  le  21  il  s'empara  de  Candé  et  de 
Château-Gontier;  le  lendemain  il  attaqua  les  ré 
publicains  devant  Laval  ;  ce  fut  dans  ce  combat 
que  Henri,  qui  portait  toujours  le  bras  droit  en 
écharpe,  depuis  le  combat  de  Martigné,  se  trouva 
seul  dans  un  chemin  creux  aux  prises  avec 
un  fantassin  :  il  le  saisit  au  collet  de  la  main 
gauche,  et  gouverna  si  bien  son  cheval  avec  ses 
jambes,  qu'il  le  mit  hors  d'état  de  lui  faire  aucun 
mal.  Les  Vendéens  accoururent  et  voulurent  tuer 
ce  soldat  ;  mais  Henri  ordonna  qu'on  le  laissât 
aller.  «  Retourne  vers  les  républicains,  lui  criai- 
t-il, et  dis-leur  que  tu  t'es  trouvé  seul  avec  le  gé- 
néral des  brigands,  qui  n'a  qu'un  bras  et  point 
d'armes,  et  que  tu  n'as  pu  le  tuer.  Le  ").!  il  rem- 
porta une  victoire  signalée  sur  les  troupes  de 
Léchelle,  soutenu  par  Kleber  et  Marceau,  devant 
le  boiMg  d'Entrames.  Henri  de  La  Rochejaque- 
lein  attaqua  de  front  et  repoussa  les  bleus,  qui 
essayèrent  de  se  rallier  dans  la  ville  de  Château- 
Gontier.  Il  s'écria  en  voyant  ses  soldats  s'arrê- 
ter :  «  Eh  bien ,  mes  amis,  est-ce  que  les  vain- 
queurs coucheront  dehors  et  les  vaincus  dans  la 
ville  ?»  A  ces  mots  les  Vendéens  reprirent  leur 
élan,  enlevèrentla  batterie  qui  défendait  le  pont, 
et  poussèrent  l'ennemi  jusqu'à  huit  heues  du 
point  où  la  bataille  avait  commencé.  Le  2  no- 
vembre, il  s'empara  de  la  ville  d'Ernée,  et  le  6  de 
Fougères;  il  se  dirigea  ensuite  sur  Granville, 
comptant  y  trouver  des  secours  promis  par  les 
Anglais;  la  place  ayant  refusé  de  se  rendre, 
il  fallut  l'attaquer.  Le  14  novembre  il  s'empara 
des  faubourgs;  mais  un  transfuge  républicain  ayant 
fait  entendre  ce  cri  :  «  Sauve  qui  peut,  nous  som- 
mes trahis  !  »  la  terreur  s'empara  des  assaillants. 
En  vain  La  Rochejaquelein,  dans  trois  attaques 
successives,  chercha  par  son  exemple  à  ranimer 
la  confiance  de  ses  soldats;  trois  fois  ils  furent 
repoussés  avec  une  perte  considérable,  et  refu- 
sèrent enfin  de  le  suivre  à  un  dernier  assaut.  H 
fallut  se  décider  à  la  retraite.  Son  arrière-garde, 
harcelée  par  les  républicains  ,  pressée  entre  le 
Loir  et  le  feu  meurtrier  de  l'ennemi,  était  me- 
nacée d'une  destruction  certaine,  lorsque  La  Ro- 
chejaquelein choisit  quinze  cents  hommes  d'élite, 
passe  à  leur  tête  le  Loir  à  un  gué  distant  de  deux 
lieues  de  sa  colonne ,  se  jette  sur  La  Flèche,  et 
s'empare  de  cette  ville.  Ce  mouvement  hardi  sauva 
l'armée  vendéenne;  mais  le  13  décembre  celte 
petite  armée,  assaillie  dans  la  ville  du  Mans  par 
toutes  les  troupes  des  généraux  "Westermann , 


LA  ROCHEJAQUELEIN 


664 

Muller,  Marceau  et  Tilly,  fut  mise  en. déroute 
complète.  Plus  de  quinze  mille  hommes  périrent 
dans  cette  déroute.  Étant  parvenu  à  rallier  les 
débris  de  son  armée,  La  Rochejaquelein  se  porta, 
le  16  décembre,  sur  Ancenis  pour  passer  la 
Loire;  il  s'était  jelé  avec  de  La  Ville-Beaugé  et 
Stofflet  dans  une  petite  barque,  suivis  par  un 
autre  bateau  qui  contenait  dix-huit  Vendéens. 
Mais  au  moment  où  La  Rochejaquelein  s'em- 
parait de  quatre  grandes  barques  chargées  de 
foin ,  un  détachement  républicain  vint  les  atta- 
quer. Les  soldats  furent  bientôt  dispersés  et  les 
chefs  furent  obligés  de  s'enfoncer  dans  les  bois  ; 
en  même  temps  une  chaloupe  canonnière  s'em- 
bossa  au  milieu  du  fleuve  et  coula  les  radeaux 
qu'on  préparait.  Ainsi  séparée  de  son  chef,  l'ar- 
mée vendéenne  fut  attaquée  sur  l'autre  rive ,  et 
tout  ce  qui  put  échapper  au  feu  des  républicains 
s'enfuit  dans  ses  foyers.  La  Rochejaquelein, 
après  avoir  erré  toute  la  nuit,  parvint  à  gagner 
la  paroisse  de  Saint- Aubin,  et  reprit  l'offensive; 
il  fit  des  courses  sur  les  postes  républicains, 
leur  livra  quelques  combats  dans  lesquels  il  eut 
souvent  l'avantage.  Mais  le  4  mars  1794,  à  la 
suite  d'un  avantage  qu'il  venait  de  remporter 
à  Trémentine,  il  se  portait  sur  Nouaillé,  lorsqu'un 
grenadier  auquel  il  venait  de  sauver  la  vie  se 
releva  et  le  tua  d'un  coup  de  fusil.  11  avait  vingt- 
deux  ans.  A.  Jadin. 

M'""  La  marquise  de  La  Rochejaquelein  ,  Mémoires.  — 
Crétincau  ,(oli.  Épisodes  des  Guerres  de  la  Vendée  — 
Histoire  des  (Généraux  en  chef  vendéens.  —  Histoire  de 
la  Vendée  militaire.  —  théodore  illiirel,  Histoire  des 
.Guerres  de  l'ouest.  —Histoires  de  Bonc/iamps,  de  Ca- 
thelineau ,  de  La  liockejaquelein ,  de  Charelte  ,  et  de 
Cadoudal.  —  Alfred  Nettement,  Vie  de  la  marquise 
de  La  Rochejaquelein.  —  De  Courcelles,  Dict.  hist.  des 
Généraux  français. 

LA  UOr.HEJAQUELEIN  (  LoUiS    DU  VeRGER, 

marquis  de),  général  français,  commandant  en 
chef  de  la  dernière  armée  vendéenne,  né  le  30  oc- 
tobre 1777,  mort  le  4  juin  ISl.'i,  au  Pont-des  Ma- 
this.  Frère  du  précédent,  il  servait  en  Amérique 
à  l'époque  de  la  révolution,  et  fit  cinq  campagnes 
contre  les  nègres  insurgés  de  Saint-Domingue  en 
qualité  de  capitaine  de  grenadiers.  A  son  retour 
en  France,  il  cessa  de  servir,  et  épousa,  en  1802, 
la  veuve  du  marquis  de  Lescure.  Le  gouverne- 
ment de  Napoléon  surveillait  de  près  cette  fa- 
mille, et  fit  plusieurs  démarches  près  de  La 
Rochejaquelein  pour  l'engager  à  prendre  du 
service.  Mais  voulant  conserver  l'indépendance 
de  sa  position ,  celui-ci  refusa  toujours.  Vers 
1808,  l'abbé  de  Pradt ,  alors  évêque  de  Poitiers , 
faisant  une  visite  pastorale  dans  son  diocèse,  vint 
coucher  à  Clisson  ;  le  lendemain  il  eut  un  entre- 
tien particulier  avec  M.  de  La  Rochejaquelein, 
et  lui  dit  qu'il  fallait  qu'il  s'attachât  au  gouver- 
nement et  qu'il  prît  une  place  quelconque. 
Comme  La  Rochejaquelein  ne  paraissait  pas 
convaincu  de  cette  nécessité,  M.  de  Pradt 
ajouta  :  «  Choisissez  la  place  qui  vous  convien- 
dra; incitez-vous  à  prix,  Monsieur.  »  La  Ro- 
chejaqueicin  refusa    en  prétextant  les  soins   à 


605 

floiiner  à  sa  famille.  M.  de  Pradt,  devinant  les 
motifs  de  ce  refus ,  s'écria  en  ëlevant  la  voix  de 
façon  à  ce  que  M™"  la  marquise  de  La  Rocheja- 
quelein  pût  l'entendre  de  la  chambre  voisine  : 
«  Vous  voulez  résister  à  l'empereur,  monsieur  î 
tombez  à  ses  pieds  comme  toute  l'Europe;  vos 
princes  ne  sont  qu'une  vile  matière.  »  La  Roche- 
jaquelein  résista  à  toutes  les  séductions.  Après 
la  retraite  de  Moscou,  il  fut  prévenu  par  de 
Latour,  l'un  des  agents  du  comité  royaliste 
de  Bordeaux,  que  S.  M.  Louis  XYIII  comp- 
tait sur  lui  pour  soulever  la  Vendée.  11  partit 
aussitôt,  et  parcourut  le  Poitou,  l'Anjou  et  la 
Touraine,  afin  de  se  concerter  sur  les  mouve- 
ments ultérieurs  avec  les  autres  chefs  roya- 
listes. Il  revint  ensuite  dans  le  Médoc ,  où  il  fut 
sur  le  point  d'être  arrêté ,  mais  où  grâce  à 
]\L  Lynch,  maire  de  Bordeaux,  il  put  s'échapper 
et  s'embarquer  à  Royan,  le  17  février  1814,  pour 
rejoindre  à  Saint-Jean-de-Luz  le  duc  d'Angou- 
lème ,  dont  il  rapporta  les  instructions  dans  la 
nuit  du  10  mars.  Le  drapeau  blanc  ayant  été 
arboré  sur  le  clocher  de  Saint-Michel  dans  la 
matinée  du  t2,  La  Rochejaquelein  obtint  du  duc 
d'Angoulême  la  permission  de  lever  une  compa- 
gnie de  cavalerie  sous  la  dénomination  dej  vo- 
lontaires roymtx  de  La  Rochejaquelein.  Le 
même  jour  il  se  porta  sur  La  Teste,  reprit  posses- 
sion de  ce  poste,  où  il  resta  huit  jours,  sur  l'avis 
donné  par  M.  deSuzannet  que  tout  était  préparé 
dans  l'ouest  pour  un  soulèvement  général.  Il  ré- 
solut de  se  rendre  dans  la  Vendée  pour  prendre 
le  commandement;  mais  le  10  avril  l'autorité  du 
roi  ayant  été  reconnue  dans  la  capitale,  de  La 
Rochejaquelein  fut  envoyé  pour  prendre  les  or- 
dres du  roi.  Il  arriva  à  Calais  un  instant  avant 
Louis  XVIII.  Quand  le  duc  de  Duras  le  lui  pré- 
senta, le  roi  dit  :  «  C'est  à  lui  que  je  dois  le 
mouvement  de  ma  bonne  ville  de  Bordeaux.  » 
Il  lui  remit  en  même  temps  le  brevet  de  ma- 
réchal de  camp,  la  croix  de  Saint-Louis ,  et  le 
chargea  de  la  formation  et  du  commandement 
de  la  compagnie  des  grenadiers  à  cheval  de  la 
maison  du  roi.  Après  le  20  mars  1815,  lorsque 
la  maison  du  roi  fut  licenciée,  le  marquis  de 
La  Rochejaquelein  passa  en  Angleterre,  et  y 
rassembla  un  convoi  de  poudre  et  d'armes,  qu'il 
débarqua  à  Croix-de-Vic  sur  les  côtes  de  la  Ven- 
dée, le  t5  mai  ;  le  lendemain  il  appela  les  Ven- 
déens, et,  leur  rappelant  le  dévoueraent  et  le 
courage  de  leurs  pères,  leur  dit  :  «  Essayant  de 
marcher  sur  les  traces  de  mon  frère,  je  ne  ferai 
que  vous  répéter  ses  paroles,  qui  surent  si  bien 
enflammer  vos  cœurs  généreux  :  Si  j'avance, 
suivez-moi  ;  si  je  recule,  tuez -moi;  si  je  meurs, 
vengez-moi.  «  Ccdiscours  éleclrisa  les  Vendéens  ; 
mais  toutes  leurs  forces  réunies  ne  s'élevaient 
guerre  qu'à  quinze  mille  hommes,  dont  le  tiers 
seulement  était  armé;  de  La  Rochejaquelein 
fut  nommé  généralissime.  Attaqué  le  2  juin  par 
les  troupes  du  général  Grosbon,  qui,  en  battant 
en  retr"ajte,  fut  tué  par  un  tirailleur  vendéen, 


LA  PvOCHEJAQUELEIN  666 

le  marquis,  qni  protégeait  le  débarquement  d'un 
second  convoi  d'armes  et  de  munitions  envoyé 
par  les  Anglais,  craignant  d'être  investi  sur  la 
plage  par  l'armée  du  général  Travot ,  fit  sus- 
pendre le  débarquement,  et  se  porta  le  3  à 
Saint- Jean-de-Monts  avec  tout  ce  qui  avait  pu 
être  débarqué  ;  mais  le  4 ,  à  la  pointe  du  jour, 
il  fut  attaqué  par  la  colonne  du  général  Estève 
au  Pont-des-Mathis,  et  fut  atteint  d'une  balle 
dans  la  poitrine  au  moment  où  il  cherchait  à 
rallier  ses  soldats.  Il  expira  aussitôt.  A.  Jadin. 
jjine  1;,  marquise  de  lA  Kochi'jaqiieleln,  Mémoires.  — 
De  Courcelles,  Dictionnaire  historique  des  Cénéraux 
français.  —  Théodore  Muret ,  Histoire  des  Généraux 
vendéens.  —  Alfred  Nettement,  Viede  M""  la  marquise 
de  La  Roehejaquelein. 

LA  ROCHEJAQrELEiN  (  Marie  -  Louise- 
Victoire  DE  DoNNissAN,  marquise  de),  femme 
du  précédent,  née  le  3  octobre  1772,  à  Versailles, 
morte  en  1857,  à  Orléans.  Fille  unique  du  mar- 
quis de  Donnissan  et  filleule  de  madame  Vic- 
toire, tante  du  roi  Louis  XVI,  elle  épousa  à  dix- 
sept  ans  le  marquis  de  Lescure,  son  cousin  ger- 
main. A  la  suite  de  la  journée  du  10  août,  elle 
accompagna  son  mari  en  Vendée,  et  partagea 
toutes  ses  fatigues  et  tous  ses  dangers.  Ce  fut 
elle'qui  distribua  dans  ces  contrées  les  premières 
cocardes  blanches.  Blessé  mortellement  à  la  ba- 
taille de  Chollet,  Lescure  expira  entre  ses  bras  ; 
mais  cette  perte  cruelle  ne  put  l'arracher  à  ce 
qu'elle  regardait  comme  un  noble  devoir.  Elle 
ne  quitta  l'armée  vendéenne  qu'au  moment  de 
la  déroute  de  Savenay,  et  parvint,  à  force  de  cou- 
rage et  de  sang-froid ,  à  échapper  aux  soldats 
républicains  chargés  de  son  arrestation.  Rentrée 
en  France  après  l'amnistie  de  1795  . 


elle  se  re- 
tira dans  son  château  de  Citran ,  près  de  Bor- 
deaux, et  y  vécut  dans  la  retraite  jusqu'à  la  ré- 
volution de  fructidor,  qui  la  força  de  nouveau  à 
s'expatrier.  Le  marquis  de  La  Rochejaquelein 
devint  son  mari,  à  son  second  retour,  à  l'épo- 
que du  consulat.  Le  20  mars  1815  la  rejeta  en- 
core une  fois  sur  la  terre  étrangère ,  et  elle  ne 
rentra  en  France  que  pour  apprendre  la  mort 
de  son  second  époux  et  pour  consacrer  ses  loi- 
sirs à  la  publication  de  ses  Mémoires  (  Bor- 
deaux, 1815,  in-8°,  plusieurs  fois  réimprimés 
depuis),  dans  lesquels  elle  se  plaît  à  retracer 
les  titres  glorieux  des  deux  héros  dont  elle  a 
porté  le  nom.  (Déaddé,  dans  VEncyl.  des  Gens 
dît  i»/.,  avec  addit.). 

Ses  Mémoires.  —  A.  de  Nettement,  Vie  de  M""  do  [.a 
Rochejaquelein  ;\%ig,  s  vol.ln  8°.  —  Oraison  funèbre  de 
M"'"  de  La  Rochejaquelein,  par  l'évêque  de  Poiliers. 

*  LA  ROCHEJAQUELEIN  {Hcnri-Auguste- 
Georges  du  Verger,  marquis  de),  sénateur  fran- 
çais, fils  de  Louis,  né  le  28  septembre  1805, 
au  château  de  Citran  (Gironde).  Élève  à  l'École 
militaire  de  Saint-Cyr,  il  en  sortit  en  1 82.1,  et  entra 
comme  sous-lieutenantdans  le  dix-huitième  régi- 
ment de  chasseurs  à  cheval,  avec  lequel  il  fit  la 
campagne  d'Espagne,  et  passa  ensuite  dans  le  pre- 
mier régiment  de  grenadiers  à  cheval  de  la  garde 
royale.  En  1825,  il  avait élénommépairde France 


667  LA  ROCHEJAQUELËIN 

en  souvenir  des  services  éclatants  rendus  par  sa  [ 
famille  à  la  cause  des  Bourbons.  En  1828  il  fit 
avec  distinction,  dans  l'armée  russe,  la  campagne  , 
de  Turquie  en  qualité  de  volontaire.  Après  la  i 
révolution  de  juillet  1830,  M.  de  La  Rochejaque- 
lein,  le  jour  oîi   il  atteignit  l'âge  prescrit  pour  ! 
siéger  à  la  cliambre  des  pairs,  adressa  sa  démis-  | 
sionau  président  de  cette  assemblée.  Les  électeurs 
de  l'arrondissement  de  Pioërmei  (Morbihan)  l'en- 
voyèrent, en  1842,  à  la  chambre  des  députés;  il 
y  siégeait  sur  les  bancs  de  l'extrême  droite.  A  la 
révolution  de  février  1848,  M.  de  La  Rocheja- 
quelein  ofi'rRt  son  concours  à  la  nouvelle  répu- 
blique :  il  devint  membre  de  la  Constituante  et  de 
l'Assemblée  législative.    Ses   opinions    lui  atti- 
rèrent alors  l'animosité  la  plus  vive  de  la  part  du 
parti  légitimiste  officiel.  En  butte  à  des  outrages 
qui  eurent  un  grand  retentissement  et  dans  les- 
quels le  nom  du  comte  de  Chambord  se  trouvait 
mêlé  par  des  lettres  autograplies,  il  vint  offrir  ses 
services  à  l'élude  la  nation.  Dévoué  aux  intérêts 
et  à  la  prospérité  du  pays,  M.  de  La  Rochejaque- 
lein   s'est  rallié  franchement  à  la  politique  de 
Napoléon  llf,  qui  l'a  élevé  à  la  dignité  de  séna- 
teur par  décret  du  31  décembre  1852. 

SiCARD. 

Biographie  des  ^eiif  cents  Députés  à  V Assemblée  na- 
tionale; Paris,  iSiS.  —  Biographie  des  sept  cent  cin- 
quante Bepresentants  à  L'Jssembiée  législative;  Paris, 
1852.—  Notes  communiquées.  —  L' Album  de  la  Semaine; 
Paris,  1853. 

i>A  ROCHEPOSAY  {Antoine  Chasteignier 
de),  poète  français,  né  le  2  janvier  1:')30,  à  La 
Rocheposay  (Poitou),  tué  le  23  juin  1553,  à  Thé- 
rouenne.  Issu  d'une  famille  noble  et  ancienne  du 
Poitou,  il  fut  d'abord  destiné  à  l'Église  et  pourvu 
de  l'abbaye  de  Nanteuil  et  du  prieuré  de  ÎMari- 
gnac.  11  fit  ses  études  à  Padoue  et  à  Ferrare, 
guerroya  quelque  temps  avec  La  Mirandole,  et 
tomba  aux  mains  des  Espagnols.  De  retour  en 
France,  il  résigna  ses  bénéfices  à  l'un  de  ses  ca- 
dets pour  embrasser  tout  à  fait  l'état  militaire; 
nommé  enseigne  de  la  compagnie  d'André  de 
Monlalembert,  qui  défendait  Tliéroiienne  contre 
l'armée  de  Charles  Quint ,  il  périt  sous  les  murs 
de  cette  place,  au  moment  où  il  venait  <i'enlever 
un  drapeau  à  l'ennemi.  Il  a  laissé  un  volume  de 
poésies  qui  contient  des  odes,  des  sonnets  et  des 
étrennes  aux  dames  de  la  cour.  Ronsard  lui  a 
adressé  deux  odes,  et  a  célébré  dans  une  longue 
pièce  lamortprématurée  du  jeune  poète.  P.  L— y. 

A.  Dnchcsne,  Hiit.  de  la  Maison  de  Chasteignier, 
289  el  suiv. 

1L.\  ROCHEPOSAY  {LoiliS  ClTVSTElGNIER  DE), 

seigneur  d'ABAiN,  diplomate  français,  frère  du 
précédent,  né  le  15  février  1535,  à  La  Rocbepo- 
say,  mort  le  'j  septembre  1595,  à  Moulins.  Il  eut 
pour  maîtres  particuliers  Adrien  Turnèbe,  Jean 
Daurat  et  Joseph  Scaliger,  qui  formèrent  son 
espiità  la  connaissance  de  la  philosophie  et  des 
langues  anciennes ,  et  compléta  son  éducation 
par  un  voyage  en  Italie.  Dès  1562  il  embrassa 
le  parti  des  amnes,  reçut  de  Charles  IX  le  col- 


—  LA  KOCHEPOSAY  668 

lier  de  Saint-Michel,  et  assista  aux  batailles  de 
Saint-Denis,  de  Jarnac  et  de  Moncontour. 
Pourvu  en  1573  de  l'emploi  de  gentilhomme 
ordinaire  de  la  chambre,  il  suivit  le  duc  d'Anjou 
en  Pologne,  et  fut,  à  l'avéneraent  de  ce  dernier 
au  trône  de  France,  envoyé  à  Rome  avec  le  rang 
d'ambassadeur.  Rappelé  cinq  ans  après  (1581) 
et  comblé  de  faveurs  par  Henri  Jlf,  il  passa  en 
1585  en  Poitou  pour  s'opposer  aux  progrès  de 
la  Ligue,  et  obligea  en  1588  le  duc  d'Aumale  à 
évacuer  la  Picardie.  L'année  suivante  il  se  rallia 
à  Henri  IV,  qui  Ini  donna  1^  gouvernement  de 
la  Marche,  et  s'employa  efficacement  à  apaiser 
les  troubles  du  Poitou,  du  Limousin  et  de  la 
Franche -Comté.  La  plupart  des  savants  de  cette 
époque,  avec  lesquels  il  entretenait  des  relations 
d'amitié,  notamment  de  Thon  ,  Chrétien,  Scé- 
vole  de  Sainte-Marthe,  Muret  et  Scaliger  se  sont 
plu  à  célébrer  son  érudition,  sa  valeur  et  sa  pro- 
bité. Scaliger,  qui  fut  son  précepteur,  resta 
pendant  trente  ans  dans  sa  maison,  où  il  com- 
posa une  grande  partie  de  ses  ouvra-ges,  et  lui 
dédia  son  commentaire  sur  Yarron.  Tout  ins- 
truit qu'il  était,  Louis  Chasteignier  n'a  rien  pu- 
blié ;  ce  qu'on  a  de  lui  se  borne  à  un  recueil  de 
lettres  (in-folio  manuscrit),  écrites  à  Henri  III 
et  à  Catherine  de  Médicis  pendant  son  ambassade 
à  Rome.  P.  L — y. 

A.   Duchesne,  Hist.  de  la  Maison  de  Chasteignier, 
305-395. 

LA  ROCHEPOSAY  (  Henri-Louis  Chastei- 
gnier de),  prélat  français,  fils  du  précédent,  né 
le  6  septembre  1577,  à  Tivoli  (Italie),  mort  le 
30  juillet  1651.  Élevé  par  le  célèbre  Scaliger, 
avec  lequel,  malgré  la  différence  de  religion,  il 
entretenait  toujours  des  relations  amicales,  il  re- 
çut à  Rome  les  quatre  ordres  mineurs  (1596)  et 
la  prêtrise  à  Paris  des  mains  de  Henri  de  Gondi, 
qui  fut  depuis  cardinal  de  Retz.  Coadjuteur  de 
Geoffroi  de  Saint-Blin,  évêque  de  Poitiers,  il  lui 
succéda  en  1611,  et  témoigna,  trois  ans  plus 
tard,  de  sa  fidélité  au  roi  en  s'opposant  à  l'en- 
trée du  prince  de  Condé  et  de  ses  troupes  ;  en 
cette  circonstance ,  il  fit  dans  Poitiers  l'office 
de  gouverneur  de  place ,  «  non  pas  en  camail 
ni  en  bonnet  carré ,  dit  un  contemporain ,  mais 
avec  une  pique  à  la  main,  armé  et  cuirassé,  et 
en  capitaine  résolu  de  faire  le  gendarme  et  de 
garder  la  ville  ».  Les  portes  furent  fermées,  les 
chaînes  tendues,  les  habitants  prirent  les  armes, 
et  l'accès  de  la  ville  fut  refusé  au  piince.  La 
conduite  du  prélat  parut  peu  conforme  aux  ca- 
nons et  douna  lieu,  de  k  part  du  célèbre  Jean 
du  Vcrgier  de  Haurannc,  abbé  de  Saint-Cyran, 
à  une  défense  aussi  ingénieuse  que  paradoxale  : 
Apologie  pour  messlre  Henri  Chant elgnier  de 
La  Rocheposaij  contre  ceux  qui  disent  guHl 
est  défendu  aux  ecclésiastiques  de  prendre 
les  armes  en  cas  de  nécessité;  1615,  in-8°.  Il 
y  avait  sans  doute  beaucoup  de  complaisance  à 
rédiger  un  pareil  livre  ;  mais  l'auteur  était  excu- 
sable à  cause  de  l'amitié  dont  l'honorait  l'évêque, 


669  LA  ROCHEPOSAY 

auprès  duquel  il  remplit  pendant  quelque  temps 
]a  cliarge  de  grand-vicaire.  La  Rocheposay  as- 
sista à  l'assemblée  des  notables  qui  se  tint  en 
1627  à  Rouen  sous  la  présidence  de  Gaston  de 
France,  puis  au  synode  de  Bordeaux  et  à  l'as- 
semblée générale  du  clergé  en  1628.  11  s'occupa 
avec  beaucoup  de  zèle  de  purger  le  Poitou  des 
erreurs  de  Calvin,  et  crut  arriver  à  ce  but  en 
établissant  sur  plusieurs  points  de  la  province 
des  congrégations  religieuses  d'hommes   et  de 
(emmes.  Ce  fut  sous  son  épiscopat  qu'eut  lieu 
à  Poitiers  le  procès  d'Urbain  Grandier  (  voy.  ce 
nom),  durant  lequel  il  fit  voir  une  animosité 
bien  éloignée  des  principes  évangéliques.  On  a 
même  été  jusqu'à  dire  que  ce  malheiireux  prêtre 
avait  été  sa  victime  avant  de  devenir  celle  du 
cardinal  de  Richelieu.  On  a  de  La  Rocheposay  : 
Recueil  des  Axiomes  de  Philosophie  et   de 
Théologie; —  Nomenclator  S.  E.  E.  cardina- 
liiim  qui  ab  anno  1000   commentati  sunt, 
seu  ub  eo  tempore  quo  pontificis  electione  ad 
eos  tanium  ob  cleri  multitudinem  revocata, 
maximus  illis  honos,  qualem  videnms  haberi 
cœptus  est;  Toulouse,   1614,   in-4°;   Rouen, 
1653;  nomenclature  incomplète,  malgré  les  re- 
cherciies  nombreuses  que  l'auteur  fit  à  Rome, 
des   cardinaux  qui    ont  écrit;  —  Remarques 
françaises  sur  saint  Matthieu;  Poitiers,  1619; 
1023,   in-4°;  —  Exercitationes  in   Marcum, 
Lucam,  Joannem  et  Acta  Apostolorum,  etc.  ; 
Poitiers,  1626,  in-4°,  qui  avaient  d'abord  paru 
séparément;  —  In  Genesim;  1628;  —  In  Li- 
hnivi  Job;  1628;  —  In  Exodiim  et  in  libros 
Numerorum  ,  Josue  et  Judicum  ;  1629,  in-4''; 
—  In  Prophetas  majores,  et  minores;  1630  ;  — 
Dissertationes  ethico-poUticœ.      P.  L — y. 
;    Duchesne ,  Hist.  de  la  Maison  de  Chasteignier,  445. 
;—  A.  (Je  Sainte-Marthe ,  Éloge  de  la  Famille  de  Chastei- 
ionier.  —  Loisel,  Histoire  de  notre  temps,  ann.1614,  p.  57. 
;—  Dreux  du  Radier,   Hist.  littér.  du  t'oiiou  ;  1842,  1, 
■i27-349. 

LAKOMIGUIÈRE  (Pierre),  célèbre  philo- 
sophe français,  naquit  le  3  novembre  1756,  à  Li- 
vignac-le-Haut,  ancienne  province  de  Rouergue, 
;nijourd  hui  département  de  l'Aveyron,  et  mou- 
;"ut  à  Paris,  le  12  août  1837.  Élève  de  la  congré- 
Içation  des  Doctrinaires,  il  fit  ses  études  au  col- 
ége  de  Villefranche-sur-Aveyron,  et  lorsqu'il 
es  eut  terminées  devint  lui-même  membre  de 
pette  savante  congrégation.  De  dix-sept  à  vingt 
!tns,  il  fut  successivement  régent  des  classes  de 
i;rammaire  ou  d'humanités  aux  collèges  de  Mois- 
|iac,  de  Lavaur,  au  collège  de  l'Esquille  à  Tou- 
louse, puis,  de  1777  à  1783,  professeur  de  phi- 
osophie  à  Carcassonne,  à  Tarbes,  et  à  l'École  mi- 
itaire  de  La  Flèche.  Lorsque  éclata  la  révolution 
rançaise,  il  occupait  depuis  1784  la  chaire  de 
ihilosophie  au  collège  de  Toulouse,  qu'il  quitta 
'n  1790,  alors  que,  par  un  décret  du  13  février, 
a  Constituante  eut  supprimé  les  congrégations 
eligieuses.  11  ouvrit  alors  à  Toulouse  un  cours 
ibre  de  philosophie,  qu'il  interrompit  bientôt 
)our  venir  à  Paris,  où  il  ne  tarda  pas  à  être 


—  LAROMÎGUIËRE 


670 


remarqué  par  quelques  hommes   qui  s'étaient 
distingués  parmi  les  membres  les  plus  éminents 
de  l'Assemblée  nat-ionale,  et  notamment  Sieyès. 
Lorsque  la  Convention  s'occupait  de  rétablir  les 
études   publiques,   et  que  s'ouvrit  à  Paris  en 
1795  une  grande  école  normale,  destinée  à  for- 
mer des  professeurs  d'après  les   méthodes  nou- 
ve]le-s,Laroniiguière  devint  l'un  des  disciples  de 
cette  école,  qui  comptait  alors  parmi  ses  profes- 
seurs Lagrange,  Haiiy  ,Laplace,  Monge,Berthollet, 
Volney,  Bernardin  de  Saint- Pierre,  La  Harpe,  et 
il  y  suivit  plus  particulièrement  les  leçons  de 
Garât,  qui  avaient  pour  objet  l'analyse  de  l'enten- 
dement (1).  En  l'an  IV  (1795),  Laromiguière  fut 
nommé  professeur  de  logique  aux  écoles  cen- 
trales et  attaché  au  Prytannée  français;  mais  il 
n'exerça  que  dans  ce  dernier  établissement  (au- 
jourd'hui lycée  Louis-le-Grand),  et  un  an  après  il 
fut  adjoint,  en  quahté d'associé  non  résidant,  à  la 
classe  de  l'Institut  qui  portait  le  nom  de  Classe 
des  Sciences  morales  et  politiques.  Quelques 
jours  après  son  élection,  il  communiqua  à  cette 
Académie  deux  mémoires ,   l'un  sur  l'Analyse 
des  Sensations,  l'autre  sur  la  Détermination 
du  mot  Idée,  que  l'Académie  a  publiés  dans  80^ 
recueil.  11  prit   part  aux  travaux  de  celle  sec- 
tion de  l'Institut  jusqu'à  sa  suppression  en  1803. 
Pendant  les  premiers  temps  qui  suivirent  l'éta- 
blissement du  consulat  en  1799,  il  entra  dans  la 
vie  politique  pour  en  sortir  presque  aussitôt.  Il 
aurait  pu,  dit-on,  être  nommé  sénateur;  il  ac- 
cepta d'être  tribun  (du  25  décembre   1799  au 
22  septembre  !802),  parce  qu'il  y  trouvait  plus 
de  liberté.  11  se  fit  remarquer  dans  le  Tribunat 
par  un  esprit  de  sagesse  et  de   droiture  des 
plus   honorables.    «   Il  ne  fut   pas   un  tribun 
bruyant,  il  fut  encore  moins  un  ambitieux  em- 
pressé (2).    »  Lorsque    les  décrets  impériaux 
eurent    organisé     l'université,    Laromiguière, 
nommé  professeur  de  philosophie  à  la  faculté 
des  lettrés  de  Paris,  commença,  en  avril  1811, 
une  série  de  leçons,  qui  obtinrent  les  suffrages 
d'un  auditoire  d'élite.  Tout  ce  qu'il  y  avait  à 
Paris  d'homiTies  célèbres  dans  la  philosophie, 
dans  la  littérature,  dans  les  sciences,  se  pres- 
sait à  son  cours.  Ces  leçons  ne  durèrent  que 
deux  ans  (tsU  et  1812),  et  désormais  Laromi- 
guière, tout  en  conservant  le  titre  de  professeur, 
se  fit  suppléer  dans  son  enseignement,  et  se  ren- 
ferma dans  ses   fonctions  de  conservateur  de 
l'ancienne  bibliothèque  du  Prytanée,  devenue 
bibliothèquede  l'Université.  La  renommée,  après 


(1)  Un  jour.  Garât  reçut  d'un  de  ses  auditeurs  des  ob- 
servations critiques,  dont  il  admira  la  finesse  et  l'expres- 
sion. Le  lendemain,  il  conunença  sa  leçon  par  ces  mots  : 
«  11  y  a  ici  quelqu'un  qui  devrait  être  à  ma  place.  »  L'au- 
teur de  ces  observations,  M.  Laromiguière,  ne  prit  point 
la  place  de  Garât,  mais  11  ne  retourna  plus  à  Toulouse.  » 
(Mignet,  Notice  historique  sur  la  f^ieet  les  Travaux  de 
M.  Laromiguière,  lue  à  la  séance  publique  annuelle  de 
l'Académie  des  Sciences  morales  et  politiques  du  S  jan 
vier  1856.) 

(8)  Mignet,  iôid. 


671  LAROMIGUIERE 

laquelle  courent  tant  hommes,  vint  d'elle- 
même  le  chercher;  car  jamais  il  n'alla  au-de- 
vant d'elle,  et  sa  constante  devise  était  cet 
axiome  de  l'antique  sagesse  :  Bene  qui  latuit, 
bene  vixit.  A  deux  reprises ,  il  put  être  appelé 
dans  les  rangs  de  l'Académie  Française.  La  se- 
conde fois,  Cuvier,  dont  il  était  l'ami,  était  par- 
venu à  vaincre  ses  irrésolutions ,  et  Laromi- 
guière,  assuré  des  suffrages  de  la  s;i vante  com- 
pagnie, avait  déjà  commencé  à  composer  son 
discours  de  réception ,  quand  tout  à  coup  il  se 
désista.  Ancien  associé  non  résidant  de  la  classe 
des  Sciences  morales  et  politiques,  et,  après  la 
suppression  decelle-ci,  membre  correspondant  de 
la  classe  d'Histoire  et  de  littérature  anciennes,  il 
fut,  en  1833,  élu  membre  titulaire  de  la  nouvelle 
Académie  desSciences  morales  et  politiques  (1).  Il 
mourut  quatre  ans  après,  à  l'âge  de  quatre-vingt- 
un  ans.  «  Sa  vie  avait  traversé,  innocente  et  pai- 
sible, les  orageuses  vicissitudes  de  notre  époque; 
il  s'éleignit  au  sein  de  la  vénération  publique, 
en  possession  d'une  belle  et  pure  renommée.  » 
Tel  est  le  témoignage  qui  lui  fut  rendu  an  bord 
de  sa  tombe  par  un  membre  de  l'Académie  des 
Sciences  morales,  éloquent  organe  des  regrets 
de  l'Université  et  de  l'Institut  (2). 

Les  ouvrages  de  Laromiguière  ont  pour  ti- 
tres :  Projets  d'Éléments  de.  Métaphysique , 
hroch.  in-8o,  publiée  à  Toulouse  en  1793.  Ce  tra- 
vail, qui  n'a  jamais  été  réimprimé,  et  dont  les 
exemplaires  sont  aujourd'hui  fort  rares,  contient 
les  deux  premiers  livres  d'un  ouvi'age  qui  devait 
avoir  dix  livres,  et  où  Laromiguière  se  propo- 
sait de  traiter  toutes  les  grandes  questions  de  la 
philosophie.  Deux  chapitres  surtout  méritent 
d'être  remarqués  :  celui  où  l'auteur  démontre 
que  les  sentiments  ne  sont  pas  dans  les  organes 
du  corps,  mais  dans  l'âme,  et  celui  où  il  entre- 
prend la  réfutation  du  matérialisme;  —  Leçons 
de  Philosophie  sur  les  principes  de  l'Intel- 
ligence, ou  siir  les  causes  et  sur  les  ori- 
gines de  nos  idées.  Cet  ouvrage ,  adopté  pour 
l'instruction  publique  (3),  a  eu,  de  1815  à  1858, 
sept  éditions  (4).  La  sixième  se  préparait  quand 
la  mort  frappa  l'auteur.  Mais,  conformément  à  sa 
volonté,  le  .soin  de  cette  édition  et  des  éditions 
suivantes  fut  laissé  à  celui  <le  ses  amis  qui  plus 
d'un^/ois  avait  été-consulté  pour  les  éditions 
précédentes  (5).  En  tête  de  cette  sixième  édition 


(1)  Rétablie  le  26  octobre  1832. 

(î)  Voy.  ce  discours  dans  M.  Cousin,  h'ratjments  phi- 
losophiques, t.  Il,  p.  468,  de  rédition  de  1838.  Voir  tga- 
Icmenl  le  discours  prononcé  le  môme  jour  par  M.  V. 
Leclerc,  doyen  de  la  faculté  des  lettres  de  Paris. 

(3)  Le  1"'  volume  de  la  1'^  édition  des  Leçons  parut 
en  iS15,  et  le  second  en  1818.  Dès  son  apparition,  cet  ou- 
vrage fut  autorisé  pour  l'instruction  publique.  I.a  6«  édi- 
tion il"  posthume)  a  été,  par  un  arrête  spécial  du 
If.  juillet  1844,  jointe  à  la  liste  des  livres  classiques  de 
philosophie,  arrêtée  le  12  août  1842. 

(4)  l.a  1"  edit.  de  1815  à  1818,  la  S"  en  1820,  la  S»  en 
1823,  la  ^«  en  1826.  la  5=  en  1883,  la  6«  en  1844,  la  7"  eu 
1858.  Six  de  ces  éditions  sont  en  S  vol.  in-8°.  La  sixième 
senle  est  en  2  vol.  in-12. 

(6)  Voici  comment  s'exprime  à  cet  égard  M.  MIgnet, 


672 

(I"  posthume),  ainsi  que  de  la  septième,  ont  été 
imprimés  les  actes  officiels  (1)  par  lesquels  l'u- 
niversité a  voulu  constater  les  sentiments  qu'elle 
professe  pour  les  Leçons  de  Philosophie,  ce 
livre  consacré,  ainsi  que  l'a  appelé  M.  Cousin 
dans  un  discours  prononcé  sur  la  tombe  de  Jouf- 
froy  (2).  kwx  Leçons  de  Philosophie  se  trouvent 
réunis,  dans  ces  deux  dernières  éditions,  plu- 
sieurs autres  écrits  de  Laromiguière,  à  savoir  : 
Discours  sur  Videntité  dans  le  raisonnement; 
—  Discours  sur  le  Raisonnement,  à  l'occa- 
sion de  la  Langue  des  Calculs  de  Condillac, 
ouvrage  qui  avait  déjà  obtenu  un  grand  succès 
sous  le  titre  de  Paradoxes  de  Condillac;  — 
Note  placée  à  la  suite  de  la  Langiie  des  Cal- 
culs de  Condillac  (3).  On  peutconsidérei  ces  trois 
morceaux  comme  le  complément  du  Discours 
sur  la  Langue  du  Raisonnement,  prononcé 
en  1811,  à  l'ouverture  du  cours  de  philosophie  de 
la  faculté  des  lettres  de  Paris,  et  qui,  à  la  dif- 
férence des  trois  écrits  précédemment  cités,  avait 
déjà  trouvé  place,  comme  leçon  d'introduction, 
dans  les  éditions  antérieures  des  Leçons  de  Phi- 
losophie. On  trouve  joints  encore  aux  deux 
dernières  éditions  le  dixième  chapitre  de  VArl 
dépenser  de  Condillac,  le.seizième  de  la  Langue 
des  Calculs,  le  Discours  de  la  Méthode  de 
Descartes,  le  chapitre  où  Malebranche  traite 
des  règles  qu'il  faut  observer  dans  la  re- 
cherche de  la  vérité,  enfin  un  extrait  des  Pen- 
sées de  Pascal  sur  l'art  de  démontrer  les  vérités 
déjà  trouvées  et  sur  l'art  de  persuader.  Le 
tome  1*"^  des  sixième  et  septième  éditions  est* 
orné  d'un  portrait  authentique  de  Laromiguière, 
etcontientun fac-similé,  également  authentique, 
d'une  lettre  de  M.  de  Fontanes.  La  septièmei 
édition  (édition  de  luxe)  se  recommande  pan 
quelques  améliorations  :  un  plus  grand  nombre 
de  renvois,  des  tables  plus  complètes  y  facilitent 
davantage  les  recherches  et  les  rapprochements. 
De  plus,  l'éditeur  y  a  placé,  immédiatement! 
après  V Avertissement,  et  en  forme  d'introduc 
tion,  un  certain  nombre  de  passages  textuelle 
ment  extraits  des  deux  parties  des  Leçons. 


p.  30,  de  la  Notice  mentionnée  :  «  Cet  ami  est  le  même 
qui  fut  chargé  par  l'illustre  professeur  de  revoir  la  cin- 
quième édition  des  Leçons.  M.  Laromiguière  lui  légua 
en  mourant  le  soin  des  éditions  suivantes,  et  il  en  a 
déjà  publié  une  sixième,  dont  M.  Cousin  a  fait  un  si  com- 
plet et  si  juste  éloge  dans  ta  séance  de  l'Académie  des 
Sciences  morales  et  politiques  du  27  juillet  1844.  » 

(1)  Les  actes  dont  nous  parlons  ici  sont  au  nombre  de 
huit,  et  relatifs  au  concours  qui  eut  lieu  en  1841  et  en 
1843,  sur  Le  mérite  des  Leçons  de  Philosophie.  Ulx-sept 
mémoires  furent  envoyés  au  concours.  Le  prix  fut  dé- 
cerné à  M.  Saphary,  l'un  des  anciens  et  fidèles  disciples 
de  Laromiguière,  qui  exerçait  alors  les  fonctions  de  pro 
fesseur  de  philosophie  au  collège  Bourbon,  aujourd'hui 
lycée  Bonaparte.  Le  mémoire  couronné  portait  le  n»  8. 
Une  mention  honorable  fut  accordée  à  l'auteur  du  mé- 
moire n"  2,  qui  désira  d'abord  garder  l'anonyme,  mais 
qui  depuis  s'est  fait  connaître  :  M.  Tissot,  professeur  à  la 
faculté  des  lettres  de  Dijon. 

(S)  Voir  le  Moniteur  universel  du  6  mars  1842. 

(3)  Sur  ces  trois  écrits  de  Laromiguière,  consulter  les 
détails  bibliographiques ,  p.  3S7-328  du  1. 1*'  de  la  sep- 
tième edillen. 


073 


LAROMIGUIÈRE 


674 


Les  Leçons  de  Philosophie  ont  pour  objet 
les  principes  de  l'intelligence,  c'est-à-dire  les 
causes  et  les  origines  de  nos  idées.  Dans  la  doc- 
trine de  Laromiguière,  toutes  nos  idées  ont  leur 
origine  dans  nos  diverses  manières  de  sentir,  et 
leur  cause  dans  l'action  de  nos  facultés  intellec- 
tuelles Quelles  sont  donc,  d'une  part,  ces  fa- 
cultés? Quelles  sont,  d'autre  part,  nos  diverses 
manières  de  sentir?  La  réponse  à  cette  double 
question  constitue  dans  le  livre  de  Laromiguière 
une  double  théorie  :  Théorie  des  facultés  de 
l'âme,  théorie  de  l'origine  des  idées. 

Les  facultés  de  l'âme  sont  partagées  par  Laro- 
miguière (1)  en  deux  ordres  :  facultés  de  l'enten- 
dement, facultés  de  la  volonté.  Ces  facultés 
s'engendrent  les  unes  les  autres,  et  sont  toutes 
originairement  engendrées  d'une  seule,  l'atten- 
tion, qui  devient  ainsi,  dans  ce  système,  le  pre- 
mier mode  de  l'activité  de  l'âme.  «  Par  l'atten- 
tion, nous  nous  faisons,  de  toutes  les  qualités  et 
de  tous  les  points  de  vue  d-'un  objet,  autant  d'i- 
dées bien  exactes ,  bien  précises.  Mais  l'exacti- 
tude et  la  précision  des  idées  ne  suffisent  pas; 
Q  faut  des  analogies,  des  liaisons,  des  rapports; 
c'est  la  comparaison  qui  découvre  les  rapports. 
La  science  n'existe  pas  encore  :  elle  ne  méritera 
son  nom  qu'après  s'être  élevée,  de  rapport  en 
rapport ,  jusqu'au  rapport  où  tout  corameoce. 
C'est  le  raisonnement  qui  nous  conduit  ainsi 
jusqu'aux  principes,  comme  de  ces  principes  il 
nous  mène  aux  conséquences  les  plus  éloignées. 
Attention,  comparaison,  raisonnement,  voilà 
toutes  les  facultés  qui  ont  été  départies  à  la  plus 
intelligente  des  créatures.  Une  de  moins,  et  ce 
ne  pourrait  être  que  le  raisonnement,  nous  ces- 
serions d'être  hommes;  une  de  plus, nous  ne 
saurions  l'imaginer  (2)  ».  Telles  sont  les  facultés 
de  l'entendement.  Si  l'on  demande  à  Laro- 
miguière pourquoi  aucune  place  n'est  laissée 
[dans  cette  théorie  à  la  sensibilité,  à  la  mémoire, 
iau  jugement ,  à  la  réflexion,  à  l'imagination,  il 
répond  que  la  sensibilité  est  une  simple  capa- 
cité, une  propriété  passive,  et  non  une  faculté  ; 
(jue  la  mémoire  n'est  que  le  résultat  de  l'action, 
pivisée  ou  réunie,  de  l'attention,  de  la  compa- 
raison et  du  raisonnement;  que  le  jugement  est 
le  résultat  de  la  comparaison;  que  l'imagination 
[l'est  que  la  réflexion  com-binant  des  images; 
qu'enfin  la  réflexion,  se  composant  elle-même 
îe  raisonnements,  de  comparaisons  et  d'actes 
l'attention ,  n'est  pas  une  faculté  distincte  de  ces 
'acuités.  Arrivant  ensuite  aux  facultés  de  la  vo- 
onté,  Laromiguière  les  voit  toutes  sortir  du  dé- 
sir, qui  lui-même  est  la  direction  des  facultés 
le  l'entendement  sur  un  objet  dont  la  privation 
nous  (ait  souffrir.  «  Cette  direction  des  facultés 
ie  l'entendement  sur  Pobjet  dont  nous  sentons 
le  besoin ,  c'est  le  désir.  Or,  lorsque  l'âme  désire, 
sUe  juge  qu'un  seul  objet  peut  satisfaire  ses  be- 


(1)  Part.  I,  leçon  IV. 

(S)  T.  I^r,  p.  77-78,  de  la  septième  édition. 


soins,  ou  bien  elle  juge  que  plusieurs  objets 
sont  propres  à  les  satisfaire.  Dans  ce  dernier 
cas,  il  arrive  souvent  qu'elle  prend  une  déter- 
mination, c'est-à-dire  que  l'action  des  facultés, 
qui  se  partageait  entre  deux  ou  plusieurs  objets, 
cesse  de  se  partager  ainsi  pour  se  porter  tout 
entière  vers  un  seul  :  l'âme  le  choisit,  elle  le 
veut ,  elle  le  préfère.  Cette  préférence,  qui  naît 
du  désir,  va  donner  elle-même  naissance  à  une 
nouvelle  faculté ,  sans  laquelle  il  n'y  aurait  ui 

bien  ni  mal  moral  sur  la  terre,  à  la  liberté 

Il  y  a  deux  manières  de  choisir,  de  vouloir: 
l'une  a  lieu  avant  l'expérience  du  repentir  ;  l'autre 
quand  nous  en  avons  éprouvé  les  tourments... 
L'expérie/ice  du  repentir  fait  que  bien  souvent 
nous  ne  préférons  pas  ce  que  nous  eussions 
préféré  sans  cette  expérience...  Préférer  ou  vou- 
loir, ou  se  déterminer,  après  dé  bération ,  est 
une  manière  de  préférer  ou  de  vouloir  qui  prend 
un  nom  particulier.  Nous  appelons  cette  manière 
d€  vouloir  liberté  (l)  ■».  Laromiguière,  résu- 
mant alors  en  quelques  mots  le  système  entier 
des  facultés  de  l'âme,  réunit  sous  la  dénomi- 
nation d'entendeynent  l'attention ,  la  compa- 
raison, le  raisonnement,  et  sous  celle  de  vo- 
lonté le  désir,  la  préférence  ,  la  liberté.  La 
volonté  et  l'entendement  sont,  à  leur  tour,  réu- 
nis sous  la  dénomination,  plus  générique  encore, 
de  pensée. 

Tel  est,  dans  les  Leçons  de  Philosophie,  le 
système  des  facultés  de  l'âme.  Une  leçon  spé- 
ciale (2)  est  consacrée  à  son  exposition;  et, 
pour  employer  ici  les  propres  expressions  de 
ï'aateur,  «  les  leçons  qui  ont  précédé  celle-là 
étaient  destinées  à  en  préparer  et  à  en  faciliter 
l'intelligence  ;  celles  qui  l'ont  suivie  à  la  déve- 
lopper et  à  la  défendre  (3)  ».  Dans  l'impossibi- 
lité où  nous  sommes  d'analyser  toutes  les  leçons 
qui  composent  cette  première  partie ,  nous  si- 
gnalerons surtout  à  l'attention  du  lecteur  celles 
qui  ont  pour  objet  les  définitions  (4)  et  la  mé- 
thode (5). 

Les  facultés  intellectuelles  exercent  leur  pre- 
mière action  sur  l«s  données  de  la  sensibilité. 
Laromiguière  distingue  quatre  manières  de  sen- 
tir :  sensation,  sentiment  de  l'action  des  facultés 
de  l'âme,  sentiment  de  rapport,  sentiment  moral. 
De  la  première  sortent,  par  le  travail  de  l'at- 
tention ,  les  idées  sensibles  ;  de  la  seconde ,  par 
le  travail  de  la  même  faculté,  les  idées  des 
facultés  de  l'âme;  de  la  troisième,  par  le  tra- 
vail de  la  comparaison  et  du  raisonnement ,  les 
idées  de  rapport;  de  la  quatrième,  par  l'action, 
séparée  ou  réunie,  de  l'attention,  delà  compa- 
raison et  du  raisonnement,  les  idées  morales. 
Car,  ainsi  que  le  dit  Laromiguière ,  il  ne  suffit 
pas  que  le  sentiment  récèle  les  sources  de  l'in- 


(1)  T.  1er,  p.  81. 

(S)  l^e  part.,  leç.  IV. 

(3)  !'«  part.,  leç.  XIV. 

(4)  1"  part.,  leç.  XII  et  XIU. 
(8)  ir«  part.,  leç.  1. 


NOUV.  BIOGR.    GENER. 


T.    XXIX. 


22 


675 


LAROMIGUIÈRE 


6;  6 


telligence;  il  faut  encore  que  l'activité  de  l'àuie 
pénètre  dans  ces  sources  pour  en  faire  jaillir  les 
idées.  Il  existe  donc  quatre  origines  et  trois 
causes  de  nos  idées.  «  La  nature ,  en  nous  don- 
nant quatre  espèces  de  sentiments,  a  mis  en 
nous  quatre  sources  de  connaissances.  Nous 
pouvons  discerner  les  qualités  des  corps  ,  nous 
faire  une  idée  des  facultés  de  l'àme,  savoir  en 
quoi  consiste  la  moralité  de  nos  actions ,  perce- 
voir enfin  les  rapports  de  toute  espèce.  Toutes 
ces  connaissances,  il  est  vrai,  laissent  beaucoup 
à  désirer;  elles  peuvent  recevoir,  elles  pourront 
sans  cesse  recevoir  de  nouveaux  développements  ; 
mais  elles  sont ,  elles  seront  toujours  appuyées 
sur  autant  de  sentiments  dont  elles  dérivent  (1)  w. 
Laromiguière  établit,  en  outre  (2),  que  ces  quatre 
origines  ne  sauraient  être  ramenées  à  une  seule, 
et  que  leur  distinction  n'est  pas  arbiti-aire,  mais 
fondée  sur  la  nature  même.  A  cet  effet,  il  étu- 
die les  différentes  manières  de  sentir  au  moment 
même  de  leur  naissance,  et  il  montre  que  le 
sentiment-sensation  naît  à  la  suite  d'une  impres- 
sion produite  sur  nos  organes ,  le  sentiment  de 
l'action  des  facultés  de  l'âme  à  l'instant  même 
qu'elles  agissent,  le  sentiment  de  rapport  à  la 
présence  simultanée  des  idées,  le  sentiment  mo- 
ral à  la  suite  de  l'impression  que  fait  sur  nous 
un  agent  auquel  nous  attribuons  une  volonté 
libre.  Chaque  espèce  de  sentiment  naît  donc  à 
part;  chacune  a  sa  nature  propre,  et  par  con- 
séquent ces  quatre  sources  de  connaissances 
ne  peuvent  se  ramener  à  une  source  unique. 
«  Il  est  vrai  que,  dans  notre  constitution  pré- 
sente ,  le  sentiment-sensation  doit  s'être  montré 
d'abord  pour  que  les  autres  sentiments  se  mon- 
trent à  leur  tour.  Il  y  a  entre  nos  quatre  ma- 
nières de  sentir,  un  ordre  successif,  qui  com- 
mence par  la  sensation.  Mais  il  ne  suffit  pas  d'un 
ordi'e  successif  pour  établir  l'unité  de  nature 
entre  des  choses  qui  se  succèdent  ;  il  est  néces- 
saire que  cet  ordre  soit  en  même  temps  et  de 
succession  et  de  génération  (3)  ».  Après  avoir 
résolu  ainsi  la  question  de  l'origine  des  idées, 
et  montré  que  les  quatre  espèces  de  sentiments 
d'où  dérivent  quatre  espèces  d'idées  ont  cha- 
cune une  nature  qui  leur  est  propre,  Laromi- 
guière expose  et  discute  les  principaux  systèmes 
sur  l'origine  des  idées ,  et  notamment  ceux  de 
Descartes  et  de  Locke  (4)  ;  il  étudie  l'idée  dans 
son  rapport  à  l'image ,  au  souvenir,  au  juge- 
ment (5)  ;  enfin ,  par  une  luiSineuse  et  féconde 
distinction  (6),  il  établit  que  sentir  et  connaître 
ne  sont  pas  une  seule  et  même  chose,  attendu 
que,  pour  sentir,  il  suffit  à  l'àme  d'être  passi- 
vement affectée ,  au  lieu  que ,  pour  connaître ,  il 
faut  qu'elle  agisse,  par  ses  facultés  intellectuel- 


Ci)  Part.  II,  p.  66. 
(2)  i'art.  Il,  leç.  IV. 
(3;  l'art.  Il,  p.  68. 

(4)  PJiTt.  11,  Jeç.  VI  et  IX. 

(5)  Pjrt.  II,  leç.  V. 

(6)  Part.  Il,  Icç.  VU. 


les  ,  sur  quelque  sentiment  ou  sur  quelque  idée. 
Ces  considérations  sont  accompagnées,  dans 
celte  seconde  partie,  d'excellents  chapitres  siir 
la  distribution  des  idées  en  différentes  classes  (1), 
et  notamment  sur  les  idées  abstraites  (2)  et  sor 
les  idées  générales  (3). 

Après  la  théorie,  l'application.  Étant  une  fois 
résolu  le  problème  qui  a  pour  objet  la  manière 
dont  se  forme  l'intelligence,  Laromiguière  se 
pose  (4)  un  second  problème,  relatif  à  la  réali- 
sation de  l'intelligence ,  c'est-à-dire  à  la  manière 
dont  il  faut  s'y  prendre  pour  former  des  idées. . 
11  prend  pour  exemples  trois  idées  qui  embras- 
sent toutes  les  autres,  et  qui  sont  celles  des 
corps,  de  l'âme ,  et  de  Dieu.  Comment  l'âme  se 
formera-t-elle  une  idée  des  corps?  Comment 
pourra-t-elle  se  connaître  elle-même  ?  Comment  i 
s'élèvera-t-elle  jusqu'à  l'Être  infini  ?  Où  sera  prisi 
le  point  de  départ  de  l'intelligence  travaillant  à 
la  formation  des  trois  idées  prises  en  exemple  ? 
Là  où  la  nature  elle-même  l'a  placé,  c'est-à-dire 
dans  le  sentiment ,  où  toutes  nos  connaissances 
prennent  leur  origine  (5).  En  partant  donc  du 
sentiment,  et  en  le  suivant  dans  ses  progrès ,  oHi 
s'élève  du  sentiment- sensation  aux  idées  sensj-i 
blés,  c'est-à-dire  aux  idées  des  corps.  Joignez-y"; 
le  sentiment  des  rapports,  et  vous  aurez  les  con-i 
ditions  premières  de  la  connaissance  du  monde 
physique  et  du  spectacle  de  l'univers.  De  même, 
le  sentiment  de  l'action  des  facultés  de  l'âme! 
nous  mène  à  l'idée  de  l'âme  elle-même  en  tant 
que  substance  spirituelle.  La  connaissance  dgi 
cette  spiritualité  nous  vient  du  sentiment  qu'a' 
notre  âme  de  sa  propre  activité  et  de  sa  simpli-i 
cité.  Il  en  est  de  même  de  l'idée  de  Dieu.  Du 
sentiment  de  sa  dépendance  ,  du  sentiment  quei 
produit  en  lui  le  spectacle  de  l'ordre  régulier  dei 
la  nature,  du  sentiment  de  ce  qu'il  fait  lui-i 
même  quand  ildispose  ses  actions  pour  les  élever 
à  un  but,  en  d'autres  termes,  du  sentiment  de 
cause  finale ,  du  sentiment  enlin  du  juste  et  del 
l'injuste,  l'homme  ne  s'élève-t-i!  pas,  par  un 
raisonnement  inévitable,  à  l'idée  de  puissance: 
sans  bornes,  d'ordonnateur  souverain,  d'inteP! 
ligeuce  infinie ,  déjuge  suprême?  C'est  ainsi  quéi 
chacune  des  formes  du  sentiment  peut  fourniÉi 
matière  à  un  argument  spécial  de  l'existence  del 
Dieu;  c'est  ainsi ,  comme  le  dit  Laromiguière, 
que  notre  sensibilité  tout  entière  tend  vers  la 
Divinité.  Mais  c'est  surtout  dans  le  sentimenb 
de  notre  activité  propre  que  Laromiguière  voit» 
l'origine  de  l'idée  de  Dieu.  «  L'idée  de  cause 
nous  vient  primitivement  du  sentiment  de  notre 
propre  force ,  joint  au  sentiment  des  modifica- 
tions qui  sont  produites  par  cette  force.  ïlle  nous 
vient  d'un  sentiment  de  rapport  entre  des  choses 
qui  sont  en  nous.   Mais  bientôt  nous  voyons 


(1)  Part.  II,  leç.  X. 

(2)  Part.  II,  leç.  XI. 

(3)  Part.  II,  leç.  XII. 

(4)  Part.  II,  leç.  XIII. 

1.5)  Part.  Il,  leç.  XIU,  sect.  2. 


677  LAROMIGUIÈRE  —  LARON 

(les  forces  et  des  causes  hors  de  nous  et  dans 
toute  ia  nature...  Et  ces  causes,  qui  sont  partout, 
n'agissent  pas  séparément  et  isolées  les  unes 
des  autres  :  elles  sont  liées ,  au  contraire ,  de 
telle  manière  qu'elles  forment  comme  une  chaîne 
immense ,  dont  chaque  anneau  est  tout  à  la  fois 
cause  et  e  ffet.  Or,  une  série  de  causes  et  d'ef- 
fets ,  dans  laquelle  chaque  cause  est  en  même 
temps  effet ,  et  chaque  effet  en  même  temps 
cause,  remonte  nécessairement  à  une  cause  qui 
n'est  pas  effet ,  c'est-à-dire  à  une  cause  pre- 
mière. Ainsi ,  de  l'idée  de  cause ,  qui  a  son  ori- 
gine immédiate  dans  le  sentiment  d'un  rapport 
entre  des  manières  d'être  de  notre  àme ,  le  rai- 
sonnement nous  conduit  au  milieu  des  choses, 
d'où  il  nous  élève  à  l'idée  d'une  cause  première, 
d'une  cause  qui,  dans  son  universalité,  embrasse 
toute  la  nature.  Le  raisonnement  fera  plus  : 
dans  l'idée  de  cause  première,  il  nous  montrera 
l'idée  d'un  être  souverainement  parfait ,  l'idée 
même  de  Dieu  (i).  »   Laissons,  en  terminant, 

'auteur  résumer  lui-même  en  quelques  mots  les 
deu\  parties  de  son  ouvrage  :  «  L'analyse  de  la 
pensée  et  l'analyse  du  sentiment  forment  deux 
théoiies  qui  tendent  vers  le  même  but.  L'une  fait 
voir  comment  agit  notre  âme ,  l'autre  comment 
notre  âme  est  affectée  :  réunies ,  elles  nous  en- 
seignent comment  notre  âme  connaît  (2)....  Avec 
des  sentiments  et  ses  facultés,  l'homme  fait  une 
intelligence,  il  fait  son  intelligence  :  grossière  et 
terrestre,  quand  il  prend  ses  matériaux  dans  les 
sensations  ;  céleste  et  presque  divine,  s'il  la  forme 
ivec  les  éléments  les  plus  purs  de  la  sensibi- 

ité  (3)  ». 
Telles  sont  les  Leçons  de  Philosophie  de 

Laromiguière.  Il  était   difficile   de  revêtir   de 

"ormes  plus  attrayantes  des  discussions  raéta- 

)hysiques ,  et  de  faire  parler  à  la  philosophie  un 

angage  plus  digne  d'elle.  Toujours  parfaitement 

ucide ,  le  style  de  Laromiguière  prend  en  maint 

)assage  de  son  livre  un  remarquable  caractère 
•^'élévation.  Ainsi,  par  exemple,  lorsque,  dans 
linéiques  pages  qui  sont  restées  et  qui  resteront 

lans  le  souvenir  de  tous,  il  met  en  parallèle  le 

nonde  des  corps  et  le  monde  des  esprits  (4),  ou 

orstjLi'il  compare  entre  eux  les  plaisirs  des  sens, 

es  ijjaisirs  de  l'esprit  et  les  plaisirs  du  cœur  (5), 

nais   surtout   dans  l'admirable  démonstration 

]u'il  donne  de  l'existence  de  Dieu  (6),  Laromi- 

;uière  s'élève  à  une  noblesse  et  à  une  gravité  de 

an;^age  qui  rappelle  la  manière  de  Malebranche 

'1  de  Pascal.  C.  Mallet, 


678 

Laromiguière  et  l'Éclectisme  (1842).  -  Saphary,  VÉ- 
cole  éclectique  et  r École  française  (1844).  —  Perrard, 
Logique  classique  d'après  les  principes  de  Laromiguière, 
tl  Résumé  de  Philosophie  (1844).  —  C.  Mnllet,  Mémoire 
sur  Laromiguière,  inséré  dans  le  Compte  rendu  des 
Séances  et  Travaux  de  l'académie  des  Sciences  morales 
et  politiques,  tome  III,  de  l'année  1847.  —  Iil.,  Revue  de 
l'Instruction  publique,  n"  du  30  décembre  1858.  —  Tissot, 
Appréciations  des  Leçons  de  Philosophie  de  Laromi- 
çjnière  (185b).  —  Mignet,  Notice  historique  sur  la  f^ie  et 
les  Écrits  de  M  Laromiguière  fl8B6).  —  Taine,  Les  Phi- 
losophes français  du  dix-neuvième  siècle  (1857).  — 
P.  Jannet,  dans  La  Liberté  de  penser,  t.  l''"',  n"»  3  et  4  fé- 
vrier et  mars  1848.  —  Ch,  Jourdain,  Journal  général  de 
l'Instruction  publique,  n"  du  24  novembre  1858. 


0,1  miron,  £ssai  sur  l'Histoire  de  la  Philosophie  en 
■ru ace  au  dix-neuvième  siècle  [  1828)  Leçons  de  P/Ulo- 
opitie  de  Laromiguière  jugées  par  MM.  Cousin  et 
iltiiae  de  Biran  (1829).  —  Daunou,  iVotice  i«r  la  Vie 
f   les   Ouvrages  de  Laromiguière  (1839),  —    Valette, 


(1)  Part.  II,  p.  34-47. 
12    Part.  Il,  p.  373. 
,;i)  Part.  Il,  p.  346-347. 
(4|  Part.  Il,  p.  23-24. 
(3)  Part.  Il,  p.  81-82. 
vB)  Part.  Il,  p.  342-349 


LARON  (  Jourdain  de  ) ,  ou  Loeon,  évéque 
de  Limoges,  mort  en  1052.  Il  fut  d'abord  prévôt 
de  Saint-  Léonard ,  et  il  occupait  cette  charge 
en  1024,  quand  mourut  Girard  ,  évêque  de  Li- 
moges. Plusieurs  compétiteurs  prétendaient  à  la 
succession  de  Girard.  Les  suffrages  des  électeurs 
réunis  à  Saint-Junien  désignèrent  Jourdain  de 
Laron ,  et  aussitôt  le  duc  d'Aquitaine  le  condui- 
sit triomphalement  dans  sa  ville  épiscopale.  Il 
n'était  encore  que  sous-diacre;  mais  en  deux 
jours  il  fut  ordonné  diacre ,  prêtre ,  évêque ,  par 
Islon ,  évêque  de  Saintes ,  assisté  de  l'arche- 
vêque de  Bordeaux  et  de  Boson,  Arnauld,  Isam- 
bert,  ses  suffragants.  On  ne  se  gênait  guère 
au  onzième  siècle  pour  précipiter  ainsi  la  col- 
lation des  grades  ecclésiastiques.  Cependant  cette 
ordination  s'était  faite  sans  la  participation  de 
l'archevêque  de  Bourges,  qui  avait  Limoges 
dans  sa  province.  L'archevêché  de  Bourges  était 
alors  occupé  par  Gaiislin  ,  prélat  de  grande  mai- 
son, puisqu'il  était  fils  naturel  de  Hugues  Capet, 
et  conséquemment  frère  du  roi  Robert.  Jourdain 
n'avait-il  pas  affecté  quelque  mépris  pour  sa  per- 
sonne ,  ou  pour  ses  droits  ?  Jaloux  de  voir  au 
plus  tôt  décider  cette  question,  Gauslin  rassemble 
un  concile ,  auquel  le  roi  Robert  vient  assister 
lui-même ,  et  ce  concile  excommunie  non-seule- 
ment Jourdain ,  mais  tout  son  diocèse  :  ipsum- 
que  totum  Lemovicinum  excommunicavii  :  ce 
sont  les  termes  exprès  de  l'historien  Adhémar 
de  Chabannes.  Comme  foudroyé  par  cette  sen- 
tence, Jourdain  fut  alors  contraint  de  déclarer 
les  raisons  de  son  étrange  conduite.  Elles  étaient 
graves.  S'il  s'était  écarté  des  règles  canoniques, 
s'il  avait  solhcité  les  services  d'un  autre  métro- 
poHtain  que  le  sien ,  c'est  qu'il  n'avait  pas  voulu 
être  consacré  à  prix  d'argent  par  un  prélat  si- 
raoniaque.  Cependant ,  malgré  cette  justification 
de  sa  démarche  irrégulière ,  justification  qui  ne 
paraît  pas  avoir  été  contredite  ,  Jourdain  ne  put 
recouvrer  son  titre  d'évêque  et  rendre  la  paix  à 
son  éghse  qu'après  avoir  subi  la  rude  pénitence 
qui  lui  fut  imposée  par  Gauslin  :  il  se  rendit  à 
Bourges  avec  une  suite  de  cent  clercs  ou  moines, 
et  clercs ,  moines  ,  évêque ,  tous,  les  pieds  nus , 
s'acheminèrent  vers  le  palais  archiépiscopal  al- 
lant demander  un  pardon  que  Gauslin  daigna 
ieur  accorder.  Jourdain  fit  ensuite  un  voyage  à 
la  Terre  Sainte.  A  son  retour,  en  1028,  il  fit 
consacrer  sa  cathédrale.  En  1031,  nous  le  voyons 

22. 


P79 


LARON  — 


au  concile  de  Bourges,  où  il  fait  un  discours 
contre  les  bandes  armées  qui  dévastaient  les 
campagnes.  Consacrant  les  conclusions  de  ce 
discours,  les  évêques  assemblés  maudirent  ces 
exécrables  pillards ,  maledicta  arma  eorum  et 
caballi  eortim,  ajoutant  que  par  leurs  brigan- 
dages ils  avaient  appelé  sur  leurs  têtes  la  même 
peine  que  Judas  le  traître  et  Gain  le  fratricide. 
Des  écrits  qu'il  nous  a  laissés,  le  plus  impor- 
tant est  une  lettre  au  pape  Benoît  Vlll  touchant 
l'apostolat  de  Saint-Martial.  Jourdain  soutient 
que  cet  apostolat  n'est  qu'une  fable  imaginée 
par  l'abbé  de  Saint-Martial  au  profit  de  sa  va- 
nité. La  lettre  de  notre  prélat  a  été  publiée  dans 
le  tome  II du  Gallïa  Christiana,  instr.,  col.  161. 
On  sait  que  l'Église  romaine  n'a  pas  sanctionné 
cetteopinion,  et  que  Jean  XVIII  s'est  au  contraire 
prononcé  pour  la  thèse  de  l'abbé  de  Saint- Mar- 
tial. B.  H. 

Gallia  Christ,  t.  H,  col.  814,  et  instr.  -  Hist.  litt.  de 
la  France,  t.  VII,  col.  4-51. 

*LA    RONCIÈRE    LE    NOURY     (    Camille- 

Adalbert- Marie ,  baron  Clément  de  ) ,  marin 
français ,  né  à  Turin ,  le  31  octobre  1813.  Entré 
à  l'école  navale  en  1829,  il  en  sortit  l'année  sui- 
vante, fit  des  campagnes  dans  les  mers  du  Sud, 
au  Brésil,  devint  enseigne  de  vaisseau  en  1834, 
et  lieutenant  de  vaisseau  en  1843.  Aide-de-carop 
de  l'amiral  La  Susse ,  il  remplit  plusieurs  mis- 
sions en  Angleterre,  et  commanda  La  Vedette  à 
Constantinople,  de  1847  à  1849.  Secrétaire  et 
rapporteur  de  la  commission  qui  a  rédigé  le 
décret  organique  sur  le  service  à  la  mer  du 
15  août  1851  et  les  règlements  qui  y  sont  an- 
nexés ,  il  était  chef  d'état-major  du  ministre  de 
la  marine  en  1851,  capitaine  de  frégate  le  4  sep- 
tembre de  la  même  année,  et  chef  d'état-major 
de  l'escadre  de  la  Méditerranée  en  1852.  Com- 
mandant Le  Roland  en  1853  et  1854,  il  fit  sur 
ce  bâtiment  la  campagne  de  Crimée  jusqu'en 
janvier  1855  ;  —  Le  Roland  entra  le  premier  dans 
la  baie  de  Kamiesch,  et  ouvrit  ainsi  une  voie  de 
communication  entre  l'armée  et  la  marine;  il 
força  sous  le  feu  de  l'ennemi  la  baie  de  Strelitzka, 
qui  fut  également  d'un  grand  secours  à  l'expé- 
dition. Capitaine  de  vaisseau  le  3  février  1855 
et  membre  du  conseil  d'amirauté ,  il  rentra  en 
France,  et  fut  nommé  membre  du  jury  interna- 
tional de  l'exposition  universelle  de  1855  et  se- 
crétaire rapporteur  de  la  treizième  classe  sur  la 
marine.  En  1856,  il  commanda  sur  La  Reine- 
JJortense  l'expédition  du  prince  Napoléon  aux 
mers  arctiques.  Il  y  lutta  avec  succès  contre  tou- 
tes les  difficultés  inhérentes  à  la  navigation  dans 
ces  parages.  Rentré  à  son  retour  dans  le  con- 
seil d'amirauté,  il  a  été  appelé  au  mois  de  mars 
1858  au  commandement  de  la  division  navale  de 
Terre-Neuve,  qu'il  quitta  pour  remplir  d'impor- 
tantes missions  diplomatiques.  M.  de  la  Roncière 
est  un  des  officiers  les  plus  distingués  de  la  ma- 
rine française.  L.  L — t. 
,  Documents  particuliers. 


LAROQUE  680 

LA  ROQUE  (S.-G.  DE),  poète  français,  né 

vers  1565,  à  Clermont  en  Beâuvoisis,  mort  vers 
1615.  Il  connaissait  le  latin  et  l'italien,  imita 
dans  ses  vers  l'école  de  Ronsard,  et  s'inspira 
également  d'Ovide  et  de  l'Arioste.  On  a  de  La 
Roque,  sous  le  titre  A' Œuvres,  Paris,  1619, 
in-12,  trois  livres  de  poésie  amoureuse,  des 
odes  adressées  à    Henri  IV,  au    dauphin,  à' 
Sully,  etc.,  des  élégies,  La  Chaste  bergère,  pas 
torale,  et  des  œuvres  chrétiennes.  Une  partie.de  •; 
ces  pièces  avaient  déjà   paru  isolément,  puisi 
dans  les  Premières  Œuvres  ;  Paris,  1590,  in^", 
augmentées  en  1596  et  en  1608.  K. 

ViolletLe  Duc,  Biblioth.  Poétique. 
LA  ROQUÉ  {Jean  de),  littérateur  français, 
né  en  1661,  à  Marseille,  mort  le  28  décembre 
1745,  à  Paris.  Fils  d'uu  négociant  de  Marseille, 
il  fut  attaché  à  la  maison  de  Bouillon ,  eut  occa- 
sion de  voyager,  et  parcourut  en  16891a  Syrie, 
le  mont  Liban  et  quelques  autres  pays.  En  1715 
il  s'établit  à  Paris,  et  y  mourut  dans  un  âge  fort 
avancé.  On  a  de  lui  :  Voyage  dans  VArabieu 
heureîise,  fait  de  1708  à  1710  par  rocéani 
oriental  et  le  détroit  de  la  mer  Rouge,  avec 
la  relation  d'un  voyage  fait  du  port  de  Mokai 
à  la  cour  d'Yemen  de  1711  à  1713;  Paris,» 
1716,  in-12,  fig.,  contenant  à  la  fin  un  mémoire 
très-curieux  sur  l'arbre  et  la  culture  du  café  ;  --. 
Voyage  fait ,  par  ordre  du  roi ,  dans  la  Pari 
lestine,  suivi  de  la  Description  de  UArabie,t 
d'Ismaël  Abulféda,  trad- en  français  avec, 
des  noies;  Paris,  1717,  in-12,  fig. ;  — -  Voyage) 
en  Syrie  et  au  mont  Liban;  Paris,  1722,! 
2  vol.  in-12;  —  Marseille  savante,  ancienne 
et  moderne ,- Paris,  1726,  in-12,  écrit  inséré,  dixi 
ans  auparavant,  dans  les  Mémoires  de  Trévoux.: 
Il  est  encore  auteur  d'un  Voyage  dans  la  bassea 
Normandie ,  qui  a  paru ,  en  forme  de  lettre^  ,> 
dans  Ze  ilfercMre  (  1726-1733  ). 

LA  ROQUE  (  Antoine  de  ) ,  frère  du  précé-i 
dent,  né  en  1672,  à  Marseille,  mort  le  3  octobre! 
1744,  à  Paris.  Ayant  obtenu  le  privilège  de  con-j 
tinuer  le  Mercure ,  il  le  rédigea ,  avec  Fuzelieri 
et  Dufresnoy,  depuis  le  mois  de  juin  1721  jus-' 
qu'à  sa  mort.  Il  donna  au  théâtre  deux  opéras, 
et  deux  tragédies  en  cinq  actes  attribuées  à  l'abbâ 
Pellegrin,  l'une  intitulée  Médée  etJason,  l'autrei 
Théonée;  1715.  P.  L— y. 

Mercure  de  France,  oct.  1744  et  déc.  1745.  —  Titon  du 
Tillet,  Suppl.  au  Parnasse  franc.  —  Morérl ,  Dict.  Hist. 
LAROQUE  (  Gilles-André  ) ,  sieur  de  La 
LocTiÈRE,  généalogiste  français,  né  à  Cornelles, 
en  Normandie,  dans  l'année  1 598,  mort  à  Paris, 
en  1686.  Il  s'adonna  à  l'étude  de  la  science  hé- 
raldique et  de  la  généalogie,  et  se  fit  connaître 
d'abord  par  une  Histoire  des  Maisons  de  fou- 
chet ,  de  Brossart  et  du  Fay  ;  Caen,  1654, 
in-fol.  :  ce  n'est  guère  qu'une  compilation ,  très- 
aride,  de  titres  divers.  —  Il  donna  ensuite  ime  His 
toire  généalogique  de  la  Maison  d'Hanovre, 
Paiis,  1762,  2  vol.  in-folio.  Parmi  d'autre.< 
écrits  on  remarque  son  Traité  du  Ban  et  d( 


681  LAROQUE 

Varrière-Ban ,  et  surtout  le  Traité  de  la  No- 
blesse, dont  il  y  eut  plusieurs  éditions.  Suivant 
l'abbé  de  Laporte,  il  avait  travaillé  pendant 
trente  ans  à  l'histoire  de  sa  province  natale,  his- 
toire qui  n'a  point  été  publiée.  Il  eut  le  titre 
d'historiographe  du  roi  et  de  chevalier,  de  l'ordre 
de  Saint-Michel.  G.  de  F. 

Boisard ,  Biogr.  des  Hommes  remarqtMbles  du  Cal- 
vados. 

LA  ROVÈRE  (  Julien  DE  ).  Voy.  Jdles  II. 
LA   novÈRE  (Éléonore  de  ).  Voy.  Gon- 

ZAGLE. 

LARRA  (  Mariano-Jose  de  ) ,  pamphlétaire  et 
auteur  dramatique  espagnol ,  né  à  Madrid,  le 
'4  mars  1809,  mort  le  13  février  1837.  Son  père, 
médecin  renommé ,  s'attacha  au  roi  Joseph,  et 
quitta  l'Espagne  avec  ce  prince  à  la  fin  de  la 
guerre  de  la  péninsule.  Larra,  alors  âgé  de  quatre 
ans,  fut  envoyé  à  l'école  en  France,  et  quand  sa 
famille  obtint  de  revenir  en  Espagne,  en  1817, 
il  avait  presque  entièrement  oublié  sa  langue 
maternelle.  Il  répara  bien  vite  cette  lacune  de 
son  éducation,  et  plus  tard  il  se  distingua  comme 
écrivain  par  la  pureté  de  sa  diction  espagnole  et 
son  aversion  pour  les  gallicismes.  Enfant,  il  se 
montra  studieux  et  posé;  mais  son  caractère 
changea  avec  les  années.  Il  rompit  avec  son  père, 
qui  voulait  lui  faire  étudier  le  droit,  et  chercha 
des  ressources  dans  la  littérature.  Sous  Ferdi- 
nand Vil,  les  livres  étaient  fort  mal  payés,  et 
leur  publication  était  soumise  aux  formalités  les 
plus  gênantes.  La  censure  ne  laissait  guère  passer 
que  des  ouvrages  insignifiants,  et  ceux  que  Larra 
publia  à  cette  époque  n'ont  pas  été  recueillis 
dans  l'édition  qu'il  donna  de  ses  œuvres.  Enfin, 
en  1832  les  restrictions  qui  enchaînaient  la  presse 
'furent  un  peu  relâchées;  Larra  en  profita  pour 
(publier  El  pobrecito  Hablador  (  Le  pauvre  Ja- 
seur),  pamphlet  périodique  que  l'autorité  arrêta 
au  quatorzième  numéro.  Dans  une  forme  qui 
rappelle  Le  Spectateur  A' kàA\so\x,  Larra  osa, 
sous  l'œil  soupçonneux  de  Ferdinand  VII,  en 
présence  de  l'ombrageuse  censure  du  ministère 
Zéa ,  fronder  les  ridicules  de  la  société  et  les  abus 
de  l'administration.  El  pobrecito  Hablador  est 
sous  forme  épistolaire.  Le  bacheher  don  Jucm 
Ferez  de  Mungeria,  bon  Espagnol,  mais  qui  a 
des  doutes  et  des  scrupules  sur  certaines  choses, 
entretient  une  correspondance  avec  son  ami  An- 
dres  Niporesas ,  type  robuste  et  naïf  de  l'im- 
mobilité espagnole.  Les  deux  amis  échangent 
leurs  réflexions  au  sujet  des  hommes  et  des 
choses  du  pays  des  Batuecas,  et  la  bonhomie  avec 
laquelle  ils  exposent  les  abus  les  plus  énormes 
devient  une  sanglante  ironie.  La  liberté  de  presse 
concédée  par  la  régente  Christine  permit  à  Larra 
d'exprimer  ses  appréciations  satiriques  d'une 
manière  moins  détournée.  Il  commença  dans  la 
Revue  espagnole,  et  continua  dans  le  journal 
Le  Monde,  sous  le  pseudonyme  de  Figaro,  une 
série  d'études  de  mœurs  dans  le  genre  de  VHer- 
mite  de  Jouy,  mais  qui ,  par  la  vigueur  de  la 


—  LARRA 


682 


pensée,  la  force  poignante  de  l'observation,  et 
la  vivacité  du  style  laissent  ce  modèle  bien  loin 
dernière  elles.  Larra  écrivit  vers  le  même  temps 
un  roman,  un  drame  et  traduisit  plusieurs  pièces 
du  français.  Le  nom  du  spirituel  pamphlétaire 
s'étendit  rapidement  en  Espagne  et  en  franchit 
les  frontières.  En  1835  Larra  fit  un  voyage  en 
Portugal,  en  Angleterre,  et  en  France,  et  reçut 
partout  un  accueil  flatteur.  Mais  au  milieu  de 
ses  succès  il  était  poursuivi  par  une  vague  et 
amère  tristesse.  «  Si  j'osais ,  disait-il ,  me  citer 
en  compagnie  de  Molière  et  de  Moratin,  j'avoue- 
rais franchement  que ,  comme  eux ,  c'est  dans 
mes  moments  de  mélancoUe  que  j'ai  contribué  à 
l'amusement  du  public  (1).  «  Après  une  absence 
de  dix  mois,  il  revint  brusquement  à  Madrid, 
parce  que,  dit-il ,  il  ne  pouvait  vivre  «  sans  soleil 
et  sans  chocolat  ».  L'état  de  l'Espagne  n'était 
pas  de  nature  à  le  réjouir.  La  guerre  civile  sé- 
vissait au  nord  et  à  l'ouest.  Les'ministères  se  suc- 
cédaient sans  amener  an  pouvoir  aucun  homme 
d'énergie  et  d'intelligence  supérieure.  Larra,  dans 
sa  mauvaise  humeur,  s'en  prit  surtout  aux  minis- 
tres,et  alla  jusqu'à  excuser  la  justice  sommaireque 
la  population  de  certaines  villes  exerçait  contre 
les  carlistes.  «  Quoi  d'étonnant,  dit-il,  que  la  so- 
ciété assaillie  en  masse  se  défende  en  masse? 
Quoi  d'étonnant  que,  ne  pouvant  étouffer  d'une 
fais  l'ennemi  dans  ses  bras ,  le  peuple  se  rue  sur 
la  fraction  la  plus  faible  quand  elle  est  à  sa 
portée?  Celui-là  seul  peut  être  généreux  qui  est 
déjà  vainqueur.  S'il  est  donné  au  gouvernement 
de  juger  et  de  condamner  avec  les  formes  légales, 
c'est  qu'il  est  hors  de  cause,  c'est  qu'il  repré- 
sente l'impartiale  justice;  mais  voudrait-on  que 
de  deux  athlètes  au  plus  fort  de  la  lutte,  l'un 
continuât  de  combattre  à  outrance  son  ennemi , 
tandis  que  l'autre  se  contenterait  de  dire  :  «  At- 
tends un  peu ,  ne  me  tue  pas ,  car  je  vais  appeler 
la  justice,  qui  est  de  mon  parti,  pour  quelle  te 
pende!  »....  Le  gouvernement  n'a  pas  su  con- 
tenir la  population  à  temps  et  donner  une  issue 
légale  à  ses  justes  colères ,  et  son  successeur  ose 
se  plaindre,  de  quoi?  De  ce  que  les  peuples  ne 
sont  pas  de  carton ,  comme  les  uns  et  les  autres 
l'avaient  cru  !  ■»  Ces  cruelles  paroles  attestent 
l'exaspération  maladive  de  l'esprit  de  Larra.  Des 
chagrins  intimes  s'ajoutant  aux  malheurs  pu- 
blics  portèrent   au  paroxysme   cette   maladie 


(1)  Dans  un  de  ses  meilleurs  essais,  le  Jour  des  Morts 
de  1836,  Larra  exprime  plaisamment  sa  mélancolie  habi- 
tuelle. «  Un  homme  qui  croit  à  l'amitié,  dit-il,  et  qui 
parvient  à  la  voir  en  dedans,  un  ingénu  qui  s'est  amou- 
raché d'une  coquette,  un  porteur  de  bons  des  cortès, 
une  veuve  à  qui  l'on  a  assigné  une  pension  sur  le  trésor 
espagnol ,  un  militaire  qui  a  perdu  une  jambe  pour 
Vestatuto  et  qui  est  resté  sans  jambe  et  sans  estatuto , 
un  général  constitutionnel  poursuivant  Gomez,  image 
fidèle  de  l'homme  qui  court  après  le  bonheur  sans  pou- 
voir l'atteindre,  un  rédacteur  du  Monde  emprisonné  en 
vertu  de  la  liberté  de  la  presse ,  un  ministre  d'Espagne 
et  un  roi  constitutionnel,  enfin,  sont  tous  des  êtres 
joyeux  et  folâtres  par  comparaison  à  la  mélancolie  qui 
m'accablait  ce  jour-là.  » 


683 


LARRA  — 


morale.  N'ayant  pas  trouvé  le  bonheur  dans  un 
mariage  contracté  à  l'âge  de  vingt  ans ,  il  l'a- 
vait ciierché  dans  une  liaison  avec  une  femme 
mariée.  Des  rapports  entre  lui  et  cette  personne 
existaient  depuis  cinq  ans ,  lorsqu'elle  exprima 
la  volonté  bien  arrêtée  de  les  faire  cesser.  Une 
dernière  entrevue  eut  lieu  dans  la  demeure  de 
Larra,  le  13  février,  et  se  termina  par  une  rup- 
ture déclarée.  Quelques  moments  après,  la  fille 
du  malheureux  pamphlétaire  entrant  dans  sa 
chambre  le  trouva  étendu  mort  sur  le  parquet 
devant  son  miroir.  Il  venait  de  se  tirer  un  coup 
de  pistolet.  La  fin  sinistre  du  spirituel  railleur 
émut  profondément  la  population  de  Madrid ,  et 
le  lendemain  une  foule  immense  suivit  son  char 
funèbre,  que  surmontaitune  couronne  de  laurier. 
A  la  fin  de  la  cérémonie,  un  jeune  homme  de  dix- 
huit  ans,  Zorilla,  alors  à  ses  débuts,  lut  une  pièce 
de  vers  qui  fut  accueillie  avec  enthousiasme  et 
fit  espérer  aux  assistants  une  compensation  pour 
la  perte  que  les  lettres  avaient  faite.  Le  Probre- 
cito  Hablador  et  les  essais  publiés  sous  le  nom 
de  Figaro  ,  quoiqu'ils  n'aient  plus  aujourd'hui  le 
charme  de  l'à-propos ,  ont  gardé  leur  intérêt  et 
plutôt  gagné  que  perdu  en  popularité.  !l  n'en  est 
pas  de  même  de  son  Boncel  cle  don  Enrique  el 
Doliente ,  imitation  médiocre  et  ennuyeuse  de 
Walter  Scott.  Ce  roman  est  fondé  sur  l'aven- 
ture du  poète  galicien  du  quinzième  siècle ,  Ma- 
cias  l'Amoureux,  tué  par  le  mari  d'une  dame  qu'il 
courtisait.  Larra  composa  sur  le  même  sujet  un 
drame  beaucoup  plus  animé  que  son  roman.  Ses 
autres  pièces  sont  traduites  ou  imitées  du  fran- 
çais. Une  des  dernières  portait  ce  titre  remar- 
quable quand  on  le  rapproche  de  la  fin  de  l'au- 
teur :  Ton  amour  on  la  mort  (  Tu  amer  a  la 
muer  te).  Les  œuvres  complètes  de  Lara  ont  paru 
à  Madrid,  1843, et  à  Paris,  1848,  2  vol.  in-8°. 

L.  J. 

Notice  sur  Larra,  en  tète  de  l'édition  de  ses  OEuvres. 
—  Gustave  d'Alam  ,  Le  Pamphlet  en  Espagne;  dans  la 
Revue  des  Deux  Mondes,  juillet,  1847. 

LAKRAGA  {  ApolUnarlo),  peintre  espagnol , 
né  à  Valence,  mort  en  1728.  Il  se  forma  d'après 
les  ouvrages  de  Pedro  Orrente,  et  réussit  à  imiter 
ce  maître  dans  la  peinture  de  genre  et  dans  celle 
des  animaux.  Il  a  laissé  beaucoup  d'ouvrages 
dans  les  couvents  de  Valence.  Il  possédait  à  un 
haut  degré  l'emploi  du  clair-obscur. 

LARRAGA  { Jose fa- Maria) ,  peintre  espa- 
gnole, fille  du  précédent,  vivait  vers  1738.  Elle 
fut  élève  de  son  père,  et,  quoiqu'elle  eût  les  mains 
difformes,  réussit  à  manier  avec  adresse  le  crayon 
et  le  pinceau.  On  cite  d'elle  à  Valence  un  Reli- 
quaire de  la  Vierge  et  un  Saint  Thomas  de 
Villeneuve  peints  avec  grâce  et  pureté  ;  mais  elle 
se  distingua  surtout  dans  la  miniature.  Elle 
fonda  à  ses  frais  et  dirigea  plusieurs  années  une 
académie  d'où  sortirent  de  bons  élèves.  A.  de  L. 

Las  Constitutiones  y  Jetas  de  la  Academia  de  Va- 
lence. —  Quillii-t,  Dictionnaire  des  Peintres  espagnols. 

LARRAAiENDi  (Manuel  de),  philologue  es- 
pagnol, né  dans  le  Giiipuscoa,  vers  la  fin  du 


LARREY    .  684 

dix-septième  siècle,  mort  en  1750,  embrassa  la 
règle  de  Saint-Ignace,  professa  la  théologie  au 
collège  de  Salamanque,  et  fut  le  confesseur  de  la 
reine  Marie- Anne  de  Neubourg,  veuve  de  Char- 
les II.  Après  avoir  habité  quelque  temps  la  cour, 
le  P.  Larramendi  alla  finir  ses  jours  dans  sa  pro- 
vince natale ,  consacra  sa  vie  à  l'étude  de  la  langue 
basque,  dont  il  a  fait  connaître  les  richesses  et 
les  règles  fondamentales.  Le  P.  Larramendi  a 
laissé  :  La  Antiquedad  y  Universalidad  del 
Bascuence  en  Espagna;  Salamanque,  1748, 
in-8".  L'auteur  veut  y  prouver  que  le  cas- 
tillan et  ses  différents  dialectes  sont  dérivés  de  la 
langue  basque;  —  El  impossible  veneido  Ariede 
la  Langtia  Bascongada ;  ibid.,  1729,  in-8°.. 
Dans  l'épître,  où  l'auteur  dédie  cet  ouvrage  à  la 
province  de  Guipuscoa,  il  dit  que  «seul  detoutcs 
les  langues  le  basque  n'a  eu  ni  enfance  ni  im- 
perfections. Il  a  été  créé  immédiatement  de  Dieu, 
dans  sa  perfection  actuelle ,  lors  de  la  division 
des  langues,  et  le  basque  est  une  des  soixante- 
douze  premières  langues  mères;  »  —  Discorso 
hisforico  sobre  la  antiqua  famosa  Cantabrla; 
Madrid,  173e,  in-8'';  —  Dictionnario  trilen- 
gue  delCastellano,  Bascuence  y  Latin;  Saint- 
Sébastien,  1745,  2  vol.  in-folio.  Ce  dictionnaire  est 
précédé  d'un  discours  où  Larramendi  relève  les 
erreurs  et  les  omissions  de  la  plupart  des  gram- 
mairiens espagnols.  Il  juge  sévèrement  le  cé- 
lèbre Mayans,  qui ,  de  son  côté ,  se  reconnaît 
l'auteur  de  tout  ce  que  Larramendi  a  écrit  de 
raisonnable  sur  la  langue  basque.  F.-X.  Tessier. 

Gregorio  Mayans,  Spécimen  Bibliotheca  Hispano-Ma- 
jansianse. 

LARREY  (Isaac  de),  sieur  de  Granchamp 
et  de  CouRMÉNiL,  historien  français,  né  à  Mon- 
tivilliers,  le  7  septembre  1638  selon  Nicéron,  ou 
le  25  janvier  1639  d'après  le  Dictionnaire  de  la 
Noblesse,  mort  à  Berlin,  le  17  mars  1719.  Il  ap- 
partenait à  une  famille  noble  du  bailliage  d'A- 
lençon,  qui  avait  embrassé  le  protestantisme. 
Resté  de  bonne  heure  orphelin ,  il  fit  ses  études 
à  Caen,  où  il  composa  un  petit  poème  latin  sur 
l'abdication  de  la  reine  Christine  de  Suède-  Ses 
humanités  achevées,  il  revint  dans  sa  ville  na- 
tale, alla  faire  son  droit  dans  une  autre  acadé- 
mie, retourna  prendre  ses  degrés  à  Caen,  et  entra 
chez  un  avocat  de  Harfleur,  pour  se  familiariser 
avec  la  coutume  de  Normandie.  Il  exerça  ensuite 
la  profession  d'avocat  à  Montivilliers,  et  s'acquit 
une  grande  réputation  par  ses  connaissances  en 
matières  bénéficiales.  Sa  fille  aînée  n'eut  pas 
plus  tôt  atteint  sa  douzième  année,  que,  séduite 
par  quelques  dames  de  la  ville,  elle  quitta  le  toit 
paternel  et  se  réfugia  dans  un  couvent  pour  se 
faire  catholique.  Les  édits  la  protégeaient  ;  Lar- 
rey  n'essaya  pas  de  faire  une  opposition  qu'il 
savait  inutile ,  mais  pour  soustraire  ses  autres 
enfants  aux  influences  du  prosélytisme,  il  réso- 
'ut  de  quitter  la  France.  Il  obtint  un  passeport 
d'un  an,  et  se  rendit  à  Berlin,  en  1683,  pour  im- 
plorer la  protection  de  Frédéric-Gu'l^anme.  Ce 


685  LARREY 

prince  ordonna  à  son  chargé  d'affaires  à  Paris 
d'employer  tout  son  crédit  en  faveur  de  Larrey; 
mais  les  démarches  de  l'envoyé  de  Brandebourg 
restèrent  sans  résultat.  Larrey  se  décida  à  se 
sauver  secrètement.  Arrêté  au  Havre  avec  sa 
femme  et  ses  quatre  enfants,  il  fut  jeté  en  prison. 
Tout  ce  que  ses  amis  purent  obtenir  fut  qu'il  se 

surveillance 


68  r> 


relirerait  à  Montivilliers  sous  la 
ri's  magistrats.  Il  finit  cependant  par  avoir  la  per- 
Tiiission  d'habiter  Rouen.  Cherchant  toujours 
l'occasion  de  fuir,  il  finit  par  trouver  un  capitaine 
de  vaisseau  qui  consentit  à  le  transporter  en 
Hollande  avec  sa  famille.  Libre  alors,  mais  sans 
i'issources,  il  dut  recourir  à  sa  plume  pour 
trouver  des  moyens  d'existence,  et  il  composa 
quelques  ouvrages  historiques.  Les  états  géné- 
raux, sur  le  rapport  de  Hirsching,  le  nommèrent 
leur  historiographe,  et  peu  de  temps  après  l'élec- 
teur de  Brandebourg  l'attira  à  Berlin,  en  lui 
donnant  le  titre  de  conseiller  aulique  et  de  léga- 
tion avec  une  pension  considérable.  La  reine 
Sophie-Charlotte  le  choisit,  de  son  côté,  pour  lec- 
teur, et  le  logea  à  Charlottenbourg.  Il  consacrait 
tous  ses  loisirs  à  la  culture  des  lettres,  et  con- 
serva jusqu'à  la  fin  de  sa  vie  une  grande  vivacité 
d'esprit,  une  mémoire  excellente ,  une  certaine 
vigueur  de  tempérament  et  de  la  brusquerie 
dans  le  caractère.  Il  travaillait  avec  facilité ,  se 
fiait  trop  à  sa  mémoire ,  citait  souvent  les  livres 
sans  les  rouvrir,  ce  qui  explique  les  inexacti- 
tudes qu'on  est  en  droit  de  lui  reprocher. 

Son  fils,  ^enri  Larreï,  devint  major  général 
au  service  des  états  généraux,  et  fut  créé  par 
l'empereur  d'Allemagne  comte  du  Saint-Empire 
en  1739.  Thomas-IsaacLxRREY,  né  en  1703,  fils 
d'Henri ,  grand-sénéchal  du  comté  de  Kniphau- 
sen,  fut  envoyé  comme  ambassadeur  des  Pro- 
vinces-Unies auprès  de  la  cour  de  Versailles. 

Onad'IsaacLarrey  :  Histoire  d'Auguste,  con- 
tenant les  plus  particuliers  événements  de  sa 
vie,  avec  Vidée  générale  de  son  siècle  et  le 
plan  de  sa  politique  et  de  son  gouvernement  ; 
Rotterdam  (  Berlin),  1690,  in-8°  ;  réimprimée  à  la 
suite  de  X Histoire  des  deux  Triumvirats,  par 
Citry  de  La  Guette;  Amsterdam,  1715,  in-12; 

—  Histoire  d'Éléonore  ae  Guienne;  Rotter- 
dam, 1691,  in-12  ;  réimprimé  sous  ce  titi'e  :  L'Hé- 
ritière de  GrMienne  ;  Rotterdam,  1692,  in-8°  et 
in-12;  nouv.  édition, augmentée  d'un  supplément 
et  de  notes  par  Cussac;  Paris,  1788,  in-8°; — His- 
toire d'Angleterre,  d'Ecosse  et  d'Irlande  avec 
un  abrégé  des  événements  les  plus  remar- 
quables arrivés  dans  les  autres  États;  Rot- 
terdam, 1697-1713,  4tomes  m-M.;  —  Béponse 
àl'Avis  aux  Réfugiés  ; 'RoiXe.rA&ra,  1709, in-12; 

—  Histoire  des  Sept  Sages;  Rotterdam,  1713- 
1716,  'A  parties  iu-S";  Rotterdam  (Rouen), 
1714-1716,  2  parties  in-t2;  nouv.  édition,  aug- 
mentée par  La  Barre  de  Beaumarchais  ;  La  Haye, 
1734,  2  vol.  in-8°;  —  Histoire  de  France  sous 
lerègne  de  Louis  Jï/F;  Rotterdam ,  1718-1722, 
3  vol.  in-4''  et  9  vol.  in-12  ;  Liége^  1723,  9  vol. 


in-12;  réimprimée  avec  des  notes  de  L.-F.  J.  de 
La  Barre  ;  Rotterdam  (Rouen),  1733-1738,  9  vol. 
in-12  :  la  mort  ne  lui  laissa  pas  le  temps  d'ache- 
ver cet  ouvrage,  qui  fut  continué  à  partir  de 
1701  par  Bruzen  de  La  Martinière.  Larrey  a 
traduit  en  français  la  Censure  du  Commen- 
taire de  Pierre-Jean  Olive  sur  l'Apocalypse 
avec  la  conjecture  de  Nicolas  de  Cusa 
touchant  les  derniers  ^emps  ;  Amsterdam  et 
Paris,  1700,  in-8°.  L.  L— t. 

Nicéron,  Mém,  pour  servir  à  l'Hist  des  Hommesr  llh 
dans  la  République  des  Lettres,  tome  I,  p.  I.  —  Lachc- 
naye  Desbois,  Dict.  de  la  Noblesse.  —  Haag,  La  France 
Protestante.— eu.  VJ eiss.  Uist.  d£S  Protestants  réfugiés. 
—  'NomreUes  XÀttéraires,  tome  X,  p.  4£8.  —  Biblioth. 
Germanique,  toiue  I,  p.  228. 

LARREY  {Glaude-François-Hllaire),  chi- 
rurgien français,  né  en  1774,  à  Baudéan,  mort  à 
Nîmes,  en  octobre  1819.  Après  avoir  achevé  ses 
études  médicales  dans  l'école  spéciale  que  son 
oncle  avait  formée  à  Toulouse,  il  obtint  au  con- 
cours une  place  de  chirurgien  major  dans  un 
régiment  en  1793,  et  fit  en  cette  qualité  plu- 
sieurs campagnes.  Nommé  ensuite  chirurgien  en 
chef  de  l'hôpital  militaire  et  civil  de  Nîmes, 
«  Larrey,  dit  M.  Bégin,  faisait  dans  son  hôpital 
des  cours  d'anatomie,  et  se  hvrait  à  l'enseigne- 
ment de  la  chirurgie  clinique  ;  ses  succès  dans 
la  pratique  des  opérations  les  plus  importantes  et 
les  plus  difficiles  lui  acquirent  une  grande  réputa- 
tion dans  toute  la  contrée.  Il  exécuta  entre  autres 
une  opération  césarienne  avec  un  tel  bonheur 
que  l'enfant  survécut  et  que  la  mère  ne  mou- 
rut que  longtemps  après,  d'une  maladie  étrangère 
à  la  division  de  l'abdomen,  dont  elle  avait  été 
parfaitement  guérie.  »  Larrey  s'était  fait  recevoir 
docteur  à  Montpellier  en  1803.  11  contribua  de 
toutes  ses  forces  à  la  propagation  de  la  vaccine 
dans  son  département.  Quoique  très-occupé ,  il 
donnait  encore  des  soins  aux  malades  pauvres 
des  environs  On  a  de  lui  :  Réflexions  particu- 
lières sur  l'art  des  Accouchements }  Nîmes, 
1799,  in-8°;  —  Larrey  aux  habitants  de 
Mînes;  Nîmes,  1801,  in-8°  :  écrit  en  faveur  de 
la  vaccine  ;  —  Discours  sur  les  Précautions 
que  doivent  prendre  les  Mères  pour  procurer 
une  bonne  constitutionà  leurs  Enfants, suivi 
de  quelques  réflexions  sur  les  accouchements; 
Nîmes,  1802,  in-S";— Discours  sur  la  préémi- 
nence et  la  certitude  de  la  médecine  opéra- 
toire; Nîmes,  1802,  in-8"';  —Dissertation 
sur  l'application  du  Trépan  à  la  suite  de 
quelques  lésions  du  crâne,  et  sur  l'utilité  en 
général  des  préparations  dans  les  grandes 
opérations,  fondée  sur  l'observation  ;  Mont- 
pellier, 1803,  in-8°  :  thèse  qu'il  soutint  pour  le 
doctorat.  Outre  ces  écrits,  Larrey  fit  plusieurs 
rapports  à  l'Institut  du  Gard,  dont  il  était  membre. 

L.L— T. 
Bégln,  dans  la  Biof/r.  Médicale. 

LARREY  { Dominique- Jean ,  baron),  cé- 
lèbre chirurgien  militaire  français,  frère  du  pré- 
cédent, né  à  Baudéan,  près  Bagnères  de  Bi- 


687 


LARREY 


688 


! 


gorre,  en  juillet  1766,  mort  à  Lyon,  le  25  juillet 
1842.  Orphelin  dès  son  bas  âge,  il  fut  appelé 
à  Toulouse  par  son  oncle,  Alexis  Larrey,  fon- 
dateur de  l'école  spéciale  de  chirurgie  de  cette 
ville,  sous  les  auspices  duquel  il  fit  ses  études. 
Venu  à  Paris  en  1787,  il  fut  bientôt  après  dé- 
signé, àla  suited'un  concours,  pour  faire  partiede 
médecins  auxiliaires  attachés  à  la  marine.  Lors- 
qu'il fut  arrivé  à  Brest,  un  nouvel  examen  le  fit 
choisir  pour  une  expédition  dans  l'Amérique  sep- 
tentrionale ,  et  il  s'embarqua  en  qualité  de  chi- 
rurgien major  sur  la  frégate  La  Vigilante ,  qui 
allait  à  l'île  de  Terre-Neuve  protéger  la  pêche 
de  la  morue.  Licencié  à  son  retour,  au  mois 
d'octobre ,  Larrey  revint  à  Paris ,  obtint  au  con- 
cours une  place  de  chirurgien  interne  aux  Inva- 
lides, et  reprit  le  cours  de  ses  études  sous  De- 
sault  et  Sabatier  :  bientôt  la  guerre  s'alluma. 
(c  Le  1"  avril  1792,  dit  Pariset,  Larrey  était  à 
Strasbourg  avec  les  fonctions  de  chirurgien 
major  des  hôpitaux  de  l'armée  du  Rhin.  Dès  les 
premiers  pas ,  c'est-à-dire  dès  les  premières  vic- 
toires de  cette  valeureuse  armée,  Larrey  fut 
frapi)é  de  l'imperfection  du  service  chirurgical  ; 
c'était  à  une  lieue  du  champ  de  bataille  que  se 
tenaient  les  ambulances  ;  la  bataille  terminée,  ces 
ambulances  rencontraient  dans  leurs  mouve- 
ments des  milliers  d'obstacles ,  et  vingt-quatre , 
trente,  trente-six  heures  s'écoulaient  avant  que 
le  blessé  reçût  aucun  secours  :  saisi  de  pitié,  Lar- 
rey conçut  le  dessein  d'une  ambulance  aussi  lé- 
gère, aussi  mobile,  aussi  rapide  que  l'artillerie  vo- 
lante. Quelques  essais  portèrent  cette  ambulance 
à  sa  perfection.  Ellefit  sur  l'âme  du  soldatla  même 
impression  que  fit  autrefois  sur  toute  une  armée 
la  seule  présence  d'Ambroise  Paré.  Sûr  d'être 
promptement  secouru ,  le  soldat  se  crut  invin- 
cible ,  et  plus  d'une  fois  Larrey  a  recueilli  lui- 
même  les  heureux  fruits  de  sa  belle  invention.  « 
Napoléon  appréciait  ainsi  cette  innovation  dans 
ces  termes  :  «  Dans  nos  premières  campagnes 
républicaines  tant  calomniées,  le  département  de 
la  chirurgie  éprouva  la  plus  heureuse  des  ré- 
volutions ,  laquelle  s'est  répandue  depuis  dans 
toutes  les  armées  de  l'Europe;  or,  c'est  en 
grande  partie  à  Larrey  que  l'humanité  est  en- 
dettée de  ce  bienfait  :  aujourd'hui  les  chirurgiens 
partagent  les  périls  du  soldat  ;  c'est  au  milieu 
du  feu  qu'ils  viennent  prodiguer  leurs  soins.  Lar- 
rey a  toute  mon  estime  et  ma  reconnaissance.  » 
Les  premières  ambulances  volantes  restèrent  at- 
tachées aux  avant-gardes  de  l'armée  commandée 
par  Desaix.  Larrey  fut  récompensé  du  service 
qu'il  venait  de  rendre  par  le  titre  de  chirurgien 
principal.  Pendant  la  campagne ,  il  se  livra  à  des 
recherches  rigoureuses  pour  reconnaître  les 
véritables  causes  de  la  mort  qui  frappe  souvent 
les  soldats  sans  laisser  à  la  surface  du  corps  au- 
cun signe  de  lésion  ;  il  éclaira  aussi  plusieurs 
points  de  chirurgie  militaire ,  et  obtint  de  l'Aca- 
démie de  chirurgie  un  accessit  au  grand  prix. 
Au  mois  d'avriJ.,gg|,„L3rçg^jççyiy^gr^  de  se 


rendre  à  Paris  pour  organiser  des  ambulances 
volantes  dans  toutes  les  armées  françaises;  la 
guerre  ne  lui  en  laissa  pas  le  temps.  Uneexpéditioa 
ayant  été  projetée  pour  reprendre  la  Corse  aux 
Anglais ,  il  en  fut  nommé  chirurgien  en  chef  ;  il 
se  rendit  à  Toulon;  mais  l'expédition  n'eut  pas 
lieu,  et  Larrey  lut  appelé  à  diriger  le  service 
chirurgical  à  l'armée  des  Pyrénées-Orientales. 
Larrey  se  rendit  en  Catalogne,  assista  à  la  prise 
de  Figuières,  à  la  mort  de  Dugommier,  au  siège 
de  Roses.  «  Les  combats,  les  assauts,  la  terrible 
explosion  des  redoutes  espagnoles  et  le  froid 
lui-mêmeproduisirent,  selon  Pariset,  des  morts, 
des  brûlures,  des  gangrènes  et  des  plaies  à  pro- 
fusion. Une  seule  journée  de  cette  courte  guerre 
en  donna  près  de  sept  cents ,  dont  deux  cents 
très-graves.  Dans  les  douze  premières  heures, 
opérations  et  pansements,  tout  fut  achevé  par 
Larrey,  secondé  de  quelques  aides.  «  La  paix 
conclue  avec  l'Espagne,  Larrey revintà  Paris.  Un 
nouvel  ordre  le  renvoya  à  Toulon,  et  il  fut  chargé 
de  l'inspection  et  de  la  direction  des  hôpitauxmi- 
litaires  de  Toulon ,  d'Antibes  et  de  Nice.  Il  pro- 
fita des  loisirs  que  lui  laissait  la  lenteur  des  pré- 
paratifs militaires  pour  établir  à  Toulon  une  école 
de  chirurgie  et  d'anatomie.  En  1796,  il  fut  atta- 
ché comme  professeur  à  l'école  militaire  de  mé- 
decine et  de  chirurgie  qu'on  venait  de  créer  au 
Val-de-Grâce.  Bientôt  le  général  Bonaparte  le, 
demanda  pour  organiser  les  ambulances  de  l'ar-; 
mée  d'Italie.  Larrey  arriva  au  moment  de  la  signa- 
ture des  préliminaires  de  la  paix.  Sa  présence  en; 
Italie  ne  fut  pourtant  pas  sans  résrtltats  ;  il  orga-, 
nisa  les  écoles  de  médecine  de  Padoue,  de  Milan, 
et  d'Udine.  Il  rendit  encore  un  service  à  ce  pays 
en  étudiant  une  épizootie  qui  ravageait  le  Frioul 
vénitien,  et  parvint  à  en  arrêter  les  progrès.  Eq, 
1798  il  fut  attaché  avec  Desgenettes  à  l'arméei 
d'Angleterre  comme  chirurgien  en  chef.  Bientôt 
tous  deux  reçurent  l'ordre  de  se  rendre  à  Tou^, 
Ion,  et  Larrey  s'embarqua  avec  le  général  Bona- 
parte pour  l'Egypte,  où  il  eut  tant  d'occasions 
de  signaler  son  zèle  infatigable  et  son  dévouement., 
A  Saint- Jean-d 'Acre,  il  exposa  plusieurs  fois  s«^, 
vie,  et  fut  grièvement  blessé.  A  la  bataille  d'Arj 
boukir,  il  se  fit  de  nouveau  remarquer  par  soni 
intrépidité  et  son  sang-froid,  et  opéra  plusieurs» 
blessés  sons  le  feu  de  l'ennemi ,  entre  autres  le 
général  Fugières.  Au  siège  d'Alexandrie, Larrey 
imagina  de  faire  de  la  chair  du  cheval  une  nour- 
riture pour  les  blessés,  et  sacrifia  ses  chevaux  les 
premiers.  Dans  cette  campagne,  le  danger  ne 
se  bornait  pas  aux  champs  de  bataille;  en  deux 
mois  le  service  de  santé  militaire  perdit  dans 
l'hôpital  de  Jaffa  quatorze   chirurgiens,  onze 
pharmaciens  et  trois  médecins.  «  Depuis  son 
entrée  en  Egypte,   nous  apprend  Pariset,  d'A- 
boukir  à  Héliopolis ,  Larrey  semblait  créer  d'une 
parole  des  ambulances,  des  hôpitaux,  des  appa- 
reils ,  des  écoles  et  des  cours  de  chirurgie  mili- 
taire;   s'arrêtant  sur  des  champs  de  bataille  tout 
fumants  de  carnage,  ou  se  jetant  sous  le  coup 


689 


LARREY 


690 


même  qui  venait  de  frapper  Caffarelli,  Lannes, 
Anighi,  Beauharnais  et  tant  d'autres;  s'identi- 
fiant  avec  toutes  les  douleurs  pour  en  assoupir  la 
violence  par  de  doux  pansements ,  pour  en  abré- 
ger la  durée  par  ces  grandes  opérations  dont  la 
seule  image  effraye,  et  que  la  gravité  du  mal  ne 
permet  pas  de  différer  ;  enfin ,  pour  en  adoucir 
l'amertume  aux  braves  soldats,  aux  braves  gé- 
néraux dont  il  recevait  les  derniers  soupirs;  telle- 
ment menacé  lui-môme  qu'il  voyait  tomber  au- 
tour de  lui  ses  collaborateurs  ;  ayant  à  lutter 
d'ailleurs  contre  toutes  les  privations ,  contre  un 
ciel  de  feu ,  contre  des  vents  meurtriers ,  contre 
la  plus  insidieuse  et  la  plus  cruelle  des  maladies, 
contre  la  peste.  » 

De  retour  en  France,  en  1802 ,  Larrey  fut 
nommé  par  le  premier  consul  chirurgien  en  chef 
de  la  garde  consulaire  et  de  l'hôpital  de  cette 
garde  en  1804.  En  lui  donnant  la  croix  d'offi- 
cier de  la  Légion  d'Honneur  aux  Invalides,  Bo- 
naparte lui  dit  :  «  C'est  une  récompense  bien 
méritée.  »  En  1805  Napoléon  nomma  Larrey 
inspecteurdu  service  de  santé  des  armées.  Larrey 
remplit  ces  fonctions  avec  celles  de  chirurgien 
en  chef  de  la  garde  impériale  pendant  les  cam- 
pagnes d'Allemagne,  de  Prusse,  de  Pologne  et 
d'Espagne.  A  Austerlitz,  il  dirigea  le  service 
lies  pansements  au  miUeu  même  des  combat- 
tants. A  Eylau  il  sauva  un  grand  nombre  de 
blessés  par  sa  bravoure.  A  la  bataille  d'Esling , 
isolé  de  l'armée  avec  ses  blessés  dans  l'île  de 
Lobau,  il  fit  faire  du  bouillon  de  cheval  pour 
ses  blessés.  En  Espagne ,  il  partagea  ses  soins 
entre  les  Français  et  les  Anglais,  au  milieu  des- 
quels il  contracta  le  typhus  nosocomial  ;  il  re- 
çut le  titre  de  baron  sur  le  champ  de  ba- 
taille de  Wagrara.  Au  mois  de  mars  1812 
Larrey  fut  nommé  chirurgien  en  chef  de  la 
grande  année,  à  laquelle  il  resta  attaché  jus- 
qu'à l'abdication  de  Napoléon  en  1814.  La  ba- 
taille de  la  Moskowa  vit  se  multiplier  ses  ef- 
forts en  raison  des  pertes  qu'il  faisait  chaque 
jour  de  ses  aides  ;  les  résultats  qu'il  obtint  sont 
d'autant  plus  remarquables  qu'il  opérait  en 
plein  air,  sous  l'inlluence  d'un  froid  intolérable. 
La  retraite  de  Moscou  doubla  encore  son  acti- 
tivité.  «  Que  ne  puis-je,  s'écrie  Pariset,  vous  ar- 
rêter à  chacune  de  ses  stations;  vous  verriez 
Larrey  visiter  ici  les  blessés  des  deux  nations, 
choisir  parmi  les  nôtres  ceux  qui  peuvent  re- 
joindre ou  qu'on  peut  transporter,  et  en  as- 
surer le  transport ,  réunir  les  autres  aux  blessés 
russes ,  leur  fournir  à  tous  quelques  vivres,  et 
attacher  à  leur  service  des  officiers  de  santé 
français  ;  là  recevoir  les  remerciements  des  offi- 
ciers russes  qu'il  a  opérés  et  qui  sont  guéris  ;  les 
secourir  de  quelques  dons  et  recommander  à 
leur  gratitude  ceux  de  nos  compatriotes  que  leur 
triste  sort  retient  encore  dans  les  hôpitaux; 
plus  loin,  passer  des  nuits  soit  à  parcourir  des 
ambulances,  soit  à  panser  d'anciens  blessés  ou 
des  blessés  échappés  à  un  combat  de  la  veille 


ou  du  matin,  soit  à  opérer  des  malheureux  dont 
les  membres  fracturés  n'ont  pu  être  conduits  à 
la  guérison  ;  soit  enfin  à  arracher  aux  flammes 
des  malades  affaiblis  qu'il  faut  ensuite  aban- 
donner. Telles  sont  les  fatigues  et  les  douleurs 
que  Larrey  eut  à  souffrir,  tels  sont  les  tristes 
soins  dont  il  fut  occupé,  tantôt  seul  et  réduit 
à  lui-même,  tantôt  avec  le  secours  de  quelques 
femmes  généreuses  et  surtout  de  quelques 
hommes  excellents...  Voilà  ce  qu'il  a  fait  depuis 
la  sortie  de  Moscou  jusqu'à  la  catastrophe  de  la 
Berezina.  »  Le  mal  ne  fit  pourtant  qu'empirer;  à 
Wilna,  à  Kowno ,  il  fallut  encore  abandonner  les 
blessés  à  l'humanité  des  ennemis.  Les  campagnes 
suivantes  ne  furent  pas  moins  pénibles.  Le  pre- 
mier mois  de  la  campagne  de  Saxe  donna  vingt- 
deux  mille  blessés  aux  ambulances  ;  la  bataille 
de  Dresde  et  ses  suites  en  ajoutèrent  treize 
mille.  «  Outre  le  soin,  suivant  Pariset,  que  pre- 
nait Larrey  de  préparer  à  l'avance  et  de  tenir  en 
bon  état  les  hôpitaux;  outre  le  soin  d'en  as- 
surer le  service,  par  le  nombre  et  le  choix  des 
chirurgiens,  le  plus  souvent,  la  veille  de  ces 
journées  malheureuses,  il  passait  là  nuit  à  pré- 
parer les  appareils ,  et  le  jour,  après  avoir  dis- 
tribué ses  ambulances,  à  faire  panser,  à  panser 
lui-même  sur  place  tous  les  blessés,  se  réser- 
vant toujours  les  cas  les  plus  difficiles,  et  fai- 
sant transporter  sur-le-champ  les  malades  dans 
les  villes  les  plus  voisines.  ■»  A  cette  campagne 
se  rattache  un  épisode  qui  fit  honneur  à  Larrey. 
Un  grand  nombre  de  blessés  avaient  les  doigts 
tronqués  et  les  mains  percées.  On  disait  qu'ils 
s'étaient  blessés  volontairement.  L'empereur 
voulait  faire  un  exemple.  Larrey  soutenait  que 
l'œil  le  plus  exercé  ne  pouvait  distinguer  une 
blessure  volontaire  d'avec  une  autre,  et  que 
l'imputation  était  une  calomnie.  Il  était  seul  de 
son  avis  ;  une  enquête  fut  ordonnée,  et  un  jury 
composé  de  quatre  chirurgiens  et  de  deux  offi- 
ciers supérieurs  fut  formé  sous  sa  présidence. 
Après  l'examen  le  plus  attentif,  le  jury  se 
rangea  de  l'avis  de  Larrey.  Justice  fut  rendue 
aux  accusés ,  et  Napoléon ,  contrarié  d'abord  , 
finit  par  remercier  son  chirurgien  en  chef,  qui 
rétablissait  l'honneur  de  l'armée.  «  Un  sou- 
verain est  bien  heureux,  lui  dit-il,  d'avoir  un 
homme  tel  que  vous.  »  Larrey  reçut  le  soir 
môme  un  portradt  de  l'empereur  enrichi  de  dia- 
mants, 6,000  fr.  et  une  pension  de  3,000  fr.  : 
cette  pension  lui  fut  retirée  par  la  loi  de  finances 
de  1817;  mais  une  loi  spéciale  la  lui  rendit 
l'année  suivante.  La  retraite  traînait  avec  elle  le 
typhus.  Au  moment  de  l'invasion ,  Larrey  passa 
l'inspection  de  douze  villes  de  la  frontière  du 
nord,  assura  le  service  des  ambulances  et  re- 
joignit l'armée,  avec  laquelle  il  fit  la  campagne 
de  France.  C'était  la  vingt-quatrième  de  Lar- 
rey. Jamais  il  ne  se  montra  plus  dévoué.  Enfin, 
après  l'abdication  de  Napoléon  à  Fontainebleau, 
le  licenciement  de  l'armée  lui  donna  quelque 
repos.  Les  Cent  Jours  le  ramenèrent  à  Water- 


691 


LARRE 


f>02    i] 


loo.  Dans  cette  journée,  il  se  jeta  au  mi- 
lieu de  la  mêlée,  fut  blessé  et  fait  prisonnier. 
Dépouillé  et  chargé  de  liens,  il  fut  conduit  de 
jioslc  en  poste  et  sur  le  point  d'être  l'usillé; 
re(\onnu  par  le  chirurgien  prussien  qui  lui  met- 
tait le  bandeau  sur  les  yeux,  il  fut  amené  à  Blu- 
cher,  dont  il  avait  sauvé  le  fils  autrefois;  mis 
alors  en  liberté  et  protégé  par  une  escorte ,  14 
fut  envoyé  à  Louvain,  d'où  il  se  rendit  à 
Bruxelles,  oii  il  se  rétablit  et  donna  ses  soins  aux 
malades  de  toutes  les  nations.  Le  15  août  1815 
il  revint  à  Paris,  où  il  était  rappelé  par  l'enn- 
poreur  Alexandre.  Honoré  de  toute  l'Europe,  il 
finit  par  l'être  aussi  de  la  Restauration,  qui  le 
nomma  chirurgien  en  chef  de  l'hôpital  de  la 
j;anle  royale  au  Gros-Caillou  ;  lors  de  la  créa- 
tion de  l'Académie  de  Médecine  ,  il  fut  nommé 
membre  titulaire  de  cette  société  savante.  A  la 
suite  d'un  voyage  en  Angleterre,  il  communiqua 
à  l'Académie  des  Sciences  les  études  qu'il  y  avait 
faites  sur  son  art,  et  bientôt  cette  compagnie 
le  clioisit  pour  remplacer  le  professeur  PeJ- 
letan. 

Après  la  révolution  de  juillet,  Larrey  fut 
appelé  à  faire  partie  du  conseil  supérieur  de 
santé  comme  chirurgien  inspecteur.  11  lit  un 
voyage  dans  les  Pays-Bas,  dans  une  partie  de 
l'Italie  et  dans  le  midi  de  la  France,  «'occupant 
d'une  ophthalmie  épidémique  et  du  choléra,  qu'il 
attribuait  à  des  nuées  d'insectes  imperceptibles 
transportés  par  l'air.  Il  croyait  la  peste  conta- 
gieuse et  originaire  de  la  basse  Egypte  et  de  la 
Syrie.  11  pensait  aussi  que  la  plique  était  hérédi- 
taire et  contagieuse.  En  1842  il  fut  chargé  d'ins- 
pecier  les  hôpitaux  de  l'Algérie.  Il  emmena  son 
fils  avec  lui,  et  en  cinq  semaines  il  visita  toutes 
les  villes  du  littoral,  toutes  les  villes  de  l'intérieur 
et  tous  les  hôpitaux.  A  Bone  il  pratiqua  sur  un 
Arabe  l'amputation  de  l'avant-bras.  Ce  fut  sa  der- 
nière opération.  Pendant  son  voyage  de  retour,  il 
fut  atteint  d'une  pneumonie.  Il  voulut  se  hâter 
de  revenir  à  Paris  ;  le  mal  s'aggrava,  et  la  mort  le 
frappa  en  route.  «Ainsi  disparut  du  monde,  ajoute 
Pariset,  cet  homme  intrépide,  laborieux,  vigilant, 
infatigable,  qui  ne  respirait  que  pour  être  utile 
aux  hommes  :  cœur  généreux,  cœur  ouvert,  qui 
se  donnait  tout  entier  aux  malheureux,  sans 
autre  intérêt  que  le  bonheur  d'exercer  son  iné- 
puisable pitié.  »  Dans  son  testament,  Napoléon 
lui  avait  laissé  cent  mille  francs  ,  en  y  joignant 
ces  paroles  :  «  l'homme  le  plus  vertueux  que 
j'aye  rencontré  :  il  a  laissé  dans  mon  esprit  l'idée 
du  véritable  homme  de  bien.  »  Ailleurs  l'empe-, 
reur  disait  encore  :  «  Si  jamais  l'armée  élève  un 
monument  à  la  reconnaissance ,  c'est  à  Larrey 
qu'elle  doit  le  consacrer.  «  Ce  monument  lui  a 
été  élevé  en  1860,  dans  la  cour  du  Val -de-Grâce. 
C'est  une  statue  en  bronze  due  au  ciseau  de 
David  d'Angers.  Une  autre  statue  de  Larrey 
orne  la  salle  des  séances  de  l'Académie  de  Mé- 
decine. 
«  Au  milieu  de  la  vie  la  plus  occupée  et  des 


campagnes  les  plus  pénibles ,  dit  M.  Bégin , 
Larrey  a  composé  un  grand  nombre  d'écrits,  re- 
cueilli une  foule  d'observations  remarquables  , 
et  établi  un  assez  grand  nombre  de  préceptes 
importants  et  utiles  dans  la  pratique.  Dans  un 
mémoire  resté  inédit  et  que  l'Académie  de  Chi- 
rurgie a  couronné,  il  a  puissamment  contribué  à 
fixer  la  forme  que  doivent  avoir  les  aiguilles  à 
suture.  Plus  tard ,  il  fit  connaître ,  le  premier, 
que  les  bubons  pestilentiels  n'ont  pas  leur  siège 
dans  les  ganglions  lymphatiques,  mais  qu'ils  se 
développent  au  milieu  du  tissu  cellulaire  qui 
avoisine  les  ouvertures  des  grandes  cavités 
splanchniques.  A  l'occasion  de  l'ophthalmie 
dite  d'Egypte,  il  aétabli,  contre  l'opinion  des  mé- 
decins et  des  voyageurs,  que  cette  maladie  n'est 
pas  causée  par  le  vent  ou  le  sable,  mais  bien 
paj  la  fraîcheur  extrême  et  l'humidité  des  nuits 
qui  succèdent  à  la  chaleur  brûlante  du  jour. 
Dans  un  mémoire  sur  le  tétanos  traumatique,  il 
fit  observer  que  la  situation  de  la  blessure  dé- 
termine, suivant  les  nerfs  qui  sont  irrités,  tan- 
tôt l'opisthotonos,  tantôt  l'emprosthotonos ,  etc. 
Il  a  communiquée  ce  sujet  à  la  Société  Médicale 
d'Émulation  un  mémoire  peu  connu  sur  la  divi- 
sion que  l'on  peut  établir  entre  les  principaux 
nerfs  de  la  vie  de  relation.  On  doit  à  Larrey  des 
observations  intéressantes  sur  les  effets  spé- 
ciaux que  produisent  les  altérations  ou  les  bles- 
sures des  différentes  parties  de  l'encéphale.  Le 
premier  il  a  eu  l'idée  de  pratiquer  des  contre- 
ouvertures  au  crâne ,  afin  d'extraire  les  pro- 
jectiles arrêtés  sous  les  méninges  à  une  dis- 
tance plus  ou  moins  grande  du  point  de  leur 
entrée...  Il  a  établi  une  méthode  nouvelle  pour 
le  traitement  des  plaies  pénétrantes  de  poitrine, 
ainsi  que  des  préceptes  pour  l'extraction  des 
projectiles  perdus  dans  cette  cavité.  Il  a  émis 
des  idées  neuves  sur  le  mécanisme  suivant  le- 
quel s'opère  la  guérison  après  l'opération  de 
l'empyème.  Larrey  a  imaginé  pour  la  guérison 
de  l'hydrocèle  un  procédé  que  recommandent 
de  nombreux  succès...  Son  procédé  pour  l'am- 
putation du  bras  à  l'article  est  un  des  plus  fa- 
ciles et  des  plus  favorables  à  une  prompte  gué- 
rison. La  manière  dont  il  procède  à  l'ampu- 
tation dans  l'articulation  coxo-fémorale  est 
préférable  à  tout  ce  qui  a  été  fait  depuis.  Il  a 
imaginé  de  couper  la  jambe  dans  l'épaisseur 
des  condyles  du  tibia  et  en  désarticulant  le 
péroné.  Enfin,  indépendamment  des  recherches 
auxquelles  il  s'est  livré  concernant  le  sarcocèle, 
les  plaies  de  la  vessie  et  l'exécution  de  l'opéra- 
tion de  la  taille,  les  plaies  des  intestins,  etc.,  il  a 
présenté  des  remarques  importantes  sur  les  ané- 
vrismes,  sur  les  luxations  du  fémur,  et  surtout 
sur  la  carie  des  os,  soit  que  cette  maladie  affecte 
les  vertèbres,  soit  qu'elle  ait  son  siège  dans  les 
articulations  profondes  des  membres.  U  a  fait 
connaître  par  des  faits  nombreux  l'efficacité  du 
moxa  contre  ces  maladies  terribles,  ainsi  que 
dans  les  cas  de  phthisie  pulmonaire,  d'hépatite 


693 


LâRREY 


694 


chronique,  de  paralysie,  etc.  »  Pariset,  après 
avoir  résumé  toutes  les  inventions  de  Larrey, 
ajoutait  :  «  Peut  être  n'est-il  pas  une  seule  ma- 
ladie chirurgicale  qu'il  n'ait  vue,  étudiée,  traitée, 
pas  une  seule  qui  ne  lui  ait  suggéré  quelques  vues 
neuves  et  quelques  procédés  plus  parfaits.  Com- 
ment présenter  cette  suite  presque  infinie  de 
faits  curieux,  singuliers ,  étonnants,  et  ces  in- 
ventions ingénieuses,  et  ses  pratiques  heureuses 
et  hardies  qui  font  tout  ensemble  le  charme  et  le 
prix  de  ses  mémoires  ?.,.  La  postérité  le  bénira 
surtout  d'avoir  créé  ses  ambulances;  d'avoir 
tranché  sans  retour,  entre  Faure  et  Boucher,  la 
question  fondamentale  touchant  l'excellence  de 
l'aniputation  primitive  dans  les  grandes  plaies 
par  les  armes  à  feu  ;  d'avoir  tiré  de  l'oubli  les 
appareils  inamovibles,  et  d'avoir  enseigné  par 
l'emploi  du  feu  que  le  comble  de  l'art  serait  de 
déplacer  à  souhait  les  principes  des  maladies 
et  de  leur  ouvrir  à  l'extérieur  une  issue  qui  en 
dissiperait  les  éléments.  » 

On  a  de  Larrey  :  Mémoires  siir  les  Ampu- 
tations des  membres  à  la  suite  des  coups  de 
feu,  étayés de  plusieurs  observations;  1797, 
in-S";  Paris,  1808,  in-8°;  —  Relation  histo- 
rique et  chirurgicale  de  V Expédition  de  Var- 
mée  d'Orient  en  Egypte  et  en  Syrie;  Paris, 
1803,  in-S"  :  cet  ouvrage,  divisé  en  dissections 
dans  lesquelles  sont  placés  les  principaux  évé- 
nements de  l'expédition,  présente  le  tableau  de 
toutes  les  maladies  qui  se  sont  manifestées 
pendant  le  séjour  de  Larrey  en  Egypte,  telles 
que  l'ophthalmie,  le  tétanos,  la  peste,  etc.  ;  — 
Mémoires  de  Chirurgie  militaire  et  cam- 
pagnes de  D.-J.  Larrey  ;  PAr\s ,  1812-1817, 
4  vol.  in-8"  ;  —  Considérations  sur  la  Fièvre 
jaune;  Paris,  1821,  1822,  in-8°;  —  Recueil  de 
mémoires  de  Chirurgie  ;  Paris,  1822,  in-S"  ;  — 
Mémoire  sur  une  nouvelle  manière  de  ré- 
duireou  de  traiter  les  Fractures  des  membres 
compliquées  de  plaie;  Paris,  1825,  in-8o;  _ 
Discours  prononcé  sur  la  tombe  de  M.  Pelle- 
tan;  Paris,  1829,  in-4°;  —  Clinique  chirur- 
gicale exercée  particulièrement  dans  les 
camps  et  les  hôpitaux  militaires  deptiis  1792 
jusqu'en  1836;  Paris,  1829-1836,  5  vol.  in-S", 
avec  atlas;  —  Mémoire  sur  le  Choléra-mor- 
bus;  Paris,  1831,  in-8°  ;  —  Notice  sur  Vépi- 
démie  du  choléra-morbus  indien  qui  a  régné 
dans  les  ports  méridionaux  de  la  Méditer- 
ranée et  dans  toiite  la  Provence  pendant  les 
ynois  de  juillet  et  d'aoïîtiUSS  ;  1835,  in-4°;  — 
'Relation  médicale  de  Campagnes  et  Voyages 
de  1815  é  1840,  suivie  de  notices  sur  les  frac - 
titres  des  membres  pelviens,  sur  la  constitu- 
tion physique  des  Arabes,  et  d'une  statis- 
tique chirtirgicale  des  officiers  généraux 
blessés  dans  les  combats  et  pansés  sur  les 
champs  de  bataille;  Paris,  1841,  in-8°  avec 
pi.  Il  a  donné  dans  le  Recueil  des  Savants 
mrangers  de  la  Classedes  Sciences  de  l'Institut  : 
jWmoîre  sur  la  Plique  (1811);  —dans  les  Mé- 


moires de  l'Académie  de  Médecine  :  Mémoire 
sur  les  plaies  pénétrantes  de  la  poitrine 
(tome  I",  1828); —  Observations  sur  une 
Luxation  grave  dît  genou  (tome  IV,  1835); 

—  dans  les  Mémoires  de  l'Académie  des 
Sciences  :  Sur  les  avantages  d'un  procédé 
opératoire  pariiciilier  que  nous  avons  ima- 
giné pour  la  cure  radicale  de  V Hydrocèle, 
suivi  d'une  notice  sur  l'hydrocèle  vésicu- 
leuse  ou  hydatique  (tome  XII,  1833);  — Sur 
les  effets  consécutifs  des  Plaies  de  tête  et  des 
Opérations  pratiquées  à  ses  différentes  par- 
ties (tome  XIV,  1838);  —  Sur  la  Chorée  ou 
Danse  de  Saint-Guy  (tome  XVI,  1838);  — 
Noiivelles  Réflexions  sur  la  manière  dont  la 
nature  procède  à  l'occlusion  ou  à  la  cicatrisa- 
tion des  Plaies  de  la  Tête  avec  perte  de  sub- 
stance aux  os  du  crâne  { tome  XVI,  1838)  ;  — 
Notice  sur  l'efficacité  du  Moxa  et  sur  les 
inconvénients  du  Galvanisme  dans  cer- 
taines névroses  oîi  affections  paralytiques 
(tome  XVIII,  1842);  —  Sur  l'extirpation  des 
Glandes  salivaires  nécessitée  par  l'engorge- 
ment scrofuleux  et  squirrheux  de  ces  glan- 
des (tome  XVIII,  1842  ).  Larrey  avait  prononcé 
sur  la  tombe  de  Dupuytren  un  discours  qui  à  été 
imprimé  dans  VEssai  historique  sur  Dupuy- 
tren par  Vidal  (  de  Cassis  ).  Un  mémoire  de 
Larrey  Sur  les  Scrofules  ainsi  que  quel- 
ques Réflexions  sur  le  traitement  du  Cancer 
ont  été  imprimés  à  la  suite  de  la  traduction  du 
Traité  de  la  Maladie  Scrofuleuse  d'Hufeland, 
en  1 820. Larrey  a  fourni  des  articles  aux  Mémoires 
et  au  Bulletin  de  la  Société  Médicale  d'Ému- 
lation, aux  Actes  de  la  Société  de  la  Faculté 
de  Médecine,  au  Dictionnaire  des  Sciences 
Médicales,  et  à  d'autres  recueils  scientifiques. 
Enfin,  il  a  travaillé  à  X Encyclopédie  moderne 
AU  Dictionnaire  delà  Conversation  et  kï  His- 
toire scientifique  et  militaire  de  V  Expédition 
française  en  Egypte.  Il  avait  fait  partie  de 
l'Institut  d'Egypte.  L.  Louvet. 

Pariset,  Élotje  de  Larrey,  prononcé  à  l'Académie  de 
Médecine,  le  as  novembre  1845.  —  Reveillé-Piirise  ,  No- 
tice biographique  sur  Larrey;  dans  le  Moniteur  du 
18  janvier  1843.  —  J.  Saint-Amour,  Notice  nécrologique 
sur  Larrey.  —  Roux,  Discours  prononcé  au  nom  de 
V  Académie  des  Sciences  à  l'occasion  de  l'érection  de  la 
statue  de  Larrey  an  Fal  de-Grâce.  —  Sarrut  et  Saint- 
Edme,  Biogr.  des  Hommes  du  Jour,  tome  i,  l»'=  partie, 
p.  280.  —  Loménie  ,  Galerie  des  Contemp.  illustres, 
tome  V.  —  Quérard,  La  france  Littéraire.  —  Bour- 
quelot  et  Maiirv ,  La  Littér.  Franc,  contemp.  —  Mé- 
morial de  Sainte -Hélène.  —  Bégin  ,  dans  Id  Biographie 
Médicale. 

;LARREV  {  Félix- Hippolyfe,  baron),  chi- 
rurgien français,  fils  du  précédent,  né  vers  1810. 
Il  embrassa  la  carrière  chirurgicale  militaire, 
et  fut  reçu  docteur  à  Paris  en  1832.  Pendant  le 
choléra,  il  fut  chargé  du  service  médical  à  l'hô- 
pital de  Picpus,  et  assista  comme  aide  major  au 
siège  d'Anvers.  M.  .H.  Larrey  suivit  son  père  dans 
son  voyage  en  Angleterre,  et  l'accompagna 
comme  secrétaire  dans  son  inspection  en  Al- 
gérie. Il  était  encore  avec  son  père  lorsque  celui- 


695 


LARREY  ~ 


ci  mourut,  à  Lyon.  Professeur  agrégé  à  la  faculté 
de  médecine  de  Paris,  en  1835,  il  devint  snccessi- 
vement  médecin  militaire  principal  de  première 
classe, chirurgien  du  Val-de-Grâce,  professeur  de 
pathologie  chirurgicale  à  l'école  d'application  de 
médecine  et  de  pharmacie  militaire  en  1841,  et 
sous-directeur  de  la  dite  école.  Chirurgien  ordi- 
naire de  Napoléon  III,  ila  été  nommé  médecin  ins- 
pecteur de  l'armée  le  13  janvier  1868,  àla  place  de 
Baudens,  décédé,  et  au  mois  de  juillet  de  la  même 
année,  il  fut  envoyé  à  Toulouse  pour  observer  des 
accidents  graves  produits  dans  la  garnison  de  cette 
ville  par  des  essais  de  revaccination.  On  a  de 
M.  H.  Larrey  Relation  chirurgicale  des  événe- 
ments de  juillet  1830  à  l'hôpital  militaire  du 
Gros-Caillou;  Pâlis,  1830,  in-S"  ;  2*  édit.,  pré- 
cédée du  Rapport  de  Dupuytren  à  l'Institut  ;  Pa- 
ris, 1831,  in-8°;  —  Histoire  chirurgicale  du 
siège  de  la  citadelle  d'Anvers;  Paris,  1832, 
in-8°;  —  Traitement  des  Fractures  des  mem- 
bres par  V appareil  inamovible  ;  quel  est  le 
meilleur  traitement  des  fractures  du  col  du 
fémur?  Paris,  1835,  in-8°;  —  De  la  Méthode 
Analytique  en  chirurgie,  discours  prononcé  au 
Valde-Grâce  pour  une  distribution  de  prix;  Paris, 
1841,  in-8°;  -  Discours  prononcé  à  l'inau- 
guration de  la  statue  de  Bichat  à  Bourg  ; 
Paris,  1843,  in-8''  ;  —  Notice  sur  Ernest  Clo- 
quet ;i836;  —  Deux  cas  d' Anévrisme  poplité 
guéris  par  la  compression  ;  Paris,  1858,  in-S". 
—  Bapport  sur  Vétat  sanitaire  du  camp  de 
Châlons,  stir  le  service  de  santé  de  la  garde 
impériale  et  sur  l'hygiène  des  camps  ;  Paris, 
1858,  in-8°;  —  Sur  les  Perforations  et  les  Di- 
visions de  la  Voûte  Palatine;  Paris, ,  1859, 
in-4°.  M.  Larrey  a  en  outre  donné  dans  les  Mé- 
moires de  l'Académie  de  Médecine  :  Mémoires 
sur  les  Plaies  pénétrantes  de  V Abdomen  eom^ 
pliquées  d'issue  de  l'épiploon  (  tome  XI  )  ;  — 
et  Mémoire  sur  un  Kyste  pileux  de  l'ovaire, 
compliqué  d'une  fistule  urinaire  vésico-ab- 
dominaleet  d'un  cal  dans  la  vessie  (tome  XII). 
Il  a  fourni  des  articles  au  Dictionnaire  de 
Médecine  usuelle,  à  la  Clinique,  à  la  Gaz.ette 
des  Hôpitaux,  à  la  Gazette  médicale,  etc. 

L.  L— T. 
Sachalle,  Les  Médecins  de  Paris.  —  Bourquelot   et 
Maury,  La  Littér.  Franc,  contemp. 

LARRivÉE  (ffenri),  célèbre  chanteur  fran- 
çais ,  né  à  Lyon ,  le  8  septembre  1733,  mort  le 
7  août  1802,  au  château  de  Vincennes,  où  on  lui 
avait  donné  comme  retraite  l'emploi  de  garde- 
consigne.  Il  avait  commencé  par  être  perruquier, 
et  ce  fut  une  circonstance  fortuite  qui  le  fit  chan- 
ger d'état.  On  raconte  qu'un  jour,  à  la  place  de 
son  maître,  il  était  allé  pour  coiffer  Rebel,  alors 
directeur  de  l'Opéra  :  il  toussa,  et  quoiqu'il  y  mît 
de  la  discrétion ,  il  n'en  fit  pas  moins  trembler 
les  vitres.  Rebel  se  retourna,  et  vit  une  figure 
qu'il  ne  connaissait  pas.  «  Toussez,  jeune  homme, 
toussez  encore,  lui  dit-il;  j'aime  beaucoup  les 
rhumes  de  cette  espèce-là.  »  Il  lui  fit  ensuite 


LARROQUE  696 

chanter  une  chanson  à  boire,  que  Larrivée  en- 
tonna à  pleins  poumons.  Rebel ,  enthousiasmé 
d'une  pareille  rencontre ,  enrôla  immédiatement 
l'apprenti  perruquier  dans  les  cadres  de  l'Opéra, 
où  ce  chanteur  jouit  depuis  1754  jusqu'à  sa  re- 
traite, en  1786,  d'un  succès  qui  n'éprouva  jamais 
d'interruption.  Noblesse ,  dignité ,  énergie ,  voix 
brillante  et  sonore,  telles  étaient  les  qualités  émi- 
nentes  que  tous  les  critiques  lui  reconnurent.  Il 
conserva  fort  longtemps  ses  précieuses  facultés, 
puisqu'en  1797  (20  avril),  ayant  reparu  dans 
Iphigénie  en  Aulide,  il  y  retrouva  un  succès 
tel,  qu'il  fut  obligé  de  donner  une  deuxième 
représentation.  Il  est  vrai  que  le  rôle  A'Aga- 
memnom  avait  toujours  été  son  triomphe. 

Une  particularité  remarquable,  c'est  que  le 
jour  de  sa  mort ,  son  frère  aîné,  qui  était  con- 
cierge du  château  de  Meudon ,  fut  atteint  de 
la  même  maladie  que  lui,  et,  cessa  de  vivre  au 
même  jour,  à  la  même  heure.      Ed.  de  M. 

Almanach  des  Spectacles.  —  Biographie  des  itlitsi- 
ciens. 

LARRiVEY.  Voy.  Larivey  (  Pierre  ). 

LARROQUE  {Matthieu  de),  célèbre  théolo- 
gien réformé,  né  en  1619,  à  Lairac,  près  d'Agen, , 
et  mort  à  Rouen,  le  31  janvier  1684. Orphelin  fort  I 
jeune  et  presque  sans  fortune,  il  sentit  le  besoin  i 
d'une  application  soutenue  dans  les  études  qu'il! 
fit  pour  se  préparer  au  ministère  évangélique  à; 
Montauban.  En  1643,  il  fut  chargé  de  la  petite' 
église  de  Poujoh  ;  mais  l'année  suivante  le  syn- 
dic du  clergé  lui  contesta  le  droit  d'y  exercer! 
ses  fonctions.  Larroque  se  rendit  à  Paris  pourn 
présenter  ses  réclamations  au  conseil  du  roi.i 
Pendant  le  séjour  qu'il  y  fit,  la  duchesse  de  lai 
Trémoille  l'ayant  entendu  prêcher  à  Charenton,! 
lui  fit  offrit  l'église  de  Vitré,  qu'il  accepta  et  qu'il! 
dirigea  pendant  vingt-six  ans.  Il  publia  pendant 
ce  temps  plusieurs  ouvrages  de  controverse  quii 
le  firent  avantageusement  connaître.  En  1669  ili 
fut  appelé  comme  pasteur  de  Charenton  ;  le  gou- 
vernement s'opposa  à  cette  nomination ,  malgré 
les  instances  du  marquis  de  Ruvigny,  député 
général  des  églises  protestantes.  Il  fut  dans  lei 
même  temps  appelé  à  Saumnr  comme  pasteuri 
et  professeur.  Voisin,  intendant  de  l'Anjou  ,  né 
voulut  pas  lui  permettre  de  s'établir  dans  cetteti 
province  ;  il  retira ,  il  est  vrai ,  plus  tard  sonii 
opposition,  sur  les   vives  et  pressantes  solli- 
citations  du    consistoire.  Mais    Larroque,  se 
rendant  à  l'avis  de  Conrart,  ne  crut  pas  devoir 
accepter  des  fonctions  dans  une  ville  dont  l'au- 
torité supérieure  avait  des  préventions  contre 
lui.  Peu  de  temps  après ,  il  reçut  plusieurs  vo- 
cations des  principales  églises  protestantes  du 
royaume  ;  il  se  décida  pour  celle  de  Rouen,  qu'il 
dirigea  jusqu'à  la  fin  de  ses  jours. 

Larroque  joignait  à  des  talents  naturels  une 
érudition  solide.  «  11  était,  dit  Bayle,  l'homme 
du  monde  le  plus  ennemi  des  fausses  pensées 
et  des  remarques  inutiles;  il  allait  serré,  sans 
digressions,  sans  superfluités.  «  Il  aimait  le  tra: 


697 

vail,  et  il  a  laissé  un  grand  nombre  d'ouvrages, 
dont  la  plupart  roulent  sur  les  points  controver- 
sés entre  les  catholiques  et  les  protestants ,  et 
dont  les  principaux  ont  pour  titres  :  L'Histoire 
de  V Exicharistie ;  Amsterdam,  1669,  in-40; 
2"  édit.,  1671,  in-8°  de  22  et  900  pag.  Cette 
histoire  fut  reçue  très-favorablement  par  les 
protestants,  qui  s'accordent  à  la  regarder  comme 
un  des  meilleurs  traités  sur  ce  sujet  ;  —  Dis- 
sertatio  duplex  de  Photino  heretico  et  de 
Liberiopoyitificeromano;  Genève,  1670,  in-8°; 
—  Observationes  in  Ignatianas  Pearsonii 
vindicias  et  in  annotationes  Beveregii  in 
Canones  Apostolorum ;  Rouen,  1674,  in-8°. 
C'est  une  défense  du  livre  de  Daillé  sur  les  épî- 
tves  d'Ignace  et  les  canons  apostoliques  contre 
Pearson  et  Beveridge.  Celui-ci  répondit  à  Lar- 
roque  pour  soutenir  l'authenticité  des  canons 
apostoliques  ;  Larroque  avait  préparé  une  répli- 
que ;  mais  il  la  supprima,  sur  le  conseil  de  ses 
amis,  et  par  amour  de  la  paix.  ;  —  Réponse  au 
livre  de  M.  Vévêque  de  Meaux,  De  la  Com- 
munion sous  les  deux  espèces;  Rotterdam, 
1GS3,  in- 12  ;  —  Nouveau  Traité  de  la  Régale  ; 
Rotterdam,  1685,  in- 1 2  :  ouvrage  destiné  à  prou- 
ver le  droit  des  rois  de  France  à  pourvoir  aux 
églises  vacantes  ;  —  Adversariorum sacroriim 
IJbri.  III;  Leyde,  1688,  in-S"  de  654  pag.,  pu- 
blié après  la  mort  de  l'auteur  par  son  fils,  qui  y 
ajouta  une  dissertation  sur  la  légion  fulminante. 
Ces  trois  livres  de  remarques  diverses  sur 
l'histoire  ecclésiastique  faisaient  partie  d'une 
histoire  ecclésiastique  que  Matth.  Larroque  se 
proposait  de  publier,  mais  qu'il  n'avait  poussée 
que  jusqu'au  quatrième  siècle ,  au  moment  de 
sa  mort.  Daniel  Larroque  détacha  du  corps  de 
l'ouvrage,  qui  n'était  pas  en  état  d'être  publié, 
ces  observations  diverses  qu'il  traduisit  lui-même 
en  latin  et  qu'il  fit  imprimer.  On  loue  avec  rai- 
son la  saine  érudition  qui  se  ti-ouve  dans  ces  re- 
marques. Michel  Nicolas. 

La  Fie  de  Matth.  Larroque  par  son  fils,  en  tête  iesjd- 
•versariorum  sacrorum  LibrilJl.  —Son  éloge  dans  les 
'  Nouvelles  de  la  République  des  Lettres  ,•  1684,  mars, 
article  5.  —  Bayle,  Dict.  Hist.  —  Nlcéron,  Mémoires, 
t.  XXL  —  Hist.  des  Ouvrages  des  Savants,  1688,  avrU.  — 
^L^^.  Ilaag,  La  France  Protest. 

LARROQUE  (Daniel),  écrivain,  fils  du  pré- 
cédent, né  vers  1660,  à  Vitré,  et  mort  à  Paris,  le 
5  septembre  1731.  Il  étudia  la  théologie,  et  à  la 
révocation  de  l'édit  de  Nantes  il  se  retira  d'a- 
bord à  Londres,  où  il  exerça  pendant  quelques 
mois  le  ministère  évangélique,  puis  à  Copenha- 
gue, où  on  lui  promettait  un  établissement  avan- 
tageux. Ses  espérances  ayant  été  trompées,  il 
passa  en  Hollande,  où  Bayle,  qui  était  malade, 
le  chargea  pendant  les  premiers  mois  de  1687 
de  la  rédaction  des  Nouvelles  de  la  République 
des  Lettres.  En  1690  Larroque  rentra  en  France, 
et  bientôt  après  il  fit  profession  de  catholicisme. 
Cette  abjuration  ne  l'enrichit  pas.  Forcé  de  cher- 
cher dans  ses  talents  des  moyens  d'existence,  il 
se  mit  aux  gages  d'un  libraire,  et  en  1693  il  con- 


LARROQUE  698 

sentit  à  écrire  une  préface  pour  un  pamphlet 
dans  lequel  on  accusait  le  gouvernement  de 
n'avoir  pris  aucune  mesure  pour  prévenir  la  fa- 
mine qui  sévissait  alors  en  France.  L'ouvrage 
fut  saisi  au  moment  même  qu'il  sortait  de  la 
presse;  le  libraire  fut  pendu,  et  Larroque,  en- 
fermé d'abord  au  Châtelet,  fut  conduit  quelques 
mois  après  au  château  de  Saumur.  Il  y  était 
depuis  cinq  ans,  quand  l'abesse  de  Fontevrault, 
touchée  de  compassion  pour  un  homme  qui  s'é- 
tait converti  au  catholicisme ,  obtint ,  après  de 
longues  sollicitations ,  son  élargissement ,  et  le 
fit  entrer,  en  qualité  de  traducteur  de  l'anglais 
et  du  hollandais,  dans  les  bureaux  du  marquis 
de  Torcy,  ministre  des  affaires  étrangères.  La 
délicatesse  et  la  capacité  avec  lesquelles  il  rem- 
plit cet  emploi  le  firent  nommer  par  le  régent 
secrétaire  du  conseil  de  l'intérieur.  Le  conseil 
ayant  été  supprimé  peu  de  temps  après ,  Lar- 
roque reçut  comme  récompense  de  ses  services 
une  pension  de  quatre  mille  livres.  Il  consacra 
le  reste  de  sa  vie  à  l'étude.  Il  était  loin  de  pos- 
séder l'érudition  étendue  de  son  père,  mais  il 
avait  le  goût  et  les  connaissances  littéraires  qui 
avaient  manqué  à  celui-ci.  Ses  amis,  parmi  les- 
quels il  faut  citer  en  première  ligne  d'Olivet  et 
l'abbé  Fraguier,  l'estimaient  autant  pour  la  dou- 
ceur et  l'amabilité  de  son  caractère  que  pour 
ses  talents. 

On  a  de  Larroque  :  Le  Prosélyte  abusé,  ou 
f misses  vues  de  M.  Brueys  dans  V examen  de 
la  séparation  des  protestants;  Rotterdam, 
1684,  in-12;  —  Les  Véritables  Motifs  de  la 
Conversion  de  V abbé  de  La  Trappe,  avecqtiel- 
ques  réflexions  stir  sa  vie  et  sur  ses  écrits; 
Cologne,  1685,  in-12.  Cet  ouvrage,  attribué  par 
quelques  bibliographes  au  P.  Boissard,  char- 
treux à  Paris ,  est  une  satire  fort  vive  contre 
l'abbé  de  Rancé,  qui  y  est  peint  comme  un  am- 
bitieux; —  Nouvelles  Accusations  contre  Va- 
rilïas  ,  ou  remarques  critiques  contre  une 
partie  du  premier  livre  de  son  Histoire  de  l'hé- 
résie ;  Amsterdam,  1687,  in-t2;  ^Remarques 
générales  sur  un  livre  qui  a  pour  titre  :  Let- 
tres, Mémoires  et  Négociations  de  M.  le  comte 
d'Estrades; Paris,  1709,  in-12;  —  Vie  de  Fran- 
çois-Eudes de  Mézerai,  historiographe  de 
i^rance;  Amsterdam,  1620,  in-12.  «  C'est  dit 
l'abbé  d'Olivet,  un  ouvrage  romanesque,  altéré 
dans  le  fond  et  forcé  dans  les  circonstances.  » 
Cette  vie  est  une  des  productions  de  la  jeunesse 
de  l'auteur;  —  De  Legione  ftdminatrice  ;  dans 
les  Adversar.  sacrorum  Libri  III  de  son 
père;  —  une  traduction  de  la  Vie  de  Mahomet 
par  Prideanx;  Amsterdam,  1698,  et  Paris, 
1699,  in-12.  Il  laissa  inédite  une  traduction  de 
V Histoire  romaine  de  Laurent  Échard,  tra- 
duction qui,  revue  par  l'abbé  Desfontaines  et  con- 
tinuée par  l'abbé  Guyon,  fut  publiée  à  Paris, 
1744, 16  vol.  in-12.  Il  avait  composé  des  Anec- 
dotes du  règne  de  Charles  II ,  dont  l'abbé 
Fraguier  avait  le  manuscrit.  L'abbé  d'Olivet  le 


699  LARROQUE 

suppose,  mais  à  tort,  l'auteur  de  l'Avis  impor- 
tanc  aux  Réfugiés  sur  leur  prochain  retour 
en  France;  Amsterdam,  1690,  in- 12  :  ouvrage 
que  Jurieu  ,  avec  plus  de  raison,  ce  semble,  avait 
attribué  à  Bayle.  Micbel  Nicolas. 

Lettre  de  l'abbé  d'OHvet  au  président  Bouhier  ;  Pa- 
ris, 1739.  —  Quérard,  La  France  Littér. 

LAKRUGA  {Eugenio),  économiste  espagnol, 
mort  en  1804.  Il  commença,  sous  le  règne  de 
Charles  III,  une  publication  de  longue  haleine, 
intitulée  :  Memorias  polMcas  y  economicas 
sobre  la  Industria  ,  las  Minas,  etc.,  de  Es- 
pana,  et  destinée  à  faire  connaître  les  richesses 
du  sol,  du  commerce  et  de  l'industrie  de  son 
pays.  Cet  ouvrage,  qui  contient  d'une  façon  dif- 
fuse un  grand  nombre  de  matériaux  utiles,  fut 
interrompu  à  la  mort  de  l'auteur;  il  en  avait 
alors  paru  48  vol.  ia-8°.  K. 

Dict.  de  l'Économie  polit.,  II. 

LARTiGACLT  (***),  grammairien  français, 
mort  à  Paris,  en  janvier  1716.  Il  essaya  vaine- 
ment de  réformer  l'orthographe  française  en  la 
faisant  concorder  avec  la  prononciation  usuelle. 
On  a  de  lui  :  Progrès  de  la  véritable  Orto- 
grafe,  ou  l'ortografe  françèze  fondée  sur  les 
principes,  confirmée  par  démonstracions  ; 
Paris,  1669,  in-12;  — Principes  infaillibles 
et  Règles  de  la  Prononciation  de  notre  lan- 
gue; Paris,  1670,  ia-12  ;  —  La  Sphère  histo- 
rique, ou  explication  des  signes  du  zodiaque, 
des  planètes  et  des  constellations  par  rap- 
port à  l'histoire  ancienne  des  diverses  na- 
tions, etc.;  Paris,  1716,  in-12.         L— z — e. 

Quérard,  La  France  Utt. 

^LARTIGUE  {Joseph),  ingénieur  hydrogra- 
phe français,  né  le  25  mai  1791,  à  Vic-en-Bigorre 
(Hautes-Pyrénées).  Ancien  capitaine  de  vaisseau, 
il  a  publié  :  Description  de  la  Côte  du  Pérou, 
entre  19o  et  16°  20'  de  latitude  sud ,  et  ren- 
seignements sur  la  navigation  des  côtes  occi- 
dentales d'Amérique,  du  cap  Horn  à  Lima, 
recueillis  i)endant  la  campagne  de  La  Clo- 
rinde,  commandée  par  le  baron  de  Mackau  ; 
Paris,  1827,  in-8"  (carte);  —  Instruction 
nautique  sur  les  Côtes  de  la  Guyane  fran- 
çaise; Paris,  1827, in-S"  (carte).  La  partie  hy- 
drographique de  ce  travail  est  précédée  de  six 
chapitres  sur  les  vents ,  les  pluies,  les  courants 
en  général,  ceux  du  fleuve  des  Amazones,  ceux 
qui  ont  lieu  près  déterre,  et  ceux  qu'on  re- 
marque entre  les  Canaries  et  les  Antilles  ;  — 
Exposition  du  Système  des  Vents  ;  Paris, 
1840,  in- 8°,  avec  deux  cartes  indiquant  la 
direction  des  principaux  courants  d'air  :  tra- 
vail d'une  haute  portée,  dans  lequel  l'auteur, 
après  avoir  réuni  et  discuté  tout  ce  que  les  na- 
vigateurs les  plus  habiles  ont  publié  de  leurs 
journaux,  établit  que  les  vents  polaires  et  les 
vents  alises  entraînent  l'atmosphère  jusqu'à 
une  très-grande  élévation ,  et  que  les  contre- 
courants  ,  qui  ont  été  observés  à  diverses  hau- 
teurs ,  sur  les  montagnes ,  n'occupent  qu'un 
espace  peu  considérable,  tandis  que  les  vents 


—  LA  RUE  700 

polaires  suivent  leur  cours  naturel  à  une  cer- 
taine distance  au-dessus  de  ces  mêmes  inoaia- 
gnes  ;  »  —  Observations  sur  les  Brises  de 
Jour  et  de  Nuit,  faites  dans  quelques  parties 
des  Pyrénées,  pendant  les  mois  de  juillet, 
août  et  septembre  1842  (dans  les  Annales 
Maritimes,  t.  82).  P.  Levot. 

jinnales  Maritimes, 

LA  RPE  {Charles  de),  prédicateur  français, 
né  en  J643,  à  Paris,  où  il  est  mort,  le  27   mai 
1725.  Après  ses  premières  études,  il  entra  chez 
les  Jésuites,  et  prit  l'habit  en  1659.  Doué  d'un 
esprit  brillant  et  élevé,  il  professait  les  huma- 
nités lorsqu'il  se  fit  connaître  en   1667   par  un 
poëme  latin  sur  les  conquêtes  de  Louis  XIV, 
travail  qui   fut  traduit  en  français  par  Pierre  : 
Corneille,  et  qui  attira  sur  le  jeune  auteur  laa 
bienveillance  du  roi.  Brûlant  d'ardeur  de  visiter  i 
d'autres  pays  que  la  France ,  il  demanda  plu- 
sieurs fois  à  s'engager  dans  les  missions  du  Ca- 
nada; mais  ses  supérieurs  le  croyant  utile  à  à 
d'autres  emplois,  il  dut  borner  son  zèle  à  prê- 
cher dans  les  provinces,  entre  autres  dans  lésa 
Cévennes,  où  il  ramena  plusieurs  calvinistes  à  la; 
foi  catholique.  Cependant,  son  attrait  pour  les: 
belles-lettres  l'emportait  toujours,  et  ce  fut  pour  i 
favoriser  ses  inclinations  qu'on  le  chargea  de  laf 
ciiaire   de  rhétorique  au  collège   de  Louis-le- 
Grand  ;  il  l'occupa  pendant  de  longues  années» 
avec  les  plus  brillants  succès.  11  fut  aussi  choisii 
pour   confesseur  de  la  dauphine  et  du  doc  dec 
Beri-y.  Le  P.  de  La  Rue  se  fit  une  grande  répu- 
tation par  son  éloquence  ;  il  était  le  prédicateur- 
de  son  siècle  qui  débitait  le  mieux  et  savait  va- 
rier sans  effort  son  talent  et  ses  moyens  suivanti 
les  circonstances.  Un  courtisan,  qui  s'était  aperçui 
de  son  penchant  à  l'affectation  et  à  la  recherche,; 
lui  dit  :  'c  Mon  père ,  nous  vous  écouterons  aveci 
plaisir  tant  que  vous  nous  présenterez  la  raison,! 
mais  point  d'esprit;  tel  de  nous  en  mettra  plus 
dans  un  couplet  de  chanson  que  la  plupart  des 
prédicateurs  dans  tout  un  carême.  ».  Il  étaiti 
aussi  aimable  dans  la  société  qu'austère  dansi 
l'exercice  de  ses  fonctions  :  «  Il  avait ,  dit  Mo-i 
réri,la  conversation  belle,  riche,  féconde,et  ayante 
du  goût  pour  tous  les  arts,  il  pouvait  parier  del 
tout  à  propos.  »  On  a  du  P.  de  La  Rue  :  Idyl- 
lia;  Rouen,  1669,  in-12;  réirapr.  depuis  168* 
sous  le  titre  :  Carminum  Libri  IV,  6^  édit.  ; 
Paris,    1754.  La  plupart  des  pièces  contenues 
dans  ce  recueil  avaient  paru  séparément  ;  nous 
citerons  les  suivantes  :    De    Victoriis  Ludo- 
vici  XIV ;  Paris,  1667,  poëme  trad.  en  vers 
français  par  P.  Corneille;  —Gyrus  restitulus; 
1673,  tragédie  latine;  —une  Ode  grecque  swr 
Vlmmaculée  Conception,  1670,  qui  aremporté 
le  prix  à  Caen,  et  des  pièces  adressées  à  Cor- 
neille. Le  premier  de  ces  quatre  livres  con- 
tient les  tragédies  ;  le  second,  les  panégyriques  ; 
le  troisième,  des  devises  et  des  emblèmes  avec 
explication;  le  quatrième,  des  morceaux  de  dif- 
férents genres;  —  Lysimachus,  tragédie  fran- 


7C.  LÀ 

•:!iso;  Caen ,  1670,  représentée  au  collège  des 
jts.iiies  et  traitée  d'une  autre  manière  que  telle 
qu'il  avait  donnée  en  latin  sous  le  même  titre  ;  — 
/'.  VirgUïi  Maronis  Opéra,  interpretatïone  et 
ni'iis,  ad  usum  Delphini;  Furis,  1675,  in-4'' ; 
It  travail  de  l'auteur,  augmenté  et  retouché  par 
lui,  a  été  reproduit  dans  des  éditions  très-nom- 
breuses ;  la  plus  récente  est  celle  de  Lyon ,  1831, 
j  vol.  in-12,  mais  la  plus  estimée  est  celle  qui 
a  (.te  revue  par  N.  Heinsius  ;  Paris,  1682,  )n-4o; 
V Index  qui  se  trouve  à  la  fin  est  en  grande 
paiiie  l'œuvre  de  l'abbé  Lezeau,  qui  s'en  est 
déclaré  l'auteur,  en  1714,  dans  la  traduction  des 
Fus  les  d'Ovide;  —  Gabrielis  Cossartii  Ora- 
lioiies  et  Carmina;  Paris,  1675,  in-t2;  — 
Sermons  du  P.  de  La  Rue;  Paris,  1719,4  vol. 
in-8"  et  in-12;  4®  édit. ,  Lyon,  1736,  souvent 
réimprimés  depuis  et  insérés  en  1847  dans  la 
Collection  des  Orateurs  sacrés  de  l'abbé  Mi- 
giie.  On  distingue  dans  ce  recueil  les  Oraisons 
funèbres  du  maréchal  duc  de  Luxembourg 
(!09j),  de  Louis  de  Bourbon,  prince  de 
tfondé  (1686),  et  du  Dauphin  (1712),  qui  sont 
regardées  comme  ses  chefs-d'œuvre,  et  ses  Ser- 
mons sur  les  Évangiles  du  Carême  (  1706); 
—  Sijlla,  tragédie  en  cinq  actes,  imprimée  en 
1728  pour  la  première  fois,  à  la  suite  delà  Gram- 
maire Française  du  P.  Buffier  :  cette  belle  tra- 
gédie ,  attribuée  longtemps  à  P.  Corneille  et 
"éimprimée  en  1745  sons  le  nom  de  Mallet  de 
Srême,  qui  voulut  injustement  se  l'approprier, 
itait  représentée  dès  1671  dans  les  collèges.  Les 
omédiens  de  l'Hôtel  de  Bourgogne  se  disposaient 
lecrètement  à  la  jouer;  mais  l'auteur  employa 
>on  crédit  pour  s'y  opposer,  et  il  y  réussit  faci- 
ement.  11  n'arrêta  pas  toutefois  la  représenta- 
ion  de  deux  comédies,  dont  on  le  croit  l'auteur: 
VAndrienne  et  V Homme  à  bonnes  fortunes , 
]ui  passèrent  l'une  et  l'autre  sous  le  nom  de  son 
tmi,  le  célèbre  Baron; —  Panégijriques  des 
Maints,  avec  quelques  autres  sermons  sur 
iivers  sujets  ;  Paris,  1740,  2  vol.  in-12  ;  —  une 
édition  d'Iforace,  avec  notes  ;  —  des  Discours 
atins  prononcés  en  diverses  occasions.  P.  L — y. 

Mercure  de  France,  juin  1725.  —  Baillet,  Jugements 
ies  Savants.  —  Journal  des  Savants,.  169S,  1706, 1712, 
738  et  1740.  —  Dict.  des  Prédicateurs.  —  Le  Long,  Bibl. 
•Hist.  —  Moréri,  Dict  Hist.,  IX.  —  Desessarls,  Siècles 
,litt..  V.  —  Bibl.  des  Écrivains  de  la  Compagnie  de  Jésus, 

::3S-66S. 

L.\  RUE  (  Charles  de  ),  érudit  français,  né 

e  12  juillet  1684,  à  Corbie  (Picardie),  mort  le 
>  octobre  1739,  à  Paris.  Il  fit  profession  dans 
l'abbaye  bénédictine  de  Saint-Faron  de  Meaux, 
pt  s'appliqua  surtout  à  l'étude  du  grec  et  de  l'hé- 
preu.  Le  Savant  Montfaucon  l'associa  à  ses  tra- 
vaux littéraires,  et  le  chargea  de  donner  une 
pdition  exacte  des  ouvrages  d'Origène,  à  l'ex- 
|;eptioa  des  Hexaples.  Mais  il  ne  put  en  donner 
!|ue  les  deux  premiers  volumes ,  qui  parurent 
N 1733,  et  surveilla  l'impression  générale  du  troi- 
sième. 
LA  RUE  (  Vincent  de),  neveu  du  précédent, 


RUE  702 

né  en  1707,  à  Corbie,  et  mort  en  1762,àPari3, 
fit  aussi  partie  de  l'ordre  de  Saint'Benoît,  et  con- 
tinua l'édition  d'Origène ,  dont  la  fin  fut  publiée 
en  1759.  On  a  encore  de  lui  :  Bibliorum  sacro- 
rum  latlnx  versionis  antiqua,  seu  versio 
vêtus  italica  ;  Reims,  1743-1749,  3  vol.  in-fol.  : 
cet  ouvrage  avait  été  commencé  par  dom  Pierre 
Sabathier.  K. 

Mercure  de  France,  déc.  1739.  —  Moréri,  Dict.  Hist. 

LA  RUE  (François),  en  latin  Rueus,  natura- 
liste flamand,  né  à  Lille,  vers  1520,  mort  dans  la 
même  ville,  en  1585.  Il  pratiqua  longtemps  la  mé- 
decine dans  sa  patrie.  Il  avait  cultivé  soigneu- 
sement les  belles-lettres,  l'hébreu  et  surtout 
l'histoire  naturelle.  On  a  de  lui  :  De  Genwiis 
aliquot,  lis  prsesertim  quarum  divus  Joannes 
apostolus  in  sua  Apocalypsi  meminit  :  de  aliis 
quoque  quarum  usus  hoc  eevo  apud  omnes 
percrebuit ,  Libri  duo,  theologis  non  minus 
utiles  qiiam  philosophis ,  et  omnino  felicïo- 
ribus  ingenii  perjucundi,  e  non  vulgaribus 
utriusque philosophiae  adytis  deprompti,  etc.; 
Paris,  1547,  in-12;  Zurich,  1565,  in-12;  et  avec 
la  PInlosophie  sacrée  de  François  Vallesius, 
Lyon,  1588,  1595  et  1652,  in-12;  avec  divers 
opuscules  sur  toutes  les  espèces  de  fossiles , 
Francfort,  1596,  in-12;  avec  les  Similitudines 
ac  Parabolie,  etc.  (de  Lœv.  Lemnius),  Fi-anc- 
fort,  1626,  in-i6.  L— z— e. 

Le  P.  Lelong,  Bibliotli.  Sacr.,  p.  935.  —  Valère  André, 
Bibliotheca  Belgica,  p.  240.  —  Mercklin,  Lindenittsrenov., 
p.  297,  304. 

LA  RUE  (  Pierre  de  ) ,  littérateur  hollandais , 
né  en  1695,  à  Middelbourg.  Conseiller  en  la  cour 
des  comptes  du  comté  de  Zélande,  il  composa  des 
poésies  et  deux  recueils  estimés  sur  les  hommes 
distingués  de  son  pays  natal  :  La  Zélande  Lit- 
téraire, Middelbourg,  1734,  in-4";  2^ édit.,  aug- 
mentée, 1741,  destinée  aux  écrivains,  aux  sa- 
vants et  aux  artistes  ;  —  La  Zélande  Politique 
et  Militaire ;ih\é.,  1736, in-4'';  — Recueil  d'É- 
pigrammes  ou  d'inscriptions  en  vers;  1731; 
—  Des  Amplifications  rimées  du  Symbole  des 
Apôtres  et  de  l'Oraison  Dominicale;  une  tra- 
duction des  Sonnets  de  Drelincourt  ;  des  poé- 
sies édifiantes,  etc.  K. 

De  Vries,  Hist.  des  Poètes  holl.,  II,  123. 

LARUE  (  Isidore- Etienne ,  Chevalier  de  ) , 
homme  politique  et  historien  français ,  né  à  La 
Charité-sur-Loire,  en  1758,  mort  le  12  août  1830. 
Nommé  en  1795  député  de  la  Nièvre  au  Con- 
seil des  Cinq  Cents ,  il  fut  membre  de  la  com- 
mission dite  des  inspecteurs,  avec  Pichegru 
et  Willot,  puis  proscrit  avec  eux  au  18  fruc- 
tidor, et  déporté  à  la  Guyane.  Il  revint  en  France 
après  le  18  brumaire.  Ses  relations  avec  Piche- 
gru, et  surtout  avec  Hyde  de  Neuville,  dont  il 
avait  épousé  la  sœur,  le  firent  mettre  en  sur- 
veillance dans  le  département  de  la  Nièvre.  Sous 
la  restauration,  il  devint  maître  des  requêtes  et 
garde  général  des  archives  du  royaume.  On  a 


703 


LARUE  —  LA  SABLIÈRE 


704 


de  lui  nne  Histoire  du  i8  fructidor  ;  Paris, 
1821,  in-8°.  G.  DE  F. 

Henrion,  Amvuaire  Biographique^ 

LA  RUE ,  voy.  Rue. 

LARCETTE  {Jean-Louis  ),  acteur  français  et 
compositeur  dramatique,  né  à  Paris,  le  7  mars 
1731,  et  non  à  Toulouse  ,  mort  dans  la  même 
ville,  le  10  janvier  1792.  Il  se  destinait  d'abord 
à  l'enseignement  musical  ;  mais  comme  il  se  sen- 
tait du  penchant  pour  le  théâtre,  il  délaissa  le 
professorat,  et  débuta,  en  1752,  à  la  foire  Saint- 
Laurent,  où  était  alors  l'Opéra- Comique,  dans 
les  rôles  d'amoureux.  L'expression  vieillotte  de 
sa  figure  et  la  faiblesse  de  sa  voix  l'empêchèrent 
de  réussir  dans  ce  genre  de  personnages.  Ayant 
eu  le  bon  esprit  de  comprendre  qu'il  n'était  pas 
fait  pour  eux ,  il  changea  d'emploi,  et  prit  celui 
des  pères  et  des  tuteurs ,  dans  lequel  il  se  fit 
promptement  une  réputation.  Lorsque  l'Opéra- 
Comique  fut  réuni,  en  1762,  à  la  Comédie-Ita- 
lienne, Laruette  fit  partie  des  acteurs  conservés, 
et  pendant  dix-sept  années  il  ne  cessa  de  faire 
les  délices  du  public  jusqu'à  sa  retraite,  qui  eut 
lieu  à  la  clôture  de  1778.  Grétry  parle  de  cet 
acteur  avec  de  grands  éloges.  Laruette  a  composé 
la  musique  de  plusieurs  pièces  à  ariettes,  dont 
voici  les  titres  :  Le  Docteur  Sangrado  ;  1758  ; 
—  Le  Médecin  de  l'Amour;  1748;  —  L'heu- 
reux Déguisement;  1758;  —  L'Ivrogne  cor- 
rigé; 1759;  —  Cendrillon ;  1759  (  pièces  jouées 
à  l'ancien  Opéra-Comique  )  ;  —  Le  Dépit  amou- 
reux; 1761;  —  Le  Gutj  de  Chêne;  1764;  — 
Les  deux  Compères  ;  {112  (  ces  dernières  repré- 
sentées à  la  Comédie-Italienne  ).  Ed.  de  Manne. 

Grétry,  Essai  sur  la  Musique,  —  Correspondance  de 
Griram.  —  Journal  des  Spectacles,  de  Lefucl  de  Méri- 
court. 

LA  SABLIÈRE  (  Antoine  de  Rambouillet, 
sieur  de  ),  financier  et  poète  français,  né  à  Paris, 
le  17  juin  1624,  mort  dans  la  même  ville,  le 
3  mai  1679.  Élevé  dans  la  religion  protestante, 
il  reçut  une  bonne  éducation.  Fils  du  financier 
Rambouillet ,  un  des  titulaires  des  cioq  grosses 
fermes,  qui  avait  élevé  à  grands  frai9  s  l'extré- 
mité du  faubourg  Saint-Antoine  un  célèbre  hôtel 
à  travers  lequel  se  trouve  aujourd'hui  percée  la 
rue  qui  porte  son  nom ,  il  devint  comme  lui  con- 
seiller du  roi  et  des  finances  et  un  des  régisseurs 
des  domaines  de  la  couronne.  En  1669  il  prêta 
40,000  écus  au  prince  de  Condé.  Il  alliait  l'ap- 
titude aux  affaires  au  goût  des  lettres  et  à  un 
grand  penchant  aux  plaisirs.  Il  se  maria  en  1654; 
mais  l'esprit,  le  savoir,  la  beauté,  les  grâces  de 
sa  jeune  femme  ne  purent  le  fixer.  Riche,  beau, 
bien  fait,  spirituel,  il  dut  rencontrer  peu  de 
cruelles.  Il  a  exposé  lui-même  ses  principes  dans 
ces  vers  : 

J'aime  bien  quand  je  suis  aimé 
Mais  je  ne  puis  être  enflammé 
Des  belles  qui  sont  inhumaines  '. 
Je  ne  subis  Jamais  la  iol , 
Et  ne  souffre  jamais  de  peines 
Qu'autant  qu'on  en  souffre  pour  moi: 


Aussi  toutes  aortes  d'objets 

Ne  peuvent  être  des  sujets 

Pour  forcer  mon  cœur  à  se  rendre, 

Et  si  l'on  veut  me  posséder. 

Il  faut  des  charmes  pour  me  prendre 

Et  des  faveurs  pour  me  garder. 

Si  l'on  en  croit  une  note  manuscrite  d'un 
contemporain  trouvée  par  le  baron  Walcke 
naër  dans  un  exemplaire  des  Madrigaux  de 
La  Sablière,  ce  financier  serait  mort  du  chagiiii' 
d'avoir  perdu  une  maîtresse.  Il  s'était  attaché  s 
M"''  Manon  Van Ghangel,  sœur  aînéede  M"'=  Char< 
lotte  Van  Ghangel,  laquelle  épousa  de  Nyert, 
Le  père  de  ces  deux  beautés  était  un  Hollandais 
qui  s'était  fixé  à  Paris  depuis  que  La  Sablière. 
fermier  des  domaines  du  roi ,  l'avait  intéresse 
dans  cette  administration.  «  Le  temps,  dit  Walc-i 
kenaër,  n'avait  fait  qu'accroître  cette  passion. 
C'est  pour  cette  jeune  beauté  que  M.  de  La  Sa- 
blière a  composé  presque  tous  les  madrigau: 
qui  nous  restent  de  lui,  et  dont  Voltaire  a  loiit 
la  finesse  et  le  naturel.  Cet  objet  d'une  affectioi 
si  tendre  et  si  constante  mourut  subitement,  i 
la  fleur  de  l'âge.  M.  de  La  Sablière  en  apprit  \i 
nouvelle  inopinément  et  au  moment  oit  il  s'y  ab 
tendait  le  moins  ;  il  en  fut  si  frappé  que  dès  lor. 
il  resta  plongé  dans  une  sombre  mélancolie, 
laquelle  il  succomba  un  an  après.  « 

On  a  de  La  Sablière  un  recueil  de  madrigau: 
publiés  après  sa  mort  par  son  fils,  et  qui  ont  ei. 
plusieurs  éditions.  La  première  parut  à  Parisi 
en  1689,  in-12,  et  fut  contrefaite  en  Hollande  1 
même  année.  En  1758  l'abbé  Sepher  en  donni 
une  nouvelle  édition  à  Paris,  in-l6,  avec  un 
notice  sur  l'auteur.  La  dernière  édition  en 
paru  à  Paris,  en  1825.  L.  Louvet. 

Abbé  Sepher,  Notice  en  tète  de  son  édition  des  Madn 
gaux  de  La  Sablière  —  Walckenaër,  Hist.  de  la  Fie  i 
des  Onvr.  de  La.  Fontaine,  tome  I,  p.  272;  tome  II,  p.  4i 
—  Haag,  La  France  Protestante.  —  Voltaire,  Siècle  a 
Louis  XI f^.  —  Tallcmant  des  Réaux,  Histor. 

LA  SABLIÈRE (^/«/•g'^^er^^eHESSEIN,M™^ de), 
femme  du  précédent.  Française  savante  et  char! 
table,  morte  à  Paris,  le  8  janvier  1693.  «  Paru 
ce  grand  nombre  de  femmes  charmantes,  douée 
des  dons  de  la  beauté  et  de  l'esprit,  qui  exei 
cèrent  une  si  forte  influence  sur  la  perfection  de  I 
littérature  et  des  arts  dans  le  siècle  de  Louis  XIV 
nulle  ne  fift  plus  remarquable,  dit  Walckenaër,  qu; 
Mme  de  La  Sablière.  Elle  était  aussi  réservée 
aussi  modeste  que  savante  :  non-seulement  ell 
entendait  parfaitement  la  langue  du  siècle  d'Au 
guste,  et  savait  par  cœur  les  plus  beaux  vers  d'H( 
race  et  de  Virgile ,  mais  elle  n'était  étrangère 
aucune  des  connaissances  humaines  cultivées  d 
son  temps.  Sauveur  et  Roberval ,  tous  deux  d 
l'Académie  des  Sciences,  lui  avaient  montré  1( 
mathématiques  ,  la  physique  et  l'astronomie 
célèbre  Dernier,  son  ami  particulier,  etqui,  comn: 
La  Fontaine ,  logeait  chez  elle ,  lui  avait  enseigi 
l'histoire  naturelle  et  l'anatomie,  et  l'avait  in: 
liée  aux  plus  sublimes  spéculations  de  la  phik 
Sophie;  c'est  pour  elle  qu'il  fit  un  excellei 
abrégé  des  ouvrages  de  Gassendi.  Tant  de  scienc 


705 

dans  M™e  de  La  Sablière  ne  nuisait  en  rien  aux 
charmes  de  son  sexe  ;  sa  maison  était  le  séjour 
(les  grâces ,  de  la  joie  et  des  plaisirs.  Son  mari 
joignait  à  une  grande  fortune  les  talents  du  poète, 
la  politesse  de  l'homme  du  monde ,  le  don  de 
plaire  et  l'habitude  de  la  plus  aimable  galanterie. 
Les  seigneurs  de  la  cour  les  plus  dissipés ,  tels 
que  Lauzun,  Rochefort,  Bran<;a3,  La  Fare,  de 
Foix,  Chaulieu,  aimaient  à  se  réunir  chez  M.  de 
La  Sablière  avec  les  étrangers  les  plus  illustres, 
'  les  hommes  les  plus  éminents  dans  les  sciences, 
dans  les  lettres  et  dans  les  arts ,  les  feoames  les 
plus  remarquables  par  leurs  attraits  et  leur  es- 
prit ,  et  Mme  (Je  La  Sablière,  par  sa  conversation 
toujours  variée,  par  sa  politesse  exquise,  par 
sa  gaieté  naturelle,  était  l'ornement,  le  lien  et 
l'âme  de  ces  cercles  brillants.  »  On  y  jouissait 
sans  doute  d'une  grande  liberté,  ainsi  qu'on  peut 
en  juger  par  une  chanson  de  Chaulieu  impro- 
\isee  à  un  des  repas  de  Mme  de  La  Sablière  en 
i'iionneur  du  duc  de  Foix,  où  l'on  trouve  : 

Qu'il  est  doux  d'être  la  maîtresse 
De  ce  jeune  voluptueux! 

La  Sablière,  qui  avait  beaucoup  à  se  faire  pardon- 
ner, eut  le  bon  esprit  de  ne  pas  se  montrer  jaloux, 
et  malgré  leurs  écarts  mutuels,  les  deux  époux 
.  paraissent  avoir  vécu  en  bonne  intelligence.  «  Les 
nombreuses  infidélités  du  mari  décidèrent  bientôt 
celles  de  la  femme ,  dit  M.  Joncières.  Belle,  riche, 
aimable ,  Mme  de  La  Sablière  fut  vivement  re- 
cherchée, Ses  plus  beaux  jours  s'écoulèrent  dans 
cette  galanterie  décente  qui  fut  la  vie  de  la  plu- 
part des  grandes  dames  au  dix-septième  siècle.  » 
On  raconte  qu'an  oncle  de  Mme  de  La  Sablière, 
»rave  magistrat ,  voulant  un  jour  lui  faire  de  la 
morale,  lui  dit  :  «  Eh ,  madame  !  toujours  des 
amourettes?...  On  nentend  parler  que  de  cela 
dans  cette  maison...  Mettez  au  moins  un  inter- 
palle  :  les  animaux  eux-mêmes  n'ont  qu'une 
saison  pour  cela.  —  C'est  que  ce  sont  des  bêtes,  » 
répondit  Mme  de  La  Sablière.  Lauzun  donna  au 
frère  de  M^e  de  La  Sablière  la  charge  de  secré- 
taire des  dragons  ;  et  mademoiselle  de  Montpen- 
sier  eut  quelque  jalousie  contre  «  cette  petite 
Femme  de  la  ville  nommée  La  Sablière  »,  ainsi 
tpie  l'appelait  Rochefort.  Quoique  Mme  de  La 
Sablière  n'ait  composé  aucun  ouvrage,  sa  répu- 
tation s'était  répandue  même  à  l'étranger  :  en 
parlant  d'un  livre  que  Bernier  avait  dédié  à 
cette  dame ,  Bayle  disait  en  1685,  dans  les  Nou- 
velles de  la  République  des  Lettres  :  «.  Ma- 
dame de  La  Sablière  est  connue  partout  pour 
un  esprit  extraordinaire  et  pour  un  des  meil- 
leurs; M.  Bernier,  qui  est  un  grand  philo- 
sophe ,  ne  doute  pas  que  le  nom  illustre  qu'il  a 
mis  à  la  tête  de  ce  traité-là  n'immortalise  son 
ouvrage  plus  que  son  ouvi'age  n'immortalisera 
son  nom.  >-  Après  li  mort  de  Marguerite  de 
Loi  rainé,  bienfaitrice  de  La  Fontaine ,  Mme  de 
Lii  Sablière  recueillit  le  célèbre  fabuliste  chez 
elle.  Elle  l'y  garda  tant  qu'elle  vécut,  même 
après  qu'elle  eut  abandonné  sa  maison  pour  le 

NOUV.    BIOGR.    GÉNÉR.    —  T,   XXIX. 


LA  SABLIÈRE  70fi 

service  des  pauvres.  Pendant  vingt  ans  elle  lui 
épargna  les  tracas  de  la  vie.  «■  Elle  pourvoyait, 
dit  d'Olivet,  à  tous  ses  besoins,  persuadée  qu'il 
n'était  guère  capable  d'y  pourvoir  lui-même.  » 
La  Fontaine  devint  une  partie  inséparable  de  sa 
maison  :  «  J'ai  renvoyé  tout  mon  monde ,  disait- 
elle  un  jour,  je  n'ai  gardé  que  mon  chien ,  mon 
chat  et  La  Fontaine.  »  Le  fabuliste  célèbre  sa 
protectrice  chaque  fois  qu'il  le  peut.  Dans  un  en- 
droit il  fait  d'elle  ce  portrait  : 

Je  vous  gardois  un  temple  dans  mes  vers... 
Au  fond  du  temple  eût  été  son  image, 
Avec  ses  traits,  son  souris,  ses  appas. 
Son  art  de  plaire  et  de  n'y  penser  pas, 
Ses  agréments  à  qui  tout  rend  hommage. 
J'aurois  fait  voir  à  ses  pieds  des  mortels 
Et  des  héros,  des  demi-dieux  encore, 
Même  des  dieux  :  ce  que  le  monde  adore 
Vient  quelquefois  parfumer  ses  autels. 
J'eusse  en  ses  yeux  fait  briller  de  son  âme 
Tous  les  trésors,  quoique  imparfaitement  ; 
Car  ce  cœur  vif  et  tendre  infiniment 
Pour  ses  amis,  et  non  point  autrement. 
Car  cet  esprit,  qui,  né  du  firmament, 
A  beauté  d'homme  avec  grâce  de  femme. 
Ne  se  peut  pas  cnmme  on  veut  exprimer, 
O  vous  Iris,  qui  savez  tout  charmer; 
Qui  savez  plaire  en  un  degré  suprême 
"Vous  que  l'on  aime  à  l'égal  de  sol-ménae 
(  Ceci  soit  dit  sans  nul  soupçon  d'amour. 
Car  c'est  un  mot  banni  de  votre  cour  ). 

Mais  La  Fontaine  n'était  pas  seul  à  louer  cette 
femme  d'esprit  ;  tous  les  écrits,  tous  les  mémoires 
du  temps  font  son  éloge.  Boileaula  peignit  pour- 
tant dans  sa  Satire  sur  les  Femmes  sous  les 
traits  de 

; Celte  savante 

Qu'estime  Roberval  et  que  Sauveur  fréquente. 
D'où  vient  qu'elle  a  l'œil  trouble  et  le  teint  si  terni  ? 
C'est  que  sur  le  calcul ,  dit-on ,  de  Cassini , 
Un  astrolabe  en  main,  elle  a  dans  sa  gouttière 
A  suivre  Jupiter  passé  la  nuit  entière. 

Mais  cette  satire  ne  parut  qu'après  la  mort  de 
Mme  de  La  Sablière.  Boileau  avait  voulu  se 
venger  de  ce  qu'à  propos  des  vers  de  sa  cinquième 
épître  : 

Que  l'astrolabe  en  main  un  autre  aille  chercher 
Si  le  soleil  est  fixç  ou  tourne  sur  son  axe. 
Si  Saturne  à  nos  yeux  peut  faire  un  parallaxe, 

elle  avait  ditdu  satirique  qu'il  parlait  de  l'astro- 
labe sans  le  connaître.  «  On  croit,  dit  Perrault 
dans  son  Apologie  des  Femmes,  que  le  caractère 
de  la  savante  ridicule  a  été  fait  pour  une  dame 
dont  le  mérite  exti'aordinaire  ne  devait  lui  at- 
tirer que  des  louanges.  Cette  dame  se  plaisoit, 
aux  heures  de  son  loisir,  à  entendre  parler  d'as- 
tronomie et  de  physique,  et  elle  avoit  même  une 
très-grande  pénétration  pour  ces  sciences,  de 
même  que  pour  plusieurs  autres  que  la  beauté 
et  la  facilité  de  son  esprit  lui  avoient  rendues 
familières.  Il  est  encore  vrai  qu'elle  n'en  faisoit 
aucune  ostentation,  et  qu'on  n'estimoit  guère 
moins  en  elle  le  soin  de  cacher  ces  dons  que  l'a- 
vantage de  les  posséder.  » 

Parmi  les  jeunes  gens  qui  fréquentaient  la 
maison  de  Mme  de  La  Sablière  et  qui  lui  fai- 
saient une  cour  assidue ,  il  y  en  eut  un  surtout 
qui  parvint  à  lui  plaire  :  c'était  le  marquis  de  La 

23 


707 

Fare  (  V02/.  ce  nom).  Walckenaër fait  remonter 
cette  liaison  à  1670.  Ce  ne  fut  cependant  qu'en 
1677  que  La  Fare  vendit  sa  charge  de  sous- 
lieutenant  des  gendarmes  du  dauphin  au  fîls  de 
M'""  de  Sévigné  pour  se  livrer  entièrement  à 
l'amour  de  celle  qui  occupait  alors  toutes  ses 
pensées.  La  Fare  avait  trente- trois  ans  d'âge; 
M™^  de  La  Sablière  avait  vingt-trois  ans  de  ma- 
riage !  La  Fare  n'eut  pourtant  pas  même  la  pa- 
tience d'attendre  la  conclusion  de  la  paix  :  il 
croyait  que  sa  passion  serait  éternelle ,  et  il  écri- 
vait : 

Je  sers  une  rniiUresse  illustre  ,  aimable  et  sage. 

Amour,  tu  remplis  mes  souhaits  : 
Pourquoi  me  laissais-tu  dans  la  fleur  de  mon  âge 
Ignorer  ses  vertus  ,  ses  grâces ,  ses  attraits  ? 

Sans  doute  à  cette  époque  La  Sablière  affichait 
son  attachement  pour  Mi'e  Van  Ghangei,  et  sa 
femme  put  prendre  plus  de  liberté.  La  Fare  passait 
des  jours  entiers  chez  M™^  de  La  Sablière.  Telle 
était  la  force  de  l'amour  qu'éprouvait  le  marquis, 
qu'on  crut,  d'après  M""^  de  Sévigné,  que  la  belle 
La  Sablière  manquerait  plus  tôt  de  persévérance 
que  son  amant.  «  D'abord  ils  ne  se  quittaient 
pas,  dit  M.  Sainte-Beuve;  ils  passaient  douze 
heures  ensemble ,  puis  après  quelques  mois  ce 
ne  fut  plus  que  sept  ou  huit  heures  ;  puis  il  fut 
évident  que  l'amour  du  jeu  se  glissait  comme  une 
distraction  à  la  traverse.  ■»  «  M""'  de  Coulanges 
maintient,  écrivait  M™®  de  Sévigné  le  8  novembre 
1679,  que  La  Fare  n'a  jamais  été  amoureux; 
c'était  tout  simplement  de  la  paresse,  de  la  pa- 
resse, de  iaparesse,  et  la  bassette  a  fait  voir  qu'il 
ne  cherchaitchez  M™^de  La  Sablière  que  la  bonne 
compagnie.  »  L'année  suivante.  M""*  de  Sévigné 
revient  sur  cette  rupture  :  «  Vous  me  demandez 
ce  qui  a  fait  cette  solution  de  continuité  entre 
La  Fare  et  M™^  de  La  Sablière  :  c'est  la  bas- 
sette :  l'eussiez-vous  cru?  C'est  sous  ce  nom 
que  l'infidélité  s'est  déclarée  ;  c'est  pour  cette 
prostituée  de  bassette  qu'il  a  quitté  cette  reli- 
gieuse adoration  :  croiroit-on  que  ce  fût  un  che- 
min pour  le  salut  de  quelqu'un  que  la  bassette  ? 
Ah  !  c'est  bien  dit;  il  y  a  cinq  cent  mille  routes 
qui  nous  y  mènent.  M™®  de  La  Sablière  regarda 
d'abord  cette  distraction ,  cette  désertion  ;  elle 
examina  les  mauvaises  excuses ,  les  raisons  peu 
sincères,  les  prétextes,  les  justifications  embar- 
rassées ,  les  conversations  peu  naturelles ,  les 
impatiences  de  sortir  de  chez  elle,  les  voyages  à 
Saiat-Germain,  où  il  jouoit,  les  ennuis,  les  ne 
^  savoir  plus  que  dire;  enfin  quand  elle  eut  bien 
observé  cette  éclipse  qui  se  faisoit ,  et  le  corps 
étranger  qui  cachoit  peu  à  peu  tout  cet  amour 
si  brillant ,  elle  prit  sa  résolution  :  je  ne  sais  ce 
qu'elle  lui  a  coûté  ;  mais  enfin ,  sans  querelle , 
sans  reproche,  sans  éclat ,  sans  le  chasser,  sans 
éclaircissement,  sans  vouloir  le  confondre ,  elle 
s'est  éclipsée  elle-même  ;  et  sans  avoir  quitté  sa 
maison ,  où  elle  retourne  encore  quelquefois , 
sans  avoir  dit  qu'elle  renonceroit  à  tout,  elle  se 
trouve  si  bien  aux  Incurables  qu'elle  y  passe 


LA  SABLIÈRE  708 

quasi  toute  sa  vie ,  sentant  avec  plaisir  que  son 
mal  n'étoit  pas  comme  celui  des  malades  qu'elle 
sert.  Les  supérieurs  de  la  maison  sont  charmés 
de  son  esprit  :  elle  les  gouverne  tous  ;  ses  amis 
vont  la  voir;  elle  est  toujours  de  très-bonne 
compagnie.  " 

Le  jeu  n'était  pas  la  seule  cause  de  l'abandon 
de  M^e  de  La  Sablière  par  La  Fare ,  qui  s'é- 
tait pris  de  goût  pour  la  Champmeslé,  ainsi 
qu'on  le  voit  par  une  lettre  de  La  Fontaine  à 
cette  actrice  :  «  Que  font  vos  couitisans?  lui 
écrivait-il  dans  l'été  de  1678;  car  pour  ceux  dui 
roi  je  ne  m'en  mets  pas  autrement  en  peine. 
Charmez-vous  l'ennui,  le  malheur  au  jeu,  toutes 
les  autres  disgrâces  de  M.  de  La  Fare  ?  »  On  avait 
blâmé  La  Fare  d'avoir  quitté  brusquement  le 
service  pour  sa  passion.  Mme  de  Coulanges  l'a- 
vait probablement  défendu  alors  ;  mais  après  l'a- 
bandon de  M«ne  de  La  Sablière ,  elle  disait  :  «  La 
Fare  m'a  trompée,  je  ne  le  salue  plus.  »  Le  goût 
des  actrices  et  des  amours  faciles  lui  resta ,  et 
plus  tard  La  Fare  ne  craignit  pas  de  dire  : 

De  Vénus-Uranie  en  ma  verte  jeunesse. 

Avec  respect  j'encensai  les  autels; 
Et  je  donnai  l'exemple  au  reste  des  mortels 

De  la  plus  parfaite  tendresse. 
Cette  commune  loi  qui  veut  que  notre  cœur 

De  son  bonheur  même  s'ennuie 

Me  fit  tomber  dans  la  langueur 

Qu'apporte  une  insipide  vie. 

Amour,  viens,  vole  à  mon  secours, 

M'écrlai-je  dans  ma  souffrance; 

Prends  pitié  de  mes  derniers  jours. 

M™^  de  La  Sablière  s'était  convertie  au  ca- 
tholicisme. «  Le  roi,  dit  Sourches,  donna  une 
pension  de  2,000  livres  à  M"^  de  La  Sablière, 
femme  qui  n'étoit  pas  de  grande  naissance,  mais 
qui  étoit  connue  par  son  bel  esprit  et  qui  s'étoit 
convertie.  »  Elle  avait  eu  vraisemblablement 
des  embarras  d'affaires;  ainsi  que  peut  le  faire 
présumer  cette  lettre  qu'elle  écrivait  au  pèreRa- 
pin  :  «  Il  me  semble  que  j'ay  bien  à  vous  entre- 
tenir ;  je  suis  bien  aise  que  le  monde  croye  que 
je  vais  estre  heureuse  parce  que  je  suis  bientost 
à  bout  de  mes  affaires,  et  je  fais  tout  ce  que  je 
puis  pour  faire  croire  que  cela  est  ainsi  ;  mais 
à  vous,  à  qui  j'ay  toujours  dit  tout  ce  que  j'avois 
sur  le  cœur,  je  ne  m'auiserai  point  de  me  dé- 
guiser sur  Testât  où  je  suis.  Je  ne  puis  jamais 
estre  heureuse  après  la  perte  que  j'ay  faite 
d'une  personne  que  j'aimois  tendrement  et  qui 
m'aimoit  d'une  manière  âne  deuoir  point  en  faire 
finesse  à  une  personne  qui  a  l'esprit  fait  comme 
vous  l'aués.  »  La  mort  de  La  Sablière  augmenta 
encore  le  penchant  de  M"^  de  La  Sablière  pour 
la  dévotion.  «  Après  avoir  été  les  délices  d'un 
monde  où  elle  avait  brillé  avec  tant  d'éclat,  dit 
Walckenaër,  elle  en  devint  par  son  repentir  et 
sa  piété  l'admiration  et  l^modèle.  »  Elle  s'oc- 
cupa dès  lors  beaucoup  moins  de  La  Fontaine, 
qui  ne  profitait  guère  de  ses  leçons.  Le  poète  con- 
tinua pourtant  d'habiter  la  maison  de  sa  protec- 
trice, maison  située  dans  la  rue  Saint-Honoré  sur 
la  paroisse  de  Saint-Roch.La  Fontaine  loua  publi- 


709  LA  SABLIÈRE 

quementMme  de  La  Sablière  le  jour  de  sa  réception 
à  l'Académie  Française.  Il  conservait  pour  elle  une 
vive  reconnaissance,  et  plusieurs  fois  ses  vers 
et  sa  correspondance  célébrèrent  le  nom  de  sa 
bienfaitrice.  Mais  elle  était  devenue  indifférente 
à  la  louange  même  la  plus  délicate,  et  ne  rêvait 
plus  que  la  conversion  du  fabuliste.  Elle  venait 
peu  chez  elle ,  d'où  elle  avait  écarté  doucement 
tous  ses  amis.  Retirée  tout  à  fait  aux  Incurables, 
où  elle  soignait  les  malades,  elle  y  mourut.  La 
Fontaine  accepta  alors  l'hospitalité  d'Hervart. 
M™"  de  La  Sablière  a  laissé  quelques  pensées 
chrétiennes  qui  ont  été  plusieurs  fois  imprimées  à 
la  suite  des  Pensées  de  La  Rochefoucauld.  — 
M""'de  La  Sablière  avait  eu  trois  enfants  :  1"  Ni- 
colas, sieur  du  Plessis  et  de  Lancey,  né  le  10  fé- 
vrier 1656,  homme  très-instruit,  qui  était  en  cor- 
i'cspondance  avec  Bayle,  et  qui  fut  enfermé  à  la 
Bastille  lors  de  la  révocation  de  l'édit  de  Nantes; 
sorti  de  prison,  il  s'enfuit  à  Londres,  où  il  devint 
directeur  de  l'hôpital  français  ;  il  a  publié  les 
Madrigaux  de  son  père;  une  de  ses  filles,  dé- 
tenuedabord  dans  un  couvent,  devint  la  femme  de 
Trudaine,  prévôt  des  marchands  ;  —  2°  Anne, 
mariée  en  1672  à  Jacques  Muisson;  —  3°  Mar- 
guerite, née  en  1658,  qui  épousa,  en  mai  1678, 
Guillaume  Scot,  marquis  de  La  Mésangère,  con- 
seiller au  parlement  de  Rouen.  «  M"'  de  La  Sa- 
blière est  une  fort  aimable  personne,  disait  le 
Mercure  Galant  en  annonçant  ce  mariage.  Elle 
est  belle,  bien  faite,  et  partage  les  avantages  de 
sa  famille,  qui  est  tout  esprit.  »  La  Fontaine  lui 
dédia  Baphnis  et  Alcimadure ,  petit  poëme 
imité  de  Théocrite ,  qu'il  imprima  avec  ses 
fables  : 

Aimable  fille  d'une  mère 

A  qui  seule  aujourd'hui  mille  cœurs  font  la  cour 

Je  louerai  seulement  un  cœur  plein  de  tendresse. 
Ces  nobles  sentiments,  ces  grâces,  cet  esprit  : 
Vous  n'auriez  en  cela  ni  maître  ni  maîtresse 
Sans  crile  dont  sur  vous  l'éloge  rejaillit. 

Neuf  ans  après  la  publication  du  poëme  de 
La  Fontaine,  Fontenelle  dédia  à  M™^  de  La 
Mésangère  son  ouvrage  sur  La  Pluralité  des 
•mondes.  Suivant  Trublet,  c'est  elle  que  Fonte- 
nelle a  prise  pour  interlocutrice  dans  ce  livre 
sous  le  nom  de  marquise  de  G***,  afin  d'avoir 
l'occasion  de  lui  adresser  des  compliments  pleins 
de  finesse  et  de  grâce.  Trublet  ajoute  que  c'é- 
tait une  très-belle  brune,  et  que  Fontenelle  fit  sa 
marquise  blonde  afin  de  la  déguiser  un  peu. 
Aussi  La  Beauraelle  nous  apprend  que  «  Madame 
la  marquise  de  La  Mésangère  ne  put  jouir  qu'en 
secret  de  la  partie  qui  lui  était  due  dans  les  ap- 
plaudissements au\  Soirées  de  Fontenelle  ». 
M™"  de  La  Mésangère  épousa  en  secondes  noces, 
en  1690,  contre  le  vœu  de  sa  mère  et  de  tous 
les  siens,  le  comte  de  Noce  ou  Noçay,  seigneur 
i'de  Fontenay,  fils  du  sous-gouverneur  du  duc 
(l'Orléans,  depuis  régent,  avec  lequel  il  avait  été 
(levé  et  qui  fut  dans  son  enfance  comme  dans 
i-a  jeunesse  le  trop  constant  compagnon  des 
plaisirs  de  ce  prince  L.  Louvet. 


LASAGNI 


710 


Perrault,  .-ipolopie  des  Femmes.  —  D'Ollvet,  Histoire 
de  VAvudnnie  Française.  —  Fontenelle,  Éloge  de  Sau- 
veur. —  Mi'«  de  Montpensier,  Mémoires.  —  Chaulieu, 
OEuvres.  —  La  Fare,  Mémoires,  Poésies.  —  la  Fon- 
taine, Fables ,  ÉpUres  el  lettres.  —  M""«  de  Sévigné, 
Lettres.—  Marquis  de  Soarc.iies,  Mémoires  secrets  de 
la  Cour  de  France.—  Walckenaër,  Histoire  de  la  Vie 
de  La  Fontaine.  —  Joocières,  dans  le  Dictionnaire  de  la 
Conversation.  —  Haag  ,  La  France  Protestante.  — 
Sainte-Beuve,  Le  marquis  de  La  Fare ,  dans  le  Moni- 
teur du  16  août  1834.  —  Trublet,  Mémoires  pour  servir 
à  l'histoire  de  Fontenelle.  —  Mercure  galant,  mai  1678. 
-  La  Beauraelle,  L'Esprit.  —  Titen  du  Tillet,  Parnasse 
François. 

tiASAGNA  OU  LASAGNI  (Giovanni-Pietro), 
sculpteur  milanais,  vivait  à  la  fin  du  seizième 
et  au  commencement  du  dix-septième  siècle. 
Il  concourut  alors  à  la  décoration  de  la  façade 
de  la  cathédrale  de  Milan,  où  il  fit  des  caryatides 
et  des  bas-rehefs  représentant  Sisara  et  Joël, 
Le  Puits  de  Jacob,  et  la  Vision  de  Daniel; 
il  travailla  aussi  aux  bas-reliefs  de  la  chapelle 
de  Saint-Charles.  On  voit  encore  à  Milan,  à  la 
porte  de  l'église  Saint-Paul,  des  Anges  de  La 
sagna;  à  celle  du  grand  hôpital,  quelques  orne- 
ments et  des  statues;  enfin  sur  la  colonne  de 
la  place  Sainle-Euphémio  une  statue  de  sainte 
Hélène  due  également  à  son  ciseau.    E.  B — n. 

Orlandi,  Abbecedario.  —  Cicognara, 5foria  dellaScul- 
tura.  —  Pirovano,  Guida  di  Mitano. 

LASAGNI  (  Barthélemy-Vincent-Joseph  ) , 
magistrat  français,  né  à  Rome,  le  25  août  1773, 
et  mort  dans  la  même  ville,  le  21  octobre  1857, 
Il  appartenait  à  une  honorable  famille  de  négo- 
ciants des  États-Romains.  Lorsqu'en  1798  le 
Directoire  chercha  à  reconstituer  la  république 
romaine,  un  frère  aîné  deLasagni  fut  investi  des 
fonctions  de  colonel  de  la  garde  nationale  de 
Rome.  Celui  dont  nous  esquissons  la  vie  étudia  le 
droitj  et  travailla  sous  le  patronage  de  l'un  des 
avocats  les  plus  distingués  de  sa  ville  natale;  il 
devint  ensuite  adjudant  du  prélat  espagnol , 
membre  du  tribunal  de  la  rote ,  et  à  ce  titre 
il  instruisait  et  rapportait  des  affaires  soumises  à 
ce  tribunal  (1);  mais  il  ne  fut  pas  auditeur  de 
rote,  comme  on  l'a  cru  quelquefois.  Les  Fran- 
çais ayant  repris  Rome  en  1809,  la  grande  ré- 
putation que  Lasagni  s'était  faite  comme  ju- 
risconsulte le  fit  nommer  conseiller  à  la  cour 
impériale  que  l'on  venait  de  créer  en  cette 
ville.  On  sait  qu'il  entrait  dans  la  politique 
de  l'empereur  Napoléon  d'appeler  aux  hau- 
tes fonctions  de  la  magistrature  ou  de  l'ad- 
ministration française  les  hommes  les  plus 
éminents  nés  dans  les  pays  conquis  nouvelle- 
ment réunis  à  la  France.  Ce  fut  ainsi  que  Da- 
niels fut  appelé  des  provinces  rhénanes  pour  être 
avocat  général  à  la  cour  de  cassation,  Buss- 
chop  fut  emprunté  à  la  Belgique,  Botton  de 
Castellamonte  au  Piémont,  Lasagni  à  Rome, 
et  furent  nommés  conseillers  en  la  même  cour. 
Lorsque  la  proposition  fut  faite  à  ce  dernier  de 

(I)  Chaque  membre  de  la  rote  avait  un  conseil  composé 
d'un  adjudant  et  de  plusieurs  secrets,  dont  l'office  con- 
sistait ù  inslruire  et  à  rapporter  les  affaires. 

23. 


711 


LASAGNI  —  LA  SALE 


712 


venir  prendre  rang  dans  la  première  magisti-a- 
ture  de  France,  la  crainte  de  quitter  sa  patrie 
et  sa  famille  le  fit  hésiter;  mais  le  baron 
Dunoyer  (Coffînhal),  alors  en  mission  à  Rome, 
le  pressa  si  vivement  d'accepter  qu'il  se  rendit  à 
ses  sollicitations.  Le  nom  de  Lasagni  fut  pré- 
senté par  l'empereur  au  Sénat,  qui  à  cette  épo- 
que nommait  les  membres  de  la  cour  de  cassa- 
tion, et  il  fut  élu  en  cette  qualité  dans  la  séance 
du  27  avril  1810.  Il  prêta  serment  le  2  juillet 
suivant. 

Lasagni  ne  tarda  pas  à  montrer  toute  sa 
science.  Il  acquit  une  grande  renommée  dans 
le  corps  auquel  il  fut  attaché  pendant  quarante 
ans.  Ses  principaux  rapports,  publiés  dans  les  re- 
cueils de  MM.  Sirey  et  Dalloz,  justifient  la  répu- 
tation de  leur  auteur.  Le  premier  président 
Henrion  Pansey  disait  à  des  justiciables  qui  s'a- 
dressaient à  lui  pour  le  choix  d'un  rapporteur  : 
«  Je  vous  ai  désigné  M.  Lasagni  ;  je  n'en  connais 
pas  de  plus  capable  que  lui.  »  Nommé  prési- 
dent en  1846,  Lasagni  resta  à  la  chambre 
des  requêtes,  à  laquelle  il  appartenait  depuis 
son  entrée  à  la  cour.  En  1850  Lasagni,  vou- 
lant mettre,  comme  il  le  disait  lui-même,  un 
intervalle  entre  la  vie  et  la  mort,  demanda  et 
obtint  sa  mise  à  la  retraite.  Il  retourna  alors 
à  Rome,  et  y  rejoignit  sa  famille.  Il  n'avait 
jamais  voulu  remplir  de  fonctions  politiques. 
Sous  la  monarchie  de  Juillet,  on  lui  offrit 
plusieurs  fois  de  lui  donner  des  lettres  de 
grande  naturalisation  et  de  le  nommer  pair  de 
France  ;  mais  il  refusa  constamment ,  pour 
consacrer  tout  son  temps  à  ses  fonctions  judi- 
ciaires. Seulement,  lors  des  discussions  reli- 
gieuses de  1828,  Lasagni,  sur  la  proposition  du 
comte  PortaHs,  garde  des  Sceaux,  fut  chargé 
auprès  de  la  cour  de  Rome  d'une  mission 
qu'il  remplit  à  la  grande  satisfaction  du  gou- 
vernement qui  la  lui  avait  confiée.  Depuis  sa  re- 
traite Lasagni,  qui  s'occupait  exclusivement  de 
théologie  et  de  philosophie  religieuse ,  envoya 
en  France  une  brochure  qui  fut  imprimée  au 
Mans  et  publiée  à  Paris  sous  le  titre  de  Médi- 
tation d^un  Philosophe  catholique,  aposto- 
lique, romain,  sur  la  raison  humaine  et 
la  foi  divine,  par  B.  Lasagny  (sic),  ancien  magis- 
trat (in-8°,  87  pages).  Destinée  seulement  à 
quelques  amis,  elle  ne  fut  pas  vendue.  Le  titre 
indique  assez  dans  quel  esprit  elle  était  conçue. 
A.  Taillandier. 
M.  Dupin,  Réquisitoires,  t.  X,  p.  30.  —  Discours  pro- 
noncé par  M.  de  Marnas,  premier  avocat  général  à  la 
cour  de  cassaUon,  dans  ratidience  de  rentrée  de  cette 
cour,  du  3  novembre  1857;  —  Documents  particuliers. 

liA.  SALCETTE  (Jean-Jacques- Bernardin 
CoLAun  de),  général  français,  né  le  27  dé- 
cembre 1758,  à  Grenoble,  mort  le  3  septembre 
1834.  Entré  en  1775  comme  cadet  au  régiment 
de  l'Ile  de  France,  il  était  capitaine  à  l'époque  de 
la  révolution.  Pendant  la  première  campagne 
d'Italie  (1795),  il  arrêta  au  combat  de  Saint-Ber- 
noulli  la  marche  des  Piémontais,  qui  cherchaient 


à  gagner  le  pont  du  Var,  et  leur  fit  un  grand 
nombre  de  prisonniers.  Kellermann  jugea  cette 
action  si  importante  qu'il  lui  fit  accorder  le 
grade  de  général  de  brigade  (7  brumaire  an  iv). 
Au  blocus  de  Mantoue ,  il  commanda  par  in- 
térim la  division  Sérurier.  A  la  suite  du  traité 
de  Campo-Formio,  il  passa  dans  les  Iles  Io- 
niennes, où  il  fut  chargé  par  le  général  Chabot 
de  la  défense  de  Prevesa,  sur  la  côte  d'Albanie; 
n'ayant  à  sa  disposition  que  quatre  cent  cin-  • 
quante  hommes  contre  une  armée  de  onze  mille  > 
Turcs  et  Russes  commandée  par  AU-Pacha,  il 
fut  réduit  à  capituler,  et  subit  à  Constantinople 
la  détention  la  plus  dure.  Il  rentra  en  France  en 
l'an  X,  et  gouverna  le  Hanovre.  Pendant  les 
Cent  Jours,  on  le  nomma  général  de  division 
(  22  mars  1815);  cette  promotion,  annulée  par 
les  Bourbons,  fut  reconnue  après  la  révolution! 
de  Juillet.  Le  nom  de  La  Salcette  figure  sur  l'arc 
de  triomphe  de  l'Étoile.  K. 

Les  Archives  de  l'Honneur,  —  Fastes  de  la  Légion 
d'Honn.,  111. 

LA  SALE  ou  LA  SALLE  {Antoine  DE  ),  écri- 
vain français,  né  vers  1398,  mort  après  1461. 
On  a  peu  de  détails  sur  sa  vie.  Il  fit,  jeune  encore, 
le  voyage  d'ItaUe.  Lui-même  nous  apprend  qu'en 
1422  il  se  trouvait  à  Rome.  Là  vivait  toute 
une  génération  de  littérateurs  spirituels  et 
sceptiques ,  qualités  qui  se  reflètent  sensiblement! 
dans  les  écrits  de  La  Sale.  Parmi  ces  écrivains, 
nous  signalerons  surtout  le  Pogge,  auteur  des  Fa 
céties,  imité  par  La  Sale  dans  la  cinquantième  des 
Cent  Nouvelles  nouvelles,  et  si  souvent  mis  à  con- 
tribution dans  l'ensemblede  ce  recueil.  En  1424, 
après  son  retour  en  France,  La  Sale  remplissait 
dans  les  états  de  Louis  III,  duc  d'Anjou,  roi  dei 
Sicile  et  comte  de  Provence,  l'office  de  viguier 
d'Arles.  Il  était  en  outre  attaché  à  ce  prince  à 
titre  de  secrétaire.  En  1425  il  accompagnait  de 
nouveau  le  roi  de  Sicile  à  Naples.  Louis  III  étant 
mort  en  1434,  La  Sale  continua  ses  services  au 
près  de  René  d'Anjou,  frère  et  successeur  de 
Louis.  Il  devint  écuyer,  chambellan  de  ce 
prince,  et  précepteur  de  Jean  d'Anjou,  duc  dei 
Calabre  (fils  aîné  de  René),  qui  vit  le  jour  en 
1427.  Il  composa  pour  l'instruction  de  son  élève, 
entre  les  années  1438  et  1447,  une  piquantel 
compilation  intitulée  La  Salade,  parce  que  «  en 
la  salade  se  met  plusieurs  bonnes  herbes  (1)  ». 
Ce  titre  de  Salade  rappelait  aussi  le  nom  d'une 
pièce  d'armure  ou  coiffure  militaire  à  l'usage 
des  gentilshommes,  et  enfin  le  nom  de  l'au- 
teur. En  avril  1447  René  d'Anjou  donna  un 
tournois  à  Saumur.  Antoine  de  La  Sale  fut  au 
nombre  des  quatre  juges  chargés  de  décerner 
aux  vainqueurs  les  prix  de  cette  lutte  à  lances 
courtoises. 

Les  comptes  domestiques  et  originaux  de 
René  d'Anjou  mentionnent  à  plusieurs  reprises 
Antoine  de  La  Sale  comme  ayant  bouche  en 

(1)  Dédicace  à  Jean  d'Anjou,  duc  de  Cal;ibre. 


7)3 


LA  SALE 


714 


cour  auprès  de  ce  prince  pendant  les  années 
1447  et  1448.  L'une  deces  pièces,  restées  in- 
connues jusque  ici,  se  rapporte  an  mois  de  juin 
14'i8  (1).  Elle  indique  sans  doute  l'époque  où 
Antoine  de  La  Sale  quitta  la  maison  d'Anjou, 
pour  se  rendre  en  Bourgogne. 

Nous  savons  effectivement  que  les  talents 
d'Antoine  de  La  Sale  lui  valurent  les  bonnes  grâ- 
ces de  Louis  de  Luxembourg ,  comte  de  Saint- 
Paul.  Ce  seigneur  emmena  La  Sale  dans  son 
pays  de  Flandre,  et  le  présenta  lui-même  à  la 
cour  de  Philippe  le  Bon.  Antoine  de  La  Sale 
devint  précepteur  des  enfants  du  comte  de  Saint- 
Paul.  C'est  probablement  à  la  même  époque  (de 
1448  à  1456),  qu'Antoine  de  La  Sale  composa 
Les  Quinze  Joyes  de  Mariage.  On  connaît  sous 
ce  titre  une  satire  pleine  de  sel,  qui  a  été  sou- 
vent réimprimée  depuis  le  quinzième  siècle. 

Du  temps  où  vivait  Antoine  de  La  Sale,  parmi 
les  prières  en  français  qui  se  trouvaient  jointes 
aux  offices  et  qui  terminaient  les  Kvres  d'Heures, 
figurait  une  oraison  ou  composition  pieuse,  inti- 
tulée Les  Quinze  Joyes  de  Notre-Dame,  mère 
de  Dieu.  Antoinede  La  Sale,  par  une  irrévérence 
dont  lui  et  ses  pairs  étaient  coutumiers,  emprunta 
ironiquement  cette  forme  de  dénomination  pour 
en  faire  le  titre  de  son  livre.  Les  Quinze  Joies 
de  Mariage,  ou  la  Nasse ,  forment  une  suite 
de  litanies  dans  laquelle  sont  longuement  énu- 
mérées ,  avec  le  respons,  le  final  invariable  : 

Ainsi  vivra  en  languissant  tousjours 
Et  finira  miséralilenieDt  ses  Jonrs, 

les  tribulations  infinies  de  l'homme  marié. 

Un  manuscrit  de  la  bibliothèque  de  Rouen, 
signalé  en  1837  par  le  savant  bibliothécaire, 
M.  Pottier,  contient  le  texte  des  Quinze  Joyes 
de  Mariage.  Ce  texte  ou  transcription,  datée  de 
1464,  se  termine  par  un  huitain  énigmatique, 
construit,  selon  les  mœurs  littéraires  du  temps, 
pour  intriguer  le  lecteur.  Dans  ce  huitain,  An- 
toine de  La  Sale  se  révèle  et  se  déguise  en  même 
temps  comme  l'auteur  de  ce  hardi  pamphlet , 
dont  les  traits  atteignaient  à  la  fois  et  le  mariage 
et  les  gens  d'église. 

On  ne  peut  douter  que  Les  Quinze  Joies  de 
Mariage  aient  été  écrites  avant  1456  :  car  cet 
ouvrage  est  cité  dans  Les  cent  nouvelles  Nou- 
velles (1).  Or,  Les  cent  Nouvelles  nouvelles 
sont,  comme  chacun  sait,  un  recueil  de  contes 
badins  et  d'un  goût  souvent  plus  que  grivois, 
composés  à  Geneppe  en  Brabant,  sous  les  yeux 
du  dauphin  qui  fut  depuis  Louis  XL  Cette  re- 
traite de  Louis  auprès  de  son  oncle  Philippe,  duc 
de  Bourgogne,  eut  lieu  en  1456.  Elle  se  termine 
à  l'an  1461,  date  de  l'avènement  du  dauphin  à 


(1)  Mandements  financiers  du  roi  de  Sicile.  A  la  date 
du  19  juin  1448  :  Item  Anthonio  de  Salla,  nostro  scirti- 
fero  et  familiari,  fiorenos  centum ,  qvos  eidem  gra- 
ciose  dedimus  dum  novissime  a  domn  noitra  discessit. 
Comptes  de  René.  Registre  de'  la  section  P,  n"  1339.  Di  ■ 
rection  générale  des  Archives. 
,  (2)  Édition  Le  Roux  de  Llncy,l8H,  t.  !,  p.  297. 


la  couronne  de  France.  Le  Pogge,  qu'A,  de  La 
Salle  avait  connu  en  Italie,  a  fait  les  frais  d'in- 
vention non-seulement  du  cinquantième  conte, 
qui  porte  le  nom  d'Antoine  de  La  Sale,  mais  d'une 
partie  notable  de  tout  le  recueil. 

La  Sale  composa,  dans  le  même  lieu  et  vers 
le  même  temps ,  un  autre  livre  dont  le  mérite 
littéraire  ne  le  cède  à  aucun  des  précédents. 
L'Hystoire  et  plaisante  Cronicque  du  petit 
Jehan  de  Saintré  et  de  la  jeune  dame  des 
Belles-Cousines ,  sans  autre  nom  nommer, 
s'ouvre,  dans  les  manuscrits,  par  une  épître 
dédicatoire.  Cette  épître  est  signée  Antoine  de  La 
Sale  et  datée  de  Geneppe,  le  25  septembre  1459. 
L'auteur,  dans  ce  préliminaire,  dédie  son  œu- 
vre, qui  est  son  chef-d'œuvre,  à  ce  même  Jean 
d'Anjou,  duc  de  Calabre  et  de  Lorraine,  dont  il 
avait  été  le  précepteur.  Les  éditeurs  et  les  histo- 
riens ou  biographes  de  La  Sale  n'ont  pas  tenu  as- 
sez de  compte,  ce  nous  semble,  de  cette  dédicace. 
Jean  d'Anjou,  quoique  bien  jeune  encore  (1),  avait 
déjà  l'expérience  du  mariage,  du  monde  et  des 
grandesdames  ;  il  était  veuf  de  Marie  de  Bourbon, 
morte  en  1448.  Pour  éclaircir  les  allusions  que 
présente  Le  Petit  Jehan  de  Saintré,  on  peut 
consulter  notre  article  sur  Lalain  (Jacques 
de).  Auprès  de  sa  propre  femme,  la  duchesse  de 
Calabre,  Jean  d'Anjou  avait  pu  connaître  et  ob- 
server la  conduite  de  sa  belle  cousine ,  Marie 
de  Clèves,  duchesse  d'Orléans  (2).  La  fin  roma- 
nesque par  laquelle  cette  princesse  termina  sa 
carrière,  en  épousant  le  sire  de  Rabodange, 
peut  être  comparée  à  la  chute  qui  dans  Le  Pe- 
tit Jehan  de  Saintré  forme  le  dénoûment  de 
ce  roman  historique.  Ces  deux  femmes,  Marie 
de  Bourbon  et  Marie  de  Clèves,  sont  comme 
deux  types  que  l'hi.stoire  contemporaine  fournis- 
sait à  la  Sale. 

A  la  suite  du  Petit  Jehan  de  Saintré,  les 
manuscrits  et  quelques  éditions  imprimées  pré- 
sentent une  nouvelle  œuvre  d'Antoine  de  La;  Sale, 
composée  également  pendant  son  séjour  dans 
les  États  de  Philippe,  duc  de  Bourgogne.  Elle 
a  pour  titre  ^drfidon  extraite  des  Chroniques 
de  Flandres.  On  y  trouve  la  relation  d'une  vic- 
toire remportée  en  1340  par  Eudes  duc  de  Bour- 
gogne, sur  Robert  d'Artois,  et  les  lettres  de  défi 
envoyées  par  Edouard  III,  roi  d'Angleterre,  à 
Philippe  VI,  roi  de  France.  Enfin,  La  Sale  ter- 
mina en  1461  un  dernier  ouvrage,  intitulé  La 
Sale,  qu'il  dédia  au  comte  de  Saint-Paul.  La 
Bibliothèque  royale  de  Bruxelles  possède  deux 
exemplaires  manuscrits  (3)  de  cet  ouvrage,  qui 
est  demeuré  inédit  jusqu'à  ce  jour.  Nous  n'en 
connaissons  le  contenu  que  par  une  analyse 
qu'en  a  publiée  Legrand  d'Aussy  (4). 


(1)  Il  était  âgé  de  trente-deux  ans  en  1459. 

(2)  Voir  notre  article  au  mot  Clèves,  t.  X,  col.  8Sô  et  s. 

(3)  L'un  de  ces  manuscrits  contient ,  dit-on,  une  belle 
miniature,  où  l'auteur  s'est  fait  représenter  offrant  soa 
œuvre  au  comte  de  Saint-Paul. 

(4)  Voy.  les  sources  s  la  fin  de  cet  article. 


715 


LA  SALE 


Tels  sont,,  à  la  fois,  le  peu  de  faits  qui  nous 
sont  connus  touchant  la  vie  d'A.ide  La  Sale,  et 
la  liste  des  ouvrages  que  nous  pouvons  lui  don- 
ner avec  certitude.  On  lui  attribue  également 
une  comédie  en  vers,  très-célèbre  et  à  juste 
titre  :  La  Farce  de  Patelin.  Cette  opinion, 
émise  par  M.  Génin ,  ne  nous  paraît  pas  invrai- 
semblable. Entre  l'auteur,  quel  qu'il  soit,  de 
Patelin  ,  et  l'auteur  de  Sainiré ,  ainsi  que  des 
Quinze  Joies,  il  y  a  en  effet  une  grande  ana- 
logie, tant  pour  le  fond  que  pour  la  forme.  Quoi 
qu'il  en  soit,  cette  question  est  à  nos  yeux  une 
de  celles  qui  demandent  de  nouvelles  lumières 
pour  être  définitivement  résolues. 

Bibliographie.  —  La  Salade  a  été  imprimée 
1"  à  Paris,  Michel  Lenoir,  1521  (1522  nouveau 
style),  in-fol.  ;  2°  Philippe  Lenoir,  1527  (  1528), 
in-fol.  —  Les  quinze  Joyes  de  Mariage,  manus' 
crit  de  Rouen,  Y,  15-13.  Imprimés  :  to  petit  in- 
folio gothique  sans  lieu  ni  date,  à  deux  colonnes 
(Lyon,  1480  à  1490?  Brunet)  ;  2°  sans  lieu  ni 
date,  46  feuillets; 3°  Paris,  Jean  Trepperel,  vers 
1499 ,  in-4 ,  36  ff.  ;  4°  Paris ,  sans  date ,  go- 
thique.,48  ff.  in-8;  5°  Lyon,  Nourry,  1520,  in-4 
(suivies  de  plusieurs  autres  réimpressions)  ;  6"  édi- 
tion retouchée  ou  altérée  par  Fr.  de  Rosset,  Paris, 
1620,  in-t2  de  248  pages  ;  9"  autre  édition ,  aug- 
mentée et  annotée  par  Le  Duchat,  La  Haye,  1726 
ou  1734  in- 12  ;  10°  édition  donnée  par  M.  Pottier, 
sur  celle  de  Trepperel,  avec  les  variantes  du  ms. 
de  Rouen,  Paris,  Techener,  in-16.  La  dernière 
est  celle  qu'a  publiée  M.  P.  Jannet  dans  la  Bi- 
bliothèque Elzevirienne ;  Paris,  in-16,  1853. 
!,&  Petit  Jehan  de  Saintré,  manuscrits  :  Biblio- 
thèque de  la  rue  Richelieu  à  Paris  ;  1°  ancien 
fonds  français,  n°  7569  (1);  2"  Saint-Germain, 
n"  1676;  3°  Sorbonne,  n"  445.  Imprimés  :  1°  Pa- 
ris, Michel  Lenoir,  1517  (  1518), in-folio;  2°  au- 
tres éditions  gothiques,  1520  à  1553  (voy.  Bru- 
net,  Manuel  du  Libraire,  1843,  t.  H,  p.  715); 
30  édition  donnée  par  Gueulette,  Paris,  Bien- 
venu, 1724,  3  vol.  pet.  in-12;  4o  réimpression 
en  caractères  gothiques ,  Paris,  Firmin  Didot, 
édition  de  luxe  et  tirée  à  petit  nombre.  La  der- 
nière, produite  et  annotée  avec  beaucoup  de 
goût  et  d'intelligence  par  un  érudit  enlevé  très- 
jeune  à  la  carrière  des  lettres,  M.  J. -Marie  Gui- 
chard,  a  paru  en  1843,  à  Paris,  chez  Gossehn, 
in-18  anglais,  dans  la  Bibliothèque  d'élite. 

V\LLET  DE  VmiVILLE. 
Comptes  de  René  d'Anjou ,  direction  générale  des  ar- 
chives, pp.  1339.  -  La  Farce  de  Pathelin,  édition  Génin  ; 
Paris,  1854,  ln-8<>.  —  Lu  Farce  de  Patelin,  nouvelle  édi- 
tion, donnée  par  le  bibliophile  Jacob,  Paris,  De  la  Haye, 
1869,  ln-16  et  iB-18.  —  Articles  critiques  sur  lu  publi- 
cation de  M.  Génin,  insérés  par  M.  Ch.  Magnin  dans  le 
Journal  des  Savants,  décembre  1855,  janvier  et  fé- 
vrier 1856.  —  Notices  et  Extraits  des  Manuscrits  de  la 
Bibliothèque  du  Roi,  etc.,  article  de  Legrand  d'Aussy,  t.  V, 
p.  292  et  suivantes.  —  Villeneuve  Bargemont,  Histoire 
de  René  d'Anjou  ;  1823,  in-S",  t.  11,  p.  26.  —  Le  Bulletin 
du  Bouquiniste,  n»  du  l"  janvier  1859,  p.  5  à  7. 

(1)  Un  autre  manuscrit  précieux  et  contemporain  de 
La  Sale  a  été  possédé  par  M.  lîarrois,  auteur  de  la  Hiblin- 
thèque  protypographique. 


LASALE  ou  LASALLE  {Robert  Catelier, 
sieur  de),  célèbre  voyageur  français,  né  à 
Rouen,  dans  la  première  moitié  du  dix-septième 
.siècle,  mort  le  20  mars  1687.  11  fit  des  études 
chez  les  jésuites ,  et  passa  tout  jeune  encore , 
vers  1668,  au  Canada,  soit  pour  s'y  enrichir 
par  le  commerce,  soit  pour  tenter  des  découver- 
tes. Résolu  à  se  faire  de  la  Nouvelle-France  une 
seconde  patrie,  il  acheta,  à  son  arrivée,  une  ha- 
bitation, qu'il  nomma  La  Chine ,  pour  rappeler 
le  projet,  depuis  longtemps  conçu,  de  chercher 
un  passage  à  la  Chine  ou  au  Japon  par  l'ouest 
du  Canada.  Quelques  opérations  heureuses  et 
une  bienveillante  assistance  lui  procurèrent 
bientôt  les  moyens  d'établir  des  comptoirs  sur 
le  cours  supérieur  du  Saint  -  Laurent.  En 
même  temps  il  s'exerçait  à  la  navigation  des 
mers  intérieures  de  l'Amérique ,  et  faisait  des 
excursions  chez  les  tribus  indiennes  ,  pour  étu- 
dier leurs  habitudes  ,  leurs  mœurs ,  leurs  res- 
sources et  leurs  diverses  langues.  Le  gouver- 
neur, M.  de  Frontenac,  et  l'intendant  Talon 
goûtaient  ses  projets  ;  et  le  premier,  après  avoir 
remonté  le  Saint-Laurent  aii  sud  jusqu'au  lac 
Ontario,  avait  fait  élever,  à  l'endroit  où  ce  lac  se 
jette  dans  le  fleuve,  un  fort  dont  il  avait  confié 
la  garde  à  Lasale,  et  qui  était  destiné  tout  à  la 
fois  à  arrêter  les  courses  des  iroquois  et  à  détour- 
ner vers  Québec ,  situé  à  cent  lieues  de  là ,  le 
commerce  de  pelleteries  que  ces  Indiens  pour 
valent  faire  avec  la  Nouvelle-York  et  les  An- 
glais. Les  choses  en  étaient  là  quand  un  autre  ex- 
plorateur, nommé  Jolyet,  arriva  à  Québec,  ap- 
portant la  nouvelle  que  lui,  le  P.  Marquette  et 
quatre  ou  cinq  autres  Français  avaient  remonté 
le  Mississipi  jusqu'à  Chicagon ,  sur  le  lac  Mi- 
chigan,  point  où  Lasale,  d'après  une  carte  dressée 
par  le  même  Jolyet ,  serait  parvenu  antérieure- 
ment, mais  par  une  autre  route.  Le  récit  de 
Jolyet  confirma  Lasale  dans  l'idée  que  le  Mis- 
sissipi devait  avoir  son  embouchure  dans  le 
golfe  du  Mexique,  et  qu'en  remontant  ce  fleuve 
par  le  Nord,  il  pourrait  découvrir  le  premier  ob- 
jet de  ses  recherches.  Séduit  par  la  perspective 
de  compléter  la  découverte  de  Marquette  et  de 
Jolyet,  en  même  temps  que  par  l'espoir  de  faire 
celle  qui  le  préoccupait  depuis  longtemps,  il  se 
décida,  d'après  le  c-onseil  et  avec  l'appui  de 
M.  de  Frontenac,  à  passer  en  France. 

Seignelay,  alors  mini.stre  de  la  marine ,  ac- 
cueillit les  projets  de  Lasale  :  il  lui  fit  concéder 
le  gouvernement,  la  propriété  même  du  terri- 
toire de  Cataracony,  sur  lequel  Frontenac  avait 
élevé  le  fort  qui  portait  son  nom.  Lasalle  fut  en 
outre  investi  de  pouvoirs  très-étendus  relative- 
ment au  commerce,  aux  découvertes  qu'il  pour- 
rait entreprendre,  et  aux  moyens  de  défense 
qu'il  jugerait  convenable  d'employer.  Ce  qui  peut 
contribuer  à  donner  une  idée  de  la  confiance 
qu'il  inspirait,  c'est  qu'un  de  ses  protecteurs,  le 
prince  deConti,  lui  demanda,  comme  une  grâce, 
d'associer  à  ses  projets  un  brave  officier,  alors 


717 

sans  emploi,  le  chevalier  Tonti,  fils  du  banquier 
italien  qui  avait  imaginé  les  placements  en  rentes 
viagères  appelés,  de  son  nom,  tontines.  Partis 
de  La  Rochelle,  le  14  juillet  t678,  emmenant 
avec  eux  trente  hommes  tant  pilotes  que  ma- 
telots et  charpentiers ,  et  emportant  des  muni- 
tions et  agrès,  Lasale  et  son  compagnon  arrivè- 
rent heureusement  à  Québec.  Après  avoir  rem- 
boursé à  Frontenac  lés  dépenses  qu'il  avait 
faites  pour  la  construction  du  fort  de  Catara- 
cony,  il  se  rendit  à  cet  établissement,  protégé 
jusque  là  par  de  simples  pieux,  y  ajouta  des 
travaux  sérieux  destinés  à  en  faire  un  poste 
avancé  qui  couvrît  ses  opérations  ultérieures  et 
servît  d'entrepôt  pour  le  commerce  à  établir 
avec  les  régions  qu'il  allait  reconnaître;  puis, 
s'avançant  jusqu'au  Niagara,  il  y  construisit  un 
autre  fort  que  trente  hommes,  commandés  par 
Tonti ,  furent  chargés  de  défendre.  Sachant  bien 
quo  la  complète  exécution  de  ses  projets  exige- 
rait des  ressources  qui  lui  manquaient ,  il  s'at- 
tacha à  se  les  procurer  ou  à  en  préparer  l'ac- 
quisition, en  employant  toute  une  année  à  par- 
courir à  pied  les  territoires  occupés  par  des  tri- 
bus indiennes  et  à  y  faire  des  achats  de  pellete- 
ries dont  le  fort  de  Niagara  devint  l'entrepôt  ; 
Tonti  en  faisait  autant  sur  d'autres  points. 
Enfin,  le  7  août  1679,  Lasale,  accompagné  d'une 
trentaine  d'hommes ,  dont  trois  religieux  récol- 
lets, montés  comme  lui  sur  Le  Griffon,  brigan- 
tin  de  60  tonneaux,  qu'il  avait  construit  à  l'en- 
trée du  lac  Érié,  traversa  ce  lac,  entra  le  10  aoîit 
dans  celui  de  Saint-Clair,  qu'il  nomma  ainsi 
en  raison  de  la  fête  du  jour,  et  pénétra  dans  le 
lac  Huron.  Assailli  alors  par  une  tempête  d'une 
violence  extraordinaire  dans  ces  parages ,  il  la 
conjura,  dit-on,  en  faisant  le  vœu  d'élever  une 
cliapelle  à  Saint-Antoine  de  Padoue,  patron  des 
navigateurs;  mais  il  fut  abandonné  d'irae  partie 
de  son  équipage,  que  Tonti  rencontra  sur  un  autre 
point,  et  dont  il  parvint  à  se  faire  accompagner. 
Lasale ,  arrivé  le  27  août  à  Michilimackinac, 
entra  le  2  septembre  dans  la  Baie  Verte.  Pen- 
dant ce  temps ,  ses  créanciers ,  le  regardant 
comme  perdu,  faisaient  vendre  à  Montréal  tout 
ce  qu'il  possédait.  A  cette  nouvelle,  il  expédia 
de  Niagara  Le  Griffon,  porteur  d'un  chargement 
de  pelleteries  dont  le  produit  devait  désintéresser 
ses  avides  créanciers.  Bien  qu'en  expédiant 
son  brigantin  à  Québec ,  il  élit  prescrit  de  le  lui 
renvoyer  au  plus  tôt,  le  départ  de  ce  navire 
mécontenta  ses  compagnons  et  ranima  le  cou- 
rage des  Iroquois,  à  qui  son  apparition  sur  les 
lacs  avait  causé  beaucoup  d'effroi.  Quant  à  lui , 
poursuivant,  sur  un  simple  canot ,  sa  route  par 
le  lac  Michigan ,  il  parvint,  le  1  "  novembre ,  à 
l'embouchure  de  la  rivière  de  Miami,  où  il  avait 
donné  rendez-vous  à  Tonti,  qui  l'y  rejoignit  ef- 
fectivement. Après  avoir  construit  un  petit  fort 
en  cet  endroit ,  il  se  dirigea  vers  le  portage  on 
terrain  entre  les  eaux ,  aboutissant  à  la  rivière 
des  Illinois,  qui  s'unit  au  Mississipi ,  au  sud,  par 


LASALE  718 

la  rive  gauche.  Parvenu,  vers  la  fin  de  décem- 
bre ,  après  cent  vingt  lieues  de  navigation  sur 
cette  rivière ,  au  plus  grand  village  des  Illinois, 
composé  d'environ  quatre  à  cinq  cents  cabanes 
pouvant  contenir  chacune  cinq  ou  six  familles, 
il  le  trouva  complètement  abandonné.  Ayant 
repris  sa  route  le  1*"  janvier  1680,  il  atteignit 
quatre  jours  après  le  camp  que  cette  peuplade 
avait  étabh ,  à  trente  lieues  plus  bas ,  sur  les 
deux  rives  du  lac  Peoria  ou  Pioria.  A  son  arri- 
vée il  put  se  convaincre  que  sa  situation  était 
critique.  Les  Illinois  avaient  été  prévenus  et 
excités  contre  lui  par  les  Iroquois,  qui  leur 
avaient  fait  essuyer  un  rude  échec  dont  n'avait 
pu  les  préserver  Tonti,  trop  faible  pour  les  se- 
conder. Cette  impuissance  de  Tonti  à  venir  en 
aide  aux  Illinois,  jusque  là  bien  disposés  pour 
les  Français,  avait  été  exploitée  par  leurs  enne- 
mis communs,  les  Iroquois,  qui  lui  avaient  donné 
la  couleur  d'une  trahison.  Lasale  sentit  qu'il  fal- 
lait ramener  à  lui  une  peuplade  dont  le  con- 
cours était  si  essentiel  au  succès  de  ses  projets 
ultérieurs.  S'inspirant  donc,  mais  avec  des  in- 
tentions pacifiques ,  de  l'exemple  des  Cortez  et 
des  Pizarre,  il  se  décida  à  frapper  l'imagination 
des  sauvages  par  une  démonstration  audacieuse. 
Pour  traverser  le  camp,  où  plus  de  trois  mille 
d'entre  eux  étaient  réunis,  il  mit  en  bataille  sa 
petite  troupe  composée  de  vingt  hommes  seule- 
ment, plaça  ses  canots  de  manière  à  occuper  toute 
la  largeur,  de  la  rivière  fort  étroite,  et  s'avança 
en  dehors  du  lac  jusqu'au  pied  du  camp.  Les  Il- 
linois, parmi  lesquels  les  premières  dispositions 
des  Français  avaient  déjà  jeté  la  confusion,  déta- 
chèrent alors  trois  des  leurs  portant  le  calumet  de 
paix.  A  la  vue  de  celui  que  leur  montra  Lasale, 
qui  l'avait  caché  jusque  là  pour  écarter  tout  soup- 
çon de  crainte,  ils  furent  transportés  de  joie,  et  l'ac- 
cueillirent avec  ses  vingt  compagnons  dans  leur 
camp.  Lasale,  voulant  se  les  attacher  d'une  ma- 
nière durable,  leur  paya  le  blé  dont  il  s'était 
emparé  en  passant  par  leur  village.  Ces  bons 
procédés  eurent  les  résultats  qu'il  en  attendait; 
d'hostiles  qu'ils  étaient,  les  Illinois  devinrent 
des  alliés  fidèles.  Dans  le  camp  se  trouvait  une 
éminence  facile  à  défendre;  il  y  éleva  un  fort 
qu'il  nomma  Crève-Cœur,  par  allusion  aux  cha- 
grins qu'il  avait  déjà  éprouvés  et  à  ceux  qu'il 
pressentait,  mais  qui ,  d'après  le  témoignage  de 
Tonti ,  n'ébranlèrent  jamais  son  âme  fortement 
trempée. 

Inquiet  de  ne  point  voir  Le  Griffon  revenir,  et 
redoutant  pour  lui  quelque  catastrophe,  Lasale, 
pour  en  avoir  des  nouvelles  certaines,  retourna 
à  Cataracony,  situé  à  cinq  cents  lieues  de  là;  il 
fit  cet  incroyable  trajet  avec  trois  Français  et 
un  Indien,  à  pied ,  sur  les  glaces  des  rivières  et 
des  grands  lacs.  Avant  de  s'éloigner,  il  avait  pré- 
posé Tonti  à  la  garde  du  fort  Crève-Cœur  et 
avait  détaché  le  P.  Hennepin  {voy.  oe  nom) 
avec  un  autre  Français,  nommé  Dacan,  à  la  ren- 
contre du  Mississipi  pour  en  découvrir  la  source 


719  LASALE 

du  côté  du  nord,  se  Féservant  de  continuer  lui- 
même  la  recherche  de  la  mer  à  la  dérive  du 
fleuve.  En  passant ,  à  son  retour,  par  le  village 
des  Illinois,  qu'il  avait  précédemment  trouvé  dé- 
sert, il  aperçut  un  endroit  qui  lui  semblait  très- 
favorable  à  la  construction  d'un  fort,  et  Tonti 
vint  immédiatement ,  d'après  ses  ordres,  y  éle- 
ver le  fort  de  Saint-Louis.  A  son  arrivée  à  Cata- 
racony,  il  apprit  que  Le  Griffon  et  sa  cargaison, 
estimée  10,000  écus,  avaient  été  détruits,  que 
l'équipage  avait  été  massacré  par  la  peuplade 
des  Outaouais;  qu'un  bâtiment  expédié  de 
France,  et  porteur  de  plus  de  22,000  fr.  d'objets 
pour  son  compte ,  avait  fait  naufrage  dans  le 
golfe  Saint-Laurent  ;  qu'enfin  ses  ennemis,  pour 
consommer  sa  ruine,  avaient  répandu  le  bruit 
que  lui-même  et  tous  ses  compagnons  avaient 
péri.  Bien  d'autres  eussent  fléchi  devant  tant 
d'obstacles  accumulés  ;  lui,  il  y  puisa  un  redouble- 
ment d'énergie.  Étant  retourné,  au  printemps  de 
1681,  au  fort  Crève-Cœur,  il  apprit  qu'au  mois  de 
septembre  de  l'année  précédente ,  pendant  que 
Tonti  était  occupé  de  la  construction  du  fort  de 
Saint-Louis ,  la  garnison  du  premier  avait  pillé 
cet  établissement ,  avait  fait  subir  le  même  sort 
à  celui  de  Miami ,  et  avait  étendu  ses  dépré- 
dations jusqu'à  Michilimackinack  ;  qu'enfin  les 
Iroquois,  à  l'instigation  de  ces  forbans ,  avaient 
recommencé  leurs  hostilités.  Bien  résolu  à  punir 
les  auteurs  de  ces  ravages,  Lasale,  revenu  à 
Cdtaracony,  y  laissa  les  ordres  nécessaires  pour 
préparer  une  expédition  contre  eux,  et  suivi  de 
cinquante -quatre  personnes,  du  nombre  des- 
quelles était  Tonti,  il  s'embarqua,  le  28  août 
1681,  sur  le  fleuve  Erié,  afin  d'accomplir  sa  dé- 
couverte. Lorsque  l'expédition  arriva,  le  3  no- 
vembre, à  la  rivière  de  Miami,  Tonti  et  le  P.  Zé- 
nobé ,  récollet ,  furent  envoyés  en  avant  dans  des 
canots ,  avec  la  plus  grande  partie  de  l'équipage , 
le  long  de  la  rive  sud  du  Michigan ,  jusqu'à  l'em- 
bouchure de  la  Chicago,  qui,  glacée  alors,  dut  être 
franchie  sur  des  traîneaux  improvisés.  Lasale 
et  les  quelques  autres  hommes  de  l'équipage, 
portant  leurs  canots,  leurs  bagages  et  leurs 
provisions,  gagnèrent  par  terre  la  rivière  des 
Illinois,  qu'ils  trouvèrent  également  glacée;  puis, 
côtoyant  cette  rivière  sur  une  étendue  de  près 
de  quatre-vingts  lieues ,  ils  arrivèrent  ainsi  au 
fort  Crève-Cœur,  où  les  eaux  ,  toujours  libres, 
permirent  de  faire  usage  des  canots.  Parvenu , 
le  6  février  1682,  à  l'embouchure  de  la  rivière 
des  Illinois,  nommée  d'abord  Seignelay,  comme 
le  Mississipi ,  où  elle  se  décharge,  fut  nommé 
Colbert ,  et  bientôt  après  Saint-Louis  ,  Lasale 
entra  dans  le  Mississipi,  reconnut  à  l'ouest  la 
grande  rivière  du  Missouri,  laissa  à  six  lieues 
au  sud-est  des  marques  de  son  passage  dans  un 
village  d'Indiens  Toraaroas,  et  trouva,  à  qua- 
rante lieues  de  ce  village,  l'embouchure  del'Ohio, 
où  il  construisit  un  fort  qu'il  appela  Pru(ff  homme, 
du  nom  d'un  de  ses  compagnons,  égaré  dans  les 
environs.    S'étant  rembarqué,    il  parvint,    le 


720,; 
14  mars,  à  quarante-cinq  lieues  au-dessous  de  y 
l'embouchure  de  l'Ohio,  au  pays  des  Arkansas,  h 
où  il  planta  une  croix  et  arbora  les  armes  de  I 
France,  en  signe  de  prise  de  possession;  puis,  ' 
poursuivant  sa  route  le  long  du  fertile  territoire 
des  Indiens  Taensas,il  arriva  diez  les  Natchez, 
avec  lesquels  il  noua   des  relations  d'amitié, 
et  où  il  fit  également  acte    de   prise  de  pos- 
session au  nom  de  la  France.  A  six  heues  de 
là ,  le  fleuve ,  se  partageant  en  deux  branches 
parsemées  d'îlots,  il  fit,  dans  le  canal  de  droite, 
un  trajet  de  quatre-vingts  lieues ,  au  terme  des- 
quelles trois  embranchements  de  ce  canal  s'of- 
frirent à  lui.  Voulant  les  reconnaître  tous    les 
ti-ois,  il  divisa  ses  gens  en   trois  bandes,  se' 
réserva   l'exploration   de   l'embranchement  de 
l'ouest,  envoya  un  sieur  d'Autray  dans  celui  dm 
sud  ,  et  Tonti  dans  celui  du  milieu.  Tous  les: 
trois  conduisaient   au  but  des  recherches   dei 
l'intrépide    découvreur.    Enfin ,    le   9    avril , 
après  plus  de  trois  cent  cinquante  lieues  dei 
navigation  snr  une  simple  barque,  seulement 
depuis  sa  sortie  de  la  rivière  des  Illinois,  et  à 
travers  des  pays  totalement  inconnus  jusque  là 
aux  Européens ,  il  reconnut  avec  une  joie  indi- 
cible que  le  Mississipi,  dont  la  vaste  embou- 
chure s'offrait  à  ses  regards,  l'avait  conduit  des 
plus  lointaines  contrées  septentrionales  du  Nou- 
veau Monde ,  au  beau  golfe  du  Mexique,  vers  le  i 
milieu  de  la  côte  ouest  de  l'Amérique.  Pour  con- 
sacrer à  la  France  là  possession  de  ses  décou- 
vertes, il  éleva  une  colonne  portant  le  nom  de^ 
Louis  le  Grand,  puis  il  donna  au  Mississipi  lei 
nom  Aq Saint- Louis,  et  aux  pays  adjacents  ce- 
lui de  Louisiane.  «  C'est  ainsi,  dit  éloquem- 
ment  M.    Léon  Guérin,   qu'avec  une  poignéei 
de  monde ,  tantôt  se  confiant  à  de  fragiles  es- 
quifs, tantôt  passant  les  glaces  d'un  pas  auda- 
cieux, ici  traversant  les  rivières  sur  des  branches 
d'arbre  entrelacées  d'un  bord  à  l'autre,  là   se 
déchirant  aux  cailloux  et  aux  ronces  du  chemin, 
chargeant  souvent  sur  ses  épaules,  comme  on  l'a 
vu ,  j  usqu'à  son  canot ,  ne  vivant  sur  une  route  i 
impraticable  de  quinze  cents  lieues  que  des  pro- 
duits de  la  chasse,  n'ayant  pour  se  diriger  dans 
de  vastes  déserts,  dans  d'impénétrables  forêts, 
sur  les  lacs,  les  rivières  et  les  fleuves,  que  l'di- 
guille  aimantée,  la  connaissance  des  étoiles  et 
des  vents,   et  surtout  son  génie,  le  grand  La 
Sale,  car  on  peut  à  bon  droit  lui  donner  ce  sur- 
nom ,  accomplit  par  terre  une  découverte  devant 
laquelle  avaient  échoué  par  mer  les  Ponce  de 
Léon,  les  Pamphile  de  Narvaez   et  les  Ferdi- 
nand de  Soto,  qui  avaient  péri  à  la  tâche  avec 
des  troupes  nombreuses,  et  ayant  entre  leurs 
mains  tous  les  moyens  d'atteindre  leur    but. 
En  considérant  la  difficulté  jointe  à  l'impor- 
tance de  la  découverte  de  Lasale ,  on  ne  peut  se 
défendre  de  s'écrier  avec  orgueil  :  Français,  voilà 
ce  que  faisaient  vos  pères  !  » 

En  revenant  sur  ses  pas,  Lasale,  qui  avait 
déjà  reconnu  le  confluent  de  l'Ohio  et  du  Missis- 


sipi,  établit,  par  la  première  de  ces  rivières,  la 
communication  du  Canada  avec  la  Louisiane, 
dont  ri  venait  d'ouvrir  les  chemins  ;  et  après  une 
année  de  séjour,  soit  chez  les-  Illinois ,  soit  sur 
les  lacs  supérieurs ,  où  il  avait  failli  succomber 
à  une  maladie  causée  par  les  fatigues  et  les  pri- 
vations, il  était  de  retour  à  Québec  dans  le 
courant  de  l'automne  de  1683.  Le  légitime  désir 
de  faire  connaître  à  la  France  les  richesses  dont  il 
l'aurait  dotée,  si  elle  avait  su  les  utiliser,  ou  seule- 
ment les  conserver,  suffisait  pour  le  déterminer  à 
repasser  la  mer.  Mais  d'autres  motifs  l'y  conviaient 
encore.  Ses  découvertes  en  appelaient  de  nou- 
velles, et  il  était  jaloux,  à  juste  titre ,  de  n'en 
laisser  l'honneur  à  aucun  autre;  il  avait  d'ail- 
leurs été  desservi  auprès  du  ministre  par  le  gou- 
verneur, M.  de  La  Barre,  qui,  sans  examen,  l'avait 
d'abord  représenté  comme  ayant  provoqué  les 
Iroquois  à  faire  la  guerre  aux  Français,  et  avait 
ensuite  taxé  de  mensonges  ses  découvertes,  fai- 
sant de  Lasale  un  vagabond,  tranchant  du  souve- 
rain au  fond  d'une  baie,  rançonnant  Indiens  et 
Français,  à  la  faveur  d'un  privilège  expirant  heu- 
reusement le  12mai  1683,époque  où  il  luifaudrait 
bien  revenir  à  Québec  et  payer  à  ses  créanciers 
les  trente  mille  écus  qu'il  leur  devait.  L'hon- 
neur obligeait  donc  Lasalle  à  revenir  en  France. 
Se  disculper  fut  une  chose  fort  simple;  il  n'eut 
qu'à  exposer  les  faits  et  à  prier  Seignelay  de  les 
faire  vérifier  par  qui  bon  lui  semblerait.  Le  mi- 
nistre sentit  bien  que  si  Lasale  avait  soulevé 
du  mécontentement  par  quelques  torts,  presque 
inévitables  au  milieu  des  traverses  et  des  dé- 
goûts dont  il  avait  été  abreuvé ,  une  basse  envie 
leur  avait  donné  d'étranges  proportions.  Il  ne 
tint  conséquemment  aucun  compte  des  rapports 
qui  lui  avaient  été  adressés,  et  voulant  lui  four- 
nir les  moyens,  non-seulement  de  chercher  par 
mer  l'embouchure  du  Mississipi ,  mais  encore 
d'y  fonder  un  établissement,  il  lui  délivra  une 
commission  partant  que  les  Français  et  les  natu- 
rels habitant  les  contrées  situées  depuis  le  fort 
Saint-Louis  jusqu'à  la  Nouvelle-Biscaye  seraient 
placés  sous  son  autorité.  A  ces  pouvoirs  il  joi- 
:;nit,  au  nom  du  roi,  le  don  du  Joly,  navire  de 
guerre  de  quarante  canons,  auquel  furent  ajou- 
tes trois  autres  bâtiments  commandés  par  M.  de 
Beaujeu ,  subordonné  pendant  h  route  à  Lasale, 
qu'il  devaitensuite  seconder  de  tous  ses  moyens. 
L'expédition,  composée  de  quatre  à  cinq  cents 
soldats  et  colons ,  dont  le  choix  fut  malheu- 
reusement loin  d'être  irréprochable,  partit  de 
Rochefort  le  1"''  août  1684,  et  elle  n'avait  pas 
encore  atteint  Saint-Domingue  que  Lasale  avait 
éprouvé,  de  la  part  de  Beaujeu,  impatient  de 
;  on  infériorité  de  position ,  des  contrariétés  dont 
il  fut  assez  impressionné  pour  tomber  malade. 
la  funeste  mé&intelHgence  des  deux  chefs  de- 
venait plus  forte  que  jamais  lorsque  l'expédi- 
tion arriva ,  le  28  décembre  1684,  devant  les 
côtes  de  la  Floride,  que  Lasale  voulait  explorer. 
Mais,  sur  l'assurance  qui  lui  fut  donnée  que  les 


LASALE  722 

courants  du  golfe  du  Mexique  l'avaient  porté  à 
l'est ,  et  qu'il  n'était  parvenu  qu'à  la  baie  d'Apa- 
lache,  tandis  que  l'embouchure  du  Mississipi 
était  au  sud-ouest,  il  fit  route  dans  cette  direc- 
tion ,  et  ne  tint  malheureusement  aucun  compte 
de  quelques  indices  qui  auraient  dû  lui  faire  re- 
connaître cette  embouchure  lorsque ,  passant  de- 
vant elle,  le  10  janvier  1685,  il  s'en  croyait  encore 
fort  éloigné.  Quand  peu  de  jours  après,  soupçon- 
nant son  erreur,  il  voulut  rétrograder,  le  capi- 
taine Beaujeu  s'obstina  à  faire  route  à  l'ouest  jus- 
qu'à l'entrée  de  la  baie  de  Saint-Bernard,  où  La- 
sale, voyant  qu'il  ne  pourrait  rien  gagner  sur  l'es- 
prit de  son  compagnon ,  se  décida  à  débarquer  les 
hommes  de  l'expédition,  et  une  faible  partie  de  ses 
munitions,  Beaujeu  ayant  poussé  le  mauvais  vou- 
loir jusqu'à  appareiller  pour  la  France  avant  que 
les  munitions  eussent  été  entièrement  déchargées. 
Réduit  ainsi  à  suppléer  par  lui-même  aux 
ressources  qui  lui  manquaient,  Lasale  montra 
encore  dans  ces  circonstances  l'énergie  de  son  ca- 
ractère et  sa  fertilité  d'expédients.  Frappé ,  dès 
ses  premières  communications  avec  les  naturels, 
de  l'analogie  de  leur  constitution  physique  et  de 
leurs  mœurs  avec  celles  des  sauvages  qu'il  avait 
précédonment  rencontrés  en  descendant  le  Mis- 
sissipi, il  en  conclut  qu'il  n'était  pas  éloigné  de 
ce  fleuve;  ses  conjectures  se  fortifièrent  quand 
il  examina  les  canots  qu'il  avait  sous  les  yeux  et 
qui  lui  parurent  identiques  à  ceux  qu'il  avait 
aussi  vus  antérieurement.  Malheureusement,  il 
n'avait  aucun  moyen  de  s'assurer  par  mer  si 
ses  conjectures  étaient  fondées.  Il  lui  fallut  donc 
de  toute  nécessité  se  résigner  à  faire  ses  re- 
cherches par  l'intérieur  des  terres.  Avant  de  les 
commencer,  il  construisit  (et  cette  expres- 
sion est  rigoureusement  exacte,  car  il  mit  lui- 
même  la  main  à  l'œuvre),  il  construisit  deux 
forts,  l'un  à  l'entrée  de  la  rivière,  l'autre  à  deux 
lieues  dans  les  terres,  près  la  Rivière-aux-Bceufs, 
sur  un  coteau  dominant  de  vastes  prairies ,  et  où 
les  ressourc-es  de  la  chasse  se  joignaient  à  celles 
de  la  pêche.  Les  avantages  qu'offrait  la  position 
de  ce  second  fort  firent  bientôt  abandonner  le 
premier,  où  les  maladies  et  les  incursions  des 
sauvages  avaient  amené  la  perte  d'un  grand 
nombre  d'hommes.  Ces  avantages  n'étaient 
toutefois  que  relatifs.  Lasale  avait  vainement 
tenté  des  essais  de  culture.  La  sécheresse ,  les 
ravages  des  bêtes  féroces  et  les  fréquentes  agres- 
sions des  peuplades  voisines  avaient  fait  avorter 
ses  projets,  elles  colons  étaient  réduits  à  vivre, 
soit  de  racines ,  soit  des  produits  variables  de  la 
chasse  et  de  la  pêche.  La  misère  entretenait, 
développait  même  parmi  eux  l'esprit  de  révolte, 
dont  l'exemple  de  Beaujeu  avait  jeté  les  pre- 
mières semences.  Aigri  de  son  côté  par  ses  in- 
succès répétés  et  par  l'ingratitude  pour  ses 
efforts  continus,  se  croyant  d'ailleurs  le  droit 
d'être  pour  les  autres  aussi  dur  qu'il  l'était 
pour  lui-même,  Lasale,  au  lieu  de  chercher 
à  ramener  les  esprits  par  la  douceur,  ne  son- 


723 


LASALE 


gea  qu'à  se  faire  craindre.  Ses  compagnons,  en 
quittant  la  France,  s'étaient  attendus  à  trouver 
à  leur  débarquement  une  situation  bien  diffé- 
rente. Aussi  n'était-ce  pas  sans  murmurer  que 
pendant  cinq  mois  ils  avaient  suivi  Lasale  dans 
ses  pénibles  excursions  pour  reconnaître  les  con- 
trées voisines,  les  rivages  de  la  baie  Saint-Ber- 
nard, et  chercher  le  cours  du  Mississipi.  Deux 
de  ses  excursions  dans  lesquelles  il  avait  décou- 
vert la  Rivière  aux-Cannes,  le  iiio-Colorado,  la 
Sablonnière  et  la  Maligne,  avaient  réduit  à  trente- 
sept  le  nombre  des  colons.  Désespérant  alors  de 
triompher  de  leur  irritation,  bien  convaincu 
d'ailleurs  de  son  impuissance  à  rien  entre- 
prendre de  solide  et  de  durable  avec  de  tels  auxi- 
liaires, Lasale  se  décida,  le  12  janvier  1687,  à 
gagner  par  terre  le  pays  des  Illinois,  et  de  là  le 
Canada.  Sa  petite  troupe,  composée  de  son  frère, 
de  deux  de  ses  neveux,  de  deux  missionnaires, 
et  de  douze  colons,  marchait  par  groupes,,  pour 
trouver  plus  sûrement  les  moyens  de  se  nourrir. 
Les  liens  de  l'obéissance  au  chef  de  l'expédition, 
déjà  si  distendus  au  départ,  se  rompirent  tout  à 
fait.  La  caravane  n'était  pins  qu'à  une  distance 
de  quarante  lieues  du  pays  des  Cenis ,  quand 
trois  des  hommes ,  qui  avaient  eu  dans  la  jour- 
née du  16  mars,  une  altercation  avec  Moranget, 
l'un  des  neveux  de  Lasale,  massacrèrent  ce 
jeune  homme  et  ses  deux  domestiques  dans  la 
nuit  suivante.  Le  20  au  matin,  Lasale,  ne 
voyant  pas  revenir  son  neveu,  eut  un  pressenti- 
ment de  son  triste  sort,  et  pour  s'en  assurer,  il 
rétrograda,  avec  le  P.  Anastase,  vers  le  cam- 
pement des  assassins  qui,  l'ayant  vu  s'approcher, 
s'embusquèrent.  Duhaut,  l'un  d'eux,  lui  tira  un 
coup  de  fusil  qui  l'atteignit  à  la  tête  et  l'étendit 
raide  mort.  Si  ses  deux  complices,  Larchevêque 
et  Liotot  ne  tirèrent  pas  eux-mêmes,  ce  qui  au- 
rait eu  lieu  cependant  d'après  une  relation  ma- 
nuscrite de  la  catastrophe,  du  moins  participè- 
rent-ils à  ce  crime  en  souillant  le  cadavre  de 
leur  victime.  P.  Levot. 

Archives  de  la  Marine.  —  Les  dernières  Découvertes 
de  La  Salle  dans  l'Amérique  septentrionale  (ouvrage  at- 
tribué au  chevalier  Tonti,  qui  l'a  désavoué);  Paris,  1697, 
in-12.  —Journal  historique  du  dernier  P'oyage  que  feu 
M.  de  La  Salle  fit  dans  le  golfe  du  Mexique  pour  trou- 
ver l'embouchure  du  Mississipi,  par  IVIicliet  (Sur  les 
papiers  de  Jotitel)  ;  Paris,  1723,  in-12,  avec  une  carte.  — 
Histoire  de  la  Nouvelle-France ,  par  le  P.  Charlevoix. 
—  Histoire  de  l'Amérique  septentrionale,  par  Bacque- 
ville  de  La  Potherie  ;  Paris,  1722,  4  vol.  in-12. —  Les  di- 
verses relations  du  P.  Hennepin.  —  Histoire  générale 
des  Voyages.  — Les  Navigateurs  français,  par  M.  Léon 
Guérln.  —  États-Unis  d' Amérique,  dans  V Univers  pit- 
toresque^par  M.  Roux  de  Rochelle. 

LA  SALLE  (  Jean  de),  poète  latin  moderne, 
né  à  Furnes  (Flandre) ,  vers  la  fin  du  seizième 
siècle.  Après  avoir  étudié  le  droit  et  la  théologie 
à  Louvain ,  il  reçut  la  prêtrise  et  fut  pourvu  en 
1626  de  la  cure  de  Thieldonck,  village  où  il  mou- 
rut, vers  1658.  On  a  de  lui  :  Confutatio  Joannœ 
papissx,  una  cum  B.  Virginis  Marias  laudi- 
bus,  deque  militantis  Ecclesiae  statu ,  etc.  ; 
Louvain,  1633,  in-12  :  recueil  de  petits  poèmes, 


LA  SALLE  724 

dédié  à  l'archevêque  de  Malines.  Les  règles  delà 
quantité  et  delà  grammaire  y  sont  fort  négligées; 
celles  du  décorum  n'y  sont  pas  observées  avec 
plus  de  soin.  D'après  Paquot,  «  il  demanda  aux 
protestants,  qui  rejettent  le  mérite  des  bonnes 
œuvres,  s'ils  s'imaginent  pouvoir  entrer  au  pa- 
radis sans  prendre  la  peine  de  quitter  leurs 
hauts-de-chausses.  Il  dit  que  Luther,  à  force  de 
se  gorger  de  vin ,  pissa  tant  qu'il  éteignit  les 
flammes  du  purgatoire  : 

«Hinc  mare  tara  vastum  diffusa  urina  creavit 
0t  bona  purganl'es  stinxerit  unda  rogos.  » 

K, 

Foppens,  Bibl.  Selgica.  —  Paquot,  3Iém.  pour  servir 
à  l'hist.  des  Pays-Bas,  XVIII,  183-185. 

LA  SALLE  (Jean-Baptiste  de),   religieux 
français ,  fondateur  de   l'institut  des  frères  des 
écoles  chrétiennes,  né  à  Reims,  le  30  avril  1651, 
mort  dans  la  maison  de  Saint- Yon,  à  Rouen ,  le 
7  avril  1719.  Fils  d'un  conseiller  au  présidial  de 
Reims,  il  fit  ses  études  dans  l'université  decette 
ville,  et  vint,  en  1670,  les  achever  au  séminaire  i 
de  Saint-Sulpice  à  Paris.  Chanoine  de  la  cathé- 
drale de  Reims  à  l'âge  de  dix-sept  ans,   il  fut 
reçu  docteur  de  l'université  de  cette  ville ,  et 
à  vingt  ans  ordonné  prêtre.  Il  assura  d'abord  le 
succès  de  l'établissement  des  sœurs  de  l'Enfant- 
Jésus,  fondé  à  Reims  par  Roland,  théologal  de 
cette  église,  en  obtenant  les  lettres  patentes  né- 
cessaires. L'ignorance  profonde   de  la  religion 
dans  laquelle  croupissaient  les  classes  laborieuses 
excitèrent  son  zèle,  et  il  résolut  de  fonder  une 
congrégation  dont  les  membres  se  consacreraient 
spécialement  à  l'instruction  des  enfants-pauvres. 
Il  commença  en  1679  par  ouvrir  des  classes  dans 
deux  paroisses  de  la  ville  de  Reiras  ;  il  réunit 
ensuite  ses  disciples  dans  une  maison  particu- 
lière, et  après  bien  des  peines  et  des  contradic- 
tions, il  parvint  à  les  faire  recevoir  à  Rethel  et  à 
Guise.  Pour  donner  l'exemple,  il  se  démit  de  son 
canonicat  en  faveur  d'un  pauvre  ecclésiastique, 
et  se  dépouilla  de  son  patrimoine  en  faveur  des 
malheureux;  il  tint  lui-même  école,  et  subit 
mille  tracasseries.  Les  maîtres  d'école  de  Pa- 
ris et  d'autres  villes  lui  intentèrent  de  nombreux 
procès  ;  La  Salle  fut  un  instant  forcé  de  quitter 
la  capitale.  Quelques  supérieurs  ecclésiastiques 
se  prononcèrent  même  contre  lui.  Il  parvint  ce- 
pendant à  vaincre  toutes  les  difficultés.  Il  acheta 
dans  le  faubourg  de  Saint-Sever,  à  Rouen ,  la 
maison  de  Saint- Yon,  dont  il  fit  la  maison  cen- 
trale de  son  institut,  et  à  sa  mort  les  frères  étaient 
établis  à  Reims ,  à  Paris ,  à  Rouen  et  dans  les 
principales  villes  de  France.  Son  institut  fut  ap- 
prouvé par  Benoît  XIII,  en  1725,  six  ans  après 
la  mort  du  fondateur.  Les  frères  des  écoles  cliré- 
tiennes  font  les  trois  vœux  de  chasteté,  de  pau- 
vreté et  d'obéissance;  mais  ces  vœux  ne  sont  pas 
perpétuels.  La  Salle  ne  voulutpas  qu'aucun  prêtre 
fût  jamais  reçu  parmi  eux.  Leur  habit  se  com- 
pose d'une  robe  noire,  semblable  à  une  soutane 
avec  un  petit  collet  ou  rabat  blanc,  des  bas  noirs 


725 


LA  SALLE 


72G 


et  de  gros  souliers ,  un  manteau  de  bure  noire 
comme  la  robe,  à  manches  pendantes,  et  un  cha- 
peau à  bords  très-larges  relevés  en  triangle.  Leur 
institution  s'est  largement  développée;  ils  sont 
aujourd'hui  répandus  dans  le  moud*  entier.  En 
1854  ils  comptaient  plus  de  sept  mille  membres 
occupés  en  France,  en  Algérie,  aux  Etats-Unis , 
en  Italie ,  etc.  Pour  diriger  ce  corps  nombreux, 
l'institut  est  divisé  en  iiuit  districts,  à  chacun 
desquels  eat  préposé  un  frère  assistant;  Le  su- 
périeur général  a  donc  pour  conseil  permanent  et 
ordinaire  huit  assistants  outre  son  secrétaire  gé- 
néral et  le  procureur  général.  «  La  méthode  que 
leur  prescrit  leur  règle,  rapporte  M.  de  Carné, 
c'est  la  méthode  simultanée.  Ils  apprennent  aux 
enfants  à  lire  le  français  et  le  latin,  les  livres 
imprimés  et  les  manuscrits;  ils  leur  apprennent 
en  outre  à  écrire ,  l'histoire  sainte,  les  éléments 
de  la  langue  française  et  de  l'arithmétique.  De- 
puis 1831  la  géométrie  appliquée  au  dessin  li- 
néaire a  été  introduite  dans  les  classes,  ainsi 
que  la  géographie  et  l'histoire.  Chaque  jour,  à 
la  fin  de  la  classe  du  soir,  une  demi-heure  est 
consacrée  à  l'explication  de  la  doctrine  chré- 
tienne. »  Le  pape  Grégoire  XVI  béatifia  le  vé- 
nérable abbé  de  La  Salle,  qui  a  été  canonisé  par 
le  pape  Pie  IX.  L'abbé  de  La  Salle  a  écrit  pour 
l'instruction  des  enfants  des  livres  qui  n'ontcessé 
d'être  réimprimés  et  qui  sont  encore  en  usage 
dans  les  classes  des  frères  :  Les  Devoirs  du 
Chrétien  envers  Dieu,  et  les  moyens  de  pou- 
voir bien  s'en  acquitter  ;  —  Les  Règles  de  la 
Bienséance  et  de  la  civilité  chrétienne;  —  7ns- 
tructions  et  prières  pour  la  Sainte  Messe;  — 
Conduite  des  Écoles  Chrétiennes  ; — Les  douze 
Vertus  d'un  bon  Maître.  On  lui  attribue  des 
Méditations  sur  les  Évangiles  de  tous  les  di- 
manches et  sur  les  principales  fêtes  de  Van- 
née, à  l'usage  des  frères  des  écoles  chrétiennes, 
et  dont  le  frère  Philippe ,  supérieur  général  de 
celte  congrégation  a  donné  une  nouvelle  édition 
en  18dS,  Versailles,  in-S".  L.  L — t. 

Abbé  Carroii,  Vie  de  J.-B.deLa  Salle.  —  Carreau, 
Vie  de  J.-B  de  La  Salle.  —  L'ami  de  l'Enfance,  ou  vie 
de  J.  B,  de  La  Salle.—  Le  Véritable  Ami  de  l'Enfance, 
ou  abrégé  de  la  me  et  des  vertus  dzi  vénérable  serviteur 
de  Dieu  J.-B.  de  La  Salle.  —  Abbé  Tresvaux,  Vie  des 
Saints. 

LA  SALLE  DE  L'ÉTANG  {Simon- Philibert 
de),  agronome  français,  né  vers  1700,  à  Reims, 
mort  le  20  mars  1765 ,  à  Paris.  Il  exerça  la 
charge  de  conseiller  au  présidial  de  Reims,  et  fut 
député  à  Paris  par  le  conseil  de  cette  ville.  On 
a  de  lui  :  Des  Prairies  artificielles,  ou  moyens 
de  perfectionner  l'agriculture  dans  toutes  les 
provinces  de  France;  Paris,  1756, 1758,  1762, 
in-8°  ;  la  3°  édit.  a  été  augmentée;  —  Diction- 
naire Galibi ,  précédé  d'un  Essai  de  Gram- 
maire, par  D.  L.  S.;  Paris,  1763,  in-8°;  — 
Manuel  d' Agriculture  pour  le  Laboureur,  le 
Propriétaire  et  le  Gouvernement  ;  Paris,  1764, 
in-8°,  fig.;  dans  cet  ouvrage,  fruit  d'une  expé- 
rience de  trente  années,  il  combattit  avec  force 


la  routine  locale ,  préconisa  un  des  premiers  l'u- 
tilité des  prairies  artificielles  et  critiqua  vivement 
les  méthodes  de  Tull,  de  Duhamel  et  de  Patulo. 
Lamarre  entreprit  en  1765  de  le  réfuter  en  écri- 
vant une  Défense  de  plusieurs  ouvrages  sur 
l'agriculture.  K. 

Dcsessarts,  Siècles  Littéraires,  VI. 
LA  S4LLE  ou  LASSALLE  {Philippe  de), 
dessinateur  et  mécanicien  français,  né  àSeyssel, 
le  23  septembre  1723,  mort  à  Lyon, le  27  février 
1804.  Il  reçut  les  premières  leçons  de  dessin  de 
Daniel  Sarrabat,  peintre  d'histoire  à  Lyon,  et  fut 
ensuite  élève  de  Boucher;  il  s'attacha  surtout  à 
la  décoration,  et  était  en  chemin  pour  Rome 
lorsqu'un  négociant  de  Lyon  l'associa  à  son  com- 
merce et  lui  donna  sa  fille  en  mariage.  Il  se  ren- 
dit bientôt  céJèbre  par  son  talent  pour  peindre 
les  fleurs  et  les  faire  exécuter  en  étoffes  brochées, 
et  obtint  en  1753,  avec  les  éloges  du  gouvei'ne- 
uient,  une  pension  de  600  livres.  Ce  fut  lui  qui 
créa  le  genre  rapidement  propagé  des  étoffes  en 
soie  pour  meubles  et  qui  fit  à  la  navette  des 
tableaux  d'animaux  ainsi  que  les  portraits  de 
Louis  XV  et  de  l'impératrice  Catherine  II.  Il 
donna  une  grande  impulsion  à  cette  nouvelle 
branche  d'industrie  en  imaginant  de  conserver 
les  formes  de  chaque  dessin ,  qu'on  était  obligé 
de  remontera  chaque  commande,  et  réduisit 
ainsi  à  quelques  minutes  un  travail  qui  n'exigeait 
pas  moins  de  deux  mois  (1).  Frappé  de  tous  les 
avantages  de  cetteinvention,  Turgot  fitaccorder  à 
La  Salle  6,000  fr.  de  pension  et  le  cordon  de  Saint- 
Michel.  Sousle  ministère  de  Necker,  ilfut  permis 
à  La  Salle  de  disposer,  au  châtea»u  des  Tuileries, 
les  premières  navettes  volantes  pour  la  fabrication 
des  gazes  et  autres  étoffes  de  toute  largeur,  in- 
vention qui  fut  plus  tard  reproduite  comme  d'o- 
rigine anglaise.  Les  perfectionnements  qu'il  ne 
cessa  d'apporter  à  la  construction  de  son  métier 
lui  valurent,  en  1783 ,  la  grande  médaille  d'or 
destinée  aux  travaux  les  plus  utiles  au  com- 
merce. Pendant  le  siège  de  Lyon  (1793) ,  ses 
ateliers  furent  pillés ,  et  il  fut  forcé  de  vendre  ses 
meubles  pour  reconstruire  ses  machines,  seule 
perte  qu'il  eût  regrettée.  Dans  les  derniers  temps 
de  sa  vie,  il  inventa  un  lit  propYe  à  faciliter  le 
pansement  des  blessés,  et  améliora  le  tour  et  le 
moulin  à  soie.  K. 

Grognier,  Notice  sur  Jacquard,  p.  48.  —  Bulletin  de 
Lyon,  16  ventôse  an  xii.— Le  Moniteur  univ.,2  avril  1804. 


(1)  L'art  des  étoffes  brochées,  tel  qu'on  le  pratiquait 
alors,  avait  un  inconvénient  grave.  Il  fallait  employer 
plusieurs  mois  pour  disposer  les  fils  avec  lesquels  on  lève 
certaines  parties  de  la  chaîne,  afin  de  passer  les  diverses 
trames  coloriées;  puis  on  fabriquait  le  nombre  d'aunes 
d'étoffe  que  l'on  croyait  pouvoir  débiter,  et  le  métier 
était  démonté.  Si  une  demande  nouvelle  ou  plus  forte 
arrivait,  il  fallait  recommencer  entièrement  le  travail. 
La  Salle  imagina  une  manière  de  conserver  toutes  les 
cordes  dans  le  même  état  et  de  les  remettre  en  place  en 
peu  de  minutes  au  moyen  de  planchettes  de  dimensions 
parfailement  égales  que  l'on  appliquait  au  métier  en  un 
instant.  Les  dessins  numérotés  avec  toutes  leurs  cordes 
correspondantes,  arrangées  et  prêtes  à  opérer,  restaient 
déposés  dans  un  magasin  (Moniteur). 


727  LA.SALLE 

LASALLE  [  Antoine-Charles- Louis ,  comte 
DE  ),  général  français,  né  àMetz,  le  10  mai  1775, 
mort  à  Wagram,  le  6  juillet  1809.  Issu  d'une  an- 
cienne famille  de  Lorraine,  il  était  arrière-petit-fils 
du  maréchal  Fabert.  Le  25  mai  1791  il  fut  nommé 
sous-lieutenant  dans  le  24^  régiment  de  cliasseurs. 
Mais  bientôt  exclu,  comme  noble,  des  grades  de 
l'armée,  il  s'engagea  soldat  dans  le  22**  de  chas- 
seurs le  t*""  germinal  an  II  (21  mars  1794).  Il  était 
maréchal  des  logis  et  se  trouvait  à  l'armée  du 
nord,  lorsqu'à  la  tête  de  quelqnies  chasseurs  il 
attaqua  et  prit  une  batterie  d'artillerie.  L'an  m, 
il  fut  nommé  lieutenant,  et  devint  aide  de  camp 
du  général  Kellermann  père,  le  17  lloréal,  et  le 
suivit  à  l'armée  d'Italie.  Ayant  été  employé 
comme  adjoint  à  l'adjudant  général  Kellermann 
fils,  le  1*''  prairial  an  iv,  il  fut  nommé  capitaine 
le  17  brumaire  an  V.  A  la  fin  du  mois  de  thermidor 
an  rv ,  enfermé  dans  Drescia,  il  fut  pris  par  le 
corps  d'armée  de  Quasdanowich  et  conduit  au 
quartier  général  de  Wurmser.  Interrogé  par  le 
vieux  général  autrichien,  il  lui  répondit  avec  in- 
souciance et  fermeté.  Celui-ci  lui  ayant  demandé 
quel  âge  pouvait  avoir  Bonaparte  qui  venait 
de  remporter  tant  de  victoires  :  «  L'âge  qu'avait 
Scipion  lorsqu'il  vainquit  Annibal  »,  répondit  le 
jeune  officier.  Wurmser,  flatté  de  cette  compa- 
raison, rens'oya  Lasalle  sur  parole.  Au  mois  de 
frimaire  suivant,  il  fut  nommé  chef  d'escadron 
dans  le  1^  régiment  de  hussards,  à  la  bataille 
de  Rivoli.  Désigné  pour  enlever  un  plateau  oc- 
cupé par  les  Autrichiens,  il  les  charge,  les  pour- 
suit, et  revient  avec  leurs  étendards,  qu'il  dé- 
pose aux  pieds  du  général  en  chef.  '<  Reposez- 
vous  sur  ces  drapeaux,  Lasalle,  lui  dit  Bonaparte , 
vous  l'avez  bien  mérité.  »  Après  la  paix  de  Cam- 
po-Formio  Lasalle  passa  à  l'arroée  d'Egypte.  A  la 
bataille  des  Pyramides  les  Turcs,  rassurés  par  la 
retraite  facile  que  leur  offrait  Embebch-Vergioh, 
résistèrent  aux  efforts  de  l'armée  française; 
Mourad-Bey  renouvelait  ses  attaques  lorsque  tout 
à  coup  Lasalle  s'élance  à  la  tête  d'un  faible  es- 
cadron, coupe  la  retraite  à  l'ennemi,  et  décide 
ainsi  la  victoire.  A  la  suite  de  cette  affaire,  il  fut 
nommé  chef  de  la  22^  demi-brigade  de  chasseurs. 
Au  combat  de  Salahyeth,  en  chargeant  contre 
les  mameluks,  il  laissa  tomber  son  sabre  dans 
la  mêlée;  sans  s'émouvoir,  il  met  pied  à  terre, 
ramasse  son  arme,  remonte  tranquillement  à 
cheval,  et  continue  à  combattre.  Au  combat  de 
Souagy,  dans  la  haute  Egypte,  à  ceux  de  Sohéidja 
et  de  Rahtah,  à  la  bataille  de  Samhoud,  Lasalle, 
à  la  tête  de  l'avant-gardede  la  cavalerie,  sous  les 
ordres  de  Davoust,  exécuta  les  charges  les  plus 
brillantes.  Il  commandait  un  petit  corps  d'armée, 
dans  les  environs  de Tahta,  lorsqu'il  apprend  que 
le  chef  de  brigade  Pinon  est  menacé  dansSiout],i  ; 
il  vole  à  son  secours,  le  dégage  et  revient  à  sa  ré- 
sidence ;  mais  l'ennemi  s'en  était  emparé  et  avait 
soulevé  tout  le  pays.  Lasalle,  qui  n'avait  avec  lui 
quiun  bataillon  de  la  88*  demi-brigade,  son  régi- 
ment de  chasseurs  et  une  pièce  de  canon ,  arrive 


728 


à  Gehemi,  et  fait  cerner  toutes  les  issues  par  sa 
cavalerie.  Les  Arabes ,  enfermés  dans  un  grand 
enclos-crénelé,  se  défendent  longtemps  ;  mais  rien 
ne  peut  résister  aux  soldats  commandés  par  La- 
salle ;  l'enclos  est  enlevé  et  plus  de  trois  cents 
Arabes  sont  tués,  et  parmi  eux  le  neveu  du  sché- 
rif.  Lasalle  continua  de  suivre  avec  son  régiment 
tous  les  mouvements  du  corps  de  Davout,  et 
força  Mourad-Bey  à  se  jeter  dans  le  désert. 
Rentré  au  Caire,  le  22®  régiment  de  chasseurs  fut 
placé  à  Belbéys  pour  assurer  les  communica- 
tions jusqu'à  Suez,  place  occupée  par  une  gar- 
nison française  et  menacée  par  l'ennemi.  Dans 
cette  campagne,  Lasalle  eut  l'honneur  de  sau- 
ver la  vie  à  son  général  ;  c'était  à  l'affaire  de 
Rémediéh,  le  28  nivôse  an  vu  (  17  janvier  1799). 
Davout  se  défendait  contre  plusieurs  Arabes; 
Lasalle  accourt  :  il  abat  d'un  coup  de  sabre  les 
deux  mains  de  celui  qui  était  le  plus  près  du 
général,  renverse  plusieurs  mameluks  ,  rompt 
son  sabre  sur  la  tête  d'Osman-Bey,  et,  ses  deux 
pistolets  brisés,  prend  le  sabre  d'un  dragon 
blessé,  rallie  sa  troupe,  etpoursuitl'ennemijusque 
dans  le. désert.  Après  la  convejntion  d'EI-Arisch, 
conclue  entre  le  général  Desaix  et  les  plénipoten- 
tiaires turcs ,  le  5  pluviôse  an  viii,  Lasalle  quitta 
rÉgypte,et  revint  en  Italie. Par  décision  du  1 7  ther- 
midor suivant,  le  premier  consul  lui  décerna  un 
sabre  et  une  paire  de  pistolets  d'honneur,  comme 
témoignage  de  la  satisfaction  du  gouvernement. 
Le  7  fructidor  de  la  même  année,  un  arrêté  des 
consuls  lui  confia  le  commandement  du  10*  régi- 
mentde  hussards  ;  à  la  tête  de  ce  corps ,  le  27  ni- 
vôse an  IX,  il  eut  trois  chevaux  tués  sous  lui.  Il 
fut  créé  commandant  de  la  Légion  d'Honneur, 
le  25  prairial  an  xii.  Nommé  général  de  brigade 
le  12  pluviôse  an  xiii,  il  eut,  le  11  ventôse  sui- 
vant, le  commandement  d'une  brigadede  dragons 
stationnée  à  Amiens.  C'est  avec  cette  troupe  qu'il 
prit  part  à  la  campagne  d'Austerlitz.  Le  26  octobre 
1806,  l'armée  française,  après  avoir  traversé  en 
sept  jours  les  défilésde  laFranconie,  passé  la  Saaie 
et  l'JElbe,  poursuivait  les  débris  de  l'armée  prus- 
sienne, qui  cherchait  à  se  réunir  ;  le  prince  de 
Hoheniohe,  avec  un  corps  de  six  mille  hommes 
de  cavalerie,  protégeait  la  retraite;  Lasalle  le 
rejoint,  et,  sans  s'inquiéter  de  son  énorme  supé- 
riorité ,  le  charge ,  bouleverse  sa  division  et  la 
poursuit  dans  les  défilés  qui  se  trouvent  à  la 
sortie  du  village  de  Zehdnick.  Le  28  il  se  porte 
sur  Prentzlau,  et  bientôt  le  prince  de  Hoheniohe 
est  obligé  de  capituler  avec  seize  mille  hommes 
d'infanterie,  presque  tous  de  la  garde  royale  ou 
des  corps  d'élite,  quarante-cinq  drapeaux  ou 
étendards,  et  soixante  cinq  pièces  d'artillerie  at- 
telées. Napoléon  fit  citer  Lasalle  à  l'ordre  du  jour. 
Mais  un  fait  d'armes  plus  é,tonnant  encore  devait 
mettre  le  comble  à  la  gloire  du  vaillant  général.  A 
la  tête  de  deux  régiments  de  hussards,  il  se  pré- 
sente le  29  devant  Stettin,  forteresse  en  bon  état, 
bien  approvisionnée,  armée  de  cent  soixante  piè- 
ces de  canon  et  ayant  six  mille  hommes  de  garni- 


729 


son  ;  il  s'annonce  comme  l'avant-garde  de  l'armée 
IVaiiçaise,  somme  la  place  de  se  rendre,  et  qirel- 
([iies  heures  après  le  commandant  de  la  ville 
apporte  au  chef  de  quelques  cavaliers  français 
les  clefs  de  sa  forteresse.  Ce  fait  d'armes,  un  des 
plus  curieux  et  des  plus  extraordinaires  qu'on 
puisse  citer,  est  représenté  dans  le  beau  portrait 
du  général  de  Lassalle  par  le  baron  Gros.  Gé- 
néral de  division  le  30  décembre  1806,  il  fut,  au 
commencement  de  1807,  nommé  commandant 
de  la  cavalerie  légère  de  la  réserve.  Le  12  juin,  à 
la  bataille  de  Heilsberg,  le  prince  Murât  s'étant 
aventuré,  se  trouvait  entouré  de  douze  dragons 
russes;  Lasalle,  qui  l'aperçoit,  arrive  seul,  tue 
l'oflicier  et  met  en  déroute  les  dragons;  quel- 
ques instants  après,  Lasalle  se  trouve  enveloppé 
à  son  tour.  Murât  vient  le  délivrer,  et,  lui  serrant 
la  main,  il  lui  dit  :  a  Général,  nous  sommes  quit- 
tes. >. 

Au    mois  de  février   1808    Lasalle   passa  à 
l'armée  d'Espagne  avec  la  cavalerie  qu'il  cora- 
inandait ,  et  au  mois  de  juin,  à  Torquemada,  il 
délit  complètement  un  corps  nombreux  d'insur- 
gés espagnols.  Après  avoir  reçu  de  la  main  del'é- 
vèque  les  clefs  de  Palencia,  Lasalle,  se  faisant 
apiiuyer  par  une  colonne  d'infanterie  sous  les  or- 
dres du  général  Merle,  marcha  sur  Valladolid.  Au 
village  de  Cabezon,  trois  lieues  avant  Valladolid, 
il  rencontre  un  corps  de  troupes  régulières,  d'en- 
viron sept  mille  hommes;  il  l'attaque,  le  renverse, 
et  entre  le  même  jour  dans  Valladolid,  où  il  réta- 
blit l'ordre.  A  la  bataille  de  Médina  del  Rio  Secco, 
le  14  juillet,  douze  mille  Français,  .sousles  ordres 
ia   maréchal    Bessières,  attaquèrent  quarante 
mille  Espagnols  commandés  par  les   généraux 
Cuesta  et  Blake;  Lasalle,  par  une  charge  des 
jIus   brillantes,  décida   la  victoire;  huit  mille 
Espagnols  restèrent  sur  le  champ  de  bataille,  et 
six  mille  prisonniers,  avec  tous  les  bagages  de 
'ennemi,  tombèrent  au  pouvoir  des  Français. 
\.près  cette  afi'aire,  il  reçut  la  croix  de  grand-of- 
icierde  la  Légion  d'Honneur.  L'armée  ayant  fait 
m  mouvement  rétrograde  sur  Vittoria,  Lasalle 
ut  pour  la  première  fois  chargé  du  commande- 
nent  de  l'arrière-garde,  et  il  contint  l'ennemi  par 
l'habiles  manœuvres.  Le  10  novembre,  à  laba- 
aille  de  Burgos ,  suivi  de  deux  régiments  de 
îhasseurs ,  il  força  la  division  ennemie  à  mettre 
)as  les  armes,  et  s'empara  de  douze  canons  et  de 
ix-sept  drapeaux;  peu  de  jours  après,  à  Villa- 
i^iejo,  il  défait  encore  l'ennemi  ;  à  la  fin  du  mois  de 
nars,  il  passe  le  Tage,  nettoie  toute  la  rive  gauche 
le  ce  fleuve,  et  vient  prendre  part  à  la  bataille 
|e  Médelin.  L'armée  espagnole ,  bien  plus  nom- 
•reuse  que  celle  des  Français ,  enveloppait  pour 
linsi  dire  ces  derniers,  ne  leur  laissant  pour  re- 
ràite  que  le  long  pont  de  Médelin.  Lasalle  voit 
e  danger,  s'élanee  à   la  tète  du  26*=  dragons, 
ttaque  un  carré  de  six  mille  hommes,  taille 
n  pièces  tout  ce  qui  lui  résiste,  et  donne  ainsi    j 
l'armée   française  le  temps  de  marcher  sur   : 
nnemi,  qui  fut  culbuté  sur  tous  les  points,   i 


LASALLE  730 

!  Rappelé  eu  Allemagne  à  l'époque  de  la  campagne 

I  de  1809,  il  se  montra  partout  digne  de  lui-même. 

A  Altembourg,  à  Essling,  à  Raab,  on  le  vit  ton- 

i  jours  au  premier  rang.  A  la  célèbre  bataille  de 

I  Wagram,  le  6  juillet  1809,  les  généraux  Lasalle 

I  et  Marulaz,  commandant  la  cavalerie  légère,  fu- 

!  rent  chargés  de  couvrir  la  marche  des  divisions 

qui  s'avancèrent  sous  la  conduite  de  Massena 

pour  se  rapprocher  du  Danube.  Au  moment  où 

ces  masses  imposantes    avaient    définitivement 

arrêté  le  mouvement  offensif  de  l'armée  autri- 

cliienne,  dans  une  de  ces  charges  brillantes  que 

depuis  le  matin  Lasalle  exécutait  avec  sa  cavale- 

lie,  il  fut  atteint  d'une  balle  au  front.  Un  décret 

impérial  de  ISlOordonnaque  la  statue  de  Lasalle 

serait  placée  sur  lepontde  la  Concorde  ;  une  rue 

de  Metz  porte  son  nom,  et   son  portrait    fut 

placé  dans  un  des  salons  de  l'hôtel  de  cette  ville. 

A.  Jadin. 

iUoniteuj-,  1792,   an  VIII,  1806,  1807,  1808,  1809,   1810.  • 


Victoires  et  Conquêtes  des  Français,  t.  vi,  vni,  ix,  x, 
XVI,  xvii,  xTni,xixet  xxv.  —  l'igault- Lebrun  , 
Éloge  historique  du  général  comte  de  Lasalle.  —  Dic- 
tionnaire des  Sièges  et  Batailles,  t.  I[,  IIF,  IV.  —  Les 
Fastes  de  la  Gloire,  t.  \,  M,  \.  —  Biographie  nouvelle 
des  Contemporains,  t.  XI.  —  Montgaillard  ,  Histoire  de 
France,  t.  IX.  —  Régin,  Biographie  delà  Moselle.  — 
iWXWé,  Bibliographie  des  Célébrités  militaires.— Thxns, 
Histoire  du  Consulat  et  de  l'Empire,  t.  X,  liv.  XXXV.  — 
Archives  du  dépôt  d'e  la  guerre.  —  Documents  parti  ■ 
ruliers. 

LASALiiE  (  Antoine  de  ) ,  philosophe  et  mo- 
raliste français,  né  à  Paris,   le  18  août  1754, 
mort  le  21  novembre  1829.  Adopté  par  le  prince 
et  la  duchesse  de  Tingry,  il  fut  mis  en  pension 
chez  un  armateur  de  Saint-Malo  nommé  Grand- 
Clos-Meslé.    Celui-ci    l'embarqua    à  bord,    'un 
de  ses  bâtiments  destiné  à  aller  pêcher  de  la 
morue  sur  le  banc  de  Terre-Neuve.  Parti  de 
Saint-Malo  le  25  mars  1771,  il  était  de  retour 
l'année   suivante.   En  1772  il  entreprit  un   se- 
cond voyage.  Ce  fut  encore  à  Saint-Malo  qu'il 
s'embarqua  ;  il  visita  les  ports  de  Saint-Domin- 
gue, et  en  1773  il  était  de  retour  à  Paris.  Après 
avoir  entrepris  quelques  excursions  en  France, 
il  partit  sur  Le  Superbe,  commandé  par  le  che- 
valier de  Vigny,  pour  l'extrême  Orient;  il  visita 
successivement  Java,  Macao,  Wampow,  Can- 
ton ,  Sumatra ,  Sainte-Hélène.  De  tous  ses  voya- 
ges ,  c'était  celui  qui  avait  laissé  dans  son  esprit 
les  souvenirs  les  plus  durables  ;  les  rites  du  boud- 
dhisme, qu'il  avait  été  à  même  d'observer  Turent 
toujours  pour  lui   l'objet  d'un  examen  philoso- 
phique. L'un   des  premier?  il  constata  l'analogie 
frappante  qui  existe  entre  certaines  formes  exté- 
rieures du  culte  de  Bouddha  et  celles  du  catholi- 
cisme. Il  quitta  bientôt  la  carrière  de  la  marine,  et 
se  pritd'unepassionréellepourrétudede  l'arabe. 
Mais  tout  à  coup,  en  1779,  les  langues  orientales 
furent  mises  de  côté,  et  il  entreprit  de  parcourir 
à  pied  la  France ,  la  Suisse  et  l'Italie.  Ce  fut 
durant  son  voyage  à  Rome  et  à  Naples  qu'il 
devint  par  ses  expériences  l'émule  de  Spalan- 
zani,  et  qu'inventant  une  machine  fort  ingé- 
nieuse qu'il  désigna  sous  le  nom  de  pan/ojra/îAe 


731 


LA  SALLE 


732 


il  vit,  à  son  grand  désappointement ,  cet  utile  ins- 
trument supplanté  par  le  physionotrace ,  qui 
n'en  offrait  qu'un  perfectionnement  très-problé- 
matique. De  retour  à  Paris  en  1780,  Lasalle  se 
livra  avec  ardeur  aux  études  les  plus  variées,  et 
publia  son  premier  traité  de  pbllosophie  mo- 
rale sous  ce  titre  :  Le  Désordre  régulier,  ou  avis 
au  public  sur  les  prestiges  de  ses  précepteurs 
et  sur  ses  propres  illusions  ;  Berne  (Paris  ), 
1786,  in-lS.  Ce  livre  lui  suscita  plusieurs  ini- 
mitiés, entre  autres  celle  de  Buffon.  Deux  ans 
plus  tard,  il  donna  un  grand  ouvrage  philo- 
sopbique,  dont  le  titre  fait  assez  bien  com- 
prendre la  tendance  ;  il  l'intitula  :  La  balance 
naturelle,  ou  essai  sur  une  loi  universelle , 
appliquée  aux  sciences ,  arts  et  métiers  et 
aux  moindres  détails  de  la  vie  commune; 
Londres  (  Paris),  1788,  2  vol.  in-8°.  Ce  traité 
philosophique  renferme  en  germe  la  théorie 
de  M.  Azais  ;  il  fut  imprimé  aux  frais  de  Hé- 
rault de  Séchelles,  et  ne  précéda  que  d'un  an 
La  Mécanique  Morale,  ou  essai  sur  l'art  de  per- 
fectionner et  d'employer  ses  organes  propres 
et  acquis;  Paris,  1789,2  vol.  in-8".  Ces  deux 
derniers  ouvrages  valurent  plus  tard  à  leur 
auteur  le  titre  de  chef  de  l'école  physico-mo- 
rale. Une  note  autographe  que  nous  avons  sous 
les  yeux  fait  monter  de  120  à  130  volumes  les 
ouvrages  dont  il  s'occupa  à  partir  de  1790  jus- 
qu'à 1807.  En  1793  Lasalle  émigra,  et  fit  im- 
primer à  Rome  dnq  opuscules  monocratiques, 
ce  sont  ses  propres  expressions,  que  nul  ne  vou- 
lait éditer  à  Paris.  Il  revint  bientôt  en  France; 
c'est  retiré  à  Semur  qu'il  traduisit  les  Œuvres 
de  François  Bacon,  en  les  accompagnant  de 
notes  critiques,  etc.;  Dijon,  an  vm  (  1800), 
15  vol.  in-8°  (1).  Lasalle  vécut  durant  vingt- 
cinq  ans  dans  la  plus  déplorable  misère,  et  mou- 
rut à  l'hôtel-Dieu.  Ferdinand  Denis. 

J.  B.  M.  Gence,  Notice  biographique  et  littéraire  du 
philosop/ie  Jrançais  Jnt.  Lasalle;  Paris,  1837,  in-S». 
—  Documents  particuliers. 

LASALLE  (  Henri),  publiciste  français,  né  à 
Versailles,  en  1765,  mort  en  1.833.  Après  le 
18  brumaire,  il  fut  nommé  commissaire  de  police 
à  Brest;  mais  s'étant  mis  en  opposition  avec  les 
autorités  locales,  il  fut  rappelé,  et  resta  sans 
fonctions.  Il  écrivit  alors  quelques  brochures, 
et  fut  attaché  au  Journal  des  Débats,  où  ses 

(1)  C'est  cet  immense  travail  qui  a  paru  de  nouveau 
dans  le  Panthéon  Littéraire,  avec  d'étranges  modifications 
sous  le  titre  suivant  :  OEuvres  philosophiques ,  morales 
et  politiques  de  François  Bacon,  avec  «ne  notice  bio- 
(jrapliique,  par  J.-A.-C.  Buchon;  Paris,  1836,  gr.  in-8°. 
Le  mallieur  a  poursuivi  .4nt.  de  Lasalle  par  delà  le 
tombeau;  car  soa  nom  a  disparu  du  titre  de  cette  réim- 
pression. Dans  les  notes  manuscrites  que  nous  avons 
£0us  les  yeux,  le  traducteur  de  Bacon  assigne  le  terme  de 
neuf  ans  entiers  employés  à  la  version  des  OEuvres  corn,' 
piétés;  mais  nous  savons  que  son  premier  travail,  com- 
mencé vers  1786,  avait  disparu.  Il  fut  obligé  de  recom- 
mencer à  Semur  la  traduction  du  traité  De  Augmentis 
Scientiarum,  dont  le  manuscrit  fut  très-probablement 
perdu  ou  confondu  parmi  les  papiers  de  Héraut  de  Sé- 
chelles- Aucune  des  déceptions  douloureuses  qui  peuvent 
assaillir  un  auteur  ne  fut  épargnée  à  Lasalle. 


articles  étaient  signés  S.  Pendant  les  Cent  Jours, 
Napoléon  le  nomma  commissaire  général  de  po- 
lice dans  les  départements  de  l'est.  La  rentrée 
des  Bourbons  mit  fin  à  ses  fonctions,  et  il  re- 
prit ses  travaux  httéraires.  On  a  de  Lasalle  : 
Be  l'Arrêté  des  consuls  du  24  thermidor,  re- 
latif aux  lois  des  prévenus  d'émigration; 
Paris,  1 80 1 ,  in-  8°  ;  —Sur  le  Commerce  de  l'Inde; 
Paris,  1802,  in-8°;  —  Des  Finances  de  l'An- 
gleterre; Paris,  1803,  in-8°;  —  Le  Secret  de 
M.  Lebrun-Tosca,  ou  lettre  à  l'auteur  de 
Non- Révélation  sur  des  variantes  qui  existent 
entre  le  manuscrit  de  M.  Lebrun-Tosca  et 
le  manuscrit  de  Conaxa;  1811,  in-8"  :  bro- 
chure en  faveur  d'Etienne  dans  la  discussion  à 
l'occasion  de  la  comédie  des  Deux  Gendres  ;  — 
Sur  le  Concordat  de  1817;  Paris,  1818, in-S"; 

—  Georges  111,  sa  cour  et  sa  famille;  1822, 
in-S";  cet  ouvrage  forme  aussi  le  7"^  vol.  de 
Y  Histoire  d'Angleterre  de  Bertrand  MoUeviUe; 

—  Maison  hospitalière ,  ou  projet  d'un  éta- 
blissement destiné  à  recevoir  les  femmes  do- 
mestiques aux  époques  où  elles  sont  sans 
place;  Paris,  1827,  in-8°;  —  Du  prix  du  pain 
à  Paris,  moyen  d'en  arrêter  le  renchérisse- 
ment; Paris,  1829,  in-4''.  G.  de  F. 

Daniel  de  Saint -Antoine  Biographie  de  Seine  et- Oise, 
LASALLE  ( Adrien- Nicolas ,  marquis  de), 
général  et  Httérateur  français,  né  le  11  février 
1735, à  PariSjOÙ  il  est  mort,  le  23  octobre  1818. 
Fils  d'un  conseiller  au  Châtelet,  il  embrassa  la 
carrière  des  armes ,  et  prit  part  comme  officier 
de  cavalerie  à  la  guerre  de  Sept  Ans ,  pendant 
laquelle  il  eut  occasion  de  se  produire  avec  assez 
d'éclat.  Après  avoir  deux  fois  quitté  le  service, 
il  fut,  le  14  juillet  1789,  nommé  commandant  de 
la  milice  parisienne  et  élevé,  en  récompense  de 
son  patriotisme,  au  grade  de  maréchal  de-camp 
pour  retraite  {  l'^''  mars  1791  ).  Cependant  il 
partit,  l'année  suivante ,  pour  Saint-Domingue, 
y  remplit  par  intérim  les  fonctions  de  gouver- 
neur général ,  et  fut  contraint,  à  sa  rentrée  en 
France ,  de  subir  une  détention  de  quatre  mois 
à  Brest.  Parla  suite,  on  lui  donna  le  comman- 
dement d'une  compagnie  de  vétérans ,  et  lors* 
qu'on  le  priva  de  cet  emploi  (1810),  sa  pensioû 
fut  portée  à  4,000  francs.  Dans  les  derniers  temps' 
de  sa  vie,  il  tomba  en  démence,  et  fut  enfermé 
à  Charenton.  On  a  de  lui  des  romans  et  des 
pièces  de  théâtre,  la  plupart  écrits  avant  la  ré- 
volution; nous  citerons  :  Eudoxe;  1765,  tragé- 
die en  cinq  actes;  —  Les  Pécheurs;  1768,  co-' 
médie  en  prose;  —  L'Officieux;  1780,  comédie 
en  trois  actes  ;  —  Chacun  a  sa  folie,  ou  le  con- 
ciliateur; 1781,  comédie  en  deux  actes  et  en 
vers;  —  Sophie  Francourt  ;  1783,  comédie  en 
quatre  actes  et  en  prose;  —  L'Oncle  et  les 
Tantes;  1786,  com.  en  trois  actes  et  en  vers; 

—  Le  Maladroit,  ou  lettres  du  comte  de  Gau- 
chemont;  Paris,  1788,  2  part,  in-12;  —  Su- 
zanne et  Gerseuil,  histoire  véritable;  Paris, 
1801,  in-lS  ;  —  L'Anneau  de  Salomon;  Paris, 


733  LA.  SALLE  — 

1812,  4  vol.  in-12.  On  doit  encore  au  marquis 
de  Lasalle  plusieurs  autres  pièces  qui  n'ont  pas 
été  imprimées,  ainsi  que  des  ouvrages  traduits  de 
l'anglais,  tels  que  :  Lucy  Wellers  (  1760);  — 
Clara  Lennox  (1798)  •,—Andronica,  ou  l'épouse 
fugitive  (  1799),  et  Mémoires  du  règne  de 
Georges  11/  (1808),  de  Belsliam,      P.  L— ï. 

Fastes  de  la  Lèg.d'Uonn.,  V,  —  Quérard,  La  France 
Littéraire. 

LA  SAKTE  {Gilles- Anne-Xavier  de),  poëte 
latin  moderne,  né  le  22  décembre  1684,  près 
Redon  (Bretagne),  mort  en  1762, à  Paris.  Admis 
dans  la  Compagnie  de  Jésus,  il  occupa  différentes 
chaires  en  province,  et  fut  appelé  par  ses  supé- 
rieurs à  Paris  pour  y  enseigner  les  belles-lettres 
au  collège  de  Lotiis-le-Grand.  Digne  émule  du 
P.  Porée,  il  forma  un  grand  nombre  d'élèves 
distingués ,  parmi  lesquels  on  compte  Turgot  et 
^Lemierre.  L'abbé  Desfontaines  le  proclame  un 
«avant  et  ingénieux  latiniste,  et  vante  «  sa  pré- 
asion  épigi  ammatique ,  sa  vivacité  antithétique , 
ses  peintures  quelquefois  brusques  et  toujours 
spirituelles  «.  On  a  de  La  Santé  :  Orationes  ;  Pa- 
'is,  2*-'  édit.,  1741,  2  vol.  in:-12;réimpr.  en  1753, 
,'ecueil  qui  renferme,  entre  autres  morceaux,  le 
fané  g  yrique  de  saint  François  Régis,\' Oraison 
funèbre  de  Louis  X/F  prononcée  au  collège  de 
:aen,  et  le  Discours  sur  la  pi-ééminence  des 
français  dans  les  lettres; — Musx  rhetorices, 
eu  carminum  libri  VI;  Paris,  1732,  in-12, 
iU  1745, 1805  et  1809,  avec  des  additions,  réimpr. 
jCS  qualités  principales  de  cet  ouvrage  sont  la  grâce 
t  l'élégance;  il  contient  les  origines  des  jeux 
e  l'enfance,  des  sujets  tirés  de  la  Bible ,  de  l'his- 
oire  ancienne  et  de  la  mythologie ,  des  pièces  à 
a  louange  du  roi  et  de  sa  famille ,  etc.  ;  —  Fer- 
um,  Carmen;  Bourges,  1707,  in-8°,  trad.  en 
ers    français    par  Montfleury ,  chanoine    de 
'îayeux  ;  —  Poëme  sur  la  maladie  et  la  gué- 
ison  dit  Roy,  en  1728,  in-4".  Le  P.  de  La  Santé 
st  encore  l'auteur  de  quelques  vaudevilles  in- 
,énieux,  tels  que  Le  Sauvage  à  la  Foire,  Le 
Montreur  de  Lanterne  magique,  etc.,  qui  eu- 
lent  beaucoup  de  succès ,  et  de  deux  tragédies 
itines  manuscrites  représentées  au  collège  de 
iOiiis-le-Grand;  —  Agapitus,  martyr,  en  trois 
■ctes  et  en  vers ,  avec  les  chœurs  français  par 
î  P.  Porée;  et  Les  Héritiers,  en  trois  actes 
vec  prologue.  P.  L — y. 

;  Quctif  et  Échard,  Script.  Soc.  Jesv.  —  M,  de  Kerdanet, 
'crir.de  la  Bretagiie,  313.—  Quérard,  La  France 
itteraire.  —  Soleinne ,  Biblioth.  dramat.,  I. 

*  LASAULX  (firwes; de), archéologue etphi- 
)logue  allemand,  né  le  16  mars  1805,  à  Coblentz. 
!ils  d'un  architecte  distingué,  il  fit  ses  études  à 
Sonnet  à  Munich,  visita  Vienne,  Rome,  Athè- 
les,  Constantinople  et  Jérusalem,  fut,  à  son  re- 
our  en  Allemagne ,  chargé  d'enseigner  la  philo- 
Dgie  à  l'université  de  Wurtzbourg,  et  passa,  en 
j844,  à  celle  de  Munich  comme  professeur  de 
jhilologieet  d'esthétique.  En  1848  le  cercle  d'A- 
ensberg  le  choisit  pour  représentant  à  l'assem- 
!lée  nationale  de  Francfort,  où  il  vota  sous  les  aus- 


LA  SAUSSAYE 


734 


pices  du  parti  appelé  grand-germanique  (  Gross- 
deutsch  ).  Une  philosophie  que  l'on  peut  appeler 
gréco-chrétienne  forme  la  base  dos  travaux 
littéraires  de  Lasaulx,  qui  eut  le  mérite  incontes- 
table d'avoir  dirigé  l'attention  des  archéologues 
sur  un  côté  inexploré  de  la  vie  des  anciens  peu- 
ples. On  adeM.  de  Lasaulx  :  Ueber  das  Orakel 
von  Dodona  (  De  l'Oracle  de  Dodone  );  Wurtz- 
bourg, 1-841  ;  —  Ueber  den  Sinn  der  Œdi- 
pussage  (De  la  Signification  du  mythe  d'Œdipe  ) , 
ibid.,  1841  ;  —  Die  Suehnopfer  der  Griechen 
und  Koemer  (  Des  Sacrifices  d'expiation  des 
Grecs  et  des  Romains  )  ;  ibid.,  1841  ;  —  Der  Eid 
bei  den  Griechen  (Le  Serment  chez  les  Grecs)  ; 
ibid.,  1844;  —  Der  Eid  bei  den  Roemern  (  Le 
Serment  chez  les  Romains);  ibid.,  1844;  — 
Ueber  den  Fluch  bei  Griechen  und  Roemern 
(  de  la  Malédiction  chez  les  Grecs  et  les  Romains)  ; 
ibid.,  1843  ;  —  Die  Gebete  der  Griechen  und 
Eoemer  (  Les  Prières  des  Grecs  et  des  Romains  )  ; 
ibid.,  1842;  — Prometheus.  Die  Sage  und  ihr 
Sinn  (  Le  Mythe  et  la  Signiûcation  du  mythe  de 
Prométhée)  ;  ibid.,  1843;  —  Ueber  den  JEntwi- 
ckelungsgang  des  griechichen  undrœmischen 
und  den  heutigen  Zustand  des  deutschen  Le- 
bens  (  Du  Développement  successif  de  la  vie 
grecque  et  romaine  et  de  l'État  actuel  de  la  vie 
germanique);  Munich,  1847;  —  Dié  Buecher 
des  Kônig  Numa  (  Les  Livres  du  roi  Numa  )  ; 
ibid.,  1847  ;  —  Die  Géologie  der  Griechen 
und  Roemer  (La  Géologie  des  Grecs  et  des  Ro- 
mains); ibid.,  1851  ;  —  Zur  Geschichte  und 
Philosophie  der  Ehe  bei  den  Griechen  (  Études 
sur  l'histoire  et  la  philosophie  du  Mariage  chez 
les  Grecs  )  ;  ibid.,  1852  ;  —  Studien  des  clas- 
sischen  Alterthums  (  Études  sur  l'Antiquité 
classique  );  Ratisbonne,  1854;  —  Der  Unter- 
gang  des  Hellenismiis  und  die  Einziehung 
der  Tetnpelgueter  durch  die  christUchen 
Kaiser  (  La  Chute  de  l'Hellénisme  et  la  Confis- 
cation des  biens  des  Templiers  par  les  empereurs 
chrétiens);  Munich,  1854.  R.  Lindau. 

Conv.-Lex. 

LA  SAUSSAYE,  sieur  deBrussoles  {Charles), 
hagiograpbe  français,  né  à  Orléans,  en  1565, 
mort  à  Paris,  le  21  septembre  1621.  Il  était 
petit-neveu  de  Jean  de  MorvilHers,  évêque  d'Or- 
léans, et  fit  ses  études  à  Paris,  où  il  prit  le  grade 
de  docteur  en  droit  et  fut  pourvu  d'une  charge 
au  grand  Conseil.  Dès  cette  époque  il  témoigna  le 
désir  de  prendre  la  carrière  ecclésiastique.  Sa 
mère,  demeurée  veuve,  pour  l'en  détourner,  lui 
procura  les  moyens  de  voyager.  La  Saussaye  vit 
Rome,  Malte  et  la  Sicile,  et  se  lia  en  Italie  avec 
Baronius  et  Bellarmin  ;  il  revint  plus  décidé 
qu'auparavant  à  entrer  dans  les  ordres;  tout  ce 
qu'on  put  obtenir  de  lui,  c'est  qu'il  serait  prêtre 
au  lieu  d'être  moine.  Il  fit  alors  sa  théologie  à 
Paris,  et  reçut  la  prêtrise  à  Orléans  des  mains  de 
l'évêque  de  L'Aubespine,  qui  lui  donna  en  même 
temps  la  cure  de  Saint-Pierre-en-Sentelle.  En  1595 
il  obtint  une  prébende  au  chapitre  de  Sainte-Cioix, 


735  LA  SAUSSAYE  — 

dont  il  était  doyen  trois  ans  plus  tard.  Il  fit  alors  | 
plusieurs  voyages  à  Paris ,  décida  Henri  IV  à 
lui  accorder  des  fonds  pour  la  réparation  de  sa 
cathédrale  et  à  y  faire  un  pèlerinage  de  jubilé,  que 
le  monarque  accomplit  avec  son  épouse  Marie  de 
Médicisen  160t.  En  1614  La  Saussaye  fut  dé- 
puté aux  états  tenus  à  Paris.  En  1626,  quelques 
altercations  survenues  entre  lui  et  son  évêque  le 
décidèrent  à  solliciter  une  mutation  de  résidence. 
Il  obtint  la  cure  de  Saint-Jacques-La- Boucherie  à 
Paris,  et  un  canonicat  à  la  métropole;  mais  le 
changement  d'habitudes  et  de  relations  lui  fut 
fatal,  et  il  mourut  un  an  après.  On  a  de  lui  :  An- 
nales Ecclesiœ  Aurelianensïs ,  etc.;  Paris, 
in-4».  <'  Malgré  les  défauts  dont  cette  histoire  est 
remplie,  dit  dom  Gérou,  elle  ne  laisse  pas  d'être 
recherchée,  parce  qu'elle  est  écrite  avec  un  style 
et  une  clarté  dignes  des  meilleurs  écrivains  »  ; 
—  Histoire  de  la  translation  du  corps  de 
saint  Benoît  d'Italie  à  Fleur %j -sur-Loire  ;  — 
La  Vie  de  saint  Grégoire ,  archevêque  d'Ar- 
ménie et  ermite  près  de  Pithiviers  ;  —  Orai- 
son funèbre  de  Henri  IV;  —  Monologiœ 
Sanctorum,  et  plusieurs  opuscules  sur  des  ma- 
tières religieuses.  L— z — e. 

V.  R.  dans  Les  Hommes  illustres  de  l'Orléanais,  t.  I. 
p.  204-205.  —  Nicéron,  Mémoires  pour  l'histoire  des 
Hommes  illustres,  t.  XXXIX,  p.  366. 

*  LA  SAVSSXYV.  (Jean- François  de  Paule- 
Loxiis   Petit  de),  antiquaire   français,  né  le 
6  mars  1801,  à  Blois.  Après  avoir  servi  dans  les 
gardes  du  corps,  il  obtint,  sous  Louis  XVIII, 
l'emploi  de  percepteur  des  contributions,  qu'il 
continua  d'occuper  à  Bloîs  jusqu'à  la  révolution 
de  Juillet.  Mis  vers  cette  époque  en  possession 
d'une  fortune  indépendante,  il  se  livra  entière- 
ment à  l'étude  de  la  numismatique  et  de  l'archéo- 
logie, et  consigna  les  résultats  de  ses  premières 
recherches  dans  une  Histoire  de  la  Sologne 
blaisoise,  mémoire  manuscrit  qui  lui  valut,  en 
1835,  une  médaille  au  concours  des  Antiquités 
nationales.  L'année  suivante,  de  concert  avec  un 
de  ses  amis,  M.  Cartier,  d'Aroboise,  il  fonda  la 
Hevue  de  Numismatique,  recueil  auquel  il  n'a 
depuis  cessé  de  donner  ses  soins.  En  1845,  l'im- 
portant travail  qu'il  commença  sur  les  médailles 
de  la  Gaule  narbonnaise  lui  ouvrit  les  portes  de 
rinslitut  (Académie  des  Inscriptions);  il  faisait 
déjà  partie  de  plusieurs  sociétés  «iépartementales, 
et  de  la  Société  des  Antiquaires.  Nommé  en 
1855  recteur  de  l'Académie  de  Poitiers ,  il  est 
passé  en  la  même  qualité  à  Lyon.  On  a  de  lui  : 
Histoire   du   Château  de  C hambord  ;  Bloïs  , 
1837,  in-4*',  qui  a  eu  six  éditions;  —  Histoire 
du  Château  de  Blois;  ibid.,  1840,  in-4'',  ré- 
compensée d'une  médaille  d'or  par  l'Académie 
des  Inscriptions;    —    Numismatique  de    la 
Gaule  narbonnaise;  Ma.,  i842,in-4<>;  cette 
première  partie  n'a  pas  encore  en  de  suite;  — 
Histoire  de  la  ville  de  Blois  ;MA.,  1846,  in-12; 
—  Antiquités  de  la  Sologne  blaisoise;  ibid., 
1848,  in-4°  et  atlas;  —  Guide  historique  du 


LA  SAUVAGÈRE  "-iS 

Voyageur  à  Blois;  ibid. ,,1855,  in-12,  sans  nom 
d'auteur.  Ce  savant  a  aussi  fourni  un  granil 
nombre  d'articles  à  la  Revue  de  Numisma- 
tique, aux  Annales  de  l' Institut  archéolo- 
gique de  Rome  et  aux  Mémoires  de  la  Société 
desAntiquaires  de  France.  K. 

Louan(lreetBourquelot,jLi«er.  Française contemp.  — 
Ann.  de  V Instruction  publ.  -  Dict.  wiiv.  des  Contemp. 

LA   SAUSSAYE.  VOIJ.  PETIT. 

LASACSSE  (  Jean-Baptiste  ) ,  auteur  ascé- 
tique français,  né  à  Lyon,  le  22  mars  1740,  et 
mort  à  Paris,  le  2  novembre  1826.  Il  embrassa 
l'état  ecclésiastique,  et  fut  successivement  direc- 
teur de  la  congrégation  de  Saint-Sulpice  à  Tulle 
et  à  Paris.   Quelques  biographes  ont  avancé  à 
tort  qu'il  avait  été  grand-vicaire  de  Lamourette  ; 
ils  l'ont  confondu  avec  un  autre  ecclésiastique 
du  même  nom  et  de  la  même  ville.  En  1 793, 
l'abbé  Lasausse  accompagna  à  l'échafaud  Châ- 
lier,  le  Marat  de  Lyon,  parvint  à  exciter  en 
lui  quelques  sentiments  de  repentir,  et  lui  fit 
même  baiser  le  crucifix  avant  l'exécution.  11  pu- 
blia, peu  de  temps  après,  l'exposé  des  princi- 
pales circonstances  qui  accompagnèrent   cette 
mort  et  la  lettre  que  Châlier  lui  écrivit  après  sa 
condamnation.  Lasausse  a  composé,  abrégé,  tra- 
duit ou  édité  un  grand  nombre  d'ouvrages  del 
piété  :  Cours  de  Méditations  ecclésiastiques-, 
Tulle,  1781,  2  vol.  in-12;  Paris,    1782,  3  voL 
in-12;  —  Cours  de  Méditations  religieuses , 
Tulle  et  Paris,  1782,  2  vol.  in-12;  —  Cours  de 
Méditations  chrétiennes;  Tulle  et  Paris,  1782. 
2  vol.  \n-i2;  —  Leçons  quotidiennes,  7  yoU 
in-12;  —  Tableau  de  la  vraie  religieuse: 
in-12,  etc.  F.-X.  T. 

Ptrennès ,  Biographie  chrétienne  et  antichrétienne 
—  Notices  en  tète  des  ouvrages  de  Lasausse. 

LA  SAUVAGÈRE  (  Felix- François  Le  Royef 
d'Artezet  de),  antiquaire  français,  né  à  Stras- 
bourg, en  1707,  mort  le  26  mars  1781.  Entré  at 
service,  il  devint  capitaine  au  corps  royal  d'ar 
tillerie,  puis  colonel,  et  ingénieur  en  chef  de; 
îles  d'Oléron.  Dans  ses  excursions  il  s'occupai 
derecherchesarchéologiques,  qu'il  continua  lors 
qu'il  se  fut  retiré  dans  ses  propriétés  en  Tou 
raine.  Ces  recherches,  souvent  dispendieuses 
et  les  publications  auxquelles  elles  donnaient 
lieu,  amenèrent  sa  ruine,  et  il  mourut  pauvre,* 
après  avoir  fait  paraître  :  Recherches  sur  It 
Briquetage  de  Marsal,  avec  V abrégé  de  l'his- 
toire de  cette  ville  et  une  description  de  quel- 
ques antiquités  qui  se  trouvent  à  Tarqui- 
nople;  Paris,  1740,  in-12;  —  Dissertation  sut 
un  saint  Maxime,  patron  de  r  église  de  Chinon. 
1753,  in-12;  —  Recherches  sur  Vancienm 
Blabi'a  des  Romains,  forteresse  de  la  Gaule, 
oit  Von  prouve  qu'elle  n'était  pas  située  oi 
est  le  Port-Louis,  en  Bretagne  (mais  à  Blaye 
en  Guyenne);  1758,  in-8»;  se  trouve  aussi  dans 
le  Recueil  d'Antiquités  de  l'auteur  ;— iîecMeî, 
d'Antiquités  dans  les  Gaules,  enrichi  de  di 
verses  planches  et  figures;  Paris,  1770,  in-4'' 
avec  planches;  —  Recueil  de  Dissertations,  a 


737 


LA  SAUVAGÈRE  —  LASCAR IS 


recherches  historiques  et  critiqiies  sur  le  temps 
où  vivait  le  solitaire  saint  Florent,  au  mont 
Gionne en  Anjou,  etc. -jPàTis,  1776,10-8",  avec 
deux  cartes  et  trois  planches  d'histoire  naturelle. 
Walckenaër,  dans  un  mémoire  qui  fait  partie  de 
ceux  de  l'Académie  des  Sciences  (1822),  a  relevé 
quelques  erreurs  de  cet  ouvrage,  qui  contient, 
du  reste,  des  documents  précieux.    G.  de  F. 

'  Desessarts,  Siècles  Litt^aires,  —  Quérard,  La  France 

Littéraire. 

LASCA.  Voy.  Grazzini. 
LASCARAS.  Voy.  Jean  IV. 
LAscAKis  (THÉODORE  1'^''),  empereur  grec 
de  Nicée,  né  vers  1175,  régna  de  1206  à  1222. 11 
descendait  d'une  ancienne  famille  byzantine.  Il 
épousa,  en  1198,  Anna-Angela  Comnène ,  veuve 
d'Isaac  Comnène  Sebastocrator,  et  seconde  fille 
de  l'empereur  Alexis  III  Ange  Comnène,  qui 
avait  usurpé  le  trône  de  Constanlinople  sur  l'em- 
pereur Isaac  l'Ange.  Un  autre  Alexis,  fils  d'Isaac, 
revendiqua,  en  1203,  avec  le  secours  des  croisés 
latins,  ses  droits  et  ceux  de  son  père.  Lascaris 
prépara  tout  poiirune  résistance  vigoureuse  ;  mais 
la  faiblesse  d'Alexis  III,  qui  s'enfuit  en  Italie, 
rendit  ses  efforts  inutiles.  Les  Grecs,  attaqués  par 
les  Latins  et  les  Vénitiens,  et  abandonnés  par 
leur  empereur,  replacèrent  sur  le  trône  (  19  juillet 
1 203)  Isaac,  qui  régna  pendant  quelques  mois  avec 
son  fils  Alexis  IV.  Un  nouvel  usurpateur,  Alexis 
Ducas  Murzuphle,  renversa  ces  deux  princes,  le 
28  janvier  1204,  et  se  fit  proclamer  empereur 
sous  le  nom  d'Alexis  V.  Les  Latins  mirent  aussi- 
tôt le  siège  devant  Constanlinople  pour  venger 
la  mort  d'Alexis  et  d'Isaac.  Alexis  V,  assisté  de 
Lascaris,  défendit  la  ville  avec  habileté  et  énergie; 
mais  il  ne  put  empêcher  les  Latins  de  forcer  les 
iportes  de  Constanlinople  (12  avril  1204),ets'en- 
ffuit  pendant  la  nuit.  Dans  cette  position  déses- 
ipérée,  il  se  trouva  deux  prétendants  au  trône, 
Théodore  Lascaris  et  Théodore  Ducas.  L'élec- 
tion eut  lieu  au  point  du  jour,  dans  l'église  de 
Sainte-Sophie,  et  Lascaris  l'emporta  sur  son  ri- 
vai. Il  refusa  le  titre  impérial,  et  déclara  qu'il  se 
contenterait  de  celui  de  despote  jusqu'à  ce  qu'il 
eût  délivré  l'empire  de  ses  ennemis.  Il  se  mit  im- 
médiatement à  l'œuvre  ;  mais  il  était  trop  tard. 
Tandis  qu'il  excitait  les  Grecs  à  une  vaillante 
résistance,  les  croisés  pénétraient  dans  la  ville 
et  chassaient  devant  eux  la  foule  épouvantée. 
Dans  la  confusion  du  massacre  et  du  pillage, 
Lascaris  s'échappa  avec  sa  femme,  et  atteignit  le 
;  ,i'ivage  d'Asie.  Les  Latins ,  vainqueurs ,  procla- 
;  tnèrent  empereur  Baudouin,  comte  de  Flandre. 
Tiascaris  réussit  à  lever  quelques  troupes  en 
àsie,  obtint  des  secours  du  sultan  de  Koniah  ou 
[conium ,  et  se  rendit  maître  de  l'importante  ville 
ile  Nicée  et  delà  plus  grande  partie  de  la  Bithynie. 
H  déclarait  agir  comme  despote  et  au  nom  de  son 
beau-père  l'empereur  Alexis  IFE.  Ses  conquêtes 
lui  furent  bientôt  enlevées  par  Louis ,  comte  de 
iBlyis,  qui  dans  le  partage  de  l'empire  avait  reçu 
ïa  Bithynie  et  qui  défit  Lascaris,  le  6  décembre 

SOUV.   BIOGR.    GÉNÉR.    —    T.    XXIX, 


7oS 

1204,  près  de  Pémanène,  place  forte  située  sur 
les  confins  de  la  Mysie  et  de  la  Bithynie.  Le 
prince  grec  se  retira  à  Brousse,  et  forma  une 
nouvelle  armée,  dont  il  donna  le  commandement 
à  son  frère  Constantin.  Celui-ci  ne  fut  pas  plus 
heureux  que    Théodore.    Il   rencontra  devant 
Adramytteles  Latins  commandés  par  Henri,  frère 
de  Baudouin,  et  essuya  une  défaite  complète. 
Théodore  Lascaris  était  perdu  si  les  victoires  du 
roi  des  Bulgares  et  une  insurrection  des  Grecs 
n'avaient  rappelé  en  Europe  le  comte  de  Blois  et 
les  autres  barons  latins.  Lascaris  rentra  en  pos- 
session de  la  Bithynie,  et  comme  son  beau-père 
était  prisonnier  du  marquis  de  Montferrat,  il  prit 
les  titres  d'empereur  et  autocrate  des  Romains 
(  BacriXeùç  xaè  AuroxpaTcop  'PcojjLaîwv  ) ,  que  por- 
taient les  empereurs  de  Constanlinople.  Lascaris, 
pour  donner  pkis  de  solennité  à  son  couronne- 
ment, convoqua  à  Nicée  une  assemblée  de  tous 
les  évêques  de  l'Éghse  d'Asie.  Le  patriarche  Ca- 
matère,  qui  vivait  alors  à  Didymotique,  refusa  de 
s'y  rendre,  et  envoya  sa  démission.  Il  fut  rem- 
placé par  Michel  Autorianus,  qui  présida  au  cou- 
ronnement (1206).  Plusieurs  autres  nobles  grecs 
lui  disputèrent  ce  titre,  et  fondèrent  des  princi- 
pautés indépendantes  en  Asie  Mineure.  Un  cer- 
tain Théodore,  surnommé  Morothéodore,  c'est-à- 
dire  Théodore  l'Insensé,  s'empara  de  Philadel  phie, 
et  en  fut  bientôt  chassé.  Manuel  Maurozome, 
appuyé  de  Gaïath-edDin,  sultan  d'Icône,  auquel 
il  donna  sa  fille  en  mariage,  se  fit  une  petite  sou- 
veraineté en  Phrygie.  Mais  le  plus  formidable 
rival  de  l'empereur  de  Nicée  fut  Alexis  Comnène, 
qui  régnait  à  Trébizonde  depuis  1204,  et  dont 
le  frère,  David,  conquit  l'Asie  Mineure  jusqu'à  la 
Propontide.  Théodore  et  David  étaient  égaux  en 
habileté  militaire,  en  activité  et  en  persévérance. 
David  appela  les  Latins  à  son  secours.  Lascaris 
leur  tint  bravement  tête,  et  battit  séparément 
David  et  Henri  de  Constantinople.  Une  trêve 
•conclue  en  1210  ne  dura  pas,  et  une  seconde 
guerre  se  termina  par  la  défaite  de  David,  qui 
céda  à  Lascaris  la  plus  grande  partie  de  la  Pa- 
phlagonie,  en  1214.  La  lutte  avec  les  Latins  ne 
fut  pas  moins  favorable  à  l'empereur  de  Nicée. 
Assiégé  dans  Nicomédie  en   1207,  il  s'empara 
dans  une  sortie  du  comte  Thierry  de  Los,  ou 
Diedrick  van  Looz ,  puissant  baron  des  Pays-Bas 
et  descendant  des  premiers  ducs  de  basse  Lor- 
raine. Henri  racheta  le  comte  au  prix  de  plu- 
sieurs Tilles  fortifiées,  et  cet  arrangement  con- 
duisit à  une  trêve  en  1210.  A  peine  Lascaris  eut- 
il  terminé  cette  guerre  qu'il  eut  à  repousser  un 
nouvel  ennemi.  Son  beau-père  Alexis,  échappé  de 
prison,  revendiqua  le  trône  en  1210,  avec  le  se- 
cours de  Gaïat-ed-Din,  sultan  de  Koniah.  Lascaris 
résista  victorieusement  à  cette  coalition,  fit  pri- 
sonnier Alexis,  et  le  relégua  dans  un  monastère.  Ses 
dix  dernières  années  s'écoulèrent  en  paix.  Las- 
caris mourut  avant  l'âge  de  cinquante  ans,  après 
en  avoir  régné  dix-huit,  en  comptant  de  la  prise  de 
Constantinople,  et  seize  à  partir  de  son  couron- 

24 


739 


LASCARIS 


740 


neinent.  Il  avait  été  marié  trois  fois.  Après  la 
mort  de  sa  première  femme  Anna,  il  épousa  Phi- 
lippa,  princesse  arménienne,  qu'il  répudia  bien- 
tôt. Il  choisit  pour  sa  troisième  femme  Maria, 
fille  de  Pierre  de  Courtenai,  empereur  de  Cens- 
tantinople.  Il  aurait  voulu  donner  sa  fille  Eudoxia 
en  mariage  à  Robert,  fils  de  Pierre  de  Courtenai; 
mais  le  patriarche  grec  Manuel  s'y  opposa,  à 
cause  de  la  parenté  de  Lascaris  et  de  Robert. 
Théodore  Lascaris  eut  pour  successeur  son  beau- 
frère  ,  Jean  Vatace.  L .  J. 

Nicetas,  Mexis  Comneniis  elBalduinus.  —  Acropolite, 
e,  14,  15, 18.  —  Ville-Hardouin,  C/ironigue.  —  Du  Cange, 
Familix  Byzantinse.  —  Le  Beau,  Histoire  du  Bas- Em- 
pire, 1.  XCIV-XCVII.  — Michaud,  Histoire  des  Croisades, 
t.  11,  1.  X'I.  —  Daru,  Histoire  de  J^enise,  I.  IV.  —  Gib- 
bon, History  oj  Décline  and  Fall  o/  Roman  Empire, 
t.  XI.  —  Falmeiayer,  Geschiclite  des  Kaiserthums  Tra- 
pezunt. 

LASCARIS  (THÉODORE  II,  lejeune),  empe- 
reur de  Nicée,  fils  de  Jean  Vatace,  né  en  1222, 
mort  au  mois  d'août  1259. 11  succéda  à  son  père, 
le  30  octobre  1255.  Son  premier  soin  fut  de  s'as- 
surer l'alliance  du  sultan  d'Iconium  contre  les 
Bulgares,  qui  venaient  d'envahir  la  Thrace.  Après 
s'être  fait  couronner  à  Nicée,  le  24  décembre,  par 
le  moine  Arsène,  nommé  patriarche  à  cette  oc- 
casion, il  passa  l'Hellespont  avec  un  faible  corps 
de  troupes,  et  remporta  une  victoire  sur  les  Bul- 
gares près  d'Andrinople.  Trois  campagnes  heu- 
reuses suivirent  ce  premier  succès,  et  aboutirent 
à  la  paix,  en  1258.  Débarrassé  des  Bulgares,  Las- 
caris s'abandonna  à  sa  violence  naturelle,  qui 
allait  jusqu'à  la  frénésie.  Déjà,  dans  une  de  ses 
marches  en  Thrace,  il  avait  fait  donner  la  bas- 
tonnade à  son  premier  ministre  Georges  Acropo- 
lite. En  1259,  soupçonnant  une  femme  d'une 
illustre  famille,  Marthe  Paléologue,  d'avoir  jeté 
un  charme  sur  un  de  ses  courtisans  Basile,  il  la 
fit  enfermer  jusqu'au  cou  dans  un  sac  avec  des 
chats  qu'on  piquait  avec  des  aiguilles  pour  les 
mettre  en  fureur.  La  crainte  d'attirer  sur  lui  les 
sortilèges  de  Marthe  le  décida  à  mettre  fin  à  ce 
supplice  barbare.  Il  reporta  sa  colère  sur  Michel 
Paléologue,  frère  de  Marthe ,  et  ordonna  de  le 
mettre  en  prison;  mais  une  maladie  mortelle  le 
ramena  à  de  meilleurs  sentiments.  Il  fit  mettre 
Paléologue  en  liberté,  et  lui  recommanda  ses  en- 
fants. Il  mourut  après  un  règne  de  trois  ans  dix 
mois,  dans  le  monastère  de  Sosandre,  en  Magné- 
sie, laissant  un  fils,  Jean,  encore  en  bas  âge,  et 
quatre  filles  :  Marie,  femme  de  Nicéphore,  prince 
d'Épire;  Irène,  femme  de  Constantin  Tech,  roi 
des  Bulgares  ;  Theodora,  qui  épousa  Matthieu  de 
Vallaincourt,  et  Eudocie  qai  fut  mariée  à  Guil- 
laume, comte  de  Vintimille,  Génois,  dont  la  pos- 
térité porta  le  surnom  de  Lascaris.        L.  J. 

Georfres  Acropolite,  c.  63-7S.  —  Pachymère,  1.  I,  là,  14, 
28.  -  Phranza.  I.  1,3.  —  Albufarage,  Dynast.,  IX.  — 
Du  Cange,  Familiae  Byzantinse,  p.  S23.  -Gibbon,  His- 
tory of  Décline  and  Fall  nf  Roman  Empire,  t.  XII.  — 
I,e  Beau,  Hisloine  du  Bus- Empire,  l.  XCn'.. 

LASCARIS  (JEAN  IV),  empereur  de  Nicée,  fils 
du  précédent,  né  vers  1250,  régna  de  1259  à 
1261.  Il  avait  neuf  ans,  ou  huit  selon  Georges 


\ 


Acropolite,  lorsqu'il  succéda  à  son  père,  Théo- 
dore II,  et  régna  d'abord  sous  la  tutelle  du  pa- 
triarche Arsène  et  du  grand  domestique  ftlu- 
zalon.  Le  grand  domestique  périt  bientôt  dans 
une  émeute  mililaire  fomentée  par  Michel  Pa- 
léologue, qui  se  fit  prociamer  empereur  et  gou- 
verna jusqu'en  1261  comme  collègue  de  Lasca- 
ris. Mais  après  la  prise  de  Constantinople  sur 
les  Latins  Michel  se  débarrassa  du  jeune  prince 
en  lui  faisant  crever  les  yeux.  Lascaris,  relégué 
dans  un  lointain  exil,  vécut  et  mourut  obscuré- 
ment. L.  J. 

l'achymôre,  1. 1-III.  -  Phranza,  I.  1-V.  —  Le  Bean,  //is-J| 
toire  du  Bas-Empire,  1.  C. 

LASCARIS  {Constantiri),  grammairien  grec 
issu  delà  famille  impériale  de  ce  nom,  vivait  au 
quinzième  siècle.  Il  fut  un  des  Grecs  qui  aprè 
la  prise  de  Constantinople  quittèrent  leur  patrif 
et  se  rendirent  en  Italie.  François  Sforza,  duc  dti 
Milan,  l'accueillit  favorablement,  et  le  charge 
d'enseigner  le  grec  à  sa  fille  Hippolyte,  àgce  d( 
dix  ans  en  1455,  et  promise  à  Alphonse  qui  i"u 
depuis  roi  de  Naples.  Lascaris  composa  poui 
cette  princesse  sa  Grammaire  Grecque,  publié* 
à  Milan  en  1476,  le  premier  livre  en  cette  langu* 
imprimé  en  Itahe.  On  a  prétendu  que  de  Mi  lai 
Lascaris,  à  la  demande  de  Laurent  de  Médicis 
se  rendit   à   Florence,  et  qu'il   alla  même  ei 
France;  mais,  selon  Tiraboschi,  il  n'existe'aucun 
indice  d'un  séjour  de  Lascaris  à  Florence,  et  en 
core  moins  d'un  voyage  en  France.  11  nous  di| 
lui-même  :  «  J'ai  enseigné  les  lettres  grecque 
à  Milan,  à  Naples  et  dans  d'autres  villes  de  l'Ita' 
lie,  et,  autant  que  mes  forces  me  l'ont  permis  ' 
j'ai  appris  les  lettres  latines  ».  On  ignore  quelle 
sont  ces  autres  villes  ;  mais  il  paraît  certain  qu) 
Lascaris  vécut  quelque  temps  à  Rome,  dans  ij 
palais  du  cardinal  Bessarion,  et  delà   se  rendij 
à  Naples,  sur  l'invitation  du  roi  Ferdinand,  pou 
y  faire  un  cours  public  de  langue  grecque.  O: 
croit  que  dans  sa  vieillesse  il  songeait  à  retour 
ner  dans  son  pays,  et  qu'il  était  déjà  en  rout 
pour  la  Grèce  lorsque  les  propositions  avanta 
geuses  des  habitants  de  Messine  le  décidèrent 
se  fixer  dans  cette  ville.  11  y  professa  publique 
ment  le  grec  jusqu'à  sa  mort.  Sa  réputation  at 
tira  beaucoup  d'élèves,  entre  autres  Pierre  Bembc 
qui  dans  ses  Lettres  fait  le  plus  grand  éloge  d 
savoir,  de  la  piété  et  de  la  vertu  de  Lascaris 
Ce  savant  reçut  de  Messine  le  droit  de  cité,  i 
en  témoignage  de  gratitude  il  légua  au  sénat  d 
cette  ville  sa  riche  bibliothèque,  qui  fut  depui 
transportée  en  Espagne  (1,).  On  voit  dans  un 

(1)  V  La  précieuse  collection  rassemblée  par  Constant! 
Lascaris  existe  encore,  et  porte  la  marque  du  soin  prt 
voyant  de  ce  zélateur  des  lettres.  Transportée  dans 
Sicile  et  dans  ntalie ,  elle  servit  à  faire  connaître  à  l'Ei 
rope  les  pins  célèbres  écrivains  de  l'antiquité  grecqu< 
et  maintenant  elle  est  reléguée  dans  la  bibliothèque  c 
l'EsPurial.  On  y  voit -la  trace  des  efforts  de  Lascar 
nour  conserver,  pour  réunir  ces  débris  du  génie  antiqu< 
et  IMntention  généreuse  qui  l'animait.  Plusieurs  ouvrage 
transcrits  de  sa  main  .  portent  des  épigrapties  qui  ra[ 
pellcnt  quelque  détail  curieux  ,  ou  témoignent  de  (juclqi 


I 


r4i  LASCARIS 

etlre  de  Bembo  que  Lascaris  vivait  encore  Je 
7  novembre  1493,  et  on  croit  qu'il  mourut  pea 
près.  Sa  Grammaire  Grecque  fut  imprimée  à 
iilan ,  1476,  in-4",  par  les  soins  de  Démétrius  de 
îrète,  et  réimprimée  dans  la  même  ville  en  1480, 
i-fol.,  avec  une  traduction  latine  de  Jean  Cres- 
Cet  ouvrage  reparut  en  grec  et  latin;  Vi 


742 


ence,  1489,  in-4".  Les  Aide  en  donnèrent  cinq 
dit'  ns;  Venise,  1494-95,  in-4°;  sans  date, 
vers  1500,  in-4°);  1512,  in-4'';  1540,  1557, 
1-8"  ;  et  Jean-Marie  Tricelli  en  fit  une  seconde 
aduction  latine;  Ferrare,  1510,  in-4°.  On  aen- 
ore  de  Lascaris  deux  petits  traités  Sur  les  Si- 
iliens  et  les  Calabrais  qui  ont  écrit  en  grec; 
is.  opuscnles,  publiés  d'abord  par  Maurolico,  en 
562,  ont  été  insérés  dans  la  Biblioteca  di  Sto- 
ia  Letteraria  de  l'abbé  Zaccaria  ;  le  premier  a 
;é  réimprimé  avec  des  corrections  dans  les 
ïemor.  Letter.  di  Sicil.  de  V.  M.  Amico,  1. 1, 
IV  ;  —  une  Dissertation  sur  Orphée,  im- 
rimée  dans  les  Marmara  Taurinensia,  t.  I. 
iarte,  dans  ses  RegicV  Bibliothecse  Madritensis 
odices  Grseci  manuscripti,  t.  I,  a  publié  plu- 
eurs  lettres  de  Lascaris.  La  vie  de  Lascaris  a 
umi  à  M.  Villemain  le  sujet  d'un  petit  ouvrage, 
1  le  savoir  et  l'imagination  s'unissent  heiireu- 
ment  pour  peindre  une  intéiessante  période  de 
Renaissance.  L.  J. 

f.  Beinbo,  Famil.  Epist.,  1.  1,7.  —  Hodius,  De  Crsecis 
iistribus,  l.  II,  c.  iv,  p.  840.  —  Boerner,  De  Exulxbus 
•œcis,  p.  170.  —  Jérôme  Ragusa,  Eloçia  Siculorum.  — 
raboschi ,  Storia  delta  Letteratura  Italiana,  t.  VI', 
r.  II.  —  Renouard,  annales  des  Aide.  —  Brunet,  Ma- 
lel  du  Libraire. 

LASCARIS  (André-Jean),  surnommé  Mj/n- 
iconus ,  philologue  grec  originaire  de  Rhyn- 
icus,  petite  ville  de  la  Phrygie,  et  de  la  même 
mille  que  le  précédent,  né  vers  1445,  mort  en 
35.  Après  la  ruine  des  faibles  restes  de  l'em- 
re  grec,  il  se  réfugia  en  Italie,  et  trouva  un 
ile  à  la  cour  de  Laurent  de  Médicis.  Ce  prince 
chargea  d'aller  recueillir  à  Constantinople  et 
ns  d'autres  villes  de  la  Grèce  des  manuscrits 
couraient  risque  d'être  promptement  dé- 
lits sous  l'ignorante  domination  des  Turcs. 
scaris  fit  dans  ce  but  deux  voyages,  qui  pro- 
rèrentà  la  bibliothèque  de  Laurent  un  nombre 
nsidérable  d'ouvrages  rares  et  d'un  grand 
ix.  Il  rapporta  de  sa  seconde  expédition  en- 
on  deux  cents  manuscrits ,  acquis  pour  la  plu- 

i)le  sentiment.  Sar  une  belle  copie  de  la  Politiqne 
ristote  sont  écrits  ces  mots  :  «  Louange  à  Dieu,  au- 
ir  de  tout  bien  !     Ce  livre  est  le  travail  et  la  propriété   I 
Constantin    Lascaris  de  Byzance,   et,  après  lui,   de    i 
iconque  sanra  le  comprendre.  »  Les  manuscrits  d'Hé- 
lote,   de  Thucydide,  d'Euripide,  de  Sophocle,  de  Pla-    j 
'i,  etc.,  portent  diverses  inscriptions  relatives  au  .se-    ' 
r  de  Lascaris  en  Sicile  et  en  Italie.  11  se  trouve  aussi 
is  cette  collection  des  lettres  adressées  à  d'autres  fu-    j 
ifs  de  Byzance,  et  des  fragments  historiques  qui  n'ont 
lais  été  publiés.  Un  abrégé  d'histoire  universelle,  que    \ 
caris  ayait  conduit  jusqu'à  la  prise  de  Constantinople, 
>t  il  fut  témoin  ,  se  termine  par  le  récit  de  la  mort  de 
npereur,  et  par  ces  paroles  touchantes  :  «  Avec  lui  pé- 
l'empire,  et  la  liberté,  et  la  civilisation,  et  les  sciences, 
eut  ce  qu'il  y  a  de  bon.  »  (  Villemain,  Lascarif,  note  c.) 


part  dans  un  monastère  du  mont  Athos;  mais 
lorsque   ce  trésor  arriva,  Laurent  de  Médicis 
était  mort.  Lascaris,  privé  de  son  bienfaiteur,  ac- 
cepta les  offres  du  roi  de  France  Charles  VIII, 
et  alla  enseigner  le  grec  à  Paris,  vei's  la  fin  du 
quinzième  siècle.  Il  fut  le  maître  de  Budé  et  de 
Danès.  Louis  Xlt  l'envoya  deu.\  fois  à  Venise  en 
qualité  d'ambassadeur,  en  1503  et  1505.  Quand 
le  roi  de  France  rompit  avec  la  république,  en 
1508,  Lascaris  resta  à  Venise  comme  simple 
particulier.    Léon  X  l'appela  bientôt  après   à 
Rome,  et  lui  confia  l'instruction  de  dix  jeunes 
gens  de  familles  nobles ,  amenés  de  Grèce  par 
Marc  Musurus.  Cette  réunion  de  jeunes  gens  était, 
dans  la  pensée  du  pape,  une  sorte  d'école  nor- 
male pour  la  propagation  de  la  langue  grecque. 
Lascaris  reçut  aussi  la  direction  de  l'imprimerie 
fondée  à  Rome  par  le  même  pape,  et  unique- 
ment destinée  aux  livres  grecs.  Il  avait  déjà 
donné  à  Florence  sa  belle  édition  de  l'Antholo- 
gie Grecque;  il  publia  à  Rome  plusieurs  autres 
éditions  précieuses.  Le  pape  l'envoya,  en  oc- 
tobre 1515,  auprès  de  François  1",  qui  s'efforça  de 
le  retenir  à  Paris.  Lascaris  retint  à  Rome  ;  mais 
en   1518  il  se  rendit  aux  invitations  du  roi  de 
France,  et  aida  Budé  à  former  la  bibliothèque 
de  Fontainebleau.  Il  alla  ensuite  à  Venise  avôc 
une  mission  de  François  \".  Paul  III  le  rappela 
à  Rome;  mais,  ti'ès-âgé  et  souffrant  de  la  goutte, 
il  ne  survécut  que  peu  de  jours  aux  fatigues  do 
voyage.   Lascaris  fut  un  des  savants  qui  con- 
tribuèrent le  plus  à  répandre  en  occident  la 
science  et  les  monuments  de  la  langue  grecque. 
Il  ne  composa  qu'un  petit  nombre  d'ouvrages  ; 
mais  il  enseigna  longtemps  à  Florence,  à  Rome, 
à  Venise,  à  Paris.  Il  remplit  les  fonctions  de  cor- 
recteur d'imprimerie  à  Florence  chez  F.  de  Alo- 
pas,  et  fit  usage  le  premier  des  lettres  majuscules 
grecques.  «  Il  a  le  premier  trouvé,  dit  Gabriel 
Naudé,  ou  au  moins  rétabli  et  remis  en  usage,  les 
grandes  lettres,  ou  pour  mieux  dire  les  majuscules 
et  capitales  de  l'alphabet  grec,  dans  lesquelles  il 
fit  imprimer,  l'an  1494,  des  sentences  morales  et 
autres  vers  qu'il  dédia  à  Pierre   de  Médicis, 
avec  une  fort  longue  epistre  liminaire,  oii  il 
l'informe  de  son  dessein  et  de  la  peine  qu'il 
avait   eue   à  recherclier  la  vraie  figure  de  ces 
grandes    lettres    parmi   les    plus  vieilles  mé- 
dailles et  monuments  de  l'antiquité  (1).  »  On  a 
de  lui  les  éditions  suivantes  :  Anthologia  Epi- 
grammatum  grœcorum  Libri  VII;  Florence, 
1494,  in-4»  (  en  lettres  capitales  )  ;  —  Callima- 
chi  Hymni  grsece,  cum  scholiis  grsecis;  Flo- 
rence, sans  date  (vers  1495),  in-4°  (en  capi- 
tales )  ;  —  Scholia  grxca  in  Iliadem,  in  inte- 
grum  restituta;  Rome,  1517,   in-fol.;  —  Ho- 
mericoru7n  qusestienum  Liber  et   de   nym- 
pharum  Antro  in  Odyssea  opusculum  ;  Viorne, 
1518,  in-4";  — Commentarii  in  septem  tragœ- 
dias  Sophoclis;  Rome,  1518,  in-i".  On  a  encore 

(1)  Naudé,  Jddit.  à  l'Histoire  de  Louis  XI,  p.  393, 

24. 


7U  LASCARIS 

de  lui  une  traduction  latine  de  quelcpies  traités  de 
Polybe  Sur  l'Art  Militaire;^  Epigrammata 
grseoa  et  latina;  Paris,  1527,  in-8°;  Bâle, 
1637,  in-8°;  Paris,  1544,  in-4°;  —  De  veris 
Grascarum  Litterarum  Formis  ac  Causis  apvd 
antiques;  Paris,  1536,  in-8°; —  Orationes; 
Francfort,  1575.  L.  J. 

Gregor.  Gyraldi,  De  Poetis  suorum  temporum;  dlal. 
p.  11.  —  Paul  Jove,  Elogia,  n"  XXXI.  —  N.  C.  Papado- 
poli,  Historia  Gymnasii  Palavini,  t.  II.  —  H.  Hudias, 
De  Graecis  illust.,  1.  II.  —  Bœrner,  De  Doctis  Exul. 
GTsecis.—  Bayle,  Dict.  Histo7'iqiie  et  Critique.— Tirabos- 
cht,Storia  delta  Letterat. Ualiana,  t.  Vil,  part.  Il, p.  420. 

LASCARIS  {Paul),  cinquante-cinquième 
grand-maître  de  l'ordre  des  chevaliers  de  Malte, 
né  à  Casteliar,  en  1560,  élu  le  13  juin  1636, 
mort  à  Malte,  le  14  août  1657,  descendait  des 
comtes  de  Vîntimille ,  près  de  Nice  et  de  l'an- 
cienne maison  des  empereurs  de  Constantinople. 
Entré  dans  l'ordre  en  1584,  il  était  en  1636 
bailli  de  Manosque.  Lorsqu'il  Ait  investi  de  la 
souveraineté  de  Malte,  il  fortifia  cette  île  contre 
les  entreprises  des  infidèles,  et  s'empara  du  re- 
négat marseillais  Ibrahim  Rais ,  plus  connu 
sous  le  nom  de  Bécasse.  Lascaris  dénonça  au 
pape  Urbain  VIII  l'évêque  de  Malte,  qui  favori- 
sait l'exemplion  du  service  militaire  en  facilitant 
l'admission  aux  ordres  sacrés.  Vers  1645,  l'em- 
pereur ottoman  Ibrahim  déclara  la  guerre  aux 
Maltais  pour  les  punir  d'avoir  capturé  un  navire 
turc  où  se  trouvaient  une  de  ses  femmes  et  un  de 
ses  enfants.  Repoussés  de  Malte,  les  Musulmans 
enlevèrent  l'île  de  Candie  aux  Vénitiens.  Las- 
caris refusa  de  prendre  part  aux  troubles  excités 
à  Naples  et  en  Italie  par  Masaniello,  et  ne  vou- 
lut point  seconder  les  prétentions  de  l'aven- 
turier Giacaja,  qui  se  disait  souverain  de  Cons- 
tantinople. Malte  dut  au  magistère  de  Lascaris 
l'acquisition  de  l'île  de  Saint-Christophe  en  Amé- 
rique et  la  création  à  La  Valette  d'une  biblio- 
thèque à  laquelle  devaient  être  réunis  les  livres 
des  chevaliers  morts  dans  l'île.    F.-X.  Tcssier. 

Histoire  des  Chevaliers  de  Malte. 

LASCARIS  {Paul-Louis  ),  diplomate  français, 
de  la  même  famille  que  le  précédent,  né  en  Pro- 
vence, en  1774,  mort  au  Caire,  en  1815,  faisait  ses 
caravanes  à  Malte  ,  lorsque  Bonaparte  s'empara 
de  cette  île,  au  mois  de  juin  1798.  Il  suivit  en 
Egypte  le  général  français.  Après  la  rupture  du 
traité  d'Amiens ,  en  1803,  Napoléon  conçut  le 
projet  d'une  expédition  dans  l'Inde  anglaise,  et 
fit  partir  Lascaris  pour  l'Orient  avec  des  ins- 
tructions secrètes  ainsi  spécifiées  :  «  1°  partir 
de  Paris  pour  Alep  -,  2°  chercher  en  cette  ville 
un  Arabe  dévoué  et  se  l'attacher  comme  drog- 
man  ;  3°  se  perfectionner  dans  la  langue  arabe  ; 
4°  aller  à  Palmyre  ;  5°  pénétrer  parmi  les  Bé- 
douins ;  6°  connaître  tous  les  chéiks  et  gagner 
leur  amitié';  7°  les  réunir  tous  dans  une  même 
cause  ;  8°  leur  faire  rompre  tout  pacte  avec  les 
Osmanlis-,  9"  reconnaître  tout  le  désert,  les 
endroits  où  se  trouve  de  l'eau  et  des  passages 
jusqu'aux  frontières  de  Finde;  10"  revenir  en 


744} 
Europe.  «  Lascaris  rempkt  sa  mission  eri 
homme  intelligent  et  dévoué.  Après  avoir  se-  ; 
journé  quelques  années  dans  la  ville  d'Alep, 
conformément  aux  premiers  points  de  ses  ins- 
tructions, il  épousa  une  Géorgienne,  parente  d( 
Soliman-Pacha, et  partit,  le  18  février  1810,  avec 
le  marchand  Fatalla,  pour  visiter  les  tribus  d( 
la  Mésopotamie  et  les  rives  de  l'Euphrate.  Lais 
sons-le  raconter  lui-même  ce  voyage  :  <c.Nou! 
partîmes  pour  Nahaman,  où  je  fis  connaissanc» 
du  Bédouin  Hettal  ;  le  22  février  nous  pai  ;;me 
pour  Hama,  ville  considérable  où  mon  commi 
(Fatalla)  voulait  déployer  ses  marchandises 
mais  je  m'y  opposai.  J'allais  prendre  le  dessii 
du  château.  On  me  dénonça  à  Sélim-Bey; 
connu  par  sa  cruauté,  qui  ordonna  de  mettre 
deux  chiens  de  voyageurs  en  prison,  commii 
infidèles  suspects.  Je  me  rachetai  avec  de  l'an 
gent,  et  nous  partîmes  pour  Homs,  où  je  m'enj 
pressai  de  prendre  des  notes  sur  les  mœurs  de 
Bédouins,  et  à  cet  effet  je  restai  un  mois  poi| 
vendre  des  marchandises.  D'Homs  nous  allâme 
à  Saddad ,  ville  qui  servait  de  halte  aux  cora 
merçants  de  La  Mecque ,  et  protégés  par  le  Be 
douin  Hassam,  nous  fûmes  conduits  à  Palmyrj 
Nous  demeurâmes  quelque  temps  dans  cetti 
belle  ville,  pour  vendre  nos  marchandises  t 
visiter  le  pays,  connaître  les  chefs  de  chaqui 
tribu  et  leurs  opinions.  Après  de  grandes  diffii 
cultes,  nous  parvînmes  jusqu'à  Bagdad,  puis  • 
Mémonna,  frontière  des  Indes  orientales.  »  Un 
guerre  entre  les  Bédouins  contraria  les  dessein 
de  Lascaris.  Cependant  il  reprit  le  chemin  di 
l'Europe  pour  communiquer  à  Napoléon  le! 
connaissances  qu'il  avait  acquises  et  les  relai 
lions  politiques  qu'il  lui  avait  ménagées.  De  n 
tour  à  Constantinople  en  1814,  il  apprit  la  chut 
de  son  protecteur,  et  alla  mourir  au  Caire 
consul  anglais  s'empara  des  manuscrits  de  Lai 
caris.  Ses  notes,  laissées  à  son  drogman  Fatalli 
ont  été  achetées  en  1830  par  M.  Lamartine  < 
publiées  sous  le  titre  suivant:  Récit  de  Fatall 
Saijeghir,  demeurant  à  Latakié,  sur  son  sc: 
jour  chez  les  Arabes  errants  du  grand  dt 
sert,  rapporté  et  traduit  par  les  soins  d 
Lamartine  ;Pairh,  1835,in-8°.       F.-X.  T. 

Lamartine,  Foyage  en  Orient. 

LASCARIS  {Augustin),  marquis  de  Vinti 
MILLE,  légiste  et  écrivain  agronomique,  né 
Turin,  en  1776,  mort  le  28  juillet  1838,  au  pet 
village  de  Saint- Vincent,  dans  la  vallée  d'Aost( 
reçut  sa  première  éducation  à  la  cour  de  Turir 
11  fut  successivement  premier  page  de  la  reini 
officier  de  cavalerie  et  aide-de-camp  du  r 
Victor- Amédée,  en  1792,  après  l'occupation  (. 
Nice  par  les  Français.  Après  le  traité  de  Th 
rascoen  1796,  il  se  fit  remarquer  par  son  act 
vite  dans  les  bureaux  de  l'état-major.  En  18H 
lorsque  la  marquise  Lascaris  Saint-Thomas,  s 
femme,  fut  nommée  dame  du  palais  de  l'in 
pératrice  Marie-Louise ,  Lascaris  vint  à  Parii 
où  il  s'occupa  de  sciences,  d'arts  et  d'agricultun 


745  LASCARIS  —  LAS  CASAS 

A  l'invitation  du  roi  de  Sardaigne,  rentré  dans 
ses  États,  Lascaris  reprit,  en  1814,  avec  le  grade 
de  général  dans  l'état-major,  le  service  qu'il 
avait  quitté,  en  1800,  avec  le  grade  de  capi- 
taine. Sous  sa  présidence,  la  Soc-iété  royale  d'A- 
gviculture  et  l'Académie  des  Sciences  de  Turin 
reçurent  une  impulsion  nouvelle.  Nommé  con- 
seiHer  d'État  en  1831,  Lascaris  contribua  à  la 
rédaction  du  code  sarde,  qui  fut  publié  en  1837. 
On  a  de  lui  :  Capelli  di  Pag  lia  di  Toscana; 
Turin,  1819,  in-8°;  —  Regïonamento  sopra  la 
LUografia;  Turin,  1820.  in-8°:  —  Dei  Fon- 
fanelli;  Tarin,  1820,  in-8°;  —  Sul  Arracha 
ole'ifera;  1831,  in-8°;  —  Sul  Gelso  del  Fi- 
lippine;  1832,  in-8°;  —  Schiarimenti  sopro 
il  riso  Bertone  del  Dolton  Ormea;  1834, 
in-8°;  —  Brevi  Discorsi ;  Turin,  1837,  in-8o; 
—  Del  Acero  campestre;  1837.  Lascaris  était 
commandeur  de  l'ordre  de  Saint-Maurice,  de 
l'ordre  militaire  de  Savoie  et  de  celui  de  Léo- 
pold  d'Autriche,  conseiller  d'État  ordinaire,  dé- 
curion  de  la  ville  de  Turin  et  académicien  ho- 
noraire des  beaux-arts.  F.-X.  T. 

'     Bibliographie  de   la   France,  1819,    1820,  1881,  18S2, 
i  1834,  1S37.  —  Tipaldo,  Ital.  lUustr. 

j  LAS  CASAS  [Barthélémy  he) ,  théologien, 
publiciste  et  historien  espagnol ,  évêque  de 
Chiapa  dans  le  Mexique,  né  d'une  famille  noble 
à  Séville,  en  1474,  mort  à  Madrid  en  1566.  Il 
s'embarqua  à  l'âge  de  dix-neuf  ans  avec  son 
père,  qui  accompagnait  Christophe  Colomb  dans 
son  premier  voyage  pour  la  découverte  du  Nou- 
veau Monde,  revint  en  Espagne,  présenta  à  Char- 
les Quint  plusieurs  mémoires  en  faveur  des  In- 
diens, entra  dans  l'ordre  des  Dominicains,  fut 
d'abord  curé  dans  sa  patrie ,  et  retourna  en 
Amérique  comme  missionnaire  Là  il  prêcha 
en  même  temps  la  morale  évangélique  aux  peu- 
plades conquises  et  l'humanité  à  ceux  qui  les 
opprimaient.  Au  rapport  de  l'historien  Oviedo 
Valdès ,  il  réconcilia  le  cacique  don  Henri  avec 
les  Espagnols.  Ce  chef  indien ,  dont  la  femme 
avait  été  outragée  par  un  officier  espagnol,  et 
qu'un  déni  de  justice  avait  irrité,  faisait  la  guerre 
depuis  quatorze  ans.  Las  Casas ,  que  Charles 
Quint  avait  envoyé  à  Cumana  en  qualité  de 
gouverneur,  voulut  y  établir  des  colons ,  dont 
la  conduite  envers  les  indigènes  devait  être  ré- 
glée sur  les  préceptes  de  l'Évangile.  Mais  ses  ef- 
forts eurent  peu  de  succès;  il  n'en  plaida  pas 
avec  moins  de  zèle  la  cause  de  ses  infortunés 
néophytes,  pour  le  soulagement  desquels  il  passa 
souvent  d'Amérique  en  Europe,  et  d'Europe  en 
Amérique.  Il  fit  à  Charles  Quint  un  si  touchant 
récit  des  cruautés  exercées  envers  les  Indiens, 
que  leciieurdu  monarque  en  fut  ému.  Des  or- 
donnances sévères  furent  rendues  contre  les 
persécuteurs  ;  mais  elles  ne  furent  point  exécu- 
tées. Dans  le  même  temps,  Sepulveda  composa 
un  ouvrage  intitulé  :  Démocrates  secundus , 
seu  dejustis  belli  causis,  etc.,  où  il  soutenait 
que  les  Espagnols   avaient  non-seulement   le 


746 
droit  de  s'emparer  des  Indes,  mais  d'exterminer 
quiconque  refusait  de  se  faire  baptiser.  Ce 
livre,  imprimé  à  Reme,  fut  proscrit  par  Charles 
Quint;  il  en  circula  cependant  quelques  copies 
en  Espagne.  Las  Casas  réfuta  cet  infâme  libelle. 
Une  conférence  publique  eut  lieu  entre  les  deux 
adversaires  ;  mais  rien  n'y  fut  décidé.  Le  gou- 
vernement lui-même  ne  prononça  jamais  sur 
ce  grand  procès.  On  continua  de  massacrer  les 
malheureux  Indiens  ou  de  les  entasser  dans  les 
ruines.  Selon  le  témoignage  de  l'historien  Her- 
rera,  Las  Casas,  cet  apôtre  de  l'humanité,  aurait 
conseillé  aux  Espagnols  la  traite  des  nègres,  afin 
de  les  employer  comme  esclaves  dans  les  travaux 
des  colonies  et  d'épargner  les  Indiens.  Grégoire, 
évêque  de  Blois,  a  complètement  détruit  cette 
calomnieuse  imputation.  Las  Casas  passa  cin- 
quante ans  dans  le  Nouveau  Monde ,  où  il  fut 
nommé  évêque  de  Chiapa,  se  démit  de  ce  siège, 
et  rentra  dans  sa  patrie  en  1551.  On  a  de  lui  : 
Brevissima  Relacion  de  la  Destruccion  de 
las  Indias;  Séville,  1552,  in-4°  ;  traduite  en 
latin  sous  ce  titre  :  JSarratïo  regionum  In- 
dicarum  per  Hispanos  quosdam  devasta- 
tarum,  etc.,  Francfort,  1598,  m-k°;  en  fran- 
çais, par  Jacques  de  Miggrode,  sous  ce  titre  : 
Tyrannies  et  Cruatités  des  Espagnols;  An- 
vers, 1679,  in-4";  —  Principia  qusedavi  ex 
quibus  procedendum  est  in  dùputatione,  ad 
manifestandam  et  defendendam  justitiam 
Indorum;  —  Vtrum  reges  et  principes,  jure 
aliquo  vel  titulo  et  salva  conscientia,  cives 
ac  subditos  a  regia  corona  alienare  et  alte- 
rius  domina  particularis  ditioni  subjicere 
possint  ?  Francfort,  1571,  in-4°;  —  Des  livres 
de  théologie  et  de  morale.  La  collection  de  £as 
Obras  de  D.  Barthel.  de  Las  Casas  ;  Séville, 
1552,  in-4°  :  rare  et  recherchée,  a  été  reproduite 
plusieurs  fois,  et  récemment  par  Llorente; 
Paris,  1822,  2  vol.  in-8°.  La  même  année  parut 
une  traduction  libre  des  Œuvres  de  Las  Casas, 
2  vol.  in-8°,  par  les  soins  de  LloiieQte. 

Grégoire,  Jpologie  de  Las  Casas  (Xîeinoires  de  l'Ins- 
titîit,  Sciences  morales  et  politiques),  tom.  III.  —  Las 
Casas  et  les  Indiens,  noiice  Insérée  dans  les  Jnnales 
de  Philosophie  chrétienne,  mars  1838.  —  Emile  souves- 
tre,  Hevue  de  Paris,  4»  série,  1843  ,  t.  XXII.  p.  331.  — 
Rétrospective  Seview,  t.  VI,  p.  261.  —  Foreiyn  quar- 
terly  Remew,  mars  1835-  —  V^ayasl ,  Histoire  Philoso- 
phique des  deux  Indes,  t.  vu,  p.  172-17S.  —  Robertson, 
Historu  of  America.  —  Llorente  ,  OEuvres  complétées 
de  Las  Casas,  précédées  de  sa  vie.  —,  Michel  Pio,  f^ie 
de  Las  Casas  ;  Bologne,  1618,  in-4''.  —  Moréri,  Dict. 
JJistor. 

LAS  CASAS  (Christophe  ue),  lexicographe 
et  traducteur  espagnol,  natif  de  Séville,  mort 
en  1576.  On  a  de  lui  en  espagnol  :  Vocabu- 
laire des  deux  langues  italienne  et  espa- 
gnole; Venise,  1576,  in-8°;  ibid.,  avec  des  ad- 
ditions par  CamilloCamilli,  1594  ; — une  traduc- 
tion de  Solin  ;  Séville,  1573,  in-4''. 

Antonio ,  Bibliotheca  Hispana  nova. 

LAS  CASAS  (Gonzalve  de),  agronome  espa- 
gnol, vivait  au  Mexique  dans  le  seizième  siècle. 
Ou  a  de  lui  ;  Traité  sur  la  Culture  des  Vers 


747  LAS  CASAS  —  LAS  CASES 

à  soie  dans  la  Nouvelle-Grenade,  en  espa 


748 


gnol;  Grenade,  1581,  in-8° ;,  réimprimé  avec 
quelques  autres  traités  sur  ragricuituie;  Ma- 
drid, 1620,  in-fol.  Il  avait  composé  plusieurs 
autres  ouvrages  restés  manuscrits.      A.  de  L. 

Antonio,  Bibliotheca  Hispana  nova. 

LAS  CASES  (  Emmanuel-  Augustin-  Dieu- 
donné-  Marin- Joseph ,  seigneur  de  La  Cacs- 
SADE,  Palleville,  Couffinal  et  Spugets,  mar- 
quis de  ),  historien  français,  l'un  des  comjja- 
gnons  de  l'empereur  Napoléon  à  Sainte-Hélène , 
naquit  au  château  de  Las  Gases,  près  Revel  (Lan- 
guedoc), en  1766,  et  mourut  à  Passy-sur-Seine,  le 
15  mai  1842.  Il  fit  ses  éludes  à  Vendôme  chez 
les  Oratoriens,  et  à  Paris  à  l'École  Militaire.  Il 
entra  dans  la  marine  militaire  en  qualité  d'aspi- 
rant, et  s'embarqua  à  Brest  suv  L'Actif,  vaisseau 
de  74,  qui  faisait  partie  de  l'escadre  hispano- 
française  qui,  sous  les  ordres  de  donLuiz  de  Cor- 
dova  et  des  comtes  de  Guichen  et  de  La  Mothe- 
Picquet ,  fut  employée  au  siège  infructueux  de 
Gibraltar.  Le  20  août  1782 ,  il  assista,  sur  le 
vaisseau  amiral  Le  Royal-Louis  (de  130),  au 
sanglant  combat  de  Cadix.  Au  rétablissement  de 
la  paix  (  février  1783),  il  visita  successivement 
sur  Le  Téméraire ,  Le  Patriote  et  L'Achille, 
l«s  Antilles ,  Terre-Neuve  et  Boston.  Après  un 
brillant  examen  passé  à  Brest,  où  il  avait  pour 
interrogateur  le  célèbre  Monge,  il  fut  promu 
au  grade  de  lieutenant  de  vaisseau.  Il  n'avait 
alors  que  vingt-et-un  ans.  Il  reprit  la  mer  aus- 
sitôt, et  se  trouvait  à  Saint-Domingue  lorsqu'il 
fiit  désigné  pour  faire  partie  de  l'expédition  scien- 
tifique de  la  Pérouse;  fort  heureusement  pour 
lui,  il  ne  put  arrivera  Brest  qu'après  le  départ 
de  l'infortuné  navigateur.  A  quelque  temps  de  là, 
il  était  nommé  au  commandement  du  brick  Le 
Matin,  chargé  de  se  rendre  au  Sénégal  de  con- 
serve avec  une  frégate.  Dans  cette  circonstance, 
sa  bonne  étoile  le  servit  encore  :  les  deux  bâti- 
ments, profitant  d'un  vent  favorable ,  appareil- 
lèrent sans  l'attendre,  et  peu  de  jours  plus  tard 
Le  Matin,  séparé  de  la  frégate  durant  une  nuit 
d'orage ,  sombrait  sous  voile  sans  laisser  même 
une  trace  de  sa  disparition. 

La  révolution  venait  d'éclater  ;  le  marquis  de 
Las  Cases,  entraîné  par  les  préjugés  de  caste  et 
d'éducation,  fut  un  des  premiers  à  émigrer,  et  se 
joignit  en  1790  au  premier  rassemblement  roya- 
liste formé  à  Worms  sous  les  ordres  du  prince 
de  Condé ,  qui  le  chargea  de  plusieurs  missions 
délicates,  entre  autres  auprès  du  roi  de  Suède 
Gustave  III ,  dont  il  sut  gagner  l'amitié.  Après 
les  défaites  des  Prussiens  et  la  dispersion  du 
corps  des  émigrés,  de  Las  Cases  passa  en  Angle- 
terre, et  fit  encore  partie  de  l'expédition  de  Qni- 
beron.  Il  échappa  par  miracle  au  désastre  qui  la 
termina,  et  de  retour  à  Londres  il  n'eut  d'autre 
ressource  pour  vivre  que  de  donner  des  leçons. 
Ce  fut  à  cette  époque  qu'il  conçut  le  plan  de  l'At- 
las historique  et  géographique  (1802,  in-fol.), 
qu'il  publia  avec  tant  de  succès  sous  le  pseudo- 


nyme de  Le  Sage.  Rentré  après  le  18  brumaire, 
il  sollicita  vainement  un  emploi.  Il  vivait  dans 
l'obscurité,  loisqu'en  1809,  les  Anglais  s'étant 
emparés  de  Flessingue,  il  courut  s'engager 
comme  volontaire  dans  l'armée  que  Bernadette 
conduisait  contre  l'ennemi.  Ce  zèle  patriotique 
fut  remarqué.  Napoléon  le  récompensa  par  une 
place  de  maître  des  requêtes  au  conseil  d'État, 
et  en  1810  ill'attachaà  sa  personne  en  qualité  de 
chambellan.  La  même  année  il  le  créa  comte  de 
l'empire,  et  en  1811  lui  confia  la  liquidation  de 
la  dette  austro-illyrienne.  En  1812,  Las  Cases 
eut  pour  mission  de  visiter  une  partie  des  dé- 
partements de  l'empire,  d'y  inspecter  les  dépôts 
de  mendicité,  les  prisons,  les  hospices,  les  éta- 
blissements de  bienfaisance,  et  de  dresser  un  étatî 
exact  de  tous  les  ports  et  stations  navales  depuis' 
Toulon  jusqu'à  Amsterdam.  Lors  du  rétablisse- 
ment de  la  garde  nationale  de  Paris  ,  par  suite 
des  revers  de  1813,  Las  Cases  fut  un  des  chefs; 
de  bataillon  de  la  dixième  légion.  En  1814  lei 
comte  de  Las  Cases  donna  un  bel  exemple  de 
fidélité  politique  en  refusant  de  signer  comme 
membre  du  conseil  d'État  un  acte  d'adhésion  à  la 
déchéance  de  Napoléon.  De  lui-même  il  s'exila 
en  Angleterre,  et  ne  reparut  à  Paris  qu'après  le 
20  mars.  Il  rentra  aussitôt  dans  ses  charges 
la  journée  de  Waterloo  amena  une  nouvelle 
restauration  de  la  monarchie  des  Bourbons.  Las 
Cases  ne  quitta  plus  l'empereur  vaincu  ;  il  le 
supplia  de  lui  permettre  de  partager  ses  desti- 
nées :  de  l'Elysée  il  le  suivit  à  La  Malmaison  et 
de  là  à  Rochefort,  où  Napoléon  le  chargea  de  la 
ti'ompeuse  négociation  du  Bellérophon,  qui  se 
termina  par  la  déportation  à  Sainte-Hélène.  Suri 
ce  rocher  on  le  retrouve,  accompagné  de  son  fils 
aîné,  prodiguant  à  son  auguste  maître  les  soins  i 
les  plus  dévoués  et  parvenant  quelquefois  à  dis- 
siper la  tristesse  du  héros,  qui  se  plaisait  à  con- 
verser avec  lui  sur  les  grands  événements  de 
son  règne.  Chaque  soir,  avant  de  se  livrer  au 
sommeil,  Las  Cases  avait  soin  de  consigner  par 
écrit  les  entretiens  de  la  journée ,  précaution  à 
laquelle  nous  sommes  redevables  d'une  des  plus 
précieuses  sources  ouvertes  à  l'historien  quii 
veut  apprécier  justement  les  époques  du  consu-i 
lat  et  de  l'empire.  «  Assurément,  ajoute  uai 
critique  sérieux,  il  est  permis  de  douter  que 
toutes  les  idées,  tous  les  mots  prêtés  par  Las 
Cases  à  l'empereur  dans  son  Mémorial  de 
Sainte-Hélène  soient  parfaitement  authentiques, 
et  de  penser  qu'il  y  met  très-souvent  du  sien  ; 
mais  on  ne  saurait  méconnaître  dans  ce  livre  un 
de  ceux  qui  font  le  mieux  juger  les  pensées  in- 
times du  Charlemagne  moderne.  » 

Le  séjour  de  Las  Cases  à  Sainte-Hélène  ne  fut 
pas  de  longue  durée.  Dès  le  27  novembre  1816, 
par  suite  d'une  lettre,  qu'à  l'insu  du  gouverneur 
de  l'île,  sir  Hudson  Lowe,  il  adressait  au  prince 
de  Canino ,  Lucien  Bonaparte ,  et  dans  laquelle 
il  s'exprimait  avec  franchise  sur  les  indignes 
traitements  qu'on  faisait  subir  à  l'empereur,  il 


749 


LAS  CASES 


750 


fut  transféré  au  cap  de  Bonne-Espérance,  où  il 
resta  huit  mois  prisonnier.  Voici  l'opinion  de 
Walter  Scoot  sur  ce  fait,  et  ce  témoignage  ne 
saurait  être  suspect  de  partialité  :  on  sait  que 
le  célèbre  romancier  s'est  toujours  montré  fort 
malveillant  pour  Napoléon  :  «  Dans  le  mois  de 
novembre  1816,  Napoléon  fit  une  perte  qui  dut 
lui  être  sensible,  en  se  voyant  ravir  la  société 
du  comte  de  Las  Cases.  Le  profond  attachement 
du  comte  à  sa  personne  ne  pouvait  être  mis  en 
doute  ;  et  son  âge ,  son  caractère,  comme  ayant 
exercé  des  fonctions  civiles,  l'empêchaient  de 
prendre  beaucoup  de  part  à  ces  débats  et  à  ces 
querelles,  qui,  malgré  l'affection  qu'ils  avaient 
tous  pour  Buonaparte,  éclataient  parfois  entre 
les  officiers  de  sa  maison.  Il  avait  du  goût  pour 
les  lettres,  et  était  en  état  de  converser  sur  les 
principaux  points  de  l'histoire  et  des  sciences. 
C'était  un  émigré ,  et ,  connaissant  toutes  les 
manœuvres  et  les  intrigues  de  l'ancienne  no- 
blesse ,  il  avait  mille  anecdotes  à  raconter  que 
Napoléon  écoutait  avec  plaisir.  Mais  ce  qui  le 
rendait  surtout  précieux,  c'est  qu'il  recueillait 
et  consignait  sur  un  journal  tout  ce  que  disait 
Buonaparte,  avec  une  fidélité  scrupuleuse  et  un 
zèle  infatigable  ;  et ,  de  même  que  l'auteur  de 
l'un  des  ouvrages  les  plus  amusants  de  la  langue 
anglaise  (la  Vie  de  Johnson,  par  Boswell),  le 
comte  de  Las  Cases  ne  trouvait  jamais  trivial 
rien  de  ce  qui  pouvait  servir  à  peindre  l'homme. 
Comme  Boswell  aussi,  son  admiration  pour  son 
héros  était  si  grande,  que  parfois  on  serait  tenté 
de  croire  qu'il  n'a  pas  une  idée  bien  exacte  du 
bien  et  du  mal ,  tant  il  est  porté  à  trouver  tout 
ce  que  Napoléon  dit  ou  fait  invariablement  bien. 
Mais  si  son  affection  contribuait  jusqu'à  un  cer- 
tain point  à  aveugler  son  jugement ,  elle  partait 
du  moins  du  fond  du  cœur.  Le  comte  en  donna 
encore  une  preuve  non  équivoque,  en  consa- 
crant au  service  de  sou  maître  une  somme  de 
quatre  raille  livres  sterling  ou  environ, composant 
toute  sa  fortune,  qui  était  placée  dans  les  fonds 
anglais.  Il  est  d'autant  plus  à  regretter  qu'il  ne 
soit  pas  resté  à  Sainte-Hélène,  que  son  journal 
présente  le  meilleur  recueil  non- seulement 
des  pensées  véritables  de  Buonaparte ,  mais  en- 
core des  opinions  qu'il  voulait  faire  passer 
comme  telles.  11  n'y  a  pas  de  doute  que  le  départ 
de  ce  dévoué  serviteur  ne  dût  augmenter  beau- 
coup le  vide  affreux  qu'éprouvait  l'exilé  de 
Longwood.  » 

Ramené  en  Europe,  Las  Cases  eut  à  subir 
encore  de  nombreuses  avanies.  Ses  papiers  fu- 
rent saisis,  et  on  lui  assigna  d'abord  pour  rési- 
dence Francfort-sur-le-Mein  ;  plus  tard  ,  l'inter- 
vention de  l'empereur  d'Autriche  lui  fit  permettre 
le  séjour  de  la  Belgique;  mais  ce  ne  fut  qu'après 
la  mort  de  Napoléon  qu'il  put  rentrer  en  France, 
où  il  commença  presque  aussitôt  la  publication 
de  son  Mémorial.  On  évalue  à  près  de  deux 
millions  de  francs  le  profit  qu'il  tira  de  la  vente 
de  cet  ouvrage. 


Sous  le  règne  de  Louis-Philippe,  le  comte  de 
Las  Cases  fut  élu  en  1831  et  1839  membre  de  la 
chambre  des  députés  par  le  collège  de  Saint- 
Denis,  et  siégea  dans  cette  chambre  à  l'extrême 
gauche.  Il  avait  épousé,  en  1799,  M"*  de  Kerga- 
riou,  dont  il  laissa  deux  fils  et  une  fille.  Il  est 
difficile  d'éùumérer  les  éditions  de  son  Mémo- 
rial de  Sainte-Hélène,  ou  Journal  où  se  trouve 
consigné,  jour  par  jour,  ce  qu'a  dit  et  fait 
Napoléon  pendant  dix-huit  mois;  la  première 
édition  est  de  Paris,  1822-1823,  8  vol.  in-8°;  une 
autre,  illustrée  par  Charlet,  parut  en  1843,2  vol. 
grand  in-4°  ;  —  On  a  encore  de  Las  Cases  :  Mé- 
moires d'E.  A.  D.,  comte  de  Las  Cases,  com- 
muniqués par  lui-même,  contenant  V histoire 
de  sa  vie,  etc.  ;  Paris,  1819,  in-S».    A.deL. 

Notice  biographique  sur  le  comte  de  Las  Cases  (  Paris, 
16  août,  1840,  in-4»).  —  Le  Bas,  Dict.  Encyclopédique  de 
la  France.  —  Dict.  de  la  Conversation.  —  Walter  Scot, 
History  of  Napoléon  Buonaparte.  —  J.-A.  Llorente,  Œu- 
vres de  don  Barthelemi  Las  Casas,  1. 1,  p.  X.CV1J-C1V. 
—  Sir  Hudson  Lowe,  Memoirs. 

LAS  CASES  { Emmanuel-Pons-Dieudonné, 
baron,  puis  comte  de),  sénateur  français,  fils  du 
précédent,  né  à  Saint-Meen  (Finistère),  le  8  juin 
1800,  mort  le  8  juillet  1854.11  avait  à  peine  quinze 
ans  lorsqu'il  accompagna  son  père  à  Sainte-Hélène, 
où  il  écrivit,  sous  la  dictée  de  l'empereur  Napo- 
léon 1'"',  plusieurs  documents  importants  de  l'his- 
toire militaire  du  grand  capitaine.  Après  dix-huit 
mois  de  séjour  àLongwood,MM.  de  Las  Cases  se 
virent  brutalement  séparés  de  leurs  compagnons 
d'infortune,  par  suite  des  incessantes  tracasseries 
de  sir  Hudson  Lowe.  Transporté  au  cap  de 
Bonne-Espérance ,  où  il  partagea  la  captivité  de 
son  père,  le  jeune  Las  Cases,  après  avoir  erré  en 
Belyque  et  en  Prusse,  revint  en  Angleterre,  d'où 
il  obtint,  en  1819,  l'autorisation  de  rentrer  en 
France  sous  un  nom  supposé.  L'année  suivante, 
il  alla  étudier  le  droit  à  Strasbourg ,  étude  qu'il 
vint  ensuite  achever  à  Paris.  Lamortde  Napoléon 
ayant  ramené  le  geôlier  de  l'empereur  à  Lon- 
dres, il  courut  l'y  rejoindre ,  et  lui  infligea  publi- 
quement un  sanglant  outrage ,  sans  pouvoir  ob- 
tenir la  satisfaction  qu'il  en  attendait.  Un  coup 
de  cravache  lancé  en  plein  visage  méritait  une 
réi^aration  les  armes  à  la  main  :  il  n'en  fut  pas 
demandé ,  et  M.  de  Las  Cases  se  vit  forcé  de  se 
rembarquer  pour  rentrer  en  France,  afin  d'éviter 
les  poursuites  que  la  police  anglaise  dirigeait 
contre  lui.  Trois  ans  après,  le  1 1  novembre  1 825, 
à  huit  heures  du  soir,  M.  de  Las  Cases  fut  l'ob- 
jet d'une  tentative  d'assassinat  à  Passy.  Frappé 
de  deux  coups  d'une  arme  à  double  tranchant , 
l'un  à  la  poitrine,  l'autre  à  la  cuisse  gauche,  le 
premier  fut  heureusement  amoiti  par  le  porte- 
feuille qu'il  portait  sur  lui.  Deux  Italiens ,  qui 
disparurent  soudainement,  furent  accusés  de  cet 
attentat.  La  coïncidence  du  séjour  de  sir  Hud- 
son Lowe  à  Paris  à  la  même  époque;  son  dé- 
part précipité  dès  que  la  tentative  d'assassinat 
eut  été  consommée ,  ont  laissé  planer  de  grands 
soupçons  contre  l'ancien  gouverneur  de  Sainte- 


75  î 


LAS  CASES  —  LASCY 


752 


Hélène.  M.  de  Las  Cases  prit  une  part  active  à 
la  révolution' de  juillet  1830,  combattit  sur  di- 
vers points  de  la  capitale,  et  vint  siéger  à 
l'hôtel  de  ville.  Il  assista  à  plusieurs  réuniens 
de  députés,  notamment  à  celle  qui  eut  lieu  chez 
M.  Laffitte.  Élu  député  par  le  grand  collège 
du  Finistère  en  1830,  puis  par  celai  de  Lan- 
derneau,  il  fit  partie  de  la  chambre  élective  de 
1830  à  1848,  et  s'y  fit  remarquer  par  son  pa- 
triotisme et  par  ses  opinions  libérales.  Son  culte 
religieux  pour  la  mémoire  du  grand  homme 
le  fit  désigner,  en  1840,  pour  accompagner  le 
prince  de  Joinville,  à  qui  le  roi  avait  confié  la 
mission  de  ramener  de  Sainte-Hélène  les  dé- 
pouilles mortelles  de  Napoléon  V.  Par  un  décret 
du  31  décembre  1852,  M.  de  Las  Cases  fut  élevé 
à  la  dignité  de  sénateur.  On  a  de  lui  :  Journal 
à  bord-  de  la  Jrégate  Lsl  Belle-Poule  (Paris, 
184l,in-8o).  SiCARD. 

Biog.  univ.  et  portât,  des  Contemporains  (Paris, 
183W.  —  Encyclopédie  des  Gens  du  Monde  (  Paris,  1839  ). 
—  Biographie  des  Hommes  du  Jour  (Paris,  1837). 

LASGHRAREFF  { Serge- LazarévUcfi) ,  di- 
plomate russe,  né  en  1739,  à  Moscou,  mort  le 
6  octobre  1814,  à  Vitebsk.  Fils  d'un  noble  géor- 
gien, il  reçut  une  éducation  assez  superficielle,  et 
fut  placé,  en  1762,  au  collège  des  affaires  étran- 
gères. Envoyé  bientôt  après  à  Constantinople  et 
attaché  à  la  mission  russe,  il  géra  les  affaires  de 
l'ambassade  durant  la  détention  d'Oberskoff  au 
château  des  Sept-Tours,  et  mit  à  profit  la  connais- 
sance approfondie  qu'il  avait  des  langues  orien- 
tales pour  entretenir  des  relations  secrètes  ou 
fomenter  des  troubles  chez  différentes  peuplades 
de  l'Empire  Ottoman  (1).  Les  ambassadeurs  Rep- 
nin  et  Stahieff  continuèrent  de  l'employer,  soit 
pour  lever  le  plan  des  forts  de  la  mer  Noire . 
soit  pour  faire  pénétrer  dans  le  Bosphore  les 
bâtiments  du  commerce ,  et  même  une  frégate 
de  guerre  (1776).  Nommé  consul  général  en 
Moldavie  (7  décembre  1779),  il  obtint,  grâce  à 
son  activité,  le  libre  accès  du  Danube  pour  la 
marine  marchande  et  une  forte  réduction  des 
droits  d'importation.  Après  avoir  obtenu  le  titre 
de  conseiller  de  la  cour,  Laschkareff  passa,  à  la 
fin  de  1782,  en  Crimée,  et  prit  en  peu  de  temps 
une  assez  grande  influence  sur  le  khan  Chàkin- 
Girey  pour  l'amener  à  quitter  le  trône  et  à  lais- 
ser réunir  son  pays  à  la  Russie.  La  faveur  dont 
il  jouissait  auprès  de  Potemkin,  qui  utilisa  ses 
services  surtout  dans  la  seconde  guerre  avec  les 


(1)  En  1775,  pendant  qu'il  exécntait  dans  l'Archipel  les 
ordres  particuliers  du  général  Roumantzo£f,  il  donna 
une  preuve  éclatante  de  sa  présence  d'esprit.  Les  Turcs, 
irrités  de  la  prolongation  de  la  guerre ,  entourèrent  en 
tumulte  la  maison  du  négociant  où  il  se  cachait,  et  exi- 
gèrent qu'il  fût  remis  entre  leurs  mains.  La.scbkareff  se 
présenta  alors  sur  la  terrasse,  un  seau  d'eau  à  la  raain, 
et  cria  en  turc  à  la  foule  «  que  s'ils  ne  s'éloignaient  à 
l'iDstant  même,  il  les  baptiserait  tous  au  nom  du  Père, 
du  Fils  et  du  Saint-Esprit,  et  en  ferait  aussitôt  des  chiens 
de  chrétiens.  »  Dans  la  crainte  d'Ctre  baptisés,  les  Turcs 
s'enfuirent  de  toutes  parts,  et  donnèrent  ainsi  à  Lasch- 
kareff le  temps  de  inoiiter  â  cheval  et  de  gagner  la 


Turcs,  lui  fit  donner  en  1793  la  direction  des 
affaires  asiatiques  (1)  ;  il  la  conserva  jusqu'en 
1804 ,  époque  à  laquelle  il  se  retira  dans  ses 
terres ,  non  sans  avoir  toutefois  mené  à  bonne 
fin  l'annexion  de  la  Géorgie.  Pendant  l'année 
1807,  il  se  rendit  à  Bucharest,  et  gouverna  quel- 
que temps,  comme  président  des  deux  divans, 
les  principautés  danubiennes. 

Des  six  fils  qu'il  a  laissés,  trois,  Paul, 
Alexandre  et  Grégoire,  ont  suivi  la  carrière  mi- 
litaire et  gagné  le  grade  de  lieutenant  général, 
après  avoir  fait  avec  honneur  les  campagnes 
contre  la  France;  un  seul,  Serge,  est  encore  vi- 
vant et  occupe  au  département  des  affaires  étran^ 
gères  les  fonctions  de  membre  du  conseil.    K. 

Starchevsky,  Dict.  Encyclop..  VU,  1819.  —  Docum. 
particuliers. 

LASCOURS  {Jérôme- Annibal- Joseph  Rei- 
NAOD  DE  Boulogne,  baron  de),  homme  politique 
français,  né  vers  1754,  à  Alais,  mort  eu  mai 
1835.  Il  était  officier  d'infanterie  et  venait  d'être 
créé  chevalier  de  Saint-Louis  lorsqu'il  partit 
pour  l'Amérique,  où  il  fit,  sous  les  ordres  de 
Rochambeau  et  de  La  Fayette,  les  campagnes  de 
1780  à  1782;  il  reçut  des  mains  de  Washington 
la  croix  dite  de  Cincinnatus.  Pendant  les  pre- 
mières années  de  la  révolution,  il  prit  du  service 
aux  armées  des  Pyrénées  et  des  Alpes.  Élu  par 
le  département  du  Gard  membre  du  Conseil  des 
Cinq  Cents  (anv,  1797),  il  se  rangea  parmi  les 
coryphées  du  parti  clichien,  osa  défendre  publi- 
quement Jean-Jacques  Aymé  ,  dénoncé  comme 
chef  des  compagnies  royalistes  de  Jéhu  et  du 
Soleil ,  mais  ne  fut  point  inquiété  lors  du  coup 
d'État  de  fructidor.  Après  le  18  brumaire,  il  vint 
siéger  au  corps  législatif,  dont  il  ne  cessa  de  faiie 
partie  qu'en  1813;  Napoléon  récompensa  son 
dévouement  par  le  titre  de  baron  de  l'empire. 
Non  moins  bien  accueilli  des  Bourbons,  pour 
lesquels  il  avait  jadis  intrigué,  il  entra  dans  l'ad- 
ministration, et  dirigea  successivement  les  pté- 
fecturesdu  Lot  (1814),  de  la  Vienne  (1815),  du 
Gers  (1817),  de  la  Drôme  (1828)  et  des  Ardennes 
(1828).  Cependant,  quoique  ami  de  la  monarchie, 
il  fit  preuve  d'indépendance  en  s'élevant  contre 
les  mesures  réactionnaires  de  M.  de  Vaublanc 
et  en  blâmant  le  ministère  Villèle.  A  la  chambre, 
où  il  représenta  le  Gard  de  1818  à  1827,  il  vota 
toujours  avec  le  parti  Decazes  ;  aussi  fut-il , 
comme  préfet,  destitué  en  1824  par  M.  de  Cor- 
bière. A  la  révolution  de  1830,  M.  de  Lascours 
renonça  à  la  vie  pubhque.  Son  fils  a  siégé  à  la 
chambre  des  pairs  jusqu'en  1848.     P.  L— y. 

Moniteur  universel,  183S. 

LAS  CCEVAS.   Voy.  CUEVAS. 

LASCï  {Joseph-François-Maurice ,  comte 
de)  ,  général  a-itrichien ,  fils  du  précédent,  né  à 

(1)  L'impératrice  Catherine  H  Un  donna  mainte  preuve 
de  sa  bienveillance.  Un  jour  elle  lui  dit  en  plaisantant  : 
«Mon  petit  héros  (  6o?a£/r  ) ,  qu;ind  cesseras-tu  de  me 
faire  payer  tes  dettes?—  Ma  mère  et  souveraine,  répli- 
qua Laschkareff,  quand  je  commencerai  à  te  voler,  n 


753  LASCY  — 

saint-Pétersbourg,  en  1725,  mort  à  Vienne,  le 
30  novembre  1801 .  Il  avait  suivi  son  père  en  Au- 
triche, et  resta  à  la  solde  de  celte  puissance.  Il 
servit  vaillamment  Marie-TWrèse  pendant  la 
guerre  qu'elle  soutint  contre  les  Pmssiens.  En 
1756,  à  Lowositz,  il  sauva  l'armée  autrichienne, 
et  en  1758  contribua  à  la  victoire  de  Hochkirch. 
L'impératrice  se  montra  fort  reconnaissante,  et  le 
combla  de  distinctions  et  de  riches  traitements. 
Lascy  aida  le  successeur  de  Marie-Thérèse  dans 
la  nouvelle  organisation  que  Joseph  II  donna  à  ses 
troupes.  En  1788,  le  comte  de  Lascy  commanda 
en  chef'l'armée  impériale  qui  combattit  les  Turcs  : 
l'issue  de  cette  campagne  ne  fut  pas  heureuse,  et 
il  fut  rappelé  en  février  1789.  Il  rentra  alors  au 
conseil  aulique;  mais  son  crédit  ne  diminua  point, 
et  à  la  mort  de  Joseph  II  la  signature  suprême  lui 
fut  confiée  jusqu'à  l'arrivée  de  Léopold.  En  juin 
1790  il  reprit  la  direction  des  hostilités  contre 
les  Turcs ,  et  en  avril  1794  géra  les  affaires  de 
la  guerre  en  l'absence  de  l'empereur.  Lorsqu'il 
mourut  il  était  le  doyen  des  généraux  autri- 
chiens. A.  d'E — p — c. 
J)io(f.  étrangère  (1819). 

liASCY  (Pierre  de),  général  russe,  d'origine 
irlandaise ,  né  dans  le  comté  de  Limmerick  (  Ir- 
lande),en  167S,inort  en  Livonie.en  1751.  Il  vint 
en  France  en  1 69 1  avec  son  oncle,  Jean  de  Lascy, 
qui  obtint  le  grade  de  quartier-maître  général. 
Tous  deux  avaient  suivi  la  fortune  des  Stuarts 
et  fuyaient  devant  Guillaume  d'Orange.  Le  jeune 
Pierre  de  Lascy  entra  comme  lieutenant  dans  un 
régiment  irlandais  qui  faisait  partie  de  l'armée 
de  Catinat,  et  combattait  en  Piémont.  Après  la 
paix  de  Riswick  ,  il  servit  successivement  l'Au- 
triche, la  Pologne,  et  la  Russie.  En  1709  il  com- 
mandait une  brigade  moscovite  à  Pultawa,  et  fut 
blessé  en  combattant  les  Suédois.  En  1719  il 
parcourut  la  Baltique  avec  une  flotte  nombreuse, 
et  dévasta  les  côtes  Scandinaves.  Le  tzar  Pierre  F'' 
le  créa  lieutenant  général  en  1720,  et  le  chargea 
d'une  expédition  en  Finlande.  Vers  1733,  lors 
de  la  guerre  de  la  succession  au  trône  de  Polo- 
gne, il  amena  en  Autriche  des  troupes  auxiliaires 
pour  soutenir  la  cause  d'Auguste  II  contre  Sta- 
nislas, et  servit  sous  les  ordres  du  prince  Eugène 
de  Savoie.  Les  succès  des  Français  amenèrent 
le  traité  du  3  octobre  1735.  A  son  retour  en 
Russie,  de  Lascy  fut  nommé  feld-maréchal  et 
gouverneur  de  Livonie.  La  guerre  se  ralluma  en 
1741  entre  les  Suédois  et  les  Russes,  et  en  1742 
vingt  mille  Suédois  posèrent  les  armes  à  Hel- 
singfort  devant  Lascy.  Ce  glorieux  fait  d'armes 
n'empêcha  pas  le  général  de  Lascy  de  tomber 
en  disgrâce  auprès  de  l'impératrice  Elisabeth. 
:ij  cia  ,  a':.:  A.  d'E— p— c. 

OEuvres  du  prince  de  Ligne,  Journal  des  Campagnes 
de  Lascy.  —  Frédéric  II,  Histoire  de  mon  temps,  c.  VII, 
p.  282.  —  Lacretelle,  t.  Il,  I.  VII,  p.  288.  —  Sismondi, 
histoire  des  Français,  t.  XXVII,  p.  264-266. 

LA  SELVE  (de),  auteur  dramatique  fran- 
çais ,  de  la  première  moitié  du  dix-septième 
siècle  ;  tout  ce  qu'on  sait  sur  son  compte ,  c'est 


LASENA 


754 


qu'il  était  avocat  à  Montpellier,  En  1633,  il 
fit  imprimer  dans  cette  ville  une  tragi-comédie 
intitulée  :  Les  Amours  infortunées  de  Léan- 
dre  et  d'Héro.  Cette  pièce  est  si  rare  qu'elle 
a  échappé  aux  bibliographes  du  théâtre.  L'au- 
teur, s' excusant  modestement  d'avoir  fait  demau- 
vais  vers,  dit  que  «  la  politesse  des  bons  esprits 
de  la  cour  n'a  point  encore  été  communiquée  en 
Languedoc  «.  Malheureusement  il  se  livre  à  des 
pointes  ridicules,  et  donne  l'exemple  du  plus  mau- 
vais goût.  G.  B. 

Catalogue  de  la  bibliothèque  dramatique  de  M.  de 
Soleinne,  1. 1,  p.  239. 

LASENA  ou  LASEiNE  (Pie/Te),  philologue 
et  jurisconsulte  italien,  né  à  Naples,  le  25  sep- 
tembre 1590,  mort  le  3  septembre  1636.  Son 
père,  Jordan  Laseine,  originaire  delà  Normandie, 
avait  pris  part  aux  campagnes  d'Italie,  et  s'était 
fixé  à  Naples.  C'est  pour  lui  complaire  que  son 
fils  étudia  la  jurisprudence.  Reçu  avocat,  il  plaida 
pendant  plusieurs  années  avec  succès  devant  les 
tribunaux  de  sa  ville  natale.  Après  la  mort  de 
-son  père,  il  abandonna  presque  entièrement  la 
pratique  de  sa  profession ,  pour  se  hvrer  avec 
ardeur  à  l'étude  approfondie  des  langues  grec- 
que ,  française  et  espagnole ,  et  pour  s'occuper 
d'histoire,  de  philosophie  et  de  mathématiques. 
En  1634  il  se  lia  avec  Jean- Jacques  Bouchard, 
gentilhomme  français,  en  compagnie  duquel  il 
alla  s'établir  à  Rome.  Ses  connaissances  variées 
y  furent  bientôt  appréciées  par  le  cardinal  Bar- 
berini,  Allace,  Holstenius  et  autres  hommes  dis- 
tingués, qui  se  plurent  à  le  protéger.  Sur  leurs 
démarches,  il  allait  être  promu  à  un  évêché,  lors- 
qu'une fièvre  ardente,  produite  par  des  veilles 
continuelles,  l'emporta  en  quelques  jours.  On  a 
de  lui  :  De  Vcrgati  Libre  primo;  Naples,  1616, 
in-8°  ;  ce  hvre,  qui  contient  des  remarques  sur 
divers  passages  de  Virgile,  de  Pétrarque,  du 
Tasse  et  de  l'Arioste,  a  été  fortement  critiqué  par 
Ben.  Fioretti  dans  ses  Progymnasmaia  poetica  ; 
— Homeri  Nepentkes,  seu  de  abolendo  luctu  ; 
Naples,  1621,  in-8°,  en  italien;  une  traduction 
latine  parut  à  Lyon,  1624,  in- 8°,  et  fut  repro- 
duite dans  le  Thésaurus  de  Gronovius;  cet  ou- 
vrage, écrit  par  l'auteur  à  l'occasion  de  la  mort 
de  sa  sœur,  contient  des  recherches  sur  le  ne- 
pentkes, auquel  Homère  attribue  la  vertu  de 
faire  cesseï'  la  douleur;  à  ce  sujet  Lasena  a 
joint  de  nombreuses  digressions  sur  toutes  es- 
pèces de  questions  ;  —  Cleombrotus,  sive  de 
Us  qui  in  aquis  pereunt;  Rome,  1637,  in-S"; 
dans  ce  livre ,  écrit  à  la  suite  du  naufrage  de  sept 
galères  espagnoles ,  sur  lesquelles  se  trouvaient 
des  parents  de  Lasena,  se  trouvent  rapportés  les 
divers  sentiments  des  anciens  philosophes  sur 
l'état  de  l'âme  des  noyés-,  —  DelV  antico  Gin- 
nasio  Napoletano;  Rome,  1641,  et  Naples, 
1688,  in-4''  :  cet  ouvrage  contient  des  détails 
étendus  sur  les  exercices  corporels  usités  dans 
les  gymnases  de  l'antiquité ,  ainsi  qu'une  his- 
toire des  gymnases  et  théâtres  de  Naples  dans 


755 


LASENA  —  LA  SERNA 


756 


l'antiquité.  Lasena  a  laissé  en  manuscrit  :  De 
Lingua  Hellenistica,  dissertation  lue  par  lui  à 
l'académie  des  moines  de  Saint-Basile;  —  De 
Rhinctone; — Archijtx  Fragmenta,  cum  noiis 
de  phratrïis  Grœcorum,  etc.  E.  G. 

Bouchard,  P.  iMseiue  f^ita;  Rome,  1637,  in  12.  —  ta- 
senee  Vita,  en  tête  de  la  seconde  édition  de  son  Gimnasio 
Napolitano.  —  Toppi,  Bibl  Napolitana.  —  Nicéron,  Mé- 
moires, t.  XV,  p.  205.  —  Journal  des  Savants,  année 
1692,  p.  537.  —  Biografla  degli  Uomini  illustri  del  regtio 
di  Napoli,  t.  III. 

LA  SERNA   DE   SANTANDER  {CharleS-Au- 

toine  de),  bibliographe  espagnol ,  établi  en  Bel- 
gique, né  à  Colindres,  dans  la  Vieille-Castille,  le 
1"  février  1752,  mort  à  Bruxelles,  le  23  no- 
vembre 1R13.  Après  avoir  commencé  ses  études 
au  collège  des  jésuites  de  Villegarcia ,  il  alla 
faire  sa  philosophie  à  l'université  de  Valladolid  , 
et  vint  ensuite,  vers  1772,  demeurer  chez  Simon 
de  Santander,  son  oncle  maternel ,  fixé  depuis 
longtemps  à  Bruxelles  (1).  C'était  un  biblio- 
phile instruit,  qui  dès  l'année  17C7  avait  vendu 
sa  première  collection  de  livres.  Avec  l'aide  de 
La  Sema,  qui  partageait  ses  goût.^,  il  ne  tarda 
pas  à  s'en  foritier  une  bien  plus  nombreuse ,  et 
alors  la  plus  riche  des  Pays-Bas.  La  Serna  fut 
bientôt  en  relation  avec  les  bibliographes  les 
plus  distingués,  tels  quedeMurr,  Crévenna,  et 
l'abbé  Mercier  de  Saint-Léger,  qui  le  visita  à 
Bruxelles  et  se  lia  avec  lui  d'une  étroite  amitié. 
Simon  de  Santander  mourut  en  1791,  laissant 
tous  ses  biens  à  son  neveu.  On  assure  que  ce 
dernier,  ne  voulant  pas  profiter  de  cette  libéralité, 
appela  ses  frères  au  partage  de  la  succession  de 
leur  oncle,  et  se  vit  forcé  de  vendre  les  livres 
qui  formaient  la  partie  la  plus  précieuse  de  son 
legs.  D'abord  bibliothécaire  adjoint  puis,  en  1797, 
bibliothécaire  du  département  de  laDyle,  il  mit 
en  ordre  les  débris  de  la  bibliothèque  de  Bour- 
gogne ,  l'enrichit  de  livres  provenant  de  diverses 
sources  ,  notamment  des  abbayes  supprimées , 
de  l'université  de  Louvaiu ,  du  grand  conseil  de 
Maiines ,  et  du  dépôt  des  cordeliers  de  Paris , 
où  il  se  rendit  à  ses  frais ,  et  il  parvint  à  former 
ainsi  à  Bruxelles  une  des  bibliothèques  les  plus 
importantes  et  les  mieux  composées.  Il  a  fait 
connaître  lui-même,  dans  son  Mémoire  sur  la  bi- 
bliothèque de  Bourgogne ,  ses  démarches  pour 
doter  Bruxelles  d'une  galerie  de  tableaux,  de 
cabinets  de  physique  et  d'histoire  naturelle,  et 
d'un  jardin  botanique.  Touché  de  l'état  d'indi- 
gence où  se  trouvait  Mercier  de  Saint-Léger,  La 
Serna,  avec  une  générosité  naturelle  à  son  ca- 
ractère, écrivit  à  François  de  Neufchâteau,  mi- 
nistre de  l'intérieur,  en  lui  offrant  de  céder  sa 
place  au  célèbre  bibliographe  :  cette  proposition 
ne  fut  pas  acceptée  ;  mais  quelques  jours  après 
Mercier  de  Saint-Léger  reçut  du  ministre  l'an- 


^1)  La  famille  maternelle  de  La  Serna,  dont,  suivant 
l'usage  castillan,  il  avait  pris  le  nom  de  Santander,  ha- 
bitait les  Pays-Ba.>  depuis  le  temps  où  l'un  de  ses  mem- 
bres, don  Pedro  de  San-Juan  ,  y  avait  occupé  l'emploi  de 
secrétaire  d'iîtat  et  de  guerre  de  l'Infante  Isabelle. 


nonce  d'un  secours  de  200  livres  par  mois.  La 
Serna  était  correspondant  de  l'Institut,  et  jouis- 
sait de  l'estime  générale,  lorsqu'en  1811  il  ré' 
pandit  une  proclamation  en  faveur  de  Ferdi- 
nand VII  :  il  fut  aussitôt  destitué.  Il  mourut  âgé 
de  soixante-et-unans.  Ses  principaux  ouvrages  ont 
pour  titres  :  Catalogue  des  livres  de  la  biblio- 
thèque de  feu  messire  Théodore  Jean  Lau- 
rent Delmarmol,  en  son  vivant  conseiller  au 
conseil  souverain  rfe  £ra6a«^,  etc.;  Bruxelles, 
sans  date  (1791),  in-8°.  La  Serna  s'était  chargé 
de  ce  travail  par  obligeance  pour  une  famille  amie  ; 
—  Catalogue  des  livres  de  la  bibliothèque  dé 
feu  don  Simon  de  Santander,  secrétaire  de, 
S.  M.  Catholique,  etc.;  Bruxelles,  1792,  4  vol 
in-S",  reproduit  sous  le  titre  de  Catalogue  des 
livrer  de  M.  C  de  La  Serna  Santander,  ré- 
digé et  mis  en  ordre  par  lui-même,  avec  des 
notes  bibliographiques  et  littéraires ,  nouvel- 
lement corrigé  et  augmenté;  Bruxelles,  an  xi 
(1803) ,  5  vol.  in- 8°  :  le  cinquième  volume  con- 
tient des  observations  sur  le  filigrane  du  papier 
des  livres  imprimés  dans  le  quinzième  siècle;  le 
Mémoire  ci-après  désigné ,  publié  en  l'an  iv,  et' 
une  préface  latine,  imprimé-e  en  l'an  vin  ,  sur 
la  vraie  collection  des  canons  de  saint  Isiddore 
de  Séville,  manuscrit  décrit  n°  300  de  ce  cata- 
logue. La  bibliothèque  de  La  Serna ,  dont  il  re- 
couvra la  possession,  après  l'avoir  vendue  à  un 
habitant  de  Bruxelles  devenu  insolvable,  fut  en- 
suite vendue  aux  enchères,  à  Paris  en  1809;  — 
Mémoire  sur  V origine  et  le  premier  usage 
des  Signatures  et  des  chiffres  dans  l'art  ty- 
pographique, communiqué  à  un  ami;  Bruxel- 
les, an  IV,  in-8°  (dédié  à  VanHulthem),  réim- 
primé dans  le  t.  II  de  VEssai  sur  la  Gravure 
par  Jansen;  —  Dictionnaire  Bibliographique 
choisi  du  quinzième  siècle ,  ou  description  par 
ordre  alphabétique  des  éditions  les  plus  rares 
et  les  plus  recherchées  du  quinzième  siècle, 
précédé  d'un  Essai  historique  sur  Vorigine  de 
l'imprimerie  ,  ainsi  que  sur  l'histoire  de  son 
établissement  dam  les  villes,  bourgs,  monas- 
tères et  autres  endroits  de  l'Europe,  avec  la 
notice  des  imprimeurs  qui  y  ont  exercé  .cet 
art  jusqu'à  Van  1500;  Bruxelles,  an  xiii 
(1805")-1807,  3  vol.  in-8°;  —  Mémoire  histo- 
rique sur  la  bibliothèque  de  Bourgogne,  pré- 
sentement bibliothèque  publique  de  Bruxel- 
les ;  Bruxelles,  1809,  in-8".  Le  Bulletin  du 
Bibliophile  belge,  t.  111,  contient  un  opuscule 
de  La  Serna  intitulé  :  Notice  sur  la  première  et 
infiniment  rare  édition  ,  faite  à  Bruxelles, 
en  1559-1669,  de  la  Chronographia  Sacra  Bra- 
bantix  d'Ant.  Sanderus ,  comparée  avec  la 
seconde,  imprimée  à  La  Haye  en  l'an  1720. 
La  bibliothèque  royale  de  Bruxelles  (n°  1003  des 
•  manuscrits  du  fonds  Van  Hulthem)  possède  un 
autographe  de  La  Serna ,  écrit  pour  A^an  Hul- 
them, sous  ce  titre  :  Liste  des  auteurs  espa- 
gnols de  la  ci-devant  société  de  Jésus  qui  se 
trouvent  en  Italie,  avec  une  notice  des  ou- 


757  LA   SERNA  - 

vrages  qu'Us  y  ont  composés  depuis  leur  ex- 
pulsion, en  1767,  des  royauvies  d'Espagne. 
Enfin,  on  trouve  dans  V Annuaire  de  la  Biblio- 
thèque royale  de  Belgique,  année  1848,  deux 
lettres  de  La  Sema  à  l'abbé  Mercier  de  Saint- 
Léger,  dont  les  originaux  sont  conservés  à  cette 
bibliothèque  (  n°  914  du  même  fonds  ). 

E,  Regnard. 
Lettre  en  tête  du  Catalogue  des  livres  de  feu  don 
Simon  de  Santander.  —  Galerie  historique  des  Contem- 
porains, t.  Vlll,  pag.  210.  —  Le  baron  de  Reiffenberg, 
Don  CharUs  Jntoine  de  La  Sema  y  Santander,  dans 
V Annuaire  de  la  Bibliothèque  royale  de  Belgique,  année 
1848,  pag.  a33.  —  Bibliotfieca  Hulthemiana,  t.  VI,  limi- 
naires, p.  XXXIl. 

LA  SERRE  {Jeùn-Puget  de),  littérateur  fran- 
çais, né  en  1600,  à  Toulouse, mort  en  juillet  16fi5, 
à  Paris.  Après  avoir  terminé  ses  études  dans  sa 
ville  natale,  il  vint  à  Paris,  où  il  prit  le  petit  collet, 
qu'il  abandonna  pour  se  marier.  Il  obtint  la  place 
de  garde  de  la  bibliothèque  de  Gaston  d'Orléans, 
frère  du  roi,  et  devint  peu  de  temps  après  histo- 
riographe de  France  et  conseiller  d'État.  Auteur 
fort  médiocre,  mais  très-fécond,  ce  qui  faisait 
dire  à  Saint- Amant  dans  soa  Poète  crotté  :  «  La 
Serre, 

Qui  livre  sur  livre  desserre, 
il  avait  l'esprit  naturellement  plaisant,  et  s'il  fut 
mauvais  poète,  il  ne  se  fit  faute  d'en  convenir 
plusieurs  fois.  «  Je  vous  ai  bien  de  l'obligation  , 
disait-il  à  un  plat  écrivain  de  son  temps,  sans 
vous  je  serais  le  dernier  des  auteurs.  »  Une  autre 
fois,  se  trouvant  aux  conférences  queRichesource 
tenait  sur  l'éloquence,  il  l'écouta  jusqu'au  bout, 
et  alla  l'embrasser  en  disant  :  «  Ah  !  monsieur,  je 
vous  avoue  que  depuis  vingt  ans  j'ai  bien  débité 
du  galimathias;  mais  vous  venez  d'en  dire 
plus  en  une  heure  que  je  n'en  ai  écrit  en  toute 
ma  vie.  »  Harcelé  par  Boileau ,  qui  lui  fit  jouer 
un  rôle  dans  la  parodie  de  Chapelain  décoiffé 
et  en  maint  endroit  de  ses  satires,  il  put  se  con- 
soler de  tant  d'épigràmmes  lancées  contre  lui 
avec  le  suffrage  de  son  compatriote  Maynard , 
qui  écrivait  très-sérieusement  dans  un  sonnet  : 

Ta  plume  est  aujourd'hui  le  miracle  des  plumes. 
La  Serre  eut  cependant  le  rare  talent,  grâce  aux 
éloges  outrés  qu'il  prodiguait  aux  grands ,  de 
vendre  à  un  haut  prix  toutes  les  productions  de 
sa  plume.  Comme  on  lui  reprochait  de  travailler 
trop  vite  :  «  Je  suis  toujours  pressé,  répondit-il, 
lorsqu'il  s'agit  de  gagner  de  l'argent  ;  et  je  pré- 
fère les  pistoles ,  qui  me  font  vivre  à  l'aise ,  à  la 
chimère  d'une  vaine  gloire,  qui  me  laisserait  misé- 
rable. »  Il  a  beaucoup  composé  en  prose  et  en  vers  ; 
toutes  sortes  de  sujets  lui  paraissaient  aussi  in- 
différents que  faciles  à  traiter.  Nous  citerons  de  lui  : 
Le  Secrétaire  de  la  Cour;  Paris,  1625,  in-8°  : 
cette  misérable  rapsodie,  dédiée  à  Malherbe, 
et  qui  n'est  qu'un  amas  de  formules  épisto- 
laires  et  de  compliments,  fut  imprimée  plus  de 
cinquante  fois,  et  ne  méritait  pas  de  l'être  une 
seule  ;  —  L'Esprit  de  Sénèque  et  l'Esprit  de 
PlvJarque,oii\r&g(isdtés  par  l'abbé  de  Marolles, 


LA  SERRIE  758 

qui  ne  se  vantait  pas  de  les  avoir  lus;  —  Pati- 
dostey  ou  la  princesse  malheureuse ,  tragédie 
en  deux  journées;  1631  ;  —  P^rawie ,  tragédie , 
1633  :  l'une  et  l'autre  n'ont  pas  été  représentées  ; 

—  Thomas  Morus,ou  le  triomphe  de  la  foi 
et  de  la  constance;  jouée  en  1641,  cette  tragédie 
en  cinq  actes  et  en  prose  attira  un  si  grand 
nombre  de  curieux  que  la  salle  du  Palais-Royal 
se  trouva  trop  petite  ;  on  y  suait  au  mois  de  dé- 
cembre, et  quatre  portiers  furent  étouffés  par  la 
foule.  C'est  à  cette  occasion  que  Guéret,  dans  son 
Parnasse  réformé ,  prête  à  La  Serre  le  propos 
suivant  :  «  Voilà  ce  qu'on  appelle  de  bonnes 
pièces!  M.  Corneille  n'a  point  de  preuves  si 
puissantes  de  l'excellence  des  siennes ,  et  je  lui 
céderai  volontiers  le  pas  quand  il  aura  fait  tuer 
cinq  portiers  en  un  seul  jour.  »  Ajoutons  que  le 
cardinal  de  Richelieu,  qui  se  piquait  de  bon  goût 
en  littérature,  assista  aux  premières  représen- 
tations, et  donna  à  l'auteur  des  marques  de  sa 
bienveillance; — Le  Sac  deCarthage,  1643,  que 
le  comédien  Montfleury  mit  en  vers  sous  le  titre 
d'Asdrubal  ;  —  Le  Martyr  de  sainte  Cathe- 
rine; —  Climène.  ou  le  triomphe  de  la  vertu, 
1630,  tragi-comédie  en  prose  ;  —  Thésée,  ou  le 
prince  reconnu;  1644.  Ces  diverses  pièces, 
pleines  de  boursouflure  et  d'absurdités,  obtin- 
rent du  public  un  accueil  qu'il  est  bien  difficile 
de  comprendre  aujourd'hui.  La  Serre  avait  an- 
noncé le  projet  de  publier  un  journal  littéraire 
intitulé  Le  Mercure,  lorsqu'il  mourut.  P.  L— y. 

Marolles,  Dénombrement  des  Auteurs.  —  Giiéret,  Le 
Parnasse  réformé.  —  Bibl.  du  Théâtre-Français,  11.— 
Boileau,  édit.  Brossette.  —  Biogr.  Toulousaine.  —  Deses- 
sarts.  Siècles  Litter.,  VI. 

LA  SERRE  (Jean- Antoine  de),  littérateur 
français ,  né  le  6  janvier  1722,  à  Paris,  mort  le 
2  mars  1782.  Il  fit  partie  de  la  congrégation  de 
l'Oratoire,  et  professa  l'éloquence  au  grand  col- 
lège de  Lyon  ;  il  appartenait  à  l'académie  de 
cette  ville  ainsi  qu'à  plusieurs  autres  sociétés 
savantes.  On  a  de  lui  :  Les  grands  Hommes  de 
Dijon,  ode;  1762,  in-8°;  —  Le  Poëme  lyrique; 
1764  :  ode  qui  remporta  un  accessit  à  Toulouse; 

—  Éloge  de  Pierre  Corneille  ;  1768;  —  Du 
Style  académique;  1768;  —  Nouveaux  Bis- 
cours  académiques;  Nîmes,  1768,  in-12;  — . 
Éloge  de  la  Magistrature  ;  1769;  —  Poétique 
élémentaire;  Lyon,  1771,  in-12;  —  Sur  les 
Jeux  et  les  Exercices  publics  ;  Diioa,  1776, 
in-S"  :  discours  qui  a  obtenu  le  prix  de  l'Aca- 
démie de  cette  ville;  —  L'Éloquence,  poème  di- 
dactique en  VI  chants  ;  Lyon,  1778,  in- 12,  etc. 
Cet  auteur  a  en  outre  composé,  de  1756  à  1770, 
différents  discours,  pièces  latines,  épîtres  et  odes 
insérés  dans  les  recueils  du  temps.  K. 

Ersch,  France  Littér.  de  1769.  —  Journal  de  Paris, 
a  août  1783. 

LA  SERRIE  (François-Joseph  de),  littérateur 
français,  né  le  20  août  1770,  mort  le  6  février 
1819.  Maître  d'une  fortune  indépendante,  il  se 
consacra  aux  lettres,  et  écrivit  un  assez  grand 
nombre   d'ouvrages    d'imagination,  d'une  im- 


759 


LA  SERRIE 


pression  très-soignée,  et  distribués  à  ses  amis  ; 
il  en  dessinait  et  gravait  lui-même  les  figures. 
Nous  citerons  de  lui  :  Essai  de  Littérature  ; 
Paris,  1796,  in-8°  ;  —  Essai  sur  la  Philosophie 
morale;  1796,  in-18;  —  Lettres  à  Eugénie 
sur  la  Peinture  et  la  Sculpture  des  Anciens  ; 
1800,  in-18;  —  Les  Arts  et  l'Amitié;  1800, 
in-18; — Lettres  Familières  et  Sentimentales; 
1803,  iii-18;  —  MarieStuart,  reine  d'Ecosse; 
1809,  in-18;  —  Odes  ;  1806,  in-18;  —Tablettes 
pittoresques  d'un  Amateur;  1812,  in-18;  — 
Trois  petites  Nouvelles;  1817,  in-12,  etc.   K. 

Beuchot,  Journal  de  la  Librairie,  1819. 

LASiCKi  ou  LASicirs  (  Jean  ),  historien  et 
homme  d'État  polonais,  né  vers  1550,  mort  vers 
1620.  De  catholique  devenu  protestant,  il  se 
jeta  dans  la  controverse.  Envoyé  comme  am- 
bassadeur dans  les  pays  étrangers,  par  le  roi 
Etienne  Batory,  il  remplit  ses  missions  avec 
succès.  On  a  de  lui  :  Historia  de  Ingressu  Po- 
lonorum  in  Valachiam ,  cum  Bogdano,  et 
csede  Turcarum;  1577,  in-8°;  —  Clades  Dan- 
tiscanorum;  1577;  traduit  en  allemand,  en 
1578;  —  De  Russorum-Moskovitarum  et  Ta- 
tarorum  Religione,  Sacrificiis,  nuptiarum  ac 
funerumRiiu;  Spire,  1582,  in  4°;  —  Verse 
religionis  Apologia,  etfalsœ  Confutatio  ;  Spire, 
1582;  —  Cantionale  ad  usum  Confessionis 
Bohemicsc;  Torhn,  1611;  —  De  Dits  Samo- 
gitarmn ,  cœterumque  Sarmatarum  et  fal- 
soruiii  Christianorum,  item  de  Religione  Ar- 
meniorum,  et  de  initia  regiminis  Stephani 
Bathorii;  Bâle,  1615.  La  seconde  édition  pu- 
bliée en  1626  par  Elzevir.  Traduit  en  polonais 
par  Léon  Rogalski  ;  —  Epistola  ad  Volanum, 
in  qua  de  judice  controversiarum  fidei,  an 
sit  Scriptura,  disserit  ;  1620  ;  —  Historia  ec- 
clesiastica  dedisciplina,  moribuset  institutis 
Fratrum  Bohemorum;  1640  et  1660,  Amster- 
dam, in-8°.  L.  CffODZKO. 

L.  Goletnbtowski ,  Sur  les  Historiens  polonais  ;  Var- 
sovie, 1826.  —  Malte-BruB  et  L.  Chodsko;  Tableau  de  la 
Pologne  ;  1830.  —  Michel  Poderaszynski,  La  Pologne  Lit- 
téraire ;  1830. 

LASiNio  {Carlo,  comte),  graveur  italien, 
né  en  1757,  à  Trévise ,  mort  vers  1830,  à  Flo- 
rence. Il  passa  la  plus  grande  partie  de  sa  vie 
dans  cette  ville ,  où  son  habileté  lui  fit  obtenir 
d'importants  travaux;  il  grava  à  l'eau-forte  et 
au  burin.  Son  œuvre,  très-considérable ,  ne  com- 
prend guère  que  des  sujets  de  sainteté  tirés  de 
l'Ancien  ou  du  Nouveau  Testament  et  de  l'his- 
toire religieuse  ;  elle  se  compose  principalement 
d'une  quarantaine  de  planches  exécutées  d'après 
les  maîtres  florentins  pour  la  belle  collection  de 
YEtruria  pittrice.  Nous  citerons  encore  de  lui 
vingt  planches  d'après  Benozzo  Gozzoli ,  seize 
d'après  Dominique  Ghirlandajo,  Les  Infortunes 
de  Job  et  La  Cène  de  Giotto,  Saint  Pierre 
préchant  les  Gentils  de  Filippo  Lippi,  Le  Ju- 
gement dernier  et  Le  Triomphe  de  la  Mort 
d'André  Orcagna ,  L'Exposition  du  Saint-Sa- 
crement de  Rosselli,  un  portrait  original  du  pape 


—  LASRI  760 
Pie  "VJII,  La  Chaire  de  l'église  de  la  Sainte- 
Croix  à  Florence,  en  7  pi.  gr.  in-folio.,  etc. 
Enfin,  il  a  gravé  les  planches  du  recueil  intitulé  s 
Ritratti  deglï  Archivescovi  e  Vescovi  di  Tos- 
cana;  Florence,  1787. 

LASiMO  (  Giovanni- Paolo  ),  fils  et  élève 
du  précédent,  a  travaillé  à  Florence  depuis  1819 
jusqu'à  1840.  Outre  quelques  reproductions  de 
toiles  d  e  maîtres,  il  a  collaboré  à  la  Galerie  de 
Turin,  à  la  Galerie  de  Florence  et  au  Musée 
Bourbon  de  Naples.  Il  a  publié  plusieurs  ou- 
vrages à  gravures ,  tels  que  :  Monumenti  se- 
polcrali  délia  Toscana;  Florence,  1819  ;  —  La 
Metropolitana  Fiorentina;  ibid.,  1820,ia-fol.; 

—  Raccolta  di  Pitture  antiche  ;  Pise,  1820  ;  — 
Le  tre  Porte  del  Battisterio  di  Firenze;  Flo- 
rence, 1821; —  Galleria  Ricciardiana,  di- 
pinta  da  L-  Giordani;  ibid.,  1822-1824;  — 
Raccolta  di  Monumenti  di  Scultura  del 
Campo  Santo  di  Pisa;  ibid.,  1825.     P.  L — y. 

Brulliot,  Dict.  des  Monogrammes.  —  Nagler,  Kunst- 
ler-Lex.,  Vli,  314  319.  —  Ch.  Le  Blanc,  Man.  de  VAmat. 
d'Estampes,  H,  495-497. 

LASics  (  Laurent-Otton  ),  philologue  et  théo- 
logien allemand ,  né  à  Ruden,  dans  le  duché  de 
Brunswick,  le 31  décembre  1675,  mort  le  20  sep- 
tembre 1751.  11  étudia  à  Wolfenbiittel,  Heidel- 
berg  et  Halle,  devint  en  1702  recteur  à  Salz- 
wedel,  en  1709  pasteur  à  Ziebelle;  en  1717  il 
alla  enseigner  la  théologie  à  Helmstaedt.  On  a  de 
lui  :  Versuch  die  hebraiscjie,  griechische,  la- 
teinische,franzôsischeund  italieenische  Spra- 
chen  ohne  Grammatik  zu  erlernen  (Essai 
d'apprendre  sans  grammaire  les  Langues  hé- 
braïque, grecque,  latine,  française  et  italienne); 
Budissin,  1717  et  1721,  in-8";  —  Vom  tau- 
sendjœhrigen  Reich  (Du  Règne  Millénaire); 
Helmstaedt,  1726,  in-8";  —  Curieuse  Reisen 
und  Begebenheiten  der  Weisen  aus  dem  Mor- 
genland  (Voyage  et  Aventures  curieuses  des 
Mages  d'Orient  )  ;  Crossen,  1732,  et  Sorau,  173G, 
in-8°;  —  Seine  eigene  Lebensgeschichle  (No- 
tice sur  la  vie  de  l'auteur);  Sorau,  1730,  in-8". 
Lasius  a  encore  publié  beaucoup  d'ouvrages  de 
théologie  et  de  piété.  E.  G, 

Olto,  Lexikon  der  oberlausitzischcn  Sc/iri/tsteller, 
t.  II,  Pars  I,  p.  387.  —  Meusel,  Lexikon,  t.  Vlll. 

LASKi  (  Jean  ),  jurisconsulte  et  homme  d'É- 
tat polonais,  né  en  1456,  mort  à  Guezne,  en 
1531.  Il  embrassa  la  carrière  ecclésiastique, 
voyagea  en  Europe  et  en  Asie,  et  devint  succes- 
sivement curé  de  Posen,  chanoine  de  Cracovie, 
archevêque  de  Gnezne,  et  grand-chancelier  de  la 
couronne  de  Pologne.  Il  fut  l'un  des  membres 
les  plus  actifs  du  concile  de  Saint- Jean-de-Latraa 
à  Rome.  On  a  de  lui  :  Commune  incliti  Polo- 
ni3e  regni  Privilegium,  constitutionum  et  in- 
dultuum,  publicitus  decretorum  approbato- 
rumque;  Cracovie,  1506,  in-fol.;  —  Statuta 
Diaecesana,  pro  Diœcesi  Gnesnensi;  1512, 
in-4°  ;  —  Oratio  ad  P.  M.  Leonem  X,  in  obe- 
dientia  nomine  Siyismundi  I,  régis  Polonias, 
prxstita;  Rome,  1513,  in-4'';  Cracovie,  1514, 


761 


LASKl 


10-4°;  —  Belatio  de  Erroribus  Moskorum 
facta  in  concilio  Lateranensï ;  Rome,  1813; 

—  Mamtale  Sacerdotum ;  Cracovie,  1515;  — 
Statuta  provincise  Gnesnensia,  antiqua  et 
nova,  revisa  diligenter  et  emendata;  Craco- 
vie, 1528,  in^".  L.  Chodzko. 

Rzepniçki,  ntse  Prœs.  Polon.  —  Constantin  Bogus- 
bwskl,  liiographies  des  Polonais  célèbres;  Wilna,  1816. 

—  Ossolinskl,  IHbliographie  Polon.  critique;  1S19.  — 
.T.  Leiewel,  Bibliographie  polonaise;  1826.  —  J.  Cho- 
dyniçki,  Les  polonais  savants;  1833.  » 

LASNE  {Michel).  Voy.  Asne  (L'). 

LASNIER  {Rémi),  habile  chirurgien  français 
(lu  dix-septième  siècle,  mort  à  Paris,  le  5  mai 
1690.  n  devint  prévôt  des  chirurgiens  de  Paris, 
et  mourut  comlDlé  d'honneurs  et  de  richesses. 
L'un  des  premiers,  il  découvrit  la  véritable  cause 
de  la  cataracte.  Après  avoir  exercé  les  princi- 
pales branches  de  la  chirurgie,  il  se  livra  à  la 
pratique  de  l'opération  de  la  taille,  et  ensuite  à 
l'étude  ainsi  qu'au  traitement  des  maladies  des 
yeux.  Il  fit  voir  par  des  expériences  incontes- 
tables que  la  perte  de  la  vue  dans  la  cataracte  ne 
provenait  point  d'une  pellicule  formée  entre  la 
cornée  transparente  et  le  cristallin,  mais  de  l'é- 
paississement  du  cristallin  lui-même.  François 
Quarré  annonçait  en  même  temps  l'existence  de 
l'opacité  du  cristallin.  S'il  faut  en  croire  Sabatier, 
la  thèse  de  Lasnier  fut  soutenue  au  Collège  de 
Chirurgie  en  1651  ;  elle  avait  pour  objet  de  dé^ 
terminer  que  l'on  parviendrait  à  guérir  sûrement 
la  cataracte  en  traversant  le  cristallin  avec  une 
aiguille.  Suivant  L.-J.  Bégin,  la  méthode  indi- 
quée par  Lasnier  ne  fut  pratiquée  que  dans  le 
siècle  suivant,  par  maître  Jean,  Mery,  Brisseau 
et  autres  opérateurs.  L — z — e. 

L.-J.  Bé!?ln,  Biographie  Médicale. 

LASOURCE  (Marie- David- Albin),  homme 
politique  français,  né  à  Angles,  près  Montpellier, 
en  1762,  guillotiné  à  Paris,  le  31  octobre  1793. 
Il  était  ministre  protestant  avant  la  révolution, 
dont  il  embrassa  la  cause  avec  enthousiasme, 
e't  fut  nommé,  en  1791,  membre  de  l'Assemblée 
législative.  Il  y  prononça,  dès  le  22  décembre, 
un  discours  très-véhément  contre  les  émigrés  et 
sur  les  dangers  de  la  patrie,  et  vota,  le  19  mars 
1792,  pour  le  décret  d'amnistie  rendu  en  fa- 
veur de  Jourdan  et  de  ses  CDtnplices,  dont  il 
avait  pris  la  défense  dans  un  discours  où  le  fa- 
natisme politique  était  porté  au  plus  haut  degré. 
Le  17  avril,  Lasource  soutint  que  le  roi  ne  de- 
vait pas  être  chargé  de  nommer  un  gouver- 
neur au  prince  royal,  et  que  ce  droit  apparte- 
nait à  la  nation.  II  taxa  ensuite  de  fausseté  un 
rapport  sur  les  événements  du  20  juin,  et  fit 
cesser  la  discussion  par  un  ordre  du  jour.  Huit 
jours  après  la  révolution  du  10  août  1792,  il  de- 
manda un  décret  d'accusation  contre  La  Fayette, 
après  avoir  annoncé,  quelques  jours  auparavant, 
K  qu'il  venait  briser  l'idole  devant  laquelle  il 
avait  lui-même  si  longtemps  sacrifié  ».  Le  30, 
il  accusa  Montmorin ,  et  le  fit  également  dé- 
créter d'accusation.  Devenu  membre  de  la  Con- 


LASSAIGNE  762 

vention  nationale,  Lasource  montra  dans  cette 
assemblée  autant  de  courage  et  de  persévérance 
à  rétablir  l'ordre  dans  la  république  qu'il  s'était 
montré  dans  l'Assemblée  législative  ardent  à 
détruire  l'autorité  monarchique.  Il  parla  avec 
force,  en  septembre,  contre  le  despotisme  que 
la  ville  de  Paris  voulait  exercer  sur  la  France 
et  ses  représentants;  vota  pour  que  la  nation 
française,  loin  de  faire  des  conquêtes,  proclamât 
les  peuples  affranchis  du  joug  des  tyrans  et  libres 
de  se  donner  telle  forme  de  gouvernement  qui  leur 
conviendrait.  Envoyé  en  qualité  de  commissaire 
à  l'armée  du  Var,  avec  ses  collègues  Goupilleau 
et  CoUot-d'Herbois ,  Lasource  était  absent  lors 
du  procès  de  Louis  XVI  ;  mais  il  écrivit,  le  1^''  jan- 
vier 1793,  qu'il  voterait  la  mort  de  ce  prince,  ce 
qu'il  fit  en  effet  le  1 6.  Ramené,  par  le  spectacle 
des  violences  populaires,  à  des  principes  plus 
modérés,  il  voulut,  en  vain,  faire  excepter  de  la 
loi  contre  les  émigrés  tous  les  enfants  qui  avaient 
été  emmenés  par  leurs  parents,  avant  l'âge  de 
dix-huit  ans  pour  les  garçons  et  de  vingt-et-un 
ans  pour  les  filles.  Élu  successivement  aux  co- 
mités de  défense  générale  et  de  salut  public,  il 
demanda  l'arrestation  du  duc  d'Orléans  et  de 
Sillery  :  ce  que  ne  lui  pardonna  jamais  le  parti 
orléaniste.  Le  3  avril  1793,  il  attaqua  vivement 
Robespierre,  qu'il  accusa  d'être  l'auteur  d'une 
pétition  des  sections  de  Paris,  qui  demandaient 
la  proscription  de  vingt-deux  girondins.  Deux 
jours  après,  il  fut  nommé  président;  mais  son 
triomphe  dura  peu ,  car,  décrété  d'arrestation 
le  2  juin,  par  suite  des  événements  du  31  mai,  il 
fut  mis  en  accusation  le  3  octobre  avec  vingt 
autres.  «  En  prison,  dit  M.  Lamartine,  il  éclai- 
rait des  feux  de  son  ardente  imagination  les 
gouffres  de  l'anarchie.  11  se  consolait  de  voir 
crouler  son  parti  dans  un  écroulement  général 
de  l'Europe.  Son  esprit  mystique  montrait  par- 
tout le  doigt  de  Dieu  écrivant  la  ruine  de  la  so- 
ciété. »  Le  30  octobre,  Lasource,  Vergniaud,  Gen- 
sonnet  et  l'élite  de  la  Gironde  furent  condamnés 
à  mort.  Lasource,  après  avoir  entendu  sa  con- 
damnation, dit  à  ses  juges  :  «  Je  meurs  dans  le 
moment  où  le  peuple  a  perdu  sa  raison,  et  vous, 
vous  mourrez  le  jour  où  il  la  recouvrera,  »  Le 
lendemain  il  monta  courageusement  à  l'édiafaud 
avec  ses  compagnons.  H.  Lesueur. 

Thiers,  Histoire  de  la  Révolution  française,  t.  Ill, 
1.  XIII,  p.  322;  t.  IV,  1.  XV,  p.  81,  1.  XVIll,  p.  882.  -  A. 
de  Lamartine,  Histoire  des  Girondins,  t.  VII,  p.  4,  9,  21. 
—  Biographie  moderne  (  1815).  —  Galerie  historique  des 
Contemporains  ;  Bruxelles,  1819  . 

LASPHRISE.  Voy.  Papillok. 

LASO  {Gardas).  Voy.  G.4rcilaso. 

LAssAiGNE  {Jean-Louis  ), chimiste  français, 
est  né  à  Paris,  le  22  septembre  1800,  mort  en 
mars  1859.  il  commença  ses  études  dechimie dans 
le  laboratoire  de  Vauquelin,  et  en  1828  il  obtint,  à 
la  suite  d'un  concours  spécial,  la  chaire  de  phy- 
sique et  pharmacie  à  l'école  d'Alfort,  en  remplace- 
ment dcDulong.  En  18.î4  il  fit  valoir  ses  droits  à 
la  retraite.  Parmi  ses  découvertes  chimiques,  on 


763 


remarque  la  delphine,  alcaloïde  de  la  staphy- 
saigre{lSi9);ïé(he7-phosphorique,Vacidephos- 
phovinique,  l'acide  pyrociirique,  les  acides 
pyrogénés  de  l'acide  malique,  la  cathartine , 
principe  actif  du  séné.  Ses  travaux  de  chimie  lé- 
gale ont  pour  objet  les  moyens  de  doser  l'acide 
acétique  des  vinaigres  du  commerce  (1819),  la 
recherche  de  la  mor  phine  (travail  entrepris  après 
le  procès  deCastaing),  de  l'acide  cyanhydrique; 
les  procédés  de  carbonisation  des  matières  or- 
ganiques pour  la  recherche  des  sels  plombi- 
ques  et  de  l'arsenic;  l'empoisonnement  par  le 
phosphore,  etc.  ((824).  En  chimie  minérale  Las- 
saigne  fit  connaître  les  propriétés  de  certains 
sels  de  chrome,  démontra  la  possibilité  d'appH- 
quer  le  chromate  de  plomb  à  la  teinture  de 
toutes  les  étoffes,  étudia  l'iode,  ses  réactifs  et  ses 
composés,  les  iodures  simples  et  doubles  de  pla- 
tine (mémoire  inséré  sur  la  proposition  de 
M.  Dumas,  au  Recueil  des  Savants  étrangers, 
1825),  l'iodure  d'amidon,  les  iodures  de  plomb, 
d'iridium  et  de  palladium,  et  obtint  en  1831, 
de  la  Société  d'Encouragement,  une  médaille  d'ar- 
gent pour  des  perfectionnements  dans  la  confec- 
tion de  l'émail  des  poteries.  Depuis  1830,  M.  Las- 
saigne  s'est  à  peu  près  exclusivement  consacré  à 
l'étude  de  la  chimie  animale  appliquée  à  un  grand 
nombre  de  produits  morbides  ou  normaux  de  l'é- 
conomie, et  il  a  publié  :  Abrégé  élémentaire  de 
Chimie  inorganique  et  organique  considérée 
comme  science  accessoire  à  l'étude  de  la  mé- 
decine, de  la  pharmacie,  de  l'hist.  naturelle 
et  de  la  technologie;  Paris,  2  vol.  in-S",  4^  édi- 
tion, 1846;  ouvrage  aussi  instructif  que  bien 
fait.  M.  Lassaigne  fut  un  des  chimistes  à  la  fois 
les  plus  consciencieux  et  les  plus  modestes  de 
notre  époque.  J.  Pelletan  fils. 

Docum.  partie. 

iLASSAiLLY  {Charles),  littérateur  français, 
né  vers  1812,  mort  en  juillet  1843.  Il  travailla 
pour  Balzac  et  pour  M.  Villemain,  et  écrivit 
dans  différents  journaux.  Un  jour  il  revint  aux 
pratiques  religieuses,  et  enfin  sa  tête  parut  se 
déranger.  «  Il  était  venu,  lui  aussi,  dit  M.  J.  Ja- 
nin,  du  fond  de  sa  province,  la  tête  remplie  de 
chefs-d'œuvre  et  son  portefeuille  vide.  En  cinq 
ou  six  ans  de  cette  vie  littéraire  qui  tue  les  corps, 
les  âmes  et  l'esprit,  le  pauvre  jeune  homme  avait 
rempli  son  portefeuille  ;  mais  ce  portefeuille  rem- 
pli, sa  tête  était  vide.  Avant  d'être  déclaré  ma- 
lade, il  écrivait  à  lui  seul  un  journal ,  tout  un 
journal,  une  feuille  impitoyable,  dans  laquelle 
il  traitait  sans  pitié  quiconque  tenait  une  plurae 
en  ce  siècle.  Dans  les  désordres  de  sa  pensée,  il 
avait  des  naïvetés  charmantes.  C'est  lui  qui  m'é- 
crivait :  Vous  avez  parlé  avec  tant  de  tendresse 
(le  notre  ami  ***,  c'est  une  injustice,  il  n'est  pas 
si  fou  que  moi.  »  On  a  de  lui  :  Poésies  sur  la 
mort  du  fils  de  Bonaparte,  en  strophes  irré- 
gulières; Paris,  1832,  in-8°;  —  Les  Roueries 
de  Trialph,  notre  contemporain,  avant  son 
suicide;  Paris,  1833,  in-S»  :  ce  livre  exeen- 


LASSAIGNE  —  LASSAT  764 

trique,  que  M.  Monselet  regarde  comme  une 


autobiographie,  est  devenu  rare.  Lassailly  a  été 
collaborateur  du  Livre  de  Beauté,  souvenirs 
hisloriqws,  de  la  Morale  en  action  du  chris- 
tianisme.W  a  donné  dans  Les  Étoiles:  Le  Pro- 
létaire; dans  Le  Dahlia  :  L'Insouciance.  Il  a 
écrit  quelques  articles  dans  la  Revue  des  Deux 
Mondes.  En  janvier  1840,  Lassailly  avait  fondé 
la  Revue  critique,  qui  n'a  pas  été  continuée. 

L.  L— T. 

Ch.  Monselet,  Statues  et  Statuettes  contemp.  —  J,  Ja- 
nin,  dans  le  Journal  des  Débats,  juillet  1843.  —  Eourque- 
lot  et  Maury,  J.a  Littcr.  Franc,  contemp 

LASSALA  {Manuel),  poète  et  historien  es- 
pagnol, né  à  Valence,  en  1729,  mort  à  Bologne, 
le  4  décembre  1798.  FI  entra  dans  la  compagnie 
de  Jésus,  et  professa  à  l'université  de  Valence 
les  langues  anciennes,  l'éloquence ,  la  poésie  et 
l'histoire.  Expulsé  d'Espagne  en  1767,  avec  le.-; 
autres  membres  de  son  ordre,  il  passa  en  Italie 
les  dernières  années  de  sa  vie.  On  a  de  lui  ;  Es- 
sai sur  l'histoire  générale  ancienne  et  mo- 
derne; Valence,  1755,  3  vol.  in-4°;  —  Notice 
sur  les  Poètes  castillans ;Yai\ence,  1757,  in-4''; 

—  deux  tragédies  en  espagnol  :  Joseph,  1762  ;  — 
Don  Sancho  Abarca  ;  1 765  ;  —  trois  tragédies  en 
italien  :  Iphigenia;  Bologne,  1779; —  Ormi- 
sinda;  Ibid.,  1783;  —  Lucia  Miranda;  MA., 
1784;  —  Rhenus,  poëme  latin  sur  une  inonda- 
tion duReno;  ibid.,  1781,  in-4";  —  De  Sacri- 
ficio  civium  Bononiensium  Libellus  singula- 
ris  ;  ibid.,  1782;  —  Fabulse  Lockmani  sa- 
pientis,  ex  arabica  sermone  latinis  versibus 
interpretatse ;  ibid.,  1781,  in-4''.  Z. 

Chaudon  et  Delandine,  Dictionnaire  Historique,  suppl. 

—  Arnault,  Jouy,  etc..  Biographie  des  Contemporains. 

LASSALE.    Voy.  LASA.LE. 

LASSAT  (^J-rWaMrfDEMADAlLLAMDELESPARRE, 

marquis  nE),  grand  seigneur  et  écrivain  français, 
né  le  28  mai  1652,  mort  le  20  février  1738.  Beau- 
coup plus  célèbre  par  ses  aventures  que  par  ses 
talents,  le  marquis  de  Lassay  fut  en  plein  siècle 
de  Louis  XIV  le  type  unique  de  l'homme  roma- 
nesque. Il  porta  dans  cette  époque  majestueuse  et 
régulière  le  caractère  des  héros  de  la  Fronde. 
Brave,  intelligent,  spirituel,  il  quitta  de  bonne 
heure  et  par  sa  faute  la  guerre  et  les  affaires,  et 
se  voua  tout  entier,  malgré  lui,  peut-être,  aux  suc- 
cès stériles  de  l'esprit.  Les  occasions  cependant  ne 
lui  avaient  pas  manqué  de  se  faire  valoir  ;  mais 
il  ne  profita  d'aucune,  à  force  d'en  attendre  tou- 
jours une  nouvelle.  Il  commença  par  servir,  dès 
1672,  d'abord  comme  aide-de-camp  du  grand 
Condé,  puis  il  eut  le  guidon  et  bientôt  l'enseigne 
de  la  compagnie  des  gendarmes  de  la  garde  du 
roi.  Il  eut  àSenef  (1674)  deux  chevaux  tués  sous 
lui,  et  reçut  trois  blessures.  Il  ne  se  distingua 
pas  moins  dans  les  campagnes  de  Franche-Comté 
et  de  Flandre.  A  la  prise  de  Valenciennes,  en 
1677,  il  entra  un  des  premiers  dans  la  place. 
A  partir  de  cette  époque  il  s'effaça  volontai- 
rement, et  se  retira  de  la  cour  et  presque  du 


765 

monde,  à  la  suite  d'un  mariage  disproportionné, 
que  son  père  considéra  comme  une  rébellion  et 
ses  amis  comme  une  bravade  ;  chacun  s'en  ser- 
vit contre  lui  à  sa  façon  :  le  marquis  de  Monta- 
taire,  son  père,  pour  le  ruiner,  par  les  conditions 
et  le  prix  qu'il  mit  au  consentement,  et  les  cour- 
tisans pour  faire  leur  cour  à  ses  dépens.  Le  roi 
Louis  XIV  n'écoutait  que  trop  volontiers  le 
mal  qu'on  lui  disait  des  jeunes  gentilhommes 
assez  hardis  pour  quitter  son  service.  Il  ne  ren- 
dit jamais  à  Lassay,  malgré  ses  efforts,  son  im- 
prudente démission,  et  celui-ci  mourut,  comme 
il  le  dit,  «  sans  avoir  déballé  sa  marchandise  ». 
Par  une  exception  consolante,  l'héroïne  du  pre- 
mier l'oman  de  Lassay  était  digne  du  sacrifice. 
C'était  cette  fameuse  Marianne  Pajot,  tille  d'un 
apothicaire  de  Mademoiselle ,  dont  le  duc 
Charles  IV  de  Lorraine  s'était  autrefois  épris  au 
point  de  la  vouloir  épouser.  Lassay,  on  le  voit,  ne 
dérogeait  pas  trop  en  continuant  l'aventure  là 
où  un  prince  l'avait  laissée.  Ce  fut  son  avis  sans 
doute,  car  il  poussa  jusqu'au  mariage  ce  qui 
n'avait  été  que  jusqu'au  contrat.  C'était  le  se- 
cond hymen  de  cet  homme,  qui  devait  passer  sa 
vie  à  se  marier,  puisque,  selon  l'assertion  d'un 
spirituel  biographe,  il  le  «  fut  pour  le  moins  trois 
fois  en  bonne  forme ,  et  que  dans  l'intervalle 
de  la  mort  de  ses  femmes  il  ne  tint  pas  à  lui 
d'être  remarié  trois  autres  fois  ».  En  premières 
noces,  Lassay  avait  épousé  une  Sibour,  qu'il 
perdit  quelques  mois  après,  en  1675.  Il  ne  fut 
guère  plus  heureux  avec  Marianne,  qui  mourut 
en  1678.  Les  pages  les  plus  touchantes  de  ce 
qu'on  a  appelé  les  Mémoires  du  marquis  de 
Lassay  sont  celles  qu'il  a  consacrées  au  souvenir 
de  la  seule  femme  qu'il  ait  peut-être  véritable- 
ment aimée.  Elle  lui  laissait  un  fils,  Léon,  comte 
de  Madaillan,  depuis  comte  de  Lassay,  et  c'est 
pour  ce  fils  qu'il  se  résigna  à  vivre.  Saint-Simon 
nous  a  laissé  du  marquis,  en  cette  époque  de  re- 
traite en  province  «  où  il  faisoit  l'important  »  et 
surtout  au  moment  où,  parla  plus  singulière  des 
fantaisies,  il  vient  chercher,  pour  y  pleurer  sa 
femme,  la  solitude  à  Paris,  un  croquis  admirable. 
«  Lassay  la  perdit  (sa  femme),  et  en  pensa  perdre 
l'esprit.  Il  se  crut  dévot,  se  lit  une  retraite  char- 
mante joignant  les  Incurables,  et  y  mena  quel- 
ques années  une  vie  fort  édifiante.  A  la  fin,  il 
s'en  ennuya;  il  s'aperçut  qu'il  n'était  qu'affligé  et 
que  la  dévotion  passait  avec  la  douleur.  Il  chercha 
à  rentrer  dans  le  monde,  et  bientôt  il  se  trouva 
tout  au  milieu.  Il  s'attacha  à  M.  le  Duc  et  à 
MM.  les  princes  deConti,  avec  qui  il  lit  le  voyage 

de  Hongrie » 

Lorsque  les  deux  princes  revinrent  en  France, 
l'un  pour  y  mourir,  l'autre  pour  être  exilé  à 
Chantilly,  Lassay  se  crut  dispensé  d'aller  avec 
eux  chercher  à  Paris  la  disgrâce  qui  devait  être 
le  prix  de  leur  équipée,  et  profita  de  sa  liberté 
pour  voyager  en  Autriche  et  en  Italie.  A  Rome, 
ii  vit  M""^  desUrsins,  alors  M""  deBracciano.  Il 
y  vit  surtout  la  princesse  de  Hanovre,  la  fameuse 


LASSAY  7GG 

Sophie -Dorothée,  et  ii  oublia  Marianne.  Les 
choses  allèrent  assez  loin  avec  la  trop  aimable 
princesse,  pour  que  Lassay  fût  obligé  de 
quitter  Rome  assez  précipitamment,  pour  éviter 
quelque  chose  du  sort  que  la  même  légitime  ja- 
lousie réservait  à  Kœnigsmark.  De  retour  à 
Paris,  Lassay  s'attacha  à  M.  le  Duc,  le  servit 
même,  dit-on,  de  plus  d'une  manière,  ettout  à  fait 
rendu  à  l'ambition  et  cette  fois  par  l'amour,  il 
chercha  d'un  côté  à  adoucir,  par  l'influence  de 
M"*de  Maintenon,  le  ressentiment  de  Louis  XIV, 
et  de  l'autre  il  osa  briguer  la  main  de  M"''  de  Gue- 
neni,  annagrame  d'Enguien,  qu'on  appelait  aussi 
M"''  de  Chateaubriand,  fille  naturelle  de  Henri- 
Jules  de  Bourbon,  prince  de  Condé,  et  de  cette 
M™'  de  Marans  que  M"^  de  Sévigné  a  immor- 
talisée par  le  ridicule.  Cette  jeune  personne,  con- 
damnée au  cloître,  n'eut  pas  de  peine  à  préférer 
Lassay  au  couvent.  Le  marquis  eut  le  tort  de 
prendre  pour  de  l'amour  cet  empressement  in- 
téressé. Il  ne  fut  pas  longtemps  à  s'y  tromper. 
Il  épousa,  le  5  mars  1696,  la  belle  Julie,  et  dès 
le  lendemain  il  était  malheureux.  Lassay  prit 
avec  dignité  une  déception  dont  l'abbé  de  Chau- 
lieu  fut  quelque  peu  l'auteur.  Il  vécut  avec  l'é- 
pouse infidèle  dans  un  isolement  plein  de  con- 
venance, et,  dégoûté  de  s'occuper  de  son  cœur, 
il  s'occupa  de  ses  affaires.  Son  père  s'était  re- 
marié avec  une  fille  ingénieuse  et  ambitieuse  de 
Bussy-Rabutin,  et  celle-ci,  habituée  à  suivre  des 
procès  et  à  les  gagner,  en  suscita  à  Lassay  de 
tous  les  côtés.  La  fille  de  celui-ci,  née  de  son  pre- 
mier mariage,  et  mariée  au  comte  de  Coligny, 
suivit  M""^  de  Montataire  dans  cette  guerre 
honteuse  où  il  s'agissait  de  consommer  la  ruine 
de  Lassay  et  de  détourner  au  profit  des  enfants 
du  second  et  tardif  mariage  de  M.  de  Montataire 
l'héritage  da  à  l'enfant  du  premier  lit.  L'affaire 
fut  évoquée  au  conseil  du  Roi,  et  se  prolongea, 
d'incident  en  incident,  jusqu'en  1711,  époque  à 
laquelle  on  finit  par  marier  ensemble  les  héri- 
tiers des  deux  parties  contendantes,  c'est-à-dire 
le  comte  de  Lassay  et  la  fïlle  issue  du  second 
mariage  de  M.  de  Montataire.  Après  tant  d'échecs 
et  de  déceptions,  le  marquis  de  Lassay  ne  pou- 
vait aspirer  qu'au  repos.  Il  prit  encore  une  fois 
cette  retraite  du  monde  qui  pour  les  hommes 
d'esprit  n'est  jamais  définitive.  Il  chercha  à  se 
consoler  par  l'amitié  de  l'amour  et  de  l'ambition. 
M"^  de  Bouzols  et  M™^  la  Duchesse,  dont  la 
liaison  avec  son  fils  était  beaucoup  plus  tendre, 
furent,  la  première  surtout,  ces  consolatrices  qu'il 
cherchait.  C'est  ainsi  qu'il  vécut  tantôt  à  ses 
châteaux  de  Lassay  et  du  Monconisy,  goûtant 
les  charmes  de  la  nature  et  la  paix  du  cœur, 
relisant  ses  classiques,  si  longtemps  négligés, 
étudiant,  méditant,  mais  surtout  se  sotivenant. 
II  revenait  de  temps  en  temps  à  Paris  pour  y 
témoigner  de  son  amour  éclairé  des  arts  et  des 
artistes.  Son  séjour  y  fut  assez  prolongé  sous  la 
régence,  et  il  eut  à  cette  époque  fiévreuse  comme 
un  regain  d'activité  et  d'ambition.  Il  sollicita, 


767 


sans  l'obtenir,  le  cordon  bleu,  parut  en  conseiller 
désintéressé  aux  conciliabules  de  Sceaux,  mais 
se  montra  surtout  des  plus  empressés  et  des 
plus  heureux  parmi  ces  nobles  agioteurs  campés 
place  Vendôme.  Le  système  qui  en  ruina  tant 
d'autres  l'enrichit  :  il  fit  de  cette  fortune  un 
usage  qui  la  réhabilita.  Il  fit  bâtir,  à  côté  du 
palais  de  M""*  la  Duchesse  (  Palais  Bourbon  ) , 
cet  élégant  hôtel  dont  Voltaire  a  fait  l'éloge,  et 
dont  il  a  placé  l'architecte  dans  son  Temple 
du  Goût,  et  qui  est  aujourd'hui  l'hôtel  de  la 
présidence  du  corps  législatif.  Il  fit  parvenir 
à  Law,  malade  et  misérable  à  Venise,  la  dîme 
de  l'opulence  qu'il  lui  devait.  Il  fit,  dans  des 
circonstances  qui  doublaient  le  prix  d'un  bien- 
fait délicat,  une  pension  à  Piron.  Ce  sont  là  des 
faits  qui  suffisent  à  démentir  l'assertion  de  d'Ar- 
genson,  qui  le  dit  intéressé.  En  1724  Lassay  ob- 
tint le  cordon  bleu ,  fut  l'ami  du  cardinal  de 
Fleury,  et  ne  fut  plus  le  courtisan  de  personne,  en 
digne  membre  de  la  Société  de  l'Entresol  (1).  Il 
se  recueillit  plus  que  jamais  dans  ses  souvenirs 
et  dans  ses  regrets,  et  fit  imprimer,  au  château 
de  Lassay,  de  1730  à  1738,  un  ouvrage  confus, 
recueil  sans  prétention  de  tout  ce  qu'il  y 
avait  de  curieux  dans  ses  portefeuilles  et  dans 
ses  souvenirs.  C'était,  au  fond,  le  meilleur  parti 
qu'eût  à  prendre  un  grand  seigneur  se  mêlant 
d'imprimer.  Cette  négligence,  ce  laisser-aller,  ce 
désordre  même  attirent  et  charment  comme  une 
exception  heureuse.  Tant  de  gens  du  monde 
veulent  être  écrivains,  qu'il  faut  savoir  quelque 
gré  de  leur  modestie  à  ceux  qui  n'y  prétendent 
pas.  On  trouve  dans  ce  Recueil  de  différentes 
choses,  dont  l'édition  originale  in-4°  est  rare,  et 
qui  a  été  réimprimé  à  Lausanne,  1759,  en  4  vol. 
in-12,  des  choses  profondes  parmi  beaucoup  de 
frivolités,  et  des  faits  curieux  parmi  bien  des 
faits  ennuyeux.  A  ses  lettres  d'amour,  à  ses  jour- 
naux de  campagne  ou  de  voyage,  aux  mémoires 
relatifs  à  sa  disgrâce  ou  à  ses  procès,  l'auteur  a 
mêlé  des  maximes  et  .des  portraits  où  se  révèle 
la  finesse  d'observation  et  l'amertume  d'expé- 
rience d'un  homme  qui,  sans  action  précise  et 
déterminée  sur  les  affaires  de  son  temps,  a  été 
cependant  un  peu  plus  qu'un  figurant  du  grand 
siècle.  Oiks'est  trop  placé,  en  le  qualifiant  ainsi, 
au  point  de  vue  étroit  et  rancunier  de  Saint-Si- 
mon, qui  a  diminué  tant  qu'il  a  pu  le  rôle  et 
le  caractère  d'un  homme  qu'il  n'aimait  pas. 
M.  Sainte-Beuve  a  parfaitement  apprécié  la  va- 
leur historique  et  littéraire  des  mémoires  du 
marquis  de  Lassay,  en  disant  «  qu'ils  le  classant, 
mais  un  cran  plus  bas,  entre  les  Caylus  et  les 
Aïssé.  »  M.  DE  .Lescure. 

'Saint-Simon,  édition  Chéruel,  t.  I,  IX,  X.  —  Mémoires 
du  marquis  d' Arçienson,  I  et  11.  —Mémoires  du  présid. 
Hénault.  —  Mèm.  de  Maupéras.  —  Mémoires  de  Riche- 
lieu (Soulavie).  —  Correspond,  de  la  princesse  Palatine. 


[1)  Société  d'hommes  de  lettres  et  de  magistrats  qui , 
vers  1730,  se  réunissaient  pour  traiter  des  questions  d'ad- 
ministration et  d'économie  politique. 


LASSAY  —  LASSEN  768 

—  Causeries  du  lundi,  t.  IX.  —  BiiUelindu  Bibliophile, 
1848  (art.  de  M.  P.  Paris  ). 


LASSELS  ou  LASCELÎ.ES  {Richard),  théolo- 
gien anglais,  né  en  1603,  â  Brokenborough,  dans 
le  Yorkshire,  mort  à  Montpellier,  en  1668.  Il  fit 
ses  études  à  l'université  d'Oxford  et  au  collège 
anglais  de  Douai.  Il  se  convertit  à  la  religion  ca- 
tholique, et  entra  dans  les  ordres.  On  a  de  lui  : 
Travels  in  Italy;  1670,  2  vol.  in-8''. 

Henri  Lassels,  qui  protégea  la  fuite  de  Char- 
les II  après  la  bataille  de  Worcester,  était  delà 
même  famille-  Z. 

Wood ,  ylthense  Oxonienses. 

*  LASSEN  {Christian),  célèbre  orientaliste 
allemand,  né  à  Bergen,  en  Norvège,  le  22  octobre 
1800.  A  la  mort  de  son  père,  il  quitta  l'université 
de  Christiania  pour  accompagner  en  Allemagne  sa 
mère,  que  sa  santé  délicate  obligeait  de  vivre  sous 
un  climat  plus  doux.  En  1822  il  se  rendit  à  Hei- 
delberg  et  de  là  à  Bonn,  pour  suivre  les  cours 
de  M.  A.-W.  de  Schlegel,  qui  le  prit  en  affec- 
tion et  lui  fit  obtenir  du  gouvernement  prussien 
les  moyens  nécessaires  pour  passer  deux  années 
à  Londres  et  à  Paris.  Il  se  perfectionna  dans 
le  sanscrit  et  dans  les  autres  langues  de  l'Inde, 
et  se  lia  avec  beaucoup  de  savants ,  notamment 
avec  Eugène  Burnouf,  qu'il  aida  à  déchiffrer 
plusieurs  manuscrits  pâli ,  langue  que  jusque  là 
on  ne  connaissait  que  de  nom.  Le  résultat  de 
leurs  travaux  communs  a  été  publié  par  la  So- 
ciété Asiatique,  sous  le  titre  d'Essai  sur  le  Pâli, 
ou  langue  sacrée  de  la  presqu'île  au  delà  du 
Gange;  Paris,  1826.  De  retour  à  Bonn,  M.  Las- 
sen  se  mit  à  étudier  l'arabe  et  le  persan.  Pour 
obtenir  le  titre  de  privât  docent ,  il  rédigea 
et  soutint  la  thèse  intitulée  :  Commentatio 
geographica  atque  historica  de  Pentapo- 
tamia  Indica,  Bonn,  1827,  où  il  a  cherché  à 
mettre  d'accord  les  données  des  écrivains  grecs 
et  latins  avec  les  poèmes  épiques  de  l'Inde, 
éclaircissant  bien  des  points  obscurs  dans  la 
géographie  de  ces  contrées.  Lorsqu'il  fut  nommé 
professeur  extraordinaire,  en  1330  (depuis  1840 
il  est  professeur  ordinaire),  il  s'occupait  avec 
M.  de  Schlegel  de  la  publication  de  la  grande 
épopée  Râmâyana  et  du  recueil  de  fables  Hi- 
topadesa;  Bonn,  1829-31,  2  vol.;  bientôt  après 
il  entreprit  celle  des  principaux  ouvrages  phi- 
losophiques des  Indiens  sous  le  titre  de  Gym- 
nosophista,  sive  indicée  philosophix  Docu- 
menta {i"^  livr.,  1832),  avec  la  traduction  la- 
tine en  regard.  Ces  importants  travaux  furent 
bientôt  suivis  des  Institufiones  Lingue  Pra- 
criticas;  Bonn,  1837,  ouvrage  indispensable 
aux  philologues  ;  du  Gitagovïnda  Jayadevee, 
poetee  indici,  drama  lyricum;  Bonn,  1837: 
une  des  plus  belles  productions  de  la  poésie 
lyrique  indienne  ;  et  d'une  Anthologia  Sans- 
critica,  glossario  instructa,  Bonn,  1838, 
qui  contient  une  foule  de  morceaux  inédits. 
Ces  différents  ouvrages  témoignent  de  la  sa- 
gacité ,  de  la  patience  et  de  la  profonde  éru- 


769 


LASSEN  —  LASSIS 


770 


dition  de  M.  Lassen,  et  ont  servi  de  précurseurs 
à  son  chef-d'œuvre  :  Indische  Altherthum- 
skunde  (Archéologie  indienne  );  Bonn,  1844- 
1852,  2  vol.  Outre  les  écrits  mentionnés,  on  a 
de  lui  :  Zur  Geschichte  der  griechischen  tmd 
indoscythischen  Kœnige  in  BaJttrieii ,  Kabul 
und  Indien  (  Documents  pour  servir  à  l'histoire 
des  rois  grecs  et  indo-scythes  de  la  Bactriane, 
du  Kaboul  et  de  l'Inde);  Bonn,  1838.  Dans  cet 
ouvrage,  M.  Lassen,  mettant  à  profit  les  récentes 
découvertes  de  sir  A.  Burnes  et  d'autres  voya- 
geurs, a  essayé  de  présenter  une  histoire  com- 
plète de  ces  contrées  peu  connues  depuis 
Alexandre  le  Grand  jusqu'à  la  conquête  des 
musulmans;  —  Die  alt-persischen  Keilin- 
schriften  (Les  Inscriptions  cunéiformes  des  an- 
ciens Persans  );  Bonn,  1836;  —  Vollstaendige 
Zusammenstellung  aller  bis  1845  bekannt 
gemachten  alt-persischen  Keilinschriften  mit 
einer  berichtigten  Erklserung  (  Tableau  com- 
plet de  toutes  les  inscriptions  cunéiformes  an- 
cien-persanes connues  en  1845,  avec  commen- 
taire); Bonn,  1845  Cet  ouvrage  contient  aussi 
les  recherches  de  Westergaard  sur  les  inscrip- 
tions cunéiformes; —  Beitrsege  z%ir  Detitung 
der  Eugubinischen  Tafeln  (  Documents  pour 
servir  à  l'explication  des  tables  Engubines  )  ; 
Bonn,  1833;  — édition  critique  du  texte  des  cinq 
premiers  chapitres  du  Vendidad;  Bonn,  1852; 
—  Grammatik  der  Beludschen  Sprache 
(Grammaire  delà  Langue Beloud)  ;  danslejournal 
asiatique  allemand  Zeitschrift  fur  Kunde  des 
Morgenlandes ,  vol.  in-S»;  —  Grammatik  der 
Brahuisprache  (  Grammaire  de  la  Langue 
Brahui);  ibid.,  in-8°;  —  un  grand  nombred'ar- 
ticles  dans  les  recueils  intitulés  :  Indische  Biblio- 
thek  (Bibliothèque  Indienne),  Rheinisches  Mu- 
séum (Muséum  Rhénan  ),  Zeitschrift  fur 
Kunde  des  Morgenlandes  {5ouTnal  pour  la  con- 
laissance  de  l'Orient),  Ency klopaedie  d'Ersch 
et  Gruber,  etc.,  etc.  M.  Lassen  est  membre 
le  la  Société  Asiatique  de  Paris  et  correspondant 
le  l'Académie  des  Inscriptions  et  Belles-Lettres. 
E.  H — G,  dans  VEnc.  des  G.  du  M.,  avecaddit. 
)ar  R.  L.] 

Conv.-Lex. 

LASSERÉ  (  François  ).  Voy.  Chérubin  (  le 
)ère  )i 

L.ASSERÉ  {Louis),  hagiographe  français,  né 

Tours,  vers  la  fin  du  quinzième  siècle ,  mort 
e  6  septembre  1546,  à  Paris.  Il  fut  chanoine  au 
chapitre  de  Saint -Martin  de  Tours,  fut  appelé 
•;n  1540  à  Paris  par  François  I*',  et  devint  prin- 
iîipal  du  collège  de  Navarre.  Un  de  ses  contem- 
)orains ,  le  théologien  Jacques  Merlin,  parle  de 
ui  avec  beaucoup  d'éloges,  comme  d'un  homme 
lussi  recommandable  par  son  érudition  que  par 
ies  vertus.  On  a  de  Lasséré  :  Explication  de  VO- 
'aison  dominicale,  de  la  Salutation  angélique 
•t  du  Symbole  des  Apôtres;  Paris,  1532,  in-l2  ; 
—  La  Vie  de  Mor  saint  Hiérosme ,  trad.  du 
afin;  Paris,  1529,  in-4°  ;  réimpr.  l'année  sui- 

NOUV.   BIOGR.   GÉNÉR.   —   T.   XXIX. 


vante,  avec  les  Vies  de  madame  sainte  Panle 
et  de  M^f"  saint  Louis;  on  cite  encore  lés  édi- 
tions de  1541  et  de  1588;  —  Traité  du  Sacre- 
ment de  l'autel;  —  Les  Cérémonies  de  la 
Messe,  à  l'usage  des  religieuses  de  Fontevi'ault  ; 
—  un  recueil  S'Épltres  latines ,  etc.       K. 

Dupin ,  Table  des  /tuteurs  eccUsiatt.  —  Lelong,  Bibl. 
Hist,  de  la  France,  II. 

LASSERRE  (Chevalier  de),  marin  français, 
né  en  1762,  à  Valenciennes,  mort  en  1826.  DevS- 
tiné  à  la  marine  royale ,  il  fit  ses  premières  ar- 
mes aux  États-Unis,  pendant  la  guerre  de  l'indé- 
pendance, puis  dans  l'Inde,  sous  les  ordres  du 
bailli  de  Suffren.  A  l'époque  de  la  révolution, 
il  se  rendit  à  l'armée  des  princes ,  servit  ensuite 
l'Angleterre,  et  commanda  un  régiment  en  Portu- 
gal. Revenu  en  France  avec  les  Bourbons ,  il 
reçut  le  grade  de  contre-amiral,  et  fut  chargé, 
durant  les  Cent  Jours,  d'une  mission  politique 
en  Vendée  ;  pendant  que  le  roi  était  à  Gand ,  il 
eut  la  direction  des  affaires  de  la  marine.  Lors 
de  la  seconde  restauration ,  il  fut  mis  à  la  tête 
de  l'école  de  marine  d'Angoulème,  et  présida  à 
l'organisation  de  cet  établissement.  On  a  de  lui  : 
Essais  historiques  et  critiques  sur  la  Marine 
de  France  de  1661  à  1789,  par  îin  ancien  of- 
ficier de  la  marine  royale;  Londres,  1813, 
in-8°  ;  la  seconde  édition,  qui  n'est  pas  anonyme, 
est  datée  de  1814;  —  De  l'Administration  de 
la  marine  par  un  conseil  d'amirauté;  Paris, 
1824,  in-8°.  K. 

MahuI,  Ann.  IVécrolog.,  1827.  —  Moniteur  univ.,  1826. 

LASSIS  (iV.),  médecin  français,  né  à  Châtillon- 
sur-Loing,  le  21  octobre  1772,  mort  à  Toulon, 
en  1835.  Il  se  consacra  à  la  médecine  militaire. 
En  1793  il  était  chirurgien  de  troisième  classe 
à  l'hôpital  militaire  du  Val-de-Grâce,  à  Paris, 
et  l'année  suivante  chirurgien  à  l'hôtel  des  In- 
valides. Lorsqu'en  1812  il  apprit  les  ravages 
qu'exerçait  le  typhus  sur  l'armée  française,  il 
quilta  Nemours,  où  il  vivait  retiré,  pour  se  rendre 
àMayence,  principal  foyer  delà  maladie.  Il  étudia 
avec  soin  l'épidémie,  et  acquit  la  conviction  que 
les  maladies  typhoïdes  ne  sont  nullement  con- 
tagieuses. Il  développa  cette  opinion  dans  un 
ouvrage  qu'il  publia  en  1819,  et  lorsqu'en  1821 
la  fièvre  jaune  sévissait  à  Barcelone,  il  fut  un  des 
médecins  qui  en  étudièrent  les  effets  et  soutin- 
rent qu'elle  n'avait  aucun  principe  contagieux. 
Il  alla  même  jusqu'à  prétendre  que  les  quaran- 
taines et  les  cordons  sanitaires  étaient  des  me- 
sures à  la  fois  inutiles  et  barbares.  Lorsqu'en 
1832  éclata  le  choléra,  il  montra  un  dévoue- 
ment aussi  ardent  que  désintéressé,  surtout 
dans  les  communes  de  Saint-Ouen  et  de  Saint- 
Cyr,  qui  lui  décernèrent  une  médaille  comme 
témoignage  de  leur  reconnaissance.  Ses  observa- 
tions sur  le  choléra  vinrent  fortifier  son  opinion 
anti-contagioniste.  Membre  de  l'Académie  de 
Médecine,  il  communiqua  à  ce  corps  divers  mé- 
moires pour  soutenir  et  développer  son  système, 
et  affirmer  que  toutes  les  affections  épidéniiques 

26 


771  LASSK  - 

pouvaient  ôtre  assimilées  à  des  affections  pure- 
ment fébriles.  Les  membres  de  cette  académie, 
peu  d'accord  entre  eux  sur  ce  sujet,  ne  se  pro- 
noncèrent point.  Lassis  mourut  victime  de  son 
zèle  à  Marseille,  où  il  était  allé  soigner  les  cbo- 
lériques.  Ses  principaux  écrits  sont  -.  Disserta- 
tion sur  les  avantages  de  la  paracentèse 
pratiquée  dès  le  commencement  de  l'hydro- 
pisie  abdominale;  Paris,  1803,  in-8°;  — 
Recherches  sur  les  véritables  causes  des  ma- 
ladies épidémiques  appelées  typhus,  ou  de 
la  non-contagion  des  maladies  typhoïdes; 
Paris,  1819,  in-S";  reproduit  en  1822,  sous  ce 
titre  :  Causes  des  maladies  épidémiques; 
moyens  de  les  prévenir  et  d'y  remédier; 
Paris,  in-8°;  il  a  ajouté  à  cette  édition  des  Ré- 
flexions sur  l'épidémie  d'Espagne;  —  Cala- 
mités affreuses  résultant  du  système  de  la 
contagion  et  même  de  celui  de  l'infection; 
Résultat'^  avantageux  de  l'application  de  la 
saine  doctrine,  etc.;  Saint- Germain-en-Laye, 
1829,  in-8°;  —  Remarques  sur  la  marche 
suivie  dans  les  recherches  de  la  vérité  rela- 
tivement aux  épidémies;  Paris,  1833,  in-8°; 
—  Réflexions  relatives  à  la  question  des 
quarantaines  élevée  devant  l'Académie  des 
Sciences  ;  Paris,  1833,  in-S";  —  Sur  les  causes 
des  épidémies,  leurnature,  les  moyens  d'y  re- 
médier et  même  de  les  prévenir,  mémoire  lu  à 
l'Académie  de  Médecine,  le  23  août  1825  (  Ar- 
chives générales  de  Médecine,  t.  IX.)  G.  de  F. 

Documents  particuliers.  —  Journal  de  la  Librairie. 
L.ASSONE  (Joseph-Marie-François  de), 
chimiste  et  médecin  français,  né  à  Garpentras,  le 
3  juillet  1717,  mort  à  Paris,  Iç  8  décembre  1788. 
Son  père  était  médecin  ordinairedu  roi  Louis XV, 
et  lui  fit  commencer  ses  études  dans  l'art  de  gué- 
rir par  la  chirurgie.  Admis  comme  élève  à  l'hos- 
pice de  La  Charité,  le  jeune  de  Lassone,  sous  les 
leçons  de  Morand,  fit  de  tels  progrès  qu'à  peine 
âgé  de  vingt-et-un  ans  il  remportait  le  prix  pro- 
posé par  l'Académie  royale  de  Chirurgie  i>our 
l'extirpation  du  cancer  à  la  matrice.  Plus  tard 
il  se  fit  agréger  à  la  Faculté  de  Médecine  de 
Paris,  et  peu  après  l'Académie  des  Sciences  lui 
ouvrit  ses  poites.  Il  renonça  à  l'anatomie  à  la  suite 
d'un  accident  semblable  à  celui  qui  était  arrivé 
à  Vésale.  Lassone  fut  plus  heureux  ;  au  moment 
où  il  allait  plonger  le  scapel  dans  son  sujet,  il 
reconnut  en  lui  certains  signes  de  vitalité,  et 
parvint  à  le  ramener  au  sentiment  et  même  à  le 
guérir  ;  mais  il  demeura  si  frappé  du  meurtre  in- 
volontaire qu'il  eût  pu  commettre,  qu'il  abandonna 
la  chirurgie  pour  la  médecine.  En  1751,  la  reine 
Marie-Leczinska  l'attacha  à  sa  personne,  et  dans 
la  suite  il  devint  premier  médecin  de  Louis  XVI 
et  de  sa  femme,  Marie- Antoinette.  Les  fonc- 
tions attribuées  à  cette  place  lui  paraissant  trop 

importantes  pour  être  remplies  par  une  seule 
personne ,  il  provoqua  la  fondation  de  la  Société 
royale  de  Médecine.  Lassone  fit  des  remarques 
intéressantes  sur  rinflammation  du  phopphoio 


LASSUS  772 

et  la  qature  des  ses  acides.  Il  a  inséré  dans  les 
recueils  de  l'Académie  des  Sciences,  et  de.  la 
Société  royale  de  Médecine  une  quarantaine  de 
Mémoires,  parmi  lesquels  on  distingue  surtout 
ceux  qui  ont  pour  objet  l'organisation  des  os ,  et 
diverses  observations  d'histoire  naturelle.  Il  a 
publié  séparément  une  Méthode  éprouvée  pour 
le  traitement  de  la  rage;  Paris,  1776,  in-4o. 
L-— 2— E. 

Orfila,  dans  la  Biographe  ]ifiid\çaj^, 
LASSVS  (  Orlané  ou  Roland  de  ),  célèbre 
compositeur  belge  du  seizième  siècle,  né  à  Mons, 
en  1520,  et  mort  à  Munich,  le  14  juin  1594.  Une^ 
grande  incertitude  a  longtemps  régné  sur  le  lieu  i 
et  l'année  de  la  naissance  de  ce  musicien  ;  son  ' 
véritable  nom  même  semblait  un  problème.  Plu- 
sieurs historiens  lui  ont  donné  celui  d'Orland  de 
Lassus,  qu'il  avait  effectivement  pris  et  qu'il  i 
porta  ju.squ'à  sa  mort;  d'autres  l'ont  appelé  Or- 
lando  di  Lasso,  Roland  Lassus,  Roland  Las- 
sé, etc.  Tous  ces  doutes  ont  été  levés ,  il  y  a 
quelques  années  seulement,  par  Delmotte,  au- 
teur d'une  intéressante  notice  sur  Orland  de 
Lassus;  et  il  est  démontré  aujourd'hui  que  cet 
artiste, qui  s'appelait  Roland  de  Lattre,  ne  na- 
quit point  en  1534,  comme  le  prétendent  Moréri 
et  l'abbé  Fontenay,  ni  en  1530,  suivant  l'opinion 
de  Samuel  de  Quickelberg,  ami  du  compositeur 
dont  il  s'agit,  mais  en  1520,  et  qu'enfin,  malgré 
l'assertion  de  Corio,  dans  son  Histoire  de  Mi- 
lan, il  n'était  pas  Italien,  mais  Belge  et  né  ai 
Mons.  Ces  faits,  qui  nous  paraissent  incontes- 
tables ,  sont  consignés  dans  un  passage  des  An- 
nales du  Hainaut,  par  Vinchant,  que  Delmotte 
a  découvert  en  compulsant  le  manuscrit  original; 
de  cet  ouvrage  (1).  Ce  curieux  document  est 
ainsi  conçu  :  «  Fut  né  en  la  ville  de  Mons  Orland 
dit  Lassus  (  ce  fut  en  cest  an  que  Charles  V 
fut  couronné  empereur  à  Aix-la-Chapelle)  ;  il 
fut  de  son  temps  le  prince  et  le  phénix  des 
musiciens ,  d'où  lui  vient  ce  vers  ; 

«  Hic  ille  Orlandtis  Lassum  qui  recréât  orbem. 
«  Il  fut  né  donc  en  la  rue  ^icte  Gerlande,  à 
l'issue  de  la  maison  portant  l'enseigne  de  la 
Noire  Teste.  Il  fut  enfant  de  chœur  en  l'église 
de  Saint-Nicolas  de  la  rue  de  Havrecq.  Après 
que  son  père  fut  par  sentence  judicielle  con- 
traint de  porter  en  son  col  un  pendant  de 
fausses  monnoies  et    avec  iceluy    faire   trois 

pourmaines  (  promenades  ou  tours  )  publique- 
ment à  l'entour  d'un  hour  (  échafaud  ),  dressé 
pour  avoir  esté  convaincu  d'estre  faux  mo- 
noyer,  le  dit  Orland,  qui  s'appellait  Roland  de 
Lattre,  changea  de  nom  et  surnom  s'appellant 

Orland  de  Lassus,  etainsy  quitta  le  pays  et  s'en 
alla  en  Italie  avec  Ferdinand  de  Gonzague,  qui 

suivait  le  party  du  roi  de  Sicile,  etc.  » 
Quelques  auteurs ,   entre  autres   Samuel  dç 


(1)  Ce  manuscrit  est  à  la  bibliothèque  publique  dcMons; 
il  a  été  acheté,  à  Bruxelles,  à  la  vente  des  manuscrits  de 
M.  Leelcrcqz,  de  Mons,  en  1889. 


773  LASSUS 

Quickelberg,  dans  sa  notice  sur  Roland  de  Lat- 
^re,  publiée  en  1566,  rapportent  que  ce  musicien, 
dont  les  heureuses  dispositions  pour  l'art  dans 
lequel  il  devait  s'illustrer  un  jour  s'étaient  ré- 
vélées dès  ses  plus  jeunes  années,  fut  enlevé 
trois  fois  à  ses  parents,  à  cause  de  la  beauté  de 
sa  voix,  lorsqu'il  était  enfant  de  chœur  à  l'église 
Saint-Nicolas;  que  les  deux  premières  fois  sa 
famille  le  retrouva  ,  mais  qu'à  la  troisième  on 
consentit  à  ce  qu'il  demeurât  à  Saint-Didier, 
auprès  de  Ferdinand  de  Gonzague,  général  au 
seivice  de  l'Empire  et  vice-roi  de  Sicile,  qui 
après  la  guerre  l'emmena  avec  lui ,  à  l'âge  d'en- 
viron douze  ans,  à  Milan,  puis  en  Sicile.  Del- 
inotte  n'ajoute  pas  foi  à  cette  histoire  d'enlève- 
ments; il  lui  parait  plus  vraisemblable  de  penser 
qu'après  le  supplice  infamant  subi  par  son  père, 
le  malheureux  jeune  homme ,  désireux  de  s'é- 
loigner de  sa  ville  natale,  se  sera  adressé  à 
Ferdinand  de  Gonzague,  qui,  connaissant  son 
mérite  et  son  talent,  s'empressa  de  l'accueillir. 

Quoi  qu'il  en  soit,  Roland  de  Lattre  suivit  de 
Gonzague  à  Milan,  où  il  prit  le  nom  à'Orlando 
di  Lasso,  qui  fut  ensuite  latinisé  et  changé  en  celui 
i'Orlandus  Lassus,  et  de  Milan  il  se  rendit  avec 
son  protecteur  en  Sicile,  où  il  acheva  de  s'ins- 
truire dans  son  art  ;  mais  lorsqu'il  eut  atteint  sa 
dix-  huitième  année ,  il  quitta  la  Sicile  pour  ac- 
compagner Constantin  Castriotto  à  Naples,  où 
1  resta  trois  ans  environ  au  service  du  marquis 
délia  Terza.  En  1541,  le  désir  de  voir  Rome  le 
conduisit  dans  cette  ville;  l'archevêque  de  Flo- 
ence,  qui  s'y  trouvait  alors,  lui  fit  l'accueil  le  plus 
bienveillant,  et  le  logea  dans  son  palais  pendant 
six  mois.  Peu  de  temps  après.  De  Lattre  obtint 
a  place  de  maître  de  chapelle  de  l'église  Saint- 
fean-de-Latran ,  ainsi  que  le  constatent  les  re- 
gistres de  cette  église,  dont  l'abbé  Baini  a  donné 
m  extrait  dans  son  mémoire  sur  Pierluigi  de 
Palestrina,  tome  P"",  note  109.  Il  fallait  que  le 
Tfiérite  de  De  Lattre  fût  déjà  bien  remarquable 
)our  que  dans  une  ville  telle  que  Rome,  où  il 
xistait  alors  des  compositeurs  de  premier  ordre 
)our  l'église ,  on  confiât  des  fonctions  aussi  im- 
)ortantes  à  un  jeune  homme  de  vingt-et-un-ans. 

Deux  ans  après  son  entrée  à  la  maîtrise  de 
Saint-Jeande-Latran,  Lassus,  que  désormais  nous 
lésignerons  par  ce  nom,  sous  lequel  il  est  le 


774 


l)lus  généralement  connu ,  apprit  qu'une  grave 
naladie  menaçait  les  jours  de  ses  parents;  il 
)artit  aussitôt  de  Rome  pour  se  rendre  à  Mons  ; 
nais  à  son  arrivée  dans  cette  ville  ceux  aux- 
|uels  il  devait  l'existence  n'étaient  déjà  plus.  Les 
ieux  qui  l'avaient  vu  naître  n'ayant  plus  pour 
ni  que  de  tristes  souvenirs ,  il  ne  tarda  pas  à 
'en  éloigner,  et  alla  visiter  l'Angleterre  et  la 
lance ,  en  compagnie  de  César  Brancaccio , 
'unft  famille  noble  et  amateur  éclairé  des 
eaux-arts.  A  son  retour  de  ces  voyages ,  Las- 
u:>  Tint  s'établir  à  Anvers,  où  il  demeura  deux 
liS,  et  y  fut,  dit-on,  maître  de  chapelle  à  l'église 
oiie-Dame.  Les  quatorze  années  qui  s'écoulè- 


rent depuis  son  départ  de  Rome  jusqu'en  1.557 
forment  la  période  la  moins  connue  de  sa  car- 
rière, pendant  laquelle  toutefois  l'artiste,  qui 
était  dans  toute  la  vigueur  de  l'âge,  produisit 
nu  grand  nombre  d'ouvrages  qui  répandirent  au 
loin  sa  réputation. 

En  1557  Albert  V,  dit  le  Généreux,  duc  de 
Bavière,  invita  Lassus  à  venir  à  sa  cour,  en  lui 
faisant  des  offres  avantageuses  et  en  l'engageant 
à  amener  avec  lui  quelques  bons  musiciens  belges 
pour  le  service  de  sa  chapelle.  Lassus  accepta, 
se  rendit  à  Munich,  et  justifia  promptement  par 
son  érudition,  son  esprit,  sa  gaîté  naturelle,  sa 
conduite  irréprochable,  et  surtout  par  la  beauté 
de  ses  compositions ,  la  renommée  qui  l'avait 
précédé.  L'année  suivante,  il  épousa  Regina 
Weckinger,  fille  d'honneur  de  la  duohesse,  et 
en  1562  le  duc  Albert,  qui  avait  su  apprécier  les 
qualités  personnelles  et  le  mérite  de  Lassus,  le 
nomma  directeur  de  sa  chapelle,  la  meilleure  qui 
existât  à  cette  époque  en  Europe ,  par  le  nombre 
comme  par  le  talent  des  artistes  qui  en  faisaient 
partie;  elle  se  composait  de  seize  enfants  de 
chœur,  six  castrats,  treize  contraltos,  quinze  té- 
nors, douze  basses  et  trente  instrumentistes ,  en 
tout  quatre-vingt-douze  musiciens.  De  tels 
moyens  d'exécution ,  l'affection  que  le  duc  té- 
moignait à  Lassus  et  les  éloges  qu'il  lui  prodi- 
guait, étaient  bien  faits  pour  exciter  la  verve  de 
l'artiste  dont  le  génie  se  développa  alors  dans 
toute  sa  puissance.  C'est  de  cette  époque  de  sa 
vie  que  datent  ses  grandes  compositions,  parmi 
lesquelles  on  remarque  principalement  ses 
Psaumes  de  la  Pénitence  et  ses  Magnificat. 
Il  eut  bientôt  une  réputation  univer.selle.  En 
Allemagne,  en  France,  en  Angleterre  et  dans  les 
Pays-Bas ,  on  le  surnomma  le  prince  des  mu- 
siciens; il  n'y  avait  de  son  temps  que  Palestrina, 
l'illustre  maître  de  l'école  romaine,  auquel  les 
Italiens  décernaient  le  même  titre,  qui  sous 
plusieurs  rapports  lui  fût  supérieur  par  son  ta- 
lent. Partout  ses  productions  musicales  étaient 
recherchées  avec  empressement.  Les  souverains 
eux-mêmes,  partageant  l'enthousiasme  général 
et  désirant  attirer  l'artiste  à  leur  cour,  lui  fai- 
saient faire  les  propositions  les  plus  flatteuses, 
et  plusieurs  lui  donnèrent  d'éclatants  témoignages 
de  leur  estime.  Au  mois  de  décembre  1570,  à  la 
diète  de  Spire,  l'empereur  Maximilien  accorda 
à  Lassus  des  titres  de  noblesse  ainsi  qu'à  ses 
enfants  légitimes  et  à  leurs  descendants  des 
deux  sexes ,  et  phis  tard  le  pape  Grégoire  XIII 
le  créa  chevalier  de  Saint-Pierre  à  l'éperon  d'or, 
en  le  faisant  revêtir  des  insignes  de  cet  ordre 
avec  tout  le  cérémonial  accoutumé. 

En  1571,  Lassus  fit  un  second  voyage  en 
France,  et  vint  à  Paris  ;  c'était  la  première  fois 
qu'il  visitait  cette  ville,  comme  il  le  dit  lui-même 
dans  la  dédicace  d'un  de  ses  ouvrages  (1).  Adrien 

(1)  Un  excellent  article,  inséré  dans  la  Revue  Musicale 
du  17  septembre  1831,  et  dû  à  U  plume  d'un  écrivain  aussi 
savant  qne  consciencieux,  M.  Anders,  attaotié  à  la  Bs- 

25. 


775 


LASSUS 


776 


Leroy,  célèbre  -imprimeur  de  ce  temps,  et  mu- 
sicieji  lui-même,  le  logea  flans  sa  maison  et  le 
présenta  à  Charles  IX,  qui  l'accueillit  avec  la 
plus  grande  bienveillance  et  lui  fit  de  riches 
présents  lorsqu'il  quitta  Paris  pour  retourner  à 
Munich.  Plus  tard ,  après  les  massacres  de  la 
Saint-Barthélémy,  ce  malheureux  prince,  tour- 
menté par  les  remords ,  se  souvint  de  Lassiis. 
L'impression  que  lui  avaient  faite  ses  Psaumes 
de  la  Pénitence  se  présenta  à  son  esprit  trou- 
blé ;  il  voulait  les  entendre  encore  exécuter  sous 
la  direction  de  l'artiste  lui-même,  et  fit  offrir  à 
ce  dernier  la  maîtrise  de  sa  chapelle  avec  un 
traitement  considérable.  La  reconnaissance  que 
Lassus  avait  pour  les  bontés  du  duc  Albert  lui 
faisait  un  devoir  de  refuser  cette  offre  ;  mais  le 
duc ,  quoique  voyant  à  regret  le  départ  de  celui 
qu'il  appelait  la  perle  de  sa  chapelle,  eut  la 
générosité  de  l'engager  à  ne  pas  lui  sacrifier  des 
avantages  qu'il  ne  pouvait  lui  procurer  à  sa 
cour.  Lassus  se  mit  en  route  au  mois  de  mai 
1574  ;  mais  à  peine  était-il  arrivé  à  Francfort, 
qu'il  reçut  la  nouvelle  de  la  mort  de  Charles  IX. 
Aussitôt  il  rebroussa  chemin,  et  revint  à  Munich, 
où  le  duc  ,  charmé  de  son  retour,  le  réintégra 
dans  ses  fonctions  et  le  combla  de  nouvelles  fa- 
veurs, en  lui  assurant ,  pour  toute  la  durée  de 
son  règne,  la  jouissance  de  son  traitement  qui 
était  de  400  florins.  Malheureusement  Lassus 
eut  bientôt  à  déplorer  la  perte  de  son  protec- 
teur, on  peut  dire  de  son  ami.  Le  duc  Albert 
mourut  le  24  octobre  1579.  Son  successeur, 
Guillaume  V,  dit  le  Pieux,  qui  aimait  aussi  la 
musique ,  conserva  l'artiste  auprès  de  lui  sans 
rien  changer  à  sa  position.  Lassus ,  grâce  à  ses 
économies ,  était  parvenu  à  amasser  une  somme 
de  4,000  florins.  En  1587,  le  duc  Guillaume, 
voulant  lui  donner  un  témoignage  particulier  de 
sa  bienveillance,  lui  fit  présent  d'un  jardin  situé 
à  Meising,  sur  la  route  de  Furstenfeld ,  et  quel- 
tjues  mois  après  il  accorda  à  sa  femme  une 
pension  annuelle  de  100  florins.  Indépendam- 
ment de  cette  propriété  de  Meising,  Lassus  en 
possédait  encore  une  autre  à  Putzburn ,  dans  le 
district  de  Wolfarthshausen. 

Lassus  avait  atteint  sa  soixante-septième  an- 
née ;  ses  occupations  quotidiennes  de  maître  de 
chapelle  absorbaient  tout  son  temps  et  com- 
mençaient à  lui  faire  éprouver  de  la  fatigue;  il 
désirait  vivement  être  dispensé  d'un  service  aussi 
pénible,  afin  de  pouvoir  se  livrer  tout  entier  à 
la  composition.  Sur  sa  demande ,  le  duc  Guil- 
laume lui  permit  d'aller  passer  chaque  année 
quelques  mois  dans  sa  propriété  de  Meising,  mais 
en  réduisant  son  traitement  de  moitié,  c'est-à- 
dire  à  200  florins  ;  seulement,  pour  que  cette  ré- 
duction fût  moins  sensible  à  l'artiste,  il  lui  pro- 
mit de  prendre  soin  de  ses  deux  fils,  Ferdinand 
et  Rodolphe.  La  perte  de  200  florins  parut  trop 


bllothèque  impériale  de  Paris,  contient  des  détails  pleins 
d'intérêt  sur  ce  voyage. 


considérable  à  lassus;  il  renonça  à  son  projet 
de  passer  une  partie  de  l'année  à  la  campagne, 
et  continua  de  s'acquitter  avec  zèle  de  ses  fonc- 
tions de  maître  de  chapelle,  consacrant  le  reste 
de  son  temps  à  écrire  de  nouveaux  ouvrages.  Le 
laborieux    compositeur    redoublait    d'efforts, 
comme  s'il  eût  pressenti  que  son  génie  allait  i 
bientôt  s'éteindre;  mais  cette  continuelle  tension 
d'esprit,  à  un  âge  où  le  repos  lui  était  si  néces- 
saire,  eut  pour   lui  des  suites  aussi  funestes, 
qu'imprévues.  Un  jour  qu'il  s'était  rendu  à  Mei- 
sing, il  se  trouva  subitement  indisposé  ;  on  le  t 
ramena  à  Munich,  où  il  ne  reconnut  aucun  des  s 
siens;   ses    facultés  mentales    l'avaient   aban- 
donné. Sa  femme,  effrayée,  fit  aussitôt  prévenir  i 
la  princesse  Maximilienne ,  sœur  du  duc  Guil- 
laume, qui  s'empressa  d'envoyer  son  médecin, 
le  docteur  Mermann ,  auprès  du  malade.  Des  ' 
soins  assidus  produisirent  une  amélioration  ap- 
parente dans  la  santé  de  l'artisti,  mais  sa  raison' 
ne  revint  pas  ;  une  sombre  tristesse  avait  rem- 
placé sa  gaieté  naturelle  ;  et  peu  de  temps  après,: 
le  14  juin  1594,  il  expirait,  à  l'âge  de  soixante- 
quatorze  ans  (1).  Il  fut  inhumé  dans  le  cime-ï 
tière  de  l'église  des  Franciscains,  à  Munich,  oîijj 
on  lui  éleva  un  superbe  tombean  en  marbrei 
rouge ,  orné  de  bas-reliefs  représentant  dans  la- 
partie  supérieure  l'ensevelissement  du  Christ, 
avec  les  saintes  femmes,  et  plus  bas  les  armoi- 
ries de  Lassus ,  ainsi  que  l'artiste  lui-même  ea- 
louré  de  toute  sa  famille.  Lorsqu'en  1800  le  ci- 
metière des  Franciscains  fut  détruit ,  Heigel ,  ar- 
tiste du  théâtre  de  la  cour  et  grand  admirateuri 
des  œuvres  de  Lassus ,  fit  enlever  ce  tombeau ,! 
et  le  plaça  dans  son  jardin ,  devenu  depuis  lai 
propriété  d'une  demoiselle  de  Manntich.  C'ests 
dans  ce  jardin ,  où  il  se  trouvait  encore  en  1830,j 
que  M.  Schmidhammer  l'a  découvert  et  en  a  faiti 
prendre  le  dessin,  queDeimottea  reprodmt  dansi 
sa  notice.  Enfin,  le  23  mai   1853,  la   ville  de; 
Mons  a  rendu  un  solennel  hommage  à  la  mémoire 
du  célèbre  compositeur  qu'elle  avait  vu  naîli'e,- 


(1)  Les  auteurs  ne  sont  pas  plus  d'accord  sur  la  date 
de  la  mort  de  cet  homme  célèbre  que  sur  celle  de  sai 
naissance;  ils  ne  se  rencontrent  que  sur  le  jour  et  le 
mois  (3  juin  ).  Leur  opinion  diffère  à  l'égard  de  l'aoïi 
née  :  les  uns  indiquent  1E86  comme  celle  de  son  décès 
d'autres  1593,  beaucoup  1494,  et  quelques-uns  1695.  Les 
actes  de  1697  cités  plus  baut  prouvent  évidemment  qut 
la  date  de  1585  ne  peut  se  soutenir  ;  la  date  de  1598 
est  également  inadmissible,  car  la  dédicace  des 
Lagrime  di  S.  Pietro  à  Clément  VIII  est  datée  du  25 
mai  1594.  Lassus  vivait  donc  encore  à  cette  dernière 
époque  i  mais  il  est  probable  qu'il  mourut  bientôt  après, 
ainsi  que  l'indiquent  les  mots  o6itt  1594,  qui  se  trouveni 
sur  le  portrait  de  ce  musicien  gravé  parSadeler.  QuanI 
à  la  date  de  1695,  qu'on  voit  sur  te  tombeau  de  Lassus,  elle 
paraît  être  celle  de  l'érection  du  monument.  M.  Oehn, 
conservateur  de  la  bibliothèque  royale  de  Berlin,  a  tran- 
ché la  question  :  dans  une  lettre  adressée  le  al  mars  186», 
à  M.  Camille  Wins,  président  de  ia  Société  des  Sciences, 
des  Arts  et  des  Lettres  du  Hainaut,  ce  savant  annonce 
qu'il  existe  dans  les  archives  de  la  cour  et  de  l'État,  4 
Vienne,  une  lettre  écrite  par  la  veuve  de  Lassus  à  Marie, 
archiduchesse  d'Autriche,  dans  laquelle  elle  lui  fait  pari 
que  son  mari  est  mort  le  14  juin  1594.  Nous  avons  adopta 
celte  date  jusqu'à  preuve  contraire. 


777 


LASSUS 


778 


en  lui  érigeant  au  lieu  dit  le  Parc  une  belle 
statue  en  bronze,  due  au  ciseau  de  l'habile  sculp- 
teur belge    M.  B.  Frison,  de  Tournay. 

Lassus  avait  eu  de  sa  femme,  Regina  Wec- 
kinger,  qui  mourut  au  mois  de  juin  1600,  quatre 
fils,  Ferdinand,  Adolphe,  Jean  et  Ernest,  et 
deux  filles,  Anne  et  Regina. 

Il  est  peu  d'artistes  qui  aient  eu  de  leur  temps 
une  renommée  aussi  universelle  et  aussi  popu- 
laire que  Lassus.  Pour  bien  apprécier  le  mérite 
de  ce  musicien,  il  fautse  rappeler  quel  était  l'état 
de  l'art  à  l'époque  à  laquelle  ses  œuvres  com- 
mencèrent à  se  répandre.  L'école  flamande,  infé- 
rieure à  l'école  italienne  pendant  le  quatorzième 
siècle,  avait  acquis  au  quinzième  siècle  et  au 
commencement  du  seizième  une  supériorité 
marquée  sur  celle-ci,  dont  elle  était  devenue  le 
modèle  ;  mais  alors  le  talent  d'un  compositeur 
consistait  principalement  dans  son  habileté  à 
combiner  des  sons  selon  les  règles  du  contre- 
point, en  prenant  pour  thème  obligé  de  ses  messes 
des  chansons  vulgaires  dont  les  airs  et  les  pa- 
roles formaient  un  monstrueux  contraste  avec 
les  textes  sacrés;  à  peine  trouvait-on,  au  milieu 
de  ces  subtilités  de  la  science,  quelques  traces 
de  goût  sous  le  rapport  de  la  mélodie  et  de 
l'expression.  Lassus  suivit  d'abord  l'exemple 
des  maîtres  de  son  temps;  mais  bientôt  son  gé- 
nie, prenant  sonessor,se  fraya  une  route  nouvelle, 
ill  donna  à  sa  musique  religieuse  le  caractère 
grave  et  simple  qui  convient  à  la  majesté  de 
l'Église,  et  quoique  Palestrina,  son  contem- 
porain et  son  émule ,  l'emporte  sur  lui  de  même 
que  sur  tous  les  autres  musiciens  de  cette 
époque  par  l'admirable  pureté  de  son  style  et 
par  l'élégante  manière  de  faire  chanter  les  par- 
ties et  de  leur  donner  de  l'intérêt,  la  gloire  de 
Lassus  n'en  brille  pas  moins  encore  du  plus  vif 
éclat,  et  l'on  ne  saurait  contester  le  mérite  de 
cet  artiste  qui  fut  le  véritable  chef  de  l'école  al- 
lemande comme  Palestrina  fut  le  chef  de  l'école 
italienne.  C'est  à  ses  chants  heureux,  c'est  à 
cette  tournure  hardie,  élégante  et  facile  qui  dis- 
tingue sa  musique  légère,  que  Lassus  dut  sur- 
tout l'immense  popularité  de  ses  œuvres. 

Les  travaux  de  Lassus  attestent  une  prodi- 
gieuse fécondité.  On  a  de  lui  cinquante-trois 
messes,  dont  deux  de  Requiem,  un  nombre 
considérable  de  motets ,  d'hymnes ,  de  psaumes 
et  autres  compositions  religieuses,  près  de  huit 
cents  morceaux  de  musique  profane,  tels  que  des 
madrigaux,  des  chansons  latines,  françaises  et 
allemandes.  M.  Schmiedharamer,  savant  biblio- 
thécaire chargé  du  riche  dépôt  de  la  bibliothèque 
royale  de  Munich,  ayant  sous  les  yeux  les  œuvres 
imprimées  et  manuscrites  de  Lassus ,  en  a  fait 
un  relevé  général  dont  le  chiffre  s'élève  à  2,337. 
C'est  à  la  bibliothèque  de  Municli  que  se  trouve 
conservéela  copie  des  Psaumes  de  la  Pénitence, 
de  Lassus ,  que  le  duc  Albert  V  de  Bavière 
fit  exécuter  avec  un  luxe  dont  il  n'y  eut  point 
d'exemple.  Ce  superbe  manuscrit  est  composé 


de  quatre  volumes  in-folio,  reliés  en  maroquin 
rouge  et  garnis  en  vermeil  ciselé  et  émaillé;  le 
poids  total  des  garnitures  est  de  vingt-quatre 
livres.  Des  armoiries,  des  portraits  du  duc  Al- 
bert, de  Lassus,  du  peintre  Jean  Mielich,  qui  a 
exécuté  les  miniatures  de  l'ouvrage,  de  Samuel  de 
Quickelberg,auteur  des  descriptionsdes  volumes, 
du  calligraphe  Frishammer,  de  Gaspard  Lindel, 
qui  a  surveillé  l'exécution  de  toutes  les  parties 
de  l'œuvre,  de  Georges  Seghkein,  l'orfèvre  qui  a 
ciselé  les  garnitures  de  livres  et  du  relieur  Gas- 
pard Ritter,  font  de  ce  manuscrit  un  monument 
unique.  Il  a  été  publié  un  grand  nombre  d'édi- 
tions des  ouvrages  de  Lassus;  nous  renvoyons  le 
lecteur  curieux  de  les  connaître  à  la  notice  de 
Delmotte  et  à  la  Biographie  universelle  des 
Musiciens  de  M.  Fétis,  en  nous  bornant  ici  à 
indiquer  les  principales  : 

Messes  :  Cipriani  de  Rore ,  Annibalis  Pata- 
vini  et  Orlandi  Liber  Mïasarum  4,  5  et  6  vo- 
cum;  Venise,  1566,  in  4°;  —  Missap-  aliquot 
5  vocum.  illustrât,  principis  D.  Guilhelmi 
comit.  Palat.  Rheni,  etc.,  liberalitati  in  lu- 
cem  editx;  Munich,  1574,  iu-fol.;  —  Liber 
Missarum,  k  et  ï>  vocum;  Nuremberg,  1581, 
in-4°;  —  Missx  cum  cantico  Beatee  Marias 
octo  modis  musicis ;  Paris,  t5S3,  in-fol. ;  — 
Missee  decem  cum  4  vocibus  ;  Venise,  1588, 
in  4";  — Missse  aliquot  à  vocum;  Munich,  1589, 
in-4''  ;  —  Lassus  (  Orland  )  Belga,  musicorum 
Orpheus,  chorique  apud  sereniss.  Boj.  prin- 
cipes annis  40  prasfectus.  Missse  posthumas 
sex  ritu  veteri  Romano  catholico ,  in  modes 
Qua  senos,  qua  octonos  temporatae ,  hac- 
tenus  ineditx  et  omnium  quas  edidit  selec- 
tissimœ  :  vulgatse  demum  affectu,  studio , 
sumptu  super stitis  fila  Rodolphi  de  Lasso, 
sereniss.  Bojor.  duci  Maximiliano  ad  odis 
atque  organis;  Munich,l610,  in-foL  max.;  — 
Magnifigats  :  Magnificat  octo  tonorum,  4,  5 
et  6  vocum;  Nuremberg,  1567,  in-4°;  —  Ma- 
gnificat octo  tonorum  5  et  6  vocum  ;  Nurem- 
berg, 1572,  in-fol.;  —  Octo  cantica  divse  Ma- 
rias Virginis  quse  vulgo  Magnificat  appellan- 
tur,  secundum  singulos  octo  tonorum  4  voci- 
bus; Munich,  1573,  in-fol.  max.; — Magni- 
ficat aliquot  4,  5,  6  et  8  vocum;  Munich, 
1576,  in-fol.  ;  —  Lassi  sereniss.  Bojorumàucis 
symphoniacorum  praefecti ,  cantica  sacra, 
recens  numeris  et  modulis  musicis  ornata, 
nec  alibi  antea  typis  vulgata,  &  et  9,  vocibus; 
Munich,  1585,  in-4''; — Magnificat  4,5  et  6 vo- 
cibus ad  imitationem  cantilenarum  quarum 
singulari  concentus  hilaritate  excellentium ; 
Munich,  1587,  in-fol.  ;—  Magnificat  octo  tono- 
rum 4,  5  et  6  vocum;  1601;  —  Lassi  {Or- 
landi ) ,  serenissimorum  Bavarise  ducum  Al- 
berti  et  Guilielmi  music.  pre/ecti  Jubilus 
B.  Virginis  H.  E.  centum  magnificat ,  labore 
et  impenso  Rodolphi  de  Lasso ,  sereniss. 
utriusque  Bavariee  ducis  Maximiliani,  etc., 
melopœi  et   organistes  prselodatee;  Munich, 


779 


LASSUS 


780 


1619,  in-4°;  les  morceaux  contenus  dans  ce 
livre  sont  écrits  pour  cinq,  six,  sept,  huit,  et  dix 
voix.  —  Psaumes  :  Lassi,  musicorum  apud  se- 
reniss.  Bavariae  ducum  Gnillielmum,  etc., 
rectoris,  Psalmi  Davidici  pœnitentiales ,  mo- 
dis  musicis  redditi,  atque  antehac  nunquam 
in  lucem  editi.  His  accessit  Psalmus  :  «  Lau- 
date  Dominum  de  cœlis  ;  »  5  vocum  ;  Munich, 
1584,  in-4°;  —  Psalmi  sacri  3  vocum;  Munich, 
1588,  in^"  ;  —  Cinquante  Psaumes  de  David, 
avec  la  musique  à  cinq  parties,  par  Orlande 
de  Lassus.  Vingt  autres  Psaumes  à  cinq  et 
six  parties,  par  divers  musiciens;  Heidelberg, 
1597,  in-4°.  —  Lamentations  et  Leçons  :  Sa- 
crée Lcctiones  novem  exprofetac  Job,  it  vocum, 
in  officiis  defunctorum  cantari  solit.r,  etc.  ; 
Venise,  1565,10-4°;  —  Passio  à  vocum.  Item 
Lectiones  Job,  et  Lectiones  matutinse  de  Na- 
tivitateivocum;  Munich,  1575,  in-fol;  —  Lassi, 
sereniss.  Bavùriae  dtici^  Gnilielmtis,  etc.  Sa- 
celll  magistri,  Uieremise  prophetx  Lamenta- 
tiones,  et  alise  pi  se  cantionesy  nunquam  an- 
tehac visse;  Munich,  1585,  in-4"; —  Moduli 
i  et  8  vocum  partim  a  queritationibus  Jobe, 
partim  e  psalm.  Davidis  et  aliis  Scripturx 
lacis  descripti  ;  La  Rochelle,  1576,  in-4°;  — 
Le  Lagrime  di  S.  Pietro  descritte  del  si- 
gner Luigi  Tansillo;  Munich,  1595,  in-fol.  — 
Motets  :  Jt  primo  libro  de'  motetti  di  Or- 
to«rfo  di  ZûW50;  Venise,  1545,  in -4°;  —  Sa- 
cras Cantiones  (  vulgo  motetee  appellatse  )  5  et 
6  vocum.  Liber  secundus;  Venise,  1560,  in-4°; 
—  Sacrx  Cantiones  5  vocum,  cum  viva  voce, 
tum  omnis  generis  instrumentis  cantatii  com- 
modissimge;  Nuremberg,  1562,  in-4<>; —  Sacrœ 
Cantiones  ô  et  6  vocum.  Liber  tertius;  Ve- 
nise, 1566,  ïn-4'',  contenant  trente  motets  ;  — 
Sacrée  Cantiones  6  et  8  vocum.  Liber  quartus  ; 
Venise,  1566,10-4";  —  Lassi,  illustr.  Bavai-iee 
duc'is  AiOtru  musici  chori  magistri,  selectio- 
rum  ail  quoi  cantionum  sacrarum  6  vocum 
fasciculus,  adjunctis  in  fine  tribus  dialogis 
S  vocum,  quorum  nihil  adhuc  in  lucem  est 
editum;  Munich,  1570,  in-4''.  C'est  le  cin- 
quième livre  des  motets  ;  il  contient  vingt-trois 
morceaux;  —  Moduli  quinis  vocibus  nunquam 
hactenus  editi ,  Monachii  Boiorum  compo- 
siti;  Paris,  1571,in-4°.  Ce  livre  est  le  sixième; 

Cantionum  quos  motetos  vocant  Opus  no- 

Vîim,  pars  i;  Munich,  1573,  in-fol.;  —  Lassi, 
musicorum  apud  sereniss.  Bavarix  ducem 
Guillelmus,  rectoris,  Motetta,  6  vocum;  Mu- 
nich, 1582,  in-4°;  —  Lassi,  serenissimi  Bava- 
riee  ducis  Guilielmi,  etc.,  musicorum  prœ- 
fecti  sacrée  Cantiones,  antehac  nunquam 
visse,  nec  typis  uspiam  ( sic)  excusœ,  4  vocum; 
Munich,  1585,  in-4".  —  On  a  publié  plusieurs 
collections  générales  des  motets  de  Lassiis;  la 
plus  belle  et  la  plus  précieuse  est  celle  que  les 
deux  fils  de  cet  artiste,  Ferdinand  et  Rodolphe, 
ont  itiibliée  après  la  mort  de  leur  père,  sous  le 
titre  de:  !Sîiignnm  Opus  MuMCum  OrUindi  de 


Lasso,  capellx  Bavariee  qtiondam  magistri, 
complectens  omnes  cantiones  quos  vulgo  mo- 
tetos vocant,  tamantea  éditas  quam  hactenus 
nundum  publicatos,  2,  3,  4,  5,  6,  7,  8,  10,  12 
vocum,  etc.;  Munich,  1604,  6  vol.  infol.,  qui 
contiennent  cinq  cent  douze  motets.  —  Madri- 
gaux ET  Chansons  latines,  françaises  et  al- 
lemandes :  Il  primo  e  secundo  Libro  de'  Ma- 
drigali  a  5  voci;  Venise,  1559,  in-4°;  —  Il 
primo  Libro  de'  Madrigalia  4  voci,  insieme  al- 
cuni  Madriqali  d'altri;  Venise,  1560,  in-4''; 

—  Di  Madrigali  a  4  voci  il  secundo  Libro;  \ 
Rome,  ,  1563;  —  Il  terzo  Libro  de'  Madrigali  i 
a  4  voci;  Venise,  1564 ^  10-4°;  — Il  Libro 
terzo  de  Madrigali  a  5  voci;  ibid.,  1564,, 
in-4°  ;  —  De'  Madrigali  a  5  voci  il  quarto  Li 
bro;  1567,  in-4";  —  //  quinto  Libro  de'  Ma 
drigali  fi  4  voci,  Lasso,  1587,  in-4°;  —  IH 
sesto  Libro  de'  Madrigali  a  ke  b  voci;  Venise, 
1588,  10-4°;  —  Libro  de  Villanelle,  Moresche 
ed  altre  canzoni  a  4,  5j  6  erf  8  voci;  Paris, 
in-4°,  obi.;  —  Le  quatorzième  Livre  à  quatre 
parties  contenant  dix-huit  chansons  ita- 
liennes, six  chansons  fr an çoi ses  et  six  mo- 
tets faiets  (à  la  nouvelle  composition  d'au- 
cuns d' Italie)  ;  AQ\ers ,  1655,  in-4''.  M.  Fétis 
fait  remarquer  quece  recueil  n'est  indiquéjcomme 
quatorzième  livre  que  parce  qu'il  appartient  à 
une  collection  de  diver-<  auteurs  publiée  par  Tyl- 
man  Susato;  —  Nouvelles  Chansons  à  quatre 
parties,  convenables  tant  à  la  voix  comme 
aux  instruments.  Le  pi'emier  Livre;  Anvers, 
1566,  10-4°;  — le  second  Livre  des  Nouvelles 
Chansons  tant  à  quatre  comme  à  cinq  par- 
ties; Anvers,  1566,  in^"; —  Tiers  Livre  des 
Chansons  de  quatre,  cinq  et  six  parties, 
convenables  tant  aux  instruments  qu'à  la 
voix;  Louvain,  1566,  in-4°;  —  Le  quart  Livre 
des  Chansons  nouvellement  composées  par 
Roland  de  Lassus,  convenables  tant  aux 
instruments  comme  à  la  voix;  Anvers,  1564, 
in-4'';  —  Livre  de  Chansons  nouvelles  et 
cinq  parties,  avec  deux  Dialogues  à  huict; 
Paris,  1571,  in-4''.  Lassus  avait  publié  lui- 
même  ce  recueil  pendant  son  séjour  à  Paris; 
le  même  ouvrage  a  paru  l'année  suivante  à  Lou- 
vain ,  sous  le  titre  :  Livre  V  de  Chansons  nou- 
velles à  cinq  parties.  Après  la  publication  de 
ce  cinquième  livre,  il  a  été  fait  une  multitude  de  k 
collections  complètes  ou  choisies  des  œuvres  de* 
Lassus.  A  la  liste  des  ouvrages  que  nous  ve- 
nons de  citer,  nous  ajouterons  encore  :  Moduli 
duobus  vel tribus,  lib.  //Munich,  1582,  in-4®; 

—  Cantiones  elegiacse  suavissimœ  2  vocibus, 
lib.  ///Anvers,  1598,  in-4°;  —  Orlandi  di 
Lasso  PropJietias  Sibyllarum  4  vocibus,  chro- 
matico  more  singulari  confectee  industria  et 
per  Rodolphum,  ejus  filium,  typis  datas; 
Augustae,  1600,  in-8»;  — Nouvelles  Chansons 
allemandes  à  cinq  voix ,  propres  à  chanter 
sur  tous  les  instruments  ;Man\ch,  1567,  in-4°; 
— Deuxième  partie  des  Chansons  allemandes 


781 


LASStrS 


782 


à  cinq  voix  {en  allemand);  ibid.,  1573,  in-4°; 
—  Troisième  partie  des  belles  Chansons  al- 
lemandes nouvelles  à  cinq  voix,  avec  une  gaie 
chansonnette  françoise  (en  allemand);  ibid., 
1576,  Jn-4";  —  Téutsche  und  Franzœsische 
Gesœngemit  6  Stimmtn  (Chansons  nouvelles 
allemandes  et  françaises);  Munich,  1590, 
in  4°  ;  —  Etliche  ausserlesene  kurze  gute , 
christlicke  tnid  weltliche  Liedlein  mit  4 
Stimmen ,  sozuvor  in  Franzassischer  Sprach 
aussgangen ,  jetzund  tiber  mit  Teutschen 
Texten,  und  mit  des  Authors  Bewilligimg  in 
Truck  gegeben ,  durch  Johann  Bùhler  von 
ScAwando/;//(  Quelques  Chansons  choisies,  tant 
spirituelles  que  profanes ,  à  quatre  voix ,  com- 
posées d'abord  sur  des  paroles  françaises,  mais 
aujourd'hui  publiées  en  allemand ,  imprimées  du 
consentement  de  l'auteur  par  Jean  Biihler  de 
Schwandorif);  Munich,  1582,  in^".  Ce  livre  ren- 
ferme trente  chansons.  Dieudonné  Denne-Bakon. 
Gcrber,  HUtorisch-Biographischea  Lexikon  der  Ton- 
kunstler.  —  Biirney,  A  gênerai  History  of  Music.  — 
Choron  et  Fayolle,  Dictionnaire  historique  des  Musi- 
ciens. '—  H.  Delinotte,  Notice  biographique  sur  Roland 
Delattre;  Valenciennes,  1836.  —  Kétis,  Biographie  uni- 
verselle des  Musiciens.  —  Rapport  de  M.  Camille  Wins, 
président  de  la  Société  des  Sciences,  des  Arts  et  des  Lettres 
du  Hainaut,  à  l'ocèasioiï  àè  la  statue  de  Lassus ,  à  Mons, 
et  pièces  annexées  à  ce  rapport;  Mons,  1854,  in-12. 

LASSUS  (  Ferdinand  be  ) ,  fils  du  précédent, 
et  musicien  comme  sou  père ,  mort  à  Munich, 
le  27  août  1609.  Il  fut  d'abord  attaché  à  la  cha- 
pelle de  Frédéric ,  comte  de  Hohenzollern,  puis, 
en  1593,  à  celle  du  duc  de  Bavière,  et  suc- 
céda, en  1602,  à  Jean  d«  Tôsta  dans  la  direction 
de  cette  même  chapelle.  On  a  de  ce  musicien  : 
Cantiones  sacne  suavissimae  et  omnium  mu- 
skorum  instrumentorum  harmonix  per 
quam  accommodalee,  alias  nec  visse  nec  un- 
quam  iypis  subj-ectee;  Gratz^  1588,  in-4°.  On 
trouve  aussi  quelques  motets  de  sa  composition 
à  la  suite  des  leçons  de  Job  de  Roland  de  Lassus, 
publiées  à  Nuremberg,  en  1588,  in-4°,  ainsi  que 
dans  le  recueil  de  motets  à  cinq  voix  (  Munich, 
1596,  in-4°  ),  et  dans  ie  premier  livre  de  Magni- 
ficat (.Munich,  1602,  in-fol.  ). 

D.  D.— B. 

Delmotte,iVoHee  biographique  sur  Roland  Delattre.— 
Pétis,  Biographie  universelle  des  Musiciens. 

L.ASSCS  (Rodolphe  de),  frère  du  précé- 
dent, né  à  Munich,  et  mort  dans  cette  ville,  en 
1625,  fut  organiste  de  la  cour  de  Guillaume, 
duc  de  Bavière ,  et  se  distingua  par  son  talent 
comme  compositeur.  Il  a  publié  :  Cantio- 
nes sacrée  4  wocmw  ;  Munich ,  1606,  in-4°;  — 
Circus  symphoniacu^;  ibid.,  1609,  in-4''; — 
Modi  sacri  ad  convivium  sacrum  2,  3  et  G 
vocum;  Augsbourg,  1614,  in-4";  —  Virgina- 
lia  Eucharistica  4  vocum;  Munich,  1616, 
in-4"'  ;  —  Alphabetum  marianum  triplici  can- 
timum  série  ad  multifariam  vocum  harmo- 
«icm;  Munich,  1621.  Ce  recueil  contient  cin- 
jquante-sept  antiennes  de  la  Vierge.  On  trouve 
inussi  des  comiwsitions  de  Rodolphe  de  Lassus 


dans  plusieurs  recueilfcdes  œuvres  de  son  père. 
En  1617  iloffrit  au  duc  régnant  quinze  volumes 
manuscrits  renfermant  six  messes,  six  ma- 
gnificat et  six  motets;  la  bibliothèque  royale 
de  Munich  ne  possède  pas  ces  ouvrages,  mais  on 
y  trouve  le  madrigal  à  six  voix  :  Perche  fuggi^ 
et  un  Miserere  à  neuf  voix  de  ce  musicien. 
D.—D.— Baron. 

Dêlmotte,  Notice  biographique  sur  Rolandie  Lattre  ; 
Valenciennes  ;  1836  (elle  a  été  traduite,  en  allemand, 
avec  des  remarques  par  Dehu;  Berlin,  1837  ).  —  l8ol, 
Ad.  îàathieu.  Biographie  de  Roland  de  Lattre;  Mons, 
in-8".  —  Castil  Blaze;  Revue  de  Paris,  juillet,  1888. 

LASscs  (  Pierre  ),  chirurgien  français ,  né  à 
Paris,  le  11  avril  1741,  mort  le  16  mars  1-807. 
Son  père  était  maître  en  chirurgie  et  estimé 
comme  praticien.  Sous  ses  leçons  le  jeune  Las- 
sus parvint  bientôt  lui-même  à  la  maîtrise  (  1"  j  uin 
1765).  Malgré  sa  jeunesse  l'Académie  royale  de 
Chirui'gie  lui  confia  les  fonctions  de  démonstra- 
teur, et  en  1770  mesdames  Victoire  et  Sophie  de 
France,  filles  de  Louis  XV,  le  choisirent  pour  chi- 
rurgien. En  1779  il  acheta  le  titre  de  lieutenant 
du  premier  chirurgien  ;  il  eut  aussi  les  emplois 
d'inspecteur  des  écoles  et  trésorier  du  collège 
de  l'Académie  de  Chirurgie.  Il  devint  en  1781 
professeur  d'opérations  chirurgicales.  Lorsque 
les  princesses  tantes  de  Louis  XVI  sortirent 
de  France,  Lassus  les  suivit,  mais  il  profita  dii 
décret  qui  rayait  de  la  liste  des  émigrés  les 
personnes  qui  auraient  été  en  pays  étranger 
pour  la  culture  et  le  progrès  des  sciences.  A  la 
création  des  écoles  de  santé,  Lassus  y  fut  admis 
comme  professeur  d'histoire  de  la  médecine  et  puis 
de  pathologie  externe.  Nommé  membre  de  l'Insti- 
tut ,  il  y  exerça  pendant  deux  ans  les  fonctions 
de  secrétaire,  et  reçut  ensuite  celles  de  bibliothé- 
caire. L'empereur  Napoléon  l'attacha  à  sa  per- 
sonne comme  chirurgien  consultant.  Lassus, 
comme  professeur,  se  distingua  par  la  méthode , 
mais  sa  pratique  n'a  jamais  été  fort  étendue.  On 
a  de  lui  :  Nouvelles  Méthodes  de  traiter  les 
fractures  (par  Pott),  avec  une  Description  des 
Attelles  de  Sharp  pour  le  traitement  des  Frac- 
tures de  la  jambe  ,  trad.  de  l'anglais;  Paris, 
1771,  in-12;  et  1783,  in-S";  —  Sur  la  Lymphe, 
dissertation  couronnée  par  l'Académie  de  Lyon 
en  1773;  Paris,  1774,  m-8";  —  Sur  les  Mala- 
dies vénériennes,  trad.  de  Tanglais  de  Turner; 
Paris,  177-7,  2  vol.  m-12;  —  Essai  ou  Dis- 
cours historique  et  critique  sur  les  décou- 
vertes faites  en  anatomie  par  les  anciens  et 
les  modernes;  Paris,  1783,  in-8°;  —  Manuel 
pratique  des  Amputations  des  membres,  trad. 
de  l'anglais  d'Alanson;  Paris,  1784,  in-12;  — 
Éphémérides  de  toutes  les  parties  de  l'art  de 
guérir  (avec  Pelletan);  Paris,  1790,  in-S";  — 
Traité  élémentaire  de  Médecine  opératoire; 
Paris,  1795,  2  vol.  in-8°;  —  Traité  de  Patho- 
logie chirurgicale;  Paris,  1805-1806,  2  vol. 
in-8°  ;  et  quelques  mémoires  dans  divers  recueils 
de  médecine.  L — z— s. 

Boycr,  dans  la  BiograplUc  Médicale, 


783 


LASSUS  —  LASTKNIO 


784 


LASsrs  {Jean-Baptiste-Antoine) ,  architecte 
français  ,  né  à  Paris  ,  le  19  mars  1807,  mort  à 
Vichy,  le  15  juillet  1857.  Élève  de  Labrouste,  il 
entra  en  1828  à  l'École  des  Beaux- Arts,  qu'il  quitta 
en  1830,  et  se  livra  à  des  études  archéologiques. 
Attaché  au  comité  des  arts  et  monuments  his- 
toriques, il  dessina  plusieurs  projets  de  restaura- 
tion d'édifices  gothiques  ou  de  la  renaissance.  £n 
1840,  il  futchargé,  avecM.  Viollet-te-Duc,  de  l'ins- 
pection des  travaux  de  la  Sainte-Cliapelle,  qui 
furent  terminés  en  1856.  C'est  aussi  sur  ses  plans 
et  sous  sa  direction  qu'eut  lieu  la  restauration 
de  l'église  Saiirt;-G«rmain-rAuxerroi8,  restituée 
au  culte.  A  la  suite  d'un  concours,  il  obtint  en- 
core avec  M.  VioUet-le-Duc,  en  1845,  la  restau- 
ration de  Notre-Dame  de  Paris  et  la  construc- 
tion de  la  nouvelle  sacristie  de  la  cathédrale. 
Enfin,  en  1854  il  donna  les  plans  et  fit  élever 
la  nouvelle  église  paroissiale  de  Belleville.  Il  était 
en  outre  chargé  du  service  des  édifices  diocé- 
sains de  la  Sarthe  et  d'Eure-et-Loir,  et  parta- 
geait ce  même  service  avec  M.  VioUet-le-Duc 
dans  le  département  de  la  Seine.  Lassus  a  suc- 
cessivement exposé  au  saloH  :  Palais  des  Tui- 
leries tel  qu'il  fut  projeté  et  en  partie  exé- 
cuté en  1564  par  Philibert  Delorme  (  1833  )  ; 

—  Sainte- Chapelle  du  Palais  telle  qu'elle 
était  à  la  fin  du  quinzième  siècle  (  1835  )  ;  — 

—  Réfectoire  du  prieuré  royal  de  Saint-Mar- 
tin-d es-Champs  à  Paris  compris  dans  les  bâ- 
timents du  Conservatoire  des  arts  et  métiers 
(1836);  —  Peinture  sur  verre  du  treizième 
siècle  prise  dans  la  cathédrale  de  Chartres 
(1837);  —  Châsse  destinée  aux  reliques  de 
sainte  Radegonde; — Église  deSaint-Aignan 
(  Loir-et-Cher  )  ;  1855,  Ces  travaux  lui  avaient 
valu  unemédaillede3e  classe  en  1833,  de  2^  classe 
en  1834  et  la  croix  d'honneur  en  1850.  Il  a  en 
outre  fait  paraître  Monographie  de  la  cathé- 
drale de  Chartres  :  architecture,  sculpture 
d'ornements  et  peinture  sur  verre;  Paris, 
1843,  in-fol  :  M.  Amaury  Duval  a  donné  pour  le 
même  ouvrage  la  statuaù-e  et  la  peinture  sur 
mur,  et  M.  Didron  un  texte  explicatif  ;  —  Réac- 
tion de  l'Académie  des  Beaux-arts  contre  l'Art 
gothique;  Paris,  1846,  in-8».  Enfin,  Lassus  a 
fourni  divers  articles  aux  Annales  Archéologi- 
ques et  avait  annoté  l'Album  de  Villard  de  Hon- 
necourt,  manuscrit  qui  a  été  publié  en  fac-similé 
annoté  par  Alfred  Darcel,  en  1858.   L.  Loutet. 

Vapereaa.  Dict-  univ.  des   Contemp.  —  Bourquelot  et 

Maury,   la  Litt.  Franc,  contemp.  —    Vio)lel-le-Duc , 

Tjettre  sur  M.  Lassus,  dans  VJrtiste  du  26  juillet  1857. 

—  Mérimée,  dans  le  Moniteurda  20  décembre  1858. 

L,ASTANOSA    DE    FtGUERELAS  (   Vincent- 

Jean  ),  numismate  espagnol ,  né  à  Huesca,  vers 
1606,  mort  en  1685.  Il  consacra  une  partie  de  sa 
fortune  à  former  un  cabinet  de  médailles  et  une 
collection  d'antiques.  Sa  maison  de  Figuerelas 
était  un  musée  que  André  d'Ustarroz  a  célébré 
dans  un  poërae  intitulé  :  Bescripcion  de  las  An- 
tiguedades  y  Jardines  de  Vinc.-Juan  de  Las- 
tanosa;  Saragosse,   1647,  in-S".  On  a  de  lui  : 


Bialogos  de  las  medallas  disconocidas  espa- 
nolas,  avec  trois  dissertations  sur  le  même 
sujet  par  le  P.  Paul  Albiniano  de  Rajas,  de  don 
Francisco  de  Ursea,  et  du  docteur  André  de  Us- 
tarroz;  Huesca,  1645,  in-4°;  —  Oraculo  ma- 
nual  y  arte  de  prudencia;  Huesca,  1647, 
in-4°  ;  —  Tratado  de  la  Moneda  Jaquesa ,  y 
de  otras  de  oro  y  plata  del  regnode  Aragon; 
Saragosse,  1681,  in-4''.  Les  deux  volumes  de 
Lastanosa  sur  les  médailles  sont  rares  et  curieux; 
on  les  trouve  ordinairement  réunis.        Z. 

Nicolas  Antonio,  Bibliotheca  Hispana  nova.  —  Brunel, 
Manuel  du  Libraire. 

*  LASTARRIA  (  D.-J.V.),  écrivain  et  juris- 
consulte chilien,  né  vers  1810.  Nommé  à  l'as- 
semblée législative  par  le  district  de  Copiapo, 
il  fut  choisi  par  l'université  pour  rempUr  la 
place  de  professeur  de  législation  et  du  droit  des 
gens  à  l'institut  national  de  Santiago.  M.  Las- 
tarria  s'est  acquis  de  la  réputation  comme  ora- 
teur, et  à  la  chambre  il  s'est  montré  parfois 
l'antagoniste  du  président  actuel,  D.   Manuel 
Monte.  L'un  de  ses  premiers  ouvrages  est  un 
traité  de  géographie  destiné  à  faire  connaître  le 
pays  dont  il  a  étudié  les  lois.  Ce  travail  est  in- 
titulé Lecciones  de  Jeografia  moderna  para 
la   ensenanza  de  la  Juventud  americana, 
obra  adoptada  por  la  universidad  ;  9®  édit., 
Valparaiso,  1857,  in- 18.  Les  autres  écrits  de 
cet    écrivain    sont  consacrés   à   la    jurispru- 
dence :  Bosquejo  historico  de  la  Constitucion 
del  gobierno  de  Chile  durante  el  primer  pe- 
riodo  de  la   Revolucion  desde  i8i0  hasta 
1814;  Santiago  de  Chile,  1847,  in-8";  —  Dis- 
cursos  academicos ;  Santiago,  1844,  in-8°  ;  — 
Historia  constitucional  del  medio  siglo,  Re- 
vista  de  los  progressos  del  systema  repre- 
seniativo  en  Europa  i  America  durante  los 
primeras    cincuenta    anos   del   siglo    XIX . 
la  parte,  desde  1820  hasta  1825;  Valparaiso, 
1853,  in-8°;  —  La  Constitucion  de  poliiica  > 
de  la  Republica  de  Chile  comentada  ;  Valpa- 
raiso,1856,  in-8°  ;— Proyectos de  ley  iDiscursos  ' 
parlamentarios ;  Valparaiso,   1857;  —  Mis- 
celanea  literaria;  Valparaiso,  1855,   in-32. 
M.  Lastarria  est  un  des  hommes  qui  font  le  plus 
d'honneur  à  l'Amérique  du  sud.  F.  D. 

Documents  particuliers. 
LASTENIO    ou   DALLE    LASTE   (Natale), 

polygraphe  italien,  né  à  Marostica,  dans  le  Vi- 
cenlin,  le  30  mars  1707,  mort  le  20  juin  1792. 
Il  professait  avec  distinction  les  lettres  anciennes 
à  Padoue  lorsque  ses  démêlés  avec  Facciolati 
l'obligèrent  à  quitter  l'université  en  1733.  Il  ou- 
vrit un  collège  particulier  à  Venise  en  1738,  et 
publiadivers  opuscules  qui  annonçaient  un  érudit 
et  un  bon  latiniste.  En  1764,  après  la  mort  de 
Facciolati,  il  fut  nommé  histoiiographe  de  l'u- 
niversité de  Padoue;  mais  les  magistrats  véni- 
tiens trouvant  qu'il  s'acquittait  trop  lentement 
de  sa  tâche  la  lui  retirèrent,  et  lui  donnèrent,  en 
1769,  la  place  de  consulteur  et  réviseur  des  brefs 


785 


LASTEYRIE 


(88 


pontificaux.  Dalle  Laste  mourut  à  quatre-vingt- 
cinq  ans,  dans  sa  petite  maison  de  campagne  de 
Murzano,  près  de  Marostica.  On  a  de  lui  une 
trentaine  d'ouvrages ,  presque  tous  écrits  en  la- 
tiu,  et  peu  importants.  Les  principaux  sont  : 
Laurentii  Pataroli  Vita ,  en  tête  des  Œuvres 
de  Patarol ;  Yemse ,  1743;  —  Gratulationes  ; 
accedit  Epistola  deMusœo  Phllippi  Farsettii  ; 
Padoue,  1767,  in-8°;  —  Vita  Francisai  Alga- 
rotti ,  dans  les  Vitse  Italorum  de  Fabroni  ;  — 
Carmina;  Padoue,  1774,  in-4°;  —  Scritture 
Due  al  Senato  di  Venezia,  l'una  intorno  aile 
bolle  dei  benefizii  ecclesiastici ,  l'altra  sopra 
li  requisiti  necessarii  nei  cancellieri  eccle- 
siastici per  legalmente  esercitare  il  loro  uf- 
Hzio  ;  dans  la  Collezione  di  scritture  di  régla 
Giurisdizione  ;  Florence,  1771-1774  ;  —  une  tra- 
duction de  l'Enéide;  Venise,  1795,  2  vol.  m-8°. 

Z. 
Tipaldo ,  Biografia  degli  Italiani  itlustri,  l.  V. 

liASTBTRiE-DDSAiLLANT  (  Charles-Phi- 
libert, comte  de),  agronome,  industriel,  philan- 
thrope et  publiciste  français,  né  à  Brives-la-Gail- 
larde  (Corrèze),le  4  novembre  1759,  mortàParis, 
le  3  novembre  1849.  Il  fit  ses  premières  études  à 
Limoges,  et  vint  les  terminer  à  Paris.  Il  entreprit 
ensuite  des  voyages  en  Angleterre,  en  Italie,  en 
Sicileet  en  Suisse  pour  perfectionner  ses  connais- 
sances en  économie  rurale.  En  dépit  des  lois  de  la 
terreur,  il  eut  le  courage  de  rester  en  France  jus- 
qu'au 9  thermidor.  Il  se  rendit  ensuite  en  Espagne, 
d'où  il  fit  venir  un  troupeau  de  mérinos.  En  1799 
il  parcourut  la  Hollande,  le  Danemark,  la  Suède, 
la  Norvège  et  une  partie  de  l'Allemagne  ;  il  re- 
tourna en  Espagne  en  1803 ,  en  Suisse  et  en 
Italie  en  1809.  Partout  il  faisait  des  observations 
utiles,  qu'il  consigna  dans  ses  mémoires.  En  ap- 
prenant l'invention  de  Senefelder,  Lasteyrie  se 
rendit  à  Munich  en  1812,  afin  d'y  apprendre  la  li- 
thographie. Les  suites  de  la  guerre  de  Russie  le 
forcèrent  àrevenir  en  France  ;  mais  il  retourna  en 
Bavière  en  1814,  après  la  paix,  engagea  des  ou- 
vriers ,  qu'il  ramena  avec  lui  l'année  suivante ,  et 
créa  la  première  lithographie  qui  ait  existé  à  Paris. 
Ses  presses  servirent  d'abord  à  l'impression  des 
circulaires  du  ministre  de  la  police,  puis  à  toutes 
sortes  d'ouvrages.  Lasteyrie  fut  un  des  principaux 
membres  de  la  Société  d'Encouragement  pour 
l'Industrie  nationale ,  de  la  Société  Philanthro- 
pique, de  la  Société  centrale  d'Agriculture,  de 
la  Société  Asiatique,  de  la  Société  de  Vaccine,  de 
la  Société  pour  l'Enseignement  mutuel,  et  il  s'oc- 
cupa également  de  répandre  la  méthode  Jacotot. 
Sous  l'empire ,  il  avait  imaginé  une  société  des- 
tinée à  venir  au  secours  des  savants  et  des  au- 
teurs infirmes  ou  nécessiteux  et  que  la  misère 
pouvait  empêcher  de  mettre  au  jour  des  œuvres 
utiles,  ou  à  encourager  des  jeunes  gens  dont  le 
génie  ne  pouvait  s'étendre  faute  de  secours. 
Cette  société  avait  réuni  des  fonds  et  fait  impri- 
mer ses  règlements  lorsque  la  police  la  fit 
dissoudre.  Il  avait  des  opinions  libérales  très- 


prononcées,  et  y  demeura  fidèle  jusqu'à  sa  mort, 
ainsi  qu'aux  idées  philosophiques,  qu'il  dé- 
fendait encore  à  l'âge  le  plus  avancé.  Dans 
sa  vieillesse,  il  avait  voulu  fonder  une  société 
consacrée  aux  travaux  de  la  philosophie.  Il  a 
écrit  beaucoup  de  livres  d'agriculture  et  d'ins- 
truction élémentaire  ;  il  aida  de  ses  deniers  la  pu- 
blication de  livres  utiles  et  encouragea  les  nou- 
veaux procédés  de  culture  et  d'élève  des  bestiaux. 
On  a  de  lui  :  Essai  pour  diriger  et  étendre  les 
recherches  des  voyageurs  qui  se  proposent  l'U' 
tilité  de  leur  patrie ,  traduit  de  l'anglais ,  du 
comte  Léopold  Berchtold;  Paris,  1792,  2  vol. 
in-8°  ;  —  Traité  des  Bêtes  à  Laine  d'Espagne, 
leurs  voyages,  leur  tonte,  le  lavage  et  le 
commerce  des  laines,  les  causes  qui  donnent 
la  finesse  aux  laines,  etc.  ;  Paris,  1799,  in-8°  ; 

—  Société  en  faveur  des  Savants  et  des  Hom- 
mes de  lettres;  Paris,  1801,  in-8°  ;  —  Histoire 
de  V Introduction  des  Moutons  à  laine  fine 
d'Espagne  dans  les  divers  États  de  l'Europe 
et  au  cap  de  Bonne-Espérance  ;  Paris,  1802, 
in-8";  —  De  l'Engraissement  des  Bestiaux; 
Paris,  1804,  in-12;  —  Du  Cotonnier  et  de  sa 
Culture;  Paris,  1808,  in-8°; —  Du  Pastel,  de 
l'Indigotier  et  des  autres  Végétaux  dont 
on  peut  extraire  une  couleur  bleue;Fans,  1811, 
in-8°;  —  Nouveau  Système  d'Éducation  pour 
les  écoles  primaires,  adopté  dans  les  quatre 
parties  du  monde;  Paris,  1815,  1819,  in-8°; 

—  Des  Fosses  propres  à  la  conservation 
des  grains,  et  de  la  manière  de  les  cons- 
truire ;  Paris,  1819,  in-4°;  —  Collection  de 
machines,  d'instruments,  ustensiles,  cons- 
tructions, appareils,  etc.,  employés  dans  l'é- 
conomie rurale,  domestique  et  industrielle , 
d'après  les  dessins  faits  dans  diverses  par- 
ties de  l'Europe;  Paris,  1820-1821,  1822,  2  vol. 
in-4°,  avec  200  planches  lithographiées  dans 
l'imprimerie  de  Lasteyrie;  —  Méthode  naturelle 
de  l'Enseignement  des  Langues;  Paris,  1826, 
in-18  ;  —  Des  Écoles  des  Petits  Enfants  des 
deux  sexes  de  l'âge  de  dix- huit  mois  à  six 
ans;  Paris,  1829,  in-8°;  —  De  la  Liberté  de 
la  Presse  illimitée;  Paris,  1830,  in-8'';  —  His- 
toire naturelle  et  économique  du  Chien,  avec 
la  description  de  ses  différentes  races,  de 
leurs  mœurs,  de  leurs  usages ,  etc.  ;  Paris, 
1830,  1834,  in-12;  —  Histoire  naturelle  et 
économique  du  Mouton  et  de  la  Chèvre;  Paris, 
1834,  in-12;  —  Histoire  naturelle  et  écono- 
mique du  Cheval,  de  l'Ane  et  du  Mulet;  Paris, 
1834,  in-12;  —  Histoire  naturelle  et  écono- 
mique du  Cochon,  du  Lapin,  du  Cochon  d'Inde, 
du  Chat  et  du  Furet;  Paris,  1834,  in-18;  — 
Histoire  naturelle  et  économique  du  Chameau, 
du  Dromadaire,  du  Renne,  du  Lama  et  de  la 
Vigogne  ;  Paris,  1834,  in-18;  —  Histoire  natu- 
relle et  économique  du  Bœuf,  de  la  Vache  et 
du  Buffle  ;  Paris,  1834,  in-18  ;  —  La  lecture  par 
Images;  Varis,  1834,  in-4°;  -^Typographie 
économique ,  ou  l'art  de  Timprimerie  mis  à 


787 


LASTEYRIE 


la  portée  de  tous ,  et  applicable  aux  diffé- 
rents besoins  sociaux;  Paris,  1837,  in-8"  ;  — 
Sentences  de  Sextius ,  philosophe  pythagori- 
cien, traduites  en  français  pour  la  première 
fois,  accompagnées  de  notes;  Paris,  1843, 
in-12;  —  Des  Droits  naturels  de  tout  in- 
dividu vivant  en  société  ;  Paris,  1845,  in-12  ; 
—  Histoire  de  la  Confession  sous  ses  rapports 
religieux,  moraux  et  politiques,  chez  les 
peuples  anciens  et  modernes;  Paris,  1846, 
in-8°.  On  doit  encore  au  comte  de  Lasteyrk;  : 
Projet  de  Cabinet  économique;  m-k",  auto- 
graphié;  — Émancipation  Intellectuelle,  ou 
Méthode  d'enseignement  de  M.  Jacotot ,  in-8°. 
Il  a  donné  de  nombreux  articles  à  différ^ts  jour- 
naux ou  recueils  périodiques  ou  scientifiques. 
On  lui  doit  aussi  quelques  traductions.  De  belles 
planches  d'anatoinie  et  d'histoire  naturelle  sont 
sorties  de  ses  presses  lithographiques.  L.  L — t. 

Jojriard,  Discours  sur  la  fie  et  les  Travaux  de  M.  de 
Lasteyrie,  lu  i\  la  Société  d  Instraction  élrmentaire;1850, 
ia-9°.  —  Passy,  Éloge  fiistor.  de  M  de  J.asteyrie,  la  à  la  So- 
ciété d'AgricuUurc;  1854.  -  .4raauU,  Jay,  Jouy  etNorvins, 
Biogr  nouvelle  des  Contemp.  —  Qiiérard,  La  france 
Litt.  — Bourquelot  el  Maury,  LaLitter.  Franc,  contemp. 

*  LASTEYRIE  [Ferdinand  de  ),  antiquaire 
et  homme  politique  français ,  fils  du  précédent , 
né  à  Paris,  en  1810.  11  entra  en  1827  à  l'É- 
cole des  Mines.  Employé  après  1830  à  la  di- 
rection des  mines,  puis  au  ministère  de  l'inté- 
rieur et  aux  cultes,  il  quitta  l'administration 
en  1837.  Élu  en  1842  député  à  Saint-Denis 
(Seine),  il  se  plaça  sur  les  bancs  de  l'opposi- 
tion constitutionnelle,  et  fut  réélu  en  1846.  H 
prit  part  à  l'agitation  réformiste,  et  présida  le 
banquet  de  Saint-Denis  en  1847.  Élu  à  l'As- 
semblée constituante  par  le  département  de  la 
Seine,  il  fut  réélu  à  l'Assemblée  législative,  et 
vota  dans  ces  deux  assemblées  avec  les  répu- 
blicains modérés.  A  la  Constituante,  il  était 
membre  du  comité  de  l'intérieur.  Il  y  vota 
contre  le  droit  au  travail,  pour  les  deux  chambres, 
contre  le  vote  à  la  commune ,  pour  la  suppres- 
sion du  remplacement  militaire  et  pour  la  pro- 
position Râteau.  Plus  tard  il  demanda  pour  tous 
les  journaux  le  droit  de  vente  sur  la  voie 
publique.  En  1850,  il  fit  partie  d'une  com- 
mission instituée  pour  préparer  l'enseignement 
professionnel.  Il  était  aussi  membre  de  la  com- 
mission municipale  de  Paris.  Le  coup  d'État 
du  2  décembre  1851  le  rendit  à  la  vie  privée.  En 
1857  il  se  mit  sur  les  rangs  pour  la  dépufation  au 
corps  législatif  dans  la  neuvième  circonscrip- 
tion de  la  Seine  ;  mais  il  échoua.  On  a  de  lui  : 
Histoire  de  la  Peinture  sur  Verre,  d'après 
ses  monuments  en  France,  et  Recueil  de 
dessins  des  Vitraux  les  plus  remarquables 
depuis  le  douzième  siècle  jusqu'à  nos  jours  ; 
Paris,  Didot,  1837-1858,  33  livr.  in-fol.  :  cet  ou- 
vrage a  été  couronné  par  l'Institut  en  1841  ;  — 
Quelques  mots  sur  la  Théorie  de  la  Peinture 
sur  Verre;  Par  1852,  in-12;  —  Études  archéo- 
logiques sur  les  Églises  des  Alpes;  Paris,  1854, 


LASTHÉNÈS  788 

in  8°;  —  L'Électrum  des  anciens  était-il  de 
V Émail  ?  Dissertation  sous  forme  de  réponse  à 
M.Jules  Labarte;PArh,  1858,  in-8°.  L.  L— t. 

Siog.  statistique  de  la  Chambre  des  Députés.  —Biogr. 
des  900  Représ,  à  la  Constituante  et  des  760  Représ,  à  la 
Législative.  —  Le  Saulnler,  Biogr.  des  900  Députés  à 
l'Ms.  nationale.  —  Biogr.  des  750  Représ,  à  l'Ass.  légis- 
lative. —  Dict.  de  la  Convers. 

^LASTEYRIE  {Julcs  DE  ) ,  homme  politique 
français,  cousin  du  précédent,  naquit  au  château 
de  La  Grange,  en  1810.  Son  père  avait  épousé  une 
filk  de  La  Fayette.  M.  Jules  de  Lasteyrie  prit  part 
comme  aide  de  camp  de  dom  Pedro  à  l'expédition 
entreprise  par  ce  prince  pour  expulser  dom  Miguel 
du  Portugal.  En  1842,  M.  Jules  de  Lasteyrie 
fut  élu  député  à  La  Flèche,  et  réélu  en  1846.  Il 
prit  place  au  centre  gauche,  et  traita  avec  talent  les 
questions  de  politique  internationale,  de  marine  et 
d'esclavage.  En  1845  il  fit  le  rapport  du  projet  de 
loi  sur  le  régime  des  colonies.  Il  vota  contre  l'in- 
demnité Pritchard  et  pour  la  proposition  rela- 
tive aux  députés  fonctionnaires.  En  1847,  il  but 
«  à  l'économie  dans  les  dépenses  »,  au  banquet 
réformistes  de  Forges.  A  la  révolution  de  fé- 
vrier 1848,  il  se  plaça  devant  la  duchesse  d'Or- 
léans menacée  à  la  chambre  des  députés  et  re- 
conduisit jusqu'à  la  frontière  la  duchesse  de 
Montpensier.  Élu  à  l'Assemblée  constituante,  il 
entra  dans  le  comité  des  finances,  et  vota  contre 
le  droit  au  travail,  pour  les  deux  chambres, 
pour  le  vote  à  la  commune ,  pour  la  proposition 
Râteau ,  pour  la  suppression  des  clubs ,  et  contre 
la  mise  en  accusation  du  ministère.  Membre  de 
la  réunion  de  la  rue  de  Poitiers,  il  fut  réélu  à 
l'Assemblée  législative,  et,  réuni  à  la  majorité, 
il  se  prononça  fortement  contre  la  politique  pré  ■ 
sidéntiêlle.  Vice-président  de  cette  assemblée, 
il  fit  partie  des  commissions  chargées  de  la  repré- 
senter pendant  ses  prorogations  annuelles.  Le 
2  décembre  1851,  M.  Jules  de  Lasteyrie  fut  ar- 
rêté ;  mais  le  16  du  même  mois  il  fut  mis  en  li- 
berté. Éloigné  temporairement  de  France  par 
le  décret  du  9  janvier  1852  ^  il  fut  autori.se 
à  rentrer  dans  son  pays  le  7  août  suivant.  De- 
puis lors  il  a  vécu  dans  la  retraite.  On  a  de 
M.  J.  de  Lasteyrie  dans  la  Revue  des  Deux 
Mondes  :  Le  Portugal  depuis  la  révolution 
de  1820  (15  juillet  1841);  —  Souvenirs  des 
Açores  (  l*'  janvier  1842 };  —  Le  Budget  et  la 
Situation  financière  de  la  France  (  15  octobre 
1847  ).  L.  L— T. 

Biogr.  statist.  de  la  Chambre  des  Députés;  1846.  — 
Biogr.  des  900  Représ,  à  la  const.  et  des  750  Représ,  à  la 
Législ.  —  Le  Saulnier,  Biogr.  des  900  Députés  à  l'Ait, 
nationale.  —  Biogr.  des  750  Représ,  à  l'Jss.  législ.  — 
Dict.  de  la  Convers. 

LASTHÉNÈS  (AaffôévYiî),  chef  olynthien,  vi- 
vait en  350  avant  J.-C.  Lorsque  PliUippe,  roi  de 
Macédoine,  attaqua  les  Olynthiens,  en  348,  ceux- 
ci  placèrent  leur  cavalerie  sous  les  ordres  de 
Lasthénès.  Ce  général,  secrètement  vendu  à  Phi- 
lippe, et  d'accord  avec  un  autre  chef  nommé 
Eutliycrate,  conduisit  ses  cavaliers  dans  une  em- 
buscade, où  ils  furent  pris  par  les  Macédoniens. 


789  LASTHÊNÈS 

Après  la  chute  d'Olynthe,  Philippe  accueillit 
froidement  les  deux  traîtres  ;  on  a  même  sup- 
posé, d'après  un  passage  de  Démosthène,  qu'il  les 
avait  fait  périr.  Les  paroles  de  Démosthène 
n'ont  pas  un  sens  aussi  absolu,  et  l'on  Toit  dans 
Plutarque  que  longtemps  après  la  prise  d'O- 
lynthe Lasthénès  résidait  à  la  cour  de  Philippe.  Y. 

DéniosthCne,  De  Chers.,  p.  9»;  Philipp.,  Hl,  p.  128; 
De  Cor.,  p.  î*l  ;  De  fais.  Légat.,  p.  4ïB,  416,  4B1.  —  i)io- 
dore,  XVI,  53.  -  Plutarque,  Apophtii.,  p.  178.  —  Thirl- 
wall,  Greece,  vol.  V,  p.  3i8. 

LASTHÉNÈS,  général  crétois,  vivait  dans  le 
premier  siècle  avant  l'ère  chrétienne.  Il  fut  un 
des  premiers  qui  engagèrent  les  Crétois  à  ré- 
sister au  général  romain  Antonius.  Aussi  lorsque 
les  Crétois,  après  leur  victoire  sur  Antonius,  eîi- 
voyèrent  demander  la  paii  au  sénat,  il  leur  fut 
imposé  comme  condition  de  livrer  Lasthénès. 
Ils  refusèrent,  et  confièrent  à  ce  général  un  des 
principaux  commandements  dans  la  guerre  qui 
suivit.  Lasthénès  et  un  autre  chef  crétois,  Pa- 
narès,  rassemblèrent  une  armée  de  vingt-quatre 
mille  hommes,  avec  laquelle  ils  résistèrent  pen- 
dant près  de  ti'ois  ans  (68-65)  aux  Romains 
commandés  par  Metellus.  L'excellence  des  ar- 
chers crétois  et  l'infatigable  activité  de  leurs 
deux  généraux  leur  donnèrent  longtemps  l'a- 
vantage ;  mais  enfin  Lasthénès,  battu  près  de 
Cydonie,  se  réfugia  à  Cnosse,  où  il  se  vit  bientôt 
étroitement  assiégé.  Désespérant  de  pouvoir 
tenir  contre  Metellus,  il  se  retira  à  Lyttus,  après 
avoir  incendié  son  palais  de  Cnosse.  Poursuivi 
dans  son  asile  de  Lyttus,  il  se  rendit  sans  autre 
condition  que  d'avoir  la  vie  sauve.  Metellus  lé 
réservait  par  son  triomphe  ;  mais  il  dut  le  livrer 
à  Pompée,  qui  avait  pris  les  Crétois  sous  sa  pro- 
tection. Y. 

Dlodore ,  Exe.  Légat.,  XL,  p.  631,  6î2.  —  Appien, 
Sic,  6.  —  Phlegon,  Ap.  Phot.,  p.  84.  —  Dion  Cassius , 
Fragm.,in,  XXXVI,  S.  —   Velleius  Paterculus,!!,  84. 

LASTHÉNiB  (  AatrOsveta  ),  femme  grecque 
philosophe,  née  à  Mantinée ,  en  Arcadie,  vivait 
dans  le  quatrième  siècle  avant  J.-C.  On  ne  sait 
rien  de  sa  vie ,  sinon  qu'elle  suivit  les  leçons  de 
Platon,  et  que  pour  y  assister  elle  se  déguisait 
en  homme.  On  ne  cite  d'elle  aucun  ouvrage.  Jam- 
blique,  sans  doute  par  erreur,  fait  de  Lasthénie 
un  disciple  de  Pythagore.  Y. 

Diogèae  Laerce,  III,  46;  IV.  î.  —Clément  d'Alexan- 
drie, Strom.,  IV,  p.  619.  -  Athénée,  XII,  p.  S46;  Vil, 
p.  S7«  .  —  Jamblique,  Ftta  Pyth.,  36. 

LASTic  (Jean  Bonpar  de),  trente-quatrième 
grand-maître  de  l'ordre  de  Saint- Jean -de- Jéru- 
salem, né  vers  1371,  en  Auvergne,  mort  le 
19  mai  1454,  à  Rhodes.  Après  avoir  combattu  les 
Anglais  sous  le  connétable  de  Clisson,  il  entra 
en  religion  (1395),  et  devint  bientôt  grand-prieur 
d'Auvergne  et  commandeur  de  Montcalm.  En 
1437  il  fut  élu  grand-maître  de  l'ordre  pour 
succéder  à  Antoine  de  La  Rivière.  Les  circons- 
tances étaient  difficiles  :  Abouzaid-Yacmak,  sul- 
tan d'Egypte,  repoussé  avec  perte  dans  une  at- 
j  taque  qu'il  essaya  contre  Rhodes,  en  1440,  re- 
I  parut  devant  111e  quatre  ans  plus  tard,  à  la  tête 


—  LASUS  7-90 

d'une  flotte  considérable  et  d'une  armée  de  plus 
de  vingt  mille  hommes.  Mais,  grâce  aux  bonnes 
mesures  et  à  la  vaillante  résistance  du  grand- 
maltre ,  il  fut  encore  obligé  de  se  retirer  ;  le 
siège  n'avait  pas  duré  moins  de  quarante  jours. 
Cette  guerre  fut  terminée  par  l'intervention  de 
Jacques  Cœur,  le  célèbre  argentier.  Pendant  les 
trois  années  qui  suivirent,  Lastic  fut  investi 
d'une  sorte  de  dictature,  qu'il  fit  tourner  à  la 
plus  grande  gloire  de  l'ordre  en  réprimant  les 
troublée  fomentés  par  quelques  commandeurs 
d'Europe  et  en  publiant  des  règlements  aussi 
fermes  que  modérés.  Il  mourut  au  moment  où 
il  se  préparait  à  soutenir  un  nouveau  siège  dont 
le  menaçait  Mahomet  II,  qui  l'avait  en  vain 
sommé  de  se  reconnaître  son  vassal.  Il  est,  à  ce 
qu'il  paraît,  le  premier  qui  ait  porté  le  titre  de 
grand-maître.  K. 

Verlot,  Histoire  de  r  Ordre  de  Saint- Jean-de- Jérusa- 
lem. —  Séb.  Paoll,  Codice  âiplomatico  del  sagro  mili- 
tare  Ordine  Gerosolimitano. 

LASïMAN  [Pierre),  peintre  hollandais,  né 
à  Harlem,  en  1562.  Il  était  élève  de  Comille 
Comelis,  et  alla  se  perfectionner  en  Italie.  Il 
était  à  Rome  en  1604,  et  peignait  assez  bien  pour 
que  plusieurs  poètes  aient  composé  des  vers  à  sa 
louange.  Ses  œuvres  sont  très-rares.    A.  de  L. 

Descanips,£a  Fie  des  Peintres  Hollandais,  etc.,  t.  I, 
p.  141  —  Charles  Tan  Mander,  Het  leven  der  moderne 
e/t  dees  tytsche  doerluchtighe  Nederlandtsche,  Schil- 
ders  etc.  (Amsterdam,  1617,  in-4o). 

LAS  PS  (1)  (  Aàffoç  ),  un  des  principaux  poètes 
lyriques  grecs,  né  à  Hermione,  dans  l'Argolide, 
vivait  au  sixième  siècle  avant  J.-C.  Son  père 
se  nommait  Chabrinus,  ou,  suivant  une  cor- 
rection de  Schneidewin,  Charminus.  Lasus  est 
surtout  connu  comme  le  maître  de  Pindare  et 
le  fondateur  de  la  poésie  dithyrambique  athé- 
nienne. Il  vécut  à  Athènes,  sous  la  protection 
d'Hlpparque,  avec  plusieurs  poètes  célèbres, 
entre  autres  Simonide  et  Onomacrite.  La  riva- 
lité de  ces  poètes  dégénéra  en  haine  ouverte. 
Lasus  parlait  avec  mépris  du  talent  de  Simo- 
nide, et  il  fit  expulser  Onomacrite  d'Athènes,  en 
prouvant  qu'il  avait  fabriqué  de  prétendus  ora- 
cles de  Musée.  On  né  sait  rien  de  plus  de  sa  vie,  si- 
non que  vers  la  fin  du  fègne  des  Pisistratides,  ou 
après  leur  chute,  il  donna  à  Pindare  des  leçons 
de  musique  et  de  poésie.  Dans  la  poésie  lyrique, 
Lasus  fut  innovateur  ;  mais  il  n'est  pas  facile 
de  préciser,  sur  les  témoignages  des  anciens,  le 
genre  et  la  mesure  de  ses  innovations.  Il  per- 
fectionna le  dithyrambe  inventé  par  Arion ,  soit 
en  imaginant  l'évolution  circulaire  du  choeur 
(  chœurs  cycliques  )  que  beaucoup  d'anciens  at- 
tribuent à  Arion,  soit  en  introduisant  des  con- 
cours dithyrambiques  à  l'exemple  des  con- 
cours dramatiques.  En  se  rapprochant  du  chœur 
dramatique,  le  dithyrambe  exigea  une  musique 

(1)  Ce  nom  a  été  quelquefois  défiguré  parles  auteurs 

anciens.  T/.elzès  (Proleg.  in  Lycoph,,  p.  232,  édit.  Mill- 
ier }  ccrit  Aâa(7o;  et  Stobéc  (  Serin.  XXVIl.  Tâff^oç. 


791 


LASUS  —  LA  SUZE 


792 


moins  simple  que  celle  d'Arion.  Lasus  employa 
des  combinaisons  plus  nombreuses  et  pins  va- 
riées de  la  voix  humaine,  et  fit  usage  de  plu- 
sieurs tlùtes  dans  l'accompagnement.  En  chan- 
geant de  forme,  le  dithyrambe  changea  aussi  de 
sujets.  Suidas  et  le  scoliaste  d'Aristophane  di- 
sent que  Lasus  introduisit  des  sujets  de  con- 
troverse (ou  peut-être  philosophiques)  dp'.frti- 
xoùî  XÔYou;.  Le  sens  de  cette  expression  est  dou- 
teux ;  mais  elle  paraît  signifier  que  Lasus  re- 
cherchait dans  ses  dithyrambes  les  occasions 
de  moraliser,  et  qu'il  choisissait  de  préférence 
les  sujets  qui  prêtaient  aux  discussions  de  mé- 
taphysique et  de  morale.  C'est  sans  doute  à 
cause  de  la  gravité  de  sa  poésie  qu'il  fut  compté 
parmi  les  sept  sages  de  la  Grèce.  Il  ne  reste 
de  lui  que  quelques  vers,  et  si  on  veut  avoir 
une  idée  de  sa  poésie,  il  faut  recourir  aux  odes 
de  son  grand  disciple,  Pindare  (voy.  ce  nom). 

Lasus  composa  un  hymne  à  Demeter,  adorée 
à  Hermione.  Cette  ode,  dont  Athénée  a  conservé 
trois  vers,  était  un  mélange  du  dialecte  dorique 
et  de  l'harmonie  éolienne  ;  elle  offrait  cette  par- 
ticularité que  le  poète  avait  soigneusement  évité 
l'emploi  de  la  lettre  S.  Il  en  avait  fait  autant 
dans  une  ode  intitulée  Les  Centaures.  D'après 
Suidas,  il  écrivit  aussi  sur  la  musique  un  traité, 
le  premier  de  ce  genre  composé  chez  les  Grecs. 

Le  grammairien  Chaméléon  d'Héraclée  écrivit 
un  ouvrage  sur  Lasus.  Les  rares  fragments  de 
ce  poète  ont  été  recueillis  dans  les  Fragmenta 
Lyricorum  Grascorum  de  Bergk.  L.  J. 

Aristophane  et  son  scholiaste,  f^esp.,  IMO;  Jves,  1403. 

—  Suidas,  aux  mots  KwxXioSiôôdxaXoç  et  Aàffoç.  — 
Diogène  Laerce,  I,  4î.  —  Burette,  dans  les  Mémoires  de 
l'/teadémie  des  Inscript.,  t.  XV,  p.  324.  —  Forkel,  Ges- 
chichte  d.  MiuiJie,  toI.  I,  p.  358.  —  Fabricius,  Btbiio- 
tàeca  Graeca,  vol.  II,  p.  128.  —  Bœkh ,  De  Metr.  Pind., 
p.  2,  —  Ot.  MOller,  Bitt.  ofthe  Lit.  of  Greece.  p.  214, 
215.  —  Bode,  Geschichte  d.  lyrisehen  Dichtkunst.  —  Ul- 
TicUGeschieltte  d.  Hellen  Dichtkunst,  vol.  II.  -  Schnci- 
dewin,  Comment,  de  Laso  Hermionensi;  Goettingue,  1842. 

—  Luethe.  Dissertatio  de  Grmcorum  Ditàyrambis ;  Ber- 
lin, 1829,  in-8". 

LA  sczE(jyenrieï^e  DE CoLiGNY,  comtesse  de), 
femme  poète  française,  née  en  1618,  morte  à 
Paris ,  le  10  mars  1673.  Fille  de  Gaspard  de 
Coligny,  seigneur  de  Châtillon,  maréchal  de 
France,  elle  épousa  en  t643  l'Écossais  Thomas 
Hamilton,  comte  de  Hadington.  Devenue  bientôt 
veuve,  elle  se  remaria  avec  Gaspard  de  Cham- 
pagne, comte  de  La  Suze.  Cette  union  ne  fut 
pas  heureuse  :  la  comtesse  était  légère;  elle  ai- 
mait le  monde  et  les  plaisirs  ;  le  comte  était 
jaloux.  Il  résolut  de  conduire  sa  femme  dans 
ses  terres.  M™»  de  La  Suze  résista,  et  obtint  de 
faire  casser  son  mariage  par  arrêt  du  parlement, 
en  1653.  La  même  année  elle  avait  abjuré  le 
protestantisme,  ce  qui  fit  dire  à  la  reine  Chris- 
tine que  la  comtesse  de  La  Suze  avait  quitté  la 
religion  de  son  mari ,  «  afin  de  ne  le  voir  ni 
dans  ce  monde  ni  dans  l'autre  ».  Un  protestant 
converti,  La  Milletière,  conseiller  du  roi,  au- 
teur de  plusieurs  ouvrages  de  controverse,  avait 
entrepris  la  conversion.  ,d^,i\l,'"''  de  La  Suze  avec 


les  évêques  du  Mans  et  d'Angers.  ILcomposa 
dans  ce  but  un  livre  intitulé  :  Le  Flambeau  de 
la  vraie  Église,  pour  la  faire  voir  à  ceux  qui 
en  sont  dehors.  La  cour  s'intéressa  à  cette  con- 
version. M"°  de  La  Suze  demanda  au  pasteur 
Mestrezat  d'entrer  en  sa  présence  en  discussion 
avec  La   Milletière;   le   pasteur   refusa.  Pour 
vaincre  les  mauvaises  dispositions  de  son  mari 
à  l'égard  de  leur  séparation    la  comtesse  de 
La  Suze  fut  obligée  de  lui  donner  25,000  écus, 
et  l'on  dit  à  cette  occasion  que  «  M"'  de  La 
Suze  perdait  à  cela  50,000  écus,  parce  que  son 
mari,  ne  pouvant  plus  vivre  avec  elle,  aurait 
bientôt  acheté  sa   séparation   au  même  prix. 
Rendue  à  la  liberté,  la  comtesse  de  La  Suze  ne 
s'occupa  plus  qu'à  faire  des  vers,  à  écrire  des 
billets  galants  et  à  «  filer  le  parfait  amour,  » 
oomme  on  disait  alors.  Elle  recevait  dans  sa 
maison  les  beaux  esprits  du  temps,  qui  prirent 
son  parti  dans  un   procès  qu'elle  perdit  contre 
M*"*  de  Châtillon   (1).  Titon  du  Tillet  la  mit 
dans  son  Parnasse  ;  Boileau  dit  même  qu'il  y 
a  d'elle  des  «  élégies  d'un  agrément  infini  «i 
Pourtant  son  style  est  incolore  et  fade.  Ses  su- 
jets lui  appartiennent;  mais  elle  se  faisait  aider 
dans  la  versification.  «  Elle  paraissait,  dit  Le- 
clerc,  fort  sérieuse  dans  le  grand  monde;  mais 
quand  elle  était  avec  ses  amis,  elle  était  si  gaie 
qu'elle  avait  quelquefois  des  transports  qui  la 
portaient  loin.  Elle  disait  qu'elle  ne  pouvait  se 
persuader  que  l'amour  fût  un  mal.  Elle  engagea 
un  jour  M.  Bruguier,  alors  ministre  à  Lumigny, 
de  travailler  avec  elle  à  mettre  V Oraison  domi  - 
nicale  en  vers  burlesques  :  ce  qui  pensa  faire 
déposer  ce  ministre.  »  Bruguier  fut  du  moins 
fortement  censuré.  Dans  une  lettre  à  la  reine 
Christine,  M"^  de  La  Suze  disait  :  «  Tout  le  de- 
voir ne  vaut  pas  une  faute  qui  s'est  faite  par 
tendresse.  »  Elle  ne  prenait  la  plume  qu'après 
avoir  soigné  sa  toilette,  et  répondait  à  ceux  qui 
s'étonnaient  de  la  trouver  parée  dès  le  matin  : 
«  C'est  que  j'ai  à  écrireé  »  Largiliière  l'a  peinte 

(1)  Le  roi,  à  ceque  raconte  le  Meiiagiana,"  voulut  sa- 
voir qui  étaient  ceux  qui  avaient  été  dans  les  intérêts  des 
deux  parties.  On  lui  dit  que  les  princes  et  les  personnes 
de  qualité  avaient  été  pour  M™»  de  Châtillon,  et  que 
M"»e  de  La  Suze  n'avait  eu  que  les  fauvettes  de  son  côté, 
voulant  parler  des  poëtes.  »  Le  prince  de  ConU  dit  à 
Ménage,  à  la  suite  du  Jugement,  que  la  raison  l'avait  em- 
porté sur  les  poëtes;  Ménage  repondit  que  ceux  qui 
avaient  gagné  n'avaient  ni  rime  ni  raison.  Les  affaires  de 
M"»  de  La  Suze  étaient  en  assez  mauvais  état.  On  rap- 
porte qu'un  exempt  vint  un  jour  accompagné  d'arcbers 
pour  saisir  ses  meubles  à  huit  heures  du  matin;  elle 
était  encore  au  lit.  «  Monsieur,  dit  elle  à  l'exempt,  J'ai  peu 
dormi  eeite  nuit  ;  veuillez  me  laisser  reposer  enrore  deux 
heures.  L'exempt  y  consentit,  et  se  retira.  M"»  de  La 
Suze  se  rendormit  ;  à  dix  tieures  elle  s'habilla,  et  en  sor- 
tant elle  remercia  l'exempt,  qu'elle  retrouva  dans  l'anti- 
chambre, ajoutant  ■■  «  Je  vous  laisse  le  maître  de  la  mai- 
son. Monsieur.»  M'»'=  de  La  Suze  futchantée  par  tous  les 
poètes  du  temps  ;  Charleval  disait  qu'elle  égalait  Sapho  ; 
Feubet  fit  pour  elle  ce  madrigal  latin  : 

Quae  dea  sublimi  rapitur  per  inania  curru  ? 
An  Juno,  an  Pallas,  an  Venus  Ipsa  venit? 

Si  genus  inspicias,  Juno  ;  si  scripta,  Mlnerya  ; 
Si  spectes  oculos,  mater  Amoris  erit. 


79' 


LA  SUZE  —  LA  TAILLE 


734 


assise  dans  un  char  roulant  sur  des  nuages. 
m""  de  Scudéri  lui  accorde  <>  la  taille  de  Pallds  et 
sa  beauté,  ce  je  ne  sais  quoi  de  doux,  de  languis- 
sant et  de  passionné,  qui  ressemble  assez  à  cet 
air  charmant  que  les  peintres  donnent  à  Vénus; 
une  grande  naissance,  plus  d'esprit  que  de 
beauté ,  miHe  charmes ,  une  bonté  généreuse , 
qui  la  rendait  digne  de  toutes  ces  louanges  ». 
M"®  de  La  Suze  est  auteur  d'élégies,  d'odes, 
de  chansons,  de  madrigaux,  de  rondeaux,  de 
stances,  qui  ont  été  publiés  pour  la  première 
fois  sous  ce  titre  :  Poésies  de  M^^  la  com- 
tesse de  La  Suze;  Paris,  1656,  1666,  in-l2,  et 
souvent  depuis  dans  les  Recueils  de  poésies 
galantes,  en  prose  et  en  vers  ;  Paris ,  1668, 
2  vol.  in-l2;  1684,  4 parties  in-12;  Lyon,  1695, 
4  tomes  in-12;  Paris,  1698,  4  vol.  in-12;  Tré- 
voux, 1725, 4  vol.  in-12  ;174l,  5  vol. in-12. Mais 
il  est  bien  difficile  à  présent  de  reconnaître  tout 
ce  qui  lui  appartient  dans  ces  recueils,  qui  ren- 
ferment en  outre  des  pièces  de  M^'''  de  Scudéry, 
du  comte  de  Bussy,  de  Bachaumont,  de  Cailly, 
de  Desmarets,  de  Quinault,  etc.  La  Princesse 
de  Montpensier,  le  Démêlé  de  l'esprit  et  du 
cœur,  le  Temple  de  la  Paresse,  le  Voyage  à 
Vile  d'Amour  ne  sont  pas  d'elle.        L.  L— t. 

Ménagiana.  -  Leclerc,  Mélanges  de  Littératvre.  — 
M""  de  Scudéry,  Clélie.  —  La  Millelière, /,6«re  à  M.  de 
Couvrelles  sur  la  conversion  de  M"'*  la  comtesse  de 
La  Suze.  —  Chauiion  et  Delandine,  Dict  iiniv.  Histor. 
Crit.  et  Bii)liogr.  —  Haag,  La  France  Protestante. 

LA  TAILLE  (Jean  DE),  poète  français,  né 
vers  1540,  à  Bondaroy ,  village  situé  aux  en- 
virons de  Pithiviers,  où  H  mourut,  en  1608.  Issu 
d'une  famille  noble  du  Gâtinais ,  il  étudia  les 
humanités  dans  un  collège  de  Paris,  où  il  eut 
pour  maître  Muret,  et  le  droit  à  Orléans,  sous  la 
direction  d'Anne  Du  Bourg;  mais  la  lecture  de 
Ron-ard  l'ayant  dégoûté  de  la  jurisprudence,  il 
revint  à  Paris  s'adonner  à  la  poésie,  et  y  amena 
son  frère  Jacques,  qu'il  aimait  tendrement.  At- 
taché à  la  religion  réformée,  il  suivit  quelque 
temps  le  parti  des  armes,  se  trouva  à  la  ba- 
taille de  Dreux,  et  fut  blessé  dangereusement  à 
celle  d'Arnay-le-Duc  ;  quoique  encore  couvert 
de  sang  et  de  poussière ,  le  roi  de  Navarre,  qui 
fut  depuis  Henri  IV,  lui  fit  l'honneur  de  l'em- 
brasser, et  le  remit  entre  les  mains  de  ses  chi- 
rurgiens. Voilà  tout  ce  que  l'on  sait  des  particu- 
larités de  sa  vie.  Parmi  ses  nombreux  écrits, 
nous  citerons  :  Remontrance  pour  le  roi  à 
tons  ses  sujets  qui  ont  pris  les  arm^s,  par  J. 
D.  L.  T.  D.  B.,  escuyer;  Paris,  1563,  in-8»; 
sorte  d'épître  en  vers  composée  durant  le  long 
séjour  du  camp  près  de  Blois  ;  —  Saûl  le  Fu- 
rieux, tragédie  prise  de  la  Bible,  faite  selon 
l'art  et  à  la  mode  des  vieux  auteurs  tragi- 
ques ,  avec  hymnes,  cartels,  épitapkes,  ana- 
grammatismes  et  autres  œuvres  du  même 
«w^ew;  Paris,  1572,  in-8"  :  ouvrage  qui  con- 
tient aussi  un  discours  en  prose  sur  l'Art  de  la 
Tragédie  et  un  Éloge  de  Jacques  de  La  Taille; 
La  Famine,  ou  les  Gabaonites,  tragédie  prise 


de  la  Bible;  Paris,  1573,  in-8°;  on  y  trouve  à 
là  suite  les  morceaux  suivants  :  La  Mort  de 
Paris  Alexandre  et  d'Œnone^  poème;  Le 
Courtisan  retiré ,  long  entretien  de  l'auteur 
avec  un  courtisan  mécontent;  Le  Combat  de 
Fortune  et  de  Pauvreté,  poème;  Les  Corri- 
vaux,  comédie  en  cinq  actes  et  en  prose;  Le 
Négromant,  comédie  en  cinq  actes  et  en  prose 
traduite  de  l'Arioste;  des  Élégies ,  Chansons 
et  autres  poésies  ;  La  Géomunce  abrégée  de 
Jehan  de  La  Taille  pour  savoir  les  choses 
passées,  présentes  et  futures;  ensemble  le 
Blason  des  pierres  précieuses ,  contenant 
leurs  vertus  et  propriétés;  Paris,  1574,  in-4''; 
—  Histoire  abrégée  des  Singeries  de  la  Li- 
gue, contenant  ce  qui  s'est  passé  à  Paris 
depuis  fan  i 590  jusqu'en  1594  :  le  tout  ex- 
trait des  secrettes  observations  de  J.  D.  L., 
dit  le  comte  Olivier,  excellent  peintre; 
1595,  in-8''  :  écrit  attribué  par  le  P.  Le  Long  à 
Jean  de  La  Taille  et  réimprimé  plusieurs  fois 
avec  là  Satyre  Ménippée  ; —  Discours  nota- 
ble des  duels,  de  leur  origine  en  France  et 
du  m.alheiir  qui  en  arrive  tous  les  jours  au 
grand  intérêt  dit  public;  Paris,  1607,  in-12, 
qui  est  rempli  de  faits  curieux.  La  Croix  du 
Maine  parle  encore  d'un  poème  en  trois  chants 
intitulé  :  Le  Prince  nécessaire  ;  on  ignore  s'il  a 
été  imprimé.  Ce  poète  jouit  de  son  temps  d'une 
réputation  que  son  savoir  et  sa  modération  lui 
avaient  mérités.  Il  portait  pour  devise  un  lion 
rampant,  tenant  une  épée  nue  et  un  livre,  avec 
Ces  mots  :  In  utrumque  paratus.    P.  L — v. 

Leiong,  Biblioth.  historique  de  la  France.  —  La  Crois 
du  Maine,  Bibliothèque  Française.  —  Brunet,  Manuel 
de  l'Amateur  de  livres.  —  Liron ,  Blibliothègue  Cliar- 
traine.  —  Biblioth.  des  Théâtres.  —  Nlcéron,  Hommes 
illustres,  XXXIII.  —  Goujet,  Bibliothèque  Française, 
III  et  VII.  —  Sainte-Beuve,  Hittoire  Littéraire  du  Sei- 
zième siècle. 

LA  TAILLE  [Jacqucs  de),  poëtc  français, 
frère  du  précédent,  né  en  1542,  à  Bondaroy, 
mort  en  avril  1562,  à  Paris.  Il  cultiva  la  poésie 
d'après  les  conseils  de  son  frère,  et  fit  avec  Jean 
Dorât  de  grands  progrès  dans  l'étude  du  grec, 
dont  la  connaissance  était  alors  si  nécessaire  à 
ceux  qui  voulaient  marcher  sur  les  traces  de 
Ronsard,  .\tteint  de  la  peste  à  l'âge  de  vingt  ans, 
une  mort  prématurée  l'arrêta  dans  ses  travaux  ; 
les  différentes  œuvres  qu'il  a  laissées  ont  été  pu- 
bliées par  les  soins  de  Jean  de  La  Taille.  On  a 
de  lui  :  La  Manière  de  faire  des  vers  en 
français  comme  en  grec  et  en  latin;  Paris, 
1573,  in-8°;  il  proposait  d'introduire  dans  la 
langue  française  des  vers  mesurés  et  sans  rimes, 
tentative  plusieurs  fois  renouvelée  avec  aussi  peu 
de  succès;  —  Daire  (Darius),  tragédie;  1573, 
in-8°,  accompagnée  de  chœurs  à  la  façon  des 
anciens; —  Alexandre,  tragédie;  1573,  in-8°, 
dédiée  à  Henri  de  Bourbon,  roi  de  Navarre;  — 
Recueil  des  Inscriptions,  Anagrammatismes  ; 
et  autres  Œuvres  poétiqîies ;'PsLns,  1572,  in-8°: 
imprimé  à  la  suite  deSaiil  le  Furieux,  tragédie 


795 


LA  TAILLE 


LATENA 


796 


<!e  son  frère;  —  un  troisième  frère,  Pascal  de 
La  T'oiWc,  qui  avait  montré  dès  l'enfance  les  plus 
heureuses  dispositions  pour  les  belles-lettres, 
mourut  aussi  de  la  peste  en  1 562.      P.  L — y. 

Jean  de  La  Taille,  son  Éloge.  —  Du  Verdier  et  La 
Croix  du  Maine,  Bibliothèques  Françaises.  —  Nicéron, 
Hommes  illustres,  XXXIII.  —  Goujat,  Biblioth.  Fran- 
çaise, lU. 

L.ATAPIE  (François-de-Paul) ,  botaniste 
français,  né  le  8  juillet  1739,  à  Bordeaux,  où  il 
est  mort,  le  8  octobre  1823.  Fils  d'un  arpenteur 
du  château  de  La  Brède ,  qui  appartenait  à  Mon- 
tesquieu ,  il  fit  sa  première  éducation  sous  les 
auspices  de  ce  grand  écrivain,  et  devint  plus  tard 
secrétaire  de  son  fils,  le  baron  de  Secondât,  qu'il 
accompagna  en  Italie.  D'après  la  relation  de  ce 
voyage,  dont  il  communiqua  des  extraits  à  l'A- 
cadémie des  Sciences  de  Bordeaux,  on  voit  qu'il 
découvrit  à  l'île  d'Elbe  de  belles  colonnes  de 
granittailléeaparles  Pisans  pendant  les  onzièmeet 
douzième  siècles,  et  qu'il  accepta  de  l'ambassadeur 
d'Angleterre,  William  Hamilton,  le  soin  de  re- 
voir le  texte  français  de  l'ouvrage  intitulé:  Campi 
Pfilegrxi.  A  son  retour  en  France,  il  fut  nommé 
inspecteur  des  arts  et  manufactures  de  la 
Guienne;  il  occupa  ensuite  la  chaire  de  bota- 
nique au  Jardin  des  Plantes  de  Bordeaux  jusqu'à 
l'époque  de  la  révolution.  Lorsqu'on  organisa  les 
écoles  centrales,  Latapie  obtint  dans  celle  de  la 
Gironde  la  chaire  dhistoire  naturelle,  qu'il  aban- 
donna pour  enseigner  la  littérature  grecque  au 
Lycée  de  sa  ville  natale.  On  a  de  lui  :  VArt  de 
former  les  Jardins  modernes;  Paris,  1771, 
in-S",  trad.  de  l'anglais  de  Whately  ;  —  Hortus 
Burdigalensis ,  ou  catalogue  du  Jardin  des 
Plantes  de  Bordeaux;  Bordeaux,  1784,  in-12; 
il  comprend  la  description  d'environ  cinq  cents 
plantes  qu'on  y  cultivait  alors; —  Description 
de  la  commune  de  La  Brède;  ibid,,  1785; 
impr.  dans  le  tome  V  des  Variétés  bordelaises 
de  l'abbé  Beaurein  ;  —  Notice  sur  les  Arts  et 
Manufactures  en  Guienne,  manuscrit  de  plus 
de  300  p.  in-4'',  adressé  en  juin  1785  au  conseil 
d'État  ;  —  divers  articles  dans  le  Journal  d'A- 
griculture de  l'abbé  Rozier.  K. 

Musée  d'Aquitaine,  II,  îBO.  —  Mahul,  Antmaire  Né- 
crolog.,  182S. 

LA  TASTE  (  Louis- Bernard),  controversiste 
français,  né  en  1692,  à  Bordeaux,  mort  le  22  avril 
1754,  à  Saint-Gennain-en-Laye.  Appartenant  à 
une  famille  obscure,  il  fut  élevé  comme  domesti- 
que dans  le  monastère  des  Bénédictins  de  Sainte- 
Croix  ;  les  heureuses  dispositions  qu'il  manifesta 
pour  l'étude  le  firent  prendre  en  amitié  par  ses 
supérieurs,  et  après  avoir  terminé  sa  philoso- 
phie il  prit  l'habit  religieux,  et  parvint  aux  pre- 
mières charges  de  sa  congrégation.  Devenu ,  en 
1729,  prieur  du  couvent  des  Blancs  Manteaux  à 
Paris,  il  écrivit  une  série  de  lettres  contre  les  con- 
vulsions et  les  miracles  des  Appelants  ;  ces  lettres 
causèrent  beaucoup  de  bruit,  et  soulevèrent 
contre  lui  non-seulement  les  partisans  nombreux 
du  diacre  Paris,  mais  même  un  grand  nombre 


de  théologiens  et  de  docteurs  de  Sorbonne,  qui 
l'accusaient  d'avoir,  sur  la  question  des  miracles 
et  le  pouvoir  attribué  aux  démons ,  avancé  une 
doctrine  peu  orthodoxe.  On  allait  lui  susciter  de 
fâcheuses  affaires  au  premier  chapitre  général 
des  Bénédictins  lorsqu'il  fut  appelé,  en  1788,  à 
l'évéché  de  Bethléem,  siège  honorifique  érigé  à 
Clamecy,  et  qui  était  à  la  disposition  du  duc  de 
Nevers;  il  fut  en  outre  pourvu  de  l'abbaye  com- 
mendataire  de  Moiremont,  dans  le  diocèse  de 
Chàlons-sur-Marne.  Nommé  supérieur  des  Car- 
mélites de  Saint-Denis,  il  devint,  en  1747,  visi- 
teur général  de  l'ordre  entier,  et  assista  en  cette 
qualité  aux  conférences  tenues  en  1753  à  Cou- 
flans  et  à  Paris  pour  examiner  le  livre  de  Ber- 
ruyer.  On  a  de  lui  :  Lettres  théologiques  aux 
écrivains  défenseurs  des  convulsions  et  autres 
prétendus  miracles  du  temps,  2  vol.  in-4°;  re- 
cueil de  21  lettres,  dont  la  première  est  datée  du 
15  avril  1735  et  la  dernière  du  l^""  mai  1740; 
—  Lettres  aux  Carmélites  du  faubourg  Saint- 
Jacques;  —  Lettres  de  sainte  Thérèse,  trad. 
par  Mme  de  Maupeouet  Vabbé  Pelicot;  1748, 
2  vol.  in-4°,  auxquelles  l'éditeur  a  ajouté  des 
notes  ;  —  Réfutation  des  Lettres  prétendues 
pacifiques  ;  1753,  in-12,  dirigée  contre  un  ou- 
vrage de  Lepaige.  C'est  à  tort  que  les  Nouvelles 
ecclésiastiques  présentent  ce  prélat  comme  au- 
teur de  plusieurs  autres  écrits  qui  ont  été  pu- 
bliés sous  le  voile  de  l'anonyme  ;  ces  attribua 
lions  doivent  être  reportées  à  des  théologiens  du 
même  temps.  K. 

Nouvelles  ecclésiastiques;  1754.  —  Ladvocat,  Dict.  his- 
torique. —  Richard  et  Giraud,  Bibl.  sacrée,  XXIV. 

LATERANtrs  (L.  Sextius  Sextinus),  ora- 
teur romain,  vivait  dans  le  quatrième  siècle  avant 
J.-C.  Ami  de  C.  Liciuius  Çalvus  Stolon  et  son 
principal  auxiliaire  dans  les  tentatives  faites  pour 
ouvrir  j^ux  plébéiens  l'accès  du  consulat,  il  fut 
son  collègue  dans  le  tribunat,  de  376  à  367,  et 
quand  la  célèbre  loi  Licinia  eut  été  adoptée,  i| 
fut  élu  consul  pour  l'année  366.  (  Pour  ce  qui 
concerne  la  loi  Licinia,  voy.  Licinianus).  Late- 
ranus  fut  le  premier  plébéien  qui  obtint  l'hon- 
neur du  consulat. 

Le  nom  de  Sextius  Lateranus  ne  reparaît  pas 
sous  la  république  ;  mais  il  ligure  deux  fois  sur 
les  Fastes  consulaires  du  temps  de  l'empire  : 
T.  Sextius  Magius  Lateranus  consul  en  94 
après  J.-C.  et  T.  Sextius  Lateranus  en  154.  Y. 

Tlte  Uve,  VI,  85,  48;  VII,  l,  2,  9,  16. 

*  LATENA  (  Nicolas-Valentin  be  ),  magis- 
trat français,  né  le  5  juillet  1790,  à  Ancy-le-Franc 
(Yonne).  Iî^su  d'une  ancienne  famille  d'épée  du 
canton  de  Fribourg ,  il  étudia  le  droit  a  Paris,  et 
en^ra,  en  1819,  à  la  cour  des  comptes  en  qualité 
déconseiller  référendaire;  en  1837  il  eut  le  titre 
de  conseiller  maître,  et  se  retira  en  1856  avec 
celui  de  conseiller  honoraire.  En  juillet  1848, 
l'Assemblée  constituante  le  délégua  pour  faire 
une  enquête  sur  la  situation  administrative  des 
ateliers  nationaux.  On  a   de  lui  :  Étude   de 


797 


LATENA  —  LATHAM 


798 


l'homme ;PàT\s,  18'>'i,  in-8";  2*  édit.,  corrigée, 
1856. 

Son  frère,  Pierre- Antoine- Jxiles ,  né  en  1797 
et  morten  1845, entra  en  1814  dans  les  gardes  du 
corps,  et  donna,  après  juillet  1830,  sadémissionde 
clief  d'escadron.  Il  a  fourni  beaucoup  d'articles 
à  la  Biographie  universelle  de  Michaud  et  à 
l'Encyclopédie  des  Gens  du  monde.  K. 
Docum.  partie. 

LATERRADE  {  Jean- François  ) ,  naturaliste 
français,  né  vers  1780,  mort  à  Bordeaux,  au  mois 
d'octobre  1858.  Professeur  d'histoire  naturelle  à 
Bordeaux,  il  était  directeur  du  jardin  botanique 
de  cette  ville,  membre  de  la  Société  Linnéenne, 
de  l'Académie  des  Sciences,  Relies-Lettres  et  Arts 
de  Bordeaux.  On  a  de  lui  :  Flore  Bordelaise , 
ou  tableau  des  plantes  qui  croissent  natu- 
rellement aux  environs  de  Bordeaux,  etc.; 
Bordeaux,  1811,  in-12  ;  avec  un  supplément, 
1817;  nouv.  édition,  entièrement  refondue  et 
augmentée  d^un  Essai  de  la  Flore  de  la  Gi- 
ronde;  Bordeaux,  1821,  1829,  in-12,  avec  2  pi.; 
1842,  in-12.  En  1823,  Laterrade  fonda  et  rédigea 
HAmi  des  Champs,  journal  d' Agriculture  et 
de  Botanique  de  la  Gironde.  Il  a  donné  dans 
les  Actes  de  V  Académie  de  Bordeaux:  Éloge  de 
M.  François  Delaveau  (182.>);  — Comptes 
rendus  de  la  commission  d'agriculture  (1826, 
1827,  1828,  1829,  1830);  —  Notice  sur  l'E- 
ducation des  Vers  à  Soie  dans  le  département 
de  la  Gironde,  et  notamment  sur  le  domaine 
de  M.  Marin,  à  Bruges  (1833)  ;  —  J)es  Cham- 
pignons comestibles  et  des  Champignons  véné- 
neux du  département  de  la  Gironde  (  1837  )  ; 
—  Nouvelles  Considérations  sur  les  Fougères 
(1839).  L.  L— T. 

Qut'rard,  La  France  Littéraire.  —  Bourquelot  et 
Maury,  La  Littér.  franc,  contemp. 

LATES  (BOMET  DE).   Voy.  BONET. 

LA  TETSSONNiÈRE  { Antoine-Charles-Ni- 
colas,  comte  DE  ),  historien  français,  né  en  1775, 
mort  à  Bourg  (Ain),  en  décembre  1845.1lapparfe- 
tenait  à  l'une  des  plus  anciennes  familles  de  la 
Bresse;  il  entra  à  l'École  Polytechnique  à  sa  fon- 
dation ,  et  consacra  sa  vie  à  des  études  sur  l'his- 
toire de  son  pays.  On  ci  de  lui  :  RecJierches  his- 
toriques sur  le  département  d&  ^'4i?i  ;  Bourg, 
1838-1844,  5  vol.  \n-&'\  U  a  ^yssi  abrégé  et  mis 
en  OTdveua&  Histoire  de £7-essie  àe  Gacond.  J.  V. 

Ooiirquelot  et  Maury,  Le^  Litter.  Fvanç.  cantemp,  — 
Monitetir  universel  du  31  déc.  1843. 

LATHAM  (  John),  naturaliste  anglais,  né  le 
27  juin  1740,  à  Eltham ,  bourg  du  comté  de  Kent, 
mort  le  4  février  1837,  à  Winchester.  Fils  d'un 
chirurgien ,  il  fut  destiné  à  la  même  profession, 
étudia  l'anatomie  avec  William  Hunter,  et  com- 
pléta son  éducation  médicale  en  suivant  la  cli- 
nique des  hôpitaux  de  Londres  ;  après  avoir  subi 
ses  examens,  il  alla,  en  1763,  s'établir  à  Dart- 
Ford,  aux  environs  de  son  village  natal,  et  y 
pratiqua  tout  ensemble  la  médecine  et  fa  phar- 
macie. Doué  d'une  observation  pénétrante  et 
d'une  extrême  adresse  manuelle,  il  augmenta  ra- 


pidement sa  clientèle,  et  acquit  une  fortune  assez 
considérable.  Sans  cesser  d'exercer  l'art  et  le 
commerce  qui  le  faisaient  vivre ,  il  employa  tous 
ses  instants  de  loisir  à  l'étude  approfondie  de 
l'ornithologie  et  de  l'anatomie  comparée,  pour  la- 
quelle il  avait  dès  sa  première  enfance  mani- 
festé de  rares  dispositions.  Le  renom  de  sa  belle 
collection  d'oiseaux,  qui  s'étendit  dans  le  monde 
scientifique ,  le  mit  en  rapports  suivis  avec  Pen- 
nant,  directeur  de  lABritish  Zoology,  sir  A.  Le- 
ver, J.  Banks  et  autres  collecteurs  distingués. 
Appelé  en  1774  à  siéger  au  sein  de  la  Société 
royale,  il  contribua  puissamment  à  la  formation 
de  la  Société  Linnéenne  (1788),  reçut  de  l'univer- 
sité d'Erlangen  le  diplôme  de  docteur  honoraire 
(!795),  et  fit  partie  des  compagnies  savantes  de 
BeHin  et  de  Stockholm.  En  1796,  après  trente- 
deux  ans  d'une  pratique  assidue,  il  quitta  la  mé- 
decine, et  se  retira  d'abord  à  Ramsey,  auprès  de 
son  fils ,  puis  à  Winchester.  De  nouveaux  hon- 
neurs allèrent  encore  le  chercher  dans  la  so- 
litude, tels  que  les  titres  de  médecin  extraordi- 
naire du  prince  régent ,  de  chirurgien  de  l'hô- 
pital de  Saint-Barthélémy  et  de  président  de  la 
Société  médicale  de  Londres.  Sa  vieillesse  fut 
attristée  par  d'énormes  pertes  d'argent  qu'en- 
traîna la  dernière  édition  de  la  Synopsie  des  Oi- 
seaux, et  qui  lui  enlevèrent  presque  tous  ses 
moyens  d'existence  ainsi  qu'une  grande  partie 
de  sa  bibliothèque  et  de  son  musée.  On  a  de 
John  Latham  :  A  gênerai  Synopsis  oj  the  Birds  ; 
Londres,  1781-1785,  3  vol.  en  6  part,  in-4'',  fig., 
angm.  de  deux  Sîippléments,  publiés  eu  1787  et 
1801.  Cet  ouvrage,  rédigé  dans  un  style  concis, 
embrasse  la  totalité  de  la  science,  et  renferme  un 
assez  bon  nombre  de  genres  et  d'espèces  dont 
nulle  mention  n'avait  été  faite  jusque  là;  le  nom 
de  l'auteur  est  resté  joint  à  certaines  dénomina- 
tions, notamment  Ardea  cocoi,  Tantalus  sethio- 
ptcus,  Solopax  leucophasa,  etc.  Les  descrip- 
tions sont  en  général  fidèles  et  satisfaisantes,  bien 
qu'on  puisse  leur  reprocher  de  s'égarer  parfois 
dans  les  détails.  Latham  donna  de  cette  collec- 
tion une  réimpression  ou  plutôt  une  refonte  de 
beaucoup  plus  soignée  sous  le  titre  :  A  gênerai 
History  of  Birds;  Winchester,  1821-1824, 
10  vol.  in-4°,  fig.  col.,  et  l'augmenta  encore 
d'un  volumineux  Index;  1828,  in-4°  ;  il  l'en- 
treprit à  un  âge  déjà  bien  avancé,  et  eut  la  main 
assez  ferme  pour  retoucher  lui-même  les  plan- 
ches qu'il  avait  d'abord  préparées;  —  Index 
Ornithologicus ,  sive  systema  ornithologise 
complectens  avium  divisionem  in  ordines, 
gênera,  species,  ipsarumque  varietates ;  Lon- 
dres, 1790,  2  vol.  in-4''  ;  2*  édit.,  1801,  in-4°  : 
cet  ouvrage  est  écrit  en  latin,  et  diffère  peu,  quant 
à  la  classification,  delà  General  Synopsis; 
la  synonymie  y  est  longuement  et  exactement 
indiquée.  Éloi  Johanneau  en  a  fait  paraîti-e  une 
édition  compacte  (même  titre,  Paris  1805, 
in-12),  présentée  par  quelques  biographes  comme 
un  abrégé,  et  à  laquelle  il  a  fait  subir  des  reina- 


799  LATHAM  —  LA 

niements;  —  P'«»  rf'""''  Tnstitution  de  Cha-  1 
rite  qu'on  povrrait  établir  sur  le  bord  de  la  \ 
jner  (en  angl.); Londres,  179 1,  in-S" ;  —  i.e«rc 
à  sir  Georges  Baker  sur  le  Rhumatisme  et  la 
Goutte  (en  angl.);  Londres,  1796,  in-S°;  — 
Faits  et  Opinions  sur  les  Dialectes  {en  ang\.); 
Londres,  1809,  1811,  in-8°.  Ce  savant  a  en  outre 
fourni  diverses  notices  sur  la  médecine,  l'histoire 
naturelle  et  l'archéologie  à  des  recueils  scien- 
tifiques, tels  que  les  Transactions  de  la  Société 
royale  et  de  la  Société  Linéenne,  VArchœologia, 
le  Gentleman' s  Magazine,  etc.,  et  il  a  publié 
une  édiUon  améliorée  de  la  Fharmacopœa 
d'Healde  ;  Londres,  1796,  in-8°. 

Son  fils  aîné,  L\th\m  (John),  suivit  aussi  la 
carrière  médicale.  Reçu  docteur  en  1788,  il 
exerça  successivement  à  Manchester,  à  Oxford 
et  à  Londres,  et  fut  nommé  en  1816  président  du 
Collège  des  Médecins.  Il  mourut  en  1843,  à  l'âge 
de  quatre-vingt-deux  ans.  P-  L— y. 

Transact.  ofthe  Linnwan  Society  ;  I8î7.  -  GentlemanS 
Magazine ,  1837.  -  The  Naturalist.  oct.  1837.  -  Cyclop. 
of  English.  Bicgraphy. 

^  LATHAM  (  Robert- Gordon),  philologue  an- 
glais, né  en  1812,  à  Billingsborough  (  comté  de 
Lincoln).  Fils  d'un  ecclésiastique,  il  étudia  les 
humanités  à  Eton,  et  passa  en  1829  à  l'umver- 
sité  de  Cambridge,  où  il  prit  ses  grades  littéraires 
ainsi  que  le  diplôme  de  docteur  en  médecine.  De- 
venu de  bonne  heure  familier  avec  le  mécanisme 
et  les  lois  des  langues  anciennes  et  modernes,  il 
fit  de  cette  science  l'occupation  principale  de  sa 
vie  sans  négliger  pourtant  l'exercice  de  son  art; 
ce  fut  pour  connaître  à  fond  les  idiomes  Scan- 
dinaves qu'à  peine  âgé  de  vingt  ans  il  parcourut 
la  Norvège  et  le  Danemark,  d'où  il  rapporta  la  tra- 
duction du  poëme  de  Tegner,  Axel  et  Frithiof. 
D'estimables  travaux  sur  la  philologie  comparée 
lui  firent  donner  en  1840  la  chaire  de  littérature 
anglaise  à  l'université  de  Londres.  En  outre  il  a 
été  attaché  à  l'hôpital  du  Middlesex,  et  y  a  été 
chargé  d'un  cours  de  jurisprudence  médicale. 
En  1854  il  a  surveillé  le  classement  de  la  sec- 
tion ethnologique  au  palais  de  Sydenham.  M.  La- 
thara  a  dans  son  pays  la  réputation  d'un  lin- 
guiste aussi  ingénieux  qu'habile;  il  s'est  efforcé 
d'aplanir,  par  des  méthodes  plus  promptes  et 
plus  rigoureuses,  l'étude  si  ingrate  de  la  gram- 
maire ,  et  les  fréquentes  réimpressions  de  ses 
livres  disent  assez  que  le  public  a  apprécié  sa 
tentative.  Il  est  membre  de  la  Société  royale  de 
Londres,  du  Collège  des  Médecins  et  de  plusieurs 
académies  étrangères ,  et  vice-président  de  la 
Société  Ethnologique,  qu'il  a  fondée.  On  a  de  lui  : 
Norway  andNorwegians;  Londres,  1834,  récit 
de  voyage;  —  Abstract  of  Rask's  Essay  on 
Sibilants  (Précis  de  l'Essai  de  Rask  sur  les  sif- 
flantes);- i4n  Address  to  theAuthorsoi  En- 
gland  and  ^mcrica.-ces  deux  écrits  ontpourbut 
une  réforme  de  l'alphabet  anglais  ;  —  Gramma- 
tical Sketch  on  the  Greek  Language  ;  —  On  the 
English  Language;  Londres,  1841,  in-8°  :  livre 


THORILLIÈRE  800 

souvent  réimprimé  etdevenu  classiquedansles  éta- 
blissements d'éducation  ;  c'est  une  sorte  de  résumé 
historique  du  développement  et  des  progrès  de  la 
\m^e;  — An  Elément ary  English  Grammar; 
ibid.,  1843;  —  The  History  and  Etymology  of 
the  English  Language  ;\\>\A.,  1845  ;  —  Outlines 
of  Logic  applied  ;  ibid.,  1847  ;  —  Natural  His- 
tory of  the  Variety  of  Men;  ibid.,  1850;  — 
Man  and  his  Migrations;   ibid.,   1851  ;  — 
Ethnology  of  the  British  Colonies;  1851;  — 
Ethnology  of  Europe  :  dans  ces  différents  ou- 
vrages, écrits  au  point  de  vue  de  l'unité  de  la  race 
humaine,  l'auteur  a  su  rester  original  en  indi- 
quant entre  les  peuples  et  les  divers  idiomes  des 
rapports  qui  avaient  été  négligés  jusque  ici  ;  — 
Handbook  of  the  English  Language;  iSài, 
in-8°  :  qui  résume  ses  recherches  grammaticales. 
M.  Latham  a  aussi  édité  les    Œuvres  de  Sy- 
denham ainsi  que  le    grand  Dictionnaire  de 
Johnson  (1853),  et  il  a  travaillé  à  différents  re- 
cueils littéraires  ou  scientifiques.     P.  L— y. 

English  Cyclopœdia.  -  Men  ofthe  Time.-  Conver- 
sat.-Lexikon. 

LA    THAUMASSIÈRE.     Voy.     ThAUMASSIÈRE 

{Gaspard). 

LA  THORILLIÈRE  (  Lenoir,  sieur  de),  auteur 
et  comédien  français,  mort  en  1679.  Il  descendait 
d  une  famille  noble,  et  était  capitaine  de  cavalerie, 
lorsque,  entraîné  par  son  goût  pour  la  scène,  il  de- 
manda à  Louis  XIV  la  permission  de  suivre  la 
carrière  du  théâtre  ;  le  roi  lui  donna  le  temps  de 
la  rénexion;mais  La  Thorillière  ayant  persisté, 
sa  demande  lui  fut  accordée.   Il  entra  dans  la 
troupe  de  Molière,  qui  jouait  alors  au  Palais  Royal, 
et  il  commença  vers  1658  à  y  rempHr  les  rôles 
de  roi  et  de  paysan.  Il  joua  successivement  en 
1664  les  rôles  de  Géronimo  dans  Le  Mariage 
forcé ,  de  Créon  dans  La  Tkébaïde ,  et  A'Ar- 
bate  dans  La  Princesse  d'Élide,  en  1665  Parus 
dans  ^Zea;andre,  en  1667  Hali  dans  Le  Sicilien 
et  Attila,  en  1668  Lubin  dans  Georges  Dan- 
din,  Titus,  le  Roi  dans  Psyché,  et  enfin  Tris- 
sotin.  Après  la  mort  de  Molière  en  1673,  il  entra 
au  théâtre  de  l'hôtel  de  Bourgogne  pour  y  rem- 
placer La  Thuilerie  (Lafleur),  et  continua  a  y 
occuper  les  mêmes  emploisjusqu'en  1679,  époque 
à  laquelle  on  croit  qu'il  mourut  du  chagrin  que 
lui  causa  le  mariage  de  sa  fille  Thérèse  avec 
Dancourt  qui  l'avait  enlevée.  Il  avait  fait  repré- 
senter, le  8  décembre  1667,  sur  le  théâtre  du 
Palais-Royal,  une  tragédie  intitulée  Cléopâtre,  qui 
n'eut  pas  de  succès,  ne  fut  pas  imprimée,  et 
n'est  connue  que  par  les  vers  suivants  <]e  Ro- 
binet : 

C'est  sans  doute  une  belle  pièce, 

Où  Ton  trouvait  force  et  Justesse  , 

Kt  maints  trails  délicats  de  l'art  ; 

Oui,  toute  flatterie  à  part. 

Et  son  auteur  Lathorllllère 

En  vaut  louange  singulière; 

Mais  à  tout  dire  comme  il  faut. 

J'y  trouve  un  notable  défaut  : 

C'est  le  défaut  de  la  cabale , 

Avantageuse  on  bien  fatale 

Aux  ouvrages  les  plus  complets,  etc.    A.  Jai». 


801 


LA  THORILLIÈRE  —  LATIL 


Parfaict  frères,  Histoire  du  Théâtre-Français,  toni.  X  et 
XI.  —  LemazQrier,  Galerie  historique  des  jeteurs  du 
Théâtre-Français,  tom-.  !*■■.  —  Cbaudon  et  Delandine, 
J)ict.  universel.  —  Quératd,  Tm  France  Littéraire. 

LA TBORiLiiiÈBE (Pierre  Lenoir,  sieuroE), 
acteur  français,  fils  du  précédent,  né  à  Paris,  en 
1656,  mort  le  18  septembre  1731.  II  suivit  la 
carrière  de  son  père,  et  reçut  de  Molière  lui- 
même  les  premières  leçons.  En  1671,  àFâgede 
quinze  ans,  il  joua  le  rôle  de  l'Amour  dans  Psy- 
ché. Jl  parcourut  pendant  quelque  temps  les 
théâtres  de  province  pour  se  rendre  digne  de 
celui  de  Paris ,  où  il  débuta  au  commencement 
de  1684,  et  fut  reçu  le  14  de  la  même  année. 
Il  commença  par  jouer  les  seconds  rôles  de  tra- 
gédie et  les  amoureux  comiques,  qui  ne  conve- 
naient point  à  son  talent;  il- chargeait  d'abord  le 
caractère  de  ces  rôles,  mais  il  se  corrigea  bientôt 
de  ce  défaut,  et  en  1693,  à  la  mort  de  Raisin 
cadet,  il  hérita  de  la  plupart  de  ses  rôles,  et  se 
montra  capable  de  remplacer  cet  acteur  si  re- 
nommé. LaThorillière avait  le  visage  expressif,  la 
voix  sonore;  ri  animait  la  scène  et  mettait  beau- 
conp  de  finesse  dans  son  jeu.  Pendant  quarante- 
sept  années  qu'il  passa  au  théâtre,  il  créa  avec 
beaucoup  de  succès  un  grand  nombre  de  rôles  ; 
parmi  les  plus  importants  on  cite  ceux  d'Hector 
dans  Le  Joueur,  de  Carlin  dans  Le  Distrait, 
de  Strabon  dans  Démocrite,  de  Pasquin  dans 
L'École  des  Pères,  etc.,  etc.  Le  dernier  qu'il  joua 
est  celui  de  Frontin  dans  Le  Muet.  Il  reçut  une 
pension  de  douze  cents  livres.  Il  avait  épousé  la 
sœur  de  Dominique  Biancolelli ,  le  fameux  Arle- 
quin  de  la  Comédie-Italienne.  A.  J. 

Parfaict  frères ,  Histoire  du  Théâtre-Français,  —  Le- 
mazurier,  Galerie  historique  des  Acteurs  du  Théâtre- 
Français. 

LA  THUILL.ERIE  [Jean- François  Jcvénon, 
dit),  acteur  et  autear  dramatique  français,  né 
vers  1663,  mort  le  13  février  1688,  à  Paris.  Il 
était  fils  d'un  cuisinier  qui  s'était  fait  comédien 
sous  le  nom  de  Lafleur,  et  avait  succédé  dans  la 
troupe  de  l'hôtel  de  Bourgogne  à  Montfleury  pour 
le  double  emploi  des  rois  et  des  paysans  ;  c'était  lui 
[pii  avait  créé  les  rôles  de  Burrhus  et  d'Acomat. 
LaThuillerie  débuta  en  1672  sur  la  même  scène, 
prit  les  premiers  rôles  tragiques  après  la  mort 
ju  premier  La  Thorillière,  et  passa  en  1680  dans 
la  compagnie  de  la  rue  Guénégaud.  «  Il  man- 
quait d'instruction ,  dit  un  biographe  ;  mais  il 
5tait  bel  homme,  il  avait  de  l'esprit ,  des  bonnes 
fortunes  ;  il  excellait  à  faire  des  armes,  à  jouer  à 
la  paume ,  à  monter  à  cheval ,  et  il  tirait  vanité 
cle  ces  avantages.  »  Il  aimait  extrêmement  les 
femmes,  et  donna  dans  cette  passion  avec  tant 
i'excès  qu'il  mourut  d'une  fièvre  chaude  à  trente- 
cinq  ans.  Comme  auteur,  il  a  fait  représenter 
quelques  pièces  dont  la  paternité  a  été  l'objet 
le  plus  d'un  doute  :  Crispin  précepteur,  com. 
en  un  acte  et  en  vers  ;  1679;  —  Soliman,  tra- 
édie;  1680;  —  Hercule,  tragédie;  1681;  — 
Crispin  bel  esprit,  com.  en  un  acte  et  en  vers; 
1681  :  ces  quatre  pièces  ont  été  recueillies  en 

NOUV.    BIOGR.    GÉNÉR.    —  T.   XXIX. 


802 

un  vol.  in-12;  —  Merlin  peintre ,  com.  en  un 
acte;  1687  :  non  imprimée.  On  a  prétendu  que 
La  Thuillerie  ne  faisait  que  prêter  son  nom  à 
ces  pièces,  dont  le  véritable  auteur  était  l'abbé 
Abeille.  Aussi  les  comédiens,  jaloux  de  la  fausse 
gloire  de  leur  camarade ,  interrompirent  les  re- 
présentations à' Hercule,  qui  avait  eu  du  succès, 
et  ne  manquèrent  pas  de  démasquer  La  Thuil- 
lerie. Ce  dernier,  dans  la  préface  qui  l'accom- 
pagna, la  prétend  sienne,  avouant  seulwnent 
qu'il  consultait  un  ami,  «  qui,  dit-il,  est  peut-être 
aussi  honteux  de  voir  qu'on  lui  attribue  ses  ou- 
vrages qu'il  est  glorieux  pour  lui-même  de  voir 
qu'on  les  estime  assez  pour  les  donner  à  ee  sa- 
vant ami.  » 

Après  la  mort  de  La  Thuillerie,  on  lui  fit  l'épi- 
taphe  suivante  :  P.  L — y. 

Ici  git  qai  se  nommait  Jean 
Et  croyait  avoir  fait  Hercule  et  Soliman. 

De  Léris,  CUct.  des  Théâtres,  S"  édit.  1763.  —  H.  Lucas, 
Hitt.  du  Théâtre- Français. 

LA  THUILLERIE.   Voy.  COIGNET. 

LATHiJRE.  Voy.V'mïMwÈE  {Lathyre). 

l'XTiij  {Jean-Baptiste-Marie-Anne- Antoine, 
duc  DE-),  cardinal  français,  né  aux  îles  Sainte-Mar- 
guerite, le  6  mars  1 761 ,  mort  à  Gemioos  (Bouches- 
du-Rhône),  au  commencement  du  mois  de  décem- 
bre 1 839.  Destiné  de  bonne  heure  à  l'état  ecclé- 
siastique, il  entra  au  séminaire  Saint-Sulpiee  de 
Paris,  et  fut  ordonné  prêtre  en  1784.  Peu  de 
temps  après,  il  fut  nonuné  grand -vicaire  de  l'é- 
vêque  de  Vence,  qui  le  chargea  de  le  représenter 
à  l'assemblée  bailliagère  de  sou  diocèse  lors  de 
la  convocation  des  étets  généraux.  L'abbé  Latil 
se  fit  remarquer  par  sa  résistance  aux  idées  nou- 
velles, et  refusa  de  prêter  serment  à  la  consti- 
tution civile  du  clergé.  Il  se  retira  alors  à  Co- 
blentz,  et  en  1792  il  revint  en  France.  Arrêté  à 
Montfort-l'Amaury,  il  resta  quelque  temps  en- 
fermé dans  les  prisons  de  cette  ville.  Dès  qu'il  eut 
recouvré  sa  liberté ,  il  se  retira  en  Allemagne,  et 
sefixa  à  Dusseldorf,où  il  s'exerçait  à  la  prédication. 
Il  se  disposait  à  partir  pour  l'Amérique,  lorsque 
le  comte  d'Artois  l'appela  auprès  de  lui,  en  1794, 
et  le  prit  pour  aumônier.  Depuis  ce  moment 
Latil  ne  quitta  plus  ce  prince,  dont  il  devint,  à  la 
restauration,  prunier  aumônier.  Nommé  d'abord 
évêqae  d'Arayclée,  in  partibus  infidelium ,  il 
fut  consacré  le  7  avril  1816  ;  évêque  de  Chartres 
en  1821,  il  devint  archevêque  de  Reims  le 
11  août  1824.  Le  29  mai  1825  il  sacra  Char- 
les X  dans  la  métropole  de  Reims  avec  le  saint- 
chrême  tiré  des  débris  de  la  sainte-ampoule, 
miraculeusement  retrouvée.  On  lisait  dans  le 
mandement  pubhé  à  cette  occasion  par  le  cardinal 
de  Latil  «  que  les  rois  de  France  ne  venaient 
point  recevoir  l'onction  sainte  pour  acquérir  ou 
assurer  leurs  droits  à  la  couronne;  qu«  ces 
droits  étaient  plus  anciens  que  cette  cérémonie, 
qu'ils  venaient  de  leur  naissance  et  de  la  loi 
qui  a  fixé  l'ordre  de  sucesssionau  trône  •».  Pair 
de  France  en  1823,  et  créé  comte  par  Charles  X, 

26 


803  LATIL  — 

l'archevêque  de  kèims  fut  aussi  nommé  ministre 
d'État.  Le  12  mars  1826,  le  pape  Léon  XII  l'é- 
leva  à  la  dignité  de  cardinal,  et  le  roi  lui  donna 
le  titre  de  duc.  La  même  année  il  signa  la  dé- 
claration du  clergé  de  France  touchant  l'indé- 
pendance de  la  puissance  temporelle  en  matière 
purement  civile.  On  l'accusa  néanmoins  d'être 
grand  partisan  des  jésuites  et  d'avoir  poussé 
Charles  X  aux  mesures  qui  amenèrent  la  révolii- 
tior  de  Juillet.  A  la  suite  de  cet  événemètit, 
Latil  s'enfuit  en  Angleterre  ;  il  revint  bientôt  eii 
France ,  et  conserva  son  siège  épiscopal,  riiaiê  H 
refusa  le  serment  comme  pair  de  France.  S.  y. 

Lardier,  Hist.  biogr.  de  la  Chambre  des  Pairs.  —  Ar- 
nault,  Jay,  Jouy  et  Norvins,  Biog.  notiv.  des  Côntemp. 
—  Rnbbe,  VKilh  de  Boisjolio  et  Sainte- Preuve,  ^Biogr. 
univ.  et  portative  des  Contemp.  —  Dict.  de  la  Convers. 

*  LATIL  {Mathieu-François- Vincent),  pein- 
tre français,  né  le  8  février  1796,  à  Aix  (Bou- 
ci.es-du- Rhône).  Après  avoir  suivi  les  cours  de 
l'École  des  Beaux-Arts,  il  fréquenta  l'ateUer  de., 
Gros,  et  débuta,  au  salon  de  1824,  par  un  sujet 
mythologique.  Il  a  obtenu  en  l'847  une  première 
médaille  d'or  comme  peintre  d'histoire.  Ses 
principaux  tableaux  sont  :  Le  Lavement  des 
Pieds;  1827;  —  La  Tunique  de  Joseph;  — 
Moralité  du  Peuple  en  Vabsence  des  lois, 
en  juillet  1830;  1831;  —  La  Fille  du  Vé- 
téran; 1838;  —  Episode  de  l'histoire  des 
naufrages;  1841  ;  —  Jésus-Christ  guérissant 
un  Possédé  ;  1845  ;  —  La  Mission  des  Apôtres  ; 
1847  ;  —  Saint  Jean  le  Précurseur  ;  1849,  etc. 
Cet  artiste  a  exposé  aussi  un  grand  nombre  de 
portraits. 

Sa  femme ,  Eugénie  Henry  ,  née  a  Moscou, 
en  1808,  s'est  fait  connaître  dans  le  même 
genre.  K. 

Dict.  univ.  des  Contemporains.  —  Siret,  Les  Peintres 
de  toutes  les  écoles.  —  Livrets  des  Salons. 

latimër  (  William),  érudit  anglais,  mort 
en  1545.  Son  éducation  terminée  à  Oxford,  !1  se 
rendit  en  Italie,  et  passa  quelques  années  à  l'uni- 
versité de  Padoue,  où  il  acquit  une  connaissance 
approfondie  des  langues  et  des  littératures  an- 
ciennes. De  retour  dans  son  pays ,  il  prit  en 
1513  le  grade  de  maître  es  arts,  et  devint  le 
précepteur  de  Reginald  Pôle,  le  futur  cardinaf, 
par  l'intermédiaire  duquel ,  à  ce  qu'on  croit,  il 
obtint  deux  cures  et  une  prébende  à  Salisbu'ry. 
Il  eut  aussi  l'honneur,  pendant  qu'il  était  attaché 
à  Oxford ,  d'enseigner  le  grec  à  Érasme  et  de 
travailler  à  la  seconde  édition  que  donna  celui-ci 
du  Nouveau  Testament.  Latimer  fut,  avec  Colet, 
Lily  et  Grocyn,  un  des  restaurateurs  des  études 
classiques  en  Angleterre.  Érasme  ,  qui  était  en 
correspondance  avec  lui,  le  regardait  comme  un 
excellent  théologien  et  comme  un  homme  aussi 
instruit  que  modeste.  11  mourut  dans  un  âge  fort 
avancé,  et  fut  enterré  dans  une  paroisse  du 
comté  de  Gloocester.  P.  L — y. 

Athense  Oxmiienses,  l.  —  Jortin,  Life  of  Erasmus. 

LATIMER  (  Hiigh),  un  des  perdes  de  la  réforme 
en  Angleterre,  né  vers  1472,  à  ïirkessen  ou 


LATIMER  804 

Tliurcaston,  dans  le  bomfë  de  tèitëStër,  mort 
sur  le  bûcher,  le  16  octobre  1555.  11  était  ii!s 
d'un  fermier.  Ht  ses  études  à  l'université  de  Cam- 
bridge, et  entra  dans  les  ordres.  Il  était  alors 
zélé  catholique,  et  il  écrivit  contre  le  luthéra- 
nisme; mais  ses  opinions  ne  tardèrent  pas  à 
changer.  Les  prédications  et  les  entretiens  de 
son  ami  Thomas  Bilney  lui  firent  apercevoir 
dans  les  doctrines  et  la  discipline  de  l'Église  <ie 
Rome  des  erreurs  qui  lui  avaient  échappé  jusqu'à 
l'âge  de  cinquante  ans.  Il  devint  dès  lors  un  ré- 
formiste ardent,  et  scandalisa  par  ses  prédications 
les  théologiens  de  Cambridge,  qui  demandèrent 
à  l'évêque  d'Ely  de  censurer  leur  hérétique  col- 
lègue. L'évêque,  homme  modéré,  se  contenta 
d'interdire  à  Latimer  de  prêcher  dans  le  diocèse 
d'Êly,  défense  que  lè  réformateur  éluda  en  ob- 
tenant l'autorisation  de  prêcher  dans  une  cha- 
pelle d'un  monastère  exempt  de  la  juridiction 
épiscopale.  L'éloquence  de  Latimer,  la  sévérité 
de  ^ès  mœurs,  son  dévouement  aux  pauvres,  la 
disposition  générale  des  esprits  vers  l'émancipa- 
tion religieuse  attirèrent  autour  de  sa  chaire 
une  foulé  d'auditeurs.  Sa  populaHté  inquiéta  les  i 
prélats  qui  dirigeaient  alors  les  affaires  ecclé 
siâ.çtiques  du  royaume,  Wolsey,  Warham  etl 
Tunstal;  et  Henri  VIII,  qui  négociait  alors 
près  la  cour  de  Rome  pour  obtenir  la  dissolu- 
tiaft  de  Son  mariage  avec  Catherine,  permit  de  ! 
poursuivre  les  prédicateurs  réformistes.  Bilney  f 
et  Latimer  coinparurent  devant  une  cour  pré 
sidèepat  Tunstal.  Bilney  se  rétracta:  Latimer  r 
en  fut  quitte  pour  une  réprimande^  et  retournas 
à  Cambridge.  Le  ministre  Thomas  Gromwell,, 
qdî  tenait  de  prendre  une  grande  influence  suri 
l'esprit  du  roi ,  et  qui  était  favorable  à  la  cause 
dé  la  réformé,  donna  à  Latimer  bù  bénéfice  dans  , 
le  Wiltâfiire.  Mais  les  doctHnes  de  la  réforme 
n'étaient  pas  encore  lëgàîement  établies  Cn  Ah- 
gieteri-e,  et  les  prédications  hérétit^ues  de  Lati- 
mer lé  rarnéùërènt  devant  la  coiir  ecclésiastique 
de  Loiïdres.  Crdmwell  lé  tira  du  dâiigér,  et  le  te- 
commanda,  à  Ânrte  Bôteyri,  qui  le  choisit  pour  fori 
chapelàiii.  Peu  après,  en  1 535,  Latimer  fut  iibmmé 
évêqiie  de  Wôrcéster.  Il  rerhplit  ses  fonîttions 
épiscopales  d'une  manière  e)t.emplaire ,  et  tra- 
vailla de  toutes  ses  forces  à  l'établissement  de  ïd 
réforme.  Ce  zëlë  d^pTût  a  Hèhrî  VIII,  qui  pré 
tendait  rester  dans  une  situation  intermédiaire 
aussi  éloignée  du  lutfiéranîirïïe  que  de  là  cour  de 
Rome.  D'ailleurs,  lé  vieux  père  Latimer,  comme 
rappelait  le  peuple  dé  Londres,  n'était  pas  cour- 
tisan ;  il  ne  ménageait  ni  les  ministres  ni  les  ixii- 
gistrats  qui  piillaient  et  opprimaient  lé  peuplé^ 
ni  le  roi  lui-mêrne.  «  Il  était  d'usage ,  dit  Soù 
biogi-aipfie  Gilpin,  que  les  évêques,  au  coirimen- 
cemeht  de  la  nouvelle  année ,  offrissent  au  roi 
un  présent  plus  ou  pioins  riche.  Latimer  offrit 
seulempjat  à  Henri  VIII  un  exemplaire  du  Nou- 
veau testament,  avec  lin  feuillet  plié  à  ce  pas- 
sage :  «  Dieu  jugera  les  débauchés  et  les  adul- 
tères. «  il  àe  démit  dé  sonëvêché  en  1539  plu- 


805 

lù(  que  d'acceptei'  l'acte  des  six  articles  qui  main- 
tenait lès  dogmes  essentiels  du   catliolicisme , 
sauf  la  suprématie  pontificale  transportée  à  la 
couronne  d'Angleterre.  Peu  de  -temps  après,  il 
fut  arrêté  à  Londres  et  mis  à  la  Tour,  où  il  resta 
six  ans,  jusqu'à  la  mort  d'Henri  VIII.  Mis  en 
liberté  à  l'avènement  d'Edouard  VI   en    1547, 
lorsque  le  parti  réformiste  l'emporta ,  il  aurait 
pu  rentrer  dans  son  évêché  ;  mais  il  préféra,  à 
cause  de  son  grand  âge,  rester  dans  la  vie  privée. 
Son  influence  était  grande  à  la  cour  du  jeune  roi, 
et  il  n'en  usa  point  pour  se  venger  de  ses  persé- 
cuteurs. Son  influence  cessa  avec  le  court  règne 
d'Edouard.   Ce  prince  mourut  en  juillet  1553. 
Marie  lui  succéda ,  et  en  septembre  commença 
une  réaction  violente  contre  les  réformateurs. 
Latimer  fut  mis  à  la  Tour.  Il  y  languit  plusieurs 
mois,  sans  qu'on  eût  égard  à  sa  vieillesse;  il  fut 
ensuite  conduit  à  Oxford  et  traduit  avec  Ridley 
Rt  Cranmer  devant  un  tribunal   composé  des 
tbéologiens  les  plus  hostiles  à  la  réforme.  Cran- 
mer  et  Ridley  soutinrent  leurs  opinions  en  latin. 
Latimer  lut  sa  profession  de  foi  en  anglais ,  car 
il  était  peu  instruit,  et  depuis  longtemps  il  ne 
faisait  plus  usage  du  latin.  Les  huées  et  les  trépi- 
nements  de  l'auditoire  accueillirent  les  simples 
3t  fermes  paroles  du  vieux  prélat.  Latimer  s'eii 
plaignit  aux  juges  ;  «  J'ai,  dit-il,  dans  plus  d'une 
)ccasion  parlé   en  présence  de   deux    grands 
'ois  pendant  plusieurs  heures  de  suite ,  et  vous 
le  voulez  pas  m'accorder  un  quart  d'heure.  » 
1  tendit  ensuite  à  un  des  juges  le  papier  qui 
;oiitenait  sa  profession  de  foi ,  et  refusa  de  sou- 
enir  une  controverse  «  pour  laquelle ,  disait-- 
1 ,  en  remuant  sa  tête   courbée  par  l'âge ,  il 
ilait  aussi  bien  qualifié  que  ponr  ê.tre  gouver- 
leur  de  Calais.  »  Le   28  avril   1554,  les  trois 
)ré!ats ,  ramenés  devant   leurs  juges ,  refusè- 
ent  de  se  rétracter,  et  fureiil  condamnés  à  être 
)rûlés.  On  les  laissa  encore  dix-huit  mois  en 
irison.  La  sentence  contre  Ridley  et  Latimer  fut 
xécutée  le  16  octobre  1555,  à  Oxford  près  du 
ollége  Baliol.  Les  deux  condamnés,  placés  sur 
é  bûcher,  durent  d'abord  écouter  un  long  et  peu 
haritable  sermon  du  docteur  Smith.  Quand  ofl 
es  eut  dépouillés  de  leurs  habits,  Latimer  dit  à 
on  compagnon  :  «  Ayez  bon  courage ,  maître 
lidley,  montrez-vous  homme.  Nous  allumerons 
ujourd'hui  une  lumière  qui ,  par  la  grâce  de 
)ieu,  ne  s'éteindra  jamais  en  Angleterre.  «  Pui^ 
es  exécuteurs  mirent  le  fen  au  bûcher.  Ils  avaient 
lisposé  un  sac  de  poudre  aux  pieds  des  con- 
lamnés,  qui  périrent  instatitanément  dans  l'ex- 
•losion.  On  a  de  Latimer  des  Serinons  qui  font 
•lus  d'honneur  à  son  honnêteté  qu'à  ses  lumières, 
mprimés  plusieurs  fois  du  vivant  du  prélat,  ils 
•nt  été  souvent  réimprimés  depuis  sa  mort.  Une 
les   meilleures  éditions  est  celle  de  Londres 
825,  2  vol.  in-S".  L.   J. 

Fox,  ^Jcts  and  Monuments  of  tke  Churcfi.  —  Burnet, 
iistonj  of  Vie  Rcjormation,  t.  H.  —  Collier,  e.fiurch 
Tistorij.  —  Gilpin,  Life  of  Hughes  Latimer,  bishop  of 
'rorcesler;  Londres,  1755,  in-8".  -  Wordsworth,  £ocie-  1 


LATIMER  —  LATINÎ 


806 


siastical  Jliography.  —  Chalmers,  General  biographi- 
cal  Dictionury. 

LATINI  {Brunetto),  célèbre  lèhcyclojiédisîë 
italien  du  moyen  âge,  fils  de  BOriatorso  Latini , 
•  issu  d'une  famille  honorable ,  est  né  à  Florence, 
en  1230,  et  mort  dans  la  même  iille,  en  1294  (1). 
«  Non-seulement  il  naquit  pour  enseigner  à  ses 
concitoyens  l'art  de  bien  parler,  dit  un  de  ses 
biographes ,  mais  aussi  pour  leur  apprendre  à 
dirigei-  habilement  les. affàli-es  delà  république.  » 
C'était  un  homme  d'une  conversation  agréable, 
spirituelle  et  enjouée;  il  était  serviable,  modeste, 
de  mœurs  douces.  La  pratique  des  vertus  l'au- 
rait rendu  très-heureiix  S'il  eût  pu  sdppoi'têi- 
avec  plus  de  fermeté  lesiiijustices  de  sa  gldrieusé 
patrie.  Il  s'acqiiit  lihe  grande  célébrité  comme 
orateur,  poète,  historien,  philosophe,  théologien. 
Très-versé  dans  les  langues  latine,toscane  et  fran- 
çaise, Brunetto  eut  l'honneur  H'avoir  pour  élèves 
Guido  Cavalcanti  et  IJàiite ,  qiii  dit  éii  parlant 
de  l'auteur  du  Trésor  : 

M'insegnavate  coiBe  ruom  s'eterha  (s/. 
I!  enseigna  aussi  l'économie  poijtiqûe  aux  séna- 
teurs les  plus  puissants  de  la  rëfiublique,  et  ils 
le  chargèrent  d'importantes  négociations  auprès 
de  quelques  souverains  de  l'Europe  (3J.  Con- 
damné à  l'exil  avec  les  principaux  chefs  du  parti 
guelfe,  à  la  suite  de  la  bataille  de  Montaperti,  il 
se  retira  en  Fi;ance ,  et  paya  noblement  la  dette 
de  l'hospitalité  en  nous  donnant  son  tivre  du 
Trésor.  On  ne  peut  savoir  combien  de  temps  il 
demeura  en  France; mais  son  séjour  éè  pfolbn^ 
gea  au  moins,  de  1260  à  1267,  date  de  la  moft 
de  Mainfroy,  tué  à  la  bataille  de  Bénévent. 

Rappelé  dans  sa  patrie  après  le  triomphe  31 
Charles  d'Anjou  et  la  chute  du  parti  gibeliiî, 
on  le  retrouve  syndic  de  la  commune  de  Florence 
en  1284.  Il  mourut  dix  ans  plus  tard,  et  ifut  in- 
humé dans  l'église  de  Santa-Maria-Novella  ^  où 
l'on  voit  encore  son  tombeau.  La  voûté  de  la 
coupole  du  tombeau  de  Dante  à  Ravenne  esl 
décorée  de  quatre  médaillons  représentant  Vir- 
gile, Brunetto  Latini,  Can  Grande  et  Guido. 

Malgré  l'affection  et  le  respect  que  Dante  témoi- 
gne à  son  maître,  l'auteur  de  \a.Dlvine  Comédie 
ne  le  signale  pas  moins  à.la  postérité  comme  spiiii|é 
d'un  vice  honteux,  contre  lequel  Brunetto  Latlm 
avait  pourtant  fait  éclater  une  j  uste  indignation  (4) . 

L'un  des  commentateurs  de  la  Divine   Co- 


(1)  Ces  dates  se  lisent  au  bas  d'un  portrait  ,de  Bru- 
netto,gravé  d'après  le  tableau  original  conservé  à  la  ga- 
lerie de  Florence.  Un  exemplaire  de  ce  pOi-trait  orrlÊ 
le  manuscrit  du  Trésor  légué  par  sir  Francis  Douce  à 
la  bibliothèque  d'Oxford,  oii  nous  l'avons  vu.  Fauriel, 
dans  y  Histoire  Littéraire,  fait  naître  Latini  dix  ans  plus 
tôt  ;  mais  nous  nous  en  tenons  à  notre  document. 

(2)  Infern.,  cant.  XV. 

(3)  Esso  comune  saggio 

Ml  fece  suo  messaggio 
AU'  alto  re  di  Spagna, 
(  Tesoretto,  p.  18,  col.  1  et  2;  in-i",  édit.  de  1642.  ) 

(4)  Deh  I  corne  son  periti 
Quel  che  contra  natura 

Brigan  con  tal  lussuria  ! 

(.  Tesoretto,  la  Penitenza,  p.  41,  col.  2.  ) 

26, 


807 


médie  prétend  que  c'est  par  suite  d'une  con- 
damnation comme  faussaire  que  Brunetto  Latini 
fut  contraint  de  se  retirer  en  France.  Ce  trait 
est  sans  doute  parti  de  la  main  d'un  gibelin,  et 
l'on  sait  tout  ce  que  peuvent  inventer  les  haines 
politiques.  D'ailleurs ,  comment  concilier  cette 
condamnation  infamante  avec  les  éloges  que 
Dante,  de  concert  avec  les  écrivains  les  plus 
recommandables ,  se  plaît  à  prodiguer  à  son 
ancien  maître  ?  Et  ce  ne  sont  pas  seulement  les 
compatriotes  de  Brunetto  Latini  qui  lui  prodi- 
guent ces  éloges  :  notre  Alain  Chartier  le  met 
au  rang  des  savants,  des  poètes  et  des  historiens 
les  plus  célèbres  de  l'antiquité  et  du  moyen  âge: 
«  Veux-tu  doncques,  dit-il,  veoir  ton  cas  en  au- 
truy,  et  le-s  aventures  de  nos  jours  comparer 
humainement  à  celles  des  anciens  prédéces- 
seurs ?  Lis  Omer,  Virgile ,  Tite-Live ,  Orose, 
Troge- Pompée,  Justin,  Flore,  Valère,  Stace, 
Lucan,  Jule  Celse,  Brunet  Latin,  Vincent  (de 
Beauvais)  et  les  autres  historiens  qui  ont  tra- 
vaillé à  allonger  leur  brief  aage  par  la  notable 
et  longue  renommée  de  leurs  escriptures  (1)  ». 

Aimery  du  P-eyrat,  abbé  de  Moissac,  dont  le 
successeur  a  été  nommé  en  1407,  a  écrit  en 
latin  une  Chronique  des  Papes,  dans  laquelle 
il  a  intercalé  un  long  morceau  traduit  du  Trésor 
de  Brunetto  Latini,  qu'il  qualifie  «  vir  magnae 
pnidentiae  et  venustae  facundiae  (2)  ». 

L'édition  des  Assises  de  Jérusalem  publiée 
par  La  Thaumassière  renferme  deux  chapitres 
(  ccLxxxii,  ccLXXxiir  )  empruntés  au  Trésor  (  Des 
Gouvernements  et  des  Cités,  des  Seignories  et 
des  Pilliers).  L'ouvrage  de  Brunetto  Latini  a  ob- 
tenu, comme  on  sait ,  une  très-grande  vogue  en 
Europe  pendant  le  quatorzième  siècle,  et  il  jus- 
tifiait ce  succès  sous  plus  d'un  rapport  (3)i 

Lévêque  de  La  Ravallière  a  copié  le  portrait 
d'Iseult  tiré  du  Trésor,  et  le  termine  par  cette 
remarque  :  «  Ce  portrait  n'est  point  dans  le  ro- 
man de  Tristan  imprimé  ;  je  l'ai  tiré  de  la  Ré- 
thorique  de  Brunes ,  qui  l'a  cité  pour  exemple 
d'une  image  et  d'une  description  parfaite.  Il  est 
vrai  qu'on  ne  peut  pas  donner  plus  d'âme  et 
plus  de  vie,  et  présenter  chaque  partie  d'un  por- 
trait avec  plus  de  vérité  et  de  détail  qu'il  n'y  en 
a  dans  celui-là  ;  il  n'y  manque,  pour  être  admiré 
de  tout  le  monde,  qu'un  coloris  plus  frais  (4)  ». 
Voici  ce  portrait  :  «  Autres  si  fist  Tristans  quant 
il  devisa  la  biauté  Iseult.  Si  chevol,  fist-il,  res- 
plendissent comme  fil  d'or,  ses  frons  sormonte 
la  flor  de  lis  ;  si  noir  sorcil  sont  ploie  comme 
petit  arçonniau,  une  petite  voie  de  lait  les  de- 
sevre  parmi  la  ligne  dou  neis,  et  si  par  mesure 
que  il  n'a  ne  plus  ne  mains  ;  si  oil,  qui  sormon- 
tent  toutes  esmeraudes ,  reluisent  en  son  front 


LATINI  808  1 

comme  .ij.  estoiles;  sa  face  ensuit  la  biantô 
dou  matinet ,  car  elle  est  de  vermil  et  de  blanc 
meslé  ensemble ,  en  tel  manière  que  l'un  ne 
l'autre  ne  resplendit  malement  ;  la  bouche  pe- 
tite et  les  lèvres  auques  espesses  et  ardans  de 
bêle  color,  et  les  dens  plus  blanches  que  perles, 
et  sont  establies  par  ordre  et  par  mesure  ;  mais 
ne  panthère  ne  espice  nule  ne  se  puet  comparer 
à  sa  très  douce  alaine  ;  ses  mentons  est  assez 
plus  poli  que  marbre,  nus  laiz  ne  doue  color  à 
son  col,  ne  cristal  ne  resplendist  à  sa  gorge.  De 
ses  droites  espaules  descendent  .ij.  bras  grailles 
et  Ions,  et  blanches  mains  où  la  char  est  mole  et 
tendre;  les  doiz  granz ,  cavez  et  reonz,  sor  quoi 
reluist  la  biautez  de  ses  ongles.  Ses  très  biaus  [m 
est  aornés  de  .ij.  pomes  de  paradis  qui  sant 
comme  masse  de  nois  (neige);  et  si  est  si 
graille  par  la  ceinture  que  on  la  porroit  prendre 
dedanz  ses  mains.  Mais  je  me  tairai  des  autres 
parties  dedanz,  dcsqueles  li  corages  parole  m^x 
que  la  langue.  »  (Liv.  III,  c.xiv.) 

Brunetto  Latini  a  préludé  à  la  composition  du 
Grand  Trésor,  comme  il  l'appelle,  par  la  pu- 
blication de  plusieurs  opuscules  en  prose  et  en 
vers,  qui  en  sont  en  quelque  sorte  le  germe.  Nous 
citerons  :  YEthica  d  Aristotile  ridotta  in 
compendio; —  Le  Quattro  Ftr^Mrfe,  traduction 
du  traité  intitulé  :  De  Quatuor  Virtutibus, 
longtemps  attribué  à  Sénèque,  mais  dont  le  vé- 
ritable auteur  est  saint  Martin  de  Brague,  qui 
vivait  an  sixième  siècle  ;  —  Secreto  de'  Secreti, 
prétendue  lettre  d'Aristote  à  Alexandre  (1);  — 
le  Credo  (2)  ;  —  Le  Passioni  figurais,  portrait 
de  l'avarice,  de  la  luxure,  de  l'orgueil,  de  l'am- 
bition, de  l'usure;  —  /  Numeri  1  à  12,  iino 
è  Idio,  XII  aposloli  ;  —  De  la  Fede  di  Cristo, 
preuves  de  l'excellence  de  la  foi  chrétienne  ;  - 
traduction  du  discours  Pro  Marcello;  —  Pro 
Ligario.  Ce  morceau  est  accompagné  d'un  pro- 
logue, dans  lequel  Bnmetto  Latini  se  nomme,  et 
prie  son  cher  et  véritable  ami  L.  de  vouloir  bien 
en  agréer  la  traduction,  qu'il  a  faite  en  langue 
vulgaire  italienne  afin  qu'il  pût  le  comprendre, 
quoique  étranger  aux  lettres  ;  —  Discours  Pro 
rege  Dejotaro ,  également  accompagné  d'un 
prologue;  il  se  termine  par  la  formule  ExpUcit 
liber  Deo  grattas  ; —  Sonetto,  sorte  d'invoca 
tion  à  la  sainte  Vierge  en  faveur 

Di  quei  c'a  fatto  far  questo  lavorlo. 

—  Vient  ensuite  la  Retorica,  traduction  ita 
tienne  d'une  partie  du  livre  IV  de  la  Rhétorique 
à  Herennius  (3);  — la  Supplique  du  peuple  gé 
nois  à  l'empereur  Frédéric  II  ;  —  Réponse  de 
l'empereur;  —  Bulle  d'excommunication  de 
l'empereur.  Début  de  la  défense  de  Frédéric  11 


(1)  L'Espérance,   ou   consolation  des  trois  Vertus, 
p.  369,  édit.  de  Diichesne;  Paris,  1611,  pet.  in-i" 

(2)  Ms.  4991    A.  ,in-fol.  à   deux   colonnes,   quinzième 
.siècle,  à  1.1  Ribl.  impériale. 

i3)  M.  le  comte  Beugnot,  édIt.  des  Assise*  de  Jérusa- 
lem, in-fol.,  t,  1,  p.  32,  notée. 
(4)  Les  Poésies  du  roy  de  Navarre,  t.  U,p.  199-SOl. 


(1)  On  trouve  cette  ptèce  en  latin  Intercalée  dans  le 
Ms.  du  Trésor  qui  appartient  à  la  blbl.  de  Berne. 

(2)  Le  Ms.  a"  277,  N.-D.,  renferme  une  traduction  en 
vers  français  du  Secret  des  Secrets,  une  du  Credo  et 
du  Pater  paraphrasé. 

(Z)  La  bibliothèque  Mazarlne  possède  la  Retorica  di 
Ser.  Brunetto  Latini  tn  volgar  fiorentino ,  imprimée  à 
Rome  en  I5't6,  pet.  in-*°. 


809 


LA.TINI 


810 


adressée  aux  princes  d'Italie.  En  admettant  que 
les  quatre  dernières  pièces  de  ce  recueil  ne 
soient  point  de  Brunetto  Latini,  on  ne  peut  dis- 
convenir que  les  premières  et  les  plus  importantes 
ne  soient  de  lui  ;  nous  en  avons  pour  garant 
l'auteur  lui-même ,  qui  s'y  nomme,  et  la  nature 
des  sujets  qu'elles  traitent.  Au  reste,  une  note 
de  J.  de  Tournes,  l'imprimeur  auquel  nous  de- 
vons la  publication  de  ces  opuscules,  peut  jeter 
quelque  jour  sur  ce  point.  Toutes  ces  pièces , 
dit-il,  étaient  contenues  dans  un  fragment  de 
volume  très-ancien,  morcelé  lui-même,  comme 
on  le  voit  en  plusieurs  endroits,  et  découvert  à 
Mantoue  par  J.-F.  Pusterla ,  jeune  et  laborieux 
littérateur.  A  la  liste  des  ouvrages  de  Brunetto 
jatini  viennent  se  joindre  II  Pataffio,  poëme 
îcrit  dans  le  genre  de  nos  anciennes  fatrasies 
ou  coq-à-l'âne,  La  Povertà  dei  Stolti ,  La  Glo- 
ria de'  Pedanti  ignoranti,  et  La  chiave  del 
Tesoro.  Les  recherches  que  nous  avons  faites 
pour  retrouver  ce  dernier  ouvrage  sont  malheu- 
reusement demeurées  sans  résultat. 

Le  Tesoretto,  diminutif  du  Tesoro,  est  un 
poëme  moral  composé  de  plus  de  trois  mille 
vers  settenari,  rimant  deux  à  deux.  L'auteur 
l'a  dédié  à  Rustico  di  Filippo  : 
Âl  valente  signore 

Di  cui  non  so  migliore 
Su  la  terra  trovare  (I). 

L'auteur  du  Tesoretto  nous  apprend  qu'il 
composa  son  poëme  lorsque  Florence  brillait  de 
tout  son  éclat,  et  qu'elle  était  la  reine  de  Tos- 
cane. Il  établit  la  distinction  entre  le  Tesoretto 
(le  petit  Trésor)  et  le  Tesoro,  qu'il  appelle  le 
grand  Trésor,  et  annonce  qu'il  l'écrira  en  fran- 
çais. Dans  le  Tesoretto,  je  parlerai  sans  dégui- 
sement, dit-il,  de  la  courtoisie,  de  la  libéralité,  de 
la  loyauté,  de  la  vaillance.  Quant  aux  autres 
vertus ,  je  ne  m'engage  à  en  parler  ni  en  prose 
ni  en  vers  ;  mais  que  celui  qui  veut  en  savoir 

quelque  chose  cherche  dans  le  grand  Trésor 

Là  je  ferai  un  grand  effort  pour  en  traiter  longue- 
ment en  langue  française  (2). 

Le  Trésor  est  en  effet  l'œuvre  capitale  de 
Brunetto  Latini ,  et  celle  à  laquelle  il  attachait 
le  plus  de  prix,  témoin  ces  pai'oles  que  Dante 
lui  prête  en  recevant  ses  adieux  en  enfer  : 

Siati  raccomandato'l  inio  Tesoro, 
Nel  quai  lo  vtvo  ancora  :  e  più  non  chegglo.  (Canto  XV.) 
Au  début  du  Trésor,  l'auteur  expose  la  raison 
qui  l'a  porté  à  lui  donner  ce  titre.  Quelques  li- 
gnes de  ce  début,  transcrites  du  texte  original 
et  rectifiées  d'après  les  leçons  les  plus  correctes , 
vont  nous  donner  une  idée  du  sujet  du  livre,  de 
la  langue  et  du  style  de  l'auteur.  On  en  pourra 
juger  d'autant  plus  facilement  qu'il  existe  une 
assez  grande  similitude  entre  la  langue  française 
de  nos  jours  et  celle  qui  était  en  usage  du  temps 
de  Brunetto  Latini  :  «  Cist  livres,  dit-il,  est  appe- 
lés Trésors  ;  car  si  come  li  sires  qui  vuet  en  petit 
leu  amasser  chose  de  grandisme  vaillance ,  non 

(1)  Tesoretto,  début. 

(2)  Tetoretto,  p.  26,  col.  1.  Cf„  p.  21,  col,  l  et  s. 


pas  por  son  délit  seulement ,  mais  por  acroistre 
son  pooir  et  por  ahaucier  son  estât  en  guerre 
et  en  pais ,  i  met-il  les  plus  chieres  choses  et  les 
plus  précieux  joiaus  que  il  puet ,  selon  sa  bone 
entention,  tout  autressi  est  li  cors  de  cest  livre 
compilez  de  sapience  ,  si  come  cil  qui  est  estrais 
«le  tous  les  membres  de  philosophie  en  une  some 
briement.  Et  la  moindre  partie  de  cest  Trésor 
est  autressi  come  deniers  contans  por  despendre 
toz  jors  en  choses  besoignables.  Et  si  ne  di-je 
pas  que  cest  livres  soit  estrais  de  mon  poure 
sens  ne  de  ma  nue  science;  mais  il  est  autressi 
come  une  bresche  de  miel  cueillie  de  diverses 
flors;  car  cist  livres  est  compilés  seulement  de 
mervilleus  diz  des  autors  qui  devant  nostre 
tens  ont  traitié  de  philosophie.  Et  se  aucuns 
demaudoit  porqnoi  cist  livres  est  escriz  en  ro- 
mans, selon  le  langage  des  François ,  puisque 
nos  somes  Italiens,  je  diroie  que  c'est  por.  ij. 
raisons  :  l'une ,  car  nos  somes  en  France ,  et 
l'autre,  porce  que  la  parleure  est  plus  delitable 
et  plus  commune  à  toutes  gens  (1).  » 

D'après  l'auteur  lui-même,  le  Trésor  est  donc 
un  composé  sommaire  des  différentes  branches 
de  la  philosophie  réunies  en  un  corps. 

La  première  partie  traite  du  commencement  du 
monde,  de  l'Histoire  de  l'Ancien  et  du  Nouveau 
Testament,  des  premiers  gouvernements,  et  de  la 
nature  de  toutes  choses,  ce  qui  est  du  ressort  de 
la  théorique.  Nul  homme  ne  peut  être  suffisam- 
ment instruit  s'il  ne  sait  ce  que  renferme  cette 
première  partie.  On  y  trouve,  part.  I,  c.  cxi,  quel- 
ques lignes  sur  la  boussole  :  «  Li  firmamenz  tor- 
noie  toz  jors  sans  definer  dés  orient  en  occident 
sor  les  .ij.  essiaus  qui  sont  l'uns  emmi  midi  et 
l'autre  en  septentrion;  et  cil  ne  se  muent  pas 
aussi  comme  cil  d'une  charrete.  Por  ce  nagent 
li  marinier  à  l'enseigne  des  estoiles  qui  i  sont, 
que  il  apelent  tramontaines.  Et  les  gens  qui  sont 
en  Europe  et  en  celé  partie  nagent  à  celé  de 
midi.  Et  qui  n'en  set  la  vérité  preigne  une  pierre 
d'aimant,  et  troverez  que  ele  a  .ij.  faces  :  l'une 
qui  gist  vers  l'une  tramontaine  et  l'autre  qui  gist 
vers  l'autre,  et  à  chascune  des  faces  metez  la 
pointe  d'une  aguille  vers  celé  tramontaine  à  cui 
celé  face  gist.  Et  por  ce  seroient  li  marinier  de- 
ceu  se  il  ne  se  périssent  garde.  Et  por  ce  que  ces 
.ij.  estoiles  ne  se  meuvent,  avient-il  que  les  au- 
tres estoiles  qui  sont  iqui  entor  ont  plus  petit 
cercle  et  les  autres  greignor.» 

Le  passage  de  la  Bible  Guyot  (v.  022- 
657  )  (2)  sur  la  boussole  a  été  souvent  cité.  Le 
Roman  du  Renart  (3)  reconnaît  aussi  les  pro- 
priétés réelles  de  l'aimant  : 

L'ayraânt  a  teus  dignités, 
K'il  fait  le  fer  à  lui  tenir  ; 

(1)  Un  autre  Italien,  Martin  Canale,  dit  aussi  qu'il  a 
traduit  son  Histoire  de  f^enise  en  français,  «  parce  que 
lengue  franccse  cort  parmi  le  monde,  et  est  plus  deli- 
table à  lire  et  à  oïr  que  nulle  autre.  (  Cité  par  Tlraboschi, 
t.  IV,  p.  3a9.  ) 

(2)  Méon,  Recueil  de  Fabliaux  et  Contes,\,  11,  o.  3ï7. 

(3)  Tome  IVj  P..321. 


811 


Ca^un  jour  le  puet-on  véir 

As  maroRDiers  ki  vont  par  mer  ; 


l^TINI 


812 


mais  il  attribue  à  cette  pierre  plusieurs  vertus 
surnaturelles,  à  l'exemple  du  Lapidaire,  article 
JDe  Magnete,  dont  le  ms.  646  de  la  bibliothèque 
de  la  ville  de  Berne  contient  une  leçon  en  vers 
et  une  en  prose. 

La  seconde  partie  du  Trésor  traite  des  vices  et 
des  vertus,  c'est-à-dire  qu'elle  fait  connaître  les 
choses  qu'on  doit  faire  et  celles  qu'il  faut  éviter, 
et  en  donne  la  raison.  Ce  sujet  tient  de  la  pra- 
tique et  de  la  logique. 

La  troisième  partie  enseigne  à  parler  selon 
les  règles  de  la  rhétorique,  et  comment  le  sei- 
gneur doit  gouverner  les  hommes  placés  sous 
son  autorité,  notamment  selon  les  usages  des 
Italiens.  Ceci  appartient  à  la  seconde  partie  de 
philosophie,  c'est-à-dire  à  la  pratique.  De  même 
que  l'or  est  le  plus  précieux  des  métaux ,  ainsi 
la  science  de  bien  parler  et  de  gouverner  est  la 
plus  noble  du  monde. 

Brunetto  Latini  fait  modestement  l'aveu  que 
cet  ouvrage  n'est  pas  extrait  de  son  faible  es- 
prit ni  de  sa  simple  science,  mais  qu'il  est  comme 
un  rayon  de  miel  recueilli  de  diverses  fleurs.  En 
effet  l'auteur  a  mis  à  contribution  nos  romans  che- 
valeresques, nos  chroniques,  nos  recueils  d'ex- 
traits des  philosophes ,  nos  traités  scientifiques , 
pos  bestiaires,  nos  volucraires,nos  lapidaires.  Il  y 
a  Duisé  des  exemples  à  l'appui  de  ses  préceptes, 
-gt,  nous  devons  le  dire,  ces  exemples  sont  choisis 
avec  beaucoup  de  goût  et  de  discernement.  De 
ce  nombre  sont  le  portrait  d'Iseult,  imprimé 
ci-dessus,  p.  807,  col.  1  ;  les  discours  de  Jules 
César  et  de  Caton ,  qu'on  retrouve  dans  l'an- 
cienne traduction  de  la  Conjuration  de  Catilina 
par  Suétone  (1);  le  dialogue  entre  le  courage  et 
la  peur,  tiré  des  Dits  des  Philosophes  ;  des  frag- 
ments de  V Image  du  Monde,  etc.,  etc.  Le  pro- 
logue du  Trésor  se  termine  par  l'explication  des 
raisons  qui  ont  porté  Brunetto  LaJini  à  écrire 
son  livre  en  français;  il  allègue  d'abord  son  sé- 
jour en  France ,  et  puis  l'excellence  et  l'univer- 
salité de  !a  langue  française.  A  ces  deux  puis- 
sants motifs  on  peut  ajouter  l'avantage  d'em- 
prunter à  notre  ancienne  littérature,  si  riche, 
si  variée  et  si  répandue  au  treizième  siècle,  les 
principaux  matériaux  qui  servent  de  base  au 
Trésor. 

Comme  les  manuscrits  de  la  Rhétorique  de 
Cicéron ,  de  la  Moralité  des  Philosophes,  du 
Roman  de  la  Rose ,  ceux  du  Trésor  sont  très- 
nombreux.  (2).  De  là  ,  suivant  l'observation  si 
juste  de  M.  J.-V.  Leclerc,  tant  d'incertitudes 
et  d'altérations  dans  le  texte  (3).  Pour  ne  parler 
ici  que  des  principales,  le  manuscrit  7,066,  con- 
servé à  la  Bibliothèque  impériale,  intercale  un 


(1)  Mss.  7,J60  Bibi.  impér.  et  98  de  la  bibl.  de  la  ville 
fie  Berne. 

(2)  Nous  en  connaissons  vingt-huit  à  Paris  seulement. 

(3)  Préface  de  la  Rhétorique  à  Herennius,  p.  29-30  de 
l'édit.  ln-18. 


chapitre  entier  de  l'Image  du  Monde,  sur  Pin- 
vention  de  la  monnoie ,  une  Vie  de  Jésus-Christ, 
quelques  recettes  de  médecine ,  et  enfin  soixante- 
douze  chapitres  de  V Information  des  Princes 
par  Gilles  de  Rome,  qu'il  rattache  au  Livre  du 
Trésor,  à  l'aide  de  transitions.  Le  ms.  7363,  ap- 
partenant à   la  même  bibliothèque ,  Uii  prête 
aussi  une  description  des  Lieux  Saints  ;  le  ms.  21 
(sciences  et  arts)  de  la  bibliothèque  de  l'Arsenal 
y  ajoute  un  article  du  Porcq  Saingler.  Le  ms.  de 
Genève  contient  une  courte  notice  Sur  le  Hareng; 
et  les  chapitres  38  de  la  première  partie  (  com- 
ment J.  César  fut  premiers  emperieres  )  et  59 
(  de  Judith  )  y  sont  très-développés.  La  notice 
sur  l'héroïne  juive,  qui  n'a  que  cinq  ou  six  h- 
gnes  dans  le  texte  original,  prend  ici  les  dimen- 
sions et  la  forme  dramatique.  Il  Tesoro  vient 
apporter  également  sa  part  d'interpolations  et 
d*additiqns;  ainsi,  on  y  lit  des  détails  sur  Absa- 
ion,   et  quatre  chapitres  d'histoire  naturelle  : 
Del  Cuculo  et  di  sua  Vilfade,  del  Rigogolo, 
del   Picchio ,  del  Zevere,  qui  ne  se  trouvent 
point  dans  les  textes  français. 
'    Ces  additions  et  ces  interpol-ations  sont  pour 
la  plupart  l'œuvie  de  scribes  peu  lettrés  ;  mais 
le  manuscrit  qui  sert  de  base  à  l'édition  du  Tré- 
sor que  nous  sommes  chargé  de  publier  pour  le 
ministère  de  l'instruction  publique  renferme  par- 
fois la  critique  ou  la  réfutation  des  opinions  de 
l'giuteur.  Ainsi,   nous  en  citerons  deux  exem- 
ples curieux  ,  au  chapitre  13  de  la   première 
partie  (de  l'Homme).  Au  début  de  ce  chapitre, 
on  Ut  cette  phrase:  :  c  Toutes  choses  don  ciel  en 
aval  sont  faites  por  l'orne  ;  mais  li  hom  est  faiz 
por  lui-raeisme.  »  Le  critique  ajoute  :  «  et  por 
Dieu  amer  et  servir,  et  por  avoir  la  joie  pardu- 
rable.   »    La   seconde  annotation   s'applique   à 
cette  phrase  du  texte  :  «Li  hom  fu  faiz  à  l'ymage 
de  Dieu,  mais  la  feme  fu  faite  à  l'ymage  de  l'orne, 
et  por  ce  sont  femes  souzmises  as  homes  par  loi 
de  nature.  »  —  «  Et  toutevoie  est-ele  (la  femme  ) 
à  l'ymage  de  Dieu,  »  ajoute  le  critique.  Les  écri- 
vains du  moyen  âge  se  permettaient  parfois  le  pla- 
giat, genre  d'altération  beaucoup  moins  innocent  ; 
c'est  ainsi  qu'un  auteur  anonyme  s'est  approprié 
de  longs  fragments  du    Roman  de  Brut,  un 
autre  a  pillé  le  Roman  de  Partonopeus  ;  Girart 
d'Amiens  a  tenté  de  se  faire  passer  pour  l'au- 
teur du    Roman  de  Cléomades  du  trouvère 
Adènes  ;  un  rénovateur  bourguignon  a  substitué 
le  nom  de  Graindor  de  Dijon  à  celui  de  Graindor 
de  Douai,  auteur  de  la  Chanson  d'Antioche; 
enfin  Jehan  Duquesne  a  voulu  s'attribuer  le  Li- 
vre du  Trésor  en  effaçant  avec  soin  le  nom  de 
Brunetto  Latini  dans  les  nombreux  passages  où 
il  se  trouve,  et  en  n'inscrivant  que  le  sien  à  la  fin 
de  l'ouvrage.  De  son  côté,  Brunet  Latin  a  revu  et 
rémanié  son  livre,  et  l'on  peut  dire  qu'il  en  a  fait 
deux  rédactions  :  l'une  écrite  pendant  son  séjour 
en  exil,  et  l'autre  à  son  retour  à  Florence.  Cette 
dernière  se  reconnaît  aisément  à  la  présence  des 
chapitres  historiques  sur  Bérenger,  Frédéric  il. 


S13  IhATï^I 

Charles  d'Anjou  et  Mainfroy.  Les  attaques  vio- 
lentes auxquelles  l'auteur  se  livre  contre  les 
princes  allemands,  et  surtout  contre  Mainfroy, 
qu'il  accuse  hautement  de  parricide,  nous  portent 
à  croire  que  ces  chapitres  ont  été  écrits  après  la 
défaite  et  la  mort  de  ce  personnage,  tué  à  la  ba- 
taille de  Bénévent,  gagnée  par  Charles  d'Anjou  en 
1267.  Cette  partie  intéressante  manque  dans  // 
Tesoro  et  d^ns  le  ms.  le  plus  ancien  du  Trésor 
que  nous  connaissions.  La  Crusca  emprunte  des 
exemples  aux  différents  ouvrages  italiens  deBru- 
netto  Latini.  Du  Cange  et  Roquefort  ont  également 
mis  le  Trésor  à  contribution  dans  leurs  glos- 
saires ;  enfin  cet  ouvrage  fournit  plusieurs  exeni- 
ples  aii  Dictionnaire  historique  de  la  langue  fran- 
çaise dont  l'Académie  vient  de  faire  paraître  la 
première  partie  du  premier  volume. 

L'empereur  Napoléon  l"  avait  songé  à  faire 
imprimer  aux  frais  de  l'État  le  Livre  du  Trésor 
avec  des  commentaires,  et  il  avait  désigné  une 
commission  à  cet  effet.  Les  préoccupation,s  des 
dernières  années  de  son  règne  ne  lui  permirent 
point  de  donner  suite  à  ce  projet ,  qui,  repris 
plus  t^rd ,  devait  se  réaliser  sous  le  règne  de 
Napoléon  lit  (1).  P.  Chabaille. 

Villani  {S),Storia  Fiorentina,  lib.  vin.  —  Tiraboschl, 
Storia  delta  Letter.  Italifim^,  tome  IV,  -r,  Crescimbeni, 
Délia  volgare  Poesia,  t.  \\.  —  Negrl  (Giuljo),  Istoria  d^- 
gli  S,crittori  Fiore,iitini.  —  Zannoni,  Prefaz  al  XçiioreÇio  ,- 
Florence,  182V  —V.  Lcclerc,  dans  VHUtoire  Littéraire  ^ 
Içff  France,  t.  XX.  —  Documents  inédits. 

LATINI  (  Latino),  érudit  italien,  né  à  ¥iterbe> 
vers  1513,  mort  le  21  janvier  1593.  Il  étudia  à 
Sienne  la  jurisprudence  et  les  belles-lettres.  En 
1 552  il  prit  à  Rome  l'habit  ecclésiastique,  et  entra 
successivement  au  service  des  cardinaux  del 
Pozzo,  Pift,  Farnese  et  Colonna.  Il  fut  plus  tard 
nommé  membre  de  la  commission  chargée  par 
Grégoire  XIII  de  la  révision  du  Corpus  Ju/Fis 
canonim.  Il  était  en  relation  avec  Manuee,  Muret 
et  autres  érudits  distingués.  11  légua  au  chapitre 
de  Viterbe  sa  belle  bibliothèque,  dont  beaucoup  de 
volumes  contiennent  des  notes  manuscrites  éma- 
nées de  lui.  On  a  de  Latini  :  Epistolœ,  conjecturx 
et  observationes,  sacra  profanaq^ie  eruditione 
ornatas,  2  vol.  in-4° ,  dont  le  premier  parut  à 
Rome  en  1659,  le  second  à  Viterbe  en  1667  ;  — 
Biblïotheca  Sacra  et  Profana,  sive  observa- 
tiones, correctiones,  conjecturas  et  variai  tec- 
tiones  in  sacras  et  profanos  scriptores  ;  Rome, 
in-fol.  1677  :  cet  ouvrage,  ainsi  que  le  précédent, 
fut  publié  par  les  soins  de  Magri;^  Observa- 
tiones in  Sigonii  De  Antiquo  Jure  Cimum  ro- 
manovum  et  in  Grecehii  De  Comitiis  Romane- 
rum  ;  dans  le  tome  I  des  Antiquitates  de  Grae- 
vius;  —  Observationes  in  Sigonii  De  Antiquo 
Jure  Italias  ;  dans  le  tome  II  du  même  recueil  ;  ~ 
Loci  in  Tertulliano  restitua  vei  aliter  lecti , 
à  la  suite  de  l'édition  de  Tertullien  donnée  par 
Parmelius  en  1584  ;  —  quelques  Lettres  de  La- 
tini ,  qui  ne  se  trouvent  pas  dans  le  grand  re- 

(1)  Circulaire  du  ministre  de  l'instruction  publique 
du  loiuai  1855. 


-  L4T0SZ  814 

cueil  de  ses  Epistolœ ,  ont  été  imprimées  dans 
les  tomes  I  et  II  des  Ànecdota  romana.  E.  G. 

IVlagrl,  nta  Latini  (  en  tète  du  tome  II  des  Epistolx 
de  Latini  ainsi  que  de  sa  Btbliotheca  ).  —  Ntcéron,  Mé- 
moires, t.  XLI.  —  Tiraboschl,  Storia  délia  Lett.  Ital., 
t.  Vil.  —  Sax  ,  Onomasticon ,  t.  111,  p.  376. 

LATINO  (Juan  ),  poète  nègre,  vécut  dans 
la  seconde  moitié  du  seizième  siècle.  Amené 
fort  jeune  d'Afrique  par  les  Espagnols,  il  fut 
d'abord  esclave  du  petit-fils  du  fameux  Gon- 
salve  de  Cordoue ,  qui  lui  fit  donner  de  l'ins- 
truction et  l'émancipa.  Il  s'établit  à  Grenade,  et 
enseigna  le  grec  et  le  latin  dans  une  école  at- 
tachée à  la  cathédrale  de  cette  ville.  Une  jeune 
fille  de  bonne  famille,  dont  l'éducation  lui  avait 
été  confiée,  prit  du  goût  pour  lui  et  l'épousa; 
après  la  mort  de  son  mari,  elle  éleva  dans  l'é- 
ghse  de  Sainte-Anne  un  monument  à  sa  mémoire, 
orné  d'une  épitaphe  oii  on  remarquait  ce  vers  : 

Filius  ^thiopup  prolesque  nigerrima  patrum. 

On  a  de  Juan  Latino,  appelé  aussi  Johannes 
Latinus,  un  recueil  de  poëmes  latins ,  Grenade , 
1573,  pet.  in-4°,  sur  la  naissance  de  l'infant 
Ferdinand ,  le  pape  Pie  V,  la  mort  de  don  Juan 
d'Autriche  et  la  ville  de  Grenade.  C'est  un  des 
livres  les  plus  rares  que  l'on  connaisse.  L'au- 
teur est  le  même  personnage  dont  parle  Cer- 
vantes dans  une  pièce  de  vers  qui  accompagne 
Don  Quichotte,  et  c'est  aussi  probablement  lui 
que  Lopez  de  Enciso  a  mis  en  scène  dans  la 
pièce  intitulée  :  Jtian  Latino.        P.  L — y. 

Antonio,  Uibl.  nova,  l,  716.  —  Ticknor,  History  of 
Spanish  LUerature  ^  11,487. 

LATINUS,  acteur  romain,  vivait  dans  le  pre- 
mier siècle  après  J.-C.  Sous  le  règne  de  Domi- 
tien  il  acquit  de  la  célébrité  dans  des  farces  ap- 
pelées mimes ,  et  fut  en  grande  faveur  auprès  du 
prince,  qui  se  servait  de  lui  comme  d'un  délateur. 
Martial ,  qui  le  mentionne  souvent  et  qui  lui  a 
consacré  une  épjtaphe,  pqrle  favorableriient  de 
son  caractère  privé.  Il  est  aussi  question  de  La- 
tinus dans  Juvénal  ;  mais  le  scoliaste  du  poëte 
prétend  à  tort  que  cet  acteur  fut  mis  à  mort 
sous  le  règne  de  Néron  comme  coupable  d'adul- 
tère avec  Messaline  (1).  Y; 

ÎWartial,  I,  5  ;  11,  72  ;  111,  86  j  V,  61  ;  IX.  29.  —  Javéoal, 
f,  35  ;  VI,  44.  —  Suétone ,  Domitianus ,  15. 

LATOMUS.  Voy.  Masson. 

LATOMCS.  Voy.  Steinhader. 

LATOSZ  (  Jean  ),  astronome  et  médecin  po- 
lonais, né  à  Cracovie,  vers  1530,  mort  vers  1600. 
Lorsqu'en  1578  le  pape  Grégoire  XIII  entre- 
prit la  réforme  du  calendrier  Julien ,  il  en  adressa 
une  copie  au  roi  de  Pologne  Etienne  Batory; 
la  majorité  des  professeurs  de  l'université  de  Cra- 
covie opina  pour  la  réforme  ;  mais  Latosz  s'y 
opposa,  et  son  opposition  fut  plus  tard  ap- 
prouvée par  Scaliger  et  par  Calvisius.  Il  publia 
en  1 596  un  traité  remarquable  sur  les  Comètes , 

(1)  On  cite  encore  un  Latutus,  granaraairien  grecd'une 
époque  incertaine  et  autear  d'un  ouvrage  en  six  llrres  in- 
titulé ;  Ilepi  TôJv  où/c  lôtMv  Mevâvôpou  (  Pabricius , 
Sibliot.  Grxca,  vol.  11,  p.  456). 


815 


LATOSZ  —  LAÏOUCHE 


816 


et  en  1594  un  ouvrage  intitulé  :  Prognosticon 
de  regnorum  ac  imperiorum  mutationibus , 
maxime  vero  contra  Turcas  successu.    L.  Ch. 

s.  Starowolski,  Hecutontas.  —  Soltykowicz,  Histoire 
de  l' Oniversité  de  Cracovie;  1810.  —  Cbodyniçkl,  Les  Po- 
lonais savants;  1833. 

L,A  TOCCHE  (N.  dk),  granamaiiien  français, 
né  dans  la  se<x)nde  moitié  du  dîx-septièine  siècle, 
mort  vers  1730,  en  Angleterre.  Professant  la  re- 
ligion réformée,  il  sortit  de  France  à  la  suite  de 
la  révocation  de  l'édit  de  Nantes,  et  se  retira  en 
Angleterre,  où  il  fut  traité  avec  une  bienveillance 
particulière  par  le  jeune  duc  de  Glocester.  L'ou- 
vrage suivant,  le  seul  qu'on  connaisse  de  lui,  est 
dédié  à  ce  prince  ;  L'Art  de  bien  parler  fran- 
çais, qui  comprend  tout  ce  qui  regarde  la 
grammaire  et  les  façons  de  parler  douteuses  ; 
Amsterdam,  1696,  in-12.  Ce  livre,  qui  fut  aug- 
menté de  près  d'un  quart,  obtint  de  nombreuses 
réimpressions  à  l'étranger;  la  dernière  date  de 
Leipzig,  1762,  2  vol.  11  y  traite  de  tout  ce  qui 
regarde  la  grammatication,  et  donne  un  extrait 
judicieux  et  bien  fait  de  toutes  les  observations 
de  nos  meilleurs  auteurs  sur  les  façons  de  par- 
ler douteuses.  Le  P.  Buffier  et  Goujet,  en  avouant 
que  cette  grammaire  n'est  pas  exempte  de  dé- 
fauts, reconnaissent  que  c'était  la  meilleure  qui 
eût  encore  été  composée.  P.  L— y. 

Aikin,  General  Biography.  —  (joujet,  Bibl.  Jran- 
t^aise,  I. 

LA  TOCCHE-TRÉviLLE  (  Louis- René-Ma- 
deleine Le  Vassor  de  ) ,  amiral  français ,  né  à 
Rochefort,  le  3  juin  1745,  mort  en  rade  de  Tou- 
lon, le  20  août  1804.  Il  entra  à  douze  ans  dans 
les  gardes  de  la  marine,  et  fit  aussitôt  campagne. 
En  1768  il  devint  capitaine  de  cavalerie;  mais, 
entraîné  par  ses  goûts,  il  ne  tarda  pas  à  re- 
prendre le  service  maritime ,  et  fut  occupé  dans 
des  voyages  ou  des  commandements  de  missions 
lointaines.  En  1780,  1781,  1782,  sur  les  frégates 
VHermione  et  V Aigle,  ilsedistingua  dans  plu- 
sieurs combats  sur  les  côtes  d'Amérique.  Après 
la  paix  de  1783,  il  fut  appelé  dans  l'adminis- 
tration des  ports ,  et  contribua  beaucoup  à  la  ré- 
daction du  code  maritime  de  1786.  L'année  sui- 
vante, le  duc  d'Orléans  le  nomma  chancelier  de 
sa  maison.  La  Touche-Tréville  était  alors  capi- 
taine de  vaisseau.  Envoyé  aux  états  généraux 
par  la  noblesse  du  bailliage  de  Montargis  (1789), 
il  fut  un  des  premiers  de  son  ordre  à  se  réunir 
aux  députés  du  tiers  état,  et  demanda  la  peine 
de  mort  contre  tout  officier  qui  dans  un  combat 
ne  se  trouverait  pas  à  son  poste.  Nommé  contre- 
amiral  en  1792,  il  fit  les  expéditions  de  Cagliari, 
d'Oneille,  de  Nice,  et  alla  exiger  de  la  cour  de 
Naples  la  réparation  d'une  injure  faite  à  M.  de 
Sémonville,  ambassadeur  de  France  à  Cons- 
tantinople.  Destitué  et  incarcéré  en  17'93,  La 
Touche-Tréville  fut  rendu  à  la  liberté  après  le 
9  thermidor  an  ii  (  27  juillet  1794),  mais  il  resta 
sans  emploi.  Le  gouvernement  consulaire  le  réin- 
tégra dans  sa  position;  il  reçut  d'abord  le  com- 
mandement de  l'escadre,  de  Brest,  puis  il  sereadit 


à  Boulogne,  où  il  réunit  les  éléments  de  la  flotte 
destinée  à  opérer  une  descente  en  Angleterre.  At- 
taqué deux  fois  par  Nelson  (  5  et  15  août  1801  ), 
il  repoussa  avec  succès  îes  forces  anglaises.  Le 
14  décembre  de  la  même  année  (  frimaire  an  x) , 
il  mit  à  la  voile  de  Rochefort  à  la  tête  d'une  es- 
cadre dirigée  contre  Saint-Domingue.  La  Touche- 
Tréville  s'empara  du  Port-au-Prince,  débarqua 
les  troupes,  et  pféserva  la  ville  de  l'incendie. 
11  resta  dans  ces  parages  jusqu'en  l'an  xi 
(1803),  et  sauva  par  son  habileté  et  l'activité 
peu  commune  de  ses  manœuvres  la  plus  grande 
partie  de  son  escadre,sans  cesse  menacée  par 
des  forces  infiniment  supérieures.  11  rentra  en 
France  le  8  octobre  1803,  mais  il  avait  con- 
tracté sous  le  climat  américain  une  grave  affec- 
tion. Il  fut  nommé  vice-amirai,  et  à  peine  conva- 
lescent il  reprit  la  mer  pour  éloigner  les  Anglais 
qui  bloquaient  Toulon  ;  il  y  réussit,  mais  ces  nou- 
velles fatigues  hâtèrent  sa  fin.  Il  tomba  malade 
sur  Le  Bucentaure,  et  lorsqu'on  voulut  le  trans- 
porter à  terre,  il  s'y  opposa.  «  Un  officier  de 
mer,  dit-il,  doit  s'estimer  heureux  de  mouiir 
sous  son  pavillon.  »  Trois  jours  plus  tard  ses 
vœu\  étaient  exaucés.  A.  nE  L. 

Le  Moniteuruniversel,  an  1792,  n»  256  ;  aD  !«'',  n<">  8-ie 
et  81  ;  ao  vill.  p.  114,  272,  1422  ;  an  x,  p.  727  ;  an  XII, 
p.  266,  USi.  —  Van  Tenac,  Histoire  générale  de  la  Ma- 
rins, t.  IV,  p.  lîï  136.  —  Galerie  historique  des  Con- 
temporains. —  Gérard,  fies  des  plus  illustres  Marins 
français,  p.  263-268.  —  Le  Bas,  Dict.  encyclopédique  de 
la  France. 

JLATODCHE  {HyacintfieTsABAUD  de),  connu 
sous  le  nom  de  Henri  de  Latohche,  poète  et  ro- 
mancier français,  né  à  La  Châtre,  dans  le  Berry ,  le 
2  févrierl785,  mortle  9  mars  1851,àAulnay  près 
Paris.  Il  grandit  dans  une  époque  de  troubles,  et  ne 
reçutqu'une  éducation  fort  imparfaite.  En  1800il 
alla  terminer  tant  bien  que  mal  à  Paris  ses  études 
ébauchées,  fit  son  droit,  et,  grâceà  la  protection  de 
ses  deux  oncles,  M.  Thabaud,  administrateur  de  la 
loterie,  et  M.  Porcher  de  Richebourg,  sénateur,  il 
entra  jeune  dans  l'administration.  Il  eut  une  place 
aux  droits  réunis ,  sous  Français  de  Nantes.  On 
sait  que  cet  aimable  Mécène  n'exigeait  pas  des 
jeunes  littérateurs  accueillis  dans  ses  bureaux 
un  travail  régulier;  mais  de  Latouche  surpassait 
encore  ses  camarades  en  inexactitude.  Français 
de  Nantes  lui  en  fit  un  jour  des  reproches.  De 
Latouche  s'excusa  sur  la  longue  distance  qui 
séparait  son  logement  de  son  bureau.  Pour  aller 
du  faubourg  Saint-Honoré  où  il  demeurait,  à  la 
rue  Sainte-Avoie,  siège  de  l'administration  des 
Droits-réunis,  il  suivait  le  boulevard,  et  trouvait 
à  chaque  pas  des  sujets  de  distraction,  tantôt 
des  amis  qui  l'emmenaient  déjeûner,  tantôt  les 
parades,  les  marionnettes,  «  Comment,  monsieur, 
vous  vous  arrêtez  aux  marionnettes  ?  «  lui  dit  vi- 
vement Français  de  Nantes.  —  «  Hélas ,  oui  ! 
monsieur  le  comte.  »  —  «  Eh  mais  !  comment 
cela  se  fait-il  ?  Je  ne  vous  y  ai  jamais  rencontré.  » 
Ainsi  se  termina  la  réprimande  du  directeur  gé- 
néral, si  on  en  croit  de  L.a;lotiche,  qui  aimait 


817 


LATOUCHE 


818 


beaucoup  à  raconter  cette  anecdote.  Le  jeune 
employé  des  droits  réunis  débuta  dans  les  lettres 
en  1811,  par  un  poëme  sur  la  mort  deRotrou, 
qui  concourut  pour  un  des  prix  de  l'Institut  et 
obtint  une  mention.  La  même  année  il  fit  jouer 
auThéàtre  de  l'Impératrice  (  Odéon )  une  comédie 
agréablement  versifiée  et  intitulée  :  Les  Projets 
de  Sagesse.  l\  partit  ensuite  pour  l'Italie,  avec 
on  ne  sait  quelle  mission  du  gouvernement.  Il 
ne  s'expliquait  que  vaguement  sur  l'objet  de  son 
voyage;  mais  il  racontait  qu'il  avait  .parcouru. 
l'Italie  pendant  trois  ans,  à  pied,  à  dieval,  en 
voiture,  de  toutes  les  manières  et  dans  tous  les 
sens,  n'ayant  dans  sa  valise  que  le  Sternbald  de 
Tieck  et  rêvant  de  grands  ouvrages,  qui  ne  furent 
jamais  que  des  projets.  A  son  retour  en  France, 
il  vit  l'empire  s'écrouler,  et  perdit  sa  place  aux. 
droits  réunis.  Forcé  de  vivre  de  sa  plume,  il  fa- 
tigua son  talent  à  rédiger  des  ouvrages  de  cir- 
constance, V Histoire  du  procès  Fualdès ,  les 
Mémoires  de  M^^  Manson,  les  Lettres  à  Da- 
vid sur  le  Salon  de  1819,  la  Biographie  pit- 
toresque des  Députés ,  les  Dernières  Lettres 
de  deux  Amants  de  Barcelone  ;  maxs  i\  réser- 
vait pour  la  poésie  quelques  heures  de  sa  mati- 
née. En  1818  il  donna,  de  société  avec  M.  Émrle 
Oeschamps,  au  tbéàtre  Favart,  Selmours,  co- 
médie en  trois  actes  et  en  vers,  qui  eut  un  succès 
d'estime,  et  Un  Tour  de  Faveur,  comédie  en  un 
acte  et  en  vers ,  qui  eut  un  succès  de  vogue.  Il 
composa  vers  le  même  temps  des  petits  poèmes 
imités  de  l'anglais  et  de  l'allemand,  Phantasus, 
Blanche,  Egbert,  Trivulce,  Le  Juif  Errant, 
Rosalba,  La  Chambre  grise,  d'une  couleur  ro- 
mantique assez  neuve,  travaillés  avec  soin,  mais 
pénibles  d'expression  et  de  courte  haleine.  Gc 
qu'il  a  de  mieux  fait  en  ce  genre  est  une  pièce  tou- 
chante et  gracieuse  intitulée  :  Dernière  Élégie.  li 
a  aussi  de  jolis  vers  pittoresques  ;  ceux-ci,  par 
exemple,  sur  le  Printemps  : 

De  ses  doigte  teinti  ite  pourpre  il  touche,  en  souriant. 
Le  frêle  abrIcoUer,  l'amandier  qui  sommeille, 
Le  pêcher  frissonoant  sous  sa  robe  vermeille. 

Qa'il  repose  un  moment  sur  l'émail  de  la  plaine. 
On  voit  renaître  au  feu  de  sa  féconde  haleine 
La  brune  violette,  amour  du  villageois, 
£t  la  fraise  odorante  aux  lisières  des  bois. 

Et  ceux-ci  encore  sur  l'hiver  : 

Quand  la  fleur  de  Noël ,  au  fond  de  nos  vallées, 
Frémira  sous  le  dard  des  premières  gelées, 
Nous  irons  de  l'automne  entendre  encor  la  voix. 

Mais  ces  endroits  heureux  sont  rares  et  courts, 
et  les  meilleurs  sentent  l'effort.  Il  y  eut  toujours 
chez  de  Latouche  entre  la  conception  et  la  puis- 
sance d'exécution  une  inégalité  qui  fut  l'infirmité 
de  son  talent  et  le  désespoir  de  sa  vie.  M.  Emile 
Deschamps,  son  collaborateur,  qui  le  connaissait 
bien,  a  écrit  dans  une  lettre  citée  par  M.  Sainte- 
Beuve  :  «  Je  ne  saurais  vous  rendre  ce  qu'il  y 
avait  de  finesse  de  vues,  de  distinction  de  plai- 
santeries quand  M.  de  Latouche  disait  le  plan 
des  scènes  et  certains  détails  improvisés.  Puis  ïï 


écrivait,  et  quelques  jolis  traits  seulement  sur- 
nageaient dans  une  phraséologie  négligée,  incor- 
recte, obscure.  11  fallait  refaire.  C'était  une  souf- 
fiauce  de  voir  un  si  fin  esprit  si  mal  servi  pat- 
son  talent,  et  il  était  le  premier  à  en  souffrir.  » 
En  1819  eut  lieu  le  grand  événement  de  sa  vie 
lîttéraire.  Les  libraires  Foulon  et  Baudoin  le 
chargèrent  de  préparer  pour  la  publication  les 
Œuvres  inédites  d'André  Chénier.  Dans  les  ma- 
nuscrits qui  lui  furent  remis,  et  où  tant  d'autres 
n'auraient  vu  que  des  essais  imparfaits,  il  re- 
connut du  premier  coup  d'oeil  les  glorieuses  re- 
liques d'un  grand  poète,  des  chefs-d'œuvre  com- 
parables à  ce  que  la  littérature  française  avait 
produit  de  plus  pur  et  de  plus  passionné.  «  Ce  que 
seraient  devenues  ces  adorables  poésies  d'André 
Chénier  si  elles  étaient  tombées  en  d'autres 
mains,  en  des  mains  académiques  de  ce  temps- 
là,  ce  qu'elles  auraient  subi  de  retranchements, 
de  corrections,  de  rectifications  grammaticales, 
on  n'ose  y  songer.  Honneur  donc  à  M.  de  La- 
touche de  les  avoir  senties  tout  d'aboid,  de  les 
avoir  reconnues  en  poète  et  en  frère,  et  de  nous 
les  avoir  rendues  (  sauf  quelques  points  de  dé- 
tail) telles  qu'il  les  avait  reçues  (1).  »  Comme 
André  Chénier  n'avait  pas  mis  la  dernière  main 
à  ses  poésies ,  l'éditeur,  avant  de  les  livrer  au 
public,  se  permit  çà  et  là  quelques  retouches , 
dont  plus  tard  il  se  vantait  mystérieusement,  et 
de  manière  à  laisser  supposer  qu'elles  étaient 
considérables.  Ces  insinuations  passèrent'  à  peu 
près  inaperçues  ;  mais  un  poète  contemporain,  Dé- 
ranger, que  la  gloire  d'André  Chénier  semblait 
importuner,  et  qui  aurait  bien  voulu  faire  croire 
qu'elle  était  une  mystification,  les  a  consignées 
dans  sa  Biographie,  en  les  exagérant.  Il  n'a 
pas  craint  d'affirmer  que  les  poésies  d'André 
Chénier  sont  en  grande  partie  l'œuvre  de  La- 
touche. Mais,  outre  que  la  comparaison  des  ou- 
vrages des  deux  écrivains  ne  laisse  aucun  doute 
sur  l'authenticité  de  ceux  d'André  Chénier,  les 
manuscrits  de  ce  poète  existent  encore,  et  notis 
savons  par  l'irrécusable  témoignage  de  M.  Le- 
fèvre-Deiimier  à  quoi  se  réduisent  les  correc- 
tions de  Latouche  (2).  Un  seul  fait  aurait  pu 


(1)  Sainte-Beuve,  Causeries  du  lundi,  t.  III. 

(2)  M.  Lefévre-Deumler,  ami  de  Latouche,  lut  les  ma- 
nuscrits il'André  Chénier  avant  la  publication  et  assista 
au  travail  préparatoire  de  l'éditeur  :  «  Un  samedi  matin, 
dit-il,  au  mois  de  mai  1819 ,  je  me  trouvai  seul  avec  de 
Latouche  dans  une  mansarde  qu'il  occupait  rue  des  Saints- 
Pères.....  Nous  lûmes  ensemble  non-seulement  la  moitié 
du  volume  qu'il  préparait,  mais  un  grand  nombre  de  pe- 
tites pièces  qu'il  avait  rejetées,  dont  quelques-unes  ont 
été  recueillies  dans  les  éditions  suivantes,  dont  quelques- 
unes  n'ont  jamais  .paru...  On  l'a  accusé  d'avoir  mutilé  ces 
reliques,  d'avoir  introduit  dans  ce  livre  un  assez  grand 
nombre  de  fragments  qui  n'étalent  que  de  véritables  faux. 
C'est  une  accusation  mensongère.  J'ai  vu,  j'ai  tenu  les 
manuscrits ,  et  ils  étaient  tous  de  la  main  de  Chénier  ou 
d'un  de  ses  frères....  Si  de  Latouche  a  eu  quelque  tort 
en  cette  affaire,  c'est,  dans  son  enthousiasme  craintif 
pour  une  gloire  dont'il  était  le  premier  arbitre,  de  s'être 
un  peu  méfié  du  public,  d'avoir  affaibli  par  prudence 
quelques  expressions  qui  lui  semblaient  d'une  énergie 
trifiale  ou  d'une  crudité  dangereuse  ;  d'avoir  en  quelques 


819 

donner  une  ombre  de  vraisemblance  à  la  singu- 
lière assertion  de  Béranger,  c'est  que  les  super- 
cheries littéraires  étaient  dans  les  habitudes  de 
La  touche.  En  1823  il  s'attribua,  dans  son  Olivier 
Brusslon,  nn  conte  allemand  d'Hoffmann;  et  en 
1826  il  s'arrangea  de  manière  à  ce  qu'une  nou- 
velle de  lui,  des  plus  scandaleuses  par  le  sujet, 
circulât  sous  le  nom  de  la  duchesse  de  Dufas. 
Cette  malice  indélicate  eut  un  plein  succès,  et 
une  femme  d'une  rare  distinction,  un  des  roman- 
ciers les  plus  purs  de  la  littérature  française, 
est  restée  longtemps  responsable  d'un  conte 
licencieux  (1).  La  Correspondance,  de  Clé- 
ment XIV  et  de  Carlin,  qu'il  publia  en  1827, 
lui  fut  inspirée  par  quelques  lignes  de  Galiani. 
Le  spirituel  abbé',  faisant  allusion  à  l'amitié  d'en- 
fance de  Ganganelli  { plus  tard  Clément  XIV  )  et 
de  Carlin  Rertinazzi,  depuis  acteur  de  la  Comédie- 
Italienne,  écrivait  à  madame  d'Épinay  :  «  On  pour- 
rait, ce  me  semble,  bâtir  là-dessus  le  plus  beau  des 
romans  par  lettres,  et  le  plus  sublime.  On  com- 
mencera par  supposer  que  ces  deux  compagnons 
d'école,  Carlin  et  Ganganelli,  s'étant  liés  de  la 
plus  étroite  amitié  dans  leur  jeunesse,  se  sont 
promis  de  s'écrire  au  moins  une  fois  tous  les 
deux  ans,  et  de  se  rendre  compte  de  leur  état, 
lis  tiennent  leur  parole,  et  s'écrivent  des  lettres 
pleines  d'âme,  de  vérité,  d'effusion  de  cœur,  sans 
sarcasmes,  sans  mauvaises  plaisanteries.  Ces 
lettres  présenteraient  donc  le  contraste  singulier 
de  deux  hommes,  dont  l'un  a  été  toujours  mal- 
heureux, et,  parce  qu'il  a  été  malheureux,  est 
devenu  pape  ;  l'autre,  toujours  heureux,  est  resté 
Arlequin.  Le  plus  plaisant  serait  qu'Arlequin  of- 
frirait toujours  de  l'argent  à  Ganganelli,  qui  se- 
rait un  pauvre  moine,  ensuite  un  pauvre  cardi- 
nal, enfin  un  pape  pas  trop  à  son  aise.  Arlequin 
lui  offrirait  son  crédit  à  la  cour  pour  la  restitution 


endroits  remplacé  par  des  points  ou  même  par  rien  des 
vers  qu'il  ne  trouvait  pas  à  ïa  hauteur  des  autres;  d'avoir 
corrigé  çà  et  là  quelques  rimes  qui  lui  paraissaient  in- 
suffisantes. » 

(1)  Nous  empruntons  à  M.  Sainte-Beuve  le  récit  de  ce 
subterfuge  ;  son  tëmoigûage  est  confirmé  par  celui  de 
M.  LeP^vre-Deuniier  -.  «  Après  le  succès  A'Ourika  et  A'É- 
douard,  la  duchesse  de  Duras  avait  lu  à  quelques  per- 
sonnes de  sj  société  une  nouvelle  intitulée  Olivier,  dont 
on  parlait  assez  mystérieusement.  Les  personnes  qui  l'ont 
entendue  savent  que  ce  petit  ron(,an,  qui  n'a  jamais  été 
publié,  était  plein  de  pureté,  de  délicatesse;  ce  ne  pou- 
vait être  autrement,  puisqu'il  venait  de  M""  de  Duras. 
Le  héros  aimait  une  jeune  femme,  en  était  aimé,  et  il  .^'é- 
loignait  pourtant,  bien  qu'elle  fût  libre.  D'où  venait  cet 
obstacle  secret  au  bonheur  d'Olivier,  cette  impossibilité 
d'union?  L'explication  finale  qu'en  donnait,  à  la  dernière 
page  (lu  roman,  M™*^  de  Duras,  était  parfaitement  simple, 
et  selon  les  scrupules  de  la  morale.  Mais  de  loin  les  Ima- 
ginations moqueuses  se  mirent  en  frais  et  en  campagne. 
IM.  de  Latouche  fut  des  premiers;  il  fit  plus,  il  composa 
en  secret  un  petit  roman  qu'il  fit  paraître  sous  le  titre 
d'Olivier,  sans  nom  d'auteur,  et  dans  une  lorme  d'im- 
pression exactement  la  même  que  celle  des  autres  romans 
de  M>i'e  (le  Doras.  Plus  d'un  lecteur  y  fut  pris,  et  se  dit 
avec  étonneraent .-  «  Mais  est-il  possible  qu'une  personne 
comme  M"»^  de  Duras,  qu'une  femme  du  monde  et  qu'une 
femme  soit  allée  choisir  une  pareille  donnée?  Mais  c'est 
incroyable ,  c'est  révoltant.  »  Cependant  M.  de  Latouche 
riait  et  se  frottait  les  maint.  » 


LATTOIICHE  820 

d'Avignon,  et  le  pape  l'en  remercierait.  •»  De 
Latouche  n'exécuta  pas  fidèlement  le  programme 
de  Galiani.  Il  sacrifia  trop  aux  préoccupations 
romantiques  et  anti-jésuitiques  du  moment,  et 
n'obtint  qu'un  succès  de  circonstance.  Cepen- 
dant cette  Correspondance  est  son  meilleur  ou- 
vrage, et  mérite  encore  d'être  lue.  Il  n'en  est  pas 
de  même  de  Fragoletta,  malgré  l'incontestable 
talent  de  certaines  descriptions.  L'ouvrage  est 
fondé  sur  une  de  ces  données  équivoques  que 
caressait  l'ima^' .atio'n  stéiile  de  Latouche,  mais 
que  réprouvent  également  les  convenances  mo- 
rales et  le  goût  littéraire.  Fragoletla  n'eut  qu'un 
demi-succès.  L'auteur,  au  lieu  de  voir  dans  ce 
froid  accueil  une  invitation  de  mieux  employer 
son  talent ,  eut  l'idée  de  reprendre  et  de  trans- 
porter au  théâtre  le  sujet  qui  lui  avait  réussi 
dans  Olivier.  Il  se  tronapait  étrangement  en 
supposant  qu'une  particularité  physiologique,  la- 
borieusement alambiquée  pendant  cinq  actes,  et 
entremêlée  d'allusions  politiques,  intéresserait 
le  public.  La  Reine  d'Espagne,  jouée  au  Théâtre- 
Français  le  5  novembi-e  t831,  tomba  complète- 
ment à  la  représentation,  et  ne  se  releva  pas  à 
la  lecture.  La  fortune  lui  ménagea  un  dédomma- 
gement qui,  pour  l'honneur  de  son  nom  dans  l'a- 
venir, vaut  mieux  qu'un  succès  théâtral.  Il  de- 
■vina  le  génie  d'une  de  ses  compatriotes  du  Berry, 
alors  inconnue  et  depuis  si  célèbre  sous  le  nom 
de  George  Sand,  et  il  lui  facilita  l'entrée  d'une 
carrière  qu'elle  devait  parcourir  avec  tant  d'é- 
clat. <(  Il  lui  était  toujours  réservé  d'ouvrir  aux 
autres  la  terre  promise,  sans  y  entrei-  lui- 
même  (1).  «  Ces  dernières  déceptions  et  le  dou- 
loureux sentiment  qu'elles  n'étaient  pas  tout  à 
fait  imméritées  achevèrent  d'aigrir  son  carac- 
tère. Il  s'en  prit  à  ceux  qui  réussissaient  en  po- 
litique et  en  littérature,  et  dans  le  journal  sàti- 
riqiie  le  jFig'aro ,  qu'il  rédigeait  en  chef,  il  cribla 
d'épigrammes  ses  anciens  amis  les  libéraux  ar- 
rivés au  pouvoir  et  les  romantiques  triom- 
phants. Déjà,  en  1829,  dans  la  Revue  de  Paris, 
il  avait  publié  contre  ceux-ci  un  article  sur  La 
Camaraderie  littéraire  qui  fit  beaucoup  de 
bruit,  et  qui  aujourd'hui  nous  paraît  froid,  tor- 
tueux et  péniblement  sph-ituel.  Ces  obliques  mé- 
chancetés l'exposèrent  à  des  représailles,  et  Gus- 
tave Planche  écrivit  contre  lui  un  article  intitulé 
De  la  Haine  littéraire.  On  remarque  qu'il  de- 
vint à  partir  de  ce  moment  sinon  plus  doux, 
du  moins  plu§  réservé  dans  l'expression  de  ses 
colères.  Il  ne  renonça  pas  à  l'espoir  d'obtenir  un 
succès  dans  le  genre  du  roman.  Mais  ses  nou- 
vetles  tentatives,  Grangeneuve,  1835;  France 
et  Marie,  1836;  Zéo,  1840;  Un  Mirage,  1842; 
Adrienne,  1845,  n'eurent  même  pas  la  notoriété 
de  scandale  qui  s'attache  à  Fragoletla.  La 
Vallée  aux  loups,  recueil  d'essais  en  prose  et 
en  vers  (1833),  contient  de  jolies  pages  descrip- 
tives, et  deux  volumes  de  vers,  les  Adieux, 

(1)  Sainte-Beuve,  Causeries  du  lundi,  t.  111,  p.  387. 


821 


LA TOUCHE 


1843,  les  Agrestes  (1844),  renferment  quelques 
pages  d'une  véritable  beauté.  Ce  ne  sont  que  des 
rencontres,  mais  elles  suffisent  pour  protéger  son 
nom  contre  l'oubli. 

Depuis  qu'il  avait  quitté  la  direction  du  Fi- 
garo en  1832,  de  Latouche  s'était  de  moins  en 
moins  mêlé  au  monde  littéraire.  Il  vivait  dans 
une  petite  maison  de  campagne  à  Aulnay,  près 
de  cette  Vallée  aux  Loups  illustrée  par  le  sé- 
jour de  Chateaubriand.  En  1846  il  fut  frappé 
d'un  conimenceme?  d'apoplevie,  et,  se  sentant 
atteint  dans  son  corps  et  dar  son  intelligence, 
il  se  confina  dans  la  retraite  plus  sévèrement 
que  jamais.  «C'est  là,  dit  M.  Lefèvre-Deumier, 
qu'il  est  resté  cinq  ans,  obstinément  invisible  à 
presque  tout  le  monde,  consumant  le  reste  de 
sa  vie  dans  de  vains  regrets  du  passé,  commen- 
çant des  vers  qu'il  n'achevait  pas,  faisant  et  dé- 
faisant sans  cesse  son  testament,  insensible  à 
tout,  même  à  cette  république  qu'il  avait  si 
longtemps  appelée  de  toute  la  force  de  ses  rêves.  » 
Depuis  sa  mort,  M""  Pauline  de  Flaugergues, 
l'amie  et  la  consolatrice  de  ses  dernières  années, 
a  public  un  choix  de  ses  œuvres  posthumes  sous 
le  titre  de  Encore  Adieu  (18.52;.        L.  J. 

George  Sand  ,  Notice  sur  de  Latouche;  dans  le  Sjécle, 
18, 19,  20  juillet  18S1 ,  et  Histoire  de  ma  vie.  —  Sainte- 
Beuve  ,  Causeries  du  lundi,  t.  UI.  —  Lefèvre-Deumier, 
Célébrités  d'autrefois. 

*  LATOUCHE  (  Auguste),  hébraïsant français, 
né  vers  179,8.  Il  entra  dans  les  ordres,  et  s'oc- 
cupa beaucoup  de  l'étude  de  la  langue  sacrée, 
qu'il  enseigna  publiquement  à  Paris.  On  a  de 
lui  :  Méthode  rationnelle  pour  l'étude  simul- 
tanée des  Langues  ;  —  Panorama  des  Langues, 
ou  clef  de  l'étymalogie;\83&,\n-$°;  — Gram- 
maire Hébraïque;  1836,  in-S"  ;  —  Dictionnaire 
idio- étymologique  Hébreu  et  Dictionnaire 
Grec-Hébreu;  1836,  in-8°.  Dans  l'introduction 
du  Panorama  des  Langues,  Latouche  résume 
ainsi  son  système.  «  Mon  système,  dit-il,  qui  n'a 
paru  d'abord  qu'ingénieux  et  qu'un  moyen  mné- 
monique d'invention  nouvelle,  est  l'unité  des 
langues  dans  l'hébreu,  la  fusion  de  toutes  les 
idées  des  peuples  dans  quelques  expressions 
matérielles,  onomatopiques,  réduites  à  vingt-cinq 
classes  ;  c'est  un  code  de  logique,  de  philosophie, 
un  exercice  de  la  pensée,  qui  centuple  sa  rec- 
titude et  sa  puissance.  Je  prouve,  par  analogies 
d'idées  et  de  sons,  que  chaque  langue  est  en- 
gendrée de  l'hébreu  ou  s'y  rapporte  sans  effort. 
Je  me  suis  éloigné  de  mes  devanciers,  souvent 
pour  le  fond  et  toujours    pour  la  méthode.  » 

F.-X.  T. 

Bibliographie  de  la  France,  1836. 

LA  TOUCHE.  Voy.  Gdimond. 

LA  TOULOUBBE  (  Louis  Vei^tre  de),  juris- 
consulte français,  né  en  1706,  à  Aix,  où  il  est 
mort,  le  3  septembre  1767.  Appartenante  une 
famille  de  robe,  il  partagea  ses  premières  années 
entre  l'étude  des  lois  et  celle  de  la  poésie,  rem- 
porta plusieurs  prix  académiques,  et  fit. insérer 
quelques-unes  de  ses  pièces  dans  les  recueils  du 


-  LA  TOUR  822 

temps,  enlre  autres  une  Ode  sur  l'Imagination 
(1738)  et  un  poème  sur  Ze  Sacrifice  d'Abraham. 
En  1732  il  fut  nommé  professeur  de  droit  fran- 
çais à  l'université  d'Aix,  et  en  1734  substitut 
du  procureur  général  au  pariement.  On  a  de 
lui  :  Les  Œuvres  de  Scipion  du  Périer;  1760, 
3  vol.  in-4°,  avec  des  observations  sur  l'état  de 
j  la  jurisprudence;  —  Les  Actes  de  notoriété 
donnés  par  MM.  les  avocats  et  procureurs 
généraux  au  parlement  de  Provence;  Avi- 
gnon, 1756  ou  1764,  in-8°;  nouv.  édit.,  1772; 
actes  qui  forment ,  en  quelque  sorte,  le  recueil 
d'un  droit  particulier  à  la  Provence  et  accompa- 
gnés de  remarques  très-judicieuses;  —  Juris- 
prudence féodale  suivie  en  Provence;  ibid., 
1756,  in-8°,  augmentée,  en  1765,  d'un  volume 
consacré  à  la  jurisprudence  féodale  du  Langue- 
doc. La  Touloubre,  dont  les  ouvrages  étaient 
entre  toutes  les  mains  avant  la  révolution,  avait 
aussi  réuni  des  matériaux  concernant  le  Droit 
maritime  et  un  Commentaire  sur  les  statuts  de 
Provence.  g 

Achard,  Dict.  de  la  Provence,  II. 

LA  TOUR  {Lambert  de),  seigneur  deLimoux, 
mort  vers  1235.  Il  appartenait  à  une  maison  an- 
cienne dans  Toulouse,  et  qui  un  siècle  aupara- 
vant avait  compté  des  capitouls  parmi  ses 
membres.  Après  que  Simon  de  Montfort  eut 
conquis  le  Languedoc,  Lambert  fut  au  nombre 
des  baix)ns  qui  abandonnèrent  la  cause  du  comte 
Raymond.  En  1211  il  se  croisa  contre  les  Albi- 
geois, et  tomba  aux  mains  du  comte  de  Foix.  Il 
fut  ensuite  chargé  de  la  défense  du  château  de 
Beaucaire  (1217),et  envoyé  par  Montfort  auprès 
du  roi  Pierre  II  d'Aragon  pour  chercher  à  calmer 
ce  prince,  qui  avait  défié  en  combat  singulier  le 
chef  des  croisés.  On  a  prétendu,  mais  sans 
preuves,  qu'il  avait  reçu  de  ce  dernier,  en  même 
temps  que  Gaston  de  Lévis,  le  titre  de  maréchal 
de  la  foi.  Cette  famille  s'éteignit  dans  le  quin- 
zième siècle,  après  avoir  obtenu  trente-trois  fois 
les  honneurs  du  capitoulat.  Baluze,  dans  son  His- 
toire généalogique  de  la  Maison  de  La  Tour 
d'Auvergne ,  a  vainement  essayé  de  rattacher 
les  ducs  de  Bouillon  aux  La  Tour  de  Toulouse 
entre  lesquels  il  n'y  a  point  d'origine  commune.  K. 
Art  de  vérifier  les  dates.  —  G.  de  La  Tour,  Armoriai 
du  Languedoc.  —  Biogr.  toulousaine. 

LA  TOUR  (  Loiiis  de)  ou  Ludovicus  TuR- 
RiANUs,  poète  latin  belge,  mort  en  1636.  Il  se 
fit  chartreux  dans  le  couvent  des  Douze-Apôtres 
près  Liège,  et  passa  en  1607  à  la  chartreuse  de 
Lire  (  Brabant),  où  il  mourut.  On  a  de  lui  en- 
tre autres  poésies  latines  d'un  assez  bon  style  : 
Générales  omnes  ordinis  Cartusiani,  a  divo 
Brunone  ad  nostra  usque  tempera;  Cologne, 
t597;  Wurtzburg,  1606.  C'est  ane  espèce  de 
biographie  des  généraux  de  l'ordre  des  Char- 
treux en  vers  numéraux.  L — z_e, 

Petrelus ,  Biô^jof fceca  Carthiisiana,  p.  233.—  Moratius 
Theatrum  Carthus.  Ordinis,  p.l33.— Foppens,  Bibliotheck 
Belgica,  p.  836.  —  Paquot,   Mém.  pour  servir  à  l'kist. 
lut.  des  Pays-Bas,  t.  VI,  p.  199. 


823 


LA  TOUR 


824 


lia.  TOUR  {Simon  DE  ),  jésuite  français,  né  le 
28  novembre  1697,  à  Bordeaux,  morten  1766,  à 
Besançon.  Il  fit  à  Paris  sa  théologie ,  professa  la 
philosophie  à  Tours,  et  fut  chargé ,  à  la  mort  du 
P.  du  Cerceau,  déterminer  l'éducation  du  prince 
de  Conti.  11  devint  ensuite  principal  du  collège 
de  Louis-le-Grand,  et  procureur  général  des  Mis- 
sions étrangères.  Ce  t'iit  à  lui  que  Voltaire,  peu 
de  temps  avant  sa  réception  à  l'Académie  Fran- 
çaise, adressa  une  lettre  qui  fit  beaucoup  de  bruit, 
etoii  il  décernait  de  grands  éloges  aux  jésuites  , 
ses  anciens  maîtres.  Lors  de  la  suppression  de 
l'ordre  en  France,  le  P.  de  La  Tour  se  réfugia  à 
Besançon.  Il  avait  été  pendant  quelque  temps 
un  des  rédacteurs  du  Journal  de  Trévoux. 
Quelques  auteurs  l'ont  confondu  avec  un  autre 
jésuite  du  même  nom.  (  Voy.  Bonaffos  de  La 
Tour).  K. 

Nécrologe  des  Hommes  célèbres,  1767. 

LA  TOUR  {  Christophe- Ernest  Baillet, 
comte  DE  ),  homme  politique  beige,  né  en  1668, 
au  château  de  La  Tour  (Luxembourg),  mort  en 
1732,  à  Bruxelles.  Il  appartenait  à  une  famille 
noble  d'origine  française,  fixée  depuis  le  quin- 
zième siècle  dans  les  Pays-Bas.  11  fut  successi- 
vement conseiller  au  conseil  provincial  du 
Luxembourg,  au  grand  conseil  de  Malines,  pro- 
cureur général,  puis  président  au  même  conseil, 
conseiller  d'État  et  président  du  conseil  privé. 
Le  titre  de  comte  lui  fut  conféré  par  lettres  pa- 
tentes datées  de  1719.  K. 

Biogr.  gen.  des  Belges. 

liA  TOUR  ( Charles- Antoine -Maximilien 
Baillet  ,  comte  de  ),  général  autrichien ,  né  en 
1737,  au  château  de  La  Tour,  mort  en  1806,  à 
Vienne.  De  la  même  famille  que  le  précédent,  il 
embrassa  de  bonne  heure  le  parti  des  armes,  et 
ne  fit  sa  première  campagne  qu'en  1778 ,  sous 
les  ordres  de  Lascy  et  Laudon ,  dans  la  guerre 
de  la  succession  de  Bavière  ;  il  devint  peu  après 
colonel  de  ce  fameux  régiment  de  dragons  qui 
prit  le  nom  de  La  Tour  et  s'illustra  sur  tant  de 
champs  de  bataille .  C'est  pour  les  dragons  de  La 
Tour  que  les  archiduchesses  d'Autriche  brodè- 
rent de  leurs  mains  un  étendard  sur  lequel  on 
lisait  cette  devise  :  Qui  s'y  frotte  s'y  pique. 
Comme  général  major,  le  chef  de  ce  corps  d'élite 
fut  employé  par  Joseph  II  contre  les  Brabançons 
révoltés ,  s'empara  de  Charleroi,  et  contribua 
beaucoup  au  retour  de  l'ordre  (1789-1790). 
Nommé  lieutenant-fèld -maréchal,  il  commandait 
à  Tournay  lors  de  la  bataille  de  Jemmapes,  re- 
vint en  ligne  l'année  suivante,  avec  le  prince 
de  Cobourg,  assista  à  l'attaque  du  camp  de  Fa- 
mars  ainsi  qu'à  la  plupart  des  opérations  qui 
eurent  lieu  sous  Maubeuge ,  et  fut  même  le  seul 
général  de  division  qui  repoussa  l'ennemi  à  Wat- 
tignies  (16  octobre  1793),  tandis  que  le  reste  de 
l'armée  autrichienne  était  battu  par  Jourdan. 
En  1794  il  ouvrit  la  campagne  par  quelques 
avantages;  mais  les  alliés  ayant  résolu  l'éva- 
cuation des  Pays-Bas,  il  fut  chargé  de  couvrir 


la  retraite,  et  partagea  les  revers  de  l'aile  gauche 
sur  l'Ourthe  et  près  de  Duren.  A  la  suite  de  la 
campagne  de  1 795,  qu'il  soutint  en  Francome , 
La  Tour  obtint  le  grade  de  général  d'artillerie 
(1796),  et  prit  le  commandement  de  l'armée  du 
Bas-Rhin,  dont  Wurmser  s'était  démispour  pas- 
ser en  Italie.  Presque  constamment  tenu -en 
échec  par  Moreau,  et  n'ayant  à  sa  disposition 
que  des  troupes  affaiblies ,  il  livra ,  de  concert 
avec  l'archiduc  Charles ,  une  suite  de  combats 
malheureux,  et  se  replia  d'abord  derrière  la  Lech, 
puis  jusque  sous  les  murs  de  Munich.  Lorsque 
Moreau  commença  à  rétrograder  vers  le  Rhin , 
La  Tour,  chargé  de  le  poursuivre,  n'osa  l'in- 
quiéter sérieusement,  à  cause  de  l'infériorité  du 
nombre,  et  subit  même  à  Biberach  une  déroute 
presque  complète.  L'année  suivante  (1797),  il 
ne  réussit  pas  mieux  à  disputer  aux  Fiançais 
le  passage  du  Rhin.  Nommé  gouverneur  de  la 
Styrie  après  la  paix  de  Campo-Formio,  il  passa, 
à  la  fin  de  1806,  dans  la  haute  Autriche,  et  pré- 
sidait le  conseil  de  la  guerre  lorsqu'il  mourut 
subitement  à  Vienne.  K. 

Convers.-Lex.  —  Bioar.  étrangère,  11.  —  Thifrs,  Hist. 
4e  la  Révol.fr.  —  Tableau  des  Guerres  de  la  Révolution. 
—  Biogr.  gén   des  Belges. 

lA  TOUR  ( Louis- Willebrod- Antoine  Bail- 
let de),  général  autrichien,  frère  du  précédent, 
né  en  1753,  mort  en  1836,  à  Bruxelles.  Il  fit  les 
campagnes  de  la  révolution,  et  devint  en  1796 
lieutenanl  général.  A  la  paix  il  revint  habiter  la 
Belgique,  qui  faisait  alors  partie  de  la  France, 
fut  inscrit  en  1811  sur  le  tableau  de  l'armée  fran- 
çaise, et  quitta  le  service  militaire  en  1814.  K. 

Biogr.  gén.  des  Belges. 

VA  TOUR  (  Théodore  Baillet,  comte  de), 
général  autrichien,  né  le  15  juin  1780,  massacré 
.le  7  octobre  1848,  à  Vienne.  Fils  du  maréchal  de 
La  Tour,  il  suivit  également  la  carrière  des  ar- 
mes, et  parvint  au  grade  de  feld  -  maréchal. 
Chargé,  après  les  événements  de  1848,  du  porte- 
feuille de  la  guerre,  il  prit  des  mesures  rigou- 
reuses, qui  attirèrent  sur  lui  la  haine  du  parti 
démocratique,  et  fut,  lors  de  l'insurrection  du  7 
octobre,  massacré  dans  son  hôtel  sous  les  yeux 
de  la  députation  que  la  diète  y  avait  envoyée 
afin  de  le  protéger.  K. 

Convers.-hexik. 

LATOUR  {Bertrand  de),  écrivain  ecclésias- 
tique français,  né  à  Toulouse,  vers  1700,  mort  à 
Montauban,  le  19  janvier  1780.  Il  étudia  au  sé- 
minaire de  Saint-Sulpice,  à  Paris ,  et  fut  attaché 
au  séminaire  des  Missions  étrangères.  Envoyé 
au  Canada,  il  devint,  jeune  encore,  doyen  du 
chapitre  de  Québec  et  conseiller-clerc  du  conseil 
supérieur  de  cette  ville.  Il  occupait  ces  deux 
places  en  1730;  mais  quelques  années  après 
l'amour  de  la  patrie  le  ramena  en  France,  oii  il 
obtint  la  cure  de  Saint-Jacques  à  Montauban. 
Après  avoir  occupé  cette  cure  plusieurs  années , 
il  devint  chanoine ,  puis  doyen  du  chapitre.  Ce 
fut  aussi  à  lui  qu'on  dut  l'établissement  des 
Frères  des  Écoles  chrétiennes  à  Montauban,  aux- 


825 

quelles  il  légua  sa  bibliothèque.  La  liste  de  s*s 
ouvrages  donne  une  étonnante  idée  de  sa  fécon- 
dité. Cette  liste  renferme  trois  cent  quatre-vingts 
ai-ticles  différents.  Dans  le  nombre ,  il  y  a  vingt- 
cinq  vol.  de  discours  pour  la  chaire,  quatre  de 
réflexions  et  entretiens  sur  les  devoirs  de  l'état 
religieux,  cinq  qui  ont  pour  titre:  Discours  aca- 
démiques, etc.  Mais  rien  ne  montre  mieux  la  fé- 
condité de  Latour  que  sa  collection  de  Réflexions 
morales ,  politiques  y  historiques  et  littéraires 
sur  les  théâtres  qui  a  jusqu'à  vingt  volumes.  Il 
a  écrit  aussi  beaucoup  de  petits  ouvrages  déta- 
chés, tels  que  les  Mémoires  du  P.  Tiniothée , 
capticin,  évêque  de  Séryte, in-12;  l'Apologie 
deClémentXl  V,  réfutation  des  lettres  fabriquées 
par  Caraccioii,  in-12;  les  Lettres  d'un  Évêque 
à  un  Évêque,  commentaire  de  la  déclaration 
dumois  d'aoïit  1750,  in-12.  Enfin  des  Mémoi- 
res, in-4'',  composés  vers  1772,  et  ayant  la 
plupart  pour  objet  la  critique  des  changements 
faits  au  nouveau  Bréviaire  de  Montauban. 

GUVOTDE  FÈRE. 
annales  de  la  Religion,  t.  XX7CIV,  année  1828. 

LATOUR  (  Maurice-Quentin  de  ),  peintre 
français ,  né  à  Saint-Quentin ,  le  6  septembre 
1704,  mort  le  17  février  1788.  Les  premières 
leçons  de  dessin  lui  avaient  été  données  à 
Saint-Quentin  ;  mais  il  partit  bientôt  en  cher- 
cher d'autres  à  Cambrai,  à  Reims  etj4isqu'en 
Angleterre.  Arrivé  à  Paris  à  l'âge  de  vingt-trois 
ans ,  il  s'annonça  comme  peintre  en  portraits. 
Son  procédé  était  nouveau  ;  il  avait  substitué  à 
l'emploi  des  couleurs  à  l'huile ,  le  pastel ,  avant 
lui  aussi  peu  varié  dans  ses  nuances  que  mobile 
dans  la  cohérence  de  ses  couleurs;  aussi  devint- 
il  bientôt  le  peintre  en  vogue.  Quelques-uns 
de  ses  portraits  furent  vus  par  Louis  de  Boul- 
longne,  premier  peintre  du  roi,  qui,  ayant  re- 
connu dans  les  œuvres  de  Latour  de  grandes 
qualités  au  milieu  de  nombreuses  imperfections, 
demanda  l'artiste,  l'encouragea  :  «  Vous  ne  savez 
ni  peindre  ni  dessiner,  lui  dit-il,  mais  vous  pos- 
sédez un  talent  qui  peut  vous  mener  loin  ;  des- 
sinez, jeune  homme ,  dessinez  longtemps.  »  — 
Latour  suivit  ce  conseil ,  et  malgré  le  succès  de 
ses  premiers  portraits  et  le  profit  qu'il  en  reti- 
rait, il  renonça  à  une  célébrité  précoce  pour 
acquérir  ce  qui  devait  établir  solidement  son 
talent  et  sà  réputation.  De  Latour  ne  parut  pour 
la  première  fois  en  public  qu'au  salon  de  1737, 
où  il  exposa  deux  pastels.  De  ce  moment  jus- 
qu'en 17"3  il  prit  part  à  presque  toutes  les  expo- 
sitions, et  fournit  près  décent  vingt  pastels. 

Les  beaux  portraits  de  ce  grand  artiste,  qui 
datent  aujourd'hui  de  plus  d'un  siècle,  se  sont 
parfaitement  conservés ,  malgré  leur  fragilité.  On 
en  ad*mire  encore  de  charmants  au  Louvre,  dans 
les  [)rincipaux  musées  de  l'Europe  et  particu- 
lièrement dans  le  musée  de  Saint-Quentin.  On 
peut  citer  parmi  ses  plus  beaux  tableaux,  les  por- 
traits de  Restout,  de  Sylvestre, de  Parrocel,  de 
RenéFremin,de  Voltaire,  de  J.- J.Rousseau,  de 


LATOUR  826 

CrébiU.on,ded'AIembert,  de  Marivaux,  df^  Rn- 
meau,de  Diderot,  de  Duclos,  deLouisXV,  de 
Marie  Lecszinsha,  du  Daxiphin,de  la  Princesse 
de  Saxe,  Dauphine  de  France,  du  prince  Chor- 
les-Édouard,û\sdn  prétendant  d'Angleterre,  du 
maréchal  de  Belle-lsle,  du  maréchal  de  Lo- 
wendal,  de  M»**  de  Pompadovr,  de  M^''' Sal- 
le, etc..  De  Latour,  reçu  d'abord  agréé  (1738) , 
puis  membre  de  l'Académie  royale  de  Peinture 
(1744),  en  fut  le  directeur  en  1746.  Bientôt  un 
brevet  du  4  avril  1750  le  nomma  peintre  du  roi 
en  pastel,  et  en  1775  il  obtint  un  logement  au 
Louvre.  Ce  fut  alors  qu'il  employa  une  bonne 
partie  de  sa  fortune  à  encourager  et  à  honorer 
les  arts.  11  consacra  10,000  livres  pour  fonder 
un  prix  de  500  livres  que  l'Académie  de  Peinture 
doit  décerner  annuellement  à  l'auteur  du  meilleur 
tableau  de  perspective  linéaire  et  aérienne.  Pa- 
reille somme  fut  destinée  annuellement  à  récom- 
penser la  plus  belle  action  ou  la  plus  utile  dé- 
couverte dans  les  arts,  au  jugement  de  l'acadé- 
mie de  la  ville  d'Amiens. 

Sa  ville  natale,  Saint-Quentin,  hérita  aussi  de 
sa  générosité;  il  y  institua  des  fondations  en 
faveur  de  femmes  pauvres  en  couches  et  de 
vieux  artisans  pauvi-es  ;  enfin  il  y  fonda,  en  1782, 
une  école  gratuite  de  dessin  à  laquelle  il  fit  don 
de  18,000  livres  (1).  Gomart  (de  Saint-Quentin). 

Docum.  partie. 

LATOUR  (Dominique),  médecin  français, 
né  en  1749,  à  Ancizan  (Bigorre),  mort  vers  1820, 
à  Orléans.  Originaire  de  la  môme  famille  que  le 
jésuite  Bonaffos  de  Latour,  connu  par  sas  poé- 
sies lyriques,  il  étudia  la  médecine  et  s'établit  à 
Orléans  d'après  les  conseils  du  professeur  An- 
toine Petit,  dont  il  avait  été  l'élève.  Après  la 
terreur,  il  exerça  les  fonctions  de  médecin  en 
chef  de  l'hôtel-Dieu  de  cette  ville,  et  ne  les 
quitta  que  pour  aller  en  Hollande  remplir  celles 
de  premier  médecin  auprès  du  roi  Louis.  On  a 
de  lui  :  Histoire  philosophique  et  médicale 
des  Causes  essentielles  immédiates  ou  pro- 
chaines des  hémorrhagies ;  Orléans,  1815, 
2  vol.  in-S";  —  plusieurs  Mémoires  sur  le  té- 
tanos ,  la  catalepsie ,  le  cancer,  la  paralysie  des 
extrémités  inférieures,  l'influence  de  l'imagina- 
tion, la  dyssenterie,  etc.,  insérés  dans  divers 
recueils.  K. 

Qucrard ,  La  France  Litt. 

LATOUR  (Jean-Baptiste  Bonaffos  de). 
Voy.  Bonaffos  be  Latour. 

LATOUR  (D.-Fr.  Gasteluer  de).  Voy.  Gas- 

TELLIER  DE  LaTOUR. 

LATOUR  (  Charles-Jean-Baptiste  des  Ga- 


(1)  La  ville  de  Saint-Quentin,  qui  se  glorifie  d'avoir 
produit  un  tel  artiste,  a  fait  construire  un  magnifique 
musée  pour  y  recevoir  dignement  les  précieux  ouvrages 
de  cet  excellent  et  jusqu'ici  inimitable  peintre  ;  en  même 
temps  elle  lui  a  fait  élever  une  statue  en  bronze  sur  la 
place  même  où  est  né  de  Latour,  à  peu  de  distance  de  la 
maison  où  il  a  fini  sa  carrière. 


827 


LATOUR 


LOIS  de),  administrateur  français,  né  le  11  mars 
1715,  à  Paris,  où  il  est  mort,  le  24  janvier  1802. 
Originaire  d'une  maison  noble  du  Forez,  il  obtint 
à  l'âge  de  vingt  ans  un  siège  de  conseiller  au 
parlement  d'Aix  (1735),  dont  il  fut,  depuis  1747, 
premier  président.  En  1744,  il  avait  succédé  à 
son  père  en  qualité  d'intendant  de  la  Provence. 
A  ces  doubles  fonctions,  qu'il  exerça  pendant 
plus  de  quarante  ans ,  il  joignit  encore  celles 
d'inspecteur  du  commerce  du  Levant  et  de  pré- 
sident du  conseil  d'Afrique,  et  surveilla  l'admi- 
nistration militaire  pendant  la  guerre  d'Italie.  Il 
fit,  en  1787,  partie  de  l'assemblée  des  notables, 
trouva  un  asile  passa^^er  en  Bourgogne  à  l'épo- 
que de  la  révolution,  et  subit  au  Luxembourg 
une  détention  de  plusieurs  mois.  On  le  repré- 
sente comme  un  bomme  intègre,  éclairé,  d'un 
caractère  obligeant  et  de  talents  peu  communs. 
La  ville  de  Marseille  lui  est  redevable  de  quel- 
ques établissements  utiles.  —  Son  fils  aîné  , 
Latour  (  Étienne-Jean-Baptisûe-Louis  des 
GA.LOIS  de),  né  en  1754,  à  Aix,  mort  le  20  mars 
1820,  à  Bourges ,  embrassa  l'état  ecclésiastique 
après  avoir  été  conseiller  au  parlement.  Désigné 
en  1788  pour  occuper  le  siège  de  Moulins,  il 
devint  en  Italie  premier  aumônier  de  madame 
Victoirede  France,  passa  en  1799  en  Angleterre, 
et  ne  revint  de  l'étranger  qu'avec  les  Bourbons. 
En  1817,  il  fut  nommé  archevêque  de  Bourges. 

K. 
Dict.  de  la  Provence.  —  Biogr.  des  Contemp. 

*  LA.TO0R  ,(  Cagnard,  baron  de  ),  physicien 
français,  né  à  Paris,  lé  31  mai  1777.  Il  sortit  de 
l'École  Polytechnique  pour  entrer  à  l'école  des 
ingénieurs  géographes.  Plus  tard  il  fut  nommé 
auditeur  au  conseil  d'État,  et  devint  en  1850 
membre  de  l'Académie  des  Sciences.  —  La  vie  de 
M.  Latour  est  tout  èfatière  dans  ses  travaux. 
On  peut  les  diviser  en  trois  parties  distinctes  : 
Vacoustique ,  la  mécanique ,  la  chimie  et 
la  physique  générale.  Dans  toutes  ces  bran- 
ches ,  il  a  fait  des  découvertes  que  le  temps 
ne  pourra  jamais  faire  disparaître.  En  1809  il 
inventa  une  sorte  de  vis  d'Atchimède  désignée 
sous  le  nom  de  cagnardel,  dont  l'effet  est  de 
porter  les  gaz  sous  un  liquide  quelconque  (1). 
En  1810  il  présenta  à  l'institut  ime  machine 
hydraulique  composée  d'une  roue  à  palettes 
tournant  horizontalement  dans  l'eâu.  «  Cette 
roue ,  emhossée  dans  une  enveloppe  qui  là  ferme 


(l)IVI.  Fr.  Arago  s'exprimait  ainsi  sur  le  mérite  de  cette 
iuvention,  lors  de  la  discussion  de  la  loi  sur  les  brevets 
d'invenUon  en  1844:  «  Tout  le  monde  sait  que  la  vis  d'Ar- 
chimède  sert  aux  épuisements;  les  ingénieurs  l'emploient 
dans  ce  but.  Deux  mille  ans  s'écoulent,  et  l'un  de  nos 
compatriotes  avise  que  la  même  machine  qui  sert  à  éle- 
ver l'eau  peut  être  employée  pour  faire  descendre  du 
gaz,  en  sens  contraire .  ou  de  droite  à  gauche  :  cette  ap- 
plic;!tion  est  importante,  il  arrive  très-souvent  en  effet 
qu'on  a  besoin  de  purifier  de  grands  volumes  de  gaz,  de 
les  débarrasser  d'une  foule  de  substances  étrangères.  F^a 
vis  d'Archimède  sert  alors  à  les  porter  au  fond  d'une 
profonde  couche  d'eau.  Le  gaz  se  purifie  en  remontant. 
Certes,  il  y  avait  là  invention  brevetahle.  » 


en  haut  et  en  bas ,  est  évidée  au  centre  et  per- 
met à  l'eau ,  qui  a  frappé  les  palettes  d'amont  ^ 
d'aller  heurter  celles  d'aval.  »  Dans  la  même 
année,  il  inventa  ce  qu'il  a  appelé  un  canon- 
pompe.  C'est  une  machine  à  vapeur  dans  la- 
quelle l'eau  est  élevée  sans  piston  par  des  bouf- 
fées successives  devapeur  d'eau,  qui  déterminent 
l'ascension  d'un  volume  d'eau  à  peu  près  égal 
au  volume  de  la  vapeur  employée  à  une  hauteur 
de  huit  mètres  environ.  La  vapeurj  comme  on  le 
voit,  était  employée  d'une  manière  nouvelle  à 
faire  le  vide  et  à  élever  l'eau.  En  1815  il  fait 
connaître  sa /jowpe  à  tige  filiforme.  Dans  cette 
pompe ,  la  tige  du  piston  est  remplacée  par  un 
fil  métallique  de  quelques  millimètres  de  dia- 
mètre, qui,  traversant  la  pompe  de  haut  en  bas, 
sort  par  les  deux  bouts  et  va  s'attacher  à  un 
châssis,  semblable  à  celui  des  scies,  destiné  à 
lui  imprimer  un  mouvement  ascensionnel  alter- 
natif. Les  frottements  contre  les  boîtes  à  étoupes 
se  trouvent,  de  cette  manière ,  énormément  di- 
minués, ce  qui  donne  un  avantage  marqué  sur 
les  pompes  ordinaires  à  tige  roide  et,  épaisse. 
La  sirène,  dont  l'invention  date  de  1819,  est  un 
instrument  destiné  à  mesurer  les  vibrations  de 
l'air  qui  constitue  un  son  donné.  Tous  les  phy- 
siciens la  connaissent.  Voici  sur  quel  principe 
s'appuyait  M.  Cagniard  en  inventant  son  appa- 
reil :  «  Si  le  son  produit  par  les  instruments  est 
dû  principalement,  comme  le  croient  les  phy- 
siciens, à  la  suite  régulière  des  chocs  multipliés 
qu'ils  donnent  à  l'air  atmosphérique  parleurs 
vibrations ,  il  semble  naturel  de  penser  qu'au 
moyen  d'un  mécanisme  qui  serait  combiné  pour 
frapper  l'air  avec  la  même  vitesse  et  la  même 
régularité,  on  pourrait  donner  lieu  à  la  produc- 
tion du  son.  Tel  est,  en  effet,  le  résultat  qu'il  a 
obtenu  à  l'aide  de  son  procédé ,  qui  consiste  à 
faire  sortir  le  vent  d'un  soufflet  par  un  petit 
orifice ,  en  face  duquel  on  présente  un  plateau 
circulaire  mobile  sur  son  centre,  et  dont  le  mou- 
vement de  rotation  a  lieu,  soit  par  l'action  du 
courant,  soit  par  un  moyen  mécanique.  »  (  An- 
nales de  Physique  et  de  Chimie,  tom.  XII, 
pag.  167,éttom.  XVIII, pag.  438).  — Quantaux 
modifications  apportées  depuis  à  la  sirène  com- 
plexe à  séries  ondulées,  à  la  sirène  à  plateau 
épais ,  aux  sirènes  à  deux  sons  simulta- 
nés, etc.,  voy.  les  Comptes-rendus  àe,  Y kcdiA., 
1837,  page  313  et  331;  id.,  1838,  page  47  et 
422;  id.,  1839,  page  60;  id.,  1841,  page  119- 
402  et  414  ;  id.,  1842,  page  179.  En  1821  M.  La- 
tour présenta  à  la  Société  d'Encouragement  sa 
nouvelle  méthode  du  débourbage  des  minerais 
de  cuivre  en  usage  aux  mines  de  Chessy 
(Rhône).  C'est  une  espèce  de  tonneau  ou  crible 
horizontal ,  à  ouvertures  longitudinales,  de  quel- 
ques lignes  de  largeur.  On  le  remplit  de  mine- 
rai, et  on  le  fait  tourner  sur  son  axe,  en  plon- 
geant toutefois  le  tonneau  dans  l'eau ,  de  façon 
à  dépouiller  entièrement  le  minerai  du  sable  et 
dje  l'argile  qui  l'accompagnent.  Le  gravier  qui 


829 

tombe  du  crible  est  ramassé  par  une  grille  sus- 
pendue au-dessous  et  agitée  par  de  petites  se- 
cousses qui  permettent  aux  matières  très-tenues 
de  s'échapper  de  l'eau.  (Voy.  Bulletin  de  la 
Société  cfEncourag^n"  261.) 

En  1822  M.  de  Latour  fît  connaître  quelques  ré- 
ultats  qu'il  avait  obtenus  par  l'action  combinée 
je  la  chaleur  et  de  la  compression  sur  certains  li- 
quides, tels  que  l'eau,  l'alcool,  l'étljer  sulfurique 
t  l'essence  de  pétrole  rectifiée.  On  trouve  encore 
Je  lui,  à  la  même  époque,  des  expériences  à  une 
tiaute  pression  avec  quelques  substances ,  telles 
]ue  l'eau  et  le  sulfure  de  carbone ,  employées 
éparément  ou  combinées  avec  du  clilorate  de 
potasse.  En  1829  il  publia  un  mémoire  sur  le 
sifflement  de  la  bouche.  C'est  dans  ce  travail 
^u'il  démontre  que  dans  l'acte  du  sifflement,  les 
èvres  agissent  comme  une  ouverture  tubulaire 
jIus  ou  moins  allongée,  qu'un  courant  d'air 
sortant  des  poumons  ou  y  rentrant  traverse 
ivec  une  certaine  vitesse  en  frottant  les, parois 
le  ce  conduit  par  intermittence.  C'est  par  ces  ex- 
périences que  M.  de  Latour  est  arrivé  à  re- 
garder le  larynx  comme  un  instrument  à  anches, 
âans  lequel  l'air  mis  en  vibration  par  le  frotte- 
nent  contre  les  lèvres  inférieures  de  la  glotte 
Tiendrait  choquer  les  lèvres  supérieures  et  y 
brmerait  des  sons  plus  intenses  qu'il  n'aurait 
m  donner  en  y  arrivant  directement.  (Voy.  Ins- 
Hlut,  1836,  ça%e  180;  1837,  pag.  13,  45,  etc.)  En 
1833  il  fît  connaître  le  résultat  de  ses  expé- 
riences sur  la  résonnance  des  liqpides  et  une 
nouvelle  espèce  de  vibration  qu'il  a  nommée 
vibration  globulaire.  En  faisant  vibrer  longi- 
tudinaleraent  des  tubes  en  verre  contenant  de 
'eau,  ouverts  ou  fermés ,  privés  d'air  ou  soumis 
à  l'action  de  ce  fluide ,  il  s'aperçut  que  des  in- 
tervalles vides  très-apparents  se  manifestaient 
dans  la  masse  vibrante,  que  si  elle  contenait  du 
gaz  ,  celui-ci  se  détachait  du  liquide  et  montait 
à  la  surface;  que  si,  au  contraire,  il  n'y  avait 
plus  sensiblement  de  fluide  gazeux,  les  bulles 
qui  apparaissaient  étaient  plus  petites  et  ne 
quittaient  pas  la  place  où  elles  venaient  de  se 
former.  Dans  le  premier  cas ,  le  son  était  plus 
faible  que  dans  le  second.  Ces  vibrations  parti- 
culières aux  liquides,  qui  se  manifestaient  à 
l'œil  par  des  disjonctions  dans  la  masse  ébranlée, 
ont  été  nommées  vibrations  globulaires  et 
comparées  à  celles  que  les  molécules  des  corps 
solides  exécutent  en  pareille  circonstance.  C'est 
dans  ce  travail  que  se  trouve  la  pipette  sifflante 
à  l'aide  de  laquelle  il  fait  produire  à  une  colonne 
d'eau  des  sons  analogues  à  ceux  de  la  flûte. 
{Annales de  Chim.  etdePhys.,  2^  série,  t.  LVI.) 

En  1 837  il  inventa ,  de  concert  a-vec  M.  de 
Montferrand ,  un  pijromètre  acoustique  au 
moyen  duquel  il  se  proposait  de  ramener  la  me- 
sure de  toutes  les  températures  à  l'appréciation 
d'un  son.  C'est  cette  même  année  qu'il  publia 
un  travail  sur  la  pression  à  laquelle  l'air  contenu 
dans  la  trachée-artère  se  trouve  soumis  pen- 


LAtOUR  830 

dant  l'acte  de  la  phonation.  Il  y  avait  déjà  long- 
temps qu'il  s'occupait  de  rechercher  à  quelle 
pression  ,  en  sus  de  celle  de  l'atmosphère  ,  l'air 
contenu  dans  les  poumons  se  trouve  soumis 
lorsqu'il  est  employé  à  faire  résonner  certains 
instruments  à, anches.  Il  avait  niêmé  déjà  re- 
connu qu'à  l'égard  de  la  clarinette  cette  pres- 
sion fait  équilibre  en  moyenne  à  une  colonne 
d'eau  de  30  centimètres.  Pour  étendre  ces  expé- 
riences au  larynx  humain,  il  fallait  trouver  un 
individu  qui,  d'ime  part,  eût  une  ouverture  à  la 
trachée-arlère,  et  de  l'autre  pût,  à  sa  volonté, 
produire  des  sons  vocaux.  M.  de  Latour  rencon- 
tra un  homme  sur  lequel  il  put  expérimenter. 
{Journal  de  Vlnstitut,  1836,  1837,  1838, 1839, 
1840,  1841,  1846).  Enfin  on  a  d«  M.  de  Latour 
un  peson  chronométrique,  instrument  destiné  à 
mesurer  les  effets  dynamiques  des  machines  en 
mouvement  {Compte  rendu  de  l'Acad.  des  Se, 
1837  )  ; —  un  travail  fort  remarquable  sur  la  fer- 
mentation vineuse  qui  a  eu  pour  résultat  de 
fixer  l'opinion  des  chimistes  et  des  naturalistes 
sur  la  nature  des  substances  capables  de  produire 
la  fermentation  vineuse  dans  les  liquides  qui 
sont  propres  à  l'éprouver  (  Annales  de  Phys. 
et  de  Chimie,  2*  série,  tom.  LXVIU).  Dans  la 
même  année  il  annonça  qu'au  moyen  de  plu- 
sieurs procédés  qu'il  a  imaginés,  et  qui  sont  fon- 
dés sur  des  actions  lentes ,  il  était  parvenu  à 
former  diverses  substances  dont  on  retrouve  les 
analogues  dans  la  nature.  Ainsi  avec  le  noir  de 
fumée  il  a  formé  une  espèce  de  diamant ,  avec 
le  maçbre  et  le  fer  limoneux  du  Berry  il  a  imité 
le  feldspath  ;  avec  d'autres  substances  il  a  obtenu 
des  concrétions  opalines ,  le  marbre  saccharoïde 
{Journ.  de  l'Institut,  1838,1850;. 

M.  de  Latour  inventa  aussi  une  machine  pour 
étudier  le  vol  des  oiseaux.  Dans  une  autre  ma- 
chine semblable,  il  parvint,  par  le  battement  de 
huit  paires  d'ailes,  à  obtenir  une  force  ascen- 
sionnelle continue  de  100  grammes  {Journ.  de 
l'Institut,  1837,  1839).  En  poursuivant  ses  re- 
cherches sur  la  formation  du  son  dans  les  cor- 
des vibrantes,  M.  de  Latour  fut  conduit  à  es- 
sayer de  produire  un  son  en  faisant  osciller 
très-rapidement  entre  deux  piliers  métalliques 
un  petit  marteau  dur  et  très-léger,  c'est-à-dire 
formé  d'un  bout  de  tige  de  verre.  Ce  qu'il  y  a 
de  particulier  dans  le  son  obtenu,  c'est  que 
le  nombre  de  ces  vibrations  sonores  ne  ré- 
pond qu'à  la  moitié  du  nombre  synchrone  des 
oscillations  simples  du  marteau ,  quoique  l'ap- 
pareil soit  disposé  de  façon  qu'à  chaque  mouve- 
ment de  va-et-vient  de  ce  marteau  il  doive  sq 
produire  deux  coups  ou  bruits  d'égale  intensité 
par  l'effet  des  chocs  alternatifs  que  le  marteau 
exerce  sur  les  deux  piliers.  Quelque  temps  après, 
M.  de  Latourdonna  la  théorie  relative  à  la  forma- 
tion du  son  dans  les  cordes  vibrantes,  déduite  de 
nouvelles  expériences  sur  son  oscillateur  acous- 
tique. Enfin,  il  publia  un  mémoire  sur  la  produc- 
tion artificielle  de  sons  graves  analogues  à  ceux  de 


831 


LATOUR. 


la  voix  humaine.  Ses  expériences  paraissent  pro- 
pres à  fournir  quelques  données  pour  expliquer 
comment  nos  organes  vocaux  fonctionnent  lor- 
qu'iis  produisent  des  sons  à  la  fois  graves  et  in- 
tenses (Comptes-rendus  de  VAcad.,  1840).  M.  de 
Latour  avait  tenté  aussi  les  expériences  sur  le 
charbon,  dans  l'espoir  de  le  faire  cristalliser  et  de 
produire  ainsi  du  diamant.  Dans  cette  vue,  il 
dirigeait  un  courant  d'oxygène  à  l'aide  d'une 
pompe  à  double  effet  de  son  invention  sur  du 
menu  charbon  de  chêne,  auquel  il  avait  ajouté 
un  peu  de  sable  siliceux  ;  le  tout  était  renfermé 
dans  un  fourneau  à  réverbère  couché.  Il  espérait 
ainsi  dissoudre  du  charbon  par  l'acide  sihcique  et 
chasser  ce  dernier  par  la  forte  chaleur  du  four- 
neau, aidée  du  courant  gazeux.  {Comptes  rendus 
de  l'Acad.,  \  847  ).  11  signala  le  premier  l'endos- 
mose gazeuse  (avec  l'hydrogène  et  l'air)  à  travers 
des  vessies  en  caoutchouc.  Enfin,  en  1851,  M.  de 
Latour  publia  un  travail  sur  un  moulinet  à  bat- 
tements démontrant  des  phénomènes  nouveaux 
d'acoustique.  Jacob. 

Doc.  partie. 

*  LATOUR  (  Jean-Baptiste  Tenant  de  ) , 
bibliographie  français ,  né  en  Périgord,  en  1779, 
fut  élevé  à  Paris,  servit,  de  1814  à  1815,  dans 
les  gardes  du  corps  de  Louis  XVIIl,  chef  du 
personnel  de  l'administration  des  postes ,  et 
bibliothécaire  du  roi  Louis-Pihhppe  au  palais 
de  Compiègne.  Parmi  ses  travaux  d'éditeur,  on 
remarque  :  Poésies  de  Malherbe,  avec  un 
Commentaire  d'André  Chénier,  découvert  par 
l'éditeur  ;  Paris,  1842  ;  —  les  Œuvres  de  Cha- 
pelle et  de  Bachaumont ,  avec  une  notice, 
dans  la  bibliothèque  elzevirienne  de  M.  Jannet  ; 
Paris,  1854.  —  Une  édition  annotée  des  Œuvres 
complètes  de  Racan,  avec  plusieurs  pièces 
inédites  et  des  textes  importants  rétablis,  même 
collection  ;  Paris,  1857.  On  a  aussi  de  lui  :  Let- 
tres sur  la  Bibliographie,  au  nombre  de  six, 
imprimées  à  un  petit  nombre  d'exemplaires, 
format  in-12,  tirées  d'un  ouvrage  inédit,  qui  va 
être  publié  prochainement.  C.  M. 

Documents  particuliers. 

«LATOUR  { Louis- Antoine  Tenant  de),  fils 
du*précédent,  littérateur  et  poète  français,  né  le 
31  août  1808  àSaint-Yrieix,  Élève  de  l'École  Nor- 
male, il  fut  successivement  professeur  aux  collèges 
de  Bourbon  et  Henri  IV  (  aujourd'hui  lycées  Bo- 
naparte et  Napoléon).  En  183211  quitta  l'enseigne- 
ment pour  devenir  précepteur  du  duc  de  Mont- 
pensier.  Nommé  en  1843  secrétaire  des  comman- 
dements du  jeune  prince,  il  l'accompagna,  en 
1846,  dans  son  voyage  en  Orient,  et,  après  la  ré- 
volution de  février,  le  suivit  en  Espagne.  On  a 
de  lui  :  Traduction  des  Prisons  de  Silvio 
Pellico;  1833,  1  vol.  in-8°  :  a  eu  de  nombreuses 
éditions;  on  y  a  joint  depuis  1840  la  traduction 
du  discours  de  Pellico  sur  Les  Devoirs  des 
Hommes;  —  Essai  sur  V Étude  de  l'Histoire 
en  France;  1835,  in-8°;  —  Traduction  des 
Mémoires  d'Alfieri;  1835,  in-12;—  Poésies 


832 
in-12.  Ce  volume  se 
la  première,  intitulée 


complètes  ;  Pâtis  1841, 
compose  de  deux  parties 
La  Vie  intime,  et  l'autre  ayant  pour  titre  :  Loin 
du  foyer  ;  —  Traduction  du  Théâtre  et  des  Poé- 
sies de  Manzoni;  1842,  in-12;  trad.  de  la 
Colonne  infâme  ,deMAmon\,  1  vol* in-12, 1843'; 

—  Vmjage  de  S.  A.  R.  Monseigneur  le  duc  de 
Montpensier  en  Orient,  avec  atlas,  1847,  gr. 
in-S"  ;  —  Études  sur  l'Espagne  (  Séville  et  l'An- 
dalousie); 1855,  2  vol.  in-12;  —  Lettres  de 
Silvio  Pellico;  1857,  un  fort  vol.  in-8°,  orné 
du  portrait  de  l'auteur  italien,  et  précédé  d'une 
Introduction  où  M.  de  Latour  raconte  la  vie 
de  Pellico  depuis  sa  sortie  du  Spielberg;  — 
Don  Miguel  de  Manara,  sa  vie,  son  discours 
sur  la  vérité,  son  testament,  saprofession  de 
foi;  1857,  in-12;  —  La  Baie  de  Cadix,  nou- 
velles études  sur  l'Espagne;  1857,  1  vol.  in-12 

—  des  articles  dans  le  Journal  des  Débats,  la 
Revue  de  Paris ,  la  Revue  des  Deux  Mondes , 
Le  Correspondant,  etc.  Enfin,  il  a  publié  en 
espagnol,  pour  discours  de  réception  à  l'Aca- 
démie des  Belles-Lettres  de  Séville  un  travail 
ayant  pour  objet  les  Imitations  de  Florian, 
1 858.  C.  Mallet. 

Documents  particuliers. 

LATOUR  (  Jean-Raimond- Jacques -Amé- 
dée),  médecin  français,  né  à  Toulouse,  le  12  juin 
1805.  Il  fit  de  bonnes  études,  obtint,  en  1822,  le 
prix  d'honneur  au  collège  de  sa  ville  natale,  et 
fut  reçu  en  1834  docteur  à  la  faculté  de  Paris. 
Successivement  rédacteur  en  chef  du  Journal 
hebdomadaire  de  Médecine,  1836,  de  La 
Presse  Médicale,  1837,  de  la  Gazette  des  Mé- 
decins praticiens,  1839,  il  eut  à  soutenir,  en 
1840,  un  procès  célèbre,  intenté  par  M.  Gendrin 
à  l'occasion  d'un  concours  pour  une  chaire  à  la 
faculté,  dans  le  compte  rendu  duquel  M.  Latour 
avait  fait  allusion  à  la  conduite  de  M.  Gendrin 
à  l'égard  des  blessés  de  l'insurrection  des  5  et  6 
juin  1832.  Le  corps  médical  de  Paris  fit  une 
souscription  spontanée  pour  payer  l'amende  et 
les  dommages  et  intérêts  auxquels  M.  Latour 
avait  été  condamné.  De  1841  à  1847,  M.  La- 
tour rédigea  pour  la  Gazette  des  Hôpitaux  les 
spirituels  feuilletons  signés  du  pseudonyme  de 
Jean-Raimond.  En  1845  il  provoqua  le  con- 
grès médical,  dont  il  fut  élu  secrétaire  général; 
et  reçut  l'année  suivante  la  croix  de  la  Légion 
d'Honneur.  En  janvier  1847  il  créa  le  journal 
L' Union  Médicale,  dont  il  est  rédacteur  en  chef. 
Nommé  en  1849  secrétaire  du  comité  consul- 
tatif d'hygiène  publique  près  le  ministère  d'a- 
griculture et  du  commerce,  il  a  fondé  ['Associa- 
tion générale  de  prévoyance  et  de  secours 
miituels  des  médecins  de  France,  association 
approuvée  par  un  décret  impérial  du  31  août 
1858.  Outre  les  travaux  mentionnés,  on  a  de 
M.  Latour  :  Cmrs  de  Pathologie  interne  (le- 
çons de  M.  Andral);  Paris,  1836,  3  vol.  in-S»; 
2*  édition  en  1847;  --  Traitement  préservatif 
etcurçitifde  la  phthisie  pulmonaire;  in-8»; 


833 


—  V Union  Médicale,  dont  le  rédacteur  en 
chef  occupe  le  premier  rang  dans  la  presse  mé- 
dicale contemporaine,  ajoué  un  grand  rôle  dans  la 
condamnation  récente  des  homéopathes,  dont 
tous  les  journaux  ont  retenti.  X. 

Documents  particuliers. 

JLATOCR  de  Saint-Ybars  (Isidore),  au- 
teur dramatique  français ,  né  à  Saint-Ybars 
(Ariége),  vers  1809.  Il  fit  ses  études  à  Toulouse, 
suivit  les  cours  de  droit  de  la  faculté  de  cette 
ville,  et  s'y  fit  recevoir  avocat.  Il  débuta  dans 
les  journaux  littéraires  du  midi,  concourut  aux 
Jeux  Floraux,  et  vint  à  Paris  en  1836,  après  avoir 
fait  jouer  avec  succès  sa  première  pièce  à  Tou- 
louse. En  1857  il  se  porta  candidat  de  l'oppo- 
sition aux  élections  du  corps  législatif  dans  le 
département  de  l'Ariége;  mais  il  échoua.  On  a 
de  lui  :  Sur  la  Loi  contre  les  Associations  ; 
Paris,  1834,  in-S";  —  Le  comte  de  Goiorie, 
drame  en  trois  actes  et  en  prose,  représenté  au 
théâtre  de  Toulouse  en  1836;  Toulouse,  1836, 
in-8°  ;  —  Chants  du  Néophyte,  poésies  catho- 
liques; Toulouse  ,  1837,  in-8°  ;  —  FaWm,  tra- 
gédie en  cinq  actes,  représentée  au  Théâtre-Fran- 
çais, en  1841  ;  Paris,  1841,  in-8°;  —  Le  Tribun 
de  Palerme,  drame  en  cinq  actes  et  en  prose, 
représenté  à  VOdéon,  en  1842;  Paris,  1842, 
in-8°  ;  —  Virginie,  tragédie  en  cinq  actes,  re- 
présentée au  Théâtre-Français  parM"^Rachel,  en 
1845;  Paris,  1845,  in-8°;  —  Le  Viexix  de  la 
Montagne,  tragédie  en  cinq  actes,  représentée 
au  Théâtre-Français,  en  1847  ;  Paris,  1847,  in-8°  ; 

—  Le  Syrien,  drame  en  vers,  représenté  à  l'O- 
déon  en  1847  ;  —  Les  Routiers,  drame  en  cinq 
actes  et  en  vers,  représenté  à  la  Porte-Saint- 
Martin,  en  1851;  Paris,  1851 ,  in-S";  —Rose- 
monde,  tragédie  en  un  acte  et  en  vers,  repré- 
sentée au  Théâtre-Français,  en  1854  ;  Paris,  1854, 
in-12;  —  Le  Droit  Chemin,  comédie  en  cinq 
actes  et  envers,  représentée  à  l'Odéon,  en  1859; 
Paris,  1859.  J.  V. 

Vaperean,  Dict  univ.  des  Confemp.  —  Bourquelot  el 
Maury,  La  Littér.  Franc,  contemp. 

LATOUR  D'AUVERGNE  {  Théopkile-Malo 
CoRRET  DE  ),  général  français,  surnommé  le 
premier  grenadier  de  France,  né  à  Carhaix, 
le  23  novembre  1743,  tué  à  Oberhausen,  près  de 
Neubourg  en  Bavière,  le  27  juin  1800.  Descen- 
dant d'une  branche  bâtarde  de  la  famille  de 
Bouillon,  à  laquelle  appartenait  le  maréchal  de 
Turenne,  il  fit  ses  études  au  collège  de  Quim- 
per,  et  s'y  distingua  par  son  goût  pour  les  lan- 
gues anciennes  et  modernes.  Du  collège  il  passa 
à  l'école  militaire.  En  1767  il  fut  admis  dans  les 
mousquetaires  noirs,  et  devint  la  même  année 
sous-lieutenant  au  légiment d'Angoumois  infan- 
terie. En  1781,  profitant  d'un  congé  qui  lui  avait 
été  accordé,  il  se  rendit  en  Espagne,  et  assista  au 
siège  de  Mahon,  défendu  par  les  Anglais.  Admis 
comme  volontaire  dans  l'armée  espagnole ,  com- 
mandée par  le  duc  de  Grillon,  il  incendia  une 
frégate  anglaise  et  plusieurs  bateaux  remplis  de 

NOUV.    BIOGR.    CÉNÉK.    —  T.   XXFX. 


LATOUR  834 

munitions,  sous  le  feu  même  de  la  place.  Il  se  fit 
encore  remarquer  en  allant  chercher  sur  les 
glacis  et  à  travers  les  balles  un  de  ses  amis  qui 
était  tombé  blessé.  De  retour  en  France,  Latour 
d'Auvergne  rejoignit  son  régiment,  et  se  mit  à 


étudier  avec  Le  Brigant  les  rapports  qui  peuvent 
lier  aux  langues  mortes  et  vivantes  de  l'Europe  la 
langue  celtique,  conservée  dans  quelques  parties 
de  la  basse  Bretagne  et  de  l'Angleterre.  Quand  la 
révolution  éclata,  loin  d'émigrer,  Latour  d'Auver- 
gne en  adopta  les  principes,  et  resta  fidèle  au  dra- 
peau national  ;  capitaine  avant  1789,  il  refusa  tout 
avancement.  En  1792,  se  trouvant  à  l'armée  des 
Alpes  commandée  par  Montesquiou,  il  contribua 
puissamment  aux  premières  victoires  des  Français 
sur  les  Sardes,  et  il  entra  le  premier  dans  Cham- 
béry,  l'épée  à  la  main ,  à  la  tête  de  sa  compagnie. 
L'année  suivante,  il  fut  envoyé  avec  son  régi- 
ment à  l'armée  des  Pyrénées  occidentales.  Le 
général  Servan,  qui  en  était  le  chef,  imagina  de 
réunir  toutes  les  compagnies  de  grenadiers  de 
l'armée  pour  en  former  un  corps  de  huit  mille 
hommes,  dont  le  plus  ancien  capitaine  devait 
prendre  le  commandement.  C'est  ainsi  que,  sans 
quitter  l'uniforme  de  grenadier  et  le  titre  de 
capitaine,  Latour  d'Auvergne  se  trouva  à  la  tête 
de  cette  division  d'avant-garde  qui  devint  bien- 
tôt la  terreur  de  l'ennemi  sous  le  nom  de  co- 
lonne infernale.  Presque  toujours  elle  avait  dé- 
cidé la  victoire  lorsque  le  corps  d'armée  arrivait 
sur  le  champ  de  bataille.  Ce  n'est  pas  seulement 
comme  vaillant  soldat  que  Latour  d'Auvergne  se 
distingua  dans  cette  campagne,  il  était  appelé  dans 
les  conseils  de  guerre,  et  les  plans  qu'il  mit  à  exé- 
cution avec  tant  de  succès  avaient  été  présentés 
par  lui  et  acceptés  à  l'unanimité.  Les  passages 
réputés  impraticables  furent  franchis  au  milieu 
de  riiiver;  les  rochers  garnis  de  redoutes  et 
qui  passaient  pour  inaccessibles  furent  enlevés. 
Avec  une  seule  compagnie  et  n'ayant  pour  toute 
artillerie  qu'une  pièce  de  huit,  i!  enleva  la  nuit 
la  redoutable  forteresse  de  Saint-Sébastien.  La 
rapidité  de  ses  mouvements  et  l'impétuosité  de 
ses  troupes  devinrent  irrésistibles.  Enfin,  après 
avoir  battu  les  Espagnols ,  percé  leur  ligne  de 
défense,  enlevé  plusieurs  de  leurs  magasins  et 
fait  neuf  mille  prisonniers,  il  eut  la  satisfaction 
devoir  la  paix  acceptée  par  le  roi  d'Espagne. 
Pendant  qu'il  combattait  ainsi,  «  ayant  le  don, 
suivant  l'expression  de  ses  grenadiers,  de  charmer 
les  balles,  «  on  voulut  le  destituer  comme  no- 
ble ;  les  réclamations  de  ses  soldats  firent  flé- 
chir la  loi.  Le  délégué  d'un  représentant  du  peu- 
ple sommait  Latour  d'Auvergne  de  venir  rendre 
hommage  à  l'envoyé  de  la  Convention  :  «  Dis  à 
ton  maître,  répondit  Latour  d'Auvergne,  que  je 
ne  fais  la  cour  à  personne ,  que  je  ne  connais 
d'autre  devoir  que  celui  de  combattre  et  de 
vaincre  l'ennemi;  dis-lui,  s'il  est  tout-puissant 
comme  tu  l'annonces ,  de  mettre  l'Espagnol  en 
fuite.  «Une  autrefois  un  représentant  du  peuple 
luivantait  son  crédit  et  lui  offrait  sa  protection  : 

27 


835  LATOER 

«  Vous  êtes  donc  bien  puissant?  »  lui  dit  Latour 
d'Auvergne,  qui  était  dans  le  plus  grand  dénû- 
ment.  —  Sans  doute.  —  Eh  bien,  demandez 
pour  moi...  —  Un  bataillon,  un  régiment?  — 
Non,  une  paire  de  souliers.  »  Un  jour  les  Espa- 
gnols affectaient  d'étaler  des  vivres  en  abon- 
dance aux  yeux  des  Français,  dont  ils  étaient  sé- 
parés par  une  rivière  :  «  Qui  veut  dîner  me 
suive!  «  s'écria  Latour  d'Auvergne  en  se  jetant 
à  la  nage  ;  et  la  nourriture  préparée  pour  les 
Espagnols  servit  aux  Français.  Latour  d'Au- 
vergne partageait  l'ordinaire  des  soldats ,  leurs 
abris,  et  marchait  à  pied  comme  eux.  Après  la 
signature  du  traité  de  Bâle,  en  1795,  Latour 
d'Auvergne  obtint  un  congé  pour  rétablir  sa 
santé,  délabrée  :  il  s'embarqua  à  Bordeaux  sur 
un  transport  faisant  voile  pour  Brest;  mais  ce 
bâtiment  fut  enlevé  par  un  corsaire  anglais,  et 
Latour  d'Auvergne  conduit  prisonnier  dans  le 
comté  de  Cornouailles.  11  y  reprit  le  cours  de 
ses  études.  Un  jour,  des  soldats  anglais  ayant 
menacé  de  dépouiller  les  prisonniers  français  de 
leur  cocarde,  Latour  d'Auvergne  enfila  la  sienne 
à  son  épée  jusqu'à  la  garde,  et,  se  mettant  en  dé- 
fense, déclara  qu'il  périrait  plutôt  que  de  souf- 
frir une  telle  profanation  des  couleurs  natio- 
nales :  les  cocardes  furent  conservées.  Enfin  un 
échange  de  prisonniers  qui  eut  lieu  en  1797  lui 
permit  de  rentrer  en  France.  C'était  au  temps 
du  Directoire;  Latour  d'Auvergne  fut  mis  à  la 
réforme,  avec  une  pension  de  800  francs.  Quel- 
que temps  après,  le  gouvernement  lui  offrit  le 
grade  et  la  retraite  de  général  de  brigade  ;  mais 
il  refusa,  quoique  sa  fortune  ne  se  composât, 
outre  sa  pension ,  que  d'un  revenu  patrimonial 
de  1,600  francs.  «  Doué  d'une  générosité  peu 
commune ,  dit  M.  Charnier,  et  n'écoutant  que 
son  humanité,  il  diminua  de  plus  de  moitié 
son  petit  revenu  par  des  aumônes  et  principale- 
ment en  constituant  une  rente  viagère  de 
600  francs  en  faveur  d'une  mère  de  famille 
tombée  subitement  d'une  position  brillante  dans 
ia  plus  grande  indigence.  Il  réduisit  ainsi  ses 
ressources  presque  à  sa  seule  pension.  La  grande 
simplicité  de  son  genre  de  vie  lui  permettait  de 
satisfaire  ses  goûts  charitables  avec  le  superflu 
qu'il  se  créait  par  ses  privations.  Jamais  homme 
n'a  vécu  plus  sobrement  que  Latour  d'Auver- 
gne :  du  laitage  et  des  mets  grossiers  compo- 
sèrent en  lout  temps  sa  nourriture.  «  11  s'était 
établi  à  Passy,  où  il  vivait  heureux.  C'est  dans 
ce  temps  de  repos  qu'il  fit  paraître  les  Origines 
gauloises,  et  qu'il  entreprit  un  glossaire  poly- 
glotte, dans  lequel  il  comparait  les  mots  de  qua- 
rante-deux langues  ou  idiomes  Sa  pension  lui 
était  payée  en  assignats;  un  joiiril  demanda  à  être 
payé  en  numéraire  :  1,200  francs  lui  furent  of- 
ferts par  le  ministre  de  la  guerre;  il  n'en  prit  que 
120.  Leduc  de  liouillon,  qui  avait,  parle  crédit 
de  Latour  d'Auvergne,  obtenu  la  restitution  de 
ses  biens,  voulut  lui  donner  une  terre  à  Bcau- 
mont-sur-Eure,  laquelle  rapportait  10,000  francs 


8r,R 
de  rente;  Latour  d'Auvergne  n'accepta  pas.  En 
apprenant  que  la  conscription  eùlevalt  à  Le  B ri- 
gant  le  dernier  de  ses  vingt-deux  enfants,  jeune 
homme  d'une  complexion  délicate  et  l'unique 
soutien  de  son  vieux  père,  Latour  d'Auvergne 
vint  à  Paris,  obtint  de  remplacer  le  fils  de  son 
ami,  et  rejoignit  son  régiment,  à  la  tête  duquel 
il  entra  le  premier  dans  Zurich.  Après  une  cam- 
pagne de  deux  années,  il  revint  à  son  modeste 
asile  de  Passy,  remerciant  Le  Brigarit  de  lui 
avoir  donné  l'occasion  de  faire  en  Suisse  la  dé- 
couverte d'inscriptions  et  de  médailles  antiques. 
Sur  le  rapport  de  Carnot ,  le  premier  consul  ac- 
corda un  sabre  d'honneur  à  Latour  d'Auvergne, 
et  le  nomma  premier  grenadier  de  la  répu- 
blique. Cette  récompense  était  peu  du  goût  de 
Latour  d'Auvergne.  Il  repoussa  l'honneur  qu'on 
voulait  lui  faire  en  disant  au  généra!  Bonaparte  : 
«  Parmi  nous  autres  soldats  il  n'y  a  ni  pi'emier 
ni  dernier  ;  ■»  et  il  demanda  de  rejoindre  ses 
compagnons  d'armes  non  comme  le  premier, 
mais  comme  le  plus  ancien  grenadier  de  la  ré- 
publique. Latour  d'Auvergne  partit  en  effet  pour 
l'armée  du  Rhin,  commandée  par  Moreau.  La 
guerre  venait  d'éclater  en  Allemagne.  Six  jours 
après  son  arrivée,  Latour  d'Auvergne  tomba 
percé  au  cœur  d'un  coup  de  lance  par  un  hulan 
autrichien.  Ses  dernières  paroles  furent  celles- 
ci  :  «  Je  meurs  satisfait,  je  désirais  terminer 
ainsi  ma  vie.  »  Il  fut  enterré  avec  son  colonel 
et  vingt-sept  officiers  de  son  régiment  au  lieu 
même  où  il  avait  été  frappé.  Un  grenadier  le 
plaça  (1  comme  il  était  de  son  vivant ,  faisant 
toujours  face  à  l'ennemi  ».  L'armée  entière  porta 
son  deuil  pendant  trois  jours;  chaque  soldat 
consacra  une  journée  de  paye  à  l'achat  d'une 
urne  d'argent  pour  y  renfermer  le  cœur  de  Latour 
d'Auvergne;  son  sabre  d'honneur  fut  placée 
l'église  des  Invalides,  et  son  nom  resta  inscrit 
en  tète  des  registres  de  la  46''  demi -brigade. 
Tous  les  jours,  à  l'appel  du  nom  de  Latour 
d'Auvergne,  le  plus  ancien  sergent,  auquel  avait 
été  confié  son  cœur,  répondait  :  «  Mort  au 
champ  d'honneur!  «  Cet  hommage  ne  cessa  de 
lui  être  rendu  qu'en  1814  (1).  Au  lieu  même  où 
le  premier  grenadier  de  France  reçut  le  coup 
mortel ,  Moreau  fit  ériger  un  mausolée  fort 
simple,  qu'il  plaça  sous  la  sauvegarde  des  braves 
de  tous  les  pays.  Le  rOi  de  Bavière  a  fait  res- 
taurer ce  tombeau  vers  1837.  Un  autre  monu- 
mentaété  consacré  en  1841  à  Latour d'Auverghè 
dans  son  pays  natal. 

On  a  de  lui  :  Nouvelles  Recherches  sur  là 
Langue,  l'origine  et  les  antiquilés  des  Bre- 
tons, pour  servir  à  V histoire  de  ce  peuple. 


(1)  I.'urne  contenant  le  cœur  du  premier  grenadier  de 
France  tut  d'abord  placée  au  Panthéon.  Louis  XVIII 
voulut  la  faire  remettre  au  général  de  l,atour  d'.'Vu- 
vergne  Lauragais.  La  famille  Kersausie  (î'oy.  ce,  nom  J 
réclama,  et  un  long  procès  s'ensuivit.  Enfin  la  cour 
royale  décida,  en  février  1837,  qu'elle  serait  rendue  à  la 
famille  Kersausie;  mais  il  paraît  que  l'urne  ne  se  re- 
trouva plus. 


837 


LATOUR 


838 


avec  un  glossaire  breton  polyglotte  ;  Bayonne, 
1792,  in-12;  2^  édition,  1795,  in-8°;  3^  édition, 
sous  ce  titre  :  Origines  gauloises,  celles  des 
plus  anciens  peuples  de  l'Europe,  puisées 
dans  leur  vraie  source,  ou  recherches  sur 
la  langue,  Vorigine  et  les  antiquités  des 
Celto-Bretons  de  V Armorique,  pour  servir  à 
l'histoire  ancienne  et  moderne  de  ce  peuple 
et  à  celle  des  Français;  Hambourg,  1802, 
in-8°.  La  première  édition  contient  un  Précis 
historique  sur  la  ville  de  Keraes  (  Carhaix), 
dont  il  attribue  la  fondation  au  général  romain 
Aétius ,  vers  l'an  436.  Cette  notice  avait  déjà 
paru  dans  le  Dictionnaire  de  la  Bretagne,  par 
Ogée.  Dans  ses  Origines  gauloises ,  Latour 
d'Auvergne  cherche  à  prouver  que  les  Gaulois 
ont  été  connus  sous  le  nom  de  Celtes,  de  Scy- 
thes et  de  Celto- Scythes;  que  leur  langue 
s'est  conservée  dans  la  Bretagne  Armorique, 
qu'on  en  retrouve  les  traces  dans  les  langues 
des  divers  peuples  de  l'Europe  et  de  l'Asie  au 
milieu  desquels  les  Celtes  ou  Gaulois  formèrent 
des  établissements  ;  enfin,  que  c'est  aux  Celtes 
ou  Gaulois  que  les  Grecs  et  les  Romains  ont  em- 
prunté leur  culte  et  la  plupart  de  leurs  usages. 
La  seconde  partie  contient  un  glossaire  poly- 
glotte, ou  tableau  comparatif  de  la  descendance 
des  langues  des  Celtes  ou  Bretons.  Latour  d'Au- 
vergne a  laissé  en  manuscrit  un  Glossaire  po- 
lyglotte très-ample  dans  lequel  il  compare  le 
breton  avec  les  autres  langues  anciennes  et  mo- 
dernes et  un  Dictionnaire  Breton-Gallois-Fran- 
çais. L.  L — T. 

Mangourit,  Éloge  historique  en  tête  des  Origines  gau- 
loises. —  Butiiit  de  Kersers ,  Histoire  de  La  Tour 
d'Auvergne.  —  Capitaine  Charnier,  Notice  sur  La  Tour 
d'Auvergne.  —  Priou,  dans  VEncycl.  des  Gens  du  Monde. 
—  Dict.  de  la  Convers.  —  Quérard  ,  La  France  Litté- 
raire. —  C.   MuUiê,    Biogr.   des  Célébrités  militaires. 

LATOUR  D'AUVERGNE  LAURAGAIS  (  HU- 

gues-Robert-Jean-Charles  de),  prélat  français, 
né  au  château  d'Auzoville,  près  Toulouse,  le 
14  août  1768,  mort  le  20  juillet  1851,  à  Arras. 
Confié  d'abord  aux  soins  d'un  chanoine  de  Cas- 
tres, son  oncle  paternel,  il  vint  ensuite  à  Paris, 
où  il  entra  au  séminaire  de  Saint-Sulpice  et  fit  son 
cours  de  théologie  sous  Émery.  En  1792  et  1793 
il  fut  ordonné  secrètement  sous-diacre,  diacre  et 
prêtre  par  l'évêque  de  Limoges,  d'Argentré.  Il 
refusa  le  serment  à  la  constitution  civile  du  clergé, 
et  se  retira  en  Picardie,  chez  sa  tante,  la  com- 
tesse deVergy,  et  y  exerça  son  ministère  en  ca- 
chette à  Amiens.  Dénoncé,  il  fut  arrêté  et 
jeté  en  prison.  Un  fournisseur  de  l'armée  répu- 
blicaine le  sauva  en  l'attachant  à  ses  bureaux. 
Le  9  mai  1802  le  premier  consul  nomma  La- 
tour d'Auvergne  à  l'évêché  d'Arras.  Le  jeune 
évêque  eut  à  reconstituer  son  diocèse,  à  l'or- 
ganiser, à  y  fonder  toutes  sortes  d'institutions. 
11  manifestait  dans  toutes  les  occasions  son  ad- 
miration pour  le  chef  de  l'État,  qui  avait  rendu 
la  paix  à   l'Église  et  porté  au  loin  la  gloire  de 


ses  opinions,  et  le  8  avril  il  envdya  son  adhésion 
à  l'acte  de  déchéance  de  l'empereur.  La  restau- 
ration lui  offrit  l'archevêché  de  Reims,  qu'il  re- 
fusa. Le  gouvernement  de  Juillet  lui  offrit  à  son 
tour  les  plus  importants  archevêchés;  Latout 
d'Auvergne  voulut  rester  à  son  siège,  mais  il 
accepta  la  pourpre  romaine,  le  14  décembre 
1840.  On  a  de  lui  Un  catéchisme  à  l'usage  de  Son 
diocèse ,  des  mandements ,  des  sermons  pronon- 
cés dans  de  grandes  solennités ,  etc. 

Son  neveu,  le  prince  Charles  de  Latour 
d'Auvergne  Lauragais,  vicaire  général  du  dio- 
cèse d'Arras,  a  été  nommé  en  1855  auditeur  de 
rote  en  la  cour  de  Rome ,  à  la  place  de  M.  l'abbé 
de  Ségur.  J.  V. 

Biogr.  du  Clergé  contemp.,  par  un  solitaire,  3«  livr.  — 
Sarrut  et  Saint-Edme  ,  Biogr.  des  Hommes  du  Jour, 
tome  VI,  1"  partie,  p.  170.  —  Arnault,  Jay,  Jouy  et  NOr- 
vins,  Biogr.  nouv.  des  Contemp. 

LATOUR  D'AUVERGNE ( Maîirice-Édouard- 
Godefroy,  comte  de),  écrivain  militaire  français, 
né  à  Londres  pendant  l'émigration,  en  1796,  mort 
à  Paris,  le  29  août  1832.  Au  retour  de  la  terre 
d'exil ,  il  fut,  ainsi  que  son  frère,  élevé  à  l'école 
militaire  de  Saint-Cyr,  par  exception  aux  règle- 
ments qui  n'ouvraient  cette  institution  qu'aux 
fils  des  guerriers  morts  au  champ  d'honneur, 
exception  motivée  ainsi  par  Napoléon  :  «  Les 
petits  neveux  du  grand  Turenne  sont  les  soldats 
nés  de  la  patrie.  »  A  son  retour  de  la  campagne 
de  Russie,  l'empereur  vit  un  jour,  en  sortant  de 
l'Elysée,  un  jeune  homme  qui  saisit  la  bride  de 
son  cheval  en  s'écriant  :  «  Sire,  une  sous-licute- 
nance!  —  Quel  âge  as-tu?  lui  dit  l'empereur. 
—  Seize  ans.  —  Comment  t'appelles-tu  ?  —  Go- 
defroy de  Latour  d'Auvergne.  —  Accordé  ;  voilà 
les  jeunes  gens  qu'il  me  faut  »,  reprit  Napoléon, 
en  s'adressant  à  Savary.  Le  brevet  était  expédié 
le  soir.  A  Ulm  la  mort  de  ses  supérieurs  valut  à 
Latour  d'Auvergne  le  commandement  de  sa  cona- 
pagnie;  il  y  joignit  bientôt   celui  d'une  autre 
compagnie  qui  avait  également  perdu  ses  officiers, 
et  pendant  toute  la  campagne  il  garda  ce  double 
commandement.  Sous  la  restauration  il  fut  admis 
au  corps  d'état-major,  devint  aide  de  camp  deLa- 
tour-Maubourg ,   ministre  delà  guerre,  fit  la 
guerre  en  Espagne  comme  aide  de  camp  du  gé- 
néral Donnadieu,  en  1823,  et  se  distingua  dans 
diverses  affaires.  Rapporteur  d'un    conseil   de 
guerre  chargé  de  juger  les  Français  pris  les  armes 
à  la  main  dans  l'armée  espagnole,  il  obtint  leur 
acquittement  en   lisant  au  tribunal  un  discours 
prononcé  à  la  Constituante  contre  la  peine  de 
mort.  Le  réquisitoire  du  jeune  commissaire  se 
terminait  ainsi  :  «  Les  paroles  que  vous  venez 
d'entendre  sont  de  Robespierre;  condamnerez- 
vous  quand  Robespierre  absout  ?  Un  ministre 
ayant  voulu  lui  enlever  le  nom  de  Latour  d'Au- 
vergne, qui  lui  était  contesté ,  le  jeune  capitaine 
répondit  par  une  sommation  judiciaire  ;  le  mi- 
nistre le  destitua.  Maître  de  son  temps ,  le  comte 
de  Latour  d'Auvergne  se  mit  à  écrire  des  ou- 
la  France.  Les  événements  de  1814  modifièrent     vrages  sur  l'art  mililaire,  s'occupa  des  pauvres, 

27. 


889 


LATOUR 


?40 


et  prit  la  direction  d'un  hôpital  à  l'époque  de 
l'invasion  du  clioléra.  Une  attaque  de  l'épidémie 
l'emporta,  jeune  encore.  On  a  de  lui  :  Considé- 
rations morales  et  politiques  sur  VArt  mili- 
taire; Paris,  1830,  in-S";  —  De  l'impossibilité 
de  faire  une  guerre  sérieuse  par  trois  motijs  : 
armée  incomplète;  point  de  discipline;  di- 
sette de  généraux  convenable?,;  Paris,  1831, 
in-8°;  —  Mémoire  sur  Vorganisation  mili- 
taire; Paris,  1831,  in-8°.  J.  V. 

Le  Biogr.  et  le  Nécrol,  réunis,  tome  T,  p.  Î19. 
LA  TOCR  DU  PIN-GOUVERNET  (  ffeW^DE  ), 
capitaine  français,  né  en  1543,  à  Gonvernet, 
mort  en  1619.  Élevé  dans  la  religion  protes- 
tante, il  combattit  avec  les  huguenots  à  la  bataille 
de  Moncontorir,  devint  en  1574  lieutenant  de 
Montbrun,  qui  opérait  dans  le  Dauphiné,et  s'em- 
para de  plusieurs  petites  places.  En  1579  Les- 
diguières  l'envoya  dans  le  marquisat  de  Saluées, 
au  secours  de  Bellegarde,  qu'il  aida  à  faire  la 
conquête  du  pays.  Nommé  en  1580  commandant 
des  troupes  protestantes  dans  la  Provence,  il 
remporta  quelques  avantages  sur  les  ligueurs, 
força  le  château  de  Die  à  capituler  (1585)  ainsi 
que  Quincieux,  Mérindol  et  Guillestre  (1587),  et 
battit  au  Monestier  de  Clermont  un  corps  de 
catholiques  commandé  par  Gordes ,  qui  fut  tué. 
Après  avoir  signé,  au  nom  de  Lesdiguières ,  le 
traité  d'alliance  conclu  av<»cLa  Valette  (1588),  il 
opéra  à  diverses  reprises  en  Provence ,  fit  des 
courses  jusqu'aux  portes  de  Lyon,  et  se  signala 
dans  le  Languedoc,  à  la  défaite  de  Joyeuse. 
Élevé,  en  1591,  au  grade  de  maréchal  de  camp, 
il  fit  en  1597  sa  dernière  campagne  en  Savoie.  En 
récompense  de  ses  nombreux  services,  Henri  IV, 
qui  l'avait  choisi  déjà  pour  chambellan ,  le 
nomma  membre  du  conseil  d'État  et  du  conseil 
privé ,  sénéchal  du  Valentinois ,  commandant  du 
bas  Dauphiné,  et  gouverneur  de  plusieurs  villes. 
Plus  tard  Marie  de  Médicis  lui  accorda  une  pen- 
sion de  10,000  livres  (1611)  et  Louis  XIII  éri- 
gea sa  terre  de  La  Charce  en  marquisat.  Il  était 
déjà  baron  d'Aix  et  autres  lieux.  De  ses  enfants 
sortirent  les  branches  de  La  Charce ,  de  Montau- 
ban  et  de  Chambaud.  P.  L — y. 

Courcelles,  Cici  des  Généraux  français.  —  Eug.  et 
Km.  Haag,  La  France  Protestante,  t.  VI. 

LA  TOiTR  DU  Piw-GOUVERJVET  (  Jean- 
Frédéric  DE  ),  comte  DE  Paulin,  général  et  mi- 
nistre français,  né  le  22  mars  1727,  à  Grenoble, 
mort  le  28  avril  1 794,  à  Paris.  Après  avoir  servi 
en  Westphalie ,  en  Bohême  et  sur  le  Rhin  comme 
lieutenant  de  cavalerie,  il  obtint  une  compagnie, 
et  se  distingua  en  F-landre  sous  les  ordres  du 
maréchal  de  Saxe.  Nommé  colonel  dans  les  gre- 
nadiers de  France  (1749),  il  prit  part  à  la  guerre 
de  Sept  Ans,  et  devint  successivement  Heutenant 
général  et  commandant  des  provinces  de  Poitou 
et  de  Saintonge  ;  il  conserva  ce  dernier  emploi 
jusqu'à  l'époque  de  la  révolution.  Élu  par  la  no- 
blesse de  Saintes  député  aux  états  généraux ,  il 
se  montra  tout  d'abord  favorable  aux  idées  nou- 


velles, el  se  rangea,  avec  la  minorité  de  son  or- 
dre, du  côté  du  tiers  état,  lorsque  ce  dernier 
constitua  l'Assemblée  nationale.  Il  fut  appelé,  le 
4  août  1789,  au  ministère  de  la  guerre,  ets'efforça, 
par  ses  discours  et  ses  propositions,  de  réorga- 
niser l'armée,  dans  laquelle  se  produisaient  des 
désordres  trop  fréquents.  Les  mesures  répressives 
qu'il  parvint  à  faire  adopter  contre  les  régiments 
insurgés  à  Nancy  furent  le  prétexte  des  accusa- 
tions de  tous  genres  lancées  contre  loi.  Le  10  no- 
vembre 1790,  il  fut  compris  dans  la  dénoncia- 
tion générale  des  ministres  formulée  par  les  sec- 
tions de  Paris,  et  donna ,  peu  de  jours  après ,  sa 
démission.  Il  vécut  dans  la  retraite,  à  Auteuil, 
jusqu'au  31  août  1793,  jour  où  il  fut  incarcéré. 
Il  parut  comme  témoin  dans  le  procès  de  la 
reine,  sur  le  compte  de  laquelle  il  s'exprima  avec 
beaucoup  de  noblesse  et  de  courage.  Traduit  à 
son  tour  devant  le  tribunal  révolutionnaire,  il 
fut  condamné  et  exécuté  dans  la  même  journée, 
ainsi  que  le  marquis  de  La  Tour  du  Pin,  son 
frère  aîné ,  lieutenant-général  et  membre  des  as- 
semblées des  notables.  P.  L — y. 

Arnault,  Jouy  et  Norvins.  Biog.  nouv.  des  Contemp. 
—  Le  Bas ,  Dict.  hist.  de  la  France. 

LA  TOUR   DU   PIN-MONTAUBAN    {Hector 

de),  général  français,  né  à  la  fin  du  seizième 
siècle.  11  était  fils  puîné  de  René  de  La  Tour  du 
Pin-Gouvernet  (  voy.  ci-dessus).  Les  protestants 
du  Dauphiné  le  reconnaissaient  pour  chef  au 
commencement  du  dix-septième  siècle,  et  firent 
sous  ses  ordres  une  longue  défense  dans  les 
places  de  Mérouillon  et  de  Soyans.  En  1626  il 
se  soumit  à  Lesdiguières,  et  reçut  du  roi  Louis  XIII 
le  brevet  de  maréchal-de-camp  ainsi  qu'une 
somme  de  cent  mille  livres  et  le  gouvernement 
de  Montélimart ,  qui  resta  dans  cette  branche  de 
sa  famille  jusqu'à  la  révolution.       P.  L — y. 

Moréri,  Dict.  Hist. 

LA  TOUR  DU  PIN-MONTAUBAN  {René, 
marquis  de  ),  général  français ,  fils  aîné  du  pré- 
cédent, né  vers  1620,  en  Dauphiné,  mort  le 
19  juillet  1687,  à  Besançon.  Dans  sa  jeunesse  il 
abjura  le  protestantisme,  et  dut  à  ses  avantages 
extérieurs  de  faire  bonne  figure  à  la  cour.  Mis  à 
la  tête  d'une  compagnie  de  cavalerie  par  le  car- 
dinal de  Richelieu ,  il  se  battit  en  Catalogne,  en 
Italie  et  en  Allemagne,  et  leva  en  1650  un  régi- 
ment qui  prit  son  nom  et  rendit  des  services  en 
Espagne.  En  1664  il  fut  envoyé,  avec  le  comte 
de  Coligny,  au  secours  de  l'empereur,  et  se  dis- 
tingua au  passage  du  Raab.  Nommé  brigadier, 
il  contribua  en  cette  qualité  à  la  conquête  de 
la  Franche-Comté  et  de  la  Hollande,  devint  ma- 
réchal de  carap  (1674),  et  fut  blessé  au  combat 
de  Senef.  Après  avoir  été  fait  prisonnier  à  la 
journée  de  Mulhausen,  dont  il  avait  décidé  le  suc- 
cès, de  l'aveu  deTurenne,  il  prit  part,  avec  ce 
dernier,  à  la  belle  campagne  de  1675,  concourut  à 
la  victoire  d'Altenheim,  que  remporta  le  maré- 
chal de  Lorges,  et  fut  élevé  en  1077  au  rang 
de  lieutenant  général.  11  combattit  encore  en  Si- 


841  LATOUR 

cile,  où  il  fut  gouverneur  de  Messine  ,  et  passa 
à  l'armée  du  Roussillon.  Ses  longs  services  ob- 
tinrent pour  récompense  dernière  le  gouverne- 
ment de  la  Franche-Comté.  P.  L— y. 

Chorier,  Hist.  gén.  du  Dauphiné. 
LA  TOUR  DC  PIN  DE  LA  CHARGE  {  Jac- 
ques- François- René  de  ) ,  prédicateur  français, 
né  le  14  novembre  1720,  à  Ypres,mort  le  26  juin 
1765,  à  Paris.  Il  appartenait  à  la  même  famille 
que  les  précédents,  et  fut  d'abord  abbé  d'Am- 
bournay,  grand-vicaire  de  Riez  et  chanoine  de 
Tournay.  Après  avoir  prononcé  le  panégyrique 
de  saint  Louis  devant  l'Académie  Française,  il  fut 
chargé,  en  1755,  de  prêcher  l'A  vent  à  la  cour. 
«  Son  action,  dit  Feller,  était  noble  et  affec- 
tueuse ,  son  style  ne  manque  ni  d'élégance  ni  de 
brillant  ;  mais  ces  qualités  se  font  peut-être  trop 
sentir.  Il  emploie  trop  souvent  l'antithèse.  Ses 
applications  de  l'Écriture  sont  ingénieuses,  mais 
elles  ne  sont  pas  toujours  justes  ».  Il  mourut  à 
l'abbaye  de  Saint-Victor.  On  a  de  lui  :  Sermons; 
Paris,  1764-1776,  6  vol.  in-12  :  recueil  qui,  malgré 
son  titre ,  ne  contient  guère  que  des  panégy- 
riqueSi  K. 

Feller,  Dict.  Histor.  —  Quérard,  France  Littéraire. 

LATOUR  -  MAUBOCRG ,  famille  française , 
qui  tire  son  origine  des  seigneurs  de  Fay, 
une  des  plus  anciennes  maisons  du  Languedoc, 
ainsi  nommée  de  la  terre  de  Fay,  dans  le  haut 
Vivarais.  Sa  généalogie  remonte  jusqu'à  l'an  1000. 
Une  héritière  du  nom  de  Maubourg  apporta  dans 
la  branche  aînée  de  la  maison  de  Fay  la  terre  de 
Maubourg  avec  celle  de  Latour  en  Vêlai. 

Les  principaux  membres  de  cette  famille  sont  : 

LATorR-MAUBOURG(7eaH  DE  Fay,  baron 
DE  ),  seigneur  de  Saint-Quentin,  sénéchal  et  gou- 
verneur de  Vêlai  au  seizième  siècle ,  maréchal 
général  des  logis  de  la  cavalerie  de  France  en 
deçà  des  Alpes  sous  le  règne  de  Charles  IX.  En 
1562  il  se  joignit,  avec  deux  autres  seigneurs, 
à  la  noblesse  du  Vêlai,  et  obligea  l'armée  du  baron 
des  Adrets  à  abandonner  les  faubourgs  du  Puy, 
qu'elle  avait  saccagés.  J.  V. 

V.  Anselme,  Hist.  chron.  et  généal.  de  la  Maison 
royale,  des  Pairs,  Grands-offlciers,  etc.  —  Dom  Vais- 
selle,/?Jit.  du  JMnguedoc. 

LATOCR  -  .MAUBOURG     (  Jean-Hcctor   DE 

Fay  de  ),  chevalier  de  Malte ,  tué  devant  Coron 
en  Morée,  en  1685.  Commandeur  de  Chambéry, 
il  se  distingua  au  siège  de  Candie,  et  reçut  le 
commandement  des  troupes  de  l'ordre  de  Malte 
chargées  d'opérer  conjointement  avec  les  troupes 
du  pape  et  de  la  république  de  Venise.  Les  trois 
flottes  se  réunirent  à  Messine.  Morosini ,  géné- 
ralissime de  la  république  vénitienne,  attaqua 
Coron,  et  s'en  rendit  maître ,  malgré  la  vive  ré- 
sistance des  assiégés.  Les  chevaliers  se  distin- 
guèrent par  des  efforts  prodigieux  de  valeur;  le 
commandeur  de  Latour  périt  en  enlevant  aux 
Turcs  un  fort  qu'ils  avaient  repris  sur  les  Véni- 
tiens. J.  V. 

Vertot,  Hist.  des  Chevaliers  de  Saint-Jean  de  Jérusa- 
lem, livre  XIV. 


842 


LATOUR  -  MAUBOURG  (  JeaU-Hector  DE 
Fay,  marquis  de  ),  maréchal  de  France ,  né  vers 
1684,  mort  à  Paris,  le  15  mai  1764.  Il  fit  sa 
première  campagne  à  l'armée  de  Flandre  en 
1701,  et  passa  ensuite  à  Farmée  de  Savoie.  Il 
empêcha  le  blocus  deBriançon,  et  repoussa  l'en- 
nemi au  delà  du  mont  Genèvre,  après  avoir 
franchi  un  défilé  jusque  alors  inexploré.  En  1715 
il  contribua  à  la  soumission  de  Majorque.  Chargé 
d'un  commandement  sur  le  Rhin,  en  1743,  il  fut 
grièvement  blessé  à  la  bataille  deRaucoux,  et  se 
trouva  à  celle  de  Laufeld  et  au  siège  de  Maës- 
tricht.  Il  obtint  le  bâton  de  maréchal  en  1757, 
et  mourut  sept  ans  après,  sans  laisser  de  posté- 
rité. J.  V. 

De  Courcelles,  Dict.  biogr.  des  Généraux  français.  — 
Pinard,  Chronol.  militaire,  tome  III,  p.  397. 

LATOUR-MAUBOURG  (  Marie-Charles-Cé- 
sar  Fay,  comte  de),  général  français,  né  le  22 
mai  1758,  mort  le  28  mai  1831.  Colonel  du  régi- 
ment de  Soissonnais  à  l'époque  de  la  révolution, 
il  fut  député  aux  états  généraux  par  la  noblesse 
du  Puy  en  Velay,quilui  donna  la  préférence  sur 
le  duc  de  PoHgnac.  Il  se  réunit  un  des  premiers 
au  tiers  état ,  et  renonça  aux  privilèges  de  la  ba- 
ronnie  qu'il  possédait  dans  le  Languedoc.  A  l'épo- 
que des  troubles  d'Avignon,  il  vota  pour  la  réu- 
nion du  comtat  à  la  t^rance.  En  1791  il  fut  un 
des  commissaires  chargés  de  ramener  le  roi  à 
Paris  lors  de  son  arrestation  à  Varennes.  Latour- 
Maubourg  accompagna,  en  qualité  de  maréchal 
de  camp ,  le  général  La  Fayette  à  l'armée  du 
centre,  où  il  eut  le  commandement  de  la  réserve 
des  grenadiers  et  des  chasseurs,  et  celui  de 
l'avant-garde  après  la  mort  du  général  Gouvion. 
Ayant  participé  à  la  résistance  du  général  La 
Fayette  contre  les  suites  de  la  journée  du  10  août, 
il  quitta  la  France  avec  lui,  et  partagea  sa  longue 
captivité.  Mis  en  liberté  en  1797,  Latour-Mau- 
bourg,  au  nom  de  ses  collègues,  adressa  au  géné- 
ral Bonaparte  une  lettre  dans  laquelle  il  l'assurait 
que  durant  leur  captivité  ils  avaient  été  consolés 
par  la  pensée  que  leur  liberté  était  attachée  au 
triomphe  de  la  république  et  à  la  gloire  person- 
nelle du  général.  Après  l'extradition  définitive,  il 
attendit  près  de  Hambourg,  dans  une  paisible  re- 
traite, qu'il  lui  fût  possible  de  rentrer  en  France. 
Rappelé  par  Bonaparte  après  le  18  brumaire, 
Latour-Maubourg  fut  élu,  en  1801,  membre  du 
corps  législatif  et,  en  1806,  membre  du  sénat 
conservateur.  On  lui  confia  aussi  le  commande- 
ment militaire  de  la  division  de  Cherbourg,  où  il 
s'occupa  utilement  des  travaux  du  port.  Il 
commandait  à  Caen  en  qualité  de  commissaire 
du  gouvernement  lorsque  la  déchéance  de  l'em- 
pereur fut  prononcée.  Il  envoya  son  adhésion.  Ne 
recevant  ensuite  aucun  ordre,  il  cessa  ses  fonc- 
tions; mais  le  comte  d'Artois  l'envoya  à  Mont- 
pellier pour  disposer  les  esprits  en  faveur  du  ré- 
tablissement de  la  dynastie  des  Bourbons.  Créé 
pair  par  Louis  XVIII,  il  défendit  avec  énergie 
les  principes  constitutionnels  pendant  la  session 


843 


LATOUR 


de  1814.  An  retour  de  Napoléon,  il  accepta  la 
pairie  dans  la  nouvelle  chambre.  Lorsqu'on  eut 
reçu  la  nouvelle  du  désastre  de  "Waterloo,  il  dé- 
fendit la  liberté  individuelle  contre  les  commis- 
sions de  haute  police,  et  attaqua  avec  force  le 
projet  de  loi  relatif  aux  mesures  de  sûreté  géné- 
rale ;  son  acceptation  de  la  pairie  durant  les  cent 
jours  le  fit  exclure  de  l'ancienne  chambre  des 
pairs  an  retour  de  Louis  XVIIL  Cependant  une 
ordonnance  du  5  mars  18t9  lui  rendit  la  dignité 
de  pair.  J.  V. 

Lardier,  Hist.  binqr.  de  la  Chambre  des  Pairs.  —  Ar- 
naalt,  Jay,  Joiiy  et  Norvins,  Biogr.  nouv.  des  Contemp. 

LATOCR-MACBOCBG  {Marie-  Victor  de  Fay, 
marquis  de),  générai  et  homme  politique  français, 
frère  du  précédent,  né  le  1 1  février  1766,  mort  en 
novembre  1850.  Capitaine  de  cavalerie  à  l'époque 
de  la  révolution,  il  entra  en  1789  dans  les  gardes 
du  corps  avec  le  grade  de  sous-lieutenant.  Dans  la 
nuit  du  6  au  7  octobre,  il  veillait  sur  les  jours  de 
la  reine.  Il  fut  un  des  trois  officiers  qui  reçurent 
Marie-Antoinette  au  moment  de  sa  fuite  et  qui 
la  conduisirent  auprès  du  roi.  Colonel  d'un  ré- 
giment de  chasseurs  à  cheval,  il  lit  la  campagne 
de  1792  dans  l'avant-garde  de  l'armée  com- 
mandée par  La  Fayette,  prit  part  aux  affaires  de 
Philippeville,  de  Griswel,  près  de  Maubeuge, 
et  sortit  de  France  avec  son  général  et  son  frère. 
Il  tomba  comme  eux  Mitre  les  mains  des  Autii- 
chiens;  mais  il  fut  mis  en  liberté  un  mois  après 
son  arrestation.  Il  passa  alors  en  pays  neutre, 
et  ne  quitta  sa  retraite  pour  se  présenter  au  quar- 
tier général  de  Bonaparte  qu'au  moment  où  l'on 
négociait  la  délivrance  des  prisonniers  d'Olmtitz. 
Aide  de  camp  du  général  Kleber  dans  l'expédi- 
tion d'Egypte ,  il  reçut  ensuite  le  commandement 
du  1T  régiment  de  chasseurs  à  cheval ,  à  la  tête 
duquel  il  fut  grièvement  blessé  en  défendant  la 
place  d'Alexandrie  contre  les  Anglais.  A  Austerlitz, 
l'empereur  le  nomma  général  de  brigade.  Il  fit 
les  campagnes  de  Prusse  et  de  Pologne,  fut 
blessé  à  Deypen,  et  obtint  le  grade  de  général  de 
division.  Il  fut  atteint  de  nouvelles  blessures  à 
Friedland.  En  1808  il  commanda  en  Espagne  la 
cavalerie  de  l'armée  du  midi ,  fit  des  prodiges 
de  valeur  à  Cuença,  au  siège  de  Badajo?, ,  etc., 
et  gagna  par  sa  modération  et  son  intégrité  la 
confiance  même  des  Espagnols.  En  1812  il  passa 
à  la  grande  armée  du  Nord,  et  se  distingua  à  la 
bataille  de  Mojaïsk.  A  la  bataille  de  la  Moskowa 
il  eut  la  tête  fendue  d'un  coup  de  sabre  en  me- 
nant les  cuirassiers  à.  l'assaut  de  la  grande  re- 
doute de  Borodino.  A  Smolensk,  lors  de  la  re- 
traite de  Moscou ,  il  ne  se  trouvait  plus  que  dix 
huit  cents  cavaliers  montés;  Napoléon  en  donna 
le  commandement  à  Làtour-Maubourg.  A  Leipzig 
il  eut  une  jambe  emportée.  Apercevant  son 
domestique  qui  pleurait,  il  le  consola  par  ces 
paroles  :  «  De  quoi  te  plains-tu?  tu  n'auras  plus 
qu'une  botte  à  cirer.  »  Napoléon  l'avait  créé 
comte  de  l'empire.  En  1814  Latour-Maubourg 
tlojtitjt»  Rijn  adhésion  k  U  déchéance  de  l'empe- 


reur. Appelé  par  le  comte  d'Artois  dans  le  sein 
d'une  commission  chargée  de  l'organisation  de 
l'armée ,  il  fut  nommé  par  Louis  XVIIl  membre 
de  la  chambre  des  pairs,  le  4  juin  1814.  Pendant 
les  Cent  Jours  il  se  tint  à  l'écart.  En  1817  le  roi 
le  créa  marquis.  Latour-Maubourg  était  ambassa- 
deur à  la  cour  d'Angleterre,  lorsqu'il  fut  chargé  du 
portefeuillede  la  guerre,  le  19novembre  1819.  Il 
resta  à  la  têtedece  ministère  jusqu'au  14  décembre 
1821.  Sous  son  administration,  des  troubles  gra- 
ves eurent  lieu  à  Paris,  au  mois  de  juin  1820,  et 
furent  réprimés  d'une  manière  sanglante.  Le 
vote  de  la  loi  sur  les  élections  par  deux  sortes 
de  collèges  avait  excité  la  population  ;  les  dépu- 
tés étaient  salués  des  cris  de  Vive  le  roi!  d'un 
côté,  de  Vive  la  charte!  de  l'autre.  Des  rixes 
s'ensuivirent.  On  fitvenir  des  régiments  de  garde 
royale  à  Paris;  un  jeune  homme  fut  tué  sur  la 
place  du  Carrousel.  Quelques  jours  après ,  des 
cuirassiers  sabrèrent  des  groupes  dans  ta  rue 
Saint- Denis,  et  tuèrent  plusieurs  personnes. 
L'ordre  fut  rétabli.  Les  députés  de  l'opposition 
réclamèrent  à  la  tribune.  La  loi  n'en  fut  pas 
moins  adoptée.  Nommé  gouverneur  des  Invalides 
en  1822,  il  donna  sa  démission  après  la  révolu- 
tion de  Juillet,  et  quitta  la  chambre  des  pairs.  11 
se  retira  d'abord  dans  ses  propriétés  près  de 
Melun,  puis  il  rejoignit  les  Bourbons  de  la  bran- 
che aînée  dans  l'exil.  En  1835  il  avait  été  nommé 
gouverneur  du  duc  de  Bordeaux.  L.  L— t. 

Lardier,  Hist.  biogr.  de  la  Chambre  des  Pairs  —  Ar- 
naiilt,  Jay,  Jouy  et  Norvins,  Biographie  nouv.  des  Con- 
temp.  —  Chateaubriand,  !Uém.  d'Outre  Tombe, 

LATOUR-MAUBOURG  [Charles  de  Fav, 
comte  de),  général  français,  frère  des  précédents, 
mort  en  février  1846,  à  Paris.  Il  émigra  avec  son 
frère  en  1792,  et  fut  rappelé  en  1800.  Pendant 
l'émigration  il  épousa  la  fille  aînée  du  général  La 
Fayette.  Il  ne  prit  du  service  qu'en  1813,  pour 
repousser  l'invasion  étrangère.  Sous  la  restaura- 
tion, il  fut  fait  chevalier  de  Saint-Louis  et  lieu- 
tenant des  gardes  du  corps.  J.  V. 

Moniteur, %ù  février  1846. 

LATOUR-MAUBOURG     {JllSt-  PonS  -FlOVi- 

mond  DE  Fav,  marquis  de),  diplomate  français, 
fils  aîné  du  comte  César  de  Latour-Maubourg, 
né  le  9  octobre  1781,  mort  à  Rome,  le  24  mai 
1837.  Le  18  brumaire  lui  ouvrit  la  carrière  di- 
plomatique, et  il  débuta  en  Danemark  sous  d'A- 
guesseau.  Ason  retour,  l'empereur  l'admitcomme 
auditeur  an  conseil  d'État;  il  fut  ensuite  attaché 
au  ministère  des  relations  extérieures,  et  se  rendit 
en  1806,  en  qualité  de  second  secrétaire,  auprès 
du  comte  Sebastiani,  ambassadeur  à  Coustan- 
tinople,  où  il  résida  jusqu'en  1812  commechargé 
d'affaires.  Lors  de  la  révolution  qui  renversa  le 
grand-vizir  Mustapha  -  Baïraktar,  le  marquis 
de  Latour-Maubourg  s'empressa  d'ouvrir  son 
hôtel  à  tous  les  étrangers  pour  les  mettre  à 
l'abri  des  mouvements  séditieux.  Rentré  en 
France,  il  futnommé,  en  1813,  ministre  plénipo- 
tentiaire près  la  cour  de  Wurtemberg.  Les  événe- 
ments le  ramenèrent  en  France,  et,  se  trouvant 


S^i: 


LAÏOUR 


846 


f.ans  emploi,  il  fit  la  campagne  de  1814  à  l'armée 
fntnme  volontaire.  Après  la  restauration,  le  duc 
(le  Richelieu  l'envoya  en  qualité  de  chargé  d'af- 
faires à  Hanovre,  où  il  résida  en  1816  comme 
ministre  plénipotentiaire  de  Louis  XVIJI.  An 
mois  de  mars  1819  il  fut  appelé  à  l'ambassade  de 
Saxe.  En  1 S23  il  obtint  l'ambassade  de  Cons- 
tantinople.  Les  conditions  qu'il  fit  au  divan  ne 
furent  point  admises,  et  il  rapporta  ses  lettres 
de  créances  intactes.  Une  disgiâce  s'ensuivit,  et 
il  se  relira  dans  ses  terres.  Ambassadeur  près  du 
roi  desDeux-Sicilesen  1830,  il  fut  chargé,  l'année 
suivante,  de  l'ambassade  de  Rome,  poste  qu'il 
occupait  encore  à  sa  mort.  En  1831,  il  entra  à  la 
chambre  des  pairs  par  droit  d'hérédité.  J.  V. 

Ph.  de  Ségur,  Éloge  funèbre  du  marquis  de  Latour- 
Maubourg,  lu  à  la  chambre  des  pairs,  le  31  janvier  1838. 

^  LATOUR-MAUBOURG  [Rodolphe  DE  Fay, 
vicomte  de),  général  français,  second  fils  du 
compagnon  d'infortune  de  La  Fayette,  né  le  8  oc- 
tobre 1787,  à  Paris,  entra  au  service,  en  1806, 
avec  le  giade  de  sous-lieutenant,  se  distingua  à 
léna,  fit  la  campagne  de  Pologne,  et  fut  en- 
voyé en  Espagne  comme  aide  de  camp  du  gé- 
néral Caffarelli.  Son  général  ayant  été  atteint 
d'un  coup  de  féu  à  la  tête,  il  s'élança  seul  vers 
lui ,  le  chargea  sur  ses  épaules,  et  l'enleva  sous 
le  feu  de  l'ennemi.  Il  fut  décoré  à  Leira.  La 
restauration  le  fit  colonel,  puis  maréchal  de 
lamp;  Louis-Philippe  le  nomma  lieutenant 
général  le  31  décembre  1835,  pair  de  France 
le  19  avril  1845,  et  président  du  comité  de  la  ca- 
valerie. L'âge  l'a  fait  passer  dans  la  section  de 
réserve  en  1852.  J.  V. 

Arnault,  Jay,  Jony  et  Norvins,  Biogr.  nouv.  des  Con- 
temp.  —  Encyclop.  des  Gens  du  Monde. 

LATOUiî-'^SAîiBOSJRG  {Armand- Charles- 
Septime  dkFay,  comte  de),  diplomate  français, 
fi'ère  du  précédent,  né  à  Passy,  le  2  thermidor 
anix(22  juillet  1801), mortà  Marseille,  le  18  avril 
1845.  Comme  son  frère  aîné,  il  embrassa  la  car- 
rièrediploraatique.  A  l'âge  de  vingt-et-un  ans  il  fut 
attachéà  l'ambassade  de  Constantinople.  Il  y  suivit 
son  frère,  mais  il  y  resta  peu.  A  son  retour  en 
1823,  il  enti'adans  les  bureaux  du  ministère  des 
affaires  étrangères.  En  1 826  il  fut  envoyé  comme 
second  secrétaire  de  légation  à  Lisbonne ,  et  en 
1829  comme  premier  secrétaire  chargé  d'af- 
affaires  au  Hanovre.  Le  3  août  1830,  en  appre- 
nant les  ordonnances  de  Juillet,  il  envoya  sa  dé- 
mission au  prince  de  Polignac.  Nommé,  le  22  oc- 
tobre 1830,  secrétaire  d'ambassade  et  chargé 
d'affaires  à  Vienne,  il  ouvrit  les  relations  du 
nouveau  gouvernement  de  la  France  avec  l'Au- 
triclie.  En  1832  il  était  envoyé  extraordinaire 
et  ministre  plénipotentiaire  à  Bruxelles.  Son 
premier  acte  dans  ce  poste  fut  la  signature 
du  traité  qui  consacrait  l'affranchissement  de 
la  Belgique  et  le  démembrement  de  l'ancien 
royaume  des  Pays-pas.  A  la  fin  de  183.6  le 
comte  de  Latour-Maubourg  fut  envoyé  en 
qualité  d'ambassadeur  en  Espagne.  Il  s'y  trou- 
vait à  ÎVIpoqwo  d«  l'ijts'irreçtion  de  la  Gran|a« 


Après  la  mort  de  son  frère ,  il  le  remplaça 
à  l'ambassade  de  Rome.  Il  sut  s'y  maintenir 
dans  des  voies  de  sagesse  et  de  modération.  Le 
20  juillet  1841,  le  rq\  le  nomma  pair  de  France. 
En  1845,  l'altération  de  sa  santé  força  le  comte 
de  Latour-Manbourg  à  prendre  un  congé,  et  il 
mourut  en  débarquant  en  France.  J.  V. 

Comte  Dani,  Discours  prononcé  à  la  chambre  des 
pairs,  le  29  mai  184S,  à  l'occasion  du  décès  de  M.  le 
comte  Septime  de  Latorir-  Manbonrg . 

*  LATOUR-MAUBorRG  (César- Florimond, 
marquis  de  ),  homme  politique  français,  né  vers 
1820,  ancien  officier  de  hussards  démissionnaire 
à  la  révolution  de  Février,  a  été  élu  député  au 
corps  législatif  par  le  département  de  la  Haute- 
Loire  en  1852,  et  réélu  comme  candidat  du  gou- 
vernement en  1857.  J.  V. 

Moniteur,  1852-1857. 

LATOUR-FOissAC  (  P  liilïppe-Françoïs  de), 
général  français,  né  le  11  juillet  1750,  mort  en 
février  1804,  près  Poissy.  D'une  famille  noble,  il 
entra  dans  le  corps  royal  du  génie,  servit  comme 
capitaine  dans  la  guerre  d'Amérique,  et,  s'étant 
montré  favorable  aux  principes  de  la  révolution, 
fut  employé  à  l'armée  du  nord,  avec  laquelle  il 
assista  au  siège  de  Namur  et  à  la  bataille  de 
Jemmapes.  Promu  en  1793  général  de  brigade, 
il  fut  bientôt  arrêté  comme  suspect,  et  resta  en 
prison  jusqu'à  la  chute  de  Robespierre.  Sous  le 
Directoire,  il  devint  général  de  division,  et  préféra 
à  l'ambassade  de  Suède  un  commandement  dans 
l'armée  de  Paris.  Envoyé  ensuite  en  Italie,  il 
eut  occasion  de  s'y  distinguer;  en  1799,  lors 
de  la  retraite  de  Scherer,  il  fut  chargé  de  dé- 
fendre Mantoue,  place  importante  qui  se  trou- 
vait approvisionnée  pour  longtemps.  Les  Autri- 
chiens, sous  les  ordres  du  général  Kray,  ne 
tardèrent  pas  à  l'as-siéger.  On  s'attenJait  à  une 
longue  et  opiniâtre  résistance  ;  mais  on  apprit 
bientôt  que  Mantoue  avait  capitulé  (  27  juillet 
1799),  que  d'après  les  conditions  stipulées,  les 
soldats  seraient  échangés  et  que  le  générât  et 
son  état-major  seraient  conduits  prisonniers  en 
Autriche.  L'indignation  fut  très-vive  en  France 
contre  Latour-Foissac ,  qui  à  son  retour  s'em- 
pressa de  publier  un  mémoire  justificatif;  il  allait 
comparaître  devant  un  conseil  de  guerre  convo- 
qué par  le  ministre  Bernadotte  pour  juger  sa 
conduite ,  lorsque  le  coup  d'État  du  18  brumaire 
éclata.  Bonaparte  mit  alors  brusquement  fin  à 
cette  affaire  en  décidant,  par  un  arrêté  consu- 
laire, que  ce  général  serait  destitué  desongrade 
et  qu'il  lui  était  interdit  à  l'avenir  de  porter  au- 
cun uniforme  militaire  (1).  Latour-Foissac   se 

(1)  En  parlant  de  cette  mesure  ,  Napoléon  s'exprimait 
ainsi  à  Sainte-Hélène  :  «  C'était  un  acte  illégal,  tyran- 
nique  sans  doute;  mais  c'était  un  mal  nécessaire,  c'était 
la  faute  des  lois.  11  était  cent  fois,  mille  fols  coupable,  et 
pourtant  il  était  dout-eux  que  nous  l'eussions  fait  con- 
damner. Nous  le  frappânïes  donc  avec  l'arine  de  l'hon- 
neur et  de  l'opinion;  mais,  je  le  repète,  c'était  ?/n  acte 
tyrannique,  un  de  ces  coups  de  boutoir  nécessaires 
parfois  au  milieu  des  grandes  nations  et  dans  les  grande;; 
niriBoîiGtnnciSS.  »  {Mém.oiral  de- Sainte-~£(élèn« ,  U  U\i} 


847 


LATOUR  —  LA  TOURRETTE 


848 


retira  alors  à  Hacqueville,  dans  une  maison  de 
campagne  qu'il  possédait  aux  environs  de  Poissy, 
et  y  passa  les  dernières  années  de  sa  vie.  On  a 
de  lui  :  Examen  détaillé  de  l'importante 
question  de  l'utilité  des  places  fortes  et  re- 
tranchements; Strasbourg,  1789,  in-8°;  — 
Traité  théorico-pratique  et  élémentaire  de  la 
Guerre  des  Retranchements  ;  ibid.,  1790, 2  vol. 
in-g"  ;  —  Précis  ou  journal  historique  et  rai- 
sonné des  Opérations  militaires  et  adminis- 
tratives qui  ont  eu  lieu  dans  la  place  de 
Mantoue,  depuis  le  9  germinal  jusqu'au  10 
thermidor  de  Van  VII;  Paris,  1801,  in-4'*,  avec 
six  tableaux  et  deux  plans. 

Son  fils,  Henri- Armand ,  vicomte  de  Latour- 
FoissAC,  suivit  aussi  la  carrière  militaire.  Il  était 
aide-de-cainp  du  précédent  lors  du  siège  de 
Mantoue,  et  rentra  au  service  en  1805;  il  sur- 
monta les  obstacles  que  mettait  à  son  avancement 
la  disgrâce  de  sa  famille,  et  parvint,  dans  la  cam- 
pagne de  France ,  au  grade  de  général  de  bri- 
gade. Après  la  restauration ,  il  se  dévoua  au  gou- 
vernement des  Bourbons,  et  fut  nommé  lieute- 
nant général.  P.  Louisy. 

Mémorial  de  Sainte-Hélène,  III.  —  Arnault,  Jouy  et 
de  Norvins,  Biogr.  nouv.  des  Contemp.  —  Le  Bas,  Dict. 
hist.  de  la  France.  ,_». 

LA  TOUKAiLLE  [Christophe,  comte  de), 
littérateur  tançais,  né  vers  1730,  à  Augan,  près 
Ploërmel.  Gentilhomme  du  prince  de  Condé, 
il  est  connu  par  quelques  opuscules  littéraires, 
écrits  d'un  style  qui  ne  manque  pas  de  finesse 
et  de  gaieté.  Il  faisait  partie  des  académies  de 
Nancy  et  de  Dijon.  Nous  citerons  de  lui  :  Lettre 
à  Voltaire  sur  les  opéras  philosophi- comi- 
ques ;  Paris,  1769,  in-12  :  où  l'on  trouve  la  cri- 
tique de  Lucile ,  comédie;  —  Apologie  des 
Arts,  ou  lettres  à  Duclos;  Paris,  1772,  in-8°; 
—  Nouveau  Recueil  de  Gatté  et  de  Philoso- 
phie ;  Paris,  1785,  in-12;  l'auteur  en  donna  une 
nouvelle  édition,  considérablement  augmentée 
«  avec  des  notes  intéressantes  et  moins  timides 
depuis  la  liberté  de  la  presse  »  ;  1790,  2  vol.  ;  et 
il  signa  «  un  gentilhomme,  s'il  en  reste,  retiré 
du  monde;  »  —  Les  trois  Exemples  de  l'Im- 
portance des  Choix  en  politique,  en  amour  et 
en  amitié,  par  M.  de  La  j***  ;  Paris,  1787, 
in-12  ;  —  Le  Songe-creux,  ou  le  génie  créa- 
teur des  mensonges;  Paris,  1789,  in-12.     K. 

Miorcec  de  Kerdanet, jÉcriu.  de  la  Bretagne,  386.  — 
Desessaris,  Siècles  Litt.,  VI. 

1,4  TonRNEïiiE  (Etienne  Le  Royer  de), 
jurisconsulte  et  littérateur  français,  né  le  20  jan- 
vier 1730,  à  Mantilly,  près  Domfront,  ville  on  il 
est  mort,  le  27  décembre  1812.  Sa  famille  avait 
compté  plusieurs  hommes  de  robe,  et  lui-même 
consacra  la  plus  grande  partie  de  sa  vie  à  la  ju- 
risprudence. Après  avoir  pratiqué  le  barreau  à 
Rouen  pendant  une  dizained'années,  il  futpourvu 
des  charges  d'avocat  et  de  procureur  du  roi  au 
bailliage  de  Domfront.  Après  la  révolution,  dont  il 
adopta  les  principes,  il  siégea  comme  juge  au  tri- 
bunal de  cette  ville  ainsi  qu'à  celui  d'Alençon.  Ses 


principaux  travaux  sont  relatifs  au  droit  nor- 
mand, sur  lequel  il  publia  :  Traité  des  Fiefs,  à 
l'usage  de  la  province  de  Normandie  ;  Paris, 
1763,  in-12,  plusieurs  fois  réimprimé;  il  ajouta 
un  Traité  des  Droits  honorifiques  à  l'édition  de 
Rouen,  1773; —  Nouveau  Commentaire  por- 
tatif de  la  Coutume  de  Normandie  ;  Rouen, 
1769,2  vol.  in-12;  3*  édition.,  1784;  —  et  le 
propectus,  qu'il  dédia  en  1787  à  l'assemblée  pro- 
vinciale de  la  généralité  d'Alençon,  d'une  Bi- 
bliothèque dît  Droit  normand  ;\ai  révolution 
empêcha  l'auteur  de  faire  paraître  cet  important 
travail,  fruit  de  vingt  ans  de  recherdies,  etc., 
qui  devait  embrasser  les  matières  civiles ,  béné- 
ficiales,  criminelles,  etc.  On  a  encore  de  lui  : 
Manuel  du  jeune  Républicain  ;  in-18;  —  His- 
toire de  Domfront;  Vire,  1806,  in-12.  Dans 
les  productions  de  La  Tournerie  qui  n'ont  pas  vu 
le  jour,  il  y  avait  une  suite  au  roman  de  Dulau- 
rens ,  Le  Compère  Mathieu.  K. 

Quérard,  La  France  Litt. 

L4  TOURRETTE  {Jacqucs-Annibal  Claret 
de  Fleurieu  de),  littérateur  français,  né  le  12  ou 
18  mai  1692,  à  Lyon, où  il  est  mort,  le  18  oc- 
tobre 1776.  Issu  d'une  des  anciennes  familles  des 
Lyonnais ,  11  remplit  les  charges  de  président  de 
la  cour  des  monnaies  et  de  prévôt  des  marchands 
dans  sa  ville  natale.  Il  est  auteur  d'un  grand 
nombre  d'ouvrages  en  prose  et  en  vers,  presque 
tous  restés  inédits  et  conservés  dans  les  archives 
de  l'Académie  de  Lyon.  P.  L— y. 

Archives  du  Rhône.  —  Les  Lyonnais  dignes  de  mé- 
moire, II. 

LA  TOCRRETTE  (  Marc  -  Antoine  -  Louts 
Claret  de  Fleurieu  de),  littérateur  français, 
fils  du  précédent,  né  en  août  1729,  à  Lyon,  où  il 
est  mort  en  1793.  Élevé  chez  les  jésuites  àLyon, 
puis  au  collège  d'Harcourt  à  Paris ,  il  fut  aussi 
prévôt  des  marchands,  et  se  démit  des  fonctions 
judiciaires  qu'il  occupa  avec  honneur  pendant 
vin^ns ,  pour  s'adonner  exclusivement  à  son 
golit  pour  l'histoire  naturelle.  Ses  études  l'avaient 
d'abord  porté  vers  la  zoologie  et  la  minéralogie; 
mais  ce  fut  à  la  botanique  qu'il  s'attacha  particu- 
lièrement. Dès  1763  il  avait  rassemblé  des  col- 
lections nombreuses  d'insectes  et  de  minéraux 
tirés  des  provinces  du  Lyonnais,  de  l'Auvergne 
et  du  Dauphiné,  et,  à  part  un  herbier  très-riche, 
il  cultivait  dans  son  jardin  plus  de  trois  mille 
espèces  de  plantes  rares  et  avait  tenté  d'accli- 
mater, aux  environs  de  l'Arbresle ,  un  grand 
nombre  d'arbres  et  arbustes  exotiques.  En  outre 
il  avait  hérité  de  son  père  et  considérablement 
augmenté  une  des  plus  curieuses  bibliothèques 
qu'il  y  eût  à  Lyon  pour  le  choix  des  matières  et 
la  beauté  des  reliures.  Pendant  quelque  temps 
La  Tourrette  voyagea  en  Italie  et  en  Sicile ,  et  se 
rendit  à  la  Grande-Chartreuse  en  compagnie  de 
J.-J.  Rousseau,  son  ami,  afin  d'herboriser  dans  le 
pays.  «  Que  n'êtes-vons  des  nôtres!  écrivait  ce 
dernier  à  Du  Péron?  vous  trouveriez  dans  notre 
guide,  M.  de  La  Tourrette,  un  botaniste  aussi 


843 


LA  TOURREÏTE  —  LATREILLE 


850 


savant  qu'aimable,  qui  vous  ferait  aimer  toutes 
les  sciences  qu'il  cultive,  »  La  Tourrette  entrete- 
nait un  fréquent  commerce  de  lettres  avec  de 
célèbres  naturalistes,  tels  que  Linné,  Haller, 
Adanson  et  Jussieu.  11  fut  un  des  secrétaires 
perpétuels  de  l'ancienne  Académie  de  Lyon.  Ses 
principaux  ouvrages  sont  :  Démonstrations 
élémentaires  de  Botanique,  à  l'usage  de  VÉ- 
cole  vétérinaire  de  Lyon  (anonyme);  Lyon, 
1766,  1773,  2  vol.  in-8°;  cet  ouvrage,  rédigé  en 
collaboration  avec  l'abbé  Rozier,  a  eu  plusieurs 
éditions;  la  troisième  et  la  quatrième,  publiées 
par  Filibert,  ont  l'une  3  vol.,  1789,  et  l'autre 
4  vol.,  1794,  et  deux  atlas  de  planches;  c'est  à 
tort  que  Haller,  en  faisant  l'analyse  des  Démons- 
trations, en  a  attribué  la  paternité  à  Rozier 
seul  ;  —  Voyage  au  mon  t  Pilât  dans  la  pro- 
vince du  Z^onwoJs  ;  Avignon,  1770,  in-8o;dans 
la  deuxième  partie,  entièrement  consacrée  à  la 
botanique,  il  a  indiqué  beaucoup  de  plantes  rares 
et  même  une  espèce  nouvelle ,  l'alisma  pâmas- 
sifolia;  —  Chloris  Liigdunensis ;  Lyon,  1785, 
in-8°  :  qui  renferme  k  description  d^un  grand 
nombre  de  mousses  et  de  champignons  dont  les 
botanistes  et  Linné  lui-même  croyaient  nos  pro- 
vinces méridionales  à  peu  près  dépourvues  ;  — 
Conjectures  sur  l'Origine  des  Belemnites,  in- 
sérées dans  le  Dictionnaire  des  Fossiles  de 
Bertrand  ;  —  Mémoires  sur  les  Monstres  vé- 
gétaux ;  dans  \e  Journal  Économique  de  juillet 
1761; —  Mémoire  sur  l'Helminthocorton,  ou 
mousse  de  Corse,  dans  le  Journal  de  Phijsique  ; 
—  et  plusieurs  Éloges  de  ses  collègues  à  l'Aca- 
démie de  Lyon.  P.  L— y. 

Archives  du  Rhône,  IV.  —  Chaudon  et  Delandine, 
Dict.  Hist.,  XVII.  —  Clerjon  et  Morin,  Hist.  de  Lyon, 
VI,  323.  —  Les  Lyonnais  dignes  de  mémoire,  II. 

LA  TOURRETTE  (Churles-Pierre  Claret 
DE  Fleorieo  de),  frère  du  précédent.  Voy.  Fleu- 

RIEU. 

LA  TOURRETTE  (  Marie-Juste-Antoine  de 
La  Rivoire,  marquis  de),  homme  politique 
français,  né  le  2  mars  1751,  à  Touruon,  où  il  est 
mort,  le  24  janvier  1819.  Appartenante  une 
branche  de  la  famille  des  précédents ,  il  entra  au 
service  en  1766,  et  commandait  en  1778  le  ré- 
giment de  l'Ile  de  France.  A  l'époque  de  la  ré- 
volution, il  se  retira  à  Touruon,  y  fut  élu  maire 
(1790),  et  présida  l'administration  départemen- 
tale del'Ardèche  (1791);  sous  la  terreur,  il  fut 
détenu ,  comme  suspect ,  ainsi  que  plusieurs 
membres  de  sa  famille.  En  1800  il  accepta  l'em- 
ploi de  sous-préfet  dans  sa  ville  natale,  et  dirigea 
successivement ,  en  qualité  de  préfet ,  les  dépar- 
tements du  Tarn ,  du  Puy-de-Dôme  et  de  Gênes; 
à  la  suite  de  quelques  démêlés  avec  le  prince 
Borghèse,  gouverneur  général  du  Piémont,  il 
donna  sa  démisssion,  en  février  1809.  L'année 
précédente  il  avait  reçu  de  l'empereur  le  titre 
de  baron.  Sous  la  Restauration ,  il  fut  promu  au 
grade  de  maréchal  de  camp  (1817),  et  présida 
plusieurs  fois  le  collège  électoral  de  l'Ardèche. 


D'autres  membres  de  cette  famille  sont  égale- 
ment entrés  dans  la  vie  publique;  nous  cite- 
rons: le  fils  du  précédent,  Antoine-Marie-Juste- 
Louis,  né  en  1773,  qui  fit  deux  campagnes  à  l'ar- 
mée de  Condé.  prit  part  aux  dernières  guerres  de 
l'empire  en  qualité  de  chef  d'escadron  aux  gardes 
d'honneur,  et  fut  nommé  en  septembre  1815 
colonel  dans  la  garde  royale;  deux  frères  du 
précédent:  Marie-Jean- Antoine,  comte  de  La 
Tourrette-Pourtalès ,  né  en  1754,  qui  servit  à 
l'étranger  et  devint  lieutenant  général  ;  et  Marie- 
Joseph-Antoine- Louis ,  né  en  1762,  qui  entra 
dans  les  ordres,  et  fut  appelé,  en  1817,  à  l'évêché 
de  Valence;  ce  dernier  a  publié  en  1823  un  \o- 
\amed' Instructions  pour  régler  la  discipline 
ecclésiastique  de  son  diocèse.  Le  chef  actuel 
de  cette  famille  a  été  durant  le  dernier  règne 
préfet  du  Gers,  de  l'Hérault  et  de  la  Haute- 
Marne,  et  a  représenté,  de  1846  à  1848,  l'arron- 
dissement de  Tournon  à  la  chambre  des  dé- 
putés. P.  L— Y. 

Arnault,  Jouy  et  de  Norvins,  Biogr.  nouv.  des  Contemp. 
—  Biogr.  des  Députés,  1846. 

LATREILLE  (Pierre-André),  naturaliste 
français,  né  à  Brives,  le  29  novembre  1762,  mort 
à  Paris,  le  6  février  1833.  Abandonné  de  ses 
parents ,  il  dut  son  éducation  à  des  personnes 
étrangères  ;  un  officier  de  santé  de  sa  ville  natale 
prit  soin  de  lui,  et  un  négociant  lui  inspira  le 
goût  de  l'histoire  naturelle  en  lui  prêtant  des  li- 
vres qui  traitaient  de  cette  science.  Enfin  le  baron 
d'Espagnac,  gouverneur  de  l'hôtel  des  Invalides, 
le  fit  venir  à  Paris,  en  1778,  et  le  plaça  au  collège 
du  cardinal  Lemoine ,  où  Latreille  s'attira  l'a- 
mitié du  savant  Haiiy.  Après  la  mort  du  baron 
d'Espagnac,  Latreille  trouva  encore  quelque 
appui  dans  la  fam.ille  de  son  protecteur.  Il  em- 
brassa la  carrière  ecclésiastique,  et  fut  ordonné 
prêtre  en  1786.  Il  se  retira  alors  à  Brives,  et 
consacra  à  l'étude  des  insectes  tout  le  temps  que 
lui  laissaient  les  devoirs  de  sa  profession.  En 
1788  il  revint  à  Paris,  et  se  lia  avec  Fabricius , 
Olivier  et  Bosc  ;  à  la  même  époque  il  offrit  à 
Lamarck  quelques  plantes  rares  et  curieuses.  Un 
mémoire  sur  les  mutilles  de  France  révéla  La- 
treille comme  entomologiste.  La  révolu  tion  le  força 
à  quitter  la  capitale.  Arrêté  à  Brives  en  sa  qua- 
lité de  prêtre,  il  fut  dirigé  à  Bordeaux,  enfermé 
au  fort  du  Hà  et  condamné  à  la  déportation  avec 
soixante-treize  autres  proscrits.  La  découverte 
d'un  insecte,  qu'il  nomma  necrobia  ruficollis, 
devint  la  cause  de  sa  délivrance  en  lui  procurant 
la  connaissance  et  la  protection  de  Bory  de  Saint- 
Vincent  et  de  Dargelas,  naturalistes  de  Bordeaux. 
Le  jurisconsulte  Martignac ,  père  du  ministre  de 
ce  nom  sous  la  restauration ,  contribua  aussi  à 
lui  faire  rendre  la  liberté.  Latreille  reprit  ses 
études  avec  assiduité  et  persévérance,  et  en  1796 
il  publia  à  Brives  un  ouvrage  dans  lequel  il  établis- 
sait les  bases  de  la  science  entomologique.  Pros- 
crit de  nouveau  en  1797,  comme  émigré,  il  dut 
encore  son  salut  au  dévouement  de  ses  amis.  De 


851 


LATREÏLLE 


8;^2 


retour  à  Paris  l'année  suivante,  il  fut  nommé 
correspondant  de  l'Institut,  et  obtint  un  emploi 
an  Muséum  d'Histoire  naturelle,  où  il  fut  chargé 
(le  l'arrangement  méthodique  des  insectes.  En 
1814  il  succéda  à  son  ami  Olivier  à  l'Académie 
(les  Sciences.  Pendant  quelque  temps  il  avait 
professé  la  zoologie  à  l'école  vétérinaire  d'Alfort. 
A  la  mort  de  Lamarck,  en  1829,  on  confia  à  La- 
treille  une  des  deux  chaires  créées  par  le  dédou- 
blement de  celle  que  possédait  ce  savant.  «  On 
me  donne  du  pain  quand  je  n'ai  plus  de  dents  ■» , 
disait  alors  Latreille.  On  a  de  lui  :  Précis  des  Ca- 
ractères génériques  des  Insectes  disposés  dans 
un  ordre  naturel;  Brives,  1790,  in-8";  — 
Essai  sur  Vhistoire  des  Fourmis  de  la  France  ; 
Brives,  1798,in-12; — Histoire  naturelle  des 
Salamandres  de  France,  précédée  d'un  ta- 
bleau méthodique  des  autres  reptiles  indi- 
gènes; Paris,  1800,  in-8°  ;  — Histoire  natu- 
relle des  Singes ,  faisant  partie  de  celle  des 
quadrupèdes  de  Buffon ,  édition  de  Sonnini; 
Paris,  1801,  2  vol.  in-8°  ;  —  Histoire  naturelle 
des  Fourmis,  et  recueil  de  mémoires  et  d'ob- 
servations sur  les  Abeilles,  les  Araignées,  les 
Faucheurs  et  autres  insectes  ;  Paris,  1 802,  in-8°  ; 
—  Histoire  naturelle  des  Reptiles,  faisant  partie 
de  l'édition  de  Buffon  publiée  par  Castel  ;  Paris, 
1802,  1826,4  vol.  in-18;  —  Histoire  naturelle 
générale  et  particulière  des  Crustacés  et  in- 
sectes, faisant  partie  du  Buffon,  édition  de  Son- 
nini; Paris,  1802-1805,14  vol. in-8°;—  Tableaux 
méthodiques  des  Reptiles ,  des  Poissons,  des 
mollusques,  des  annélides,  des  crustacés,  des 
insectes  et  des  zoophytes;  dans  le  24^  volume  de 
la  F^  édition  du  Dictionnaire  d'Histoire  natu- 
relle deDéterville;  1804,  in-8"  ;  —  Gênera  Crus- 
taceorum  et  Insectorum,secundum  ordinem 
naluralem  in  famïlias  disposita,  etc.;  Paris, 
1806-1809,  4  vol.  in-8°  ;  —  Considérations  sur 
l'ordre  naturel  des  animaux  composant  les 
classes  des  Crustacés,  des  Arachnides  et  des 
Insectes  ;  Paris,  1810,  in-8°;  —  Description  des 
Insectes  de  l'Améi'ique  équinoxiale  recueillis 
pendant  le  voyage  de  MM.  de  Htimboldt  et 
Bonpland,  imprimé  dans  le  recueil  d'observa- 
tions de  zoologie  et  d'anatomie  comparée  du 
Voyage  de  M.  de  Humboldt;  1811,  tome  I;  — 
Centuries  de  Planches  de  l' Encyclopédie  mé- 
thodique. Crustacés,  Arachnides  ,  Insectes  ; 
Paris,  1818,  jn-4°;  —  Mémoires  sur  divers  su- 
jets de  l'Histoire  naturelle  des  Insectes,  de 
Géographie  ancienne  et  de  Chronologie;  sa- 
voir :  Du  premier  âge  du  monde  et  de  l'ac- 
cord des  théogonies  phénicienne,  chaldéenne 
et  égyptienne  avec  la  Genèse;  Dissertation 
sur  l'expédition  du  consul  Suétone  Paulin 
en  Afrique  et  sur  diverses  parties  de  la  géo- 
graphie ancienne  de  cette  contrée;  Observa- 
tions sur  l'origine  du  système  métrique  des 
peuples  anciens  les  plus  connus,  considéré 
dans  son  application  aux  distances  itinérai- 
res ;  Notice  sur  les  peuples  désignés  ancien' 


nement  sous  le  nom  de  Sères  ;  Éclaircisse- 
ments sur  la  Chronologie  égyptienne  ;  De 
l'Atlantide  de  Platon,  etc.,  Paris,  1819, 
in-8''; —  Passage  des  animaux  invertébrés 
aux  vertébrés;  Paris,  1820,  in-8";  —  De  la 
formation  des  Ailes  des  Insectes  et  de  l'or- 
ganisation extérieure  de  ces  animaux  com- 
parée en  divers  points  avec  celles  des  crus- 
tacés et  des  arachnides  ;  Paris,  1820,  in-S";  — 
Recherches  sur  les  Zodiaques  égyptiens  ; 
Paris,  1 821,  in-8"; —  histoire  naturelle  et 
Iconographie  des  Insectes  coléoptères  d'Europe 
(avec  le  comte  Dejean);  Paris,  1822,  in-8'>;  — 
Esquisse  d'une  distribution  générale  dit  règne 
animal;  Paris,  1824,  in-8°;  —  Recherches 
géographiques  sur  l'Afrique  centrale,  d'aprè'i 
les  écrits  d'Édrisi  et  de  Léon  l'Africain,  com- 
parées avec  les  relations  modernes;  Paris, 
1824,  in-S";  —  Familles  naturelles  du  régne 
animal  exposées  succinctement  et  dans  un 
ordre  analytique,  avec  l'indication  de  leurs 
genres ;Vàv\?,,  1825,  in-8''; —  Cours  d'Ento- 
mologie, ou  de  Vhistoire  naturelle  des  crus- 
tacés, des  arachnides,  des  myriapodes  et  des 
i«sec(fes  ;  Paris,  1831,  in-8'^.  Latreille  a  travaillé 
au  Règne  animal  du  baron  Cuvier,  dont  il  a 
donné  une  nouvelle  édition  en  1829,  5  vol.  in-8°; 
les  tomes  IV  et  V,  qui  traitent  des  crustacés,  des 
arachnides  et  des  insectes,  sont  de  Latreille.  Il  a 
donné  dans  les  Actes  ou  Mémoires  de  la  So- 
ciété d'Histoire  Naturelle  de  Paris  :  Mutilles 
découvertes  en  France  (tomel,  1792);  —  Mé- 
moire sur  les  Araignées  mineuses  (1799);  — 
dans  le  Magasin  encyclopédique  :  Observations 
sur  la  variété  des  Organes  de  la  Bouche  des 
Tiques  (  1795,  tome  IV);  —  Mémoire  sur  la 
Phalène  caliciforme  de  l'éclairé  (ibid.  );  — 
Description  du  Kermès  mâle  de  l'orme  (1796, 
tome  II  )  ;  —  Observations  sur  les  Organes  de 
la  Génération  de  l'Iule  aplati  (ibid.);  —  Mé- 
moire sur  le  genre  Diopsis  de  Linné  (1797, 
tome  VI);  —  Description  d'une  nouvelle  es- 
pèce de  Typhie{M(i.)  ;  —  Découverte  de  Nids 
de  Termes  (ibid.);  —  Observation  sur  les 
Mœurs  et  l'Indtistrie  d'une  petite  espèce  d'A- 
beille (1799,  tome  IV); —  Observation  sur 
les  Organes  respiratoires  des  Cloportes  {[Sib, 
tome  I  )  ;  —  Description  de  certains  crabes 
de  la  Méditerranée  (  1816,  tome  I)  ;  —  dans  le 
Bulletin  de  la  Société  Philomatique  :  Mémoire 
sur  les  Salamandres  de  France  présenté  à 
l'Institut  (1797,  tome  1);  — Mémoire  pour 
servir  de  suite  à  l'histoire  des  Insectes  con- 
nus sous  le  nom  de  Faucheurs  (1798,  tome  I); 
—  Mémoire  sur  une  nouvelle  espèce  de 
Psylle  ou  Kermès  (ibid.  )  ;  —  Observation  sur 
la  Raphidie  ophiopsis  (tomel,  1799);  —  Des- 
cription d'une  nouvelle  espèce  d'Araignée 
(ibid.); —  Observation  sur  l'Abeille  tapis- 
sière de  Réaumur  {  1799,  tome  II);  —  Mé- 
moire sur  un  Insecte  qui  nourrit  les  petits 
d'û.beillea  domestiques  i\h\d>)i  "^  Geacript/mt 


853 


LATREITXI':  — 


de  la  Fourmi  fongueuse  de  Fa  bric  i  us  (ibid.); 

—  Surtinenouvelleespèced'  lchneu}non(\\}\{\.)\ 

—  Description  d'un  nouveau  genre  d'insecie 
sous  le  nom  de  Péleclne  (ibid.  );  —  Descrip- 
tion a'une  nouvelle  espèce  de  Fourmi,  formica 
coarctata  ()802,  tome  III);  —  Mémoire  sur 
une  nouvelle  distribution  méthodique  des  Arai- 
gnées (ibid.);  — Observation  sur  quelques 
Guêpes  qui  qvoiqu'à  peu  près  semblables 
produisent  des  nids  tout  à  fait  différents 
(1803,  tome  Ilf)  ;  —  dans  les  Rapports  des  Tra- 
vaux de  la  Société  Philomatique  :  Observa- 
tions sxir  Vhistoire  Naturelle  de  la  Fuce 
(1798,  tome  II);  —  Mémoire  sur  la  Vrilk'l(e 
striée  (J800,  tome IV);  —  dans  les  Annales 
du  Muséum,  d'Histoire  Naturelle:  Observa- 
tions iur  quelques  Guêpes  (  1802,  tome  I);  — 
Description  d'une  Larve  et  d'une  espèce  iné- 
dite dît,  genre  des  Cassides  (ibid.)  ;  —  Obser- 
vations sur  l'Abeille  pariétine  de  Fabricius  , 
et  considérations  sur  le  genre  auquel  elle  se 
rapporte  (1804,  tome  !II  )  ;  —  Des  Langoustes 
du  Muséum  d'Histoire  naturelle  (ibid.);  — 
Mémoire  sur  wi  Gâteau  de  Ruche  d'une 
Abeille  des  grandes  Indes  et  sur  les  diffé- 
rç.nces  des  abeilles  proprement  dites  ou  vi- 
vant en  grandes  sociétés  de  l'ancien  continent 
et  du  nouveau  (  1814,  tome  IV  )  ;  —  Notice  des 
espèces  d'Abeilles  vivant  en  grande  société 
et  formant  des  cellules  hexagones,  ou  des 
abeilles  proprement  dites  (1804,  tome  V);  — 
Notice  biograpfiiqiie  sur  Jean-Cfirétien  Fa- 
bricius (\?.08,  tome  XI); —  Mémoire  sur  le 
genre  Anthidie,  Anthidiv.m ,  de  Fabricius 
(1809,  tome  XIIÎ);  —  Nouvelles  observations 
sur  la  manière  dont  plusieurs  insectes  de 
l'ordre  des  Hyménoptères  pourvoient  à  la 
subsistancede  leur  postérité  (1809,  tome  XIV); 

—  Mémoire  sur  un  insecte  que  les  anciens 
réputaient  venimeux,  et  qu'ils  nommaient 
Bupreste  (1812,  tome  XIX);  —  dans  les  Mé- 
moires du  Muséum  d'Histoire  Naturelle  :  In- 
troduction à  la  Géographie  générale  des 
Arachnides  et  des  Insectes,  ou  des  climats 
propres  à  ces  animaux  {\M7,  tome  III);  — 
Considérations  nouvelles  et  générales  sur  les 
insectes  vivant  en  société  (ibid.);  —  Des  in- 
sectes peints  ou  sculptés  sur  les  monuments 
antiques  de  l'Egypte  (1819,tome  V);—  Rap- 
port sur  deux  ouvrages  manuscrits  de  M.  Sa- 
vigny  présentés  à  V Académie  des  Sciences 
(1820,  tome  VI);  —  Des  rapports  généraux 
de  V  Organisation  extérieure  des  animaux  in- 
vertébrés articulés,  et  comparaisoti  des  an- 
nélides  avec  les  myriapodes  (1820,  tome  VI)  ; 

—  De  quelques  Appendices  particuliers  du 
thorax  de  divers  insectes  (l?,2i,  tomeVri);  — 
Affinités  des  Trilobites  (ibid.)  ;  —  De  l'Organe 
musical  des  Criquets  et  des  Truxalles,  et  sa 
comparaison  avec  celui  des  mâles  des  ci- 
gales (tome  VIII,  1822);  —  Éclaircissements 
i'vlatf/»  à  l'opinion   de  M.  Huber  fils,  sur 


LA  TRIMOUILLE  854 

l'origine  et  l'issue  extérieure  de  la  Cire 
(ibid.);  —  Observations  nouvelles  sur  l'Or- 
ganisation exlérie^ire  et  générale  des  ani- 
maux articulés  et  à  pieds  articulés,  et  ap- 
plication de  ces  connaissances  à  la  nomen- 
clature des  principales  parties  des  mêmes 
animaux  (ibid.);  —  Des  habitudes  de  l'A- 
raignée aviculaire  de  Linné  (  ibid.);  —  De 
l'origine  et  progrès  de  l'Entomologie  (ibid.); 
—  Notice  sur  un  Insecte  nyménoptère  de  la 
famille  des  diploptères ,  comm  dans  quel- 
ques parties  du  Brésil  et  du  Paraguay  sous 
le  nom  de  Lecheguuna,  et  récoltant  le  miel 
(  tome  XI,  1 824  ).  Latreille  a  en  onti-c  Conrni  des 
articles  d'entomologie  k  la  preinière  éditioi  du 
Dictionnaire  d'Histoire  Naturelle  de  Péter- 
ville  ;  tous  les  articles  de  crustacés,  d'arachnides 
et  d'insectes  dans  le  Nouveau  Dictionnaire 
classique  d' Histoire  Naturelle;  Paris,  18iG  et 
suiv.;  des  articles  de  la  partie  entomologiqiie 
dans  \' Encyclopédie  Méthodique,  enfin  divers 
articles  premier  volumedu  Dictionnaire  clas- 
sique d'Histoire  Naturelle  ;  Paris,  1822.  J.  V. 

A.-.I.-L.  .lourdan,  dans  !a  Biogr.  Médicale.  —  Henrion, 
Annuaire  Biogr.  —  Quéiard,  £(/,  France  Liltcraire. 

LA  TRIMOCILLE  OU  LA  trémoîlle,  an- 
cienne famille  française,  qui  tire  son  nom  de  la 
terre  de  La  Trimouille  en  Poitou,  et  dont  les  pre- 
miers auteurs  remontent  au  règne  de  Philippe- 
Auguste.  Plusieurs  lia  Trimouille  figurent  dans 
les  rangs  des  croisés,  et  leurs  descendants  pri- 
rent une  part  glorieuse  à  l'expulsion  des  Anglais 
hors  du  territoire  de  France.  Toutefois  l'illustra- 
tion de  cette  famille  date  surtout  du  quinzième 
siècle. 

Les  principaux  membres  de  cette  famille 
sont  : 

LA  TRIMOUILLE  (1)  (Georges  de),  pre- 
mier ministre  ou  favo-ri  du  roi  de  France  Char- 
les VII,  né  vers  1385,  mort  le  6  mai  1446  (2). 
Il  était  fils  de  Marie  de  Sully  et  de  Guy  VI  de 
la  Trimouille,  favori  de  Phihppe  le  Hardi,  duc 
de  Bourgogne.  Grâce  à  la  puissante  protection 
de  ce  prince,  Guy  fonda  l'immense  fortune  de 
sa  famille.  Il  devint  porte-oriflamme  de  France, 
et  fut  marié  à  la  veuve  d'un  prince  du  sang. 
En  1407  Georges  de  la  Trimouille  était  premier 
chambellan  de  Jean  Sans  Peur,  duc  de  Bourgo- 
gne, avec  500  francs  de  pension.  H  remplissait 
encore  cette  charge  en  1410  et  1417.  Il  prit  part, 
le  23  septembre  1408,  à  la  grande  bataille  livrée 
aux  Liégeois  près  de  Tongres  par  le  duc  de  Bour- 
gogne. L'amitié  du  duc  lui  valut,  quelques  années 


(1)  Lieu  ou  seigneurie  située  en  Poitou ,  aujourd'hui 
chef-lieu  de  canton,  arrondissement  de  Montmorillnn 
(Vienne).  En  latin  'l'remulia;  en  français  Trimoille, 
TrémoUle  et  Trimouille  ;  cette  dernière  forme  à  pr-é- 
valn. 

(2)  Voici  la  liste  de  ses  titres  :  comte  de  Guynes,  de 
Boulogne  et  d'Auvergne,  comte ,  baron  et  seigneur  de 
Suily,  de  Craon,  de  la  Trimouille,  de  .S;iintc-Herminc,  de 
l'île  Bouchard,  etc.,  ctcj 


855 


LA  TRIMOUILLE 


856 


plus  tard,  la  charge  de  grand-maître  et  réforma- 
teur des  eaux  et  forêts  de  France.  Georges  en 
fut  investi  le  18  mai  1413.  A  cette  époque  La 
Trimouille  était  un  des  familiers  du  duc  de 
Guyenne,  gendre  du  prince  bourguignon.  Il  était 
aussi  le  complaisant  et  le  compagnon  de  débau- 
clies  de  ce  jeune  dauphin.  Un  revirement  poli- 
tique fit  perdre  à  Georges  sa  charge  de  grand- 
maître,  le  17  août  de  la  même  année  1413.  En 
1415  Georges  combattit  à  la  journée  d'Azin- 
court,  où  il  fut  fait  prisonnier.  Mais  il  ne  tarda 
pas,  moyennant  rançon ,  à  retourner  librement 
dans  son  château  de  Sully,  situé  sur  les  bords 
de  la  Loire,  sa  résidence  habituelle. 

Le  16  novembre  1416,  Georges  de  la  Tri- 
mouille s'allia,  comme  l'avait  fait  son  père ,  à 
une  princesse  du  sang  royal.  Il  épousa  Jeanne, 
comtesse  de  Boulogne  et  d'Auvergne,  veuve  de 
Jean,  duc  de  Berry.  Les  deux  époux  se  firent , 
par  leur  contrat  de  mariage,  donation  réciproque 
de  tous  leurs  biens.  La  Trimouille  devint  ainsi 
comte  de  Boulogne  et  d'Auvergne.  Mais,  par  suite 
des  mauvais  traitements  de  Georges  envers  la 
comtesse,  la  division  ne  tarda  pas  à  éclater  entre 
les  époux.  Le  12  octobre  14 18  la  princesse  Jeanne, 
autorisée  par  acte  spécial  du  roi,  institua  pour 
son  héritière  Marie  d'Auvergne,  sa  cousine.  Le 
duc  de  Bourgogne,  qui  avait  conçu  de  l'inimitié 
contre  Georges,  refusa  de  lui  délivre!'  le  comté 
de  Boulogne,  mouvant  de  ce  duc  à  raison  du 
comté  d'Artois.  Bref,  la  possession  des  comtés 
de  Boulogne  et  d'Auvergne  demeura  litigieuse 
pour  La  Trimouille  jusqu'en  1445  (i).  En  1417 
et  1418,  Georges  de  La  Trimouille  était  un  des 
familiers  qui  hantaient  la  cour  galante  de  la  reine 
Isabeau  de  Bavière.  En  mai  1418  il  servait  de 
médiateur,  envoyé  par  la  reine,  aux  conférences 
de  la  Tombe ,  entre  le  dauphin  et  îe  duc  de 
Bourgogne.  Bientôt  eurent  lieu  l'invasion  des 
Bourguignons  à  Paris  et  le  massacre  des  Arma- 
gnacs. Parmi  les  membres  de  ce  dernier  parti 
spécialement  désignés  aux  colères  bourgui- 
gnonnes se  trouvait  Gouge  de  Charpaignes  (2), 
évêque  de  Clermontet  chancelier  du  dauphin  : 
il  parvint  à  s'enfuir  de  Paris.  La  Trimouille  pré- 
tendait avoir  à  se  plaindre  de  ce  prélat,  qui  avait 
eu  part  à  l'administration  des  biens  de  Jean,  duc 
de  Berry.  Au  moment  où  l'évêque  approchait 
d'Orléans,  pour  se  rendre  auprès  du  dauphin, 
il  fut  arrêté  par  les  gens  de  la  Trimouille.  Sur 
le  refus  de  Georges  de  rendre  le  prélat ,  le  dau- 
phin vint  lui-même  faire  (  de  septembre  à  no- 
vembre 1418  )  le  siège  du  château  de  Sully. 
Obligé  de  compter  avec  les  forces  royales ,  il 
capitula,  rendit  le  prisonnier,  et  se  déclara  en  fa- 
veur des  Armagnacs ,  ce  qui  ne  l'empêchait  pas 
d'entretenir  des  relations  avec  le  duc  de  Bour- 

(1)  Ce  litige  finit  par  une  transaction.  Louise,  fille 
de  Georges  de  La  Trlraonille,  et  cessionnaire  des  droits 
ou  prétentions  de  son  père,  épousa  Bertrand  de  La  Tour, 
héritier  de  Marte   et  de  Jeanne, 

(2)  Foy.  ce  nom. 


gogne ,  dont  il  était  le  vassal.  En  1424  il  se  rap- 
procha plus  ouvertement  du  roi  de  France  :  La 
Trimouille  était  alors  un  des  grands  seigneurs  du 
royaume.  Il  possédait  en  Artois,  en  Bourgogne,  en 
Champagne,  en  Auvergne,  en  Touraine,  en  Poi- 
tou, des  terres  et  domaines  considérables.  11  y  joi- 
gnait le  produit  d'un  véritable  brigandage  orga- 
nisé contre  ses  sujets ,  ses  voisins ,  ou  les  mar- 
chands et  passagers.  En  1424  il  avança  au  roi 
Charles  VII,  alors  fort  obéré,  des  sommes  assez 
considérables ,  et  reçut  en  échange  de  nouvelles 
terres  engagées  à  titre  de  nantissement. 

Georges  de  La  Trimouille  s'était  s'entremis 
pour  réconcilier  le  roi  de  France  avec  Philippe 
le  Bon.  Dans  une  de  ses  allées  et  venues,  il  fut, 
le  29  juillet  1426  ,  pris  à  La  Charité  par  des 
Anglo  -  Bourguignons,  rançonné  au  prix  de 
14,000  écus  d'or,  et  reçut  du  roi  à  cette  occa- 
sion de  nouvelles  libéralités.  A  cette  époque  le 
sire  de  Giac  occupait  le  premier  rang  parmi  les 
gouverneurs  ou  favoris  du  roi.  La  Trimouille 
eut,  en  présence  du  prince,  une  querelle  avec 
le  sire  de  Giac,  et  se  retira  momentanément  de 
la  cour,  avec  le  projet  de  se  venger  du  favori. 
De  concert  avec  le  connétable  de  Richemont,  il 
retourna  auprès  du  roi  et  de  Giac  à  Issoudun 
au  mois  de  janvier  1427.  Giac  (1)  fut  pris  et  noyé. 

Georges  de  La  Trimouille  avait  perdu  sa 
femme,  Jeanne  d'Auvergne,  vers  1423.  Le 
2  juillet  1427  (2),  il  épousa  Catherine  de  l'Ile 
Bouchard,  veuve  en  premières  noces  du  comte 
de  Tonnerre  et  en  secondes  noces  de  ce  même 
Pierre  de  Giac  :  Catherine  était  ime  des  grandes 
héritières  de  la  Touraine  et  du  royaume. 
Georges  de  La  Trimouille  fut  bientôt  après 
nommé  grand-ciiambellan  de  France,  lieutenant 
général  du  roi  en  Bourgogne  et  gouverneur 
d'Auxerre.  L'année  suivante  (  1428  ),  au  lieu  de 
faire  face  à  l'ennemi  étranger,  il  s'occupa  de 
guerroyer  contre  le  connétable.  Il  s'allia,  dans 
ce  dessein,  avec  le  comte  de  Foix  et  le  duc 
d'Alençon.  Au  mois  de  septembre  1428,  les  An- 
glais pénétrèrent  en  Touraine,  et  se  dirigèrent 
vers  Orléans.  Le  château  de  Sully  fut  pris  par 
les  Anglais.  Mais  La  Trimouille  avait  su  se  mé- 
nager avec  eux  des  intelligences.  Jean  de  La 
Trimouille  ,  seigneur  de  Jonvelle  et  frère  de 
Georges,  était  au  service  de  Philippe  le  Bon, 
duc  de  Bourgogne  :  il  y  servait  d'intermédiaire 
entre  Georges  et  les  Anglais.  Jean  fut  nommé  ca- 
pitaine de  Sully,  et  conserva  intact  le  domaine  de 
son  frère.  Aussi,  d'après  le  témoignage  d'un 
chroniqueur  contemporain,  «  le  siège  d'Or- 
léans durant ,  ceux  de  Sully  (  c'est-à-dire  les 
gens  ou  sujets  du  premier  ministre  Georges  de 
La  Trimouille  )  avitailloient  les  Anglois  de  ce 
qui  leur  estoit  possible  (3)  ». 


(1)  .i^oy.  ce  nom. 

(2)  Et  non  en  1425,  comme  l'ont  dit  tous  les  généa- 
logistes. La  Trimouille  tua  Giac  précisément  pour 
épouser  sa  veuve,  et  de  concert  avec  celle-ci. 

(3)  Berry  dans  Godefroy,  p.  376. 


857 


LA  TRIMOUILLE 


858 


La  Pucelle  vint  trouver  le  roi  à  Chinon,  le 
0  mars  1429.  L'arrivée  de  cette  étrange  libéra- 
trice, les  signes  merveilleax  qu'elle  donnait  de 
sa  mission  apportaient  aux  calculs  et  aux  vues 
de  La  Trimouille  un  trouble  non  moins  grave 
qu'imprévu.  Aussi  la  Pucelle  dès  le  début  ne 
lut-elle  accueillie  du  premier  ministre  et  du 
roi  qu'avec  beaucoup  de  répugnance.  Le  plan 
politique  de  La  Trimouille,  pour  dénouer  les  dif- 
iicultés  de  la  situation,  se  bornait  à  deux  points  : 
1°  obtenir,  par  voie  de  négociation,  la  paix  avec 
le  duc  de  Bourgogne  ;  2"  opposer  aux  Anglais-, 
pour  les  vaincre  et  les  expulser,  des  troupes 
étrangères. 

En  avril  1429,  un  mois  après  l'arrivée  de  la 
Pucelle,  La  Trimouille  envoya  au  roi  d'Aragon 
des  ambassadeurs  pour  lui  demander  une  armée 
d'auxiliaires.  Alphonse  le  Sage,  roi  d'Aragon, 
répondit  à  Charles  VII  que  lui-même  était  en- 
gagé dans  une  expédition  qui  ne  lui  permet- 
tait pas  de  déférer  en  temps  opportun  à  la  de- 
mande du  roi  de  France.  Là  Trimouille  s'allia 
dès  lors  avec  Gilles  de  Rais  (  8  avril  1429  )  et 
d'autres  barons  du  royaume.  Il  subit  enfin  l'au- 
torité de  la  Pucelle,  mais  contraint  et  forcé.  Aussi 
dans  toutes  les  circonstances  où  il  pouvait  lui  sus- 
citer des  obstacles  et  contre-carrer  les  desseins 
de  l'héroïne ,  il  y  employait  tous  ses  efforts  et 
toute  son  activité.  Le  maréchal  de  La  Fayette 
lui  était  suspect ,  parce  que  ce  dernier  avait 
servi  le  roi  contre  les  intérêts  de  La  Trimouille 
en  Auvergne.  Le  maréchal  fut  éloigné  de  la 
cour  (1).  La  Trimouille  fit  subir  le  même  sort 
au  connétable,  qui  vint  à  genoux  supplier  le  fa- 
vori pour  obtenir  la  permission  de  servir  avec 
la  Pucelle.  Le  duc  d'Alençon  lui-même  fut 
écarté.  La  Trimouille,  après  le  sacre,  ne  souffrit 
pas  qu'il  se  joignît  à  la  Pucelle  pour  combattre 
les  Anglais  en  Normandie.  Sur  la  route  du  sa- 
cre, il  arriva  devant  Auxerre  avec  la  Pucelle  et 
l'armée.  Jeanne  voulut  commencer  l'assaut  de 
cette  place  ennemie.  Mais  La  Trimouille,  gou- 
verneur d'Auxerre,  reçut  une  forte  somme  d'ar- 
gent, et  la  place  fut  respectée.  Au  mois  de  sep- 
tembre 1429,  la  Pucelle,  après  avoir  fait  sa- 
crer Charles  VII  à  Reims,  entraîna  le  roi  jusque 
sous  les  murs  de  Paris.  Elle  voulut  frapper  un 
coup  décisif,  et  vint  mettre  le  siège  devant  la 
porte  Saint-Honoré.  Le  succès  paraissait  cer- 
tain; mais  La  Trimouille,  en  ce  moment  négo- 
ciait avec  le  duc  de  Bourgogne  :  le  siège  de 
Paris  fut  levé.  L'héroïne  se  vit,  de  force, 
écartée  du  champ  de  bataille.  La  Trimouille  dé- 
campa, emmenant  avec  lui  Charles  VII,  son 
pupille  couronné ,  vers  les  cantonnements  de  la 
Loire. 

Au  mois  de  décembre  suivant,  La  Trimonille, 
par  lettres  patentes  délivrées  au  nom  du  roi, 
anoblit  la  Pucelle  et  sa  famille.  La  Pucelle  dé- 

(1)  Le  comte  de  Pardiac  (Bernard  d'Armagnac),  qui 
amenait  un  puissant  secours ,  reçut  ordre  de  rétro- 
grader. 


clina  pour  elle-même  une  faveur  dont  elle  n'a- 
vait pas  besoin  et  qui  ne  profita  qu'à  ses 
frères  (1). 

Le  roi  Charles  VII  était  à  Sully,  dans  le  châ- 
teau et  sous  la  main  de  La  Trimouille,  lorsque, 
sin-  la  fin  du  mois  de  mars  1430,  la  Pucelle  s'en- 
fuit de  cette  résidence.  Impatiente  de  reprendre 
la  vie  des  camps,  Jeanne  prit  la  résolution  de 
partir  et  d'échapper  aux  loisirs  où  elle  était 
retenue  comme  captive.  La  Trimouille  appela  de 
tous  ses  vœux  la  perte  de  l'héroïne.  Jeanne  fut 
prise  à  Compiègne ,  dont  La  Trimouille  était, 
nominalement  du  moins,  le  capitaine.  «  H  avoit 
envie  de  la  Pucelle,  et  fut  cause  de  sa  prise.  » 
Ainsi  s'exprime  un  chroniqueur  contemporain  et 
parfaitement  désintéressé  (2).  Après  de  tels 
antécédents,  La  Trimouille  se  garda  bien  de  tout 
effort,  de  toute  démarche  propre  à  sauver  la 
Pucelle,  qui  périt  sur  le  bûcher  des  Anglais,  le 
30  mai  1431.  Telle  fut  la  conduite  de  La  Tri- 
mouille à  cette  époque  mémorable  de  l'histoire 
de  France. 

Cependant,  le  gouvernement  de  ce  ministre, 
indépendamment  du  blâme  et  de  l'indignation  la 
plus  légitime ,  avait  suscité  contre  lui  de  grandes 
haines  individuelles  et  de  redoutables  hosti- 
htés.  Le  connétable  de  Richemont  fut  son  prin- 
cipal adversaire.  Plusieurs  tentatives  eurent 
Heu  successivement  à  Bourges  en  1427-1428,  en 
1430,  à  Chinon,  à  Sully,  à  Gien,  et  à  Sens,  pour 
enlever  La  Trimouille,  comme  il  avait  été  fait 
antérieurement  des  autres  favoris  du  roi.  Mais 
le  vigilant  ministre  réussit  à  déjouer  ces  piè- 
ges ou   entreprises   diverses.    Lui-même,   en 

1430,  dépêcha  vers  le  connétable  un  Picard 
avec  mission  d'assassiner  ce  prince  ;  mais  l'en- 
voyé ne  parvint  pas  à  consommer  ce  crime.  En 

1431,  La  Trimouille  s'empara  par  stratagème  de 
trois  conjurés  qui  s'étaient  alliés  contre  lui, 
avec  le  connétable  :  ils  se  nommaient  Louis 
d'Amboise,  vicomte  deThouars,  André  de  Beau- 
mont,  chevalier,  seigneur  de  Lezay  et  Antoine 
de  Vivonne. 

Le  7  mai  1431,  La  Trimouille  se  fit  délivrer 
par  le  roi  des  lettres  de  rémission.  Dans  ce 
texte,  extrêmement  curieux,  que  renferme  le 
registre  original  du  trésor  des  Chartes,  La  Tri- 
mouille fait  une  sorte  de  confession  générale. 
Bien  qu'avec  des  circonstances  atténuantes,  il 
s'y  accuse  de  plusieurs  crimes  ou  meurtres  spé- 
cifiés, et  accomplis  par  ses  ordres  ;  il  y  com- 
prend implicitement  beaucoup  d'autres  actes  de 
concussion,  violences,  rapines,  etc.,  mais  sans 
entrer  dans  le  détail.  Les  lettres  se  terminent 
par  une  abolition  également  générale,  destinée  à 
garantir  l'impétrant  contre  toute  poursuite. 


(1)  I,a  Trimouille  lui-même  avait  été  fait  comte  de 
Sully  par  le  roi,  le  jour  du  sacre,  17  juillet  14î9  (Ms.  de 
la  bibliothèque  Sainte-Geneviève,  L.  fr.  2,  f»  57,  f,  Qui- 
cherat,  l'rocès,  etc.,  t.  v,  p.  129). 

(2)  Le  doyen  de  Saint-Thibaut  de  Metz,  Chroniques da 
Lorraine. 


859 


LA  TRIMOUIIXE 


860 


Le  lendeinaiii,  par  un  triple  arrêt  rendu  au 
même  lieu  de  Poitiers,  le  8  mai  1431,  A.  de  Vi- 
vonne,  Louis  d'Amboise  et  André  de  Beau- 
mont  furent  déclarés  coupables  de  lèse-ma- 
josté .  pour  conspiration  tramée  contre  La  Tri- 
mouille  et  autres  crimes.  Antoine  de  Vivonne 
et  André  de  Beaumont  eurent  la  tête  tranchée. 
Louis  d'Amboise  dut  la  conservation  de  ses 
jours  aux  liens  de  parenté  qui  le  rattachaient  à 
La  Trimouille  lui-même,  et  aux  plus  hautes  in- 
fluences. 

Le  9  novembre  1432,  Georges  de  La  Tri- 
mouille, grand-chambellan  de  France  à  mille 
réaux  ou  écus  d'or  par  mois,  occupait  toujours 
la  haute  position  dont  il  jouissait  depuis  environ 
cinq  années.  Cependant  sa  perte  était  décidée. 
Au  mois  de  juin  1433,  La  Trimouille  et  le  roi, 
qui  ne  s'éloignaient  pas  l'un  de  l'autre,  étaient 
l'un  et  l'autre  à  Chinon.  Au  point  du  jour,  P. 
de  Brezé,  Jean  de  Bueil,  Prégent  de  Coe- 
tivy,  etc.,  suivis  d'hommes  d'armes,  entrèrent 
dans  sa  chambre.  Georges  de  La  Trimouille  fut 
pris  et  conduit  au  château  de  Montrésor,  qui 
appartenait  à  Jean  de  Bueil,  son  neveu,  l'un  des 
«onjurés.  La  Trimouille  ne  sortit  de  prison 
qu'après  avoir  payé  une  rançon  de  six  mille 
écus  d'or  et  renoncé  à  s'approcher  désormais 
du  roi  et  de  la  cour.  Ce  coup  de  main  avait  été 
concerté  entre  Yolande  d'Aragon,  mère  de  la 
reine  et  le  connétable  de  Richemont.  La  chute 
de  La  Trimouille  fut  le  signal  ou  le  point  de 
départ  d'une  période  d'amélioration  très-sensible 
dans  le  gouvernement  et  dans  la  situation  des 
intérêts  publics  de  la  France.  Le  roi  à  partir 
de  cette  époque  commença  de  secouer  cette 
torpeur  fainéante  où  des  favoris  intéressés  l'a- 
vaient précédemment  retenu.  Des  avis  beaucoup 
plus  salutaires  prévalurent  désormais  au  sein  de 
ses  conseils.  Charles  VII  put  enfin,  non  sans 
honneur,  se  montrer  ce  qu'il  fut  dans  la  se- 
conde partie  de  sa  carrière. 

Georges  de  La  Trimouille,  bien  qu'éloigné  de 
la  cour  et  supplanté  par  de  nouveaux  ministres, 
sut  néanmoins  entretenir,  même  après  sa  dis- 
grâce, des  intelligences  auprès  du  roi.  11  con- 
tinua ainsi  d'exercer  sur  la  volonté  du  souverain 
une  certaine  influence.  Le  roi  lui  conserva,  dit- 
on,  les  appointements  de  ses  charges  de  coar. 
Par  lettres  du  26  septembre  1435,  Charles  VII 
lui  fit  don  de  toutes  les  aides,  tailles,  impôts  et 
subsides  des  terres  que  Georges  et  sa  femme 
possédaient  dans  diverses  parties  du  royaume.  Au 
mois  d'avril  1436,  Georges  logeait  en  son  châ- 
teau de  Sully  un  détachement  des  routiers  es- 
pagnols placés  sous  le  commandement  de  Ro- 
drigo de  Villa-Andrando.  Le  11  novembre  sui- 
vant, Charles  VII  lui  donna  la  somme  de  huit 
raille  écus  d'or  avec  la  capitainerie  de  Mon- 
tereau-faut- Yonne  et  de  Montargis,  à  la  condi- 
tion, pour  La  Trimouille,  de  reconquérir  dans 
le  délai  de  trois  mois  ces  deux  places  sur  les 
Anglais. 


Georges  de  La  Trimouille  depuis  sa  disgrâce 
se  tenait  à  l'état  de  guerre  ouverte  et  perpétuelle, 
ou  d'hostilité  constituée,  dans  ses  terres  et 
châteaux  du  Poitou,  contre  le  connétable  et  contre 
l'autorité  royale.  Vers  les  derniersjours  de  l'année 
de  1439,  Louis  dauphin,  depuis  Louis  XI,  fut 
envoyé  en  Poitou,  et  la  praguerie  éclata  bien- 
tôt ,  sous  la  bannière  de  ce  prince.  Georges  de 
La  Trimouille  s'empressa  de  prendre  part  à  la 
révolte,  et  s'allia  au  prince  avec  cent  hommes 
d'armes.  Il  fut  compris  dans  le  généreux  et  ha- 
bile pardon,  par  lequel  Charles  VII  sut  ter- 
miner cette  insurrection  redoutable.  Georges, 
encore  une  fois  impuni,  se  retira  dans  sa  de- 
meure, où  il  vécut  assez  obscurément  le  reste 
de  ses  jours.  En  1445,  Louis  de  Giac,  fils  de 
Pierre  de  Giac,  exécuté  en  1426,  et  de  Jeanne 
de  Naillac,  dirigeait  des  poursuites  criminelles 
contre  Georges  de  La  Trimouille.  Louis  de 
Giac  lui  demandait  compte  du  meurtre  de  son 
père  et  de  la  spoliation  dont  il  avait  été  vic- 
time (1).  Le  4  mars  1446,  Georges  de  La  Tri- 
mouille fit  une  dernière  apparition  à  la  cour. 
11  assista  comme  témoin  à  l'hommage  que 
François  P"",  duc  de  Bretagne,  vint  prêter  au 
roi  de  France ,  en  son  château  de  Chinon. 
Georges  de  La  Trimouille  mourut  deux  mois 
après,  et  fut  inhumé  dans  la  chapelle  de  son 
manoir  de  Sully.         Vallet  de  Viriville. 

archives  et  manuscrits.  Cabinet  des  titres,  dossier  ia 
Trimouille.  Direction  générale  des  Arclilves  :  J  366  n"»  1 
â  3.  J  79,  JJ  177,  f  139  et  S.  JJ  178,  f°  13.  i'I'  118,  t»^  14  i 
25  Z76o,  pièce  a"  i.  Inventaire  des  litres  de  Saint-Denis, 
tome  IV,  p  646.  Collection  de  dom  Fonlenau  ù  ia  bi|)lio- 
tiièque  publique  de  Poitiers,  tome  XXVI.  Archives  des 
Basses-Pyrénees  à  l'au,  E  439  ;  2887.  Manuscrits  de  la 
grande  bibliotliéque  rue  Richelieu  à  Paris  :  Ms.  du  roi 
9676,  2,2,  fo  95,  182,  Colbert,  vnl.  5,  l»  566.  Dupuy,  620, 
p.  102.  Brienne,  197,  p.  161.  Duchesne,  48,  passiin.  Du- 
chcsne,  80,  fo  46.  Gaignières,  896,  i,  f»  10.  Harlay,  n"  47, 
f°51,  et  s.  et  n°  601,  vol.  6.  Supplément  français,  292, 
p.  309.  Legrand,  t.  VI,  p.  106.  Fontette,  portefeuille  34, 
n°  82. 

Imprimés.—Saiate-MaTthe,  Histoii'e  généalogiqiie,etc., 
de  la  Maison  de  La  Trimouille  (  abrégé  ),  1668,  in-12. 

—  Anselme ,  Histoire  généalogique  des  Grands-Offi- 
ciers de  la  Couronne.  —  D'Auvigny  ,  Hommes  illus- 
tres, etc.;  1739,  in-12,  tome  1,  p.  217  a  264.  —  Cour- 
celles   Histoire  des  Pairs  de  France;  1824,  in*°,  1. 111, 

—  Art  de  vérifier  tes  dates  tcomté  d'Auvergnel.  —  Table 
de.i  mss.  de  D.  Fontenau;  1839,  ln-8°,  pages  318  à  348.  — 
Quicheriit,  Procès  de  la  Pucelle  et  Nouveaux  aper- 
çus, etc.;  1841-1830,  6vol. in-S».  —  Godefroy,  Charles  VI 
"et  Charles  Fil;  less  et  1661 ,  2  vol.  in-fol.  —  Chro- 
nique de  Jean  Chartier,  etc.;  1858,  3  vol.  in-l6.  —  Chro- 
nique de  la  Pîicelle ;  i8&9,  ia-lS.  —  Charles  filet  ses 
Conseillers  ;  1859,  in-S".  —  Monstrelet,  Bourdignc,  etc.  — 
D.  Morice,  Histoire  de  Bretagne.  —  D.  Plaiicber,  His- 
toire de  Bourgogne.  —  Massiou,  Histoire  de  Saintonge; 
1838,  in-8=',  t.  Il,  p.  278.  —  Barante,  Ducs  de  Bourgo- 
gne. —  Bélisaire  Ledain,  Histore  de  Barthenay,  1359, 
in-8''. 

LA  TRIMOUILLE  (LouiS  H  DE),  vicomte  DE 

Thouap.s  et  prince  deTalmont,  né  le  20  sep- 
tembre 1460,  tué  à  la  bataille  de  Pavie,  le  24  fé- 
vrier 1525.  Fils  de  Louis  de  La  Trimouille  et  de 


(1)  Ces  poursuites,  après  la  mort  de  Georges,  furent 
continuées  contre  sa  veuve,  Catherine  de  l'Ile  Bouchard, 
iiui  avait  été  complice  des  crimes  justement  reprochés 
à  La  Trimouille. 


861 

Marguerite  d'Anihoise,  il  fut  placé  à  l'Age  de 
vingt-sept  ans,  parrinlliience  d'Anne  de  Beaujeu, 
à  la  (été  de  l'armée  que  le  roi  Charles  VIII  en- 
voyait combattre  le  duc  de  Bretagne.  En  1488, 
La  Trémoille  gagna  la  bataille  de  Saint-Aubin- 
du-Cormier,  où  le  duc  d'Orléans  et  le  prince 
d'Orange  furent  faits  prisonniers.  A  la  fin  d'un 
j'epas,  il  fit  exécuter  tous  les  partisans  des  deux 
princes  que  la  victoire  avait  fait  tomber  entre 
ses  mains.  Il  revint  en  Bretagne  en  1491,  et  mit 
le  siège  devant  Rennes ,  ce  qui  fit  hâter  la  con- 


clusion du  mariage  de  la  princesse  Anne  avec  le 
roi  Charles  VIII  et  amena  la  réunion  de  la  Bre- 
tagne à  la  France.  Bientôt  les  guerres  d'Italie  ou- 
vrirent une  nouvelle  carrière  à  son  activité.  En 
1495  il  conduisit  à  travers  l'Apennin  l'armée 
française,  soutenant  par  son  exemple  et  ses  pa- 
roles le  courage  des  pionniers  et  des  soldats,  qui 
franchirent  avec  l'artillerie  des  obstacles  jugés 
insurmontables.  «  Lui-même,  dit  Bouchet,  ses 
vêtements  laissés,  fors  chausses  et  pourpoint,  se 
mit  à  pousser  aux  cliarroys,  et  à  porter  gros 
bouletz  de  fer  en  si  grand  labeur  et  diligence  qu'à 
son  exemple  la  plupart  de  ceulz  de  l'armée, 
raesment  les  Alemans,  de  son  grant  et  bon  vouloir 
esbaiz,  se  rengèrent  à  cette  œuvre,  et  par  ce 
moyen  fut  toute  l'artillerie  passée  par  les  mon- 
tagnes et  vallées.  »  Vainqueur  à  Fornoue,  Louis 
de  La  Trimouille  fut  nommé  à  son  retour  en 
France  lieutenant  général  du  Poitou ,  de  l'An- 
goumois,  de  l'Aunis,  de  l'Anjou  et  des  marches 
de  Bretagne.  A  son  avènement  au  trône,  LousXII 
oublia  que  La  Trimouille  l'avait  fait  prisonnier  à 
la  bataille  de  Saint-Aubin,  et  déclara  que  le  roi 
de  France  ne  vengerait  pas  les  querelles  du  duc 
d'Orléans.  La  Trimouille  reprit  le  commande- 
ment des  armées,  et  en  1500,  dans  la  nouvelle 
campagne  qui  s'ouvrit  en  Italie,  il  conquit  le 
Milanez  et  s'empara  du  duc  Louis  Sforza  et  de 
son  frère,  que  les  Suisses  ne  défendirent  pas.  Le 
gouvernement  de  Bourgogne  et  le  grade  d'a- 
miral de  Guienne  puis  de  Bretagne  furent  sa  ré- 
compense. En  1503  La  Trimouille  fut  chargé 
d'envahir  le  royaume  de  Naples  et  d'en  chasser 
les  Espagnols,  que  commandait  Gonsalve  de 
Cordoue  :  forcé  d'abord  d'aller  près  de  Rome  pour 
essayer  de  favoriser  l'élection  du  cardinal  d'Am- 
boise  à  la  papauté ,  il  perdit  un  temps  précieux. 
L'habileté  du  général  espagnol  et  la  discipline  de 
son  armée  l'emportèrent  sur  le  brillant  courage 
des  gens  d'armes  français,  et  La  Trimouille  étant 
tombé  malade  dut  revenir  en  France.  En  1509, 
il  fit  des  prodiges  de  valeur  à  la  bataille  d'A- 
gnadel,  sous  les  yeux  de  Louis  XII.  Surpris  et 
battu  par  les  Suisses  à  Novare  en  1513,  La  Tri- 
mouille prit  aussitôt  sa  revanche,  et  par  l'Iiabileté 
de  ses  dispositions  il  parvint  à  délivrer  la 
Bourgogne.  Deux  ans  après  il  combattit  auprès 
de  François  P''  à  Marignan  ;  mais  il  eut  la  dou- 
leur d'y  peidre  un  fils  de  grande  espérance, 
le  prince  de  Talmont,qui  tomba  criblé  de  soixante- 
deux  blessures.  11  défendit  encore  avec  succès 


LA  TRIMOUILLE  862 

la  Picardie  contre  les  armées  combinées  de  l'em- 
pire et  de  l'Angleterre;  enfin  il  fut  frappé  d'une 
balle  au  cœur  à  la  bataille  de  Pavie. 

Louis  de  La  Trimouille  fut  non-seulement  un 
guerrier  brave ,  mais  encore  un  négociateur  ha- 
bile, un  administrateur  intègre.  On  l'appela  de 
son  temps  le  chevalier  sans  reproche,  et  il  mé^ 
rita  oe  surnom  glorieux.  11  avait  épousé,  en  1485, 
Gabrielle  de  Bourbon,  lille  de  Louis  de  Bourbon, 
comte  de  Montpensier,  princesse  du  plus  noble 
caractère  et  de  l'esprit  le  plus  distingué,  qui  a 
laissé  plusieurs  ouvrages  de  piété.        J.  V. 

Jean  B  luchet,  Le  Panégyrie  du  (  /levalier  sans  Repro- 
che. —  (Juin,  de  Jaligny,  Hisc.  de  plusieurs  choses  mé- 
morables sous  Charles  f-lll  —  Jean  d  Auton,  fJist.  de 
Louis  XIL  —  Doin  Lobineaii  el  Mdrice,  Uist.  de  Bre- 
tagne. —  Sismonili,  Hist.  des  Français,  tomes  XV  et  XVI, 


et  Htst.  des  Hépubl.  italiennes,  tome  XIV. 

1.4  THiMOtTi  LLE  (  François  II  de  ),  petit-fils 
de  Louis  II,  épousa,  le  25  janvier  1525,  Anne  de 
Laval,  fille  de  Gui  XVI,  comte  de  Laval,  et  de 
Chariotte  d'Aragon,  princesse  de  Tarente,  la- 
quelle était  fille  de  Frédéric,  roi  de  Naples. 
C'est  de  ce  mariage  que  dérivaient  les  préten- 
tions de  la  maison  de  La  Trimouille  sur  le  royaume 
de  Naples,  prétentions  qu'elle  crut  devoir  rap- 
peler dans  des  protestations  à  la  suite  des  traités 
de  Munster,  de  Nimègue,  deRyswick,d'Utrecht, 
de  Bade  et  d'Aix-la-Chapelle  (1).  J.  V. 

p.  Anselme.  Hist.  chron.et  généal.  de  la  Naison  de 
France,  des  Pairs,  etc. 

LA  TRIMOUILLE  (  Claude  duc  de  ) ,  général 
français,  né  en  1566,mortle  25  octobre  1604.  Fils 
de  Louis  III  de  La  Trimouille  et  de  Jeanne  de 
Montmorency,  il  devint  capitaine  de  cent  hommes 
d'armes  des  ordonnances.  Il  servit  d'abord  contre 
les  protestants  sous  les  ordres  du  duc  de  Mont- 
pensiei-  ;  mais  en  t5S5  il  changea  de  parti,  et  con- 
duisit un  corps  de  troupes  au  secours  de  Henri 
de  Condé  qui  faisait  le  siège  de  Brouage.  La  Tri- 
mouille accompagna  Condé,  qui  était  devenu  son 
beau  frère,  dans  son  expédition  d'Angers;  il  fut 
chargé  de  commander  la  retraite  jusqu'à  Beau- 
fort,  et  se  sauva  avec  le  prince  à  Guernesey.  Il 
le  suivit  dans  toutes  ses  entreprises,  et  en  1586 
il  eut  un  cheval  tué  sous  lui  dans  une  expédition 
après  laquelle  il  assiégea  et  prit  Talmont.  A  Cou- 
tras  il  commanda  un  corps  de  cavalerie  l^ère.  En 
1588  il  éprouva  un  échec  à  Vouvans,  dont  il  ne 


(1)  La  descendance  de  François  de  La  Trimouille  et 
d'Anne  de  Laval  se  divisa  en  trois  branches  ;  Louis  111,  son 
fils  aine,  forma  celle  de  Thouars.  Créé  duc  de  Thouars  en 
1463,  il  joignit  constamment,  ainsi  que  ses  descendants. 
le  titre  de  duc  au  nom  de  sa  famille,  et  se  nomma  comme 
eux  duc  de  La  Trimouille.tette  branche  prit  aussi  les  noms 
de  princes  de  Talmont  et  de  Tarente,  le  premier  comme 
héritiers  de  la  maison  d'Aniboise,  le  second  pour  indiquer 
leurs  droits  à  la  couronne  de  Naples.  Georges  de  La  tri- 
mouille, quatrième  fils  de  François,  fut  la  souche  des 
marquis  de  Rohan  et  comtesd'Olonneqni  s'éteignirent  en 
1708  Enfin,  Claude,  cinquième  fils  de  François,  fonda  la 
branche  des  barons  de  Noirmoutier,  dont  la  baronnie  fut 
érigée  en  marquisat,  et  en  1650  en  duché-pairie.  La  prin- 
cesse des  Ursins,  si  connue  par  le  rôle  qu'elle  joua  à  la 
cour  de  Philippe  V,  était  fille  de  Louis,  premier  duc  de 
Noirmoutier.  Cette  branche  s'éteignit  en  1733. 


863 


LA  TRIMOUILLE 


864 


pnts'emparer.  A  la  mortde  Condé,  il  s'attacha  au 
roi  de  iNavarre,  et  couvrit  l'atlaque  de  Marans 
du  côté  de  Niort  :  quelque  temps  après  il  rem- 
porta un  avantage  sur  les  ligueurs  près  de  Poi- 
tiers. Après  la  réconciliation  du  roi  de  Navarre 
et  du  roi  de  France,  La  Trimouille  aida  Chàtillon 
à  défendre  Tours  contre  Mayenne.  La  Trimouille 
revint  plus  tard  sous  les  murs  de  Paris  ;  mais 
après  l'assassinat  de  Henri  III,  il  quitta  Henri  IV, 
s'en  alla  en  Poitou,  et  y  enleva  quelques  places 
aux  Jigueurs.  L'année  suivante  il  rejoignit  le  roi 
avec  un  corps  de  troupes  nombreux,  assista  à  la 
prise  de  Meulan,  se  distingua  à  Ivry,  et  retourna 
dans  le  Poitou  après  la  retraite  du  duc  de  Parme. 
Il  défit  les  ligueurs  près  de  Montmorillon,  et  re- 
vint près  du  roi  pour  le  siège  de  Rouen.  Il  le 
quitta  encore  lorsque  les  Espagnols  furent  ren- 
trés dans  les  Pays-Bas.  En  1595  il  combattit  à 
Fontaine-Française,  et  Henri  IV  érigea  alors  son 
duché  de  Thouars  en  duché-pairie.  La  même 
année  La  Trimouille  prêta  le  serment  d'union  à 
l'assemblée  de  Saumur,  et  l'année  suivante  il  le 
renouvela  à  Loudun.  Il  n'hésita  pas  à  saisir  les 
deniers  royaux  pour  payer  les  garnisons  pro- 
testantes, et  son  exemple  fut  suivi  par  d'autres 
chefs.  En  1597  il  présida  l'assemblée  de  Châ- 
tellerault.  Il  fut  un  des  coramissaires  chargés 
de  traiter  avec  Schomberg  ;  mais  on  ne  put  s'en- 
tendre, et  La  Trimouille,  mécontent  de  la  mo- 
dération de  l'assemblée,  se  retira  dans  le  Poitou. 
Il  revint,  le  27  décembre,  sur  l'invitation  pres- 
sante des  députés  des  égUses;  le  6  mars  suivant 
il  retourna  dans  ses  terres,  après  avoir  re- 
poussé les  offres  brillantes  que  de  Thou  et 
Schomberg  lui  avaient  faites  de  la  part  du  roi. 
«  Quand  vous  me  donneriez  la  moitié  du  royaume, 
répondit  La  Trimouille,  refusant  à  ces  pauvres 
gens  qui  sont  à  la  salle  ce  qui  leur  est  néces- 
saire pour  servir  Dieu  librement  et  seurement, 
vous  n'auriez  rien  avancé  ;  mais  donnez-leur  ces 
choses  justes  et  nécessaires ,  et  que  le  roi  me 
fasse  pendre  à  la  porte  de  l'assemblée,  vous 
aurez  achevé,  et  nul  s'esmouvra.  »  Après  l'édit 
de  Nantes,  Henri  IV  envoya  La  Trémoille  en  Por- 
tugal. A  son  retour,  il  se  retira  dans  son  châ- 
teau de  Thouars.  L.  L— t. 
D'Aubigné,  Mém.  —  Haag,  La  France  Protestante. 

LA TRiMOCiLLE  {Henri  duc  de),  général 
français,  né«n  1599,  mort  le  15  mai  1674.  Fils 
de  Claude  de  La  Trimouille  et  d'une  fille  du 
prince  d'Orange  Guillaume  le  Taciturne,  il  prit 
de  bonne  heure  une  part  active  aux  guerres  re- 
ligieuses. Dès  1615  il  se  joignit  à  son  cousin,  le 
prince  de  Condé.  Vaillant  et  hasardeux,  il  jouis- 
sait dans  le  parti  protestant  d'une  grande  con- 
sidération. Il  se  fit  représenter  à  l'assemblée  po- 
litique de  La  Rochelle  par  La  Bourdillière;  mais 
il  n'accepta  pas  le  commandement  que  lui  offrit 
cette  assemblée,  et  lorsque  Louis  XIII  s'appro- 
chait de  Taillebourg ,  il  lui  l'emit  cette  place  sans 
même  essayer  de  la  défendre.  Au  mois  de  juin 
1621,  il  se  rendit  dans  le  camp  du  roi  devant 


Saint-Jean-d'Angely,  et  dès  lors  il  se  réconcilia 
avec  la  cour.  Pendant  le  siège  de  La  Rochelle 
en  1628,  il  conduisit  des  troupes  au  roi,  et,  à  la 
suite  d'une  entrevue  avec  Richelieu,  il  abjura  au 
mois  de  juillet.  Quelques  jours  après,  il  fut 
nommé  mestre  de  camp  général  de  la  cavalerie 
légère.  Il  servit  dans  ce  grade  en  Italie,  où  il  re- 
çut une  blessure  au  genou  qui  le  força  à  prendre 
sa  retraite.  Il  se  retira  dans  ses  terres,  oîi  il  s'occu- 
pait beaucoup  de  controverse  religieuse.  11  avait 
épousé  en  1 619  Marie  de  La  Tour,  fille  de  Henri, 
duc  de  Bouillon,  qui  resta  fermement  attachée  à 
la  religion  protestante,  et  fit  élever  ses  cinq  en- 
fants dans  sa  croyance.  L.  L — t. 
Haag;  La  France  Protestante. 

\.k  TRIMOUILLK  { Henri -Charles  de), 
prince  de  Tarente,  né  à  Thouars,  le  17  décembre 
1620,  mort  le  14  septembre  1672.  Son  père, 
Henri ,  duc  de  La  Trimouille,  s'était  montré  fort 
attaché  au  cardinal  de  Richelieu,  et  contribua  à 
faire  lever  aux  Espagnols  le  siège  de  Corbie. 
Après  avoir  terminé  ses  études  au  collège  des  jé- 
suites de  Poitiers,  Henri-Charles  de  La  Trimouille 
prit  du  service  en  Hollande,  et  fit  ses  premières 
armes  sous  le  stathouder  Frédéric-Henri,  prince 
d'Orange,  son  grand-oncle.  En  1638  il  accompa- 
gna son  fils  le  prince  Guillaume  en  Angleterre, 
et  assista  à  son  mariage  avec  la  fille  aînée  de 
Charles  I*"",  puis  il  revint  en  Hollande.  Le  chagrin 
que  lui  causa  l'union  d'une  fille  du  stathouder 
qu'il  aimait  avec  l'électeur  de  Brandebourg 
et  la  mort  de  Frédéric-Henri,  en  1 647,  le  décidè- 
rent à  rentrer  en  France.  Il  obtint  la  permission 
de  lever  deux  régiments,  l'un  d'infanterie,  l'autre 
de  cavalerie ,  et  dans  les  troubles  de  la  Fronde 
il  embrassa  le  parti  de  la  cour  et  de  Mazarin. 
Le  cardinal  n'ayant  tenu  aucune  des  promesses 
qu'il  lui  avait  faites  ,  La  Trimouille  entra  dans 
la  ligue  des  princes ,  souleva  la  Saintonge  et  le 
Poitou,  tandis  que  le  prince  de  Condé  faisait  la 
guerre  en  Guienne.  Au  combat  du  faubourg  Saint- 
Antoine,  La  Trimouille  eut  un  cheval  tué  sous 
lui.  Forcé  de  se  replier  devant  les  troupes  roya- 
les, il  s'empara  de  plusieurs  villes  de  Cham- 
pagne, que  le  manque  d'argent  le  força  bientôt 
d'abandonner.  Après  la  ruine  de  son  parti,  le 
prince  de  Tarente  retourna  en  Hollande.  A  la  fin 
de  1655  il  rentra  en  France  :  le  roi  et  la  reine- 
mère  lui  firent  un  gracieux  accueil  ;  mais,  comme 
il  restait  attaché  aux  intérêts  du  prince  de 
Condé ,  le  cardinal  le  fit  arrêter  à  Compiègne  et 
garder  plusieurs  mois  dans  la  citadelle  d'Amiens. 
Après  y  avoir  été  détenu  au  secret  pendant  plu- 
sieurs mois,  il  obtint  sa  liberté  à  condition  qu'il 
se  retirerait  dans  ses  terres  de  Poitou.  Les  trou- 
bles qui  éclatèrent  dans  cette  province  engagè- 
rent le  gouvernement  à  l'en  éloigner  et  à  le  re- 
léguer à  Auxerre,  puis  à  Laval,  où  il  resta  jus- 
qu'à la  paix  des  Pyrénées.  En  1663,  La  Tri- 
mouille repassa  en  Hollande,  où,  à  la  prière  des 
états  généraux,  il  prit  le  commandement  des 
trouoes  dans  la  guerre  engagée  contre  l'évêque 


865 


LA  TRIMOUILLE  —  I.ATRO 


866 


de  Munster.  De  retour  en  France,  en  1669,  il 
présida  la  noblesse  aux  états  de  Bretagne ,  et 
sut  habilement  concilier  les  intérêts  du  roi  avec 
ceux  de  la  province.  Peu  de  temps  après ,  en 
1670,  il  abjura  le  calvinisme,  et  rentra  dans  le 
sein  de  la  religion  catholique.  Il  fut  inhumé 
dans  le  tombeau  de  sa  famille,  à-  Thouars.  Il 
avait  épousé  Amélie  de  Hesse,  dont  Mme  de  Sé- 
vigné  parle  souvent  dans  ses  lettres.  Il  a  laissé 
des  Mémoires  adressés  à  ses  enfants,  où  il  ra- 
conte, d'une  manière  facile  et  naturelle,  les 
principaux  détails  de  sa  vie  et  ses  relations  avec 
tous  les  personnage;,  historiques  de  son  époque. 
Ces  Mémoires  ont  été  publiés  avec  des  notes, 
parle  pèreGriffet;  Liège,  1767,in-12.  L.  L — t. 

La  Trlinouille,  Mémoires.  —  Haag,  La  France  Protes- 
tante. 

I.A  TRIMOUILLE  (  Cliarles-Bvetagne-Ma- 
rie- Joseph,  duc  de  Tarente ,  prince  de),  gé- 
néral et  homme  politique  français ,  né  à  Paris, 
le  24  mars  1764,  mort  dans  la  même  ville,  le 
9  novembre  1839.  Fils  de  Jean-Bretagne,  duc 
de  La  Triraouille  et  de  Marie-Maximilienne , 
princesse  de  Salm-Kybourg,  il  fut  tenu  sur  les 
fonts  de  baptême  parla  province  de  Bretagne,  re- 
présentée par  ses  magistrats.  Entré  au  service  à 
l'âge  de  quinze  ans,  il  était  déjà  colonel  en  1787. 
A  ia  révolution,  il  émigra  avec  sa  famille,  leva  et 
organisa  à  ses  frais  avec  le  prince  de  Salm,  son 
oncle ,  le  corps  des  hussards  de  Salm ,  et  fit 
avec  eux  la  campagne  de  1792.  L'année  suivante 
il  en  remit  le  commandement  à  son  frère,  et  passa 
sous  les  drapeaux  de  l'empereur  François  II, 
puis  dans  les  armées  napolitaines ,  comme  co- 
lonel d'état-major  aide  de  camp  du  roi.  Il  fit  les 
campagnes  de  1794  à  1797  en  Lombardie  avec 
un  corps  auxiliaire  de  cavalerie  napolitaine,  et  se 
distingua  notamment  à  la  bataille  de  Lodi  contre 
les  Français.  En  1798  il  commanda  une  brigade 
dans  l'armée  de  Mack.  Il  donna  ensuite  sa  démis- 
sion, et  après  un  voyage  en  Allemagne  et  en  An- 
gleterre, il  se  joignit  au  comte  Louis  de  Frotté 
pour  débarquer  en  Normandie.  Après  la  pacifi- 
cation de  la  Vendée,  il  vécut  dans  la  retraite, 
avec  le  ti-aitement  de  lieutenant  général  que  lui 
accorda  le  grand-duc  de  Bade,  son  parent.  A  la 
restauration,  Louis  XVIIl  lui  conféra  le  grade 
de  lieutenant  général  et  le  nomma  pair  de  France, 
le  4  juin  1814.  Fidèle  aux  principes  monarchi- 
ques et  constitutionnels,  le  duc  de  La  Trimouille 
•vint  se  mettre  à  la  disposition  de  Charles  X  à 
Rambouillet  en  juillet  1830  ;  le  roi  lui  déclara 
qu'il  n'y  avait  plus  rien  à  faire  par  l'épée,  et  que 
le  devoir  des  pairs  était  de  se  rendre  à  leur 
poste.  Le  duc  de  La  Trimouille  vint  alors  à  Paris, 
prêta  serment  à  la  nouvelle  dynastie  en  1830, 
et  la  soutint  de  son  vote.  L.  L — t. 

Sarrut  et  Saint-Edme ,  Biog.  des  Hommes  du  Jmir, 
t.  11, 1«  partie,  p.  290.  —  Lardier,  Hist.  biog.  de  la  C/iam- 
brè  des  Pain. 

LA  TRiiuouiLLE  {Antoine- Philippe  m.) , 
prince  de  Talmoot  ,  homme  politique  français, 

NOUV.    EIOGR,    GÉNÉR,    —   T.    XXIX. 


frère  du  précédent,  guillotiné  à  Laval,  en  janvier 
1794.  A  l'époque  de  la  révolution  de  1789,  il  se 
montra  l'un  des  plus  énergiques  défenseurs  de  la 
royauté.  Après  avoir,en  1792,  servi  dans  les  rangs 
des  émigrés,  en  qualité  d'aide  de  camp  du  comte 
d'Artois,  il  vint  en  France,  en  1793,  pour  organiser 
l'insurrection  vendéenne.  Arrêté  et  transféré  dans 
les  prisons  d'Angers,  il  gagna  ses  gardes,  et  ac- 
courut à  Saumur,  dont  les  Vendéens  venaient 
de  s'emparer.  L'éclat  de  son  nom,  sa  belle  figure 
enthousiasmèrent  les   paysans;   il   fut  nommé 
sur-le-champ  général  de  la  cavalerie ,  et   prit 
place  au  conseil.  A  l'attaque  de  Nantes,  le  28  juin 
1793,  avec  Cathelineau   et  d'Elbée,  il  fit  des 
prodiges  de  valeur.  Dans  toutes  les  rencontres, 
il  figurait  au  premier  rang.   Il  protégea  la  re- 
traite  de   l'armée    royaliste    refoulée  vers   la 
Loire ,  et  contribua  puissamment  à  la  victoire 
qu'elle   remporta  près  de   Laval.   Néanmoins, 
après  de  nouveaux  échecs,  les  violentes  divi- 
sions qui  éclatèrent  au   sein  de  l'armée  roya- 
liste,  l'insurrection  des  paysans  qui  refusaient 
d'obéir  à  leurs  chefs,  découragèrent  le  prince  de 
Talmont,  et  il  résolut  de  s'embarquer  pour  l'An- 
gleterre. Stofflet,  détaché  à  sa  poursuite,  l'ayant 
ramené  au   camp  ,  on  le  vit  bientôt  réparer  sa 
faute  par  son  habile  et  valeureuse  conduite  à  la 
bataille  livrée  entre  Dol  et  Antrain.  Mais,  après 
la  déroute  du  Mans ,  le  prince,  mécontent  de 
l'armée  qui  lui  avait  préféré  Fleuriot  pour  géné- 
ral en  chef,  abandonna  ses  troupes,  et,  suivi 
d'un  seul  domestique,  erra  dans  les  environs  de 
Laval   et  de  Fougères.  Reconnu  bientôt  il  fut 
arrêté  et  traîné  dans  les  prisons  de  Rennes ,  de 
Vitré  et  de  Laval.  Le  15  nivôse  an  ii  Garnier  de 
Saintes  écrivait  à  la  Convention  :  «  L'ex-prince 
Talmont  vient  d'être  arrêté  auprès  de  Fougères  : 
ce  Capet  des  brigands,  souverain  du  Maine  et  de 
la  Normandie,   mérite  bien  de  figurer   sur  le 
même  théâtre   que   son  défunt  confrère.  »  La 
Trimouille  supporta  avec  courage  toutes  les  vexa- 
tions   qu'on  lui  fit  endurer,  et  répondit    aux 
commissaires  de  la  Convention  avec   une  no- 
blesse, une  fermeté  qui  les  frappèrent  d'éton- 
nement.  «  Tu  es  un  aristocrate,  lui  dit  un  jour 
Esnue-Lavallée,  et  je  suis  un  patriote.  —  Tu  fais 
ton  métier,  et  moi  mon  devoir,  »  répondit  le 
prince.  Enfin ,  sur  l'ordre  de  la  Convention,  il  fut 
exécuté  à  Laval,  et  sa  tête,  fichée  au  bout  d'une 
pique,  fut  exposée  au  dessus  de  la  porte  de 
cette  ville.  Il  lui  a  été  élevé,  en  1822,  un  monu- 
ment expiatoire.  L.  L — T. 

Moniteur,  an  ii  (1794),  n"»  108  et  117. 

LATRO  (  M.  Porcins  ),  rhéteur  latin  origi- 
naire d'Espagne,  né  vers  50  avant  J.-C,  mort 
eu  l'an4  del'ere  chrétienne.  Ami,  contemporain  et 
compatriote  de  Sénèque  l'Ancien,  il  étudia  avec 
lui  sous  le  rhéteur  Marillus,  et  devint  un  maître 
dans  ce  genre  d'éloquence  d'apparat  que  les  Latins 
appelaient  déclamation.  Il  réussit  moins  dans 
l'éloquence  pratique.  On  raconte  qu'un  jour  en  Es- 
pagne, ayantà  plaider  dans  le  forum  la  cause  d'un 

28 


867 


LATRO  —  LATUDE 


868 


parent,  il  se  trouva  si  embarrassé  déparier  en  plein 
air  qu'il  resta  court,  et  pria  le  juge  de  quitter  le 
forum  et  de  venir  l'entendre  dans  la  basilique. 
Déjà  célèbre  comme  rhéteur,  il  se  rendit  à  Rome, 
et  déclama  en  17  avant  J.-C,  devant  Augusteet 
Agrippa.  Son  école  attira  bientôt  un  grand  nombre 
d'élèves,parmi  lesquels  on  distinguait  Ovide.  Latro 
possédait  une  mémoire  étonnante  et  une  grande 
facilité  d'élocution.  Aussi  laissait-il  rarement  la 
parole  aux  jeunes  gens  qui  suivaient  ses  leçons. 
Ceux-ci  reçurent  le  nom  A^ auditeurs,  qui  devint 
synonyme  de  disciples*  Malgré  sa  grande  réputa- 
tion ,  Latro  essuya  des  critiques  de  la  part  de 
ses  contemporains.  Messala  censura  sa  diction, 
d'autres  rhéteurs  blâmèrent  la  disposition  de  ses 
discours.  Sénèque,  au  contraire,  parle  de  lui  avec 
enthousiasme.  «  Je  serai  souvent  forcé,  dit-il,  de 
revenir  sur  la  mémoire  de  Porcins  Latro,  mon 
très- cher  camarade,  et  je  rappellerai  avec  un 
extrême  plaisir  cette  intime  amitié  continuée 
depuis  notre  première  enfance  jusqu'à  son  der- 
nier jour.  Il  n'y  eut  jamais  homme  plus  grave  et 
plus  aimable,  jamais  éloquence  plus  digne.  Per- 
sonne ne  commandait  plus  fortement  à  son  tem- 
pérament, personne  ne  s'y  abandonnait  avec  plus 
de  complaisance.  Il  se  portait  vivement  dans 
l'un  et  l'autre  sens,  et  dépassait  la  mesure,  ne 
sachant  ni  interrompre  ni  reprendre  ses  études. 
Lorsqu'il  s'était  excité  à  écrire,  il  ajoutait  les 
nuits  aux  jours,  redoublait  son  travail  sans  in- 
tervalle, et  ne  cessait  que  quand  les  forces  lui 
manquaient.  Mais  aussitôt  qu'il  s'était  donné 
congé,  il  se  livrait  à  tous  les  amusements  et  à 
tous  les  jeux.  «  Dans  d'autres  passages,  Sénèque 
revient  sur  cette  nature  excessive  de  Latro, 
et  sur  ses  facultés  puissantes  qui  se  dissipèrent 
en  bruyantes  improvisations.  Latro  mourut 
en  l'an  4.  Plusieurs  critiques  modernes  lui  ont 
attribué  les  déclamations  de  Sallnste  contre 
Cicéron  et  de  Cicéron  contre  Sàlluste.    Y. 

Sénèque,  Controv.,  I,  prsef.,  p.  63  ;  11, 10,  p.  157  ;  II, 
13,  p.  175  ;  IV,  23,  p.  291  ;  IV,  prsefat.,  p.  273,  édit.  Bi- 
pont.  —  Quintilicn ,  X,  S.  —  Pline,  Hist.  Nat.,  XX,  14. 
—  Saint  Jérôme,  In  Euseb.  chron.  Olymp.,  294,  l.  — 
Westermann,  Gesch.  d.  Romischen  Beredtsamkeit,  36.  — 
Meyer,  Oratorum  Remanorum  Fragmenta.  —  Nicolas  An- 
tonio, Bibliotheca  Hispana  vêtus,  1. 1,  c.  ui,  p.  10. 

LATTAIGNANT.  Voy.  AtTAIGNANT. 

i.ATtrDE  {Henri  Masers  de),  prisonnier  d'É- 
tat français,  célèbre  par  sa  longue  captivité,  né 
le  23  mars  1725,  au  château  de  Craisich,  près  de 
Montagnac  (Languedoc),  mort  à  Paris,  le  l**"  jan- 
vier 1805.  Son  père,  chevalier  de  Saint-Louis  et 
lieutenant-colonel  du  régiment  de  dragons  d'Or- 
léans, fut  fait  en  1733  lieutenant  de  roi  à  Sedan. 
Le  jeune  Latude  reçut  une  éducation  militaire,  et, 
désirant  entrer  dans  le  corps  du  génie,  il  se  rendit 
à^Berg-op-Zoom,  auprès  d'un  ingénieur  ami  de 
son  père.  Après  la  paix  de  1748,  il  vint  à  Paris 
pour  se  perfectionner  dans  l'étude  des  mathé- 
matiques. Plein  d'ambition,  il  conçut  le  projet  le 
plus  extravagant  qu'il  soit  possible  d'imaginer. 
Dans  l'espoir  de  se  rendre  intéressant  aux  yeux 


de  la  favorite  du  roi,  Latude  courut  à  Veisaiiies, 
se  fit  introduire  auprès  de  M""^  de  Pompadour, 
et  la  prévint  qu'il  avait  vu  mettre  à  la  poste 
une  boîte  pour  elle;   il  lui   communiqua   ses 
craintes  sur  cet  envoi,  lui  dit  de  se  tenir  sur  ses 
gardes,  qu'il  était  inquiet  sur  son  sort,  Taprès  les 
propos  qu'il  avait  entendus.  M™^  de  Pompadour 
paruttouchéedecetteattention,  et  lui  offrit  ses  ser- 
vices. La  boîte  arriva;  c'était  Latude  qui  l'avait 
mise  à  la  poste.  Elle  était  pleine  d'une  poudre  inoi- 
fensive.  On  l'essaya  sur  des  animaux  ;  et  en  voyant 
qu'elle  ne  produisait  rien,  la  marquise  de  Pompa- 
dour pénétra  le  stratagème  de  Latude;  elle  s'en 
plaignit,  et  Latude,  arrêté,  fut  conduit  à  la  Bastille, 
le  1®*"  mai  1749.  Au  mois  de  septembre  suivant, 
il  fut  transféré  au  donjon  de  Vincennes.  Il  avait 
la  meilleure  chambre  du  donjon,  deux  heures 
de  promenade  par  jour  dans  le  jardin.  Le  25  juin 
1750   il  enferma  un  de  ses  gardiens,  et  réussit  i 
à  tromper  les  .sentinelles  :  il  s'échappa.  Six  jours  i 
après  il  se  remit  spontanément  entre  les  mains  ' 
du  roi,  qui  le  fit  reconduire  à  la  Bastille.  La  mar- 
quise de  Pompadour,  piquée  de  ce  que  Latude 
avait  eu  plus  de  confiance  dans  la  bonté  du  roi  que 
dans  la  sienne,  le  fit  tenir  pendant  dix-huit  mois 
dans  un  cachot.  Au  bout  de  ce  temps,  on  le  mit 
avec  un  autre  prisonnier  de  la  marquise,  nommé 
Dalègre,  dans  une  chambre  ordinaire.  Latude 
s'étant  aperçu  qu'entre  leur  chambre  et  celle  de 
dessous  il  y  avait  un  double  plancher,  fit  un  canif 
d'une  fiche  de  fer  qui  soutenait  leur  table  pliante, 
en  l'aiguisant  sur  un  carreau;  il  souleva  un  des 
carreaux  de  la  chambre,  et  avec  son  compagnon 
défila  ses  chemises ,  ses  serviettes,  ses  caleçons, 
ses  bas,  ses  chaussettes;  ils  tressèrent  ensuite 
ces  fils,  et  en  firent  des  cordes;  d'un  briquet  La- 
tude fit  un  couteau,  puis  d'un  morceau  de  chan- 
delier de  fer  il  fabriqua  une  scie.  Le  bois  qu'on 
donnait  aux  deux  prisonniers  pour  se  chauffer 
était  débité  en  échelons,  en  poulies,  etc.;  chaque 
jour  le  produit  de  leur  travail  était  caché  sous  le 
plancher.  Enfin  ils  détachèrent  les  barreaux  qui 
fermaient  leur  cheminée  sur  la  plateforme.  Ils 
avaient  fait  quatorze  cents  pieds  de  cordes  et 
deux  cents  échelons,  et  travaillèrent  près  de  dix- 
huit  mois,  nuit  et  jour,  à  préparer  leur  évasion. 
Le  25  février  1756,  veille  du  jeudi  gras,  ils  mon- 
tèrent par  la  cheminée,  attachèrent  leur  échelk 
à  un  canon,  descendirent  dans  le  fossé,  qu'ils 
traversèrent  à  moitié  dans  l'eau,  et  à  l'aide  d'ur 
barreau,  dont  ils  avaient  fait  un  levier,  ils  déta- 
chèrent les  pierres  d'un  mur  épais  qui  les  sépa- 
rait du  fossé  de  la  porte  Saint-Antoine,  sans 
avoir  été  aperçus  ni  des  sentinelles  ni  des  rondes 
qui  passaient  sur  ce  mur.  Ils  avaient  emporti 
un  porte-manteau  garni,  changèrent  d'habits,  e 
se  réfugièrent  à  l'abbaye  Saint-Germain  des  Prés 
Au  bout  d'un  mois,  Dalègre  quitta  la  Franci 
et  se  réfugia  à  Bruxelles ,  où  il  fut  bientôt  arrêt» 
et  ramené  à  la  Bastille.  Latude  parvint  à  AmS' 
terdam,  et  fut  enlevé  au  moment  où  il  allai 
toucher  de  l'argent  que  lui  envoyait  son  père,  It 


LATUDE 


870 


1^"^  juin  1756.  Ramené  à  la  Bastille,  il  fut  jeté 
dans  un  cachot,  les  fers  aux  pieds  et  aux  mains, 
couché  sur  la  paille  sans  couverture.  Dans  ce 
triste  réduit,  il  apprivoisa  des  rats  qui  obéis- 
saient à  ses  moindres  signes  ;  ayant  trouvé  une 
branche  de  sureau  dans  sa  paille,  il  en  fit  un  fla- 
geolet. Des  projets  d'utilité  publique  roulaient 
dans  sa  tête;  il  traça  quelques  idées  avec  son 
sang  sur  des  tablettes  de  mie  de  pain,  et  les 
communiqua  au  père  Griffet,  confesseur  de  la 
Bastille,  qui,  touché  de  compassion,  lui  procura 
de  l'encre  et  du  papier  pour  transcrire  sou  mé- 
moire et  se  chargea  de  le  remettre  au  ministre 
au  mois  d'avril  1758.  C'était  un  projet  pour  faire 
prendre  à  tous  les  officiers  et  sergents  des  fusils 
au  lieu  des  espontons  dont  ils  se  servaient  jus- 
qu'alors, ce  qui  fut  adopté  et  augmenta  l'armée 
d'iingrandnombrede  fusiliers,  sans  qu'il  en  coûtât 
rien.  Un  second  mémoire  que  Latude  adressa 
à  la  cour,  le  3  juillet  1758,  traitait  des  finances 
et  du  moyen  de  prévenir  les  disettes  au  moyen 
de  greniers  d'abondance.  Ces  travaux  ne  pro- 
curèrent aucun   adoucissement  à  Latude,  qui 
écrivait  en  1762  à  M™^  de  Pompadour  :  «  J'ay 
souffert  quatorze  années  :  que  tout  soit  enseveli 
à  jamais  dans  le  sang  de  Jésus-Christ;  madame, 
soyez  femme,  ayez  un  cœur  et  laissez- vous  tou- 
cher de  compassion  par  mes  larmes  et  par  celles 
d'une  pauvre  mère  désolée  de  soixante-et-dix 
ans.  »  La  marquise  resta  inflexible;  mais  l'eau 
ayant  envahi  le  cachot  de  Latude,  on  l'en  retira 
et  on  le  mit  dans  une  chambre  commode  et  bien 
éclairée ,  mais  sans  cheminée.  Son  ancien  com- 
pagnon Dalègre  devint  fou  furieux,  et  finit  à 
Charenton  ;  il  se  croyait  Dieu.  Latude  avait  éta- 
bli des  intelligences  avec  des  demoiselles  qui  de- 
meuraient dans  la  rue  Saint-Antoine,  en  profitant 
d'un  grand  vent  pour  leur  envoyer  des  papiers. 
Le  16  avril  1764,  ces  demoiselles  étalèrent  un 
grand  écriteau  sur  lequel  on  lisait  en  grosses 
lettres  :  «  La  marquise  de  Pompadour  est  morte 
hier.  «  Le  mois  suivant  Latude  écrivit  à  Sartine 
pour  demander  sa  liberté,  et  parla  de  la  mort  de 
la  marquise.  Sartine  vint  le  voir,  et  lui  demanda 
qui  lui  avait  appris  cette  mort;  Latude  refusa  de 
le  dire.  Sartine  lui  déclara  qu'il  n'aurait  sa  li- 
berté que  lorsqu'il  lui  aurait  nommé    la  per- 
sonne de  qui  il  tenait  cette  nouvelle.  Enfin  Latude 
écrivit  une  lettre  injurieuse  à  Sartine,  et   ses 
souffrances  redoublèrent.  Sartine  le  fit  mettre 
au  cachot,  au  pain  et  à  l'eau.  Le  14  août  1 764, 
Dn  le  chargea  de  chaînes  et  on  le  mena  à  Vin- 
cennes.  Le  23  novembre  1765,  il  parvint  encore 
à  s'évader  par  un  temps  de  brouillard  en  ren- 
versant ses  t^is  gardiens  et  en  désarmant  un 
factionnaire.  De  sa  retraite  il  écrivit  au  ministre 
Choiseulpour  lui  demander  une  audience,  et  par- 
tit pour  Fontainebleau,  où  il  fut  arrêté  à  la  porte 
du  ministre  sans  que  celui-ci  consentît  à  l'en- 
tendre. Garrotté  et  reconduit  à  Vincennes,  La- 
tude fut  encore  jeté  dans  un  cachot.  Après  la 
mort  de  Louis  XV,  Malesherbes,  étant  devenu 


ministre,  alla  visiter  les  prisons  d'État,  et  s'in- 
téressa au  sort  de  Latude.  Mais  comme  on  luf. 
dit  que  ce  prisonnier  avait  des  moments  de  fo' 
lie,  et  qu'il  serait  dangereux  de  lui  donner  la 
liberté,    Malesherbes    fit    conduire    Latude   à 
Charenton,  le  27  septembre  1775.  L'ordre  de  le 
mettre  en  liberté  arriva  enfin  le  5  juin  1777.  On 
lui  enjoignait  en  même  temps  de  se  rendre  dans 
sa  ville  natale.  Après  quelques  démarches  in- 
fructueuses pour  obtenir  la  permission  de  fixer  sa 
résidence  à  Paris,  il  venait  de  se  mettre  en  che- 
min lorsqu'il  fut  arrêté  auprès  d'Auxerre,  ramené 
à  Paris,  et  jeté  dans  la  prison  du  Chàtelet,  où  il 
fut  mis  au  secret.  Trois  jours  après  on  s'empara 
de  ses  papiers,  et  le  1"  août  1777  il  fut  transféré 
à  Bicêtre  et  mis  dans  un  cachot  à  dix  pieds  sous 
terre.  Il  y  passa  plusieurs  années.  Le  président 
de  Gourgues,  dans  une  visite  à  Bicêtre,  eut  quel- 
que compassion  pour  Latude,  et  l'engagea  à  lui 
remettre  un  mémoire  détaillé  de  ses  infortunes. 
Ce  mémoire,  perdu  par  le  commissionnaire,  fut 
trouvé  par  M"**  Legros,  qui,  après  l'avoir  lu,  prit 
la  courageuse  résolution  d'employer  tous  ses  ef- 
forts en  faveur  de  ce  malheureux.  Elle  fut  d'a- 
bord repoussée  ;  on  lui  dit  que  c'était  un  fou , 
que  c'était  un  prisonnier  dont  il  était  dangereux 
de  s'occuper.  Rien  ne  la  rebuta.  Elle  s'ouvrit  des 
intelligences  à  Bicêtre,  parvint  auprès  de  Latude, 
lui  donna  des  secours,  des  habillements,  quoi- 
qu'elle fût  sans  fortune.  Partout  elle  racontait 
l'histoire  de  son  protégé  ;  elle  y  intéressa  la  femme 
du  suisse  du  cardinal  de  Rohan,  parvint  au  se- 
crétaire de  ce  prince  de  l'Église,  et  enfin  elle  ob- 
tint l'appui  du  cardinal  lui-même,  de  MM.  La 
Tour-Dupin,  de  Saint-Priest,  etc.  M™^  Necker  se 
joignit  à  elle.  Le  lieutenant  général  de  police  Le- 
noir  vint  interroger  Latude  à  Bicêtre  en  1783, 
et  lui  rappela  encore  sa  prétendue  folie.  Enfin 
Latude  obtint  sa  liberté,  le  18  mars  1784.  11  lui 
était  encore  enjoint  de  se  rendre  à  Montagnac,  où 
il  devait  toucher  une  pension  de  400  livres. 
M°'^  Legros  obtint  la  révocation  de  cet  onlre 
d'exil,  et  elle  recueillit  son  protégé  chez  elle^ 
La  même  anné«,  l'Académie  Française  décerna  un 
prix  de  vertu  à  cette  femme  courageuse.  Ce  fut 
une  des  premières  attributions  du  prix  Montyon. 
Une  souscription  fut  ouverte  en  faveur  du  prison- 
nier et  remplie  par  d'illustres  personnages.  Dès  le 
lendemain  de  la  prise  de  la  Bastille,  il  réclama 
et  obtint  la  remise  de  ses  papiers,  de  son  échelle 
et  des  outils  qu'il  avait  improvisés  pour  sa  pre- 
mière évasion  de  cette  prison  d'État.  Le  tout  fut 
exposé  dans  la  cour  du  Louvre,  avec  le  portrait 
de  Latude,  par  Vestier.  Une  brochure  publiée  en 
1787  prétendait  que  l'histoire  de  Latude  était  une 
invention  renouvelée  de  Bucquoi.  En  1791  La- 
tude sollicita  des  secours  de  l'Assemblée  cons- 
tituante; sa  pétition,  appuyée  par  Barnave,  fut 
renvoyée  à  l'examen  d'une  commission  ;  mais  à 
la  suite  de  quelques  débats  l'assemblée  passa  à 
l'ordre  du  jour.  L'année  suivante,  il  réclama  de 
nouveau,  et  un  secours  de  3,000  fr.  lui  fut  ac- 


871 


LATUDE  —  LAUBANIE 


872 


coidé.  En  1793,  Latude  forma  «ne  demaufie  en 
dommages-intérêts  contre  les  héritiers  Pompa- 
dour  et  Amelot,  et  un  jugement  du  tribunal  du 
sixième  arrondissement  de  Paris,  en  date  du 
11  septembre,  lui  accorda  60,000  livres  ;  mais  il 
n'en  toucha  que  10,000.  Il  tomba  ensuite  dans 
le  plus  profond  oubli.  En  1787,  on  avait 
fait  paraître  :  Histoire  d'une  détention  de 
trente-neuf  ans  dans  les  prisons  d'État,  écrite 
par  le  prisonnier  lui-même;  Amsterdam  (Pa- 
ris), in-8°  :  Latude  a  désavoué  cet  ouvrage,  qu'on 
attribue  au  marquis  de  Beaupoil.  Plus  tard  l'a- 
vooat  Thierry  publia  :  Le  Despotisme  dévoilé, 
ou  mémoires  de  Latude,  rédigés  sur  les  pièces 
originales;  Paris,  1791,  1792,  3  vol.  in-18; 
1793,  2  vol:  in-8°.  Latude  fit  imprimer  :  Mé- 
moire adressé  à  madame  la  marquise  de 
Pompadour  par  M.  Danry,  prisonnier  à  la 
Bastille,  et  trouvé  au  greffe  de  cette  pri- 
son d'Etat,  suivi  de  lettres,  etc.;  Paris,  1789, 
in-8°  :  Danry  était  le  nom  sous  lequel  Latude 
avait  été  écroué;  —  Mémoire  de  M.  de  La- 
tude, ingénieur;  Paris,  1789,  in-8°;  —  Mé- 
moire  sur  les  moyens  de  rétablir  le  crédit 
public  et  Vordre  dans  les  finances  de  la 
France;  Paris,  1799,  in-8'';  —  Projet  de  coa- 
lition des  quatre-vingts  départements  de  la 
France  pour  sauver  la  république  en  moins 
de  trois  mais;  Paris,  1799,  in-8°.   L.  Louvet. 

Thierry ,  Le  Despotisme  dévoilé.  —  Latude ,  Mémoire. 
—  Dufey  (de  l'Yonne),  dans  le  Dict.  de  la  Convers.  — 
Qnérard,  La  France  Littéraire. 

LATCIN  (Saint),  vulgairement  appelé  saint 
Lain,  premier  évêque  de  Séez,  en  Normandie,  né 
dans  la  Grande-Bretagne  au  premier  siècle  de  notre 
ère,  mort  le  20 juin  del'an  110  de  J.-C.  On  ignore 
l'époque  de  sa  naissance  ;  mais  on  sait  qu'il  alla 
à  Rome  avec  plusieurs  Bretons,  et  il  est  certain 
qu'il  fut  ordonné  évêque  par  le  souverain  pon- 
tife et  envoyé  en  l'an  99  (1)  pour  évangéliser 
dans  les  Gaules  avec  d'illustres  missionnaires, 
spécialement  saint  Taurin,  évêque  d'Évreux,  saint 
Lucien  de  Beauvais  et  saint  Nicaise  de  Rouen,  où 
ce  dernier  n'arriva  jamais,  ayant  souffert  le  mar- 
tyre en  chemin.  Saint  Latuin  vint  à  Séez,  et  fut 
le  premier  qui  dans  ce  pays,  dans  l'Hyesmois 
et  quelques  parties  du  Perche,  jeta  les  premiers 
fondements  du  christianisme.  Il  convertit  à  la  foi 
de  J.-C.  une  quantité  considérable  de  personnes 
et  même  des  sicaires  envoyés  en  secret  pour  le 
tuer.  L'histoire  lui  attribue  beaucoup  de  miracles, 
et  elle  dit  que,  comme  un  autre  saint  Pierre,  il 
guérissait  les  maladies  par  son  ombre  seule.  En 
butte  aux  outrages  des  idolâtres,  saint  Latuin  fut 
forcé  de  se  séparer  de  son  troupeau  et  de  se  ca- 
cher en  un  endroit  nommé Clerai,  situé  près  delà 
ville  de  Séez.  La  paix  ayant  été  rétablie,  il  or- 
donna des  prêtres  avec  lesquels  il  partagea  la  sol- 


(1)  La  légende  du  bréviaire  de  Séez,  que  nous  rappor- 
tons, anticipe  sur  d'autres  auteurs  qui  portent  sa  mission 
à  la  fin  du  troisième  et  même  au  commencement  du 
quatrième  siècle. 


licitude  de  son  église.  Forcé  de  nouveau  de  s'éloi- 
gner de  Séez,  ce  saint  Apôtre  ne  put  revenir 
parmi  les  siens;  accablé  de  vieillesse,  il  mourut 
entre  les  bras  de  ses  disciples,  et  fut  enterré  à 
Clerai ,  où  depuis  une  église  fut  construite  sous 
son  invocation.  Vers  l'année  885,  lors  des  ravages 
exercés  par  les  Normands,  son  corps  fut  apporté 
à  Anet  (Eure-et-Loir),  pour  le  dérober,  ainsi  que  le 
dit  l'historien  Gabriel  du  Moulin,  curé  deManeval, 
dans  son  Histoire  générale  de  la  Normandie, 
1631,  «  à  la  barbare  cruauté  des  Normands,  qui 
ne  pardonnaient  non  plus  aux  choses  saintes 
qu'aux  profanes  ".  Au  onzième  siècle,  Ives  de  Bel- 
lesme,  évêque  de  Séez,  enrichit  son  église  cathé- 
drale du  quatrième  doigt  de  la  main  droite  du 
saint;  mais  au  seizième  siècle,  au  milieu  des 
guerres  des  calvinistes,  cette  vénérable  relique 
disparut  (1).  J.  H.  Job. 

Godescard,  Martyrologe.  —  Fret,  Chroniques  per- 
cheronnes. —  Dumoulin,  Histoire  générale  de  la  Nor- 
mandie, 1631. 

LAUBANIE  (  Yrieix  de  Magonthier  de),  gé- 
néral fiançais,  né  le  6  février  1641, à  Saint- Yrieix 
(Limousin),  mort  le  25  juillet  1706,  à  Paris. 
D'une  famille  noble,  il  entra  dès  sa  jeunesse 
dans  la  carrière  des  armes  ;  nommé  successive- 
ment major  général  (1684),  brigadier  des  armées 
(1686)  et  maréchal  de  camp  (1689),  il  gouverna 
Mons,  après  la  mort  de  Nicolas  de  Labrousse, 
puis  Neuf-Brisach  (1699).  Assiégé  dans  cette 
dernière  place,  il  opéra  une  sortie  vigoureuse, 
s'empara  de  la  ville  et  du  château  de  Neubourg, 
et  prépara  par  ce  beau  fait  d'armes  la  victoire 
de  Freisingen.  Au  commencement  de  1702,  il  fut 
élevé  au  grade  de  lieutenant  général.  L'année 
suivante,  on  lui  donna  le  commandement  de  Lan- 
dau, dont  le  maréchal  de  Tallard  s'était  rendu 
maître  à  la  suite  de  la  bataille  de  Spire.  Lorsque 
les  Français  furent  obligés  de  repasser  le  Rhin, 
le  prince  Louis  de  Bade  et  le  roi  des  Romains, 
qui  fut  depuis  Joseph  I",  appuyés  par  l'armée 
d'observation  de  Marlborough,  traversèrent  à 
leur  tour  le  fleuve  et  vinrent  bloquer  la  place; 
les  corps  dont  ils  disposaient  l'un  et  l'autre  ne 
s'élevaient  pas  à  moins  de  120,000  hommes.  Mal- 
gré l'inégalité  de  la  lutte,  Laubanie  refusa  de 
capituler,  et  protesta  qu'il  se  défendrait  jusqu'à 
toute  extrémité.  En  effet,  quoique  aveuglé  par  ; 
une  bombe  qui  éclata  à  ses  pieds,  il  tint  avec  ' 
le  plus  grand  courage  pendant  soixante-neuf 
jours  que  dura  le  siège.  Toutefois  il  dut  céder 
au  nombre,  et  capitula,  le  23  novembre  1704,  de 
la  manière  la  plus  honorable.  «  Il  y  a  vraiment 
de  la  gloire  à  vaincre  de  pareils  ennemis  »,  s'é 
tait  écrié  un  des  généraux  ennemis.  Tout  le 
monde  croyait  que  cette  belle  défense  vaudrait 
à  Laubanie  le  bâton  de  maréchal;  c'était  aussi 


(1)  Les  habitants  du  diocèse  de  Séez  n'ont  jamais  ou 
biié  que  les  reliques  de  leur  premier  évêque  avaient  éU 
déposées  à  Anet;  à  différentes  époques,  ils  ensollicitèrenl 
une  portion,  et  en  18B7  en  céda  à  un  désir  si  pieux  et  " 
légitime. 


873 

l'opinion  du  duc  de  Bourgogne,  qui  présenta  ce 
dernier  au  roi  en  (iisant  :  «  Sire,  voilà  un  pauvre 
aveugle  qui  aurait  besoin  d'un  bâton».  Louis  XIV 
ne  répondit  rien,  et  le  vieux  général,  affligé  de  ce 
silence,  tomba  malade,  et  mourut  moins  de  deux 
ans  après.  Le  roi  avait  cherché  à  le  dédommager 
en  lui  accordant  une  pension.  Laubanie  a  laissé 
un  journal  manuscrit  du  siège  de  Landau,  qui 
a  été  inséré  dans  les  Mémoires  relatifs  à 
la  guerre  de  la  succession  d'Espagne  sous 
Louis  XIV,  publiés  de  1835  à  1838  par  le  gé- 
néral Pelet.  P.  L— Y. 

Sismondi,  Bist.  des  Français,  XXVI.  —  Le  Limousin 
historique. 

*  liACBE  (Henri),  littérateur  allemand,  né 
le  18  février  1806,  à  Sprottau,  en  Silésie.  Après 
avoir  étudié  la  théologie  à  Halle  et  à  Breslau, 
il  s'établit  en  1831  à  Leipzig  pour  suivi-e  la 
carrière  littéraire.  En  1834  il  fit  un  voyage 
en  Italie  avec  M.  deGutzkow;  à  son  retour, 
il  fut  exilé  de  Saxe ,  comme  impliqué  dans  les 
mouvements  démocratiques.  A  Berlin,  il  fut  ar- 
rêté et  gardé  en  prison  pendant  neuf  mois.  En 
1837  il  fut  incarcéré  de  nouveau  pour  avoir  fait 
partie  de  la  Burschenschqft  (  association  des 
étudiants  ).  Remis  en  liberté  en  1839,  il  visita  en 
cette  année  la  France  et  l'Algérie,  et  vint  de  nou- 
veau se  fixer  à  Leipzig.  Élu  en  1848  au  parlement 
de  Francfort ,  il  y  fit  partie  du  centre  ;  en  mars 
1849  il  donna  sa  démission,  étant  en  désaccord 
avec  ses  électeurs  au  sujet  de  l'élection  d'un 
empereur.  Cette  même  année  il  fut  appelé  à 
Vienne  pour  y  diriger  le  théâtre  de  la  cour.  Laube 
appartient  à  l'école  littéraire  nommée  la  jeune 
Allemagne.  Les  romans  et  pièces  de  théâtre  de 
M.  Laube  ont  obtenu  un  succès  mérité.  On  a  de 
lui  :  Das  neue  Jahrhundert  (  Le  Siècle  nou- 
veau); Furth  et  Leipzig,  1832-1833,  2  vol.;  — 
Bas  junge  Europa  (La  jeune  Europe)  ;  Mann- 
heim,  1833-1837,  i  \o\.;  —  LiebesbrieJ'e  (Let- 
tres d'amour)  ;  Leipzig,  1835  ;  —  Reisenovellen  ; 
Mannheim,  1834-1837,  et  1847,  6  vol.,  in-8°: 
dans  cetouvrage,  très-amusant,on  trouve  décrites 
avec  beaucoup  de  finesse  et  d'exactitude  les  par- 
ticularités des  mœurs  du  nord  de  l'Allemagne; 

—  Die  Schauspielerin  (L'Actrice);  Mdnnheim, 
1835;  —  Moderne  Charakteristiken  (Carac- 
tères modernes);  Mannheim,  1835,  2  vol., 
in-8°  :  dans  ce  livre,  consacré  en  partie  aux  écri- 
vains actuels  de  l'Allemagne,  beaucoup  de  juge- 
ments sont  inspirés  par  la  camaraderie  ;  —  Ges- 
chichte  der  deutschen  Literatur  (  Histoire  de 
la  Littérature  allemande)  ;  Stuttgard,  1840, 4  vol.: 
ouvrage  faible  et  superficiel  ;  —  FranzOsische 
Lustschlosser  ;  MauQheim ,  1840,3  vol.  in-12; 

—  Das  Jaydbrevier  (  Le  Bréviaire  du  Chasseur)  ; 
Leipzig,  1841,  in-16;  —  Die  Bandomire;  Mi- 
tau,  1842,  2  vol.,  in-8";  —  Die  Gràfin  Cha- 
teaubriand (La  Comtesse  de  Chateaubriand); 
Leipzig,  1843  et  1846,  3  vol.  in-S";  —  Drei 
Konigstadte  im  Norden  (Trois  Villes  royales 
dans  le  Nord);  Leipzig,  1845,  2  vol.,  in-8°;  — 


LAUBANIE  —  LAUBESPIN 


874 

Der  belgische  Cfra/J (Le Comte  belge);  Mann- 
heim, 1845,  in-12;  —  Di'amatische  Werke 
(  Œuvres  dramatiques);  Leipzig,  1845-1848, 
6  vol.  in-S".  Parmi  les  productions  théâtrales  de 
Laube  les  principales  sont  sa  tragédie  de  Struensee 
et  les  comédies  Gottsched  und  Gellert,  Die 
Karlsschûler  et  Priiiz  Friedrich  ;  Paris,  1847 
(Paris  en  1847);  Paris,  1848;  —  Das  erste 
deuische  Parlament  (  Le  premier  Parlement  al- 
lemand); Leipzig,  1849,  3  vol.  Laube  a  aussi 
inséré  beaucoup  d'articles  dans  la  Zeitung  fût 
die  élégante  Welt,  dont  il  fut  pendant  plusieurs 
années  le  rédacteur  en  chef.  E.  G. 

Conversations-Lexikon.  —  Jitliap  Scbmidt,  Geschichte 
der  deutschen  Literatur  im  19  Jahrhundert. 

LACBERT  [Charles-Jean),  médecin  et  chi- 
miste français ,  né  en  1762,  à  Teano,  dans  le 
royaume  de  Naples,  d'un  officier  français  au  ser- 
vice du  roi  d'Espagne,  mort  à  Paris,  en  1835. 
Il  s'appliqua  de  bonne  heure  à  l'étude  des  sciences 
naturelles.  En  1788,  il  essaya  d'extraire  l'indigo 
de  V Isatis  tinctoria,  par  la  macération  des 
feuilles  de  cette  plante,  et  l'année  d'après,  il  fit 
des  expériences  pour  établir  une  fabrique  d'a- 
cide sulfiirique.  Elles  eurent  un  plein  succès, 
mais  ne  furent  pas  encouragées.  La  théorie  de 
Lavoisier,  qu'il  suivait  dans  ses  cours,  et  la  ré- 
pétition des  expériences  de  cet  illustre  chimiste, 
excitèrent  contre  lui  quelques-uns  des  partisans 
des  anciennes  doctrines,  jaloux  de  la  réputation 
qu'il  se  faisait.  La  France  étant  devenue  le 
théâtre  des  plus  belles  découvertes  de  la  chimie, 
Laubert  résolut  de  s'y  rendre  pour  prendre  part 
au  mouvement  scientifique.  Peu  après  son  arri- 
vée en  1793,  il  fut  forcé  par  les  circonstances  à 
servir  aux  armées,  et  il  entra  comme  pharma- 
cien dans  le  service  de  santé.  Il  prit  part  aux 
campagnes  d'Italie,  de  Hollande,  d'Allemagne, 
d'^'Espagne,  de  Russie.  En  1808  il  était  pharma- 
cien en  chef  des  armées;  il  fut  nommé  en  1812 
pharmacien  en  chef  de  l'armée  de  Russie,  et 
devint  en  1814  membre  de  l'Académie  royale 
de  Médecine.  Laubert  a  rédigé,  sous  la  surveil- 
lance du  Conseil  de  Santé,  le  Codex  pharma- 
ceutique des  Hôpitaux  militaires.  Il  s'est  livré 
à  beaucoup  de  travaux  chimiques  sur  les  sub- 
stances végétales ,  travaux  qui  ont  donné  une 
grande  extension  à  l'emploi  de  l'éther  comme 
réactif  dans  les  analyses  végétales;  ses  essais 
analytiques  sur  le  quinquina  ont  servi  de  pré- 
lude à  la  découverte  de  la  quinine.  Il  a  fourni 
divers  articles  au  Dictionnaire  des  Sciences 
médicales,  et  il  a  été  un  des  trois  rédacteurs 
du  recvidiàe  Mémoires  de  Médecine,  Pharma- 
cie et  Chirurgie  militaires.  G.  de  F. 

Dictionn.  des  Sciences  Médicales  (parUebiographique). 
—  Statistique  des  Lettres  et  des  Sciences  en  France. 

LAUBESPIN  {Emmanuel,  comte  de),  né  à 
Orgelet,  en  1780,  mort  en  1848.  Il  appartenait  à 
unedes  familles  les  plus  distinguées  de  la  Franche- 
Comté.  Il  vint  de  bonne  heure  à  Paris,  et  tra- 
vailla à  différents  journaux.  Plus  tard  il  devint 
membre  du  conseil  général  des  manufactures,  et 


87  ;: 


LAUBESPIN  —  L'AUBESPINE 


876 


dans  sa  retraite  il  réunit  une  riche  collectioa  de 
pièces  historiques.  On  a  de  lui  :  Mémorial  por- 
tatif de  Chronologie,  d'Histoire  industrielle, 
d'Économie  politique,  de  Biographie,  etc.; 
1812,  in-12;  1830-1831,  2  vol.  in-12;  —  Revue 
de  l'Histoire  universelle  moderne,  ou  tableau 
sommaire  et  chronologique  des  principaux 
événements  arrivés  depuis  les  premiers  siècles 
de  l'ère  chrétienne  jusqu'à  nos  jours  ;  Paris, 
1823,  2  vol.  in-12.  Pour  ces  deux  ouvrages,  le 
comte  de  Laubespin  fut  aidé  par  M.  Battelle. 
Le  comte  de  Laubespin  a  traduit  de  l'anglais 
les  Antiquités  romaines  d'Adam,  1-818;  et  la 
Vie  de  Poggio  Bracciolini,  de  Shepherd  ;  1819. 
11  a  travaillé  à  la  Bibliothèque  française,  au 
Magasin  Encyclopédique  et  au  Moniteur.  3.  V. 

Feller,  Biogr.  univ.,  suppl.  de  M.  Weiss.  —  Quérard, 
La  France  Littéraire. 

L'AUBESPINE ,  famille  française  originaire  de 
la  Beauce.  Ses  principaux  membres  sont  : 

L'AUBESPINE  {Claude  de),  diplomate  fran- 
çais, mort  le  11  novembre  1567.  Fils  aîné  de 
Claude  de  L'Aubespine,  seigneur  d'Érouville, 
P]anche\ille  et  de  la  Trousse-Rigault,  il  devint 
secrétaire  d'État  en  1537,  prit  part  aux  princi- 
pales négociations  diplomatiques  sous  les  rois 
François  I",  Henri  II,  François  II  et  Charles  IX, 
et  occupa  une  place  importante  dans  la  confiance 
de  la  reine  mère.  Le  10  novembre  1567,  jour 
de  la  bataille  de  Saint-Denis,  Catherine  de  Mé- 
décis  alla  le  consulter  au  chevet  du  lit  où  il  gi- 
sait atteint  de  la  maladie  dont  il  mourut  le  len- 
demain. Il  lui  proposa  des  mesures  utiles  pour 
le  bien  de  l'État.  L'héritage  politique  de  Claude 
deL'Aubespine  fut  partagé  entre  ses  plus  proches 
parents  par  Catherine  de  Médicis  :  son  gendre,  Vil- 
leroy,  devint  secrétaire  d'État;  son  fils,  Claude, 
nommé  maître  des  requêtes,  fut  chargé  de  l'am- 
bassade d'Espagne;  son  frère  puîné,  Sébastien, 
le  remplaça  plus  spécialement  dans  la  direction 
des  plus  secrètes  affaires  de  l'État. 

L'AUBESPINE  (Sébastien  de),  prélat  et  di- 
plomate français,  frère  du  précédent,  né  dans  la 
Beauce,  en  1518,  mort  à  Limoges,  en  1582.  Sa 
haute  aptitude  peur  les  affaires  lui  avait  valu 
de  la  part  de  François  1"  le  don  de  plusieurs 
bénéfices  ecclésiastiques,  notamment  de  l'abbaye 
de  Basse-Fontaine,  au  diocèse  de  Troyes.  En- 
voyé en  Suisse,  il  y  combattit  l'influence  de  l'em- 
pereur (  1543  );  à  la  diète  de  Worms,  il  prépara 
la  besogne  de  l'ambassadeur  en  titre ,  le  comte 
de  Grignan ,  homme  plus  illustre  par  ses  aïeux 
que  par  son  mérite  (  1545  ).  Henri  II  le  chargea 
ensuite  de  négocier  avec  les  Strasbourgeois  (1548) 
et  de  faire  modifier  le  traité  d'alliance  avec  les 
cantons  helvétiques.  L'abbé  de  Basse-Fontaine, 
de  retour  en  France,  fut  chargé  d'une  ambas- 
sade en  Flandre,  mais  il  reprit  bientôt  ses  an- 
ciennes fonctions  en  Suisse,  et  y  négocia  encore 
avec  habileté  et  bonheur;  puis  il  fut  nommé 
ambassadeur  auprès  de  Phifippe  II  d'Espagne, 
et  la  mort  de  Henri  II  ne  lui  fit  pas  perdre  cette 


place.  Il  était  depuis  l'année  1558  pourvu  de 
i'évêché  de  Limoges,  ville  dans  laquelle  il  possé- 
dait déjà  la  riche  abbaye  de  Sa.int-Martial.  Sous 
François  II  il  se  montra  trop  dévoué  aux  Guise 
pour  conserver  son  ambassade.  Il  revint  en 
France  travailler  à  la  pacification  du  royaume , 
et  accompagna  en  1 564  le  maréchal  de  Vieille- 
ville  en  Suisse.  Après  la  mortde  Claude  deL'Au- 
bespine ,  son  frère ,  Catherine  l'initia  à  tous  les 
mystères  de  sa  politique.  Ses  nombreux  services 
ne  furent  pas  récompensés  par  Henri  El  ;  son 
crédit  baissa  avec  celui  de  la  reine  mère,  et  on 
finit  par  le  congédier  brutalement.  Selon  de 
Thou,  Louis  de  Lorraine ,  cardinal  de  Guise,  fit 
exiler  de  la  cour  l'évêque  de  Limoges,  «  sous 
prétexte  qu'il  étoit  honteux  qu'un  homme  élevé 
comme  lui  à  l'épiscopat  depuis  tant  d'années 
n'ertt  pas  encore  reçu  les  ordres  sacrés,  mais 
dans  le  fond  parce  qu'il  le  soupçonnoit  de  n'être 
pas  favorable  au  parti  qu'il  soutenoit.  ■»  Quoi 
qu'il  en  soit,  retiré  à  Limoges,  Sébastien  de 
L'Aubespine  se  fit  enfin  pourvoir  des  ordres,  et 
donna  tous  ses  soins  aux  œuvres  pieuses  de  l'é- 
piscopat. Il  fut  enterré  dans  son  église  cathédrale. 
Tous  ses  papiers,  témoignages  écrits  de  sa  vie 
politique ,  avaient  été  légués  par  lui  à  son  neveu 
Guillaume  de  L'Aubespine,  baron  de  Chàteau- 
neuf,  seigneur  d'Hauterive,  etc.,  chancelier  des 
ordres  du  roi  et  ambassadeur  en  Angleterre  sous 
Henri  IV  et  Louis  XIII.  Ce  fonds  précieux  s'aug- 
menta ensuite  de  plusieurs  autres  documents, 
dus  à  divers  membres  de  la  famille.  Il  se  trou- 
vait réuni  ou  plutôt  oublié  dans  les  combles  du 
château  de  Villebon,  lorsqu'en  1833  M.  Louis 
Paris  sauva  ce  qui  en  restait.  La  con'espondance 
de  Sébastiende  L'Aubespine  a  été  depuis  publiée 
par  ce  paléographe,  dans  la  Collection  des  Do- 
cuments inédits  sur  l'histoire  de  France, 
imprimée  aux  frais  de  l'État ,  sous  le  titre  de 
Négociations ,  Lettres  et  Pièces  relatives  au 
Règne  de  François  II  ;  Paris,  1841,  in-4''. 

L'AUBESPINE  (  Charles  de  ) ,  marquis  de 
Châteauneuf-sur-Cher,  diplomate  français,  mort 
en  1653.  Fils  de  Guillaume  de  L'Aubespine-Chà- 
teauneuf,  il  fut  créé  chancelier  des  ordres  du  roi, 
conseiller  d'État,  abbé  de  Préaux,  deMassay  et 
de  Noirlac ,  gouverneur  deTouraine,  ambassa- 
deur en  Angleterre  (  1629)  et  garde  des  sceaux 
(  1630).  Disgracié  en  1633,  et  même  emprisonné 
pendant  plusieurs  années,  il  fut  rappelé  à  la 
cour  en  1643,  et  obtint  de  nouveau  les  sceaux  le 
2  mars  1650>^j  par  le  crédit  de  la  duchesse  de 
Chevreuse.  Ils  lui  furent  retirés  une  seconde 
fois  le  3  avril  1651.  Quelques  mois  après  il  rentra 
au  cabinet,  lors  de  la  déclaration  de  la  majorité 
du  roi.  Mais  bientôt,  se  voyant  sans  crédit,  il  prit 
le  parti  de  se  retirer,  dans  les  premiers  mois  de 
1652.  Il  mourut  en  1653,  «  chargé  d'années  et 
d'intrigues ,  »  dit  madame  de  Motteville. 

Son  frère  François,  marquis  d'Hauterive, 
lieutenant  général  de  Touraine ,  fut  chargé  de 
missions  importantes  dans  les  Pays-Bas  ,   eJ 


mourut  en  1696.  Gabriel,  évêqiie  d'Orléans, 
auteur  de  quelques  ouvrages  de  théologie,  mort 
en  163C,  était  aussi  frère  du  marquis  de  Châ- 
teauneuf. 

De  Gilles  de  L'Aubespine,  troisième  fils  de 
Claude,  seigneur  d'ÉrouvJlle,  étaient  issus  les  sei- 
gneurs de  Verderonne  et  de  La  Poirière  en 
Beauce. 

Charles-François  ,  dit  le  comte  de  L'Aubes- 
piNE,  épousa,  en  1743,  Henriette-Maximilienne 
de  Bétlinne-Sully,  seule  héritière  de  sa  famille, 
et  devint  ainsi  possesseur  du  manoir  de  Villebon, 
où  Sully  était  mort. 

Après  tant  d'illustration  sont  venus  pour  le 
nom  de  L'Aubespine  les  jours  de  misère  et  d'ou- 
bli. «  Il  y  a  quelques  années,  nous  apprend 
M.  L.  Paris,  pour  retrouver  les  rejetons  de  cette 
illustre  maison  M.  de  Salvandy,  ministre  de 
l'instruction  publique,  fut  conduit  à  l'échoppe 
d'un  ouvrier  charron  :  c'était  là  qu'à  titre  d'or- 
phelins recueillis ,  les  derniers  descendants  des 
L'Aubespine  et  des  Sully  acceptaient  de  la  pitié 
d'un  artisan  l'éducation  et  le  salaire  d'apprentis 
menuisiers.  »  En  effet,  le  dernier  comte  de 
L'Aubespine,  prodigue  et  malheureux,  est  mort 
il  y  a  une  vingtaine  d'années,  après  avoir  aliéiié 
tous  les  biens  de  sa  famille,  y  compris  le  châ- 
teau de  Villebon.  J.  V. 

De  Thoa,  Hist.  sui  temp.  —  Le  Bas,  Dict.  encycl.  de 
la  Franne.  —  L.  Paris,  Notice  en  tête  des  Négociations, 
Lettres  et  Pièces  relatives  au  règnt  de  François  II.  — 

M™"  de  Motteville,  Mém. 

JLAITBRY  (  Maurice) ,  jurisconsulte  français, 
né  à  Reims,  en  1745,moFtdans  la  même  ville, 
en  1803.  11  étudia  la  théologie,  puis  le  droit, et 
devint  avocat  au  parlement  de  Paris.  En  1782  il 
fut  nommé  chanoine  de' Reims,  et  l'année  sui- 
vante vice-gérant  de  l'ofticialité  diocésaine  et  pro- 
moteur métropolitain  en  1786.  On  a  de  lui  :  ua 
Traité  des  Unions  de  Bénéfices,  Paris,  1778, 
i  n- 1 2,  et  un  Ti'aité  des  Érections  de  Bénéfices , 
Paris,  1782,  in-l2.  Il  a  laissé  manuscrit  un 
Traité  de  l'Accord  de  la  Religion  avec  la]Po- 
liiique.  Très-versé  dans  la  langue  hébraïque, 
il  a  laissé  aussi  une  version  latine  des  Psaumes 
de  David.  6.  de  F. 

Feller,  Dict.  hist. 

LACD  (  William),  théologien  anglais,  né  à 
Reading  dans  le  Berkshire ,  le  7  octobre  1 573 , 
décapité  le  10  janvier  1645.  Il  était  fils  d'un 
drapier.  Ses  ennemis  lui  reprochèrent  durant  sa 
prospérité  la  bassesse  de  sa  naissance,  qui  n'était 
pas  cependant  plus  humble  que  celle  de  la  plu- 
part des  ecclésiastiques  de  son  temps.  11  fut  un 
de  ceux  qui  contribuèrent  le  plus  à  faire  de  l'É- 
glise d'Angleterre  une  profession  honorable  pour 
des  hommes  de  bonne  et  noble  famille.  Après 
avoir  reçu  sa  première  éducation  à  l'école  de 
Reading,  il  se  rendit  à  Oxford,  et  devint  étudiant 
puis  agrégé  du  collège  Saint-John.  Il  entra  ensuite 
dans  les  ordres.  Dès  l'université  il  eut  la  répu- 
tation d'incliner  vers  le  papisme.  Sa  polémique 
contre  les  puritains  lui  attira  le  mauvais  vou- 


L'AUBESPINE  ~  LAUD  878 

loir  du  docteur  Abbot,  chancelier  de  l'univer- 


sité et  depuis  archevêque  de  Cantorbéry,  et  sa 
position  à  Oxford  au  milieu  d'ennemis  zélés  de 
l'Église  romaine  devint  difficile.  Il  accepta  la 
place  de  chapelain  de  Charles  lord  Mountjoy, 
comte  de  Devonshire,  en  1603.  Sa  complaisance 
pour  son  patron  lui  fit  commettre  une  action 
contraire  à  ses  principes.  Lui,  qui  soutenait  que 
le  mariage  est  un  sacrement  indissoluble,  qui 
mit  plus  tard  l'Ecosse  en  feu  plutôt  que  de 
céder  sur  ce  point,  célébra  le  26  décembre  1605 
le  service  nuptial  du  comte  de  Devonshire  et 
de  lady  Rich,  dont  le  mari  vivait  encore.  Les  en- 
nemis de  Laud  exagérèrent  sa  faute,  et  la  pré- 
sentèrent au  roi  Jacques  I*""  sous  de  si  sombres 
couleurs  que  ce  prince  pendant  plusieurs  années 
ne  permit  pas  qu'on  lui  parlât  en  faveur  du  cha- 
pelain. Laud,  de  son  côté,  se  reprochait  si  amère- 
ment sa  conduite  dans  cette  affaire  que  le  26  dé- 
cembre devint  pour  lui  unjour  de  jeûne  et  d'hu- 
miliation. On  a  encore  une  prière  qu'il  composa 
à  cette  occasion.  Cet  épisode  de  la  vie  de  Laud 
ne  mériterait  pas  d'être  rappelé  s'il  ne  mettait 
en  évidence  deux  traits  caractéristiques  de  ce 
prélat;  la  complaisance  pour  les  puissants  et  la 
bigoterie. 

Malgré  la  colère  du  roi,  Laud  fut  nommé  vi- 
caire de  Stanford  en  1607,  recteur  de  North 
Kilworth  en  1608  et  la  même  année  chapelain 
de  Neile,  évêque  de  Rochester.  La  protection  de 
Neile  l'emporta  sur  l'hostilité  d'Abbot,et  Jacques, 
après  une  longue  entrevue  avec  Laud,  lui  conféra 
une  prébende  à  Westminster.  En  1611  il  devint 
président  du  collège  Saint-John  à  Oxford.  Il 
obtint  peu  après  le  titre  de  chapelain  du  roi,  et 
en  1616  celui  de  doyen  de  Glocester.  En  1617 
il  accompagna  Jacques  en  Ecosse  et  travailla  de 
toutes  ses  forces  à  remanier  l'Église  presbyté- 
rienne dans  un  sens  anglican.  Son  zèle  fut  ré- 
compensé par  l'évôchéde  Saint-David,  le  18  no- 
vembre 1621.  En  mai  1622,  une  conférence  eut 
lieu  entre  lui  et  le  jésuite  Fisher,  en  présence 
du  marquis  de  Buckingham.  Le  15  juin  il  devint 
G.  de  Buckingham.  C'est  par  cette  lettre  initiale 
que  Laud,  dans  son  Journal  {Diary),  désigne  sa 
position  auprès  du  favori  du  roi.  On  a  beaucoup 
disputé  sur  cette  initiale,  que  les  uns  traduisent 
par  chapelain,  les  autres  par  confesseur.  Le 
journal  de  Laud  fait  peu  d'honneur  à  son  intel- 
ligence; il  y  est  beaucoup  question  de  rêves  et 
de  présages.  Le  14  décembre  1622,  il  rêva  que 
Williams ,  garde  du  grand  sceau ,  était  mort. 
Williams  et  Abbot  étaient  les  deux  principaux 
obstacles  à  sa  grandeur.  Le  premier  tomba  dans 
la  disgrâce,  le  second  fut  emprisonné  pour  un 
homicide  involontaire.  Sous  Charles  I*"",  fils  et 
successeur  de  Jacques,  la  fortune  de  Laud  gran- 
dit rapidement.  En  1626  il  fut  nommé  évêque 
de  Bath  et  Wells  et  doyen  de  la  chapelle  royale. 
Le  8  mars  il  rêva  qu'il  était  réconcilié  avec 
l'Église  de  Rome.  Un  rapprochement  avec  cette 
Église  était  depuis  longtemps  et  fut  plus  que  ja- 


879  LAUD 

mais  f objet  de  ses  pensées.  11  devint  en  \6Y7 
conseiller  privé  et  évêque  de  Londres  en  1628. 
Laniortde  Buckingham,  son  ancien  protecteur, 
lui  laissa  la  première  place  dans  les  conseils  de 
Charles  I".  Ce  fut  vers  ce  temps  que  commença 
son  étroite  union  avec  Strafford. 

Laud  se  signala  en  persécutant  les  puritains  et 
les  autres  sectaires  religieux.  Un  médecin.nommé 
Leighton,  auteur  d'un  livre  contre  les  évoques, 
fut  condamné  par  la  chambre  étoilée  à  avoir  les 
oreilles  coupées ,  le  nez  fendu ,  le  front  marqué 
au  fer  rouge,  et  à  être  fouetté.  Cette  sentence  fut 
le  signal  de  beaucoup  d'autres,  aussi  injustes  et 
aussi  cruelles.  Le  prélat  qui  en  était  l'instiga- 
teur fut  choisi  pour  chancelier  de  l'université 
d'0\ford  en  1630,  et  succéda  à  son  ancien  ad- 
versaire Abbot  dans  l'archevêché  de  Cantorbery, 
le  16  août  1633.  Vers  le  même  temps,  le  pape 
lui  fit  offrir  le  chapeau  de  cardinal  ;  mais  Laud 
n'osa  pas  rompre  ouvertement  avec  la  réforme, 
et  déclara  que  quelque  chose  en  lui  s'opposait 
à  ce  qu'il  acceptât  cette  dignité  tant  que  Rome 
ne  serait  pas  autre  qu'elle  était.  Cependant  il  se 
rapprochait  autant  que  possible  de  la  discipline 
romaine,  et  dans  un  voyage  qu'il  fit  en  Ecosse 
en  1634, à  la  suite  du  roi,  il  s'efforça  d'intro- 
duire dans  l'Église  écossaise  les  innovations 
qu'il  se  proposait  d'appliquer  à  l'Église  angli- 
cane. Cet  essai  eut  d'abord  une  apparence  de 
succès,  et  finit  par  provoquer  une  explosion  qui 
commença  la  ruine  de  Charles  î*^. 

Laud  était  au  comble  du  pouvoir.  Il  avait 
placé  dans  le  ministère  deux  de  ses  créatures, 
Windebank  et  le  docteur  Juxon  ;  il  réunissait 
au  titre  de  primat  celui  de  lord-trésorier,  et,  pos- 
sesseur à  la  fois  du  pouvoir  spirituel  et  du  pou- 
voir temporel,  il  pouvait  faire  emprisonner  et 
mutiler  ceux  qui  ne  pensaient  pas  comme  lui. 
Williams,  évêque  de  Lincoln,  ex-garde  du  grand 
sceau,  et  auteur  d'un  livre  dans  lequel  il  raillait 
quelques-unes  des  innovations  du  primat,  fut 
condamné  à  10,000  livres  sterling  d'amende ,  à 
rester  en  prison  selon  le  bon  plaisir  du  roi,  et 
fut  révoqué  de  ses  fonctions  ecclésiastiques. 
Osbaldeston,  recteur  de  l'école  de  Westminster, 
pour  avoir  dans  une  lettre  particulière  écrit 
quelques  injures  qui  pouvaient  s'appliquer  .à 
Laud,  fut  condamné  à  être  marqué  au  fer  rouge, 
à  être  exposé  au  pilori  et  à  avoir  les  oreilles 
clouées  au  poteau.  Des  peines  encore  plus  bar- 
bares punirent  les  délits  de  presse  de  Prynne, 
de  Bastwick,  de  Burton,  de  Lilburne ,  de  War- 
toQ.  Une  ordonnance  de  la  chambre  étoilée  dé- 
fendit à  toute  personne  «  d'imprin>er  un  livre  ou 
an  pamphlet  sans  Vimprimatur  de  l'arche- 
vêque de  Cantorbery  ou  de  l'évêque  de  Londres, 
ou  sans  celui  des  chanceliers  des  universités  de 
Cambridge  et  d'Oxford;  aucun  livre  venu  de 
l'étranger  ne  pourrait  être  mis  en  vente  sans 
avoir  été  examiné  par  l'archevêque  de  Cantor- 
bery ou  par  l'évêque  de  Londres  ;  toute  per- 
sonne qui  imprimerait  ou  qui  aurait  des  presses 


880 
sans  autorisation  serait  exposée  au  pilori  et 
fouettée  publiquement.  »  Ces  mesures  ne  purent 
comprimer  dans  la  nation  l'esprit  d'indépen- 
dance ,  et  Charles  P''  fut  forcé  de  convoquer 
un  parlement  le  3  novembre  1640.  Dès  le  18  dé- 
cembre la  chambre  des  communes  envoya 
à  la  chambre  des  lords  une  accusation  contre 
Laud,  qui  fut  envoyé  à  la  Tour.  Il  y  resta  plus 
de  trois  ans  dans  une  étroite  captivité,  et  privé 
de  tous  ses  revenus  ecclésiastiques.  Enfin,  le 
12  mars  1644,  il  comparut  devant  la  chambre 
des  pairs.  Les  charges  contre  lui  étaient  nom- 
breuses et  graves  ;  mais  aucune  ne  pouvait  être 
légalement  qualifiée  de  haute  trahison»  Les  com- 
munes, fatiguées  de  voir  les  débats  se  prolonger 
indéfiniment,  substituèrent, le  21  novembre,  à 
leur  acte  d'accusation  un  acte  de  proscription  ou 
d'attainder.  Les  lords  l'acceptèrent  le  4  janvier 
1645,  et  Laud  fut  conduit  au  supplice  le  10  jan- 
vier. Il  subit  la  mort  avec  courage.  L'injustice 
et  l'illégalité  de  l'acte  qui  le  frappa  sont  généra- 
lement reconnues.  Mais  c'est  à  tort  que  certains 
anglicans  zélés  ont  voulu  faire  un  martyr  de 
celui  qui  fut  un  cruel  persécuteur.  Le  primat  ne 
souffrit  rien  qu'il  n'eût  fait  souffrir  aux  autres. 
La  pureté  de  ses  mœurs ,  sa  libéralité  souvent 
rappelée  par  ses  apologistes  ,  les  dons  qu'il  fit 
à  l'université  d'Oxford ,  les  monuments  qu'il  y 
éleva  méritent  sans  doute  des  éloges,  mais  n'ex- 
cusent pas  les  torts  de  sa  vie  publique.  Son  in- 
telligence était  cultivée,  mais  d'une  médiocre 
portée.  Il  paraît  qu'il  ne  comprit  pas  bien  où  le 
conduisaient  ses  doctrines  rehgieuses,  et  qu'en 
se  rapprochant  du  catholicisme  romain  il  croyait 
rester  fidèle  à  l'Église  anglicane.  Sur  l'échafaud 
il  déclara  avec  une  énergie  sincère  qu'il  avait 
vécu  et  qu'il  mourait  dans  la  profession  de  la 
religion  protestante  établie  en  Angleterre. 

Les  productions  peu  nombreuses  qui  nous  res- 
tent de  Laud  prouvent  qu'il  consacra  plus  dp 
temps  aux  affaires  qu'à  l'étude,  et  ne  donnent  pas 
une  grande  idée  de  son  savoir  ;  elles  consistent 
en  Sept  Sermons  imprimés  séparément  et  réunis 
en  1651,  in-8°  ;  en  de  Courtes  Remarques  sur 
la  vie  et  sur  la  m,ort  de  Jacques  r^;  en  une 
Réponse  à  la  Remontrance  faite  par  la  Cham- 
bre des  Communes  en  juin  1628  ;  en  un  Offi- 
cium  quotidianum,  ou  Manuel  de  dévotions 
privées;  1650,  in-8°.  Son  Diary,  journal  mi- 
nutieux de  tous  les  faits  de  sa  vie  et  de  ses 
plus  secrètes  pensées,  fut  publié  de  son  vivant 
par  Prynne,  un  de  ses  plus  implacables  ennemis. 
Prynne  n'en  donna  que  les  extraits  la  plus  dé- 
favorables au  prélat.  Wharton,  pour  défendre 
la  mémoire  de  Laud ,  inséra  intégralement  le 
JDiary  en  tête  d'une  Histoire  des  Souffrances  et 
Jugement  de  l'archevêque  Laud  écrite  par 
lui-même;  1694,  in-fol.;  il  y  ajouta  le  discours 
que  Laud  fit  sur  l'échafaud  ;  son  testament  fait 
à  la  Tour,  13  janvier  1543  (1644);  ses  Remar- 
ques sur  le  Chef-d'Œuvre  de  Rome  ,  ou  la 
grande  conspiration  du  pape  et  des  jésuites. 


881 


ses  suppôts,  pour  extirper  la  religion  pro^ 
testante,  etc.  Un  second  volume  des  Remains 
0/  Archbishop  Laud,  written  by  Mmself , 
recueillis  par  Wharton,  parut  en  1700,  in-fol. 
Dix-huit  lettres  de  Laud  à  Gérard  Vossius  ont 
été  publiées  par  Colomiès  dans  ses  Epistolse 
Gerardi  Vossii;  1690,  in-fol.;  quelques  autres 
lettres  de  ce  prélat  se  trouvent  parmi  celles  de  l'ar- 
chevêque Usher  ;  Londres,  1680,  in-fol.  L.  J. 
Prynne,  Breviate  of  the  life  of  fyill.  Laud,  extracted 
for  tlie  most  part  ont  ofhis  owne  Diary  ;  Londres,  1644, 
in-fol.—  Ileyiin,  Cyprianus  anglicus,  orhistory  of  the 
lifé  and  death  of  Jf^ill.  Laud;  Londres,  1668,  in-S".  — 
Wharton,  Troubles  and  Tryal  of  the  most  révérend 
fatàer  in  God  and  blessed  martyr  TFill.Laud,  to  whick 
is  preftxed  the  Diary  of  his  own  life;  Londres,  1794, 
In-fol.  —  Clarendon,  History  of  the  Rébellion.—  Brunet, 
History  of  his  own  Times.  —  Chaufepié,  Diction.  Hist. 
—  Biographia  Britannica.  —  Laud,  Life  and  Times  of 
^ill.Laud;  Londres,18S9,  In-S". 

LACDATi  (  Giosef/o  ) ,  peintre  de  l'école  ro- 
maine, né  à  Pérouse,  en  1672,  vivait  encore  en 
1718.  Il  fut  élève  dans  sa  patrie  de  Montanini, 
et  à  Rome  de  Carlo  Maratta,  qui  avait  pour  lui 
une  vive  prédilection.  En  1700,  il  revint  à  Pé- 
rouse, qu'il  enrichit  de  beaux  ouvrages ,  et  ne 
contribua  pas  peu  par  son  exemple  à  ramener 
les  peintres  de  l'Ombrie  à  une  manière  plus  cor- 
recte. On  voit  de  lui  dans  l'église  de  Saint-Do- 
minique une  Sainte  Rose  de  Lima ,  et  un  ta- 
bleau qui  passe  pour  son  chef-d'œuvre.  Saint 
Pie  V  donnant  pour  relique  à  l'ambassadeur 
de  Pologne  une  poignée  de  terre  prise  sur  la 
place  du  Vatican.  E,  B — n. 

Orlandi,  Abbecedario.  —  Lanzl,  Storia  Pittorica.  — 
Ticozzi ,  Dizionario.  —  Garabini,  Guida  di  Perugia.  — 
Slret,  Dict,  hist.  des  Peintres. 

LABDER  {Guillaume),  imposteur  littéraire, 
né  en  Ecosse,  vers  1710,  mort  aux  Barbades, 
en  1771.  Il  étudia  à  l'université  d'Edimbourg  et 
y  enseigna  le  latin.  Il  publia  en  1739  une  édition 
des  Psaumes  de  Johnson,  et  fut  nommé  maître 
de  l'école  de  Dundee  en  1742.11  se  rendit  ensuite 
à  Londres,  et  en  1747  il  commença  à  publier  dans 
le  Gentleman's  Magazine  des  articles  sur  les 
plagiats  de  Milton,  qu'il  réunit  en  1751  sous  le  titre 
de  An  Essay  on  Milton's  use  and  imitation 
of  the  modems  in  his  Paradise  Lost  ;  1751, 
in-8°.  Ses  citations,  si  elles  avaient  été  authen- 
tiques, auraient  prouvé  que  Milton  a  copié  Mas- 
senius ,  Staphorstius ,  Taubmannus  et  autres  ; 
mais  ces  citations,  comme  le  prouva  le  docteur 
Douglas,  ont  été  fabriquées  par  Lauder  lui-même 
ou  prises  dans  une  traduction  latine  du  Paradis 
perdu  par  Alexandre  Hog.  L'imposteur,  con- 
fondu, fut  contraint  de  signer  un  aveu  de  son 
mensonge ,  que  Samuel  Johnson  rendit  public. 
Il  retourna  cependant  à  la  charge  contre  Milton 
dans  un  pamphlet  intitulé  :  The  grand  Im- 
postor  detected,  or  Milton  convicted  offor- 
gery  against  Charles  1er,  1754.  cet  ouvrage 
fut  reçu  avec  dégoût,  et  l'auteur,  généralement 
méprisé,  alla  tenir  une  école  aux  Barbades,  où  il 
mourut.  Z. 

Douglas,  Milton  vindicated  from  the  charge  of  pla- 
giarism;  1761,  in-8».  —  NicUols,  howyer.  —  Chalmers, 


LAUD  —  LAUDERDALE  882 

Life  of  Ruddiman.  —  Boswell,  Life  of  Johnson.  — 
Chalmers,  General  Biographical  Dictionary. 

LAUDER  (Sir  Thomas-Dick),  littérateur  an- 
glais, né  en  1784,  mort  le  29  mai  1848,  près 
Edimbourg.  Il  appartenait  à  une  famille  de  ba- 
ronets d'Ecosse  ,  cultiva  les  lettres  dès  sa  jeu- 
nesse, et  fut  admis  à  la  Société  royale  d'Edim- 
bourg. Collaborateur  du  Blackwood's  Maga- 
zine ,  dès  sa  fondation  ,  il  inséra  de  nombreux 
articles  dans  ce  recueil  et  dans  d'autres  feuilles 
du  même  genre;  un  de  ses  premiers  romans, 
Simon  Roy,  gardener  al  Dumphail ,  attira 
l'attention  du  public  au  point  d'en  faire  attribuer 
la  paternité  à  l'auteur  de  Waverley.  On  a  encore 
de  lui  :  Lochandhu  et  The  Wolfe  of  Bade- 
noch,  romans;  — The Purallel roads  ofGlen- 
roy,  notice  géologique  imprimée  dans  le  tome  IX 
des  Afémoî?^es  de  la  Société  royale  d'Edimbourg; 
—  Account  of  the  great  jïoods  of  august 
1829  in  the  province  of  Moray  and  the  ad- 
joining  districts  ;  Y.à\v£\ho\ixg,  1830,  in-8°;  — 
Highland  rambles,  with  long  taies  to  shor- 
ten  the  tvay  ;  ibid.,  183-7,  2  vol.  in-8°;  —  Le- 
gendary  Taies  of  the  Highlands;  ibid.,  1841, 
3  vol.  inl2;  —  Tour  round  the  coasts  of 
Scotland;  ibid.,  1842,  in-4°;  —  Mémorial  of 
the  royal  progress  in  Scotland;  ibid.,  1843; 
— Farquharson  of  Inverey  et  Donald  Lamont, 
nouvelles  qui  font  partie  des  Edinburgh  Taies, 
publiés  par  M™^  Johnstone;  Edimbourg,  1845- 
1846,  3  vol.  P.  L— Y. 

Peerage  uf  Scotland.  —  Cyclopsedia  of  English  Biogr. 
LAUDERDALE  {John  Maitland,  duc  de), 
homme  d'État  écossais ,  né  à  Lethington,  le 
24  mai  1616,  mort  à  Tunbridge,  le  24  août  1682. 
Il  était  fils  de  John,  second  lord  Maitland  de 
Thirlstane  et  premier  comte  de  Lauderdale.  Il 
fut  élevé  dans  les  doctrines  de  l'Église  réformée 
d'Ecosse,  et  reçut  en  même  temps  une  bonne 
éducation  littéraire.  11  entra  de  bonne  heure 
dans  la  vie  publique ,  se  joignit  aux  insurgés 
écossais  de  1638,  et  fut  un  des  plus  zélés  par- 
tisans du  Covenant.  Sa  politique  tortueuse  et 
brutale  apparaît  dans  tous  les  actes  qui  abaissè- 
rent la  puissance  de  Charles  l"  devant  le  par- 
lement d'Ecosse  et  le  fanatisme  des  covenan- 
ters.  Il  prit  une  part  secrète  au  marché  qui  livra 
ce  prince  au  parlement  d'Angleterre ,  et  fut  un 
de  ceux  qui  dénoncèrent  avec  le  plus  de  véhé- 
mence cette  transaction  quand  elle  fut  accom- 
plie. Pensant  que  Charles  l"  était  assez  abattu 
pour  subir  toutes  les  conditions  de  ses  sujets,  et 
que  les  covenanters  avaient  intérêt  à  maintenir 


un  prince  qui  ne  pourrait  rien  leur  réfuser,  il 
alldtrouver  leroi,  qui  jouissait  à  Hampton-Court 
d'une  apparence  de  liberté,  et  lui  promit  que  les 
Écossais  le  rétabliraient  sur  le  trône.  Mais  les 
conditions  de  cette  restauration  étaient  si  dures 
que  Charles  l^"  les  repoussa  d'abord.  Cependant 
quelques  mois  après,  n'ayant  plus  d'autre  espoir, 
il  céda  aux  instances  de  Lauderdale,  et  signa,  le 
26  décembre  1647,  dans  sa  prison  de  l'île  de 


883 


"Wiglit,  les  articles  par  lesquels  il  consentait, 
entre  autres  choses  à  soumettre  l'Église  de  ses 
États  aux  règlements  du  Covenant;  les  Écossais 
stipulèrent  de  leur  côté  qu'ils  lèveraient  une  ar- 
mée ,  et  entreraient  en  Angleterre  pour  rétablir 
le  roi  sur  le  trône.  Ce  traité  est  désigné  dans 
l'histoire  d'Ecosse  sous  le  nom  &  Engagement. 
Lauderdale  s'occupa  activement  de  le  mettre  à 
exécution,  et  se  rendit  en  Hollande  pour  presser 
le  prince  de  Galles  de  venir  prendre  le  comman- 
dement de  l'armée  écossaise.  Mais  il  s'acquitta 
de  sa  commission  avec  une  brutalité  qui  la  fit 
échouer.  Il  revenait  en  Ecosse  lorsqu'il  apprit 
que  les  troupes  du  Covenant  avaient  été  battues 
par  les  Anglais,  et  que  le  parlement  d'Ecosse 
menaçait  d'une  punition  sévère  les  auteurs  de 
l'engagement.  Il  retourna  donc  à  La  Haye  auprès 
du  jeune  prince,  et  le  suivit  en  Ecosse  en  1650. 
Charles  II,  entouré  à  Edimbourg  de  sectaires 
qui  lui  étaient  odieux,  s'attacha  à  Lauderdale,  qui 
était  un  peu  moins  intraitable  que  les  autres. 
Celui-ci  l'accompagna  dans  son  expédition  en 
Angleterre,  et  fut  fait  prisonnier  à  la  bataille  de 
"Worcester.  Il  resta  neuf  ans  enfermé  soit  à  la 
Tour,  soit  dans  d'autres  places  de  captivité. 
Rendu  à  la  liberté  par  Monk  en  1660,  il  alla  re- 
trouver à  La  Haye  Charles  II,  qui  immédiatement 
après  la  restauration  le  nomma  secrétaire  d'Etat 
pour  l'Ecosse.  Les  places  de  président  du  Con- 
seil, premier  commissaire  de  la  trésorerie,  lord 
de  la  session,  lord  de  la  chambre,  gouverneur 
du  château  d'Edimbourg,  ne  tardèrent  pas  à  lui 
être  conférées.  Il  partageait  le  gouvernement  de 
l'Ecosse  avec  les  comtes  de  Middleton  et  de 
Rothes,  aussi  zélés  pour  l'épiscopat  que  lui-même 
l'était  pour  le  Covenant.  Son  influence  l'emporta 
sur  celle  de  Middleton  et  Rothes,  qui  furent  dis- 
graciés l'un  en  1662,  l'autre  en  1667,  et  H  attei- 
gnit le  plus  haut  degré  de  puissance  qu'un  sujet 
ait  jamais  exercée  en  Ecosse.  11  en  fit  d'abord 
un  bon  usage,  et  plus  d'une  fois  il  résista  aux 
volontés  du  roi  lorsqu'elles  lui  parurent  nuisibles 
à  son  pays;  cependant  il  ne  cessa  pas  de  grandir 
dans  la  faveur  royale,  et  bientôt  il  devint  évi- 
dent que  son  indépendance  n'avait  été  qu'un 
moyen  de  gagner  la  popularité  ;  au  fond  il  était 
disposé  à  tout  ce  que  la  royauté  exigerait  de  lui. 
Il  mit  de  côté  ses  principes  et  ses  préjugés  tou- 
chant l'Église  et  l'État,  et  alternativement  flatta, 
insulta,  courtisa  et  persécuta  les  partisans  de 
l'épiscopat  et  les  presbytériens,  les  tories  et  les 
wbigs  selon  que  le  demanda  la  politique  chan- 
geante de  Charles  IL  En  récompense  de  ce  dé- 
vouement sans  scrupules,  le  roi  le  combla  de  di- 
gnités. Le  2  mai  1672  il  fut  créé  marquis  de 
March,  et  duc  de  Lauderdale  le  2  juin  1673,  il 
reçut  la  jarretière ,  et  le  25  juin  1674  il  fut  élevé 
à  la  pairie  anglaise  sous  les  titres  de  vicomte 
Peter sham  et  comte  de  Guilford,et  admis  vers 
le  même  temps  dans  le  conseil  privé.  Il  s'associa 
aux  membres  les  plus  influents  du  conseil,  et 
forma  avec  eux  le  cabinet  désigné  sous  le  nom 


LAUDERDALE  884 

de  Cabale  (1).  Dans  ce  cabinet,  qui  passe  pour 
la  plus  détestable  administration  qu'ait  eue 
l'Angleterre,  Lauderdale  se  distingua  peu  hono- 
rablement. «  Bruyant  et  grossier  dans  ses  joies 
comme  dans  ses  colères  ,  dit  Macaulay,  il  était 
peut-être,  sous  les  dehors  d'une  pétulante  fran- 
chise, le  plus  méprisable  des  membres  de  la 
Cabale....  Les  cavaliers  le  tenaient  pour  un 
traître  d'une  pire  espèce,  s'il  était  possible,  que 
ceux  qui  avaient  siégé  dans  la  haute-cour  de 
justice.  11  parlait  souvent  avec  une  gaîté  fanfa- 
ronne de  l'époque  où  il  était  fanatique  et  rebelle. 
Devenu  l'agent  principal  que  la  cour  employait 
à  établir  de  force  dans  son  pays  la  suprématie 
épiscopale,  il  n'épargna  pas  l'usage  impitoyable 
de  l'épée,  de  la  corde  et  de  la  torture,  pour 
l'accomplissement  de  son  œuvre.  Cependant  ceux 
qui  le  connaissaient  savaient  bien  que  les  trente 
dernières  années  n'avaient  en  rien  changé  ses 
sentiments  réels ,  qu'il  haïssait  la  mémoire  de 
Charles  I«=',  et  qu'il  préférait  l'Église  presbyté- 
rienne à  toute  autre  Église.  "  Le  pouvoir  de  la 
Cabale  ne  fut  pas  durable;  mais  Lauderdale,  en 
cessant  de  prendre  part  à  l'administration  de 
l'Angleterre,  continua  d'avoir  la  haute  main  dans 
le  gouvernement  de  l'Ecosse.  En  1680  son  in- 
fluence déclina  sensiblement,  et  l'arrivée  du  duc 
d'York  en  Ecosse  porta  le  dernier  coup  à  son 
autorité.  Toutes  ses  places  et  ses  pensions  lui 
furent  retirées  en  1682.  Il  ne  survécut  que 
quelques  mois  à  sa  disgrâce.  Il  fut  deux  fois 
marié,  et  ne  laissa  qu'une  fille,  qui  épousa  le 
marquis  de  Tweedale.  Z. 

Burnet.  Hyslory  of  kis  own  Urne.   —  Macaulay,  His- 
tory  of  England,  t.  I.  —  Lodge,  Portraits,  vol.  VI. 

LACDËRDALE     (  JamCS    MAITLA.ND ,      COmtC 

DE),  homme  d'État  anglais,  né  en  Ecosse,  en 
1759,  mort  en  1839.  Après  avoir  fait  de  bonnes 
études  à  Glascow ,  il  entra  dans  la  vie  politique 
sous  le  nom  de  lord  Maitland ,  et  bientôt,  par 
suite  de  l'influence  de  sa  famille,  fut  nommé 
membre  du  parlement  pour  les  bourgs  écossais 
de  Lauder  et  de  Jedburg.  Il  vint  prendre  place 
parmi  les  whigs ,  qui  formaient  alors  l'opposi- 
tion. En  1787  il  fit  partie  de  la  commission 
des  commîmes  chargée  de  diriger  l'acte  d'accu- 
sation contre  l'ancien  gouverneur  général  du  Ben- 
gale, W.  Hastings.  On  sait  l'éclat  et  le  retentis- 
sement qu'eut  dans  toute  l'Europe  ce  mémorable 
procès ,  où  figuraient  comme  leaders  de  l'accu- 
sation les  trois  plus  grands  orateurs  de  l'époque  : 
Burke ,  Fox  et  Sheridan.  On  sait  aussi  le  dé- 
noùment,  et  qu'après  bien  des  délais  et  des  dé- 
penses énormes ,  la  chambre  des  lords  renvoya 
l'accusé  avec  une  simple  expression  de  blâme 
(  voir  Hastings  et  l'excellente  article  de  Macau- 
lay dans  ses  Essais  ).  A  la  mort  de  son  père,  en 
1789,  lord  Maitland  succéda  au  titre  de  Lau- 


(1)  11  arriva,  par  une  coïncidence  bizarre,  que  les  ini- 
tiales des  noms  des  cinq  membres  du  cabinet  composaient 
leinotCoôa;  (Cabale)  :  CllHord,  Arlington,  Buckingham, 
Ashley  et  Lauderdale. 


885 


LAUDERDALE  —  LAUDIN 


886 


derdale,  et  fut  choisi  un  des  seize  pairs  d'Ecosse. 
Il  resta  fidèle  à  ses  opinions  politiques  et  à  son 
parti ,  et  se  distingua  par  son  énergie  d'opposi- 
tion.  Il    combattit  les    mesures  prise*  contre 
Tippoo-Saïb;  et  quand  éclata  la  révolution  fran- 
çaise, il  se  prononça  hautementensa  faveur.Ayant 
fait  le  voyage  de  France  pour  mieux  étudier  les 
événements,  il  forma  une  liaison  intime  avec 
Brissot  et  les  principaux  girondins.  A  son  re- 
tour, il  attaqua  les  vues  et  les  préparatifs  de  la 
coalition,  !e  projet  d'armement  de  la  milice,  le 
bill  qui  suspendait  Vhabeas  corpus ,  et  les  au- 
tres mesures  de  l'administration  de  Pitt,  dont 
l'objet  était  de  faire  la  guerre  à  la  France.  Ses 
efforts  ne  pouvaient  avoir  que  peu  de  succès 
dans  la  chambre  des  lords,  où  l'intérêt  rendait 
les  opinions  inflexibles.  Il  résolut  de  donner  sa 
démission  de  pair  d'Ecosse,  et  de  se  faire  élire  à 
la  chambre  des  communes.  A  cet  effet,  il  devint 
citoyen  de  Londres,  s'associa  à  la  société  des 
fabricants  d'aiguilles ,  et  brigua  la  place  de  she- 
riff  ;  mais  il  ne  put  obtenir  un  nombre  suffisant 
de  voix.  Ses  projets  ayant  échoué,  il  exposa  dans 
une  brochure  les  opinions  qu'il  voulait  faire  triom  - 
pher,  et  leur  donna  une  grande  publicité.  Dans 
les  années  qui  suivirent ,  il  publia  d'autres  écrits, 
inspirés  parles  questions  du  moment,  sur  les 
finances,  les  affaires  de  l'Inde,  et  la  circulation 
du  papier-monnaie.  Le   plus  remarquable  fut 
celui  qui  avait  pour  titre  :  An  Inquiry  in  the 
nature  and  origin  of  public  ■pFea/^A  (Recher- 
ches sur  la  nature  et  l'origine  de  la  richesse  pu- 
blique ) ,  1804,  et  qui  en  peu  de  temps  eut  trois 
éditions.  Lorsqueaprès  la  mort  de  Pitt,  au  com- 
mencement de  1806,  les  whigs  parvinrent  enfin 
au  pouvoir,  lord  Lauderdale  fut  créé  baron  de 
la  Grande-Bretagne,  reçut  un  siège  dans  le  con- 
seil privé ,  et  devint  garde  du  grand  sceau  d'E- 
cosse. Cette  dernière  place  était  d'un  revenu 
considérable.  Ce  fut  dans  le  cours  de  1806  qu'il 
fut  envoyé  près  de  Napoléon,  comme  ambassa- 
deur extraordinaire,  pour  traiter  de  la  paix.  Ces 
négociations  n'aboutirent  point,  et  il  quitta  Paris 
lorsque  l'empereur  partit  pour  la  campagne  de 
Prusse.  Vers  la  fin  de  la  même  année,  la  mort 
de  Fox  disloqua  le  ministère.  La  crise  du  con- 
tinent facilita  aux  tories  les  moyens  de  ressaisir 
le  pouvoir,  et  lord  Lauderdale  se  retira  avec  ses 
amis  politiques.  Toujours  dévoué  aux  idées  libé- 
rales ,  prises  dans  le  sens  le  plus  large  et  le  plus 
beau  du  mot,  il  continua  à  voter  avec  l'oppo- 
sition. Survint  la  chute  de  l'empire  en  France 
et  la  captivité  de  Sainte-Hélène.  Dès  1816  lord 
Holland,  un  des  principaux  chefs  des  whigs, 
saisit  l'occasion  de  s'élever  contre  la  détention 
de  l'empereur,  et  présenta  une  motion  pour  que 
la  liberté  lui  fût  rendue.  Lord  Lauderdale  la 
soutint  avec  une  noble  énergie;  mais  lord  Ba- 
thurst ,  ministre  des  colonies ,  la  fit  rejeter.  Le 
reste  de  sa  cai-rière  présente  peu  de  faits  mémo- 
rables :  C'est  la  continuation  de  la  même  lutte, 
mais  avec  peu  de  résultats.  Ainsi,  en  1817  il  s'op- 


posa de  nouveau  à  la  suspension  de  Vhabeas  cor- 
pus. Plusieurs  fois  il  se  prononça  aussi  contre  la 
loi  de  Yaiien  bill  dirigée  contre  les  étrangers,  et 
qui  a  fini  par  être  abolie.  Les  écrits  qu'il  a  publiés 
témoignent  de  ses  lumières  et  de  ses  vues  élevées 
comme  publiciste,  et  ceux  qui  concernent  les 
finances ,  d'une  connaissance  profonde  du  sujet. 
En  1809  il  avait  publié  une  brochure  intitulée  : 
Recherches  sur  le  mérite  pratique  du  sys- 
tème du  ijouvernement  de  V Inde  sous  la  sur- 
intendance de  la  commission  du  contrôle, 
dont  plusieurs  vues  ont  été  citées  en  1858  lors  de 
la  discussion  qui  a  eu  pour  résultat  de  faire 
passer  à  la  couronne  le  gouvernement  de  l'Inde. 
J.  Chandt. 

English  Biography.  —  Parlamentary  Records. 
LAVDIN  (  Jean  ) ,  émailleur  français  ,  né  en 
1616,  mortà  Limoges,  en  novembre  1688.  M.  de 
La  Borde  a  dit  de  lui  :  «  Une  trop  grande  pro- 
duction lui  attira  comme  à  Pierre  Raymond  une 
sorte  de  déconsidération  ;  l'estime  de  son  talent 
fut  influencée  par  l'échelle  décroissante  de  ses 
prix  ;  on  rejette  un  Laudin  avant  de  l'avoir  re- 
gardé, et  souvent,  après  avoir  considéré  attenti- 
vement la  précision  de  ses  contours  ,  le  fondu  de 
ses  grisailles,  on  se  reproche  des  préventions 
peut-être  trop  sévères ,  et  l'on  soutient  les  en- 
chères. Il  a  répété  à  satiété ,  et  pour  ainsi  dire  à 
la  mécanique,  les  douze  Césars  ».  Il  signait  /.  L. 
ou  Laudin,  au  faubourg  de  Manigue.  On  cite 
surtout  delui  :  Saint  Bruno  (Cabinet  de  M.  l'abbé 
Texier  )  ;  ^  La  Madeleine  au  pied  de  la  croix 
(delà  c-ollect.  du  signataire  de  cet  article  ),  une 
de  ses  œuvres  les  plus  belles.  Désespérant  de 
peindre  les  traits  de  la  douleur,  l'artiste  a  caché 
presque  contre  terre  le  visage  de  la  Madeleine. 
M.  A.  (de  Limoges). 
Registres  de  Saint-Maurice  à  Limoges.  —  Texier,  Essai 
sur  les  Émailleurs.  —  De  La  Borde  ,  Notice  des  Émaux 
du  Louvre.  —  Maurice  Ardant,  Émailleurs  et  Émaillerie 
de  Limoges. 

LAUDIN  (Joseph),  émaiUeur,  né  en  1667, 
mort  à  Llmoges,en  novembre  1727.  On  a  dekii  : 
des  chasses  et  pêches,  le  Portrait  d'Éléo- 
nore  Galigai ,  au  Louvre.  Dans  des  collections 
particulières  :  Jahel  ;  —  La  Mort  de  Marianne  ; 
—  Judith  tenant  la  tête  d'Holopherne  ;  —  La 
Flagellation ,  etc.  Au  musée  de  Dijon ,  sous  la 
marque  IL,  initiales  des  noms  précédents,  sont 
Angélique  et  Médor  avecZe  Festin  des  dieux  de 
l'OlympeetLes  Noces  de  Psyché;  —  Saint  Mar- 
tin partageant  son  manteau  avec  im  pauvre. 
Quand  l'émail  ne  porte  que  les  initiales  IL,  il  est 
assez  difficile  de  préciser  celui  des  Laudin  qui  en 
est  l'auteur.  M.  A. 

L,AUDïN(yVoé/)Ze7'eî<J2e,  émailleur,  né  en  1657, 
mort  à  Limoges,  le  28  octobre  1727.  Il  travailla 
à  la  cour,  sous  les  yeux  du  régent,  et  fut,  dit-on, 
maître  de  dessin  de  ce  prince.  Sur  la  demande 
du  cardinal  de  Larochefoucauld,  il  fit  le  Portrait 
du  pape  Benoit  XIV,  qu'on  trouva  d'une  res- 
semblance parfaite;  mais  de  tous  ses  émaux 
ceux  qu'on  estime  le  plus  sont  des  plaques  de 


887 


LAUDIN  —  LAUDON 


23  centimètres  de  largeur  sur  16  de  hauteur,  et 
qui  servent  de  cartons  d'autel  à  la  cathédrale  de 
Limoges.  Elles  représentent  la  Mort  (PAbel ,  le 
Sacrifice  d'Abraham,  les  Noces  de  Cana,  VA- 
doration  des  Mages  et  Le  Christ  sur  la  croix, 
avec  les  prières  latines.  Noël  Laudin  signait, 
Naudin,  en  mariant  la  lettre  n  à  la  lettre  l,  ce 
qui  l'a  fait  appeler  Naudin  par  certains  auteurs. 
Cette  signature  variait  quelquefois.  Les  produc- 
tions de  Noël  Laudin  sont  nombreuses  :  le  Louvre 
et  le  musée  de  Cluny  en  possèdent  de  remar- 
quables. Au  musée  de  Limoges,  sur  un  émail  en 
forme  de  bouclier  rond ,  V Empereur  Auguste  à 
cheval  est  également  un  bel  ouvrage.  «  Noël  Lau- 
din, a  dit  M.  de  La  Borde  sans  distinguer  lequel 
des  deux  émailleurs  de  ce  nom,  trouva  une  cer- 
taine réputation  et  de  l'aisance  à  peindre  sur  émail  ; 
il  fut  habile  dans  la  technique  de  cet  art  ;  mais 
s'il  imita  quelquefois  Philippe  de  Champagne,  il 
imita  souvent  Mignard  dans  sa  mauvaise  ma- 
nière. »  Martial  Audoin. 

Registres  de  Saint- Maurice.  —  De  La  Borde ,  JVo- 
tice  des  Émaux  du  I/)uvre.  —  Maurice  Ardant,  Èmail- 
lerie  de  Limoges.  —  Texler  Olivier,  Statistique  de  la 
Haute- tienne,  p.  417. 

LACOivio  (  Zachias  ou  Zacharias  ),  philo- 
logue et  poëte  italien ,  né  à  Vezzuno,  petite  ville 
de  la  Lumigiane ,  sur  la  côte  de  Gênes ,  vivait 
dans  le  quinzième  siècle.  On  a  peu  de  détails 
sur  sa  vie.  Il  prend  dans  ses  écrits  le  titre  de 
chevalier  de  Saint  Jean  de  Jérusalem,  et  on  sup- 
pose, d'après  ses  Lettres  du  Grand  Turc,  qu'il 
avait  fait  plusieurs  campagnes  contre  les  Otto- 
mans. Il  vécut  à  la  cour  de  Ferrare  et  à  celle  de 
Naples ,  mais  il  s'y  fit  des  ennemis  par  son  or- 
gueil, et  finit  par  se  retirer  à  Ciciano,  ville  de  la 
Campanie.  On  a  de  lui  :  Epistolee  Mùgni  Turci, 
éditas  cum prœjatione ;  Naples,  Rome,  1473, 
10-4".  Laudivio  prétend  avoir  traduit  ces  lettres 
du  turc,  du  syriaque  et  du  grec;  mais  il  pa- 
rait certain  qu'il  les  a  fabriquées.  Elles  eurent  un 
grand  succès,  et  furent  souvent  réimprimées 
dans  le  seizième  siècle;  —  De  VitaB.  Hiero- 
nymi,  in-4°  (sans  date,  vers  1472);  Naples, 
1473,  in-fol.  ;  Rome  ,  1475,  1495,  in-4''  ;  —  De 
Laudibus  Sapientisf;  et  Virtuiis ,  sans  date, 
in-4'>.  Laudivio  laissa  en  manuscrit  une  Géogra- 
phie des  Iles  et  une  tragédie  en  vers  iambiques 
latins  sur  la  captivité  du  général  Jacopo  Piccin- 
iiino,  emprisonné  puis  assassiné  par  l'ordre  du 
roi  Ferdinand  le  Catholique.  Cette  tragédie,  in- 
titulée :  De  Captivitate  ducis  Jacobi,  est  divisée 
en  cinq  actes,  avec  des  chœurs.  «  Au  quatrième 
acte ,  dit  Ginguené ,  le  roi  Ferdinand  discute  avec 
le  bourreau  la  question  de  savoir  quelle  conduite 
il  doit  tenir  avec  Jacques  Piccinnino ,  qui  s'est 
remis  en  son  pouvoir  sur  la  foi  des  traités.  Le 
bourreau  est  d'avis  qu'on  le  tue ,  et  n'a  pas  de 
peine  à  persuader  le  roi.  On  voit  ensuite  Pic- 
cinnino dans  sa  prison;  le  bourreau  arrive,  et 
lui  avoue  avec  regret  l'ordre  dont  il  est  chargé. 
Le  général  se  soumet,  et  le  bourreau  fait  son 


devoir.  La  scène  est  d'abord  à  Ferrare,  ensuite 
à  Naples ,  et  de  nouveau  à  Ferrare.  Cette  pièce 
est  encore  plus  défectueuse  que  VEccerinis  du 
Mussato  ;  mais  c'est  le  second  monument  de  la 
renaissance  de  l'art  ».  Z. 

Oldoini,  Atkenseum  Ligusticum.  —  Tirabosciii,  Storia 
délia  Letteratura  Italiana,  t.  VI,  part.  II,  p.  201.  — 
Napoli  Signorelli,  5toria  rritica  de'  Tlieatri  antici  e 
moderni,  t.  lll,  p.  52.—  Ginguené,  Histoire  Littéraire 
d'Italie  ,  t.  VI,  p.  15. 

LAUDON  ou  LOUDON  (  Gédéon-Emest,  ba- 
ron ),  général  autrichien ,  né  le  10  octobre  1716, 
à  Trolzen,  en  Livonie,  mort  le  14  juillet  1790. 
Sa  famille,  originaire  d'Ecosse,  était  venue  s'établir 
en  Livonie  au  quatorzième  siècle.  Entré  en  1731 
au  service  de  la  Russie ,  Laudon  fit  la  campagne 
de  Pologne  en  1733,  celle  du  Rhin  en  1735,  et 
la  guerre  de  Turquie  de  1736  à  1739.  A  la  con- 
clusion de  la  paix  de  Belgrade ,  il  n'était  encore 
que  lieutenant.  Réformé  à  la  paix  de  1739,  il  se 
proposait  d'aller  offrir  ses  services  à  l'Autriche, 
lorsque  en  passant  à  Berlin  plusieurs  de  ses  ca- 
marades congédiés  comme  lui  l'engagèrent  à  de- 
mander d'entrer  avec  eux  dans  l'armée  de  Fré- 
déric II.  Ses  cheveux  rouges  et  sa  figure  dé- 
plurent au  roi  de  Prusse  ,  auprès  de  qui  il  eut 
beaucoup  de  peine  à  être  admis ,  et  qui  le  re- 
poussa: «  La  physionomie  de  cet  homme  ne  me 
revient  pas,»  dit  Frédéric  II  à  ses  courtisans.  Lau- 
don se  rendit  alors  à  Vienne,  où  il  fut  admis,  en 
1 742,  comme  capitaine  dans  le  corps  des  pandours 
que  commandait  François  de  Trenck.  Il  fit  avec 
lui  les  campagnes  de  Bavière  et  du  Rhin  de  1742 
à  1 744.  Gravement  blessé  dans  un  combat  d'avant- 
postes  près  de  Saverne  en  Alsace,  il  fut  fait  pri- 
sonnier par  les  Français,  mais  délivré  peu  de 
itemps  après.  Révolté  des  cruautés  de  Trenck, 
Laudon  donna  sa  démission,  et  se  retira  à  Vienne, 
où  il  vécut  dans  la  gêne  jusqu'à  ce  que  sesamis 
lui  eussent  obtenu  un  brevet  de  major  dans  les 
régiments  frontières,  en  1754.  A  cette  époque  il 
épousa  la  fille  d'un  officier  croate,  et  embrassa  le 
catholicisme.  Il  se  mit  à  étudier  les  mathémati- 
ques et  la  géographie  militaire,  et  lorsque  éclata 
la  guerre  de  Sept  Ans,  il  fut  nommé  lieutenant- 
colonel  d'un  corps  de  partisans  chargé  d'appuyer 
•les  mouvements  de  l'armée  autrichienne.  II  se 
fit  remarquer  par  son  audace  et  son  courage, 
et  prit  une  part  brillante  aux  affaires  de  Te- 
schen ,  de  Hirschfeld  ,  de  Prague ,  de  Rossbach 
et  de  Gotha.  Le  brevet  de  général  que  la  cour 
de  Vienne  lui  envoya  à  cette  époque  étant  tombé 
au  pouvoir  du  roi  de  Prusse,  celui-ci  le  lui 
fit  parvenir  aussitôt  en  y  joignant  dans  une  lettre 
ses  félicitations  personnelles.  En  1758Laudonren- 
dit  un  service  plus  important  encore  à  l'Autriche 
en  contribuant  puissamment  à  faire  lever  le  siège 
d'Olmùtz  et  en  inquiétant  la  retraite  de  Frédéric 
le  Grand.  Créé  feld-maréchal  lieutenant,  et  chargé 
de  couvrir  les  opérations  de  Daun,*  Laudon  entra 
dans  la  Marche  brandebourgeoise ,  enleva  Pritz, 
s'avançajusqu'auxportesdeFrancfort-sur-l'Oder, 
se  signala  à  Hochkirchen,  et  décidala  victoire  de 


889 


LATIDON  —  LAUDONNIÈRE 


890 


Kunersdorf.  Placé  à  la  tête  d'un  corps  de  trente 
mille  hommes  avec  le  grade  de  feidzeugmeister, 
il  battit  Fouqué  près  de  Landshut,  le  29  juin 
1760,  prit  d'assaut  Glatz,  investit  Breslau,  et 
couvrit  avec  habileté  la  retraite  de  Daun  après 
la  bataille  de  Liegnitz.  «  C'est  notre  maître  à 
tous  dans  l'art  des  retraites ,  s'écria  Frédéric  II. 
A  le  voir  quitter  un  champ  de  bataille,  on  di- 
rait toujours  qu'il  est  vainqueur.  »  La  campagne 
de  1761  lui  offrit  peu  d'occasions  de  déployer 
son  courage  ;  mais  il  la  couronna  par  un  coup 
de  main  heureux  en  s'emparant  de  Schweidnitz 
et  de  toutes  les  munitions  de  guerre  et  de  bouche 
qui  y  avaient  été  rassemblées.  Il  fit  preuve  de 
beaucoup  d'habileté  dans  les  difficiles  négocia- 
tions suivies  avec  le  général  russe  Boutourlin. 
L'empereur  l'appela  en  1766  dans  le  conseil  au- 
lique  de  guerre,  et  le  nomma  en  1769  comman- 
dant général  de  la  Moravie.  En  1770  il  accom- 
pagna Joseph  U  dans  sa  visite  à  Frédéric  le 
Grand.  Ce  prince  lui  témoigna  une  grande  consi- 
dération. Comme  Landon  allait  prendre  la  der- 
nière place,  Frédéric  le  fît  asseoir  près  de  lui, 
en  lui  disant  :  «  Mettez-vous  ici,  M.  de  Laudon ; 
j'aime  beaucoup  mieux  vous  avoir  à  côté  de  moi 
qu'en  face.  »  En  1773  Laudon  suivit  l'empereur 
dans  son  voyage  à  travers  ses  nouvelles  pro- 
vinces ,  la  Gallicie  et  la  Lodoraérie.  Il  vivait  re- 
tiré dans  son  château  de  Hadersdorf,  près  de 
Vienne ,  lorsque  la  guerre  de  la  succession  de 
Bavière  éclata.  Nommé  feld-maréchal  en  1778, 
il  fut  envoyé  en  Bohême  à  la  tête  d'un  corps 
d'armée,  et  prit  sur  l'Isar,  prèsdeMiinchengraetz, 
une  position  dont  il  fut  impossible  au  prince 
Henri  de  Prusse  de  le  déloger.  En  empêchant 
ainsi  la  jonction  de  ce  dernier  avec  le  roi  son 
frère  et  en  le  forçant  à  la  retraite ,  Laudon  ob- 
tint un  succès  décisif.  La  paix  de  Teschen  le 
rendit  pour  dix  ans  à  son  domaine,  dont  il 
dirigeait  lui-même  l'exploitation.  Il  se  montra 
encore  général  expérimenté  dans  la  campagne 
contre  les  Turcs  de  1788  à  1789.  Joseph  II,  qui 
avait  d'abord  cru  pouvoir  se  passer  de  ses  ser- 
vices ,  l'appela  enfin  auprès  de  lui.  Laudon  ra- 
mena la  victoire  aux  drapeaux  autrichiens.  L'ar- 
mée turque  fut  battue  sous  les  murs  de  Dubicza, 
et  cette  ville  dut  se  rendre  ;  Novi  fut  emportée 
d'assaut,  Neo  Gradisca  occupée  par  l'armée  de 
Croatie,  et  Belgrade  assiégée  :  la  prise  des  fau- 
bourgs détermina  la  garnison  à  se  rendre.  Cette 
conquête  valut  à  Laudon  le  titre  de  généralissime. 
Semendria  se  rendit,  et  le  séraskier  fut  rejeté 
derrière  Nissa.  Ce  fut  au  milieu  de  ces  succès 
que  Léopold  II  rappela  Laudon  pour  l'envoyer 
en  Moravie,  où  il  jugeait  sa  présence  plus  néces- 
saire. Laudon  était  à  peine  arrivé  à  Neutitschien, 
où  se  trouvait  le  quartier  général ,  qu'il  tomba 
malade  et  mourut.  Ce  général  était  d'un  caractère 
énergique,  silencieux  et  réfléchi;  calme  dans 
les  circonstances  ordinaires ,  ardent  et  emporté 
dans  les  moments  de  difficultés.  Il  avait  choisi 
pour  son  tombeau,  placé  dans  le  parc  d'Ha- 


dersdorf,  cette  insctiption  :    Commemorafio 
mortis  optima  philosophia.  3.  V. 

OEsterrische  National  EncyU.—  Gellert,  Correspon- 
dance avec  Mlle  Lxicius. 

L.ACDONMÈRB  (  René  G0ULA.1NE  de)  ,  Capi- 
taine français  ,  l'un  des  premiers  explorateurs 
de  la  Floride.  En  1-561  l'amiral  de  Coligny,  dési- 
rant assurer  un  refuge  aux  calvinistes  persécutés 
en  France,  forma  le  projet  de  fonder  en  Amérique 
une  colonie  protestante.  Une  première  expé- 
dition, dirigée  sur  le  Brésil,  avait  échoué  complè- 
tement {vcry.  Durand  de  Villeoagnon  ).  Co- 
ligny jeta  alors  les  yeux  sur  la  Floride,  décou- 
verte en  1512  par  Juan  Ponce  de  Léon,  et  dont 
les  Espagnols  avaient  été  chassés  à  plusieurs 
reprises  par  les  naturels.  Charles  IX  approuva 
ce  projet,  et  le  15  février  1562  deux  navires  ap- 
pareillèrent de  Dieppe  sous  les  ordres  de  Jean 
Ribaut  et  de  Laudonnière.  Les  navigateurs,  ar- 
rivés sur  les  côtes  de  la  Floride  par  le  30°  de  lat., 
s'élevèrent  du  nord  jusqu'à  l'embouchure  d'un 
fleuve  auquel  ils  donnèrent  le  nom  de  rivière 
de  Mai,  parce  qu'ils  la  découvrirent  le  premier 
jour  de  ce  mois  (1).  Us  reconnurent  ensuite  le 
httoral  depuis  l'Altamaha  jusqu'au  delà  du  Sa- 
vannah,  et  installèrent  une  coloniedans  une  baie 
profonde,  qui  reçut  le  nom  de  Port-Royal.  On 
y  construisit  un  établissement  retranché,  Char- 
les-Fort [1),  dont  le  commandement  fut  laissé  au 
capitaine  Albert.  Cinq  mois  pins  tard,  Ribaut  et 
Laudonnière  rentraient  à  Dieppe.  La  colonie  de 
Port-Royal  ne  prospéra  point;  l'injustice  et  la 
rigueur  d'Albert  firent  assassiner  ce  chef  par  ses 
subordonnés,  que  la  misère  conduisit  ensuite  à 
tous  les  excès,  même  à  l'anthropophagie.  Les  dé- 
bris en  furent  recueillis  par  les  Anglais ,  qui  les 
rapatrièrent  à  Dieppe,  en  juillet  1564.  Cependant 
Coligny  n'avait  point  abandonné  son  grand  projet, 
et  Laudonnière  avait  été  chargé  de  porter  des 
secours  aux  colons,  dont  le  sort  était  ignoré  en 
France.  U  partit  du  Havre,  le  22  avril  1564,  avec 
trois  bâtiments  bien  munis  ;  parmi  les  gentils- 
hommes qui  le  suivaient  on  distinguait  d'Ottigny, 
de  La  Caille,  de  La  Roche-Ferrière,  d'Eslac, 
Levasseur,  connus  parleurs  services  militaires; 
un  peintre,  Le  Moine,  l'accompagnait  aussi,  et 
ses  dessins,  gravés  par  De  Bry,  ont  fait  connaître 
à  l'Europe  différentes  scènes  de  la  vie  des  Flo- 
ridiens.  Laudonnière  croisa,  sans  les  rencontrer, 
les  colons  revenant  de  Port-Royal,  et  gagna  les 
Canaries,  d'où  il  se  dirigea  vers  les  Antilles.  A  La 
D(>minique,  où  il  aborda  pour  prendre  des  vivres, 
il  eut  à  soutenir  un  combat  très-vif  contre  les  Ca- 
raïbes; il  reconnut  les  îles  Saint-Christophe ,  de 
losSantos,  de  Mont-Serrat,  atteignit  la  Floride,  et 
entra  le  20  juin  dans  la  rivière  de  Mai.  Les  Indiens 
le  reçurent  avec  amitié;  leur  cacique  Saturiova 
vint  le  visiter,  et  La  Caille,  qui  avait  appris  le  dia- 

(1)  Ce  fleuve  a  reçu  des  Espagnols  le  nom  de  San-Ma  ■ 
tkeo. 

(2)  Les  détails  de  cette  première  expédition  se  trouve» 
roDt  à  l'art.  Ribaut,  qui  l:i  conimandalt  en  chef. 


891 


LAUDONNIÈRE 


892 


lecte  du  pays  dans  son  premier  voyage ,  put  re- 
cueillir des  renseignements  sur  lamine  de  la  co- 
lonie de  Port-Royal.  Laudonnière  décida  qu'un 
nouvel  établissement  serait  créé  immédiatement, 
et  fit  bâtir  un  fort  à  deux  lieues  de  l'embouchure 
de  la  rivière.  Ce  fort  reçut  le  nom  de  Caroline 
en  l'honneur  du  roi  (Charles  IX).  Les  Indiens 
eux-mêmes  aidèrentvolontairementà  sa  construc- 
tion. Laudonnière  se  montra  d'abord  très-sage 
en  refusant  de  prendre  parti  dans  les  querelles 
des  indigènes  ;  plus  tard  sa  prudence  l'abandonna, 
et  par  ses  ordres  d'Ottigny  conduisit  un  se- 
cours de  vingt-cinq  arquebusiers  k  Outina,  le  clief 
le  plus  puissant  de  la  confédération  des  Indiens 
Apalaches,  en  guerre  alors  contre  quelques  tribus 
voisines.  Les  Français  décidèrent  du  succès  ; 
mais  dès  lors  ils  ne  furent  plus  considérés  que 
comme  des  auxiliaires  puissants  et  dangereux , 
et  les  indigènes  cessèrent  de  leur  apporter  des 
vivres.  La  famine  amena  le  relâchement  de  la 
discipline  ;  Des  Fourneaux,  l'un  des  officiers  de 
Laudonnière,  profitant  de  la  nuit,  s'empara  de 
son  chef  et  le  conduisit  enchaîné  à  bord  d'un 
navire.  Là  les  mutins  obtinrent  de  lui ,  par 
menace  de  mort,  qu'il  les  autorisât  à  se  procurer 
des  vivres  dans  les  colonies  espagnoles;  sous  ce 
prétexte,  ils  armèrent  deux  brigantins  et  com- 
mirent de  nombreuses  déprédations  dans  les  Lu- 
cayes  et  sur  les  côtes  de  Cuba. 

Ces  actes  de  piraterie  exaspérèrent  les  Espa- 
gnols, qui  déjà  voyaient  avec  jalousie  un  établis- 
sement fondé  par  des  calvinistes.  Ils  se  plai- 
gnirent à  Laudonnière ,  qui ,  rétabli  dans  son 
pouvoir  par  les  soins  d'Ottigny,  de  La  Caille, 
d'Eriac  et  de  quelques  autres  officiers ,  s'empara 
des  coupables,  dont  il  fit  exécuter  quatre  des 
principaux.  Cette  satisfaction  ne  contenta  pas 
les  Espagnols,  qui  jurèrent  l'anéantissement  de 
la  nouvelle  colonie.  D'un  autre  côté  les  Indiens 
cessèrent  leurs  relations  avec  les  Français  quand 
ceux-ci  n'eurent  plus  de  moyens  d'échange.  Plus 
guerriers  que  cultivateurs,  ils  n'avaient  pas  su 
défricher  les  terres  qui  les  entouraient.  Lau- 
donnière, pressé  par  ses;gens,  s'empara  de  son 
allié  Outina,  et  ne  le  rendit  à  la  liberté  que  sous 
la  condition  d'approvisionner  sa  troupe.  Il  en- 
voya en  même  temps  le  capitaine  Levasseur 
explorer  la  côte  et  faire  quelques  chargements 
de  maïs.  Devant  des  ressources  aussi  éven- 
tuelles, l'évacuation  fut  déterminée;  et  déjà  les 
colons  démantelaient  leur  fort,  lorsque,  le 
3  août  1565,  apparut  une  escadre  de  quatre  voi- 
les commandée  par  le  capitaine  anglais  Hawkins 
(  voy.  ce  nom),  qui  offrit  aux  Français  de  les 
rameneren  Kurope.  Laudonnière  refusa  pour  lui- 
même,  mais  il  permit  à  tous  ceux  de  ses  compa- 
gnons qui  voudraient  profiter  de  cette  occasion 
de  s'embarquer  :  grand  en  fut  le  nombre.  Haw- 
kins poussa  plus  loin  l'humanité  :  il  laissa  au 
chef  français  des  vivres,  des  chaussures,  et  lui 
^  endit  un  navire  sur  lequel  Laudonnière  allait  se 
mettre  en  mer  quand,  le  28  août,  Jean  Ribaut 


(voy.  ee  nom)  attemt  aufort  Carohne  avec  trois 
bâtiments.  Ses  instructions  étaient  de  remplacer 
Laudonnière  ;  mais-  il  ne  voulut  le  faire  qu'après 
s'être  convaincu  de  la  conduite  honorable  de  ce 
capitaine;  il  lui  conseilla,  au  contraire,  de  relever 
son  fort.  On  commençait  à  peine  ce  travail ,  lors- 
qu'on signala  six  grands  vaisseaux  espagnols 
commandés  par  Pedro  Menendez  de  Avilez.  Quoi- 
que les  deux  nations  fussent  en  paix.  Menendez 
somma  les  Français  de  se  rendre  à  merci,  promet- 
tant «  que  les  catholiques  seraient  humainement 
traités ,  mais  que  les  hérétiques  ne  devaient  es- 
pérer aucune  grâce  >i.  Il  manqua  une  première 
attaque;  Ribaut,  malgré  les  conseils  de  Laudon- 
nière, résolut  de  prendre  l'offensive,  et  embarqua 
tout  ce  qu'il  y  avait  d'hommes  valides  (  10  sep- 
tembre). Un  tempête  violente  l'empêcha  de 
joindre  la  flotte  ennemie  et  le  jeta  en  pleine 
mer.  L'amirante  espagnol  profita  de  cette  cir- 
constance pour  attaquer  le  fort  Caroline,  où  il 
ne  restait  pas  quarante  hommes  en  état  de  porter 
les  armes.  Laudonnière  se  défendit  énergique- 
ment,  et  avec  un  seul  soldat  nommé  Barthélémy, 
il  parvint  à  s'échapper;  tous  ses  compagnons 
furent  tués  ou  p&nâas  comme  hérétiques.  Quatre 
cents  colons  inoffensifs  furent  aussi  massacrés 
dans  les  circonstances  les  plus  barbares.  Nous 
empruntons  les  quelques  lignes  suivantes  à  un 
témoin  oculaire  échappé  par  miracle  à  cette 
tuerie.  «  Ces  massacreurs  et  bourreaux  d'Hes- 
paigne,  pour  couronner  leur  sanglante  tragédie, 
firent  un  beau  grand  feu  de  joye,  et  ayans  entassé 
là  dessus  tous  les  corps  de  hommes,  de  femmes, 
et  de  petits  enfants,  les  réduisent  en  cendres , 
disant  que  c'estoient  des  meschans  luthériens 
qui  estoient  venus  infecter  ceste  nouvelle  chres- 
tienté  et  y  semer  des  hérésies.  Cette  furieuse 
troupe  rejettoit  mesme  sa  colère  et  sanglant 
despit  sur  les  morts  et  les  exposèrent  en  monstre 
aux  François  qui  restoyent  sur  les  eaux  et  tas- 
choient  à  navrer  le  cœur  de  ceux  desquels  ils 
ne  pouvoient,  comme  ils  eussent  bien  voulu,  dé- 
membrer les  corps  ;  car  arrachans  les  yeux  des 
morts,  les  fichoyent  au  hout  des  dagues,  et  puis 
avec  cris,  hurlemens  et  toute  gaudisserie,  les 
jettoient  contre  nos  François  vers  l'eau  (1).  « 
Laudonnière  put  gagner  l'embouchure  du  fleuve, 
et  s'embarqua  le  25  septembre  pour  la  France , 
où  il  arriva  en  janvier  1566.  En  avril  1568  Do- 
minique de  Gourgues  {voy.  ce  nom)  vengea  le 
massacre  du  fort  Caroline.  Voy.  aussi  les  art. 
Menendez  et  Ribaut.  La  cour  fit  à  Laudonnière 
un  très-mauvais  accueil,  et  il  mourut  dans  l'obs- 
curité. On  a  de  lui  :  Histoire  notable  de  la 
Floride,  contenant  les  trois  voyages  faits  en 
icelle  par  des  capitaines  et  des  pilotes  //'«w- 
faw;  Paris,  1586,  in-S".        Alfred  df,..Lacaze. 


(1)  Ce  passage  est  emprunté  à  la  relation  de  Jacques 
Le  Moyne  de  Mourgues,  peintre  dieppois  embarqué  avec 
Ribaut,  et  qui  a  laissé  une  relation  publii^e  pour  la  pre- 
mière fois  dans  la  collection  de  Théodore  de  Bry,  t.  VI, 
p.  200. 


893 


LAUDONNIERE  —  LAUGIER 


894 


Ba/.anitr,  VoyugR  du  capitaine  de  Ganrgiies  dans  la 
Floride  (  1386,  in-4°  ).  —  Vitct ,  liistnire  de  Dieppe.  — 
Srief  Discojirs  et  Histoire  d'un  l'oijage  de  quelques 
François  en  la  Floride;  1579.  —  archives  curieuses  de 
rUstoire  de  France,  t.  VI,  p.  200.  —  DeBry,  Brevis  Nar- 
ratio  eorvm  qiiœ  in  Florida  Americœ  proviiicia  Gallis 
acciderunt;  Vl«^  partie,  Francfort,  1691.  —  La  Challeur, 
Dernier  Fcnjage  de  Jean  Ribaut.  —  Roux  de  Rochelle, 
États-Unis  d' Amériqtie,  Aan^  l' Univers  pittoresque. 

LACEXSTEiN  {Jocic/iim  Barwurcl),  histo- 
rien allemand,  né  à  Hildesheim,  le  26  juin  1698, 
mort  le  12  juillet  1746.  11  étudia  la  théologie  à 
Helmstsedt,  devint  en  1727  prédicateur  à  l'église 
de  Saint-Michel  à  Hildesheim,  et  occupa,  en  1745, 
le  même  office  à  l'église  de  Saint-Jacques.  On  a 
de  lui  :  Hildesheimische  Kïrchen-iind  Refor- 
mationsgeschichte  (  Histoire  ecclésiastique  de 
Hildesheim  et  Histoire  de  la  réforme  dans  cette 
ville);  Hildesheim,  1734-1736,  12  parties, in-S"; 

—  Hisiorïa  diplomatica Episcopatus  Hildes- 
AerneHsi-s;  Hildesheim,  1740,  iri-4°;  cet  ouvrage 
ayant  été  l'objet  de  diverses  critiques  ,  l'auteur 
y  répondit  par  sa  Vertheïdigung  der  Historia 
diplomatica  Hildeshemensis  ;  Hildesheim , 
1741, in-4<> ; —  Spécimen  Geographix  mediiaevi 
dip/omai!iCMm  ;  Hildesheim ,  1745,  in-4°.  E.  G. 

Rotermund,  Supplément  à  Jôcher. 

LAUFENBERG  {Henri  de),  poëte  allemand, 
vivait  dans  la  premire  moitié  du  quinzième  siècle; 
on  sait  peu  de  chose  sur  son  compte,  si  ce  n'est 
qu'il  était  prêtre  à  Strasbourg.  Il  mit  en  vers  le 
Speculitm  humanee  Salvationis,  ouvrage  alors 
très  en  vogue,  et  il  écrivit  un  Livre  des  Figures; 
tout  cela  est  resté  manuscrit,  mais  on  a  imprimé 
dans  un  recueil  édité  par  Wackemagel  {Bas 
deutsche  Kirchenlied  von  Martin  Luther, 
1841,  p.  624-644)  vingt-deux  cantiques  dont  il 
est  l'auteur.  G.  B. 

Aufrez,  Anzeiger  filr  Kunde  des  deutschen  Mittelal- 
ters,  1832,  p.  41-48.  —  Hoffmann,  Gesckichte  der  Deut- 
schen Kirchenlieder,  1832,  p.  196. 

LAUFFER  {Jacques),  historien  et  littérateur 
suisse,  né  à  Zofingue,  le  25  juillet  1688,  mort  le 
26  février  1734.  Après  avoir  fait  des  études 
d'histoire  et  de  théologie  à  Halle  et  à  Utrecht,  il 
lit  un  voyage  en  Allemagne  et  en  France.  De 
retour  en  Suisse,  il  fut  ordonné  ministre  protes- 
tant. En  1718  il  fut  nommé  professeur  d'his- 
toire et  d'éloquence  à  Berne.  On  de  lui  :  Atheus 
amens;  Amsterdam,  1714,  in-8°;  — De  Hos- 
tium  Spoliis  Deo  sacratis  et  sacrandis;  1717; 

—  Quis  sit  vers  litteratus;  1718;  —  Contra 
vialorum  Librorum  Abundantiam;  1722;  inséré 
dans  la  Tempe  Helvetica  d'Altmann;  —  De 
recta  Liberorum  Educatione  ;  1723;  —  An  et 
quibus  litteris  juvenis  politicus  sit  imbuen- 
dus  ?  opuscule  qui  se  trouve  dans  le  recueil 
précité;  —  Genaue  und  umstàndliche  Be- 
schreïbung  helvetischer  Geschichte  (Exposition 
exacte  et  'omplète  de  l'histoire  helvétique  )  ;  Zu- 
rich, 1736-1738,  18  vol.  in-8%  ouvrage  basé 
sur  des  sources  authentiques ,  mais  partial ,  dès 
qu'il  y  est  question  du  gouvernement  de  Berne. 
Cil. -G.  Loys  de  Bochat  avait  commencé  de  le 
traduire  en  français;  il  publia  ensuite  ses  Mé- 


moires sur  la  Sîiisse  ancienne,  3  vol.  in-4°, 
pour  rectifier  le  livre  de  Lauffer.        E.  G. 

P'ie  de  Lauffer  (  en  tête  de  la  Beschreibung  hel- 
vetischer Geschichte  de  Lauffer  ).  —  Jôcher,  Allgem. 
Gelehrten-Lexikon.  —  Luli,  Necrolog  denkwûrdiger 
Schweitzer. 

*  i,a.i:;gée  {Désiré-François),  peintre  fran- 
çais, né  le  25  janvier  1823,  à  Maromme  (Seine- 
Inférieure).  A  dix-sept  ans  il  entra  dans  l'ate- 
lier de  M.  Picot,  débuta  au  Salon  de  1845,  et  cul- 
tiva en  même  temps  le  genre  historique  et  le 
portrait.  Il  a  obtenu  une  médaille  de  troisième 
classe  en  1850  et  une  médaille  de  deuxième  à  là 
suite  de  l'Exposition  imiverselle  de  1855.  Nous 
citerons  de  lui  :  Van  Dijck  à  Savelthem;  1847  ; 
—  La  Mort  de  Zurbaran;  1850  ;  —  Le  Siège 
de  Saint-Quentin;  1851  ;  —  La  Mort  de  Guil- 
laume le  Conquérant  ;  1853  ;  —  Lesueur  chez 
les  Chartreux  ;  1855;  —  Le  Déjeuner  du 
Moissonneur  ;  1857.  K. 

Livrets  des  Salons. 

LAUGIER  DE  TASSY  {N....),  voyageur  fran- 
çais, né  dans  la  seconde  moitié  du  dix-septième 
siècle.  Il  fut  attaché,  pendant  plusieurs  années, 
au  consulat  deFrance  à  Alger,  et  fut  ensuite  envoyé 
en  Hollande  en  qualité  de  commissaire  de  la  ma- 
rine. On  ade  lui  :  Histoire  du  Royaume  d'Alger, 
avec  l'état  présent  de  son  gouvernement,  de 
ses  forces  de  terre  et  de  mer,  de  ses  revenus, 
police,  justice  ,  politique  et  commerce;  Ams- 
terdam, 1725,  in-12  avec  carte;  Paris,  1727. 
L'auteur  s'y  montre  en  général  exact  et  bien 
renseigné  ;  il  raconte  avec  impartialité  et  donne 
des  détails  curieux  sur  l'état  politique  et  mili- 
taire de  la  régence.  La  destinée  de  cet  ouvrage 
fut  des  plus  singulières.  Traduit  en  anglais  sous 
ce  titre  :  A  complète  History  ofthe  piratical 
States  of  Barbary ,  Londres,  1750,  in-8°,  sans 
que  le  nom  de  Laugier  eût  été  cité,  cette  version, 
qui  passa  en  plusieurs  langues  ,  fut  donnée  en 
français  et  intitulée  :  Histoire  des  États  Bar- 
baresques  qui  exercent  la  piraterie;  Paris, 
1757,  2  vol.  in-12;  la  traduction  anotïyme  de 
cette  traduction,  faite  par  Boyer  de  Prebandiei-, 
est  mieux  écrite  que  l'ouvrage  original.  Enfin 
ce  dernier  a  été  encore  publié,  toujours  sans 
nom  d'auteur  et  sous  des  titres  différents,  en 
1732,  1750  et  1830.  K. 

Barbier,  Magasin  Encyclop.,  1805. 

LAiTGiER  {Matx-Anfoine),  érudit  français, 
néàManosque,  le25  juillet  1713,  mort  à  Paris, 
le  7  avril  1769.  Il  entra  fort  jeune  dans  la  Com- 
pagnie de  Jésus.  Il  se  livra  avec  succès  à  la 
prédication,  et  fut  bien  accueilli  à  la  cour;  mais 
son  caractère  froid  et  réservé  lui  fit  de  nom- 
breux ennemis,  et  malgré  sa  grande  capacité  il 
dut  sortir  de  son  ordre.  Il  devint  rédacteur  de 
la  Gazette  de  France  et  plus  tard  secrétaire 
d'ambassade  à  Cologne.  Il  était  membre  des 
académies  d'Angers,  de  Marseille  et  de  Lyon; 
ses  ouvrages  font  connaître  la  diversité  de  ses 
connaissances.  On  a  de  lui  :  Essais  sur  l'Ar- 
chitecture; Paris,  1753  et  1755,  in-8°.  Cet  ou- 


895 


LAUGIER 


I 

896™ 


vrage,  très-bien  écrit ,  est  plein  d'idées  hardies 
et  ingénieuses  ;  s'il  a  paru  marqué  au  coin  de  la 
singularité,  ses  adversaires  mêmes  ont  rendu 
justice  à  l'art  avec  lequel  l'auteur  présente  ses 
principes.  Frezier  a  critiqué  certaines  parties  de 
l'œuvre  de  Laugier  dans  ses  Réflexions  sur  di- 
vers ouvrages  qui  traitent  de  la  beauté  réelle 
et  constante  dans  les  édifices  et  de  ce  qui 
peut  la  constituer  ;  lues  à  l'Académie,  le  12  oc- 
tobre 1753,  et  insérées  dans  le  Mercure  de 
France  de  juillet  1754;  —  Apologie  de  la  Mu- 
sique française  ;  1754,  in-S";  —  Paraphrase 
du  Miserere,  tvad.  de  l'italien  de  Segneri  ;  Paris, 
1754,  in-12  ;  —  Voyage  à  la  mer  du  Sud,  trad. 
de  l'anglais;  Lyon,  1754,  in-4o,  et  1756,  in-12  ;  — 
Oraison  funèbre  du  prince  de  Bombes;  Tré- 
voux, 1756,  in-4'';  —  Histoire  de  la  Répu- 
blique de  Venise  jusqu'à  présent  ;  Paris,  1759- 
1768,  12  vol.  in-12;  trad.  en  italien.  Cet  ou- 
vî-age  présente  de  grandes  qualités  et  de  grands 
défauts  :  l'auteur,  s'inspirant  du  plan  de  Florus, 
a  considéré  la  république  vénitienne  sous  trois 
époques  différentes  qu'il  appelle  dgede/aiôZesse, 
âge  d'habileté,  âge  de  force;  mais  il  a  souvent 
oublié  qu'il  devait  être  historien  et  non  orateur. 
Il  a  déployé  un  luxe  d'expressions  déplacé,  et  s'est 
servi  de  métaphores  inusitées,  de  figures  singu- 
lières, de  traits  d'éloquence  plus  convenables 
dans  des  discours  de  parade  que  dans  un  récit 
historique  ;  malgré  ces  défauts,  son  ouvrage  n'm 
reste  pas  moins  fort  estimable,  tant  à  cause 
de  l'impartialité  qui  y  règne  que  pour  les  re- 
cherches consciencieuses  qu'on  y  trouve.  L'édi- 
tion italienne  est  accompagnée  de  nombreuses 
et  intéressantes  notes  ;  —  Histoire  de  la  Paix 
de  Belgrade;  1763  et  1768,  2  vol.  in-12.  Ce 
dernier  ouvrage  assurerait  seul  à  Laugier  un 
rang  honorable  parmi  les  historiens  du  dernier 
siècle.  L— z— E. 

Sabatler,  Les  Siècles  Littéraires.  —  Les  Hommes  illus- 
tres de  la  Provence. 

LA.tF€ilER  { Dominique -Jean- Claude ,  dit 
Eugène  ),  littérateur  français ,  né  à  Lyon ,  le 
7  février  1814,  mort  à  Paris,  le  23  janvier  1858. 
Arrivé  jeune  à  Paris,  il  coopéra  à  la  rédaction  de 
plusieurs  feuilles  littéraires,  et  notamment  de 
la  Gazette  et  Revue  des  Théâtres ,  dont  il  fut 
le  rédacteur  en  chef,  jusqu'en  1852.  A  cette 
époque,  il  fut  nommé  archiviste  de  la  Comédie- 
Française,  et  parvint  à  mettre  un  peu  d'ordre 
dans  ce  curieux  dépôt.  Outre  de  nombreux  ar- 
ticles dans  les  journaux,  on  a  de  lui  :  De  la  Co- 
médie Française  depuis  1830;  Paris,  1844, 
in-12  ;  —  Documents  historiques  sur  la  Co- 
médie-Française, pendant  le  règne  de  Na- 
poléon 1er;  Paris,  1853,  in-S".       E.  De  M. 

Documents  partie. 

LAUGIER  (André),  chimiste  français,  né  à 
Paris,  le  i"  août  1770,  mort  du  choléra,  à  Paris, 
le  18  avril  1832.  Son  père  était  trésorier  de 
l'hospice  des  Quinze- Vingts.  Un  abus  de  pou- 
voir jeta  la  famille  Laugier  dans  la  position  la 


plus  fâcheuse;  heureusement  Fourcroy  s'in- 
téressa au  jeune  Laugier,  qui  était  son  parent. 
En  1793  Laugier  reçut  la  mission  de  parcourir 
la  Bretagne  pour  faire  descendre  et  enlever  les 
cloches ,  dont  la  Convention  avait  ordonné  de 
faire  de  la  monnaie  et  des  canons.  Sa  mission 
terminée,  Laugier  revint  à  Paris  en  1 794.  Il  fut 
d'abord  nommé  chef  du  bureau  des  poudres  et 
salpêtres  au  comité  de  salut  public.  Le  13  ven- 
démiaire lui  fit  perdre  cette  place.  Il  songea 
alors  à  se  faire  recevoir  pharmacien,  passa  ses 
examens ,  et  fut  reçu  maître.  Il  allait  prendre 
une  officine  lorsque  la  réduction  des  rentes, 
en  achevant  de  ruiner  son  père,  l'empêcha  de 
mettre  ce  projet  à  exécution.  Laugier  avait  été 
inscrit  comme  pharmacien  de  l'armée  d'Egypte; 
mais  il  tomba  malade,  et  ne  put  partir  avec  l'ex- 
pédition. Il  resta  attaché  à  l'hôpital  d'instruction 
militaire  de  Toulon.  Ses  succès  comme  profes- 
seur lui  valurent  d'être  choisi  par  le  jury  d'ins- 
truction du  département  pour  remplir  la  chaire 
de  chimie  de  l'École  centrale  du  Var,  qu'il 
quitta  bientôt  pour  une  place  de  professeur  de- 
venue vacante  à  l'hôpital  militaire  d'instruction 
de  Lille.  Chargé  des  cours  de  chimie  et  de  phar- 
macie, il  s'acquitta  de  cette  double  tâche  avec 
tant  de  zèle  et  de  succès  que  Fourcroy  le  ra- 
pella  à  Paris  en  1802,  et  le  chargea  de  le  sup- 
pléer au  Muséum  d'Histoire  naturelle.  Depuis 
cette  époque,  Laugier  continua  chaque  année 
son  cours  de  chimie  générale,  et  en  1810,  après 
la  mort  de  Fourcroy,  il  lui  succéda  comme  pro- 
fesseur .titulaire.  Lors  de  la  réorganisation  de 
l'école  de  pharmacie,  en  1803,  Laugier  y  devint 
professeur  d'histoire  naturelle;  il  fit  ce  cours 
pendant  plusieurs  années  jusqu'au  moment  où 
il  fut  d'abord  directeur-adjoint  puis  direc- 
teur. La  création  d'une  école  pratique  et  de 
plusieurs  nouvelles  chaires  lui  sont  dues.  A 
la  formation  de  l'Académie  de  Médecine,  en 
1820,  Laugier  fut  nommé  membre  titulaire  de 
la  section  de  pharmacie.  Chef  du  secrétariat 
de  la  direction  générale  de  l'instruction  pu- 
blique, qui  avait  été  confiée  à  Fourcroy  en  1802, 
Laugier  à  l'époque  oii  fut  organisée  l'univer- 
sité, resta  au  ministère  de  l'intérieur  chef  d'un 
bureau  chargé  de  quelques  affaires  relatives 
à  l'instruction  publique.  Il  garda  cette  place  jus- 
qu'en 1822,  année  dans  laquelle  il  fut  mis  à  la  ré- 
forme. Il  avait  contribué  avec  Fourcroy  à  orga- 
niser la  plupart  des  lycées  et  des  collèges  qui 
existent  encore. 

On  lui  doit  la  découverte  d'un  phosphate  de  fer 
natif  pur  et  cristallisé  fort  rare  trouvé  à  l'île  de 
France,  la  constatation  de  l'acide  phospho- 
rique  dans  l'arséniate  de  plomb  cristallisé  de 
Johann-Georgenstadt,du  chrome  dans  les  aéro- 
lithes  et  dans  l'actinite  de  Zillerthal,  de  l'acide 
benzoïque  dans  la  substance  trouvée  par  Breis- 
lack  dans  la  grotte  de  l'Arc  de  l'île  de  Caprée, 
dans  le  castoreum  du  commerce,  et  dans  la  ré- 
sine du    xanthorea  hastilis,  rapportée  par 


897 


LAUGIER 


898 


Péron,  du  soufre  et  du  chrome  dans  le  fer  de  Si- 
bérie. On  lui  doit  encore  la  confirmation  de  la 
découverte  de  M.  Stromeyer  sur  la  présence  de 
la  strontiane  dans  les  aragonites;  la  connais- 
sance de  la  conversion  spontanée  à  l'air  de  la 
matière  sucrée  du  suc  de  carotte  en  vinaigre 
et  en  mannite;  le  meilleur  procédé  pour  séparer 
le  cobalt  du  nickel,  et  qui  permet  de  reconnaître 
la  moindre  quantité  de  ces  métaux;  l'analyse  du 
cobalt  arsenical  natif,  des  sulfures  jaune  et 
rouge  d'arsenic,  et  des  arséniates  de  chaux  et  de 
baryte  ;  les  moyens  de  séparer  exactement  le  fer 
du  titane  et  le  cérium  du  fer  ;  le  mode  pour  re- 
cueillir l'osmium  qui  passe  à  l'état  d'acide  osmique 
pendant  le  traitement  du  platine  brut  ;  la  pre- 
mière observation  sur  l'absence  du  nickel  dans 
l'aérolithe  tombé  à  Jonzac. 

On  a  de  Laugier  :  Cours  de  Chimie  générale 
professé  au  Jardin  du  Roi,  recueilli  par  une  so- 
ciété de  sténographes,  et  revu  parle  professeur; 
Paris,  1828,  3  vol.  in-S".  Il  a  donné  dans  les 
Annales  dît  Muséum  d'Histoire  naturelle  : 
Analyse  d'une  Pierre  tombée  de  l'atmosphère 
(  tome  IV,  1804)  :  —  Analyse  du  Disthène  de 
Saint-Gothard  (tome  V,  1804);  —  Analyse 
de  l'Amphibole  du  cap  de  Gattes  ,  dans  le 
royaume  de  Grenade  { ibid.  );  —  Analyse  de 
l'Épidote  grise  du  Valais  en  Suisse  (ibid.  )  ;  — 
Analyse  d'une  Pierre  silicéo  -  ferrugineuse 
de  couleur  verdâtre  (ibid.);  —  Analyse  de 
la  Mine  de  Plomb  de  Johann-Georgenstadt, 
en  Saxe,  que  quelques  minéralogistes  ont 
nommée  arséniate  de  plomb  (tome  VI,  1805); 

—  Examen  chimique  des  Grammatites 
blanche  et  grise  du  mont  Saint-Gothard 
(  ibid.  )  ;  —  Examen  du  Chromate  de  Fer  des 
montagnes  ouraliennes    en  Sibérie  (ibid.); 

—  Analyse  de  l'Actinote  de  Zillerthal 
(tome  VII,  1806);  —  Extrait  d'un  Mémoire 
sur  l'existence  du  Chrome  dans  les  pierres 
météoriques  (  ibid.  )  ;  —  Note  sur  l'analyse 
de  la  Mine  de  Plomb  de  Johann-Georgen- 
stadt (ibid.);  —  Examen  de  la  pierre  dite 
Zéolithe  rouge  de  Tyrol  (tome  IX,  1807);  — 
Examen  chimique  d'une  substance  animale  de 
la  grotte  de  l'Arc,  dans  l'île  de  Caprée  (ibid.)  ; 
Aîialyse  du  Paranthine  (tome  X,  1807);  — 
Analyse  du  Diodside  (tome  XI,  1808);  — 
Analyse  de  l'Aplome  (  ibid.)  ;  —  Analyse  com- 
parative de  deux  Sables  ferrugineux  trou- 
vés, Vun  à  Saint-Domingue,  Vautre  sur  les 
bords  de  la  Loire,  aux  environs  de  Nantes 
(tome  XII,  1808);  —  Examen  comparatif 
de  l'Acide  muqueux  formé  par  l'action  de 
l'acide  nitrique,  1  °  sur  les  gommes,  2°  sur  le 
sucre  de  lait  (tome  XIV,. 1809)  ;  —  Examen 
chimique  de  la  Prehnite  compacte  de  Rei- 
chenbach  près  Oberstein  (tome  XV,  1810); 

—  Examen  chimique  de  la  Résine  jaune  du 
Xanthorea  Imstilis,  et  du  Mastic  résineux 
dont  se  servent  les  sauvages  de  la  Nouvelle- 
Hollande  pour  fixer  la  pierre  de  leurs  ha- 

NOUy.   BIOGK.   GÉNFR.    •—  T.   XXIX. 


ches  (  ibid  )  ;  —  Examen  chimique  des  Ma- 
tières salines  contenues  dans  la  liqueur 
que  l'on  obtient  lorsqu'on  fait  fondre  des  mé- 
duses en  les  abandonnant  à  une  décomposi- 
tion spontanée  (tome  XVI,  1810)  ;  —  Exa- 
men chimique  des  Crayons  lithographiques 
(tome  XVU,  1811)  ;  —  dans  les  Mémoires  de 
l'Institut,  savants  étrangers  :  Annonce  d'un 
nouveau  Principe  dans  les  Pierres  météori- 
ques (tome  U,  1811);  —  Notice  sur  la  na- 
ture chimique  d'une  substanc-e  animale  de 
la  grotte  de  l'Arc,  dans  l'île  de  Caprée 
(ibid.);  —  dans  les  Mémoires  du  Muséum 
d'Histoire  naturelle  :  Note  sur  la  présenc-e 
de  la  Strontiane  dans  l'Aragonite  (tomeP% 
1815);  — Note  relative  aux  Aragonites  de 
Bastènes ,  de  Baudissero  et  du  pays  de 
Gex  (tome  III,  1817);  —  Expériences  pro- 
pres à  confirmer  l'opinion  émise  par  des  na- 
turalistes sur  l'identité  d'origine  entre  le 
Fer  de  Sibérie  et  les  Pierres  météoriques  ou 
aérolithes  (  ibid.  )  ;  —  Observations  sur  le 
Suc  de  Carotte,  daucus  carotse  (tome  IV, 
1818);  —  Faits  pour  servir  à  l'histoire  chi- 
mique des  Pierres  météoriques  (tome  VI, 
1820  )  ;  —  Analyse  de  deux  variétés  de  Cobalt 
arséniate,  provenant  d'Allemont  et  du  du- 
ché de  Wîirtemberg  (tome  IX,  1822);  — 
Analyse  chimique  de  plusieurs  Terres  en- 
voyées du  Sénégal  (  tome  X,  1823)  ;  —  Exa- 
men chimique  d'un  Fragment  de  Masse  sa- 
line considérable  rejetée  par  le  Vésuve  dans 
l'éruption  qui  a  eu  lieu  en  1822  (ibid.  )  ;  — 
Mémoire  sur  l'analyse  de  Pierres  et  de  Fers 
météoriques  trouvés  en  Pologne  (  tome  XI, 
1824)  ;  —  Examen  chimique  des  Terres  de 
Lamana,  dans  la  Guyane  française,  et  ré- 
flexions sur  leur  nature  et  sur  l'emploi 
qu'on  en  pourrait  faire  (  ibid.  );  —  Examen 
chimique  de  trois  Minéraux  provenant  de 
l'île  de  Ceylan  et  de  la  côte  de  Coromandel 
(tome  XII,  1825);  —  Examen  chimique  de 
l'Argile  de  Combal  (tome  XIII,  1825);  — 
Analyse  de  la  variété  en  masse  de  VEssonite 
de  Ceylan  (  tome  XIV,  1825  )  ;  —  Analyse  des 
indianites  blanche  et  rose  de  Coromandel 
(ibid.  )  ;  —  Analyse  dfun  Carbonate  de  chaux 
magnésifère  de  la  Spezzia  dans  les  Apennins 
(tome  XIX,  1830).  Berzélius  a  cité  plusieurs 
analyses  de  Laugier  dans  son  Traité  de  Miné- 
ralogie. L.  L— T. 

Adolphe  Laugier,  dans  le  Dictionnaire  de  la  Con- 
versation. —  Descuret,  dans  la  Biographie  Médicale.  — 
Qiiérard,  La  France  Littéraire.  —  Hcnrion,  annuaire 
Biographique. 

*  LAUGIER  (  Stanislas  ),  fils  du  précédent, 
chirurgien  français,  est  né  en  1798,  à  Paris.  Il 
étudia  la  médecine  à  Paris,  fut  reçu  docteur  en 
1828,  et  agrégé  de  la  Faculté  en  1829,  et  peu  de 
temps  après  1830  il  fit  partie  du  service  de  santé 
de  Louis-Philippe.  Attaché  successivement  aux 
hôpitaux  Necker  et  Beaujon,  il  est  aujourd'hui 
chirurgien  de  l'hôtel-Dieu,  et  occupe  à  la  Fa- 

29 


899 


LAUGIER 


900 


culte  de  Médecine  une  chaire  de  clinique  chi- 
rurgicale. Depuis  1844  il  siège  à  l'Académie  de 
Médecine.  On  a  de  lui  :  Des  Cals  difformes  et 
des  Opérations  qu'ils  réclament;  Paris,  1841, 
in-8";  —  Bes  Varices  et  de  leur  Traitement  ; 
ibid.,  1842,  iB-8°;  —  Des  Lésions  de  la  Moelle 
épinière  ;  ibid.,  1848,  in-8'';  —  une  ti'aduction 
du  Traité  des  Maladies  des  Yeux  de  Mackensie; 
•  1845,  avec  M.  Richelot;  et  beaucoup  d'articles 
et  de  mémoires  dans  le  Bulletin  Chirurgical, 
recueil  qu'il  a  fondé.  K. 

Sachaile,  Les  Médecins  de  Paris.  —  Journal  de  la  Li- 
brairie. 

*  LAUGIER  (Ernest),  astronome  français , 
ftère  du  précédent,  naquit  à  Paris,  le  22  décembre 
1812.  Entré  à  l'École  Polytechnique  en  1832,  il  en 
sortit  en  1834  pour  prendre  part  aux  travaux  de 
l'Observatoire  de  Paris.  Après  les  affaires  de  juin 
1848,  il  futnomnié  colonel  de  la  12^  légion.  Par 
suite  du  changement  d'organisation  de  l'Obser- 
vatoire, effectué  après  la  mort  d'Arago,  il  re- 
nonça aux  fonctions  d'astronome,  et  ne  con- 
serva que  la  place  d'examinateur  de  la  Marine. 
En  1836  il  publia  ses  premières  Observations 
comme  astronome  sur  P Éclipse  de  Soleil  du 
15  wîaiet  sur  les  Étoiles  filantes  vues  dans  la 
nuit  du  12  novembre.  Outre  les  Calculs  relatifs 
aux  éléments  de  la  comète  de  Halley,  on  lui 
doit  un  Mémoire  sur  les  Taches  du  Soleil.  «  Ce 
mémoire  renferme  pour  notre  époque,  dit  Arago, 
les  meilleurs  éléments  moyens  de  la  rotation  du 
soleil  qui  soient  venus  à  notre  connaissance.  On 
y  trouve  une  détermination  évidente  du  dépla- 
cement propre  des  taches.  Si  des  observations 
ultérieures  confirment  la  remarque  faite  sur  les 
mouvements  propres  semblablement  dirigés  que 
paraissent  éprouver  les  taches  situées  dans  un 
même  hémisphère ,  l'auteur  aura  jeté  un  jour 
nouveau  sur  la  constitution  physique  du  soleil.  » 
M.  Laugier  a  donné  des  observations  intéres- 
santes et  délicates  sur  la  manière  dont  la  pé- 
nombre pénètre  ordinairement  dans  le  noyau 
central  et  l'efface.  En  1841,  il  obtint  la  médaille 
Lalande  pour  avoir  découvert  une  comète,  le 
28  septembre  1840,  et  en  avoir  calculé  l'orbite. 
En  1 842  il  fit,  en  compagnie  avec  Mauvais  et  Arago, 
une  excursion  scientifique  dans  le  midi  de  la 
France.  Leurs  observations  avaient  particuliè- 
rement pour  objet  le  magnétisme  terrestre  et  la 
détermination  de  la  hauteur  du  Canigou,  une  des 
cimes  les  plus  élevées  de  la  chaîne  des  Pyrénées. 
En  1845M.  Laugier  publia  un  mémoireintéressant 
Sur  l'Influence  du  ressort  de  suspension  sur 
la  Durée  des  Oscillations  du  pendule.  D'après 
la  désignation  de  M.  de  Humboldt,  M.  Winnerl 
avait  réclamé  le  concours  de  M.  Laugier  pour 
rechercher  les  conditions  pratiques  de  l'isochro- 
nismedu  pendule.  Telle  est  l'origine  de  ce  travail 
dans  lequel  sont  discutées  toutes  les  expériences 
que  M.  Winnerl  et  lui  ont  faites  en  commun. 
En  1846,  M.  Laugier  soumit  à  l'Académie  le  ré- 
sultat de  ses  recherches  sur  les  anciennes  appa- 


ritions de  la  comète  de  Halley.  En  1847  il  écrivit 
sur  la  Compensation  des  Horloges  astronomi- 
ques ;  c'est  dans  le  mouvement  du  pendule  ré- 
gulateur de  l'horloge  ainsi  que  dans  la  nature 
de  l'échappement  qu'il  faut,  selon  lui,  rechercher 
les  causes  des  légères  irrégularités  qui  affectent 
assez  souvent  la  marche  des  horloges  astrono- 
miques. Le  développement  de  cette  idée  fit  res- 
soitir  les  avantages  d'un  pendule  parfaitement 
isochrone  et  tout  à  fait  indifférent  aux  variations 
de  température  et  de  pression  barométrique.  Les 
moyens  généralement  employés  jusqu'à  présent 
dans  la  construction  des  pendules  compensa- 
teurs supposant  que  l'état  therraométrique  des 
différentes  parties  métalliques  dont  ils  se  com- 
posent est  rigoureusement  le  même  à  chaque  ins- 
tant du  jour  et  de  la  nuit,  quelque  brusques  que 
soient  les  variations  de  température.  M.  Laugier 
examina  pourquoi  cette  condition  n'est  pas  rem- 
plie, et  il  proposa  de  remédier  à  ces  inconvénients. 
On  a  enfin  de  M.  Laugier  un  catalogue  de  né- 
buleuses et  un  grand  nombre  d'observations  as- 
tronomiqueSjConsignées  dans  la  Connaissance  du 
Temps.  Tl  est  membre  de  l'Académie  des  Sciences 
depuis  le  2  juin  1842.  Jacob. 

Comptes  rend/us  de  V Académie  depuis  1838. 
*  LAVGiËR  (  Jean-Nicolas),   graveur  fran- 
çais, né  en  1785,  à  Toulon.  Venu  à  Paris  à  l'âge 
de  vingt  ans ,  il  étudia  la  peinture  dans  l'atelier 
de  Girodet,  remporta  dès  son  début  une  médaille 
à  l'École  des  Beaux-Arts,  et  s'adonna  ensuite  à  la 
gravure  d'histoire.  Il  vit  aujourd'hui  dans  la  re- 
traite à  Argenteuil ,  sans  négliger,  malgré  son 
grand  âge,   l'exercice  de  son   art.   En  1817  il 
parut  pour  la  premiès  e  fois  au  Salon  ;  le  sujet 
qu'il  exposa,  Héro  et  Léandre  d'après  Delorme, 
lui  fit  accorder  une  médaille  d'or.  En  1831  il  en 
obtint  une  seconde  pour  la  reproduction  du  ta- 
bleau de  Gros,  Les  Pestiférés  de  Jaffa,  et  reçut 
en  1835  la  croix  d'Honneur.  L'œuvre  de  cet  ar- 
tiste est  très-recherché  ;  nous  citerons  parmi  ses 
nombreuses  planches  :  Léonidas  aux  Thermo- 
ptjles  et  Napoléon,  portrait  en  pied,   d'après 
David  ;  —  Zéphyre  se  jouant  sur  les  eaux, 
d'après  Prud'hoa;  —  Pygmalïon  et  Galatée,  et 
le  beau  portrait  de  Chateaubriand,  d'après  Gi- 
rodet;—  Washington,  d'après  Léon  Coignet, 
portrait  dont  l'esquisse  a  été  exécutée  par  M.  Lau- 
gier à  l'Athénée  de  Boston,  d'après  le  seul  por- 
trait dont  les  Américains  admettent  la  ressem- 
blance. D'après  les  maîtres  anciens,  on  a  de  cet 
aiiiste  :  Le  Ravissement  de  saint  Paul,  de 
Poussin;    —  La  Vierge  sur   les  genoux  de 
sainte  Anne,  de  Léonard  de  Vinci;  —  La  Belle 
Jardinière,  de  Raphaël:  —  et  La  Vierge  au 
Lopin  blanc,  du  Titien,  planche  terminée  pour 
le  salon  de  1859.  Enfin,  il  a  encore  gravé  les 
vignettes  d'Hymen  et  Naissance;  Paris,  1812, 
in-4'',  recueil  dédié  à  Napoléon  et  à  Marie-Louise  ; 
—  de  Don  Quichotte;  ibid.,  1820,  in-8°,  et  au- 
tres ouvrages  à  gravures.  P.  L — Y. 
Livrets  des  Salons   —  Documents  parliniUers 


901 


LAUGIER 


l  L^VGiEti (César DE  Bellecour,  comte be), 
général  et  écrivain  militaire  italien ,  né  le  5  oc- 
tobre 1789,  à  Porto-Ferrajo  (île  d'Elbe).  Appar- 
tenant à  une  ancienne  famille  noble  d'origine 
française ,  il  fut  placé  au  collège  religieux  de 
Monte-Oliveto ,  où  il  n'apprit  pas  grand  chose, 
et  entra  en  1806  dans  l'armée  du  roi  d'Étrurie 
en  qualité  de  cadet.  A  la  suite  d'un  malheureux 
duel  qui  l'obligea  de  quitter  le  service,  il  passa 
en  France,  et  s'engagea  en  1807  comme  simple 
soldat  dans  le  corps  des  vélites  de  la  garde.  11 
prit  part  aux  campagnes  d'Espagne,  de  Russie  et 
de  Saxe,  se  distingua  en  plusieurs  affaires,  no- 
tamment au  combat  d'Esquirol ,  où  il  gagna  la 
croix  d'Honneur,  et  venait  d'être  nommé  capitaine 
lorsqu'il  tomba,  couvert  de  blessures,  aux  mains 
des  Autrichiens  (1813).  A  la  chute  du  royaume 
d'Italie,  il  servit  quelque  temps  dans  l'armée  de 
Murât,  qni,  le  l"mars  1815,  lui  conféra  le  grade 
de  chef  de  bataillon.  Aprèsavoir  subi  une  seconde 
captivité  en  Autriche,  M.  de  Laugier  revint  en 
Toscane;  admis  à  l'activité  en  1819  seulement 
et  comme  capitaine,  il  devint  en  1835  comman- 
dant, et  franchit  alors  rapidement  les  grades  su- 
périeurs. Le  26  mai  1848  il  fut  placé  à  la  tête 
du  contingent  toscan  destiné  à  agir  contre  l'Au- 
triche de  concert  avec  Charles- Albert  ;  trois  jours 
après,  il  rencontrait  trente  mille  ennemis  à  Cur- 
tatone,  et  soutenait  leur  choc  pendant  six  heures. 
L'année  suivante  il  se  déclara  contre  le  gouver- 
nement présidé  par  Guerrazzi,  s'efforça  en  vain 
de  rallier  des  adhérents  à  la  cause  de  la  monar- 
chie, fut  déclaré  traître  à  la  patrie,  et  chercha  un 
refuge  en  Piémont.  A  la  fin  de  1849,  il  fut  chargé 
par  Léopold  II  du  ministère  de  la  guerre,  réor- 
ganisa l'armée,  fonda  des  écoles ,  créa  trois  ar- 
senaux, et  ne  se  retira  qu'au  mois  d'octobre 
1851. 

M.  de  Laugier  a  publié  de  nombreux  ouvrages, 
qui  l'ont  fait  ranger  parmi  les  bons  écrivains 
militaires  de  l'Italie  moderne;  il  est  même  au- 
teur de  quelques  œuvres  d'imagination.  Nous  ci- 
terons de  lui  :  Règlements  pour  le  service  et 
les  évolutions  des  troupes  toscanes;  Florence, 
1817,  5  vol.;  —  Les  Italiens  en  Russie  ;MA., 
1825-1826,  4  vol.;  —  VArt  de  ne  se  faire  tuer 
ni  blesser  en  duel  ;  ibid.,  1828  ;  —  Côme  et  La- 
vinia  ;  ibid.,  1829,  roman  historique;  —  Fastes 
et  Vicissitudes  des  Peuples  italiens  de  1801  à 
181 5;  ibid.,  1829-1832, 13  vol.;  — Zes  Italiens 
à  Montevideo;  Livourne,  1846;  —  Apei-çusur 
la  Campagne  des  troupes  toscanes  en  Lom- 
ba7'die;  Vise,  1849;  — Nouveaux  Règlements 
pour  toute  espèce  d'instruction  et  de  service, 
à  l'usage  de  l'armée  toscane;  Florence,  1850, 
5  vol.;  —  Récit  historique  de  la  Bataille  de 
Curtatone;  ibid.,  1854.  K. 

.    Dict.  univ.  des  Contemp.  —  Ricciardi,  Hist.  d'Italie. 

*  i.AVGiE,R  (Joseph-Fidèle),  surnommé  par 
ses  compagnons  Toulonnais  le  g^enie,  poète  po- 
pulaire français,  né  à  La  Roque-Brussard  (  Var), 
en  1802.  Il  était  fils  d'un  cordonnier,  qui  lui  ap- 


-  LAUJON  902 

prit  son  état  ;  mais  l'apprenti  avait  le  goût  de  la 
poésie,  et  pendant  une  tournée  de  cinq  ans  en 
France  il  composa  une  vingtaine  de  chansons 
et  Le  Compagnon  de  l'Indépendance  fran- 
çais, poème;  Perpignan,  1838,  in-8°.  «  C'est, 
dit  M'"''  Georges  Sand  ,  un  poème  épique  très- 
bien  conduit  sur  les  persécutions  au  sein  des- 
quelles le  Devoir  des  cordonniers  s'est  main- 
tenu triomphant.  Il  y  a  de  fort  beaux  vers  dans 
ce  poème,  ce  qui  n'empêche  pas  le  barde  pro- 
létaire de  faire  des  bottes  excellentes  et  de 
chausser  les  lecteurs  à  leur  grande  satisfaction.  » 
En  1841,  M.  Laugier  est  allé  se  fixer  à  Mar- 
seille en  qualité  d'instituteur.  G.  de  F. 

M.  G.  Sand,   Avant-propos  de  la  V  édit.  des  Compa- 
gnons du  Tour  de  France.  —  Barjavel,  Biographie  Vau- 

clusienne. 

LAUJON  (Pierre),  chansonnier  et  auteur  dra- 
matique français,  né  à  Paris,  le  3  janvier  1727, 
mort  le  13  juillet  1811,  était  le  fils  d'un  procu- 
reur. Il  fit  avec  distinction  ses  études  au  collège 
Louis-le-Grand,  et  malgré  son  père,  qui  le  des- 
tinait au  barreau,  il  débuta  dès  l'âge  de  dix-huit 
ans  dans  la  carrière  dramatique,  par  une  pa- 
rodie de  Fopéra  de  Thésée,  composée  avec  la 
collaboralion  de  Parvy,  un  de  ses  condisciples. 
Favard  fit  accepter  la  pièce  à  l'Opéra-Comique,  et 
elle  eut  cinquante-deux  représentations.  Cette 
même  année ,  les  deux  amis  parodièrent  encore 
l'opéra-ballet  des  Fêtes  de  Thalie  ;  puisLaujon, 
quelques  mois  après,  s'unit  avec  Favart  lui-même 
pour  parodier  l'opéra  de  Zélindor,  de  Moncrif. 
Mais  l'Académie  royale  de  Musique  fit  interdire, 
sur  ces  entrefaites  ,  au  Théâtre-Italien,  les  paro- 
dies chantées ,  et  il  fallut  en  rester  là.  Favart 
associa  alors  son  jeune  collaborateur  à  la  rédac- 
tion d'un  petit  journal  de  chansons ,  Les  Fleu- 
rettes ;  il  en  avait  paru  cinq  numéros ,  quand  le 
maréchal  de  Saxe  appela  Favart  à  diriger  les 
spectacles  à  la  suite  de  son  armée.  Laujon  se 
dédommagea  en  composant,  d'après  le  roman 
de  Longus,  une  pastorale,  Daphnis  et  Cloé,  que 
Boismortier,  l'auteur  de  la  musique  du  Don 
Quichotte  de  Favart,  arrangea  pour  la  scène 
lyrique.  Rebel  et  Francœur,  directeurs  de  l'Opéra, 
acceptèrent  l'ouvrage  et  prônèrent  le  poëte  :  d'Ai- 
gental,  le  président  Hénault,  le  ducd'Ayen  l'ac- 
cueillirent; une  amie  de  M"**  de  Pompadour  le 
présenta,  à  Choisy,  à  la  favorite,  et  il  reçut  les 
compliments  du  duc  de  Nivernais  et  de  l'abbé  de 
Bernis.  Enfin,  le  comte  de  Clermont,  sur  la  re- 
commandation de  M"ie  de  Pompadour,  voulut 
l'entendre;  bientôt  il  lui  offrit  la  place  de  secré- 
taire de  son  cabinet,  et  la  fortune  de  Laujon  était 
faite.  La  pastorale  de  Daphnis  et  Cloé  réussit 
fort  bien,  et  lui  valut  d'être  désigné  par  le  roi 
comme  l'un  des  trois  auteurs  destinés  à  travailler 
pour  ses  petits  spectacles.  Eglé,  qui  suivit  (1748), 
n'eut  pas  moins  de  succès,  et  le  comte  de  Cler- 
mont, s'attachant  de  plus  en  plus  à  Laujon,  le 
fit  en  1750  secrétaire  de  ses  commandements  et 
secrétaire  général  du  gouvernement  de  Cham- 

29. 


903 


LAUJON 


904 


pagne  et  de  Brie ,  que  le  roi  venait  de  lui  accor- 
der. Pendant  la  guerre  de  Sept  Ans,  Laujon  suivit 
le  conote  en  Allemagne,  avec  le  titre  de  commis- 
saire des  guerres,  et,  sans  en  avoir  exercé  les 
fonctions,  il  obtint  la  croix  de  Saint-Louis.  A 
la  mort  de  son  protecteur,  en  1771,  il  passa  dans 
la  maison  du  prince  de  Condé,  héritier  du  comte 
de  Clermont,  devint  secrétaire  des  commande- 
ments du  duc  de  Bourbon  ,  et  dirigea  les  réu- 
nions de  Chantilly,  «  composant ,  dit  sèchement 
La  Harpe,  de  petites  fêtes  pour  de  grands 
princes  et  faisant  de  petits  vers  dans  les  grandes 
occasions  ».  En  1 775  Laujon  succéda  à  Gentil-Ber- 
nard dans  la  charge  de  secrétaire  des  dragons. 
C'était  une  place  de  20,000  livres  de  rente. 
Laujon  fut  digne  de  sa  fortune;  c'était  un  homme 
bon,  simple,  bienfaisant,  timide  à  l'excès;  plus 
tard,  présenté  à  l'empereur,  il  oublia  jusqu'à  son 
nom.  A  la  révolution,  il  perdit  tout,  même  sa 
bibliothèque,  que  la  misère  lui  fit  vendre  ;  il  se 
consola  avec  des  chansons  gaies,  gracieuses, 
écrites  purement,  mais  manquant  de  couleur  et 
de  véritable  inspiration.  Il  n'en  est  pas  moins, 
malgré  ces  défauts,  un  des  représentants  les 
plus  marquants  de  ces  sociétés ,  moitié  bachi- 
ques, moitié  littéraires,  connues  sous  les  noms  de 
Caveau  ancien  el  moderne,  des  Gobe-mou- 
ches, des  Dîners  du  Vaudeville,  des  Enfants 
d' Apollon , etc.  Confrère,  dans  sa  jeunesse  de  Pa- 
nard, de  Piron,  de  Collé,  il  trinquait  et  chantait 
encore  avec  Gouffé  et  Desaugiers,  et  même  avec 
Béranger.  C'est  là,  si  c'en  est  une,  l'originalité 
de  Laujon.  En  1807,  le  doyen  des  chansonniers, 
octogénaire,  fut  reçu  à  l'Académie ,  en  rempla- 
cement du  ministre  Portails.  «  Laissons-le  passer 
par  l'Institut  »,  dit  Delille  en  lui  donnant  sa  voix, 
et  personne  ne  trouva  à  redire  à  l'élévation 
d'un  vieillard  qui  avait  conservé,  suivant  le  mot 
de  J.  Chénier,  «  l'habitude  d'être  aimé,  en  ne 
perdant  pas  celle  d'être  aimable  >•■. 

On  a  de  P.  Laujon  :  Thésée,  parodie  nou- 
velle de  Thésée,  avec  Parvy,  174.5,  à  l'Opéra-Co- 
mique;  —  La  Femme,  la  Fille  et  la  Veuve,  pa- 
rodie du  ballet  des  Fêtes  de  Thalie  avec  Parvy, 
1745,  Théâtre-Italien  et  théâtre  de  Fontaine- 
bleau; —  Daphnis  et  Cloé,  pastorale  à  l'O- 
péra, 1747;  remise  au  théâtre  en  1752;  — 
Églé ,  pastorale  héroïque,  musique  de  Lagarde, 
représentée  sur  le  théâtre  des  petits  Apparte- 
ments, 1748,  et  à  l'Opéra ,  1751  ;  —  Le  Matin, 
ou  la  toilette  de  Vénus,  divertissement  en  un 
acte,  1749;  —Sylvie,  pastorale  en  trois  actes, 
représentée  en  1749  et  1750,  sur  le  Théâtre  des 
petits  appartements,  musique  de  Lagarde,  à 
Fontainebleau ,  musique  de  Berton  et  Trial , 
en  1765,  à  l'Opéra  en  1766  ;  —  La  Journée  ga- 
lante, ballet  héroïque,  1750,  àl'Opéra-Comique; 
—  Zéphyre  et  Fleurette,  parodie  de  Zelmïdor, 
en  un  acte,  1754,  à  la  Comédie-Italienne,  com- 
posée en  1745  avec  Favart  et  refondue  ;  —  Ar- 
mide,  parodie  de  l'opéra  d'Armide,  en  quatre 
actes,  1762,  Théâtre -Italien;  ~  Ismène  et  Js- 


ménias,  tragédie  lyrique  en  trois  actes,  à  Choisy, 
1763,  à  l'Opéra  en  1770,  imprimée  en  1763;  — 
La  Répétition,   ou  le  bouquet   impromptu, 
scène,  1763,  Théâtre  deBagnolet;  —  Les  Ren- 
contres heureuses,  ou  les  audiences  de  Thalie, 
prologue,  1765  ;  —  L' Amoureux  de  quinze  ans, 
ou  la  double  Fête,  comédie  lyrique  en  trois 
actes  et  en  prose,  composée  à  l'occasion  du  ma- 
riage du  duc  de  Bourbon,  Théâtre-Italien,  1771, 
reprise  en  1798;  c'est  la  meilleure  sans  contredit 
de  toutes  les   œuvres  dramatiques  de  Laujon, 
bien  qu'il  ne  faille  pas  tout  à  fait  en  juger  sur  la 
foi  du  titre  ;  Chénier  en  a  fait  l'éloge  avec  beau- 
coup   de  complaisance;    —  Le  Fermier   cru 
sourd,  ou   les  méfiances ,  opéra  comique   en 
trois  actes,  1772,  au  Théâtre-Français;  —  Deux 
Fêtes  au  lieu  d'une,  divertissement,    1773,  à 
Vanvres;  —  divertissement  pour  la  comédie  A'A- 
mour  pour  Amour  de  Lachaussée  ;  Versailles, 
1777;   — Matroco,   opéra-drame  burlesque  en 
quatre  actes  et  en  vers,  musique  de  Grétry  ;  Ver- 
sailles, 1777;  Théâtre-Italien,  1778;  — L'Incon-  ■ 
séquente,  ou  les  soubrettes ,  comédie  en  cinq  | 
actes  eten  vers;  1777  :  c'était,  au  jugement  de  La  i 
Harpe,  un  ouvrageau-dessusdes  forces  de  Laujon,  , 
et  l'auteur  en  a  fait  justice  lui-même  en  supprimant  I 
cette  piècedans  l'édition  choisie  qu'il  donna  deses  ; 
œuvres  ;  —  Diver  tissement  villageois,  donné  à  la  i 
suite  de  la  comédie  lyrique  de  L'Ami  de  la  Mai-  ■ 
son  ;  1782  ;  —  Le  Poète  supposé,  ou  les  pré-  ■ 
paratifs    de  fête,  comédie   lyrique  en  trois  i 
actes  et  en  prose,  musique  de  Champein;  1782,  \ 
au  Théâtre-Italien;  —  Le  Couvent,  oti  les  fruits  i 
ducaractèreetde  l'éducation;  1790,  au  Théâtre-  ■ 
Français  ;  reprise  en  1803  :  le  cailletage  des  cou-  ■ 
vents  y  est  heureusement  exprimé ,  et   c'est  I 
peut-être  la  seule  comédie  où  tous  les  acteurs  i 
soient  des  femmes;  —  Le  Juif  bienfaisant,, 
ou  les  rapprochements   dijficiles ,    comédie  i 
en  cinq  actes  et  en  prose,  imitée  de  l'anglais;  ; 
théâtre  de  Rouen ,   1 806  ;  —  Les  Amours  de  '. 
Pierre  Corneille,  comédie  en  un  acte;  —  Léan-  ■ 
dre  et  Héro,  divertissement  en  un  acte;  — 
L'École  de  l'Amitié  et  La  Nouvelle  École  des  i 
Mères,  comédies  en  un  acte,  en  prose ,  non  im- 
primées ;  —  Épaphus  et   Memphis,  opéra  en  i 
quatre  actes  ;  —  Léonore  Fetrocori ,  ou  les 
héros  bergers,  opéra  en  quatre  actes  ;  —  L'Édu- 
cation de  l'Amour,  comédie  lyrique  en  trois 
actes;  ces  trois  dernières  pièces,  acceptées  par 
le  jury  de  l'Opéra,  n'ont  point  été  représentées. 
Les  chansons  de  Laujon ,  disséminées   d'abord 
dans  les  recueils  des  diverses  sociétés  lyriques 
dont  l'auteur  faisait  partie,  ont  été  réunies  par  lui 
sous  ce  titre  :  A-propos  de  Société,  recueil  de 
chansons  en  musique;  1771, 1783, 3  voI.etin-8°; 
Il  adonné  lui-même  ses  Œuvres  choisies,  1809, 
in-8° ,  et  une  seconde  édition  en    1811,  sous 
ce  titre  :  Œuvres  c/fomes  de  P.  Laujon,  membre 
de  l'Institut,  contenant  ses  pièces  représentées 
sur  nos  principaux  théâtres,  sur  ceux  de  pro- 
vince ou  de  société;  ses  fêtes  publiques  ou  par- 


005  LAUJON  — 

liculières,  ses  chansons  et  autres  opuscules,  avec 
des  anedoctes,  remarques  et  notices  relatives  à 
ces  divers  genres.  On  y  trouve,  à  part  les  prin- 
cipales œuvres  de  Laujon,  d'intéressants  détails 
sur  l'histoire  de  la  chanson  au  dix-huitième 
siècle  et  aussi  sur  la  société  littéraire  de  M*""  de 
Pompadour.  Cb.  Defodon. 

Préface  de  l'édition  de  1811.  —  J  Chénier,  Tableau  de 
la  Littérature.  —  B.  Julien,  Histoire  de  la  Poésie  fran- 
çaise à  l'époque  impériale. 

*  LACMiER  {Charles- Auguste),  littérateur 
français,  né  à  Dôle,  dans  le  Jura ,  le  27  décembre 
1781.  Au  sortir  de  l'école,  il  suivit  d'abord  la 
carrière  du  commerce ,  qu'il  quitta  bientôt  pour 
se  livrer  entièrement  aux  lettres.  Il  devint  con- 
servateur de  la  bibliothèque  de  Dôle,  et  publia  , 
entre  autres  :  Cérémonies  Nuptiales  des  peu- 
ples anciens  et  modernes;  Paris,  1819,  in-8"; 

—  Histoire  de  la  Révolution  d'Espagne  en 
1820;  Paris,  1820,  in-8'';  —  Résumé  de  l'His- 
toire des  Jésuites,  depuis  V origine  jusqu'à  la 
destruction  de  la  Société,  etc.;  Paris,  1826, 
in-8°  ;  —  Événements  les  plus  curieux  de 
l'Histoire,  ou  choix  d'épisodes  historiques  les 
plus  remarquables  et  les  plus  instructifs 
chez  tous  les  peuples  du  monde;  Paris,  1826, 
2  vol.  in- 12;  —Mon  Cousin  Bernard;  Paris, 
1827,  4  vol.  in-12  ;  —  Histoire  de  la  ville  et 
du  château  de  Saint-Germain-en- Laye  ;  Paris, 
1827,  in-8°  ;  —  Histoire  du  Voyage  de  Char- 
les X  et  de  sa  famille,  de  Saint-Cloud  à 
Rambouillet,  juillet  1830;  Paris,  1830,  in-I8; 

—  Le  Paravoleur,  ou  l'art  de  se  conduire 
prudemment ,  etc.;  par  Vidocq  (Ch.  Laumier); 
Paris,  1830,  in-18;  —  Léon,  ou  le  choix  d'un 
ami;  Tours,  1845  et  1848,  iu-8°.  M.  Laumier 
avait  commencé  la  publication  d'un  Dictionnaire 
Chronologique,  qu'il  n'a  pas  continué.  Il  a  colla- 
boré à  La  Sentinelle  du  Jura,  au  Journal  du 
Mans,  et  à  la  Biographie  portative  de  Lud. 
Lalanne.  G.  de  F. 

Documents  parlicuUers.  —  Journal  de  la  Librairie. 
LAtTMOND  (  Jean-Charles- Joseph,  comte), 
administrateur  français,  né  en  1753,à  Arras,  mort 
le  8  mars  1 825,  à  Paris.  D'abord  employé  à  l'in- 
tendance de  Flandre,  puis  à  celle  de  Lorraine , 
il  devint  en  1791  un  des  quatredirecteurs  auxquels 
fut  confiée  la  Caisse  de  l'Extraordinaire,  fon- 
dée par  Necker.  En  1794  il  fut  un  des  mem- 
bres de  la  commission  des  revenus  nationaux, 
qui  remplaçait  le  ministère  des  finances.  En 
1795  il  remplit  pendant  quelques  mois  le  poste 
de  consul  général  à  Smyrne,  et  passa  en  Italie 
en  qualité  de  commissaire  des  guerres.  Nommé 
préfet  du  Bas-Rhin  en  1801,  il  administra  en 
1^04  le  département  de  la  Roër,  et  en  1806  celui 
de  Seine-et-Oise.  11  reçut  en  1810  le  titre  de 
comte  de  l'empire,  fut  mis  en  même  temps  à  la 
tête  de  la  direction  des  mines;  et  lorsqu'on  1815 
celte  direction  fut  réunie  à  celle  des  ponts  et 
chaussées,  il  conserva  le  rang  de  conseiller  d'État 
avec  une  pension.  Il  a  publié  :  Statistique  du 


LAUMONT 


906 


département  du  Bas-Rhin;  Paris,  1802,in-8°, 

K. 

Matiul,  Ann.  Nécrologique  ;  1825. 
LAUMONT  (François- Pierre-Nicolas  Gil- 
LET  DE  ) ,  minéralogiste  français ,  né  à  Paris,  le 
28  mai  1747,  mort  le  1"  juin  1834.  Fils  d'un 
avocat,  il  suivit  d'abord  la  carrière  de  son  père, 
et  fut  reçu  en  1768  avocat  au  parlement  de 
Paris.Lors  de  l'exil  de  cette  cour  et  de  la  for- 
mation d'un  nouveau  parlement ,  il  abandonna 
le  barreau,  et  entra  à  l'École  Militaire.  En  1772 
il  faisait  partie  des  grenadiers  royaux,  et  parvint 
en  moins  de  cinq  ans  au  grade  de  commandant. 
Mais,  entraîné  par  son  goût  pour  les  sciences ,  il 
abandonna,  en  1784,  la  carrière  militaire,  et  se  mit 
à  étudier  la  minéralogie.  Il  avait  déjà  fait  des 
observations  sur  les  grès  cristallisés  de  la  forêt 
de  Fontainebleau  et  sur  la  véritable  lignite  du 
bois  bitumino - pyriteux  des  argiles,  regardée 
comme  un  indice  de  houilles  dans  les  environs 
de  Paris.  En  1784,  nommé  inspecteur  des  mines, 
il  fit  une  première  reconnaissance  générale  des 
mines  de  Bretagne  et  des  Pyrénées ,  et  découvrit 
densles  mines  de  Huelgoèt  (Finistère),  le  plomb 
phosphaté  vert,  et  cette  belle  zéolite  efflores- 
cente  que  Ilaiiy  désigna  sous  le  nom  de  lau- 
monite.  L'année  suivante  il  découvrit  dans  les 
Pyrénées,  avec  son  collègue  Le  Lièvre,  ladipyre 
de  Basten  et  les  fossiles  des  tours  de  Marboré  et 
de  la  Brèche-Roland ,  fossiles  qui  depuis  ont 
servi  à  déterminer  les  diverses  révolutions  que 
ces  montagnes  ont  éprouvées.  En  1787  il  fiit 
chargé  d'examiner  les  différentes  recherches  de 
houille  entreprises  dans  les  environs  de  Paris. 
En  1789  il  présenta  au  gouvernement  un  mé- 
moire sur  les  houillières  de  France  alors  en  ex- 
ploitation, et  sur  la  nécessité  de  concéder  celles 
par  lui  reconnues  et  dont  il  remit  l'état  dé- 
taillé. Laumont  avait  formé ,  dans  ses  voyages , 
une  riche  collection  de  minéraux  :  en  1 791  il  y 
réunit  celle  de  Romé-Delille.  Au  mois  d'août 
1793  il  fut  chargé  de  l'inventaire  des  objets  de 
sciences  et  d'arts  provenant  des  établissements 
supprimés  ;  il  s'acquitta  de  cette  tâche  aA^ec  un 
zèle  et  une  probité  qui  le  firent  nommer,  en  fé- 
vrier 1794,  membre  de  la  commission  chargée  de 
recueillir  les  objets  d'arts  et  de  sciences  dissé- 
minés par  la  vente  des  biens  nationaux.  Cette 
mission  le  mit  en  relation  avec  les  chefs  du 
terrible  gouvernement  de  1794.  Ami  courageux, 
il  osa  leur  demander  plus  d'une  tête  qu'ils  avaient 
condamnée,  et  par  ses  instances  énergiques 
il  réussit  à  leur  arracher  quelques-unes  des 
victimes  par  eux  vouées  à  la  mort.  C'est  en 
partie  à  cette  honorable  conduite  qu'il  dut,  en 
juillet  1794,  d'être  nommé  membre  de  l'agence 
des  mines,  dont  il  était  inspecteur  général.  Il  con- 
courut à  l'organisation  de  l'École  des  Mines,  qui 
a  rendu  tant  de  services.  Dès  la  formation  de 
l'Institut ,  il  fut  nommé  correspondant  de  l'A- 
cadémie des  Sciences,  qui  en  1816  le  choisit  pour 
membre  libre-  En  1798  il  faisait  partie  du  jury  de 


907 


LAUMONT  —  LAUINAY 


908 


la  première  exposition  de  l'industrie.  En  1801  il 
pipseutait  à  la  Société  centrale  d'Agriculture  des 
tableaux  statistiques  des  principales  substances 
minérales  du  département  de  la  Seine  avec  l'ex- 
plication de  leur  utilité  dans  les  arts  et  l'agricul- 
ture. Vers  le  même  temps  ,  il  communiquait  à 
l'Institut  des  recherches  sur  la  conversion  de  l'ar- 
gent muriaté  en  argent  natif  par  le  seul  contact 
du  ler  ou  du  zinc,  et  la  suite  de  ses  travaux  sur  la 
trempe  des  aciers  et  sur  les  meilleurs  moyens  de 
reconnaître  la  qualité  du  fer,  etc.  C'est  à  lui  qu'on 
doit  la  connaissance  exacte  du  gisement  des 
mines  d'étain  de  Vaury,  dans  la  Haute- Vienne. 
En  1803,  malgré  son  âge  et  ses  infirmités ,  il  di- 
rigea lui-même  les  élèves  de  l'École  pratique  des 
Mines  du  Mont-Blanc,  parcourant  comme  eux 
les  hautes  vallées ,  gravissant  les  rochers  les 
plus  abruptes  de  la  Tarentaise ,  du  Chablais ,  du 
Faucigny  et  de  la  Maurienne ,  et  rivalisant  avec 
eux  dans  l'exploration  de  ces  montagnes,  où  nos 
savants  ont  fait  tant  de  découvertes  importantes 
de  minéralogie  et  de  géologie.  «  S'oubliant  en- 
tièrement pourvu  qu'il  fût  utile  à  la  science  et 
aux  arts,  dit  M.  Héricart  de  Thury,  on  le  trou- 
vait partout  où  il  y  avait  du  bien  à  faire,  des 
malheurs  à  soulager,  des  artistes  à  protéger,  des 
expériences  à  faire,  de  la  science  à  approfondir, 
enfin  partout  où  il  pouvait  donner  l'exemple  de 
ce  désir  de  voir,  de  découvrir  les  vérités,  de  cet 
indicible  besoin  de  rerum  cognoscere  causas.  » 
On  a  de  Laumont  des  mémoires,  observations  et 
rapports  dans  les  Annales  des  Mines,  dans  le 
Journal  de  Physique  et  d'Histoire  naturelle 
de  Rozier  et  de  La  Methorie,  et  Bulletin  des 
Sciences  Philomatiques,  les  Mémoires  de  la  So- 
ciété centrale  d'Agriculture,  dans  le  Bulletin 
de  la  Société  d' Encouragement  pour  l'Indus- 
trie, etc.  GUYOT  HE  FÈRE. 

Disco?irs  de  IVU  Héricart  de  Thury,  prononcé  aux  funé- 
railles de  Gillet  de  Laumunt.  —  Moniteur,  2  septembre 
1834. 

LAiJNAT  (de  ),  poète  français ,  vivait  dans  la 
première  moitié  du  dix-septième  siècle.  II  était 
chirurgien  de  sa  profession,  et  exerçait  à  Rouen. 
On  a  de  lui  :  Les  Aphorismes  d'Hypocrate, 
mis  en  vers  français,  dédiez  à  M.  Boudet, 
premier  chirurgien  du  roi;  Rouen,  1642, 
in-8°.  11  s'est  proposé,  dans  sa  traduction  en 
sixains,  de  rendre  plus  intelligible  un  sujet  sur 
lequel,  en  1665,  un  avocat  du  parlement  de 
Paris,  nommé  Cabotin,  écrivait  un  commentaire 
en  vers  burlesques.  K. 

VioUet  Le  Duc,  Bïblioth.  Poétique. 

LAUNAT  {Pierre  de),  sieur  de  La  Motte  et 
de  Vauferlan,  théologien  protestant,  né  à  Blois, 
en  1573,  et  mort  à  Paris,  le  27  juin  1661.  Il  fut 
contrôleur  général  des  Guerres  en  Picardie  jus- 
qu'en 1613.  Il  renonça  alors  à  ce  poste,  et,  ne 
conservant  que  le  titre  honorifique  de  conseiller 
secrétaire  du  roi,  il  se  livra  tout  entier  à  l'étude. 
Il  se  perfectionna  dans  la  langue  grecque ,  ap- 
prit l'hébreu  d'un  juif,  et  fut  pendant  quarante 
an.«i  membre  du  consistoire  de  Charenton.  Tl  as- 


sista à  plusieurs  synodes  provinciaux  et  aux 
deux  synodes  nationaux  de  Charenfon  en  1623 
et  d'Alençonen  1637,  dans  lesquels  il  fut  élu  se- 
crétaire. Il  enseigna  gratuitement ,  pendant  quel- 
que temps,  la  langue  grecque  à  l'académie  pro- 
testante de  Saumur.  On  a  de  lui  :  Paraphrase 
et  exposition  du  prophète  Daniel  ;  Sedan , 
1624.  —  Paraphrase  et  claire  Exposition  du 
livre  deSalomon  vulgairement  appelé  Z'Ecclé- 

siaste;  Saint-Maurice,  1624,  in-8° Paraphrase 

et  Exposition  des  Proverbes  de  Salomon  et  du 
premier  chapitre  du  Cantique  des  Cantiques; 
Charenton,  1650,  2  vol.  in-S"  ;  2"^  édit.,  1655, 
in-l2;  —  Paraphrase  et  Expositimi  de  l'É- 
pistre  de  saint  Paul  aux  Romains;  Saumur, 
1647,  in-8°;  —  Paraphrase  sur  les  Épistres 
de  saint  Paul;  Charenton,  1650,2  vol.  in-4°; 
—  Paraphrase  et  Exposition  de  V Apocalypse  ; 
Genève,  1651,  in-4°,  sous  le  pseudonyme  de 
Jonas  Le  Buy  de  La  Prie.  Dans  cet  ouvrage,  il 
soutint  sur  le  règne  de  mille  ans  des  opinions 
qui  furent  attaquées  par  Amyraut  ;  —  Examen 
de  la  Réplique  de  M.  Amiraut;  Charenton, 
1658,  in-8".  Défense  de  l'ouvrage  précédent,  sur 
le  règne  de  mille  ans;  —  Traité  de  la  Sainte 
Cène  du  Seigneur,  avec  V  explication  deq.uel^ 
ques  passages  difficiles  du  Vieux  et  du  Nou- 
veau restom.;  Saumur,  1659,  in-t2;  — Remar- 
ques sur  le  texte  de  la  Bible  ou  Explication  des 
mots ,  des  phrases  et  des  figures  difficiles  de 
la  sainte  Écriture;  Genève,  1 667,  in  4°  ;  ouvrage 
posthume  estimé.  Michel  Nicolas. 

MM.  Haag,  La  France  Protest. 

iiACJSAY  (Frawçois  de),  jurisconsulte  fran- 
çais, né  à  Angers,  le  12  août  1612,  et  mort  à 
Paris,  le  9  juillet  1693.  Après  avoir  terminé  dans 
sa  ville  natale  le  cours  de  ses  études,  il  vint  s'éta- 
blir à  Paris,  où  il  fut  reçu  avocat  au  parlement  ; 
il  obtint  des  succès  au  barreau,  qu'il  fréquenta 
pendant  quarante-deux  années  consécutives.  La 
pratique  des  affaires  ne  l'empêcha  pas  de  se  li- 
vrer à  l'étude  des  textes  primitifs  de  nos  lois  et 
des  anciennes  chartes,  dont  il  avait  recueilli  un 
grand  nombre ,  dans  la  recherche  desquelles  il 
s'était  aidé  du  concours  et  des  lumières  de  Mé- 
nage, et  de  Du  Cange,  devenus  ses  amis.  Le 
chancelier  Letellier,  qui  avait  eu  l'occasion  d'ap- 
précier le  mérite  de  Launay,  fit  créer  pour  lui  une 
chaire  de  droit  français  au  Collège  Royal.  A  l'ou- 
verture de  ses  leçons,  le  nouveau  professeur  pro- 
nonça un  discours  où  il  cherchait  à  démontrer  que 
le  droit  romain  n'est  pas  le  droit  commun  de  la 
France,  et  qu'il  n'y  avait  rien  de  plus  utile  et  de 
plus  curieux  que  l'enseignement  public  des  lois 
du  pays,  dans  la  langue  nationale,  ainsi  que 
le  chancelier  de  L'Hôpital  l'avait  autrefois  pro- 
posé. Cette  thèse,qui  heurtait  bien  des  préjugés, 
causa  quelque  sensation.  On  rechercha  son  dis- 
cours, qui  fut  imprimé  en  1681,  in- 12,  et  obtint 
plusieurs  éditions.  Les  autres  ouvrages  publiés 
par  De  Launay  sont:  Traité  du  Droit  de  Chasse; 
Paris,  1681,  in-12;  >—  Institution  du  Droit 


909 

romain  et  du  Droit  français,  divisée  en  quatre 
livres  par  un  auteur  anonyme,  avec  des  re- 
marques pour  l'intelligence  de  V ouvrage; 
Paris,  1686,  in-4°.  Le  commentateur  ne  se  borne 
pas  à  de  simples  éclaircissements  sur  le  texte, 
dont  il  prétend  n'avoir  pu  découvrir  l'auteur, 
mais  il  se  livre  aussi  à  des  di;iressions  instruc- 
tives sur  des  matières  qui  se  rattachent  à  son 
sujet.  C'est  ainsi  qu'il  evaminela  question  tant  con- 
troversée de  l'emploi  de  la  langue  française  dans 
les  inscriptions  publiques,  et  qu'il  fait  connaître 
plusieurs  particularités  curieuses  sur  les  troubles 
du  royaume  pendant  les  guerres  de  religion  et 
sur  la  révocation  de  l'édit  de  Nantes  ;  —  Com- 
mentaires sur  les  Institutes  de  Me  Antoine 
Loisel,  avocat  au  parlement;  Paris,  1688, 
in-8°.  Cet  ouvrage,  extrait  des  leçons  que  Launay 
dictait  au  Collège  Royal,  ne  contient  que  le  pre- 
mier livre  des  Institutes,  relatif  aux  personnes. 
Dans  une  savante  préface  l'auteur  recommande 
par  de  nouvelles  considérations  le  règne  des  lois 
indigènes  sur  le  territoire  de  la  France,  à  l'exclu- 
sion du  droit  romain.  Il  traduisitdu  latin  en  fran- 
çais la  première  partie  du  Commentaire  de  Du- 
pineau  sur  la  Coutume  d'Anjou,  et  fut  l'éditeur 
des  Institutes  du  Droit  Canonique  de  Lacoste. 
J.  Lamodreux. 
Journal  des  Savons,  1693.  —  Taisand ,  Fies  des  plus 
célèbres  jurisconsultes  i  avec  des  additions  de  Perrière). 
—  Goujet,  Mémoire  sur  le  Collège  Royal. 

LAUiVAY  {Nicolas  de),  graveur  français,  né 
en  1739,  à  Paris,  mort  en  1792.  Élève  de  Lempe- 
reur,  il  choisit,  pour  exercer  son  burin,  les  com- 
positions des  peintres  contemporains,  et  se  dis- 
tingua autant  par  le  bon  goût  que  par  la  correc- 
tion. 11  fut  admis  en  1777  à  l'Académie  royale, 
à  laquelle  il  offrit  en  1789  le  Portrait  de  J.-B.  de 
l'roy  pour  pièce  de  réception,  et  fit  aussi  partie 
de  l'Académie  de  Copenhague.  On  cite  de  lui  : 
La  Marche  de  Silène ,  de  Rubens;  —  Les  Bei- 
gnets, L'Escarpolette  et  L'Heureuse  Fécondité, 
de  Fragonard; —  et  des  sujets  d'après  Freuden- 
berg,  Le  Prince,  Baudouin ,  etc. 

LAUNAY  {Robert  de),  frère  et  élève  du  pré- 
cédent, né  en  1754,  à  Paris,  et  mort  en  1814,  a 
gravé  Les  Vendeurs  d'Œufs  de  van  der  Werf, 
Le  Malheur  imprévu  de  Greuze,etdes  planches 
pour  une  édition  des  Contes  de  la  reine  de 
Navarre;  Berne,  1780,  3  vol.  in-S".  K. 

Basan,  Dict.  des  Graveurs.  —  Gori-Gandeiliai,  Notizie 
degli  Intagliatori,  IX.  —  Nagler,  Kûnsller-Lex.,  III.  — 
Ch.  Le  Blanc,  ilan.  de  l'Amateur  d'estampes,  II. 

LAUNAT  {Jean- Louis -Maurice),  médecin 
français,  né  à  Toulon,  le  8  juin  1788,  mort 
vers  1851.  Il  fut  chirurgien  de  marine,  et 
professeur  à  l'École  de  Médecine  du  port  de 
Toulon.  Il  est  auteur  des  ouvrages  intitulés  : 
Proposition  générale  de  Physiologie  et  de 
Thérapeutique;  Paris,  1823  (thèse  inaugura- 
laie);  —  Atlas  d'Anatomie  physiologique , 
ou  tableaux  synoptiques  d^anatomie  physio- 
logique dressés  d'après  une  nouvelle  nomen- 
clature; Paris,  3826  et  suiv-,  in-folio;  —  Mé" 


LAUNAY  910 

moire  explicatif  des    Tableaux  d'Anatomie 
physiologique  ;  Paris,  1826 et  suiv.,  petitin-folio; 
—  Essai  sur  les  Tissus  élastiques  et  contrac- 
tiles (extr.  des  Annales  de  la  Médecine  physio- 
logique);  Paris,  1827,  in-8''; —  Recherches 
sur  l'Hydre  et  l'Éponge  d'eau  douce,  pour  ser- 
vir à  l'histoire  naturelle  des  polypiaires  et 
des  spongiaires;  Paris,  18..,  gr.  in-8°  avec  un 
atlas  gr.   in-folio;  —  Annales  françaises   et 
étrangères  (  avec  M.  Hollard  et  d'autres  colla- 
borateurs); 1837-1839,  3  vol.  m-&°  ;~  Zoophilo - 
/ot/ie;  1844,  in-8°,  fait  partie  du  Voyage  autour 
du  Monde  exécuté  en  t836  et  1837  par  la 
corvette   La  Bonite,  commandée  par    Vail- 
lant. G.  de  F. 
Louandre  et  Bourquelot,  La  Littèr.  contemporaine^ 
LABWAY  {Jean-Baptiste),    ingénieur  fran- 
çais, né  à  Avranches,  le  20  mars  1768,   mort  à 
Savigny-sur-Orge ,   le  23  mai  1827.   Destiné  à 
l'état  ecclésiastique,  il  entra  dans  un  séminaire. 
Les  événements  de  1789  changèrent  sa  destina- 
tion. Il  s'appliqua  aux  arts  mécaniques,  partit 
ensuite  comme  soldat ,  parvint  en  peu  de  temps 
au  grade  de  capitaine ,  et  fut  chargé  de  la  fonte 
des  canons.  Blessé  grièvement  par  l'explosion 
d'un  moule,  il  fut  obligé  de  suspendre  ses  tra- 
vaux. Pourtant  en  l'an  vni  (1800),  il  futchargé 
de  la  fonte  du  pont  des  Arts  et  de  celledes  ponts 
à  bascule.  En  l'an  xi  (1803),  Becquey-Beaupré , 
ingénieur  en  chef  du  département  de  la  Seine, 
le  chargea  de  la  fonte  du  pont  d'Austerlitz.  Ce 
pont  ayant  été  terminé  le  1'"'  juin  1806,  l'empe- 
reur Napoléon  lui  commanda  l'œuvre  qui  devait 
faire  sa  réputation;  il  lui  confia  la  direction  de  la 
colonne  de  la  grande  armée  sur  la  place  Ven- 
dôme. Les  savants  et  les  artistes  voulaient  que 
la  statue  qui  devait  sui'monter  ce  travail  gigan- 
tesque fût  fondue  en  deux  parties;  Launay  vou- 
lut la  fondre  en  un  seul  jet,  et  réussit,  au  grand 
étonnement  de  ceux  qui  croyaient  cette  entre- 
prise impossible.   Ce   fut  Launay  qui  conçut  et 
présenta  le  modèle  de  la  coupole  de  la  Halle  au 
blé  ,  exécutée  depuis  par  un  autre.  En  1812,  il 
soumit  à  l'empereur  un  projet  de  fonderies  am- 
bulantes dont  les  essais  lui  valurent  les  éloges 
des  officiers  d'artillerie,  et  que  les  désastres  de 
1813  empêchèrent  seuls  de  mettre  à  exécution. 
En  mars   1814,  on  accusa  Launay  d'avoir  fait 
descendre  la  statue  qui  était  sur  la  colonne  ;  il 
résulte  d'un  ordre  signé  Sacken ,  ordre  conservé 
par  la  famille  de  Launay,  que  le  chef  des  troupes 
étrangères,  voulant  faire  disparaître  cette  statue, 
envoya    chercher  celui  qui  avait  fondu  ce  mo- 
nument, et   lui  signifia  que  si  dans  trois  jours 
la  statue  n'était   pas  enlevée,  il    serait   passé 
par  les  armes;  cet  ordre  birbare  justifie  donc 
Launay   du    reproche  qui   lui  a   été   adressé. 
Après  sa  mort,  on  a  publié  un  ouvrage  de  lui , 
ayant  pour  titre  :  Manuel  du  Fondeur  sur  tous 
métaux,  ou  traité  de  toutes  les  opérations 
de  la  fonderie ,  contenant  tout  ce  qui  a  rap- 
port à  la  fonte  et  au  moulage  dît  cuivre,  à. 


911 


LAUNAY  —  LAUNOI 


912 


la  fabrication  des  pompes  à  incendies  et  des 
machines  hydrauliques.  La  manière  de  cons- 
truire toutes  sortes  d'établissements  pour 
fondre  le  cuivre  et  le  fer  ;  la  fabrication  des 
bouches  à  feu  et  des  projectiles  pour  l'artil- 
lerie de  terre  et  de  mer;  lafonte  des  cloches, 
des  statues,  des  ponts, etc.,  avec  des  exemples 
de  grands  travaux  propres  à  aplanir  les 
difficultés  du  moulage  de  la  fonte;  Paris, 
Roret,  1827,2  vol.  in-8°  avec  planches.  A.  Jadin. 
Mahul,  Annuaire  nécrologique.  —  Docum.  part.. 

LACNAY  {Cordier  de).  Voy.  Staal  (M'^'^de). 

LAtlNAY.    Voy.  DELA.UNAY. 
liAUNAY.    Voy.  BOISTUAC. 

LAUNE  {Etienne  de).  Voy.  Delaulne. 

LAUNEV  (  Bernard- René- Jouî'dan,  dit  de), 
gouverneur  de  la  Bastille,  né  à  Paris,  en  1740, 
massacré  dans  la  m«me  ville,  le  14  juillet  1789. 
Son  père  était  gouverneur  de  la  Bastille,  où  il 
naquit  lui-méme,et  auquel  il  lui  succéda  en  1776. 
Il  se  montra ,  au  moment  de  la  révolution ,  dé- 
voué aux  intérêts  de  la  cour  et  partisan  outré 
des  moyens  extrêmes  ;  mais  le  ministère  ne  le 
mit  jamais  en  mesure  de  réaliser  ses  inten- 
tions énergiques.  Le  13  juillet  la  Bastille  fut 
attaquée  par  une  multitude  armée ,  mêlée  avec 
des  gardes  françaises.  Lanney  n'avait  pour 
garnison  que  quatre-vingt-deux  invalides  et 
trente-deux  soldats  du  régiment  Salis  suisse. 
Voici  d'après  M.  Thiers  les  faits  importants  qui 
amenèrent  la  prise  de  la  Bastille  et  la  mort  de 
son  gouverneur.  Un  député  du  district  demanda 
à  être  introduit  dans  la  forteresse,  et  l'obtint  du 
commandant;  il  reçut  la  parole  de  la  garnison 
de  ne  pas  faire  feu  si  elle  n'était  pas  attaquée. 
Pendant  les  pourparlers,  le  peuple  ne  voyant  pas 
reparaître  son  député,  s'irrita,  et  celui-ci  fut 
obligé  de  se  montrer  pour  apaiser  la  multitude. 
Il  se  retire  enfin  vers  onze  heures  du  matin. 
Une  demi-heure  s'était  à  peine  écoulée,  qu'une 
nouvelle  troupe  arriva  en  armes,  en  criant  : 
"  Nous  voulons  la  Bastille  I  »  La  garnison  somme 
les  assaillants  de  se  retirer,  mais  ils  s'obstinent. 
Deux  hommes  montent  avec  intrépidité  sur  le 
toit  du  corps  de  garde ,  et  brisent  à  coups  de 
hache  les  chaînes  du  pont ,  qui  retombe.  La  foule 
s'y  précipite,  et  court  à  un  second  pont  pour 
le  franchir  de  même.  En  ce  moment  une  décharge 
de  mousqueterie  l'arrête  :  elle  recule ,  mais  en 
faisant  feu.  Le  combat  dure  quelques  instants. 
Les  électeurs  réunis  à  l'hôtel  de  ville  viennent 
s'interposer,  et  somment legouverneurderecevoir 
un  détachement  de  la  milice  parisienne.  Au  mi- 
lieu du  tumulte,  on  ne  put  s'entendre ,  des  coups 
de  feu  sont  tirés  on  ne  sait  d'où  ;  la  garnison  ri- 
poste à  mitraille.  Les  gardes  françaises  amènent 
du  canon  et  commencent  un  siège  en  forme. 
Launey  refuse  toute  capitulation  ;  plein  d'im  cou- 
rageux désespoir,  il  tente  de  mettre  le  feu  aux 
poudres  ;  deux  de  ses  officiers  l'en  empêchent. 
Au  même  instant  la  garnison  ouvre  les  portes  à 
la  multitude.  Il  lut  décidé  que  le  prisonnier  se- 


rait conduit  à  l'hôtel  de  ville;  entouré  de  quel- 
ques hommes  courageux  (1),  qui  lui  faisaient  un 
bouclier  de  leurs  corps,  il  arriva  jusqu'à  la 
place  de  Grève  ;  là  ses  défenseurs  furent  violem- 
ment dispersés,  et  lui  tomba  percé  de  coups  «  en 
se  défendant  comme  un  lion  »,  rapporte  un  té- 
moin oculaire.  Sa  tête  fut  promenée  au  bout 
d'une  pique  et  présentée  ainsi  que  son  hausse- 
col  aux  électeurs  séant  en  permanence  à  l'hôtel 
de  ville. 

Moniteur  universel  de  1789.  —  Thiers ,  Histoire  de  la 
Révolution  française,  t.  I,  I.  U,  p.  81-84.  —  Louis  Blanc, 
Histoire  de  la  Révolution  française,  t.  II.  —  Galerie 
historique  des  Contemporains  (Bruxelles,  1809). 

LADNEY  {Jean- Baptiste),  archéologue  fran- 
çais, né  à  Isigny,  en  Normandie,  en  1752,  mort 
à  Bayeux  ,  le  6  décembre  1831.  Il  était  avocat 
lorsqu'en  1789  il  fut  nommé  député  aux  états 
généraux,  et  chargé  plus  tard  de  recueillir  et  de 
conserver  les  objets  d'arts  et  de  sciences  prove- 
nant des  établissements  supprimés  dans  son  dé- 
partement On  a  de  lui  :  Mémoire  sur  un  Ta- 
bleau conservé  à  Bayeux  qu'on  dit  représen- 
ter la  bataille  de  Formigny,  inséré  dans  le 
l*"  volume  des  Mémoires  de  la  Société  des 
Antiquaires  de  Normandie  ;  —  Bayeux  et 
ses  environs;  Bayeux,  1804,  in-S".  Divers  mor- 
ceaux de  poésie  dans  le  journal  de  Bayeux. 

G.  DE  F. 
Documents  pai'ticuliers. 

LAcrisoi  {Jean  de),  canoniste  et  historien 
ecclésiastique  français,  né  au  Val- de-Sis  près 
Valogne,  le  21  décembre  1603,  mort  à  Paris, 
le  10  mars  1678.  11  commença  ses  études  à  Cou- 
tances,  et  les  termina  à  Paris,  où  il  fut  reçu  doc- 
teur en  juin  1634;  la  même  année,  il  entra  dans 
la  carrière  ecclésiastique  (2).  Lié  déjà  avec  la 
plus  grande  partie  des  érudits  français ,  il  fit  un 
voyage  à  Rome  et  y  fit  la  connaissance  intime  de 
Luc  Holstenius  et  de  Léon  Allatius.  Jusqu'à  sa 
mort  il  ne  s'occupa  que  de  science  et  de  polé- 
mique religieuse.  «  U  est  rare,  dit  Moréri,  de 
rencontrer  un  savant  de  son  mérite  qui  ait  eu 
moins  d'ambition  et  plus  de  désintéressement; 
il  refusa  les  bénéfices  qu'on  lui  offrit,  et  dépensa 
son  peu  de  patrimoine  à  des  fondations  destinées 
à  l'éducation  des  pauvres.  «  Il  fut  enterré  chez 
les  Minimes  de  la  place  Royale,  et  le  président 
Le  Camus  composa  son  épitaphe.  <(  Le  grand 
nombre  d'ouvrages  que  Launoi  a  faits,  et  la  ma- 
nière dont  ils  sont  composés,  font  assez  connaître 
combien  il  avoit  de  lecture  et  avec  quelle  facilité 
il  travailloit.  Son  style  n'est  ni  orné  ni  poli  :  il 
se  sert  de  termes  durs  et  peu  usités  :  il  donne 
des  tours  singuliers  aux  choses  dont  il  traite , 
et  s'il  accable  ses  adversaires,  il  n'en  fait  pas 


(1)  Ces  hommes  d'élite  étaient  Élie,  HuUin  (devenu 
général },d'Arné,  Maillard,  et  l'Épine,  jeune  clerc  de  pro- 
cureur. 

(2)  Suivant  Gui  Patin  il  fut  longtemps  pensionnaire  des 
jésuites.  Bayle  met  ce  fait  en  doute. 


913 

moins  de  ses  lecteurs  par  la  surabondance  de 
ces  citations.  Mais  il  ne  pouvoit  souffrir  les  fa- 
bles ni  les  superstitions ,  et  a  défendu  avec  fer- 
meté les  droits  de  l'Église  et  du  roi  attaqués 
par  les  théologiens  ultramontains  ».  Il  répétait 
souvent  :  «  Je  me  trouverais  bien  de  l'Église, 
mais  l'Église  ne  se  trouverait  pas  bien  de  moi.  » 
Dans  une  autre  occasion,  il  se  démit  d'un  cano- 
nicat  qui  lui  avait  été  accordé  :  sa  raison  fut 
qu'il  fallait  «  qu'un  chanoine  chantât  et  qu'il  ne 
savait  pas  chanter  ».  D'un  caractère  indépen- 
dant ,  il  aima  mieux  se  faire  exclure  de  la  Sor- 
bonne  que  de  souscrire  à  la  censure  pronon- 
cée contre  Arnauld,  quoiqu'il  ne  pensât  pas 
comme  ce  docteur  sur  les  matières  de  la  grâce. 
Il  fit  plus ,  il  écrivit  contre  le  Formulaire  de 
l'assemblée  du  clergé  de  1656.  Il  s'est  surtout 
fait  remarquer  par  sa  sagacité  à  découvrir  la 
fausseté  de  la  plupart  des  actes  des  saints  et  la 
supposition  de  quantité  de  privilèges  cléricaux. 
C'est  ce  qui  le  fit  surnommer  le  dénicheur  de 
saints.  «  Il  était  redoutable  au  ciel  et  à  la  terre, 
écrivait  dom  Bonaventure  d'Argonne;  il  a  plus 
détrôné  de  saints  du  paradis  que  dix  papes  n'en 
ont  canonisé.  Tout  lui  faisait  ombrage  dans  le 
Martyrologe ,  et  il  recherchait  tous  les  saints 
les  uns  après  les  autres ,  comme  en  France  on 
recherche  la  noblesse.  »  Aussi  le  curé  de  Saint- 
Roch,  homme  d'esprit,  disait  :  «  Je  lui  fais  tou- 
jours de  profondes  révérences  de  peur  qu'il  ne 
m'ôte  mon  saint  Roch.  »  Le  président  de  Lamoi- 
gnon  le  pria  un  jour  de  ne  pas  faire  de  mal  à 
saint  Yon,  patron  d'un  de  ses  villages  :  «  Com- 
ment lui  ferai-je  du  mal,  repartit  de  Launoi ,  je 
n'ai  pas  l'honneur  de  le  connaître  ?  »  Il  disait  ou 
surplus  qu'il  ne  chassait  pas  du  paradis  les  bien- 
heureux que  Dieu  y  avait  placés,  mais  ceux  que 
l'ignorance  et  la  spéculation  y  avaient  glissés. 
C'est  ainsi  qu'il  avait  rayé  de  son  calendrier  la 
fête  de  sainte  Catherine,  vierge  et  martyre;  il 
affectait  de  dire  ce  jour-là  une  messe  de  Re- 
quiem.  L'apostolat  de  saint  Denis  l'Aréopagite 
en  France ,  le  voyage  de  Lazare  et  de  la  Made- 
leine en  Provence ,  la  résurrection  du  chanoine 
qui  produisit,  dit-on,  la  conversion  de  saint 
Bruno,  l'origine  des  Carmes ,  la  vision  de  Simon 
Stock  au  sujet  du  scapulaire,  et  une  foule 
d'autres  traditions  du  même  genre  furent  pros- 
crites dans  les  conférences  que  Launoi  se  plaisait 
à  tenir  chez  lui  tous  les  lundis,  mais  que  le  roi 
lui  fit  prier  de  cesser.  Quoique  plein  de  bonnes 
qualités,  Launoi  avait  l'humeur  caustique  :  Mé- 
nage, lui  ayant  reproché  de  s'être  attiré  la  haine 
des  jacobins,  qui  l'attaquaient  vivement  dans 
leurs  écrits  ,  Launoi  répondit  malicieusement  : 
(c  Je  crains  plus  leur  canif  que  leur  plume  ■». 
Parmi  ses  nombreux  ouvrages  on  remarque  : 
Syllabus  rationum  quitus  Durandi  de  modo 
conjunctionis  concursuum  Dei  et  creaturse 
defeiiditur  et  inofficiosaquorumdam  censura 
repellitur ;  Paris,  1636,  in-8°,  dans  lequel 
l'auteur  défend,  comme  probable,  le  sentiment  de 


LAUNOI  914 

Durand ,  qui  prétend  que  Dieu  ne  concourt  pas 
immédiatement  aux  mauvaises  actions  des  créa- 
tures libres  ;  —  De  Mente  concilii  Tridentini 
circa  satisfactioneni  in  sacramento  pœniten- 
tiee;  1644  :  pour  prouver  que  le  concile  de 
Trente  et  la  pratique  de  l'Église  présente  ne  prou- 
vent point  que  la  satisfaction  doive  précéder 
l'absolution  dans  le  sacrement  de  pénitence  ;  — 
Defrequenti  Coiifessionis  et  Eucharistie  TJsu; 
1653,-  —  De  varia  Aristotelis  in  academia 
Parisina  Fortuna;  1653  ;  —  Historia Renati, 
episcopi  Andegavensis  et  Vietorini,  etc.  L'au- 
teur établit  que  Victorin  ne  fut  jamais  évêque 
de  Poitiers,  mais  de  Petaw  en  Pànnonie;  —  De 
duobus  Diomjsiis;  suivi  d'une  recherche  sur 
les  plus  anciennes  basiliques  de  Paris;  1641;  — 
Dispunctio  epistolsede  tempore  quo  primum 
in  Galliis  suscepta  est  Christt  fides;  Paris, 
1659,  in-8°  ;  —  De  commentitïo  Lazari  Mag- 
dalenœ,  Marthse  ac  Maximini  in  provinciam 
Appulsu;  1660,  in-80;  —  De  Auctoritate  ne- 
gantis  argumenti;  Paris,  1650  et  1662,  in-8°  : 
dans  cet  ouvrage  Launoi  affirme  avoir  vu  «  de 
ses  propres  yeux  ■»  à  Sienne,  en  1634,  la  statue 
de  la  papesse  Jeanne  placée  entre  celles  de 
Léon  IV  et  de  Benoît  III.  Attaqué  à  ce  sujet  par 
l'abbé  Thiers,  il  réphqua  par  un  Appendix  (  1 662)  ; 
Thiers  fit  alors  paraître  :  Defensio  adversus 
Joh.  de  Launoi  in  qua  defensione  Launoii 
fraudes,  calumnise,  plagia,  imposturœ,  mala 
fides  et  linguarum  grsecx  ac  latinœ  inscien- 
tia,  aperiuntur,  multiplicesque  errores  con- 
futantur ;  Pari^,  1664  :1a  querelle  s'arrêta-ià; 
—  De  recta  Nicwni  cayionis  VI,  et  prout  a 
Rufino  explicatur,  Intelligentia  :  ce  livre  fut 
réfuté  par  Adrien  de  Valois;  l'auteur  le  défendit 
par  un  nouvel  ouvrage  ;  —  De  veteri  Ciborum 
Delectu  injejuniis  christianortan  ;  —  Judi- 
cium  de  Auctore  libri  De  Imitatione  Christi; 
Paris,  1649,  1650,  1652,  1663,  in-S°.  Launoi  se 
prononce  en  faveur  de  Gersen.  Il  trouva  un  ad- 
versaire dans  le  P.  Fronteau,  auquel  il  répondit 
dans  des  Remarqîies  sommaires  jointes  aux 
éditions  de  1652  et  1663  ;  —  De  Cura  Ecclesix 
pro  Miseris  et  pauperibus ;  Paris,  1663,  in-8°; 
— De  Simonis  Stokii  Viso  ;  —  Epistolœ  ;  Paris, 
1664-1673,  8  vol.  in-8° ,  par  les  soins  de  Guil- 
laume Sagwell;  Cambridge,  1689,  un  vol.ia-fol. 
avec  préface; —  De  vero  Auctore  Jidei  pro- 
fessionis  quBePelagio,  Hieronymo,  Augustino 
tribui  solet  ;  le  but  de  cet  ouvrage  est  de  dé- 
montrer que  Pelage  est  le  seul  auteur  de  la  pro- 
fession de  foi  attribuée  à  saint  Jérôme  et  à 
saint  Augustin  ;  —  deux  écrits  Sur  le  senti- 
ment de  l'Église  relatif  à  la  mort  et  à  l'As- 
somption de  la  sainte  Vierge;  1671,  in-8°  : 
le  chanoine  Claude  Joly  et  l'abbé  Boileau  pri- 
rent part  à  cette  discussion  et  appuyèrent  l'o- 
pinion de  Launoi,  qui  lui-même  se  basait  sur  le 
Martyi'ologe  à'\3&GàrA; —  Expticata  Ecclesias 
Traditio  circa  canonem  omnis  utriusquesexus; 
Paris,  1672,  in-S",  ouvrage  très-estimé;  —  De 


915 


LAUNOI  —  LAURAGUAIS 


916 


Scholis  celebrioribus,  aeu  a  Carolo  Magno , 
seu  post  Carolum,  per  Occidentem  insiaura- 
tis;    Paris,    1672,  in-8";  —  De  Sacramento 

Unctionis  infirmorum  ;  Paris,  1673,  in-S»;  — 
Jiegia  in  matrimonium  Potestas,  vel  de  jure 
saxularium  principum  Christian  or  um  in 
sanciendis  impedïmentis  7natrivionium  diri- 
mentibus  ;  Paris,  1674,  in-4°.  Ce  traite  fut  con- 
damné à  Rome  le  10  décembre  1688;  cependant 
il  a  trouvé  de  nombreux  partisans  parmi  les 
jurisconsultes  et  les  théologiens  les  plus  éclairés  ; 
Dominique  Galesius  le  réfuta  et  défendit  la  puis- 
sance ecclésiastique  sur  le  mariage  ;  Launoi  ré- 
pliqua par  un  Index  très-ample;  —  Veneranda 
Romanae  Ecclesise  circa  simoniam  Traditio; 
Paris,  1675,  in-8°  :  l'auteur  pense  que  la  Somme 
attribuée  à  saint  Thomas  n'est  pas  de  lui.  Le 
père  Alexandre  revendiqua  la  Somme  pour  saint 
Thomas.  Launoy  préparait  une  réponse  lorsqu'il 
mourut  ;  —  Regii  Navarrse  Gymnasii  Pnri- 
sien.sis  Historia;  Paris,  1677,  in-4°  :  l'abbé 
Sabatier  fait  l'éloge  de  cet  ouvrage  ;  —  De  Sab- 
batinee  bullas  Privllegio  et  de  Scapularis 
Carmelitarum  Solidiiate;  —  In  Privilégia 
ordinis  Prœmonstratensis ;  —  In  Chartam 
immunïtatis  quam  beatus  Germanus,  episco- 
pus  Parisiensis ,  suburbano  monasterio 
(Monastère  de  Sainte-Croix  et  de  Saint- Vincent) 
dédisse  fertur  ;  —  In  privilegium  quod  Gre- 
gorius  /«^,  monasterio  Sancti-Medardi  Sues- 
sonensis  dédisse  dicitur  ;  dans  ces  divers 
ouvrages,  l'auteur  examine  quantité  de  privilèges 
ou  de  chapitres  qu'il  quahfiede  faux  ou  abusifs; 
—  Un  traité  des  prescriptions  touchant  la  con- 
ception de  la  Vierge ,  dans  lequel  il  expose  que 
si  l'on  voulait  définir  «  la  matière  de  la  Concep- 
tion de  la  Vierge  par  l'Écriture  et  par  la  tradi- 
tion, on  établirait  qu'elle  a  été  conçue  en  péché». 
Les  Œuvres  de  Launoy  ont  été  publiées  par 
l'abbé  Granet;  Genève,  1731,  10  vol.  in-fol.  ; 
elles  sont  précédées  d'une  histoire  curieuse  de 
l'auteur  et  de  ses  combats  littéraires. 

A.  L. 

Dnpin ,  Bibliothèque  des  Auteurs  ecclésiastiques  du 
dix-septième  siècle,  part.  S.  —  Journal  des  Savants, 
ann.  1664,  1668,  1667,  1668,  1675,  1688,  1698,  1701,  1704, 
1705,  1726  et  1731.  —  Bibliothèque  Sacrée.  —  Moréri ,  Le 
Crand  Dictionnaire  Historique.  —  Guy-Patin,  Epist.  — 
Bayle ,  Dictionnaire  Critique,  et  dans  les  Nouvelles  de 
la  République  des  Lettres.  —  Nioéron,  Mémoires, 
t.  XXXU.  —  Colomiès,  Recueil  de  Particularités,  p.3S9. 
LACPIES  [Pierre  ),  ingénieur  français ,  né  à 
Toulouse,  en  1746,  mort  le  16  janvier  1820.11 
fut  ingénieur  en  chef  du  département  de  la 
Haute-Garonne.  Son  nom  se  voit  lié  pendant  un 
demi-siècle  à  toutes  les  entreprises  qui  ont  eu 
lieu  dans  le  midi  de  la  France.  Il  dirigea  les 
constructions  des  quais,  du  cours  Dillon,  du 
canal  Saint-Pierre  et  des  avenues  du  faubourg 
Saint-Cyprien  à  Toulouse.  Il  avait  conçu  le  pro- 
jet d'amener  les  eaux  de  l'Ariége  à  Toulouse,  et 
démontra  la  possibiHté  de  mettre  cette  ville  et 
Bayonne  en  communication  par  un  canal  de  na- 
vigation,dont  il  fixe  le  point  de  départ  sur  le 


plateau  de  Lannemezan,  ou  une  élévation  de  la 
INeste  lui  fournit  l'eau  nécessaire  aux  deux  bran- 
ches de  son  canal  ;  celle  qui  devait  s'avancer 
vers  la  Garonne  aurait  rejoint  ce  fleuve  à  Menet, 
en  accompagnant  la  Longe  dans  son  cours.  Ce 
projet  plut  beaucoup  à  Napoléon,  mais  les  évé- 
nements ne  permirent  pas  de  le  réaliser.  Il  a 
été  renouvelé  depuis  (1).  Laupies  prit  sa  retraite 
en  1813.  On  a  de  lui  dans  le  recueil  de  l'Acadé- 
mie de  Toulouse  :  Mémoire  sur  le  meilleur 
projet  à  adopter  pour  la  construction  des 
fontaines  publiques  de  la  ville  de  Toulouse 
(  ce  projet  a  été  exécuté  en  partie  depuis  sa 
mort);  —  Mémoire  pour  amener  Veau  de 
l'Ariége  à  Toulouse  ;  —  Mémoire  pour  amener 
les  eaux  de  VArdonne  à  Toulouse.    G.  de  F. 

Rabbe  et  Boisjolin  ,  Biogr.  des  Contemporains,  suppl. 

LAURiEUS  (  Gabriel),  érudit  .suédois,  né  en 
1677,  à  Abo  (Finlande),  mort  en  1753.  Aumônier 
dans  l'armée  de  Charles  XII,  il  fit  les  campagnes 
de  Livonie  et  de  Pologne,  et  fut  pris,  à  Pultawa, 
par  les  Russes,  qui  l'envoyèrent  en  Sibérie  avec 
un  grand  nombre  de  ses  compatriotes.  Il  y  gagna 
bientôt  la  protection  du  gouverneur  général,  le 
prince  Gagarin ,  et  devint  im  des  piincipaux 
fondateurs  de  l'établissement  créé  à  Tobolsk 
pour  l'éducation  des  orphelins.  De  retour  en 
Suède,  après  neuf  années  de  séjour  en  Russie,  il 
obtint  en  1724  une  cure  en  Finlande ,  et  sur  la 
fin  de  sa  vie  on  le  nomma  archidiacre  de  sa 
ville  natale.  On  a  de  lui  :  des  Dissertations  en 
latin,  un  recueil  d'Hymnes  sacrées  en  langue 
finnoise,  et  quelques  Mémoires  adressés  à  l'A- 
cadémie des  Sciences  de  Stockholm ,  dont  il  fit 
partie.  K. 

Stierninann,  Biblioth.  Sueco-Gothica, 
LAURAGUAIS  (  Loiiis-Léon-Félicité,  àuc  de 
Brancas,  comte  de),  ne  à  Paris,  le  3  juillet  1733, 
mort  dans  la  même  ville,  le  9  octobre  1824. 
Descendant  de  la  famille  des  Brancacci,  origi- 
naire du  royaume  de  Naples  et  qui  vint  s'établir 
en  France  sous  le  règne  de  Charles  VU ,  il  était 
fils  du  duc  de  Villars-Brancas ,  pair  de  France, 
chevalier  de  la  Toison  d'Or  et  lieutenant  général 
des  armées  du  roi.  Il  débuta  par  la  carrière 
des  armes,  qu'il  quitta  en  1758.  11  avait  épousé 
en  1755  Mlle  de  Gand,  princesse  d'Isenghien.Le 
comte  de  Lauragiiais  se  fit  bientôt  connaître  à 
Paris  par  son  goût  pour  les  lettres  et  pour  les 
arts.  Sa  grande  facilité  d'écrire  et  de  s'exprimer 
lui  firent  prodiguer  les  brochures  et  les  bons 
mots.  Passionné  pour  le  théâtre  et  choqué  de 
voir  sur  les  deux  côtés  de  la  scène  des  banquettes 
où  les  gens  à  la  mode  venaient  se  placer  pour 
s'y  faire  distinguer  du  public,  et  détruisaient 
ainsi  toute  illusion  théâtrale,  il  racheta  de  l'ad- 


(1)  Un  sayant  du  pays  publia  de  nombreux  articles  à 
ce  sujet  dans  La  France  méridionale,  journal  de  Tou- 
louse, où  il  montrait  à  M.  Galabert,  qui  s'était  emparé 
du  projet  de  Laupies  pour  le  reproduire  sous  son  nom, 
que  plus  il  s'écartait  des  données  de  cet  ing-énieur,  plus 
il  se  jetait  dans  des  erreurs  et  des  impossibilités. 


917 


LAURAGTJAIS 


918 


ministration  du  Théâtre-Français  ce  droit  ab- 
surde, que.  l'usage  seul  avait  pu  faire  tolérer  jus- 
qu'alors, ce  qu'il  n'obtint  qu'en  dédommageant 
les  Comédiens  du  prix  des  places  occupées  suda 
scène.  Voltaire  loi  dédia  sa  comédie  de  L'Écos- 
saise (l),  et  révéla  un  trait  honorable  de  la  vie 
de  M.  de  Lauraguais  :  Dumarsais  ,  soupçonné  de 
jansénisme  et  même  d'avoir  défendu  les  droits 
de  la  couronne  contre  les  prétentions  de  la  cour 
de  Rome ,  languissait  sans  secours  dans  sa  vieil- 
lesse; le  comte  de  Lauragnais  lui  fit  une  pension. 
Voltaire  lui  écrivit  à  ce  sujet  :  «  Je  veux  que 
ceux  qui  pourront  lire  ce  petit  ouvrage  sachent 
qu'il  y  a  dans  Paris  plus  d'un  homme  estimable 
et  malheureux  secouru  par  vous.  Je  veux  qu'on 
sache  que  tandis  que  vous  occupez  votre  loisir  à 
faire  revivre  ,  par  les  soins  les  plus  coûteux  et 
les  plus  pénibles,  un  art  utile  perdu  dans  l'Asie, 
qui  l'inventa  (  l'art  de  faire  résister  la  porcelaine 
au  feu  ),  vous  faites  renaître  un  secret  plus  ignoré, 
celui  de  soulager,  par  vos  bienfaits  cachés,  la  vertu 
indigente  (2).  »  M.  de  Lauraguais  s'intéressa  vi- 
vement aux  expériences  qui  avaient  pour  objet 
d'établir  que  le  diamant  n'est  que  du  carbone, 
il  s'associa  à  Lavoisier.  Son  ardeur  dispendieuse 
pour  la  science ,  celle  non  moins  vive  pour  le 
plaisir  amenèrent  bientôt  un  grand  dérangement 
dans  la  fortune  de  M.  de  Lauraguais.  Il  fut 
obligé  de  vendre  publiquement  une  riche  biblio- 
thèque qu'il  avait  formée  avec  soin,  et  dont  le 
catalogue,  intitulé  :  Catalogue  d'une  collection 
de  livres  choisis,  provenant  du  cabinet  de  M***, 


(1)  Voltaire  lui  disait  :  «  Vous  avez  rendu  un  service 
éternel  aux  beaux-arts  et  au  bon  goût  en  contribUHnt 
par  votre  générosité  à  donner  à  Paris  un  théâtre  moins 
Indigne  d'elle.  Si  l'on  ne  voit  plus  sur  la  scène  César  et 
Ptolomée,  Attialie  et  ,Ioad,  Mérope  et  son  fils,  entourés  et 
pressés  d'une  foule  de  jeunes  gens;  si  lesspect?icles  ont 
plus  de  décence,  c'est  à  vous  seul  qu'on  en  est  redevable. 
Ce  bienfait  est  d'autant  plus  considérable  que  l'art  de  la 
tragédie  et  de  la  comédie  est  celui  dans  lequel  lei  Fran- 
çais se  sont  distingués  davantage...  Comment  hasarder  ces 
spectacles  pompeux,  ces  tableaux  frappants,  ces  actjor^s 
grandes  et  terribles  qui,  bien  ménagées,  sont  un  des  plus 
grands  ressorts  de  la  tragédie;  comment  apporter  le  corps 
de  César  sanglant  sur  la  scène;  comment  faire  descendre 
une  reine  éperdue  dans  le  tombeau  de  son  éponx  et  l'en 
faire  sortir  mourante  de  la  main  de  son  fils,  au  milieu 
d'une  fonle  qui  cache  et  le  tombeau  et  le  fils  et  la  mère, 
et  qui  énerve  la  terreur  du  spectateur  par  le  contraste 
du  ridicule?  C'est  de  ce  défaut  monstrueux  que  vos  seuls 
bienfaits  ont  purgé  la  scène  ;  et  quand  il  se  trouvera  des 
génies  qui  sauront  allier  la  pompe  d'un  appareil  néces- 
saire et  la  vivacité  d'une  action  également  terrible  et 
vraisemblable  à  la  force  des  pensées  et  surtout  à  la  belle 
et  naturelle  poésie,  sans  laquelle  l'art  dramatique  n'est 
rien,  ce  sera  vous.  Monsieur,  que  la  postérité  devra  re- 
mercier. » 

(8)  Désirant  sedébarasser  des  assiduités  du  prince  d'Hé- 
nin  auprès  de  Sophie  Arnould,  M.  de  Lauraguais  soumit  à 
la  faculté  de  médecine  la  question  suivante  -.  «  MM.  de  la 
Faculté,  sont  priés  de  donner  en  bonne  forme  leur  avis  sur 
toutes  les  suites  possibles  de  l'ennui  sur  le  corps  humain, 
et  jusqu'à  quel  point  la  santé  peut  en  être  altérée.  »  La 
faculté  ayant  répondu  que  l'ennui  pouvait  causer  des  in- 
dispositions et  qu'à  la  longue  il  pouvait  produire  le  ma- 
rasme et  même  la  mort,  Lauraguais,  muni  de  cette  pièce, 
chargea  un  commissaire  de  porter  plainte  contre  le 
prince  d'Hénln,  comme  homicide  de  Sophie  Arnould,  de- 
puis cinq  mois  et  plus  qu'il  ne  bougeait  de  chei  elle. 


est  encore  recherché  par  les  bibliographes. 
Nommé  en  1758  adjoint  mécanicien  à  l'Académie 
des  Sciences,  il  fut  reçu  en  1771  associé  vétéran, 
et  se  trouva  en  1816  et  jusqu'à  sa  mort  le  pre- 
mier des  académiciens  libres.  Grand  partisan  de 
l'inoculation  de  la  petite  vérole ,  il  la  propagea 
autant  qu'il  le  put,  et  la  défendit  par  ses  écrits 
contre  les  préjugés  de  plus  d'une  faculté.  Tout 
eu  cultivant  les  sciences,  le  comte  de  Lauraguais 
cultivait  aussi  les  lettres;  en  1764,  il  fît  imprimer 
une  tragédie,  Clytemnestre,  qui  ne  fut  pas  re- 
présentée, et  dont  les  critiques  du  temps  firent 
l'éloge.  Parmi  beaucoup  devers  ils  citent  ceux-ci: 
On  voit  l'ennui  peser  sur  le  front  des  tyrans. 

Qui  sait  braver  la  mort  est  siir  de  la  donner. 

Cette  tragédie  était  dédiée  à  Volt-aire.  En  1784 
Voltaire  était  mort ,  et  M.  de  Lauiaguais entre- 
prit de  refaire  Œdipe ,  sous  le  titre  de  Jocaste. 
Cette  pièce  fut  imprimée  et  précédée  d'une  Dis- 
sertation sur  les  Œdipes  de  Sop/iocle,  de 
Corneille ,  de  Voltaire  ,  de  Lamothe  et  sur 
Jocaste.  h'Œdipe  de  Voltaire  y  est  sévèrement 
jugé.  Mais  }&  Jocaste  le  fut  plus  sévèrement  en- 
core :  Griram,  dans  sa  correspondance  ,  dit  que 
ce  qu'il  y  a  de  plus  clair  dans  cette  tragédie , 
c'est  l'énigme  du  sphinx.  Quant  au  style  ,  on  en 
peut  juger  par  ce  vers  de  Jocaste  répondant  aux 
confidences  d'Œdipe  : 

Ah!  seigneur,  c'en  est  trop;  finissez  ou  j'expire! 

Cet  échec  engagea  M.  de  Lauraguais  à  renoncer 
à  la  tragédie.  La  révolution  lui  fit  reprendre  la 
plume  ;  lorsque  l'ordre  de  la  noblesse  s'assembla 
pour  élire  ses  députés,  il  publia  une  lettre  signée 
îin  bourgeois  de  Paris.  Il  blâma,  mais  toujours 
en  persiflant ,  les  excès  de  cette  époque ,  et  les 
maudit  quand  ils  conduisirent  son  épouse  sur 
l'échafaud;  lui-même  fut  en  1793  enfermé  à  la 
Conciergerie,  dont  il  ne  sortit  que  dépouillé  de 
ses  biens  et  de  ses  titres  (1).  Poussé  par  le  genre 
de  son  esprit  à  faire  de  l'opposition  sous  tous  les 
régimes,  il  fit  une  petite  guerre  au  Directoire, 
au  consulat  et  à  l'empire ,  et  quand  il  ne  put 
plus  s'attaquer  au  chef  de  l'État ,  il  s'attaqua  à 
Geoffroy.  Lors  de  la  restauration,  il  fut  porté  sur 
la  première  liste  des  pairs  de  France ,  sous  le 
nom  du  duc  de  Brancas.  Pendant  la  session  de 
1814,  il  défendit  la  liberté  de  la  presse  contre  la 
loi  présentée  par  l'abbé  de  Montesquiou.  Bientôt 
après,  les  infirmités  le  retenant  chez  lui,  il  s'en- 
toura d'un  petit  cercle  de  savants  et  de  gens  de 
lettres.  Un  biographe  a  dit,  dans  la  Gazette 
littéraire  :  «  M.  de  Lauraguais  est  mort  avec  la 
réputation  d'un  homme   d'esprit  qui   aurait  pu 


(1)  Je  me  rappelle  avoir  vu  souvent  dans  une  salle  basse 
de  la  bibliothèque  Richelieu,  vers  1804,  ce  beau  et  ai- 
mable vieillard,  alors  âgé  de  plus  de  soixante-dix  ans, 
assis  dans  un  bureau  particulier  que  lui  avait  ré- 
servé le  zélé  et  obligeant  Van  Praet.  C'est  dans  cette 
-salle, qu'il  appelait  son  domicile  de  la  Bibliothèque,  que 
M.  de  Lauraguais  venait  assidûment  chaque  jour  se 
livrer,  entouré  de  livres,  à  ses  études  littéraires. 
A,  F.  OlBOT. 


919  LAURAGUAIS 

mieux  ordonner  sa  vie ,  mais  non  la  semer  de 
plus  de  bons  mots  et,  ce  qui  est  bien  préférable, 
de  plus  de  bonnes  actions.  »  Voici  la  liste  de  ses 
ouvrages  :  Expériences  sur  les  mélanges  qui 
donnent  V  et  fier,  sur  Véther  lui-même  et  sur 
sa  miscibilité  dans  l'eau  ;  —  Mémoire  sur  la 
dissolution  du  soufre  dans  Vesprtt-de-vin 
[Mémoires  de  V Académie  des  Sciences,  1758); 
—  Clytemnestre ,  tragédie  en  cinq  actes  et  en 
vers;  1781,  in-S".  Bachaumont  dit  dans  ses  Mé- 
moires secrets  que  l'auteur  avait  offert  aux  co- 
médiens, pour  les  engager  à  jouer  sa  tragédie , 
de  fournir  les  costumes  et  de  subvenir  aux  frais 
des  jeprésentations ;  mais  que  ceux-ci  refusèrent, 
par  égard  pour  Crébillon  et  Voltaire ,  alors  vi- 
vants, et  qui  avaient  traité  le  même  sujet;  — 
Mémoire  sur  l'Inoculation;  1763,  in-12;  — 
Observations  sur  le  mémoire  de  M.  Guettard, 
concernant  la  Porcelaine;  1766,  in-12;  — 
Mémoire  sur  la  Compagnie  des  Indes ,  pré- 
cédé d'un  discours  sur  le  commerce  en  géné- 
ral; Paris,  1769,  in-4".  Dans  un  avertissement 
l'auteur  réfute  le  Mémoire  de  l'abbé  Morellet , 
sur  la  situation  de  la  Compagnie  des  Indes  ;  — 
Du  Droit  des  Français;  1771,  in-4°;  —  Mé- 
moire pour  moi ,  par  moi  Louis  de  Brancas, 
comte  de  Lauraguais  ;  Londres,  1775,  in-8°. 
Suivant  les  expressions  mêmes  de  l'auteur,  ce 
mémoire  est  relatif  à  un  procès  qu'on  lui  avait 
suscité  en  Angleterre  pour  un  prétendu  enlève- 
ment d'une  de  ses  femmes  de  chambre;  —  Jo- 
caste,  tragédie  en  cinq  actes  et  en  vers,  pré- 
cédée d'une  dissertation  sur  les  Œdipes  de 
Sophocle,  de  Corneille,  de  Voltaire,  de  La 
Motfie,  et  sur  Jocaste;  Paris,  1781,  in-8";  — 
Recueil  des  pièces  historiques  sur  la  convo- 
cation des  états  généraux  et  sur  l'élection  de 
leurs  députés;  1788,  in-8°;  —  Dissertation 
sur  les  assemblées  nationales ,  sous  les  trois 
races  des  rois  en  France;  octobre,  1788, 
in-8'^;  —  Lettres  sur  les  États  généraux  con- 
voqués par  Louis  XVI  et  composés  par 
M.  Target;  1788,  in-8°.  Grimm,  dans  sa  Cor- 
respondance littéraire,  donne  encore  un  autre 
titre  d'une  brochure  de  M.  de  Lauraguais  sur  le 
même  sujet  :  Lettre  sur  la  convocation  des 
gens  des  trois  états  et  sur  l'élection  de  leurs 
députés  ;  —  Aperçu  historique  sur  la  cause 
et  la  tenue  des  états  généraux,  avec  des 
réflexions  sur  certains  objets  qui  y  ont  été 
agités  et  d'où  dépend  le  bien  public  ;  1789, 
in-S"^  ;  —  Discours  de  M.  le  comte  de  Lau- 
raguais aux  habitants  de  Manicamp,  le  7 
février  1790;  in-8".  Ce  discours  avait  pour  objet 
de  refuser  le  titre  de  maire  de  Manicamp,  refus 
fondé  sur  l'opposition  de  l'auteur  aux  décrets  de 
l'Assemblée  constituante;  — Lettres  du  citoyen 
Lauraguais,  à  l'occasion  du  contrat  de  vente 
que  le  département  de  V Aisne  lui  a  passé, 
du  presbytère  et  de  l'église  de  Manicamp,  et 
du  sursis  que  le  ministre  des  finances  amis 
à  l'exécution   de  ce  contrat;    Paris,  1797 


920 
(an  v),  in-8°;  ces  lettres  sont  au  nombre  de 
quatre;  —  Première  lettre  d'un  incrédule  à 
un  converti,  par  le  citoyen  Lauraguais  ;  1797, 
in-8".  C'est  une  réponse  à  un  article  de  La  Harpe 
contre  le  discours  de  Boulay  de  la  Meurthe,  sur 
la  déclaration  exigée  des  prêtres  catholiques  ;  — 
Dissertation  sur  l'Ostracisme,  par  le  citoyen 
Lauraguais;  Paris,  vendémiaire  an  vi  ;  in-8''; 

—  Lettres  aux  citoyens  Lebreton  et  Cuvier 
à  l'occasion  de  l'éloge  du  citoyen  Darcet; 
1802,  in-S'^;  —  Lettres  de  L.-B.  Lauraguais 
à  Madame  ***,  dans  lesquelles  on  trouve  des 

^jugements  sur  quelques  ouvrages ,  la  Vie  de 
l'abbé  de  Voisenon,  une  Conversation  de 
Champfort  sur  l'abbé  Sieyès,  et  un  fragment 
historique  des  Mémoires  de  M"*  de  Brancas, 
sur  Louis  XV  et  M^^  de  Châteauroux  ; 
Paris,  1802,  in-8°;  —  Lettre  à  M.  Geoffroy, 
rédacteur  du  Journal  des  Débats;  1802, 
in-S";  —  Lettres  à  Suard  ;  1802,  in-8°;  — 
Lettres  de  M.  de  Lauraguais  à  M,  le  duc 
d'Aremberg;  Paris,  1803,  in-8°;  —  Lettre  de 
M-  le  duc  de  Brancas  à  M.  le  vicomte  de 
Chateaubriand;  1815,  in-8°;  —  Discours  du 
duc  de  Brancas,  pair  de  France,  prononcé 
le  10  août ,  dans  le  bureau  dont  il  était 
membre;  1814,  in-8°;  —  Discours  du  duc  de 
Brancas,  préparé  pour  la  séance  des  pairs 
du30  août  1814;  Paris,  1814,  in-8°  ;  —  Lettres 
de  M.  le  duc  de  Brancas,  pair  de  France,  à 
l'occasion  de  la  circulaire  adressée,  le  7  octo- 
bre 1817,  aux  pairs  par  M.  lecomte  de  Sémon- 
ville,  le  grand-référendaire  ;  1817  ,  in-8°;  — 
Lettre  à  M.  Michaud  de  l'Académie  Fran- 
çaise; 1818,  in-8";  —  Lettres  des  consonnes 
BR  à  la  voyelle  E;  1819,  in-8''.  Enfin,  on 
trouve  plusieurs  écrits  de  M.  de  Lauraguais 
dans  différents  recueils,  tels  que  Lettre  à  M.  le 
comte  de  Saint- Florentin  en  lui  envoyant 
son  mémoire  sur  l'Inoculation  pour  être 
mis  sous  les  yeux  du  roi  (  Mémoires  secrets, 
1763  )  ;  —  Lettre  à  M.  le  comte  de  Bissy,  en 
lui  envoyant  copie  de  la  Lettre  écrite  à  M.  le 
comte  de  Saint-Florentin  (Md.,  juillet,  1763); 

—  Lettre  à  M.  de  Noailles  (  ibid.,ibid.  )  ;  — 
Lettre  àM.  de  Saint-Florentin,  à  la  réception 
de  la  lettre  de  cachet  du  15  juillet  (ibid., 
10  août);  —  Lettre  d'un  Philosophe  à  im 
autre  Philosophe  de  France  (ibid.)  ;  —  Lettre  à 
M.  Suard  relativement  à  la  comédie  des  Ingé- 
nieux (Correspondance  de  Grimm).     A.  Jadin. 

Bachaumont,  Mémoires  secrets,  11  juin  1762.  —  Vol- 
taire ,  Correspondance  littéraire.  —  Mercure,  aovil  et 
septembre  1769  —  Année  littéraire;  1769.  —  La  Semaine, 
gazette  littéraire,  t.  I,  p.  367.  —  Grimno,  Correspon- 
dance, novembre  1788,  t.  IV,  p.  627. 

LADRAGUAis  (Louis-Marie  Bufile,  mar- 
quis ,  puis  due  de  Brancas  de),  neveu  du  précé- 
dent, et  fils  aîné  du  comte  Antoine  de  Brancas, 
colonel  du  régiment  de  son  nom,  et  de  Marie- 
Louise  de  Lowendal-Daneskiold ,  d'une  branche 
légitimée  de  la  maison  royale  de  Danemark ,  na- 
quità Paris,  le  12  mai  1772, et  mouiut  vers  1817. 


921 


LAURAGUAIS  —  LAURENBERG 


922 


Il  fut  investi,  en  1787,  delà  grandesse  d'Espagne 
par  cession  de  Louis-Paul  de  Brancas,  duc  de 
Céreste,  dernier  représentant  de  la  branche  aî- 
née, comte  deForcalquier,  prince  de  Nisarc,  issu 
des  maréchaux  héréditaires  de  l'Église.  Le  duc 
Bufilede  Brancas  fut  colonel  de  cavalerie  à  vingt- 
et-un  ans,  se  trouva  à  diverses  affaires  où  il  fut 
blessé ,  et  quitta  de  bonne  heure  le  service.  Il 
fut  appelé  en  1822  à  succéder  à  la  pairie  de  son 
oncle,  qu'il  recueillit  en  1824  (1).  F.  de  B. 
Documents  partie. 

LAu RA Ti  (  Pjerre).   Voy.  Lorenzetti. 

1 LAURE  (Jean-François- ffyacinthe-Jules), 
peintre  français,  né  le  i4  mai  1806,  à  Grenoble. 
Élève  de  M.  Hersent,  il  suivit,  de  1825  à  1829, 
les  cours  de  l'École  des  Beaux  Arts,  et  fit  ensuite 
un  voyage  en  Italie  et  en  Espagne.  Il  traite  prin- 
cipalement le  genre  historique  et  le  portrait. 
Nous  citerons  de  lui:  Lélia;  1834;  —  Hamlet; 

—  Une  Paysanne  de  Rome; —  Mozart  et  Clé- 
ment XIV;  —  L'Assomption  de  la  Vierge, 
1842;  —  Milton  dictant  Le  Paradis  perdu  à 
ses  filles; — Mignonnette  et  Champrosé;  1855; 

—  et  de  nombreux  portraits, esquisses  ou  têtes 
d'étude.  K. 

_  Livrets  des  Salons. 

LAURE.  f^OÎ/.NOVES,  PÉTRARQUE  etSADE(DE). 

LAUREA  Ttri.HUS(TouÀXioç  Aaupéaç),  poëte 
grec,  d'abord  esclave,  puis  affranchi  de  Cicéron, 
vivait  dans  le  premier  siècle  avant  J.-C.  Il  sui- 
vit Cicéron  dans  son  gouvernement  de  Cilicie 
en  qualité  de  scribe  ou  secrétaire.  Pline  nous  a 
conservé  de  lui  une  fort  agréable  petite  pièce, 
ou  épigramme,  en  vers  latins,  sur  les  thermes 
cicéroniens.  Elle  a  été  insérée  dans  VAnthologia 
Za^ina  de  Burmann,  vol.  I,  p.  340.  On  trouve 
dans  Y  Anthologie  Grecque  :  trois  épigrammes 
d'un  certain  Tullius  Laurea ,  qui ,  selon  la  con- 
jecture très-probable  de  Fabricius ,  adoptée  par 
Reiske  et  Jacobs ,  est  le  même  que  l'affranchi  de 
Cicéron.  Cette  supposition  est  fortement  confir- 
mée par  le  fait  que  les  trois  épigrammes  appar- 
tiennent à  Y  Anthologie  de  Philippe,  composée 
principalement  des  poètes  du  siècle  d'Auguste. 
Une  variation  dans  l'orthographe  du  nom  du 
poëte  ,  écrit  2aTu>,>.îou  dans  V Anthologie  de 
Planude  et  TaxuXXîou  dans  la  Palatine ,  n'est 
pas  une  difficulté ,  et  vient  sans  doute  de  la  le- 
çon M.  TouXXîou  (de  Marcus  Tullius),  qui  donne 
plus  complètement  le  nom  de  l'affranchi  de  Ci- 
céron'. Les  trois  épigrammes  de  TuUius  Laurea 
ont  de  la  grâce  et  de  l'élégance.  Pliilippe,  dans  sa 

'  (1)  Tous  les  droits  et  les  titres  des  diverses  brancbes 
des  Brancas  successivement  éteintes  ont  été  transmis  de 
nos  jours  au  duc  Bufile,  qui  avait  épousé,  en  1807,  Caro- 
line Gliislaine,  fille  d'Auguste,  comte  de  Rodoan,  souve- 
rain de  Foritaine  L'Évêque.et  de  Wiltielraine  de  Merode. 
Le  duc  de  Brancas  laisse  pour  héritière  de  ses  droits  une 
fille  unique,  Marie  Ghislaine  Yolande,  grande  d'Espagne 
ei  duchesse  héréditaire  de  Brancas,  mariée  le  9  novembre 
1846  à  Ferdinand  de  Hibon  ,  comte  de  Frohen,  qui  fut 
substitué,  par  contrat  de  mariage,  aux  noms,  titres  et 
armes  de  Brancas,  et  le  fut  aussi  par  le  testament  de  son 
bean-père. 


Couionno,  le  désigne  sous  l'emblème  du  méli- 
lot.  Y. 

l'iine,  Bist.  Nat.,  XXXI,  2.  -  Fabricius,  BibUotheca 
Grœca,  t.  IV,  p.  498.  —  Brunck,  Anal.,  vol.  II.  p.  lOS.  — 
Jacobs,  yJnthologia  Grœca,  vol.  Il  p.  90;  vol.  XIII,  p.  907. 
LAUREAU  [Pierre),  historien  français,  né 
dans  l'Auxois,  en  1748,  mort  le  28  mars  1845,  à 
Saint- André,  près  d'Avallon.Il  vipt  à  Paris  per- 
fectionner ses  études  et  cultiver  les  lettres.  11 
était  en  1789  historiographe  du  comte  d'Ar- 
tois, et  siégea  à  l'Assemblée  législative.  On  a  de 
lui:  V Amérique  découverte;  Autun,  1782, 
in-S"  :  c'est  une  espèce  de  poème  en  prose  ;  — 
Éloge  d%i  roi  de  Prusse  (Frédéric  II);  Paris, 
1787,  in-S"; —  Histoire  de  France  avant  Clo- 
i^is;  Paris,  1789,  in-4",  ou  2  vol.  in-12;  — 
Traité  de  V amélioration  des  espèces  animales 
et  végétales;  Paris,  1802,  in-8°.       G.  de  F. 

Documents  particuliers. 

LACRÉAÏJLT  DE  FONCEMAGNE.  Voy.  FON- 
CEMAGNE. 

LAUREL,  ou  LAURELius  (Olaûs),  écrivain 
ecclésiastique  suédois,  né  en  août  1585 ,  dans  le 
Westgothland ,  mort  le  5  avril  1670.  Fils  d'un 
paysan,  il  compléta  son  éducation  en  Allemagne, 
et  fut  pourvu  à  Upsal  des  chaires  de  philosophie 
(1621)  et  de  théologie  (1625)  ;  en  1640,  cette  uni- 
versité lui  conféra  le  diplôme  de  docteur.  Appelé, 
en  1647,  au  siège  d'Aarhus,  il  se  fit  remarquer 
par  son  zèle  pour  la  discipline ,  et  rédigea  un 
nouveau  code  ecclésiastique,  qui  reçut  l'approba- 
tion des  états  du  royaume.  Dans  les  dernières 
années  de  sa  vie  il  fut  désigné  pour  occuper 
l'archevêché  d'Upsal,  devenu  vacant  ;  mais  son 
grand  âge  et  ses  infirmités  l'empêchèrent  de 
l'accepter.  On  a  de  lui  :  Compendium  Theolo- 
gicum;  Stockholm,  1640,  in-4"  ;  1669,  in-S";— 
Sy7ïtagma  Theologicum  in  thesi  et  anthithesi 
adornatum;  Upsal,  1641,in-4°,  ouvrage  resté 
longtemps  classique  dans  le  nord  ;  —  Articulo- 
lorum  jidei  Sypnopsis  biblica;  Lindkœpiug, 
1666,  in-8",  en  latin  et  en  suédois;  —  et  plu- 
sieurs dissertations,  sermons  et  oraisons  fu- 
nèbres. K. 

Stiernmann,  Biblioth.  Sueco-Gothica. 

LADRENBERG  (  Guillaume),  naturaliste  al- 
lemand ,  né  à  Rostock,  dans  la  seconde  moitié 
du  seizième  siècle ,  mort  dans  la  première  moitié 
du  dix-septième.  Son  père,  Guillaume  Lauren- 
borg,  natif  de  Salingen,  dans  le  pays  de  Berg, 
était  professeur  de  mathématiques  et  de  méde- 
cine à  l'université  de  Rostock.  Laurenberg  étudia 
la  médecine,  et  l'exerça  pendant  de  longues  an- 
nées à  Copenhague.  On  a  de  lui  :  Botanotheca, 
sive  modus  conficiendi  herbarium  vivum; 
Rostock,  1662;  et  Copenhague,  1653,  in-12;  Al- 
torf,  1662,  Strasbourg,  1667,  et  Francfort,  1708, 
in-4°;  —  Historia  descriplionis  aetitidis,  sive 
lapidis  aquilee;  Rostock,  1627,  in-12.     E.  G. 

Moller,  Cimbria  Litterata.  —  Rotermund,  Supplément 
à  JOcher. 

jLAURENBERG  {Pierre  ),  botaniste  et  anato- 
roiste  allemand,  frère  du  précédent,  né  à  Rostock, 


92S 


LAURENBERG  —  LAURENGîN 


924 


vers  1575,  mort  dans  cette  même  ville,  le  13  mai 
J639.  II  étudia  la  médecine  dans  sa  ville  natale 
et  vécut  en  France  jusqu'en  1611.  De  retour  en 
Allemagne,  il  se  fixa  à  Rostock,  où  il  obtint,  en 
1624,  une  chaire  qu'il  occupa  jusqu'à  sa  mort. 
On  a  de  lui  :  Bisputationes  Physicx;  Rostock, 
1616,  in^";  —  Isagoges  Anatomïcee  grsecee 
/H^erpreto^io;  Hambourg,  1616,  in-4'>;  Leyde, 
1618,  in-4°;  ibid.,  1744,  in-4°,- —  Procestria 
Anatomïca;  Hambourg,  1619,  in-4";  —  Por- 
ticus  Msculapn;  Rostock,  1630,  in-4<'; —  Ap- 
paraius  Plantarius  primus,  tributus  in  duos 
libros;  Francfort,  1632, in-4°;  ibid.,  1654,in-4°; 
—  Anatomia  Corporis  AMmani; Rostock,  1636, 
in-4";  Francfort,  1665,  in-12;  —  Hortïcultura, 
libris  duobus  co??ipreAe««a;  Nuremberg,  1682, 
in-S",  etc.  D""  L. 

Freher,  Tkeatrum  Eruditonim.  —  MoUer,  Cimbria 
l.itterata,  Hiinau,  1744.  —  Rollius.  Memoria  Philoso- 
phorinn,  etc.  —  Kestner,  Medicinisches  Gelehrten- 
Lexikon. 

LAURENBERG   (  Jean  ) ,  philologue,  mathé- 
maticien ,  et   poète    satirique  allemand ,  frère 
du  précédent,  né  à  Rostock,  le  26  février  1590  , 
mort  le  28  février  1658.  Après  avoir  obtenu,  en 
1616,  le  titre  de  docteur   en   médecine,  il  fut 
chargé,  deux  ans  après,  de  la  chaire  de  poésie  à 
l'université  de  Rostock.  En  1623  il  fut  appelé 
à  enseigner  les  mathématiques  à  l'académie  de 
Soroë.  Vers  la  fin  de  sa  vie  il  tomba  dans  la 
misère,   ses  appointements  ne  lui  étant  plus 
payés,  à  cause  de  la  guerre.   Laureuberg  s'est 
fait  surtout  connaître  par  ses  poésies  satiriques, 
qui  sont  pleines  de  sel  et  de  fine  observation. 
On  a  de  lui  :  Antiquarius,  in  quo  prseier  an- 
tiqua  et  obsoleta  verba  dicendi formulée  inso- 
lentes, plurimi  ritus  Populi  romani  ac  grxci 
exponuntur;  Lyon,  1622,  in-4°;  —  Lusus  et 
Recreationes  ex  fimdamentis  aritkmeticis  ; 
Copenhague,  1634,  in-S"  ;  —  Gromaticae,  libri 
très,  quibus  jus  terminale  et  finium  regun- 
dorum  leges  exp Hcantur  ;  Caj^enhague ,  1640, 
in-4°;  —  Satyra  qua  rerum  bonarum  abiisus 
et  vitia  qudedamseculi perstringuntur  ;  Soroë, 
1630  et  1636;  —  Otium  Soranum,  sive  Epi- 
grammata,  continens  varias  historias  et  res 
scitu  jucundas  ex  grœcis  opiimisque  autori- 
bus  deprompias,  exercitiis  mathematicis  ac- 
commodotoi;  Copenhague,  1640  et  1657,  in-4°; 
—  Satyrse;  Copenhague,    1648,  in-s»; —  De 
veer  olde  beromede,  Schertzgedichte  :  1)  Van 
der  Minschen  verdorvenen  Wandel ;  2)  Van 
almodischer  Kledertracht  ;  3)  Van  vermeng- 
der  Sprake  unde  Titeln  ;  4)  Van  Poésie  unde 
Rymgedicfiten   (Quatre  anciennes    satires  cé- 
lèbres :  1°  Des  mœurs  corrompues  des  hommes  ; 
2"  Des  habillements  à  la  mode  ;  3°  De  la  corrup- 
tion et  du  mélange  de  la  langue,  et  des  titres; 
4°  De  la  poésie  et  des  pièces  rimées  )  ;  Copen- 
hague ,  1652,  1653   et  1670,  in-8°;  publié  plu- 
sieurs fois  à  Berlin  et  à  Brème  à  la  suite  des  sa- 
tires deRachel  ;  une  nouvelle  édition  de  ces  quatre 
pièces,  qui  contiennent  de  nombreux  détails 


amusants  sur  les  mœurs  assez  ridicules  des 
Allemands  au  dix-septième  siècle,  fut  donnée  à 
Cassel  en  1750;  une  traduction  en  haut  alle- 
mand en  fut  publiée  en  1653  à  Hambourg  par 
Dedekind;  —  De  nye  poleerte  utiopische 
Bochesbûdel,  sans  date  ni  lieu,  in-8°;  —  Grsecia 
antiqua,  cum  tabulis  geographicis ;  Amstèr- 
dain ,  1661,  in-4'';  reproduit  dans  le  tome  IV 
des  Antlquilates  de  Gronov.  Laurenberg  a 
encore  lait  paraître  divers  ouvrages  usuels  de 
inatliématiques  ;  il  a  aussi  écrit  deux  comédies 
et  un  opéra  représentés  en  1635  lors  des  fêtes 
données  au  prince  Christian.  E.  G. 

Bailholinus,  De  Script.  Danicis.  —  MôUer,  Hijpomne- 
mata.  —  FlOgel ,  Cescfiichte  der  komischen  Litteratur. 
t.  III,  p.  414.  —  Jôrdens,  Lexilion  deutscher  Dichter, 
t.  111,  p.  150,  et  t.  VI,  p.  4G5.  —  Der  Freymuthige  (an- 
lu-e  1808,  ns  66).  —  Gervlnus,  Gesch.  der  deutschen  Na- 
tionallitteratur. 

LACRESBERG  {Jacques-Sébas(ien),  juris- 
consulte allemand,  fils  de  Pierre,  né  à  Hambourg, 
le  24  novembre  1619,  mort  le  29  décembre  1668. 
Après  avoir  étudié  le  droit  à  Greifswald,  Helm- 
stœdt  et  Copenhague,  il  devint  en  1646  professeur 
d'histoire  dans  sa  ville  natale.  En  1659  il  fut 
chargé  des  chaires  d'histoire  et  de  Pandectes  à 
l'université  de  Rostock.  On  a  de  lui  :  Orbis  bac- 
chans,  sive  oratio  in  qua  seculi  nostri  mores 
reprsesentantur  ;  Rostock,  1652,  in-4'*  ;  —  Pa- 
negyricus  Gustavo  Adolphe  consecratus; 
Rostock,  1633,  in-fol.;  —  De  solennibus  niin- 
dinarum  ineptiis ;  Rostock,  1652,  in-4'';  — 
Epii/ialamion  joculare  juridicum;  Rostock, 
1668,  in-fol.;  —  Themis  temerata;  Rostock, 
1660,  in-4°.  Laurenberg  a  encore  publié  une 
dizaine  de  dissertations  juridiques  et  quelques 
discours.  E.  G. 

Moller,  Cimbria  Litterata,  t.  I,  p,  333.—  Tliiess,  Ham- 
burgische  Ceiehrtengeschichte,  t.  I,  p.  379.  —  Roter- 
muiid,  Supplément  à  Jôcher. 

LAiTRENCiN  ( J ean-Espérance- Bloudine ^ 
comte  de),  littérateur  français,  né  le  17  janvier 
1733,  à  Chabeuil,  près  Valence,  mort  le  21  jan- 
vier 1812.  Sa  famille,  l'une  des  plus  anciennes 
du  Lyonnais ,  remonterait ,  s'il  fallait  en  croire 
Paradin  ,  à  un  certain  L.  Vireius  Laurentinus, 
dont  on  retrouve  le  nom  dans  les  inscriptions; 
un  grand  nombre  de  ses  membres  ont  exercé  a 
Lyon,  depuis  le  quinzième  siècle ,  des  charges 
judiciaires  ou  municipales.  Fils  d'un  brigadier 
aux  armées  du  roi,  Jean  de  Laurencin  fit ,  à 
dix-sept  ans,  la  campagne  de  1757  en  qualité  de 
capitaine,  et  reçut,  à  la  bataille  de  Minden,  une 
grave  blessure,  qui  mit  quelque  temps  ses  jours 
en  danger.  Il  abandonna  le  service  militaire ,  et 
prit  la  direction  d'une  société  qui  avait  pour  but 
l'agrandissement  de  Lyon  du  côté  de  Perrache; 
en  1783,  il  fut  un  des  sept  aéronautes  qui  ac- 
compagnèrent Montgolfier  dans  sa  première  as- 
cension en  ballon.  Laurencin,  qui  avait  beaucoup 
de  goût  pour  les  lettres ,  s'était  lié  avec  les  écri- 
vains les  plus  éminents  de  son  temps,  tels  que 
Voltaire,  J.-J.  Rousseau,  D'Alembert,  Ducis  et 
Thomas  ;  il  avait  l'esprit  vif  et  aimable,  l'imagi- 


925 


LAURENCIN  —  LAURENT 


926 


nation  brillante  et  de  la  générosité  dans  le  carac- 
tère. 11  passait  pour  un  homme  instruit,  et  le 
roi  de  Suède  Gustave  III,  qui  l'avait  connu  du- 
rant le  long  séjour  qu'il  avait  fait  à  Lyon,  lui 
proposa,  en  montant  sur  le  trône ,  de  se  charger 
de  l'éducation  de  son  fils.  On  a  de  Laurencin  : 
Epltre  sur  V Inoculation  ;  —  La  Mort  du  Juste  ; 
1771  ;  —  Palémon,  oit  le  triomphe  de  la 
vertu  sur  V amour  ;  1775;  —  La  Vie  cham- 
pêtre ;  ces  trois  dernières  pièces  de  vers  rempor- 
tèrent chacune  un  pri\  à  l'Académie  de  Rouen, 
et  furent  insérées  dans  son  recueil  ;  —  Échec  et 
mat,  épître;  —  Lettre  à  Montgolfier  sur 
Vcxpérience  aérostatique  faite  à  Lyon,  en 
présence  du  roi  de  Suède;  1780,  in-8°  ;  —  Mé- 
moire Sîtr  les  moyens  de  porter  V agriculture, 
les  manufactures  et  le  commerce  de  France 
au  plus  haut  degré  de  prospérité  et  d'utilité 
publiqzie  ;  1795- 

Sa  femme,  L-vur engin  (  Julie  d'AssiERDE  la 
Chassaigîse,  comtesse  de  ),  née  le  15  mai  1741, 
en  Lorraine,  a  publié  beaucoup  de  poésies  agréa- 
bles imprimées  dans  les  recueils  littéraires,  entre 
autres  :  Épitre  d''une  femme  à  son  amie  sur 
l'obligation  et  les  avantages  qui  doivent  dé- 
terminer les  mères  à  allaiter  leurs  enfants; 
et  Alceste  et  Méroé,  ozi  chant  de  l'amour  ma- 
ternel. Ces  deux  pièces  ont  été  couronnées  par 
l'Académie  de  l'Immaculée  Conception  à  Rouen, 
l'une  en  1774,  l'autre  en  1777.        P.  L — y. 

Desessarts,  Siècles  Littér.  —  Péricaud  et  Kreghot  du 
Lut,  Oatalogue  des  Lyonnais,  164-167.  —  Pernetti,  Hist. 
de  f.yon.  —  Qiiérard  ,  France  Littér.  —  M™«  Briquet, 
Dict.  hist.  des  Françaises. 

L4CRKNCIN  (  Aimé- François,  comte  de  ), 
général  français ,  fils  des  précédents ,  né  vers 
1760,  mort  le  7  octobre  1833,  à  La  Chassaigne 
(Rhône).  Chevalier  de  Malte  en  naissant,  il 
émigra  en  1792,  et  prit  part  aux  campagnes  de 
l'armée  des  princes.  Revenu  à  Lyon  après  le 
18  brumaire,  il  était  en  1814  adjoint  au  maire 
de  cette  ville,  et  apporta  beaucoup  d'empresse- 
ment à  faire  reconnaître  Louis  XVIII  pour  roi 
de  France  quelques  jo\irs  avant  que  la  résolu- 
tion du  sénat  fût  connue.  Nommé  maréchal  de 
camp  lors  du  second  retour  des  Bourbons ,  il 
siégea  à  la  chambre  des  députés  pour  le  départe- 
ment du  Rhône  durant  les  sessions  de  1815  et 
de  1824.  Il  a  fait  paraître  quelques  brochures 
politiques.  En  lui  s'est  éteinte  la  branche  lyon- 
naise de  cette  famille.  P.  L — y. 

Catal.  des  Lyonnais.  —  Biogr.  des  Députes.;  1816. 

*  LAïTRENCiN  (  Auguste- François-Zéphy- 
rin  Chapelle  dit),  auteur  dramatique  français, 
né  vers  1810.  Depuis  1830,  il  a  fait  représenter 
soit  seul,  soit  en  collaboration ,  un  très-grand 
nombre  de  pièces.  Outre  le  pseudonyme  de  Lau- 
rencin, \\  s'est  fait  connaître  sous  ceuxd'Auvrai/, 
de  Léonard  et  de  Lucy.  Ses  collaborateurs  les 
plus  ordinaires  furent  MM.  Bayard,  Varin,  Paul 
Duport,  et  la  plupart  de  ses  comédies- vaudevilles 
font  partie  du  répertoire  du  Gymnase.  On  cite 
parmi  les  mieux  accueillies  du  public  :  Ma  Femme 


et  mon  Parapluie  (1835);  — L^siocq  (1836); 
—  Une  Maîtresse- Femme  (  1837  )  ;  —  Le  père 
Pascal  {{837}  ;  —  Mateo  et  les  deux  Floren- 
tins (1838); —  Bocquet  père  et  fils  (18^0); — 
L'Abbégalant  (  1841  )  ;  —  Quand  l'amour  s'en 
va  (1843);—  Turlurette  (1844);  —Le  Vi- 
comte Giroflée  (1846)  ;  —  La  Chasse  aux  mil- 
lions (1847); —  Les  Cascades  de  Saint- Cloud 
(1849)  ; —  J'ai  marié  ma  fille  (1851)  ;  —  Paris 
qui  pleure  et  Paris  qui  rit  (1852);  —  Bre- 
lan de  maris  (  1854);  — ■  Le  Beau-Père 
(1857) ,  etc.  E.  D— s. 

Vapercau,  Dictionnaire  universel  des  Contemporains 

(18B8). 

l  LAURENs  (  Joseph- Bonaventure  ),  compo- 
siteur de  musique  et  littérateur  français,  né  le 
14  juillet  1801,  à  Carpentras  (Vaucluse).  Illitde 
fréquents  voyages  en  Allemagne,  et  remplit  de- 
puis longtemps  les  fonctions  d'organiste  de  l'église 
Saint-Roch  de  Montpellier.  On  a  de  lui  :  Mono- 
graphies monumentales  relatives  au  c?^/>ar^e- 
JHen  #  de  Z'/féraw/^  (en  collaboration  avec  M.  Jules 
Renouvier)  ;  1830,  un  gros  vol.  in-4°  ;  —  Voyage 
à  l'île  de  Majorque ;Pa.Th,  1840,  gr.  in-8°  avec 
53  pi.  lithogr.;  —Essai  sur  la  théorie  du  Beau 
pittoresque;  1849,  avec  24  pi.  lithogr.  par  l'au- 
teur ;  —  Études  théoriques  et  pratiques  sur 
le  Beau  pittoresque  dans  les  arts  du  dessin; 
Paris,  1856,  gr.  in-4°  de  36  pi.;  —  Instruction 
sur  le  procédé  de  peinture  appelé  aquarelle; 
Paris,  1858,  in-S";  —  Album  du  chemin  de 
fer  de  Lyon  à  la  Méditerranée  ;  30  pi.  in-4'', 
Jéslis,  1857,  et  un  second  en  1859.  G.  de  F. 
Documents  varticuliers. 

LAURENS.  Voy.  Du  Laurens. 

LAURENT  (Saint)  naquit  dans  le  troisième 
siècle,  à  Rome,  suivant  Merenda  et  le  Sacra- 
mentaire  Léonien  ,  et  souffrit  le  martyre  sous 
l'empereur  Valéiien,  le  9  août  258.  11  fut  l'un  des 
sept  archidiacres  de  Rome,  et  eut  la  garde  du  tré- 
sor de  l'église.  Le  préfet  de  Rome,  informé  que  l'é- 
glise possédait  des  vases  d'or  et  d'argent,  fit  ve- 
nir l'archidiacre  et  lui  enjoignit  de  les  livrer  au 
trésor  public.  Laurent  demanda  du  temps  pour 
les  recueillir  en  un  seul  lieu,  et  ayant  rassemblé 
les  veuves ,  les  orphelins ,  les  vieillards  et  les 
infirmes  qu'il  avait  secourus,  il  les  montra  au 
préfet  en  lui  disant  :  «  Voilà  ces  trésors  de  l'É- 
glise que  je  vous  ai  promis.  »  A  cette  vue  le 
préfet  entre  en  fureur.  Par  ses  ordres ,  Laurent 
est  dépouillé  de  sa  tunique,  flagellé  et  attaché  à 
un  gril  de  fer,  sur  des  charbons  à  demi  allumés. 
Le  martyr  ne  cessa  de  prier  pour  ses  bourreaux. 
Sa  constance  héroïque  toucha  plusieurs  païens, 
qui  se  convertirent  à  la  foi  chétienne.  Son  corps 
fut  inhumé,  le  10  août  258,  jour  où  l'Église 
célèbre  sa  fête.  Une  des  cinq  églises  patriarchales 
de  Rome  (Saint-Laurent  ea;^ra  »îm?'05)  a  été 
bâtie  sur  le  tombeau  du  martyr,  sous  le  règne 
de  Constantin  le  Grand.  Philippe  II,  pour  accom- 
plir un  vœu  à  la  suite  d'une  victoire  remportée 
le  10  août  (  1 559),  jour  anniversaire  du  martyre 


927  LAURENT 

de  saint  Laurent,  fit  construire  le  couvent  de 
l'Escurial,  dont  les  divers  corps  de  bâtiments 
imitent  la  forme  d'un  gril.  L'abbaye  de  Gladbach 
possède  la  tête  de  saint  Laurent,  en  dépit  des 
efforts  de  Philippe  n  et  de  ses  successeurs  pour 
obtenir  cette  relique.  Lesueur  a  puisé  dans  le 
martyre  de  saint  Laurent  le  sujet  d'une  de  ses 
plus  belles  compositions.  La  plupart  des  criti- 
ques regardent  les  Actes  que  nous  avons  de 
saint  Laurent  comme  l'œuvre  d'un  moine  du 
moyen  âge. 

LAURENT,  évêque  de  Navarre ,  transféré  au 
siège  de  Milan,  dans  le  sixième  siècle ,  est  au- 
teurde  plusieurs  homélies,  que  l'on  trouve  dans 
la  Bibliotheca  Patrum  de  Ceillier,  tom.  IX. 

LAURENT  (Saint),  moine  et  prêtre  de  Rome, 
envoyé  par  saint  Grégoire  le  Grand  avec  saint 
Augustin ,  pour  convertir  les  Anglo-Saxons,  en 
baptisa  un  grand  nombre  ,  succéda  à  saint  Au- 
gustin sur  le  siège  de  Cantorbéry,  fit  un  voyage 
en  Ecosse ,  tint  un  concile  dans  l'île  de  Man,  et 
mourut  à  Ostoliques,  en  619. 

LAURENT  de  Liège ,  religieux  bénédictin  du 
monastère  de  Saint-Laurent,  près  de  Liège,  a 
laissé  une  Chronique  des  évêques  de  Verdun  et 
des  abbés  de  Saint-Vanne,  depuis  l'an  1040  jus- 
qu'en 1144,  Elle  a  été  insérée  dans  le  Spicilége 
de  dom  d'Achery  et  dans  le  tome  P""  de  YHis- 
ioire  de  Lorraine  de  dom  Calmet. 

F.-X.  Tessiek. 

Saint  Prudence,  De  Coronis.  —  Saint  Victor,  Flores 
Sanctorum,  p.  197.  —  Saint  Léon  le  Grand,  Sermon  83, 
édit.  de  Rome,  tom.  I*',  p  250.  —  Alban  Butler  et  Godes- 
card.  Fies  des  Pères,  etc..  Saint  Laurent  martyr, 
10  août.  —  Baillet,  f^ies  des  Saints. 

LAURENT,  antipape,  vivait  de  4£0  à  520.  Il 
était  archidiacre  de  la  basilique  de  Sainte-Marie- 
Majeure  à  Rome,  et  fut  opposé  à  Symraaque,  élu 
pontife  après  Anastase  II,  en  498.  Ce  schisme 
causa  de  grands  désordres  dans  là  ville,  où  Fes- 
tus  et  Probinus,  sénateurs  très-puissants,  prirent 
le  parti  de  Laurent.  Pour  faire  cesser  ce  schisme, 
les  deux  partis  convinrent  de  s'en  rapporter  à 
l'arbitrage  de  Théodoric,  roi  des  Goths,  quoiqu'il 
fût  arien.  Ce  monarque  se  prononça  en  faveur  de 
Symmaque.  Laurent  souscrivit  le  premier  à  la 
reconnaissance  de  son  rival,  qui  lui  donna  l'è- 
vêché  de  Nocera.  Mais  ayant  depuis  causé  de 
nouveaux  troubles  et  ayant  encouru  à  tort  ou  à 
raison  l'accusation  d'eutychisme,  il  fut  déposé 
par  le  concile  dit  de  la  Palme  (  Palmaris  ) 
(501-503  )  et  envoyé  en  exil.  On  ignore  la  date 
de  sa  mort.  A.  L. 

Anastase,  Fita  Pontif.  —  BaroDias,  Annales.  —  Plo- 
tina,  Fila  Pontif.  Romun. 

LAURENT  (Le  Bienheureux),  de  Brindes , 
général  des  Capucins,  né  à  Brindisi,  le  22  juillet 
1559,  mort  à  Lisbonne,  le  25  juillet  1619.  Dès 
l'âge  de  quatre  ans,  disent  ses  biographes,  il  ma- 
nifesta à  ses  parents  son  goût  pour  l'état  monas- 
tique, et  obtint  la  permission  de  revêtir  le  costume 
des  Frères  mineurs.  Il  entra  chez  les  Capucins 
en   1576,  devint  définiteur  en  15%   et  supé- 


928 

rieur  général  en  1602.  On  lui  attribue  un  grand 
nombre  de  conversions  dans  les  voyages  qu'il 
fit  en  Allemagne  et  en  Espagne.  Les  papes  Clé- 
ment VIII,  Paul  V,  Grégoire  XV  et  Urbain  VUI 
le  chargèrent  de  plusieurs  missions  délicates 
auprès  de  l'empereur  et  des  cours  d'Espagne  et 
de  Portugal.  Le  pape  Pie  VI  a  béatifié  Laurent 
de  Brindes  en  1783.  On  a  de  lui  des  Sermons  et 
des  traités  de  controverse,  demeurés  manuscrits 
dans  le  couvent  de  son  ordre  à  Venise.   A.  L. 

Le  P.  Angelo-Maria  de  Voltaggio,  Fie  du  B.  Laurent 
de  Brindes  ;  Rome,  1710,  in -4°.  —  Le  P.  Maïeul ,  Fie  du 
même;  Avignon ,  1784, in-12.  —  Le  P.  Antoine  Melissan, 
.Supplément  aux  Annales  Ordinis  Minorum  de  Wad- 
dlng;  Turin,  1710,  in-fol. 

LAURENT,  abbé  de  Saint-Vanne ,  mort  vers 
l'année  1139,  le  1"  juillet.  Cet  abbé  doit  la  re- 
nommée de  son  nom  aux  persécutions  qu'il  a 
souffertes.  L'èvêque  de  Verdun,  s'étant  rangé 
dans  le  parti  de  l'empereur,  maltraita  les  moines 
de  Saint-Vanne,  qui  tenaient  pour  Grégoire  VIL 
Quelques-uns  de  ces  religieux  quittèrent  le  dio- 
cèse de  Verdun,  en  1080,  sous  la  conduite  de 
leur  confrère  Laurent,  et  allèrent  chercher  un 
refuge  à  Saint-Benigne  de  Dijon.  Quand  on  put 
croire  que  la  paix  était  revenue ,  Laurent  et 
les  autres  exilés  rentrèrent  à  Saint-Vanne.  En 
1099,  à  la  mort  de  l'abbé  Raoul,  Laurent  était 
élu  son  successeur.  Vers  le  même  temps,  Richer 
remplaçait  Thierry  sur  le  siège  de  Verdun,  et 
Richer  était  du  parti  de  l'Église  romaine.  Son 
administration  fut  donc  bienveillante  pour  les 
moines  de  Saint- Vanne.  Mais  à  Richer  succéda 
promptement  Richard  de  Grandprè ,  qui  de- 
manda l'investiture  à  l'empereur.  Les  agitations 
recommencèrent.  Chargé  par  le  pape  d'excom- 
munier Richard,  Laurent  remplit  son  mandat. 
Aussitôt  le  prélat  suspendit  l'abbé ,  et  celui-ci  se 
retira  dans  le  monastère  de  Saint-Bénigne.  En 
son  absence,  qui  dura  trois  ans,  Hugues,  abbé  de 
Flavigny,  chassé  lui-même  de  son  monastère, 
gouverna  Saint- Vanne.  Richard  étant  mort  en 
1114,  Laurent  reparut  à  Verdun,  réclama  sa 
crosse,  et  la  recouvra.  Cependant  la  fin  de  sa 
vie  ne  fut  pas  tranquille.  Henri,  successeur  de 
Richard,  voulut  bien  restituer  à  Laurent  quelques 
possessions  confisquées  par  son  prédécesseur; 
mais  il  eut  en  même  temps  la  prétention  d'en  rete- 
nir quelques-unes.  De  là  de  nouveaux  débats.  Mais 
cette  fois  l'abbé  Laurent  obtint  l'avantage.  Étant 
parvenu  à  soulever  contre  Henri  tout  le  clergé 
de  Verdun  ,  il  le  contraignit  à  signer  un  acte 
d'abdication.  On  a  conservé  trois  lettres  de  Lau- 
rent. Mabillon  en  a  publié  une  dans  ses  Analecta, 
t.  V.  Les  deux  autres  se  trou  vent  dans  le  tomel" 
Aes.Anecdota  deMartène,  p.  375.        B.  H. 

Gallia  christ.,  t.  Xlll,  col.  129S.  —  Hist.  Litt.  de  la 
France,  t.  XI,  col.  704.  —  Hist.  ecclés.  et  civile  de  Fer- 
dun,  par  un  chanoine  de  cette  ville. 

LAURENT,  surnommé  le  Physicien  (1),  poêle 

(1)  Ce  mot  signifiait  alors  médecin  ;  les  Anglais  lui  ont 
conservé  cette  sigaificatioD,  C'était  aussi  le  synonyme  de 
mire. 


929  LAURENT 

et  médecin  hollandais  du  quinzième  siècle.  Il 
vécut  à  INimègue,  et  fat  médecin  d'Arnold  d'Eg- 
raond,  duc  de  Gueidre  (  1423-1472).  Ses  poésies 
latines  sont  remarquables,  sinon  par  l'élégance, 
du  moins  par  l'originalité.  Laurent  le  Physicien 
recherchait  les  consonnances  :  une  pièce  de  vers 
de  ce  poète  mérite  une  mention  particulière, 
à  cause  de  sa  singularité  :  c'est  Le  Hareng  salé, 
en  latin  quelque  peu  macaronique  : 


930 


Halec  salsatum,  crassum,  blaneuin,  grave,  latuna  : 
lllud  dorsatum,  sctssura,  perventrificatum, 
Huic  caput  ablatum  ,  sic  pellibus  excoriatiim, 
Intus  tBandatum,  crudum,  vel  in  Igne  creiuatum  : 
Illi  cœpe  datum  ,  per  panem  rustificatum , 
Et  sic  coenattini,  diim  transis  nocte  cubatum. 
Hoc  theriacatum  valet  antidotuiii  pretiatum, 
Quod  parât  optatum  putamen  largifluatum; 
Dans  de  mane  ratura  guttur  bibendo  paratum, 
Haustu  prostratain.  réparât  Biadidatque  palatuBJ, 
El  caput  et  pectus  dessicat  ph"lej;™atisatuiTi, 
Dans  urînatUHi  cito,  mox  deinde  eacatum  : 
Dirigit  inflatum  :  cibuca  pénétrai  veteratum. 
Hoc  medlcinatuoi  Laurens  fert  versificatum. 

On  attribue  au  même  poète  le  distique  suivant 
trouvé  dans  les  papiers  d'Arnold  d'Egmond  : 

Halec  assatunn  ,  convivis  est  bene  gratnm  : 
De  solo  capite  faclunt  bene  fercula  q^inque. 

L — Z—  E. 

M.  Z.  Boxhorn,  Theat.  Holland.,  p.  48.  —  Théâtre 
anaiomiqve  de  Leyde.  —  J.  Smitb  Novloroagum,  p.  158- 
154.  —  Paquot,  Mémoires  pour  servir  à  l'histoire  litt, 
des  Pays-Bas,  t.  VI,  p.  110-112. 

L.4URENT  JUSTINIEN,  en  italien  Lorenzo 
Giustiniani  (  Saint  ) ,  premier  patriarche  de 
Venise,  né  dans  cette  ville,  en  1380,  mort  le 
8  janvier  1465,  entra  fort  jeune  chez  les  chanoi- 
nes réguliers  de  Saint-Georges  in  Alga,  devint 
général  de  l'ordre  et  évêque  de  Venise,  en  1433. 
Il  réforma  les  abus  qui  s'étaient  gUssés  dans  la 
liturgie,  augmenta  le  nombre  des  paroisses  dans 
la  ville  de  Venise,  et  fonda  plusieurs  monastères. 
11  devint  patriarche  en  1451,  lorsque  Nicolas  V 
transféra  le  patriarcat  de  Grado  à  Venise.  Près 
de  mourir,  il  refusa  d'être  placé  sur  un  lit  plus 
doux.  «  C'est  sur  un  bois  dur,  dit-il,  et  non  sur 
un  lit  de  plume  que  Jésus-Christ  a  été  couché.  » 
L'Église  célèbre  sa  fête  le  5  septembre,  jour  an- 
niversaire de  son  élévation  à  l'épiscopat.  Saint 
Laurent  Justinien  a  laissé  un  grand  nombre  de 
Sermons,  des  Lettres  et  des  Traités  ascétiques, 
qui  ont  été  plusieurs  fois  réimprimés.  La  meil- 
leure édition  de  ses  Œuvres  est  celle  du  P.  Nic- 
Ant.  Giustiniani,  bénédictin;  Venise,  1751, 
2  vol.  in-fol.  La  plupart  des  pièces  qui  compo- 
sent ce  recueil  ont  été  plusieurs  fois  traduites 
du  latin  en  italien.  F.-X.  T. 

Bernard  Giustiniani,  f^ita  Laurentii,  etc.  —  Bollandus, 
y^cta  Sanctorum,  5  janvier,  —  Mafféè,  fie  de  saint 
Laurent  Justinien. 

LAURENT  (  Gaspard  ),  théologien  français, 
né  dans  la  seconde  moitié  du  seizième  siècle. 
Protestant  et  d'origine  française,  il  alla  s'établir 
à  Genève,  y  professa  ks  belles-lettres  (  1597), 
et  obtint  en  1600  le  rectorat  de  l'académie  et  le 
droit  de  bourgeoisie.  On  a  de  lui  :  CathoUcus 
et  orthodoxus  Ecclesiœ  Consensus ,  ex  verbo 

ISOUV.   BIOGR.    GÉNÉR.   —   T.   XXIX. 


Dei,  etc.;  Genève,  1595,  iii-8°;  réimpr.  sous 
un  nouveau  titre  :  Syntagma  confessionum 
fidei  in  diversis  regnis  editarum;  1612,  in-4''  ; 

—  De  nostra  in  sacramentii,  eum  J.-C.  con- 
junctione;  ibid.,  1598,  in-8°;  —  Oratio  de 
clarissimi  theologide  JSeze  Obitu;  ibid.,  1605, 
in-S"  ;  le  même  sujet  lui  a  inspiré  des  vers  grecs 
et  latins  qui  ont  été  joints  aux  œuvres  de  J.  Lect; 

—  Miscellanese  Thèses  in  ethicis;  ibid.,  1607, 
in-4°;  —  De  publicis  Disputationibus  in  con- 
troversiis  de  Religione;  ibid.,  1602,  in-S"; 
nouv.  édit.,  augmentée,  en  1618  ;  —  Hermogenis 
Ars  oratoria  abselutissima  et  libri  omnes 
cum  versione  latina  et  commentariis  ;  Colo- 
gne, 1614,  in-8°;  —  Quxstiones  miscellanese 
e^Aic«;  ibid.,  1626,  in-4°.  K. 

Sénebier,  Cotai,  raisonné  des  Manuscrits  de  la  Bi- 
blioth.  de  Genève. 

*LAuaEisT  (  André),  graveur  français,  né 
en  1720,  à  Londres ,  mort  vers  1750,  à  Paris. 
Élève  de  J.-Ph.  Le  Bas,  il  grava  des  tableaux 
de  genre  et  des  paysages,  entre  autres  :  La  Con- 
versation et  Le  Jeu  de  Quilles  de  David  Téniers, 
Le  Bénédicité  de  Greuze ,  Le  Pasteur  galant 
de  Boucher,  plusieurs  sites  avec  figures  et  ani- 
maux de  Loutherbourg. 

Deux  autres  artistes  du  même  nom  se  sont 
également  distingués  dans  la  gravure  :  Laurent 
(Pierre),  né  en  1739,  à  Marseille,  et  mort  en  1809, 
à  Paris,  fut  élève  de  Balechou,  et  entreprit  avec 
Robillard  la  publication  du  Musée  Français ,  k 
laquelle  il  fournit  beaucoup  de  planches.  On  a  en- 
core de  lui  :  Le  Déluge,  du  Poussin  ;  —  La  Mort 
de  d'Assas ,  de  Casanova ,  et  plusieurs  sujets 
de  genre  de  Nicolas  Berchem. 

Son  fils,  Ladrent  {Pierre- Louis-Henri  ),  na- 
quit en  1779,  et  travailla  à  Paris.  Il  continua 
Le  Musée  Français,  fondé  par  son  père,  et  grava 
L'Enlèvement  des  Sabines  du  Poussin  et  La 
Messe  de  saint  Martin  de  Lesueur.         K. 

Basan,  Dict.  des  Graveurs.  —  Gori-Gandlnelli.  JVotizie 
degli  Intagliatori ,  XI.  —  Ch.  Le  Blanc,  Man.  de  l'A- 
mateur d' Estampes ,  l\. 

LAURENT  OU  LAURENS  (  Pierre- Joseph  ) , 
mécanicien  français,  né  à  Bordeaux,  en  1715, 
mort  en  1773.  A  vingt-et-un  ans  ,  il  fit  exécuter 
dans  la  Flandre  et  le  Hainault  des  desséclie- 
ments  impraticables  jusquealors.  Ce  succès  lui  fit 
confier  aussitôt  la  direction  des  canaux  des  deux 
généralités  de  Lille  et  de  Valenciennes.  Il  y  éta- 
blit des  écluses  nouvelles,  d'une  manœuvre  simple 
et  facile,  qui  précédemment  exigeaient  l'emploi 
d'une  grande  force  motrice.  Il  fitexécuterà  Valen- 
ciennes unemachine  pour  la  grille  de  fer  qui  ferme 
l'Escaut ,  et  qui  permet  à  un  seul  homme  d'exé- 
cuter en  quelques  minutes  oe  qui  exigeait  aupara- 
vant vingt-quatre  heures  de  travail  et  les  bras  de 
cinquante  hommes.  Il  fitaussi  un  bras  mécanique 
pourunsoldatmutilé,  le  duc  de  La  Vrillière,  ce 
qui  lui  valut  les  félicitations  de  Voltaire.  Le  projet 
de  rétablissement  du  port  de  Dunkerque  lui  fiit 
confié  en  1737,  et  il  reçut  aussi  l'ordre  de  visiter 
toute  la  côte,  avec  le  maréchal  de  Belle-lsle, 

30 


931 


LAUR 


pour  déterminer  on  lieu  propre  à  la  construction 
d'un  nouveau  port.  Après  avoir  rédigé  divers 
projets  pour  la  ville  de  Paris,  quii  offrait  d'exé- 
cuter à  ses  frais,  mais  qui  n'eurent  pas  de  suite, 
il  fut  cliargé  par  le  roi,  en  1767,  de  la  direction 
générale  des  canaux  de  Picardie  et  de  Flandre. 
11  dressa  le  projet  de  jonction  de  la  Somme  avec 
l'Escaut,  et  en  commença  les  travaux,  qu'il  con- 
tinua jusqu'à  sa  mort.  Il  avait  aussi  exécuté  la 
cascade  du  parc  de  Brunoy  et  celle  de  Chante- 
loup.  L'exploitation  des  mines  de  Paimpont,  près 
de  Rennes ,  lui  avait  procuré  une  fortune  consi- 
dérable, qu'il  laissa  à  son  fils,  Laurent  de  Ville- 
deuil  ,  qui  devint  ministre  de  la  maison  du  roi 
de  1788  à  1789.  G.  de  F. 

Le  Nécrologe  de  1774. 

LAURENT  { Jean- Antoine) ,  peintre  français, 
né  à  Baccarat,  en  1763,  mort  à  Épinal,  en  1833. 
H  avait  beaucoup  de  goût  pour  le  dessin  et  la 
peinture  ,  et  se  distingua  en  divers  genres.  11  ob- 
tint la  place  de  directeur  du  musée  des  Vosges. 
On  cite  de  lui  :  V Amour  enchaîné  ;  —  V Amour 
dans  une  coupe  ;  —  V Amour  dans  une  rose; 
—  Galilée;  —  Callot  refusant  à  Louis  XIll 
de  peindre  le  siège  de  Nancy.      A.,  de  L. 

Guyot  de  Fère,  Statistiqtie  des  artistes. 

*  LAURENT  (  François-Guillaume-Barthé- 
lemy),  général  français,  né  le  24  août  1750,  à 
Saint-Amand  (Nivernais),  mort  le  14  septembre 
1825.  Soldat  dès  l'âge  de  dix-sept  ans,  il  com- 
battit à  Valmy  en  qualité  de  capitaine  ;  plusieurs 
actions  d'éclat  à  l'armée  du  Rhin  le  firent  en  1793 
élever  au  rang  de  général  de  brigade.  Employé 
dans  les  Pays-Bas,  il  s'empara  de  Vanloo,  place 
défendue  par  quatre  mille  hommes  et  plus  de 
cent  cinquante  pièces  de  canon,  et  repoussa  plu- 
sieurs fois  les  Anglais ,  notamment  à  Ostende. 
Sous  l'empire  il  fut  maintenu  en  activité  et  même 
promu  général  de  division  (1813);  mais  il  ne 
prit  part  à  aucune  guerre.  Après  Waterloo  il  ou- 
vrit aux  alliés  les  portes  de  Montmédy.  La  re- 
mise de  cette  ville  donna  lieu  contre  Laurent  à 
une  accusation  de  trahison;  le  duc  de  Feltre, 
dans  son  rapport  au  roi  sur  cette  affaire,  écarta 
toute  intention  criminelle  de  la  part  du  général,  et 
reconnut,  d'après  l'avis  d'une  commission  spé- 
ciale ,  que  les  reproches  qu'on  lui  adressait  se 
trouvaient  atténués  par  les  circonstances.  Lau- 
rent fut  mis  à  la  retraite  quelques  jours  après. 

K. 

Victoires  et  Conquêtes.  -  Le.  Moniteur,  1815. 

LAtiKENT  (  ***  ),  homme  politique  français, 
né  à  Strasbourg ,  mort  en  1814.  Il  était  médecin 
lorsque  éclata  la  révolution,  dont  il  adopta  les 
principes.  En  septembre  1792  il  fut  élu  membre 
de  la  Convention  nationale,  et  vota  la  mort  de 
Louis  XVL  Chargé  de  plusieurs  missions  près 
des  armées  du  Rhin,  du  nord,  et  de  Sambre  et 
Meuse,  il  montra  beaucoup  de  bravoure.  Ses 
nombreux  rapports  se  trouvent  dans  Le  Moni- 
teur. En  l'an  vi  il  devint  membre  du  Conseil  des 


ENT  932 

Cinq  Cents  ;  il  demanda  la  vente  des  biens  des 
cultes  réformés ,  et  combattit  l'impôt  sur  le  tabac. 
Lors  du  coup  d'État  du  18  brumaire  an  viii,  il 
se  fit  remarquer  parmi  les  adversaires  de  Bona- 
parte ,  fut  un  des  députés  exclus  du  corps  légis- 
latif par  la  loi  du  19  brumaire,  et  mourut  éloigné 
de  toute  fonction  publique.  11  a  écrit  quelques 
brochures  poUtiques  sans  intérêt  aujourd'hui. 

H.  L. 

Arnault,  Jay,  Jouy  et  Norvins,  Biogr.  nouv.  des  Con- 
temporains (1823).  —  Petite  Biographie  des  Convention- 
nels (  1815  ).  —  Biographie  Moderne. 

LAURENT  (Auguste),  chimiste  français,  né 
le  14  novembre  1807,  à  La  Folie,  près  de  Lan- 
gres,  mort  à  Paris,  en  1853.  Élève  externe  de 
l'École  des  Mines,  il  fut  nommé  en  1838  profes- 
seur de  chimie  à  la  faculté  des  sciences  de  Bor- 
deaux ;  c'est  là  qu'il  se  livra  à  de  nombreuses  re- 
cherches ,  particulièrement  de  chimie  organique. 
Selon  lui,  «  un  composé  organique  constitue  un 
ensemble  arbitraire,  formé  par  la  réunion  d'un 
nombre  variable  d'éléments  simples  ou  compo- 
sés ,  éléments  que  l'on  peut  remplacer  à  volonté 
dans  ce  composé  par  des  groupes  analogues,  sans 
altérer  la  physionomie  générale ,  l'harmonie,  ou 
le  type  de  ce  composé  ».  Laurent  voulut  aussi 
classer  les  corps  organiques  en  groupes  naturels 
selon  les  analogies  de  composition  ;  dans  ce  but 
il  dierchait,  au  milieu  de  formules  symboli- 
ques par  lesquelles  on  peut  représenter  théori- 
quement la  composition  des  corps ,  les  formules 
les  plus  avantageuses  pour  le  classement  de  l'é- 
tude pratique  de  ces  corps.  Nommé  en  1845 
correspondant  de  l'Académie  des  Sciences ,  il 
vint  l'année  suivante  se  fixer  à  Paris.  En  1848 
il  obtint  une  place  d'essayeur  à  la  Monnaie ,  et 
fut  attaché  au  ministère  de  la  guerre  pour  l'exa- 
men des  questions  de  sciences  et  d'arts  qui  se 
présentent  souvent  à  ce  ministère.  Il  consacra  ses 
rares  moments  de  loisir  à  rédiger  sa  Mé- 
thode de  Chimie,  qui  ne  fut  entièrement  im- 
primée qu'après  sa  mort,  par  les  soins  de 
M.  Biot.  Laurent  mourut  pauvre.  Le  gouverne- 
ment a  pris  soin  de  la  veuve  et  des  enfants  qu'il 
a  laissés.  Les  travaux  d'Auguste  Laurent  ont 
pour  titres  :  Théorie  des  Radicaux  dérivés  et 
Mémoire  sur  les  Séries  NephtaUque  et  Stilbi- 
que;  Paris,  1843,  in-8°  (  Extrait  de  la  Revue 
Scientifique  et  Industrielle)  ;  —  Méthode  de 
Chimie;  Paris,  1854,  in-8''.  Il  a  rédigé,  de  1815 
à  1818,  avec  M.  Gerhardt,  les  Comptes-rendus 
mensuels  des  travaux  chimiques  des  facultés  de 
Bordeaux  et  de  Montpellier,  formant  un  appen- 
dice m  Journal  de  Pharmacie,  de  Chimie 
(4  vol.  in-8°).  Il  a  donné  aux  Annales  de  Chi- 
mie et  de  Physique  un  grand  nombre  de  no- 
tices, entre  autres  :  Sur  un  nouveau  moyen  de 
préparer  la  Nephtaline  (  t.  XLIX  )  ;  —  Sur 
les  Chlorures  de  Nephtaline  (t.  LTI ) ;  — • 
Nouveau  Mode  pour  analyser  les  Silicates 
alcalins  (t.  LVUI);  —  Sur  de  nouveaux 
Chlorures  et  Bromures  d'hydrogène  carbo- 


933  LAURENT  - 

naté  (t.  LIX)  ;  —  Sïir  le  Benzoïle  et  la  Ben- 
zinide  (ibid.);  —  Théorie  des  Combinaisons 
organiques  (  t.  LXI  )  ;  —  Sur  V Acide  Campho- 
rique  (t.  LXllI);  —  Sur  la  CMorophénise 
et  V Acide  Chlorophénésique  (ibid.);  —  Sur 
les  Éthers  et  les  corps  gras  (  t.  LXV  )  ;  —  Sur 
la  Concentration  du  Fer  (  ibid.  );  —  Sur  les 
Acides  Pimarique  et  Pyromarique  (  t.  LXXII  ) 
(  avec  M.  Geriiardt  )  ;  —  Recherches  sur  les 
Combinaisons  Milloniques  (3*  série,  t.  XIX); 
—  Sur  la  Composition  de  l'Ordne  et  de  ses 
Dérivés  (  ibid.,  t.  XXIV  )  ;  —  Sur  deux  Dé- 
rivés de  la  Morphine  et  de  la  Nicotine  (  ibid., 
ibid.  );  —  de  nombreux  extraits  de  notices  dans 
le  Compte-rendu  de  VAcad.  des  Sciences.  Le 
30  octobre  1854,  le  maréchal  Vaillant  a  pré- 
senté à  l'Académie  des  Sciences ,  au  nom  de  la 
veuve  d'Aug.  Laurent,  deux  mémoires  laissés 
par  ce  chimiste  :  l'un  contenant  un  Examen 
de  la  Théorie  de  la  Lumière  dans  le  système 
des  ondes  ;  l'autre  une  Théorie  des  imaginai- 
res de  l'équilibre  des  températures  et  de  l'é- 
galité d'électricité.  Guyot  de  Fère. 

Documents  particuliers.  —  M.  L.  Figuier,  dans  le 
journal  ia  Presse  du  24  avril  1858.  —  M.  Moigoo ,  Le 
Cosmos,  18S3,  18S4,  18S5. 

s.AUREiVT  (  Jean- Louis-Maurice  ) ,  natura- 
liste français ,  né  à  Toulon,  lé  8  juin  1784,  mort 
à  Paris,  vers  1855.  Docteur  en  médecine  êtes 
sciences,  il  voyagea  comme  chirurgien  de  ma- 
rine, et  devint  professeur  à  l'école  de  médecine 
du  port  de  Toulon.  Mis  à  la  retraite,  il  vint  à 
Paris,  et  entreprit  des  recherches  microscopiques 
curieuser,  sur  les  animaux  inférieurs  ;  mais  ses 
travaux  sont  déparés  par  une  grande  diffusion  et 
l'abus  du  néologisme.  On  a  de  lui  :  Propositions 
générales  de  Physiologie,  de  Pathologie  et  de 
Thérapeutique  ;  Paris,  1823,  in-4'';  ~  Atlas 
d'Anatomiephysiologique,  ou  tableaux  synop- 
tiques d'anatomie  physiologique  dressés  d'a- 
près îine  nouvelle  nomenclature  ;  Paris,  1826, 
in-fol.;  — Mémoires  explicatifs  des  Tableaux 
d'Anatomie  physiologique;  Paris,  1826,  in-8°  ; 
—  Essai  sur  les  Tissus  élastiques  et  contrac- 
tiles ;  Paris,  1827,  in-8°;  —  Concours  pour 
une  chaire  d'Anatomie  :  De  la  Texture  et  du 
Développement  de  l'Appareil urinaire  ;  Paris, 
1836,  in-4''  ;  —  Recherches  sur  l'Hydre  et  l'É- 
ponge d'eau  douce  pour  servir  à  l'histoire 
naturelle  des  Polypiaires  et  des  Spongiaires  ; 
gr.  in-8°,  avec  atlas  in-fol.  ;  —  Annales  d'Ana- 
tomieetde  Physiologie  (avec  HoUard  etautres)  ; 
Paris,  1837-1839,  3  vol.  in-8°;  —  Zoophyto- 
logie;  Paris,  1844,  in-S"  :  ce  travail  fait  partie 
du  Voyage  autour  du  Monde  exécuté  en  1836 
et  1837  sur  la  corvette  La  Bonite  commandée 
par  M.  Vaillant.  Laurent  a  donné  des  articles  au 
Dictionnaire  de  la  Conversation  et  à  VEn- 
cyclopédie  Moderne  âe  MM.  Didot.    L.  L— t. 

Quérard,  La  France  Littéraire.  —  Bourquelot  et 
Maury,  La  Littér.  Franc,  contemp. 

l  LAURENT  (  P.-M.  ) ,  dit  Laurent  de  VAr- 
dèche,   historien  français,  né  à  Samt-Andéol 


LAURENTIE 


934 


(Ardèche),  le  i4  septembre  1793.  Il  exerça 
d'aboid  la  profession  d'avocat  à  Privas.  Il  fonda, 
avecM.  Crespu,  le  Journal  libre  de  l'Isère,  dans 
lequel  il  soutenait  les  principes  démocratiques. 
En  1834  il  dirigeait  à  Nîmes  le  journal  intitulé  ; 
Le  Progressif  du  Gard,  et  fut  en  1 835  l'un  des  dé- 
fenseurs des  accusés  d'avril.  Nomméjuge  de  pre- 
mière instance  à  Privas,  en  1840,  il  fut  désigné 
en  1848  comme  commissaire  du  gouvernement 
provisoire  dans  son  département,  qui  l'élut  mem- 
bre de  l'Assemblée  constituante,  puis  de  l'As- 
semblée législative.  Il  siégea  parmi  les  membres 
du  parti  démocratique,  et  fut  un  des  rédacteurs 
du  journal  La  République.  M.  Laurent  de  l'Ardè- 
che,  d'abord  bibliothécaire  du  sénat,  est  aujour- 
d'hui conservateur  de  la  Bibliothèque  de  l'Arse- 
nal. On  a  de  lui  :  Résumé  de  l'Histoire  du  Dau- 
phiné;  1825,  in-18  ;  —  Résumé  de  l'Histoire  de 
la  Philosophie  ;  1826,  in-18;  — Histoire  de  Na- 
poléon; 1826,  in-8°;  —  Histoire  de  Napoléon, 
avec  500  dessins  par  Horace  Vernet ,  gravés 
sur  bois  et  compris  dans  le  texte,  nouvelle 
édition  augmentée  de  gravures  coloriées  re- 
présentant les  types  de  tous  les  corps  et  les 
uniformes  de  la  république  et  de  l'empire, 
par  H.  Bellangé;  Paris  1838-1842,  9  vol.  in-8°, 
une  autre  édition  en  1849;  —  Réfutation  de 
l'Histoire  de  France  de  l'abbé  Montgaillard, 
3<^  édit.;  Paris,  1843,  in  8°;  la  1"  édition  a  été 
pubhée  sons  le  pseudonyme  Ibrancet  Deleuze; 
la  2^  a  paru  en  1828,  sous  le  même  pseudonyme  ; 
—  Du  Principe  d'Autorité  en  politique;  des 
causes  de  sa  décadence  et  des  moyens  de  le 
relever;  Paris,  1844,  in-S";  —De  la  Prescrip- 
tion en  matièie  de  Partage  d'ascendants; 
Paris,  1846,  in-S"  :  —  Considérations  philo- 
sophiques sur  la  Révolution  de  décembre; 
Paris,  1852,  une  feuille,  in-8°;  —  Réfutation 
des  Mémoires  du  duc  de  Raguse;  Paris,  1857, 
in- 8°.  M.  Laurent  a  été  l'un  des  fondateurs  da 
L'Organisateur,  Journal  delà  doctrine  de  Saint- 
Simon,  qui  commença  à  paraître  en  1829  et  cessa 
de  paraître  au  n'"  52  delà  seconde  année.  Ha  tra- 
vaillé au  journal  Le  Globe ,  aux  Prédications, 
1832,  2  vol.  in-8^  Enfin  il  a  été  l'un  des  colla- 
borateurs de  l'Almanach  républicain. 

GUYOT  DE  FÈRE, 

Docuvients  parliculiers.  —  Louandre  et  Bourquelot, 
La  lAttér.  contemp.  —  Jovmal  de  la  Librairie. 

LAURENT.  Voyez  Maes  et  Saint-Laurent. 

LAUREiVTi  (Fiorenzo),  peintre  de  l'école 
romaine,  né  à  Pérouse,  vivait  à  la  fin  du  quin- 
zième siècle,  et  fut  élève  du  Pisanello.  On  voit 
de  lui  à  Pérouse  une  Nativité  dans  le  choeur  de 
l'église  de  Monte-Luce  et  dans  la  sacristie  de 
Saint-François  quatre  tableaux  oblongs,  Saint 
Pierre,  Saint  Paul,  et  deux  sujets  de  la  Pas- 
sion, signés  Florentino  Laurenti  P.  Pinxit 
MCCCCLXXXVir.  E.  B— N. 

R.  Gambini,  Guida  di  Perugia. 

*  LAURENTIE  { Pierre-Sébqstien),  écrivain 
français,  né  à  Houga(Gers),  le  21  janvier  1793. 

30. 


935  LAURENTIE 

Élevé  sous  la  direction  de  l'abbé  Jourdan,  il  se 
destina  d'aberd  à  l'enseignement,  et  compta  dès 
1814  au  nombre  des  plus  fervents  royalistes. 
Appelé  à  Paris,  sous  les  auspices  de  M.  Laine, 
il  fut  nommé  en  1818  répétiteur  de  littérature 
à  l'École  Polytechnique.  C'est  à  cette  époque  que 
Michaud  aîné  lui  ouvrit  les  colonnes  de  La  Quoti- 
dienne, où  ses  articles  furent  bientôt  remarqués, 
et  dontil  devint  un  des  propriétaires.  Il  futnommé 
en  1822  inspecteur  général  des  études  par  M.  de 
Frayssinous ,  fonctions  dont  il  fut  révoqué  en 
1826,  par  suite  de  l'opposition  qu'il  avait  faite , 
dans  La  Quotidienne,  au  ministère  de  Villèle. 
Après  les  journées  de  Juillet,  M.  Laurentie  fonda 
Le  Courrier  de  l'Europe  et  Le  Rénovateur  ;  il 
est  aujourd'hui  le  principal  rédacteur  de  L'U- 
nion. Parmi  les  nombreux  écrits  de  M.  Lau- 
rentie on  remarque  :  De  l'Étude  et  de  l'Ensei- 
gnement des  Lettres;  Paris,  1826,  in-8°;  2^  édi- 
tion, corrigée  et  augmentée,  1851  ;  —  De  l'Élo- 
quence politique  et  de  son  influence  dans 
.'les  gouvernements  populaires  et  représenta- 
tifs; Paris,  1819,  in-8°,  reproduit  en  1821,  à 
Paris  et  à  Lyon  ;  —  Études  littéraires  et  mo- 
rales sur  les  historiens  latins;  Paris,  1822, 
2  vol.  in-8°;  2*  édition,  1840;  —  De  la  Justice 
au  dix-neuvième  siècle;  Paris,  1822,  in-8°; 

—  Questions  du  jour;  Paris,  1823,  in-8°;  — 
Considérations  sur  les  Constitutions  Démo- 
cratiques et  en  particulier  sur  les  consé- 
quences de  la  charte  portugaise  par  rapport 
à  la  politique  de  l'Angleterre  et  de  l'Europe; 
Paris,  1826,  in-8";  —  Introduction  à  la  Phi- 
losophie, ou  traité  de  l'origine  et  de  la  cer- 
titude des  connaissances  humaines;  Paris, 
deux  éditions,  1826  et  1829,  in-8°;  —  Histoire 
des  Ducs  d'Orléans,  4  vol.  in-8o;  Paris,  1832; 

—  Lettres  sur  l'Éducation;  Paris,  1833;  trois 
éditions  successives;  —  Histoire  de  France, 
2  vol.;  deux  éditions  successives;  —  De  la  Ré- 
volution en  Europe;  in-s".  M.  Laurentie  a 
publié  une  série  de  lettres  sur  l'enseignement , 
adressées  à  M.  Thiers,  lettres  dont  l'apparition 
fît  une  grande  sensation.  M.  Laurentie  prépare 
depuis  quatre  ans  une  Histoire  de  l'Empire 
Romain.  11  a  été  l'undes  rédacteurs  du  Diction- 
naires de  la  Conversation.       A.  Jahin, 

Germain  Sarrut  etSalnt-Edme,  Biographie  des  Hommes 
du  Jour.  —  Jusiin  Maffre,  Les  Diamants  de  la  Littérature 
catltoligue,  —  Quérard ,  La  France  Littéraire.  —  Do- 
cuments particvliers. 

LACRENTZEN    OU    LORENTSEN    (Johan), 

érudit  danois,  né  à  Ribe  (Jutland),  mort  en 
1729,  à  Copenhague.  Employé  d'abord  aux  ar- 
cliives  du  royaume,  il  devint,  en  1698,  directeur 
de  l'imprimerie  de  Copenhague,  puis  assesseur 
du  consistoire.  On  a  de  lui  :  Das  Gedaschtniss 
des  kœnigs  Friderichs  II  (Éloge  de  Frédéric  II, 
roi  de  Danemark);  Copenhague,  1693,  in^";  — 
Tagregister  ûber  Christian  V  Lebens  und 
Regierungsgeschichte  (Journal  de  la  Vie  et  du 
Règne  de  Chrétien  V);  ibid.,  1701,  1710,  in-8°; 

—  Auctarium  rariorum  quae  Musseo  regio 


—  LAURETI 


936 


per  triennium  accesserunt;\h\d.,  1703,  in-fol.; 
il  donna  à  cet  ouvrage,  qui  avait  été  commencé 
par  Jacobaeus,  les  deux  compléments  suivants  ; 
Musxum  regium  auctum  et  uberioribus  corn- 
mentariis  illustratum;  ibid.,  1710,  in-fol.;  et 
Musset  regii  Index,  bipartitus  una  cum  qui- 
busdani  analectis  uberioribus;  ibid.,  1726, 
in-fol.;  —  Svend  Tveskjœgs  Historié  (Histoire 
de  Suénon  à  la  barbe  fourchue);  ibid.,  1705, 
in-8»  :  trad.  du  latin  de  A.-S.  Wedel;  —  Saxo- 
nis  Grammaticl  Iste  Bog  (Le  premier  livre  de 
Saxo  le  Grammairien);  ibid.,  1713,  in-4°,  fig., 
traduction  danoise  accompagnée  de  commen- 
taires; —  Register  over  Forordningerne  {Table 
des  ordonnances  royales)  ;  ibid.,  1719,  in-4°  ;  — 
En  dansk  Bibel  (Bible  danoise);  ibid.,  1719, 
in-4°;  version  très-répandue  et  connue  sous  le 
nom  de  Bible  de  Laurentzen.  K. 

Moller,  CimJyria  Litterata,  1.—  Nyerup  et  Kraft,  Al- 
mindetigt  Litteratur-Lexikon,  351.  —  Sax ,  Onomasti- 
con,  VI. 

LAURENTIUS  LTDUS.   Voy.hWiV?,. 

LACRÈs  {Antoine,  chevalier  he),  poète  fran- 
çais, né  en  1707,  àGignac  (diocèse  de  Montpel- 
lier), mort  le  12  janvier  1779,  à  Paris.  Il  se  fit 
d'abord  connaître  par  quelques  pièces  de  vers , 
fut  couronné  plusieurs  années  de  suite  aux  con- 
cours des  Jeux  Floraux,  et  remporta,  de  1749  à 
1751,  trois  prix  à  l'Académie  Française.  Il  eut 
pendant  quelque  temps  une  pension  du  comte 
de  Clermont.  On  a  de  lui  :  Les  Honneurs  Mili- 
taires accordés  par  Louis  XIV,  poème,  et  La 
Passion  du  Jeu,  ode;  Paris,  1751,  in-8°;  — 
Zémide,  tragédie;  Paris,  1759,  in-4";  —  Echo 
et  Narcisse,  tragédie  lyrique  ;  —  Thomire,  tra- 
gédie; Paris,  1769,  in-8°;  —  La  Fausse  Statue, 
comédie;  Amsterd.  et  Paris,  1771,  in-8°;  —  La 
Pharsale,  poème  en  dix  chants;  Paris,  1773, 
in-8''  :  «  Ce  n'est  pas  une  traduction  que  je  pré- 
sente au  public,  dit  l'auteur,  mais  une  imitation 
dans  toute  l'extension  du  mot  »  ;  —  Lettre 
aux  Messieurs  qui  doivent  concourir  cette 
année  pour  le  prix  de  l'Académie  Française, 
suivie  d'une  réponse  de  Corneille;  Paris,  1779, 
in-8».  K. 

Nécrologie  des  Hommes  célèbres;  1780,  p.  193-230. 

liAURETi  OU  LACRETTi  (  Tommaso),  dit  ie 
sicilien,  architecte  et  peintre  de  l'école  napoli- 
taine, né  à  Palerme,  vers  1508,  mort  vers  1592, 
élève  de  Sébastien  del  Piombo.  Il  avait  donné 
à  Bologne  les  dessins  de  la  Fontana  Vecchia  ;  en 
1564,  on  lui  demanda  ceux  de  la  fameuse  fon- 
taine du  Géant,  que  devaient  enrichir  les  sculp- 
tures de  Jean  Bologne.  On  lui  doit  aussi  l'une 
des  chapelles  de  S.-Giacomo-Maggiore,  ainsi 
que  le  tableau  qui  la  décore,  les  Funérailles  de 
saint  Augustin,  une  Madone  et  plusieurs 
saints,  dans  une  chapelle,  et  La  Résurrection 
du  Christ,  au  chœur  de  la  même  église.  Nous 
indiquerons  encore  parmi  les  peintures  qu'il  a 
laissées  à  Bologne  quelques  fresques  au  palais 
Ranuzzi.  C'est  pendant  l'exécution  de  ces  divers 
travaux  que  Grégoire  XIII  l'appela  à  Rome  pour 


937 


LAI3RETI 


terminer  la  salle  de  Constantin  au  Vatican,  dont 
les  murailles  étaient  déjà  décorées  des  admi- 
rables fresques  de  Jules  Romain  et  de  Pierino 
del  Vaga.  Il  restait  à  peindre  les  voûtes  et  les 
lunettes;  Laureti  choisit,  pour  y  représenter  des 
sujets  analogues  à  la  piété  de  Constantin ,  des 
idoles  renversées,  l'exaltation  de  la  croix,  l'ad- 
dition de  quelques  provinces  au  domaine  de  l'É- 
glise, etc.  Ce  travail  traînait  en  longueur,  soit 
parce  que  Laureti  travaillait  lentement,  soit 
par  ce  qu'il  n'était  pas  pressé  de  perdre  les  riches 
appointements  qui  lui  étaient  assignés;  mais 
Grégoire  XIII  étant  mort,  son  successeur  Sixte  V 
eut  moins  de  patience;  l'artiste  dut  s'exécuter, 
et  découvrir  ses  peintures  dès  la  fin  de  la  pre- 
mière année  du  règne  de  ce  pontife.  Cette  œuvre, 
malgré  une  science  profonde  de  la  perspective, 
eut  peu  de  succès;  on  trouva  le  coloris  cru,  les 
figures  lourdes  et  communes.  Tel'futle  mécon- 
tentement du  pape  qu'on  refusa  de  payer  à  Lau- 
reti ce  qui  lui  était  encore  dû  d'après  les  con- 
ventions, et  on  lui  fit  même  rendre  une  somme 
assez  considérable  pour  dépenses  faites  pour  lui 
et  même  pour  son  cheval.  L'artiste  n'avait  rien 
économisé,  et  sa  fortune  ne  put  se  relever  de 
cet  échec.  Il  n'en  fut  heureusement  pas  de  même 
de  sa  réputation  ;  Laureti  obtint  d'unanimes  ap- 
plaudissements par  les  quatre  sujets  de  l'his- 
toire romaine  qu'il  exécuta  au  capitole  dans  la 
salle  des  Capitaines ,  Brutus  condamnant  ses 
fils  ;  Horatius  Codés  défendant  le  pont  Su- 
biicius,  le  Courage  de  Mutins  Sceevola,  et 
Aulus  Posthumius  vainqueur  au  lac  Régille. 
On  voit  encore  à  Rome  un  tableau  de  Laureti 
à  Sainte-Suzanne,  et  ua  Saint  François  à  Saint- 
Jean  de  Latran.  Un  Saint  Jérôme  orne  l'église 
de  Saint-François  de  Ferrare. 

Ces  beaux  ouvrages  valurent  à  leur  auteur  le 
titre  de  prince  de  l'Académie  de  Saint-Luc.  Il 
mourut  octogénaire,  vivement  regretté  de  tous 
ceux  qui  l'avaient  connu,  et  surtout  de  ses  élèves, 
auxquels  il  enseignait  la  théorie  de  l'art  avec 
autant  de  zèle  que  de  bienveillance.  Parmi  ceux- 
ci,  il  compta  le  Bolonais  Antonio  Scavati,  l'un 
des  peintres  appelés  à  décorer  la  bibliothèque 
du  Vatican.  E.  B — n. 

Vasari,  f^ite.  —  Baglione,  P'ite  de"  Pittori,  etc.,  del 
1573  al  1612.  —  Bottari,  Note  al  f^asari.  —  banzi,  Storia 
Pittorica.  —  Orlandi,  Abbecedario.  —  Ticozzi,  Dizio- 
nario.  —  Giialandi,  Memorie  oriyinali  lii  Belle- Arti.  — 
Gualandi,  Tre  Giorni  in  Hologna.  —  Malvasia,  Pitture 
di  Bologna.  —  Campori,  Cli  Artisti  negli  Stati  Eslensi. 
—  Pistolesi,  Descrizione  di  Roma.  —  CiUadella,  Guida 
di  Ferrara. 

LAURi  (Balthazar),  peintre,  né  à  Anvers, 
vers  1570,  mort  à  Rome,  en  1642.  Il  est  probable 
que  le  nom  de  Lauri  est  une  italianisation  de 
son  nom  flamand,  qui  est  resté  inconnu  ;  et  mal- 
gré son  origine,  cet  artiste  est  généralement  cité 
parmi  les  maîtres  de  l'école  romaine,  s'étant 
marié  à  Rome,  où  il  était  venu  jeune,  y  ayant 
passé  presque  toute  sa  vie,  et  y  ayant  eu  deux 
fils,  Francesco  et  Filippo,  qui  devinrent  vérita- 
blement Romains,  Élève  et  imitateur  de  son  com- 


-  LAURI  938 

patriote  Paul  Brill,  comme  lui  plus  italien  que 
flamand,  il  devint  un  des  meilleurs  paysagistes 
de  son  temps.  E.   B—n. 

Baldinucci,  Notizie.  —  Lanzi ,  Storia  Pittorica.  —  Or- 
landi ,  Abt>ecedario  —  Ticozzi ,  Dizionario  —  Pascoli , 
Vite  de'  Pittori,  Scuttorie  Arehitetti  modemi. 

LAURI  (Francesco),  peintre  de  l'école  ro- 
maine, fils  du  précédent,  né  à  Rome,  en  1610, 
mort  en  1635.  Ne  voulant  pas  se  borner  au 
paysage,  comme  son  père,  et  se  sentant  entraîné 
vers  un  genre  plus  élevé ,  il  entra  dans  l'atelier 
d'André  Sacchi,  qui,  reconnaissant  en  lui  de  rares 
dispositions,  en  fit  son  élève  de  prédilection. 
Avant  de  voler  de  ses  propres  ailes,  Francesco 
voulut  connaître  et  étudier  les  chefs-d'œuvre 
des  maîtres  des  autres  écoles;  il  parcourut  la 
Hollande,  l'Italie,  l'Allemagne,  et  passa  une  année 
entière  à  Paris.  De  retour  à  Rome,  riche  de  con- 
naissances laborieusement  acquises,  il  avait  à 
peine  commencé,  en  peignant  à  fresque  trois 
déesses  à  un  plafond  du  palais  Crescenzi,  à  mon- 
trer tout  ce  qu'on  pouvait  attendre  de  son  ta- 
lent original  et  plein  de  feu,  quand  une  mort 
prématurée  vint  l'enlever  aux  arts,  âgé  d'environ 
de  vingt-cinq  ans.  E.  B — n. 

Pascali,  Vite  de'  Pittort  modemi.  —  Orlandi,  Abbece- 
dario. —  l.anzi,  Storia  Pittorica.  —  Baldinucci,  Notizie. 
—  Ticozzi,  Dlzionario. 

LAURI  (Filippo),  peintre  de  l'école  romaine, 
frère  du  précédent,  né  à  Rome,  en  1623,  mort  en 
1694.  Il  eut  pour  premier  maître  son  frère 
Francesco  ;  mais  bientôt,  celui-ci  étant  mort,  il 
entra  dans  l'atelier  d'Angelo  Caroselli,  son  beau- 
frère,  qu'il  eut  bientôt  dépassé.  Suivant  son  in- 
clination naturelle,  il  peignait  presque  toujours 
des  figures  de  petite  proportion  et  des  tableaux 
de  cabinet  pleins  d'imagination  et  d'esprit,  à  la 
manière  des  Flamands.  Ses  rivaux  ayant  répandu 
le  bruit  qu'il  était  incapable  de  produire  de 
grandes  figures,  Filippo  peignit  pour  l'église  Délia 
Pace,  dans  la  chapelle  Mignanelli,  Adam  et  Eve 
de  proportion  colossale,  figures  qui  sous  plu- 
sieurs rapports  fuient  trouvées  excellentes.  Il 
peignit  aussi  à  fresque  dans  le  palais  Borghèse 
plusieurs  paysages,  dans  lesquels  il  semble  s'être 
proposé  d'imiter  la  manière  de  son  père.  Quel  que 
ait  été  le  succès  de  ces  diverses  tentatives,  Lauri 
dut  toujours  sa  plus  grande  renommée  à  ses 
petits  tableaux,  que  Raphaël  Mengs,  si  rarement 
prodigue  de  louanges,  ne  pouvait  se  lasser  d'ad- 
mirer. On  y  reconnaît  surtout  une  touche  légère 
et  spirituelle,  une  composition  originale  et  gra- 
cieuse, un  dessin  suffisant,  mais  un  coloris  assez 
médiocre,  excepté  dans  ses  paysages,  qui  ne 
I  manquent  pas  de  fraîcheur.  Lauri  a  souvent  fait 
les- figures  des  paysages  de  Claude  Lorrain.  Rien 
n'est  si  gracieux  que  ses  dessins  ;  il  y  en  a  à  la 
sanguine,  avec  des  hachures  croisées  en  tous 
sens  et  des  contours  peu  prononcés;  d'autres 
sont  peints  à  la  gouache,  avec  des  contours  ar- 
rêtés par  un  trait  de  plume. 

Parmi  les  ouvrages  de  Lauri  existant  à  Rome, 
nous  indiquerons  encore  Vénus  au  milieu  des 


939  -  LAURl  —  LAURICESQUE 

Saisons  du  palsis  Doria,  et  une  autre  Vénus  au  i  ses  expériences. 


940 


palais  Âlfieri.  On  voit  de  lui  au  musée  de  La 
Haye  un  Paysage  avec  tigures  ;  à  Vienne,  une 
Fuite  en  Egypte;  au  Louvre,  Saint  François 
en  extase  et  Un  Sacrifice  au  dieu  Pan. 

Lauri  avait  une  instruction  remarquable,  un 
caractère  enjoué,   une   conversation  pleine   de 
saillies.  11  était,  depuis  1662,  membre  de  l'Aca-  i 
demie  de  Saint-Luc,  et  fut  accompagné  par  ses  i 
confrères  à  sa  dernière  demeure,   l'église  de  i 
S.-Lorenzo  in  Lucina.  E.  B — n. 

Oriandi,  Abbecedario.  —  Winckelmann ,  Neues  Mak- 
lerlexikon.  —  \.im\.  Storia  Pittorica.—  O'ArgenviUe, 
A'éte  des  Peintres  Italiens.  —  Ticozzi,  Dizionario.  — 
Villot,  Mtisée  du  Louvre,—  Pistolesi,  Uescrizione  di 
Homa. 

LAVKIA.  {François-Laurent  Bra.ncate  de  ), 
théologien  italien  ,  naquit  à  Lauria ,  ville  du 
royaume  de  Naples,  en  1611,  et  mourut  à  Rome, 
le  30  novembre  1693.  Il  se  fit  cordelier,  et  par- 
vint au  cardinalat  en  1687,  sous  le  pontificat 
d'Innocent  XI.  Ses  principaux  ouvrages  sont  : 
Des  Commentaires  sur  les  quatre  livres  des 
Sentences  deScot,  8  vol.  in-fol.; —  Devota  tau- 
dis ad  sancttssimam  Trinitatem  Oratio; 
Rome,  1595,  in-12;  — De  Praedestinatione  et 
Reprobatione,  imprimé  à  Rome,  in-4'',  1688,  et 
à  Rouen,  en  1705.  L'auteur  y  défendait,  contre 
les  molinistes  et  les  jansénistes,  la  doctrine  de 
saint  Augustin  sur  la  grâce.        F.-X.  T. 

Péreonès,  Biographie  Chrétienne  et  Antichrétienne. 
—  Joannes  a  Sancto-Antonio  ,  Bibliotheca  Franciscana. 

l  LAUKiAiVO  (  Augustin- Tribonius  ),  histo- 
rien roumain ,  né  vers  1 8 1 5,  en  Transylvanie. 
Après  avoir  terminé  son  éducation  à  Vienne,  il 
vint  enseigner  la  philosophie  au  collège  de  Saint- 
Sava,  à  Bucharest;  au  mois  de  mars  1848,  il 
passa  en  Transylvanie,  el  se  mêla  au  mouvement 
politique  de  cette  province.  En  1851,  le  prince 
Grégoire  Ghika  le  nomma  inspecteur  des  écoles 
moldaves.  Les  principaux  écrits  de  M.  Lauriano 
sont:  Tentaniencriticum  in Linguam  Romani- 
cam  ;  Vienne,  1 840  ;  —  Magazinu  historien  pen- 
ira  Dacia  (  Le  Magasin  historique  de  la  Dacie  )  ; 
Bucharest,  1844-1847,  4  vol.  in-8°,  recueil  pé- 
riodique consacré  aux  annales  et  à  l'archéologie 
des  pays  roumains ,  et  rédigé  en  société  avec 
M.  Nicolas  Balcesco  ;  —  Coup  d'œil  sur  l'his- 
toire des  Roumains  des  deux  Dacies  ;  \hid., 
1846,  écrit  simultanément  en  français,  en  rou- 
main, en  latin  et  en  allemand;  —  Istoria  Ro- 
manitor  (Histoire  des  Roumains,  en  trois  livres); 
Jassi,  1843.  K. 

Dict.  univ.  des  Contemp.,  18SS. 

LACRiCESQVE  (  Antoine,  sieur  de  Laga.- 
rouste)  (1),  mécanicien  français,  né  à  Saint- 
Céré,  près  de  Figeac,  en  1644,  mort  en  1710. 
Passionné  pour  l'étude  de  la  physique  et  des 
mathématiques,  il  entreprit  de  fabriquer  lui- 
même  les  instruments  dont  il  avait  besoin  pour 

(1)  On  trouve  égalemeot  le  nom  écrit  Laurissergues  ; 
mais  dans  le  patois  du  pays  on  prononce  Lauricesque  ou 

Ijaurissesqites, 


C'est  ainsi  qu'il  exéeuta  un 
miroir  ardent,  qui  lui  coûta  plusieurs  années 
de  travail.  Forcé  de  le  rompre  et  de  le  re- 
fondre plus  d'une  fois  pour  emporter  les  taches 
causées  par  l'alliage  de  divers  métaux  qui 
en  composaient  la  matière,  il  ne  se  rebuta  point, 
et  il  le  rendit  enfin  tel  qu'on  le  voit  à  l'Ob- 
servatoire à  Paris.  Le  roi  Louis  XIV  désira 
l'avoir.  Louvois  écrivit  une  lettre  flatteuse  à 
ce  sujet  au  sieur  de  La  Garouste ,  et  donna 
ordre  à  l'intendant  de  Limoges  de  le  faire 
transporter  à  Paris.  A  cet  effet,  Lauricesque 
inventa  un  chariot  inversable  au  moyen  du- 
quel le  miroir  arriva  à  destination.  L'Académie 
des  Sciences,  chargée  de  l'examiner,  en  rendit  un 
compte  très-favorable,  et  Cassini  informa  les 
savants  étrangers  <i  que  la  France  possédait  le 
plus  beau  miroir  qu'il  y  eût  au  monde  ».  Obstiné 
à  vivre  en  province,  Lauricesque  faisait  de  fré- 
quents voyages  à  Paris,  et  toujours  avec  quelque 
nouvelle  machine  de  son  invention ,  qu'il  sou- 
mettait au  jugement  de  l'Académie  des  Sciences. 
Parmi  ces  inventions ,  on  remarquait  deux  le- 
viers, dont  l'un,  qui  porte  le  nom  de  l'inventeur, 
destiné  à  enlever  les  poids  les  plus  lourds  et 
l'autre  à  les  traîner;  un  moulin  a  scie,  un 
moulin  à  bras,  propre  pour  les  places  de  guerre, 
dont  la  pièce  principale  était  un  levier  au  moyen 
duquel  deux  hommes  faisaient  mouvoir  quatre 
meules  ,  ensemble  ou  séparément ,  selon  le  be- 
soin, un  bateau  à  vingt-quatre  rames,  pré- 
senté au  roi  à  Versailles  (  l'expérience  eut  lieu 
sur  la  pièce  d'eau  des  Suisses  (1)  ),  et  que  quatre 
hommes,  par  le  moyen  d'une  machine  qu'il  avait 
inventée,  faisaient  mouvoir  avec  autant  et  plus 
de  force  que  s'il  y  avait  quatre  hommes  à  cha- 
que rame;  enfin,  il  inventa  une  machine  beaucoup 
plus  aisée  que  celles  qui  étaient  connues  pour  ôter 
les  sables,  décombrer  les  ports  de  mer  et  les 
entretenir  en  bon  état  (2).  Le  ministre  de  la  ma- 
rine, M.  de  Pont-Chartrain,  voulut  qu'on  s'en  ser- 
vît pour  curer  le  port  de  Toulon  en  1703  et  que. 
l'opération  se  fît  sous  les  yeux  du  sieur  de  Lau- 
ricesque. Elle  réussit  au  delà  de  son  espérance; 
mais  l'état  de  sa  santé  le  força  d'abandonner 
l'ouvrage  avant  qu'il  fût  fini.  Outre  ces  machines, 
il  en  avait  fait  une  uniquement  pour  son  plaisir  ; 
il  l'appelait  Pandolyre  :  c'était  une  espèce  de 
Parnasse  sur  lequel  paraissaient  les  Muses  et 
Apollon.  Il  y  avait  cinquante  figures  de  nym- 
pheSjdont  trois  jouaient  de  la  flûte  et  deux  de 
là  harpe;  au-dessus  de  ce  Parnasse  étaient  pla- 
cés trois  claviers  d'orgues  avec  des  soufflets. 
Lorsque  Lauricesque,  caché  dans  la  machine,  tou- 
chait ces  claviers,  toutes  ces  tigures  se  mettaient 
en  mouvement  ;  Apollon  et  les  Muses  chantaient, 
et  les  Nymphes  jouaient  de  leurs  instruments. 
Cette  machine  fit  longtemps  l'admiration  de  la 
province,  et  fut  regardée  avec  raison  comme  un 


(1)  Gazette  de  France  du  16  février  1697,  page  84. 

(2)  Cette  macbine  fut  appelée  la  Marie-Salope, 


941  LAURICESQUE 

ciict'-d'œuvre  de  mécanique.  Le  Quercy  s'en 
•glorifia  longtemps  ;  elle  n'a  été  effacée  que  par 
les  fameu\  automates  de  Vaucanson,  qui  sans 
clavier  et  par  le  seul  jeu  de  la  machine  font 
sortir  les  sons  des  instruments  mêmes  et  exé- 
cutent les  symphonies  dans  la  dernière  préci- 
sion (1). 

Document»  inédits. 

LACRiDSËN  {Niels  ),  érudit  danois ,  mort  en 
1579.  Fils  d'un  évêque  d'Aalborg,  il  embrassa 
la  carrière  ecclésiastique,  et  professa  les  belles- 
lettres  à  Copenhague.  On  a  de  lui  des  poésies 
latines  et  grecques,  telles  que  ;  Calechesis 
christiana,  carminé  elegiaco  ;  Wittemberg, 
1574,  in-8°;  —  Evangelia  Dominicalia  latino 
et  grscco  carminé  donata  ;  ibid.,  in-8°  ;  —  His- 
toria  Nativitatis  J.-C;  ibid.,  1574,  in  4= ,  en 
vers  grecs;  —  Cantica  Maria},  Zachariae  et 
Simecnis;  ibid.,  1575,  in-4°,  en  vers  grecs. 

Son  frère, Lauridsen  {H ans),  plus  connu  sous 
ie  nom  à'Amerinus,  et  mort  en  1605,  pratiqua 
la  médecine  et  composa  aussi  des  poésies  latines. 
11  a  laissé  :  Carmina  varh  generis,  pars  prima  ; 
Wittemberg,  1576,  in-S";—  Ripensium  Epis- 
coporum  Séries  et  vitee  telrastichis  compre- 
hensm  ;  Copenhague,  1 591 ,  in-4''  ;  —  Carmen  de 
Coronatione  et  laude  Christiani  IV;  ibid., 
1593,  in-4°.  K. 

MoUer,  Cimbria  Litt.,  I.  —  Nyerup  et  Kraft,  Almind. 
Litteraturlexicon,  339  et  13. 

LACRiÈRE  (  Eusèbe-Jacob  de  ) ,  célèbre 
jurisconsulte  français,  né  à  Paris,  le  31  juillet 
1659,  mort  le  19  janvier  1728.  Son  père,  natif  de 
Loudun,  était  venu  très-jeune  à  Paris,  y  avait 
appris  l'art  de  la  chirurgie  et  était  devenu  chirur- 
gien du  duc  de  Longueville.  Laurière  fit  ses 
études  au  collège  Louis-le-Grand,  et  il  s'y  dis- 
tingua par  une  telle  application,  qu'il  reçut  de 
son  père  à  l'âge  de  quatorze  ans  l'autorisation 
de  disposer  en  pleine  liberté  d'une  rente  qui  ve- 
nait de  lui  être  léguée;  il  l'employa  à  jeter  les 
fondements  de  sa  bibliothèque ,  qu'il  ne  cessa 
pas  depuis  d'augmenter  (2).  Après  avoir  étudié 
la  jurisprudence,  il  se  fit  recevoir  avocat  en 
1679;  mais,  au  lieu  de  chercher  à  se  procurer 
des  clients,  il  s'enferma  dans  son  cabinet,  et  re- 
commença ses  études  sur  une  plus  large  base. 
Voulant  connaître  à  fond  la  législation  de  la 
France ,  il  résolut  d'en  analyser  d'abord  avec 
soin  les  diverses  sources,  entreprise  féconde  en 
résultats,  qui  n'avait  pas  encore  été  tentée  jus- 
qu'alors. Le  droit  romain,  le  droit  canonique  et 
les  lois  barbares  devinrent  successivement  l'objet 
de  ses  recherches  ;  il  prit  ensuite  ime  connais- 

(1)  Quelques  historiens  racontent  qn'Mbert  le  Grand 
avait  déjà,!  vers  1230,  exécuté  une  tête  d'homme  de  }a 
bouche  duquel  sortaient  des  sons  articulés. 

(2)  Bien  des  années  après,  son  régent,  l'abbé  de  VU- 
liers,  rappelait  que  dès  sa  première  jeunesse  Laurière 
s'était  toujours  montré  grave,  silencieux  et  recueilli  en 
iui-roèmc,  et  que,  ne  redoutant  aucune  difficulté,  il  ap- 
profondissait tout  ce  qui  était  l'objet  de  ses  études. 
Autant  qu'il  le  pouvait,  il  remontait  dès  lors  aux  pre- 
miers principes  et  épuisait  les  matières. 


—  LAURIÈRE  942 

sance  étendue  du  droit  anglais,  dans  lequel  il 
prétendait  avec  raison  retrouver  des  principes 
très-semblables  à  ceux  qui   avaient   régi  nos 
coutumes   du  moyen  âge.    Ensuite  il  compulsa 
avec  une  patience  extrême  tous  les  documents, 
soit  imprimés,  soit  inédits,  qu'il  put  se  procurer 
touchant  les  diverses  lois  et  usages  qui  avaient 
eu  cours  en  France  depuis  la  chute  de  l'empire 
romain.  En  s'aidant  ainsi  des  historiens  et  des 
chartes ,  il  parvint  à  découvrir  dans  leur  pu- 
reté primitive  les  principes  générateurs  de  la 
plupart  de  nos  lois ,  ce  qui  lui  permit  de  rec- 
titier  plusieurs  conclusions  qui  en  avaient  été 
tirées  à  tort,  et  que    la  routine  avait   consa- 
crées (1).  Il  se  délassait  de  ses  vastes  travaux 
tantôt  en  faisant  des  recherches  critiques  sur  le 
texte  de  l'Écriture,  tantôt  en  recueillant   des 
anecdotes  curieuses  ou  des  faits  singuliers.  Très^ 
lié  avec  Baluze,  La  Monnoye  et  autres  savants 
de  mérite ,  il  se  réunissait  à  eux  presque  tous 
les  dimanches    pour  traiter  librement  des  su- 
jets les  plus  intéressants  de  la  littérature.  Il  as- 
sistait aussi  régulièrement  aux  conférences  qui 
se  tenaient  chez  le  chancelier  d'Aguesseau,  qui 
avait  conçu  pour  Laurière  la  plus  grande  estime. 
On  a  de  lui  :  De  VOrigine  du  Droit  d'Amor- 
tissement; Paris,  1692,  in-12;  —  Textes  des 
Coutumes  de  la  prévôté  et  vicomte  de  Paris  ; 
Paris,   1698,   in-8°  ;  une  nouvelle  édition,  aug- 
mentée, de  ce  livre,  qui  contient  en  appendice 
les  Anciennes  Constitutions  du  CMtelet,  parut 
à  Paris,  1777,  3  vol.  in-12  ;  —  Sur  te  Tènement 
de  cinq  ans;  Paris,  1698, in-12:  dans  ses  Addi- 
tions aux  Commentaires  de  Pineau  sur  la 
Coutume  d'Anjou,  Pocquet  de  la  Livonnière  a 
essayé  de  réfuter  les  principales  idées  émises 
par  Laurière  dans  l'ouvrage  précité  ;  —  Biblio- 
thèque des  Coutumes;  Paris,   1699,    in-4°: 
en  tête  de  ce  Uvre,  auquel  collaborèrent  Ber- 
royer  et  Loger,  amis  intimes  de  Laurière,  se 
trouve  une  dissertation  intitulée  :  Conjectures 
sur   l'Origine  du  Droit  français;   suit  une 
Liste  de  toutes  les  Coutumes  et  de  tous  les 
Commentateurs ,    à    laquelle    succèdent   les 
Textes  de  l'ancienne  et  de  la  nouvelle  Coutume 
du  Bourbonnais, avec  des  apostilles  de  Du  Moulin 
et  son  commentaire.  Viennent  enfin  quatre  con- 
sultations de  ce  célèbre  jurisconsulte,  dont  trois 
étaient   inédites  ;  —   Instilutes    coutumières 

(1)  Ses  idées,  aussi  justes  que  neuves,  sur  la  véritable 
méthode  de  l'étude  des  lois,  sont  exposées  avec  netteté 
dans  le  privilège  qui  précède  son  ouvrage  sur  L'Origine 
du  Droit  d'Amortissement  :  «  Noslre  bien  amé  E.  de 
Laurière,  y  est-il  dit,  nous  a  tait  remontrer  que  l'étude 
particulière  qu'il  (ait  depuis  longtemps  de  notre  juris- 
prudence françolse  lui  ayant  fait  voir  qu'il  est  difficile 
d'y  faire  de  gr-ands  progrès  sans  remonter  jusqu'à  la 
source,  il  a  toujours  tdohé  de  Vétudier  historiquement. 
Cette  méthode  l'a  convaincu  non-seulement  qu'il  y 
avoit  plus  de  découvertes  à  faire  dans  le  droit  françois 
et  pour  le  moins  d'aussi  belles  que  dans  le  droit  romain, 
dont  pourtant  tout  le  monde  est  si  fort  prévenu  ,  mais 
aussi  que  la  plupart  des  fautes  qu'ont  faites  ceux  qui 
l'ont  manié  jusque  ici  viennent  de  ce  qu'ils  n'en  ont  pas 
assez  connu  l'origine.  » 


943 


d'Antoine  Loysel,  ou  manuel  de  plusieurs  et 
diverses  règles,  sentences  et  proverbes  du 
droit  coutumier  et  plus  ordinaire  de  la 
France,  avec  notes  ;  Paris,  1710,  2  vol.  m-12  ; 
ibid.,  1758  et  1774;  une  quatrième  édition,  aug- 
mentée d'après  les  manuscrits  de  Laurière, 
parut  en  1783;  une  cinquième,  de  beaucoup  su- 
périeure aux  précédentes,  a  été  donnée  par 
MM.  Dupin  et  Labioulaye,  Paris,  1846,  2  vol. 
in- 12  :  ce  livre,  auquel  Laurière  travailla  pen- 
dant près  de  vingt  ans,  est  un  de  ses  meilleurs 
ouvrages  ;  il  n'intéresse  pas  seulement  le  juriscon- 
sulte de  profession,  mais  quiconque  aime  à  con- 
naître les  institutions  civiles  de  nos  aïeux  en 
trouvera  l'histoire  la  plus  exacte  ainsi  que  la 
plus  attachante  dans  le  travail  de  Laurière;  — 
Traité  des  Institutions  et  des  Substitutions 
contractuelles;  Paris,  1715,  in- 12.  Laurière 
a  aussi  publié  en  commun  avec  Berroyer  Les 
Traités  de  M.  du  Plessis  sur  la  Coutume 
de  Paris,  avec  notes;  Paris,  1702,  in-fol.;  une 
seconde  édition,  faite  sur  un  manuscrit  plus 
complet  et  meilleur,  parut  quelque  temps  après  ; 
trois  autres  fureut  données  en  1709,  en  1726  et 
en  1754.  Laurière  à  encore  édité,  en  l'anno- 
tant et  en  l'enrichissant  d'un  grand  nombre 
d'articles  omis,  Le  Glossaire  du  Droit  fran- 
çais, de  Ragueau  (  voy.  ce  nom  );  Paris,  1704, 
in-4°.  Enfin,  nous  devons  à  Laurière  la  publi- 
cation du  premier  et  d'une  partie  du  second  vo- 
lume du  Recueil  chronologique  des  Ordon- 
nances des  rois  de  France  de  la  troisième 
race  connu  sous  le  nom  à' Ordonnances  du 
Louvre.  Louis  XTV,  ayant  reconnu  combien  les 
anciennes  collections  d'ordonnances  étaient  fau- 
tive? et  incomplètes,  avait  résolu  d'en  faire  faire 
une  nouvelle,  et  avait  chargé  de  ce  travail  Lau- 
rière ,  Berroyer  et  Loger.  Après  d'immenses 
recherches  dans  les  archives  publiques  et  pri- 
vées ,  les  trois  associés  publièrent  en  1 706,  à 
Paris,  une  Table  chronologique  des  Ordon- 
nances depuis  Hugues  Capet  jusqu'en  1400, 
in-4°  ;  ils  continuèrent  ensuite  à  rassembler  des 
matériaux  pour  l'œuvre  qui  leur  avait  été  con- 
fiée. Mais  en  1709  leur  travail  se  trouva  tout  à 
coup  interrompu  par  les  malheurs  du  temps  ;  il 
ne  fut  repris  qu'en  1715,  mais  par  Laurière  tout 
seul,  qui  fit  paraître  en  1723  (Paris,  in-fol.)  le 
premier  volume  du  Recueil  mentionné  plus  haut. 
Ce  volume  contient  les  ordonnances  émises  par 
les  rois  capétiens  depuis  Hugues  Capet  jusqu'à 
Philippe  de  Valois  exclusivement;  Laurière  y 
a  joint  des  notes  très-étendues ,  où  il  montre 
la  profonde  connaissance  qu'il  avait  de  nos  an- 
tiquités juridiques  ;  il  à  fait  précéder  chaque  or- 
donnance d'un  sommaire  qui  en  fait  connaître 
le  contenu  d'une  manière  très-complète.  Il  a  mis 
en  tête  une  préface,  où  il  a  traité  d'une  manière 
supérieure  de  plusieurs  points  intéressants  du 
droit  français  au  moyen  âge.  Laurière  était  oc- 
cupé à  surveiller  l'impression  du  volume  sui- 
vant, lorsqu'il  mourut.  L'œuvre  qu'il  venait  de 


LAURIÈRE  —  LAURISTON  9-14 

commencer  fut  successivement  continuée  par  Se- 
cousse, Villevault,  Brequigny,  Pastoiet,  Par- 
dessus (wî/.  ces  noms).  Dans  l'édition  des  Poé- 
5tesde Villon  donnée  àParisen  1723setrouvenî 
quelques  notes  dues  à  Laurière.  E.  G. 


Secousse,  Eloge  de  Laurière  (  en  tète  du  second  vo- 
lume des  Ordonnajwes  du  Louvre)  et  dans  le  tome  I^''  do 
l'édition  di;  1846  deà  Institutes  coutumieres  de  Loysel}. 

LAVRILLARD  (  Charles- Léopold  ),  natura- 
liste français,  né  à  Montbéliard,  le  21  janvier  1783, 
mort  à  Paris,  le  27  janvier  1853.  Il  travaillait 
comme  peintre  dans  l'atelier  de  Regnault ,  lors- 
que G.  Cuvier,  son  compatriote,  lui  confia  l'exé- 
cution de  ses  dessins  anatomiques.  Il  s'initia 
plus  tard  lui-même,  sous  la  direction  de  ce  grand 
maître,  à  l'histoire  naturelle ,  et  particulièrement 
à  l'anatomie  comparée.  Il  a  enrichi  le  Muséum 
d'un  grand  nombre  de  préparations  anatomiques 
et  d'ossements  fossiles  ,  parmi  lesquels  on  re- 
marque le  squelette  d'un  mastodonte  ;  il  était 
occupé  au  classement  de  ces  travaux  quand  la 
mort  le  surprit.  Laurillard  a  publié  un  Eloge  de 
Cuvier,  discours  couronné  par  l'Académie  des 
Lettres,  Sciences  et  Arts  de  Besançon  ;  Paris, 
1844,  in-8°;  — Les  Mammifères  et  les  Races 
hwnaines ;  Paris,  1849,  in-S",  avec  121  planches; 
cet  ouvrage,  pour  lequel  MM.  Milne-Edwards  et 
Roulin  furent  ses  collaborateurs,  fait  partie  de  la 
nouvelle  édition  du  Règne  animal  de  G.  Cuvier. 
Laurillard  a  donné  aussi  dans  le  Dictionnaire 
universel  d'Histoire  naturelle  de  d'Orbigny 
les  articles  Antilopes ,  Ossements  fossiles,  etc. 

G.  i)E  F. 

Revue  et  Magasin  de  Zoologie,  année  1853,  n.  2.  — 
Discours  de  M.  Gratiolet  aux  funérailles  de  Lauril- 
lard, 1853. 

LAVRiSTON  (Jacques-François  Law  de)., 
comte  de  Tancarville,  connu  d'abord  sous  le 
nom  de  chevalier  Law,  général  français,  né 
le  20  janvier  1724,  mort  vers  1785.  Il  descendait 
d'une  ancienne  et  illustre  famille  d'Ecosse,  à  la- 
quelle appartenait  le  fameux  contrôleur  général 
des  finances  Law.  Les  services  que  le  chevalier 
Law  rendit  à  la  Compagnie  des  Indes  le  firent 
nommer  colonel  en  1765  ,  et  l'année  suivante  il 
fut  créé  major  général  et  commandant  des  trou- 
pes du  roi  dans  l'Inde.  Il  devint  brigadier  d'in- 
fanterie le  16  avril  1767,  et  maréchal  de  camp  le 
1"  mars  1780.  J.  V. 

La  Chesnaye  des  Bois ,  Dict.  de  la  Noblesse.  —  Law, 
barons  de  Luuriston  en  Ecosse  et  en  France  ;  1858,  in -8°. 

LAURISTON  (  Jacques-Alexandre-Bernard 
Law  ,  marquis  de  ),  maréchal  de  France ,  fils  du 
précédent ,  né  à  Pondichéry,  le  l*'  février  1768, 
mort  à  Paris,  le  1 1  juin  1828.  Amené  en  France, 
le  jeune  Lauriston  fit  ses  études  au  collège  des 
Grassins,  et  passa  le  1*"^  septembre  1784  à  l'École 
Militaire,  où  il  se  lia  avec  Bonaparte.  En  1785 
Lauriston  quitta  l'École  Militaire  avec  le  grade  de 
lieutenant  en  second.  Capitaine  en  second  en 
août  1791,  il  n'émigra  pas,  et  devint  aide  de  camp 
du  général  Beauvoir  en  1792,  fit  les  campagnes 


945 


LAURISTON 


946 


de  1792  et  de  l'an  ii  à  l'an  iv  aux  armées  du 
nord,  de  la  Moselle  et  de  Sambre  et  Meuse.  Mis  à 
l'ordre  du  jour  de  l'armée  au  siège  de  Maestricht, 
il  se  distingua  au  siège  de  Yalencieanes ,  et  fut 
nommé  en  l'an  m  chef  (ie  brigade  dans  l'artillerie 
à  cheval.  Le  16  germinal  an  iv  (5  avril  1796  ),  il 
donna  sa  démission ,  et  quitta  l'armée  ;  mais  Bo- 
naparte, devenu  premier  consul,  s'empressa  de  le 
rappeler  au  service  (1800),  et  le  prit  pourundeses 
aides  de  camp.  Lauriston  suivit  le  premier  consul 
enltalie,et  se  trouvait  à  Marengo.  Il  reçut  l'ordre 
de  licencier  et  de  réorganiser  le  1*''  régiment 
d'artillerie,  dont  il  garda  le  commandement.  Il 
prit  ensuite  la  direction  de  l'école  d'artillerie  de 
LaFère.  En  1801  il  remplit  une  mission  diplo- 
matique en  Danemark ,  et  seconda  les  efforts  des 
habitants  de  Copenhague  contre  les  Anglais,  qui 
menaçaient  cette  ville.  Chargé  de  porter  à  Lon- 
dres la  ratification  du  traité  de  paix  conclu  à 
Amiens  (1802.),  il  y  fut  l'objet  d'une  ovation  popu- 
laire. Le  peuple  de  Londres  coupa  les  traits  des 
chevaux  de  la  voiture  de  l'envoyé  français  et  la 
foule  le  traîna  jusqu'à  son  hôtel.  Revenu  en 
France,  Lauriston  fut  nommé  général  de  brigade, 
et  envoyé  en  Italie  au  dépôt  d'artillerie  de  Plai- 
sance. Au  mois  de  brumaire  an  xm,  il  prit  le  com- 
mandement des  ti'oupes  destinées  à  une  expédi- 
tion contre  Batavia,  sous  les  ordres  de  l'amiral 
Villeneuve.  Élevé  au  grade  de  général  de  division 
en  pluviôse  de  la  même  année  (février  1805),  Lau- 
riston appareilla  avec  l'escadre  le  9  germinal,  et 
arriva  à  la  Martiniquéau  commencement  de  prai- 
rial. Il  débuta  par  la  prise  du  fort  Diamant.  Dix 
jours  après,  la  flotte  remit  à  la  voile  pour  l'Eu- 
rope, eut  une  affaire  au  cap  Ortégal ,  se  présenta 
devant  Cadix,  et  éprouva  une  défaite  complète  à 
Trafalgar,  le  21  octobre  1805.  Lauriston  s'était 
fait  débarquer,  et  revint  à  Paiis.  Il  fit  la  cam- 
pagne de  1805  en  Autriche,  et  reçut  le  gou- 
vernement de  Braunau.  En  mai  1806,  il  pré- 
sida, en  exécution  du  traité  de  Presbourg,  à  la 
remise  des  magasins  et  des  arsenaux  de  Ve- 
nise. L'année  suivante  ,  Napoléon  ,  usant  de  re- 
présailles contre  les  Russes,  qui  s'étaient  emparés 
des  bouches  du  Cattaro ,  donna  l'ordre  à  Lauris- 
ton d'occuper  la  république  de  Raguse.  Lauriston 
entra  dans  la  ville  de  Raguse;  mais  bientôt  il  y 
fut  enfermé  avec  1,500  hommes,  et  s'y  défendit 
contre  1 5,000  Russes  ou  Monténégrins,  secondés 
par  une  flotte  de  six  vaisseaux  ,  dix  frégates  ou 
bricks  et  trente  chaloupes  canonnières ,  com- 
mandée par  l'amiral  Seniavin.  Les  Turcs,  alliés 
de  la  France ,  ayant  surpris  un  détachement 
russe,  coupaient  les  têtes  des  prisonniers  ;  Lau- 
riston envoya  un  aide  de  camp  et  paya  de  ses 
deniers  la  rançon  des  Russes,  qu'il  laissa  fibres 
sur  parole.  Le  19  décembre  1807  il  fut  nommé 
gouverneur  général  de  Venise.  A  son  arrivée 
dans  cette  ville  ,  il  fit  élever  un  tombeau  à  son 
grand-oncle,  le  célèbre  financier  Law.  En  1808, 
Lauriston  suivit  Napoléon  à  la  conférence  d'Er- 
furth,   fut  créé  comte  de  l'empire,  et  suivit 


l'empereur  à  Madrid.  Il  se  distingua  à  l'attaque 
des  faubourgs  de  cette  ville  ,  suivit  ensuite  en 
Italie  le  prince  Eugène,  qu'il  accompagna  en  Hon- 
grie en  1809.  Le  14  juin  il  prit  part  à  la  bataille 
de  Raab.  Il  fit  ensuite  le  siège  de  cette  ville ,  et 
y  entra  le  24.  A  Wagram  il  commandait  l'artil- 
lerie de  la  garde.  Dans  cette  dernière  affaire,  la 
gauche  de  l'armée  française  se  trouva  débordée. 
Lauriston,  à  la  tête  d'une  batterie  de  cent  pièces 
de  canon,  marcha  au  trot  à  l'ennemi ,  sans  s'in- 
quiéter du  feu  qui  décimait  ses  troupes,  et,  s'ar- 
rêtant  à  demi-portée,  foudroya  les  batteries  au- 
trichiennes par  un  feu  supérieur.  Pour  cette 
belle  action ,  l'empereur  lui  donna  le  grand 
cordon  de  l'ordre  de  la  Couronne  de  Fer.  Après 
la  paix,  Lauriston  se  rendit  à  Vienne,  quitta 
pendant  quelque  temps  cette  ville  pour  rem- 
pfir  une  mission  en  Hoflanfle,  et  se  trouvait  de 
nouveau  à  Vienne  quand  le  prince  de  Neuchàlel  y 
arriva,  avec  le  titre  d'ambassadeur,  pour  épouser 
au  nom  de  l'empereur  l'archiduchesse  Marie- 
Louise.  Lauriston  rempfit  auprès  de  cette  prin- 
cesse les  fonctions  de  colonel  général  de  la  garde 
impériale ,  et  l'accompagna  en  France.  Napoléon 
le  chargea  encore  d'aller  chercher  à  Harlem  et  de 
ramener  en  France  les  enfants  du  roi  Louis-Na- 
poléon, qui  venait  d'abdiquer  la  couronne  de  Hol- 
lande. Le  5  février  181 1  Lauriston  fut  nommé  am- 
bassadeur en  Russie.  Il  devait  demander  à  l'em- 
pereur Alexandre  ("■l'occupation  des  ports  de  Riga 
et  de  Revel  par  les  troupes  françaises  et  l'exclusion 
des  vaisseaux  anglais  de  la  Baltique.  11  ne  réussit 
pas  dans  sa  mission,  et  quitta  Saint-Pétersbourg 
en  1812.  Après  la  prise  de  Moscou,  Lauriston 
fut  chargé  de  conclure  un  armistice  avec  Kutu- 
sof.  Il  commanda  l'arrière-garde  dans  la  retraite. 
Arrivé  à  Magdebourg,  il  y  organisa  le  cinquième 
corps  de  la  grande  armée,  à  la  tête  duquel  il  com- 
battit à  Lutzen,  à  Bantzen  et  à  Wurtschen.  11 
emporta  le  village  de  Weissig ,  culbuta  le  corps 
d'York,  et  le  rejeta  de  l'autre  côté  de  la  Sprée. 
Ayant  réuni  le  onzième  corps  à  celui  qu'il  com- 
mandait déjà,  Lauriston  battit  les  Prussiens  en 
plusieurs  rencontres.  Quand  le  pont  de  Leipzig 
sauta,  par  la  précipitation  maladroite  de  ceux  qui 
le  gardaient,Lau  riston  se  trouvait  encore  de  l'autre 
côté  de  l'Elster  ;  Le  Moniteur  annonça  sa  mort  : 
il  n'était  que  prisonnier,  et  fut  conduit  à  Berlin. 
Rentré  en  France  à  la  suite  de  la  paix  de  1814, 
Lauriston  fut  nommé  capitaine  de  la  compa- 
gnie des  mousquetaires  gris  par  Louis  XVIII. 
Au  retour  de  Napoléon  ,  Lauriston  accompagna 
le  roi  jusqu'à  Béfhune,  revint  à  Paris,  et  se  retira 
dans  sa  terre  de  Richecourt,  près  de  La  Fère.  A 
la  seconde  restauration,  Lauriston  se  rendit  au- 
devant  de  Louis  XVIII  à  Cambrai.  Envoyé  à 
Laon  pour  présider  le  collège  électoral  de  l'Aisne, 
il  fut  créé  pair  de  France  le  1 7  aoiit,  et  reçut 
le  commandement  de  la  première  division  d'in- 
fanterie de  la  garde  royale.  En  1816  il  présida 
les  conseils  de  guerre  formés  pour  juger  l'amiral 
Linois,  le  baron  Boyer  de  Peyreleau  et  le  général 


947  LAURISTON  —  LAUS 

Delaborde  (vôy.  c«s  noras),  accusés  de  trahison  : 
Linois  fut  acquitté ,  Boyer  condamné  à  mort 
(  peine  qui  fut  commuée  ),  et  Delaborde  fut  rais 
liors  de  cause.  En  1817  le  générai  Lauriston 
reçut  de  Louis  XVIII  le  titre  de  marquis.  En  1 820 
il  eut  le  commandement  supérieur  des  douzième 
et  trezième  divisions  militaires,  et  présida  le 
collège  électoral  de  la  Loire-Inférieure.  Le  l*""  no- 
vembre 1821  il  entra  dans  le  cabinet  présidé  par 
le  duc  de  Richelieu  comme  ministre  de  la  maison 
du  roi,  position  qu'il  garda  sous  Villèle.  Le  6  juin 
1823  il  fut  élevé  à  la  dignité  de  maréchal  de 
France,  et  reçut  le  commandement  en  chef  du 
deuxième  corps  de  réserve  des  Pyrénées.  En- 
tré en  Espagne,  il  assiégea,  et  prit  Pampelune. 
Le  4  août  1824,  le  duc  de  Doudeauville  le  rem- 
plaça au  ministère.  Lauriston  fut  alors  nommé 
grand-veneur  et  ministre  d'État.  Il  vivait  éloigné 
des  affaires  lorsqu'il  fut  atteint,  lelO  juin  1828, 
d'une  attaque  d'apoplexie,  qui  l'enleva  le  lende- 
main. L.  L — T. 


948 


Précis  de  la  Fie  militaire  du  maréchal  Lauriston, 
extrait  un  tome  I^'  de  la  Galerie  Historique  et  Critique 
du  dix-nerwiéme  siècle.  —  Thiers,  Hist.  du  Consulat  et 
de  l'Empire.  —  M^rmont,  Mémoires.  —  Comte  Napoléon 
de  Lauriston,  Observations  sur  les  Mémoires  du  duc  de 
Saguse  et  une  uote  daus  le  Moniteur  du  6  juillet  1857. 
—  De  Courcelles,  ûict.  biogr.  des  Généraux  français.  — 
C  Mullié,  Biogr.  des  Célébrités  des  armées  de  terre  et 
de  mer.  —  Lardier,  Hist.  biogr.  de  la  Chambre  des  Pairs. 
l  LAURISTON  (  Auguste-Jean-Alexandre 
Law,  marquis  de),  général  et  homme  politique 
français,  né  à  La  Fère,  le  10  octobre  1790.  Fils 
aîné  du  maréchal  de  Lauriston,  il  embrassa  la 
carrière  militaire,  devint  maréchal  de  camp  et 
gentilhomme  ordinaire  de  la  chambre  du  roi 
Charles  X.  En  1828  il  succéda  à  la  pairie  de 
son  père.  Après  la  révolution  de  juillet  1830,  il 
prêta  serment  à  la  nouvelle  dynastie,  et  siégea 
parmi  les  membres  conservateurs.  Il  fut  mis  à  la 
retraite  le  24  janvier  1838.  A  la  fin  de  1848,  il  de- 
vint colonel  delà  10*  légion  de  la  garde  nationale 
de  Paris,  et  fut  élu  représentante  l'Assemblée  lé- 
gislative par  le  département  de  l'Aisne  en  mai  1 849. 
Arrêté  au  2  décembre  1851,  il  recouvra  la  liberté, 
le  16  du  même  mois,  et  rentra  dans  la  vie  privée. 
Son  frère,  le  comte  Napoléon  Law  de  Laurk- 
TON  ,  a  publié  des  Observations  sur  les  Mé- 
moires du  duc  de  Raguse;  Paris,  1857,  in-8°.  Il 
y  défend  la  mémoire  du  maréchal  de  Lauriston, 
que  Marmont  appelle  plusieurs  fois  «  homme 
médiocre,  très-médiocre  ».  J.  V. 

Biogr.  des  750  Représ,  à  l'Ass.  législative. 

iLAuao  {Jean- Baptiste) ,  poète  latin  mo- 
derne, né  à  Pérouse,  le  28  août  1381,  mort  à 
Rome,  le  20  septembre  1629.  Après  avoir  fait 
ses  études  au  séminaire  de  Pérouse,  où  il  pro- 
fessa quelque  temps  la  philosophie,  il  entra  dans 
les  ordres,  se  rendit  à  Rome,  et  .s'attacha  au  car- 
dinal Marcel  Lauti.  Ses  ouvrages  le  firent  avan- 
tageusement connaître  à  la  cour  pontificale, 
et  le  pape  Urbain  VIII,  qui  aimait  les  lettres,  l'ad- 
mit au  nombre  de  ses  camériers>  secrets.  Lauro, 
nommé  successivement  secrétaire  perpétuel  du 


sacré  Consistoire,  archiviste  du  sacré  Collège  des 
cardinaux,  secrétaire  de  la  chambre  apostolique 
et  protonotaire  apostolique,  pouvait  espérer  les 
plus  hautes  dignités  ecclésiastiques,  lorsque  la 
mort  l'arrêta  au  milieu  de  sa  carrière.  On  a  de 
lui  :  Poemata;  Pérouse,  1606,  in-12;  —  Ëpis- 
tolarum  Centuria;  Pérouse,  1618,  in-8°;  — 
Epistolarum  Centurise  Duœ;  Rome,  1621, 
in-8°;  Cologne,  1624,  in-8o.  On  lit  en  tête  de 
cette  édition  une  ode  de  Lauro  à  Urbain  VIII; 
et  on  trouve  mêlées  aux  lettres  diverses  pièces, 
entre  autres,  une  Viede  sainte  Romaine,  vierge 
et  martyre,  en  latin ,  et  des  additions  aux  Se- 
lectse  Ghristiani  orbis  Deliciae  de  Fr.  Sweert; 

—  Theatrl  Romani  Orchestra;  Dlalogus  de 
viris  sui   sévi  doctrina    illustribus ;  Rome, 

1618,  in-8°  ;  —  In  nuptias  Marci  Antomi 
Burghesiiet  Camillse  Ursinas  Sylva  ;\\terbe, 

1619,  in-4°  ;  —  De  annulo  pronubo  deiparse 
Virginis  Persusiae  asservaio  Commentarius  ; 
Rome,  1622,  !n-8'\  Z. 

Jacobilli,  Bibliotheca  Umbriae,  p.  163.  —  Oidolni  Jthe- 
nseum  augustum,  p.  170.  —  Nicéron,  ^lémoires  pour 
servira  l'histoire  des  Hommes  illustres,  t.  XXX VII. 

LAdRON  [Jean),  physicien  et  archéologue 
français  du  seizième  siècle,  natif  de  Chàleauroux. 
Il  fut  simple  procureur,  avocat,  bailli  de  Saint- 
Gildas  et  procureur  fiscal  au  siège  de  sa  ville 
natale.  On  a  de  lui  :  V Aménographie,  ou  des- 
cription des  vents,  avec  la  cause,  source,  na- 
ture et  propriété  d'iceulx;  Paris,  1586,  in-8o; 

—  Le  Testament  et  dernières  Volontés  de  feu 
monsieur  d'Autmont,  comte  de  Chasteau- 
roux  ;  avec  les  Soupirs  de  Jean  Lauron  sur 
les  Misères  de  ce  temps  ;  Bourges,  1596,  in-8"; 

—  Les  deux  premières  parties  de  Chas/eau- 
roux,  anciennement  dict  Déolz,  où  il  est  dis-  ' 
couru  au  poème  épique  de  V antiquité,  pro- 
grès et  estendue  de  ceste  terre  ;  Paris,  1613, 
in- 12.  Ce  sont  les  deux  premiers  chants  d'un 
poëme  qui  devait  en  avoir  cinq  et  qui  paraît  n'a- 
voir jamais  été  terminé.  H.  B. 

La  Croix  du  Maine  et  du  Verdier,  Biblioth. franc.  — 
Catherinot,  Opuscules. 

LAPS  DU  PERRET  (C.-fl.  ),  homme  poli- 
tique français,  né  en  1747,  guillotiné  à  Paris, 
le  31  octobre  1793.  Quoique  riche  propriétaire, 
il  prit  rang  parmi  les  propagateurs  des  idées  ré- 
volutionnaires, et  fut  député  des  Bouches-du- 
Rhône  à  l'Assemblée  législative,  puis  à  la  Con- 
vention, oîi  il  vota  la  détention  de  Louis  XVI  et 
son  bannissement  à  la  paix.  Il  fut  un  des  mem- 
bres qui  se  déclarèrent  le  plus  ouvertement 
contre  les  montagnards.  On  le  vit,  le  10  avril 
1793,  mettre  l'épée  à  la  main  pour  résister  à  la 
masse  des  jacobins  qui  voulaient  le  faire  con- 
duire à  l'Abbaye  sans  entendre  sa  défense.  Im- 
pliqué dans  l'assassinat  de  Marat  (voy.  ce  nom  ) 
pour  avoir  le  premier  reçu  Charlotte  Corday  à 
son  arrivée  à  Paris  et  l'avoir  conduite  au  minis- 
tère de  l'intérieur,  il  repoussa  facilement  cette 
accusation  ;  mais  il  fut  convaincu  d'être  l'un  des 
rédacteurs  de  la  protestation  du  6  juin.  Le  tribiii 


949  LAITS  — 

nal  révolutionnaire  le  condamna  à  mort,  et  l'arrêt 
fut  exécuté  le  même  jour.  Plus  tard  sa  mémoire 
fut  réhabilitée  et  une  pension  fut  accordée  à  ses 
enfants.  H.  L. 

Moniteur  universel,  an  l=r(i79S),  n°»  B8,  158,  173,  202; 
an  n.  d<"  277,  43,  57.  71;  an  m,  n"  33;  an  v,  p.  173.  — 
Petite  Biographie  Conventionnelle  (  1815).  —  Biographie 
7noderne  (1815). 

LAUSCS  ou  LACSON  (  AaOffuç  OU  Aaucrtov), 
chambellan  (TipaiTtôuixo;  toO  xoiTtôvo;  )  sous  Ar- 
cadius  et  Théodose  II,  vivait  au  commencement 
du  cinquième  siècle  après  J.-C.  Il  n'est  connu 
que  par  la  dédicace  d'une  compilation  de  Palla- 
dius  désignée  sous  le  titre  d^ Histoire  Lausiaque, 
et  par  son  palais,  qui  contenait  quelques-uns  des 
chefs-d'œuvre  de  la  statuaire  antique.  Le  palais, 
avec  la  plupart  de  ses  trésors  artistiques,  fut  dé- 
truit par  un  incendie  sous  Basiliscus,  en  476.  Y. 
Cedrénus,  C  hron.  —  Winckelmann,  histoire  de  l'Art, 
t.  II,  p.  511  de  la  trad.  française, 

LAUTENS.  Voy.  LAtJTTE. 

LACTERBACH  (Wol/gang-Adam),  juriscon- 
sulte allemand,  né  à  Schleitz,  le  12  décembre 
1618,  mort  le  18  août  1678.  Il  fut  professeur  à 
l'université  de  Tubingue,  publia  entre  autres  : 
Compendium  Juris;  Tubingue,  1679,  1686  et 
l694,in-8°;  Lemgo,  1717  :  manuel  des  Pa/idec^e$ 
d'un  usage  très-répandu  en  Allemagne  aux  dix- 
septième  et  dix-huitième  siècles;  —  Collegium 
theoretico-practiciim  ad  quinqïiaginia  Pan- 
dectarum  Hbros  methodo  synthe.tica  per- 
tractatum  ■ylnhxn^xxQ,  1690-1714,4  vol.in-4°  : 
cet  ouvrage,  publié  d'après  les  manuscrits  de 
Lauterbach  par  son  fils,  fut  imprimé  de  nouveau 
en  1726,  en  1744,  en  1763  et  en  1784;  —  Con- 
silia  maxime  civilia  et  criminalia,  insérés 
dans  la  Nova  Collectio  Consiliorum  juridi- 
corumTubingensium;FTaindoTt,  1731,  9  vol., 
in-fol.  Lauterbach  a  publié  cent  onze  disserta- 
tions sur  diverses  matières  de  droit;  elles  furent 
recueillies  en  4  volumes  in-4°,  qui  parurent  à 
Tubingue,  en  1728.  E.  G. 

Hesseuthaler,  Effigies  1/iuterbach.iana;  Stultgarà,  1681, 
in-fol.  —  Jagler,  Beytràge  zur  juristichen  Biographie, 
X.  111,  p.  83. 

LAUTERBACH  {Samuel- Frédéric),  historien 
polonais,  né  à  Fraustadt,  le  20  octobre  1662, 
mort  le  4  juin  1728.  Il  fut  pasteur  de  sa  ville 
natale,  et  devint  en  1727  surintendant  des 
églises  protestantes  de  la  Grande- Pologne.  On  a 
de  lui  :  Bas  Leben  des  Valerii  Herbergeri 
(  Vie  de  Valerius  Herbergerus  )  ;  Leipzig,  1708, 
iii'-8°  ;  —  Kleine  Fraustadtische  Pestchronica 
(  Récit  abrégé  des  ravages  exercés  par  la  peste 
à  Fraustadt  );  Leipzig,  1710,  in.-8°;  —  Fraus- 
tàdtisches  Zion; Leipzig,  1711,  in-S"",  ouvrage 
qui  contient  l'histoire  de  Fraustadt  de  1500  à 
1700;  —  Der  ehmalige  polnische  arianische 
Socinianismus  (L'ancien  Socinianisme  arien 
de  Pologne  )  ;  Francfort  et  Leipzig,  1 725,  in-8°  ; 
—  Polnische  Chronik  von  Lecko  bis  auf  Au- 
gustum  II  (Chronique  de  Pologne  depuis Lecho 
jusqu'à  Auguste  II)  ;  ibid.,  1727,  iii-4''.  E.  G. 
Zedler,  Vmversal-Lexikon. 


LAUTARO 


950 


LAUTARO,  chef  araucanien,  tué  en  1557 
Il  était  fils  d'un  Indien  promauque  nommé  Pil- 
lan,  qui  servait  comme  auxiliaire  dans  l'armée 
espagnole;  lui-même  était  page  de  Vadelantado 
Pedro  de  Valdivia,  alors  que  ce  général  luttait 
contre  le  toqui  Caupolican.  Le  2  décembre  1553, 
après  un   terrible  combat  livré  sur  les  ruines 
du  fort  Tucapel,  Valdivia  battait  en  retraite  de- 
vant les  Araucaniens,  et  s'empressait  de  rega- 
gner un  défilé  éloigné  de  près  de  deux  lieues  du 
champ  de  bataille,  lorsque  Lautaro,   devinant 
son  intention,  déserta,  avertit  le  toqui  du  dessein 
du  chef  espagnol,  et  l'engagea  à  prévenir  sa  ma- 
nœuvre. Caupolican  confia  aussitôt  à  Lautaro  un 
certain  nombre  de  guerriers  d'élite  qui  prirent 
les  devants,  tandis  que  le  gros  de  l'armée  arau- 
canienne  pressait  les  fuyards.  La  victoire  fut 
telle  que  de  cinq  mille  Indiens  promauques  qui 
combattaient  pour  les  Castillans,  trois  seulement 
s'échappèrent  et  que  sur   deux  cents  cavaliers 
espagnols,  Valdivia  et  un  prêtre  restèrent  seuls 
vivants  aux  mains  de  leurs  ennemis.   Le  prêtre 
fut  mangé  immédiatement.  Valdivia  implora  la 
pitié  des  vainqueurs ,  et  Lautaro  intercéda  pour 
son  ancien  maître.  Caupolican  hésitait,  quand  un 
vieillard,  qui  avait  perdu  son  fils  dans  le  com- 
bat, asséna  un  coup  de  massue  sur  la  tête  du  pri- 
sonnier. Valdivia  tomba;  ses  chairs  servirent  à 
un  affreux  repas,  et  de  ses  os  les  Araucans  firent 
des  flûtes  et  des  trompettes  (  voy.  Valdivu  ). 
Lautaro  fut  appelé  à  partager  le  commandement 
avec  Caupolican  et  chargé  de  la  défense  des 
frontières  ;  il  se  porta  sur  les  rives  du  Bio-Bio, 
et  ne  tarda  pas  à  être  attaqué  par  don  Francisco 
de  Villagran.  Le  23  avril  15.54  il  mit  en  déroute 
l'armée  de   ce  capitaine,  qui  perdit  trois  mille 
hommes,  son  artillerie  et  reçut  une  grave  bles- 
sure. Poursuivant  sa  victoire,  Lautaro  incendia 
La  Conception;  ruina  les  plantations  espagnoles, 
puis  regagna  ses  montagnes.  Villagran,  nommé 
corrégidorde  l'audience  royale  du  Pérou,  fit  re- 
bâtir La  Conception;  mais  le  jeune  cacique  sur- 
prit encore  cette  ville,  et  fit  un  grand  carnage  de 
ses  habitants.  Le  corrégidor  lui-même  ne  fut  pas 
plus  heureux  ;  battu  une  première  fois ,  il  se  re- 
plia sur  Santiago,  où  il  éprouva    une  seconde 
défaite.  Mais,  épuisé  par  ses  victoires,  Lautaro 
dut  retourner  vers  le  sud  et  repasser  le  Bio-Bio. 
Villagran  reprit  l'offensive  ,  et  attaqua  le  camp 
de  son  ennemi.  «  L'intrépide  Lautaro,  qui  sur- 
veillait tout  par  lui-même,  dit  Molina ,  s'étant 
montré   sur  les   retranchements ,  fut  tué  d'un 
coup  de  flèche.  Sa  mort  jeta  une  si  grande  cons- 
ternation parmi  les  siens  que  Villagran  en  profita 
pour  pénétrer  dans  le   camp.  Les  Indiens  au- 
raient pu  se  sauver  ;  ils  ne  le  voulurent  pas,  et  se  . 
firent  tous  tuer  sur  le  corps  de  leur  général.  » 

A.  DE  L. 

\.  Herrera  y  Tordesillas,  Historia  gênerai  de  los 
Castellanos  en  las  islas  y  tierra  firme  del  mar  Oceano  ; 
Madrid,  1601,  4  vol.  in-fol.  déc.  VII  et  VIII.  —  Molina, 
itoria  del  Chili,  lib.  I-III.  —  AU.  ErcUla,  La  Aramana, 


951 


LAUTARO  —  LAUTREC 


952 


—  Ovalle,  liv.  V.  —  Garcilasso  de  la  Vega,  itistoria  de 
Peru,  Uv.  VU.  —  J.  Qulroga,  cap.  LXXIII.  —  Raynal, 
Histoire  philosophigite  des  deux  Indks,  t.  VU,  p.  87. 

LAUTH  (  Ernest- Alexandre  ),  anatomiste 
français,  né  à  Strasbourg,  le  14  mai  1803,  mort 
dans  la  même  ville,  en  1 837 .  Il  étudia  la  médecine, 
et  se  fit  d'abord  remarquer  par  sa  thèse  inaugurale 
sur  la  Structure  et  les  usages  des  Vaisseaux 
Lymphatiques  ;  1824.  Il  entreprit  plusieurs  voya- 
ges scientifiques  en  Allemagne ,  en  Angleterre,  en 
Suisse,  et  devint  professeur  de  physiologie  à  la 
faculté  de  Strasbourg;  mais  à  peine  eut-il  fait 
quelques  leçons,  qu'il  fut  atteint  d'une  extinc- 
tion de  voix  complète,  symptôme  de  la  phthisie 
qui  l'enleva  à  l'âge  de  trente- quatre  ans.  Outre 
sa  thèse ,  on  a  de  lui  :  Mémoires  sur  les  Vais- 
seaux Lymphatiques  des  Oiseaux,  inséré  dans 
les  Annales  des  Sciences  Natur.,  t.  III,  avec 
5  planches;  le  premier  il  y  donne  une  descrip- 
tion détaillée  et  complète  de  ces  vaisseaux  ;  — 
Description  des  Matrices  biloculaires  (  Ré- 
pertoire d'Anatomie  et  de  Physiologie ,  t.  V, 
avec  3  pi.  );  —  Manuel  de  V Anatomiste  ; 
Strasbourg,  1829,  in-S"  ;  2*  édit.,  1835,  avec 
7  pi.;  il  en  a  paru  aussi  une  édition  allemande  à 
Stuttgard,  1835-36,  2  vol.  in-S»,  avec  11  pi.;  — 
Mémoire  sur  divers  points  d'Anatomie  {Mé- 
moires de  la  Soc.  d'Hist.  IVatur.  de  Strasbourg, 
t.  I,  1830,  avec  une  pi.  );  —  Recherches  d'A- 
natomie fine,  consignées  dans  la  dissertation  de 
Verrentrapp  intitulée:  Observationes  anatomicas 
de  parte  cephalica  nervi  sympathici  ;  Franc- 
fort, 1831  ;  —  Mémoire  sur  le  Testicule  humain; 
1832,  in-4°  :  Lauth  reçut  de  l'Institut  de  France 
un  prix  de  physiologie  expérimentale  pour  un 
mémoire  sur  ce  sujet ,  qui  est  inséré  dans  les 
Mémoires  de  la  Société  d'Histoire  Naturelle 
de  Strasbourg,  1832,  avec  3  pi.; —  Anatomie 
de  la  distribution  des  Artères  de  Vhomme , 
notice  insérée  dans  le  même  recueil ,  avec  une 
pi.,  même  année  ;  —  Variété  de  la  distribu- 
tion des  Muscles  chez  l'Homme;  —  Du  Mé- 
canisme par  lequel  les  matières  alimentaires 
parcourent  le  trajet  de  la  bouche  à  l'anus  ; 
Strasbourg,  1833,  in-4'' ;  —  Remarques  sur 
la  Structure  du  Tympan  et  de  la  Trachée  ar- 
tère ;  Strasbourg  ,  1833  ,  in-4'>,  avec  pi.;  — 
Exposition  et  Application  des  sources  des 
Connaissances  physiologiques  ;  Strasbourg , 
1836,  in-4°.  Enfin,  Lauth  a  inséré  grand  nombre 
d'articles  dans  le  Répertoire  d'Anatomie  de 
Branchet,  dans  les  Archives  Médicales  de  Stras- 
bourg, dans  le  Bulletin  universel  de  Férussac, 
dans  les  Archives  générales  de  Médecine,  etc. 
Quand  la  mort  est  venue  le  frapper,  il  travaillait 
à  réunir  les  matériaux  d'un  Traité  complet  de 
Physiologie. 

Son  frère,  Gustave  Lauth,  né  à  Strasbourg, 
le  9  mai  1793,  mort  le  13  avil  1817,  prosecteurà 
la  faculté  de  médecine  de  Strasbourg ,  a  publié  : 
Précis  d'un  Voyage  botanique  fait  en  Suisse; 
Strasbourg,  1812,  in-8°;  —  Spicilegium   de 


Vena  cave  superiore;  ibid.,  1815,  in-4''  (thèse 
pour  le  doctorat).  G.  de  F. 

Documents  'particuliers. 

LACTOUR  DU  CHATEL  (  Louls),  littérateur 
français,  né  à  Argentan,  en  janvier  1676,  et  mort 
dans  la  même  ville,  en  1758.  Il  était  l'un  des  col- 
laborateurs du  Dictionnaire  de  Trévoux,  et 
fournit  1,300  articles  à  l'édition  de  1721  et  2,800 
à  celle  de  1743.  Suivant  M.  Quérard,  Lautour 
aida  le  P.  Lelong  dans  sa  Bibliothèque  Histo- 
rique. Il  avait  laissé  de  nombreux  manuscrits 
sur  la  philologie  et  la  lexicologie  -.  ils  furent  dis- 
persés après  sa  mort. 

Son  neveu  (  Pierre- Jacques  )  était  lieutenant 
des  eaux  et  forêts  à  Rouen  de  1758  à  1793.  On 
ade  lui  :  Récréations  littéraires ,  oupenséessur 
différents  sujets  d'histoire,  de  morale  et  de 
critique,  avec  un  Essai  sur  la  Trahison  ;  Ams- 
terdam et  Paris,  1769,  in-12.        L— z— e. 

Latour  du  Chatel  {Pierre-Jacques  ),  yie  de  M.  Lautowr 
du  Chatel,  etc.;  Rouen,  1758,  in-l2.  —  Quérard,  La 
France  Littéraire. 

LAUTREC  (  Odet  DE  Foix,  seigneur  de),  l'un 
des  plus  vaillants  capitaines  du  seizième  siècle, 
mort  devant  Naples,  le  16  août  1528.  Il  accom- 
pagna Louis  XII  dans  son  expédition  en  Italie 
(1511),  et  la  même  année  (  29  octobre  )  fut  nommé 
gardien  du  concile  de  Pise,  qui  s'ouvrit  sous  la 
présidence  du  cardinal  de  Sainte- Croix.  Les  pré- 
liminaires de  paix  n'ayant  pas  abouti,  Lautrec 
reprit  un  commandement  actif,  et  «  montra ,  dit 
Brantôme ,  qu'il  estoit  excellent  pour  combattre 
en  guerre  et  frapper  comme  sourd  ».  A  la  journée 
de  Ravenne  (11  avril  1512),  il  fut  laissé  pour 
mort  sur  le  champ  de  bataille.  En  1515  Fran- 
çois I"^,  dès  son  avènement,  le  fit  gouverneur  de 
Guyenne,  et  l'emmena  de  nouveau  en  Italie. 
Lautrec  se  distingua  dans  les  terribles  luttes  de 
Marignan  (13  et  14  septembre),  et  contribua  puis- 
samment à  la  conquête  du  Milanais.  Lorsque  le 
connétable  Charles  de  Bourbon  demanda  son 
rappel,  François  I'^''  nomma  Lautrec  son  lieute- 
nant général  en  Italie  (août  1516).  "  L'État  de 
Milanez,  écrit  encore  Brantôme,  nous  étoit  très- 
paisible  et  assuré,  sans  l'avarice  et  la  grande  in- 
justice qu'on  y  commit.  Le  peuple  se  révolta,  et, 
comme  enragé,  fit  au  pis,  et  perdîmes  tout.  Lautrec 
étoit  homme  trop  sévère  et  mal  propre  pour  un 
tel  gouvernement;  d'être  hardi,  brave  et  vaillant, 
étoit-il,  mais  pour  gouverner  un  État,  il  n'y  étoit 
pas  bon.  Madame  Chateaubriand,  sœur  de  M.  de 
Lautrec,  très-belle  et  honnête  dame,  que  le  roi 
aimoit,  et  dont  il  faisoit  le  mari  cocu,  en  rabattoit 
tous  les  coups  et  le  remettoit  toujours  en 
grâce  (1);  trop  hautain  pour  recevoir  des  con- 
seils, il  n'en  faisoit  jamais  qu'à  sa  tête,  aimant 
mieux  faillir  de  par  soi  que  d'être  enseigné  par 
les  autres.  Il  eut  bientôt  mécontenté  la  cour 
de  Rome  :  il  traitoit  militairement  toutes  les  af- 
faires ecclésiastiques.  »  Néanmoins,  son  activité 

(1)  Brantôme,  t.  II,  p.  128. 


953 


LAUTREC  — 


et  son  intelligence  le  soutenaient  dans  les  épreuves 
les  plus  difficiles.  Il  sut  demeurer  neutre  entre 
les  -vieilJes  factions  guelfe  et  gibeline.  Avec  des 
soldats  mercenaires  et  mal  payés,  il  reprit  Brescia 
et  Vérone,  força  en  1521  les  Impériaux  à  lever 
le  siège  de  Parme;  et  lorsque  Léon  X  se  fut  dé- 
claré contre  la  France,  il  tint  encore  le  lieutenant 
de  ce  pape,  Prospero  Colonna,  un  mois  en  échec 
entre  le  Pô  et  l'Oglio.  Plusieurs  tacticiens  repro- 
chent à  Lautrec  d'avoir  laissé  en  cette  occasion 
son  armée  se  fondre  par  la  désertion  plutôt  que 
de  risquer  une  bataille.  Il  dut,  sans  coup  férir, 
évacuer  Milan  et  chercher  un  refuge  dans  l'État 
vénitien.  Il  rentra  en  campagne  le  1'^''  mars  1522  ; 
mais  après  plusieurs  échecs,  il  fut  complète- 
ment défait  à  la  bataille  de  la  Bicoque  (  29  avril 
1522).  Lautrec,  revenu  en  France,  fut  fort  mal 
reçu  du  roi,  auprès  duquel  Louise  de  Savoie 
faisait  tous  ses  efforts  pour  perdre  le  frère  de 
la  favorite.  Du  reste,  les  intrigues  de  la  cour  l'oc- 
cupèrent jusqu'à  ce  que  François  1"  le  chargea 
de  mettre  les  frontières  de  Guienne  à  l'abri  des 
invasions  des  Espagnols.  U  n'eut  que  le  temps 
de  s'enfermer  dans  la  ville  de  Bayonne ,  contre 
laquelle  les  efforts  des  ennemis  vinrent  échouer 
(6  septembre  1523).  Deux  ans  après,  il  repassa 
en  Italie ,  et  combattit  à  Pavie  aux  côtés  du  roi. 
En  1527,  il  fut  encore  chargé,  sur  larecomman- 
dationdu  roi  d'Angleterre,  de  commander  l'armée 
destinée  à  soustraire  l'Italie  au  joug  de  Charles 
Quint.  Alexandrie  capitula  ;  Pavie  fut  prise  d'as- 
saut et  cruellement  traitée  en  punition  de  la  dé- 
faite naguère  essuyée  sous  ses  murs.  Les  ordres 
précis  de  François  ï"  et  de  Henri  VIII  empê- 
chèrent ensuite  Lautrec  de  suivre  le  plan  qu'il 
s'était  fait,  et  il  marcha  sur  Naples  après  de  fu- 
nestes délais  nécessités  par  la  pénurie  d'argent 
où  le  roi  laissait  son  armée.  Arrivé  devant  cette 
capitale,  le  1='  mai  1528,  il  résolut  de  la  réduire 
par  le  blocus,  au  lieu  d'en  press-er  le  siège  avec 
vignenr.  Mais  pendant  ce  temps  une  fièvre  con- 
tagieuse vint  ravager  son  camp  et  lui  enlever  la 
majeure  partie  de  ses  troupes.  Malade  lui-même, 
il  se  faisait  porter  de  poste  en  poste,  et  opposait 
un  courage  inébranlable  au  mal  comme  à  l'en- 
nemi. Seul,  il  maintenait  encore  la  confiance  des 
soldats;  mais  il  mourut  dans  la  nuit  du  15  au 
16  août.  En  1556,  le  duc  de  Serra,  neveu  de 
GonzalVe  de  Cordoue ,  lui  fit  élever  un  tombeau 
magnifique  à  Naples,  dans  l'église  Sainte-Marie- 
la-Nuova.  A.  de  L. 

Martin  du  Bellay,  Mém.,  l.  XVII,  ll¥.  I,  p.  42-ss,  72.  — 
Bibbiena  ,  IMtere  di  Principi,  t.  1,  p.  37-59.  —  Fleu- 
ranges,  l\Iém.,  p.  192.  —  Mézerai,  Abrégé  chronologique 
de  V Histoire  de  France,  t.  V,  p.  199-400.  —  SismoiiJi, 
Histoire  des  Français,  t.  XIV,  p.  13-313. 

LAïTTTE  OU  LAUTENS  (fean),  héraldiste 
belge,  né  à  Gand,  étranglé  et  brûlé  dans  la  même 
ville,  en  1569  (1),  pour  s'être  déclaré  en  faveur  de 

(1)  Sander,  Sweert,  Valère  André  et  Foppens  en  font  un 
conseiller  maître  extraordinaire  à  la  ehambre  des 
comptes  de  Lille,  où  il  raourut,le  2  août  1603.  Nous  avons 
suivi  la  version  de  Brandt  et  de  Paquût. 


LAUWERMAN  954 

la  religion  réformée.  Il  n'est  connu  que' par  son 
supplice  et  les  deux  ouvrages  suivants  :  Le  Jar- 
din d'Armoiries,  contenant  les  armes  de  plu- 
sieurs nobles  royaumes  et  maisons  de  Ger- 
manie inférieure  :  œuvre  autant  nouveau 
que  profitable  à  tous  amateurs  du  noble  exer- 
cice d'armes  ;  Gand,  1567,  in-ie.  Chaque-  page 
de  cet  ouvrage,  et  il  y  en  a  366 ,  contient  trois 
écus  d'armes  gravés  sur  bois  avec  les  noms 
d'autant  de  familles  et  une  courte  explication  de 
chaque écu.  En  tête  est  un  Avertissement  fran- 
çais-flamand, d-até  du  10  juillet  1567;  —  Mé- 
moires de  messire  Olivier  de  La  Marche,  avec 
annotations  et  corrections  ;  Gand,  1567,  in-4'' , 
Bruxelles,  1616,  in-4°;  Louvain,  1645,  in-4°. 

L — z — E. 

Sweert,  Bibliotheca  Belgica  ,  p.  442.  —  Valère  André, 
Bibliotheca  Belgica,  p.  823.  —  Foppens,  Bibliotheca 
Belgiea,  p.  521.  —  Gérard  Brandt,  P^erhael  de  Refor- 
matie,  p.  641.  —  Paquot,  Mém,  pour  servir  à  l'hist.  litt, 
des  Pays-Bas,  t.  V,  p.  179-181.  —  Sander,  De  Gandavens., 
p.  73. 

LAUVERGNE  (M^e  de),  femme  poète  fran- 
çaise, vivait  dans  la  seconde  moitié  du  dix-sep- 
tième siècle.  On  a  sous  ce  nom  un  Recueil  de 
Poésies,  Paris,  1680,  in-12,  qui  se  compose  d'é- 
légies, d'un  poëme  d'Adonis ,  de  madrigaux  et 
de  portraits  en  prose.  L'épître  dédicatoire,  signée 
Leroux,  est  adressée  à  la  marquise  de  Neuville. 
Le  nom  de  l'auteur  ne  se  retrouve  dans  aucune 
biographie  ;  cependant  ses  vers  sont  supérieurs 
àceuxdeCoras,deLeLaboureuretded'Assoucy  : 
il  y  a  du  sens,  de  la  correction  et  du  goût.  «  La 
première  pièce,  intitulée  Caprice  d'un  Malade, 
est  un  modèle  de  style  et  de  bonne  plaisan- 
terie. >)  K. 

Viollet-Leduc,  Bibl.  Poétique. 

LAUWERMAîv  (Corneille)  ou  Laurimanus, 
poète  latin  hollandais,  né  à  Utrecht,  vers  1520, 
mort  dans  la  même  ville,  en  avril  1573.  11  fit  ses 
études  dans  sa  ville  natale,  au  collège  de  Saint- 
Jérôme,  sous  Georges  Macropedius  (  Langfiiss  ), 
qu'il  remplaça  comme  recteur,  en  1554.  Lauwer- 
man.  avait  professé  avec  succès  la  rhétorique 
et  les  belles-lettres.  On  a  de  lui  :  nationale 
divinorum  O/ficiorum ,  Joanne  Beletho,  theo- 
logo  Parisiense,  authore,  etc.;  Anvers,  1559, 
in-l6,  et  1562,  in-24  ;  à  la  suite  du  Eaiional 
de  Durand;  Lyon,  1612,  in-8°;  —  Exodus,  sive 
transitus  maris  Rubri,  comédie  sacrée,  suivie 
de  Esthera  regina;  Louvain,  1562,  in-l2  ;  — 
Miles christianus  ,  GouiéAm  sacrée,  précédée 
d'une  Explication  et  suivie  d'un  Avertisse- 
m-ent;  Anvers,  14  novembre  1565,  in-12;  — 
Odœ  Annales,  juventuti  scholas  Ultrajectinse 
modulandx,  imprimées  en  feuilles  volantes  ;  — 
Thamar,  comédie  sacrée;  —  Tobias ,  id.;  — 
Nabath,  tragi-comédie  sacrée;  —  des  Poésies 
et  des  Êpigrammes,  restées  manuscrites.  Jean 
Douza  avait  dédié  à  Lauwermann  ses  Épodes 
n°' 231,  233,  235.  A.  L. 

C.   Lauwerraan  lui-même,  dans  sa  Préface  sur  Jean 
Beletli.  —  Sweert,  Bibliotheca  Belgica,  p.  191.  —  Valère 


955 


André,  Bibl.  Belgica,  p.  187.  —  Burmano ,  Trajectum 
Erud.,  p.  173,175.  —  Paqool,  iMém.  pour  servir  à  l'hist. 
lilt.  des  Pai/s-lias,  t.    V,  p.  368-370. 

LAUWERS  (Nicolas),  gravem-  flamand, 
né  à  Leuse,  en  1620,  mort  vers  16fi0.  On  a  de 
lai  plusieurs  estampes  d'après  divers  maîtres, 
entre  autres  :  une  Adoration  des  Rois,  d'après 
Rubens;  —  Jésus-Christ  devant  Pilote,  d'a- 
près le  même;  aux  épreuves  postérieures,  on 
a  substitué  au  nom  de  Lauwers  celui  de  Bol- 
swert,  qui  pourait  avoir  eu  part  à  cette  gravure; 

—  une  Descente  de  Croix,  d'après  le  même.  — 

—  Le  Triomphe  de  la  Nouvelle  Loi ,  très- 
grande  planche,  d'après  le  même;  —  Le  Concert 
de  Sainte  Cécile,  d'après  Gérard  Seghers;  — 
Une  Assemblée  de  Joueurs,  d'après  le  même. 
Son  frère  Conrad ,  assez  bon  graveur,  a  pro- 
duit ,  entre  autres  :  Élie  auquel  un  ange  ap- 
porte la  subsistance  dans  le  désert,  grande 
planche ,  d'après  Rubens  ;  —  V Hospitalité  de 
Philémon  et  de  Baucis  envers  Jupiter  et 
Mercure,  d'après  Jacques  Jordaens;  —  Le 
Baptême  des  Nègres ,  grande  planche,. d'après 
Érasme  Quillinus.  G.  de  F. 

Gandellini,  Notizie  degli  Intagliatori.  —  Bazan,  Dtct: 
des  Graveurs. 

^ï.AïJZANNE  DE  VAUX-ROUSSEL  (Adol- 
phe-Théodore  de),  auteur  dramatique  français, 
né  à  Ycrneile,  près  Brie-Comte-Robert,  le  4  no- 
vembre 1805.  11  est  depuis  1833  un  des  four- 
nisseurs habituels  des  théâtres  de  vaudevillesv 
Parmi  les  pièces  qui  ont  eu  le  plus  de  succès,  on  re- 
marque :  un  Docteur  en  herbe; — Ce  que  Femme 
veut  ;  —  M.  et  Madame  Galochard  ;  —  Le  Sup' 
plicede  Tantale  ; — Prosper  et  Vincent  ;  —  Re- 
naudin  de  Caen  ;  —  V  Homme  blasé  ;  —  Heur 
et  Malheur; —  Les  Intimes;  —  Un  Père  de 
Famille;  —  Riche  d'Amour,  etc.  Ces  pièces, 
faites  en  collaboration  de  MM.  Jaime,  Duvert,  et 
de  quelques  autres,  ont  été  représentées  soit  au 
Vaudeville,  soit  aux  Variétés,  soit  au  Gymnase. 
M.  de  LauzanHe  est  aussi  l'auteur  d'une  parodie 
d'Hernani  de  M.  Victor  Hugo,  sous  le  titre 
ù'Harnali,  ou  la  contrainte  par  cor,  en  cinq 
tableaux  et  en  vers;  1838.  G.  i»e  F. 

Documents  particuliers. 

LACZUîr  (Antonin  Nompar  de  Caumont  , 
comte,  puis  duc  de  ),  courtisan  français,  favori  de 
Louis  XIV,  né  en  1633,  mort  le  19  novembre 
1723.  Il  fut  un  des  exemples  les  plus  curieux  de 
la  bonne  et  de  la  mauvaise  fortune  qui  peut  bal- 
lotter un  homme  de  cœur.  C'est  de  lui  que  La 
Bruyère  a  dit  :  «  Sa  vie  est  un  roman  :  non,  il 
lui  manque  le  vraisemblable.  Il  n'a  point  eu 
d'aventures,  il  a  eu  de  beaux  songes,  il  en  a  eu 
de  mauvais;  que  dis  je?  on  ne  rêve  point  comme 
il  a  vécu.  ))  Cadet  de  Gascogne,  il  vint  à  la  cour, 
sans  aucuns  biens,  sous  le  nom  de  marquis  rfe 
Puyguilhem.  Il  fut  accueilli  par  le  maréchal 
de  Gramont,  allié  à  sa  famille,  et  dont  le  fils  aîné, 
le  comte  de  Guiche,  alors  en  grande  faveur  au- 
près du  roi,  introduisit  le  marquis  de  Puyguilhem 
ehez  la  comtesse  de  Soissons,  nièce  de  Mazarin, 


LAUWERMAN  —  LAUZUN  956 

de  chez  laquelle  le  roi  ne  bougeait  pas.  Il  se  fit 
remarquer  de  Louis  XIV,  qui  le  traita  bientôt 
en  favori,  lui  donn»  son  r.égiment  de  dragons, 
puis  le  fit  maréchal  de  camp,  et  créa  pour  lui 
la  charge  de  colonei  général  des  dragons.  En 
1669,  le  duc  de  Mazarin  voulut  se  défaire  de  sa 
charge  de  grand  maître  de  l'artillerie:  Puyguil- 
hem en  eut  vent  des  premiers;  il  la  demanda  au 
roi,  qui  la  lui  promit,  mais  sous  le  seoret  pour 
quelques  jours.  Par  suite  de  son  indiscrétion , 
Louvois  le  sut,  et  supplia  le  roi  de  ne  pas  con- 
fier cette  charge  à  un  homme  dont  il  ne  pour- 
rait supporter  les  manières  hautaines  et  capri- 
cieuses. La  nomination  fut  donc  ajournée.  Puy- 
guilhem saisit  le  moment  d'un  tête  à  tête  avec 
le  roi,  et  le  somma  audacieusement  de  tenir  sa 
parole.  Le  roi  lui  répondit  qu'il  n'y  était  plus 
tenu  puisqu'il  ne  ta  lui  avait  donnée  que  sous 
le  secret,  et  qu'il  y  avait  manqué.  Là-dessus, 
Puyguilhem  tire  son  épée,  en  casse  la  lame  avec 
son  pied,  et  s'écrie  qu'il  ne  servira  de  sa  vie  un 
prince  qui  lui  manque  si  vilainement  de  parole. 
Le  roi ,  transporté  de  colère ,  ouvre  la  fenêtre, 
et  jette  sa  canne  dehors,  en  disant  qu'il  aurait 
trop  de  regret  d'avoir  frappé  un  gentilhomme. 
Le  lendemain,  Puyguilhem  fut  conduit  à  la  Bas- 
tille, d'où  il  sortit  presque  aussitôt  pour  recevoir 
la  charge  de  capitaine  des  gardes  du  corps  en 
compensation  de  l'artillerie ,  qui  fut  donnée  au 
comte  du  Lude. 

A  la  mort  de  son  père,  il  prit  le  nom  de  comte 
de  Lauznn.  Ce  fut  au  mois  de  décembre  1670 
qu'il  obtint  le  consentement  de  Louis  XIY  pour 
épouser  la  princesse  de  Montpensier  (voy.  ce 
nom)  ;  mais  il  fit  la  faute  de  différer  son  mariage 
de  quelques  jours,  pour  obtenir  qu'il  fût  célébré 
à  la  messe  du  roi;  ce  qui  donna  le  temps  aux 
princes  de  faire  des  représentations  au  roi ,  et 
le   mariage  fut   rompu.    Cette   même    année, 
Louis  XIV  avait  fait  avec  la  cour  un  voyage  en 
Flandre  pour  en  visiter  les  places  fortes ,  et  il 
avait  donné  à  Lauzun   le  commandement  du 
corps   d'armée  qui  l'accompagnait.  Cette  haute 
faveur  ne  fit  qu'indisposer  davantage  contre  lui 
le  ministre  Louvois,  qui  s'unit  à  M'"^  de  Mt»n- 
tespan  pour  le  perdre.  On  peut  voir  dans  Saint- 
Simon  par  quels  griefs  il  s'était  attiré  l'inimitié 
de  cette  dernière.  Le  ministre  et  la  favorite  tra- 
vaillèrent si  bien  à  sa  perte,  pendant  l'année 
1671  ,  qu'au  mois  de  novembre  il  fut  arrêté. 
Dans  sa  surprise,  il  voulut  savoir  pourquoi  :  il 
demanda  à  voir  le  roi  ou  Mme  de  Montespan,  ou 
du  moins  à  leur  écrire.   Ce  fut  en  vain ,  il  fut 
conduit  à  la  Bastille ,  et  de  là  à  Pignerol ,  où  il 
passa  dix  ans  dans  la  captivité.  Là  était  détenu 
depuis  sept  ans  le  surintendant  Fouquet  (voy. 
ce  nom).  Ils  trouvèrent  les  moyens  de  tromper 
la  surveillance  de  leurs  gardiens,  et  de  commu- 
niquer ensemble  par  un  trou  de  cheminée.  Mais 
Fouquet,  qui  avait  vu  les  débuts  modestes  du 
jeune  cadet  de  Gascogne  à  la  cour,  ne  put  ajou- 
ter foi  aux  récits  de  la  haute  fortune  qu'il  y 


957 


LAUZUN 


958 


avait  faite,  et  il  le  crut  fon,  à  la  lettre,  lorsqu'il 
l'entendait  se  vanter  d'avoir  pu  épouser  lVI"e  de 
Montpensier.  11  fallut,  pour  vaincre  son  incré- 
dulité, le  témoignage  de  là  femme  de  Fouquet, 
qui  quelque  temps  après  obtint  la  permission 
de  le  visiter  dans  sa  prison.  Cependant  M"''  de 
Montpensier,  inconsolable  de   la   captivité    de 
Lauzun ,  faisait  toutes  les  démarches  possibles 
pour  le  délivrer.  Le  roi  résolut  de  faire  tourner 
ce  désir  au  profit  du  duc  du  Maine ,  et  il  lui  fit 
offrir  la  liberté  de  celui  qu'elle  aimait ,  à  la  con- 
dition d'assurer  après  elle,  au  duc  du  Maine  et 
à  sa  postérité,  le  comté  d'Eu,  le  duché  d'Aumale, 
et  la  principauté  de  Dombes.  Les  deux  premiers 
avaient  été  donnés  à  Lauzun,  avec  le  duché  de 
Saint-Fargeau  et  la  terre  de  Thiers  en  Auvergne, 
au  moment  où  le  mariage  avait  dû  se  conclure. 
Il  fallait  donc  la  renonciation  de  Lauzun ,  pour 
que  Mademoiselle  pût  disposer  de  ses  biens  en 
faveur  du  duc  du  Maine.  Ce  ne  fut  qu'avec  une 
extrême  répugnance  qu'elle  finit  par  consentir  à 
cet  arrangement,  qui  dépouillait  son  amant.  Mais 
pour  que  la  renonciation  fût  valide  il  fallait  que 
Lauzun  fût  en  liberté.  On  prit  donc  le  prétexte 
qu'il  avait  besoin  des  eaux  de  Bourbon,  où  il  se 
rencontra  avec  M™"  de  Montespan,  pour  traiter 
de  cette  affaire.  Lauzun  fut  amené  à  Bourbon 
avec  un  détachement  de  mousquetaires.  Mais, 
après  plusieurs  entrevues  avec  M™^  de  Montes- 
pan,  il  fut  si  indigné  de  la  dureté  des  conditions 
qu'on  lui  imposait ,  qu'il  ne  voulut  plus  en  en- 
tendre parler,  et  on  le  reconduisit  à  Pignerol. 
Cependant  les  amis  de  Lauzun  s'entremirent  : 
un  second  voyage  à  Bourbon  fut  résolu,  dans 
l'automne  de  1680.  Lauzun  y  consentit  à  tout, 
et  M"^  de  Montespan  revint  triomphante.  De 
Bourbon  il  eut  la  permission  d'aller  à  Angers, 
et  il  resta  quatre  ans  en  exil  dans  les  deux  pro- 
vinces de  l'Anjou  et  de  la  Touraine.  Mademoi- 
selle ,  toujours  désespérée  de  son  absence,  se 
plaignit  hautement  de  M™^  de  Montespan  et  de 
son  fils,  disant  qu'après  l'avoir  impitoyablement 
rançonnée,  on  la  trompait  encore  en  tenant  Lau- 
zun éloigné  ;  elle  fit  tant  de  bruit ,  qu'enfin  elle 
obtint  son  retour  à  Paris,  avec  liberté  entière,  à 
condition  de  ne  pas  approcher  plus  près  de  deux 
lieues  de  tout  endroit  où  le  roi  serait.  Il  vint 
donc  à  Paris,  où  il  vit  assidûment  sa  bienfaitrice. 
Si,  comme  on  l'a  supposé,  il  y  a  eu  un  mariage 
secret  entre  lui  et  Mademoiselle,  il  dut  être  con- 
tracté vers  cette  époque.   Les  liens  qui  l'atta- 
chaient à  la  princesse  ne  l'erapêchaient  pas  de 
courir  d'autres  amourettes,  ce  qui  amenait  sou- 
vent entre  eux  des  scènes  violentes.  «  Il  se  lassa 
d'être  battu,  dit  Saint-Simon,  et  à  son  tour  bat- 
tit bel  et  bien  Mademoiselle ,  tant  qu'à  la  fin , 
lassés   l'un  de  l'autre,  ils  se  brouillèrent  une 
bonne  fois  pour  toutes,  et  ne  .se  revirent  jamais 
depuis.  »  Lorsqu'elle  mourut,  en  1693  (il  était 
alors  rentré  en  grâces  auprès  de  Louis  XTV),  il 
osa  se  présenter  devant  le  roi  en  manteau  de 
deuil,  et  fut  très-mal  reçu,  dit  Dangeau.  Vers 


J'année  1688,  Lauzun,  poursuivi  par  l'ennui  de 
ne  pouvoir  reparaître  à  la  cour,  fit  demander  au 
roi  la  permission  de  se  rendre  en  Angleterre. 
Quelques  mois  après  éclatèrent  les  premiers 
oragps  de  la  révolution  qui  renversa  Jacques  II 
du  trône.  Ce  prince  chargea  secrètement  Lauzun 
de  conduire  la  reine  et  le  prince  de  Galles  en 
France.  Ils  débarquèrent  à  Calais,  le  21  décem- 
bre. De  là  Lauzun  écrivit  au  roi,  et  lui  manda 
qu'il  avait  fait  serment  à  Jacques  II  de  ne  re- 
mettre la  reine  et  son  fils  qu'entre  ses  mains  ; 
que  comme  il  n'était  pas  assez  heureux  pour 
voir  Sa  Majesté,  il  la  priait  de  vouloir  bien  le 
dispenser  de  son  serment,  et  de  lui  faire  savoir 
entre  les  mains  de  qui  il  devait  les  remettre.  Le 
roi  lui  répondit  qu'il  n'avait  qu'à  revenir  à  la 
cour.  C'est  ainsi  que,  selon  l'expression  de 
Mme  de  Sévigné,  il  avait  enfin  trouvé  le  chemin 
de  Versailles  en  passant  par  Londres.  Cette 
action  aventureuse  lui  rouvrit  donc  le  chemin 
delà  fortune.  Les  ministres  craignirent  d'abord 
qu'il  ne  reprît  son  ancien  ascendant;  mais  ses 
manières  affectées  déplurent  à  Louis  XIV.  «  Il 
jeta  ses  gants  et  son  chapeau  aux  pieds  du  roi, 
dit  Mme  de  La  Fayette,  et  tenta  toutes  les  choses 
qu'il  avait  autrefois  mises  en  usage  pouj-  lui 
plaire.  Le  roi  M  semblant  de  s'en  moquer.  »  Ce- 
pendant les  grandes  entrées  lui  furent  rendues. 
Le  roi  d'Angleterre  lui  donna  l'ordre  de  la  Jar- 
retière, et  s'entremit  pour  lui  faire  obtenir  le  ti- 
tre de  duc.  Au  mois  de  novembre  1689,  Lauzun 
conduisit6,000  hommes  en  Irlande,  poursoutenir 
la  cause  jacobite.  On  connaît  le  mauvais  succès 
de  cette  expédition.  En  1695,  à  l'âge  de  soixante- 
trois  ans,  il  épousa  la  seconde  fille  du  maréchal 
de  Lorges,  qui  n'en  avait  pas  seize. 

Voici  le  portrait  que  Saint-Simon  nous  en  a 
laissé  :  «  Le  duc  de  Lauzun  était  un  petit  homme 
blondasse,  bien  fait  dans  sa  taille,  de  physionomie 
haute,  plein  d'esprit,  qui  imposait,  mais  sans 
agrément  dans  le  visage  ;  plein  d'ambition,  de 
caprices,  de  fantaisies ,  jaloux  de  tout,  voulant 
toujours  passer  le  but ,  jamais  content  de  rien, 
sans  lettres ,  sans  aucun  ornement  ni  agrément 
dans  l'esprit,  naturellement  chagrin,  solitaire, 
sauvage  ;  fort  noble  dans  toutes  ses  façons,  mé- 
chant et  malin  par  nature ,  encore  plus  par  ja- 
lousie et  par  ambition  ;  toutefois  bon  ami  quand 
il  l'était ,  ce  qui  était  rare,  et  bon  parent  volon- 
tiers ;  ennemi  même  des  indifférents,  et  cruel  aux 
défauts  et  à  trouver  et  donner  des  ridicules  ;  ex- 
trêmement brave  et  aussi  dangereusement  hardi, 
courtisan  également  insolent,  moqueur  et  bas 
jusqu'au  valetage,  et  plein  de  recherches,  d'in- 
dustrie ,  d*intrigues,  de  bassesses  pour  arriver  à 
ses  fins,  avec  cela  dangereux  aux  ministres,  à  la 
cour  ;  redouté  de  tous  ,  et  plein  de  traits  cruels 
et  plein  de  sel  qui  n'épargnent  personne.  » 
Artaud. 

Saint-Stmon,  ilfeTOoires.  —  M"' de  Montpensier,  yjfô- 
moires.  —  M™»  de  Sévigné,  Lettres.  —  La  Bruyère,  Ca- 
ractères. —  Dangeau,  Journal. 


959 


LAUZUN 


LAUZCN  (  Armand-Louis  db  Gonta.ut,  duc 
de).  Voy.  BiRON. 

LAVAGNIA  {Philippe  o^),  typographe  ita- 
lien du  quinzième  siècle;  il  paraît  avoir  été  le 
premier  qui  ait  introduit  l'imprimerie,  à  Milan, 
primum  ia^orem,  comme  il  se  qualifie  lui-même; 
ce  tut  en  1469  qu'il  exécuta  en  cette  ville  un 
traité  sur  les  miracles  de  Notre-Dame,  et  en 
1473,  dans  une  édition  en  deux  volumes  in-folio 
d'une  traduction  latine  d'Avicenne,  il  se  décerne 
derechef  le  mérite  d'avoir  été  à  Milan  l'inventeur 
de  la  typographie.  Il  fut  associé  avec  Antoine 
Zarot  ou  de  Zarotis,  né  à  Parme,  et  avec  l'Al- 
lemand Waldapfel;  ensuite  il  travailla  seul.  Son 
nom  ne  se  trouve  pas  après  1489,  de  sorte  qu'on 
peut  regarder  cette  année  comme  celle  de  sa 
mort.  Parmi  ses  éditions,  qui  sont  recherchées 
des  bibliophiles,  on  distingue  le  Virgile  de  1474 
(remarquable  par  ses  variantes),  le  Lucain  de 
1478,  le  Tite  Live  de  1478.  G.  B. 

La  Sema  Saniader,  Dictionnaire  Typographique  du 
quinzième  siècle,  t.  I,  p.  211.  —  Panzer,  Annales  Tppo- 
graphici. 

LAVAL,  maison  noble  et  ancienne  du  Maine, 
dont  le  fondateur  vivait  à  la  fin  du  dixième 
siècle  {voy.  Gui);  elle  compta  parmi  les  nom- 
breuses branches  qui  s'y  rattachent  celles  de 
Châteaubriant,  de  Retz,  de  Chastillon,  de  Loué, 
de  Bois-Dauphin  etd'Attichy.  Voici  les  membres 
de  cette  famille  qui  depuis  le  treizième  siècle 
se  sont  particulièrement  distingués. 

Gui  Vin,  fils  de  Gui  VU  de  Laval-Montmo- 
rency et  de  Philippette  de  Vitré,  succéda  à  son 
père  en  1267.  Il  accompagna  saint  Louis  en 
Afrique  et  Philippe  le  Hardi  dans  l'expédition 
contre  le  comte  de  Foi X.  Vers  1275  il  alla  prendre 
possession  du  comté  italien  de  Caserte,  qui  lui 
était  échu  par  la  mort  de  son  beau-père.  Après 
avoir  pris  part  à  la  guerre  du  comte  de  Valois  en 
Auvergne,  il  se  rendit  au  siège  de  Saiut-Sever, 
et  mourut  en  1295. 

Gui  IX,  fils  du  précédent,  mort  en  1323.  Il 
servit  dans  toutes  les  guerres  de  la  France  jus- 
qu'à la  paix  de  1320,  et  se  distingua  surtout  à  la 
journée  de  Mons-en-Puelle. 

Gui  X,  fils  du  précédent,  mort  en  1347.  Il 
avait  épousé  Béatrix,  fille  d'Arthur  II,  duc  de 
Bretagne ,  et  guerroya  dans  les  Flandres.  Ayant 
pris,  en  1341,  le  parti  de  Charles  de  Blois,  il 
contribua  par  sa  valeur  à  plusieurs  avantages 
que  remporta  ce  dernier  sur  Jean  de  Montfort, 
son  compétiteur,  et  fut  tué  au  combat  de  la 
Roche-Derrien. 

Gui  XII,  second  fils  du  précédent,  succéda  à 
son  frère  en  1348,  et  mourut  le  24  avril  141.2. 
De  concert  avec  Olivier  de  Clisson  ,  son  beau- 
frère,  et  Du  Gueschn ,  il  châtia  plus  d'une  fois 
les  Anglais  ,  qui  ravageaient  la  Bretagne ,  et  se 
rendit  maître  de  Rennes.  Il  eut  ensuite  beaucoup 
de  part  à  la  victoire  de  Rosebecque,  et  fut  chargé, 
de  1382  à  1404,  de  gouverner  le  duché  de  Bre- 
tagne en  qualité  de  lieutenant  général.  Froissart 


—  LAVAL  9fi0 

dit  de  lui  «  qu'il  aima  souverainement  l'honneur 
de  la  France  »,  et  Pierre  Le  Baud ,  «  qu'il  fut 
moult  prud'homme  vers  Dieu  et  les  hommes , 
dévot  aux  églises ,  aumosnier  aux  pauvres,  qu'il 
entretenoit  des  musiciens,  aimoit  le  bien  du 
peuple,  et  n'avoit  d'autre  serment  que  si  Dieu  me 
donne  bonne  vie  ».  En  lui  s'éteignirent  les  sires 
de  Laval  de  la  maison  de  Monmorency  ;  sa  fille 
Anne,  qui  lui  succéda,  épousa  Jean  de  Montfort, 
et  mourut  en  1465. 

De  nombreuses  branches  cadettes  decette  mai- 
son conservèrent  avec  le  nom  de  Montmorency 
les  noms  et  armes  de  Laval  ;  entre  autres  celles 
de  Bois-Dauphin,  de  Sablé  et  de  Lezay.  (Voyez 
les  deux  notices  ci-après).  C'est  aussi  à  cette 
maison  qu'appartenaient  le  duc  de  Laval,  promu 
maréchal  de.  France  en  1783,  son  frère  le  car- 
dinal de  Montmorency ,  grand-aumônier  de 
Louis  XVI,  le  prince  de  Laval-Montmorency, 
ambassadeur  à  Rome  et  à  Londres,  et  le  duc  Ma- 
thieu de  Montmorency,  membre  de  l'Assemblée 
constituante,  gouverneur  du  duc  de  Bordeaux. 

P.  L— Y. 

Anselme ,  Chronol.  hist.  des  Grandes  Maisons  de 
France.  —  Art  de  vérifier  les  dates,  XIII.  —  Froissart, 
Chroniques.  —  Morice,  Hist  de  Bretagne,  I.  —  Morérl, 
bict.  Hist.  —  Mémoires  de  Saint-Simon. 

LAVAL-MONTMORENCY     {Urbain     DE), 

marquis  de -Bois -Dauphin,  maréchal  de  France, 
mort  le  27  mars  1629,  à  Sablé.  Fils  de  René  II, 
comte  de  Laval ,  il  commença  de  se  faire  con- 
naître au  siège  de  Livron  (1574)  et  à  celui  de  La 
Fère  (1580).  Il  suivit  ensuite  le  duc  de  Guise, 
sous  les  ordres  duquel  il  se  signala  à  la  journée 
d'Auneau.  Depuis  il  servit  la  Ligue,  combattit  à 
Ivry,  et  y  fut  fait  prisonnier;  en  1.592  il  s'unit 
au  duc  de  Mercœur,  s'empara  de  Château-Gon- 
thier,  et  prit  ou  tailla  en  pièces,  dans  les  environs 
de  Mayenne,  un  corps  d'Anglais  qui  avait  échappé 
à  la  défaite  de  Craon.  Quelque  temps  après,  il 
rentra  au  service  du  roi ,  lui  remit  plusieurs 
places  et  châteaux,  et  futélevé,  le  25  juillet  1597, 
à  la  dignité  de  maréchal  de  France  (1).  Nommé 
ambassadeur  à  Vienne  en  1601,  il  obtint  en  1609 
le  gouvernement  de  l'Anjou,  qu'il  conserva  pen- 
dant dix  ans.  En  1615  Louis  XIII  le  mita  la  tête 
de  l'armée  qu'il  envoya  contre  les  princes,  et  qui 
était  destinée  à  couvrir  Paris.  Au  moment  où  le 
maréchal  s'avançait  vers  le  Poitou  pour  en  fer- 
mer l'accès  aux  mécontents,  il  dut  résigner  son 
commandement,  et  se  retira  à  Sablé.      P.  L— y. 

Pinard,  Chronol.  Militaire,  II,  391.  —  Vies  des  Hommes 
illustres,  XIX.  —  Le  P.  Daniel,  Hist.  de  France,  XII.  — 
Du  Chêne,  Hist.  de  la  Maison  de  Montmorency. 

LAVAL- MONTMORENCY    {  Gui  -  Claude- 

Rolland,  comte  de),  maréchal  de  France ,  né 
le  5  novembre  1677,  mort  le  14  novembre  1751. 
Après  avoir  servi  plusieurs  années  en  Flandre , 
il  leva  en  1702  un  régiment  d'infanterie,  reçut 


(1)  D'après  le  témoignage  de  quelques  historiens,  Bois- 
Dauphin  aurait  été  un  des  quatre  maréchaux  neHomés  par 
le  duc  de  Mayenne. 


961 


LAVAL  — 


deux  atteintes  de  boulet  au  siège  de  Nice,  con- 
tril)ua  à  la  levée  de  celui  de  Toulon,  et  repassa  à 
l'armée  de  Flandre  en  1709.  Il  s'y  distingua  à  la 
défense  de  Touraay  et  à  l'attaque  du  fort  d'Ar- 
leux,  qu'il  emporta  de  vive  force,  battit  près  de 
Valenciennes  un  corps  de  trois  mille  Impériaux 
(10  juillet  1712),  se  trouva  à  la  bataille  de  De- 
nain  ,  et  entra  un  des  premiers  dans  Douai.  Au 
siège  de  Fribourg,  il  fut  blessé  d'un  coup  de 
mousquet  dans  la  mâchoire,  et  devint  en  1719 
maréchal  de  camp.  La  campagne  de  1734,  pen- 
dant laquelle  il  se  signala  de  nouveau  à  l'armée 
du  Rhin,  lui  valut  le  grade  de  lieutenant  générai. 
Il  commandait  la  Lorraine  lorsqu'il  fut  élevé,  le 
17  septembre  1747,  à  la  dignité  de  maréchal 
de  France.  P.  L — y. 

Pinard,   Chronol.  Militaire,    III,  869.    —  Courcelles, 
Dict.des  Généraux  français,  VII. 

lAVAL  {Antoine  de),  sieur  de  Belair,  litté- 
rateur français,  né  le  24  octobre  1550,  mort  en 
1631.  Originaire  d'une  famille  noble  du  Bour- 
bonnais, il  fut  d'abord  maître  des  eaux  et  forêts 
dans  celte  province,  et  devint  ensuite  capitaine 
du  parc  et  château  de  Beaumanoir-lès-Moulins. 
Il  succéda  aussi  en  la  charge  de  premier  géo- 
graphe du  roi  à  Nicolaï  (1583) ,  dont  il  avait 
épousé  la  belle-fille,  Isabelle  de  Buckingham. 
Outre  la  géographie,  il  connaissait  les  langues 
anciennes,  l'histoire  et  même  la  théologie. 
Comme  il  était  fervent  catholique  et  qu'on  le 
savait  habile  dans  la  dispute ,  il  se  trouva  à  plu- 
sieurs conférences  qui  furent  tenues  à  Paris  dans 
le  seizième  siècle  pour  tenter  la  conversion  des 
protestants.  Après  être  resté  longtemps  à  la  cour, 
où  il  fut  attaché  au  service  des  princes  de  la 
branche  de  Montpensier,  il  alla  passer  les  der- 
nières années  de  sa  vie  à  son  château  de  Belair, 
aux  environs  de  Moulins.  D'après  Nicéron,  il 
avait  formé  dans  cette  ville  un  cabinet  curieux, 
souvent  visité  par  de  grands  personnages,  et  qui 
renfermait  en  grand  nombre  des  cartes,  des 
plans  de  villes  et  de  fortifications,  des  armes, 
des  livres ,  des  tableaux,  etc.  On  a  de  lui  :  Pa- 
raphrase des  CL  Psaumes  de  David,  tant 
littérale  que  mystique,  avec  annotations  né- 
cessaires; Paris,  1612,  in-4°  ;  la  seconde  édition, 
revue  et  augmentée,  1614,  in-4°;  — Le  grand 
Chemin  de  la  vraye  Église  ;  ibid.,  1615,  in-8°  : 
démontré  par  l'origine  et  la  suite  des  traditions 
apostoliques  et  ecclésiastiques  ;  —  Homélies  de 
saint  Chrysostôme,  avec  les  Catéchèses  de 
saint  Cyrille,  trad.  en  français;  ibid.,  1620, 
in-S"  :  cette  version  est  suivie  d'un  discours  sur 
Les  Prédicateurs  qui  affectent  de  bien  dire, 
parle  traducteur; —  Desseins  de  Professions 
nobles  et  publiques;  ibid.,  1605,  in-4°,  et 
1612.  Ce  livre,  dont  le  titre  n'est  pas  très-clair, 
fut  dédié  à  Henri  IV,  puis  à  Louis  XIII;  l'auteur 
appelle  professions  nobles  celles  du  clergé,  de 
la  milice,  de  la  jurisprudence,  de  l'administra- 
tion, et  des  finances.  K. 

Moréri,  Suppl.  au  Dict.  Nist.  —  Nicéron,  Mém.  des 
Hommes  illustres,  XXXVII. 


LAVALETTE  9G2 

LAVAL  (Étienne-Abel),  historien  français, 
né  dans  la  seconde  moitié  du  dix-septième  siècle. 
Ministre  protestant,  il  passa  en  Angleterre 
après  la  révocation  de  l'édit  de  Nantes,  et  des- 
servit l'église  française  de  Castel-Street  à  Londres. 
Il  a  publié  :  Histoire  abrégée  de  la  Réfoimation 
et  des  Églises  réformées  de  France,  dont  une 
traduction  anglaise  a  paru  à  Londres  en  1737, 
3  vol.  in-8°,  ou  d'après  une  autre  indication  de 
1737  à  1741 ,  6  vol.;  —  Veritez  et  Devoirs  de  la 
Religion  chrétienne,  et  abrégé  de  V histoire  du 
Vieux  Tes t atnen t ;  Cork ,  1725,  in-4°.  K. 
Lelong,  Bibl.  Hist.  de  la  France. 
LAVAL  (  Antoine-J.  ),  savant  français,  né  à 
Lyon,  mort  le  5  septembre  1728,  à  Toulon.  Il 
faisait  partie  de  la  Société  de*  Jésuites,  et  en- 
seigna l'hydrographie  ainsi  que  les  mathéma- 
tiques à  Toulon.  On  a  de  lui  :  Voyage  de  la 
Louisiane  fait  par  ordre  du  roi  en  1720,  dans 
lequel  sont  traitées  diverses  matières  de  phy- 
sique, astronomie,  géographie  et  marine; 
Paris,  1728,  in-4°.  Il  travailla  aussi  avec  son 
compatriote  J.-M.  de  Ghazelles  à  dresser  les  cartes 
marines  des  côtes  de  Provence ,  et  fournit  aux 
Mémoires  de  V Académie  de  La  Rochelle  une 
bonne  description  des  salines  de  la  Saintonge.  K. 


Pernetti,    Lyonnais  dignes  de  mémoire,  II, 
rard,  France  Uttér, 


Qué- 


NOCV.   BIOGK.   GENER. 


T.    XXIX. 


LA  VALETTE  {Jean  Parisot de),  grand-maître 
de  l'ordre  de  Malte,  né  en  1494,  mort  à  Malte, 
le  21  août  1568.  Il  appartenait  à  une  ancienne 
famille  qui  avait  donné  des  capitouls  à  Toulouse. 
Entré  dans  l'ordre  de  Malte,  il  en  avait  succes- 
sivement  rempli  toutes  les  charges  :  il  s'était 
rendu  redoutable  aux  musulmans  sur  les  côtes 
d'Afrique  et  de  Sicile.  Fait  prisonnier  par  Dra- 
gut,  il  n'eut  pas  plus  tôt  recouvré  sa  liberté  qu'il 
entreprit  de  nouvelles  courses.  Parvenu  au  grade 
de  commandeur,  il  fut  chargé  du  gouvernement 
de  Tripoli,  sous   la  grande-maîtrise  de  Jean 
d'Omèdes,  en  1537.  Il  y  prit  les  mesures  les  plus 
énergiques ,  rétablit  la  discipline ,  punit  sévère- 
ment les  blasphémateurs ,  et  sut  se  maintenir 
dans  ce  poste  important  et  trop  faiblement  for- 
tifié. A  la  mort  du  grand-maître  Claude  de  La 
Sangle,  La  Valette  était  grând-prieur  de  Saint- 
Gilles  de  la   langue  de  Provence  et  lieutenant 
général  du  grand-maître.  Il  fut  unanimement  élu 
pour  succéder  à  La  Sangle,  le  2 1  août  1557.  «  Sol- 
dat, capitaine,  général,  sage  politique,  plein  de  fer- 
meté, il  était,  suivant  Vertot,  autant  estimé  parmi 
ses  confrères  que  redoutable  aux  Infidèles.»  Arrivé 
à  ce  poste  suprême,  La  Valette  releva  son  au- 
torité en  exigeant  des  prieurs  et  des  comman- 
deurs d'Allemagne  et  de  Venise  le  payement  des 
taxes  auxquelles  les  règlements  de  l'ordre  les 
avaient  soumis.    Il  rendit  justice  au  maréchal 
Gaspard  de  Vallier,  qui  n'avait  pu  tenir  à  Tri- 
poli, et  que  le  grand-maitre  d'Omèdes  avait  du- 
rement poursuivi.  La  Sangle  avait  rendu  la  li- 
berté à  ce  chevalier;  La  Valette  fit  revoir  son 
procès,  et  le  nomma  grand-bailli  de  Lango.  Le 

31 


963 


LA  VALETTE 


964 


vice-roi  de  Sicile ,  Jean  de  La  Cerda ,  duc  de 
Medina-Celi,  ayant  conçu  le  projet  de  reprendre 
Tripoli,  La  Valette  lui  fournit  un  secours;  mais 
La  Cerda  changea  d'avis ,  et  malgré  les  engage- 
ments solennels  qu'il  avait  pris  vis-à-vis  du 
grand-maître  et  les  remontrances  des  chefs 
de  ses  alliés ,  il  s'occupa  de  la  conquête  de  l'Ile 
de  Gelves,  où  il  employa  ses  troupes  à  cons- 
truire un  fort  inutile.  Le  Grand-Turc  envoya 
une  flotte  armée  qui  battit  l'armée  chrétienne. 
Quatorze  mille  chrétiens  périrent  dans  cette 
expédition,  soit  par  les  maladies,  soit  par  le  fer 
ennemi.  A  la  suite  de  ce  désastre,  La  Valette 
envoya  dans  les  mers  du  Levant  des  galères  qui 
sauvèrent  plusieurs  navires  chrétiens  et  enle- 
vèrent des  corsaires.  Par  son  influence  la  flotte 
de  Malte  s'accrut  considérablement;  chaque 
jour  elle  remportait  de  nouveaux  succès  sur  les 
musulmans,  et  des  envoyés  de  l'ordre  de  Malte 
obtinrent  de  siéger  au  concile  de  Trente.  Don  Gar- 
de de  Tolède,  lieutenant  de  Philippe  II,  s'étant 
emparé  du  Pignon  de  Vêlez,  grâce  au  secours  que 
lui  fournit  La  Valette ,  la  prise  de  cette  ville  in- 
quiéta Soliman,  qui  résolut  de  faire  des  arme- 
ments pour  s'emparer  de  Malte.  A  la  même 
époque,  les  chevaliers  enlevèrent  un  galion  chargé 
de  richesses  destinées  au  sérail  du  sultan.  Des 
cris  de  vengeance  s'élevèrent  dans  toutes  les 
mosquées  contre  les  chrétiens.  En  apprenant  les 
préparatifs  qui  se  faisaient  en  Turquie  contre 
l'ordre  de  Malte,  La  Valette,  loin  de  s'épouvan- 
ter, s'occupa  de  mettre  sa  résidence  en  état  de 
défense.  Plus  de  six  cents  chevaliers  arrivèrent 
à  Malte  avec  des  serviteurs  dont  on  fit  des  sol- 
dats. Les  commandeurs  y  envoyèrent  une  partie 
de  leurs  biens;  le  pape  Pie  IV  fournit  au  grand- 
maître  une  somme  de  dix  mille  écus,  Phi- 
lippe II  promit  des  secours  en  hommes,  et  donna 
l'ordre  au  vice-roi  de  Sicile  de  pourvoir  à  la  sû- 
reté de  Malte  ;  mais  le  vice-roi  resta  longtemps 
sans  exécuter  cet  ordre.  Livré  à  lui  seul,  La 
Valette  pourvut  à  tout.  «  Soldat,  capitaine, of- 
ficier d'artillerie ,  infirmier,  ingénieur,  dit  Ver- 
tot ,  de  la  même  main  dont  il  avoit  tracé  une 
nouvelle  fortification,  il  remuoit  lui-même  la 
terre,  et  on  le  trouvoit  presqu'en  même  temps 
en  différents  endroits,  tantôt  à  la  visite  des  ma- 
gasins et  souvent  même  à  l'infirmerie,  occupé  à 
pourvoir  au  soulagement  des  malades.  »  Ayant 
assemblé  les  chevaliers,  il  ne  leur  dissimula  ni  la 
grandeur  du  péril  ni  l'incertitude  du  secours 
dont  on  le  flattait.  11  les  engagea  à  renouveler 
avec  lui  leurs  vœux  au  pied  des  autels.  Tous 
communièrent,  et  «  après  avoir  pris  le  pain  des 
forts,  ajoute  Vertot,  il  ne  parut  plus  parmi 
eux  aucune  foiblesse,  plus  de  divisions,  plus  de 
haines  particulières  ;  et  ce  qui  étoit  encore  plus 
difficile,  on  rompit  de  tendres  engagements,  si 
chers  au  cœur  humain.  »  Les  voyant  dans  cette 
heureuse  disposition ,  le  grand-maître  assigna  à 
chaque  langue  le  [wste  qu'elle  devait  occuper.  Il 
y  avait  alors  dans  l'île  sept  cents  chevaliers,  sans 


compter  les  frères  servants ,  et  huit  mille  cinq 
cents  hommes,  tant  soldats  de  profession  qu'ha- 
bitants enrégimentés.  La  Valette  parcourait  con- 
tinuellement les  postes ,  se  montrait  partout  et 
donnait  tous  les  ordres.  La  flotte  turque  parut  à 
la  hauteur  de  Malte,  le  18  mai  1563.  Elle  était 
composée  de  cent  cinquante-neuf  vaisseaux  de 
guerre  chargés  de  trente  mille  janisssaires 
et  spahis,  et  suivie  d'un  grand  nombre  de  bâti- 
ments portant  la  grosse  artillerie  et  les  che- 
vaux des  spahis  avec  les  munitions  de  guerre  et 
de  bouche.  Sur  la  fin  du  jour,  les  Turcs  jetèrent 
l'ancre  à  l'entrée  de  l'anse  ou  golfe  de  Mugiarro, 
où  les  galères  et  les  vaisseaux  s'arrêtèrent.  Le 
maréchal  Copier,  à  la  tête  de  deux  cents  cheva- 
liers et  de  mille  arquebusiers,  se  porta  au  même 
endroit  pour  s'opposer  au  débarquement  ;  mais 
pendant  ce  temps ,  et  profitant  de  l'obscurité , 
trois  mille  Turcs  descendirent  à  la  cale  de  Saint- 
Thomas  ou  port  de  l'Échelle.  La  nuit  suivante,  la 
flotte  turque  appareilla,  et  le  lendemain  de  grand 
matin  l'armée  commandée  par  Mustapha  dé- 
barqua à  Marsasiroc,  où  elle  se  fortifia.  Les 
Turcs  se  répandirent  dans  les  villages,  qu'ils  pil- 
lèrent; mais  le  maréchal  Copier,  tombant  sur 
ceux  qui  s'écartaient  de  leur  corps ,  tua  plus  de 
quinze  cents  ennemis  en  différentes  rencontres. 
Le  grand-maître  fit  bientôt  cesser  ces  escar- 
mouches qui  pouvaient  affaiblir  son  armée. 

Le  pacha  commença  le  siège  d'un  petit  fort 
Saint-Elme,  situé  sur  la  pointe  d'un  rocher,  à 
l'extrémité  d'une  langue  de  terre  qui  sépare  les 
deux  ports,  dont  il  défendait  l'entrée.  Les  Turcs 
investirent  ce  fort  du  côté  de  la  terre;  mais  ils  ne 
purent  empêcher  le  grand-maître  d'y  envoyer  sur 
de  légères  barques  des  secours  en  hommes  et  en 
munitions,  de  sorte  que  lagarnison  de  ce  petit  fort 
fut  continuellement  renouvelée.  Ce  fort  étant  bâti 
sur  le  roc,  le  travail  des  tranchées  était  difficile; 
cependant  des  batteries  purent  être  établies ,  et 
le  pacha  fitcanonner  les  ouvrages  extérieurs.  Les 
chevaliers  enfermés  dans  ce  petit  fort,  sous  les 
ordres  du  bailli  de  Négrepont,  répondirent  avec 
courage.  Voyant  bien  qu'il  ne  pourrait  longtemps 
tenir,  le  bailli  fit  demander  du  secours  au  grand- 
maître;  celui-ci  répondit  qu'il  fallait  absolument 
se  sacrifier  pour  la  défense  de  ce  poste  et  tenir 
jusqu'à  la  dernière  extrémité.  Le  pacha  perdit 
beaucoup  de  monde  dans  ce  siège.  Il  n'avan- 
çait qu'avec  une  extrême  lenteur,  et  voyait  tous 
ses  efforts  repoussés.  Il  parvint  cependant  à  se 
loger  dans  un  ouvrage  avancé.  Un  renégat  lui 
amena  d'Alexandrie  neuf  cents  hommes  de  se- 
cours avec  six  galères  ;  Dragut,  vice  roi  de  Tri- 
poli ,  en  amena  seize  cents  sur  treize  galères  et 
deux  galiotes.  Le  sultan  avait  ordonné  de  ne  rien 
faire  sans  le  conseil  de  Dragut.  Celui-ci  blâma 
le  siège  du  fort  Saint-Elme  ;  mais  il  comprit  que 
son  abandon  aurait  un  mauvais  effet  moral,  et 
toutes  les  forces  des  assiégeants  furent  concen- 
trées vers  ce  point.  Plusieurs  fois  les  chevaliers  se 
plaigniient,  demandant  à  abandonner  cette  posî- 


96; 


LAVALEÏTE 


966 


tion,  que  les  Turcs  étaient  parvenus  à  dominer.  La 
Valette  leur  rappela  leur  vœu  d'obéissance, 
menaça  de  venir  lui-même  s'ensevelir  dans  ce  fort 
ou  d'y  envoyer  des  troupes  mercenaires;  les 
chevaliers,  piqués ,  tinrent  bon  jusqu'à  la  fin. 

La  Valette  inventa  un  nouveau  projectile  pour 
repousser  les  Turcs  :  c'étaient  des  cercles  d'un 
bois  léger  qu'on  trempait  dans  de  l'eau-de-vie 
ou  qu'on  frottait  avec  de  l'huile  bouillante;  on 
les  couvrait  ensuite  de  laine  ou  de  coton  qu'on 
imbibait  dans  des  liqueurs  combustibles  mêlées 
avec  du  salpêtre  et  de  la  poudre  à  canon,  opé- 
rations que  l'on  recommençait  plusieurs  fois.  Au 
moment  de  l'assaut,  on  mettait  le  feu  à  ces  cer- 
cles, et  avec  des  pincettes  on  les  jetait  sur  les 
ennemis;  ceux  qui  en  étaient  atteints  étaient 
brûlés  vifs.  Le  16  juin  un  assaut  général  fut 
tenté  en  vain ,  malgré  le  secours  des  vaisseaux. 
Mustapha  fit  alors  exécuter  un  chemin  couvert 
du  coté  du  port  et  empêcha  ainsi  les  communi- 
cations du  fort  avec  la  ville,  et  le  23  juin  le  fort 
Saint-Elme  tomba  entre  les  mains  des  Turcs  : 
tous  les  chevaliers  qui  s'y  trouvaient  étaient  morts 
sur  la  brèche.  Depuis  le  commencement  des  opé- 
rations, les  Turcs  avaient  perdu  huit  mille  hom- 
mes. Pour  s'en  venger,  Mustapha  fit  arracher 
le  cœur  des  chevaliers,  leur  fit  ouvrir  le  corps  en 
forme  de  croix,  et  après  avoir  fait  attacher  leurs 
cadavres  sur  des  planches  les  fit  jeter  dans  la 
mer.  La  marée  porta  ces  tristes  lambeaux  au  pied 
du  château  Saint-Ange  et  du  coté  du  bourg.  La 
Valette ,  indigné,  fit  aussitôt  égorger  les  prison- 
niers turcs,  et  par  le  moyen  du  canon  il  en  en- 
voya les  têtes  sanglantes  dans  le  camp  ennemi. 
L'ordre  de  Malte  avait  perdu  cent-trente  cheva- 
liers et  plus  de  treize  cents  hommes  à  la  dé- 
fense du  fort  Saint-Elme.  La  Valette  releva  le 
courage  des  défenseurs  qui  lui  restaient  dans 
nne  assembli'e  générale ,  et,  parcourant  tous  les 
postes,  il  ordonna  de  ne  plus  faire  de  prisonniers 
à  l'avenir.  Le  pacha  envoya  un  parlementaire 
offrir  une  capitulation.  On  ne  permit  de  passer 
qu'à  un  esclave  qui  accompagnait  l'officier  de 
Mustapha,  et  La  Valette  commanda  de  le  pendre, 
mais  il  ordonna  en  secret  de  le  laisser  échapper. 
Mustapha  fit  investir  du  côté  de  la  terre  le  châ- 
teau Saint-Ange,  le  bourg  et  la  presqu'île  de  La 
Sangle.  Les  Turcs  commencèrent  la  tranchée, 
élevèrent  des  murailles  en  pierre  sèche  el  cons- 
truisirent des  batteries.  Depuis  le  commence- 
ment du  siège,  des  chevaliers  étaient  venus  isolé- 
ment fortifier  la  garnison  de  Malte.  Don  Juan  de 
Cardone  en  débarqua  encore  quelques-uns  après 
la  prise  du  fort  Saint-Elme.  Maîtres  du  port  du 
Musciet ,  les  Turcs  résolurent  de  faire  passer  des 
barques  dans  le  grand  port  en  les  halant  à  tra- 
vers la  presqu'île  ;  un  Grec  de  la  famille  Lasca- 
ris,  qui  servait  dans  les  spahis,  vint  révéler  ce 
projet  au  grand-maître.  On  ferma  le  port  avec  des 
estacades  et  des  chaînes,  et  chaque  jour  on  se 
battait  à  l'arme  blanche  sur  ces  estacades,  que 
les  Turcs  voulaient  détruire.  Le  5  juillet,  Mus- 


tapha fit  tirer  toutes  ses  batteries,  et  à  la  faveur 
de  leur  feu  les  Turcs  amenèrent  leurs  tranchées 
jusqu'au  fossé.  Les  chevaliers  firent  sauter  une 
redoute  qu'ils  ne  pouvaient  plus  défendre,  et  se 
retirèrent  dans  Tintérieurde  l'île  Saint-Michel, 
que  l'on  mit  en  communication  avec  le  grand 
bourg  et  le  château  Saint-Ange  au  moyen  d'un 
pont.  L'agent  du  grand-maître  se  plaignit  vive- 
ment au  vice-roi  de  Sicile  de  l'abandon  dans 
lequel  il  laissait  Malte  ;  il  harangua  même  le 
peuple.  Jean-André  Doria  offrit  au  vice-roi  de 
porterdeux  mille  hommes  àMalte:  le  vice-roilui 
donna  une  autre  mission  ;  il  fit  armer  seulement 
deux  galères,  dont  il  confia  le  commandement  à 
Pompée  Colonneet  sur  lesquelles  un  grand  nombre 
de  chevaliers  s'embarquèrent.  Colonne  revint 
sans  avoir  essayé  de  débarquer,  tandis  que  Has- 
san, vice-roi  d'Alger,  arrivait  au  camp  turc  avec 
deux  mille  cinq  cents  hommes.  Le  15  juillet 
Hassan  tenta  l'assaut  du  château  Saint-Michel  ; 
des  barques  furent  passées  par  terre  dans  le 
grand  port;  les  Turcs,  commandés  par  Cande- 
lissa,  se  portèrent  sur  l'estacade  ;  refoulés  d'a- 
bord, ils  trouvèrent  un  point  de  débarquement,  et 
se  battirent  avec  acharnement  pour  la  possession 
d'une  redoute  à  l'éperon  de  l'île;  ils  furent  enfin 
repoussés  avec  une  perte  de  près  de  quatre  mille 
hommes.  Hassan  ne  réussit  pas  mieux  devant  le 
château  Saint-Michel,  qu'il  attaqua  parterre  ;  forcé 
de  reculer  avec  ses  Algériens,  il  fut  remplacé  par 
les  janissaires ,  mais  ceux-ci  durent  également 
se  retirer.  Mustapha  tenta  alors  la  construction 
d'un  pont;  un  neveu  de  La  Valette  perdit  la  vie 
en  voulant  y  mettre  le  feu  ;  le  grand-maître  fit 
lui-même  canonner  cet  ouvrage,  qui  finit  par  être 
incendié.  Le  siège  devint  encore  plus  vif;  les 
Turcs  ne  donnaient  pas  un  moment  de  relâche 
aux  assiégés,  attaquant  plusieurs  points  à  la 
fois  ;  mais  quoique  les  chrétiens,  en  les  repous- 
sant avec  vigueur,  leur  tuassent  beaucoup  de 
monde,  par  la  disproportion  de  leurs  forces,  ils 
en  perdaient  plus  que  les  Turcs,  et  leurs  gar- 
nisons s'affaiblissaient  de  jour  en  jour.  Plu- 
sieurs assauts  furent  tentés  sans  succès;  les 
femmes  et  les  enfants  s'en  mêlèrent.  A  l'assaut 
du  19  août,  La  Valette  fut  blessé  dangereusement 
à  la  jambe  d'un  éclat  de  grenade.  Il  dissimula 
sa  blessure,  et  resta  sur  la  brèche.  Le  pacha 
avait  essayé  de  la  mine  ;  il  fit  construire  une 
tour  mobile  en  bois  ;  rien  ne  put  réussir.  Enfin, 
le  1"  septembre,  le  vice-roi  de  Naples  partit 
de  Syracuse  avec  sa  flotte  portant  huit  mille 
hommes;  après  avoir  approché  de  Malte,  il  s'en 
retourna ,  mais  les  réclamations  des  soldats  le 
forcèrent  à  revenir.  Le  6  septembre  la  flotte  en- 
tra dans  le  canal  du  Goze;  le  lendemain  matin 
il  débarqua  les  troupes,  et  s'en  alla.  En  apprenant 
qu'un  secours  était  arrivé  de  Sidle  aux  Maltais, 
le  général  turc  ordonna  d'une  manière  précipitée 
l'embarquement  de  son  armée;  il  ne  fut  pas 
plus  tôt  sur  son  vaisseau  qu'il  eut  honte  de  son 
action  :  il  était  trop  tard.  En  voyant  partir  les 

31. 


907 


LAVALETTE 


968 


Turcs,  La  Valette  avait  vivement  fait  combler 
leurs  tranchées  et  détruire  leurs  travaux  ;  des 
chevaliers  avaient  repris  le  fort  Saint-Elme.  Ce- 
pendant le  vice-roi  d'Alger  fut  d'avis  de  revenir, 
et  malgré  les  remontrances  de  l'amiral  Piaiy, 
Mustapha  ordonna  le  débarquement.  Les  soldats 
turcs  ne  retournèrent  pas  au  combat  sans  mani- 
fester leur  mécontentement.  Mustapha  marcha 
d'abord  contre  l'armée  de  secours,  qui  s'était  re- 
tranchée sur  une  colline  d'un  difficile  accès.  Les 
chrétiens  sortirent  de  leur  camp,  et  se  jetèrent  sur 
lesTurcs,  qui, fatigués  et  mourant  de  soif,  nefirent 
qu'une  faible  résistance.  Mustapha  fut  obligé  de 
fuir  avec  ses  troupes  débandées;  tous  les  musul- 
mans qui  tombèrent  dans  les  mains  des  chrétiens 
furent  passés  au  fil  de  l'épée ,  et  ce  ne  fut  qu'avec 
une  perte  considérable  que  les  Turcs  gagnèrent 
leurs  vaisseaux.  Le  vice-roi  d'Alger,  qui  était 
resté  en  ordre,  arrêta  les  premiers  chevaliers  qui 
se  présentèrent  au  bord  de  la  mer,  mais  les  chré- 
tiens parurent  en  force,  et  les  Turcs  n'eurent  plus 
qu'à  se  rembarquer.  «  On  prétend,  dit  Vertot, 
que  pendant  ce  siège  les  Turcs  ne  perdirent  pas 
moins  de  trente  mille  hommes.  »  L'amiral  turc 
mita  la  voile,  et  passa  en  vue  de  la  Sicile,  ce  qui 
permit  au  vice-roi  de  connaître  sans  courrier 
l'heureuse  délivrance  de  Malte.  Le  sultan,  en  ap- 
prenant la  défaite  de  son  armée,  jura  qu'au  prin- 
temps suivant  il  viendrait  lui-même  réduire  les 
chevaliers  de  Saint-Jean  dans  leur  dernier  bou- 
levard. Cependant,  selon  Vertot,  «  après  la  levée 
du  siège,  la  ville,  ou  ce  qu'on  appelait  le  grand 
bourg  de  Malte,  ressembloit  moins  à  une  place 
bien  défendue  qu'à  une  ville  emportée  d'assaut, 
rasée,  détruite  après  le  pillage,  et  ensuite  aban- 
donnée par  l'ennemi.  Plus  de  deux  cent  soixante 
chevahers  avaient  été  tués  en  différents  assauts  ; 
on  comptoit  jusqu'à  huit  mille  hommes,  soldats 
ou  habitants  qui  avoient  péri  pendant  le  siège; 
et  à  peine  quand  les  Turcs  se  retirèrent  restoit-il 
dans  le  Grand -Bourg  et  dans  le  château  de  Saint- 
Michel,  en  comptant  même  les  chevaliers,  six 
cents  hommes  portant  les  armes ,  et  encore  la 
plupart  couverts  de  blessures.  »  La  nouvelle  de 
la  défaite  des  Turcs  fut  un  sujet  de  joie  dans 
toute  la  chrétienté  ;  le  nom  de  La  Valette  fut 
célébré  partout,  et  le  pape  Pie  IV  lui  offrit  le 
chapeau  de  cardinal,  qu'il  refusa;  les  uns  attri- 
buèrentce  refus  à  la  modestie  ;  d'autres  pensèrent 
au  contraire  que,  se  considérant  comme  souve- 
rain de  Malte,  il  avait  dû  craindre  d'abaisser  cette 
dignité  en  acceptant  la  pourpre  romaine.  D'un 
autre  côté,  les  chevaliers  accusèrent  le  vice-roi 
de  Naples  d'avoir  fait  durer  le  siège  de  Malte  si 
longtemps  par  ses  lenteurs  calculées,  et  Phi- 
lippe il,  dont  il  n'avait  fait  pourtant  que  suivre 
les  instructions,  lui  enleva  ses  fonctions.  Soliman 
continuait  ses  armements  à  Constantinople  ;  mais 
La  Valette  trouva  le  moyen  de  faire  mettre  le  feu 
a  l'arsenal,  et  les  préparatifs  contre  Malte  furent 
détruits. 
La  Valette  releva  les  fortifications  de  Malte  ;  il 


augmenta  le  fort  Saint-Elme,  et  résolut  d'y  trans- 
porter la  maison  conventuelle  des  chevaliers  de 
Saint-Jean.  En  même  temps  il  envoya  des  am- 
bassadeurs aux  rois  chrétiens,  etobtint  les  secours 
nécessaires  pour  construire  sur  cette  presqu'île 
une  nouvelle  ville,  qui  a  reçu  son  nom.  Il  en 
posa  la  première  pierre  le  28  mars  1568.  Quand 
il  manquait  d'argent,  La  Vallette  faisait  frapper 
des  monnaies  de  cuivre  d'une  valeur  nominale 
qu'on  remboursait  sitôt  qu'on  recevait  des  métaux 
précieux,  si  bien  que  le  travail  ne  fut  jamais  dis- 
continué. Cette  monnaie  portait  d'un  côté  deux 
mains  entrelacées  qui  se  touchaient  et  de  l'autre 
les  armes  de  La  Valette  écartelées  avec  celles  de 
l'ordre  de  Malte,  et  pour  légende  :  Aon  ass,  sed 
fides.  Bientôt  La  Valette  eut  à  réprimer  la  ré- 
bellion de  quelques  jeunes  chevaliers  espagnols, 
qui  s'étaient  permis  des  chansons  satiriques  sur 
les  anciens  chevaliers  et  sur  des  dames  mal- 
taises. Sachant  qu'on  instruisait  contre  eux ,  ces 
jeunes  gens  entrèrent  dans  la  salle  des  délibéra- 
tions, jetèrent  l'encrier  du  chancelier  par  la  fenêtre 
et  se  sauvèrent  en  Sicile.  La  Valette  les  réclama  ; 
mais  ils  avaient  disparu.  Un  autre  ennui  vint 
encore  troubler  ses  vieux  jours.  Depuis  long- 
temps les  papes  avaient  disposé  du  grand-prieuré 
de  Rome  en  faveur  de  leurs  créatures  ;  La  Valette 
réclama  auprès  de  Pie  V,  qui  lui  promit  de  rendre 
ce  bien  à  l'ordre  dès  la  première  vacance.  Il  y 
nomma  néanmoins  encore  son  neveu  :  La  Valette 
reprocha  au  saint-père  son  manque  de  parole. 
Son  ambassadeur  ayanteu  lamaladressederendre 
sa  lettre  publique,  le  saint-père  refusa  de  rece- 
voir l'envoyé  du  grand-maître.  La  Valette  en 
conçut  un  profond  chagrin.  Pendant  une  partie 
de  chasse  au  vol  il  fut  frappé  d'un  coup  de  so- 
leil, dont  il  mourut  trois  semaines  plus  tard. 

L.  LOUVET. 
Vertot,  Hist.  des  Chevaliers  de  Malte.  —  De  Thou, 
Hist.  sui  temp. 

LAVALETTE    (LOUiS    DE  NOGARET    d'Éper- 

NON,  cardinal  de),  né  à  Augoulême,  en  1593, 
mort  le  28  septembre  1639,  était  le  troisième  et 
dernier  fils  du  duc  d'Épernon.  Destiné  par  spa 
parents  à  l'état  ecclésiastique,  il  fut  pour^ 
jeune  des  abbayes  de  Saint-Mesmin,  du 
Bardoue,  en  1611,  de  Gimont,  Saint-Vicl 
Marseille,  la  Grasse,  etc.,  en  1621.  Il  av; 
nommé  archevêque  de  Toulouse,  et  c'est  er 
qualité  qu'il  assista  aux  états  généraux  t( 
Paris.  Élevé  à  la  pourpre  romaine,  le  11  janvier 
1621,  il  fit  partie  de  l'assemblée  du  clergé  à  Bor- 
deaux la  même  année,  et  de  celle  tenue  à  Paris 
en  1625.  Il  n'avait  point  reçu  les  ordres  sacrés, 
et  il  se  démit  en  1628  de  l'archevêché  de  Tou- 
louse en  faveur  de  Charles  de  Montchal,  son  an- 
cien précepteur.   Louis  de  Lavalette  embrassa 
la  profession  militaire ,  accompagna  le  cardinal 
de  Richelieu,  et  servit  sous  lui  en  Italie  en  1629 
et  1630.  Gouverneur  d'Anjou  en  1631,  comman- 
deur des  ordres  du  roi  en  1633,  il  devint  gou- 
verneur et  lieutenant  général  au  pays  Messin  et 


969 


LA  VALETTE 


970 


delà  ville  de  Metz,  sur  la  démission  de  son  père, 
par  provision  du  31  décembre  1634,  et  com- 
manda l'armée  d'Allemagne  conjointement  avec 
le  duc  de  Weimar  par  pouvoir  du  29  juin  de  la 
même  année.  Il  partagea  la  gloire  du  duc,  et 
commanda  encore  avec  lui  l'armée  d'Alsace  et 
de  Lorraine  en  1636.  Lavalette  fut  nommé  au 
commandement  de  l'armée  de  Picardie  en  1637, 
et  obtint  celui  de  l'armée  d'Italie  en  1638.  A  son 
titre  de  général  de  l'armée  d'Italie  il  joignit  la 
qualité  de  plénipotentiaire,  pour  conclure  un 
traité  d'alliance  avec  la  duchesse  de  Savoie. 
Accompagné  du  duc  de  Candalle,  son  frère, 
il  força  deux  redoutes  et  jeta  un  renfort  de 
deux  mille  hommes  dans  Verceil.  Le  3  juin  il 
signa  à  Turin  une  ligue  offensive  et  défensive 
entre  le  roi  et  madame  de  Savoie.  Il  sauva  Tu- 
rin, menacé  par  l'ennemi,  força  Chivas  à  capi- 
tuler après  dix-huit  jours  de  siège ,  et  mouru 
emporté  par  la  fièvre,  pendant  la  suspension 
d'armes  ménagée  par  le  nonce,  après  avoir  uti- 
lement servi  Louis  XHI  pendant  dix  années,  dans 
ses  conseils  et  à  la  tête  de  ses  troupes.  Le  pape 
lui  refusa  les  honneurs  qu'on  a  coutume  de 
rendre  aux  cardinaux,  sous  prétexte  qu'il  avait 
commandé  des  armées  hérétiques  contre  des 
peuples  catholiques.  Ed.  Sénemaud. 

Mercure  Français.  —  Pinard,  Chronologie  Militaire. 

iiA  VALETTE  {François  de  Thomas,  sei- 
gneur de),  guerrier  français,  né  vers  1630.  Il 
descendait  d'une  ancienne  famille  provençale  qui 
avait  donné  des  chevaliers  à  l'ordre  de  Malte. 
Fils  d'un  capitaine  des  galères,  il  porta  les  armes 
avec  distinction  sous  Louis  Xrv.  Il  avait  quatre- 
vingts  ans  environ  lorsque  le  duc  de  Savoie  vint, 
en  1707,  mettre  le  siège  devant  Toulon  ;  malgré 
son  âge  avancé,  il  eut  le  courage  d'attendre  l'en- 
nemi dans  son  château  de  La  Valette,  et  répondit 
en  latin  à  l'officier  qui  le  sommait  de  se  rendre  : 
«  Tu  feras  bien  de  me  tuer,  et  non  pas  de  me 
menacer;  sans  quoi,  dès  que  ton  maître  sera 
arrivé,  je  te  ferai  pendre.  »  Le  duc  de  Savoie, 
étant  arrivé  peu  de  temps  après,  lui  fit  de  grands 
éloges  de  sa  conduite,  et  eut  pour  lui  pendant  le 
siège  des  attentions  d'autant  plus  flatteuses 
qu'elles  furent  approuvées  de  Louis  XIV. 
P.   L— T. 

Dict.  de  la  Provence,  II. 

LA  VALETTE  (  Louis  DE  THOMAS  de),  Supé- 
rieur général  de  l'Oratoire,  fils  du  précédent,  né 
en  1678,  à  Toulon,  mort  le  22  décembre  1772,  à 
Paris.  Il  fut  d'abord  chevalier  de  Malte  et  placé 
dans  la  marine  royale.  A  l'âge  de  dix-sept  ans, 
il  renonça  au  monde  pour  entrer  dans  la  con- 
grégation de  l'Oratoire  (1695*).  L'amour  de  la 
pénitence  le  conduisit  à  La  Trappe  ;  au  bout  de 
quelques  mois ,  il  fut  réclamé  par  le  P.  de  La 
Tour  et  pourvu  de  la  chaire  de  philosophie  à 
Soissons.  Il  devint  successivement  directeur  de 
l'institution  pédagogique  de  Paris  (1710)  et  su- 
périeur de  la  maison  de  Saint-Honoré  (1730). 
Après  la  mort  du  P.  de  La  Tour  (1733),  il  fut 


désigné  par  la  majorité  pour  lui  succéder  comme 
général  de  l'ordre;  on  eut  beaucoup  de  peine  à 
vaincre  ses  répugnances ,  et  ce  ne  fut  qu'à  la 
sollicitation  de  l'archevêque  de  Paris,  M.  de 
Vintimille,  et  du  cardinal  de  Fleury  qu'il  se  dé- 
cida à  accepter  cette  haute  charge.  Il  l'occupa 
pendant  trente-neuf  ans,  et  eut  à  traverser  des 
temps  difficiles,  notamment  au  sujet  de  l'accep- 
tation par  son  ordre  de  la  bulle  Unigenitus  et  de 
la  suppression  des  Jésuites.  Sa  prudence  et  ses 
dispositions  pacifiques  étaient  si  généralement 
reconnues  que  Benoît  XIV  prit  plusieurs  fois  son 
avis  sur  les  disputes  qui  agitaient  l'Église  de 
France.  La  destruction  de  la  Compagnie  de  Jésus 
ayant  fait  vaquer  beaucoup  de  collèges,  La  Va- 
lette refusa  de  s'en  charger,  en  alléguant  que  l'es- 
prit de  l'Oratoire  n'était  point  un  esprit  d'ambi- 
tion et  d'agrandissement.  P.  L— y. 
Dict.  de  la  Provence,  II. 

LA  VALETTE  (Joseph  DE  Thomas  de),  ma- 
rin français,  frère  du  précédent,  mort  le  19  jan- 
vier 1744,  à  Toulon.  Il  se  distingua  en  plusieurs 
occasions,  et  obtint  en  1741  le  grade  de  chef  d'es- 
cadre. Lors  d'une  descente  tentée  par  les  Anglais 
sur  les  côtes  de  Provence,  il  marcha  contre  eux, 
les  repoussa,  et,  bien  qu'il  eût  reçu  dix  blessures, 
ne  cessa  de  combattre  jusqu'à  la  fin  de  l'action. 

P.  L-Y. 
Dict.  de  la  Provence,  II. 

LAVALETTE  (^wM«e  de),  jésuite  français, 
né  le  21  octobre  1707,  dans  l'ancien  diocèse  de 
Valbres,  mort  après  1762,  on  ne  sait  en  quel 
lieu.  Il  entra  dans  la  Compagnie  de  Jésus  à  Tou- 
louse, le  10  octobre  1725,  comme  novice,  et  au 
bout  de  deux  ans  il  alla  étudier  la  logique,  la 
métaphysique  et  la  physique  au  collège  de  Tour- 
non.  Ensuite  il  commença  son  cours  de  ré- 
gence; en  1731  il  était  professeur  de  quatrième 
au  Puy,  et  plus  tard  il  professa  la  rhétorique  à 
Rodez.  En  1737  il  vint  à  Paris,  au  collège  Louis- 
le-Grand,  et  y  fit  un  cours  de  théologie.  Or- 
donné prêtre  en  1740,  il  partit  l'année  suivante 
pour  la  Martinique.  En  1743  il  prononça  les 
quatre  vœux  religieux.  Chargé  d'abord  du  soin 
d'une  paroisse  de  la  colonie ,  il  devint  ministre 
de  la  mission,  et  fut  chargé  du  soin  des  intérêts 
temporels.  En  1754  le  père  Antpine  de  Lava- 
lette fut  nommé  supérieur  général  de  toutes  les 
missions  des  jésuites  dans  l'Amérique  méridio- 
nale faisant  partie  de  l'assistance  de  France. 
Accusé  de  faire  le  commerce,  contrairement  aux 
lois,  il  fut  rappelé,' donna  des  explications,  et 
l'affaire  en  resta  là.  Cet  avertissement  ne  l'ar- 
rêta pas.  Dans  l'espoir  de  libérer  la  mission,  qui 
était  grevée  de  dettes,  il  acheta,  à  l'insu  du  su- 
périeur général,  des  terres  considérables  dans  la 
Dominique,  petite  île  voisine  de  la  Martinique, 
et  les  fit  cultiver  par  deux  mille  esclaves,  qui 
périrent  pour  la  plupart  dans  une  épidémie  sur- 
venue au  milieu  des  travaux  de  défrichement.  Le 
père  Lavalette  avait  emrunté  un  million  à  Lyon 
et  à  Marseille.  L'époque  du  remboursement  ap? 


97t 


LAVALETTE 


972 


prochait.  Pour  payer,  il  contracta  un  second  em- 
prunt à  des  conditions  plus  onéreuses ,  acheta 
«lesdeuréCvS  coloniales,  en  chargea  plusieurs  vais- 
seaux qu'il  envoya  en  Hollande,  où  il  s'était  créé 
des  relations.  La  guerre  éclata  en  1755  entre  la 
France  et  l'Angleterre,  et  plusieurs  navires  du 
père  Lavalette  tombèrent  dans  les  mains  des 
Anglais.  Le  père  Lavalette  ne  s'arrêta  pas  pour 
cela,  et  s'endetta  de  plus  en  plus  dans  des  spé- 
culations hasardeuses.  Le  père  Ricci,  général 
des  jésuites,  averti,  ne  put  croire  à  ce  qu'on  lui 
disait;  mais  ea  1757  il  reçut  des  informations 
telles  qu'il  dépêcha  visiteur  sur  visiteur  pour 
s'assurer  de  l'état  des  choses;  des  accidents  em- 
pêchèrent les  trois  premiers  de  remplir  leur 
mission.  Quand  le  quatrième  arriva,  en  1762,  le 
mal  était  irrémédiable.  Le  25  avril  1762,  ce  vi- 
siteur interrogea  le  père  Lavalette,  et,  le  décla- 
rant coupable  d'avoir  fait  un  commerce  profane 
défendu  par  les  lois  canoniques  et  par  les  lois 
de  son  ordre,  le  priva  de  toute  administration, 
tant  spirituelle  que  temporelle,  l'interdit  et  le 
renvoya  en  Europe.  Le  même  jour  le  père  La- 
valette déclara  que  ses  supérieurs  n'étaient  pour 
rien  dans  le  commerce  qu'il  avait  fait,  qu'il  n'a- 
vait été  ni  autorisé,  ni  conseillé,  ni  approuvé.  Les 
Anglais  qui  occupaient  alors  la  Martinique  et  qui 
protégeaient  le  père  Lavalette  firent  quelque  op- 
position à  son  départ.  Le  père  visiteur  avait  im- 
ploré de  toutes  ses  forces  auprès  du  général  de 
son  ordre  le  pardon  du  père  Lavalette;  mais 
celui-ci  n'eut  pas  le  courage  de  revenir  en  France  ; 
il  se  retira  en  Angleterre.  Le  père  général  lui 
signifia  son  expulsion  de  la  Compagnie.  Dès  lors 
le  père  Lavalette  quitta  même  l'habit  ecclésias- 
tique, et  revêtit  le  costume  d'un  homme  du 
monde  vivant  dans  l'aisance.  Pendant  ce  temps 
les  jésuites  cherchaient  à  étouffer  l'affaire,  et  ils 
avaient  déjà  soldé  près  de  800,000  fr.  des  dettes 
du  père  Lavalette  lorsque  la  maison  Lioncy  et 
Jouffres  de  Marseille,  créancière  du  père  Lava- 
lette, se  pourvut  devant  la  juridiction  consulaire 
de  Marseille  contre  le  père  Sacy,  procureur  gé- 
néral des  missions  à  Paris.  Les  jésuites  furent 
condamnés  solidairement  à  remplir  les  engage- 
ments contractés  par  le  père  Lavalette.  Les  jé- 
suites réclamèrent  contre  ce  jugement,  et  en  ap- 
pelèrent à  une  juridiction  supérieure  (1760).  Leur 
cause  était,  comme  celles  de  tous  les  réguliers , 
attribuée  au  grand  conseil,  et  une  attribution  étant 
dans  ce  cas  un  privilège,  on  pouvait  s'en  pnéva- 
loir  ou  le  décliner.  Les  jésuites,  mal  conseillés, 
s'en  rapportèrent  au  {«irlement,  où  ils  comp- 
taient des  amis  et  d'anciens  élèves.  Ils  croyaient 
leur  cause  tellement  sûre  qu'il  leur  parais- 
sait important  d'être  acquittés  par  un  corps  qui 
passait  généralement  pour  leur  être  hostile.  De- 
vant la  grand'chambre  du  parlement  de  Paris, 
les  avocats  invectivèrent  la  Compagnie  de  Jé- 
sus; on  l'accusait  de  faire  le  commerce,  d'accu- 
muler des  richesses  immenses,  et  de  refuser  de 
payer  ses  dettes,  etc.  L'avocat  général  Lepelle- 


1  tier  de  Saint-Fargeau  déclama  contre  l'institut 
des  jésuites,  comparant  leur  général  au  Vieux  de 
la  Montagne,  dont  le  moindre  signe  conduit  an 
crime  tous  ceux  qui  lui  sont  soumis.  L'abbé 
Chauvelin,  rapporteur  du  procès ,  dénonça  les 
«  opinions  pernicieuses,  tant  dans  le  dogme  que 
dans  la  morale,  de  plusieurs  théologiens  jésuites 
anciens  et  modernes,  enseignement  constant,  non 
interrompu  de  la  Compagnie.  » 

Le  parlement  ordonna  une  information.  Cin- 
quante-et-un  archevêques  et  évêques  présents  à 
Paris  furent  consultés,  quarante-quatre  furent  fa- 
vorables aux  jésuites,  sept  leur  furent  contraires. 
Le  8  mai  1761,  les  jésuites  furent  condamnés  à 
payer  les  dettes  de  la  Martinique,  outre  50,000  liv. 
de  dommages-intérêts.  Ils  avaient  fait  demander 
des  renseignements  au  père  Lavalette,  lorsque 
survint  un  arrêt  qui  ordonnait  la  saisie  de  tous  les 
biens  de  la  Compagnie.  Le  père  Lavalette  éva- 
luait ses  dettes  à  2,400,000  livres  ;  il  se  présenta 
des  créanciers  pour  5  millions,  ce  que  les  par- 
tisans des  jésuites  attribuaient  à  de  fausses  lettres 
de  change  que  personne  ne  se  donna  la  peine 
de  contrôler  et  que  leurs  ennemis  prétendaient 
être  des  actes  collusoires  faits  dans  leurs  inté- 
rêt. Le  6  août  1761,  le  procureur  généra! 
fut  reçu  appelant  comme  d'abus  des  bulles 
ou  brefs  du  saint-siége  concernant  la  Compagnie 
de  Jésus  ;  un  arrêt  enjoignit  aux  supérieurs  des 
différentes  maisons  de  jésuites  de  remettre  au 
greffe  les  titres  de  leur  établissement  en  France. 
Une  commission  chargée  d'examiner  leur  institut 
adressa  différentes  questions  sur  les  jésuites  à 
douze  prélats.  Le  dauphin  soutenait  les  jésuites; 
le  ministre  Choiseul  encourageait  le  parlement 
à  procéder  contre  eux;  M""'  de  Pompadour, 
blessée,  à  ce  qu'on  prétend ,  de  ce  que  le  père 
Sacy  lui  avait  refusé  les  sacrements  tant  qu'elle 
ne  voudrait  pas  quitter  la  cour,  agit  aussi  contre 
les  jésuites.  Louis  XV  voulut  interposer  son 
autorité;  il  fit  dresser  un  plan  de  réforme  qui  fut 
adressé  au  pape  et  au  général  des  jésuites  ;  ce- 
lui-ci ayant  répondu  :  Sint  ut  sunt,  mit  non 
sint,  le  roi  abandonna  la  cause  de  la  Compagnie 
de  Jésus.  L'arrêt  du  parlement  avait  défendu 
aux  jésuites  de  tenir  des  collèges  et  aux  sujets 
du  roi  d'étudier  chez  les  jésuites  ou  d'entrer  dans 
cet  ordre.  Louis  XV  suspendit  pendant  un  an 
l'exécution  de  cet  arrêt;  mais  le  parlement  n'en- 
registra la  déclaration  qu'en  réduisant  cette 
suspension  à  six  mois.  Le  1^"^  avril  1762,  on  fit 
fermer  leurs  collèges.  Le  6  aotit  suivant,  le  par- 
lement, statuant  sur  l'appel  comme  d'abus,  fit 
défense  aux  jésuites  de  porter  l'habit  de  leur  so- 
ciété, de  vivre  sous  l'obéissance  du  général  ou 
autre  supérieur  de  l'ordre  et  d'entretenir  aucune 
correspondance  avec  eux ,  leur  prescrivant  de 
vider  leurs  maisons,  de  s'abstenir  de  toute  com- 
munication entre  eux,  ou  de  se  rassembler  en 
communauté ,  se  réservant  d'accorder  à  chacun 
d'eux,  sur  leur  requête ,  des  pensions  alimen- 
taires. On  leur  ôta  même  la  faculté  de  possé- 


973  LA  VALETTE 

der  aucun  bénéfice,  charge  ou  emploi,  à  moins 
qi!e  de  prêter  préalablement  un  serment  in- 
diqué par  l'arrêt.  Un  autre  arrêt  du  22  février 
1764  ordonna  que  les  jésuites  qui  voudraient 
rester  en  France  fissent  serment  d'abjurer  leur 
institut.  Enfin  le  roi,  par  un  édit  du  mois  de  no- 
vembre 1764,  qui  supprima  la  Société  de  Jésus 
en  France.  L.  Locvet. 

Senac  de  Meilhan ,  De  la  Destriu-Hon  des  Jésuites  en 
France,  dans  les  Mélanges  d'Histoire  et  de  Littérature, 
publiés  par  Crauford  et  à  la  suite  des  Mémoires  de 
Mme  Dîi  Hausset. 

LA  VALETTE  { Antoine- Marie  Cham\ns, 
cemte  de  ),  homme  politique  français,  né  à  Pa- 
ris, en  1769,  mort  dans  la  même  ville,  le  15  lé- 
vrier 1830.  Fils  d'un  honnête  marchand  ,  ses 
études  furent  médiocres.  Son  père  le  destinait  à 
l'état  ecclésiastique;  la  théologie  le  rebuta, 
et  il  entra  chez  un  procureur,  où  il  rencontra 
celui  qui  devait  être  plus  tard  le  général  Ber- 
trand .  La  prise  de  la  Bastille  excita  son  enthou- 
siame  ;  mais  il  voulait  une  révolution  modérée, 
et  dans  les  journées  des  5  et  6  octobre  il  était  à 
Versailles  comme  garde  national.  Sévère  pour 
Louis  XVI,  il  était  plein  d'admiration  pour  Ma- 
rie-Antoinette ,  et  s'indigna  de  l'inaction  dans 
laquelle  on  avait  laissé  la  garde  nationale  pen- 
dant cette  nuit.  A  la  suppression  des  couvents, 
La  Valette  fut  appelé  par  d'Ormesson  de  Noi- 
seau  ,  président  au  parlement  de  Paris,  qui  avait 
été  nommé  bibliothécaire  du  roi ,  pour  dresser 
les  catalogues  des  livres  provenant  des  monas- 
tères. Le  10  août  1792,  il  se  rendit  au\  Tuileries 
avec  sa  compagnie  ;  Louis  XVI  n'osait  se  fier 
à  la  garde  nationale,  surtout  au  bataillon  du 
faubourg  Saint-Antoine  auquel  appartenait  la 
compagnie  de  La  Valette.  Le  roi  la  passa  en 
revue,  tout  en  restant  dans  une  grande  réserve. 
L'ordre  avait  été  donné  de  repousser  la  force  par  ' 
la  force,  mais  de  ne  pas  commencer  le  feu  ;  bien 
des  gardes  nationaux  se  découragèrent.  Lorsquela 
porte  d'une  cour  des  Tuileries  fut  brisée,  La  Va- 
lette était  en  faction  avec  un  Suisse  :  le  Suisse  se 
retira  au  pas ,  selon  sa  consigne  ;  La  Valette  en 
fit  autant;  bientôt  il  n'y  eut  plus  de  royauté. 
Le  2  septembre,  La  Valette  courut  chez  quel- 
ques gardes  nationaux  pour  les  engager  à  s'op- 
poser au  massacre  des  prisonniers  de  La  Force  ; 
il  ne  rencontra  qu'indifférence  et  apathie.  Fidèle 
à  la  royauté  jusqu'au  dernier  moment,  il  signa 
les  différentes  pétitions  qui  furent  adressées  à  la 
Convention  en  faveur  de  Louis  XVI.  Après  s'être 
ainsi  compromis,  il  ne  restait  à  La  Valette  qu'un 
moyen  d'échapper  à  la  proscription  ;  c'était  de  se 
réfugier  dans  l'armée.  Il  s'enrôla  dans  la  légion 
des  Alpes,  que  Baraguey  d'Hilliers  organisait.  Il 
servit  avec  distinction,  futnommé  adjointdu  génie 
et  choisi  plus  tard  pour  aide  de  camp  de  Baraguey 
d'Hilliers,  devenu  général.  Celui-ci  s'étant  exprimé 
avec  véhémence  contre  la  journée  du  13  vendé- 
miaire fut  destitué  ;  mais  Bonaparte  lui  fit  rendre 
de  l'emploi,  et  l'envoya  comme  chef  d'état-major 
à  une  division  de  l'armée  de  l'Ouest.  La  Valette 


974 

l'y  accompagna.  Bientôt  tous  deux  passèrent 
sous  les  ordres  de  Bonaparte  en  Italie.  A  la  ba- 
taille d'Arcole ,  La  Valette  fut  élevé  au  grade  de 
capitaine  et  pris  pour  aide  de  camp  par  Bona- 
parte à  la  place  de  Muiron,  qui  avait  été  tué. 
Blessé  dans  une  mission  au  Tyrol ,  il  reçut  les 
compliments  du  général  en  chef.  Plus  tard  il  as- 
sista en  qualité  de  secrétaire  aux  négociations 
qui  pi'écédèrent  le  traité  de  Léoben.  En  l'an  v, 
Bonaparte  l'envoya  à  Paris  étudier  la  situation. 
La  Valette  tint  avec  beaucoup  d'exactitude  son 
généra!  au  courant  de  ce  qui  se  passait.  Il  refusa 
à  Barras  l'argent  que  Bonaparte  avait  promis 
sur  les  fonds  de  l'armée  d'Italie ,  ce  qui  excita 
la  fureur  des  Directeurs  et  la  colère  d'Augereau. 
Après  le  18  fructidor,  La  Valette  vint  retrouver 
son  général  au  château  de  Passeriano.  Bonaparte 
le  chargea  d'aller  demander  une  réparation  au 
sénat  de  Gênes  i>our  une  insulte  envers  des 
Français.  Ensuite  il  lui  confia  à  Rastadt  la  con- 
duite d'une  négociation  .secrète.  Content  des 
services  de  La  Valette,  Bonaparte  lui  donna  en 
mariage  Emilie-Louise  de  Beauharnais,  fille  du 
marquis  de  Beauharnais,  frère  aîné  du  premier 
mari  de  Joséphine.  Attaché  à  l'expédition  d'E- 
gypte, La  Valette  reçut,  après  la  capitulation  de 
Malte,  la  mission  d'accompagner  le  grand-maître, 
Ferdinand  de  Hompesch  {voy.  ce  mon)  jus- 
qu'à son  départ.  Parti  d'Aboukir  la  veille  du 
désastre,  La  Valette  se  rendit  au  Caire,  et  ne 
quitta  Bonaparte  que  pour  aller  à  Alexandrie 
avec  Beauchamp  et  pour  aider  Andréossi  dans 
la  reconnaissance  de  Peluse.  La  Valette  servait 
de  lecteur  au  général  en  chef.  Il  combattit  auprès 
de  Bonaparte  aux  Pyramides,  au  montThabor,  à 
Saint-Jean  d'Acre,  et  revint  avec  lui  en  France, 
et  l'aida  dans  la  journée  du  18  brumaire.  Devenu 
premier  consul,  Bonaparte  envoya  La  Valette 
traiter  avec  les  cours  de  Saxe  et  de  Hesse.  Il  le 
nomma  ensuite  administrateur  de  la  caisse  d'a- 
mortissement, et  lui  confia  l'administration  des 
postes,  d'abord  sous  le  nom  de  commissaire,  en- 
suite sous  celui  de  directeur  général.  Il  y  joignit 
les  titrés  de  conseiller  d'État,  de  comte  de  l'em- 
pire en  1808,  et  de  grand-officier  de  la  Légion 
d'Honneur  en  1811.  La  Valette  se  dévoua  tout 
entier  à  ses  fonctions.  Les  événements  de  1814 
le  rendirent  à  la  vie  privée  ;  mais  il  ne  resta  sans 
doute  pas  étranger  aux  intrigues  qui  préparèrent 
le  retour  de  Napoléon  de  l'île  d'Elbe.  «  On  l'a 
accusé  d'être  parjure,  disait  Montlosier  avec  beau- 
coup de  sens  ;  lui,  croyait  être  fidèle.  «  Le  20  mars 
1815,  apprenant  le  départ  du  roi,  il  se  rendit  à 
sept  heures  du  matin  à  l'hôtel  des  postes,  et  en 
prit  possession  au  nom  de  l'empereur.  Napoléon, 
à  son  retour,  lui  offrit  le  ministère  de  l'intérieur; 
La  Valette  le  refusa  pour  garder  l'administration 
des  postes.  Il  fut  en  outre  nommé  pair,  et  le 
22  juin  il  demandait  à  la  chambre  que  les  lois 
relatives  à  l'abdication  de  l'empereur  et  à  la 
création  d'une  commission  de  gouvernement 
fussent  envoyées  dans    les  départements  par 


975 


LA  VALETTE 


976 


des  courriers  extraordinaires.  A  la  rentrée  de 
Lonis  XVIIl  à  Paris,  La  Valette  fut  destitué  et 
compris  dans  l'ordonnance  du  24  juillet  coname 
excepté  de  l'amnistie.  La  Valette  ne  fit  rien  pour 
se  soustraire  aux  recherches  de  la  police ,  et 
fut  arrêté  chez  lui  le  18  juillet.  Le  19  novem- 
bre il  comparut  devant  la  cour  d'assises  de  la 
Seine.  On  l'accusait  de  s'être  présenté,  le 
20  mars  1815,  à  l'hôtel  des  postes,  accompagné 
du  général  Sebastiani,  d'être  entré  dans  le  cabinet 
du  comte  Ferrand,  qui  remplissait  les  fonctions 
de  directeur  général  pour  le  roi,  en  disant  :  «  Au 
nom  de  l'empereur,  je  prends  possession  de  l'ad- 
ministration des  postes  ;  «  de  s'être  opposé  au 
départ  du  comte  Ferrand  pour  Lille,  où  le  roi  s'é- 
tait retiré  ;  d'avoir  aussitôt  donné  des  ordres 
dans  les  bureaux,  convoqué  les  administrateurs, 
arrêté  les  journaux,  et  surtout  Le  Moniteur,  qui 
contenait  un  décret  contre  Napoléon,  d'avoir  dis- 
posé des  courriers  et  d'avoir  envoyé  à  Fontai- 
nebleau une  dépêche  à  Napoléon ,  au  reçu  de 
laquelle  celui-ci  se  serait  écrié  :  «  On  m'attend 
donc  à  Paris.  «  La  Valette  expliquait  son  arrivée 
à  l'hôtel  des  postes  à  sept  heures  du  matin  par 
le  désir  de  savoir  des  nouvelles  ;  c'était  par  ha- 
sard qu'il  avait  rencontré  le  général  Sebastiani 
et  l'avait  emmené  avec  lui.  Arrivé  dans  les  bu- 
reaux, il  avait  aperçu  le  comte  Ferrand ,  était 
allé  à  lui,  et  avait  à  peine  eu  le  temps  de  le  sa- 
luer que  celui-ci  s'était  retiré.  Ne  trouvant  per- 
sonne à  qui  parler,  il  n'avait  pas  voulu  laisser 
celte  administration  sans  chef,  et  avait  donné 
aux  employés  plutôt  des  conseils  que  des  ordres. 
Il  niait  la  déclaration  d'une  prise  de  possession 
officielle  et  toute  parole  d'intimidation;  s'il  était 
resté,  c'est  que  Phôtel  était  abandonné  ;  il  ne  s'é- 
tait pas  opposé  au  départ  de  son  prédécesseur 
pour  Lille  ,  il  n'avait  provoqué  aucun  des  actes 
d'administration  accomplis  sous  ses  yeux;  s'il 
avait  arrêté  Le  Moniteur,  c'était  sans  intention 
hostile,  puisqu'il  avait  arrêté  en  même  temps 
tous  les  journaux.  Il  niait  avoir  envoyé  aucune 
dépèche  officielle  avant  le  21  ;  mais  on  lui  mon- 
tra une  circulaire  signée  de  lui  et  datée  du  20, 
arrivée  à  Auxerre  le  21  dans  l'après-midi  et  à 
Beauvais  dans  la  nuit  du  20  au  21.  Mme  Fer- 
rand avait  aussi  gardé  un  papier  que  La  Valette 
avait  signé  pour  décharger  le  comte  Ferrand 
de. ses  fonctions.  Ces  preuves  étaient  accablan- 
tes. La  Valette,  déclaré  coupable,  fut  condamné 
à  mort  le  21  novembre.  Il  avait  suivi  les  débats 
avec  beaucoup  de  calme,  et  après  avoir  entendu 
son  arrêt,  il  dit  sans  émotion  à  son  avocat,  Tri- 
pier :  «  Que  voulez-vous ,  mon  ami  ?  c'est  un 
coup  de  canon  qui  m'a  frappé.  »  Il  se  pourvut  en 
cassation;  le  pourvoi  fut  rejeté.  Il  ne  restait  plus 
qu'à  implorer  la  clémence  royale  ou  à  faire  éva- 
der le  prisonnier.  La  Valette  avait  connu  en  Alle- 
magne Baudus,  avec  lequel  il  s'était  lié  et  à  qui  il 
avait  rendu  des  services.  Baudus  venait  souvent 
voir  La  Valette  à  la  Conciergerie.  W^^  de  La 
Valette  s'adressa  à  lui  pour  trouver  un  asile  où 


I  l'on  pût  cacher  son  mari  si  l'on  parvenait  à  le 
faire   sortir  de  prison.    Baudus    était  ami  de 

I  Bresson ,  ancien  conventionnel  girondin  et  son 
chef  de  division  au  ministère  des  affaires 
étrangères  ;  il  avait  entendu  dire  à  M">e  Bresson 
qu'elle  avait  fait  vœu  de  sauver  un  proscrit 
politique  quand  elle  le  pourrait,  en  souvenir 
de  l'asile  qu'un  inconnu  avait  offert  dans  les 
Vosges  à  son  mari  pendant  la  révolution.  Il  s'a- 
dressa à  Mme  Bresson,  qui  se  souvint  de  cet  en- 
gagement et  se  mit  à  la  disposition  de  M^e  de  La 
Valette.  Celle-ci  avait  demandé  une  audience  au 
roi.  Louis XVIII  était  disposé  à  l'indulgence;  La 
Valette  inspirait  de  l'intérêt  :  bienveillant,  inof- 
fensif, serviable,  il  avait  de  nombreux  et  chauds 
amisî  Mais  le  parti  ultra-royaliste,  qui  dominait 
dans  la  chambre  introuvable,  ne  voulait  pas  en- 
tendre parler  de  clémence.  Suivant  M.  Véron, 
«  le  roi  objectait  qu'en  présence  de  cette  fureur, 
il  ne  se  sentait  pas  assez  fort  pour  écouter  les 
inspirations  de  son  cœur  ;  il  disait  aussi  que  le 
sang  de  M.  de  La  Valette  épargné  en  ferait  verser 
des  torrents  ;  que  la  grâce  accordée  provoquerait 
une  explosion  qui  renverserait  le  ministère  et 
le  remplacerait  par  des  hommes  pris  dans  la 
majorité  de  la  chambre ,  probablement  par  les 
auteurs  des  catégories,  qui  prétendaient  faire 
payer  les  frais  de  la  guerre  par  ceux  qu'il  leur 
plairait  d'y  comprendre.  »  M.  Decazes,  ministre 
de  la  police,  eut  l'idée  de  faire  intervenir  la  du- 
chesse d'Angoulème.  Le  duc  de  Richelieu  se 
chargea  d'obtenir  l'assentiment  de  cette  prin- 
cesse ,  et  parvint  à  l'attendrir  ;  elle  se  réserva  de 
consulter  ses  amis.  Le  maréchal  iviarmont,  ami 
dévoué  de  La  Valette,  devait  amener  IMme  jg  La 
Valette  aux  Tuileries;  M^e  de  La  Valette  devait 
se  jeter  aux  pieds  du  roi,  en  invoquant  la  pitié 
de  la  duchesse.  Le  roi  devait  résister  d'abord, 
mais  les  prières  de  la  duchesse  devaient  le  faire 
céder.  Tout  fut  ainsi  convenu.  Le  roi  autorisa 
M.  Deccizes  à  prévenir  la  duchesse  d'Angoulème. 
Les  amis  qu'elle  consulta  la  firent  changer  d'avis, 
et  la  consigne  la  plus  sévère  fut  donnée  pour 
interdire  l'entrée  d'aucune  femme  aux  Tuileries. 
Marmont  força  pourtant  la  consigne ,  et  lorsque 
le  roi  passa  pour  se  rendre  à  la  messe,  Mme  de  La 
Valette  put  se  jeter  à  ses  genoux  ;  la  duchesse 
d'Angoulème  éprouva  un  grand  trouble  ;  mais 
elle  retint  son  élan  ;  Louis  XVIII  reçut  le  placet, 
et  fit  une  réponse  évasive.  On  a  dit,  mais  sans 
preuves,  que  Chateaubriand  avait  contribué  à 
arrêter  l'effusion  de  cœur  de  la  duchesse.  Ceci 
se  passait  le  20  décembre  1815.  Le  lendemain 
était  le  jour  fixé  pour  l'exécution  de  La  Valette. 
Le  soir,  Mme  de  La  Valette  se  fit  transporter  à 
la  Conciergerie  dans  une  chaise  à  porteurs,  ac- 
compagnée de  sa  fille,  âgée  de  quatorze  ans,  et 
d'une  vieille  gouvernante.  Les  deux  époux  dînè- 
rent ensemble  dans  un  appartement  séparé.  La 
comtesse  prit  les  vêtements  de  son  mari  et  lui 
donna  les  siens.  Pendant  ce  temps  un  domestique 
inintelligent  eut  l'imprudence  de  dire  aux  por- 


977 

teurs  qu'ils  seraient  plus  ciiargés  en  revenant, 
mais  qu'il  n'y  aurait  pas  loin  à  aller  :  «  Vingt- 
cinq  louis  à  gagner,  ajouta-t-il. — C'est  donc  M.  de 
La  Valette  que  nous  ramènerons?  »  répondit 
l'un  des  porteurs  ;  cet  homme  se  retira,  mais  en 
gardant  le  secret  qu'il  avait  deviné.  Un  char- 
bonnier le  remplaça.  Après  des  adieux  pénibles, 
trois  femmes  reparurent  dans  le  greffe  de  la 
prison;  une  d'elles,  abîmée  dans  sa  douleur,  se 
couvrait  le  visage  de  son  mouchoir  et  poussait 
des  sanglots,  s'ai>puyant  sur  l'épaule  de  la  jeune 
tille.  Le  concierge,  attendri,  l'aida  à  sortir  sans 
oser  soulever  son  voile.  Rentré  dans  la  chambre 
du  prisonnier,  il  n'y  trouva  plus  que  M"ie  de 
La  Valette  :  «  Ah  !  madame,  s'écria-t-il,  je  suis 
perdu  !  vous  m'avez  trompé.  »  Ce  qu'il  y  avait 
de  plus  singulier,  c'est  que  M^e  de  La  Valette 
était  grande  et  mince,  tandis  que  La  Valette  était 
un  petit  homme,  court,  gros  et  ramassé.  A  peu 
de  distance  du  palais  de  justice,  Baudus  reçut 
La  Valette  et  le  dirigea  vers  un  cabriolet  conduit 
par  un  ami,  qui  le  mena  rapidement  au  coin  de 
la  rue  Plumet.  Là  Bresson  attendait,  et  emmena 
à  pied  La  Valette  au  ministère  des  affaires  étran- 
gères, situé  alors  dans  la  rue  du  Bac.  En  appre- 
nant l'évasion  de  La  Valette  Louis  XVIII  dit  ces 
belles  paroles  :  «  Mme  de  La  Valette  a  seule  fait 
son  devoir.  »  Lorsque  le  roi  vit  M.  Decazes  il  le 
reçut  par  ces  mots  :  <--  Vous  verrez  qu'on  dira  que 
c'est  nous.  »  La  chambre  des  députés  se  montra 
en  effet  très-irritée.  La  droite  s'en  prit  au  mi- 
nistère ;  une  proposition  de  mise  en  accusation 
fut  déposée  par  Humbert  de  Sesmaisons.  La 
proposition  fut  prise  en  considération,  une  com- 
mission nommée,  le  rapporteur  choisi.  Le  rap- 
port devait  conclure  à  une  adresse  au  roi  dans 
laquelle  la  chambre  déclarerait  que  les  ministres 
de  la  police  et  de  la  justice,  M.  Decazes  et  Barbé- 
Marbois,  avaient  perdu  la  confiance  de  la  nation. 
Louis  XVllI,  informé  de  ce  projet,  fit  savoir  à  la 
commissionque  sa  réponse  serait  celle-ci  :  «  Vous 
parlez  de  la  confiance  de  la  nation!  eh  bien,  je 
la  consulterai.  »  Cette  menace  de  dissolution  fit 
adopter  le  rapport.  La  Valette  resta  caché  à 
Paris  jusqu'au  10  janvier  1816.  Ce  jour-là,  à  huit 
heures  dû  soir,  ilserenditàpiedavecunamichez 
le  capitaine  anglais  Hutchinson  ;  de  cet  endroit, 
sous  l'uniforme  de  colonel  anglais  et  sous  le  nom 
supposé  de  Losak,  il  fut  emmené  en  calèche  dé- 
couverte par  legénéralanglaisRobertWilson,  qui 
avait  été  autrefois  l'ennemi  acharné  de  Napoléon. 
Tous  deux  franchirent  sans  encombre  la  barrière 
et  arrivèrent  àMons,  où  ils  se  séparèrent.  Wilson 
revint  à  Paris,  où,  poursuivi  avec  deux  de  ses 
compatriotes,  Bruce  et  Hutchinson,  il  fut  défendu 
par  M.  Dupin  aîné.  Les  trois  Anglais  furent  con- 
damnés à  trois  mois  d'emprisonnement ,  mini- 
mum  de  la  peine  ;  le  porte-clefs  fut  condamné  à 
deux  années.  M""^  de  La  Valette  arrêtée  d'abord, 
puis  mise  provisoirement  en  liberté,  fut,  ainsi  que 
la  gouvernante  Dutoit,  renvoyée  de  la  prévention, 
quoiqu'elle  eût  persisté  à  prendre  sur  elle  seule 


LA  VALETTE  978 

le  plan,  la  conduite  et  l'exécution  de  l'entre- 
prise. La  Valette  se  retira  en  Bavière,  auprès  de 
son  parentEugène  de  Beauharnais,  jusqu'au  jour 
où  des  lettres  de  grâce  de  Louis  XVlII  lui  per- 
mirent de  revenir  en  France  en  1822.  La  comtesse 
de  La  Valette  avait  perdu  la  raison,  et  ne  la  re- 
couvra pas  en  revoyant  son  mari.  La  Valette,  de 
retour  à  Paris,  vécut  dans  une  obscurité  complète 
jusqu'à  sa  mort.  La  comtesse  lui  survécut  jus- 
qu'au mois  de  juin  1855.  Sa  fille  était  devenue  la 
baronne  de  Forget.  Les  deux  époux  La  Valette 
sont  inhumés  au  cimetière  du  Père-Lachaise,  où 
un  bas-relief  de  leur  mausolée  rappelle  le  dé- 
vouement de  W^^  de  La  Valette.  L'empereur 
avait  mentionné  La  Valette  dans  son  testament  et 
l'avait  compris  pour  une  somme  de  300,000  fr. 
dans  ses  legs  ;  La  Valette  reçut  60,235  fr.  sur 
l'argent  laissé  en  dépôt  chez  Laffitte  ;  204,055  fr. 
ont  été  attribués  à  ses  héritiers  par  un  décret 
de  1855.  La  Valette  avait  commencé  en  Bavière 
des  Mémoires,  qu'il  acheva  à  Paris ,  et  qui  ont 
paru  sous  ce  titre  :  Mémoires  et  Souvenirs  du 
comte  de  La  Valette ,  publiés  par  sa  famille  et 
sur  ses  manuscrits,  précédés  d'une  notice  par 
M.  Cuvilier-Fleury  ;  Paris,  1831,  2  vol.  in-8". 

L.  LOCVET. 

La  Valette,  Mém.et  Souvenirs.  —  Véron,  Mém.  d'un 
Bourgeois  de  Paris,  t.  II.  —  f^ie  politique  et  militaire 
de  Marie  Ckamans  de  La  f^alette ;  Paris,  1816,  in-12  ; 
Lille,  1816,  ln-12.  —  Notice  biographique  sur  le  comte  de 
La  y'alette;  Paris,  1830,  in-8°.  — -Peuchet,  Mém.  tirés 
des  archives  de  la  Police  de  Paris.  —  Moniteur,  1815- 
1816.  —  P.  Chamrobert,  dans  VEncyc.  des  Gens  du  Monde. 
—  C.  Mullié,  Biogr.  des  cèlébr.  militaires.  —  Bourque- 
lotet  Maury,  La  Littér.  Franiç.  contemp. 

*  LA  VALETTE  (  Charles-Jean-Marie-FéUx, 
marquis  de  ) ,  diplomate  et  sénateur  français, 
né  à  Senlis  (  Oise) ,  le  25  novembre  1806,  était 
chargé  d'affaires  près  le  gouvernement  persan , 
lorsque  le  roi  Louis-Philippe  le  rappela,  en  1840, 
pour  lui  confier  une  mission  à  Londres.  Le 
25  juillet  1843  il  fut  nommé  premier  secrétaire 
d'ambassade ,  consul  général,  agent  politique  en 
Egypte.  De  retour  en  France ,  le  ministre  des 
affaires  étrangères  le  désigna ,  en  novembre 
1845,  pour  remplir  une  mission  importante  au- 
près d'Ibrahim-Pacha.  L'année  suivante  M.  de 
Lavalette  fut  nommé  ministre  plénipotentiaire 
près  l'électeur  de  Hesse.  Vers  le  même  temps , 
il  fut  envoyé  à  la  chambre  des  députés  par  l'ar- 
rondissement de  Bergerac.  Le  20  février  1851  il 
fut  nommé  envoyé  extraordinaire  et  ministre 
plénipotentiaire  près  la  Sublime  Porte ,  où  il  fut 
remplacé  par  M.  Thouvenel.  Le  23  juin  1853  il 
fut  élevé  à  la  dignité  de  sénateur.  S—». 
Documents  part. 

^^  LAVALETTE  (Le  vicomte  Adrien  de  ),  pu- 
bliciste  français,  né  à  Paris,  en  1815.  Il  dirigea 
longtemps  VÉcho  du  Monde  savant,  travailla 
à  divers  recueils  scientifiques  et  littéraires.  Le 
2  février  1848,  il  envoya  à  la  Gazette  de  France 
une  protestation  motivée  contre  l'adoption  de  la 
forme  républicaine  sans  qu'une  assemblée  na- 
tionale eùtété  convoquée.  La  Gazette  n'ayant  pas 


979 


LAVALETTE  —  LA  VALLEi: 


980 


inséré  son  article,  M.  de  Lavalette  résolut  de 
créer,  dès  le  29,  L'Assemblée  Nationale,  joarnHl 
destiné  à  soutenir  la  lusion  des  deux  branches 
de  la  maison  de  Bourbon,  et  dont  il  abandonna 
bientôt  la  direction.  Suspendu  pendant  deux 
mois  en  1856,  ce  journal  reparut  sous  le  titre 
du  Spectateur,  et  fut  définitivement  supprimé 
après  l'attentat  du  14  janvier  1858  contre  la  per- 
sonne de  l'empereur.  G.  de  F. 

Documents  part. 

I.A   VALLÉE  (  Gtiillaume- François    Fod- 

QUES    DES    HaVES    DES     FOÎSTAINES    DE  )  ,     autCUf 

dramatique  français,  né  à  Caen,  en  1733,  mort 
à  Paris,  le  21  novembre  1825.  Il  fut  successive- 
ment secrétaire  des  commandements  du  duc  de 
Deux-Ponts,  censeur  royal,  inspecteur  de  la  li- 
brairie, secrétaire  ordinaire  et  bibliothécaire  de 
Monsieur  (  depuis  Louis  XVIII  ).  La  révolution 
le  priva  de  ses  places  et  d'une  pension  de  quatre 
mille  francs  ;  néanmoins,  il  accepta  franchement 
les  idées  nouvelles,  et  répara  ses  pertes  en  mul- 
tipliant ses  publications  littéraires.  De  mars 
1 800  jusqu'à  avril  180  ! ,  il  fut  membre  du  jury  de 
lecture  de  l'Opéra.  Après  la  restauration,  il  ob- 
tint une  pension  de  deux  mille  francs,  et  mourut 
à  quatre-vingt-douze  ans,  doyen  des  hommes  de 
lettres.  Il  fut  l'un  des  fondateurs  des  Dîners  du 
Vaudeville,  et  l'un  des  plus  féconds  chansonniers 
français.  Ses  pièces  de  théâtre  sont  aussi  très- 
nombreuses.  Son  association  avec  Barré  et  Radet 
fit  naître  une  foule  d'écrits  charmants,  arlequi- 
nades,  parodies,  revues,  pièces  de  circonstance , 
sur  le  succès  desquels  se  fonda  longtemps  la 
fortune  des  théâtres  de  second  ordre.  On  cite  de 
de  La  Vallée  des  Fontaines  :  Lettres  de  Sophie 
et  du  chevalier  de  ***,  pour  servir  de  supplé- 
ment aux  Lettres  du  marquis  de  Roselle  (  par 
W^"  Élie  de  Beaumont);  Paris,  1765,  2  vol. 
in-8°  ;  —  La  Dot,  comédie  en  trois  actes  mêlée 
d'ariettes  (Théâtre-Italien);  Paris,  1785,  in-8°; 

—  L'Incendie  du  Havre,  id.  ;  Paris,  1786,  in-8°  ; 

—  Fanchette,  ou  Vheureuse  épreuve,  comédie 
en  deux  actes  mêlée  d'ariettes;  Paris,  1788 
et  1810,  in-8°  ;  —  Le  Distrait  de  Village ,  Am- 
bigu,  un  acte  mêlé  de  vaudevilles;  Paris,  1790, 
in-8°  ;  —  Le  Tombeau  de  Desilles ,  anecdote , 
un  acte;  1790;  —  Le  Dîner  imprévu,  théâtre 
du  vaudeville;  1792;  —  Arlequin- Afficheur, 
comédie  parade,  un  acte,  mêlée  de  vaudevilles; 
1792.  Cette  parade  eut  une  vogue  immense,  due 
surtout  au  talent  de  Laporte,  qui  jouait  Arlequin. 
Ce  fut  longtemps  le  prologue  obligé  des  pre- 
mières représentations  ;  —  L'Union  Villageoise, 
scène  patriotique,  mêlée  de  vaudevilles;  Paris, 
an  II,  in-8°.  On  crut  saisir  dans  cette  pièce,  jouée 
le  3  janvier  1793,  une  allusion  en  faveur  de 
Louis  XVI,  alors  en  jugement;  îce  passage,  ap- 
plaudi par  une  certaine  partie  du  public,  valut 
aux  auteurs  une  détention  de  plusieurs  mois  à 
La  Force;  — Xes  Vieux  Époux,  com.-vand.; 
Paris,  an  ii  (1794),  in-8°;  —  Clitophon  et  Leu- 
cippe;  1795,  in-18;  —  La  Fille  soldat,  fait 


historique,  com.-vaud.;  Paris,  an    ni  (1795), 
in-8°.  Des  Fontaines  de  La  Vallée  a  collaboré  à 
la  Nouvelle  Bibliothèque  des  Romans. 
E.  Desnues. 
Moniteur,  an  ii,  1793   (65).  —  Quérard,  La  France 
Littër. 

LA  VALLÉE  (  Joseph  ) ,  marquis  de  Bois-Ro- 
bert, littérateur  français,  né  le  23  août  1747,  à 
Dieppe,  mort  le  28  février  1816,  à  Londres.  Ap- 
partenant à  une  famille  noble  ,  il  était  capitaine 
au  régiment  de  Champagne  avant  la  révolu- 
tion (1).  Ayant  adopté  avec  chaleur  les  nouveaux 
principes  politiques,  il  fit  partie  de  la  Légion 
d'Honneur  comme  chevalier  dès  la  création,  et 
devint  un  peu  plus  tard  chef  de  division  de  la 
chancellerie  de  l'onlre.  Au  commencement  de  la 
restauration  il  perdit  cette  place,  qu'il  avait  due 
à  l'amitié  de  Lacépède.  et  se  retira  à  Londres. 
Il  fut  membre  du  Musée,  puis  secrétaire  per- 
pétuel de  la  Société  Philotechnique.  Familiarisé 
avec  plusieurs  langues  de  l'Europe,  il  réu- 
nissait une  instruction  variée ,  beaucoup  d'es- 
prit ,  de  la  facilité  et  une  connaissance  appro- 
fondie de  la  théorie  des  arts.  Parmi  ses  nom- 
breux écrits,  nous  citerons  :  Les  Bas-Reliefs  du 
dix-huitième  siècle;  Londres  (Paris),  1786, 
in-12;  —  Confession  de  l'année  1785;  Paris, 
1786,  in-18;  —  Cécile,  fille  d'Achmet  III, 
empereur  des  Turcs  ,née  en  1710;  ibid.,  1788, 
2  vol.  in-12,  roman  plusieurs  fois  réimprimé; 

—  Éloge  de  Lemierre ,  en  prose  ;  —  Le  Nègre 
comme  il  y  a  peu  de  blancs;  Madras  et  Paris, 
1789,  3  vol.  in-12  ;  —  Le  Serment  civique,  ou 
les  Lorrains  patriotes  ;  Nancy,  1790,  pièce  en 
un  acte;  —  Tableau  philosophique  du  règne 
de  Louis  XIV,  ou  Louis  XIV  jugé  par  un 
Français  libre;  Strasbourg,  1791,  in-8°;  —  La 
Vérité  rendue  aux  lettres  par  la  liberté ,  ou 
de  l'importance  de  l'amour  de  la  vérité 
dans  l'homme  de  lettres;  ibid.,  1791,in-8°;  — 
Le  Départ  des  Volontaires  villageois  pour  les 
frontières;  Lille,  1793,  comédie  en  un  acte; 

—  Manlius  Torquatus,  ou  la  discipline  ro- 
maine; Paris,  1794,  tragédie  en  trois  actes;  — 

—  Semaines  critiques,  ou  les  gestes  de  l'an  V ; 
ibid.,  1797,  4  vol.  in-S"  :  ce  journal,  rare  et  pi- 
quant, rédigé  sousle  pseudonyme  de  Nantivel,  fut 
supprimé  le  4  septembre  1797  (18  fructidor);  — 
Les  Dangers  de  l'Intrigue;  ibid.,  1798,  4  vol. 
in-12,  roman;  —  Éloge  historiqtie du  général 
Marceau ;ib\A.,  1797,  in-8°;  —  Poème  sur  les 
tableaux  d'Italie;  ibid.,  1798,  in-§";  —  Éloge 
deDesaix  ;  ibid.,  1800,  in-8°  ;  —  Éloge  de  Jou- 
bert;ih\<i.,  1800;  —  Voyage  dans  les  départe- 
ments de  la  France  par  une  société  d'artistes 
et  de  gens  de  lettres;  ibid.,  1792-1800,  13  vol. 
in-8°,  avec  cartes  et  estampes  ;  cet  ouvrage,  rédigé 

())  «  Une  passion  familière  aux  Grecs,  dit  un  biograptie, 
mais  que  nos  mœurs  font  considérer  comme  honteuse, 
le  fit  enfermer  à  la  Bastille,  sur  la  demande  de  sa  fa- 
mille; il  n'en  sortit  qu'en  1789.  Indigné  de  la  sévérité 
de  ses  parents,  il  cessa  de  porter  leur  nom,  et  se  fit  plé- 
béien sous  celui  de  La  Vallée.  •> 


981 


LA  VALLÉE  —  LA  VALLIÈRE 


avec  trop  de  précipitation,  renferme  de  nom- 
breuses erreurs  et  porte  le  cachet  de  l'exagéra- 
tion révolutionnaire;  ce  fut  La  Vallée  qui  en 
écrivit  le  texte;  —  Voyage  pittoresque  de 
l'Istrie  et  de  la  Balmatie  ;  ibid.,  1802,  gr.  in-fol.  : 
rédigé  d'après  l'itinéraire  du  peintre  Cassas;  — 
Lettre  d'un  Mameluck,  ou  tableau  moral  et 
critique  de  quelques  parties  des  inœurs  de 
Paris;  ibid.,  1803,  in-8°  :  livre  plein  de  sens  et 
de  gaîté,  bien  qu'il  ait  le  désavantage  de  rappeler 
les  Lettres  persanes  de  Montesquieu  ;  —  Poëme 
épique  sur  les  exploits  de  Bonaparte  ;  ibid., 
1803  :  trad.  du  grec  moderne  de  Condou;  — 
Voyage  au  cap  Nord;  ibid.,  1804,  3  vol.  in-S°  : 
trad .  de  Joseph  Acerbi  avec  Petit-Radel  ;  — 
Annales  nécrologiques  de  la  Légion  d'ffon- 
neur,  ou  notices  sur  la  vie,  les  actions  d'é- 
clat, etc.,  des  membres  de  la  Légion  d'Hon- 
neur, rédigées  d'après  des  mémob'es  authen- 
tiques; ibid.,  1807,in-8°,  avec  portr.  :  ouvrage 
qui  devait  être  continué  chaque  année,  mais 
dont  il  n'a  paru  que  le  tome  P"",  réimprimé  en 
181 1;  — Histoire  des  Inquisitions  religieuses 
d'Italie,  d'Espagne  et  de  Portugal  jusqu'à 
la  conquête  de  l'Espagne;  ibid.,  1809,  2  vol. 
in-8",  compilation  tirée  des  écrits  de  MarsoUier; 
—  La  Nature  et  les  Sociétés  ou  Arianne  et 
Gualter;  ibid.,  1815,  4  vol.  in-12  :  roman  qui 
a  été  reproduit  sous  le  titre  :  L'Orpheline  aban- 
donnée dans  Vile  déserte;  1816;  —  Histoire 
de  l'origine  des  progrès  et  de  la  décadence 
des  diverses  factions  qui  ont  agité  la  France 
depuis  1789  jusqu'à  l'abdication  de  Napoléon; 
ibid.,  1817,  3  vol.  in-8°  :  ouvrage  posthume.  En 
outre  La  Vallée  est  auteur  d'un  grand  nombre 
de  poésie  insérées  dans  l'Almanach  des  Muses 
et  autres  recueils,  du  texte  de  la  Galerie  du 
Musée  Napoléon  de  Filhol,  depuis  la  X^  li- 
vraison, et  du  Discours  préliminaire  de  l'his- 
toire du  couronnement  par  Dusaulchoy;  il  a 
travaillé  à  beaucoup  de  journaux ,  entre  au- 
tres à  La  Quotidienne,  au  Journal  des  Arts, 
au  Journal  des  Défenseurs  de  la  Patrie ,  etc. 
Deux  de  ses  poèmes,  L'Art  théâtral  et  Les 
Saisons,  sont  restés  inédits.  K. 

Arnault,  Jay,  Jouy  et  Norvins,  Biogr.  nouv.  des  Con- 
temp.  —  Quérard,  La  France  Littéraire.  —  Fastes  de  la 
Légion.  d'Hon. 

*  LA  VALLÉE  (Joseph- Adrien-Félix),  litté- 
rateur français,  né  à  Paris,  le  8  aoiit  1801.  II 
étudia  le  droit,  qu'il  abandonna  bientôt  pour  .se 
livrer  à  l'étude  de  l'histoire.  On  a  de  lui  ;  L'Es- 
pagne;  Paris,  1844  et  1847,  2  vol.  in-8o  ;  dans 
Y  Univers  Pittoresque; —  La  Chasse  de  Gas- 
ton Phœbus,  comte  de  Foix,  envoyée  par  lui 
à  Messire  Philippe  de  France,  duc  de  Bour- 
gogne, collationnée  sur  un  manuscrit  ayant  ap- 
partenu à  Jean  P"^  de  Foix,  avec  des  notes  et  la 
vie  de  Gaston  Phœbus;  Paris,  1854,  in-8";  — 
Le  Code  du  Chasseur,  en  commun  avec  M.  Ber- 
trand; 1841;  —  La  Chasse  à  tir  en  France, 
ouvrage  illustré  de  trente  vignettes  sur  bois 


9S2 
dessinées  par  F.-Grenier  ;  Paris ,  1854,  in-12; 

—  Jm  Chasse  à  Courre  en  France;  Paris, 
18-56,  in-12.  M.  J.  Lavallée,  aujourd'hui  frappé 
de  cécité,  avait  fondé  en  1836  le  Journal  des 
Chasseurs.  F.  D. 

Documents  particuliers. 

J  LAVALLÉE  (  Théophile-Sébastien  ) ,  histo- 
rien français,  né  à  Paris,  le  13  octobre  1804.  Entré 
en  1 826,  comme  répétiteur  de  mathématiques  à  l'É- 
cole spéciale  militaire  de  Saint-Cyr,  il  y  d«vint  suc- 
cessivement répétiteur  d'histoire  et  professeur  de 
géographie  et  de  statistique  appliquées  à  l'art  mili- 
taire. On  a  de  lui  :  Je^in  sans  Peur,  scènes  his- 
toriques ;P3.ns,  1829-1830,  2  vol.  ia-8°  :  ouvrage 
qui  parut  sans  nom  d'auteur;  —  Géographie  Phy- 
sique, Historiqueet  Militaire  ;  Paris,  1 836,in- 1 2 
et  in-8°;  1846,  1858,  in-12;  —  Histoire  des 
Français  depuis  le  temps  des  Gaulois  jus- 
qu'en 1830;Paris,  1838-1839,  3  vol.  in-S"  ;  1842, 
1844,  4  vol.  in-18;  1844,  2  vol.  in-8°;  1847, 
1854,  4  vol.  in-18,  et  2  vol.  in-8°;  —  His- 
toire de  Paris  ;  Paris,  1851,  in-8"  ;  1857,  2  vol. 
in-18;  —  Atlas  de  Géographie  militaire, 
adoptée  à  l'école  de  Saint-Cyr,  avec  des  tableaux 
de  statistique;  Paris,  1851,  in-fol.  ;  —  Histoire 
de  la  Maison  royale  de  Saint-C-yr  ;  Paris,  1853, 
in-8°  :  ouvrage  qui  a  été  couronné  par  l'Académie 
Française,  dont  il  a  obtenu  le  second  prix  Gobert  ; 

—  Histoire  de  l'Empire  Ottoman;  Paris,  1854, 
in-8°.  M.  Th.  Lavallée  a  continué  la  traduction  de 
l'Histoire  d'Angleterre  de  Lingard  par  M.  Léon 
de  Wailly ,  1844,  et  refondu  la  Géographie  uni- 
verselleàe  Malte-Brun;  Paris,  1855-1859,  6  vol. 
in-8°.  Il  a  commencé  en  1854  à  faire  paraître  les 
Œtivres  de  M^^  de  Maintenon,  publiées  pour 
la  première  fois  d'après  les  manuscrits  et 
copies  authentiques,  avec  un  commentaire 
et  des  notes;  ces  œuvres  doivent  former  10  vol. 
in-18.  L.  L— T. 

Documents  parliculiers.  —  Bourquelot  et  Maury,  La 
Littér.  Franc,  contemp. 

LA  VA  LLiÈRE(Fr'fl!nçoise-£oMise  de  La  Baume 
Le  Blanc,  duchesse  de  ),  femme  française,  cé- 
lèbre par  son  amour  pour  le  roi  Louis  XIV,  bap- 
tisée à  Tours,  le  7  août  1644,  morte  dans  le 
couvent  des  Carmélites  du  faubourg  Saint-Jac- 
ques, le  6  juin  1710.  Elle  était  tille  de  messire 
Laurent  de  La  Baume  Le  Blanc,  chevalier,  sei- 
gneur de  La  Vallière,  capitaine  lieutenant  de 
la  mestre-camp  de  la  cavalerie  légère,  et  de 
dame  Françoise  Le  Prévost.  E4le  perdit  de  bonne 
heure  son  père ,  gouverneur  du  château  d'Am- 
boise.  Sa  mère,  remariée  au  baron  de  Saint-Remy , 
premier  maître  d'hôtel  de  la  duchesse  d'Orléans, 
belle-sœur  de  Louis  Xlll,  l'amena  à  la  cour. 
Choisy  la  connut  alors  :  «  J'en  parle  avec  plaisir, 
dit-il  dans  ses  Mémoires.  J'ai  passé  mon  enfance 
avec  elle.  Mon  père  étoit  chancelier  de  feu  Mon- 
sieur, et  sa  mère  étoit  femme  du  premier  maifre 
d'hôtel  de  feu  Madame.  Nous  avons  joué  ensemble 
plus  décent  fois  à  colin-maillard  et  à  lacligne-mu- 
M  tte.  "Quand lefrèreuniquede Louis XIV épousa 


983  LA  VALLIÈRE 

Henriette  d'Angleterre,  M"c  de  La  Vallière  fut 
placée  auprès  d'elle  en  qualité  de  fille  d'honneur. 
C'est  là  que  Louis  XIY  la  vit  et  l'aima.  11  était 
alors  dans  tout  l'éclat  de  la  jeunesse,  ayant  à 
peine  six  ans  de  plus  qu'elle,  qui  ea  avait  dix-sept. 
«  Quel  domiaage  qu'il  soit  roi  !  »  disait  un  jour 
Mi'e  de  La  Vallière.  Ce  naot  piqua  Louis  XIV,  et 
décida  son  amour  pour  elle.  Choisy  nous  en  a 
laissé  ce  portrait  :  «■  Mademoiselle  de  La  Vallière 
n'étoît  pas  de  ces  beantez  toutes  parfaites  qu'on 
admire  souvent  sans  les  aimer.  Elle  étoit  fort 
aimable,  et  ce  vers  de  La  Fontaine  : 

Et  la  grâce,  plus  belle  encor  que  la  beauté, 
semble  avoir  été  fait  pour  elle.  Elle  avoit  le 
teinfbeau,  les  cheveux  blonds,  le  sourire  agréa- 
ble, les  yeux  bleux,  et  le  regard  si  tendre  et  en 
même  temps  si  modeste  qu'il  gagnoit  le  cœur  et 
l'estime  au  même  moment.  Au  reste,  assez  peu 
(l'esprit,  qu'elle  ne  laissoit  pas  d'orner  tous  les 
jours  par  une  lecture  continuelle.  »  A  cette  pein- 
ture la  duchesse  d'Orléans,  Elisabeth-Charlotte , 
«  ajoute  :  Ses  regards  avoient  un  charme  inexpri- 
mable. Elle  avoit  une  taille  fine  f  ses  yeux  me  pa- 
roissoient  bien  plus  beaux  que  ceux  de  M™^  de 
Montespan.  Tout  son  maintien  étoit  modeste.  Elle 
boitoitlégèreraent,maiscelanelui  alloitpasmal.  » 
Elle  avait  un  son  de  voix  adorable ,  et  les  vers 
mélodieux  de  Racine  semblaient  faits  tout  ex- 
près pour  son  organe,  d'après  ce  que  dit  M"'=  de 
Sévigné.  Elle  avait  de  la  droiture,  de  la  douceur 
et  une  sincérité  qui  allait  jusqu'à  la  naïveté. 
Accoutumée  à  voir  sans  cesse  Louis  XIV  lui 
rendre  hommage,  elle  conçut  d'abord  la  plus 
grande  admiration  pour  lui,  puis  une  affection 
plus  vive.  Elle  essaya  de  lutter  contre  des  senti- 
ments qui  n'étaient  pas  légitimes  ;  mais  la  force 
lui  manqua  bientôt.  Ce  fut  à  Fontainebleau  que 
l'intimité  de  sa  liaison  avec  le  roi  commença,  en 
1661.  Choisy  achève  ainsi  le  portrait  de  La  Val- 
lière au  moral  :  «  Point  d'ambition,  point  de  vues, 
plus  attentive  à  songer  à  ce  qu'elle  aimoit  qu'à 
lui  plaire ,  toute  renfermée  en  elle-même  dans 
sa  passion ,  qui  a  été  la  seule  de  sa  vie  ;  pré- 
férant l'honneur  à  toutes  choses ,  et  s'exposant 
plus  d'une  fois  à  mourir  plutét  qu'à  laisser  soup- 
çonner sa  fragilité;  l'humeur  douce,  Hbérale, 
timide ,  n'ayant  jamais  oubhé  qu'elle  faisoit  mal, 
espérant  toujours  rentrer  dans  le  bon  chemin  ; 
sentiment  chrétien  qui  a  attiré  sur  elle  tous  les 
trésors  de  la  miséricorde  en  lui  faisant  passer 
une  longue  vie  dans  une  joye  solide  et  même 
sensible  d'une  pénitence  austère...  Depuis  qu'elle 
eut  tâté  des  amours  du  roy,  elle  ne  voulut  plus 
voir  ses  anciens  amis,  ni  même  en  entendre 
parler,  uniquement  occupée  de  sa  passion,  qui 
lui  tenoit  lieu  de  tout.  Le  roy  n'exigeoit  point 
d'elle  cette  grande  retraite  ;  il  n'étoit  pas  fait  à 
être  jaloux  et  encore  moins  à  être  trompé.  Enfin 
elle  vouloit  toujours  voir  son  amant  ou  songer 
à  lui  sans  être  distraite  par  des  compagnies  indif- 
férentes. »  Louis  XIV  éprouva  donc  avec  La  Val- 
lière le  plaisir,  bien  rare,  d'être  aimé  pour  lui- 


984 
même.  «  Mme  de  La  Valière  était  née  tendre  et 
vertueuse,  dit  M™':  de  Caylus  ;  elle  aima  le  roi  et 
non  la  royauté.  »  E41e  n'avait  pas  d'ailleurs  manqué 
d'adorateurs.  Loménie  de  Brienne,  très-jeune  se- 
crétaire d'État ,  qui  s'était  mis  sur  les  rangs,  re- 
connut bientôt  sa  méprise  ;  il  fit  sa  retraite  en 
homme  d'esprit  et  d'honneur  ;  Fouquet  (  voy. 
ce  nom  )  fut  moins  adroit.  Il  lui  avait  fait,  dit- 
on,  offrir  de  l'argent  :  son  offre  fut  repoussée  avec 
indignation;  il  ne  se  tint  pas  pour  battu,  et  après 
avoir  appris  à  quel  rival  il  avait  affaire,  il  s'i- 
magina probablement  de  faire  sa  cour  en  renou- 
velant ses  offres.  D'après  Walckenaër,  «  la  douce, 
la  modeste  La  Vallière,  qui  ne  voyait  dans  le 
jeune  et  beau  Louis  que  l'amant  et  non  le  roi , 
rougit  en  écoutant  le  surintendant,  et  se  retira 
sans  lui  répondre.  En  faisant  à  son  amant  le  sa- 
crifice de  sa  vertu ,  elle  avait  obtenu  de  lui  qu'un 
voile  épais  couvrirait  leurs  amours.  Qu'on  juge 
de  sa  surprise,  de  sa  douleur!  Elle  redit  tout 
au  roi  en  versant  d'abondantes  larmes.  Sa  fureur 
fut  grande  contre  le  surintendant.  »  On  sait  que 
Louis  Xr\'^  se  vengea  plus  tard  de  Fouquet  d'une 
manière  bien  cruelle. 

Pendant  deux  ans  M'ie  de  La  Vallière  fut  l'objet 
cachédetous  les  amusements  et  de  toutes  les  fêtes 
qui  se  donnèrent  à  la  cour.  Un  jeune  valet  de 
chambre  du  roi  composait  des  récits  que  l'on  mê- 
lait à  des  danses  tantôt  chez  la  reine,  tantôt  chez 
Madame,  récits  dans  lesquels  on  exprimait  mys- 
térieusement la  flamme  de  deux  cœurs  qui  brû- 
laient en  secret.  Parmi  les  divertissements  publics 
qui  furentdonnés  en  l'honneur  de  La  VaUière,  on 
cite  le  carrousel  de  1662,  qui  eut  lieu  devant  le 
château  des  Tuileries  dans  une  vaste  enceinte  ap- 
peléedepuis  Vàplace  du  Carrousel.  En  1664,  dans 
une  autre  fête  donnée  à  Versailles,  le  roi  chercha 
encore  davantage  à  plaire  à  La  Vallière.  Elle  devint 
enceinte;  mais  elle  cacha  si  bien  sa  grossesse  que 
la  cour  ne  s'en  aperçut  pas ,  et  que  la  reine  n'en 
eut  aucun  soupçon.  M"*' de  La  Vallière  eut  quatre 
enfants  de  Louis  XIV  ;  deux  seulement  vécurent  : 
Marie-Anne  de  Bourbon,  nommée  M'ie  de  Blois, 
née  en  1666,  et  le  comte  de  Vermandois ,  né  en 
1667.  La  même  année,  le  roi  érigea  en  duché, 
par  lettres  patentes,  deux  terres  qu'il  acheta  pour 
M"*  de  La  Vallière,  sa  fille  et  ses  descendants  (1). 


(1)  Ces  lettres  patentes  sont  ainsi  conçues  :  «  Nous 
avons  cru  par  cet  acte  ne  pouvoir  mieux  exprimer  dans 
le  public  l'estime  toute  particulière  que  nous  faisons  de 
notre  très-chère,  bien  aimée  et  très  féale  Louise  Fran- 
çoise de  La  Vallière  qu'en  lui  conférant  les  plus  hauts 
titres  d'honneur  qu'une  affection  très-singulière  excitée 
dans  notre  cœur  par  une  infinité  de  rares  perfections 
nous  a  inspirée  depuis  quelques  années  en  sa  faveur;  et 
quoique  sa  modestie  se  soit  souvent  opposée  au  désir 
que  nous  avions  de  l'élever  plus  tôt  dans  un  rang  pro- 
portionné à  notre  estime  et  à  ses  bonnes  qualités,  néan- 
moins l'affection  que  nous  avons  pour  elle  et  la  justice 
ne  nous  permettant  plus  de  différer  les  témoignages  de 
notre  reconnaissance  pour  un  mérite  qui  nous  est  connu, 
ni  de  refuser  plus  longtemps  à  la  nature  les  effets  de 
notre  tendresse  pour  Marie- Anne,  notre  fille  naturelle, 
en  la  personne  de  sa  mère,  nous  lui  avons  fait  acquérir 
de  nos  deniers  la  terre  de  Vaujour  en  Touraine,  et  la 


985 


Peu  de  temps  après  le  roi  légitima  la  naissance 
des  enfants  de  M"e  de  La  Vallière.  Ces  honneurs 
qui,  selon  l'expression  de  Saint-Simon,  «éter- 
nisaient la  mémoire  de  sa  faute,  »  désespé- 
raient Mlle  de  La  Vallière.  Elle  voulait  croire 
que  personne  ne  devait  connaître  ses  faiblesses. 
Elle  appelait  sa  fille  Mademoiselle;  cette  prin- 
cesse l'appelait  belle  maman.  Au  milieu  de  sa 
plus  grande  fortune,  elle  se  fit  peindre  par  Mi- 
gnard,  placée  entre  ses  deux  enfants,  tenant  à  la 
main  un  chalumeau  d'où  pendait  une  bulle  de 
savon  autour  de  laquelle  on  lisait  :  Sic  transit 
gloria  mundi.  Longtemps  après.  M""  de  Sévi- 
gné  la  traitait  de  «  petite  violette  qui  se  cachoit 
sous  l'herbe,  et  qui  étoit  honteuse  d'être  maî- 
tresse, d'être  mère,  d'être  duchesse.  Jamais  il 
n'y  en  aura  sur  ce  moule.  »  Son  bonheur  passa 
vite  pourtant.  Ses  couches  altérèrent  sa  santé. 
«  Le  roi,  suivant  le  récit  de  M^^  de  Caylus,  prit 
de  l'amour  pour  M™^  de  Montespan  dans  le  temps 
qu'il  vivait  avec  M^'^de  La  Vallière  en  maîtresse 
déclarée,  etM™e  de  Montespan,  en  maîtresse  peu 
délicate,  vivait  avec  elle  :  même  table  et  presque 
même  maison.  Elle  aima  mieux  d'abord  qu'elle  en 
usât  ainsi,  soit  qu'elle  espérât  par  là  abuser  le  pu- 
blic et  son  mari,  soit  qu'dle  ne  s'en  souciât  pas, 
ou  que  son  orgueil  lui  fît  plus  goûter  le  plaisir 
de  voir  à  tous  les  instants  humilier  sa  rivale, 
que  la  délicatesse  de  sa  passion  ne  la  portait  à 
la  crainte  de  ses  charmes.  »  La  Vallière  accepta 
aussi  cette  position.  «  Si  à  la  première  vue,  ajoute 
Mme  de  Caylus ,  ou  du  moins  après  des  preu- 
ves certaines  de  cette  nouvelle  passion ,  elle  s'é- 
toit  jetée  dans  les  carmélites,  ce  mouvement 
auroit  été  naturel  et  conforme  à  son  caractère. 
Elle  prit  un  autre  parti,  et  demeura  non-seule- 
ment à  la  cour,  mais  même  à  la  suite  de  sa  ri- 
vale. Mrae  de  Montespan,  abusant  de  ses  avan- 
tages, affectoit  de  se  faire  servir  par  elle,  donnoit 
des  louanges  à  son  adresse,  etassuroit  qu'elle  ne 
pouvoit  être  contente  de  son  ajustement  si  elle  n'y 
mettoit  la  dernière  main.  M'"  de  La  Vallière  s'y 
portoit  de  son  côté  avec  tout  le  zèle  d'une  femme 
de  chambre  dont  la  fortune  dépendroit  des  agré- 
ments qu'elle  prêteroit  à  sa  maîtresse.  Combien 
de  dégoûts ,  de  plaisanteries  et  de  dénigrements 
n'eut- elle  pas  à  essuyer  pendant  l'espace  de  deux 
ans  qu'elle  demeura  ainsi  à  la  cour.  «  On  raconte 
pourtant  qu'un  jour  elle  se  plaignit  au  roi  d'une 
communauté  qui  lui  était  pénible.  Louis  XIV 
lui  répondit  froidement  qu'il  était  trop  sincère 
pour  lui  cacher  la  vérité,  et  qu'elle  n'ignorait 
pas  qu'un  roi  de  son  caractère  n'aimait  pas  à 

baronnie  de  Salnt-Chrlstophe  en  Anjou,  qui  sont  deux 
terres  également  considérables  par  leur  revenu  et  par  le 
nombre  de  leurs  mouvances.  A  ces  causes  et  à  d'autres 
considérations  à  ce  nous  portant ,  et  après  avoir  le  tout 
communiqué  à  aucun  prince  de  notre  sang  et  notables 
personnages  de  notre  conseil  et  de  leur  avis,  érigeons  les 
dites  terres  en  duché-pairie  pour  en  Jouir  par  la  demoi- 
selle Louise-Françoise  de  La  Vallière  et  après  son  décès 
par  notre  amée  fille  ,  ses  hoirs  et  descendants,  tant  mâ- 
les que  femelles,  nés  en  légitime  mariage.  » 


LA  VALLIÈRE  986 

être  conti-aint.  D'après  Mme  de  Caylus,  M'i»^  de 
Montespan  fit  la  même  plainte  à  Louis  XIV  ;  sa 
réponse  fut  i)leine  de  douceur  et  de  tendresse. 
En  se  voyant  délaissée,  Mi'c  de  La  Vallière  fit  re- 
mettre alors  à  Louis  XIV  un  sonnet  attribué  par 
les  uns  à  Pellisson,  par  d'autres  àBenserade,  et 
qui  se  terminait  ainsi  : 


Vous  m'aimiez  autrefois...  et  vous  ne  m'aimez  plus. 
Mes  sentiments,  hélas  !  diffèrent  bien  des  vôtres. 
Amour,  A  qui  je  dois  et  mon  mal  et  mon  bien  , 
Que  ne  lui  donnicz-vous  un  cœur  comme  le  mien. 
Ou  que  n'avez-vous  fait  le  mien  comme  les  autres! 

Le  roi  lut  ces  vers,  en  loua  la  facture,  et  n'en  re- 
vint pas  plus  àM'ie  de  La  Vallière,  à  qui  il  fitdire 
qu'il  aurait  toujours  de  l'estime  pour  elle.  Mais 
Elisabeth-Charlotte,  duchesse  d'Orléans,  nous 
apprend  que  «  le  roi  traitoit  fort  mal  son  ancienne 
maîtresse,  à  l'instigation  de  M^e  de  Montespan; 
qu'il  étoit  dur  avec  elle  etironiquejusqu'àl'insulte; 
que  la  pauvre  créature  s'imaginoit  qu'elle  ne  pou- 
voit faire  un  plus  grand  sacrifice  à  Dieu  qu'en  lui 
sacrifiant  la  cause  même  de  ses  torts ,  et  croyoit 
faire  d'autant  mieux  que  la  pénitence  viendroit 
de  l'endroit  où  elle  avoit  péché;  aussi  restoit- 
elle  par  pénitence  chez  la  Montespan.  >>  Elle  s'é- 
tait retirée  une  première  fois  chez  les  bénédic- 
tines deSaint-Cloud  à  la  suite  de  paroles  aigres 
que  Louis  XIV  lui  avait  dites  à  propos  d'un 
secret  qu'elle  avait  gardé.  Recherchée  avec  em- 
pressement et  bien  vite  retrouvée,  elle  était  re- 
venue à  la  cour.  Au  mois  de  février  1671,  elle 
s'échappa  une  seconde  fois ,  et  alla  pleurer  en 
liberté  au  couvent  de  Sainte-Marie  à  Chaillot. 
Elle  écrivit  au  roi  qu'elle  «  auroit  quitté  plus  tôt 
Versailles  si  elle  avoit  pu  obtenir  d'elle-même 
de  ne  plus  le  voir  ;  que  cette  foiblesse  avoit  été 
si  grande,  qu'à  peine  se  sentoit-elle  capafble 
présentement  d'en  faire  un  sacrifice  à  Dieu  ». 
Mme  de  Sévigné  ajoute  ;  «  Le  roi  pleura  fort,  et 
envoya  Colbert  à  Chaillot  la  prier  instamment 
de  venir  à  Versailles,  et  qu'il  pût  lui  parler  en- 
core. »  La  Vallière  s'y  laissa  conduire.  liOuis  XIV 
Causa  avec  elle  pendant  une  heure  ;  Mme  de  Mon- 
tespan l'accueillit  aussi  les  larmes  aux  yeux.  Le 
roi  parut  revenir  à  de  meilleurs  sentiments  pour 
M'ie  de  La  Vallière.  Le  19  mai  il  ordonna  à 
toutes  ses  cours  de  suspendre  les  procès  que  la 
duchesse  pourrait  avoir  pendant  six  mois,  «  ayant 
ordonné,  disaient  les  lettres  patentes,  à  nostre 
très  chère  et  bien-aimée  cousine  la  duchesse  de 
La  Vallière  de  nous  suivre  en  nostre  voyage  et 
ne  pouvant,  à  cause  de  ce,vacquerà  ses  affaires». 
Une  maladie  grave  la  ramena  à  ses  idées  de  re- 
traite. Elle  écrivit  alors,  à  ce  qu'on  crort,  les  Ré- 
flexions sîir  la  Miséricorde  de  Dieu.  Elle  prit 
pour  confident  le  maréchal  de  Bellefonds,  et 
trouva  un  guide  plein  de  zèle  dans  Bossuet.  Le 
21  novembre  1673,  elle  écrivait  au  maréchal  : 
«  Je  sens  que ,  malgré  la  grandeur  de  mes  fau- 
tes que  j'ai  présentes  à  tout  moment ,  l'amour  a 
plus  de  part  à  mon  sacrifice  que  l'obligation  de 
faire  pénitence.  »  D'un  autre  côté,  Bossuet  écri- 


987 

vait  au  même  maréchal 
que  la  pénitence  ;  et  sans  être  effrayée  de  la  vie 
qu'elle  est  prête  à  embrasser,  elle  en  regarde  la 
fin  avec  une  consolation  qui  ne  lui  permet  pas 
d'en  craindre  la  peine.  Cela  me  ravit  et  me  con- 
fond. Je  parle,  et  elle  fait  :  j'ai  les  discours,  elle 
a  les  œuvres.  Quand  je  considère  ces  choses , 
j'entre  dans  le  désir  de  me  taire  et  de  me  cacher, 
et  je  ne  prononce  pas  un  seul  mot  ou  je  ne 
croie  prononcer  ma  condamnation.  »  D'après 
M"'*  de  Caylus,  «  elle  disoit  souvent  à  M^e  de 
Maintenon  avant  de  quitter  la  cour  :  «  Quand 
j'aurai  de  la  peine  aux  Carmélites,  je  me  souvien- 
drai de  ce  que  ces  gens-là  m'ont  fait  souffrir  (en 
parlant  du  roi  et  de  M"^*^  de  Montespan)  «;  ce 
qui  marque  que  sa  patience  n'étoit  pas  tant  un 
effet  de  son  insensibilité  qu'une  épreuve  peut- 
être  mal  entendue  et  téméraire  ».  Enfin  elle  em- 
brassa, suivant  l'expression  de  Voltaire,  la  res- 
source des  âmes  tendres,  auxquelles  il  faut  des 
sentiments  vifs  et  profonds.  Elle  orat  que  Dieu 
seul  pouvait  succéder  à  son  amant.  Au  mois 
d'avril  1674,  elle  prit  publiquement  congé  du  roi, 
qui  la  vit  partir  d'un  œil  sec.  Elle  se  jeta  aux 
pieds  de  la  reine,  lui  demanda  pardon,  et  se 
retira  chez  les  Carmélites.  L'abbé  de  Fromentières 
prononça  le  sermon  pour  la  prise  d'habit  de 
M"*^  de  La  Vallière,  qui  reçut  en  religion  le  nom 
de  sœur  Louise  de  la  Miséricorde.  Cet  abbé 
choisit  pour  sujet  la  parabole  de  la  brebis  égarée 
ramenée  dans  la  bergerie  par  le  bon  pasteur.  La 
profession  de  M""  de  La  Vallière  eut  lieu  le  3  juin 
1675  aux  Carmélites  du  faubourg  Saint-Jacques. 
La  reine  lui  donna  le  voile  noir,  et  cette  fois  ce  fut 
Bossuet  qui  prêcha  (1).  M""  de  La  Vallière  avait 
trente  ans.  «Elle  fit  cette  action,  écrit  M""^  de  Sé- 
vigné,  comme  toutes  les  autres  de  sa  vie,  d'une 
manière  noble  et  toute  charmante.  Elle  étoit 
d'une  beauté  qui  surprenoit  tout  le  monde-  »  La 
reine  et  la  duchesse  d'Orléans  allaient  visiter 
sœur  Louise  de  la  Miséricorde  dans  son  couvent. 
M™"  de  Sévigné  nous  apprend,  dans  une  lettre 
du  26  avril  1676,  que  Mme  de  Montespan  alla 
aussi  voir  sa  rivale  avec  la  reine  :  «  La  reine, 
écrit-elle  à  sa  fille,  a  été  deux  fois  aux  Carmé- 
lites avec  Quanto  (Mme  de  Montespan).  Cette 
dernière  se  mit  à  la  tête  de  faire  une  loterie; 
elle  se  fit  apporter  tout  ce  qui  peut  convenir  à 
des  religieuses  ;  cela  fit  un  grand  jeu  dans  la 
communauté.  Elle  causa  fort  avec  sœur  Louise 


(1)  Quelque  temps  auparavant,  Bossuet  écrivait  de  Saint- 
Germain  à  la  supérieure  des  carmélites  :  "  Depuis  notre 
dernière  conversation  et  l'entretien  que  j'ay  en  avec  ma 
sœur  Louise  de  la  Miséricorde,  il  me  semble  qu'il  faiidroit 
à  chaque  n".omtnt  s'épanctier  pour  elle  en  actions  de 
srAces.  Il  y  avoit  quatre  mois  que  je  ne  l'avois  voiie,  et 
Je  la  trouvai  de  nouveau  enfoncée  dans  les  vojcs  de 
niou  avec  des  lumitres  si  pures  et  des  sentiments  si  forts 
et  si  vifs  qu'on  recnnnoist  à  tout  cela  le  Saint-Esprit.  Se- 
lon ce  qu'oji  peut  juger,  celte  âme  sera  un  miracle  de 
la  grâce  :  elle  n'a  besoin  que  de  quelqu'un  qui  luy  ap- 
prenne seulement  à  ouvrir  le  cœur,  et  qui  sçache  en  l'a- 
vançant la  caciier  à  elle-mesme.  Dieu  a  jeté  dans  ce  cœur 
le  fondement  de  grandes  cboses.  » 


LA  VALLIERE  988 

«  Elle  ne  respire  plus      de  la  Miséricorde;  elle  lui  demanda  si  tout  de 


bon  elle  étoit  aussi  aise  qu'on  le  disoit  :  «  Non , 
«  répondit-elle,  je  ne  suis  point  aise,  mais  je  suis 
«  contente.  »  Quanto  lui  parla  fort  du  frère  de 
Monsieur,  et  si  elle  vouloit  lui  mander  quelque 
chose ,  et  ce  qu'elle  diroit  pour  elle.  L'autre, 
d'un  ton  et  d'un  air  tout  aimables ,  et  peut-être 
piquée  de  ce  style  :  «  Tout  ce  que  vous  vou- 
«  drez.  Madame,  tout  ce  que  vous  voudrez!  » 
Mettez  dans  cela  toute  la  grâce ,  tout  l'esprit  et 
toute  la  modestie  que  vous  pourrez  imaginer.  » 
M"e  de  La  Vallière  devint  l'exemple  et  l'idole  de 
la  communauté.  Elle  avait  un  frère  qui  était 
gouverneur  du  Bourbonnais  et  qui  mourut,  au 
mois  d'octobre  1676,  nelaissant  que  des  dettes. 
SœurLouisede  la  Miséricorde  fit  demander  au  roi 
de  conserver  le  gouvernement  pour  payer  les  det- 
tes. Louis  XIV  y  consentit.  «  Le  roi  lui  a  mandé, 
ajoute  M™"  de  Sévigné,  que  s'il  étoit  assez  homme 
de  bien  pour  voir  une  carmélite  aussi  sainte 
qu'elle,  il  iroit  lui  dire  lui-même  la  part  qu'il 
prend  de  la  perte  qu'elle  vient  de  faire.  »  En 
1679,  sœur  Louise  de  la  Miséricorde  eut  à  re- 
cevoir les  compliments  de  la  cour  et  de  la  ville 
à  propos  du  mariage  de  sa  fille,  M^^  de  Blqis, 
avec  le  prince  de  Conti.  Au  dire  de  M^e  de  Sé- 
vigné, «  elle  assaisonnoit  parfaitement  sa  ten- 
dresse de  mère  avec  celle  d'épouse  de  Jésus- 
Christ».  En  1680,  M™*  de  Sévigné  vit  sœur  de 
la  Miséricorde  au  parloir  :  «  Ce  fut  à  mes  yeux, 
écrivit-elle  à  sa  fille ,  tous  les  charmes  que  nous 
avons  vus  autrefois;  elle  a  ses  mêmes  yeux  et 
ses  mêmes  regards;  l'austérité,  la  mauvaise 
.nourriture  et  le  peu  de  sommeil  ne  les  lui  ont 
ni  creusés  ni  battus.  Cet  habit  si  étrange  n'ôte 
rien  à  sa  bonne  grâce  ni  au  bon  air.  Pour  sa 
modestie,  elle  n'est  pas  plus  grande  que  quand 
elle  donnoit  au  monde  une  princesse  de  Conti  ; 
mais  c'est  assez  pour  ime  carmélite.  M.  de  Conti 
l'aime  et  l'honore  tendrement;  elle  est  son  di- 
recteur; ce  prince  est  dévot  et  le  sera  comme 
son  père.  En  vérité,  cet  habit  et  cette  retraite 
sont  une  grande  dignité  pour  elle.  » 

Mme  de  Caylus  raconte  qu'elle  l'a  vue  «  dans 
les  dernières  années  de  sa  vie  et  qu'elle  l'a  en- 
tendue avec  un  son  de  voix  qui  alloit  jusqu'au 
cœur  dire  des  choses  admirables  de  son  état  et 
du  bonheur  dont  elle  jouissoit  déjà,  malgré  l'aus- 
térité de  sa  pénitence  » .  Au  mois  de  novembre 
1683,  Bossuet  vint  lui  annoncer  la  mort  du  comte 
de  Vermandois  {voy.  ce  nom)  :  «  Je  me  souviens, 
ajoute  M'"'^  de  Caylus,  d'avoir  ouï  raconter  que 
M.  l'évêque  de  Meaux  lui  ayant  annoncé  la  mort 
de  son  fils,  elle  avait  par  un  mouvement  naturel, 
répandu  beaucoup  de  larmes;  mais  que  revenant 
tout  à  coup  à  elle,  elle  dit  à  ce  prélat  :  «  C'est 
trop  pleurer  la  mort  d'un  fils  dont  je  n'ai  pas  en- 
core pleuré  la  naissance.  »  Mme  de  Montespan 
ayant  été  forcée  à  son  tour  de  quitter  la  cour, 
vint  trouver  sœur  Louise  de  la  Miséricorde  aux 
Carmélites.  Celle-ci  l'aida  de  ses  conseils  et  lui 
prodigua  ses  consolations.  M"e  de  La  Vallière 


989 

passa  trente-six  ans  dans  la  \\e  religieuse.  Suivant 
une  relation  de  sa  mort  par  s(Pur  Madeleine  du 
Saint-Esprit ,  elle  avait  honte  de  se  borner  aux 
pénitences  de  la  règle  ;  un  désir  insatiable  de 
souffrances  la  consumait;  elle  n'était  occupée 
qu'à  satisfaire  la  justice  de  Dieu.  On  la  trouvait 
souvent  presque  évanouie  ;  une  fois  même  étant 
au  grenier,  où  elle  étendait  du  linge,  elle  s'éva- 
nouit entièrement.  Elle  était  remplie  de  maux 
qui  lui  causaient  d'atroces  douleurs,  et  il  ne  lui 
arriva  pas  une  fois  de  proférer  une  plainte.  La 
veille  de  sa  mort,  elle  se  leva  encore  à  trois 
heures  du  matin  pour  continuer  ses  exercices 
de  piété  ordinaires  ;  mais,  se  trouvant  beaucoup 
plus  mal,  elle  ne  put  aller  jusqu'au  chœur;  une 
sœur  la  rencontra  ne  pouvant  plus  se  soutenir  et 
pouvant  à  peine  parler;  la  sœur  en  avertit  l'in- 
firmière ,  et  il  fallut  emporter  Mlle  de  la  Vallière 
à  l'infirmerie.  On  eut  peine  à  obtenir  d'elle  d'user 
de  linge  et  de  quitter  la  serge.  Les  médecins  ap- 
pelés la  firent  saigner  ;  mais  ils  s'aperçurent  bien- 
tôt que  leurs  remèdes  seraient  inutiles.  Voyant 
que  sa  dernière  heure  était  proche,  elleacceptala 
mort  avec  joie,  répétant  plusieurs  fois:  «  Expirer 
danslesplus  vives  douleurs,  voilà  ce  qui  convient 
aune  pécheresse.  »  Le  mal  fit  des  progrès  dans  la 
nuit.  Le  matin  elle  demanda  les  derniers  sacre- 
ments :  «  Dieu  a  tout  fait  pour  moi,  dit-elle; 
il  a  reçu  autrefois  dans  ce  même  temps  le  sacri- 
fice de  ma  profession ,  j'espère  qu'il  recevra  en- 
core le  sacrifice  de  justice  que  je  suis  prête  à  lui 
offrir,  w  Elle  se  confessa ,  reçut  le  viatique ,  et 
tomba  dans  une  grande  faiblesse.  Le  supérieur 
lui  administra  l'extrême-onction ,  et  elle  expira 
une  heure  après,  à  raidi,  «  laissant,  ajoute  la 
sœur  Madeleine ,  la  communauté  aussi  affligée 
de  sa  perte  qu'édifiée  de  sa  pénitence  ». 

On  a  publié  les  Lettres  de  M'ie  de  La  Val- 
lière avec  un  abrégé  de  sa  vie  pénitente  par 
l'abbé  Lequeux  et  le  sermon  prononcé  par 
l'abbé  de  Fromentières  pour  sa  vêture  ;  Paris, 
1767,  in-12.  En  1680  parurent  les  Réflexions 
sur  la  Miséricorde  de  Dieu,  par  une  dame 
pénitente,  qui  lui  ont  été  attribuées.  Ces  Ré- 
flexions n'avaient  pas  été  écrites  pour  être  pu- 
bliées :  elles  portaient  en  tête  un  avertissement 
qui  expliquait  ainsi  la  publication  du  livre  et 
l'anonyme  gardé  par  la  pénitente.  «  Sa  modestie 
et  son  humilité  ne  veulent  pas  qu'on  la  nomme, 
et  elle  n'auroit  jamais  permis  qu'on  publiât  ces 
saintes  réflexions  si  elle  en  avoit  été  avertie,  et  si 
elles  ne  lui  avoient  été  enlevées  par  une  dame 
d'une  grande  vertu  qui  auroit  cru  commettre 
une  injustice  en  privant  les  fidèles  d'un  ouvrage 
qui  peut  être  utile  aux  pécheurs  qui  veulent  se 
convertir.  »  L'auteur  manifestait  ainsi  le  carac- 
tère tout  intime  de  cet  écrit,  «  tracé  de  sa  propre 
main  comme  un  registre  des  miséricordes  de 
Dieu  ,  afin  que  si  sa  foi  venoit  à  chanceler,  son 
espérance  à  se  refroidir  et  sa  charité  à  s'étein- 
dre, elle  pût  rappeler  à  son  âme,  par  la  lecture 
de  ce  papier,  le   souvenir  et  le  sentiment  des 


LA  VALLIERE  990 

bontés  et  de  la  grâce  de  Dieu.  »  En  1700  ce  livre 
en  était  à  sa  huitième  édition.  Rien  ne  prouvait 
pourtant  qu'il  fût  de  Mi'e  de  La  Vallière,  et 
quelques  critiques  prétendirent  qu'il  pouvait 
aussi  bien  être  de  M'ne  Je  Longueville,  de 
M^ede  Montespan  ou  de  quelque  autre  illustre 
pénitente.  M.  Romain  Cornut  a  cherché  à  lever 
tous  les  doutes ,  et  a  réuni  une  foule  d'argu- 
ments pour  prouver  que  cet  ouvrage  appartient 
bien  à  M^e  de  La  Vallière.  En  1804  M^e  de  Gen- 
lis  publia  une  édition  des  Réflexions  sur  la 
Miséricorde  de  Dieu,  suivies  de  quelques  lettres 
de  M""  de  La  Vallière  au  maréchal  de  Bellefonds. 
Cette  édition,  qui  fut  réimprimée  en  1816  et 
1824,  in-12,  contenait  des  changements  nom- 
breux d'après  des  corrections  marginales  tracées 
à  la  main  dans  un  exemplaire  que  M.  Damas- 
Hinard  retrouva  à  la  Bibliothèque  du  Louvre  en 
1852.  A  l'inspection  de  l'écriture  de  ces  correc- 
tions, M.  Damas-Hinard  les  attribua  à  Bossuet. 
Des  critiques,  trouvant  ces  corrections  peu  dignes 
en  général  du  grand  évêque,  prétendirent  au 
contraire  que  ces  corrections  devaient  être  tout 
simplement  de  M™^  de  Genlis.  M.  Romain-Cor- 
nut,  après  avoir  comparé  les  volumes  du  Louvre 
avec  des  manuscrits  authentiques  de  Bossuet , 
resta  convaincu  que  les  corrections  des  Ré- 
flexions sur  la  Miséricorde  de  Dieu  étaient  bien 
de  la  main  de  cet  cloquent  prélat ,  et  il  publia  : 
Les  Confessions  de  M"'^  de  La  Vallière  re- 
pentante, écrites  par  elle-même,  et  corrigées 
par  Bossuet,  avec  un  commentaire  historique 
et  littéraire;  Paris,  1854,  in-12.  Il  reste  à  exa- 
miner quelle  est  la  valeur  de  ces  changements. 
(c  En  examinant  sans  prévention  d'aucune  sorte  les 
retouches  aux  Réflexions  sur  la  Miséricorde 
de  Dieu,  il  est  impossible,  dit  M.  L.  Ratisbonne, 
de  les  préférer  au  texte  original.  Elles  sont  ju- 
dicieuses, faites  '^lômo  avec  une  sagacité  ass^z 
remarquable  au  point  de  vue  de  la  grammaire , 
quoique  quelques-unes  accusent  des  règles  de 
langage  qui  nous  paraissent  postérieures  au 
temps  de  Bossuet;  mais  elles  affaiblissent,  elles 
altèrent  d'une  manière  manifeste  l'originalité ,  la 
grâce,  le  sentiment,  tout  ce  qui  donne  au  livre 
son  caractère.  Le  livre  des  Réflexions  n'est  pas 
un  chef-d'œuvre  littéraire  tant  s''en  faut.  H 
manque  de  précision,  de  goût,  de  clarté;  la  syn- 
taxe y  est  violentée ,  sinon  violée  ;  on  y  trouve 
une  foule  de  négligences ,  des  répétitions,  et  sou- 
vent, avec  une  afféterie  tout«  féminine,  de  mau- 
vaises gentillesses  de  style  conservées  sans  doute 
des  précieuses  du  temps  ou  contractées  dans 
la  lecture  des  romans  de  M"e  de  Scudéry.  Mais 
au  milieu  de  tous  ces  défauts,  parmi  ces  aspéri- 
tés et  ces  broussailles  traînantes,  on  sent,  outre 
une  certaine  grâce,  un  souffle  naturel  et  puis- 
sant, et  souvent  la  phrase  d'une  beauté  ins- 
tinctive, mais  incorrectement  ajustée,  est  plus 
près  de  la  libre  et  grande  allure ,  rappelle  mieux 
cette  pourpre  en  lambeaux  du  style  de  l'Homère 
chrétien  que  les  vulgaires  corrections  dont  on 


99-1 


LA  VALLIÈRE  —  LAVANHA 


992 


veut  lui  faire  honneur.  L'auteur,  quel  qu'il  soit, 
(le  ces  retouches,  parfois  arbitraires,  même  au 
lK)int  de  vue  de  la  grammaire  ,  élague  quelques 
branches  parasites ,  émousse  quelques  pointes  ; 
mais  il  coupe  en  même  temps  mille  fleurs  char- 
mantes de  sentiment;  il  corrige  non-seulement 
la  langue ,  mais  le  cœur.  »  Avant  le  travail  de 
M.  Romain  Cornut,  on  avait  encore  imprimé  les 
Réjleocions  sur  la  Miséricorde  de  Dieu  suivies 
de  prières  tirées  de  l'Écriture  Sainte  et  d'une 
prière  de  l'abbé  Gérard,  précédées  de  Lettres 
adressées  au  maréchal  de  Bellefonds,  des  ser- 
mons pour  la  véture  et  la  profession  de  la 
vie  pénitente  de  ^/^'«  de  La  Vallière  et  d'une 
notice  historique  par  M.  Henrion  ;  Paris,  1828, 
in-18.  Mme  de  Genlis  a  pris  Mi'e  de  La  Vallière 
pour  sujet  d'un  roman.  La  peinture  a  souvent 
reproduit  les  traits  deMUe  de  La  Vallière;  mais 
c'est  sans  doute  à  tort  que  l'on  a  prétendu  que 
Lebrun  avait  mis  son  image  sur  le  visage  de  sa 
Sainte  Madeleine.  L.  Lobvet. 

Abbé  Lequeux ,  fie  de  Mme  de  La  Vallière.  —  Qua- 
tremère  4e  Roissy ,  Hist.  de  Mme  de  La  Vallièr-e.  du- 
chesse et  carmélite.  —  Romain  Cornut,  Les  Confessions 
de  Mme  de  La  Vallière.  —  Cholsy,  Mémoires.  —  M"""  de 
Sévigné,  Lettres.  —  M™"  de  Caylus  ,  Souvenirs.  —  Vol- 
taire, Siècle  de  Louis  XIV.  —  Sœur  Madeleine  du  Saint- 
Esprit,  Lettre  aux  sœurs  supérieures  des  couvents  de 
carmélites  pour  leur  annoncer  la  fin  de  trés-konorée 
sœur  Louise  de  la  Miséricorde,  citée  par  M.  de  Fontaine 
de  Resbecq  dans  ses  Voilages  littéraires  sur  les  Quais  de 
Paris;  1857.  —  Walckenaer,  JMismoirei  touchant  la  vie  et 
les  écrits  de  Mme  de  Sévigné.  —  Fr.  Barrière,  dans  le 
Journal  des  Débats  du  S8  août  1852.  —  L.  Ratisbonne , 
dans  le  Journal  des  Débats  du  13  octobre  1854.  —  Qué- 
rard  ,  La  France  Littéraire. 

lA  TALLIÈRE  {Louis-César  de  La  Baume 
LE  BLA.NC,  duc  DE  ),  Célèbre  bibliophile  français, 
né  en  1708,  mort  en  1780.  Il  était  petit-neveu 
de  la  charmante  duchesse  que  son  amour  pour 
Louis  xrv  et  les  rigueurs  de  sa  pénitence 
ont  rendue  si  fameuse  ;  l'ancienne  maison  de 
Touraine,  dont  il  fut  le  dernier  rejeton,  s'éteignit 
avec  lui.  Il  était  fort  riche  et  les  Mémoires 
secrets  de  l'époque  ont  parlé  de  ses  maîtresses 
et  de  ses  profusions  ;  mais  c'est  comme  ami  des 
livres  et  des  lettres  qu'il  mérite  qu'on  se  sou- 
vienne de  lui.  Il  laissa  une  immense  bibliothèque, 
la  plus  belle  peut-être  qu'un  particulier  ait  ja- 
mais formée;  sa  valeur  aujourd'hui  se  compte- 
rait par  millions,  les  livres  rares  ayant  augmenté 
de  prix,  au  point  que  des  voliunes  qui  avaient 
fait  partie  des  collections  La  Vallière  se  sont 
adjugés,  dans  le  cours  de  ces  dernières  années, 
vingt  fois  plus  cher  qu'ils  n'avaient  été  payés 
lors  de  la  vente  faite  il  y  a  soixante-dix  années 
environ  d'une  portion  des  trésors  littéraires 
qu'avait  réunis  le  duc.  Le  catalogue  rédigé  par 
C.  de  Bure  l'aîné  et  par  M.  vau  Praet,  alors 
fort  jeune  ,  forme  trois  gros  volumes  in-8" ,  mis 
au  jouren  1783;  la  vente  produisit  464,677  livres 
8  sous,  somme  qui  fut  regardée  comme  énorme, 
mais  qui  est  peu  de  chose  à  côté  de  ce  qu'ont 
produit  des  bibliothèques  appartenant  à  des 
amateurs  anglais.  Un   second  catalogue,  com- 


prenant des  livres  moins  précieux  (  parmi  les- 
quels il  en  est  toutefois  de  fort  rares)  fut  mis 
en  ordre  par  le  libraire  Nyon,  et  imprimé  en  six 
volumes.  Les  ouvrages  qu'il  énuraère  ne  furent 
point  livrés  aux  chances  des  enchères  ;  achetés 
en  bloc  par  M.  de  Paulmy,  ils  furent  ensuite 
acquis  par  le  comte  d'Artois ,  et  ils  forment  une 
des  portions  les  plus  importantes  de  la  biblio- 
thèque de  l'Arsenal.  De  superbes  manuscrits  se 
trouvaient  dans  la  bibliothèque  La  Vallière; 
parmi  ceux  qui  sont  tout  à  fait  hors  ligne ,  on 
peut  signaler  la  Guirlande  de  Julie,  recueil  de 
peintures  admirables  et  de  vers  fort  médiocres , 
chef-d'œuvre  du  célèbre  calligraphe  Jarry  ;  le 
duc  de  Montausier  avait  offert  ce  volume  à  Ma- 
demoiselle de  Rambouillet,  qui  depuis  devint  sa 
femme;  il  fut  adjugé  au  prix  de  14,510  livres; 
un  Missel  commandé  pour  le  duc  de  Bedford  et 
qui  ne  contient  pas  moins  de  cinq  mille  minia- 
tures ou  lettres  ornées,  fut  donné  pour  5,000 
livres,  et  il  ne  reparaîtra  plus  en  vente ,  car  c'est 
le  Musée  britannique  qui  le  conserve  aujourd'hui. 
Le  duc  de  La  Vallière  avait  fait  d'importantes 
conquêtes  aux  ventes  les  plus  célèbres  qui  eu- 
rent lieu  de  son  temps  (  Gaignat  à  Paris  ,  Askew 
à  Londres,  etc.);  il  achetait  plusieurs  fois  en 
bloc  des  bibliothèques  entières  d'amateurs  dis- 
tingués, se  défaisant  ensuite  des  doubles  qui  lui 
arrivaient  ainsi ,  et  en  1767  il  prit  le  parti  de 
recourir  à  une  vente  publique  dont  le  catalogue 
est  d'une  grande  richesse.  Il  avait  pour  biblio- 
thécaire l'abbé  Rive,  bibliographe  instruit,  mais 
atrabilaire  et  querelleur  ;  il  comptait  parmi  ses 
commensaux  Mercier  de  Saint-Léger  et  Marin,  et 
d'accord  avec  eux  ils  rédigèrent  la  Bibliothèque 
du  Théâtre-Français  ;  Bresâe  (Paris),  1768, 
3  vol.  in-12,  recueil  d'analyses  intéressantes  et 
des  extraits  de  pièces  antérieures  à  la  moitié  du 
dix-septième  siècle;  le  théâtre  plus  moderne 
n'est  l'objet  que  d'une  sèche  nomenclature. 
G.  Brcnet. 

Mémoires  secrets  de  Bactiaumont.  —  Ch.  Blanc,  Tré- 
sor de  la  Curiosité,  t.  Il  (1858),  p.  40. 

LAVANHA  ou  LABANA  {Jean- Baptiste), 
mathématicien  et  historien  espagnol,  né  dans  la 
seconde  moitié  du  seizième  siècle,  mort  en  1625. 
Il  étudia  à  Rome.  Historiographe  de  Phi- 
lippe III,  il  fut  envoyé  dans  les  Pays-Bas  pour  re- 
cueillir les  matériaux  d'une  histoire  généalogique 
de  la  monarchie  espagnole.  Il  écrivait  avec  une 
facilité  égale  en  castillan  et  en  portugais,  ou,  pour 
mieux  dire ,  il  gâtait  son  style  dans  les  deux 
langues,  par  l'abus  du  gongorisme.  Nommé 
maître  de  cosmographie  de  Philippe  IV,  il  reçut 
de  ce  monarque  de  nombreuses  faveurs  qui  le 
fixèrent  à  Madrid.  Il  a  écrit  en  portugais  les 
ouvrages  suivants  :  Regimento  Nautico;  Lis- 
bonne, 1595,  in-4°,  et  1606,  in-4°;  —  Taboasde 
lugar  do  sol  e  largura  de  leste  e  oeste  corn- 
hum  instrumento  de  duas  laminas  represen- 
tando  nellas  duas  agulhas  de  graos ,  corn 
hum  amostrador  e  agrilha.  Cet  ouvrage,  resté 


993 


LAVANHA  —  LAVATER 


994 


manuscrit,  fut  exécnté  en  1600,  et  Tratado  da 
Esfera  do  Mundo,  ouvrage  également  manus- 
crit et  exécuté  probablement  pour  Philippe  IV. 
Comme  historien ,  on  doit  à  Lavanha  un  livre 
officiel,  qui  ne  manque  pas  d'intérêt  et  qui  est 
aujourd'hui  dans  toutes  les  bibliothèques  ;  il  est 
intitulé  :  Viagem  da  Cntholica  Real  Mages- 
tade  d'el  rey  D.   Filippe  II  ao  Reino  de 
Portugal  e  relaçao  do  solemne  recebimento 
que  n'elle  se  Ihe  fez;  Madrid,  par  Thomas 
Junti,  1622  (fin  de  1621  ) ,  in-fol.  avec  fig.  On 
doit  aussi  à  Lavanha  un  opuscule  fort  intéressant 
de  quinze  pages,  intitulé  :  Navfragio  da  nao 
Sanfo-Alberto e  itinerario  daGenteque  d'elle 
se  Salvou;  Lisbonne,  1597,   in-8",  réimprimé 
àaasïHisioria  tragico-maritima.  Comme  édi- 
teur il  a  donné  le  complément  des  Décades  de 
Barros;  le  titre  même  du  livre  indique  assez  quel 
droit  il  s'était  arrogé  :  Quarta  Becada  da  Asia 
de  Joam  de  Barros,  dedicada  a  el  rei  D.  Fi- 
lipe  II ,   reformada,  acrescentada  e  Ulus- 
trada,  com  notas  e  taboas  geograficas  ;  Ma- 
drid, Imp.  roy.,  1615,  in-fol.  On  doit  regretter 
du  même  auteur  une  histoire  descriptive  de  la 
Guinée,  qui  n'a  jamais  vu  le  jour,  et  qui  se  trou- 
vait encore  au  commencement  du  dix-huitième 
siècle  dans  la  bibliothèque  du  comte  de  Vi- 
mieiro.  Ce  travail  paraît  être  perdu. 

F.  D. 
Fernandez  de  Navarrete,  Historia  de  la  Nautica.  — 
Barbosa-Machado,  Bibliotheca  Lusitana. 

LAVARDIN  {Jacques  de),  frère  de  Jean, 
abbé  de  l'Étoile,  littérateur  français,  mort  après 
l'année  1587.  Il  était  seigneur  du  Plessis  Au- 
rouer  et  du  Plessis  Bourrot  en  Touraine.  On 
ne  sait  rien  de  sa  vie.  Ses  œuvres  ont  eu  quel- 
que renommée.  Nous  indiquerons  d'abord  une 
traduction  de  La  Célestine,  comédie  espagnole. 
C'est,  comme  on  le  sait,  une  comédie  fort  libre. 
Mais  Jacques  de  Lavardin  ne  l'a  pas  fidèlement 
traduite  ;  il  l'a,  suivant  le  titre  même  de  sa  tia- 
duction,  fidèlement  repurgée,  ce  qui  est  bien 
différent.  Le  premier  ouvrage  de  Jacques  de 
Lavardin  parut  en  1578,  in-8°;  il  y  en  a  d'autres 
éditions.  On  lui  doit  encore  :  Histoire  de  Geor- 
ges Castriot,  surnommé  Scanderberg ,  roi 
d'Albanie,  Paris,  1576,  in-4° ,  traduction  d'un 
livre  latin  de  Marine  Barlezio,  de  Scutari ,  et 
Traité  de  V Amour  humain,  traduit  de  l'ita- 
lien du  seigneur  Flaminio  de  Nobili  ;  Paris , 
1588,  in-8°.  B.  H. 

Journal  des  Savants,  avril  1843,  art.  de  M  Magnin  sur 
la  traduction  deLaCélestins  par  M.  Germond  Delavigne, 
—  B.  Hauréau,  Hist.  Litt,  du  Maine,  t.  IV,  p.  194. 

L.ATARDIN  (Jean  de),  ou  plutôt  Jean  de 
Ranay,  sieur  de  Lavakdin,  près  Montoire,  théo- 
logien français ,  mort  probablement  vers  la  fin 
du  seizième  siècle.  Après  avoir  achevé  ses  étu- 
des à  Paris,  il  fut  nommé  abbé  de  l'Étoile,  mo- 
nastère de  l'ordre  de  Prémontré  aux  confins  du 
Vendômois,  et  se  démit  de  cette  dignité  en  1585  : 
<lémission  conditionnelle ,  avec  la  réserve  d'une 
honnête  pension  à  percevoir  sur  les  revenus  de 

NOUV.   BIOGR.   GÉNÉR,   —  T.  XXIX. 


la  mense  abbatiale.  Les  ouvrages  de  Jean  de 
Lavardin  sont  nombreux,  et  les  exemplaires 
en  sont  rares.  En  voici  la  liste  :  La  Confes- 
sion catholique  de  la  foi  chrétienne,  traduc- 
tion du  latin  d'Hosius ,  avec  le  traité  du  même 
Hosius  De  VOrigine  des  Sectes  et  hérésies  de 
ce  temps  ainsi  que  l'opuscule  Be  l'expresse 
Parole  de  Dieu;  Paris,  1566,  et  1579,  in-fol.; 

—  Discours  chrétiens  et  orthodoxes,  tirés  des 
sermons  de  monseigneur  Vévéque  de  Mers- 
bourg  ;  Paris,  1567,  in-S"  ;  —  Remontrance 
adressée  aux  prélats  de  l'Église  Gallicune, 
contenant  un  beau  discours  touchant  la  pa- 
cification du  schisme,  traduction  du  latin  de 
Guill.  Lindanus;  Paris,  1572,  in-8°;  —  Exhor- 
tation à  l'amour  et  charité  que  nous  devons 
avoir  envers  les  pauvres,  traduction  du  grec 
de  Grégoire  de  Nazianze;  Paris,  1374,  in-12  ; 

—  Abrégé  de  la  Guerre  des  Juifs  ;  Paris,  1575, 
in-16  ;  —  Apologie  de  Grégoire  Nazianzène , 
traduction  du  grec  de  saint  Grégoire;  Paris, 
1579,  in-8'>  ;  —  Le  Retour  d'un  Gentilhomme 
à  l'Église  catholique ,  le  premier,  comme  il 
semble,  des  ouvrages  originaux  de  Jean  de  La- 
vardin; Paris,  1582;  —  Épitres  de  saint  Jé- 
rôme ;  Paris,  1584,  in-4",  et  1596,  in-12  ;  —  Les 
Conférences  monastiques,  traduction  du  latin 
de  Jean  Cassien;  Paris,  1589,  in-8'',  et  1636, 
in-8°;  — Recueil  de  la  Vie  et  Conversation 
de  la  Vierge  Marie;  Paris,  1585,  in-8°; 
réimprimé  en  1605,  in-8°,  sous  le  titre  de  Le 
Sacré  Miroir  de  Virginité.  Enfin,  La  Croix  du 
Maine  lui  attribue  l'ouvrage  intitulé  :  Dialo- 
gues touchant  le  saint  sacrifice  de  la  Messe. 
Ce  sont  là  les  œuvres  imprimées  de  Jean  de  La- 
vardin; mais  La  Croix  du  Maine  en  connaissait 
d'autres ,  qui  n'avaient  pas  encore  été  de  son 
temps  confiées  à  la  presse  et  ne  l'ont  pas  été 
depuis.  Les  divers  manuscrits  de  Jean  de  La- 
vardin paraissent  tous  perdus,  si  ce  n'est  une 
traduction  de  Marc-Antoine  Natta  intitulée  :  Dia- 
logues de  la  Majesté  de  Dieu;  Bibi.  impér., 
num.  7857^  B.  H. 

Desportes,  Bibliogr.  du  Maine.  —  Gallia  Christ., 
t.  VIII,  col.  1403.  —  La  Croix  du  Maine,  Biblioth.  fran- 
çaise. —  B.  Hauréau,  Hist.  Littér,  du  Maine,  l.  li, 
p.  261. 

LAVATER  (Louis)  ,  théologien  protestant 
suisse,  né  le  l"^mars  1527,  en  Ky  bourg,  mort  le 
15  juillet  1586.  Il  se  lia  en  1.545  à  Strasbourg  avec 
Bucer  et  Sturm,  et  vint  suivre  à  Paris  les  leçons 
de  Turnèbe,  de  Ramus  et  de  Lambin.  De  retour 
à  Zurich  après  une  excursion  en  Italie,  il  devint 
archidiacre  et  chanoine  en  1550,  premier  pas- 
teur de  Zurich  en  1585.  Ses  principaux  ouvrages 
sont  :  De  Ritibus  et  Institutis  ecclesix  Tigu- 
rinae;  Zurich,  1559,  in-8°;  —  Historia  de  ori- 
gine et  progressu  Controversix  sacramenta- 
riœ  de  Cœna  Domini;  Zurich,  1563  et  1572, 
in-8o  ;  —  De  Spectris ,  Lemuribus  et  magnis 
atque  insolitis  fragoribus  et  prsesagitionibus 
quee  obitum  hominum,  clades,  mutationes- 
que  imperiorum  prsecedunt;  Zurich,    157Q, 

32 


995 


LAVATER 


996 


in-12;  ouTrage  curieux,  réimprimé  plusieurs 
fois  et  traduit  dans  la  plupart  des  langues  de 
l'Europe;  —  Vom  Leben  iind  Tode  Heinrich 
Bullingers  (  De  la  Vie  et  de  la  Mort  de  Henri 
Bullingcr);  Zurich,  1576;  Lavater  était  le  gen- 
dre de  Bullinger  ;  —  Catalogus  omnium  fere 
Cometarum  ab  Augusti  temporibus  usque  ad 
annum  1586;  Zurich,  1587,  in-S»;  traduit  en 
allemand  par  Wagner,  Zurich,  1681,  in-8»;  — 
Lavater  a  encore  publié  un  grand  nombre  d'ou- 
vrages d'exégèse  et  de  piété.  E.  G. 

Adam,  Fitse  Tfieoloç.  German.  —  Verhegden,  Elogia. 
—  Hotinger,  Bibl.  Tigvrina. 

i^AVATÊR  (  Jean-Gaspard  ),  célèbre  écrivain 
suisse,  né  le  15  novembre  1741,  à  Zurich,  où  il 
est  mort,  le  2  janvier  1801.  Son  enfance  n'offrit 
aucun  trait  bien  remarquable  ;  il  reconnaît  lui- 
même  qu'il  était  un  assez  mauvais  écolier,  et  que 
la  crainte  de  l'humiliation  était  le  premier  mobile 
de  ses  travaux.  Bien  qu'il  fût  naturellement 
doux  et  timide ,  il  se  montrait  d'une  audace  ex- 
trême lorsque  le  ressentiment  d'un  acte  injuste 
excitait  sa  colère.  De  bonne  heure  il  laissa  voir 
quelle  serait  la  direction  principale  de  son  ca- 
ractère en  recherchant  avec  avidité  l«s  faits  bi- 
zarres, les  histoires  singulières,  tout  ce  qui  pou- 
vait en  un  mot  flatter  son  goût  inné  pour  le 
merveilleux.  Destiné  à  l'état  ecclésiastique,  il 
suivit  avec  une  assiduité  exemplaire  les  cours  de 
théologie  de  l'école  de  Zurich  ;  mais  cet  ensei- 
gnement étroit  et  sévère,  qui,  se  renfermant  dans 
une  aride  controverse,  tendait  à  faire  des  jeunes 
ministres  plutôt  des  champions  de  l'idée  protes- 
tante que  des  éducateurs  ou  des  amis  du  peuple, 
était  loin  de  satisfaire  l'âme  ardente  de  Lavater. 
Peu  lui  importaient  les  arguments  d'école  et  les 
disputes  de  la  chaire  à  lui,  qui  avait  choisi  pour 
modèles  Kiopstock  et  J.-J.  Rousseau  !  Laissant 
de  côté  comme  des  armes  impuissantes  les  for- 
mules théologiques,  il  s'efforçait,  de  concert  avec 
les  membres  de  la  Société  Ascétique,  de  donner 
à  la  religion  les  fondements  plus  humbles,  mais 
plus  durables,  de  la  morale  usuelle.  Pendant 
toute  sa  vie  il  eut  le  rare  mérite  de  rester  fidèle 
aux  grands  préceptes  qu'il  s'était  tracés  et  dont 
il  avait  fait  pour  son  usage  la  loi  suivante  : 

«  Sois  et  parais  ce  que  tu  es.  Que  rien  ne  soit 
grand  ou  petit  à  tes  yeux.  Simplifie  toujours  les  ob- 
jets dans  los  actions  indifférentes,  et  surtout  au  mi- 
lieu des  agitations  et  des  tourments  de  la  crainte  et 
delà  douleur.  Dans  le  moment  présent,  borne-toi, 
si  tu  peux,  à  ce  qui  est  le  plus  près  de  ton  être.  Re- 
connais Dieu  en  toutes  choses,  dans  le  vaste  sys- 
tème des  astres  comme  dans  les  grains  de  sable. 
Rends  à  chacun  ce  qui  lui  est  dû.  Donne  ton  cœur 
à  celui  qui  gouverne  les  cœurs.  Espère,  étends  ton 
ejdstence  dans  l'avenir.  Sache  attendre.  Apprends  à 
jouir  de  tout  et  à  te  passer  de  tout.  » 

Le  premier  acte  public  de  Lavater  fut  celui 
d'un  citoyen  courageux.  Dans  un  pamphlet  reli- 
gieux, il  osa  dénoncer  à  l'opinion  le  grand-bailli 
Grebel ,  qui  s'était  rendu  coupable  de  vexations 
plus  ou  moins  graves  (1762).  Toute  l'aristo- 


cratie se  souleva  contre  lui  ;  il  fut  signalé  comme 
un  homme  dangereux  ou ,  ce  qui  était  pis  en- 
core, comn-ie  un  philosophe  et  un  réformateur. 
Malgré  son  désir  de  faire  triompher  une  cause 
juste,  il  dut  céder  aux  sollicitations  de  sa  famille 
et  s'éloigner  pour  quelque  temps  ;  en  compagnie 
de  son  ami  le  peintre  Fuessli,  il  visita  l'Allemagne, 
et  résida  tantôt  à  Barth,  en  Pornéranie,  tantôt  à 
Berlin.  Ce  voyage  d'une  année  eut  les  plus  heu- 
reux résultats  :  non  -  seulement  il  y  gagna  de 
perfectionner  son  talent  littéraire  sous  le  rapport 
du  goût  et  de  l'élégance;  mais  il  puisa  dans  les 
conseils  de  Hess,  de  Sulzer  et  de  Spalding,  plus 
de  largeur  et  de  modération  dans  les  idées ,  et 
l'on  peut  même  ajouter  que  le  contact,  quelque 
éloigné  qu'il  fût ,  de  la  société  éclairée  alors 
réunie  à  la  cour  de  Frédéric  II,  contribua  à  tem- 
pérer l'exagération  de  son  zèle  religieux.  Ce  fut  à 
Berlin  qu'il  composa  les  Chants  helvétiques  , 
celui  de  ses  ouvrages  poétiques  qui  obt'nt  l'ac- 
cueil le  plus  favorable  ;  le  style,  rempli  de  bour- 
souflures et  d'inégalités,  le  place  il  est  vrai  au- 
dessous  des  élégantes  compositions  de  son  com- 
patriote Haller;  mais  il  y  a  dans  les  vers  beau- 
coup de  chaleur  et  d'énergie,  les  sentiments  du 
patriotisme  suisse  y  sont  exprimés  d'une  façon 
naïve  et  touchante,  qui  les  rendit  promptement 
populaires.  Revenu  en  1764  dans  sa  ville  natale, 
il  se  maria ,  reçut  l'ordination  sacerdotale,  et  fut 
pourvu  d'un  diaconat  dans  la  maison  des  Orphe- 
lins; en  1778,  il  fut  attaché,  avec  les  mêmes  fonc- 
tions, à  l'église  de  Saint-Pierre,  dont  il  devint 
pasteur  en  1786,  après  avoir  refusé  d'aller,  en 
cette  qualité,  prêchei  TÉvangile  à  Brème.  Durant 
les  derniers  temps  de  sa  vie ,  il  siégea  au  consis- 
toire suprême  de  Zurich. 

Homme  du  travail  et  du  devoir  avant  tout , 
Lavater  régla  avec  une  précision  exacte,  super- 
stitieuse même,  l'emploi  de  ses  journées  ;  il  sut 
accorder  si  merveilleusement  les  exigences  de 
son  ministère  avec  les  distractions  incessantes 
que  lui  attiraient  et  sa  bienfaisance  et  sa  célébrité, 
qu'en  pénétrant  dans  les  détails  de  sa  vie,  on  ne 
s'étonne  plus  de  la  quantité  d'ouvrages  imprimés 
ou  manuscrits  qui  en  l'espace  de  trente  années 
sont  sortis  de  sa  plume.  On  le  voit  tour  à  tour 
poëte,  théologien,  sermonnaire,  philosophe,  pu- 
bUciste;  s'il  n'a  point  sous  chacun  de  ces  as- 
pects un  égal  degré  de  mérite,  il  se  montre  tou- 
jours honnête,  courageux,  sincère,  ardent  au  bien. 
Quoiqu'il  ne  soit  guère  connu  que  comme  l'inven- 
teur ingénieux  et  souvent  paradoxal  d'urtsystème 
physiognomonique,  Lavater  mérite  d'être  compté 
au  nombre  des  esprits  d'élite  du  dix-huitième 
siècle.  Lichtenberg,  qui  l'avait  attaqué  avec  tant 
d'acharnementet  de  malice,  disait  pourtant  :  «Je 
ne  le  considérais  que  comme  un  charlatan  ridi- 
cule ;  mais  quand  je  l'ai  vu ,  il  m'a  désarmé 
malgré  moi,  et  je  lui  ai  trouvé  un  charme  irré- 
sistible. »  Ce  charme  qui  attirait  à  lui  jusqu'à 
l'estime  de  ses  détracteurs,  c'était  l'ascendant  de 
,  la  vertu.  Comme  poëte ,  Lavater  eut  les  dons 


997 


qui  ne  s'acquièrent  point  :  la  nêûveté  et  l'enthou- 
siasme. Ses  Chants  sacrés  sont  des  œuvres 
dignes  de  lui  survivre,  il  aborda  plusieurs  fois 
l'épopée,  et  s'élança,  avec  trop  de  précipitation, 
sur  les  traces  de  Klopstock  ;  son  but  dans  les 
nombreuses  compositions  qu'il  ébaucba  à  grands 
traits,  La  Nourelle  Messiade,  Joseph  d'Ari- 
mathie,  Le  Cœur  humain,  Les  Actes  des  Jpô- 
tres.  Ponce  PUate,  son  but  était  de  réagir  contre 
l'invasion  des  idées  philosophiques  et  de  retrem- 
per la  poésie  aux  sources  sacrées  de  la  tradition 
chrétienne.  Malheureusement  s'il  avait  le  souffle 
et  l'ampleur  poétiques,  il  s'inquiétait  assez  peu 
de  la  mélodie  naturelle  des  sons;  il  tombait  dans 
la  monotonie  et  la  sécheresse,  et  la  plupart  de 
ces  pièces,  écloses  d'une  inspiration  hâtive,  n'ont 
plus  guère  d'intérêt  que  pour  la  critique.  Comme 
orateur  chrétien,  Lavater  peut  aussi  être  étudié 
avec  fruit;  son  habitude  d'improviser  ne  permet 
point  de  le  rapprocher  sous  aucun  rapport  des 
maîtres  de  la  chaire  catholique  ;  mais  ce  fut  un 
zélé  missionnaire,  qui  puisait  dans  la  plus  pure 
charité  les  ressources  habituelles  de  son  élo- 
quence. Quel  beau  mouvement  que  celui  où  il 
s'écrie  :  «  J'ai  vu  les  hommes  les  plus  pervers, 
je  les  ai  vus  dans  le  moment  du  crime,  et  toute 
leur  méchanceté,  tous  leurs  blasphèmes,  tous 
leurs  efforts  pour  opprimer  l'innocence  ne  pou- 
vaient éteindre  sur  leur  visage  les  rayons  d'une 
lumière  divine ,  l'esprit  de  l'humanité ,  les  traits 
ineffaçables'  d'une  perfectibilité  éternelle.  On 
aurait  voulu  écraser  le  coupable,  et  l'on  aurait 
encore  embrassé  l'homme  »  (1).  A  Brème,  sa 
parole  causa  une  impression  si  profonde  qu'on 
lui  offrit  la  principale  cure  de  la  ville.  La  ferveur 
orthodoxe  du  théologien  l'emporta  quelquefois 
à  des  actes  d'intolérance  regrettables,  mais  dont 
il  fut  le  premier  à  se  repentir.  Quelque  zélé  qu'il 
fût,  il  ne  s'en  vit  pas  moins  accusé  par  le  parti 
dévot  de  tenir  en  secret  au  papisme  :  ou  lui  re- 

(1)  «  On  n'a  pas  craint  d'appeler  Lavater  le  Fénelon  de 
l'Helvétie.  En  effet  U  y  a  entre  ces  deux  écrivains  plu- 
sieurs traits  frappants  de  ressemblance  :  ils  eurent  en 
commun  les  qualités  du  coenr  et  l'amabilité  du  caractère, 
une  éloquence  naturelle,  nne  physionomie  aussi  sédui- 
sante quêteurs  discours,  un  charme  secret  répandu  dans 
toutes  lenrs  actions.  Enfin,  ce  qniles  rapproche  surtout, 
c'est  cette  âme  active  qnedes  vérités  sévères  et  abstraites 
ne  pouvaient  satisfaire  ,  qui  voulait  une  croyance  pas- 
sionnée et  l'union  de  la  pensée  et  du  sentiment,  dispo- 
siUon  d'esprit  qui  caasa  la  menue  erreur,  qui  fit  de  l'au- 
teur de  Télémaque  un  élève  de  M"»  Guyon,  nn  mystique 
affectueux,  et  de  l'auteur  des  Essais  phyaiognomoniques 
un  illuminé  enthousiaste  croyant  aux  thaumaturges  de 
toutes  espèces  ,  aux  révélations  et  au  commerce  avec  les 
intelligences.  »  (  Moreau  ,  Notice  en  tête  de  l'édit.  de 
1806.  )  Celte  ressemblance  ,  physique  et  morale  à  la  fols, 
fit  dire  à  Mercier  :  »  Si  je  ne  savais  pas  que  Féoelon  a 
été  un  saint  évéque,  je  vous  croirais  descendu  de  lui  en 
ligne  directe.  »  La  même  remarque  vint  à  l'esprit  de 
M"»»  de  Staël.  Se  promenant  un  jour  avec  le  pasteur  de 
Zurich  et  une  dame  allemande  très-célèbre,  elle  s'arrêta 
tout  à  coup,  et  s'écria  avec  une  surprise  mêlée  d'enthou- 
siasme ;  «  Comme  notre  cher  Lavater  ressemble  à  Féne- 
lon !  f:e  sont  ses  traits,  son  air,  sa  physionomie  :  c'est 
véritablement  Féneloa  ;  mais,  a]onta-t-elle,  Fénelon  un 
peu  Suisse.  »  Snard  a  aussi  souvent  parlé  de  cette  res- 
semblance. 


LAVATER  998 

proeha  se«  liaisons  avec  les  jésuites,  surtout 
avec  le  P.  Sailer,  de  Munich,  ses  vers  en  l'hon- 
neur de  quelques  cérémonies  catholiques,  et  jus- 
qu'à la  calotte  qu'il  portait  habituellement,  et  qui, 
disait  on,  avait  l'air  de  cacher  une  tonsure.  Ce^ 
reproches,  vaguement  formulés  d'abord,  servi- 
rent de  texte  à  Nicolaï  et  à  Bieseler,  de  Berlin, 
pour  lancer  contre  Lavater  une  dénonciation 
formelle  d'infidélité  à  la  communion  protestante. 
Ce  dernier  n'eut  point  de  peine  à  confondre  ses 
adversaires.  D'esprit  et  de  raison  il  était  dévoué 
aux  principes  de  la  réforme  ;  mais  ne  pourrait- 
on  pas  avec  quelque  apparence  de  vérité  le 
soupçonner  d'avoir  penché  au  fond  du  cœur 
vers  une  religion  dont  les  mystères  flattaient 
son  goût  pour  le  merveilleux .'  En  effet  il  faut 
rapporter  à  cette  disposition  du  caractère  de  La- 
vater sa  doctrine  sur  la  perpétuité  des  mira- 
cles (1),  sur  le  pouvoir  de"  la  prière  (2),  sur 
l'homme-Dieu ,  son  adoption  des  opinions  les 
plus  singulières,  son  faible  si  connu  pour  les 
thaunaaturges  de  toutes  espèces,  les  Gassner,  les 
Mesmer,  les  Cagliostro  (3).  C'était  au  reste  un 
vrai  bonheur  pour  lui  que  le  bienfait  d'une  révé- 
lation divine,  se  manifestant  sans  cesse  à  l'homme 
vertueux.  Il  n'avait  pas  assez  des  ressources 
naturelles  pour  faire  tout  le  bien  qu'il  désirait, 
et  l'aide  mystérieuse  des  puissances  invisibles 
semblait  seule  satisfaire  tous  les  vœux  de  cette 
âme  dévouée.  «  Accoutumé,  dit  le  docteur  Mo- 
reau, à  descendre  au  fond  de  lui-même,  à  s'y 
perdre  dans  les  extases  et  l'illumination ,  le 
vague ,  l'obscurité  mystérieuse  d'une  croyance 
extraordinaire  avaient  pour  lui  cet  attrait  que 
la  mélancolie  paraît  trouver  dans  la  nuit  et  dans 
la  solitude.  Les  causes  les  plus  occultes,  les  plus 


(1)  II  s'afdlgea  maintes  fols  de  la  dangereuse  folie  de 
l'athéisme,  qui  gagnait  toute  la  société  éclairée;  mais  U 
était  persuadé  que  l'empire  de  ee  fléau  serait  passager, 
que  Dieu  aurait  recours  à  de  nouvelles  manifestations 
pour  se  faire  connaître,  qu'enfin  la  révélation  et  les  mira- 
cles étaient  sur  le  point  de  recommencer  pour  éclairer 
et  sauver  les  hommes. 

(2)  Les  écarts  de  son  imagination  étaient  presque  ton- 
jours  liés  avec  la  bonté  de  son  cœur.  On  malheureux  se 
présente  un  jour  à  lui  et  réclame  ses  secours.  N'ayant 
absolument  rien  à  donner  en  ce  moment,  il  se  met  en 
prière,  et  »  sa  piété  fervente  demande  au  ciel  un  miracle 
en  faveur  de  la  charité  ».  Après  avoir  longtemps  prié, 
il  trouva  dans  son  secrétaire  une  somme  d'argent  dont  II 
attribua  l'envoi  à  la  Providence,  et  dont  il  fit  l'emploi 
pour  lequel  il  l'avait  si  vivement  désirée. 

(3;  Il  crut  découvrir  en  Cagliostro  on  magicien,  un  être 
surnaturel  et  chargé  d'une  mission  diabolique  (car  il 
croyait  fermement  au  diable,  sur  l'existence,  le  pouvoir 
et  les  attributs  duquel  il  a  composé  tout  un  livre).  Il 
alla  en  toute  hâte  le  trouver  à  Bâie.  «  Si  vous  êtes  le  plus 
instruit  de  nous  deux,  lui  dit  celui-ci  d'un  ton  brusque, 
vous  n'avez  pas  besoin  de  moi;  si  c'est  moi  qui  saisie 
plus  savant,  je  n'ai  pas  besoin  de  vous.  »  Lavater,  que  ce 
début  ne  découragea  point,  lui  écrivit  le  lendemain  : 
«  D'où  viennent  vos  connaissances?  Comment  les  avez- 
vous  acquises?  en  quoi  consistent-elles?  »  Cagliostro 
donna  pour  toute  réponse  ces  paroles  ambiguës  :  In 
verbis,  in  herbis,  in  lapidibus.  Convaincu  plus  que  ja- 
mais qu'il  avait  affaire  à  un  envoyé  de  Satan,  le  pasteur 
de  Zurich  eut  avec  lui  des  débats  très-vifs,  et  volontiers 
il  eiit  sacrifié  sa  vie  au  bonheur  de  triompher  de  cet  en- 
nemi des  hommes. 


^99 


LAVATER 


1000 


enveloppées,  tout  ce  qui  était  caché,  inconnu  , 
placé  hors  de  la  portée  des  sens,  tout  ce  qu'il 
ne  pouvait  comprendre  ne  lui  parut  jamais  diffi- 
cile à  croire.  11  y  avait  pour  lui  une  sorte  de  vo- 
lupté intellectuelle  dans  l'incertitude  de  la  pen- 
sée et  dans  les  croyances  pleines  de  secrets , 
dans  la  perspective  illimitée  de  tous  les  pos- 
sibles, dans  cette  vue  de  l'infini  qui,  semblable  à 
l'espérance ,  donne  des  émotions  si  vives  aux 
imaginations  mobiles  et  passionnées.  » 

Si  les  ouvrages  de  Lavater  ajoutent  un  cha- 
pitre un  peu  long  aux  erreurs  de  l'espril  humain, 
on  peut  dire,  sans  rien  exagérer,  qu'ils  fournissent 
aussi  quelques  pages  aux  archives  de  la  philo- 
sophie. Le  système,  la  science  nouvelle  (comme 
il  la  nomme)  dont  il  a  jeté  les  bases  dans  les 
Essais  sur  la  Physiot/nomonie ,  lui  a  acquis 
des  droits  à  une  renommée  durable.  Jusqu'à 
l'âge  de  vingt-cinq  ans,  il  ne  s'en  était  nullement 
occupé  ;  sa  mobilité  extrême,  sa  sensibilité,  qui 
empruntait  toujours  quelque  chose  de  la  viva- 
cité de  l'instinct  et  de  la  promptitude  du  pres- 
sentiment, lui  avaient  fait  éprouver  quelquefois 
à  la  vue  de  certains  visages  des  répulsions  et  des 
sympathies  très- fortes.  «  Ces  impressions  sou- 
daines, raconte-t-il  lui-même ,  m'entraînaient  à 
juger;  mais  on  se  moqua  de  mes  décisions,  j'en 
rougis  et  je  devins  plus  circonspect.  Des  années 
s'écoulèrent  avant  que  je  hasardasse  de  nouveau 
d'articuler  un  seul  de  ces  jugements  subits,  dic- 
tés par  l'impression  du  moment;  mais  je  m'a- 
musais à  crayonner  les  traits  d'un  ami ,  après 
l'avoir  fixé  et  contemplé  pendant  quelques  mi- 
nutes. Peu  à  peu  les  sensations  confuses  se  dé- 
brouillèrent en  dessinant;  les  proportions,  les 
traits,  les  ressemblances  et  les  dissemblances  me 
devinrent  plus  sensibles.  »  Un  jour,  étantà  Brugg, 
il  porta  un  jugement  décisif,  et  sans  que  la  ré- 
flexion y  eût  aucune  part ,  sur  le  caractère  d'un 
homme  qu'il  démêla  dans  la  foule  ,  malgré  sa 
vue  basse  et  la  distance  où  il  se  trouvait  de  la 
rue.  Zimmermann,  qui  connaissait  cet  homme, 
demanda  avec  surprise  sur  quoi  une  telle  appré- 
ciation était  fondée.  «  Sur  la  tournure  du  cou  », 
répondit  Lavater  ;  «  et  voilà,  ajoute-t-il,  l'époque 
proprement  dite  de  mes  recherches  physiogno- 
moniques.  >>  Ces  études  l'occupèrent  le  reste  de 
sa  vie,  et  il  leur  consacra  tout  le  temps  que  lui 
laissaient  les  devoirs  de  sa  profession.  Les  pre- 
miers résultats  en  furent  publiés  dans  une  dis- 
sertation composée  pour  la  Société  Physique  de 
Zurich ,  et  «  Dieu  sait ,  s'écrie  l'auteur,  avec 
combien  de  légèreté  et  de  précipitation  !  »  Zim- 
mermann ,  qui  en  eut  connaissance ,  la  livra  de 
lui-même  à  l'impression.  L'ouvrage  principal  ne 
parut  qu'en  1772,  quelques  années  plus  tard. 

On  n'avait  jusqu'à  Lavater  rien  écrit  de  plus 
approfondi  sur  la  physionomie.  Sans  doute  le  rap- 
port des  penchants  impérieux  et  des  habitudes 
avec  les  traits  du  visage  avait  frappé  dans  tous  les 
temps  le« observateurs  sagaces.  Chez  les  anciens, 
Aristote  a  traité  ce  sujet  d'une  manière  spéciale, 


et  s'est  appliqué  à  en  déduire  les  règles  ;  il  y 
procède  en  partant,  comme  d'un  principe  fécond, 
de  la  liaison  intime  et  réciproque  du  moral  et  du 
physique  de  l'homme  ;  puis ,  passant  en  revue, 
les  caractères  tirés  de  la  couleur  de  la  peau,  les 
mouvements  ou  la  configuration  des  parties , 
l'aspect  des  chairs,  les  qualités  des  cheveux, 
il  en  formule  différentes  applications,  sans  soitir 
pourtant  des  considérations  générales.  Depuis 
Aristote,  cette  étude  fut  reprise  avec  plus  ou 
moins  de  détails  par  Montaigne,  Bacon,  qui  la 
place  au  rang  des  sciences  parce  qu'elle  s'appuie 
sur  l'observation.  Porta,  Cureau  de  la  Chambre, 
le  peintre  Lebrun,  Claramontius,  Pœrsens,  Per- 
netti,  etc.  Mais  ces  observateurs  n'eurent  par- 
ticulièrement en  vue  que  la  physionomie  en  mou- 
vement ,  c'est-à-dire  l'expression  et  le  caractère 
des  passions.  Si  Lavater  n'a  donc  pas  ouvert  la 
carrière  où  il  s'est  engagé,  il  l'a  seul  parcourue 
et  éclairée  dans  tous  les  sens.  Il  a  fondé' la  phy- 
siognomonie  sur  ses  propres  découvertes  et  l'a 
dégagée  des  liens  où  jusque  alors  la  retenaient  la 
métoscopie,  la  chiromancie  et  toutes  les  prati- 
ques superstitieuses  du  moyen  âge  (I).  «  Ce  qui! 
distingue  Lavater  de  tous  ses  prédécesseurs,  a 
écrit  un  de  ses  critiques ,  c'est  d'avoir  séparé 
les  symptômes  des  passions ,  des  signes  et  de 
l'empreinte  des  penchants  et  des  habitudes;  c'est 
d'avoir  substitué  à  des  maximes  trop  générales' 
des  observations  particulières,  et  d'avoir  perfec- 
tionné et  étendu  ces  observations  pard'heureuses 
applications  aux  beaux-arts  ;  c'est  surtout  de  faire 
porter  ses  recherches  sur  la  différence  et  la  com- 
binaison des  contours  et  des  lignes,  des  portraits 
et  des  silhouettes,  et  d'assigner  à  chaque  partie, 
à  chaque  division  de  la  physionomie,  des  valeurs' 
que  l'expérience  peut  seule  faire  reconnaître. 
Cette  manière  de  procéder,  qui  lui  est  propre,  l'a 
conduit  à  traiter  toujours  la  physiognomonie 
comme  une  science  dont  la  fin  est  d'individua- 
liser autant  qu'il  est  possible  (2).  « 


(1) 'D'abord  il  se  trompa  souvent,  comme  il  l'a  avoué 
avec  beaucoup  de  franchise;  et  même,  lorsqu'il  eut  acquis 
plus  d'expérience,  il  tomba  quelquefois  dans  des  erreurs 
très-graves,  quand  le  témoignage  de  ses  sens  était  trop 
vivement  influencé  par  son  imagination.  On  cite,  le  trait 
suivant  comme  un  exemple  de  ses  mécomptes  physiogno- 
moniques.  Cn  homme  aussi  stupidc  que  féroce  fut  con- 
damné ,  pour  cause  d'assassinat,  à  être  rompu  vif  à  Ha- 
novre. Zimmermann  envoya  le  profil  de  ce  criminel  à 
Lavater  avec  une  lettre  dont  la  tournure  était  très-propre 
à  exciter  la  curiosité.  Depuis  quelque  temps  Lavater  at- 
tendait un  portrait  du  célèbre  Ilerder.  Quelques  mots  à 
double  sens  lui  donnent  à  penser  qu'il  a  enfin  reçu  ce 
qu'il  désirait  si  vivement,  et,  ne  voyant  plus  alors  qu'a- 
vec le  regard  d'un  esprit  préoccupé,  il  découvre  les  indi- 
catioQs  des  qualités  les  plus  sublimes,  des  penchants  les 
plus  nobles  dans  le  profil,  qu'il  commente  avec  une  sorte 
'd'exaltation. 

(2)  Consultant  son  portrait  et  différentes  silhouettes, 
Lavater  a  [ait,  avec  l'impartialité  la  plus  philosophique, 
un  commentaire  très-étendu  sur  sa  propre  physionomie. 
En  voici  quelques  extraits:  «  Mobile  et  irritable  à  l'excès, 
doué  de  l'organisation  la  plus  délicate,  il  compose  un 
ensemble  singulier,  et  qui  contraste  dans  un  grand 
nombre  de  ses  parties.  11  doit  passer  tantôt  pour  un  esprit 
faible,  tantôt  pour  un  esprit  opiniâtre.  Pour  la  cause  la 


1001 


LAVATER 


1005 


La  publication  d'une  doctrine  qui  prétendait 
arracher  tous  les  masques  et  ouvrir  l'âme  hu- 
maine comme  un  livre  en  portant  la  lumière 
dans  ce  que  Bacon  nomme  si  énergiquement  la 
caverne  causa  une  sensation  profonde.  Promp- 
tement  répandue,  grâce  à  la  traduction  française, 
elle  trouva  des  admirateurs  fanatiques  et  des  an- 
tagonistes acharnés.  Nicolaï ,  Mnscus  ,  Lichten- 
berg  se  distinguèrent  parmi  ces  derniers.  Lich- 
tenberg  se  montra  le  plus  intraitable  et  le  plus 
amer.  D'abord  il  fit  à  Lavater  des  objections 
très -sérieuses ,  présentées  dans  un  mélange  de 
plaisanterie  et  de  bon  sens,  et  qui  sont  plutôt  un 
aperçu  des  principales  difficu  tés  de  l'étude  de 
la  physionomie.  Il  s'élevait  suiiout  contre  toute 
prétention  de  pénétrer  dans  le  sanctuaire  du 
cœur  humain,  qu'il  déclarait  inviolable  et  sacré. 
Plus  tard,  irrité  par  une  réplique  de  Zimmer- 
mann,  il  se  laissa  aller  jusqu'à  publier  une  sorte 
de  parodie  grossière ,  la  Physiognomonie  des 
yueiies,  qui  tomba  bientôt  dans  l'oubli.  Devenu 
lélèbre,  Lavater  vit  affluer  à  Zurich  une  foule  de 
personnages  (1)  qui  accouraient  lui  demander 
le  secret  de  leur  caractère  ou  même  de  leur 
destinée;  car  s'il  donnait  de  son  tact  délié  et  de 
son  coup  d'œil  plein  de  sagacité  des  preuves 
nombreuses,  qui  parfois  revêtaient  quelque  chose 
de  miraculeux,  il  s'aventurait  aussi  à  prophé- 
tiser l'avenir,  et  ne  s'égarait  pas  toujours  dans  ses 
prédictions  (2). 


plus  légère ,  il  se  livre  à  des  emportements,  et  presque 
aussitôt,  après  une  simple  réflexion ,  il  se  calme  et  s'a- 
doucit. Cette  flexibilité  en  fait  un  liomme  presque  toujours 
content.  Il  se  plaît  dans  des  spéculations  métaphysiques 
très-élevées,  et  son  intelligence  ne  va  pas  Jusqu'à  com- 
prendre la  plus  simple  mécanique.  Son  imagination  est,- 
dit-on,  extravagante,  déréglée,  prodigieusement  excen- 
trigiie ;  mais  elle  est  retenue  par  deux  gardiens  sévères, 
le  bon  sens  et  un  cœur  honnête.  Ses  impressions  sont 
ineffaçables.  Il  sait  beaucoup  de  choses ,  et  il  est  le 
moins  savant  de  tous  les  savants  de  profession.  Rien 
dans  ses  connaissances  n'est  acquis;  tout  lui  est  en 
quelque  sorte  donné.  11  aime ,  et  n'a  Jamais  été  amou- 
reux. » 

(i)Plusieursprinces  etprincessesvinrentle  visiter, entre 
autres  la  mère  du  tzar  Alexandre  1«»,  avec  laquelle  il  en- 
tretint une  active  correspondance.  Joseph  I^'  le  manda  au- 
près de  lui  lors  de  son  passage  à  Waldshut,  et  l'interrogea 
sur  son  étude  favorite.  «  Comment  l'avez-vons  traitée? 
lui  demanda-t-il.  —  Je  me  suis  plus  occupé  de  la  physio- 
nomie en  repos  que  de  la  physionomie  en  mouvement;  je 
n'ai  pas  seulement  observé  les  formes,  j'ai  remarqué  en 
outre  tous  les  degrés  de  courbure,  d'inclinaison;  J'ai 
assigné  des  valeurs  à  chaque  partie  prise  séparément.  — 
Je  TOUS  accorde  beaucoup  de  choses,  reprit  l'empereur: 
les  passions  fortes,  les  affections  vives  doivent  avoir  des 
traces ;uais  1  honnêteté,  comment  la  reconnattrez-vous? 
—  J'avoue  que  le»  chiffres  de  l'honnêteté  sont  peut-être 
plus  difficiles  à  reconnaître  que  les  traces  les  plus  légères 
de  l'iDteUlgence;  cependant,  l'honnêteté  tient  elle-même 
à  la  force,  à  la  sagesse  et  à  la  bonté,  qui  se  voient,  qui 
donnent  un  accord  que  l'expérience  et  l'habitude  font 
apercevoir.  » 

(2J  Va  simple  coup  d'œil  lui  suffit  pour  deviner  Nec- 
ker,  Mirabeau  et  Mercier.  Voici,  dans  la  multitude  d'ex- 
périences qui  plaçait  sous  ses  yeux  tant  de  sujets  d'ob- 
servation, un  trait  peu  connu  de  la  pénétration  de  La- 
vater. Un  jeune  abbé,  nommé  Frickt,  vint  de  Strasbourg 
à  Zurich  visiter  une  famille  que  les  liens  d'une  étroite 
amitié  unissaient  à  ses  parents.  La  beauté  de  ce  jeune 
homme,  l'expression  gracieuse  et  touchante  de  sa,phy- 


1  Les  dernières  années  de  la  vie  de  Lavater  se 
lient  avec  la  révolution  helvétique  ;  elles  furent 
fécondes  en  traits  remarquables  où  se  dévelop- 
pèrent la  beauté  et  l'énergie  de  son  caractère. 
En  1796  il  défendit  les  insurgés  des  bords  du  lac 
de  Zurich  contre  les  mesures  violentes  aux- 
quelles le  gouvernement  n'était  que  trop  disposé, 
et  empêcha  que  les  chefs  fussent  condamnés  à 
mort.  Eu  1798  et  en  1799,  il  s'éleva  avec  force 
contre  les  mesures  oppressives  du  Directoire 
français,  contre  l'abus  de  la  démocratie  et  les 
persécutions  auxquelles  les  anciens  patriciens 
étaient  en  butte.  Il  s'adressa  à  Rewbeil,  et  pro- 
testa ,  dans  une  lettre,  contre  l'impolitique  op- 
pression de  la  Suisse.  Aussi  fut-il  déporté  à  Bâle 
pendant  plusieurs  mois.  A  peine  avait-il  obtenu 
l'autorisation  de  rentrer  à  Zurich,  qu'il  tomba 
victime  de  son  dévouement  lors  de  la  prise  de 
cette  ville  par  Masséna(26  septembre  1799).  Au 
moment  où  il  portait  secours  à  des  malheureux 
blessés,  il  fut  frappé  an  côté  d'un  coup  de  fusil, 
tiré,  non  par  un  soldat  français,  mais  par  un  de 
ses  compatriotes,  qui  assouvit  à  la  fois  une  ven- 
geance personnelle  et  la  fureur  de  l'esprit  de 
parti.  Il  languit  ainsi,  au  milieu  des  souffrances 
les  plus  aiguës,  jusqu'au  2  janvier  1801,  et  pen- 
dant cette  agonie  douloureuse  et  lente  il  ne 
cessa  de  travailler,  d'écrire  et  de  recommander 
aux  hommes  la  pratique  de  cette  charité  pour 
laquelle  il  s'était «acrifié. 

Depuis  1765,  Lavater  a  publié  un  nombre 
considérable  d'ouvrages  de  toutes  sortes,  et  il 
faudrait,  dit  Meister,  composer  un  volume  en- 
tier pour  esquisser  seulement  l'analyse  de  tous 
les  écrits  de  théologie  polémique,  ascétique  et 
morale  qui  suivirent  ses  premiers  travaux ,  sans 
compter  une  foule  de  sermons  détachés  ou  for- 
mant des  suites  plus  ou  moins  volumineuses. 
Il  attachait  du  reste  fort  peu  de  prix  à  sa  répu- 
tation comme  écrivain ,  ne  considérant  les  pro- 
ductions de  sa  plume  que  comme  des  moyenade 
porter  l'attention  de  ses  contemporains  sur  des 
matières  qu'il  leur  croyait  profitables  ou  même 
salutaires.  Voici,  dans  l'ordre  chronologique,  la 
liste  de  ses  principaux  ouvrages  :  Zween  Briefe 
an  Barth ,  betreffend  seinen  verbesserten 
Christen  in  der  Einsamkeit  (  Deux  lettres  re- 
latives à  l'ouvrage  intitulé  Le  Christ  dans  la  so- 
litude); Breslau,  1763,  in-S"  ;  —  Auserlesene 
Psalmen  Davids  (Psaumes  choisis  de  David, 
mis  en  vers  )  ;  Zurich,  1765,  1768,  2  vol.  in-8°; 
—  Schweizerlïeder  (  Chants  helvétiques  ); 
Berne,  1767,  in-8°;  4^  édit.,  corrigée  et  aug- 


sionomie  frappa  tout  le  monde.  Cependant  Lavater,  qui 
souvent  découvrait  entre  deux  beaux  yeux,  comme  a 
dit  Montaigne,  des  menaces  d'une  nature  maligne  et 
dangereuse ,  déclara  qu'il  apercevait  en  lui  les  signes 
d'une  passion  secrète  ,  dont  le  dénoùment  serait  tra- 
gique. A  peu  de  temps  de  là,  l'abbé  Frickt  assassina  un 
voiturier  pour  lui  voler  quelques  louis,  et  avoua  ,  dans 
son  interrogatoire,  que  ce  n'était  pas  la  première  fois 
qu'il  s'abandonnait  au  penchant  impérieux  qui  le  pous- 
sait à  verser  le  sang  humain. 


1003 


LAVATER 


1004 


mentée;  Zurich,  1775,  in-8°;  —  Aussichten  in 
die  Eungkeit  (Vues  sur  l'Éternité);  Zurich,, 
1768-1773,  3  vol.  in-S";  4^  édit.,  ibid.,  1782  :  un 
Extrait  en  a  été  donné  par  l'auteur  en  1781, 
m-8°;  —  la  traduction  allemande  de  deux  ou- 
vrages de  Charles  Bonnet  :  les  Recherches  phi- 
losophiques sur  les  Preuves  du  Christianisme, 
Zurich,  1769,  in-8°,  et  la  Palingénésie  philo- 
sophique, ibid.,  1770,  in-S"  (1);  —  Nachden- 
hen  ueber  mich  selbst  (Réflexions  sur  moi- 
même);  2^  édit.,  1771,in-8o;  —  ChristUches 
Handbûchlein  fur  Kinder  (Manuel  chrétien 
à  l'usage  de  l'Enfance);  Zurich,  1771,  in-12; 
Francfort,  1789,  in-8°;  —  Geheimes  Tagebuch 
von  eïnem  Beobachter  seiner  selbst  (  Journal 
secret  d'un  observateur  de  lui-môme  )  ;  Leipzig, 
1771,  in-8°;  la  seconde  partie,  intitulée  :  Un- 
verœnderte  Fragmente ,  fut  imprimée  dans  la 
même  ville,  en  1773;  —  Christliche  Lieder 
(Chants  chrétiens  );  Zurich,  1771-1776,  2  vol, 
in-S»;  1776,  3  vol.  in-8°;  ce  recueil ,  qui  s'aug- 
menta progressivement ,  n'a  pas  été  jugé  de  beau- 
coup inférieur  à  celui  des  Lieder  helvétiques  ; 
—  Biblische  Erzaehlungen  (  Histoires  tirées 
de  la  Bible) ;  Breslan ,  1772,  in-8°  ;  —  Von  der 
Physiognomonik  (  De  la  Physiognomonique  )  ; 
Leipzig,  1 772, 2  vol.  in-8"  :  c'est  la  première  édition 
du  grand  travail  de  Lavater,  qui  en  donna  une 
autre  beaucoup  plus  étendue  sous  ce  titre  mo- 
deste :  Physiognomische  Fragmente,  zur 
Befœrderung  der  Menschenkenntniss  und 
Menschenliebe  { Fragments  physiognomoniques, 
pour  propager  la  connaissance  des  hommes  et 
les  exciter  à  la  philanthropie  )  ;  Leipzig  et 
Winterthur,  t77o-1778,  4  vol.  pet.  in-fol.  La- 
vater ne  se  borna  pas  à  publier  son  ouvrage  en 
allemand ,  il  en  fit  faire  sous  ses  yeux  une  édi- 
tion en  français,  d'après  un  nouveau  manus- 
crit, avec  des  dessins  plus  soignés  et  plus 
nombreux.  Cette  édition  a  pour  titre  :  Esse^ 
sur  la  Physiognomie ,  destinés  à  faire  c^H- 
naître  l'homme  et  à  le  faire  aimer  (trad.  de 
l'allemand  par  M™*  de  La  Fite,  Gaillard  et 
H.  Renfer),  La  Haye,  1781-1787,  3  vol.  in-4», 
et  fut  augmentée  en  1803  d'un  quatrième  volume 
contenant  des  Observations  sur  quelques  traits 
caractéristiques.  Les  mêmes  Essais,  présentés 
dans  un  ordre  différent  et  augmentés  de  recher- 
ches nouvelles ,  ont  reparu  en  France  sous  de 
nouveaux  titres  :  VArt  de  connaître  les  hommes 
par  la  physionomie  ;  Paris,  1806-1809,  1820, 
1835,  10  vol.  in^",  excellente  édition,  très- 
complète  ,  accompagnée  de  nombreuses  études 
sur  les  caractères  des  passions,  des  tempéra- 
ments et  des  maladies  par  le  docteur  Moreau 
(de  la  Sarthe  ),  et  de  plus  de  600  gravures  re- 

(1)  Dans  l'épître  dédicatoire  du  premier  de  ces  ou- 
Tiages,  adressée  au  célèbre  Mendeissohn  ,  il  essaya  de 
convertir  le  philosophe  juif  au  christianisme;  celui-ci, 
surpris  de  ce  zèle  indiscret ,  lui  fit  une  réponse  pleine 
de  sens  et  de  force.  Lavater  répliqua  (1770),  mais  d'une 
manière  faible,  et  l'opinion  publique  Jugea  que,  dans 
cette  discussion  Intempestive,  il  avait  été  trop  loin. 


touchées  ou  dessinées  par  le  peintre  Vincent; 
la  Physiognomonie  ou  l'art  de  connaître  les 
hommes  d'après  les  traits  de  leur  physiono- 
mie ,  leurs  rapports  avec  les  divers  animaux, 
leurs  penchants ,  etc.;  Paris  ,  1845,  gr.  in-8% 
pi.,  trad.  par  M.  Bacharach.  Il  existe  deux  ver- 
sions anglaises  des  Essais  ainsi  qu'un  abrégé 
assez  étendu  de  cet  ouvrage  par  Michel  Arm- 
brusler;  Zurich,  1783-1784,  2  voL  in-8°; — 
Predigten  ueber  das  Buch  Jonas  (  Sermons 
sur  le  livre  de  Jonas  )  ;  Winterthur,  1773,  in-8"; 
2^  édit.,  ibid.,  1782,  2  vol.;  —  Vermischte 
Schriften  (Mélanges)  ;  Winterthur,  1774, 2  vol. 
in-S"  ;  —  Die  Geisselung  Jesu  (  La  Flagellation 
de  Jésus),  poème;  Francfort  et  Leipzig,  1775, 
in-8°  ;  —  Die  wesentliche  Lehre  des  Evange- 
liums  (  Doctrine  fondamentale  de  l'Évangile  ) , 
six  sermons  ;  Offenbach,  1775,  in-8°;  —  Abra- 
ham und  Isaak  (Abraham  et  Isaac),  drame 
religieux;  Winterthur,  1776,  in-8°;  —  Pre- 
digten ueber  die  Exisienz  des  Teufels  und 
seine  Wirkungen  (  Sermons  sur  l'existence  du 
diable  et  sur  son  influence,  avec  l'explication 
de  l'histoire  de  la  Tentation  de  Jésus  )  ;  Franc- 
fort, 1778-1781,  2  vol.  in-8»;  —  Jésus  Mes- 
sias  (la Nouvelle Messiade);  Zurich,  1783-1786, 
4  vol.  in-8"  :  sorte  d'épopée  historique  et  didac- 
tique publiée  avec  un  grand  luxe  de  gravures; 

—  Poesien  (Poésies);  Leipzig,  1781,  2  vol. 
in-8°,  grav.  ;  —  Pontius  Pilatus  oder  der 
Mensch  in  allen  Gestalten  (  Ponce  Pilate,  ou 
l'homme  dans  toutes  ses  manifestations  ),  poëme  ; 
Zurich,  1782-1785,  4  vol.  in-8"';  —  Reimen  zu 
den  biblischen  Geschichten  des  alten  und 
neuen  Testaments  (  Récits  poétiques  de  l'An- 
cien et  du  Nouveau  Testament);  Zurich,  1782, 
in-S";  —  Predigten  ueber  den  Selbstmord 
(Sermons  sur  le  Suicide);  ibid.,    1783,  in-8°; 

—  Die Evangelien  und Apostelgeschichte  (Les 
Évangiles  et  les  Actes  des  Apôtres  ),  en  plusieurs 
chants  ;  Zurich,  1783-1786,4  vol.gr.  in-S^gfi.  ;  — 
Chrislicher  Dichter  (  le  Poète  chrétien  )  ;  ibid., 
1783-1784,  journal  hebdomadaire  qui  eut  52  nu- 
méros ;  —  Kleine  poetische  Gedichte  (  Petits 
Poèmes);  Winterthur,  1784, in-8'';  —  Sasmmt- 
liche  kleinere  prosaische  Schriften  (  Recueil 
de  petits  écrits  en  prose  composés  de  1763  à 
1783);  ibid.,  084-1785,  3  vol.  gr.  in-8°;  _ 
Nathanael  (  Nathaniel,  ou  la  divinité  du  chris- 
tianisme); Zurich,  1786,  in-8°;  —  Gehaltene 
Predigten  zu  Bremen  (  Sermons  prononcés  à 
Brème)  ;  Brème,  1787,  in-8°  ;  —  Protokoll  ueber 
den  Spiritus  familiaris  Gablidone  (  D'un  es- 
prit familier  appelé  Gablidone)  ;  Francfort,  1787, 
in-8°,fig.  ;  —  Das  menschliche  Herz  (  Le  Cœur 
humain);  Zurich,  1789  et  1798,  in-12,  poème 
en  six  chants;  la  première  édition  ne  fut  tirée 
qu'à  un  petit  nombre;  —  Betrachtungen  ueber 
die  wichtigsten  Stellen  der  Evangelisten  (Ré- 
flexions sur  les  passages  les  plus  importants  des 
Évangiles);  Winterthur,  1789-1790,  2  vol. 
gr.   in-S";  ~  Handbibliothek  Jûr  Freund 


1005 


LAVATER  —  LA  VAUGUYON 


1006 


(Bibliothèque  de  poche  );  Zurich,  1790-179*2, 
24  vol.  in- 16;  —  Reise  nach  Copenhagen  in 
Sommer  1793  (  Voyage  à  Copenhague  dans  l'été 
de  1793  );  —  Joseph  von  Arimathia  (Joseph 
d'Arimathie)  ;  Hambourg,  1794,  gr.  in-8°,  poërae 
en  sept  chants;  — XXIV  Vorlesungen  tieber 
die  Gesc/iichte  Josephs  (  Vingt-quatre  Leçons 
sur  l'histoire  de  Joseph);  Zurich,  1794,  in-S"; 
—  Ein  Wort,  etc.  (  Un  mot  d'un  Suisse  indé- 
pendant à  la  grande  nation);  Leipzig,  1798, 
in-S"  ;  —  Freymuethige  Briefè  ueber  das  De- 
portationsvjesen  (  Lettres  franches  sur  la  dé- 
portation en  général  et  sur  la  sienne  en  parti- 
culieràBâle)  ;  Winterthur,  1800,  2  vol.  in-8°  ;  etc. 
Après  la  mort  de  Lavater,  Gessner  a  publié  ses 
Ecrits  posthumes;  Zurich,  1801-1802,  5  vol. 
in-S" ,  et  dans  ces  derniers  temps  on  a  publié 
une  Correspondance  (  inédite  )  entre  le  pasteur 
suisse  et  l'impératrice  de  Russie,  mère  d'A- 
lexandre l";  Saint-Pétersbourg,  1858,  2  vol. 
in-8°.  M.  Orelli  a  donné  un  recueil  des  Œu- 
vres choisies  de  Lavater  (Ausgevraehlte  Schrif- 
ten);  Zurich,  1841-1844,  8  vol.  in-8°. 

Paul  LocisY. 

J.-L.  Ewald,  Biiefe  ueber  den  neueii  Sectennamen 
Lavaterianismus ;  Hanovre,  1793,  in  S».  —  F.  Nuschel- 
les,  Lavater  als  Freund  der  P^ernunft  ;  Zurich,  1801, 
in-8°.  —  G.  Schultbess,  Lavater  der  Dichter ;  ibid., 
1301,  in  8°.  —  C.-L.  Haller,  iDenkmal  auf  Lavateri; 
Weimar,  1801,  in-8°.  —  Nebe,  Ueber  Lavater  und  seine 
Schriften;  1801,  in-S".  —  Melster,  J.-C.  Lavater;  Zu- 
rich, 1802.  in  8°.  —  G.  Gessner,  Lavaters  Lebensbechrei- 
bung ;  Winterthur,  1802,  9  vol.  in-S".  —  Moreau,  Notice 
en  tète  des  Essais.  —  F.  W.  Jung,  Erinnerungen  an  La- 
vater; Francf.,  1812,  In-S».  —  F.  Herbst,  Lavater  nach 
seinem  Leben  und  ff^irken;  1832,  in- 8°  —  Gœthes  Briefe 
an  Lavater,  éditées  par  Hirzel ,  1833.  —  U.  Hegner, 
Beitrsege  ;  Leipz.,  1836,  in-12.  —  Dessalle-Régis,  dans  la 
Revue  de  Paris,  k^  série,  XVII.  —  Rotermund,  Supplé- 
ment à  Jôcher, 
iiA  VAUGUYON  {Antoine-Paul-Jacqucs  de 

QUÉLEN  DE  StCER  DE  CACSSAJDE,  duC   DE  ),   prinCB 

deCarency,  général  français,  né  à  Tonneins,  le 
17  janvier  1706,  mort  à  Versailles,  le  4  février 
1772.  Issu  par  les  femmes  de  la  branche  des 
princes  de  Bourbon-Carency,  il  était  honoré  du 
titre  de  cousin  du  roi,  et  épousa  en  1735  la  fille 
aînée  du  duc  de  Béthune-Charost,  dont  le  père 
avait  été  gouverneur  de  Louis  XV.  Le  duc  de 
La  Vauguyon  fit,  comme  colonel  du  régiment  de 
Beauvoisis  infanterie,  les  campagnes  de  1733  à 
1735,  et  se  distingua  aux  sièges  de  Kehl  et  de 
Pliilippsbourg ,  à  l'attaque  des  hgnes  d'Esling 
et  au  combat  de  Clauzen.  Chargé  en  1742  de 
soutenir  la  retraite  en  Bohême,  il  résista  pen- 
dant huit  heures  à  l'ennemi.  La  même  année  il 
parvint  à  s'emparer  de  Landau,  où  il  se  maintint 
pendant  huit  jours,  ce  qui  donna  le  temps  de 
jeter  des  ponts  sur  l'Iser  pour  le  passage  des 
troupes  françaises.  Nommé  brigadier  en  1743, 
il  servit  sous  les  yeux  du  roi  aux  sièges  de  Me- 
nin,  Ypres,  Toumay,  Oudenarde ,  Anvers  et 
Maëstricht.  Il  eut  une  grande  part  à  la  victoire 
de  Fontenoy,  en  1745  :  les  boulets  étant  venus 
à  manquer  au  poste  dont  La  Vauguyon  avait  le 
commandement,  il  ordonna  de  tirer  à  poudre,  afin 


de  ne  pas  laisser  voir  aux  Anglais  sa  faiblesse. 
Cette  ruse  eut  tout  son  effet  ;  les  Anglais,  accablés 
dans  toutes  les  directions  par  l'artillerie  fran- 
çaise, ne  s'aperçurent  pas  qu'une  batterie  tirait 
à  blanc,  et  lâchèrent  pied.  En  récompense  le  roi 
éleva  La  Vauguyon  au  grade  de  maréchal  de 
camp.  A  Rocoux,  La  Vauguyon  commandait 
une  des  divisions  qui  enlevèrent  ce  village.  Il  se 
distingua  également  à  Laufeld.  Lieutenant  général 
des  armées  du  roi  depuis  le  1^"^  janvier  1748,  il 
fut  chargé  du  commandement  du  duché  deGra- 
benhagen  après  la  campagne  de  1757,  et  y 
maintinl  la  discipline  dans  .son  armée.  Le  14  fé- 
vrier 1745,  il  avait  été  nommé  l'un  des  menins 
du  dauphin ,  fils  du  roi.  11  devint  l'ami  de  ce 
prince,  et  au  mois  de  mai  1758  il  obtint  l'emploi 
de  gouverneur  du  fils  aîné  du  dauphin,  le  duc 
de  Bourgogne,  et  dans  la  même  année  il  fut  créé 
duc  et  pair.  Il  était  déjà  chevalier  des  ordres 
depuis  1753.  Le  duc  de  Bourgogne,  qui  donnait 
de  grandes  espérances,  mourut  en  1761.  Le  suc- 
cès de  cette  éducation  engagea  le  roi  à  confier 
au  duc  de  La  Vauguyon  celle  des  autres  fils  du 
dauphin.  II  avait  pour  auxiliaires  Coetlosquet, 
évêque  de  Limoges,  le  marquis  de  Sinetti  et  l'abbé 
de  Radonvilliers.  Le  dauphin  mourut  le  20  dé- 
cembre 1765,  dans  les  bras  du  duc  de  La  Vau- 
guyon, en  lui  recommandant  l'éducation  de  ses 
trois  fils,  qui  devaient  être  Louis  XVI, 
Louis  XVm  et  Charles  X.  Le  duc  de  La  Vau- 
guyon ,  avait  composé  des  ouvrages  considéra- 
bles pour  la  direction  de  ses  élèves ,  et 
Louis  XVI  avait  consigné  dans  un  manuscrit  de 
sa  main  des  Eéftexions  sur  ses  entretiens 
avec  le  duc  de  La  Vauguyon ,  raanuscrit  qui 
contient  un  cours  complet  d'éducation  pour  un 
prince.  L.  L — t. 

Proyart,  Louis  XVI  aux  prises  avec  la  perversité  de 
son  siècle  et  Vie  du  Dauphin,  —  Lefranc  de  Pornpignan, 
Éloge  du  duc  de  Bourgogne.  —  Du  Rozoir,  ^ie  privée 
■"S  Bourbons.  —  De  Courcelles,  Vict.  de  la  Noblesse,  et 
i.  ^t.  àist.  des  Généraux  français. 

LA  VAUGUYON  { Paul-François  DE  Quelen 
DE  Stuer  de  Cacssade,  duc  de),  homme  poli- 
tique français ,  fils  unique  du  précédent,  né  le 
30  juillet  1746,  mort  à  Paris,  le  14  mars  1828. 
Du  vivant  de  son  père,  il  porta  les  titres  de 
marquis  et  de  duc  de  Saint-Mégrin.  Entré  au 
service  en  1758,  il  fit  les  dernières  campagnes  de 
la  guerre  de  Sept  Ans.  Pourvu  ensuite  du  gou- 
vernement de  Cognac  ,  il  publia  en  1 765  un 
éloge  du  père  de  Louis  XVI.  Il  était  menin  de 
ce  dernier  prince.  Le  4  février  1772,  La  Vau- 
guyon succéda  à  son  père  dans  la  dignité  de 
pair  de  France.  En  1776,  sur  la  recomman- 
dation du  comte  de  Vergennes,  La  Vauguyon 
fut  nommé  ministre  du  roi  près  des  États  gé- 
néraux des  Provinces-Unies  de  Hollande.  Il  y 
travailla  avec  succès  à  détruire  la  prépondérance 
de  l'Angleterre  dans  ce  pays.  Le  l^'"  janvier 
1784  La  Vauguyon  fut  nommé  ambassadeur  à 
Madrid.  Créé  brigadier  d'infanterie  le  5  décembre 
1781,  il  fut  promu  maréchal  de  camp  le  9  mars 


1007 


LA  VAUGUYON 


1008 


1788.  En  1,789  Louis  XVI  le  rappela  d'Espagne, 
et  lui  confia  le  ministère  des  affaires  étran- 
gères, le  U  juillet.  11  ne  put  parvenir  à  faire 
écouter  du  roi  ses  conseils  énergiques,  et  se 
trouva  en  butte  aux  attaques  des  révolution- 
naires ;  après  la  prise  de  la  Bastille,  il  donna  sa 
démission  le  16  juillet.  Craignant  de  payer  de 
sa  tête  le  court  et  funeste  honneur  de  son  mi- 
nistère, il  se  déguisa  en  négociant,  prit  un 
passeport  sous  un  faux  nom ,  et  s'enfuit  au  Havre 
avec  son  fils,  dans  l'espoir  de  passer  en  Angle- 
terre. Tous  deux  furent  arrêtés  au  Havre,  et 
l'affaire  déférée  à  l'Assemblée  nationale  le 
1*"^  août.  Il  y  eut  une  vive  discussion,  après  la- 
quelle la  municipalité  du  Havre  reçut  oidre  de 
mettre  La  Yauguyon  en  liberté.  Le  roi  le  rap- 
pela à  Paris  et  le  renvoya  à  Madrid  comme  mi- 
nistre plénipotentiaire.  Le  16  mai  1790,  Charles 
de  Lameth  se  plaignit  que  des  négociations  aussi 
importantes  fussent  dans  les  mains  du  duc  de  La 
Vauguyon,  et  le  1'^''  juin  celui-ci  fut  rappelé  et 
remplacé  par  Bourgoing.  Il  resta  néanmoins  à 
■  Madrid.  Vers  la  fin  de  1795,  Louis  XVIII  l'ap- 
pela à  Véi'one  pour  être  un  des  quatre  minis- 
tres qui  composaient  son  conseil  d'État.  On  lui 
attribue  le  plan  de  conlre-révolution  qui  consis- 
tait à  recourir  aux  moyens  conciliants  et  en 
vertu  duquel  les  royalistes  acceptèrent  des  em- 
plois publics.  Ce  moyen  parut  trop  lent,  et  le 
duc  de  La  Vauguyon  dut  donner  sa  démission. 
Il  séjourna  quelque  temps  à  Hambourg,  re- 
tourna en  Espagne,  et  n'en  sortit  qu'en  1805 
pour  rentrer  en  France,  où  il  vécut  dans  la  re- 
traite jusqu'à  la  restauration.  Il  avait  été  promu 
au  grade  de  lieutenant  général  pendant  l'émi- 
gration. Appelé  à  la  chambre  des  pairs  en  18J4, 
il  y  professait  les  principes  conciliants  de  la  mo- 
dération. Exempt  d'ambition,  il  vivait  dans  la 
plus  grande  simplicité,  se  fit  recevoir  membre 
de  la  société  d'instruction  élémentaire ,  dont  il 
fut  plusieurs  fois  élu  président,  et  mit  beaucoup 
de  zèle  à  propager  l'enseignement  mutuel.  Une 
méprise  de  pharmacien  rendit  mortelle  une  ma- 
ladie d'entrailles  dont  il  était  atteint.  Il  avait  eu 
deux  fils  et  deux  filles  de  sa  femme,  Marie-An- 
toinette Rosalie  de  Pons  de  Roquefort,  morte  en 
1824,  qui  avait  été  dame  d'atours,  puis  dame 
d'honneur  de  la  comtesse  de  Provence.  Une  de 
ses  filles  épousa  le  prince  de  Bauffremont,  l'aulre 
le  prince  de  Savoie-Carignan,  lieutenant  général 
au  service  de  France. 

On  a  du  duc  de  La  Vauguyon  :  Portrait  de 
fèu  monseigneur  le  Dauphin,  par  M.  L.  D. 
D.  (avec  Cerutti);  Paris,  1765,  1816,  in-s»; 
—  Les  Doutes  éclairais,  ou  réponses  aux  ob- 
jections de  l'abbé  de  Mably  sur  l'ordre  na- 
turel des  sociétés  politiques;  Paris,  1768, 
in-12.  «  Cet  ouvrage,  en  forme  de  lettre,  qui 
parut  d'abord  dans  les  Éphémérides  du  Ci- 
toyen pour  1768,  est  très-rare,  dit  Barbier,  l'é- 
dition ayant  été  imprimée  à  un  petit  nombre 
d'exemplaires;  »  — Tableau  de  la  Constitution 


française;  Paris,  1816,  in-S";  —  De  la  sim- 
plification des  principes  constitutifs  et  ad- 
ministratifs, ou  commentaire  nouveau  sur  la 
Charte  constitutionnelle  ;  Paris,  1820,  in-8°  ; — 
Du  Système  général  des  Finances;  Paris,  in-8°  : 
les  trois  derniers  ouvrages  ont  paru  sous  les 
initiales  de  M.  L.  D.  D.  L.  V.  L.  L— t. 

Duc  de  Choiséul,  Éloge  de  M.  le  duc  de  La  f^aîi- 
guyon,  prononcé  à  la  chambre  des  pairs  le  10  avril 
1828.  —  Lard-ier,  Hist.  biog.  de  la  Glmmbre  des  Pairs.  — 
Barbier,  Dict.  des  Anonymes.  —  Quérard,iafra)ic<;£it- 
téraire. 

LA  VAUGUYON  {  Paul-MaximiUen- Casi- 
mir   DE    QUELEN    DE    StUER  DE    CAUSSADE    DE), 

prince  de  Carency,  homme  politique  français, 
fils  aine  du  précédent,  né  le  28  juin  1768,  mort 
à  Paris  en  1824.  Ayant  suivi  son  père  en 
juillet  1789,  il  fut  arrêté  au  Havre  avec  lui  eti 
mis  en  liberté  en  même  temps.  Il  accompagna 
ensuite  son  père  en  Espagne,  et  s'y  mêla  à  toutes 
sortes  d'intrigues  royalistes.  Il  le  suivit  encore  en 
Italie,  puis  en  Allemagne  àlasuitede  LouisXVIII. 
Le  prince  de  Carency,  abusant  des  communica- 
tions qui  lui  avaient  été  faites,  quitta  furtive- 
ment son  père,  et  vint  en  France,  où  il  livra  aux 
agents  du  gouvernement  républicain  des  secrets 
qui  compromirent  un  grand  nombre  de  roya- 
listes. Le  Directoire  employa,  dit-on,  alors  le 
prince  de  Carency,  qui  fut  pourtant  enfermé  au 
Temple,  dans  le  but,  à  ce  qu'on  assure,  d'arra- 
cher encore  quelque  secret  à  ses  anciens  amis. 
Admis  ensuite  au  Luxembourg,  il  vécut  dans 
une  certaine  intimité  avec  Barras.  Envoyé  à 
Madrid  avec  une  mission  secrète,  La  Vauguyon 
s'y  brouilla  bien  vite  avec  l'ambassadeur  Tru- 
guet.  De  retour  à  Paris,  il  vécut  dans  la  misère 
et  l'abjection  tout  le  temps  du  régime  impérial. 
Il  avait  dissipé  dans  des  orgies  sa  fortune  et  le 
produit  de  ses  bassesses.  Beau-frère  du  duc  de 
Richelieu  par  son  mariage  avec  M"*  de  Roche- 
chouai't-Faudoas,  il  cherchait  à  se  faire  employer 
lorsque  le  duc  fut  devenu  ministre  sous  la  Res- 
tauration; mais  il  n'y  réussit  point.  Son  père 
refusa  même  de  le  voir,  et  consentit  avec  peine  à 
lui  faire  une  petite  pension  sous  la  condition 
qu'il  s'en  irait  en  Hollande.  Pour  se  créer  des 
ressources,  le  prince  de  Carency  se  mit  à  faire 
la  contrebande  ;  ayant  été  arrêté,  il  devint  fou  ; 
ramené  à  Paris,  dans  une  maison  d'aliénés,  il  y 
mourut,  sans  laisser  de  postérité.  M.  Quérard 
pense  que  c'est  sur  les  notes  de  La  Vauguyon 
fils  aîné  qu'a  été  publié  £a  Vérité  sur  l'Angle- 
terre, par  un  Français,  publié  et  dédié  à  la 
nation  anglaise  par  J.  A.  Vievard;  Londres, 
1816,  2  voL  in-8".  L.  L— t. 

Biogr.  des  Hommes  Vivants.  -  Quérard,  La  France  Lit- 
téraire. 

LA  VAUGUYON  (PaUl  DE  QUELEN  DE  StUER  DE 

Caussade,  comte  de)  ,  homme  politique  français, 
second  fils  du  duc  Paul-François  de  La  Vau- 
guyon, né  le  24  février  1777,  mort  à  Paris,  en 
janvier  1837.  Il  suivit  son  père  en  Espagne  en 


1009 


LA.  VAUGUYON  —  LAVERGNE 


1010 


17S6,  et  lorsqu'H  eut  terminé  son  éducation,  il 
entra  au  service  de  cette  puissance.  Il  prit  part 
à  la  guerre  contre  la  république  française,  en 
1794  et  1795,  dans  un  corps  d'émigrés  sous  les 
ordres  du  marquis  de  Saint-Simon,  dont  il  était 
aide  de  camp.  Élevé  au  grade  de  capitaine  dans 
l'armée  espagnole,  il  quitta  ce  pays  en  1805,  pour 
revenir  en  France  avec  son  père.  Il  entra  dans 
l'armée  impériale  comme  volontaire,  et  combattit 
à  Austerlitz.  Aide  de  camp  de  Murât,  il  fit  les 
campagnes  de  1806,  1807  et  1808,  et  devint  chef 
d'escadron.  Il  suivit  son  général  à  Naples ,  et 
remplit  des  postes  importants  à  la  cour  et  dans 
l'armée  de  ce  maréchal  français  devenu  roi. 
Murât  le  fit  général  de  brigade  et  colonel  général 
de  l'infanterie  de  sa  garde.  Au  mois  de  janvier 
1814,  La  Vauguyon  occupa  la  ville  de  Rome  à  la 
tête  de  l'armée  napolitaine.  A  la  seconde  restau- 
ration, il  revint  en  France ,  et  son  grade  lui  fut 
conservé  dans  l'armée  française;  U  fut  même 
créé  lieutenant  général,  le24  juillet  1 816  Habitué 
à  une  vie  fastueuse  et  n'ayant  plus  d'emploi,  il  se 
couvrit  de  dettes,  si  bien  qu'à  la  mort  de  son  père 
il  éprouva  desdifficultés  pour  se  faire  recevoir  à  la 
chambre  des  pairs.  Il  se  dévoua  à  la  politique  du 
ministère  Polignac;  mais  la  révolution  de  Juillet 
vint  lui  enlever  ses  dernières  espérances,  et  il 
mourut  obscurément,  de  chagrin.  En  lui  s'étei- 
gnit sa  famille.  L.  L — t. 
Biogr.  univ.  et  portât,  des  Contemp. 

LATAUR  (  Guillaume  de),  littérateur  fran- 
çais, né  le  U  juin  1653,  à  Saint-Céré  (Quercy), 
mort  vers  1730.  On  a  de  lui  :  Histoire  se- 
crète de  Néron,  ou  le  Festin  de  Trimalcion, 
traduit  de  Pétrone  avec  des  remarques  histo- 
riques; Paris,  1726,  in-12  ;  —  Conférence  de  la 
Fable  avec  l'Histoire  Sainte,  où  Von  voit  que 
les  grandes  fables,  le  culte  et  les  mystères 
du  paganisme  ne  sont  que  des  corps  altérés 
des  histoires,  des  usages  et  des  traditions  des 
Hébreux;  Paris,  1730,  2  vol.  in-12;  il  y  a  de 
l'érudition  dans  cet  ouvrage,  mais  plusieurs 
écrivains  avaient  dit  presque  la  même  chose  que 
Lavaur,  entre  autres  le  savant  Huet,  dans  sa 
Démonstration  évangélique.         P.  L— y. 

Mercure  de  France,  novembre,  nsi. 

LAVEAUX  {Jean-Charles-Thibault  ),  hu- 
maniste français,  né  à  Troyes,  le  17  novembre 
1749,  mort  à  Paris,  en  février  1827.  Il  fut  suc- 
cessivement professeur  de  langue  française  à 
Bâle,  à  Stuttgard  et  à  Berlin.  A  l'époque  de  la 
révolution,  il  revint  en  France,  et  se  fixa  d'abord 
à  Strasbourg,  où  le  libraire  Treuttel  lui  confia  la 
direction  du  Courrier  de  Strasbourg  (  1791, 
1792).  Il  s'étabbt  ensuite  à  Paris,  et  pendant  la 
terreur  il  rédigea  le  Journal  de  la  Montagne, 
entra  dans  les  bureaux  de  la  préfecture  de  la 
Seine,  et  devint  inspecteur  général  des  prisons 
et  des  hospices  du  département.  Ce  fut  alors 
qu'il  réunit  les  matériaux  de  son  Dictionnaire 
de  la  Langue  Française,  qu'il. publia  après  vingt 
années  de  travail.  Voici  ses  principaux  ouvra- 


ges :  Le  Maître  de  Langues,  ou  remarques  sur 
quelques  ouvrages  français  écrits  en  Alle- 
magne; Berlin,  1783,  ou  Leipzig,  1786,  petit 
'm-8° ;  — Tableaux  philosophiques,  histori- 
ques et  moraux,  !'« partie; Berlin,  1783,  in-12; 
—  Les  vrais  Principes  de  la  Langue  Française, 
oder  neue  franz.  Grammatik;  Berlin,  1785, 
in-8°  ;  —  Leçons  méthodiques  de  Langue  Fran- 
çaise pour  les  Allemands;  Stuttgard,  1787, 
1789,  in-S";  Tubingue,  1790,  in-8°;  —  Vie  de 
Frédéric  II, roi  de  Prusse;  Strasbourg,  1788, 
7  vol.  in-12  ou  7  vol.  in-8°;  —  Histoire  de 
Pierre  III,  empereur  de  Russie,  trouvée 
dans  les  papiers  de  Montmorin,  etc.;  —  iVoM- 
veau  Dictionnaire  Français  -  Allemand  et 
Allemand-Français  ;  1803, 2  vol.  in-4'';—  Dic- 
tionnaire synonymique  de  la  Langue  Fran- 
çaise; Paris,  1826,  2  tomes,  ou  un  vol.  in-S». 
Laveaux  a  traduit  du  latin  :  VÉloge  de  la  Folie, 
d'Érasme,  1782,  in-S"  ;  de  l'allemand  :  Muserion, 
ou  le  Philosophe  des  Grâces,  de  Wieland,  1782, 
et  l'édition  de  1802  du  Dictionnaire  de  l'Aca- 
démie Française,  augmenté  de  plus  de  vingt 
mille  mots;  Paris,  1842,  in-16.        G.  de  F. 

Revue  Encyclopédique,  année  18ï7,  t.  XXXVII.  —  Le- 
tillois.  Les  Champenois  célèbres. 

LAVER  (  Georges  ),  imprimeur  du  quinzième 
siècle;  il  était  né  en  Allemagne,  et,  comme  bien 
d'autres  de  ses  compatriotes  à  cette  époque,  il 
quitta  sa  patrie  pour  aller  au  loin  exercer  l'art 
qui  venait  de  naître  sur  les  bords  du  Rhin.  Laver 
se  rendit  à  Rome,  et  il  établit  ses  presses  dans  le 
monastère  de  Saint-Eusèbe,  sous  les  auspices  du 
cardinal  Caraffa;  on  cite  entre  autres  volumes 
dignes  d'éloge  sortis  de  son  atelier  les  Homé- 
lies de  saint  Jean-Chrysostôme  sur  saint  Jean, 
1470.  Plusieurs  des  éditions  de  Laver  sont  re- 
cherchées des  bibliophiles;  ce  typographe  n'a 
cependant  pas  acquis  un  renom  égal  à  celui  d'Ul- 
rich Han,  de  Vindelin  de  Spire  et  des  autres 
Allemands  qui  travaillaient  alors  en  Italie  ;  le  der- 
nier ouvrage  qui  porte  son  nom  est  le  Reperto- 
rium  Juris  de  Bertacchinus,    480,  in-fol. 

G.  B— T. 

La  Serna  Santander,  Dictionnaire  Typographique  du 
quinzième  siècle,  t.  I,  p.  147. 

LAVERDT.  Voy.  AVERDY. 

LAVERttNE-FONTBONNE  (  Jacqucs-Barthé- 
lemy,  DieudonnéoE),  poète  français,  né  à  Saint- 
Flour,  le  25  mai  1769,  mort  le  29  juillet  1831.  Il 
embrassa  la  profession  des  armes,  obtint  le  grade 
d'officier,  et  servit  dans  les  chevau-légers  du  roi. 
Quand  Louis  XVI  fut  renfermé  au  Temple,  il  fut 
du  petit  nombre  des  serviteurs  fidèles  qui  offri- 
rent de  se  constituer  prisonniers  à  la  place  du 
roi.  Peu  de  temps  après,  il  se  rendit  en  Suisse, 
et  parvint  à  occuper  un  emploi  à  Trieste,  dans 
une  célèbre  maison  de  commerce,  fondée  par 
un  compatriote  exilé  comme  lui ,  le  comte 
de  Pontgibaud.  Lorsque  la  France  se  rouvrit 
aux  émigrés,  de  Lavergne  y  rentra,  après  avoir 
visité  l'Italie,  où  il  s'était  lié  avec  Scarpa  et 
Volta,  On  a  de  lui  un  Pèlerinage  aux  petits 


ion  LA  VERONE  —  LA  VERNE 

cantons  et  Adieux  à.  la  Suisse  ,  poëme  ;  1830, 
in-8°.  Il  a  inséré  des  poésies  dans  VAlmanach 
rfes  Mw5es  des  années  1811,  1812,  18l3,  1815, 
1819,  et  en  a  laissé  plusieurs  qui  sont  restées 
inédites.  G.  de  F. 


1012 


P.ainguet,  Biographie  d'Auvergne. 

*  LAVERGNE  (  Alexandre-Marie-Anne  de 
LwAissiÈRE  DE  ),  roniancier  français  ,  né  le 
17  mars  1808,  à  Paris.  Originaire  d'une  ancienne 
famille  d'Auvergne  ,  il  fut  rۍu  avocat,  et  entra 
au  ministère  de  la  guerre;  depuis  1846  il  y 
remplit  les  fonctions  de  chef  de  bureau  des  af- 
faires de  l'Algérie.  On  a  de  lui  :  Le  Comte  de 
Mansfeld;  Paris,  1S40,  in-S"  :  roman  dont  il 
fit  un  drame  en  quatre  actes,  représenté  l'année 
suivante,  et  sous  le  même  titre  ,  au  Théâtre- 
Français;  —  La  Pension  bourgeoise;  ibid., 
1841,1843; —  La  Duchesse  deMazarin  ;ibid., 
1842,  1846,  2  vol.  in-8°;  —  La  Recherche  de 
V Inconnue;  ibid.,  1843,  2  vol.  in-8°  ;  trad.  en 
1844  en  allemand  ;  —  Châteaux  et  Ruines  his- 
toriques de  la  France;  ibid.,  1845,  gr.  in-8°, 
illustré  ; —  Il  faut  que  jeunesse  se  passe  ;  ibid., 
1851,  3  vol.  in-8"  ;  —  iW"e  Aïssé,  drame  en  cinq 
actes;  1856  :  avec  M.  Paul  Foucher.      K. 

Littérature  française  contemp. 

*  LAVERGNE  (  Louis-Gabriel- Léonce  Gdil- 
HAUD  DE),  littérateur  et  économiste  français,  né 
le  24  janvier  1809  ,  à  Bergerac.  Il  fit  son  éduca- 
tion à  Toulouse.  Devenu  un  des  principaux  ré- 
dacteurs de  la  Revue  du  Midi,  membre  de  l'A- 
cadémie des  Sciences,  Inscriptions  et  Belles-Let- 
tres de  Toulouse,  maître  etmainteneur  des  Jeux 
Floraux,  il  se  fit  remarquer  par  des  travaux  ira- 
portants.  Dévoué  à  la  politique  conservatrice, 
il  vint  à  Paris  vers  1840,  fit  paraître  des  articles 
dans  la  Revue  des  Deux  Mondes,  et  fut  nommé 
rédacteur  à  la  direction  politique  des  affaires 
étrangères ,  puis  maître  des  requêtes ,  chef  de 
la  sous-direction  des  affaires  d'Amérique  et  des 
Indes  en  1844,  et  enfin  sous-directeur  du  minis- 
tère des  affaires  étrangères  la  même  année.  En 
1846  il  fut  élu  député  à  Lombez  (Gers),  et  vi- 
sita l'Algérie.  La  révolution  de  1848  le  fit  ren- 
trer dans  la  vie  privée.  Resté  fidèle  aux  prin- 
cipes qu'il  avait  adoptés,  il  a  été  élu  membre  de 
l'Académie  des  Sciences  morales  et  politiques , 
section  d'économie  politique,  le  30  juin  1855,  à  la 
place  de  Léon  Faucher.  En  1850,  il  siégea  au 
conseil  central  d'agriculture  pour  le  département 
de  la  Creuse;  et  à  la  création  de  l'Institut  agro- 
nomique de  Versailles,  il  en  avait  été  nommé 
professeur.  On  a  de  lui  :  Essai  sur  l'Économie 
rurale  de  l'Angleterre,  de  l'Ecosse  et  de  l'Ir- 
lande;   Paris,  1854,  inr8°;  185-5,  1857,  in-18; 

—  Mémoire  sur  l'économie  rurale  de  la 
France;  Paris,  1857,  in-8°;  —  L'Agriculture 
et  la  Population  en  1855  et  1856;  Paris,  1858, 
in-18.  On  trouve  de  lui  dans  les  Mémoires  de  l'A- 
cadémie de  Toulouse  :  Vanini  (1835,  tome  IV); 

—  De  l'Opinion  des  philosophes  romains  sur 


la  vie  future  (  1838,  tome  V);  —  Aperçxi  de 
l'histoire  de  l'esclavage  dans  l'antiquité 
(ibid.).  Il  a  fait  paraître  dans  la  Revue  du  Midi, 
sous  le  pseudonyme  de  Henri  Saint- M.,  trois 
nouvelles  intitulées  :  Paquita;  Une  leçon;  et 
La  Caverne  des  Protestants,  ainsi  qu'une  bal- 
lade ayant  pour  titre  La  Fille  de  l'Orfèvre.  Il 
a  donné  un  grand  nombre  d'articles  importants 
à  la  Revue  des  Deux  Mondes,  parmi  lesquels 
on  cite  :  Les  Chefs  de  Parti  pendant  la  guerre 
civile  en  Espagne  :  Le  comte  d'Espagne,  Ca- 
brera, Espartero,  Gomez  (  15  juin ,  15  juillet, 
15  août  et  15  novembre  1840);  —  Sur  les  af- 
faires d'Espagne  (1'""  et  15  septembre  1840, 
15  janvier  et  1^"  avril  1842,  l*""  février  et  15  oc- 
tobre 1843);  —  Études  sur  le  cardinal  Xi- 
menez  (15  mai  1841  )  ;  —  La  Diète  de  Suisse  et 
la  question  d'Argovie  (15  juillet  1841);  — 
Compte  rendu  du  Congrès  scientifique  de  Flo- 
rence (  1*"^  octobre  1841  )  ;  —  Sur  le  poëme  de 
Françonneto  de  Jasmin  (  15  janvier  1842  )  ;  — 
Voyage  à  N aptes  (15  février  1842  )  ;  —  Budgets 
comparés  de  la  France  et  de  V Angleterre 
(15  mai  1842);  — Mounier  et  Malouet (ibiuin 
1842);  —  Convention  commerciale  entre  la 
France  et  la  Belgique  (  15  août  1842  )  ;  —  Les 
historiens  espagnols  Mendoza,  Moncada  et 
Melo  (15  octobre  1842  )  ;  —  Le  Mois  de  Mai  à 
Londres  (  15  juin  1843);  —  Le  Budget  de  la 
République  {\"  avril  1848);  —  L'Algérie  sous 
le  gouvernement  républicain  (1"  mai  1848); 

—  Les  écrits  de  M.  Proudhon  (15  juin  1848  )•; 

—  Élise,  nouvelle  (!<''■  août  1848);  —  Maza- 
wieZio(l^'' février  1849)  •,  —  Pitt  et  les  Finances 
anglaises (l^"" ]n\\\&i  1849);  —Session  du  Con- 
seil général  d'Agriculture  (15  mai  1850);  — 
Compte  rendu  du  Discours  sur  l'histoire  de  la 
révolution  d'Angleterre  de  M.  Guizot  :  Guil- 
laume met  Louis-Philippe  (1>5  juillet  1850); 

—  Biographie  de  Léon  Faucher  (  1^"^  janvier 
1855);  —  Swr  la  population  de  la  France 
(i"  mai  1857  ).  M.  Léonce  de  Lavergne  a  en 
outre  ti'availlé  au  Journal  des  Économistes. 

L.  L— T. 

Vapereau,  Dict  univ.  des  Contemp.  —  Bourqaelot  et 
Maury,  La  Littérature  Franc,  contemp. 

LA  TERME  (  Léger-Marie-Philippe ,  Tran- 
chant, comte  DE  ),  tacticien  français,  né  en  1769, 
au  château  de  Borrey,  près  Vesoul ,  mort  le 
26  avril  1815,  à  Paris.  Appartenant  à  une  famille 
ancienne  qui  avait  longtemps  porté  les  armes , 
il  fut  envoyé  à  Gœttingue  pour  y  étudier  le  droit 
public  ;  à  quatorze  ans  on  avait  obtenu  pour  lui 
une  sous-lieutenance  de  dragons.  En  1792  il  re- 
nonça à  son  grade  de  capitaine ,  se  rendit  à  Co- 
blentz,  et  fit  une  campagne  avec  l'armée  des 
princes;  puis  il  rejoignit  sa  famille  à  Fribourg, 
s'y  maria,  et  passa  en  1795  à  Saint-Pétersbourg, 
où  le  prince  Alexandre  Kourakin,  vice-chance- 
lier de  l'empire,  lui  accorda  une  place  dans  ses 
bureaux.  Il  venait  d'arriver  en  France  lorsque  la 
mesure  prise  contre  les  émigrés,  à  la  suite  du 


/j     J  LA  VERNE  — 

coup  d'État  du  18  fructidor,  le  força  de  chercher 
uû  asile  eu  Suisse,  et  de  là  en  Allemague.  Il  ne 
lui  fut  permis  de  quitter  Vienne,  où  il  s'était 
<  établi,  qu'en  1800;  employé  dès  lors  dans  l'ad- 
ministration de  la  guerre  il  y  fut  attaché,  en 
1808,  comme  traducteur  pour  la  langue  alle- 
mande. Ces  modestes  fonctions,  qu'il  remplis- 
sait avec  beaucoup  d'indépendance,  lui  furent 
conservées  jusqu'à  sa  mort.  Ses  connaissances 
étaient  variées ,  et  il  a  laissé  sur  l'art  et  l'histoire 
militaires  des  ouvrages  dans  lesquels,  dit-on,  il 
a  omis  à  dessein  le  nom  de  Bonaparte.  On  a  de 
La  Verne  :  Théorie  de  la  pure  Religion  morale, 
considérée  dans  ses  rapports  avec  le  pur  chris- 
tianisme, trad.  de  l'allemand  de  Kantet  insérée 
dans  Le  Conservateur,  t.  II,  sous  le  pseudo- 
nyme de  Phil.  Huldiger;  —  Le  Calomniateur, 
drame  ;  Paris,  1802  :  imité  de  Kotzebue  et  joué 
sur  le  Théâtre  du  Marais  ;  —  Le  Dissipateur, 
drame;  ibid.,  1802,  imité  du  même  auteur;  — 
Esprit  du  Système  de  guerre  moderne  ;  ibid,, 
1803,  in-8°,  pi.,  trad.  de  l'allemand  de  Bulow; 

—  Voyage  d'un  Observateur  de  la  Nature  et 
de  V Homme  dans  les  montagnes  du  canton 
de  Fribourg  et  dans  les  diverses  parties  du 
pays  de  Vaud  en  1793;  ibid.,  1804,  in-8°  :  la 
description  des  lieux  tient  fort  peu  de  place  dans 
ce  voyage;  il  s'agit  moins  du  pays  que  de  digres- 
sions agréables  sur  la  vaccine,  le  déluge,  Voltaire, 
la  musique,  la  politique  anglaise,  l'amour,  etc.; 

—  Lettre  à  Ch.  Villers  relativement  à  son 
Essai  sur  l'esprit  et  l'influence  de  la  réformation 
de  Lulher  :  qui  fut  couronnée  par  l'Institut;  ibid., 
1804,  in-8°  ;  —  L'Art  militaire  chez  les  na- 
tions les  plus  célèbres  de  ^antiquité  et  des 
temps  modernes,  analysé  et  comparé,  ou 
recherches  de  la  vraie  théorie  de  la  guerre  ; 
ibid.,  1805,  in-8°;  c'est  en  quelque  sorte  le  ré- 
sultat des  réflexions  de  l'auteur  sur  l'ouvrage 
de  Bulow  cité  plus  haut;  la  plupart  des  ques- 
tions importantes  y  sont  à  peine  indiquées;  — 
Traité  de  la  grande  Tactique  prussienne, 
ses  défauts  et  son  insuffisance,  etc.;  ibid., 
2^  édit.,  1808,  in-8°,  trad.  rie  l'allemand  de 
C.-F.  de  Lindenau;—  Annibal  fugitif ,Yomdûa. 
historique;  ibid.,  1808,  2  vol.  in-12;  — His- 
toire du  feld-maréchal  Souwarow,  liée  à 
celle  de  son  temps  ;  ibid.,  1809,  m-8°,  panégy- 
rique excessif  du  général  russe  avec  des  détails 
intéressants  sur  sa  vie;  —  La  Grotte  de  West- 
bury,  ou  Mathilde  et  Valcour;  ibid.,  1809, 
2  vol.  in-12,  roman  anonyme,  donné  comme  une 
traduction  de  l'anglais;  —  Vie  du  prince  Po- 
temkin;  ibid.,  1808,  in-8°  :  écrite  par  M"""  de 
Cérenville  et  revue  par  La  Verne  ;  —  Esquisse 
d'une  nouvelle  Encyclopédie;  ibid.,  i813, 
1"^^  partie  (n'a  pas  été  continuée);  —  Histoire 
générale  de  l'Art  Militaire  en  Europe  depuis 
l'introduction  des  armes  à  feu;  l'impression 
de  cet  ouvrage ,  annoncé  en  trois  volumes,  fut 
arrêtée  par  la  mort  de  l'auteur.  Ce  dernier  avait 
aussi  préparé  une  Introduction  à  l'histoire  de  , 


LA  VICOMTERIE  ioi4 

G  us  lave- Adolphe  et  une  Vie  du  maréchal  Ro- 
manzow.  P.   L— y. 

ArnauU,  Jony  et  île  Nurvins,  Biogr.  nouv.  desContemp. 
—  Barbier,  Dict.  des  Anonymes,  —  Quérurd,  La  France 
Littér.,  IX. 

LA  VICOMTËIIIB  OESAINT-SAMSON  (ZOMtS 
DE),  homme  politique   français,  né   en  1732, 
mort  à  Paris,  le  25  janvier  1809.  li  fit  de  bonnes 
études,  et   embrassa  la   carrière  littéraire.  En 
1779  il  concourut  à  l'Académie  Française  pour  un 
éloge  de  Voltaire  en  vers  :  il  n'obtint  pas  même 
une  mention ,  et  n'en  fit  pas  moins  paraître  sa 
pièce,  pi'écédée  d'uneépîtrequelui  avait  adressée 
le   grand  J'rédéric.    La  révolution    lui    inspira 
l'idée  d'ouvrages  très-vifs,  qui  le  signalèrent  à 
l'attention  publique,  et  en  1792  il  fut  élu  à  la 
Convention  nationale  par  la  commune  de  Paris. 
Dans  le  procès  de  Louis  XVI,  il  vota  pour  la 
mort  sans  appel  ni  sursis.  Peu  de  temps  après, 
il  fit  partie  du  comité  de   sûreté  générale.  Le 
9  thermidor  le   fit  exclure  de  ce  comité  :  on 
l'accusait  de  s'être  absenté  de  la  Convention  et 
du  comité  pendant  cette  journée  afin  de  ne  pas 
se  compromettre.  Il  se  justifia  à  la  tribune  en 
prononçant  un    discours   contre    Robespierre. 
Quelques  jours  plus  tard,  il  lut  à  la  Convention 
un  rapport  sur  la  morale  calculée,  dans  lequel 
il  attaquait  les  systèmes  théologiques  et  philo- 
sophiques touchant  les  récompenses  et  les  châ- 
timents d'une  autre  vie,  soutenant  que  «  la  race 
humaine  est  éternelle  comme  le  monde ,  que  les 
prêtres  ont  corrompu  de  tous  temps  les  nations 
par  des  impostures,  que  l'homme  doit  être  dé- 
terminé à  la  vertu  par  des  intérêts  matériels  et 
présents,  conformes  à  son  intelligence  et  à  son 
organisation,  et  non  par  des  terreurs  ou  des 
espérances  chimériques,  etc.  »  ;  il  terminait  en 
proposant  à  l'assemblée  de  décréter  que  «  les 
savants  fussent  invités  à  donner  une  échelle  des 
crimes  qui  se  commettent  dans  la  société,  et 
des  tourments  qu'ils  entraînent  après  eux  sur 
la  terre  ».  Accusé,  le  28  mai  1795,  par  le  repré- 
sentant Gouly  d'avoir  participé  à  l'insurrection 
du  1"  prairial  (20  mai),   il  fut  décrété  d'arres- 
tation, et  resta  chez  lui  gardé  à  vue.  La  loi  du 
4  brumaire  an  iv  lui  rendit  la  liberté.  Il  ne  fit 
point  partie  des   deux  tiers  de  la  Convention 
réélus  pour  les  Conseils  qui  lui  succédèrent,  et 
rentra  dans  la  vie  privée.  Quoique  ses  ouvra- 
ges annoncent  de  l'audace ,   il  était  à  ce  qu'il 
paraît  d'un  caractère  très-timide  ;    du  moins  il 
avoua  que  Robes[iierre  avait  un  tel  empire  sur 
ses  collègues  et  sur  lui  qu'il  hésitait  à  aller  aux 
assemblées  qui  réunissaient  le  comité  de  salut 
public  au  comité  de  sûreté  générale,  tant  il  sen- 
tait qu'il  se  laisserait  nécessairement  entraîner. 
On  a  de  lui  :  Le  Code  de  la  Nature,  poème  de 
Confucius,   traduit  et  commenté  par  le  P. 
Parenin;   Londres  (Paris),  1788,  in-8''  :  tra- 
duction supposée;  — -  La  Liberté,  ode  avec  des 
notes;  Paris,  1789,  in-8°;  —  Du  Peuple  et  des 
Rois;  Paris,  1790,  1833,  in-8o;  —  Droits  du 


1015  LA  VICOMTERIE  —  LA  VILLE 

peuple  sur  l'Assemblée  nationale  ;  Paris,  1791, 
ia-8°  ;  —  Crimes  des  Bois  de  France,  depuis 
Clovis  jusqu'à  Louis  XVI  ;  Paris,  1791,  1792, 
1833,  in-8°;  —  Réflexions  sur  le  procès  cri- 
minel du  ci-demint  Roi;  1792,  in-8°  ;  —  Cri- 
mes des  Papes  depuis  saint  Pierre  jusqu'à 
Pie  VI;  Paris ,  1792,  in-8»;  1830,  2  vol.  in-18; 
—  La  République  sans  Impôts  ;  P&r'is,  1792, 
in-8"j  —  Crimes  des  Empereurs  d'Aile" 
magne,  depuis  Lothaire  l^r  jusqu'à  Léo- 
pold  II;  Paris,  1793,  in-8°;  —  Acte  d'accusa- 
tion des  Rois,  rédigé  sur  la  demande  du  clubdes 
Jacobins;  Paris,  1794.  L.  L— t. 

Nicaise  Goujon,  Notice  historique  sur  l'auteur  et  ses 
ouvrages,  en  tête  de  l'édition  de  1838  des  Crimes  des 
Rois  de  France.  —  Notice  historique  sur  la  vie  et  les 
ouvrages  de  l'auteur,  en  tête  de  l'édition  de  1833  Du 
Peuple  et  des  Rois,  —  Rabbe,  VIellh  de  Boisjolln  et  Sainte- 
Preuve,  Biogr.  univ.  et  port,  des  Contemp.  —  Quérard, 
La  France  Littéraire.  —  Moniteur,  1794-1797. 

LA  TiGNE  {Michel  de),  médecin  français, 
né  le  5  juillet  1588,  à  Vernon  (Normandie), 
mort  le  15  juillet  1648.  Fils  d'un  échevin  de 
Vernon,  qui  au  temps  de  la  Ligue  avait  su 
conserver  cette  ville  à  Henri  IV,  il  fut  élevé  au 
collège  du  cardinal  Lemoine,  sous  les  yeux  de 
son  grand- oncle,  qui  en  était  principal;  il  y 
professa  même  la  rhétorique  et  dut  attendre, 
pour  prendre  en  1614  le  diplôme  de  docteur  en 
médecine,  l'âge  presciit  par  les  statuts.  La  con- 
naissance qu'il  acquit  bientôt  des  fièvres  et  de 
leur  traitement  lui  procura  beaucoup  de  réputa- 
tion ;  il  obtint  le  titre  de  médecin  de  Louis  XIII, 
qui  n'en  voulut  point  avoir  d'autre  à  son  chevet 
pendant  sa  dernière  maladie.  Vers  le  même 
temps,  il  fut  élu  doyen  de  la  Faculté  de  Paris, 
et  plaida  pour  elle  avec  tant  de  force  contre  les 
médecins  étrangeis  qu'il  fit  rendre  en  sa  faveur 
un  arrêt  du  parlement  (1"  mars  1644).  On  a 
d«  lui  :  Orationes  duo  adversus  Th.  Renaudot 
et  medicos  extraneos;  Paris ,  1644,  in-4°. 

Son  fils,  Michel ,  suivit  la  même  carrière,  et 
fut  reçu  docteur  en  1650.  Outre  la  Vie  du  pré- 
cédent, il  a  laissé  un  petit  traité  sur  les  fièvres  : 
Dixta  Sanorum ,  sive  ars  sanitatis  ;  Paris , 
1671 ,  in-12  :  quelquefois  attribué  à  son  père. 

K. 

Éloy,  Dictionnaire  histm-ique  de  la  Médecine,  IV.  — 
MorérI,  Dictionnaire  Historique.  —  Vigneul-Marvllle, 
Mélanges. 

LAViGNE  {Anne  de),  femme  poète  française, 
née  à  Vernon,  en  Normandie,  morte  à  Paris,  en 
1684.  Elle  était  fille  d'un  médecin  renommé, 
et  cultiva  les  seiences  et  surtout  la  poésie.  Son 
ode  intitulée  :  Monseigneur  le  Dauphin  au 
Roi  eut  un  très-grand  succès,  et  lui  valut  les 
félicitations  d'autres  poètes,  auxquels  elle  ré- 
pondit par  de  belles  stances.  Ses  poésies  ont 
été  rassemblées  dans  le  recueil  des  Vers  choisis 
du  P.  Bouhours;  1613,  in-8".  Une  ode  à  M"^  de 
Scudéry,  pour  la  féliciter  du  prix  d'éloquence 
qu'elle  remporta  à  l'Académie  Française,  fut  im- 
primée par  les  soins  de  Pellisson ,  avec  la  ré- 
ponse deM"^  de  Scudéry,  à  la  suite  de  son  His- 


lOlfi 
foire  de  V Académie  Française ,  édition  (h* 
1672.  Des  stances  fort  estimées,  qu'elle  adressa 
au  dauphin,  se  trouvent  aussi  dans  les  Vers 
choisis  du  P.  Bouhours,  avec  une  Relation 
de  l'Autre  Monde,  que  Pavillon  lui  avait  en- 
voyée. Elle  mourut  très-jeune.  Peu  de  temps 
avant  sa  mort,  elle  fit  des  vers  fort  touchants, 
précédés  d'un  sonnet  intitulé  :  La  Paysanne 
vainctie  ;  ils  sont  imprimés  dans  le  même  re- 
cueil, sans  nom  d'auteur,  mais  Lefort  de  La  Mo- 
rinière  les  donne  sous  le  nom  de  M"®  de  Lavigne, 
dans  le  t.  II  de  sa  Bibliothèque  Poétique. 

G.  DE  F. 

Moréri,  Dict.  Hist.  —  Goujet,  Bibliothèque  Française, 

t.  XV  m. 

LA  VIGNE  DE  FRÊCHEVILLE  {ClaudCT^E), 

médecin  français,  né  le  21  février  1695,  à  Paris, 
où  il  est  mort,  le  7  octobre  1758.  Petit-neveu 
d'Anne  de  La  Vigne,  il  ajouta  aux  études  du 
collège  celles  de  la  théologie,  de  l'histoire  et  des 
langues,  et  y  fit  de  tels  progrès  que  l'abbé 
Fleury,  son  oncle  maternel ,  l'admit  aux  con- 
férences qui  se  tenaient  chez  lui  à  Argenteuii,  et 
l'associa  même  à  ses  travaux.  Reçu  docteur  en 
médecine  en  1719,  il  devint  en  1726  médecin 
du  roi.  La  cour,  dit  Moréri,  «  ne  changea  rien 
dans  ses  mœurs  :  il  n'y  fut  que  médecin ,  et 
trouva,  comme  à  la  ville  ,  des  malades  et  des 
cadavres  ».  Trois  ans  plus  tard,  il  fut  attaché  à 
la  maison  de  la  reine,  où  il  obtint  la  survivance 
d'Helvétius.  Il  reste  de  lui  quelques  manuscrits, 
notamment  un  Traité  particulier  des  Fièvres, 
une  Physique  du  Corps  humain,  un  Traité 
des  Maladies,  et  il  avait  projeté  le  plan  d'un 
Dictionnaire  de  Médecine,  destiné  à  rappeler 
ce  que  les  auteurs  spéciaux  avaient  écrit  de 
mieux  sur  chaque  matière.  Il  avait  fait  aussi  un 
journal  des  maladies  qu'il  avait  traitées  ainsi 
qu'un  recueil  de  ses  consultations  en  deux  vol. 
in-fol.  ;  mais  dans  les  derniers  jours  de  sa  vie 
il  brûla  ces  deux  ouvrages.  K» 

Eloge  hist.  de  Cl.  de  La  feigne,  en  tête  du  Catalogue 
de  sa  biblioth. 

LA  VILLE  {Léonard  de),  littérateur  fran- 
çais, né  à  CharoUes ,  dans  le  seizième  siècle,  il 
fut  maître  d'école  et  écrivain  à  Lyon,  et  puljjia 
les  ouvrages  suivants  :  Complainte  et  Quéri- 
monie  de  l'Église  à  son  époux  J.-C.  contre 
les  hérétiques  et  Turcs;  Lyon,  1567,  in-8°;  — 
Traité  de  la  Prédestination,  contre  Calvin; 
ibid.  ;  —  Lettres  envoyées  des  Indes  orien- 
tales, contenant  la  conversion  de  cinquante 
mille  protestants  à  la  religion  chrétienne  es 
islesdeSodor  et  de  Eude  {sic);  ibid.,  157t,in-8", 
trad.  du  latin  de  Fernand  de  Sainte-Marie, 
jacobin  ;  —  Dacrigélasie  spirituelle  du  roi 
Charles  IX  sur  les  combats  et  victoires  obte- 
nues contre  les  séditieux  et  rebelles  héréti- 
ques; ibid.,  1572,  in-8*',  etc.  K. 

Papillon,  Juteurs   de  Bourgogne,   II.   —  Revue  du 
Lyonnais,  IV,  67. 
LA  VILLE  (  Pierre  de,  sieur  de  Dombasle  ), 


t0l7 

archéologue  français  au  service  de  la  Suède, 
alla  à  Moscou  en  1610,  quand  cette  puissance 
porta  secours  au  tzar  Basile  Chouiski ,  attaqué 
par  les  Polonais,  qui  prirent  parti  pour  tous 
les  faux  Dmitri.  De  retour  en  France,  Laville 
donna  un  Discours  sommaire  de  ce  qui  est 
arrivé  en  Moscovie  depuis  le  règne  de  Ivan 
Wassiliwich,  empereur,  jusques  à  Vassili 
Ivanovitz  Sousky,  qui  se  trouve  à  la  Biblio- 
thèque impériale;  il  a  été  publié  pour  la  pre- 
mière fois  par  M.  L.  Paris  (Chronique  de  Nes- 
tor; Paris,  1834,1,  404),  et  traduit  en  russe 
dans  le  Messager  Busse  de  1841 .  Quoique  cette 
pièce  ne  soit  pas  exempte  d'erreurs,  elle  a  une 
grande  valeur,  et  relève  le  caractère  de  Chouiski, 
qui  est  le  premier  prince  russe  qui  jura  en  mon- 
tant sur  le  trône  qu'il  ne  condamnerait  personne 
au  supplice  sans  jugement  légal  et  ne  ferait  point 
retomber  sur  les  enfants  les  fautes  de  leurs  pères, 
pee  A.  G.— N. 

Adclung,   Vbersicht  der  Reisenden  in  Bussland  bis 
1700. 

LA  VILLE  DE  MiRMONT  (  Alexandre- 
Jean-Joseph  de),  auteur  dramatique  français,  né 
à  Versailles,  en  1782,  mort  à  Paris,  le  1^""  oc- 
tobre 1845.  Son  père  périt  sur  l'échafaùd  révo- 
lutionnaire. Orphelin  à  douze  ans,  il  fit  lui- 
même  son  éducation,  et  entra  de  bonne  heure 
dans  la  carrière  diplomatique,  où  plusieurs  de  ses 
parents  s'étaient  distingués.  Pendant  deux  ans 
il  fut  attaché  à  une  légation  dans  une  cour 
d'Allemagne.  A  partir  de  1816  il  occupa  succes- 
sivement les  places  de  chef  de  division  au  mi- 
nistère de  l'intérieur  et  d'inspecteur  général  des 
dépôts  de  mendicité  et  des  maisons  centrales  de 
détention.  En  1821  il  devint  secrétaire  de  la 
présidence  du  conseil  des  ministres,  sous  le  mi- 
nistère du  duc  de  Richelieu,  à  la  chute  duquel 
il  reprit  ses  fonctions  d'inspecteur  général  des 
maisons  de  détention.  En  même  temps  il  fut 
créé  maître  des  requêtes  en  service  extraordi- 
naire au  conseil  d'État.  Dans  ses  loisirs  il  se  li- 
vrait à  la  composition  dramatique,  et  fit  repré- 
senter avec  succès  au  Théâtre-Français  une  tra- 
gédie de  Charles  VI,  dont  le  principal  personnage 
fut  le  dernier  rôle  créé  par  Talma.  On  accusa  La 
Ville  de  Mirmont  d'avoir  copié  La  Démence  de 
Charles  VI  de  Népomucène  Lemercier  ;  mais  La 
Ville  déclara  n'avoir  pas  même  lu  cette  pièce,  et  ses 
explications  satisfirent  Lemercier.  On  a  deLa  Ville 
de  Mirmont  :  Artaxerce,  tragédie  en  cinq  actes 
et  en  vers,  imitée  de  Métastase,  jouée  sur  le  grand 
théâtre  de  Bordeaux  en  1813,  et  à  l'Odéon  en  1820; 
Bordeaux,  1810,  in-8°;  —  La  Saint-Georges, 
ou  l'intérieur  d'unefamille  bordelaise,  vaude- 
ville en  un  acte  et  en  prose  (  avec  Martignac  )  ;  Bor- 
deaux, 1814,  in-8°;  —  Childéric  le^,  ti-agédie 
en  trois  actes  et  en  vers,  représentée  à  Bor- 
deaux; Bordeaux,  1815,  in-8°;—  Alexandre 
et  Apelle,  comédie  héroïque  ,  en  un  acte  et  en 
vers  libres;  Paris,  1820,  in-S";  —  Le  Follicu- 
laire, comédie  en  cinq  actes  et  en  vers;  Paris, 


LA  VILLE  —  LA.  VILLEMARQUÉ 


1018 

1820,  in-8°;  —Le  Roman,  comédie  en  cinq 
actes  et  en  vers  ;  Paris,  1825,  1837,  in-8°; — 
Charles  VI,  tragédie  en  cinq  actes;  Paris, 
1826,  in-8°  ;  —  L'Intrigue  et  V Amour,  drame 
en  cinq  actes  et  en  vers,  imité  de  l'allemand  de 
Schiller;  Paris,  1826,  in-8°;  —  Une  Journée 
d'Élection,  comédie  en  trois  actes  et  en  vers; 
Paris,  1827,  1829,  1830,  in-8°;  —  Le  Vieux 
Mari,  comédie  en  trois  actes  et  envers;  Paris, 

1830,  in-8°;  —  Les  Intrigants,  ou  la  congré- 
gation, comédie  en  cinq  actes  et  en  vers;  Paris, 

1831,  in-8°;  —  Observations  sur  les  Maisons 
centrales  de  Détention,  à  V occasion  de  V ou- 
vrage de  MM.  de  Beaumont  et  de  Tocque- 
ville  sur  les  pénitenciers  des  Etats-Unis 
d'Amérique  ;'9?iT\5,  1833,  in-8°;  —  Le  Libéré, 
tableau  dramatique  en  cinq  parties  et  en  vers; 
Paris,  1835,  in-8°  :  ouvrage  qui  a  obtenu  de 
l'Académie  Française  un  prix  Montyon  de 
3,000  fr.  ;  —  L'an  Dix-neuf  cent  vingt-huit, 
scènes  en  vers;  Paris,  1841,  in- 8°;  —  Œuvres 
dramatiques  ;  Paris,  1846,  4  vol.  in-8o.  On  y 
trouve  :  Artaxerce;  Scipion Émilien ;  Alexan- 
dre et  Apelle;  Le  Folliculaire;  Charles  VI; 
Une  Journée  d'Élection;  L'Intrigue  et  l'A- 
mour ;  Le  Roman  ;  Les  Intrigants  ;  La  Favo- 
rite ;  Le  Vieux  Mari;  L'Émeute  de  Village;  Le 
Libéré;  Le  Cabinet  d'un  Ministre  ;  L'an  Mil 
neuf  cent  vingt-huit;  Le  Moyen  de  parvenir. 
La  Ville  de  Mirmont  a  donné  dans  le  Livre  des 
Cent  et  un  (tome  ÏY)  :  Les  Semainiers  du 
Théâtre-Français  chez  le  ministre  de  l'inté- 
rieur, pièce  en  vers.  L.  L t. 

Jules  Janin,  Notice  nécrologique,  dans  le  Journal  des 
Débats  du  6  octobre  1845.  -  Rabbe,  Vielh  de  Boisjolin  et 
Sainte-Preuve,  Biogr.  univ.  et  portât,  des  Contemp. 
—  Quérard,  l,a  France  Littéraire,  —  Bourquelot  et 
Maury.  La  Littérature  Française  contemp. 

*  LA  TILLEGILLE    (  Paul-Artkur   NOUAIL 

de),  archéologue  français,  né  le  13  mars  1803, 
à  Paris.  Sous  la  restauration  il  entra  au  ser- 
vice et  donna,  quelques  années  après,  sa  dé- 
mission d'officier  d'état-major.  Il  fait  partie  de 
la  Société  des  Antiquaires  de  France ,  qu'il  a 
présidée  plusieurs  fols.  On  a  de  lui  :  Anciennes 
fourches  patibulaires  de  Montfaucon  ;  Paris, 
1836,  in-8'',  avec  six  plans;  —  Esqiiisse  pit- 
toresque du  département  de  l'Indre;  ibid., 
1853.  De  1847  à  1854,  il  a  été  chargé  par  la 
Société  de  l'Histoire  de  France  de  faire  paraître 
le  Jotirnal  historique  et  anecdotique  du 
Règne  de  Louis  XV  (  3  vol.  in-S»),  publié  pour 
la  première  fois  d'après  les  manuscrits  de  l'a- 
vocat Barbier,  et  il  a  rédigé,  en  société  avec 
M.  Taranne,  les  Procès-verbaux  des  Séances 
du  Comité  historique  ;  1850,  in-8°.  K. 

Dict.  universel  des  Contemporains,  18K8. 

*  LA  VILLEMARQUÉ  (  Théodore-Claudc- 
Henri  Hbrsart,  vicomte  de  ) ,  philologue  et 
écrivain  français,  né  à  Quiœperlé,  le  6  juillet 
1815  (1).  Il  s'est  fait  connaître  très-jeune,  par  la 

(1)  Il  descend  d^une  ancienne  famille  de  Bretagne,  dont 
un  membre,  Guillaume  Hersart,  suivit  saint  Louis  à  la 


1019  LA  VILLEM ARQUÉ 

publication  de  divers  ouvrages  sur  la  langue  et 
la  littérature  celtique;  nommé  en  1851,  sur 
la  présentation  de  Jacob  Grimm,  correspondant 
de  l'Académie  de  Berlin,  il  entra  en  1858  à 
l'Académie  des  Inscriptions  et  Belles-Lettres. 
On  a  de  lui  :  Barzas-Breiz  (  Chants  populaires 
de  la  Bretagne)  ;  Paris,  1839,  2  vol.  in-8o:  ce 
recueil,  qui  à  sa  quatrième  édition  fut  coiiionné 
par  l'Académie  Française,  donne  l'histoire  poé- 
tique de  la  Bretagne  chantée  par  les  paysans 
bretons  ;  on  y  trouve,  outre  le  texte  breton ,  la 
traduction  française,  avec  des  notes,  et  les  mé- 
lodies originales;  —  Contes  populaires  des  an- 
ciens Bretons;  Paris,  1842,  2  vol.  in-8'';ibid., 
1859,  in-12;  précédés  d'un  Essai  sur  Vorigine 
des  épopées  chevaleresques  de  la  Tableronde ; 
cette  étude  préliminaire,  résultat  de  deux  mis- 
sions en  Angleterre,  dont  l'auteur  avait  été  chargé 
en  1838  et  1855,  comme  ancien  élève  de  l'École 
des  Chartes,  à  d'abord  paru  dans  la  Revue  de 
Paris  (  année  1841);  —  Poèmes  des  Bardes 
bretons  du  sixième  siècle;  Paris,  1850, 
in-80;  en  regard  du  texte  breton,  qui  â  été  revu 
sur  les  plus  anciens  manuscrits,  se  trouve  la  tra- 
duction française,  la  première  qui  en  ait  été 
donnée  ;  —  Essai  sur  V histoire  de  la  Langue 
Bretonne ,  précédé  d'une  étude  comparée  des 
idiomes  bi-etons  et  gaels;  Paris,  1837,in-8°  :  ce 
travail  a  été  reproduit  en  tête  du  Dictionnaire 
Français-Breton  à%L?:%oxàd&(i,  publié  (Saint- 
Brieuc,  1847,  in-4''  )  après  la  mort  de  l'auteur 
avec  des  additions  par  M.  de  La  Villemarqué,  qui 
a  aussi  donné  une  nouvelle  édition  complétée  du 
Dictionnaire  Breton- Français  et  de  la  Gram- 
maire Bretonne  de  Legonidec;  Paris,  1850, 
in-4°  ;  —  Notices  sur  les  principaux  Manus- 
crits des  anciens  Bretons  avec  fac-similé  ; 
ce  travail,  publié  d'abord  dans  le  tome  V  des 
Archives  des  Missions  littéraires  ■et  scientifi- 
ques, à  été  imprimé  à  part  à  un  petit  nombre 
d'exemplaires;  Paris,  1856,  in-8°;  —  Mémoire 
sur  l'Inscription  celtique  de  Lomarec  près 
Aurayen  Bretagne;  Paris,  1858,  in^";  extrait 
du  tome  V  des  Mémoires  présentés  à  l'Aca- 
démie des  Inscriptions  ;  —  La  Légende  cel- 
tique en  Irlande,  en  Cambrie  eten  Bretagne, 
suivie  des  textes  originaux  irlandais,  gal- 
lois et  bretons,  rares  ou  inédits  ;  Paris,  1859, 
in-18.  E.  G. 

Documents  particuliers. 

LAVINJ  (  Giuseppe,  comte),  poète  et  théo- 
logien italien,  né  le  21  avril  1721,  à  Filotrano 
(  Marche  d'Ancône  ),  mort  le  4  novembre  1793, 
à  San-Severino.  Issu  d'une  maison  alliée  aux  plus 
nobles  familles  de  Rome,  il  étudia  la  philoso- 
phie et  la  théologie  à  Pérou?e,  reçut  à  Bologne 
le  diplôme  de  docteur  in  utroque  jure,  et  em- 


croisade  de  1247,  et  dont  un  autre  membre,  Rolland  Her- 
sart,  fut  compagnon  d'armes  de  Bertrand  Du  Guesclin. 
Son  père,  Pierre  Hersart,  comte  de  La  Villemarqué,  fut 
longtemps  membre  de  la  chambre  des  députés. 


—  LA  VISCLÈDE  1020 

brassa  la  carrière  ecclésiastique.  Nommé  cha- 
noine à  Osimo,  puis  à  Fano,  il  remplit  pendant 
longtemps  à  Rome  l'emploi  de  recteur  du  col- 
lège de  Hongrie.  On  a  de  lui  :  Discorsi  sagri  ; 
Rome,    1750,  in-8°,  choix  de  panégyriques  en , 
l'honneur  de  plusieurs  saints  ;  —  Il   Paradiso 
riacquistato,  poema  fn  versi  sciofti  ;  Rome 
1750,  t.  F'',  in-s°;  poème  interrompu  après  !. 
quatrième  chant  ;  —  Rime  fllosofiche  e  vari( 
Rome,  1750,  in-8°:  —  Vita  di  suor  Eleonoi 
Giubile,  terziaria  francescana  ; —  Orazio) 
panegirica  per  la   beatificazione   del  bec' 
Giuseppe  da  Copertino;  Rome,  1754,  in--^' 

—  AW  altezza  reale  di  Pietro  Leopoldo,  ' 
ciduca  d'Austria ,   gran  -  duca  di  Tosca 
Ganti  XVIII;   Pesaro,    1766,  gr.   in-4% 
contiennent  les  fastes  rimes  de  la  maison  d'i 
triche;  —  Lezioni  sacre  e  morali  sull'  Er 
tola  I  di  san  Paolo  ai  Corintii;  Ancônr 
Rome,  1769-1778,  5  vol.  in-4°  ;  —  Lezione  s^^ 
e  morali  sut  santo  libro  degli  Atti  apostc^ 
Camerino  et  Rome,  4  vol.  in-4°;  —  Prédis 
Verceil,  1788,  etc.  P.  L— - 

Giornale  de'  Letterati.  —  Effemeride    Lette. 
Roma.  —  Tipaldo,  Biogr.  degli  Italiani,  VI. 

LA.  VIOLETTE  (  /OSep/j  DdCHESNE  DE).  V, 

DCCHESNE. 

LA  \\VMTtv.{ Louis- Anne),  médecin  fra^ 
çais,  né  en  1725,  à  Noiay  (  diocèse  d'Autur^, 
mort  le  3  mars  1759,  à  Paris.  Après  avoir  étij; 
la  médecine  à  Montpellier,    il  vint   l'exerce}- 
Paris,  et  fut  introduit  au  Journal  des  Save 
par  la  protection  du  chancelier  d'Aguesses^ 
était   depuis    plusieurs    années  censeur  n^ 
lorsqu'en  1757  il  fut  attaché  à  l'armée  de  \>< 
phalie  ;  l'année  suivante  il  passa  à  l'hôpital  dt 
Chanté.   On  a  de  lui    :  Observations  sur  % 
Hydrophobie  spontûnée ,  suivie  de  la  rae), 
1757,  in-12  ;  —  et  plusieurs  écrits  traduits  i 
l'anglais,  entre  auti-es  Découvertes  philosopf» 
ques  de  Neivton  de  Maclaurin  (  1749),  et  No 
velles  Observations  Microscopiques deNeedhb 
(1750).  K. 

Journal  des  Savants,  Juillet  1759. 

LA  VISCLÈDE  { Antoine- Louis  he  Chal 
MONO  de),  littérateur  français,  né  le  2  août  16S 
à  Tarascon,  mort  le  22  août  1760,  à  Marseil 
D'une  famille  noble  qui  était  originaire  de 
principauté  de  Bombes,  il  se  fit  connaître 
bonne  heure  par  des  discours  couronnés  p<. 
différentes  académies,  et  s'établità  Marseille  a  >• 
de  pouvoir  augmenter  le  cercle  de  ses  conna 
sauces.  Durant  la  peste  qui  désola  cette  ville    ■'. 
1720,  il  commandait  une  compagnie  de  mil    • 
destinée  à  maintenir  l'ordre.  Nommé  sécréta"  ■: 
de  l'Académie,  à  la  restauration  de  laquelk  îl 
avait  puissamment  contribué,  il  consacra  sa    ■ 
entière  au   culte  des  lettres  •  et   s'il  ne  sut 
faire  un  nom  durable  par  ses  propres  œuvr 
il  eut  au  moins  le  mérite  d'encourager  le  tal 
partout  où  il  le  rencontra.  Dans  la  société,  il 
montrait  doux,  poli,  affable;  sa  conversation 


i 


^02?  LA  VISCLÈDE 

orillait  point  par  les  saillies;  son  goût  n'était 
guère  sûr,  puisqu'il  préférait  les  fables  de  La 
Motte  à  celles  de  La  Fontaine,  et  ce  fut  à  l'amé- 
|nité  de  son  caractère  plutôt  qu'à  son  génie  qu'il 
dut  le  surnom  de  Fontenelle  de  la  Provence. 
Il  est  peu  d'hommes  de  lettres  qui  aient  rem- 
porté plus  de  palmes  académiques  que  La  Vis- 
dède;  suivant  le  mot  d'un  de  ses  contemporains, 
il  aurait  pn  se  former  un  médaillier  des  prix  nom- 
breux qui  lui  furent   adjugés.  On   a  de  lui  : 
Œuvres  diverses;  Paris,  1727,  2  vol.  in-12.  Ce 
'■ecueil,  qui  essuya  beaucoup  de  critiques,  ren- 
erme  des  discours,  des  poèmes,  des  odes,  des 
mtates  et  quelques  poésies  fugitives  ;  tout  cela 
,t  depuis  longtemps  oublié.  Cet  écrivain  dut  à 
malignité  de  Voltaire  une  sorte  de  renommée 
L  jsthume  :  on  sait  que  ce  fut  sous  ce  nom  que 
h  patriarche  de  Femey  publia  Les  Filles  de 
'inée,  un  de  ses  plus  jolis  contes.      P.  L — y. 

Vchard,  Z>tci.  de  la  Provence.  —  Deséssarts,  Siècles 
<ir.,  VI. 

AVisRi  (Le  père  André),  jésuite  polonais, 
connu  pour  avoir  accompagné  a  Moscou  en 
le  faux  Dmitri  et  avoir  laissé  des  docu- 
j  singulièrement  intéressants  sur  ce  mysté.- 
jx  personnage.  Ces  documents  consistent  en 
eux  Mémoires  adressés  au  provincial  des  jé- 
lites  à  Varsovie,  dans  lesquels  Laviski  raconte 
linutieusemeiit  l'entrée  de  Drnitri  à  Moscou,  son 
ouronnement,  et  s'étend  particulièrement  sur  les 
oyens  qui  lui  paraissent  propres  à  faire  ren- 
?r  l'Église  russe  dans  le  sein  de  l'Église  uni- 
selle.  Le  premier  seulement  de  ces  Mémoires 
té  publié  en  italien,  dans  le  recueil  suivant  : 
nsi  e  Lettere  ultimamente  giunte  di  cose 
morabile  suceedute  tanto  in  Affrica  quanto 
Moscovia,  raccolte  da  Barezzo  Barrozzi , 
nezia,  1606,  et  réédité  dans  les  Notizie  de' 
>jcoli  XV  e  XVI  sulV  Italia,  Russia  e  Polo- 
\ia  di  Seb.  Ciampi  et  la  Bibliografiacritiea, 
i  111 .  Ce  Mémoire  se  trouve  en  manuscrit  à  la 
bibliothèque  VaUcelli  de  Rome  et  à  celle  de  Pav- 
pvsk;  le  second,  inédit,  ne  se  trouve  qu'à  celle 
Je  Pavlovsk,   qui  possède  en  outre  une  pièce 
également  précieuse  de  Laviski  intitulée  :  Ins- 
fructio  mémorise  causa  ad  S.  D.  D.  Pau- 
L'wm  V  P.  M.  Reverendo  patri  Andreee  La- 
witio  S.  J.  die  XVIII  mensis  decembris  a. 
w.  MDCV;  l'auteur  y  assure  le  pape  que  Dmitri 
jse  joindra  à  l'empereur  des  Romains  et  au  roi 
pe  Pologne  pour  anéantir  les  Turcs.     P'^^  A.  G. 
1    Belazione  délia  segnalata  e  corne  miracolosa  Con- 
\quista  del  paterne  imperio  conseguita  dal  serenisstmo 
Giovine   Demetrio ,   gran  -  duca  di   Moscovia  ,   lanno 
1603,  etR.  ;  Raccolta  da  sincerissimi  avvisi   per  Barezzo 
Bnrozzi;  Venezia,  160S.  —  Esame  critico  con  documenti 
inediti  délia  storia  di    Demetrio  per  Seb.   Ciampi; 
Klrenze ,  1827.  -  Adelang,  Reisende  in  Russland.  —  Dic- 
tionnaire des  Écrivains  de  la  Société  de   Jésus.  —  Les 
faux  Démétrivs,  par  P.  Mérimée. 

U  LAVOCAT  (Antoine),  mécanicien  et  agro- 
jnome  français,  naquit  à  Champigneules,  près  de 
iNancy,  le  7  février  1707,  et  y  mourut,  en  1788. 
'Issu  de  parents  pauvres,  il  fut  condamné  au  tra- 


LAVOCAT 


1022 


vail  dès  sa  plus  tendre  jeunesse,  et  cultiva  la  terre 
et  la  vigne.  Mais,  doué  d'un  esprit  d'observation 
qu'il  eut  l'occasion  d'appliquer  au  jeu  des  ma- 
chines dans  les  papeteries,  les  moulins  et  les' 
pressoirs  du  pays,  il  crut  apercevoir  les  défauts 
ou  l'insuftisance  de  ces  machines,  et  chercha  les 
moyens  d'y  remédier.  Ce  premier  pas  fait,  il  se 
crut  appelé,  par  une  espèce  de  vocation,  à  in- 
venter et  à  construire  lui-même  d'autres  moyens 
mécaniques,  plus  simples  et  moins  dispendieux, 
afin  de  suppléer  à  la  main-d'œuvre  de  l'homme. 
Quelques-unes  de  ses  inventions  furent  soumises 
à  la  Société  royale  des  Sciences  de  Nancy,  qui  en- 
couragea et  récompensa  ses  efforts,  en  lui  dé- 
cernant deux  prix ,  l'un  pour  une  nouvelle  hie, 
destinée  à  enfoncer  les  pilotis  en  terre  avec  plus 
de  facilité,  et  l'autre  pour  un  pressoir  sans  vis, 
sans  clou,  sans  pierre,  sans  corde  et  sans  levier. 
Le  génie  inventif  dont  Lavocat  avait  fait  preuve 
attira  sur  lui  l'attention  du  duc  Charles-Alexandre 
de  Lorraine,  gouverneur  général  des  Pays-Bas, 
qui  le  fit  venir  à  Bruxelles ,  où  il  exécuta  sous 
les  yeux  de  ce  prince  un  assez  grand  nombre  de 
machines,  qui  lui  valurent  le  titre  de  mécanicien 
de  la  cour  de  Bruxelles  et  les  bienfaits,  plus  réels, 
de  son  Hlustre  Mécène.  Retiré  ensuite  dans  son 
lieu  natal,  il  ne  cessa  jusque  dans  un  âge  avancé 
d'inventer  et  de  construire  de  nouvelles  machines, 
dont  la  simphcité  et  l'utilité  furent  généralement 
reconnues,  même  par  les  maîtres  de  l'art.  Le 
succès  qu'elles  obtinrent  dans  toute  l'Europe, 
ainsi  qu'au  delà  des  mers,  engagea  l'auteur,  sur  la 
fin  de  sa  carrière,  à  publier  lui-même  l'énumé- 
ration  de  ses  déoouv-ertes,  sous  le  titre  de  Re- 
cueil de  plusieurs  pièces  mécaniques  inven- 
tées et  exécutées  par  Antoine  Lavocat,  mé- 
canieien  de  la  cour  de  Bruxelles,  dédié  à 
S.  A.  R.  le  duc  Charles-Alexandre  de  Lor- 
raine; Nancy,  1878,  in-8°  de  48  pages.  Ces 
pièces  sont  au  nombre  de  cent  onze,  et  leur  no- 
menclature sommaire  paraît  suffisante  pour  en 
faire  apprécier  le  plus  ou  le  moins  d'importance. 
Retiré  dans  son  village,  où  il  avait  obtenu  l'em- 
ploi de  receveur-buraliste,  Lavocat  s'occupait  en- 
core, du  moins  en  théorie,  des  travaux  agricoles 
qui  avaient  rempli  ses  premières  années.  VI  dé- 
posa le  fruit  de  son  expérience  dans  un  ouvrage 
qui  fut  alors  remarqué  sur  la  viticulture  :  c'est 
Le  Vigneron  expert,  ou  la  meilleure  manière 
de  cultiver  la  vigne;  Paris,  Sorand ,  1782, 
in-12.  Cet  ouvrage  a  échappé  aux  recherches  de 
M.  de  Musset,  qui  ne  l'a  pas  cité  dans  sa  Biblio- 
graphie agronomique. 

Lavocat  doit  être  compté  au  nombre  des 
hommes  du  peuple  dont  le  génie  inventif  s'est 
révélé  sans  l'auxiliaire  de  l'éducation  ou  de  l'ins- 
truction, et  qui,  comme  il  l'a  dit  lui-même, 
«  n'ont  jamais  eu  d'autre  maître  que  la  nature 
et  l'expérience  ».  J.  L. 

Durival ,  Description  de  la  Lorraine  et  du  Barrais, 
tome  IV.  —  Documents  particuliers. 

LAVOCAT.  Voy.  Ladvocat. 


1023 


LAVOCAT  -^  LAVOISIEN 


l  uiVOCAT  (Gaspard  ),  député  français,  né 
en  1794.  Après  avoir  fait  les  dernières  campa- 
gnes de  l'empire  en  qualité  de  sous-lieutenant,  il 
entra  dans  le  régiment  des  cuirassiers  de  Berry  ; 
impliqué  en  1820  et  en  1824  dans  deux  conspi- 
rations militaires ,  il  fut  deux  fois  l'objet,  par  con- 
tumace, d'une  condamnation  à  mort.  Gracié 
toutefois  en  1826,  sur  l'intervention  de  M.  de 
Peyronnet,  il  fonda  à  Paris  une  tannerie,  qu'il 
exploita  avec  succès  jusqu'en  1833.  Après  la 
révolution  de  Juillet,  il  devint  colonel  de  la  12*  lé- 
gion de  la  garde  nationale,  et  conduisit  à  la  cita- 
delle de  Ham  les  anciens  ministres  de  Charles  X, 
que  la  cour  des  pairs  venait  de  condamner.  Il 
venait  d'être  nommé  directeur  de  la  manufacture 
des  Gobelins  (1833)  lorsqu'aux  élections  de  1834 
il  obtint,  dans  l'arrondissement  de  Vouziers ,  le 
mandat  de  député,  qui  lui  fut  renouvelé  jusqu'en 


1848.  Depuis  cette  époque,  il  s'est  reti 
affaires.  p^  , 

G.  Sarrut  et  Salnt-Edme.  Biogr.  des  Hommes  à 
LAVOISIEN  (Jean-François  ),  raédeci 
çais,  vivait  dans  la  secoade  moitié  du  di 
tième  siècle.  11  fut  attaché  aux  armées 
eu  qualité  dechirurgien,  et  exerça  ensuite 
decine  à  Lu.  On  a  de  lui  :  Dictionnaire 
tif  de  Médecine,  d'Anatomie,de  Chirur. 
Pharmacie,  de  Chimie,  d'Histoire    . 
retle ,  de  Botanique  et  de  Physique,  qi 
tient  les  termes  de  chaque  art,  leur  et', 
gie  et  leur  explication    tirée  des  me 
auteurs;  Paris,  Didot,  1764,  in-8°;  il  e 
fait  une  nouvelle  édition ,  avec  un  voca 
grec  et  latin  ;  1771  et  1793,in-8°.         K. 

Desessarts ,  Les  Siècles  littéraires. 


FIN  DU   VINGT-INEUVIEME  VOLUME.